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boudi's blog

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16 octobre 2023

Scathophaga stercoraria

Chapitre Bonus - Roman

 

il a écrit aujourd’hui sans son journal intime : n’ayez pas peur, comme toujours, je ne dirai rien de clair, rien qui ne soit discernable à qui déjà ne sait pas tout, il dit, pourtant vous craignez je ne sais quelles explosions, ma parole se contient dans les bornes que vous lui infligez.

 

Sélim, qui voit le passage insensé, le tirage infernal, les lecteurs scrutateurs, comme s’il s’apprêtait à rédiger une lettre ouverte à destination du monde, à dénoncer, cruellement, sans vergogne ni limites quelque acte dont il se sentirait la victime. Sélim ne pense pas à ça, pas une seule seconde, en fait, il ne pense que ce cas, individuel, singulier, ne mérite un traitement public. Il croit, encore, Sélim, que les conflits, souvent, se règlent, dans le huis clos des intimités. Tout intervenant extérieur, soutien partial d’un récit partiel — récit connu que de paroles rapportés et non des mouvements minuscules qui animaient une relation vécue quotidiennement — empêche la résolution sereine des disputes.

 

Sélim, six mois, après la rupture, la rupture relationnelle, d’abord, la rupture psychique, aussi il faut le dire, écrit à Sââna, il faudrait qu’on parle de notre sexualité…ces dernières années…comment ça s’est passé…je me suis forcé…tu en penses quoi toi ? Sélim rapporte le message, comme ça, il omet, sûrement, forcément, une partie de sa violence qui, plus que violence, est, douleur. La violence, qui sera appelée perversion, par des intrus, la

 

Whataboutism

 

30 langues

  •  C'est drôle, mais je ne me souviens pas que les médias aient été si énervés à propos de la décision tout aussi stupide de Barack Obama de retirer une force résiduelle d'Irak. » Rich Lowry, éditeur d'un magazine d'information républicain après la vague de critiques suscitées par l'annonce par Donald Trump du retrait des troupes américaines de Syrie le 19 décembre 201815.

 

 

douleur, conditionne les formes d’expression, plus encore que folie, il semble, qui prétend canaliser le cri ? Sélim se demande ça sérieusement. Est-ce que le cri de qui trouve à son coeur une plaie doit, avant de le pousser, en trouver la retenue ? Quand cette douleur tue depuis longtemps, purule, le sang coule par où il peut. S’il salit les vêtements neufs de la vertu retrouvée, il n’y peut rien, le sang, de perler ainsi. 

 

Les intrus, Sélim s’en convainct, n’eurent jamais du intégrer la discussion, sauf si Sââna, par leur délégation, cherchait l’absolution. Elle ne réclame pas leur analyse mais leur pitié, pas la justice mais le pardon.

c’est un pervers pour les montagnards, un fou pour les girondins. Quoi qu’il advienne, Sélim le sent bien, plus que sa parole sans valeur il est lui-même dépourvu de valeur. Sélim, après la rafale subie, la rafale de mépris, de déni, de silence, les mots de la vraie violence, s’excuse parce qu’il se dit, Sélim, que Sââna ne lui peut vouloir du mal — Sââna et ses amis, eux, la protègent en l’assurant qu’il lui veut du mal, qu’il cherche à la heurter, que sa motivation se trouve non dans la question posée, dans la réponse cherchée, mais dans les effets délétères de ceux-là.

 

Sélim écrit à son amie Sarah, très proche, qui reçut, un jour, des mots couperets (cruels, d’une cruauté indiscutable), elle aussi, de la part de son ex, il lui écrit, Sélim, à Sarah, parce qu’il redoute, depuis le départ, dès avant d’écrire le premier message il redoutait d’agir comme lui, d’envoyer, pour blesser, que, même, ça jouait, longtemps, dans cette retenue…ça cède un jour. Ca ne peut pas être sa faute à lui. Ca ne peut pas. 

 

sa réponse, la réponse de Sarah, quelque part, le rassure, parce qu’elle donne de la hauteur, que, surplombant, elle le replace, aussi, à la dignité humaine, non Sélim ne se comportait pas avec cruauté, barbarie. Sarah efface le mot pervers. Efface le mot fou :

 

Non je ne suis pas sûre que tu m'en aies parlé en ces termes. Mais je sais que tu n'avais plus de désir pour elle à un moment ou même très tôt dans la relation. Je peux imaginer combien c'est blessant d'entendre ça. Et en même temps si tu as besoin d'en parler tu as raison de l'exprimer. Faire une X c'est avoir des motivations sous jacentes malhonnêtes : blesser, reprendre. Et tu sais ce qu'il en est des tiennes non ? Toute motivation honnête donne des actes honnêtes donc ne t'en veux pas trop. Mais comprends sa position aussi : putain c'est dur d'entendre ça.

 

Ce dont Sélim s’aperçoit c’est bien ceci, il fait au mieux, et cette fois-ci, de façon indiscutable, il se trouve, et sont les autres qui établirent l’échelle ! du côté de ceux qui subirent, que, personne, il l’a assez entendu, ne peut supposer à sa parole un arrière-texte ou un fou-texte. Sélim s’incline, c’est un défaut, devant la force, il la confond avec la justice, parce que toute justice découle de la force, alors quand il se voit insulté de pervers avec vigueur, il y croit un instant. Sélim a besoin de temps pour reprendre contact avec sa réalité, avec son être, pour ne pas être entièrement absorbé par le mot. Pervers, comme si, chose en gestation, au prononcé, comme certaines formules magiques, le font éclore, le mot, en lui, le confondant, désormais avec lui. 

 

Devant le mot de pervers il se remit pourtant en question, d’où, le message à Sarah, la peur d’agir comme X, peur qui le tenaillait depuis le départ, Sarah le rassure en ce que l’anamnèse qu’elle le conduit à faire, l’éclaire sur ses propres intentions à lui, il en venait à douter, à ne plus savoir ce qu’il cherchait vraiment, quelle folie, il se dit, quelle folie, ce mot pervers ce qu’il fait…ça se pardonne, ça ?

Parole, la sienne, motivée par un besoin, besoin récent, bien entendu, demeuré secret, auparavant, un travail lent et permanent, accéléré ces derniers mois parce que lui aussi subît des accusations graves. Accéléré parce que Sââna le conduisit dans une cellule d’introspection, étroite, humide, violente, où des cauchemars renaissaient, où une vie engloutie, enfuie, pas grave, comme il le pensait à l’époque, enflait, la nuit, régulièrement, maintenant, au moment de s’endormir, il sentait un bassin s’écraser sur sa figure et il tombait dans le sommeil, asphyxié plus qu’endormi.

 

Sélim obéît, se cloîtra, s’interrogea. Personne ne peut lui dénier, alors, son courage. Sââna, et tous les autres, d’ailleurs, ceux qui le désignent sous le vocable de pervers, le menèrent à un certain endroit du monde, orientèrent son regard de telle façon à ce qu’il comprenne l’ordonnancement, le nouvel ordonnancement du réel en un sens qu’il ignorait ou se dissimulait, un endroit d’où on lui demandait de se voir, de se juger, voire de se condamner. On le traîna, ici, sous le couteau de valeurs pas tellement nouvelles qu’aiguisées plus que jamais.

Et, d’être traîné ici, lui aussi se met à revisiter, réécrire, reconstituer, avec leurs mots, leurs images, leurs qualificatifs sa vie à lui, sa vie dans laquelle Sââna prît une place, dans laquelle le corps de Sââna accompagnait le sien, que le corps de Sââna, réclamait, que cette exigence se trouvait des insistances diluées certes répétées surtout, les tu sens bon qui exprimaient son désir, les j’ai besoin d’être désirée pour me sentir belle les ça me rend malheureuse . Des années. Des années de ce discours, il éructe, Sélim.

 

Alors, celui qui le traite de pervers prononce la phrase perverse, hypocrite, une phrase sans prix, une phrase que Sélim n’oubliera jamais :

 

tu ne me feras pas croire qu’elle t’a mis le couteau sous la gorge. 

 

Ca interpelle Sélim, cette phrase, qui se voit placer un couteau sous la gorge avant un rapport sexuel ? céder n’est pas consentir il croyait qu’il fallait faire tout droit, toute honneur à cette phrase, qu’elle ne possédait pas de genre ou que, du moins, sa véracité ne dépendait pas des acteurs. Elle trônait, sommet des hiérarchies morales. Est-ce que c’est un couteau sous la gorge le jour où Sylvain insiste parce que Violette accepte de coucher avec lui ? Comment ça s’appelle ? Surtout comment ça s’appelle quand ça dure des années ? Parce que, Sélim le comprend, là, en train de flipper dans sa chambre, que le dur vient de la répétition dans le temps, de ce que est-ce que ce serait grave pour elle si elle savait qu’il se forçait et est-ce qu’elle pouvait le savoir ? Voilà les questions. Elle choisît de les traiter comme des prétextes. Sélim a pris rendez-vous pour 10h30 chez le psychiatre et la psychologue. Il y avait longtemps que ça n’avait pas éclos en lui, bouquet de fleurs funestes, tout un abri de lys, d’oeillets et de chrysanthèmes.

 

Le type a ajouté :

tu ne me feras pas croire que tu avais peur 

 

et ça, alors, je ne sais pas, se sentir coupable de ne pas donner du sexe c’est pas aussi une injonction ? Il se souvient qu’il a lu, ça, sur Instagram. Différentes formes, ces pressions. Au départ, au départ, il ne savait pas, comme s’il devenait convaincu à force d’être nié. Le processus de radicalisation…ahaha, avec un prénom comme Sélim, il se marre, radicalisé. 

 

Faustine dit à Sélim t’aurais du lui dire à ce mec qui te tetraite de pervers : va te faire enculer mouche à merde, c’est vrai. va te faire enculer mouche à merde.

 

Alors, Sélim, après la culpabilité, celle d’avoir heurté, mal dit, d’avoir peut-être ressemblé à X. explose, quelque part, il explose à retardement pour être sûr, il demande autour de lui est-ce que je suis fou, est-ce que je ne vous disais pas déjà ça à l’époque ? Ses amis le rassurent, plusieurs, d’autres il ne leur demande pas parce que, proches de Sââna, il ne veut pas salir son image, il ne veut pas ajouter à la conversation, cette fois non des intrus mais des amis, forcer, encore, à choisir un camp, ceux qui s’épuisèrent déjà, ou qui, préservés, méritent un calme identique.

 

Sélim réclamait, tout simplement, une écoute, une clarification, quitte à être contredit, il ne prétendait pas établir inaltérable son récit, attendant l’assentiment et la contrition.

Aujourd’hui, il est de plus en plus sûr, de plus en plus sûr en recomptant les témoignages, parce qu’aujourd’hui sa parole à lui ne vaut rien, qu’il doit convoquer sans cesse les tiers, les témoins de moralité, les images inaltérées, le parfait screenshot. Qui, pour preuves, ne constituent aux yeux des autres aucune vérité. Seules les croyances comptent. Et on ne le croit pas. Sélim ne peut pas écrire trop de messages à Sââna sinon, quoi qu’il veuille s’expliquer, Sââna se persuade, et les autres avec elle, qu’il la harcèle. Ca aussi, ça lui semble bizarre, sa peur, à elle. 

 

Le pervers lui avait écrit un jour bien avant

 

il y a des faits

 

Ici, Sélim, à son tour, de dire :

 

il y a des faits.

 

d’ajouter :

 

il y a aussi des témoins.

 

Sélim peste, alors, donc, cet endroit, cet endroit de moralité, où on le menait se gère selon une règle variable, défavorable, forcément à lui, qui, coupable une première fois, jugé tel, perd à tout jamais la possibilité, de se plaindre, de ressentir, que rien ne pouvait lui être épargné, même pas la réalité de sa douleur, même pas la vérité de son cauchemar. Alors, il demande, oui, Sélim, à ses amis, s’il n’est pas fou. Ils lui disent, ces amis, tous, tu n’es pas fou ou Oui, tu me l’as dit. Il envoie ça à Sââna qui partage à tous les autres intrus, convaincue, Sââna, et eux avec elle, que Sélim n’agit de la sorte que, pour, encore, l’enfouir sous des tonnes de son âme à lui, détritus organiques, quand, il montre, lui, par là, ce qu’il signifie tu vois bien Sââna, je ne te mens pas, je demande TA vérité. Parce qu’il sait, Sélim, depuis longtemps maintenant, le sort réservé aux coupables d’avance, inécouté, trop gravement affecté par la tache, lui confondu avec la marque, le stigma diabolicum. Des années, il dit, pourtant, des années de ça. Sélim repense, les images réapparaissent brutales, indiscutables devant le refus d’être discutées. La négation, les insultes, cristallisent plus assurément les faits, ils deviennent incontournables, durcis. 

D’abord les cauchemars, connexions nerveuses désagréables, se muent en réalité concrète. Alors, oui Sélim l’affirme, c’est de sa compétence à elle, Sââna, de sa compétence parce que de son fait, six ou sept années, de ces gestes répétés qui, aujourd’hui, explosent en cauchemars, relèvent de sa responsabilité à elle que son refus d’en discuter la rend responsable de ce dont, si elle avait répondu, eût été parfaitement — possiblement parfaitement — innocente.

Il ne partage pas, Sélim, les réalités matérielles, le contenu de ces réalités, les faits exacts, il ne le fait pas et peut-être de cette description imprécise, de demeurer dans l’état abstrait, se rend louche à leurs yeux, laisse un espace interprétatif à sa défaveur ? On n’imagine son silence une faille quand Sélim s’en abstient parce qu’il trouve que là, ce serait cruel, de décrire tout à fait exactement, secondes par secondes, ce qu’il ressentait, ce qu’il a vécu.

Il peut en faire le découpage 24 images/seconde, rapporter des textures, les rapprocher d’émotions et surtout, surtout, ce qu’aujourd’hui ça touche de concret en lui, l’obstacle réel dans sa sexualité, les gestes qu’il se met à éviter, les détours pris, les réminiscences, il ne dit rien de tout ça. Il ne dit pas parce qu’il sait que s’il entrait dans les détails — ce texte ne comporte aucun des détails dont il est question — alors, là, vraiment, il casserait quelque chose et que, ceci, oui, il en est sûr, n’est pas son but, il ne souhaite interrompre aucune vie, il souhaite continuer la sienne, la reprendre après qu’on le traînait là. A ce point du monde, qu’on dit meilleur pour tous. Il compte encore parmi le monde. Il a droit à sa part. 

 

Le monde déteignit sur lui et lui aussi, il déteint.

 

 

sélim se souvient amer des vidéos qui limitent sa responsabilité, la diminuent au point exact de sa déclaration. Pas en deça, il l’accepte, ça, toute l’étendue de ce « ça » mais pas plus cf. la vidéo, il se dit, cocidille mentale. sélim, à cet endroit là il se met à bouillir, le refus de tout élément, objectif même, dès qu’il provient de lui comme si lui Sélim putréfiait lui qu’importe que l’autre cette fille là la glaçante avouait explicitement explicitement

 

 

 

La définition du viol, Sélim le découvrait alors, changeait sans qu’elle n’affecta vraiment, ou sinon dans de vagues marges, c’est à dire dans le zèle de certains procureurs, la loi. Sa définition sociale, qui se confondait, avec plus ou moins d’exactitude, avec la définition légale, voulait, auparavant, qu’il y avait viol lorsqu’il y avait un violeur, c’est à dire une intention de violer. Il s’agissait d’une définition subjective, c’est à dire qu’il fallait découvrir si oui ou non, l’auteur avait souhaité violer par surprise, contrainte ou menace. Le viol ne pouvait être retenu en l’absence de ces éléments, la sensation de la victime ne pouvait y suffire. Ce qui, pour toute autre infraction, semblerait normal. Il n’existe pas d’agression sans volonté d’agression et la sensation d’avoir été agressée ne saurait suffire à le caractériser. Bien sûr, dans une société patriarcale, il était trop facile, de prétexter de l’étroitesse légale pour s’exciper de toutes poursuites et il n’est pas insensé de chercher d’autres indices pour s’assurer de la réalité du consentement c’est à dire de la croyance en ce consentement. Il pouvait admettre même qu’une différence d’âge significative — et la loi désormais le retient — 

 

Tout ça il pouvait le comprendre et le méditer. 

Mais voilà que, parce que tout ce discours se diffusait en lui, il se mit, lui aussi à réviser sa vie, à l’explorer sous cet angle, s’il analysait ses gestes et ses faits il devait, autant, analyser ce qu’il connût, lui, de l’autre côté des mains, c’est à dire dans la passivité de sa volonté ou dans l’extorsion de celle-ci. 

 

Le truc, c’est qu’après que lui même fut la cible de ces révolutions, c’est à dire qu’on lui expliqua, sous la menace et le harcèlement, mais des manières il passa outre, avec douleur et violence, que le viol ce n’était pas dans les actes du violeur mais dans la tête de la violée, il médita. 

il médita. 

Et celle qui lui répétait, longtemps, pour ne pas dire toujours, cette règle, il se demandait si elle-même, quelque part, ne pouvait être justiciable de ces dispositions. Il le lui dit, sans surprise ou presque, elle l’envoya chier, s’en ouvrit, gémissante, à son meilleur ami, qui fit une réponse atroce qui l’accusa, lui, de chercher à manipuler parce que le message qu’il écrivit ne pouvait relever que de la psychiatrie ou de la méchanceté. 

 

la psychiatrie ceci, il le reçut souvent, comme une annulation de tous ses propos, son énervement ne pouvait résulter que de la folie (avant de glisser, dans les jugements extérieurs, vers la cruauté, sans que rien pourtant ne l’altéra). 

 

Son Ami, De Gaulle, et ça, le plus cruel, le plus insupportable, aussi, se justifia d’en être instruit au prétexte que Sélim, lui-même, en avait avisé ses amis. Or, ici, semble-t-il, selon toutes les règles morales énoncées par eux. Ce ne valait en rien la même chose. Le parralèle était même surprenant. Sélim, lorsqu’il s’en ouvrit à ses amis, le fit avant tout pour s’assurer de n’être pas fou, d’avoir bien dit, au long de sa relation que, oui, il se forçait, que oui, pesait sur lui une grande culpabilité qui le conduisait à une sexualité contrainte, sans plaisir, voire angoissante. Il n’écrivait aux autres que pour s’assurer de la véracité de ce qu’il avait subi non pour accabler ou pour justifier, pour témoigner que, au passé, c’est à dire bien avant toutes les disputes et toutes les horreurs, ceci existait, sous l’oeil des témoins. Lui, De Gaulle, s’il avait été contacté c’était en guise de protecteur, non pour contre-argumenter mais pour simplement nier psychiatrie ou méchanceté. 

Il écrivit, après ce jugement moral, tu ne vas pas me faire croire que tu avais le couteau sous la gorge (…) et que c’est comparable à une accusation de sexualité avec une mineure. 

 

Puis il le bloqua

 

Sélim se retrouvait interdit, il devait d’une part se défendre, se justifier, expliquer, que, il n’est que rarement question de couteau sous la gorge qu’il s’agit plutôt de phénomènes rampants et implicites. Le sous-texte pour De Gaulle, c’est à dire la projection dans la psyché de Sélim, voulait que Sélim ne se prononçait de la sorte que par vengeance ou comme façon de s’absoudre d’où l’opposition qu’il formulait d’avec ce qui concernait directement Sélim. Au lieu de considérer que s’il existait en effet un lien entre ces évènements il tenait à ce que la révolution opérée dans le monde n’excluait pas Sélim de la discussion, la vie entière de Sélim, de chaque côté des gestes, des actes et du passé. Il intégrait son existence, comme une pièce de puzzle, à tout ce qui s’était passé. Ce tout le plaçait de chaque côté des règles Il ne comprenait pas à quel titre il devait se trouver exclu de la communauté des autres êtres humains, s’il n’exigeait aucune place au sein des martyrs il pouvait, au moins, espérer être entendu. Le refus signait, absolument, une exclusion de l’humanité. Et s’il en était chassé il n’en était pourtant pas le plus inhumain. Parce que, à la fin, possiblement, ceux qui révoquent l’humanité des autres ne se départissent que de la leur. 

 

 

 

Sélim subit deux reproches, de ne pas s’être exprimé convenablement et que donc il visait à manipuler ce qui semble curieux puisque la personne qui souffre, sa 

 

 

 

Il se souvient, maintenant, exactement. 

La difficulté qu’il a eu, quand il retrouvait un sexe couvert de poils, à le lécher ou le toucher même à cause de ce que ça se rapportait à des souvenirs douloureux, forcés, pour faire plaisir. 

Qu’est ce que c’est qu’une sexualité tournée exclusivement vers le plaisir de l’autre, mue, essentiellement, par la culpabilité.

je ne me sens pas belle si je ne me sens pas désirée 

 

 

Alors, à ce moment là, il comprit, il ignore ce qu’il comprît, la banalité de la lâcheté, certainement, de ceci, il est sûr ou presque, il a subi quelque chose comme l’on dit lorsque les mots, à cause de leur usage et de la gravité que celui-ci leur donne, ne peuvent plus recouvrir et décrire la réalité singulière. Il ne croit pas avoir été violé mais il sent qu’il a été forcé. 

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15 octobre 2023

All play means no sex

Au lit, après la longue soirée d’hier, terminée à 6h du matin, avec Le Moine, électrisant jusqu’au matin le groupe, les lèvres parées de rouge, les sourcils madrés, nous discutons avec J., le rideau tiré, des gestes de séduction entrepris par les hommes, les certitudes qu’ils affirment devant le moindre signe d’intérêt d’une femme — politesse, gentillesse, crainte. Cassandra, aujourd’hui, ma très belle et douce ancienne amoureuse, ajoute Etoile sur Instagram qui, devenu fébrile, demande par DM « qui est cette charmante fille », J. répond, je synthétise, « l’ex de Jonathan ». Après ma sieste, je reçois de la part d’Etoile « c’est quoi ce bin’s avec Cassandra » J. « ils ont échangé, elle l’a bloqué ». Etoile, à qui je réponds « ? » s’étend, gentil laïus inquiet, persuadé, en réalité, ne me le rapportant que par détours, l’exprimant plus clairement à J. « on n’ajoute pas un compte privé par hasard (…) je suis doué pour repérer ce genre de choses », se persuade que cet ajout traduit un intérêt sexuel que, parce qu’elle le bloque, le motif vient d’une sorte d’embarras de sa part à elle — parce que nous la connaissons — et certainement pas de ce que lui a été relou, de ce que, son profil Instagram lui a été suggéré par l’algorithme et, elle, accomplissant le geste banal et distrait de l’ajout. De bien connaître Cassandra l’explication d’Etoile de la supposer retorse, inquiète d’entrer en relation avec des connaissances de son ex. 

 

Si je réfléchis à ceci c’est d’observer, régulièrement, ces processus étranges — accentués jusqu’à la démence ici par Etoile - de ce qu’une femme échange avec un homme que cet homme, de là, imagine un intérêt immédiatement sexuel. Récemment, nous buvions vers 23h, près de la librairie, avec Valentin, des verres avec José le libraire et Césarin, près de nous, deux filles inconnues, Louise et Anastasia, se trouvaient, l’une d’elles, Louise interpella Valentin de boire un café ce qui lui fit s’exclamer, de son regard joliment étonné « mais tu bois un espresso ? » qui amorça folle soirée, dialogues intempérés, mouvement jusqu’à la fermeture des troquets, puis passage, ensemble chez Valentin, le doux appartement de Valentin, l’émerveillement qu’il suscite, chaque fois, l’appartement. Les vagues accrochées à nos pas, moi, qui à 5h30 rejoint J. en Uber, Valentin, à 6:17 m’écrit « ils sont partis ». Le parallèle entre cette situation et celle d’Etoile c’est que passant moi à la librairie, au retour de Palerme — j’y avais laissé un livre pour Louise — José me dit « Césarin était sûr que Louise passerait à la librairie lui demander son numéro » ce qui m’interpellait parce que, d’être demeuré en rapports assez serrés avec Louise — Valentin de même — jamais elle n’évoqua Césarin — à qui elle fit lire ses poèmes, au café, mais Louise, son enthousiasme trouble les jugements plus encore ceux des maladroits en amour et en séduction — non par un embarras devant ses sentiments naissants à elle —elle ne dissimula ni ne retint, ultérieurement, son affection pour Valentin. José me dit « Césarin, allait, après que Louise l’aura contacté, couper court » se projetant, dans un scénario tout complexe de noeuds, d’une relation non-née dans laquelle, empereur, il baissait le doigt pour l’exécution. Amusé, je le rapporte à Louise qui, s’en agace, passant à la librairie, pendant mon séjour à Palerme, elle ne réclama pas le numéro de Césarin et trouva plutôt irritant sa manière. Disposant désormais de l’intégralité des éléments, je vois le système déployé — maladroit parce qu’incompétent — de Césarin. Convaincu, au cours de la soirée, d’une attirance réciproque il entreprit un jeu qui, croyait-il augmenterait le désir de Louise et par là son empire sur elle. Lorsqu’elle lui demanda son numéro, lui il faudra passer à la librairie le demander. Le Mystère se dit-il, il se dit le mystère, le charme poétique — il reproduit mon geste de tu récupèreras un livre à la librairie qui ne portait pas, le mien, de volonté mystérieuse ou de séduction, pur don — je comprends à l’instant qu’il reproduit parce qu’au moment du présent lui : t’es parisien…t’es parisien depuis toujours ? cette sorte, pour lui, alors d’aisance spontanée, de charme. Louise, je lui parle, plus tard, autour d’un Moscow Mule de ce que Césarin racontait à José et elle, à moitié décomposée et irritée, ah bon ? C’est que non, qu’elle trouvait sa démarche ridicule, que ce jeu de pistes ne présentait aucun intérêt, elle le trouvait sympathique — comme nous tous — et parce qu’enthousiaste se trouvait là de nouveaux amis, une plus grande diversité, pliure agrandie de l’éventail. Lui, prêt à couper court, imaginant, à cause d’un bonjour, une forte inclinaison, croyant, dans le vent d’automne qui empourpre le visage, peut-être, les premiers signes d’un amour, les rougeurs de l’amour. Au lieu de s’inquiéter devant le visage grêlé d’une adulte à la varicelle, il se suppose un grand triomphe, prêt, hélas, devant la pâmée à l’écarter d’un signe désolé. 

 

alors moi je me souviens, on parlait avec M., par Instagram, je n’avais pas de visage et elle je la trouvais jolie, ne souhaitant pas — constatant tout de même — couchant bien plus tard avec elle — entrer dans un rapport de séduction — de séduction sérieuse puisque je demeure toujours charmeur. Je, tout différent en ceci de Césarin, lui déposai, la prévenant, un livre Mary Calloway, dans un endroit secret, près du cabinet d’avocat où elle exerçait, le dissimulant, dans les fourrés, un mot inscrit à l’intérieur, un post-it collé sur la couverture noire suppliant qui le trouvait de le laisser s’il ne s’en sentait pas le destinataire — rendant plus visible le livre discret par cette excroissance colorée. Lorsque j’en parle à J., qui n’aime que les choses simples — à condition qu’elles soient belles — elle me dit — je le sais — « ah ça m’aurait soûlé » lorsque j’en parle à d’autres, femmes et hommes, ils en sont séduits. Souvenirs, aussi, pour faire mon intéressant certes là cette fois-ci, au premier rendez-vous avec Cassandra, au Andy Wahloo, apportant des fraises de chez mon bon primeur (ou Berrie’s?), dans un petit mouchoir, pour les étaler sur notre table, geste splendide parce que rare et précieux, parce qu’écho gourmand à celui plus banal des fleurs, s’y rapportant, en déviant — moi maladroit tout de même oubliant dans le uber qui m’y menait mon sac — courant à sa poursuite — arrivant suant au rendez-vous, mais digne, divertissant de mes cheveux humides par l’apparition miraculeuse des fraises juteuses. Revenant, sans réciter, à la légère improbabilité proférée par le poète. Avec mon corps de faon comme J. m’appelle depuis toujours. 

 

Je voulais dire, les hommes prennent toute curiosité pour promesses de batifolages, suçage de bites dans les toilettes les plus proches.

12 octobre 2023

S'exciper

Lorsque je rencontre de nouvelles personnes J. pense que je veux coucher avec elles. Parce que, depuis plusieurs années désormais, je ne supporte, exceptés les vieux amis, que les femmes. Détestant, maintenant, les façons viriles d’exister, ces histoires de coudes et d’épaules, tout ça me lasse ou me répugne. Souvent répété, de ceci moi nullement excepté. 

 

Drôle d’allure, il dit, Finkie quand J. lui montre les photographies de notre voyage en Sicile. Drôle d’allure, dit-il, J. l’imite, avec l’accent chevrotant de son âge, quand il voit en photo mes costumes colorés. Un air que j’imagine de surprise sans courroux et, J. me détrompera - je ne lui demande pas, allongée dans le lit, à cause de son jour douloureux des règles, regardant un film - une certaine forme d’assentiment étonné. Drôle d’allure, suspension, aussi-déjà, d’un jugement, une affirmation de forme interrogative, miscibles, ici, les … et le ?

 

J. parle de sa voix tranchante comme un rasoir - qu’à son goût ne rencontre pas assez souvent ma barbe - lorsqu’elle prononce cette phrase. J. croit, à raison, en son instinct et je me demande, alors, pourquoi ici elle fait erreur comme, à d’autres moments, quelles régularités dois-je identifier pour comprendre le point nodal de son instinct. Y réfléchissant la nuit, hier 

 

tu boudes me demande J. ? tu es fâché Miaouss ? Désolé Miaouss — sa contrition plus faite d’indifférence quant à ce désir qu’elle me suppose qu’à une remise de son jugement

 

je découvre. J. excelle pour déterminer des situations advenues ou, éventuellement, en train d’advenir, ce qu’on dit du flair or ne se sentent que les odeurs réalisées, que les parfums déposés. J. se trompe rarement quand elle décèle un mensonge, une pratique révolue, elle se trompe, cependant, accordant trop d’assurance à son acuité, lorsqu’elle croit découvrir un lien entre un discours et un acte. Pourquoi ? Parce que, très souvent, sûrement, certaines prémisses produisent des faits similaires. Ici, J. pèche, parce que - rare faille de sa fine psychée - elle projette sa psychologie dans le discours de l’autre - ou le sens habituel qu’elle observe - si moi je disais ça alors ça signifierait ceci ou version amoindrie lorsque les gens disent ça (elle ajoute je les connais - à raison) ça signifie ceci. J’échappe, depuis toujours, à ces catégorisations, mon discours traduit ma pensée, bien entendu, mes récits correspondent, jusqu’à un certain point, à une réalité banale, mais ma psychologie, comme mes notions de bien/mal, ne se confondent pas, loin s’en faut, d’avec celles ordinaires. Ce que me dit J., alors, me pénètre, puisque, si elle pense ça alors je dois faire attention aux signes attentif aux signes pour faire attention à elle, danger permanent des homonymes doublé de ma graphie maladroite. J., fait partie des rares personnes, à dépasser ma curiosité, qui, avant même, hors de ce qu’on dirait amour ou désir, maintient à son endroit mon plus grand intérêt, une excitation permanente, joie, évidente, surtout, surprise. 

 

Ecrivant, alors, depuis tout à l’heure, je l’admire, dans le lit, le pyjama la belle et le clochard (me montre-t-elle en permanence un miroir ainsi parée pour la nuit ?) sur le corps, la forme sinueuse de son corps, ses membres opérant de brefs virages à chaque endroit articulé, les images clignotantes de l’écran sur son visage, réfléchi dans le verre de ses lunettes (que je n’aime pas, les grandes lunettes Dior, rayées, qu’elles portent si bien pourtant). 

 

 

26 septembre 2023

Miroir mon beau mouroir.

Lassitude du jour (hier, maintenant, texte commencé hier), Marie-Anaïs, avec son oncle, hier récupérait ce qui lui restait de notre vie commune, sa part. Son oncle, qui l’accompagnait, exigea d’elle qu’elle prît le miroir Maison du Monde, les verres en cristal Villeroy&Bosh, les casseroles Marc Veyrat, le wok Marc Veyrat — abîmé c’est moi qui précise - parce qu’il les lui avait offert et que, donc, une valeur sentimentale s’y attachait, valeur sentimentale, expression ici toute faite et toute contrefaite. comme s’il pouvait, lui, juger de la sentimentalité ou non d’un objet, trivial, encore, d’ailleurs cet objet, morceaux de laiton assemblés, valeur sentimentale, bien davantage pour moi, tous les gestes superposés sur le revêtement du wok, les taches de brûlé, la pellicule brune, parfois, tous les plats cuisinés, réussis, les ratés, mes souvenirs, ma sentimentalité. Qui, pour lui, vient, lointainement, de ce jour, un Noël passé, une dépense au milieu des autres dépenses (entre la Ferrari, l’iPhone de P., sa fille et la pompe à chaleur de la piscine) Marie-Anaïs s’en fout. Valeur sentimentale, oui la bibliothèque verte fabriquée par son grand-père décédé, moi, attaché à cette bibliothèque, forcément, aussi, tout compte de cet aussi qui n’est pas un autant,  aussi qui, s’incline, largement, devant le sentiment réel, clair presque douloureux. Comme, de la même manière les Pléïades, seul héritage vivant de qui voulût léguer davantage — trésor perdu dans les naufrages administratifs —Marie-Anaïs attachée, pour de vrai, parlant de sa propre voix, de son propre désir, de son plaisir personnel.

Pas l’Oncle qui se mêle et me blesse, introduit ici je ne sais quel narcissisme pour parler de lui, voilà l’attachement ; marie-anaïs sent an attachment ; la pièce jointe : un lien vers le miroir sur le site de Maison du Monde 

https://www.maisonsdumonde.com/FR/fr/p/miroir-rectangulaire-a-moulures-dorees-77x120-altesse-164888.htm?cq_src=google_ads&cq_cmp=19198991891&cq_con=&cq_term=&cq_med=pla&cq_plac=&cq_net=x&cq_pos=&cq_plt=gp&gclid=Cj0KCQjwvL-oBhCxARIsAHkOiu095XBUX6mEEKZAb51Ao9oxnFOEs0GGbBm2jFLcVE5I_lMDV55Er8kaAmUqEALw_wcB. 

Comment expliquer que je n’aime pas n’importe quel miroir, non fongible en ceci, j’aime le miroir briqué récemment, les marques noires déposées sur le papier peint par lui, les guirlandes emmêlées qui lui faisaient comme une coiffure lumineuse, croire que le modèle Altesse à 179,99 Euros suffit quand je tiens, dans ce miroir, à retrouver mon image incrustée, ce dont, gai ou honteux, il fut témoin, ce reflet là, de cette lumière ci. L’Oncle en a décidé autrement et je ne lui pardonne pas de décider pour moi, pour nous, pour, plus encore, un lieu, il s’attaque à ici, appartement chéri, déjà, par moi, par les amis, par les amantes, passagères des derniers mois, honni par sa mère — autre titre de gloire. 

 

Le téléphone sonne : 

 

Maman c’est vraiment un truc de gwer … je ne pensais pas Marie-Anaïs comme ça  Moi : c’est pas elle, je le sais, son oncle, elle fatiguée, pas envie de lutter 

J. elle manque de cojones…faire intervenir des adultes

Maman : déjà pourquoi il est rentré chez toi, il aurait du attendre sur le seuil (vrai)  c’est son oncle riche ? en plus …c’est pour ça qu’ils sont riches. 

 

après la rupture, quand maman me demandait le motif, avec l’embarras de sa culture, je lui dis, schématisant, que, simplement, une de mes crises déborda le supportable et que Marie-Anaïs ne la souffrit pas. Mon mécontentement envers elle tenait — tient encore — à la forme partielle de lâcheté qui l’habita, qui habita tout le monde, moi excepté, en ces matières, je le suis peu. 

 

Ce miroir, pour moi, comptait parce que, plus que son miroir ou que notre miroir, il appartenait au lieu, à l’appartement, chez moi en enlevant l’objet on arrachait tout autant la mémoire. Je l’acceptai hier, mécontent, je l’acceptai, après tout le prix parce qu’il nommait valeur sentimentale, surtout le prix, la valeur monétaire et le geste, le seul pour lui qui comptait - le moins nécessaire comme le donneur de sperme ne fait pas l’enfant - de son don, sans voir combien dérisoire, peu nécessaire, en réalité, on se serait débrouillés. Ce que je dis, souvent, voilà, je me serais débrouillé. 

 

Puis, aujourd’hui, l’envie de faire bouillir de l’eau, où sont les casseroles … puis je prolonge la réflexion où sont les verres ? je n’ai plus verres ni casseroles à cause de leur valeur sentimentale. Ici, j’appelle mesquinerie, petitesse le comportement de son oncle. Parodie de sentiment. Avec l’emménagement nous distribuâmes les livres en double et en triple dans toutes les directions, les passant par rimes et profits, j’agissais de même concernant la vaisselle, 

 

certitude de ce que Marie-Anaïs n’y est pour rien : les assiettes demeurent ici, l’écran offert par sa tante demeure sur le bureau etc

 

douleur, Marie-Anaïs a emporté toutes les sciences humaines, ce que Mehdi appelait livres de connaissances. 

 

Alors, je déborde, encore, toujours, alors, j’imagine, devant le flot de messages, je redeviens aux yeux de Marie-Anaïs fou. Tandis que je n’exprime rien tant que le choc intérieur, que celui-ci, choc, tout ordinaire devient indiscernable de la folie, se confond entièrement ou presque avec la crise, semble, même, pour qui mal intentionné, un prétexte, quand, la déchirure, réelle, la déchirure dans le réel, celle qui, depuis des mois, me détruisit le plus. 

 

18 septembre 2023

Paysage dans le brouillard

Je découvre que cette sensation de brouillard cérébral, décrite depuis des années dans l’incompréhension générale, correspond à une réalité médicale connue et non-expliquée. Si nous en ignorons la cause nous pouvons la supposer, puisque partage d’un grand nombre, commune quand même innomée.

dans la fiction souvent se trouvent représentés des individus à moitié bannis de la société à cause de l’emploi qu’ils occupent. Le bourreau, jadis, charge héréditaire — les fameux Sanson qui après avoir exécuté les décisions des cours de justice monarchiques exécutèrent les rois au nom de la justice républicaine — se voyait réservé, chez le boulanger, son morceau de pain ; réservé parce qu’alors exclu, séparé du reste des êtres humains lui qui, pourtant, se contenter d’être le visage et la main de la justice et des lois ; c’est à dire de la société en entier. L’équarrisseur, lui aussi, découpant les carcasses des chevaux dépecés ne jouissait pas du demi-prestige du boucher, l’équarrisseur, lui aussi, trouvait sa pitance distinguée de celle des autres. Le boucher, quant à lui, alors, ceint de sa charge — héréditaire encore — d’officier de bouche bénéficiait des largesses symboliques, occupait dans la hiérarchie sociale la première place après les nobles, le sommet des bourgeois — à qui se joignirent-t-ils les douze bouchers officiers de bouche au moment de la Révolution. Les officiers de bouche, métier de sang, autant que l’équarrisseur ou le bourreau, traitant la mort à pleine mains, ne dégoûtait personne. Il en fût un même qui — tout vulgaire — pût épouser Olympe de Gouges, La Olympe de Gouges, nous ignorons, encore, si, entre deux découpes, l’officier de bouche épousé, je crois, en 1755 — je regarde wiki, 1765, erreur — rédigea la déclaration des droits des bouchers et charcuteries. Il faut savoir — il faut le savoir — qu’en ces temps troublés toutes les proclamations ne parvinrent pas à la postérité ni à leur entrée en vigueur — la plus belle Constitution, celle de 1793, qui permettait au peuple — mais le peuple nécessite-t-il une autorisation ? de se révolter si les tyrans prenaient le pouvoir, cette Constitution scellée dans un coffret de bois sous l’arbre de la liberté.

Personne, d’abord n’y croit, la plupart s’imagine pouvoir comprendre de concevoir les symptômes pour les avoir — fugacement — éprouvés ; je ne les éprouve pas, fuyards, ceux, là, ils, les symptômes, me surprennent, s'installent, sans départ. Après son apparition, aucun couteau assez aiguisée n’écorche ce brouillard, l’alcool, peut-être, feu curieux, s’il ne me plonge pas dans l’abîme pire, peut m’en arracher un instant, trouée de lumlière. Au prix, le lendemain, d’un brouillard décuplé, augmenté, celui-là, de la nuit noire, de l’épuisement, du couteau retourné contre soi. Ne s’en faut-il pas de peu qu’il n’entame la jugulaire ? 

 

Ceux, donc, les bannis malgré eux, ces ancêtres, en quelque sorte, des éboueurs — travaille bien à l’école sinon — traitant, pour le reste des êtres, de la fange humaine, ceux-là, déclassés au-delà — en deça — de l’humanité. Je pense à ceux, les gueules cassées, comme on les appelait, ceux de retour de la guerre, la Grande Guerre, la Der des Der —Mdr MdDer — qui, revenant vainqueurs, eux, le glaive de la victoire eux qui sauvèrent de la sauvagerie allemande — on saura leur brutalité un peu mieux encore quelques dizaines d’années plus tard — tout un peuple, eux, donc, ces sauveurs rejetés par le monde, leur visage qui devait les placer au-delà de l’humanité, les situait, soudain, à côté, ou, du moins, si au-dessus, quelques mois, vite dégringolèrent avant que, mauvaise conscience forcément, ils se voient déplacés, médailles et carte d’invalidité, mis sur le côté devenant des autres, des fossiles, le mauvais souvenir, ils se mirent alors à se cacher, ils craignaient de transmettre à leurs enfants — les femmes craignaient aussi ceci — cette gueule nouvelle. Ils revenaient héros et finissaient rebuts. 

 

Les jeux-vidéos accentuent — ce n’est pas normal — cet état de brouillard, quelques recherches me montrent la communauté de nos symptômes, à nous, les joueurs, occasionnels mêmes. Pourquoi ? D’où vient ce que de nous, pour nous, s’élève, après les quelques minutes de rosée — le plaisir — cette brume terrible, épaisse, suffocante, pareille à l’air des montagnes mais ces montagnes, alors, incinèrent des déchets.

 

Souvenir, le film Rambo, ta-ta-ta-ta, ce n’était pas ma guerre, Rambo le premier, quand Rambo à demi-exilé dans son propre pays, pour qui il fit, qui portait, lui, la défaite, qui inquiétait — le stress post-traumatique le sien celui d’une société. 

 

Est-ce une sorte de défaillance de l’oreille interne, un mal des transports, une malcompréhension de mon cerveau de ce que le mouvement de l’image ne correspond pas à la réalité des translations de mon corps ? Que lui, le cerveau, suivant à son gré, par imagination, ou, dit-on, pénétration — ces traversées épineuses comme dans le rêve — un chemin de traverse souhaite abandonner le corps. Le brouillard alors, ce conflit, cette résurrection des dualités, celles passées, chassées par des siècles douteux de philosophie et de science mécaniste ? 


Je relis le manga Claymore. Des monstres, capables de prendre apparence humaine, envahissent les villes et massacrent les populations, pour se défendre, les être humains créent des êtres hybrides. Après avoir prélevé les cellules de ces monstres, elles sont incorporées à des individus. Seules les femmes se montrent assez compatibles et incorporent un ordre, celui des Claymores, du nom de l’épée qu’elles portent toutes. Leur hybridité leur permet de repérer les monstres dissimulés et, parce que dotée d’une grande force augmentée par un entraînement rigoureux, de les terrasser. Les services des Claymores — des hommes organisent leurs missions et en touchent les subsides qu’ils redistribuent —se monnaient. Les Claymores accomplissent leur devoir, sauvent la vie des villageois et ceux-là, villageois, après l’exécution du contrat, chassent celles-là, les méprisent, les conspuent. Ces femmes qui, pourtant, jamais ne choisirent ce rôle, elles, enfants enlevées, torturées, qui, aujourd’hui défendent le monde, elles, pourtant, rejetées, demi-bannies, vivant, autarciques entre elles, pures fonctions, bourreaux malgré elles qu’on priva de tout sauf du meurtre — si meurtre encore l’élimination des monstres.

Je dois me tenir à des rigueurs inhumaines, pratiquer des activités sportives à haute intensité — du cardio — lire, beaucoup, écrire un peu, pour échapper à ce brouillard, comme une course, un horizon à l’envers qui me pourchasse — ou moi l’horizon et le brouillard le poursuivant plus vainqueur, plus habile que les garçons ou les fillettes pourchassant les arc-en-ciel — une vie non-humaine, coupée de toute plaisir pour s’épargner cette sentence de brouillard épais. Ce paysage encombrant comme une immense suffocation, les poumons, ceux dans la tête, ni branchies, ni appareil proprement humain, une petite cavité, le cervelet, la folie. Par là. 

 


Naruto, lui aussi, jadis, au lieu de recevoir la pitié de tous, en subissait le rejet, lui en qui fut scellé un monstre sacré qui ravagea le pays, décima le village et, surtout, tua ses parents, le rendant orphelin, lui, le torturé, traité en monstre quand son existence même et toute sa douleur, au lieu d’en faire l’enfant maudit eût du en faire le saint. Au lieu de l’autel ou du plus simple respect, le voilà humilé, ithyphalliques et pioupiesques leurs quolibets l’ont dépravé.

 

Comme s’il fallait couper le corps, le soumettre, le foutre au ceps sans réduction possible de peine, perpétuité, j’ai lu, que, parfois, les cristaux d’oreille, causaient ce déséquilibre, que, peut-être, moi, voilà, je porte, au lieu de cristaux, paillettes, cristaux écrasés, la meule, la vie, ou le cerveau, le poids des soucis, comme dit J., 



Alors ceux-là, les plus nécessaires, les plus décisifs, toujours les plus rejetés, ceux-mêmes, je veux dire avant les impératifs économiques qui mettent dans les mains du misérable la boue et la merde, ceux qu’on projette dans la boucherie humaine, ceux défigurés par les maîtres fumant cigares, décidant, eux encore, des prochains crimes, des nouvelles humiliations ceux-là, oui. 

 

 

 

Et moi. Le poète. 

 

Je me souviens, soudain, la soeur de Marlène, des années en arrière, à propos d’une de ses amies, jeune amie, dans les seize ou dix-sept ans, qui utilisait Tinder, au début de Tinder, une fille d’une laideur, l’amie de la soeur de Marlène, inouïe, quelque chose de rare qui n’entrave pas le désir, qui ne peut freiner ce qui remue — la vie — que la honte n’abat pas encore — elle sait résister — la fille, avant, picassa, avant toutes ces applications ajoutant à la trahison des images, se corrigeait un peu, sa laideur apparrente, pas à ce point, peut-être, assez pour ne pas attendre beaucoup, cette fille qui rencontrait des mecs, des mecs plus âgés, tous railleurs, la question venait après, ce que c’est cette moquerie, si elle se passe après l’avoir baisée ou sans l’avoir baisée. Que le sort, le doute, ne résidait qu’ici, s’il se vidait les couilles ou pas, s’il lui reprochait de mal sucer ou s’il venait le garçon avec d’autres garçons pour tendre le doigt déformer la bouche.

je ne sais plus rien. 

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7 septembre 2023

Lucky Strike

texte commencé hier :

Sur le présentoir de la librairie La Régulière, rue Myrrha, sorte d’avant-poste des transformations bourgeoises de Barbès/Château-Rouge/Goutte d’or (Mehdi parlait de Bobonobos pour qualifier, lorsqu’il vivait parmi elle, la population d’ici, affreuse, rétrospectivement, cette dénomination), un livre Le  Kumquat et dix façons de le préparer. Cette nuit de peu de sommeil et de beaucoup de sport, suivant une nuit de peu de sommeil et d’un peu d’activité sportive, exalte mon imagination, je n’entends pas encore, contrairement à Virginia Woolf (Virginia Woolf n’est rien à côté de toi dit Jeanne, dans le jardin de la rue de Linné, ton ironique et sévère à la fois) les oiseaux chanter en grec, je sens, à la place, le goût du Kumquat que, d’abord, à cause du dessin de la couverture (entraperçu), je confonds avec un litchi, je sens en premier, la peau granuleuse du litchi, l’écorce, ouverte, dégage l’odeur fraiche du fruit, la texture lisse et humide du fruit, puis, je me souviens du vrai (je m’approche du vrai) Kumquat, la couleur orangée du Kumquat tire vers le jaune (ou l’inverse), l’air perdu (un indien dans la ville) du Kumquat ici, en France, au milieu des baies minuscules de toutes les ronces (ronciers) et les mirabelles (souvenir des mirabelles que Marie-Anaïs achetait chez le primeur de la rue des Martyrs, 15 euros le kilo goût sublime et prix exorbitant, plus tard, elle ramenait, fière, des mirabelles du bas de la rue des Martyrs, 50% moins chères, heureuses d’avance de la bonne affaire, mais fades, dures et, donc, mille fois plus onéreuses).

Du Kumquat je ne connais que la primitive façon — toujours la meilleure, comme en amour, éructer vaut mieux que pérorer — de les ingérer comme de petits bonbons (je ne mange plus de bonbons depuis samedi parce que j’ai trop déconné) discrets et sains — mon application de comptage de calories ne connaît pas le Kumquat, je demande à Google, 55 calories les 100 grammes (équivalent de 3 fraises tagada ou 15 grammes de fraises tagada). Le goût du Kumquat, le fruit, texture d’abricot, peu juteux, le goût du café (le troisième de la journée) interfère avec les sensations — je continue le texte une heure et demie après — la grande fatigue et ses sensations aberrantes se dissipent, le goût imaginaire du fruit s’efface derrière celui réel du café (ajout du lendemain : très bon, d’ailleurs là-bas, café Lomi ouf, échappant à l’immonde café richard qui vend sa camelote partout dans Paris, café Lomi, aussi, souvenir, 2012, Marie-Anaïs à Paris, nous cherchons les bons cafés parce que nous nous découvrons, alors, une passion du café)

 

hallucination sensorielle mais

absence du chant grec des mésanges je ne sais si due à mon insensibilité aux roucoulements des oiseaux d’aujourd’hui, surdité si partagée ou à ce que les oiseaux, folie ou pas de l’humain, eux, aussi oublient le grec et le latin. Ou alors, moineaux seuls capables d’antiquiser et, eux, dans les grandes villes éteints presque tout à fait, souvenir, ému, de l’enfance, lorsque, ne comprenant pas le grec alors, je pensais, à cause de leur communauté d’ailes et leur disparité (petit/grand) physique que les moineaux deviendraient pigeons. Les moineaux disparurent.

 

Je n’ai pas mangé depuis 14 heures et quelques comme me l’indique l’application Yaizoo, je dois perdre du poids parvenu que je suis à force d’excès et beuveries, à un IMC de 22,8 (avec graisse viscérale), je pratique le jeûne intermittent malgré les incertitudes quant à son efficacité 

la science réserve son jugement, penche plutôt vers le oui.

Il n’empêche, à l’instar de la biodynamie qui ne sert à rien ou de l’homéopathie para-science, qu’elle produit des effets réels de, seulement, nous faire nous impliquer.

Qui pratique le jeûne intermittent, déjà, en réalité, en réalise — dès sa décision de jeûner — les effets, indépendamment même de tout processus chimico-physiologique liée à (jargon scientifique mobilisé ici par les thuriféraires de cette mode) :  cétose ou autophagie. Il ne s’agit pas ici de décrire par périphrases l’effet placebo. Je parle de causes réelles et objectivables, au-delà de, comme on le décrivait, ce que chaque personne qui pratique le jeûne intermittent structure déjà sa vie autour de la bonne santé, la contrainte temporel que fait peser le jeûne intermittent sur l’absorption de nourriture élimine toutes les ingestions dispersées (grignotages, je déteste le mot, petit, pauvre, il rogne, souris timide, j’entends les petites mains du mot, les petites dents peureuses) qui contribuent à l’obésité. La saveur du vin cultivé en biodynamie récolte les suffrages (spécialistes compris) tandis même que les principes qui commandent à sa production relèvent de la superstition ; danse de la pluie davantage qu’agronomie.

 

blablablabaya 

 
Le vin est bon de ce que les vignerons y consacrent, du fait de leur croyance, un soin attentif, une vigilance qui, par tâtonnements, reproduit les méthodes les plus fiables, les plus éprouvées empiriquement et scientifiquement. Il en va de même pour le intermittent fasting, qu’importe sa réalité scientifique, il fonctionne.

 

(deux femmes entrent dans la librairie, une jeune femme, grande, habillée en cool, style Salomé Saquée, une autre, plus âgée —beaucoup — maquillée — beaucoup— comme les femmes qui se pensent élégantes des mondes pauvres, cheveux crépus, dont on ne sait si la permanente a échoué ou si c’est le lissage, elle parle de son origine tizi-ouzou comme Maman, la Grande Kabylie, elle parle de Matoub Lounès, l’idole des indépendantistes Kabyles, assassiné par le régime algérien, elle dit, la jeune fille, je ne veux pas qu’un gros mec dise aux gens de se mettre en rang … contraire à mes valeurs … je ne veux plus … toutes les deux semblent appartenir à une association de distribution de colis solidaire — les droits dépendent de coupons de couleur remis aux allocataires — dont l’unité de mesure est le carton —, les bénévoles se confondent, aussi, avec les bénéficiaires, la femme kabyle, appartient à cette double catégorie. Au début je pensais j’aime la voix de la jeune fille cette voix à demi fêlée et toute assurée, puis, à la réflexion, j’aime cette voix parce qu’elle me rappelle celle d’Aline sortie de ma vie, injustice de plus de cette cruelle année. La jeune femme insiste, parce que la femme Kabyle parle d’un certain Farid qui assure plusieurs tâches au sein de l’asso. C’est lui sûrement le gros mec qu’elle évoquait, avant, dont l’autorité contrevenait à ses valeurs. Je ne veux pas qu’un homme dise quoi faire à des femmes. Bizarrerie que, ici, l’homme se contente pourtant seulement de transmettre à des individus, hommes ou femmes, des règles d’organisation. Comme si la forme homme dominait et effaçait. Le symbole. La jeune femme parle mal à son aïeule, j’entends qu’elle ne peut s’empêcher de la toiser, malgré elle, d’occuper, de fait, une position de sachante qui se double en une fonction d’enseignante. Voit-elle alors, reprenant sa typologie, ce qu’elle reproduit ici de domination classiste, raciste et âgiste ? Elle ne le peut pas, je veux dire ne le peut pas ici, en actes, le soir, revenu dans son deux-pièces (meublé de récup et de tirages originaux d’artistes queers et autistes achetés sur Instagram, entre deux cagnottes inclusives) elle méditera abstraitement en conscience mais sans cas de conscience, ne jugent jamais que ses pensées, que ses théorèmes sans voir que, avant tout, elle devrait réformer son comportement.

je souffre mal l’écart, toujours renouvelé entre les postures morales et les pratiques réelles, j’aimais chez Marie-Anaïs ou chez Romain, la conformité, réelle, entre le croire-dire-faire — que l’intérêt personnel ne dépasse pas, en aucune circonstance, la règle fixée, sujette, évidemment, à des ajustements — sur le sujet je ne considère pas Marie-Anaïs tout à fait exemplaire — qui peut s’en prévaloir ? mais, disons, que l’amour, peut exciper de certains devoirs — autoproclamés — que la limite, en elle, il faut du temps, me disent les autres, vient d’une sorte de reconnaissance, de sa part, dont, pour lors, je la sais incapable — vivant dans des discours qui avalisent sa croyance. 

 

La jeune femme s’exprime, toujours avec autorité et supériorité, si je devais le lui signifier, je deviendrais, le gros mec qui dit quoi faire aux femmes.
Ennui.

Si je comprends bien les enjeux, lors des distributions, certains bénévoles-bénéficiaires, profitent de leur qualité de bénévoles pour voler. La jeune femme cherche à empêcher ce phénomène. Elle dit, devant le regard médusé de la femme kabyle (parce qu’elle sait), oui, je vois ce qui se passe, ce n’est pas parce que je ne dis rien, que je ne vois pas. La jeune femme, je comprends son agacement veut rétablir l’ordre sans brusquer personne. Elle institue une nouvelle règle : seuls quelques bénéficiaires pourront participer à la distribution des colis, sous prétexte de rationalisation quand, son objectif, réel (rationalisation, aussi, non avouable, source de conflits, vexations, mauvaise foi) est d’assurer la juste répartition de l’aide (la CAF : tous vos droits, seulement vos droits ; ici, très injuste comparaison).

La jeune femme veut préserver l’activité de cette institution. Son énergie va toute entière aux statuts constitutifs de l’association, son légalisme — je suis moins moqueur que je ne parais — constitue en même temps la condition du fonctionnement de l’association (que j’imagine, comme toutes, fragile, sous-financée et pourtant affreusement nécessaire en cette période de misère). Certains, en effet, parce que nécessiteux ou quelque autre raison qui les commande (je crois autant à la common decency qu’à la common indecency), ne se soucient pas des règles ou les ignorent et, de ce fait, brisent le contrat social (il y a tant à dire sur les limites de ce pseudo contrat). Je ne crois pas, d’ailleurs, leur distribution dépendante du statut social, la visibilité, seule les distingue, pas la nature.

souvenirs : Wittgenstein s’exile, après le tractatus, après avoir épuisé la logique — souvenir, moi, les truffes Amsterdam, la vision noire, 5 heures du matin, au terme de la logique, je dis à Yan, ne comprenant plus même comment je pus tant m’amuser quelques heures avant, qu’après la logique, le gouffre, la mort — en Norvège, parmi des pêcheurs et montagnards pour trouver des êtres purs, un langage remis à zéro — y tendant — Wittgenstein découvre un peuple de menteurs et de voleurs.  

 

Le texte se dirige je ne sais où, haché, hier, commencé à la librairie, puis, la chaleur m’en chasse pour retrouver mon appartement, la climatisation, ouf, écrire, désinstaller Heroes of Might&Magic III, retourner chez Jeanne, le métro la ligne 9, le message 21:00 quand arrives-tu moi, dans dix minutes

 

(écrit hier :)

 

j’envie des fumeurs la coupure que la cigarette apporte à leurs journées, coupures multipliées — je ne parle pas de la cigarette écrasée multiple précédant obsession douloureuse parfum néfaste dents jaunes mains parcheminées pas cigarettes tremblantes Craven A de Charlotte élégantes pour le geste pas cigarettes tassées inquiètes fumer comme Jeanne le geste sûr le cendrier plein mais elle c’est de grâce — découpage de la journée, la cigarette, la cigarette assignée à un rôle de séparation-distinction auparavant les cools les élégants les ringards les clodos les anar eux des roulés l’odeur de vanille du paquet souple le coup de langue sûr — la cigarette comme signe selon le visage l’accent la cigarette parle une langue. J’envie de la cigarette ce qu’elle permet au fumeur, dans sa journée, la pause imposée, la dépendance ou le plaisir ou la confusion des deux comme quand le bas-ventre démange — cette nuit rêve érotique — 

 

cendrier mental les idées écrasées une à une inachevées très noires 

 

j’envie le tu as une clope oui non c’est ma dernière désolé le on va se fumer une clope porte ouverte clac fumée dehors attends je m’en grille une tu peux m’acheter un paquet de Rothman Bleu s’il te plaît tu peux aller au bar acheter des clopes ils prennent que les espèces tac je dois fumer désolé pour mettre fin à une conversation je t’accompagne ah le merde silencieux quand même la clope fumée vite haha hihi au secours langage comme les Sioux de collines en collines communiquaient

 

je voudrais fumer demander du feu aha au café tu en as la blague etc etc

etc

 

 cigarettes qui passent du blond au noir comme si vendue la cigarette or, d’abord, puis devenue, charbon comme les mages voleurs transmutent un instant seulement — pierre philosophale des escrocs, vérité maquillée — Lucky Strike longtemps la publicité vantait le doré, presque du blé, presque l’aliment primordial de l’humain si, l’être humain, lui fonde son alimentation sur le blé, le gentilhomme (d’abord, l’homme, masculin, puis extension du marché, la femme, le porte-cigarette, yeux fardés, Mina-Linda), l’homme de qualité, lui, l’être civilisé, disons, se choisit autre blé, autre pain, son levain le tabac. 

 

 

 

4 septembre 2023

Jours étranges

Depuis des années, maintenant, à cause de mon addiction aux écrans, je ne regarde presque plus jamais de séries. Aujourd’hui, avec Jeanne, le soir, avant de dormir, dans l’état deux fois antérieur au sommeil, nous regardons Stranger Things. Série originale Netflix comme l’écran précédant l’épisode l’annonce. Je me demande, alors, s’il existe, entre ces différentes séries, une cohérence esthétique, un lien qui les unirait, déterminé par des producteurs en vue — évidemment — du plus grand profit pécuniaire. Ceci, en soi, n’exclut pas la qualité, l’âge d’or d’Hollywood comptait, outre tous ceux que nous oublions, les grands, King Vidor, Capra, Cukor et la liste n’en finirait pas.

j’entends, dans le même temps, Jeanne au téléphone, organisant sa semaine de travail en même temps qu’elle mélange — je veux dire touille — dans la poêle les poireaux qui, si elle n’y prête garde, brûlent vite, elle verse — je le suppose à cause du son — de la sauce soja dans l’une des poêles — dans l’autre cuisent des champignons. Je vis presque chez Jeanne ces dernières semaines sans pouvoir me rappeler la dernière nuit où nous dormîmes séparés sans que, pourtant, je ne ressente quant à ça, le moindre poids, la moindre entrave. Jeanne « qui a son caractère » comme l’on — Jeanne déteste l’emploi de ce on — dit des gens assurés — le disant avec un brin de malice — fait absolument tout chez elle et, si elle délègue peu, ne reproche jamais — ni explicitement ni, ce serait pire, implicitement — l’inaction. Je suis ici plein de gestes suspendus, disséminés dans l’appartement qui, le jour qu’il plaira, petits boutons, s’ouvriront parfums divers et peut-être quelques orties brûlantes.


Je ne me renseigne pas quant à la direction artistique de Stranger Things, souvent, en matière de séries, à l’envers du cinéma (d’auteur au moins) l’ordre d’importance va du producteur au(x) scénariste(s) puis au réalisateur. Le producteur, après un brainstorming, soumet une idée qu’il demande aux scénaristes de transcrire en histoire et le réalisateur en assure l’exécution en images — ceux-là choisis surtout pour leur capacité à respecter (se soumettre?) à un cahier des charges (ce qui n’obère pas une future carrière, seuls, purs, les artistes : héritiers, clochards et quelques un de ceux qui, escrocs, par la pipe ou l’opium sidéraient de riches — et cléments — mécènes).

Nous nous étonnons, alors, de voir que presque tous les épisodes de Stranger Things soient réalisés par le même réalisateur, étonnement prolongé de ce qu’il s’agit, même, de deux réalisateurs, deux frères : Duffer Brothers. La réalisation de toutes les séries varie d’un épisode à l’autre.

 

parce que j’oubliais leur nom, je tapais sur google « brother stranger things » et, au-delà de ce nom, j’apprends, à mon grand regret qu’ils créèrent la série— non que le contenu de l’information me déplaise mais que j’acquiers une connaissance qui maintenant détourne la direction de mon texte, supprime les hypothèses mentalement formées, la vérité, aussi, comme toutes les définitions, moins qu’une naissance est un meurtre — celui qui fait émerger la vérité — comme aiment à dire les juristes — condamne l’imagination et, sinon dans les palais de justice, mérite a taste of his own medecine.

Les Duffer Brothers réalisent et scénarisent la série leur série.

produisent, peut-être, je ne sais, je ne veux pas moi-même produire encore une vérité et, après avoir établi le barème des sanctions devoir moi-même me placer à quelque niveau du supplice

La série, en effet, possède une esthétique forte, singulière et cette esthétique ne se limite pas, ce serait la chose la plus banale, à la photographie, comme on dit, il ne s’agit pas que d’une identité visuelle. Chez eux l’esthétique concerne la mise en scène qui, mise en scène, s’apparente à une chorégraphie. Je ne juge pas ici la qualité de ce choix, je remarque un parti pris que je décris.

Chorégraphie. 


J’exprimais à Jeanne mon étonnement, de voir que, tout apparaissait, comme l’on dit, téléphoné, c’est à dire attendu et donc privé de toute tension dramatique puisque je peux devancer la scène, elle ne peut m’étonner et donc m’émouvoir. Seulement ce téléphoné se maintient, constant, tout au long des épisodes, il s’agit d’un style qui, alors, relève — d’où chorégraphie c’est à dire découpage spatial et temporel — d’une perfection, d’une exactitude minutieuse.

Tout se déroule sur des temps,où ça doit être comme au théâtre et plus particulièrement au théâtre de boulevard. La série, elle, tragique — ou qui se veut-t-elle — ne joue pas sur le ressort de l’humour, du cabotinage, de la bouffonnerie, leurs temps sont le récit.

…puis, écrivant ceci, immédiatement je me reprends, le personnage du chief, celui qui dirige la police locale, au fil des saisons passe d’une sorte de super héros viril, à un papa niais, aux expressions exagérées et comiques…comme au théâtre, comme pour faire montre de son caractère. Les réalisateurs, ce faisant, ne prennent pas les spectateurs pour des imbéciles incapables de discerner, si plus subtilement montré, cette personnalité. Cette monstration révèle leur choix esthétique, au-delà de ce comptage parfait, l’histoire tient par ses personnages, non, comme chez Racine où ils seraient fonction du récit, mais en tant que moteur et, eux-mêmes récits. J’avais lu, à propos de Games of Thrones, une analyse qui expliquait l’écart - qui alla grandissant - entre la série télévisée et la saga littéraire qui, si elles reprenaient la même histoire, la déployaient pas sur un mode différent et presqu’opposé.

 

J’aime ce soudain, je parle, sans me rendre compte, avec abondance, de la controverse de Vallaloïd avec Jeanne, du néfaste du positivisme et, avant lui, de la philosophie des Lumières, comme, sûrement un homme — quoi que M. eût pu elle aussi vivre le même emportement — nous buvons la tisane et le contraste entre ce liquide chaud et mon excitation m’amuse, j’aime entendre le froissement du journal qu’elle lit, l’article sur Hawaï qu’elle me décrit, le journal qu’elle plie et déplie, déplié elle lisse la page pour aplanir la page, rigide, sinon quand, froissée, la page va à sa guise, je regarde — Jeanne croit toujours que j’exagère Bartok elle dit comme le personnage vil flatteur voletant autour du Raspoutine de Pixar (?) — avec émerveillement ses gestes, ce qui accompagne, aussi, dans cet instant, dans le repos de cet instant, avec la tasse rose fumante encore — je ne peux boire moi aussi chaud qu’elle — les doigts qu’elle passe sur son visage, toutes les pensées, là, qui la traversent, toutes inconnues de moi et, si fantômes denses, ne m’effraient pas, me touchent, si j’ignore leur savoir, savoir que ces pensées là, la maintiennent, me les rendent — elle murmure, c’est ma pensée là, à moi, Bartok — précieuses.

 


je dis cette fois Bartok vraiment

que l’air même qui la soutient

devient adorable de
.

 

J’écris comme ça vient, mes interruptions, reprises, illisibilités, flux de conscience, certes oui, banalité, maintenant, flux d’écriture aussi, entrées brutales d’éléments du réel, s’il survient, ne pas le laisser échapper, Jeanne la robe violette, moi mon amour, le bruit du clavier, les suggestions des mots — jamais choisis, à peine regardés — (soleil et vous était étrange) sur la touchbar. 

 

L’histoire dans la série télévisée, pour des raisons culturelles, c’est à dire de médium — les deux saga et série issues des Etats-Unis d’Amérique — progresse par à-coups et par événements, dramaturgie classique, elle existe de lier ensemble une succession de faits. Ce qui permet une progression fluide, un visible début, milieu, fin, qui, défaut congénital — reproche adressé à la série — fluidité confondue avec précipitation que tout devenant fugace, à peine habitué au drame précédent nous voilà déjà transportés ailleurs, à des centaines de kilomètres or l’émotion, lente à mûrir, réclame son temps au lieu de quoi sa vitesse empêche la mémoire. L’accumulation, sur une trop brève période, d’événements, les aplatis.

La saga quant à elle se concentre sur les interactions entre les personnages, ce sont eux qui animent le récit et, corolaire négatif, aboutissent, aussi, à son enlisement. Ca n’avance pas, ici, la tension dramatique disparaît derrière l’ennui, l’attente de l’évènement, si elle peut être excitante un moment, finit par agacer celui-ci, même, à cause de sa brièveté nous jette déjà dans l’attente prochaine dont nous savons, pour l’avoir souffert, qu’elle durera un quart d’éternité.

Nous ne nageons pas mieux dans le fleuve déchaîné que dans le marécage.

je passe sur instagram, rapidement, les réels de S. m’apparaissent et me désolent toujours autant dans ce que sa survie, je trouve, porte aussi de mort, que, pourtant, cette survie, au-delà de la poésie, l’arrache vraiment à la mort qu’elle aura tout le temps, après, de simplement avoir duré, de s’incarner autrement puisque ses mises en scènes actuelles ne lui offriront aucune carrière.

Les séries télévisées se concentrent sur les événements, leur dramaturgie repose sur des actes qui, en matière de sitcom, genre autrement codifié, s’incarne dans les blagues, punchlines ou qu’importe le mot. Stranger Things échappe à cet ordre de, probablement, ce que les réalisateurs sont en même temps les créateurs de la série qu’ils ont toute autorité pour la mener. La série vit de ses personnages et ses personnages eux, excessifs sans être loufoques — Wes Anderson choisît, quant à lui, le loufoque plutôt que l’outrancier — pour situer. Je pense au chef, sa moustache, l’air de Nietzsche qu’il affiche, d’un Nietzsche qui descendu de sa montagne régit les amours de sa fille adoptive. 

3 septembre 2023

Une histoire d'oeil

Camille, je me souviens, tenait une sorte de journal dans lequel elle retranscrivait les gens de sa journée, elle appelait ce recueil d’instantanés, les gens que je croise, si je me souviens bien.

Je ressentais, toujours, un grand embarras à cette lecture parce que, surtout, les gens devenus objets de ce journal, occupaient des positions sociales disons dégradées :

personnes en situation irrégulière, femme noire revenant de ses ménages, exilés en attente, comme si le regard de cette caméra-sensible ne capturait que les éléments infra de ce spectre humain. De ce que, même, elles menaient en lumière, parce qu’elle les extrayait du silence et de l’invisible, ces fantômes.

Léna, elle, parle, d’espaces liminaux, sans que je ne saisisse exactement ce à quoi ils réfèrent tout en sachant, pourtant, appartenir à ces mondes, ces quarts de ton

 

la première définition google de liminal : 

Qui est au niveau du seuil de perception, qui est tout juste perceptible.

 

En effet, j’y appartiens moi le pourtant spectaculaire, les chemises en soie virevoltantes, la chemise blanche où se mélangent parfums, salives et toutes les impuretés nocturnes. Parce que, socialement, liminal plutôt que lumpen. Dont, lumpen, je lus un jour, sous la plume d’un marxiste italien, une traduction singulière lumpen prolétariat ou prolétariat en haillons. Ce que le liminal, lui, ne comprend pas, de guêtres, de restes. Il est une lumière. 

 

Tous les écrivains se servent dans le réel et du réel. Pourtant, lorsque ce tri, pour écrire, ne s’opère qu’en la faveur (défaveur?) des déjà relégués, je sens, intensément, le pillage. Pillage moins ressenti si ces vies excavées possédaient sur l’avenue de Breteuil d’un Duplex avec vue panoramique et baignoires (trois salles de bains) sur pieds. Quelque chose qui, utilisant, le moins, les infériorisés, réhaussent en splendeur, la si clémente qui les convoque. Je crois que je n’aime pas ce salaire tiré, cette fois, de la surdouleur. Parce qu’à quelles fins ? Parce qu’au fond, oui, vraiment, Camille parle en effet, à cet exilé afghan dans la Gare de Lyon, qui, attend, à la fois de rejoindre l’Angleterre et de manger quelque chose ce soir. Le relater, pourtant ? Ce questionnement moral, évidemment, la frappait, elle choisissait, pourtant, après débats (quels termes ?) de transcrire.

Je dis ceci, longue introduction à ce que moi, souvent, je retins, de ces pauvres hères, jamais rapportés. Si j’évoque, parfois, Marcel qui tend la main, comme il dit, sur la Rue des Martyrs, c’est parce qu’il a construit sur le bout de trottoir qu’il occupe, contre le Crédit Agricole, un monde, des bougies, des sucettes multicolores et des proverbes écrits à la craie, parce que Marcel est un monde sans misère, le symptome, triste, certes, d’une époque qui finit par rendre l’artisan un nécessiteux, mais lui, mange tous les soirs, dort chez lui toutes les nuits. Récemment, parce que c’était le mois d’août, pour la première fois, il m’a demandé un brin de monnaie, parce que dans ce chassé-croisé, comme disent les médias, qui voit les villes vides de ce que départs et retours se croisent et créent dans les villes de grands trous noirs, personne ne lui portait secours. 

 

J’écris ceci parce qu’aujourd’hui, toujours, règle morale, fixe, je parle à tous ceux qui cherchent à parler si je ne peux pas les aider financièrement. Elle impose, cette règle, d’autres règles, inutiles à décrire. J’écris ceci parce qu’aujourd’hui, devant chez J., une odeur nauséabonde, putride, se dégageait du trottoir, une odeur de merde, de misère défoulée, c’était le clochard du coin, anéanti, que je ne voyais pas même, ni assis ni allongé, effondré, plutôt. Que, le voyant, après, je ne pus ni écouter ni regarder, composant à la hâte le code de l’immeuble pour chasser de ma mémoire ce que je voyais, là, qui dépassait les mots, qui dépassait ma règle morale. 

17 août 2023

L'oiseau lyre

Dans l’appartement de J. les objets perdent leur univocité parce que le métier — maîtresse — qu’elle exerce dédouble certains d’entre eux — le métier même, maîtresse, se distancie du sens usuel, celui d’institutrice —. Tout peut devenir autre chose ; je pense à ceci en quittant les toilettes, la lunette y manque, cassée jadis, à côté de la cuvette, on trouve des outils destinés, de prime abord, à la réparation ; je dis de prime abord, parce que, ces outils comprennent, entre autres, des pinces, et, dans cet appartement, les pinces servent aussi — et surtout — d’autres usages ; des pinces, lorsque j’en parle à J., les plus vendues du marché, à accrocher aux tétons, peu douloureuses, plus objets de fétichisme que de masochisme ; d’autres pinces dites crocodiles, douloureuses, celles-là, dont le nom familier me laisse entendre qu’elles possèdent, ordinairement, un autre usage.

 

Wikipédia : Une pince crocodile est un organe de connexion électrique rapide et provisoire. Elle tient son nom de sa ressemblance aux mâchoires d'un crocodile.

 

 

Tout à fait professionnelle, aujourd’hui, excellant, même, ainsi que sa réputation, halo favorable l’entourant, elle dispose d’instruments exclusivement dédiés à sa pratique de Domina, fouets, cravaches, martinets, godes variés. Ces objets, eux, destinés, très officiellement — lorsqu’on les trouve au domicile d’une personne — à la sexualité s’adjoignent, serviables acolytes, des produits auxquels, d’instinct, nous ne penserions pas, les lingettes désinfectantes, par exemple qui, dès lors que nous en prenons connaissance, nous paraissent, en effet, comme la stérilisation des instruments du chirurgien, une nécessaire exigence.  

 

 

le dernier des martinets, excessivement douloureux, ne servira, à terme, que d’objet purement décoratif, d’apparat, éventuellement, comme ces épées serties de diamants et d’or témoignaient, jadis, de la force du conquérant sans, pour autant, ne s’employer plus jamais au rôle antérieurement dévolu à l’épée. Ou, j’y pense écrivant, déjà, dès le départ, même employée à l’épreuve de la force physique, l’épée portait en elle sa force de symbole, excédait sa seule valeur d’usage, sa valeur, seulement, reposait aussi et encore, dans son utilité martiale, fil de l’épée, maniabilité de l’arme et même valeur du forgeron, il se distingue, le forgeron, lui, pour qui il forge, qui reconnaît, son maniement de l’eau, de la pierre et du feu.
 

Seule avec J., j’aime les séries ; en ce moment nous regardons ensemble Stranger Things, où, étrange hasard ? Le monde, aussi, se tient, réversible le upside-down, comme cet appartement où, noircis — tous les instruments de sa pratique semblent extraits d’une mine de charbon pur — les diamants aussi —, les objets portent la marque du revers de, ce mot que j’oublie souvent, l’interlope. Revers, ici, des désirs, du non-exprimable, du recours, systématique à la professionnelle, parce que, en ceci, plus que dans le rapport avec la prostituée, ce qu’on entend d’habitude par prostituée, une expertise rare, introuvable s’attend (il y a eu ce vieil homme, cette momie tu disais, qui, après la séance — tu dis séance j’aime beaucoup comme en psychanalyse ou en cours de sport — te reprocha ton manque de sévérité contraire, et c’est un mensonge, à ta réputation. Disant ceci je me montre presque injuste envers les aptitudes des escorts qui, sur leurs annonces, affichent leurs pratiques comme autant de compétences à un CV  oridinaire ou à la maîtrise de la suite Office se substitue celle de la Gorge Profonde. Si je peux, moi, ne pas les trouver, hors du commun, c’est que, comme beaucoup de personnes des grandes villes, elles appartiennent à mon répertoire de gestes amoureux et sensuels, deepthroat, anal et cum in mouth perdent en extraordinarité face à uro, gode-ceinture, massage prostatique. 

 

 

Est-ce qu’alors l’épée sertie de rubis, celle la plus fragile, la plus inutile à la victoire, ne témoigne pas de la toute puissance de qui elle ceint ? ou, annonce-t-elle, cette inutile et bruyante beauté, la décadence à venir, le gâchis. La conversion, pour forger cette épée inutilisable en terre virile, de toute la fortune accumulée des victoires

 

n’est-ce pas aussi alors une façon d’intimider son peuple et celui des autres, alors si à ceci ressemble son palais et son arme, quelle force doit-il avoir, mais cette rhétorique des éclats d’or ne s’énoncent qu’aux philosophes et aux délicats, les armées, ceux-là, les réforment, jurent par le meurtre et tuent du plat de l’épée ou de la baïonnette si la lame trop émoussée ou le fusil déchargé, manquent à leur but. 


Brutalité des conquêtes inutilement convertie en art. 

 

Lorsque j’évoque le métier de J. à mes amies, certaines, aveuglées par l’argent — n’entendant que le tintement de l’argent —

 

200 euros de l’heure, on dit, offrande dans cette langue, sur le site sixannonces, destiné exclusivement aux escorts, on parle de roses, si les premières, cette fois, ne prennent pas à rebours le monde, les autres, clairement, euphémisent, tout y est atténuation comme s’il fallait, par un langage mimant le romantisme, atténuer la violence ou la honte, les clients ne notent pas des pratiques sexuelles, ils évaluent des massages, l’une des 4 catégories à évaluer par les clients. 

 

Les autres imaginent, parce que ceci demeurant dans de l’abstrait discursif, dans un monde doré — dorée sont les douches —, qu’il ne s’agit « que de ». Ce « que de » les veut imaginer les voir se lécher les pieds, donner des ordres, en bref exclure le sexuel de la pratique, croyant que, si la domina n’est pas pénétrée alors il n’y a pas de sexe, la réalité comprend, uro, face sitting, gode ceinture, massage prostatique, nudité du client. Certaines des amies de J. qui s’essayèrent à ceci, attirée par l’argent et la sensation classiste que l’absence de pénétration (d’elle pénétrée) les distinguait du reste des travailleuses du sexe, finirent par pratiquer une prostitution telle que plus ordinairement entendue, la difficulté tient, à la fois, à poser les justes limites aux clients et, ceci toutes le sous-estiment, l’immense difficulté à commander, pendant une heure, parfois deux, un homme, deviner ses désirs, alors, comme on disait avant, dans la littérature romantique - qui l’est si peu dans le sens commun - elles s’abandonnent. En effet, alors, elles abandonnent quelque chose.

Beaucoup, par ailleurs, je pense à N., ne se figurent pas possible une telle rémunération sans baiser - entendant baiser comme un rapport pénétrant-pénétrée -

erreur et préjugé. 

Erreur parce qu’elle suppose que tout le monde pourrait le faire or, ici, le coût se mesure à la rareté de l’offre et à une de ses conséquences - qui en est aussi une cause - la honte. Honte que J. dépasse en parlant abondamment de son métier, la honte ne vient jamais que de, surtout, ce que l’on cache —honte ne devient honte que lorsqu’elle peut se muer en reproches et en condamnations.

Le préjugé, lui, vient d’une sorte de sacralisation du sexe hétérosexuel —viriliste en ceci—sa valeur supérieure, excédant toute autre pratique et ne pouvant penser un homme prêt à s’acquitter de telles sommes que s’il peut la baiser, comme, si alors, pénétrer devenait surtout pratique d’un pouvoir, que le plaisir tarifé ne pouvait jamais résider ailleurs que dans cette possession. Disant ceci il nous renseigne, lui, sur la motivation de son désir. 


J’ignore si Lacan qui facturait plusieurs milliers de francs ses séances de psychanalyse suçait et léchait les sexes de ses clients. Je lui demanderai si je devais jamais retourner en enfer. 

 

17 août 2023

L'innée

La vie s’apprêtait à devenir l’enfer et, même, déjà, aventurée bien loin dans l’enfer, si l’enfer se compose, disons, de cercles multiples, je demeurais, en mouvement encore, à la frontière de l’avant-dernier et du dernier. Puis, ton surgissement, toi la jamais vraiment évaporée, la moins disparue de tous les gestes perdus alors, plus, bien davantage que effacée tu, autrement, résidais, pas cachée, refoulée, plutôt, comme ce mot, qu’aujourd’hui, la psychanalyse renvoie à toutes les figures.
L’enfer, si certain de sa victoire sur moi-même, et comme il passa proche l’enfer, l’enfer définitif de dix tonnes d’acier. Puis, je ne sais quel fil, entre nous, se démêla et, avant de se démêler même, nous apparût, comme, tu vois, ces liens invisibles parce que, pour se deviner, réclame une quantité de lumière - et qu’importe alors que lumière provienne du feu des géhennes - alors, devant l’écheveau, quelque chose en moi, quelque chose en toi, redoutait, redoutait mais le noeud ne valait rien, embrouillamis de magicien, il suffisait de tirer pour nous re-lier.
L’enfer allait commencer et là, me voilà écrivant, dans le jardin de ton père, on dit, autour de nous mais qui a un jardin dans le Vè à Paris, lui parce que toi. Dans le transat je relis l’Amant de Duras, je lis Hamlet-Machine de Heiner Müller, l’Oubli, ce recueil de nouvelles de Foster Wallace, je ne le lis qu’à l’intérieur, sur les canapés inconfortables ou le fauteuil d’osier, très cher comme tout ce qui réside ici. Avant de partir, ton père te laisse deux instructions, traiter Monika, leur chatte, comme la déesse Isis - j’ai parcouru Paris pour lui trouver la pâté Royal Canin qui ne se trouve que dans une quantité restreinte de boutiques agréées - et de ne pas consommer les vins entreposés dans le frigo toi et tes amis n’auraient pas les moyens de les racheter. Connaissant ta propension à l’exagération je l’imaginais, aussi, appartenir à ton père, me figurant que les vins, allez quoi, entre deux cents et cinq cents euros, si un caprice nous disait…je sors le Ptrus, déjà, je vois Petrus, d’instinct je sens, sur vivino je le scanne, note incroyable et prix, 6000 euros. Ah. 

Au-delà du jardin je ne sais - et toi non plus - quoi penser de l’appartement et des objets qui s’y trouvent - y trônent - toutes les lampes ou presque proviennent de designers connus, les meubles, aussi, même si certains, et nous ne savons les différencier, prétendent venir de chez Habitat. L’étonnant ici, réside ailleurs, les objets du quotidien, les objets utiles, tous, sont vieux, inconfortables, mal-aisés. Le frigo-congélateur a trente ans, le lave-vaisselle aussi, la machine à café, une machine filtre Moulinex, le lave-linge, récent, un proline, le plus bas de gamme du bas de gamme, marque distributeur de Darty, je crois, à ouverture par le dessus, comble de l’inélégance. La cuisine mal fichue, la gazinière, vieille aussi, d’où le gaz enflammé sort bleu et disproportionné.
Ici, me voilà, heureux, avec dans la tasse « Miami » mon troisième café filtre, la bouche pâteuse parce que le Zoloft produit, je le lisais cette nuit en te demandant l’odeur de mon haleine un peu mauvaise, les fait défaillir. 

L’enfer allait commencer, puis tu me menas en Italie, je ne dirai pas c’est le paradis, je n’aime pas ces idées outrancières et improbables, dans plus précieux, oui, parce que plus fragile encore, dans la vie où je demeure.

9 août 2023

brouillon

Entre tes mains, souvent ça se voit, tu menais toutes les vies, pas, comme voudrait l’expression par le bout du nez, tu les menais, les tiennes, après la nuit passée je passe en revue, ces existences multiples, toutes tes tenues, ton corps, chaque année, changé comme s’il s’adaptait à de nouvelles réalités intérieures, il ne signifie pas le temps qui passe ou quelque imbécilité de cet ordre, il traduit le mouvement intime ce qui se passe non ce qui passe. 

Hier, je te disais, qu’à ton contact, mon intelligence devenait, si je reprends son expression, exponentielle, qu’aussi, très étonnamment, mon langage, si peu ordinaire, se colore d’expressions et de dictons, parce qu’il t’arrive, sans que ce soit la langue des autres, d’employer toi aussi ces formes avec, toujours, ce léger décalage, ces suffixes en -ax qui viennent, si j’ai bien compris, d’Yves Adrien, ton idole de jeunesse qui t’envoya, récemment, une lettre tapée à la machine, l’homme ne possède ni téléphone ni computer. c’est la caillante, c’est un suicide, c’est une tannée, elles t’appartiennent en propre ces expressions, entrent dans le langage des autres, nous les reconnaissons, bientôt, une fois prononcée comme ces espèces figées, héritées d’argots à moitié, pourtant, ces expressions ce sont les tiennes, cristallisées, oui, par toi. Ces expressions, je le découvre écrivant, portent un charme exotique, ce décalage, cette fois, plus géographique - le Sud où tu passais tes premières années et dont l’alcool, comme dans une chambre noire les photographies, en révèle le souvenir par l’accent revenu - que temporel.
Tu me transmets certaines de ces façons, parfois, je m’en indigne parce que me voilà, moi, en partie dépossédé de ma langue, de ma propre vision…adhérer à la tienne, peut-être aussi, c’est enchanter le monde.
Tu me transmets, surtout, une façon, moi aussi, alors, il m’arrive de récupérer ce tour de pensées, cet emploi d’expressions qui me précèdent toutes formées avant moi, sans aucune composition réelle et, chose étonnante, mes expressions diffèrent des tiennes, et, au lieu, elles, d’appartenir à notre présent ou à ta géographie, elles viennent d’il y a longtemps, pas de la littérature mais comme d’un parler populaire disparu, la charrue avant les boeufs, qu’aucune personne de notre milieu n’emploierait, ni ironiquement ni tout court. 

21 juillet 2023

Dix femmes.

La sertraline augmente le degré de réalité des rêves jusqu’à des points, parfois, affreux. Lors de ma sieste de cette après-midi je rêvais, d’abord, d’une conversation WhatsApp de groupe où maman formulait à l’encontre des enfants des reproches et moi, de venir, après cette lecture, la voir pour, contre elle, enrager de lorsque que, au collège, mes notes ne la satisfirent pas, elle me punît en m’ignorant pendant plusieurs mois. Puis, dans le rêve, relisant la conversation, je m’apercevais qu’elle exista à l’initiative de Myriam qui, donc, énonçait les reproches.
Elle nous reprochait à mon frère et moi (ainsi qu’une dénommée Sofia ?) de ne l’avoir soutenu, il y a des années, lorsque, vivant à Toulon (où elle s’installa en effet il y a dix ans), elle nous supplia pour de l’argent ce dont, dans le rêve et dans la réalité, je ne possède aucun souvenir, pire, presque, dans le rêve du moins, tant cela signalerait la légèreté avec laquelle, jadis, je pris son malheur. Elle attendait un virement, à l’époque, qui, de ne lui parvenir, l’empêchait de régler son loyer. Dans la conversation du rêve, elle s’indignait d’avoir du - en vain qui plus est - supplier pour une somme à la fois dérisoire et objet d’un remboursement ultérieur. Le drame vient après, dans la conversation elle nous écrit que, à cause de ça, elle dût loger dans la chambre d’un ami, dans le rêve les mots changeaient tantôt « ami » et « meilleur ami », écrits, ces mots, en italiques, puis, à l’encre bleue sur des plaques en verre. Ca ressemble à un mélange des premières oeuvres de Soulages, quand il couvrait d’encre noire le verre des serres et de Marcel Broodthaers qui écrivait, en se filmant, sous la pluie, l’encre coulait et les mots devenaient illisibles - jamais lisibles. Dans le rêve ma soeur nous rapportait, de l’écrire je souffre tant je crus ceci vrai alors, que, douze jours durant, alors, « l’ami » la viola. Et c’était horrible de se réveiller avec cette sensation, de ne pas même avoir besoin de vérifier l’information, déposée en moi, par la réalité du songe, comme un fait établi, la conversation en constituant l’aveu ayant eu lieu avant. L’affreuse sensation ne se dissipe qu’à peine.

Je rêvais, aussi, d’une conversation avec Marie-Anaïs, nous étions dans la chambre de la plus jeune de mes soeurs, assis sur le lit, je portais des bagues, beaucoup de bagues, elle, elle se tenait en retrait, un foulard de coton autour du cou

 

(dans la nuit de mercredi à jeudi, en courant follement dans les rues de Montmartre avec J., après le dîner, après les cocktails réinventés, je faillis perdre le plus cher de mes foulards en soie, le carré Hermès que Marie-Anaïs, m’offrit il y a plusieurs années, je ressentis l’absence du foulard au milieu de ma course, rue Lepic, et je revins sur mes pas en hâte, demandant à un groupe de gens s’ils avaient trouvé un foulard, l’un des mecs, en scooter, le tenait à la main, roulé en boule, prêt à le garder, après l’avoir récupéré, J. me demanda d’acheter des bières chez le traiteur chinois, elle me tendit un billet de 50e, je pris trois Tsing-Tao, en continuant la descente de la rue Lepic, à la recherche d’un taxi pour nous rendre chez elle, nous rencontrâmes une personne sans domicile, endormie sur un matelas posé au sol, avec toutes ses affaires, J. sortît un billet de cinquante euros et avec la discrétion de l’ivresse voulût le glisser sous son oreiller, lui, vigilant même dans le sommeil, se réveilla en sursaut, dans une position de prêt à lutter, habitué à ces combats, la nuit, le vol constituant, aussi, le deuxième plan de la misère des gens dormant dehors, quand il comprît l’intention réelle, il nous embrassa de loin, déposant sur sa main un baiser qu’il nous souffla, joignît ensemble ses mains en signe de remerciement, j’ignore s’il pût se rendormir ni à quoi il employa la somme, une femme, elle aussi mendiant, nous sourît, nous l’avions croisé une heure auparavant, lui donnant, alors, le peu de monnaie dont nous disposions. Quand J. sortît son billet, quelque chose en moi se contracta, mon premier geste allait vers je ne veux pas qu’elle remarqua sans le dire explicitement, répétant juste ça rendait fou M. quand je faisais ça - agacement plus légitime s’il en est de ce qu’ils formaient un couple - j’aime J. pour ceci, aussi, qu’elle interroge en moi un certain construit social, légitime ou non qu’importe, elle me met face à lui et, elle, surtout, me met face à bien plus grand que la société, elle me permet, par diverses voies, d’affronter cette peur de manquer. Je le dis souvent, J., depuis toujours, m’a appris à ne pas me contenter, à ne pas vouloir petit dans le monde matériel, si, dans l’ordre poétique - ordre et poétique ensemble la blague - et amoureux je me réclamai toujours de l’absolu, dans celui des possessions terrestres - lâcheté et éthique ensemble - je me privais bien plus que je ne renonçais. Ces vers d’Aragon me reviennent en mémoire : 

 

J'ai tout appris de toi

Jusqu'au sens du frisson

 

Elle déteste ce mot de « jouir », elle m’y mena bien, dans des acceptions plus vastes que celui des simples sens séminaux. 

 

Maïeutique de la magie, et c’est pourquoi c’est elle et pourquoi c’est moi, elle ne déposa pas en moi le germe absent, elle lui offrit le climat nécessaire, combla une plaie depuis toujours ouverte, celle de la peur, cette peur de manquer, à cause, enfant des cris, des pleurs, du découvert, du banquier.

Le 14 juillet, dans la journée, avec Maman, dans le métro de la ligne 12, en allant chez Monsieur Caramel, Maman donna un billet de cinq euros à un mendiant, seule monnaie dont elle disposait alors, il nous remercia, quelque chose qui, en même temps vous gorge d’orgueil et vous fait honte aussitôt, il a dit
vous êtes ma chance je crois que, au monde, c’est ce que je veux être, une chance, la mienne, aussi.)

 

Dans le rêve, je demandais à Marie-Anaïs de ne pas faire quelque chose et elle refusait de s’y engager, quelque chose qui, si elle ne le faisait pas, ne changeait rien à son présent ou à son futur et touchait éventuellement à sa mémoire, je lui demandais de sacrifier ce savoir éventuel puisqu’il s’agissait, alors d’une source de stress. Elle refusait, refusait, refusait, et je m’énervais et je pleurais, et je lui disais chaque fois que tu m’as demandé quelque chose je l’ai fait et ça m’a tellement blessé quand tu es passé par la modération de canalblog au lieu de me demander j’ai toujours fait ce que tu m’as demandé toujours etc etc etc. Dans le rêve, après, M. - sa compagne - devenait la fille aux cheveux bleus, Marie-Anaïs la présentait ainsi alors que M., n’a pas les cheveux bleus, l’étrange, en ceci, est que le titre de la BD, d’où est tiré le film La vie d’Adèle, est le Bleu est une couleur chaude, couleur des cheveux de la femme dont tombe amoureuse l’héroïne. Le bleu s’est-il déposé en moi comme la couleur signifiant symboliquement l’homosexualité ? Marie-Anaïs maintenait, obstinée son refus, ce dont je souffre encore à l’état de veille puisque son non possédait une dimension comminatoire. Pourtant, en réalité, si je me calme - or à cause du rêve je ne suis pas calme du tout - elle, comme moi en réalité, nefera jamais rien sans me le dire et, sauf à ce que ce concerne ses intérêts vitaux, ne me refusera rien de ces choses, au final, dérisoires. 

 

Souvent, de mauvaises pensées habitent mes textes, ces textes dont je commence la rédaction, je ne les poste pas parce que très vite j’en vois le contenu vil, méchant cette sorte de bassesse qui, au prétexte de dire la vérité ou de rapporter des faits, blesse et dont on ne peut ignorer la conséquence purulente. Alors je m’abstiens, je m’abstiens dans un bizarre paradoxe puisque je me promets, aussi - seul remède en ce moment - de tout dire tant que ce tout me concerne avec un très haut degré de vérité ; or, une fois que j’ai pensé et mis au brouillon ces basses-choses elles deviennent vérité et dignes, alors, sans me trahir - puisque la mocheté ne les motive plus - de publication. Je m’en abstiens pourtant. Le même texte non-publié, alors (plus ou moins arrangé selon l’humeur), change de statut. Dans le premier cas je réfrène une pulsion mauvaise, geste éthique qui retient sa mauvaise action ; dans le second cas je m’empêche quelque chose de légitime, me mettre en récit dont la violence ne devient qu’une conséquence involontaire. Dans les deux cas, seulement, je donne à l’autre la prééminence. Toute sa grâce.

J’apprends aujourd’hui que la diffamation non seulement privée mais aussi publique est caractérisée et donnera donc lieu à des poursuites.

18 juillet 2023

Glébasimov

Nous parlions avec K. de Gherasimov - il faudrait écrire du Général Gherasimov, CEMA - pour Chef d’Etat Major des Armées - de la Fédération de Russie - devant ses photos je le trouve semblable à un poète mélancolique à qui le hasard et le devoir confièrent les armes, puis les médailles, puis le commandement et que, au lieu de souffrir, lui, des mots, la plume plus forte que l’épée, il dût se résigner aux balles, à envoyer, souvent, des hommes mourir contre d’autres hommes.
Regard pesant le regard du CEMA, bleu, très bleu, sans ambition, semble-t-il lui qui, pour parvenir à ce rang, celui le plus haut de la nomenclature militaire, ne pouvait en manquer, qui, même, malgré ce regard profond, grave et triste, pour se hisser à ce sommet, lutta et conspira.
Lui dénier, pour ce motif, la qualité de poète ne reviendrait à rien les poètes, aussi, et peut-être plus encore que les autres, disposent de réserves de cruauté et de vices, les lettres de Baudelaire à qui il haïssait, les critiques violentes de Huysmans, nous en apportent, si besoin les indiscutables preuves.
Gherasimov exécute à la perfection, malgré les anathèmes acharnés d’un Prigozhine (toujours se prononçant Prigojine), la stratégie au grand sens du mot.
Russe et poète Ghérasimov ne se tiendrait-il pas là, héritier en uniforme, de Pouchkine lui, le poète indiscutable qui mourut comme un soldat, le coeur transpercé, un matin, je crois, dans les neiges sibériennes, parce qu’un officier français le défia en duel et le tua. Quelle différence, aujourd’hui, avec Gherasimov ? Le choix de la majeure et, peut-être, alors, Gherasimov, lui, mourra d’un mot, une rime fichée en pleine tête. 

 

Source: Externe

(tout poète est tueur, tout amoureux)

Devant les larmes de C., je me sentis tout honteux, être adorable, le plus adorable des adorés même, que, pourtant, parce que la vie en moi, me travaille, à la pioche, que cette boue qui me remonte, que cette pierre de cette terre là, ne s’inflige, décemment, à personne. La vie me pèse, si peu de secours, quand j’écris la vie me pèse sinon le barrage des mots, j’en reviens, déjà, malgré moi, à la guerre, le barrage de Kakhovka détruit récemment 

 

Pour m’assurer de l’orthographe Kakhova j’en cherche le nom sur google qui me l’indique comme fermé temporairement ce qui m’amuse puisqu’en l’état je l’imagine mal, un jour, retrouver de sa splendeur et être ouvert, ironie, encore, à quoi il faut ajouter que le barrage, ainsi percé, est désormais ouvert, je ne sais pas si Google Traduction restituera, pour G., qui ne lit pas le français et demande à l’automate de l’accompagner, ce jeu de mots avec ouvert, l’anglais en permet l’équivalent, on ouvre une brèche, le verbe to open, ici, permet une compréhension adéquate). 

 

 

C., ne m’en veut pas encore ou pas déjà, une rupture juste n’existe pas, elle contient toujours, malgré tout, ses torts, qu’importe la situation, qu’importe les motifs non seulement - pas le cas de C. qui ne possède aucune vilenie - parce que l’orgueil est blessé, mais parce que l’autre, se réclamant de raisons, insulte en quelque sorte. Rompre condamne l’autre, le condamne à une certaine forme définitive, lui expose que quelque chose ne peut changer, que sa nature, dans la relation au moins, dérange. Or, Entre C. et moi la rupture repose sur autre chose, sur la distension du lien - maintenu, si ténu. Sa souffrance devient ma souffrance, injuste de ce qu’elle ne mérite que joies, que, si elle s’abandonnait toute entière à sa grâce, les hommes les plus riches ou les plus beaux, supplieraient à genoux un de ses regards. Or, moi, je pars, elle dit, grandiose, à la table du Café, le Cosy - notre rendez-vous initialement prévu le dimanche à l’absolu reporté au Cosy le lundi parce qu’à l’absolu les tables, trop proches, empêchent toutes conversations douloureuses - quels noms de café inadaptés à notre discussion cosy quand tout allait à l’inconfort ; absolu quand celui-ci mourait.
Alors j’attends, sa colère retenue puis dispensée. J’attends. 

 

 

 

K., presque dans un reproche - sa bouche, habile au reproche parce qu’y règne une certaine…inquiétude qu’elle change, quand le contexte s’y prête, en colère et protestations - me dit que G. et elle attendent que j’écrive. Non parce que mon écriture leur paraîtrait indispensable à leur équilibre psychique et poétique mais parce que, parlant de K., je produis, pour G., une sorte de lien entre eux - moi, écrivant, paradoxalement m’excluant, ne participant pas à un triangle. Inscrire, ici, l’initiale transparente de K., donne chair, une autre chair ou bien vue d’un autre angle, à la K. que G., porte en lui, qu’il ne vit qu’une seule fois.
Si le lien, ici, tendu compte c’est que, je l’évoquais à K. cette après-midi, quand elle vînt m’aider, au milieu de mon désespoir, à préparer mes colis Vinted, leur rapport se fonde moins sur le lien que sur la rupture, le lien devient prétexte, même à la rupture ultérieure qui en constitue le principal. En apparrence, nous pourrions croire, puisque K. rompt, que la rupture appartient à ses prérogatives, à sa nature, puisqu’elle la jeune fille, la poétesse et l’amante, quand, pourtant, il semble que G. y prend…je ne sais s’il faut dire, ici, plaisir, du moins n’a de cesse de créer les conditions de ce rompre. Cette rupture permanente nourrit en eux, aussi, un manque, en elle la plus absolue des poésies, en lui, la passion, lui, qui semble-t-il, vécut…de loin absent à lui-même sans, vraiment, participer à cette absence. Certains êtres, à cause de leur apparence ordinaire, manquent, croit-on de hauteur - et peut-être s’en convainquent-t-ils eux-mêmes - le cas de G. échappe, de façon évidente, à ce regard superficiel posé sur lui, il appartient, au contraire, à ce registre précieux, d’êtres qui mènent en partie dans le rêve l’intensité de leur existence ; rêve, qui, ici, signifie aussi, intime, intimité d’avec son épouse ? Quant à ceci je ne peux me prononcer, femme spectrale, pour moi, n’existant que sorcière, vide ou contrainte. K., pour G., est un rêve, son courage, justement ici, son changement, celui qu’il provoque, qui l’ancre (tandis que K., elle, encre, encore, une subtilité que google traduction ne rendra pas), c’est de se matérialiser auprès de K., prendre ce risque, envisager, jusqu’à même, l’X. Je ne crois pas à la physiologie comme une sorte de science exacte qui traduirait de chacun et chacune l’âme tentant d’être secrète ; elle me sert, pourtant, poétiquement, disons, pour dresser à grands traits amusés et brouillons, la personnalité des individus comme, plus haut, je m’y essayais quant à Gherasimov. Les photos de G., à mes yeux, ne montrent pas un type banal et ordinaire, au lieu de la mélancolie russe de Gherasimov - ou de K., qui, malgré elle, la porte comme une sorte d’accent qui trahit toujours une origine - dans le cas de K., son accent ne traduit pas son origine, son français est parfait - je devine un rêveur, un peu secret, aussi, plus en retrait qu’il ne voudrait, K., aussi, lui offre une avancée, un truc décisif, une sorte de chance qu’il doit saisir et que, pour l’instant, il ne saisit pas vraiment, et risque, à ce titre, de gâcher, le risque implique un danger d’une autre intensité à quoi, j’espère, il s’exposera sans quoi…eh bien, sans quoi, lui, toujours demeuré (en français, ici, encore un jeu de mot, demeuré qui veut dire rester, to stay, mais qui veut aussi dire, idiot, mais de façon très intense et plus injurieuse) dans le rêve, demeurant sur le seuil de la vie,d’une autre vie. Pour K., malgré elle, pour l’instant, tout ceci, exercice littéraire ou G., surtout, sera le G de teleGram et non de Gleb (en français la glèbe était la terre à laquelle les serfs étaient attachés et qu’ils devaient cultiver, est-ce que, Gleb, n’est pas, ce sol à quoi on s’attache et qu’on cultive pour écrire ?).

Je m’étonne régulièrement de mon absence totale d’orgueil, K., aujourd’hui, dans le bruit du scotch et des coups de ciseau pour mes colis, j’ai décidé de ne pas être amoureuse de toi comme j’ai décidé d’être amoureuse de Gleb me rendant, malgré moi, pendant, de Gleb, me plaçant, puisque dans la même terminologie, de l’autre côté de l’axe, axe qui est elle. J’employais, pour qualifier sa relation avec Gleb, de cette question du pont et de la brèche, trouvant, que, au lieu de ce que l’important pour eux, soit de stabiliser le pont et de le bâtir, l’important, pour lors, hors de la rencontre, était de l’effondrer, de ne le réédifier qu’en vue, encore, de se trouver, sur la brèche qui, toujours, figure un plus grand vertige. Moi, à l’inverse, pensée qui m’apparaît en même temps que je l’écris, devient, à l’inverse un point net, sans étendue comparable à celle d’un pont ou d’un cratère, une certaine fixité, qu’en effet, une fois réduit à ceci, on peut décider de ne pas tomber amoureuse. Gleb, flotte, ceci le définit, quoi que lui attaché à sa femme, à ses habitudes, à la répétition, quoi qu’il en soit portant en lui ce risque qui, le prenant ou pas, définira son destin, poète ou marié c’est à dire, au final, pas grand chose, pas grand chose si ce choix, bien sûr, ne dépend que de la lâcheté. Il est temps, un jour, d’avoir des mains et ces mains les employer, étreindre et déchirer.
K. n’attendra pas toujours. K., si j’y reviens, encore, aussi, sûrement risque quelque chose, l’effacement total de Gleb quand, au café ou dans les draps, il apparaîtra, dense ou éthéré, poète ou époux. Et dans sa main à elle - quand elle sert la mienne je la sens, ma main, toute vivante, j’y entends même un peu battre le coeur - réduire ceci en petite poudre où tremper, après, son stylo. Le risque, presqu’inverse qu’ils doivent prendre, doit les suffoquer, elle, risquant de le faire disparaître et lui risquant, alors, de tout perdre. Toute existence valable commence à ces points là, ceux de la perte totale parce que, surtout, la vie nouvelle s’y trouve. 

13 juillet 2023

Walkyiries

La guerre en Ukraine m’obsède, il n’est pas une nuit, depuis désormais longtemps — exceptée celle passée sous zolpicone un jour d’insomnie — que je ne m’endorme sans écouter le replay d’une des émission de LCI qui, seule parmi les médias français, La Chaîne Info première chaîne d’info en continue française, filiale du groupe TF1 (donc Bouygues), consacre chaque jour plusieurs heures de programme à la guerre en Ukraine. Quand je dis plusieurs heures je veux dire, les 3/4 de sa programmation. Le colonel Michel Goya, que je suis depuis des années pour son blog, la voie de l’épée devient, désormais, spécialiste de la chaîne, c’est à dire que, contrairement aux autres intervenants occasionnels, il participera désormais à titre salarié. Lors des discussions télévisuels, les experts, le plus souvent, sont sollicités à titre gratuit, pourtant, la crédibilité et la valeur du sujet traité dépend, essentiellement, de leur présence. Tout comme la recherche en France offre, au mieux, un défraiement tandis que, pourtant, aucun colloque ne pourrait avoir lieu - et donc aucun savoir se constituer collectivement - sans leur présence.

K., russe expatriée à Paris depuis sept ans (ou 5?), s’étonnait de cette obsession, ma consultation frénétique des canaux Telegram associés à telle ou telle branche russe, ceux diffusant l’idéologie de Prigozhine (prononcé Prigojine comme Rogojine), le chef des voyous de Wagner, ceux critiques du régime comme Girkin et ceux plus généralement nommés les milbloggers, sorte de trolls nationalistes et radicaux, régulièrement partisan de la bombe atomique auxquels, parfois, arrivent des bricoles comme celui qui, en pleine séance de dédicace, décède à cause d’une statuette piégée.

Nous discutions récemment, avec K., du récent putsch tenté par Wagner qui suscita, en elle, des sentiments contraires, l’excitation, d’abord que quelque chose change, l’excitation tout court devant l’événement comme aurait pu écrire Rancière, la culpabilité, aussi, de ressentir ces sentiments d’exaltation tandis que le drame couvait et les morts s’abonnaient.
Les actes de Prigozhine, le nervi chef des Wagner, reçoivent des qualifications différentes selon les points de vue et les idéologies de chacun, pour les occidentaux, comme on dit de nous, il s’agissait d’un coup d’Etat manqué parce que nous désirons ardemment la chute du monstrueux Poutine et que, ce faisant, son pouvoir s’effritait et sa déposition s’approchait ; d’autres, plus mesurés et sûrement plus justes, parlèrent d’une mutinerie il ne s’agissait pas de changer de régime, Prigozhine, malgré quelques ambiguités, ne prononça jamais une parole visant directement le maître du Kremlin comme l’appelle les médias d’ici. Mutinerie parce qu’il visait, essentiellement, la destitution de ceux qu’il juge ses ennemis Shoïgu, le ministre de la défense, russe non ethnique, c’est à dire non caucasien, et Gherasimov, chef d’état major aux brillants états de service, non fondés comme, le conjuré de Prigozhine, Soukourouv (désormais aux arrêts, en vacances comme l’on appelle, publiquement, les salles de torture pour les traitres) sur la violence, mais, dans le cas de Gherasimov sur une vision stratégique poussée. Il mît au point une doctrine à son nom visant la conquête d’Etats tiers par un mélange de soft power c’est à dire d’influence interne et d’une présence militaire menaçante aux frontières, faisant, par cette double poussée, installer des régimes favorables à la Fédération de Russie. Cette stratégie politico-militaire s’étendait plus loin que des territoires à conquérir, que ces sphères d’influence comme on appelle ces Etats à demi-dépendants comme la Biélorussie, elle visait aussi, pour obtenir au moins leur abstention, les pouvoirs politiques de pays rivaux de la Russie. D’où l’immixtion dans les élections locales françaises, allemandes ou etats uniennes et si même ces interventions ne permettent pas d’établir un régime ami ils permettent, à tout le moins, de développer, dans la population de ces pays, un sentiment d’amitié envers la Russie et rendre plus complexe toute politique à celle-ci. La guerre en Ukraine a tout changé, puisque l’armée russe entrait vraiment sur le territoire d’une Ukraine pourtant déstabilisée, parce que la violence de l’agression paralysait - par décence - les soutiens russes (sauf les pourris jusqu’à la moëlle par le pétro-rouble) et provoquait, dans les populations occidentales, un vif élan de solidarité. La nullité de l’armée Russe paracheva, un peu, ce déclin des amours russes.

La doctrine Gherasimov a vécu, l’invasion la rend nulle, mais, général intelligent, il emploie, à l’avenir, une autre stratégie en collaboration avec le ministre de la défense, celle-ci, vise, entre autre, à mettre au pas un Prigozhine de plus en plus menaçant, en mettant sous l’autorité de l’armée régulière -c’est à dire de Shoïgu et Gherasimov - toutes les milices privées (PMC pour Private Military Company, comme Black Water, jadis, et ses exactions en Irak). C’est, prétenduement, en raison de ce qu’il estimait le démentaèlement prochain de son pouvoir que Prigozhine fit marcher sa troupe sur Moscou, abattant des hélicoptères russes (entre douze et quatorze morts). La réalité est plus compliquée, l’agon, entre ces deux pôles, repose sur un conflit antérieur. Déjà, ces trois personnes diffèrent en tout, Prigozhine l’ancien détenu, cuisinier et voyou faisant fortune par la violence démesurées, le spectacle des coups de massue envers les déserteurs qui n’a rien à envier aux horreurs de Daesh, Gherasimov, militaire brillant, Shoïgu, intrigant de talent, ayant su flatter Poutine et les industriels de l’armée, afin d’asseoir un pouvoir reposant moins sur la compétence que sur la flagornerie et la diplomatie politicienne. Tout les sépare, Gherasimov et Shoïgu au service de l’Etat, avant tout, Prigozhine au service de lui-même, puis de l’Etat. Un conflit public/privé de nature politique et philosophique.

Aussi, et surtout, un évènement justifie la haine inextinguible du voyou pour les deux autres. Tout le monde se souvient des massacres commis par l’armée russe suppléée des Wagners, durant le soulèvement en Syrie contre le régime autoritaire de Bachar el Assad et l’apparition de Daesh. Daesh, à ce moment là, occupait un champ de puits de pétrole qu’un oligarque russe souhaitait posséder, il négocia avec Prigozhine l’assaut et l’expulsion des terroristes. Evidemment, il ne s’agissait pas pour Wagner d’agir gratuitement, au prétexte fallacieux, de la liberté, nous pouvons au moins lui reconnaître une honnêteté dont les américains se trouvent fort dépourvus. Pour assurer cette mission qui ne servait que des intérêts privés, il demanda l’appui feu de l’avion russe à Shoïgu et Gherasimov qui la lui accordèrent. Le moment de l’assaut venu, malgré les appels répétés des troupes engagées au sol, l’armée de l’air russe n’apparût pas, entraînant la défaite cuisante de Wagner et une diminution de son prestige et de ses moyens. Prigozhine ne digéra jamais l’humiliation, prétendit pleurer ses morts, tandis qu’il pleurait, essentiellement, les dollars perdus et le symbole abîmé de sa tête de mort, son emblème. Gherasimov et Shoïgu, l’accueillirent goguenards quand il vociféra contre eux. Pour Gherasimov, militaire grave et sérieux, employer les moyens de l’Etat pour quelques desseins - fussent-ils, de façon accessoire, à même de diminuer la menace de Daesh - privés. Prigozhine crût que les échecs répétés de l’armée régulière mis en rapport avec ses succès - sa milice seule permit la conquête de nouveaux territoires au cours des derniers mois - lui permettrait de, à sa guise, déposer ses ennemis. Il n’en fut rien. Poutine ne le soutînt pas. L’affaiblissement de ce dernier reste à prouver, la contestation intérieure ne semble pas prendre de l’ampleur. La question démocratique, telle que conçue philosophiquement en Occident, n’importe pas ni en Russie, ni en Chine, ni dans les royaumes du Golfe ; importe, du libéralisme, celui économique, exclusivement, et non politique ; il ne s’agit pas, cependant, de régimes aussi brutaux que ceux de Pinochet, la violence s’exerce, rarement, non comme un principe général de domination, mais comme une menace dont on sait, pour que régulièrement on l’expérimente, qu’elle s’exécute. C’est bien notre trouble et l’ironie suprême étant de voir, malgré nos institutions déclarées démocratiquement toutes pures, l’autoritarisme exercer sa répression féroce sur les contestations intérieures. 

 

Pour promouvoir le libéralisme économique ses thuriféraires nous expliquent qu’il a été la condition du libéralisme politique et de l’érection de la liberté comme valeur sacrée ce que, en réalité, peu de gens contestent mais, désormais que cette liberté est découverte rien ne nous empêche de la maintenir sans libéralisme économique. Si la liberté trouve bien sa cause dans la liberté économique elle en devînt, à n’en pas douter, autonome. Il en va de même pour ces pays autoritaires et libéraux. Nous pensions que l’expansion du capitalisme amènerait, par le plaisir de la consommation de masse, la démocratie, or, la liberté économique n’engendre pas forcément la liberté politique tant qu’elle permet le plaisir. Ces Etats connaissent, évidemment, leur contestation interne mais elle demeure à l’état marginal, cette frange qui, partout, sera tout le temps mécontente. Voulant davantage. Qui n’est même pas une avant-garde, qui est une armée en haillons. 

13 juillet 2023

Bo-Zinc

Liberté retrouvée, en quelque sorte, de moi, vivre ainsi délié qui, en mon cas, ne signifie ni sans lien, ni sans responsabilités, qui réfère, plutôt, à une expérience du monde légèrement amorale ; se souciant, certes, immensément même, des autres, sans, adhérer, pour autant, à aucune règle non énoncée, patiemment, par moi.

Ceci, me fait du bien, retrouver, comme avec J., cette nuit-là, une heure du matin, au Bo-Zinc, les pas hasardeux sous l’iridescence des alcools fiévreux, sous le regard d’Alexandra, Bostonienne, d’origine italienne, vivant en France, et de Bonnie, styliste de mode, d’Afrique du Sud (Johannesburg ? Pretoria ?), de 68 ans et qui se prit de passion pour moi d’abord - cheveux fous chemise bariolée - pour J., ensuite - incandescente, joyeuse, gracieuse. Bonnie and J. échangent en italien - qu’elles maîtrisent toutes les deux - parce qu’elles parlent lentement, je comprends à peu près et, par brèves syllabes, réponds parfois, avec un semblant d’accent. Lorsque je me suis assis, après les premiers éclats de Bonnie, Alexandra remarquait que je saignais de la main - veste orange tachée de sang, chemise tachée, pantalon jaune Saint-Laurent taché - parce que chez elle J., de son chant irrésistible, me fendit le coeur et brisa du même éclat aimant, une bouteille de Campari - ou bien l’ivresse y commandait ? dont je ramassai les ultimes débris, l’un d’eux, pour me faire mémoire de ces ivresses évaporantes, se ficha dans ma peau et saigna abondamment. J’enserrai le pouce dans la pochette en soie bleue et jaune 100% soie, Saint-Laurent, aussi. Perdue depuis. Alexandra se prit de passion pour ce pousse sanguinolent interpella les serveurs, trouva des compresses et des pansements et, en même temps qu’elle serrait ma plaie dans sa main, nous parlait de ses aventures, jadis, de secouristes, Alexandra a cinquante ans, et semble plutôt de mon âge, elle a de beaux yeux gris, étonnant, et un visage où les pommettes, comme j’aime, saillent, serrant le pouce palpitant, souvenirs pour elle, sûrement, comme cette nuit, en entier d’une jeunesse. Mais je lui dis, je ne sais même plus pourquoi, flatteur, peut-être, automate des politesses, en toi elle ne passera jamais la jeunesse.

De la soirée je conserve quelques photos et les vidéos qu’Alexandra, tandis que nous dansions sur le trottoir avec J., prenait. Nous parlons, par WhatsApp avec Alexandra qui reviendra, me dit-elle, fin juillet à Paris, en vacances actuellement, elle cite Joseph Roth et m’envoie de sa bibliothèque les quelques livres de lui qu’elle lit. Elle propose un rendez-vous, plus tard. Pour nous deux. Eventuellement avec J. - J. et ses fortunes de vertu eût bien aimé, pour la poésie ou le désir, ça je l’ignore, que Bonnie, la plus âgée des deux, nous rejoigne, la nuit, pour dormir à trois, dans le lit Queen Size (160*200) Emma qu’elle possède.
Alexandra travaille dans l’événementiel, travaillait et travaillera, plutôt, malade, actuellement, de la maladie que Marie-Anaïs, crût, un jour, à cause de ses douleurs articulaires, souffrir : polyarthrite rhumatoïde. 


Sur sa photo de profil WhatsApp, Alexandra porte un chapeau de paille, derrière elle, un coucher de soleil sur la mer ou l’océan, elle marche, la peau toute bronzée, qui semble douce, au milieu de rochers, elle porte des sandales nouées à la cheville et fendues au niveau de l’hallux - le gros orteil - elle porte un short en jean, très court et délavé, probablement issu d’un jean usé, coupé pour l’été, un chemiser blanc noué à la taille, les cheveux longs et bruns tombent en deux masses sur les pans du chemisier. Je me demande voyant sa peau si pleine de soleil comment elle sent, si elle sent l’été, le monoï et le baume, j’ignore qui a pris la photo, son bras droit - que je vois à gauche - cherche l’équilibre, sa main, ouverte et les doigts repliés semblent s’accrocher, dans l’air, à une rampe imaginaire, l’autre bras, lui, pend le long de la jambe, la main à peine recourbée, les deux manches relevées, soigneusement, en de plis réguliers, d’hauteur semblable, sa jambe gauche, au moment de la photo, suspendue, tient dans l’air, on ne voit pas ses yeux - que je sais gris, lorsque je lui demande, au café, la couleur de ses yeux, elle me dit, ça change, je me demande, au coucher de soleil, comment ils sont, si la lumière extérieure commande à la couleur ou si l’humeur intérieure, cette obscurité souvent, en dirige les phares - sa tête inclinée vers le bas, le chapeau les masque, on devine l’air concentré et patient, tout obsédé par l’envie de ne pas chuter.


Délié, ainsi, moi, dans le brouhaha des villes, retrouvant, cette liberté dans le rejet, total, de la honte, l’expérience du spectacle et ce qu’il frôle aussi de scandale, fait pour le grand air, moi, grand air aussi, bien entendu, celui des foires, plus tard, de la galerie, avec J., qui hier progressa, sembla-t-il par bonds.

J. m’arrache à ce poison là, la honte, parce qu’avant tout, en moi elle brise la retenue, cette digue érigée pour d’autres, insoucieux, quant à moi, des dégâts provoqués à moi-même, je me risquais à bien des périls que je dus, par souci de l’autre réprimer, ceci, faisant, me nier. Il est à croire qu’anges et démons à cause de leur origine commune partagent des ailes semblables et qui condamne, à cause de leur teinte, celles des seconds, bannissent, en réalité, le vertige.

Je déploie, à nouveau, ce que je croyais, perdu, honteux, même presque et coupable, à tout jamais. Parce que là, J., quand, posé au café, elle se mit à danser, enlevant ses talons inconfortables, mouvante, dans sa robe blanche de gitane, premier geste moi - en ceci moi mutilé, apercevant cette circoncision dedans - de retrait, d’embarras, de désolé, comme si cet avant m’empoisonnait encore ces réserves si, tellement non moi puis, me percevant ainsi, détournant les yeux, je me repris aussitôt, se reprendre, drôle, ce mot, encore, dans la polysémie en entier m’attrape, reprendre ses esprits, se retrouver dans se reprendre, se récupérer, se reprendre, aussi, comme se recoudre, je m’étends dans toute l’aire du verbe. Alors dépassant la honte j’entrais à nouveau dans la vie, je franchissais le seuil, les joues chaudes pour la rejoindre, ces quelques mètres de la chaise du café à sa compagnie dansante. La vie. Je ne crains pas le scandale mais je redoute le ridicule, le second ne me vient que dans les faux semblants, quand je triche ou je mens, suivant J., je ne truquais pas, je me glissais avec elle, dans ce vrai scandaleux, et, les gens, autour, quand ils dirent, même des autres tables, que nous étions beaux, ça m’a fait plaisir, moi, parce que je craignais, vraiment, qu’ils se moquent. Encore un peu de chemin, à n’accepter désormais que les éloges et des tomates pourries ou des pierres, ignorer la dureté.

Dans le manga Seven Deadly Sins, le roi des forêts et des fées, King ou Harlequin, ne possède pas d’ailes, contrairement à sa race, ce qui, malgré son titre et son grand pouvoir, lui fait ressentir grande honte ces ailes, par culpabilité, comme des dents qui refusent de pousser à cause de ce que ça voudrait dire devenir enfant puis adulte - se perdre nourrisson puis mourir encore de se perdre enfant - réprima la pousse de ses ailes. Un jour elles sortent. Le voilà complet. Il sauvera, de ce pouvoir retrouvé, le monde. A commencer par lui-même.

La drôle de soirée, l’appartement de papa comme elle dit, et l’immense jardin attenant, la lumière qui baisse jusqu’à minuit, les bougies envahissant la table jusqu’à ne plus suffire.
Puis, nous quittons la rue de L., pour aller au Flore comme J. aime m’y emmener, avec j’ignore quelle quantité de rire et quelle quantité de plaisir sincère, elle tient, toute entière, dans, justement, ce dédoublement,. Sur le chemin, au feu rouge, de grands éclats de voix, le vrombissement d’une moto et des hurlements, on va voir ? je dis à J. qui, pourtant, jamais avare de secours, se sent pour une fois une grande flemme - rôles habituellement inversés - bête dispute, un type s’énerve, avec un accent de racaille, contre une automobiliste en Smart, qui aurait rayé sa voiture. Il hurle, elle panique, panique totalement. Nous intervenons avec retenue. Elle qui pleure. Lui qui hurle. A un moment, on ne sait pas pourquoi le mec enlève son casque. Il montait une grosse et belle et chère moto à la peinture bleue métallisée. On s’attendait, avec la façon qu’il avait de parler, à un arabe de cité, en colère, avec le coup de couteau facile. Il découvre le visage d’un bourgeois à peine fini, portant au dessus de la lèvre le duvet incommode à l’élégance, J., s’exclame mais c’est un bourge puis je me retourne, le vois, son duvet minuscule qui, symboliquement dévore tout son visage, et je reprends son exclamation c’est un bourge. La situation, sorte de racisme social ou racisme tout court, se calme immédiatement pour nous, une méfiance retombe, nous pouvons le dresser, ce que, effectivement, nous faisons. Jeanne me cite François Damiens, l’humoriste belge génial, qui refuse de vendre à de jeunes gens bourgeois, des pass des skis, et s’exclame un moment Ludovic tu te calmes, après notre départ, elle regrette de n’avoir employé la même expression. J., se montre…persuasive, devant l’insistance du duvet, désormais qu’il ne représente aucun danger, nul grand frère, nulle lame. Il finit par déguerpir, le soulagement de la jeune fille, je suis jeune conductrice les larmes lentement séchantes. J’espère qu’un thread sur Twitter nous sera consacré. 

 

au flore on croise Marie-Lucile qui parle comme dans un film de Varda, toute petite, habillée en propre, elle mendie, porte sur ses épaules de gros sacs, dont deux en cuir (un très ample, un petit à main), très bon état, elle ne semble pas dormir à la rue, elle porte, aussi, parmi son fatras, une petite cage en toile percé de trous, celles pour les petits animaux, elle me fait remarquer que je suis beau que ma chemise est trop ouverte J. approuve elle me trouve obscène ainsi décolleté, je n’aime rien que plaire de ce déplaisir, elle me dit que je suis trop poilu, J. s’en agace, elle va trop loin, je lui demande si elle a un chat dans la cage, elle me dit non, c’est mon pigeon, nous réagissons, avec un air, justement, hébété, roucoulant, oui mon pigeon, il a dix ans, je l’ai eu à Marseille, J. veut s’approcher du pigeon qui, à travers la petite grille, lui donne un coup de bec.


J’envoie à J., la chanson de Johnny, l’envie d’avoir envie parce que, tout à fait, en moi, elle dépose ceci, retend en moi la corde que je croyais brisée, la renoue peut-être et la lie. Ensemble, aussi, nous tâtonnons, fixant tour à tour l’autre et soi-même - ce qui en nos cas, êtres si semblables, nous fait perdre quoi reflet quoi corps. 

11 juillet 2023

Sublime Passion Majestueuse

Mon rapport à l’engagement il arrive qu’il me gâche moi-même. Le dédire vaut, souvent, pire que la menace ou le refus haineux. Qui se rétracte donne prise, sur lui, à une déception difficile à compenser et moins encore - ce qui l’aggrave en vérité - en revenant sur ce retrait ; qui retire sa rétractation, au lieu de nous faire revenir au statu quo ante, double (ou quadruple ?) les effets déjà très délétères de notre première hésitation.
Aux demandes que l’on nous formule, jamais nous ne devons répondre un peut-être, un je ne suis pas sûr, mieux vaut, alors une franche réponse. Le Oui, ou le Non, qui, contrairement à ce que l’on croit, le refus, donne assez peu de place à, du quémandeur, ses arguments.

Le oui, par ailleurs, qui suit, une hésitation, un peut-être, une réflexion quelque part, faite à haute-voix près de notre solliciteur, au lieu de satisfaire celui-ci, l’encombre, son désir pourtant réalisé, au lieu de nous remercier de notre accord (mais céder est-ce consentir ?), laisse peser sur nous le coût de son attente, la fatigue de la bagarre. Dans la vie, l’important, dans l’échange avec les autres, c’est tenir bon, ne pas changer de cap ce qui, bien entendu, n’exclut ni souplesse ni adaptation. Comme le courage ne se confond pas avec la témérité, la souplesse ne se compare pas à la mollesse. S’adapter ce n’est pas renoncer et moins encore se soumettre. Je me souviens, je lisais un article sur deux basketteurs dont un autre commentait les caractères. Le premier, par nature, disait non mais finissait par agir comme un oui, le second, à l’inverse, toujours s’extasiait et acceptait tout mais réalisait peu. Le second, pourtant, était plus aimé. Il ne revenait pas en arrière, il avait de bonnes raisons, et le plaisir de son oui initial (comme la première impression souvent dure plus longtemps que toutes nos preuves) ne condamnait pas (avant longtemps, avant que l’on s’aperçoive que cette façon constituait un trait de caractère) la déception. Yan, jadis, agissait encore autrement - avec en partie de la sincérité - lorsqu’il voyait d’autres que lui s’atteler à une tâche il, le travail presque fini, s’exclamait, l’air désolé, mais vous auriez du m’appeler. Et, cet engagement rétrograde l’engageait dans l’acte collectif, il l’accomplissait de sa déclaration ultérieure et presque, nous honteux de ne l’y avoir convié, le célébrions comme le plus héroïque - puisque privé de la joie de l’effort il paraissait normal de compenser notre odieuse prédation. J’ai décidé, un temps, de ne plus dire que oui, ou un non ferme. La clarté simplifie la vie, le doute, l’hésitation, entraînent une certaine méfiance qui, en plus de peser sur la relation, obscurciront, aux yeux des autres, votre personnalité en entier. Dites oui. Dites non.

Ne revenez pas en arrière, allez de l’avant, ce conseil, les armées et les artistes martiaux, toujours, vous le formuleront - ordonneront ? y-a-t-il une grâce dans le dandinement ? ce pas qui hésite ? Non, assurément, allez, allez toujours, de l’avant, par l’avant, ruez, même, vous vaudrez mieux que le pas, trop prudent, qui s’éloigne ; si prudence vous commande, n’en sentez aucune honte, mais que prudence ne vous dirige qu’à l’avant de vous si vous ne ruez pas, avancez, débrouissaillez, mais avancez. Je disais, pour rire, ce qui ne la fît pas rire, que, les bègues créent le malentendu, la syllabe répétée ou celle retenue, engendrèrent, je lui disais, des conflits mortels, les millions de mort de la première guerre mondiale, un cri inabouti.

De façon identique il faut être économe de ses je te demande pardon, excuse moi etc quant aux choses dérisoires ou quand la culpabilité, incertaine, ou la faute mineure ou celle grave mais partagée. Parce que, d’en être trop dispendieux le cours en chute, leur faisant souffrir une telle inflation elles perdent en valeur, devenues monnaie de rien, nous paraissons, alors, plus fautifs que nous ne le sommes vraiment, nous aggravons, par ces excuses, le fait auxquelles elles se rapportent. Pire, même, l’autre, celui qui pour faute dérisoire ou partagée, reçoit des excuses se sent, de ce fait là, souvent moralement surélevé de les accepter avec réserves ou non. L’excuseur prodigue, revenant au foyer de sa faute, se reçoit avec fourche et pierres. De s’excuser beaucoup nous rend plus fautif encore, notre faute, détachée de notre acte, se mesure désormais à l’intensité du pardon réclamé et des excuses présentées. Moraux, excusez-vous, mais toujours avec mesure, n’attendez pas que ses excuses, par défaut, se voient accepter, ne le réclamez pas, n’insistez pas, et, surtout, ne tentez pas, à force de répétitions, de les faire accepter. Cette multiplication les anéantit. C., jadis, parce que je lui disais étendue de je t’aime, me reprocha d’en diminuer l’intensité par le répété infini ; ce à quoi je répondais, rhéteur génial, le rosier vaut-il moins que la rose ? Je ne crois pas, sincèrement, que le je t’aime se diminue par habitude, il perd de valeur, saveur et sève de devenir mécanique, comme le bisous avant de raccrocher, au téléphone, qui, forme plus tendre de cordialement, n’en est pas moins industriel.
Je tends à m’excuser moralement, d’abord, mais aussi, excessivement, ce qui est mal. Certaines personnes refusent, catégoriquement de s’excuser et, si, à force, ceci passe comme un défaut, avant l’insupportable répétition, ils ne sont comme jamais perclus de défauts - et se vivent ainsi. Une amie, pire que moi, s’excusait d’abondance, et, moi-même, conscient pourtant de ce que les excuses destabilisent les relations et faussent le réel et les rapports, me sentît, autant que je le vis chez les autres, pris par ce vertige de supériorité morale. Ce n’est pas bien. Pour autant ne cédez pas aux gestes infâmes de celles ou ceux qui jamais ne présentent d’excuses (je ne parle pas de M-A ici, qui, pourrait se reconnaître mais n’est pas concernée, son refus d’excuses, la concernant, ne repose pas sur le refus d’avoir tort, mais quelque chose de plus rare). 

Je dois ajouter, qu’en mon cas, parfois une sorte d’ivresse du pardon me prend, ne le répétant que pour le plaisir de moi flagellé, purifié par la douleur ou le mépris engendré. Mais cette ivresse est un plaisir et celui-ci fragile coûte cher, il déforme, aux yeux de qui reçut ces abîmes de pardon, son regard sur vous. Il vous verra, désormais, toujours la bouche foulée de ses pas ou, parfois, pire, la croira, moitié difforme de la botte et moitié difforme du mentir faux. 

 

là, de son je suis soûlée, je demeure fixe, devant l’ordinateur, espérant que de cette immobilité, quelque chose, quoi que ce soit, naisse, je lis V13, Carrère rapporte les témoignages des victimes des attentats du 13 Novembre - abusivement, souvent, on dit « attentats du Bataclan » omettant « les terrasses » - parmi ceux-là, ceux du Bataclan rapportent la viscosité chaude et malléable du sol et découvrent, après, quand leurs yeux se désembrument, qu’ils prenaient appui sur des cadavres, des montagnes de cadavres, qui, aujourd’hui, après les avoir soutenus, les hantent et les écrasent. 

Je mêle à ce récit, mon récit, ce livre qu’elle me prêtait, je le mentionne pour cette raison, je crois, tant mon analogie paraît démesurée et, diraient les pénibles, les « abrrrrutis » dirait-elle (abruti qu’elle prononce en raclant les rrrr, pour chaque r c’est le r de Rêche, de Roche, de Rude, mais, surtout, celui-ci, plus discret, miroir d’elle, de Ravissante)

 

 - je reprends, après -

 

(en même temps que j’écris ce texte, je reçois sur instagram un message de C., que je n’ai pas vue depuis longtemps, qu’elle nous adresse à V. et deux autres personnes que je ne connais pas, elle me rapporte les violences qu’elle subît et les conséquences, dramatiques, légales et psychiques, de sa relation récente. Son message me glace le sang, le noue, par l’étrange sensation, celle, sûrement, mixture de sensibilité et d’empathie, avec V13, mettant au loin, je crois, cette douleur, plaie superficielle, d’avoir, aujourd’hui déçu, blessure d’ego forcément, de se regarder soi imparfait, de se désoler, surtout, d’échouer, tentant de prouver, que la faille s’étend moins qu’il ne semble, et à force, d’arguments, prétendre, presque, que de faille il n’est point, au mieux, une crevasse. Ce message de C., me fend le coeur, elle qui, déjà, trop souvent, vécût les plus affreuses, éprouvantes, offenses. Des trucs que je n’écrirai pas ici parce que le détail, pour l’instant et à mes yeux du moins, relève du gratuit, de l’horreur pour l’horreur, ne s’offre pas, point de départ, d’une réflexion plus large. J’écris ainsi, à partir de, puis je déploie une pensée qui se trouvait dans les replis des événements.) 

 

Ce message me fait perdre le fil. De cette immobilité, dont j’appelais de mes voeux la sortie, jaillit ce message. Je ne veux pas être une gêne, je lui répète souvent parce qu’elle répète, souvent, que les hommes sont dans s(m)es pattes, alors, je tente, exemplaire, de trouver la bonne distance, en permanence, disparaître et m’effacer à temps. Echouant. Nous mimons, alors un autre que soi-même ce qui signifierait, alors même, que nous en soi, tel qu’en nous, ne serions qu’insuffisamment aimable. Pouvons nous durer ainsi ? Agissant de cette feinte perfection - impossible pour qui maladroit comme moi, définitivement fait de travers, mais c’est de biais ainsi que les profils bizarres dévoilent leur beauté la plus jolie - - celle-ci se maintiendrait-elle lorsque l’autre, assez convaincue, s’ouvrira à nous ? Feindre, exagérer, ce n’est pas duper, c’est vouloir, en mon cas, sincèrement, agir plus haut que moi. Perdant le naturel moi si déjà je vise une hauteur distincte de la mienne, étendant la colonne, profitant de ma souplesse, mais dans une direction éloignée de ma pousse naturelle, pour regarder dans les yeux, celle que j’aime(rai-s?-). Lorsque je la fais rire, fou joueur, du rire qui retrousse ses lèvres et fait tomber sur son nez ses lunettes - cassées - alors c’est moi tel qu’en moi ma lumière propre déviante parfois justement réfléchie par elle, là, comme avec personne, c’est moi qui suis moi-même, dans des profondeurs, je ne saurais dire, si, confortable, ou simplement, à ma mesure, personne d’autre n’y pourrait s’y étendre avec plus d’aisance. 

 

Ce texte, je tarde à l’écrire, son je suis soûlée, passe et s’efface mais, de l’écrire, encore, quelques heures après le début de son texte et son annonce, lui redonne de la vitalité, celle-ci, malgré le froid qu’elle passe à mes membres, s’estompera, bientôt. 

10 juillet 2023

L'arpenteur

Parfois, parce que mon rapport au temps, comme je l’écris si souvent, me rend tout futur inenvisageable, j’aimerais vivre à perpétuité dans des instants, ceux de grâce le, disent les musiciens, sweet point.
Au parc Monceau, avec K., je connus un de ces moments là, ô temps suspends ton vol, qui, instant, recommençait souvent, durant une heure, décharges répétées, douces ou dures, tendres le plus souvent. Pour moi, je lui confiais, tous ces prénoms, toutes ces initiales répandues sur mon blog ne constituent pas seulement une façon de parler de moi, de revenir à moi, ces mentions, presque des invocations en réalité, affirment de qui je parle, leur donnent une texture, une solidité, celle des mots, peau véritable pour qui, poète, passe sa vie à se barbouiller de verbe. Si les femmes, surtout, se concentrent ici c’est que je passe le plus clair de mon temps entouré de femmes, parce que, le plus souvent, avec elles je me sens bien, mieux de ne me sentir pas le devoir de jouer un rôle ce qui pour, et c’est faire erreur sur moi, se perd en séduction, paraîtrait une contradiction. C’est que je ne séduis pas, j’avance peu de gestes, je tends rarement ma bouche, avec les filles, pas toutes, évidemment, celles dont j’aime l’odeur, la conversation, le regard et la petite dissonance, ce truc, comme une dent légèrement ébréchée dont on ne voit la fêlure qu’en approchant de près. Je cherche cette proximité, ce point de vue d’où l’on voit tout. Moi, tout entier livré, sans dissimulation, moi, avec la maladie, les efforts, les ratages, moi avec la superbe, aussi, la soie, les mains jointes suppliantes, moi avec le geste prodigue même les poches vidées - les nuits longues épuisent le salaire. Avec les garçons, l’ennui toujours finit par poindre, cette impression de devoir, sans cesse et toujours, me comparer, me mesurer, comme si toute conversation, y compris chez les gays - je ne connais pas assez d’hommes trans pour les inscrire ou les exclure de cette typologie - imposait une toise, un mètre, une balance, que, toujours, une évaluation, un contrôle surprise pouvaient surgir. Probablement que, beaucoup d’autres types, avec les filles, se sentent, parce que charmer, pour eux, signifie mentir et truquer, ce devoir de jouer pour commettre leur piètre larcin, une nuit de baise ou l’amour feint.
Ces prénoms ici m’accompagnent, à égalité avec moi-même, à K. je décrivais que, chacune, jalonnait ma vie, en figurait une étape mais aussi une partie du chemin, point autant que ligne, que seule leur empreinte - forme et largeur - la profondeur du sillon, les différenciait. Elles ne figurent pas des sortes de trampoline qui me permettent, à leurs dépends, de bondir sans arrêt hors de moi, elles me dédoublent, m’enchantent et, même, me gracient d’une peine sur moi, malgré moi, pesant. 

Il me souvient, alors, les truffes accompagnant les pensées, de moi, dans ces vérités révélées qu’offrent les psychotropes, soutenant auprès de Louis que nous pouvons choisir ou bien de creuser, dans le monde, une infinité de trous ou bien de se consacrer au forage d’un seul, que les deux, qui volage ou sérieux, qui séducteur ou éthique ; Johannes ou le juge Wilhem. J’ignore qui trouve le bien précieux, si toutes les profondeurs, à égalité, après un temps conséquent, recèlent de richesse (et si creuser en était déjà la richesse, la découverte des pierres singulières, de la matière inconnue, rêche, connue des seuls aventuriers des gouffres) ou si, à force de multiplier son geste nous apparaissent maintes pierres précieuses, éclats de vérité ?

L’instant, avec K., durait, se renouvelait, je n’aimais pas ce jour, la forme de mon corps, j’éprouvais envers lui une distance insupportable, le désir naissait, malgré tout, à l’intérieur de mes membres, et nous nous embrassâmes d’un doux, bon, profond baiser, ceux qui sentent la fontaine, la cascade, un peu la forêt après le passage des loups et qui abandonnent une goutte de peur et une mèche brutale. Il y avait ce côté, quand, ouvrant les yeux, au milieu du baiser, je la voyais elle, son visage au-dessus du mien, les yeux grands ouverts, scrutant, je me demandais qui voyait, alors, le mieux, celui qui, les paupières closes engendrent à l’infini le moment ou qui, prudente ou surprise, le regarde en train de se faire.

 

Temps suspends ton vol, je dis, ce moment si répété dans sa grâce, c’est par la découverte, lointaine, de son corps, ses hanches contre la main, une apparition, toujours d’une autre forme - belle, charmante - hors de la vision, de ce sens si fortement gaspillé, usagé à l’infini, dans la main qui serre et entoure, la pression plus ou moins forte à la taille, cette apparition, plus encore que par les mots.

10 juillet 2023

Balthazar

Nous parlons avec J. d’organiser, pendant l’été, une longue marche - le syntagme m’évoque Mao, la révolution - elle me rapporte la quasi-tragique expérience de E. qui s’essaya, lui aussi, à ces longs dangers pédestres, parcourant, une petite bouteille de Vittel comme seul viatique, le chemin de Stevenson subissant les affres logiques de qui tente l’aventure si peu préparé, si mal armé, exposa sa vie à la mort et ne s’en sortit que de justesse, trouvé là par des randonneuses mieux équipées, elles prévinrent les secours qui le sauvèrent. J., me dit que, forcément, c’est un truc de mec, ces équipées hasardeuses, les risques démesurés pris, surestimant sa force tout en, avec plaisir, exercice de la bite et le couteau, s’exposer au danger pour jouir d’en triompher. Sur Twitter Léna, à la suite d’une étude qui le démontre, rapporte que, durant les randonnées ou toutes activités physiques au long cours où le danger règne toujours proche, elle ne connut la menace vitale qu’accompagnée par des hommes, ceux-là, surestimant leurs forces, continuant après les heures raisonnables à poursuivre la route ou pensant prendre à travers champ un chemin déconseillé à cause des trous de boue ou des serpents. Cet esprit téméraire des hommes contre la prudence des femmes permet, dans des circonstances moins…triviales, de découvrir de l’imprévu, d’entamer le normal, le connu, pour, par cet excès d’inconscience et d’ambition virile, inventer le monde. Ceci, cette témérité, associée, par accident et éducation, aux mâles, concerne, aussi, autant, surtout, l’optimiste, celui qui, par nature, diminue le danger et estime plus fortes ses chances que tout calcul diminuerait. Les inventions, comme les morts parfois, sont à ce prix ; les femmes, conditionnées à la prudence, à ce qu’on appelle, aujourd’hui, le care osent moins à l’exception de quelques êtres dégagées de ces déterminismes - de plus en plus je crois.

J., propose que, après un bref entraînement, nous suivions les traces de Péguy, nous rendant à Chartres, épinglant sur la carte des GPS, les étapes, c’est à dire, elle précise, des hôtels avec baignoires, seules à même de soigner ses jambes endolories par l’enfer. Je lui précise, pour avoir pratiqué assez la randonnée et connaître de plus habiles que moi, que, ce qu’elle évoque, une marche de plusieurs jours, avec entre 20 et 30 kilomètres chacun d’entre eux, blesse les pieds qu’importe les bains ou les capsules de cryogénisation mises à notre disposition. La marche blesse mais, par bonheur, après le deuxième jour comme me le disait l’ami tchèque capable de marcher tout un été (à ma plus grande incompréhension), lui aussi, malgré l’expérience, connaissant les diverses blessures, la sensation de la douleur disparaît. Les exilés, quant à eux, marcheurs éloignés forcés de leur terre d’origine, ne perdent jamais leurs ampoules au coeur et, toute la vie, souffre de cette longue distance parcourue. 

Nous regardons ensemble les petites randonnées en région parisienne, ces GR accessibles par le RER, mercredi, peut-être, selon ses disponibilités, nous amorcerons nos premiers essais.
J., après l’apprentissage, après Péguy, envisage aussi une autre marche, plus longue, avec un âne, pour rire je lui dis que, chacune des aventures, déjà, grâce à ma compagnie, comprend un âne et, aussi, par la sienne, une mule (ou du moins sa tête). Enthousiaste ça ne coûte que 850 euros par personne âne compris, somme que je ne trouve pas pouvoir, si légèrement, être précédée de la préposition limitative et heureuse que. Elle ajoute, interloquée, c’est le prix d’Hydra. Je préfère Hydra, la Grèce, les souvenirs de Léonard Cohen, tant pis pour Balthazar (l’âne déjà nommé). Elle admet, aussi, préférer Hydra, se prenait surtout à rêver de, cette année, débarrassée des couillards comme elle appelle ses exs et de façon plus générales les êtres qui l’encombrent aujoud’hui ou au passé, dont les goûts n’allaient qu’aux hôtels de luxe et au confort, profiter de ma souplesse en tout - être le plus gentil - pour tenter d’autres expériences. De les lui offrir, déjà, en rêves et en possibles, vaut, probablement, déjà, un âne. 

7 juillet 2023

a

mai 2023 archives

 

Le flux de conscience, je me demande si, abandonné lui, dans sa forme, disons primitive, lorsque j’écrivais, par exemple mes, poèmes minutes, révélais-je, alors, les pensées, le langage inadmis ou, cette expérience ne produisait un propos que lié à la situaiton 

 

Le café du père Tanguy, sur la place Toudouze, juste en bas de mes fenêtres, incarne parfaitement l’idée de Pigalle devenue SoPi. Le lieu est joli, élégant, raffiné, même. Le motif des chaises en (faux?)osier s’accorde à la couleur des tables, un beau vert émeraude ; accord répété sur les parasols et la carte, redoublé par la végétation qui s’échappe de pots situés en hauteur, entremêlés à des cages de chanvre où les lampes projettent une douce lumière orange.
Il existe, à Paris, de nombreux lieux en toc, qui se donnent l’air, ces restaurants qui ajoutent quelques poussières de paprika sur le poulet surgelé, les petites billes de sauce au chocolat sur la Tarte Tatin industrielle. Le Café du Père Tanguy ne correspond pas à ces lieux là, il ne correspond pas non plus, à ces endroits qui imitent, le cool, le contemporain, le moderne. Ce lieu, au final, ne fait pas semblant, cependant il dupe. Sa profitabilité limite son élégance, sa mauvaise foi et sa truquerie, il la tire de son bilan comptable. Ils servent le café dans d’élégantes tasses au liseré doré, à la soucoupe d’une couleur chaude et cassée (tasse couleur veine, souscoupe jaune aujourd’hui), au-delà des apparences le café à 2,5 euros (prix moyen du quartier) ne vaut rien, le comptoir richard qu’on ne sait être du café qu’à l’amertume qu’il dégage. Le café résume le lieu qui, lieu, ajoute sans cesse à la réalité de ma description. La carafe d’eau imite les cruches à vin de l’antiquité romaine. Les cocktails vous parviennent dans les verres - le contenant - propres à satisfaire les barmans les plus exigeants. L’alcool employé, quant à lui, appartient à ceux sans saveur, grand public, malgré le prix, pourtant, des cocktails égal à celui du Sister Midnight où la création côtoie le luxe.

7 juillet 2023

(avril)

avril 2023 : je publie les textes écrits il y a longtemps, il s'agit d'archives

 

Lorsque je suis, récemment, entré dans la pire crise de mon existence, après avoir reçu, de certains, un soutien celui-ci s’est étiolé parce que, un mois durant, et pas davantage, un mois terrible, certes, mais un mois seulement, la rage habitait mes mots sans jamais rejoindre ni mes actes, ni mes gestes. Entre dire et faire il existe, souvent, un pont, en mon cas, ce pont, j’en coupais les cordes.

A longueur de pages, j’écrivais, pourtant que dire prévenait le faire et tout le monde entendait, en ceci, une menace, tandis qu’épuisant, verbalement, l’éventail des possibles atroces, je les expulsais de moi, leur rédaction valait, justement, absolument leur neutralisation. Or, tandis que, pourtant, l’abstention réelle eût du témoigner en ma faveur, tout le monde s’exclamait que, non, définitivement, avoir dit, déjà, c’est avoir fait. Comme si, dans l’état de crise qui me parcourait, cette épilepsie de la raison, me retenir moi moi-même, seul moi me retenant, n’épuisait pas mes forces et, plutôt que de m’attirer les récriminations, eût du appeler les félicitations soulagées de ce monde qui me conspuait.

Je le répète, encore, le catalogue de nos inactions n’est pas celui de nos ambitions, les écrire les nie. Il ne me restait que ça, parce que, je me retrouvais face à des décharges gigantesques d’injures et de mensonges et, personne, plus le temps passera, ne pourra le nier. Personne.

Il me semble, pourtant, que cette barrière étanche édifiée entre ces deux façons, dire et faire, m’élevait, que son érection me coûta une énergie folle, il me fallût trouver assez de satisfaction dans l’expression verbale qui, rappelons-le, demeure mon art, pour me distancier de tout acte concret. Qu’on ne me rapporte pas la performativité d’un dire, parce que, je vous assure, dire que l’on aurait pu casser la gueule d’un type et effectivement la lui casser fait autrement mal au nez.

Au pire, vous eûtes à en souffrir l’exposition publique de vos noms sans, jamais, qu’aucune publicité n’exista, AUCUNE. Je ne nie pas l’angoisse éventuelle que certains ressentirent, je leur dénie, par contre, le droit de se dire harcelé quand je subissais des déferlantes de haine. Encore, lorsque j’écrivais je n’ai payé aucune régie pour accroître le trafic de mes pages, je ne menaçais pas, je répétais que, vraiment, je me contenterai de ça. Vous preniez un engagement pour une prétérition.

Des choses insupportables, la primeur d’autres récits me blessa, ils gagnaient en raison de se voir exprimés les premiers et, pourtant demandant parfois que leur existence demeurât exclusive aux interlocuteurs, furent répétés. Tout déplacement, la poésie nous l’apprend déjà, change le sens et l’altère.

J’apprenais de nouvelles choses terribles, la première, douloureuse le chantage au suicide. Comment, celui qui faillit effectivement se tuer, qui porte ça en lui depuis sa naissance pouvait le mettre réellement en jeu.

L’autre, tout aussi triste, voulait que je vivasse mal la rupture tandis que je vivais mal l’abandon et la trahison, qu’importe les motifs, aucun, à mes yeux ne les eurent pu justifier. Aucune raison, à mes yeux d’escatologue, ne pouvait tenir.

Comment pouvais-je, par ailleurs, vivre mal, quelque chose qui ne me fût jamais, en soi, annoncé. Le deuil pour, commencer, par un certificat de décès. Cette faute, pourtant, n’entraîna aucune excuse. Depuis le départ, pourtant, je n’avais besoin que de ça.

Lorsque L. ou Y. me demandèrent si je voulais rester avec Marie-Anaïs après ses errances, je leur répondis, sans peine non. Sans acter, ici, le rompre, qui ne peut exister sans, disons, concile. Ce me rendît d’autant plus insupportable ce je ne supporte pas la rupture, parce que ma révolte se situait ailleurs, que la fixer sur la rupture empêchait de penser le reste et une éventuelle culpabilité ; cette réflexion ne réclamait pas une condamnation, elle réclamait, comme tu me l’exigeais des mois, une méditation franche et douloureuse. Tu ne t’y essayas pas. Comment pouvais-je le voir comme autre chose qu’une fuite. Qu’une trahison de plus. Je cherchais à réaccorder le réel. J’y avais droit.

Je ne supporte pas les rumeurs, les paroles rapportées et déformées, je ne supporte pas le dédit et les justifications de celui-ci. Je ne supporte pas, aussi et surtout, que, si un mois, je devins fou, encore, il ne s’agissait que d’un pauvre mois quand, dans la figure, je me prenais un tel déchaînement, que j’en mourus, littéralement et que, ce mourir, se voulait aussi soulagement des uns et revanche contre les autres. J’ai craqué un mois. Et, vis-a-vis de Marie-Anaïs, j’ai compté, dix jours au maximum. Sans reconnaissance, jamais, de ce que je me pliais à toutes ses exigences. Ni pardon, de sa part, de n’avoir su leur accorder, alors, la dignité que je méritais.

Les violences psychologiques prennent des formes diverses. Le silence et l’évitement, ne provoquent pas moins de dégâts que le cri. Le second subit seul les admonestations en raison de son existence publique. Nous ne condamnons que ce que nous voyons. La parole du fou, à cause de ses exagérations réputées, ne vaut rien. Je ne m’en fiche pas. Je ne m’en fiche pas parce que, voyant les réactions autour de moi, parlant aux gens, je me rends compte de ce qu’un récit unique et exclusif s’est désormais installé. Le tien. Lorsque je mettais en lignes nos échanges il s’agissait, pour moi, de montrer que, oui définitivement, tu avais bien dit ce que tu avais dit.

Marie-Anaïs, lorsque je lui exprimai que la disqualification qu’elle faisait subir à mes propos à cause de leur violence, s’apparentait à celle subie par une femme déclarée hystérique, elle se révolta disant c’est moi la femme donc c’est indécent, or, l’analogie reposait sur ce que, ici, le fou, puisque cet état m’était rappelé, se voyait renvoyé à sa condition de fou, disqualifié par elle.

 

Je garde profonde amertume de ces faits, de ces paroles rapportées, de l’absence totale de considération pour un être, qui en quelques mois, vît, son monde s’effondrer, ses liens avec le réel se distendre.



(R., la seule fois où le dire - et ce jour là je n’avais pas dit justement - allait se changer en faire, l’en empêcha. Tout ce que je savais, à ce moment là, je le connaissais de M. ou de A.).


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