Opales de rescousse
Si tu savais comme il m’est doux ton visage quand il sort des eaux mortes du matin, que je le vois paraître et disparaître dans les hésitations du chant immobile, cette marée des sons lancinants qui jette au silence ses goëmons légionaires ; déclenche leurs trémas, vaporeux, d’absence, le lichen violet des mers ivres, pendues à tes baisers orphelins. Si tu savais comme il m’est doux de te savoir apparaître, tous mes mercredis soirs à tes vingt-trois heures trente précises, toi l’inconsolable aux yeux de veuve, de lins et de sciure, toi et ta chevelure de vallée à laquelle je tresse tous les jours les vers que je peux, avec des toits de chaume et d’hémistiche pour les garder des mauvaises nuits. Il est vingt jours que je t’écris ici, que ton prénom sous le papier carbone des secrets se montre, que ton visage dans le bain mauve de l’insomnie se révèle comme la photographie traînée des chambres sombres où je songe nos émois. Ma petite silencieuse, au teint de césures, dans nos indifférents brouillons bercés des mélodies enflées de creusures, sabotés de violons et
D’iambes figurant les détresses noyées
Roulent leurs fruits de noyers
Dans la rue Saint-Jacques fermentent nos baisers
de pêches, je n’ai pas de mois de mars pour les voir fleurir et
dorer, mords la chair du fruit sûr, c'est ma peau, ni d’hiver à
rester voir les pommiers normands à la peau jaunie des soupirs
d'automne, et la berceuse des mers du Nord dont on devine l’horizon
mugissant de mon départ, me déchire déjà. La fêlure de février
est mon mourir, ces trois jours amputés au bout de son bras fondront
mon deuil dans l'alliage creusé aux partitions. Le moignon du
meurtre dira-t-on. Il me reste un mercredi depuis cette nuit où voir
chatoyer l’écume sémaphore de tes boucles blondes, de ta tresse
angelote, qui tombe sur ton front comme une pudeur dissidente. Je
n’ai plus qu’un mercredi, pour te confier ce que tu devines de
mes gestes alanguis pour toi, entravés de mes nerfs pour le parler
muet, quand je te cause, de mon insolence déjouée- cette bombe
pleine de rires, c’est toujours en trainant des crampes à mes
orteils. A mes tempes les essuies-glaces font le mouvement des heures
rythmées, et s’impatientent, leurs deux yeux d’anguilles me
pressent de restituer à la mort ce temps que je laisse délabré.
J’ai eu assez d’ardeur en vingt ans, pour ne jamais ternir. C’est
d’un sommet que je me jette ; d’une brûlure que je meurs
les yeux grands ouverts de n'avoir en vingt ans jamais connu la nuit
en sommeil. Il n’est que pour toi mignonne, que j’abandonne, mon
insupportable parure de caprices et mes cheveux coiffés en révolte,
ces piquets noirs de débris. Je dépose les figues et l’été sur
le seuil de nous, en dehors de nos paroles d’oiseaux rares, du
ramage de ton teint, je laisse mon indifférence sur les yeux pâles
de l’Université, mes ergots là-bas, pour te venir la gorge
virginale, le ventre ébloui de la même faim que ces gosses de
dix-sept ans que l’ivresse, fraudant la lucidité érodée, fait
roter d'hommes. J’abandonne sur les sièges du RER la haine polie
et les voix mortes, il est de belles figurantes dedans aux voix
sèches d’alcool. A mes sens vivants elles sont des trompe-l’œil,
apparences humaines épaisses comme de l'ombre. La mort je m’y suis
fait en fixant, curieux, les grisailles de leurs yeux, les cils de
barreaux devant la lumière captive, gémissante, bêlant comme les
loups mis à l'enclos. Mes regards sont de la cendre noire,
compostée. Des feux venus de si loin, qu’on les porte
précieusement, comme des sacrilèges ou des cercueils, et brûlent
sans faillir les orbites hallucinées, répandant largement l'orgueil
de ma jeunesse. Vingt ans d’excès se payent d’un vertige, au
sommet du Mont-Valérien, où je trébuche bientôt.
Ma très légère, mon enfance muette de signes, se répand sur toi la douceur accumulée deux jours dans la semaine à mettre ma défroque de gamin morveux, à bailler des mots ennuyés d’être là, de sortir pour « ça ». Je suis heureux mais impatient et quand mon visage prend ses airs graves, hideux de torture et de serpes, c’est que j’ai mis le masque de mes imaginaires, que tout moi me parcourt, se comprime dans mes reins et m’invente, et discrédite le soupçon des choses poétesses. Si je me tais, la lèvre compromise de tristesses, c’est que je jubile dans ce dédale mouvementé de dans moi, qu’il est ce monde de couleurs froides me frôlant les organes de lave où je vis vraiment avec ta pensée. Je me tais de parler en moi-même aux souvenirs, mon visage est un archaïsme, autres temps, autres joies, se rencontrent dans moi notre histoire et son annexe la mort.
Le réel cette chose des parjures.
Je n’ai jamais pu coucher une fille sans lui formuler des mots d’amour, de n’avoir rien d'autre à présenter qu’un peu de poésie raclée, aux ongles noirs, de m’excuser ainsi de mes audaces de bientôt, de mettre entre son corps et le mien ce spectateur inerte aux parfums plus lumière que leurs yeux de disparues. Ma poésie est un pardon que je fabrique pour les amantes de ne les pouvoir aimer, de ce bouquet de rimes monte l’odeur de regrets ; mon silence la confession à ces mélanges de prêtre qu’on voit sous les fronts bas des bibliothèques, je dis aux gravures, aux illustrations, les pauvres larmes versées d’elles, ce ventre de moi est un lac des eaux bouleversantes, je suis ce Niagara à la cascade émue. Pardon Marion, pardon Wendy, pardon Loriane, pardon, Marianne, pardon Céline et pardon Elodie, pardon à toutes et pardon à Guillaume et Clément, pardon Emilie pardon à tous les abandonnés, toutes les délaissées, pardon de mes rages et des mes fièvres. D’Eragny à Tizi, de Bruxelles à Genève, de Gand à Quimper, de Jijel à Munich. Je devais pour m’initier du bois sec de celles-là, simuler les passions comme on souscrit les incantations d’entre les proues de l’enfer aux cous tatoués des meurtres. Autorisez moi les plaisirs d’ecchymose de vos yeux.« Ecartez-vous flots venimeux, je dois fuir mon appartenance et mon prénom d’Egypte poursuit jusque dans vos eaux troubles et austères mon autre prénom hébreu ; Je m'appelle Najib et Jonathan. Jérusalem c'est moi ».
Je suis bien plus loin que la réalité.