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boudi's blog

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31 janvier 2011

Les pleurs de vingt ans

J'attends minuit pour marier les rimeurs.
Aux petites filles cruelles.
J'attends la fermeture du corps-échoppe.
Pour braquer les virginités.
Dans les pleurs des garçons
Je fais des ablutions.
Dans le sang primordial de la fillette qu'on corrompt.
Je me baptse.
Mes promises ont des regards troubles de rouleurs.
Meely est une chienne dont deux enfants mordillent le regret.
Mélusine, ta voix est le fard de mes vies.
J'ai injecté dans la blessure faite avec les dents
Un peu de la salive de mon ventre.
Mon corps est une coque de métal.
Où l'eau pure des sources bataille.
Je suis infiltré de joie.  
Saleté de maladie !

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20 janvier 2011

Mignonne allons voir si les chaînes ont fâné.

          

        Je t'écris, parce que c'est la nuit, la nuit est son manteau de soie livide qui permet toutes les audaces. Je t'écris parce que c'est le tard qui commence à gonfler mes doigts de ce liquide opaque et dangereux qu'est l'outrance.
Quand je dis j'écris il faut entendre tout ce qu'il y a de musique dans un mot, celui-là qui du tiret casse en deux, libère trois odeurs distinctes et pourtant siamoises, mêlées dans un creuset ; tombes des corps ennemis et promesse de l'alliage.
L'amour sert de ce petit récipient d'argile, il unit les matières réfractaires, et mêle deux chairs-fictions qui vibrent en un sentiment béat, imbécile comme le serment des messes, qui rend les yeux beaux et les mains grises ; les doigts crochus de la caresse retenue et les cils courbés de la joie demeurée.

Une fois je t'ai vue, et la Loire coulait, elle coulait comme un crachat sur l'offense, elle y roulait, grouillante de vagues insensibles, on aurait cru le Rhin noir buvant aux flaches sombres qui mouillent les fauves des forêts, on les dit loups ou poètes, selon s'il fait assez noir dans la vie pour ne rien distinguer que leurs yeux d'éclair remuant. Il y avait la Loire, et la ville sentait le début de l'hiver, il y volait bas quelques signes de décembre, un cantique, un chant clos et le ciel pâlissant de son éternité. Il y avait toi quelque part, qui te tenait là, dans un murmure. J'ai le souvenir de ta voix ; une part mangée de ton reflet dans mes ivresses. Je n'offre pas de miroir pour les ombres de couleur, je mire les visages beaux comme des Pomone de velours dans les bouteilles vides de l'ivresse solidaire d'un partage : voilà mon pain chrétien, c'est du verre parfumé et sa mie recourbée, extrémités coupantes des brisures, boit à mon sang ce qui lui manque de rivière.

Je ne sais rien que les rimes insensées, retroussées comme des diphtongues ou des bijoux glissant le long des berges d'un corps éclot par le minuit. Fleur pâle gémit ses parfums, ta bouche s'ouvre, on entend la senteur impatiente qui brise ses longs doigts sur la peau d'un homme, et l'haleine de son envie te peint les reins, d'un zénith.

Je ne sais rien que les tourbillons qui brunissent les peaux, comme un soleil douloureux, comme un chant de Nerval qu'on harponne du fer d'un oubli, trois dents qui chacune représentent un espace, une dimension. La première est le ciel,d'où dévalèrent les premières lueurs, s'il lui faillait un nom ignoble on la dirait aube, la seconde ce seront tes yeux, il y peine deux amours du nom d'inconsolés, le dernier enfin, c'est mon ventre froid comme du marbre, il s'invoque d'enfer et demeure sous l'épaisse voilure des pas humains. Ces trois espaces, au bout de la harpe des musiques, forment l'Univers, l'auge bête où boivent les vies. Voilà la route des chutes, se meurtrir des trois dents de l'oubli, se couper de chacun des poisons qui s'y figent

Je ne sais rien que la nuit qui fume sur le bord du jour deux cigarettes comme les aiguilles d'une horloge, que le jour rétrécit comme des ombres dans le soleil cramoisi d'un midi qui grogne.

Le crépuscule se démonte comme une mer et les vagues qui montent, dans leurs crêtes d'encre ont des regards d'hypnose.
J'ai ajouté au langage les zones érogènes
Pour que l'on ne sache de mes mots
rien que le cri
Sans pleurs.
Parfois je veux dire "je" mais rien que le mot "déchirement" jaillit, comme dans ces terres que l'on creuse des ongles pour voir jaillir l'eau claire et chantante des amours et des soifs et cette terre fatiguée de doigts ne crache rien de pureté, et vomit des glaires : pétrole noire de cette nuit, belle endormie des croûtes terrestres. C'est comme un pus qui roulerait des yeux en place de la larme précieuse et funeste de l'oeil bleu comme une Loire guérie de la foule.

Mes yeux abritent comme des dômes les souvenirs plaisants.
Cette nuit
Dans la fatigue pleine de trous, de vides et de mots, c'est ton ombre qui y demeure, à la jointure d'autres ombres, proches de la cassure qui laisse voir ses sutures. dans ce dôme de paupières, où les yeux curieux sortent de leurs orbites voir le monde, gargouilles de la pierre flexibes, aux mouvements secrets, mamie crenelée.

Lucie, c'est un prénom dans ma bouche
délicieux comme la mûre sauvage
Du souvenir dont la liqueur
Parfume mes muscles.       

16 janvier 2011

Aux endeuillés - le mépris

Je suis rendu au cynisme.

J'imaginais, moi, que les cheveux blonds qui percent

De douceur, dans la chair faible que la mienne feraient assez

De failles à la tendresse, que la cruauté toute sèche s'en émouvrait.

Il y a des algues dont on attend le parfum grimpant comme le lierre à la grève

Des sens. On entend bien, qu'elles chantent, les algues, quand l'eau se retire

De leurs pelages fibreux dans le cri incertain des marées qui écrouent

Les solitudes blêmes.

 

Oh.

La mort, frappe tout autour

De mes rires

Dans des habits de neige

La mort en décembre

Est gaie, elle porte

Aux décombres

Des jasmins, des odeurs

Des sirops d'orgeats

De l'aubépine

Des jardins

Tout entierLes tombeaux

De décembre

Ont la forme

D'une fleur-e

Innocente

Et les morts

Sont tout graves

Dans leurs peaux

De marbre.

 

La mort, attentive, quand elle ballade à ses cimes les crimes de l'hiver, veille à faire les cercueils de verre et d'odeur, ce sont de gigantesques serres où l'on éduque les miasmes discrets que l'on nommera alors fantôme.

ô la puanteur qui visite tard l'éplorée est celle du souvenir.

 

Les orphelins pleurent des langes de veuve, qui demain, seront les pétales des printemps.

En attendant ils toussent des allergies nouvelles, c'est la joie des saisons qui étouffe leurs généalogies opaques.

 

Quelle belle idée, décembre.

 

 

Ma joie semble le débris

D'une balle taillée

Dans l'éclat

Funèbre.

13 janvier 2011

Fragments

[...]Dans mes bras je la sentais changeante, muer femme, devenir cruauté, ses cheveux cassaient, subtils d’odeurs retenues, comme des fioles de saveur fendues à la moitié, elle semblait la nuit qui abrite des aubes tranquilles. Des aubes à laquelle le temps, avec le soin de l'archéologue, dépoussière la cendre qui l’entrave la lumière. Nos caresses n’abimaient que moi, gerçaient mon torse si tendre que ses doigts à peine nubile le pénétrait, de sa part elles étaient tributs de l’admiration qu’elle me vouait, salaire généreux à mes délires la nuit sur la vie, la bourgeoisie et les révoltes[...]

1 janvier 2011

Décombres

Les cendres de
Décembre
En ont fini
D'ici.

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28 décembre 2010

Lettres à l'outrage.

Tu as les yeux clairs des premiers amours, et les jambes pâles et invisibles qui rappellent aux
reins combien ça brûle un corps humain sous les engelures de décembre, Paris résonne de ta
voix : ce sont tes pas qui tonnent sur le bitume anodin de la ville grise. Tu es accompagnée
dans la vie de tintements et d’éclats blancs, il y a autour d’eux, pour désormais, un peu de ma
voix qui les enroule dans un lange de musique.
Tu as les yeux clairs des grands souvenirs qui se tiennent chacun à l’une des extrémités des
ciels inquiets : tu as l’aube et la nuit qui se regardent, interdits, immobiles, et aucun des deux
ne vient compromettre l’autre. Tu as les teintes oranges du jour dans l’agonie, et le blanc
automnal de la nuit qui s’en va, piétinée par les courses de rosée.
J’ai blotti trois mots aux tons fanés qui déploient des odeurs exquises dans des formes atroces,
ce sont les fleurs malsaines, arrachées des marais de la désespérance, trois mots qui sont les
dernières vigueurs du langage, son espoir infortuné.
Souvent, dans les buées qui bougent au bout de nos clopes, je me dis, comment elle est ta voix
très fine, très légère, comment elle ferait pour traverser nos hurlements d’imbéciles révoltés.
J’ai vingt ans que je porte aussi mal qu’un cœur, c’est un habit étroit, qui me moule des
épaules de fer, mes vingt ans sont deux choses : une douleur et une audace. Mes vingt ans
sont une fureur et une clameur qui ne savent pas passer, qui attendent de torturer l’Univers,
de l’aplatir sur la table à supplices et lui faire cracher ses injustices. Tant d’injustices qui
s’y morfondent dans le ventre de l’Univers et sa gorge profonde abrite tous les maléfices
ignobles, toutes les séductions dangereuses. J’ai vingt ans que je ne vendrai qu’au diable et
s’il n’en veut pas, je les brûlerai pour qu’ils ressemblent à ses filles aux couronnes infernales.

Mon existence se résume à trois ambitions, une trinité d’impie que je célèbre à l’autel des
orgueils :
Ecrire le conte qui reflétera l’enfer dans les yeux d’un enfant, construire l’Histoire qui
indignera le moralisateur et enfin, et surtout, vivre la vie qui fera pleurer jusque mes assassins.
Je pourrais en ajouter une dernière toute renforcée d’acier présomptueux : te dérober deux
baisers ; un pour chaque lèvre.
J’aime ce qui est excessif, et j’aime ton pas quand il va mourir dans le jour, j’aime quand
l’alcool qui vient faire gémir mes veines d’éclairs nouveaux et inconnus dérobent la part de
ton sommeil qui colle au mien ainsi qu’une miette de chaleur.
Dans la nuit, quand mes transes me mettent au lieu d’une voix un hurlement j’imagine tous les
jolis cheveux blonds qui percent la croûte de la nuit, ô combien de terres stériles n’ont pas vu
d’aube plus jeune que la folie blonde et bouclée qui meurt dans ta nuque constituée de tous les
iris fragiles que comptent les mains avides de la grâce.
Je me dis :
A quoi ça sert une bouche ?
A deux choses, je réponds
Au cri puissant, au baiser
Le reste c’est de la vanité, le dialogue c’est pour les idiots, se comprendre ça se passe dans
les gestes ou dans le cri, il faut éviter tous les mots superflus, ces escroqueries de poètes qui
trompent les foules.
« N’être pas dupe, c’est être méchant »
Chantait Verlaine
Et il tirait
Sur Rimbaud
La nuit a senti
Dieu le chien
Qui claquait
Des dents

Dans un éclair
D’acier.

Demain, j’aurais les ongles noirs de poudre, avant d’avoir les yeux fardés de sang, demain je
me maquille de terreur, je pose la lourde chair du crime comme un masque pressant sur mes
muscles d’enfant.

Je me dis, tu as le pas si leste que tes bottes ne te vont pas assez bien, et ta bouche s’est taillée
dans les minéraux rares des pays qui se tiennent dans les secrets recoins de la géographie, qui
sont comme un corps inquiet, dissimulé sous des brumes –comme la nuit pour le clandestin-
et des vents aux gorges de rochers. Tu t’abrites dans tes secrets et ton rire développe une
houle de joie qui chasse les inquisiteurs de la détresse, les traqueurs infernaux des tristes
solitudes. Ceux-là que tu ne laisses pas rentrer, ni demain de les avoir trop laissées hier
s’infiltrer dans tes failles, tu te souviens des bouches vénéneuses des amoureux de Province,
tu te souviens les amoureux loin derrière la cité bariolée

Je me fatiguais de Paris moi, j’en croyais connaître tous les parvis féminins, en avoir
décompté toutes les senteurs égales d’ennui, je m’étais dit « c’est fini, Paris, tu en as tout
bu la liqueur infâmante, tout bu le vice, tout dévoré la vertu » et je me disais ça, accablé
d’abandonner cette amante qui grouille de deux millions d’indifférences. Je crois que ce
sont tes yeux qui sont blottis dans ton visage qui ont réveillé en moi le mot sans la parole, la
voix sans le langage tout ce qui sert à traverser les individualités sans passer par la virtualité
niaise des mots préconçus, des phrases préparées, usées, salies, abîmées par les bouches des
galeux. Ah. Dehors, il y a le jour qui enfle, avec lenteur, il gonfle de lumière le ciel, comme
une voile. Il se bombe, le ciel, là haut, et il vient achever les rêves rachitiques qui habitent
la forêt monstrueuse du rêve. Dedans, ce sont des pins d’ombre qui tremblent comme des
déserteurs, ils enfoncent, les pins, chacun de leurs mots aigus dans le muscle tendu du songe
qu’ils percent comme la source brise la terre infertile qui retient ses fécondités, comme le dard
de l’insecte.
Je pense à tes yeux clairs qui éteignent la nuit, qui se brisent en les sept lumières imaginant le
spectre des bleus. Voilà Klein et le reste des armées aux muscles fêlées et tous les violets qui
patientent dans ma gorge que ma peau se défasse de mon corps…
AH. Comme tu es jolie, j’en ferai des poèmes à la gouache pour ton charmant visage.
J’invoquerai les mains célestes de la nuit et j’en déformerai ses chancres, je lui prendrai à
l’astronomie ses étoiles bariolées pour me les coller au front et avoir le soir qui prolonge le
soir, attacher des ficelles de soir en une longue corde qui pendra la misère.

Je sais où te trouver
Tu sais où me perdre.       

20 décembre 2010

Almanach 2

Je regrette de n'avoir pas connu le temps où les putains étaient des femmes
Plus habiles que le fatras d'une foule d'inconnue. Où l'on tarifait mieux l'amour
Que le sexe, dans des culottes aux chiffres béats.
Je regrette de n'avoir pas connu ces putains, aux manteaux troués
De froid, qui parlaient de passes, et de littérature, et pouvaient raconter
L'histoire d'un amant mort à la guerre, et baiser sur leurs seins
Ce qu'il reste d'un uniforme.
Je regrette de n'avoir de putains, que l'almanach si déchiré
Qu'il n'en reste que les pages en lambeaux.

Il faut une certaine noblesse pour entrer
Dans les pages de mon calendrier
Il faut s'instruire des choses de l'astrologie
Le mouvement écarlate des étoiles
Aux yeux malsains.

L'almanach sent le benzine
La Seine et le Rhône.
Ce sont mes putains qui y entrent
D'Anne à Wendy, tout l'alphabet
Calendaire.

J'en exclus, certaines, qui servent d'encre
Aux rédactions de mémoire, ce sont les plaines
De neige.

Je regrette de ne rien savoir de ce temps
Où les putains savaient la géographie
Des Corps
Célestes
Comme l'astrologue
Suce les dates
Sucrées de ses
Drames.

Je veux dire, enfin, que j'aime d'être cet ascète de l'existence :
La lâcheté vit et se déploie dans le groupe
Le courage, lui, développe son parfum
Solitaire.

Où le mac n'est rien plus que le marchand quelconque de la tendresse
Sans le masque de cire qui va au criminel.

8 décembre 2010

Les almanachs

Je connais des femmes qui ne connaissent pas d’hommes. Qui sont irriguées, disent les astres, par des solitudes viriles. Des solitudes aux  mains de musc, le matin. Qui, aux premières aurores, disparaissent comme des étoiles perdues dans un jour naïf. Je connais des femmes qui ont faim par tant de bouche que l’écume ruisselle de leurs ventres, je connais des femmes qui psalmodient des prénoms d’hommes entre deux pendaisons à leurs nerfs, de plaisirs. Je sais des femmes aux yeux mesquins, où ont dormi des corps de nuit et de meurtre, qui se sont couchés là, expirant des crimes dans les creux du sommeil, qui ont mis des boues dans les fioles de la bonté que la rosée transpire.
Je sais, des marins, qui viennent percer les mers et les putains aux baisers malsains. Je sais des marins, qui ont vidé les océans des maladies qui verdissaient le ciel.
Ils sont venus, et ils ont dit « nous avons écrasé de nos torses fiers, gonflés de rhum et de grippe les sacrilèges du ciel, cueilli des touffes d’enfer rayonnantes et baiser les fronts charmants des princesses infernales ».
J’ai su les femmes aux chants émus qui ratissaient les villes de leurs gestes en cherchant sur le rire d’un enfant, le visage d’un amour. J’ai su des femmes qui avaient les yeux gorgés de batailles, tant de batailles qui avaient bu toutes les joies, que leurs rires fondaient en des sucreries de sable.
J’ai vu leurs cris tremblants dans le jour comme un soleil d’hiver leur sortir du corps et tomber en une grêle de lumière. J’ai vu ces femmes aux corps vains, qu’elles exigeaient d’un marbre musical, se fendre les muscles et dire entre elle « Je suis la Vénus de Milo, et mon âme est brisée ». J’ai vu des hommes qui au soir, laissaient trainer un chant de vigueur sur les grèves des gorges, et des cantiques monter des brèches de l’enfer, vu les pauvres gavés de misère et d’humiliation, arrondir leurs bouches en des cris souillés de huit-mille soumissions.
Vu des filles aux yeux bleus infiltrer l’espoir dans le cœur de ceux qui ne croyaient plus, des filles aux yeux bleus qui se déshabillaient en chemin. Ces filles devenaient légères du poids d’une éducation qu’on excise, d’une retenue qu’on digère, légères de l’air chaud de l’excès qui chassait l’air froid des tendresses.
Il me souvient Hannah et son journal de misère « il faut écrire pour ne pas disparaître », il me souvient de Marie qui mourait pleine d’horreur, couverte de vengeance, dans mes bras.
J’ai vu, des pays où la mer glisse et roule des cigarettes grises comme une âme.
J’ai vu mes haines s’arracher d’un poème, tout surpris d’avoir accouché d’un monstre aux yeux de vin. Vu des villes qui n’existaient, et visité des corps qui n’existent plus. J’ai parcouru les géographies du sensible, j’ai eu soif sur la peau de désert de F., j’ai eu froid dans les yeux de décembre de Wendy, j’ai pleuré dans le mensonge que mâchait Marion, j’ai ri de ceux-là qui pliaient Margot comme du papier journal et j’ai joui dans les mains étroites d’H, ses seins ronds comme des yeux et ses hanches sans audace.
J’ai vu tout ce qui se cache derrière la vitre du jour, vu les hommes qui aiment d’autres hommes se parfumer de secret en se dérobant aux ongles du jour, senti leurs haleines mortes de hontes vieilles. Vu, mon corps aux sueurs féminines d’avoir déshonoré toute la nuit les filles de Foi. J’ai su que l’école usait la vertu mieux que les femmes quand le murmure de la nuit, remuait les secondes comme de la terre fébrile.
J’ai vu, les sots poser sur d’autres sots des trophées gorgés de pouvoir et vu des femmes défaire leurs corsets trop serrés pour donner au mal le droit de respirer, vu leurs ventres radieux s’exposer aux brûlures de doigts avides. J’ai connu des femmes qui n’avaient plus que des ciels pour toit, des ciels vidés de dieu, où se perdaient les échos des plaintes et des souhaits, ils montaient comme des fontaines avant de redescendre, inertes et usés, résonnant aux sols comme la défaite.
Dans le ventre d’une mère il y a neuf mois de désespoir qui iront piller l’enfance. J’ai vu tant de choses dans mes nuits d’orgueil, au milieu des reins des pouilleuses, mettant au bagne les galantes et m’inclinant le corps entier aux veines de porcelaine.
Il y a des cheveux blonds, au matin, qui percent de l’angoisse, raclent d’une voix de tuberculeux, et viennent exciter mes humeurs, ils se baladent en longs fils de lin pleuvent des musiques polychromes sur mon torse blanchi d’aube. Je les entends qui secouent des personnages d’imaginaires aux pointes de cordelettes souples comme des doigts d’enfant. Il y a des cheveux blonds qui promènent dans mes matins des marionnettes de songe, rembourrés de cauchemar.
J’ai vu la mer glacée se retirer des pays chauds et envahir les terres moisies de la mort. Vu la mer glacée couvrir les sonnets arides de Boileau qui a bu tout sec les océans et sa bouche réclamait encore des ivresses.
Vu, l’aigle de Meaux planter ses serres dans l’Histoire et Napoléon le mettre dans une cage de fer qu’on appelait concordat.
Vu, tous les bavardages de l’Histoire qui suit le temps en se moquant de lui dans le son des trompettes de victoire et lui dire, entre deux baisers de princes réconciliés, « Le temps est à l’Histoire, ce que le langage est à la littérature : son esclave ».
L’Histoire en liesse couvre de pétales de neige, de fleurs de sel et de myrrhe des fils innocents. Elle ceint les fronts de baisers merveilleux, et ils dansent, les fils innocents, ils dansent étourdis de liesse.
Tandis que l’almanach déchire ses pages aux prénoms multiples. Les amours durent un jour.

 

30 novembre 2010

Aux épouses

Pour écrire j'ai besoin de prétextes.
Ces prétextes ce sont des femmes. Des femmes haïssables,aimables, des qui ont les yeux clairs des déroutes, celles qui ont les cheveux sombres des linceuls. Je me nourris d'elles, et quand je les ai bien bues, que mon pas va tremblant répandre son ivresse sur les vallons, j'en aplatis le souvenir sur un mur et c'est soudain un paysage gai ou pittoresque. J'en aplatis les formes comme des fruits murs et j'en bois la liqueur incolore.

Mon ciel je le fore de leurs plaintes angoissées. J'ai des amours -je sais leurs noms- dont toujours je devine les larmes. Je prépare avec soin des éprouvettes pour recueillir les chagrins et fabriquer de leurs chimies inquiètes des philtres de joie. Quand je rate, que l'alliage de mes sciences et de leurs pleurs forment un liquide épais, je bois le breuvage mystéieux et je m'empoisonne. Chaque jour, un peu plus, aux lendemains des crises de filles, j'ai le coeur engourdi.

Tant de femmes. Tant de femmes qui m'ont aimé ; tant que j'ai baisées. Je baise si mal, et pourtant je vois leurs yeux émus et leurs visages bouleversés de couleur, ce sont des fleurs, oui des fleurs peintes à la hâte par l'amour.
J'ai croisé tant de femmes dont j'ai brisé les hanches top lourdes, les nez trop longs pour les faire enter par les portes étroites de la littérature. J'ai croisé tant de femmes dans des couloirs étroits, que je n'ai aimées que le temps d'une effluve lente à se perdre. Tant. Tant. Tant de lames en suspens, au premier stade de la composition d'une peine, tant de larmes attentives au premier jet criminel du chien.

D'elle j'espérais un enfant. Je me lève Elle dort. J'entends quelqu'un qui hurle. C'est moi. J'accouche. C'est un personnage. Encore. U,n personnage baigné de placenta noir comme de l'encre.
Je cherche partout des femmes, pour écrire. Faites moi écrire. Toujours écrire. Autrement je meurs. Je meurs ici.

Je ne sais pas mentir.
Toute mon écriture est ma vie. Quoi que j'en fasse, je ne décris que mes amours, mes amantes et mes haines.
Je décris tout en démesure nos transes idiotes. Je décris le voile qui tourne, et la nuit qui ronge le vêtement, je décris, le corps tout bleuï de froid et mes deux mains innocentes qui réchauffent le corps ami. Je me souviens, là, les draps aux mains de luxure qui nous entravaient les reins. Je me souviens, oui, des premiers gémissements que les miens. Ils rôtaient comme des enfants en colère. Il me rappelle la musique que faisait ma voix gorgée de rires quand nous tombions du lit. Les écorchures que laissent l'amour avec le corps quand on a dix-sept ans. Les cheveux roux de Tiffany au milieu de nos baisers comme des aurores toussantes.
Les caresses hésitantes des jours de la Toussaint.

Toute ma vie n'est qu'une quête. 
Ce sont des femmes que je rabote en muse.
Je diminue la volonté, je baisse la lumière juste assez pour que leurs visages de minéraux morts soient des statues.
Je les rentre dans des fours, leurs mains d'argile sèchent en des gestes définitifs. Il n'y a plus rien qu'à attendre que le jour les peigne.

Ma mémoire est un musée
Des amours de marbre
Se reposent sur ses dalles usées
Le temps les biseaute.

C'est bête.
J'ai tout fatigué le corps des jolies pour des caprices littéraires.
J'ai encore faim.

27 novembre 2010

Lettres à la haine : n°1 - Mot pour Emilie D.

En moi tu remues les haines de celui qui a eu faim. Il y a tous ces  corps perdus, brisés de supplications qui prennent le mien pour amplifier des plaintes. Je ne t'écris pas ; je t'outrage. Tout ce que tu es je le maudis en des prières inventées pour le sacrilège des fortunes. Mon sang te renie dans son lent murmure qui chante des cantiques d'enfer. Le monde me semble un poème trop étroit pour deux bassins si ennemis que les nôtres. Je te hais. Je hais toi et tous ceux de ta race qui savent survivre dans leurs démesures d'insignifiants. Pour  moi. Vous êtes le meurtre. Le meurtre fier et angoissant, tapi dans les  replis des lois, agissant toujours avec le secours des autorités crânes et odieuses. Vous avez à vos crimes, mis les grandes robes des lois et des soirées.

La richesse vous marque de son sceau invincible, c'est le  péché originel du siècle que de naître riche. Il faut des baptêmes de  misère, des douches de soufre, des maquillages d'angoisse pour espérer faire tressaillir sa peau de ce crime primitif.

Mais tu  pleures, tu pleures ? tu as l'orgueil de la tristesse ! Hé ! Ne touche pas nos luxes de tes mains gantées d'argent, tu es déjà riche, laisse nous les cris, ils ont suffisamment à  faire pour nos gorges, les cris, suffisamment à faire pour nos corps  meurtris, suffisamment à faire pour occuper la place de l'espoir et de la faim dans nos chairs. Je te hais Parce que c'est le moyen que j'ai de  briser le sceptre honni des pouvoirs et des riches capricieux. Quand je te hais  c'est un milliardaire de fantasme qui meurt, son corps de carreaux  brisé des pavés d'enfant.Je te hais, de la haine de celui qui a eu  faim, la nuit, quand la tienne s'abimait de lumières exotiques. Je te hais de celui qui a eu faim quand tes yeux s'armaient d'aurores. Je te  hais de celui qui a eu faim quand ton corps joyeux riait sur des tables  pleines de gâchis. Je te hais avec la main du mendiant qui se tend plein  de peine vers tes yeux moqueurs. Dans ma haine  il y a trois quart d'orgueil et un quart de damnation que je te promets.J'ai fait des  études pour donner à ma haine une profondeur et un paysage. J'ai fait  des études pour donner à ma haine des raisons. Je n'ai pas cherché de  tempérament à l'ardeur. L'ardeur ne vaut qu'audacieuse, violente, toute  farouche de chaleur, je n'ai cherché qu'à la motiver et la faire durer.  C'est un brasier allumé sous un pont, mais le pont,vois-tu étais-là, et  il se serait mis en branle, avec des muscles de miséreux galériens, il  aurait avancé. Quoi qu'il advienne jusqu'à renverser vos fortunes et vos corps. Je te hais pour ce qui transparait du monde à travers le véhicule de ton corps. Je  te hais et je voulais te le dire. Pour que tu saches que ceux de ma  race extermineront jusqu'aux derniers de la tienne. Si vous êtes plus  forts nous sommes plus nombreux. Si vous êtes mieux armés nous serons  plus braves.Nos rangs tremblent de fatigue de n'avoir le soir que  des trous de verdure où coucher la haine mais n'oublie pas, n'oublie pas  que nos ventres sont vides, que les armées d'affamés vainquent toujours  les soldats repus. Tu seras Rome ; je serai les Huns, les Vandales, les Francs, je serai le déferlement de la faim. Nous jeunons tous les jours déjà  pour que l'appétit frustré aiguise nos colères. Fais attention le matin  aux premières formes qui se soulèvent des cendres de la nuit. Ce peut  être mon frère qui tue l'un des tiens. La lumière qui s'arrache du gris  parisien ce peut-être le muscle phosphorescent d'un impatient de la  rage. Le clapotement de la fontaine, place de la Sorbonne, méfie-t-en comme du pas d'un  de nos éclaireurs cavaliers. Nous avons des haines qui ne sont jamais rien d'autre que le nom de nos dignités et de nos fiertés .Nous avons refusé votre réel insuffisant. Refusé nos ventres gonflés de vos odeurs.Nous  avons dit, d'une voix fêlée comme la cloche d'une Eglise, notre refus de vos existences. Vous aurez beau veiller. La nuit est un complice patient. Toutes les dates des calendriers elle fera le  guet au dessus de nos gestes maladroits. Tous les crimes elle couvrira  nos fuites de ses langes de soie. Fais attention. A toi. Parce que je te hais.Que demain, ou les fêtes à venir, l'un des miens emportera l'un des tiens, jusqu'à ce que ce soit toi.Nous sommes plus nombreux, nous sommes plus courageux, nous n'avons plus peur.Je  t'enseignerai jeune fille qui vit dans le luxe et l'espace,  l'étroitesse d'un tombeau, creusé pour un, où l'on se jette à deux. Je  ne prendrai pas de place, parce que j'ai faim. Le cadavre de ton crime  gésira tout près de l'innocence du mien. Je te hais Petite.      

Tu verras la douceur meurtrière des ailes d'un utopiste quand au sortir de ton cours de russe une voix de révolution t'emportera la bouche. Tu apprends une langue dont je t'enseignerai un mot : goulag.

16 novembre 2010

Faim.

Je trouverai bien dans mes faims
Une main de charité
Douce
Comme la caresse d'une mère
Qui m'offrira une béquille de pain
Un drap de soupe chaude
Pour couvrir
Ce corps
Malade
Glacé
De 
Poésie

14 novembre 2010

La confession

Quand j'eus 13 ans je rencontrai le corps du crime. .
Il s'appelait Marguerite et sa peau fanait, chaque jour, chaque heure la flétrissure semblait s'emparer de ses varices. J'avais 13 ans d'innocence et de fièvre et Marguerite me faisait lire Kafka en me reprochant mon analyse trop superficielle du tchèque malade. "Kafka, disais-je, montre la réalité par le biais de l'absurde. Son univers est soumis à la même physique que la nôtre. Ses personnages trébuchent, mangent, physiologiquement ce sont des hommes. Cependant, les règles morales qui régissent leurs interactions ne correspondent pas aux nôtres." J'étais très fier de mes lectures d'enfant. Très fier de pouvoir employer des mots adultes et cruels. Pas elle. La cruauté, elle préférait la vivre.

***

De Marguerite j'ai hérité les premières brûlures de cigarette qui forment sur mon ventre un chemin de peaux mortes. "Ce qui a brûlé, ne brûlera plus, ton ventre, sa reconnaissance m'appartient pour toujours". Je suis une bête vibrante.

 

 

Marguerite posait ses doigts sur ma voix fluette pour que jamais cette voix ne s'en aille dans la roche des voix graves des hommes. Elle haïssait les hommes. J'ai mué très tard, en conséquence, comme si l'adulte que ses doigts de fuseau avaient mutilé s'était pétrifié dans son cocon d'années. Comme si ses deux mains pleines de bagues avaient retenu en moi tout ce qui fabriquerait le corps de l'adulte.

Je ne comprenais pas bien tous les gestes que l'on faisait ensemble, cette hygiène du corps et du muscle et ces rendez-vous, tous les samedi, quatre heures de soutien dans la chambre du haut de la rue Gustave Flourens. Deux heures pour la littérature ou la musique "Madame, nous avons identifié les dispositions de votre enfant et afin de leur donner leur pleine expression, nous nous proposons, à travers moi, de lui offrir quatre heures de soutien dans des disciplines délaissées par l'enseignement classique".
Je suis entré comme ça à Hattemer. Par derrière. Par l'entrée de service. Celle des pauvres. Où l'on supplie, sans voix. Je devais apprendre à dire "merci" et à hocher la tête. Je crois qu'à seize ans toute ma politesse s'est fendue comme un voile trop tendu. A seize ans, j'ai commis mes premiers délits pour arracher de l'intérieur de moi tous les restes en stase de Marguerite.

***

Elle attendait, pour me déshabiller, que la nuit entre lentement par les fenêtres. C'était une grande maison que la sienne, une grande maison froide où l'on apprenait l'amour croyait-elle. Sa haine des hommes, en passant par le tourniquet de mon corps, s'est blottie en "haine des femmes". Une haine violente, indélébile. Une rage qui s'extrayait du monde pour me violer, tous les matins d'images compatissantes, cette rage enfuie des guerres se renouvelait en moi comme l'écume qui maquille la bouche des vagues. Je n'ai jamais su aimer. Le mot est censuré de mes émotions, il est trop méchant, trop brûlant pour passer dans cette grande fabrique de l'esprit et se déverser par la bouche, c'est un sexe d'homme qui ne peut franchir ma trachée étroite.

***

Marguerite le quatre octobre deux mille trois a posé sur ma bouche sa première punition : c'était ses lèvres. J'ai pleuré, ce jour là, pour la dernière fois de mon existence. Mon thème de latin était bâclé et elle le vit, elle le vit immédiatement. Mon écriture gauche, toujours gauche, ne brillait pas des petits pâtes d'encre que sont l'esprit déposé et la passion agglutinée. Ce jour là. Après m'avoir giflé comme une Cour aux arrêts inflexibles, après avoir aiguisé sur l'air gris du matin des mots coupants, ce jour là, elle a posé son corps contre le mien. Elle l'a appuyé jusqu'à ce que je sente à travers sa robe à demi dégrafée sa poitrine se rompre.
Aujourd'hui, tous les corps de femmes me sont une punition et un dégoût. Une soumission invariable et le coup de règle sur les doigts tendus du cancre. Les corps nus des femmes qui appuient leurs poitrines sur mon enfance me ferrent la bouche de caries. Marguerite le quatre octobre deux mille trois m'a appris à mourir. Je ne me lève dans la vie qu'avec une méthode étudiée avec soin, je garde dans tous mes mouvements la science qu'elle y inculquât de peur de mal faire et de voir survivre, en même temps que le matin fait ses flexions dans ma chambre, son corps malade briser le mien. Marguerite a quelque chose de ce corps péché qu'il faut mortifier pour lui faire mériter l'esprit qu'il abrite. Marguerite, dans mon souvenir, où elle se tourne sous les faces bleus, grises, jaunes et brunes se jette dans tout le corps de mes amantes et les habille d'une miette. Chaque nuit que je passe à tacher des draps, à jouir sur un corps de nacre comme dans un mouchoir, c'est elle que j'immole, elle qui vient dans mes désirs s'insinuer pour rendre la bouche amère, le corps puant du marécage, les eaux usées et vilaines. Toutes les femmes me supplicient. J'essaie de lutter dans les exigences que j'ai, dans les audaces que je multiplie. J'essaie. Je n'ai nulle part de présent à offrir. Je taille dans le bois du rêve de petits canots. Il n'y a jamais qu'une place. Et les larmes, les larmes de mes treize ans, lentement l'enfoncent dans les eaux de l'enfer. Il n'y a jamais qu'une place dans ce canot fait pour le présent, que je tends timidement aux amours qui, quand la nuit leur dérobent le masque, laissent voir le visage de Marguerite.

***

Marguerite a les yeux bleus qui font encore beaucoup de bruit dans le corps d'autres garçons - comme des épées qui raclent le marbre du palais- où elle pose ses deux honneurs, ses deux punitions, ses deux récompenses. Marguerite a des yeux froids de métal qui, parfois, croit-on s'entrechoquent en des étincelles d'orage. Son corps est une usine déserte et son regard jette encore des voiles de souvenir. La couleur de sa peau c'est de la rouille.

***

Parce qu'hélas il faut le dire, faire franchir aux mots le barrage craquelé du sens :
Marguerite m'a violé, j'avais treize ans. Elle est la première et la dernière femme de mon existence et je n'ai su qu'une nuit, une nuit inquiète, chassé du corps d'une fille la pourriture de son souvenir. Toutes les femmes posent sur mon torse mort deux punitions qui aplatissent toutes mes envergures. Dans chaque femme filtre Marguerite, quand je suis étonné d'abord de mon coeur soulevé, je demande au vin de révéler la couleur du visage et je vois invariable dans la mosaïque des souvenirs une peau de rouille. Toutes les femmes sont Marguerite et m'envahissent, montent sur moi à la vitesse d'une armée de pillards. Je ne peux pas me retourner.

Je me suis arraché de bien des enfers Hattemer, l'internat, Cassagne mais je n'ai jamais su filer entre les doigts hermétiquement clos de Marguerite, jamais vu un corps qui -longtemps- pouvait assourdir la terreur mortelle de son souvenir. Les mots qu'elles me disent, toutes, semblent du même tissu précieux et empoisonné que celui de Marguerite. Parfois, ce sont des haillons ou des fibres brulées ou des cuirasses de poussière ou des flammes transparentes, mais toujours, toujours c'est la même matière originelle que je devine. Je la sens bien qui glisse sur ma peau et la souille. Toutes les caresses sont ses caresses qui ne distraient pas la blessure vive de mon corps de treize ans. Il n'y a rien, entre deux mains d'amantes que l'épaisseur d'un gant. Ce matin, je pense à Marguerite et à toutes les filles qui pleurent depuis que j'essaie de la tuer. Je pense à tous ces espoirs aveulis...

Je ne sais pas aimer.
Marguerite m'a contaminé de mots littéraires, d'histoires fantasques, de héros aux panaches pourpres et aux armures de lin. Je suis comme un livre qui brûle et que les flammes recroquevillent sur lui-même. Je ne sais pas aimer, parce que Marguerite, quand j'avais treize ans et le nez encore droit, a fait danser devant mes mains aveugles une croix dont on ne se lasse pas.

Mon enfance hurle avec le murmure d'une fontaine, derrière des barreaux de joncs, près d'une rivière asséchée où le galop d'une crue a déplacé les habitudes. Elle est la coupable et le juge aux arrêts insusceptibles de recours.

Savoir qu'elle respire encore sans que je puisse enfoncer dans ses yeux mes mains devenues graves. Savoir qu'encore elle respire dans le corps de toutes ces femmes que je ne pourrais jamais aimer. De la première de l'alphabet à la dernière de l'almanach, que tous mes souvenirs de papier jauni comportent sa marque rend l'air lourd et empesté.

Je suis mort à treize ans la première fois. On ne s'habitue jamais à mourir.

13 novembre 2010

Tiffany 27/09/2010 - Premiers mensonges.

tiffany

Ce n'est jamais en vain que je saisis un nom qui s'imprime dans le velours douloureux d'une mémoire. Ce n'est jamais en vain, dit la grande aiguille aux formes de tanins, que je charrie des morts, et que je rapièce des hommes. La bile est le ciment des phrases, il fallut bien des colères aux hommes pour faire jaillir de leurs terres stériles et fendues de sécheresse des rimes belles comme des pleurs, qui viennent faire au paysage un grand fleuve blanc et impétueux. Il y a des mains qui s'ouvrent comme des fleurs et tiennent dedans des paumes les syllabes odorantes d'un bouton de rose. Il y a des pièges de peaux, qui ont des yeux immenses et vagues où meurt le chagrin et les vivants, ce sont, disent les inquiets, des sirènes aux mélodiques de la mort, aux bouches remplies de violon qui devient une liqueur d'acier.
L'alcool en moi laisse les prénoms comme des farces d'éther que le vent disperse et réinvente, se développe comme les réseaux de la houle qui noit l'aventurier. Le marin baise la mer qui lui baillone la bouche de sel et d'algues. Je me suis levé et j'avais sur le front inscrit comme le baiser d'un fantôme sur les lèvres.

Tu connais la musique ? Je veux dire tu as déjà entendu la musique de fracas qui s'arrache des digues, qui grimpe en une falaise d'argiles et de notes, la musique qui pleut avec la lumière des étoiles, et épuise des arpèges le long des cratères du vice ? Elle somme de mourir.

La musique sort du voile du tambour qui pousse sur le ventre de l'aube, la peinture nait depuis le drap que pose le temps et qui résonne comme une amplitude d'oiseaux noirs. Les migrants se jettent dans des terres inviolées d'où ils espèrent arracher des langues sauvages les grammaires d'or qui alourdissent le cours des rivières, et tandis que les pas lourds de la pluie piétinent les mèches décoiffées, il y a des hommes qui fuient, ils fuient comme des armées inquiètes, fuient comme devant la vie, ils cherchent, disent-ils la mort, et ne sont nés que pour mettre en scène l'existence jusque la mort, pour sentir sous leurs pieds craquer tous les théatres, toutes les planches, tous les bois. Une scène ça rompt comme un coeur de femme.

Les existence ne font que se croiser dans des couloirs étroits et puants comme un intestin, les individus se croisent, là, et les hasards font que les gens se mutualisent, s'annexent et se déchirent. L'histoire des relations humaines est de droit international public, il est sujet d'Anschluss et d'indépendance, sujet d'autonomie et de colonisation, et les dos des femmes semblent noires comme courbées par l'esclavage, et le coeur des hommes quand Orgueil a ôté les bandes de violence, que Vice a éteint sa bouche dans l'encensoir de cendres, le coeur des hommes est le trou de la jeunesse perdue. C'est un puits où les larmes font les eaux stagnantes d'où germent les maladies d'Afrique, qui brisent les os, taillent les nerfs comme des aiguilles pleines de toux. Le sang s'épaissit, la nuit s'y fait.

Sais-tu le temps est long, la seconde cruelle. Tant à affamer le temps qu'il est des heures où il faut espérer saigner dans le soir pour lui donner la teinte ocre des magies qui empoisonnent les veines, mieux que la drogue, mieux que l'amour, mieux que le sexe et mieux même que le désespoir, ce fluide qui s'épanche sur les cartes et décide de son épaisseur les frontières de l'imaginaire. Il faut saigner longtemps pour recréer l'Univers et le colorer.
Un jour on se lève, on a de la foudre au lieu des yeux. Tout brûle. Il ne reste rien. La mer avance. Timide. Pour mordre de ses dents de spectre la plaine brune.

Quand on me demande ce que je fais dans la vie je réponds "'j'y meurs" et c'est d'un rire qui appelle des fantômes dans un cantique céleste. Ma bouche est un vase, où le sang du Christ s'est flétri en un vin fumant. Tous ceux qui y boivent s'effondrent, stupéfaits. J'ai un oeil de gorgone au lieu de la parole.

Tu voulais (mais depuis tu as oublié, c'est le sort de l'humanité d'oublier, autrement elle semblerait une racine, racine unique qui aurait son germe en enfer) tailler dans ma faiblesse et mes lacunes, tandis que j'entendais dans l'assurance de ta voix et tes dix-sept ans qui en tiennent de longues profondeurs, de longues bandes étoilées de balles, toute la crainte et l'austérité. Tu survivras, toi, moi je ne sais pas. Ma faiblesse c'est très simple, c'est l'impudeur à la dire :  je suis incapable de vivre.

Adieu, n'est ce pas.
J'avais dit que je t'écrirais et je suis fidèle à ma parole de ne pouvoir l'être aux amours.

12 novembre 2010

Dette de nuit.

Lettres à Maria-Elena :

Mes délires nocturnes me reprennent. Je me pare de nuit, je mets ces grands voiles autour de mon corps, je les agrafe comme des robes de cocktails. C'est parce que l'on se recroise que la nuit -le noir- se répand encore dans mes yeux, que la cendre geint dans un murmure de cressons surpris en pleine fuite par les pas de l'hiver. Les mots sont faciles, libres mais obéïssants, on croirait des citoyens modèles et vertueux. Ils ont tout un pays à eux, tout un tas de viol à commettre et restent toujours en travers du délit, en barrent chaque voyelle, en nient tous les phonèmes. Mes mots ont de l'éducation, probablement ont-ils ce sens médiéval de l'honneur et doivent leur majesté à une formation quelconque de page. Mes mots, la révolution les a décapités et depuis ils ont perdu toute raison, tout sens commun, ils ont de la vertu en des âges où le vice frappe comme une comète repoussante toutes les poitrines humaines, l'emblème de vertu -un coquelicot- ils l'attachent à leurs voix et récitent des prières latines. C'est très bizarre, je me sens comme un ciré sur lequel le langage a toujours glissé, pluie fine, invisible, dont je sens le froid des billes aveugles, qui tachent la page. Je suis un médium, posté entre deux réalités, je sers de transcripteur. Oui monsieur Non madame Jules César a péri sous une lame parricide, il l'avait forgée de ses doigts de tyran et la lame rebelle, puante, et révoltée s'est retournée comme un mot mal dressé, une sorte de chien de la légion que la rage a rendue bleu.Je ne sais pas pourquoi les mots, la nuit, prennent cette teinte mauve, je ne sais pas pourquoi ils choisissent de peser dans mes yeux, de donner à mes cils ce rire d'éternité, je ne sais pas pourquoi ils roulent sur mon corps et y tissent des voiles de veuve. Je n'ai jamais compris ce que j'avais fait à la vie, de quel honneur l'avais-je privée, pour qu'ainsi elle me supplicie de l'écriture. C'est une roue qui sans cesse me broie, écrire, une roue qui m'écrase avec la lenteur d'une herbe médicinale que l'on pile.Tu es là, quelque part, dans mon langage, puisque j'avais perdu la nuit.La voilà de retour. Chargée de mots. Elle ne tire plus à blanc et ses heures font vibrer le temps et les rides.

Bonjour le soir. Salaud va !

Aube vilaine

Tes mains paysannes

Tachent

L'hermine

du soir

D'un or

Vulgaire.

5 novembre 2010

Mirjam La personnifiée

fais attention à toi, je suis très sérieux, mon amour porte un costume et son col est raide, droit, fier, fais attention à toi. Tous les matins, il déclare, et se regarde dans le miroir pour recoiffer ses gestes, pour ordonner ses intonations, son salaire ce sont tes larmes, celles là oui, et la suivante, et le torrent festif des autres. Je l’ai prévenu, je la préviens encore. Mirjam, s’il te plaît, c’est un miracle de supporter mon amour et d’en triompher, un trophée que l’on peut ériger comme la tête de Méduse « Il m’a aimé et j’ai survécu ». Ceux qui n’ont pas d’amour habitent dans la nuit, c’est un gant pour le crime. Ce sont des putains. Pardon Mirjam tu es une putain, c’est vrai. Tu as un visage de muette, ce que tu dis a un poids, une valeur, ce ne sont pas des breloques aux petits avantages, tes mots ont des petits pieds de danseuses et des jupons gris. Tes jambes sont deux rivières d’argent. Tes mots je les mesure dans une pipette et je les mélange dans ma tête pour fournir à ma bouche des chimies aux dards fatals. J’ai aimé Wendy, elle en est à demie-morte. Ce n’était pas ma faute. Elle avait la mort en elle, elle avait tout ce chaos formidable au creux de la bouche, ça se tenait là, c’était un ulcère ou une fleur, oui une fleur. Mes mains étaient chaudes, chaudes quand elles s’aventuraient dans son marécage : ses yeux. C’est la Hongrie mais Mirjam tu sens la Belgique, tu parles la Belgique, je vois Wendy quand tu me racontes les hommes et le désir, quand tu me racontes la bouche que tu as au ventre et ses volontés infernales. Wendy est morte dans mes bras et si je ne l’ai pas tuée je l’ai regardée mourir en riant. Elle me suppliait des yeux, son corps disparaissait dans des bans de sable dérobés sous son corps immobile. Elle me suppliait et je riais, je lui disais « suce » et elle suçait alors qu’elle se noyait. Elle est morte, tu sais ? Morte, et tous les matins je me lève un peu en avance pour me recueillir sur elle. Je lui raconte comment je vis, comment je porte son souvenir au milieu des blessures de mes vingt ans, je lui raconte que la flèche de son amour était douce. Wendy est morte, mais je ne l’ai pas tuée, elle avait la mort en elle, comme une fleur que ma main attentive et injuste a engendré en prairie. La mort était un arbre et mes attentions, mes haines, ma jeunesse en ont fait une forêt. Le cœur de Wendy, le corps de Wendy c’est Cologne. Depuis tous les matins, je pose ma tête contre un mur de pierre, et je lâche cinq larmes du poids d’une vie, cinq larme comme autant de pétales jetés au bas du cercueil, cinq larmes d'un œil ouvert comme une main. J’en ai volé des choses avec orgueil qui me trouaient les poches de leurs poids et de leurs nombres. Je n’ai jamais eu honte, jamais dit « je ne volerai plus jamais » mais j’ai été complice du cambriolage d’une existence et le remords m’enfonce en enfer. Il a répandu des sables mouvants sous moi qui me drainent, lentement. Je ne peux pas assumer le poids d’une vie. Je ne peux pas assumer la mienne, même.
2 novembre 2010

Elle.

Elle, que je ne nommerai jamais, m'offrait son corps comme une friandise, ou une consolation, les soirs tristes où mes vingt ans battaient plus fort qu'à l'accoutumée dans ma poitrine. Elle se déshabillait alors, dans un geste de mère qui vient prendre soin d'un jardin, et rendre ainsi à la nature environnante les couleurs volées par l'automne matinal. Je peux détailler chaque partie de son corps que j'aperçois toujours, en faction, dans le corps du reste de mes amours. Elles portent toutes les vestiges de sa présence et elles accueillent comme une urne la cendre du souvenir que déposent mes lèvres usées. J'aimais son calme dans ma furie, comme elle enroulait très précisément mes poings entre ses douceurs. Oui, c'était à la manière de la nuit qui pour vaincre le bruit de la ville, l'attaque par sa périphérie et en brûle lentement les contours jusqu'à tout à fait la posséder. Souvent, il est déjà l'aube, mais la nuit a vaincu quelques instants. De la même façon, elle suçait les venins de ma pauvre peau violette. Elle me tenait chaud la nuit, et je lui répétais toutes les nuits que je ne couchais avec des femmes que parce que j'avais trop froid dans la vie, qu'hors d'un corps de fille, les saisons de la mort ont de grandes dents de glace et une mâchoire de méchanceté. Je lui parlais encore, alors. Doucement nous nous sommes tus. Le silence impatient, le langage muet, qu'aucun maquillage ne pouvait poudrer, ni aucun artifice réparer, s'exhalait d'elle en invisibles perles. La sudation ne laissait aucune marque, le langage ne la frappait pas.
Des amants elle n'en oubliait aucun, elle refusait de ne garder d'eux que des nuits de plaisirs tressés, attachés, noués qui bétonnaient la route des âges d'années. Elle se souvient -aujourd'hui encore, j'en suis sûr- de chacun d’eux, de chacun d’eux au moins en sensation et n’en confond aucun. Elle les récite en jours, mois, semaines, elle les précise dans l’éclat de la lune, dans le gouffre céleste des étoiles, elle les raconte dans le haussement de sourcil d’un visage d’ange, où les muscles de cuivre d’un imbécile. Elle se souvient d’eux dans leur singularité et refuse d’en faire des masses indistinctes, agrégées de souvenirs et de râles. « Je n'en ferai pas de synthèse, pas plus que je ne les construirai en chapitre. A travers eux, j'étais quelqu'un, et non quelque chose, il y avait une voix singulière, une voix accordée à des doigts de musique, une voix qui suivait l'orchestre, la maladresse, l'assurance ou qu'importe les crues et les décrues. Je refuse d'oublier, je refuse de les associer, je refuse de disparaître, je ne serai morte qu'enterrée, et encore,encore ce jour là je te dirai de veiller sur ma tombe, d'y déposer un baquet d'eau que, quand fatiguée de la mort, j'ouvrirai les yeux, j'aurais besoin de nettoyer ce corps parasité par les bruits de l'enfer. J'inscrirai sur ma pierre tombale des mots, je dirai aux hommes « ne pleurez pas ici pour mon repos, je n'y dors pas, j'y pense ». Tu comprends, je refuse de me nier ». Elle conserve précieusement l'image des mentons fiers ou des gestes timides glissant vers les trésors convoités. Son appartement est une immense chambre noire où sa mémoire développe des instants comme des photographies.
Il lui est arrivé, sans donner de prénoms, de prendre l’accent d’un gitan qui la berçait de sa voix de guitare, elle m’a raconté ce soldat israélien, déserteur, les yeux jaunis de crimes pour qui son corps sentait la liberté et le sommeil. Elle prenait, raidissant ses membres, pour l'imiter l'allure d'un militaire hébété pour me dire ses cauchemars. Il lui avait raconté qu'il ne pouvait dormir, que les cris qui habitaient en lui se faisaient corps et matière, qu'ils avaient tous des prénoms d'Orient, pas de l'Orient des épices envoutantes et des mandolines, un Orient de poussières et de bombes. Elle me racontait avec son esprit délicat comme il lui était drôle qu'un juif cite l'Evangile malgré lui « Le Logos se fit chair ». Elle avait décidé, pour pousser l'ironie, de ne le voir qu'une fois par an le jour du Vendredi Saint, et tous les ans celui-ci lui répétait comme un psaume « J'ai deux morts, deux morts immortelles : l'enfance et le Christ ». Ils se verront dix fois, jusqu'à ce qu'il eut sa gloire minuscule dans l'actualité, les honneurs militaires. Il était schizophrène « les enfants que j'ai vu mourir habitent en moi, pensent en moi, pleurent et désesperent en moi. Je ne comprends pas leur langue ». C'était son dernier mot, d'une écriture précise, presque dactylographiée. Il est mort un vendredi saint.

30 octobre 2010

Vrai, je suis un désert.

Je veux guérir d'une plaie imaginaire.
J'y renverse des litres d'alcool
Et des prénoms de femme
Pour cicatriser
Une voix de fillette
sans vie.
Je veux sécher ce qui n'a jamais pleuré
Et éteindre
Des feux
Qui n'ont jamais
Brulé.
Certaines idées
Font mal
Comme des faits
On croit des impressions
Apparences d'ombres
Taillent
Du rêve
Des douleurs
Vraies.

Je soigne mon mensonge
D'amour
Avec
Des pincées d'orgueil
Et les soupirs
Du temps

Bien sur.
J'ai attendu
Que mes mains
Ferment
Leurs yeux
Blancs
Mais alors
Qu'elles n'avaient plus de bouche
Elles se sont réunies
Solennelles
Dans des habits de paume
Et de linéaments
M'annoncer
Graves
Leur cécité.

Je n'ai pas entendu
Les mots
Ne jaillissent
Que des plaies.
Mon corps
Blanc
Blanc
Striés
de
Mauves
Ne sait pas
L'éclat
D'une étoile
Eteinte.
Ne sait pas.
Comment c'est
Qu'un corps
Je n'ai pas su
Ce que mes mains
N'avaient pas vu
La physique
Leur barrait la bouche
Les mot n'ont pas su
Percer
Dans l'écorce
d'une phalange
Une bouche
Atroce.

Enfin.
Vrai.
Je n'ai pas pu pleurer.
De n'avoir su aimer.

29 octobre 2010

Les poètes ne pleurent plus, ils écrivent.

Mais, vrai, j'ai trop pleuré !  Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Poésies (1870-1871), le Bateau ivre
de Arthur Rimbaud

27 octobre 2010

Tiffany

Sans_titre

Il y a dans l'air des odeurs, tout un cortège de parfums qui avancent, processuelles, courbant les mains, inclinant les veines comme des cordes de pendus ? On dirait des paysages qui désaltèrent d'images une rétine d'enfant, sa pupille se délie et écarte la rue, brise les murs, c'est tout une vie de lézardes et d'heurts qui se mélange. Dans l'air il y a ces parfums longs et délicats comme des cerises pleines d'automne, qui giclent dans la bouche. Tu connais, ça, ta bouche humide de saison ?, où tour à tour viennent s'écraser la liqueur d'un printemps et ses merles rieurs, où les lèvres pleines de peaux et de vermeil sont un nid pour les caresses qui d'oisillons deviennent des horreurs désirantes, des bouches convulsées comme d'accouchements violents. Il faut bien vomir la passion, et tu dois savoir comment l'on courbe la tête, remonte les cheveux -ces boules de flammes où dix mille soleils se sont agglutinés- comment l'on vomit la ponctuation, le matin, que l'on se serre la gorge pour qu'au milieu de la phrase ne coule pas des diamants de sang et des jades, et des opales, et toutes les pierres du fond des rivières, de celles qui s'en vont tremblantes de la lumière d'un oeil -oh bel oeil, souvenir de toi. Oui nécessairement, parce que tu as le pas des fantômes qui font frémir les gens et me font rire, moi, ça semble du vin -le vin me rend gai, il donne à mes envies de mort un espoir- qui se renverse dans la bouteille comme le sang de la blessure qui cherche à couler mais ne se trouve nulle part de rigoles et d'égoûts. C'est un vase clos. Qui s'heurte partout à des murailles de verrre, c'est Cayenne entier avec ses grandes mains bleues d'Océan. On ne s'évade pas, n'est-ce pas, on ne fait que regarder le ciel, y déchirer ses volutes, y danser sur des comptines et attendre que les nuages crèvent en arpège. J'aime l'orage qui sépare le ciel en deux eaux froides comme le baiser d'une oublieuse. Dans ta voix nonchalente il y a l'orage qui me met du délire au geste, qui lui donne l'amplitude des cataclysmes, et le grand élan des falaises qui s'érigent. Une falaise c'est un désir qui s'est arraché de l'Enfer. Dans ta voix il y a la peur d'être découverte, que si l'on tirait fort ces beaux habits de chair, cette grande tignasse mieux portée qu'une auréole par le saint, peur que l'on voit ce qu'il y a dedans, de cris mais aussi de joie, ce qu'il y a de mesquin et d'eaux croupies qui attendent de pouvoir jaillir pour faire dans le jour des constellations de verre, captivantes comme des marais ! Il y a dans toi des cellules que j'ai entrevues, que je ne pouvais pas fouiller, il manquait quelques rousseurs à mes doigts -celles où le jour glisse, long toboggan de chrome- pour bien voir le fond des recoins où l'on entend une voix un peu moins sûre. Parce que tu débordes de toi-même, tes hanches se sont taillées dans du marbre et ta bouche dans celle d'un archange, mais il y a dans toute cette assurance, quelques taches d'ombre charmantes comme des gestes d'une muette. Qui ne peut pas se plaindre mais qui tremble... Il faut rire de tout et à commencer par ses désespoirs, brûler les cicatrices et ouvrir les plaies. Tous les jours je taille mes nerfs pour qu'ils pointent comme des minarets au fond de ma peau. J'apprends à dormir sur des matelas d'aiguilles, à l'intérieur de moi et les chandelles ont des flammes de douleur qui pâlissent terrifiées par la nuit. La nuit invincible, sépulcre de nacre, eaux du marécage. J'aime le poison ; tu en débordes. Doucement tu m'obsèdes mais je ris trop, bien trop fort, et dans ce réseau de rires qui se déploient comme de la voix de serge, et qui jettent dans le crépuscule des beaux reflets mauves comme des cierges finissant, je te disperse. Je te fabrique muse et c'est la pire offense à faire aux femmes. La muse est la putain de la poésie, écrire à une femme, c'est la baiser par l'âme. Tu excuseras le viol. "Les putains vident les couilles; Les muses l'encrier". Il faut que je fasse attention à moi. N'est-ce pas. La poésie est un nerf Sensible.
25 octobre 2010

Grenoble, la nuit

Les villes froides

Ont des museaux

De Pierre.

Et de grands

Yeux de phantasme.

Les trottoirs sont bavards

Et assoiffés.Je partage mes rires

Déployés en liqueur.

Ici.

La lune est un œil

Qui tache la solitude.

Ou

La corrompt.

 

Je suis couché dans le bruit

Yeux verts

Yeux gris

Couleur de nuit

Grenoble est si froide

Qu'elle casse comme du sucre

La bouche de Loriane

Etait

La couverture

D'un souvenir.

 

 

Je ne me souvenais plus.

Du front humide

De mes baisers.

Peut être suis je la pluie

Qui marche

Sur le pavé

D'un visage.

 

Je me souviens Loriane

Aux yeux clairs

Aux pleurs

De sommeil

 

Le langage ne s'est pas eveillé.

La poésie a de la fièvre

Les rimes ont les joues

Rouges du houx

Et des baisers.

 

 

Je ne me suis souvenu

Que du froid

Froid

Comme quelqu'un se tenant là

Aux mains d'hiver

Qui glissent

Sur le dos découvert.

 

Les frissons ont sali

La caverne du secret.

Mes poches étaient vides

Le coeur débordait

D'impatiences.

 

La solitude n'a de langage

Que les mains

Qu'elle secouent

De leur couleur

De cellier.

 

A elle j'ai tendu des miroirs

de toutes les couleurs

Aux formes mortelles

Mais ce n'était pas le miroir

Qui la gênait

Seulement le reflet

Grenoble la nuit

Tousse des rêves

Qui déplient deux ailes

Semblables aux toits de chaume

Qui crépitent dans les livres.

 

Grenoble la nuit a des voitures

Que l'alcool

Abîme

Comme une terreur

aux pieds

De jeunesse.

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