?
à quoi bon
douleur qui mal se dit
de si peu trouver son partage
singulier sans commun ni
mesure
douleur sans nom qui
tambourin une peau de bête
tendue
d’une bête écorchée
venue
moi-même
la bête
cette bête moi
tambourin la bête
rit
cri son chant
la peau tendue dégage
une musique ses nervures
mon cri
rampe fin serpent
un sillon fendu il laisse
sa mue une
douleur entretenue
si peu
la peau
elle foisonne dans
l’antre où pousse
comme houx
ton malheur une serpe
coupe
sans manche
tu sens dans la caverne une odeur d’humidités et de moisissures, ici doivent pousser des champignons, tu devines, parce que leur odeur te répugne, qu’ils se consomment sans danger, ils tentent par cette haleine de repousser le prédateur, ils aboient de cette façon là comme les petits chiens craintifs qui hurlent et qu’un coup de bottes assomme.
ce lieu tu le reconnais, tu l’as arpenté, déjà, dans quelle vie, voilà l’oubli, sur les murs tu vois la trace que des mains ont laissé comme des signes, tu dois déchiffrer, en même temps que tu mâches les champignons, ils ont un goût de terre et de plastique comme de la pourriture végétale, sur le mur les empreintes ont des tailles différentes, toutes nettes, ces empreintes, tes mains sûrement, une succession de testaments, ici, à toi destiné, tu n’y comprends rien, au fond, tu es comme les autres toi pas plus qu’eux tu ne te comprends
ce que tu sais l’appétit féroce
cette envie d’incendie de brusquer
de rosser tant sans paix du feu
supplique du peu une pythie
toute divination donne donne
dans la grotte froide un tic-tac
une source d’eau
un décompte
voilà un décompte
je veux mourir.
Je pense souvent à cette photographie appartenant à ma mère au dos de laquelle, peu de temps après son mariage, elle griffonnait, « je suis tellement malheureuse ». Cette phrase, ainsi que d’autres, me hante, me heurte et m’inquiète. Cette vie, sa vie antérieure, celle passée en Algérie je l’ignore toute entière, elle n’en parle pas, ne l’évoque que par bribes, dans la famille nous sommes d’étranges êtres taiseux et volubiles, démonstratifs et plein de lieux inaccessibles.
Ma soeur me demandait, quand je lui rapportais ce qui m’arrivait, si je m’étais excusé, ça m’a interpellé qu’elle y pense, qu’elle me le demande. Elle pressentait que je m’étais excusé et c’était le cas, en 2020, à ma façon, en cohérence avec moi-même, sans culpabilité, comme je l’écrivais à H. parce que je n’étais pas coupable, pas coupable du moins de ce dont aujourd’hui je suis accusé et qui m’empêche d’entendre la parole de la première concernée.
Le douloureux dans l’affaire de l’excuse c’est qu’on veuille se servir de ça comme s’il s’agissait d’un aveu, de ça ma soeur aussi avait l’instinct, elle me disait que c’était ordinaire, aujourd’hui, que les types qui s’excusaient se voyaient accabler. Ca ne change rien, il fallait s’excuser, il eût fallu le faire avant ou ne pas faire du tout, diraient les maîtres en morale.
Avant, tout ça paraissait normal, de ce côté là du monde, coucher avec une fille de quinze ans à vingt-trois, ça choquait pas forcément de ce côté des gonades.
je relis nos échanges H. m’écrit pute
dès lors qu’elle veut m’interpeller me rabroue quand je moi la rabroue
nous nous amusons
alors après
après j’ai besoin de savoir comprendre
parce que jamais je ne l’ai diminuée dans aucun de nos échanges
j’ai tout relu de nos discours des années après je fais encore un éloge
intact
de ce qu’elle écrivait.
Je pense que si ce genre de types, un peu comme moi, se trouvent ainsi pourchassé malgré leurs excuses ou, aussi, du fait de leurs excuses c’est qu’on craint qu’ils se rachètent à peu de frais, qu’on craint qu’ils puissent se présenter au monde comme des êtres devenus exemplaires, aussi, et surtout, que l’écart entre ce qu’ils sont et ce qu’ils furent (ou firent) devient trop insupportable, injuste. Que le paradoxe réside en ce que si le type continuait à défendre la légitimité toute parfaite de ses actes passés il n’offrirait pas tellement de prises sur lui.
Celui qui s’excuse se met toujours en défaut, quelque part, il expose une faute et, cette faute révélée, sort de l’ombre tous les inquisiteurs, les imbus de justice et ces êtres particuliers comme Simon qui, je l’ai déjà dit, se trouvent à des intersections particulières de tous ces défauts, de toutes ces qualités.
Je m’excuse toujours mal, parce que je m'excuse trop, mal parce que je m’aplatis lorsque je m’excuse, l’acte ne s’achève pas en lui-même, laissant à l’autre la libre disposition de l’action dévoilée, je souhaite obtenir le pardon et pour son obtention je m’avilis au-delà, bien au-delà de l’acte en cause. Or, à force de s’incliner si bas, nous ne sommes plus jugés à l’aune de notre action mais à l’aune de notre soumission. Alors, toujours, j’agis très gravement tant je me ratatine si je demande pardon. Oh, il n’y a pas que du beau là dedans, on y trouve un peu de cette passion hérétique de bonnes soeurs épouses du Christ charnelles avant tout. Le flagellé trouve du plaisir à cette ivresse et, quelque part, s’excuser à ce point au-delà de ce que l’autre l’admet ou non, c’est aussi se donner, soi soi-même, le rôle du juge, le châtiment infligé à soi-même ressemble furieusement à une absolution.
Je me suis trop humilié pour que ton refus de mes excuses soit juste ou pire, je me suis trop excusé pour même que ton jugement puisse porter quelque poids, tu deviens, toi, autre, la coupable.
Marie-Anaïs ne peut, ne sait s’excuser ou qu’avec quelque chose qui ressemble à la négation d’elle-même, je ne le comprends pas et le comprends d’autant moins lorsque l’autre, en face, demande ces excuses parce que sa vie psychique en dépend. Comme si, pour elle, s’excuser valait forcément s’avilir autant que s'abolir, que toute reconnaissance de faute morale valait pour elle édification, à sa destination, des grands bûchers or il y a ici, dans ce refus là, une sorte de narcissisme, le bûcher a déjà pris feu en réalité et la fumée de la paille enflammée obscurcit le regard.
L’obstacle, en elle, précède la calme interprétation des gestes en jeu, le refus de l’excuse fonctionne comme un principe, une présomption qu’il faut d’abord renverser, condition de la reconnaissance de la faute. Marie-Anaïs se trouve à un stade que j’ignore tout à fait, ce qui la fait se refuser de s’excuser c’est que ce que ça impliquerait pour elle, son estime d’elle, sa conception d’elle de demander pardon, lui est à ce point intolérable, qu'elle en meurt déjà d'y penser.
Je n'exagère pas, le disant, quiconque pourrait croire que je verse dans la carricature ici, pour diminuer, ou, comme on le croit maintenant, "nuire", alors même que je suis aussi exact que possible, je ne juge pas.
Elle affecte au pardon demandé une valeur trop grave pour seulement le considérer comme Simon refuse de s'exposer à des discours qui remettraient en cause ses édifices théoriques, Marie-Anaïs refuse de se confronter à la possibilité de la faute (j'emploie ce vocabulaire de ne disposer de rien d'aussi précis que celui hérité des baptêmes). Or moi je me trouve presque à l’autre extrême, déjà, je suis dans l’après, déjà je suis dans la punition de la faute, devenue faute de ce qu’elle fît souffrir même, de ce qu’elle demandait pour être consolée sa reconnaissance comme telle. Je suis avant l’analyse.
Je ne sais rien de ce que H. vécut vraiment cette nuit, rien parce que son discours, avec le temps, les palabres, les années, le cattinarisme catalysant concassant, l’a aggravé, déformé, jusqu’à ce qu’il ne ressemble à rien ou une forme si incompatible avec la mémoire, le disque dur, les images, que ce en devenait intolérable. Puis, aujourd’hui, je connais l’intégralité de ce qu’elle a dit. Alors…d’autant plus injustes, douloureux les propos rapportés, truqués, alors…d’autant plus cruel de vouloir sortir contre moi cet acte qui s’espérait décent, qui au moins résultait d’un devoir, de l’employer comme s’il s’agissait d’un aveu alors que sa lecture tranquille ne parle jamais de rien d’autre que de formes littéraires d’amour. Sottises. S’il y a aveu c’est d’avoir, moi, souffert.
J’ignore comment elle le prit ? Est-ce que ça a ravivé ou allumé quelque feu douloureux ?
Je ne laisserai personne dire que je concédais des « pratiques perverses » comme le prétendit Yasmine. J’évoque, désolé, des tortures morales, loin, bien loin, à des milliers de kilomètres de toutes horreurs incompatibles avec un quelconque âge.
Le douloureux, aussi, c’est ceci, aucune de mes pratiques actives, c’est à dire à mon initiative (coucou chloé ) n’excède ni n’excéda ce qui relève de la plus totale banalité.
Parfois, pour me retenir d’agir d’une manière ou d’une autre, les camarades invoquent l’aspect légal de mes actions ou de mes écrits, ils ignorent mon indifférence quant à ceci parce que je tente, moi, de me maintenir en vie, par ces choses dérisoires, et quand Marine ou Marie-Anaïs même, pestent de voir leurs noms écrits ici, ou qu’Esther s’émeut de ce qu’on évoque à mots couverts ce que fut sa vie de merde, je m’excuse de les trouver tout à fait immorales, je ne crois pas que l’on puisse jamais remettre en cause le moyen de survie d’un individu. Sauf à dire, je vous laisse juge de cette égalité, que le nom écrit sur un blog « Marine » vaut davantage bien que « Jonathan Boudina » gravé sur ma pierre tombale.
Après tout, avec cette morale plastique dont, depuis quelques temps, vous vous rendez maîtresses, toi, Simon, tout particulièrement, parce que les autres, tu vois, Yasmine est dingue (coucou la diffamation privée d’ailleurs, Esther basse, vile, L'agée…eh bien.- Il suffit de connaître ses effusions de pauvre fille.
Parce que Marine demeure, à mes yeux, les seuls qui comptent aujourd’hui, un être humain.
Parce qu’à la fin de la journée, demeure la même chose encore en suspens, je ne veux pas vivre comme je n’ai jamais voulu vivre.
Je me maintenais pour les autres, à la surface, à la limite d’une disparition.
A force de s’agiter le spectre se couvre de poussières, cette fine couche, sa peau, il s’habille de débris et de restes, son envie de durer ne provient que de là
je ne veux pas
n’ai jamais voulu
n’ai jamais voulu vraiment
si souvent j’espérais ne jamais me réveiller
devenir désuet
quel dommage que cette vie ne puisse comme en régime capitaliste
se vendre comme un organe à ceux qui meurent sans vouloir mourir
ma vie je te la vends
le produit de la cession
tout mon héritage elle ne m’était pas précieuse
l’était pourtant
je ne souffre pas tant que ça, pas à ce point
fait pour le plaisir bien davantage que pour le bonheur
il me coutait cher ce plaisir
si je vendais ma vie peut-être elle sera comme une sorte de viager
à terme
le diable quand il achète une vie pour une damnation éternelle
l’échange aussi contre le plaisir
moi plus profane
corps résiduel
je n’en demande pas tant et m’offre moins longtemps
cinq ans de plaisir contre toute une espérance.
je ne veux pas vivre
sans douleur pourtant
la quête du plaisir ne me procure
aucune douleur
la frustration ne me tord pas les boyaux
je ne veux pas de toutes ces années à venir
je vivais pour les autres
ou mon bon plaisir
lui un tiers aussi quelque part
une peau exultante
la passion des salives des peaux
les semblants d’amour tout ça compte pour moi
ces quelques heures plus que tout le reste
je ne veux pas vivre
sans souffrance
je connais
l’ennui
la déception
je connais la colère
sans porter en moi
fruit amer ou fruit vert
je ne veux pas vivre
fleur rétractée
je voudrais que l’on m’annule
fermer les yeux cette fois ce serait pour toujours
ou m’épuiser dans le plaisir
la débauche ou le monastère
tout le reste pour moi
toujours sera insuffisant
la croix peut-être aussi
brûler d’un coup sec
j’ignore si le bois mort
brûle bien
suis-je bois mort ou fatigué
sec peut-être
je crois bien brûler moi
longtemps
la matière est vaste
je ne veux pas vivre
ce qui n’équivaut pas à
je veux mourir
entre les deux le même écart
qu’entre qui jeûne et qui
mort de faim dans le désert
périt de sa soif
je ne veux pas vivre
cette fatigue sans vacances
cette existence
il écrivait vivre est la chose la plus difficile
la plupart des gens se contentent d’exister
eh bien moi je me trouve en-deça de ça
je dure
La mort continue de rôder
J’ai cru un moment que je tirais certains droits de cette mort lente
à venir
Je me trompais.
Je croyais aussi que la douleur extrême
conférait
comme une tolérance
que qui crie sans morphine
on le pardonne
on ne le pardonne pas
dit l’assourdie
je n’ai pas à endurer ou après tout pourquoi
les tympans brisées
si dehors, dehors entendez
les oiseaux chantent le printemps naît oui
s’il y a la grande lumière dehors
pourquoi pourquoi vivre recluse
Ca fait mal.
Ca.
Je crois c’est la chose bizarre, un peu
Le rapport bizarre à l’engagement qui ne devient pas, plus inconditionnel.
Que la vie
la survie
la douleur
ne rendent pas inconditionnel
Là ça heurte, cet endroit où il y avait comme une clause
elle ne savait pas du genre les clauses en petits caractères
dans la langue contractuelle
que si ça changeait par trop alors l’engagement précédemment pris ne tenait plus
alors que même justement c’est à cause de ce changement
que l’engagement devrait durer plus devrait
le changement une grande bourrasque près du vide
une grande bourrasque
alors j’heurte les récifs la falaise
s’affermir
mieux
Marie-Anaïs distinguait entre les femmes et les hommes que les premières tendaient à se sacrifier davantage quand les crises survenaient, que les devoirs envers les autres les fragiles auxquels elles étaient liées, elles les tenaient à leur propre détriment
moi je croyais que mourir presque ou quasi c’était assez
avant qu’on me dise
c’est du chantage
je me demande si sur la pierre tombale on peut écrire ceci
chantage.
à la fin moi je tiens mon devoir envers moi
mal
ça fait
mal
je croyais moi je sais pas que si à la fin vraiment ta douleur elle naissait de quoi
un mensonge un grand mensonge et un peu de vérité celle ci comme vérité bien connue d’avant de loin avant
tu croyais que tu avais des droits
parce que tu les employais pour la survie
mais ce n’était pas le cas
puis les excuses
la litanie d’excuses
je ne veux pas dire
des excuses présentées
du pardon demandé
non
les prétextes
je ne savais pas que dans la douleur la pire au fond de la nuit torture
encore il fallait faire attention aux autres si l’on voulait être protégé
si la bête torturée
le lion captif
dans sa cage étroite
mord la main qui le nourrit
le lion la bête mal dressée
il faut la laisser
à sa cage
à sa mort
oui
il n’avait qu’à être sage le lion
qu’on voulait aider
le sale lion avec ses plaies partout
qui sentent mauvais
J’avais découvert avec toi la saveur umami quand on essayait plein de restos différents et qu’on tâtonnait en cuisine. La cinquième saveur, avec sucré, salé, amer, acide. Aujourd’hui, la vie, un peu toute entière, a une sixième saveur, un goût d’algues très sucrées, jusqu’à l’écoeurement.
Ca doit avoir le goût un peu pareil le dernier repas du condamné à mort.
Je me souviens de cette phrase de Nicolas Sarkozy à Dakar je crois quand il était président « l’homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ». Je pense à mon grand-père, Jedi, comme on dit grand-père en arabe, il s’appelait Mohammed et je ne l’ai presque pas su et de lui comme de ma famille là-bas je ne sais rien. Ca revient souvent, ça, chez les descendants d’immigrés, l’obscurité de leur passé. Chez les plus européens c’est plus facile, même quand on sait pas, on peut faire les arbres généalogiques, retracer, retrouver un peu les gens, tisser les fils, trouver une branche et des cousins, la colonisation n’a pas mis tout ça à sac.
Pour nous, y a la honte, ça bloque déjà, cette sorte de pudeur, elle se retrouve aussi chez les pauvres, c’est un truc de non-classé.
Parce que la colonisation elle écrase la mémoire de façon bien vicieuse, il y a la honte déjà, bien sûr, on a dit, puis il y avait la pente naturelle des pudeurs et des réserves, mais y a aussi l’écrasement des institutions antérieures, l’état civil avant, les logiques de village. Ils ont dissous les autorités et les registres parce que ça correspondait pas à la civilisation, alors, ce passé il s’est perdu, il s’est tu, il a plus eu des lieux où s’exprimer, les griots ont déserté la place, la mémoire elle était vivante.
Je pense à mon grand-père décédé à l’été de 2013, j’arrive pas trop à y penser, il s’est beaucoup occupé de moi, à sa façon, j’ai rejeté un peu le deuil, ça me ressemble bizarre ça, remettre à plus tard la douleur. Quand j’entends parler du pays ou du bled de ceux venus depuis le Maghreb qui traversent la Méditerranée et se noient en France je pense aussi à mon grand-père. Avant la guerre d’indépendance, je crois, il appartînt à ce bataillon de damnés qui vinrent ici crever de froid, de faim, d’insalubrité. Les dates, je ne suis même pas sûr, ça se dit comme ça vague. Ma mère je ne crois pas qu’elle était née, elle est née en 1963, Mouloud, l’aîné, lui je crois que si. Il était parti travailler en France, seul, avec un tas d’autres comme lui. La ville, je ne sais plus ce qu’elle. Saint-Etienne me vient en tête, j’ignore pourquoi. Il a regretté d’avoir rejoint l’Algérie libérée maman m’a dit parfois. Ce rêve il en a déçu beaucoup. Moi, je ne sais rien. Il touchait un peu d’argent en France, sur un compte à la poste, je me souviens, tous les ans quand il venait, il en faisait le compte, une sorte de bout de retraite de ses années de labeur ici. Dans quoi travaillait-il ? Je l’ignore. Qu’en pensait-il ? Je ne sais.
Sûrement c’est mieux d’être rentré au pays, il a pu acheter un appartement, quitter l’habit de forçat pour un petit travail d’employé à Air Algérie.
C’est mieux, comme ça.
Moi je ne sais rien, elle est bizarre cette mémoire toute obscurcie quand moi je laisse sur ces pages, toute ma vie, des forêts et des forêts d’archive.
(16h32)
Dans l’appartement il y a les haricots blancs, les muffins parvenus depuis le 10 avril à leur date de péremption, il y a des oignons, de la sauce worchester encore de la mélasse noire, des tomates concassées, il y a les rouleaux de papier toilette qui durent trois fois plus longtemps qu’avant.
Le thermomix souvent silencieux.
Les nouilles épaisses et gluantes pour préparer à une autre les nouilles udon achetées pour un jeudi pass.
Décompter les produits, la bouteille de mirin, son bouchon perdu remplacé par celui du Campari, les filets de poulet au congélateur.
Dans l’appartement je n’éprouve aucune mélancolie, le temps y coule, le soleil entre pareil par les grandes fenêtres.
je vais mettre à griller les muffins que je tartinerai de beurre, peut-être un peu de confiture, dommage l’absence de lait, j’aime quand ça ramollit et que ça dégouline tendre et dur un peu comme les gyozas. J’aime quand la confiture tient en équilibre fragile, on dirait un glacier en fin de vie, cette gelée.
Depuis que les plombs sautent dans la cuisine, le grille-pain repose sur la table du salon. Je ne l’utilise jamais que par gourmandise, toi tu l’utilisais par nécessité, les deux tranches de pain, du beurre, la sertraline, le café long. Parfois je les beurrais, je n’aimais pas quand c’était difficile de séparer les tranches de pain congelé, qu’il fallait forcer et que je me retrouvais avec comme des tablettes brisées et inutilisables.
Récemment je me suis débarrassé des restes qui s’accumulaient dans le ramasse-miettes, on le faisait pas très souvent, ça fait curieux, ça, d’écrire miettes, de jeter les miettes, ça fait même un peu mal, c’est comme se jeter dans le vide.
Elles traînaient les miettes dès qu’on bougeait le grille-pain, elles débordaient comme si trop à l’étroit elles voulaient s’exprimer ailleurs. Elles s’expriment loin ailleurs.
En ce moment, je me nourris peu et mal, à cause de Novembre et du début de la sertraline, mes muscles se sont atrophiés, j’ai pris du poids. La balance chez J. affiche 76, je ne m’étais pas pesé depuis longtemps, je regarde mon ventre dans le miroir, il est rond et doux, la douleur y palpite elle grossit sans fin, tendrement. Je ne peux pas chérir trop longtemps ce que j’avorterai. Je la chéris quand même un peu.
Je suis beau alors que je suis gros, les gens me disent que je suis beau alors que je suis gros et désespéré comme ; ça doit donner l’air charmant des ténèbres, tous les déshérités, les baisers des filles c’est comme un impôt acquitté à la douleur.
Je déteste prendre du poids et mon absence de muscles depuis deux ans.
C’est amusant, la confiture de framboise sur les muffins chauds et beurrés ça fait comme de la boue sucrée, je tache mes habits comme les enfants, quand ils remuent la terre, et que les parents grondent. Personne ne me gronde quand j’essuie mes mains collantes de gras et de sucre sur ma robe de chambre.
Le plus bizarre c’est le silence et aussi le sommeil, ça se ressemble. Chacun il est un peu comme l’autre. Les cauchemars, toutes les nuits.
Elle passe vite la semaine, dans le brouillard les jours deviennent indistincts, un gros bloc de brume une semaine. M.V me rappelle toutes les semaines que c’est vendredi quand il m’envoie sur WhatsApp le message :
❤️🔥*À ce soir* ❤️🔥
*Tu fais partie des vip célestes * de la Santa Maria , alors s’il y a la queue tu m’appelles quand tu es devant l’entrée et je te fais passer devant tout le monde 😎
DJ guest tonight : *Leo Werner & The Jost *
Chacha club : 47 rue b* paris
Horaire : minuit à 5h
A toute 🙏
Le mot pelisse ne résonne plus nulle part, la couette blanche est pleine de taches rouges, je saigne souvent du nez en ce moment à cause des émotions, m’a dit le docteur, ça et les muqueuses fragiles. Au collège, période honnie, ça m’arrivait souvent. Derrière la peau, ça saigne beaucoup chez moi.
(02:02)
Là, je rentre de l’anniversaire de V., dans un bar l’Everest, il est à dix mètres de l’extrême contemporain, un jour de signature, je nous avais pris des shots là-bas. Je cherche mon manteau quand je dois partir. Je ne le trouve pas. V. et G. me demandent si je suis sûr de l’avoir pris, j’en suis sûr. Je me revois rue Montmartre, la déambulant, le manteau, parce qu’il fait chaud, sur le bras. Le patron me dit la même chose. On regarde les caméras de surveillance puis on voit la fille toute bourrée qui le prend, elle fait pas exprès, c’est son amie plus sobre qui trouve le manteau sur sa chaise et lui enfile.
J’espère le retrouver. On partage un uber avec N., on échange les numéros puis elle remonte jusqu’à la rue D.
La faim enfle, il reste deux muffins, le carrefour du bas, comme je te disais, offre à - 50% des tas de trucs, j’y ai acheté des steaks hachés charolais, je me fais des muffins avec, un peu de mayo, un peu de ketchup, du fromage. J’aime bien ce sandwich.
Les trois kilos pas besoin de chercher bien loin d’où ils coulent. Ca et les fraises tagada, le plaisir en ce moment, ça donne des boutons, moi qui avais toujours eu la peau si nette. A part sur le nez ce petit cratère, je me souviens, un jour à la montagne, tu voulais brûler une verrue, on savait pas que c’était pas pour le visage. J’ai comme un coup de soleil pour toujours, avec une petite crevasse, ma vision de l’été. C’est beau qu’une saison toute entière nous laisse une cicatrice.
Jeudi 20 avril 2023
Hereford :
(saison 2023-2024)
Deuxième saison, entière celle-ci, avec Hereford. Effectif que je peux, malgré un budget très limité, modeler à mon envie (pauvre). Budget limité à tempérer si nous devions le comparer aux budgets d’autres ligues, SeriousCharly sur Twitter et Twitch s’est amusé aussi à jouer une partie commencée sans emploi, embauché en troisième division nord irlandaise ou deuxième division lituanienne, il bénéficiait d’un budget de zéro euro de salaire ce qui le forçait à recruter des joueurs payés en olives noires ou spécialités locales. Les propriétaires du club me permettent de dépenser 60 000 euros avec un budget salarial, à affecter à tous les joueurs, de 57 000 euros par mois. Par maladresse, je dépense tout le budget sur le médiocre Henry Woods qui s'avèrera tout à fait dispensable.
J’ignorais les règles contractuelles du championnat et aucun juriste ne vînt me prévenir. En effet, le contrat d’Henry Woods arrivait à expiration très prochainement, or il est possible, lorsque le contrat n’est plus valable que pour six mois, de faire signer le joueur gratuitement (il rejoint son nouveau club à l'expiration de son contrat mais sécurise son avenir), seulement, parfois, faire signer ce contrat avant son expiration entraîne le versement d'une compensation obligatoire. Ce dont je fis l’amère expérience parce que je me privais, alors, pour un joueur inutile de trop d'argent.
A l’avenir je demande à mon adjoint, lorsque je repère des profils semblables, de ne commencer la négociation salariale qu’APRES l’expiration réelle du contrat ou si le club accepte de le céder pour 0 euro.
Toujours est-il, j’ai du budget, à peu près 20 000 euros de marge pour compléter l’effectif. Je dégage des joueurs. J'en signe d'autres. Grands mouvements.
(ça dégage)
J’écrivais, dans mon précédent billet, que la valeur symbolique du football en Angleterre et en France ne correspondaient pas, la popularité de ce sport, en Angleterre, déborde largement les frontières sociales. Chaque membre masculin d’une famille se revendique d’un club et transmet cet amour à la génération suivante. Les clubs de divisions inférieures, comme Hereford, vendent tous les ans 1200 abonnements (à 200 euros par an), c’est à dire que tous les matchs de ce club de sixième division accueillent au moins 1200 spectateurs payants. Pour une moyenne de 1800 spectateurs par match, ce qui en France équivaudrait à un club professionnel (tous ne le sont pas) du top 3 de la troisième division.
Les anglais s’attachent à leurs clubs locaux, il existe, pour eux, un enracinement par le club de football qui, celui-ci, peut se doubler, non nécessairement mais souvent, d’une affection pour un club des ligues supérieures.
Cette spécificité anglaise tient, j’imagine, à l’histoire de ce sport né dans les publics schools, ces établissements d’élite, et formalisé par les aristocrates, répandant le football partout, donnant lieu à ce que l’on appelle, aujourd’hui, des derby c’est à dire l’affrontement entre deux clubs d’une même ville. Ces derby, à cause de l’éclatement communal français (36 000 jusqu’il y a peu) et à l’intérêt modéré pour ce sport, n’existent pas en France, les derby, au mieux, sont régionaux, Saint-Etienne Lyon par exemple. En Angleterre, les villes se coupent en deux (ou pour Londres en 5 ou 6), chaque partie, historiquement liée à une classe sociale, Manchester City, club populaire, fondé par des religieux pour distraire de la délinquance les jeunes hommes désoeuvrés, Manchester United devenu rapidement propriété d’un riche homme d’affaires. Ce partage se retrouve partout. Arsenal/Tottenham pour Londres, Everton/Liverpool pour Liverpool. Contrairement à ce qui s'entend partout à cause de l'écho continu des ballons de football, la France "n'est pas un pays de foot" comme le veut l'expression consacrée par les suiveurs du "beautiful game". Il a fallu attendre le début des années 2000 pour voir émerger des analystes du football l'intellectualisant, contrairement au reste des pays de foot. Il n'y a qu'à lire n'importe quel auteur argentin pour s'en convaincre.
évidemment les aristocrates finirent par se détourner du football pour revenir à leurs amours plus sophistiquées et inaccessibles où le cheval, signe de distinction premier et princier, tient la part belle.
Je signe plusieurs joueurs assez talentueux pour ce niveau en leur offrant des contrats à mi-temps et des salaires compris entre 1500 euros et 3000 euros par mois sans compter les primes. Je me débarrasse d’une quinzaine de joueurs. J’intègre aussi des joueurs payés au match, sans contrat.
Luke Pearce sera mon attaquant remplaçant, j’obtiens Tarik Gidaree, joueur de Bolton, en prêt qui sera un fantastique latéral droit, je signe Luis Fernandez qui constituera le coeur de mon équipe, défenseur central rugueux, violent, pas adroit des pieds, mais on lui demande surtout de casser les attaquants adverses, pour le ballet nous irons à l'Opéra...enfin à la salle communale d'Hereford.
Obtention, après maintes demandes, de deux diplômes d’entraineur (deux formations de quatre mois), désormais titulaire du diplôme national B que le club me paie après avoir, réticent, refuser de nombreuses fois de crainte que ces diplômes ne me rendent trop attractif auprès d’équipes de standing supérieur. Si je m’attache lentement à ce club il ne pourra me permettre que de molles perspectives d’évolution, je n’éprouve pas un amour suffisant pour vouloir en faire une nouvelle place forte du football britannique. Patiemment j’attendrai que mes résultats et mes diplômes m’offrent de meilleures chances de briller.
Turn-over incroyable des joueurs qui restent rarement plus d’une saison, les contrats ne peuvent, sauf clauses spécifiques, excéder une année. Précaires parmi les précaires, mon contrat, aussi, se joue d’un an en un an, toujours soumis à l’évaluation des propriétaires du club. Après tout j’occupe cet emploi parce qu’ils dégagèrent mon prédécesseur aux résultats insuffisants.
Les joueurs filent les retenir est complexe, je n’ai qu’à peine le temps de les connaître comme un professeur à mi-temps. Ils occupent des fonctions, leur poste, que je tente d’optimiser en considérant leurs aptitudes. Tu ne t’appelles ni Stuart ni Mickael, tu t’appelles MC (milieu centre) ou MZ (Mezalla) AP (attaquant pivot) ou RS (renard des surfaces), si tu manques à ton poste ou défailles, un autre te remplacera.
Pour moi qui, auparavant, ne m’était jamais lancé dans cette sorte de RP, en commençant si bas, j’évalue difficilement ce qui fait un bon ou un mauvais joueur, un joueur d’un niveau suffisamment compétitif pour le niveau auquel j’évolue. Les joueurs possèdent des attributs physiques, mentaux et techniques notés sur 20 et certains d’entre eux plus ou moins appropriés à leur rôle dans l’équipe. Un attaquant, par exemple, devra avoir une bonne finition, une bonne qualité d’appel, une bonne vitesse s’il prend la profondeur. A l’inverse un défenseur devra avoir une bonne note en tacles et en marquage, nous nous fichons d’un défenseur doté d’un 18 finition et souffrant d’un 4 en tacles.
La difficulté vient de ce qu’à ce niveau là, les différences d’un joueur à l’autre sont assez faibles mais, vu le niveau moyen, ces petites variations entraînent de grandes conséquences sur le jeu. S’adapter est difficile.
Si nous connaissons les attributs de nos joueurs nous ignorons, sauf observation payante et déduite du budget, les attributs des joueurs que nous convoitons. Et même après observation par notre adjoint leurs attributs peuvent demeurer lacunaires
Construire une équipe dans ces conditions est une gageure. Aucun joueur ne sera assez bon pour être performant dans tous les systèmes, à ce niveau là un joueur versatile est un joueur nul, il les faut choisir unidimensionnels, capables de n’accomplir qu’une quantité limitée de choses mais de les faire au mieux.
Certains joueurs, lorsqu’ils s’avèrent trop bons pour le niveau auquel j’évolue profite de la brièveté de leurs contrats pour signer gratuitement, c’est à dire sans indemnités versée au club (le mien) d’origine, dans des équipes offrant de meilleures perspectives financières et sportives. L’un de ces ambitieux, Jonathan Dinzeyi (que j’ai sauvé du chômage), m’a informé, à la mi-saison, de son choix de quitter le club à la fin de son contrat, ainsi, comme couperet et rappel permanent, à côté de son nom figure la mention TG, pour, Transfert Gratuit. Lorsqu’il m’apprend la nouvelle, je recrute, Bayli Spencer-Adams joueur de qualité équivalente qui aura toute la saison pour s’accoutumer à mon style de jeu.
J’emploie aussi cette technique de la fin de contrat pour débaucher des joueurs d’équipe adverse. La lutte est âpre pour recruter les talents errants. Le jeu associe un qualificatif à chaque joueur selon sa carrière en prenant en compte, notamment, le nombre de clubs intégré. La plupart de nos joueurs sont des bourlingueurs non par choix, la sédentarité en matière contractuelle est un luxe, mais parce qu’allant de brefs contrats en brefs contrats.
Comme en France, souvent, la plupart de ces joueurs semi-pro, ont connu un grand espoir, antérieurement, venant de centre de formation, dans leur biographie, je parcours leurs espoirs déçus, le délitement progressif jusqu’à ce qu’ils échouent ici, dans ces bas-fonds, qui leur offrent tout de même un salaire. Loin de celui espéré jadis. Je les vois jeunes adolescents, luttant contre des centaines de rivaux, passant les détections des clubs londoniens, Tottenham ou Arsenal, ceux du Nord de l’Angleterre les rivaux maudits, rouges tous les deux, Liverpool et Manchester United ou les détestations locales, United encore et son voisin de pallier, Manchester City. Pourtant, ils échouent, là. A chaque fin de saison, le jeu nous annonce que « les clubs libèrent leurs jeunes joueurs » ceux-là, rejetés ici, ne signant pas de contrat pro, sont la moelle de nos clubs inférieurs, ils ruissellent, ces échecs.
(une carrière aux espoirs brûlés)
Parce que je n’ai jamais été un tacticien extraordinaire et que mon équipe, relativement au niveau, demeure plus faible que la moyenne, je choisis de reconduire la tactique de la saison précédente : une tactique ultra-défensive, ne s’embarrassant que peu de technique et faisant jouer avant tout des qualités physiques fortes.
Le ballon brûle les pieds de mes joueurs. Avant tout il s’agira de ne pas prendre de buts. La saison commence mal, 4 défaites, deux nuls, deux victoires pour les neuf premiers matchs. La défaite 2-0 contre Peterborough Sports fait mal, je les voyais comme un concurrent potentiel pour la montée. Mais je commence à douter de celle-ci. J’ai promis à certains de mes joueurs, pour les convaincre de signer, la promotion dans la ligue supérieure. Promesse, heureusement, réservée aux joueurs et non aux dirigeants qui, enragés, auraient pu me virer.
Je prends peu de buts, mais je n’en marque aucun. Pour sortir un peu de la monotonie du championnat pluvieux, mon équipe joue des matchs de coupe, coupe réservée aux équipes non professionnelles, j’y affronte des équipes de division inférieure que je bats, redonnant confiance à mon effectif. Cogner un plus petit que soi…belle philosophie.
A partir de Novembre, je parviens à redresser la situation, je signe un nouvel attaquant, Luke Pearce, qui concurrence le titulaire Shaq Coulthirst et me donne de nouvelles perspectives tactiques. J’ajoute à ma tactique de base une alternative à laquelle les joueurs doivent s’habituer et me permettant de mieux m’adapter aux situations à venir.
FA CUP dite Coupe d'Angleterre
L’équipe joue aussi la coupe d’Angleterre, compétition ouverte à tous les clubs nationaux y compris des divisions les plus méconnues. Les clubs les plus prestigieux n’entrant dans la compétition que dans les tours finaux, après que les petits s’affrontent sans pitié dans ce qui se nomme « tour qualificatif ». Il me faut en passer trois pour parvenir au premier tour officiel (les équipe de première division n’entrent en lice qu’à partir du troisième tour officiel). Je passe sans encombre les deux premiers tours. Le 21 novembre j’affronte Carlisle United qui joue en quatrième division. Nous faisons match nul chez eux ce qui, selon le règlement, implique un match retour sur le terrain de l’autre équipe, ici, la nôtre. Ce match à rejouer est âpre. Surpris d’entrée, l’équipe adverse marque à la première minute de jeu par Taylor Chartes. Sans ajustement tactique, Luke Pearce égalise à la 23ème. Le match tombe dans un faux rythme, peu de tirs, une grande imprécision technique avant que Jonathan Dinzeyi ne marque, pour nous, sur corner travaillé à l’entraînement. Les équipes plus faibles doivent miser sur ces phases arrêtées qui égalisent le niveau. Hélas, l’entraîneur hésite à savoir s’il faut préserver le score avec des changements défensifs ou s’il faut maintenir la pression. Durant l’intervalle ce diable de Taylor Charles égalise à la 64ème. Les tirs au but départageront les deux équipes. Taylor Charles, encore, tout en confiance, frappe le premier tir au but avec succès. Siôn Spence lui répond pendant que tous les tireurs adverses manquent leurs frappes. Nous sommes qualifiés. Tirage clément, nous affronterons Gloucester (qui m’évoque Shakespeare) équipe de notre niveau qui, elle aussi, s’est extirpée des tours préliminaires. 4-1. Nous les broyons, malgré leur ouverture du score, grâce à un quadruplé de Shaq Coulthirst,
Le niveau moyen des équipes en lice augmente. Nous tirons Bolton, ancienne gloire des divisions anglaises supérieures, je ne suis pas serein, l’équipe joue en troisième division, dans un stade de 30 000 places, avec des joueurs payés entre 20 000 et 40 000e par mois. Je prépare le match du 9 janvier en consacrant les séances d’entraînement aux coups de pieds arrêtés offensifs. Avec une stratégie ultra-défensive. Nous l’emportons 1-0, grâce à Luke Pearce qui supplée la mauvaise passe de Coulthirst avec un grand match de Urwin, mon gardien titulaire, dix huit frappes de leur part contre une de mon côté. Nous nous qualifions pour le troisième tour, emportant par la même la somme de 80 000 euros ce qui, pour un club de notre envergure est énorme. Le match ayant été diffusé à la télévision nous obtenons aussi des droits de retransmission. Champagne.
Le 13 janvier nous affrontons, au troisième tour, l’équipe de Bristol, en deuxième division anglaise. Leur joueur le mieux payé Andreas Weimann touche 155 000 euros par mois. Son salaire annuel dépasse le budget annuel de mon club. Stratégie ultra-défensive en place. Nous obtenons un nul miraculeux à l’aller en tirant exactement zéro fois au but adverse. Comme précédemment, le match doit se rejouer à l’extérieur. Hélas, je ne parviens pas à trouver la faille dans l’équipe adverse, nous nous inclinons logiquement 2-0 sans rougir.
Reprenons le championnat
Les victoires s’enchaînent. Sur 22 matchs, je ne connais que deux fois la défaite, quatre nuls, et le reste de victoire. Je m’envole en championnat, pas encore de façon suffisante pour rattraper les équipes de tête qui ne souffrirent, pas comme moi, un début aussi chiche. Les dix matchs suivant me permettent de passer en tête, avec six points d’avance sur le second. Il reste moins de dix matchs. Les nuls s’enchaînent. Mes poursuivants me collent. A deux journées de la fin, je ne compte que deux points d’avance sur le second et le troisième. Je refuse de changer de tactique pour, y compris contre des équipes objectivement plus faibles, me montrer plus offensif. Je ne redoute rien tant que les buts marqués considérant qu'il est plus facile, en football, de défendre que d'attaquer.
(molesse)
J’aimerais m’éviter les matchs de barrage pour la montée et l’obtenir, directement, sur un match tout peut arriver et ma saison est trop belle pour la gâcher sur un pari.
Je bats Peterborough Sports 1-0, futur dauphin, revanche du match aller, je fais nul contre Southport autre rival. Finalement, je parviens à gagner le championnat, inscrivant mon nom au palmarès de cette ligue. Peterborough Sports finira second mais se verra priver de la montée suite à sa défaite en barrage contre Scunthorpe United qui m’accompagnera donc à l’étage supérieur.
Nous quittons la Vanarama North League pour intégrer la Vanarama National League. Parmi les équipes inscrites pour la prochaine saison je remarque une vieille connaissance, Carlisle United que j’avais battue en FA Cup (Coupe d’Angleterre) et qui, quand je monte, descend, nous faisant nous retrouver face à face.
La Promotion.
Après avoir obtenu la montée, je dois renforcer mon effectif, je m’étonne qu’un club de cinquième division puisse mettre à la disposition de son entraîneur de tels budgets, je peux, pour acquérir les contrats des joueurs, utiliser environ 200 000 euros et je dispose d’une enveloppe salariale de 80 000 euros à répartir selon les besoins.
Réussi à désinstaller Civilization VI aujourd’hui (mardi 18 avril, 01h52) ainsi que tous les mods qui, comme le précisent leurs éditeurs, améliorent la qualité de vie. Civilization n’améliore pas la qualité de vie, elle la prend, la vie, la protège, aussi, quand la détresse, sinon, vous laissant interdit avec votre douleur, abattrait votre vie comme un vieux chêne pourri. J’entretiens, avec les jeux-vidéos, ce rapport ambigu de salvation et de malédiction si semblable à celui qui, déchiré par la douleur, la pallie par l’usage d’opiacés. Une douleur pour une douleur ou, plutôt, le manque excepté - qui ne manque que peu avec les jeux - une suspension de la vie, une stase mais qui immobile trop longtemps pourrit, j'en sais quelque chose.
Je lance une partie de Football Manager 23, premier jeu acheté, cet automne, depuis l’adolescence. Je n’avais jamais, jusqu’alors, disposé que de la version crackée du jeu et, toujours, je choisissais le PSG, ce depuis la version 2008 je crois, au temps où le PSG ne valait pas grand chose sportivement et économiquement. l’Olympique Lyonnais achevait son déclin, le club qui le fit sept fois de suite comme, en hommage aux septs titres consécutifs du club, le nom du fil de ses supporters sur le forum des cahiers du foot, ne gagne aujourd’hui plus rien et commence à être la risée du championnat parce que l'écart entre les performances du club (huitième) et son budget (le deuxième du championnat) le rend grotesque.
J’ai continué, après le rachat par les Qataris dans le monde réel, de jouer le PSG. Saveur changée, club riche à milliards, je réalisai, au moins, dans le monde virtuel, le rêve toujours déçu du club, de remporter la Ligue des Champions. Ligue des Champions dont l’hymne, mille fois célèbre, que je n’avais jamais écouté, comme beaucoup, nous n’entendions en lui que l’annonce du match, les frissons de la grande compétition. Cet hymne, en réalité, porte en trois langues ses paroles, français, anglais et allemand, difficiles à déchiffrer à cause de ce que c'est un chant lyrique et, surtout, un événement.
Dans ma partie nouvelle de FM 23, j’ai choisi d’incarner un ancien joueur semi-professionnel à la retraite, sans aucune expérience ni diplôme en débutant sans emploi et postulant à tous ceux disponibles. Je lui ai donné une apparrence de Normie, en l'appelant Jeune Nullard, comme je me sens (jeunesse relative) en ce moment et comme j'évalue mes aptitudes d'entraîneur. Le jeu peut simuler notre réelle apparrence physique en prenant une photographie puis en la traitant pour correspondre à l'interface du jeu. Je m'y suis refusé. Je-une est un autre.
Après une recherche vaine du mois d’août au mois d’octobre, le club d’Huder? (je ne parviens même pas encore à l’orthographier) me propose un entretien que j’accepte. Le poste m’est offert à condition de maintenir le club en V…North league, la sixième division anglaise. Les premiers matchs sont difficiles, les défaites s’enchaînent, j’assiste impuissant à la nullité totale de cette équipe que je tente de réparer par l’ajout de médiocres talents, piochés parmi les joueurs gratuits et errants.
Je finis, trouvant une tactique efficace la saison en boulet de canon, enchaînant les victoires à un rythme si effréné que je crois pouvoir accrocher une place en barrages. La promotion dans la ligue supérieure s’opère de deux manières le club arrivé en tête y accède directement, les sept suivants s’affrontent dans un mini-tournoi dont le vainqueur accompagne le club champion. Je me suis trouvé, après mon enchaînement de fin de saison, aux portes de ces barrages que je n’aurais sûrement pas remportés, équipe encore fragile, dysfonctionnelle. Mieux valait le repos et la constitution d'un effectif valable et cohérent.
l’intersaison débute et avec elle son lot de mouvements, la construction d’un effectif, avec ses échecs, le budget serré, les joueurs sans contrat, payés aux matchs ou ceux, plus chanceux, disposant d’un CDD. Les salaires dans ces ligues inférieures, que l’on appelle non-league, peuvent étonner, ils atteignent régulièrement les 2000 euros par mois hors prime (plusieurs centaines d’euros par match).
Poésie des matchs champêtres, où les joueurs portent des noms qui semblent inventés et ne le sont pas. J’y croise Faulkner ou Huntington des prénoms plus curieux, Marquise ou Marvelous. Cette ligue inférieure compte essentiellement des joueurs anglais ou irlandais, quelques africains peuvent s’y glisser, ils sont rares. La chose intéressante, m’y confrontant, est de voir le nombre d’anglais noir, intéressant parce que la Premier League, championnat de l’élite anglaise et européenne, compte peu de personnes noires d’origine anglaise. Il en va de même pour l’équipe nationale d’Angleterre ou les deux seuls joueurs noirs (Saka a été victime de racisme après son pénalty manqué en finale de l'Euro 2020) sont extrêmement jeunes. J’ignore ce qui explique ce déséquilibre, cette sur-représentation des personnes noires dans les ligues inférieures et leur quasi-invisibilité au plus haut niveau.
Nous pourrions imaginer que les blancs, ne parvenant pas à accomplir une carrière de footballeur assez lucrative, se détournent du sport pour occuper un emploi plus ordinaire tandis que le racisme endémique fait que le sport, même de bas niveau (le foot en angleterre permet de "vivre"), présente de plus grands avantages. La couleur de peau ne fait pas obstacle à l'appréciation des qualités, le sport privilégie la performance avant tout ou, même s'il peut, reflet de la société, donner lieu à des remarques racistes, un entraîneur préférera quand même, fut-ce avec mépris, placer sur le terrain un racisé performant qu'un souchien nullard. Rare lieu de méritocraite.
J’y pense, aussi, en ce qu’ayant écouté un podcast sur la boxe, j’apprenais que la boxe, sport de prolétaire, était pratiqué avec une sorte de désespoir par les noirs et qu’ils en détournaient leurs enfants pour peu qu’ils y réussisassent assez. User son corps, pour l’abîmer, est une carrière peu enviable.
Les noirs, je regarde à l’instant, constituent 3,3% de la population anglaise totale. Les statistiques ethniques étant interdites en France, nous ne pouvons pas, pour mieux comprendre la situation, établir une étude comparative.
Peut-être, aussi, le footballeur est-il mieux considéré en Angleterre, comme le rugby en France où la majorité des joueurs professionnels est blanche. Cette explication, par la valeur symbolique, peut expliquer la présence des blancs au plus haut niveau et des noirs dans les ligues inférieures. Les deux explications se combinent. L'équipe d'Angleterre étant le reflet de la population nationale où les blancs sont majoritaires, mais l'équipe d'Angleterre ne compte que les meilleurs, c'est à dire, encore, les blancs qui n'ont pas abandonné à cause de leurs échecs là où les noirs, eux, malgré un niveau insuffisant pour jouer au plus haut niveau s'obtinent. La forte valeur symbolique du football ne fait pas obstacle à sa pratique, y compris professionnelle, par les blancs, mais sa pratique semi-pro, insufissament rémunératrice, les en détournent, laissant, alors, à une autre démographie.
Je lisais qu’un homme, pour assassiner sa compagne, cassa une vingtaine de comprimés de Lexomil et en mélangea la poudre mal pulvérisée à son café que, probablement, il lui prépara pour la première fois depuis toujours. Paresseux dans son crime il avouait aux enquêteurs que, trop pénible de concasser les comprimés jusqu’à l’invisible, il se contenta de l’effectuer grossièrement. Sa paresse, péché ajouté au crime, révéla à son épouse la bizarrerie. L’apparence pâteuse du café, au lieu de sa fluidité ordinaire, l’interrogea et son goût plus encore. Le mari avoua, grommelant, à je ne sais qui, le SAMU est venu, j’ignore qui les prévînt, et sauvèrent la femme.
J’ai regardé, comme souvent, si quelques comprimés de cette nature traînaient à la maison, j’ai redécouvert ce petit tas entassé sur l’étage de la bibliothèque, bleus blancs, ronds et ovales, que j’avais préparé la première fois que je voulais me suicider, avant, ce drame plus catastrophique de mars. Avant, ce moment là. Je les garde, souvenirs, dont je ne ferai ni ma mort ni un rosaire, il me semble que j’avais préparé quelques lignes, à ce moment là, quelque chose comme « ma puce etc » adressées à Marie-Anaïs, dans le téléphone je trouve aussi la vidéo que je commençai sans l’achever, la vidéo que je souhaitais envoyer à Marine Simon, je me souviens, le verre à bière, celui trouvé avec ses compères dans la rue Clauzel, jadis, rempli des comprimés, la bouteille de vodka à côté, l’alcool, je crois, décuple les effets, de tous les assassins chimiques et leurs disciples. Je voulais signifier, grand bang, à Marine Simon, ce que je sentais. Hier, d’avoir parlé toute la nuit, jusqu’à six heures, dans une étrange orgie de peaux, de caresses et de mots, avec J., de Spinoza, quelque chose en moi s’est apaisé sans s’éteindre. Un pas en avant, dépasser le feu qui tue. Marie-Anaïs, croyait, jadis, que je prévoyais, pour hurler contre Marine Simon, pour dire vois, de me pendre devant le lycée où elle enseigne. Dans le naufragé de Thomas Bernhard, le naufragé se pend à un arbre, devant l’école de musique ou chez sa soeur. Je ne sais plus exactement. Ici, à longueur de mots, mais ma folie rendait opaque l’intelligibilité, j’écrivais qu’écrire exorcisait et évitait de commettre. Dire, pour moi, je tue évite de tuer comme, pendant des années, la pensée du suicide me détournait de sa concrétion. Avant. Pour ceci. Pas pour le reste.
Nous parlions de Spinoza avant et après avoir baisé. Persévérance de notre être.
Après son suicide, la famille de Bruno, mon voisin du dessus, mît en ligne une sorte de stèle numérique où ceux qui le connurent, peuvent déposer des mots ou des photos, où la famille retranscrit aussi les mots, les leurs, qu’ils lurent, s’ils parvinrent alors à lire, dans l’Eglise, au moment de la cérémonie funéraire.
Il y a ces mots, je me souviens, sa soeur qui parle, dans une lettre si tendre, de la rue Clauzel qu’elle parcourait haletante avec son père, ce jour que Marie-Anaïs entendait une cavalcade dans l’escalier de l’immeuble sans comprendre. Rue Clauzel, depuis, pour moi, depuis que j’ai lu ceci, cette rue que j’adore, a les joues mouillées de larmes. J’ai peur, parfois, de ceci aussi, que si à mon tour je périssais, quelqu’un écrira rue Clauzel et ajoutera sa motte de sang à cette motte de sang. Rue Clauzel, qui est aussi, je le lisais dans un article, la rue où Johnny Halliday se rendait souvent pour prendre le goûter chez sa tante qui y vivait. J’ignore s’il a repensé parfois à la rue Clauzel avant de mourir
Quand je croyais mourir, qu’au téléphone Marie-Anaïs cherchait désespérément les secours et ma localisation, quand j’avais renoncé à mourir, je craignais plus que tout, que les pompiers pour me sauver défonçassent la porte de l’appartement, éventrant ma vie, j’ignorai alors qu’elle sera éventrée douze fois bientôt. J’ignorai comme toujours j’ignore.
Au moment du suicide je visais deux choses, en même temps, de me libérer moi, déjà, de tout ce poids qui me semblait injuste et, mort, obtenir la réparation qui m’était due en divulguant toutes les preuves à ma disposition, je voulais mourir, aussi à ce moment là, parce que je sentais en moi la déviance monter, la folie hanter et qu’il me semblait important de faire le moins de mal possible. Je m’étais contenté d’envoyer aux malheureuses éprises de justice mon ressenti profond, sans aller jusqu’à souiller leurs réalités matérielles. Je sentais le pire, la vengeance, grimper en moi il me paraissait, alors, essentiel de préserver ce que je pouvais et, à ce moment-là, particulièrement et précisément Marie-Anaïs. Dans la lettre laissée chez moi, après un SMS affreux, j’expliquai, en circonstanciant autant que possible, pourquoi et comment je ne l’avais jamais aimée. Lettre à l’équilibre périlleux, qui devait être assez horrible pour être crue et donc soulager de ma disparition et, en même temps, sans excès qui gâcherait le reste de sa vie.
Je voyais, à ce moment, le suicide comme la seule issue possible, pour faire au mieux auprès de tout le monde, y compris de moi-même, y compris pour Marine qui passa très près du boulet. Chose qui, de l’avoir récemment révélée à mon avocate, me valût une gentille colère parce que, disons, qu’il existait encore, jusqu’à peu, des traces. A défaut du canon, flottait encore une odeur de poudre. Je suis content de, finalement, avoir repris ce geste comme, je suis content, de n’avoir pas, sur Marine, excédé les aspects théoriques de mon petit traité (qui m’a amusé).
Pour continuer de durer, je dois tracer des limites claires pour les élaborer j’ai besoin, d’évidence, de parler. Aujourd’hui, si je retombe de mes démences, c’est parce qu’une amie m’a grondé, inquiète et fâchée. Bien entendu, je trouvai injuste ses reproches parce que je me suis attardé, d’abord, sur le contenu qu’elle visait (je reste d’accord avec moi quant à ce que je dis), or, surtout, elle dénonçait une logique dans quoi je m’enfonçais et où je perdais pieds. Ce système infernal, répétitif, enragé, cette forme de survie qui paraissait, à force de répétitions, résulter d’une pensée raisonnable.
Cette discussion m’a rendu au monde. Je le revois avec vos couleurs, si ma colère ne diminue pas, elle ne sortira pas, maintenant, hydre à mille têtes devenant dix mille. Je souhaitais mourir de bien me sentir - je l’écris à longueur de temps ici mais ce n’est pas ce que vous retenez je le sais - incapable de comprendre les frontières du permis et du proscrit, aucune de mes suppliques, admettez-le, ne reçoit en vous aucun accueil favorable. Je fais de mon mieux. Je voulais mourir même dans un acte de justice double, celle obtenue avec pour argument suprême mon cadavre et le google drive et, celle de ne pas blesser.
Affreux ce périple, y survivre demande plus de trésors que ce maigre viatique dont je dispose, l’immense silence qui tombe sur moi, d’une parole lasse ou indifférente. C’est dur.
Vu, cet après-midi, la pièce Nuit du collectif le petit travers de mon ami Nicolas, éclairé à la bougie, dans un noir tendre. Il me fallait bien ceci pour sortir de la rumination atroce, le drame ce matin, corrigé heureusement. La trahison, la suivante, petite pierre de ce rosaire sans fin qu’elle égrène.
J’écris, aussi, que je ne connais plus les limites entre le permis et le proscrit, que toutes les valeurs, en même temps que ma vie, ont décru, ont déchu. Monnaie de singe, je m’en vide les poches.
D’où les débordements incessants, d’où ce chaos sans cesse qui n’attire plus vraiment, avouons-le, de pitié, ni même de crainte, c’est l’effroi devant le fou - auquel on s’habitue - de Béjaïa, le fou qui agite ses bras dans la rue, qu’on nomme, en kabyle, chasseur de mouches, à cause de ses gestes qui semblent écarter un essaim tenace.
Hélas, cet essaim figure sa folie, rien ne l’épouvante surtout pas le fou.
Je suis devenu ce dément ridicule, je le sais, lucide par malheur, aux yeux du monde qui, monde, si par amour s’apitoyait ou s’effrayait, aujourd’hui, surtout se désole. Quelques éclipses d’angoisse se manifestent parfois quand le délire semble au paroxysme, à l’un de ces endroits où tout à nouveau, redevient possible, ce tout, qui par malheur, comprend, aujourd’hui surtout ou exclusivement, le pire. Dans ces moments là, un frisson passe, il passe vite, comme les giboulées ce jour d’avril. Lorsque je suis sorti pour assister à la représentation, les grêlons tombaient je me maudissais de l’oubli de mon parapluie. A peine le temps de la récrimination que le soleil revenait dans un ciel tout bleu.
Je parviens à me percevoir, bien sûr, comme de l’extérieur, sans parvenir, lucidité paralytique, à infléchir mes actions, actions purement verbales, non pour lors mais pour toujours, le fou, contrairement à ce que l’on croit, perd le corps bien avant l’esprit, le faire avant la pensée.
Qui peut dire, aujourd’hui, qu’autrement d’avoir vu son nom sur ces pages, subît le moindre retentissement dans son existence ? Cette vision du dehors m’horrifie, bien entendu, je comprends toutes les réactions - et certaines des miennes devraient être admises - face à qui s’enferme dans ses récits, dans sa logique. De mon dedans, il s’agit de survie, ce cri, ces lignes, cette rage me prouvent à moi-même ma survie, vos passages, ici, vos lectures, me montrent, que j’existe dans ce grand silence écrasant.
La pièce de Nicolas se joue, en partie dans le noir, elle oscille entre le cirque et la danse, de très jeunes écoliers, en maternelle je pense, y assistaient. Lorsque l’un d’eux riait, parce qu’il y a matière à rire, tous, riaient et criaient ; riaient et criaient pour habiter l’espace de leur présence. Je suis ainsi qu’eux, j’aimerais rire mais le spectacle, avouons-le, manque de comique, je colonise autrement, avec ce dont je dispose, cette bile noire, corrosive juste pour mes entrailles. Vous en souffrez l'odeur. Souvenirs de ces enfants de deux ans que ma mère garde à la maison, qui joignent, ensemble, leurs cris, des cris gais, vivants, dès lors que l’un commence. J’hurle seul. De là vient beaucoup de la tristesse et tout le reste de démence.
Ce mien regard extérieur (ce dedans-dehors) posé sur moi terrifie plus que vous n’imaginez, je vois moi moi-même me défaire, je vois, me voyant, aussi vos yeux et vos jugements que moi, aussi, celui du pas de côté, voit et juge aussi, pareil. Mais je n’y peux plus rien. Il y a cette phrase de Nietzsche qui va contre Descartes, quelque chose pense en moi, ce quelque chose, en moi, version avancée ou régressive, agit en moi.
Fou, je le suis aussi, surtout, de ce silence de rumeurs pesantes ou de silence tout court, qui le brise, me ramène de mon exode. Le fou, sachez-le, l’est d’abord de son exil, qui, long cet exil dans le vide, lui donne cet air hirsute, celui que j’affiche maintenant dans la barbe mal peignée des imprécations dispensées. Il effraie ce Diogène des caniveaux, sorti d'on ne sait quel malheur, parlant le borborygme, l'air agressif. Il a faim.
Je l’ai vu, aussi, avec M., dément, sur son profil facebook, plaignant, geignant, répétant, machine infernale, emballée, incontrôlable, qui de l’intérieur de lui, mécanique fluide, lui apparaissait parfaitement sensée. Je le sais, le savais, il survivait par là, dans cet engrenage, le monde s’en éloignait, le prenait en pitié, voilà un homme perdu semblaient dire les smileys larmes sous ses publications facebook. M. devenait lui fou aussi du silence, M. se vivait aussi trahi et crevait de ce que ses tortionnaires ne se reconnaissaient pas ainsi. M. tente régulièrement de se tuer, j’ai rêvé l’accompagner, déjà, parce qu’à notre point de démence, de refus, de rejet, la mort semble la seule parole audible, le seul contre-propos dont, hélas, nous ne pourrons jamais entendre la réponse, tant désirée pourtant.
Je sais. C'est bien le pire. Je sais aussi ce dont j'ai besoin pour secours. Ce qui ne m'est pas offert. Qu'importe les prières, qu'importe les anathèmes. Ni le Dieu, ni le Diable, ni rien ne répondent.
La distance, devenue trop grande, ne peut plus être parcourue par la raison. Elle se trouve trop loin de moi, pantin de métal dur à remuer. Il s’effondre et son poids gigantesque d'avili lui donne l’air d’un mouvement conscient. Il chasse, lui aussi, les mouches. Voyant son effondrement, l'ombre gigantesque qu'elle professe, tous et toutes, lui prêtent une raison sensée, une conscience claire. La conscience, dans la boîte de métal a perdu le contact avec les nerfs. Au mieux, je parviens à orienter la chute. Je l'oriente pour abîmer le point, en passant par le récit, par le discours, sans jamais aller au-delà du réparable que je frôle parfois, peut-être. Je ne sais pas. Seul, seul, seul face à ces poussées intérieures, seul, seul, dans la lutte face aux marées, abandonné, toujours, dans le raffut des vagues, il faudrait, dit-on, encore diriger droit. Qui dévie dans l'orage de sa trajectoire doit être jeté aux galères. Voilà l'hymne de cette marine.
J’observe avec vous le naufrage, de chaque côté du plateau, pour chaque grappe humaine, qui l’effroi, la peur, la pitié, l’indifférence qui monte. Il y a le suicide, ce voisin ignorant, qui à force d’être crié perd toute vigueur, comme Pierre hurlant au loup. Oubliant rapportant ce propos que le loup pénètre vraiment le village et que Cassandre s’égosille dans le vide.
Monnaie de singe, qui le chasseur de mouches de la ville de Béjaïa dérangeait vraiment, les enfants le craignaient avant de le moquer, adolescents, de s’apitoyer adultes, il n’attenta à la vie de personne, ainsi que moi, parfois, la nuit, il dérangeait un peu le sommeil et quelqu’un, de sa fenêtre, lui hurlait de fermer sa gueule soussem. Puis un jour, il a disparu sans que nous ne le revoyions jamais. Les mouches l’avaient vaincu. Ou bien le monde.
Vous excuserez, alors, je l’espère, le triste héritier que je suis, continuant, à troubler au mieux le sommeil, que votre regard mûrisse et s’amuse comme devant ce burlesque malgré soi, je chasse les mouches imaginaires. Le givre ne laisse aucune trace.
Dans la ville des chasseurs solitaires, une jeune adolescente se pend dans la grange familiale. Lorsque je pense à cette mort, que je me souhaite en ce que, bien exécutée, elle tue, je m’inquiète toujours de mon habileté. La perspective que cette corde, d’un noeud mal coulé ou d’un support trop fragile, me verrait m’effondrer plutôt que mort, la nuque douloureuse, la position ridicule d’un pantin sans ses fils, couvert de plâtre, travaux d’une vie échouée, blanc, romain sous Néron, l’orgie en moins.
Savoir mourir requiert un art saltimbanque, qui pouvait le deviner avant sa première aventure, la traversée de ces jungles, la machette aiguisée, le compte exact et tout prodigue des comprimés, l’eau dure, le pont haut, le train rapide. Il faut filer à toute allure.
Le premier suicide, je le comprenais aussitôt que j’y renonçais, entraîne tous les autres. Une porte que l’on ne savait pas s’entrouvre, un jour, bayant, nous patientons, devant, attendant d’y entrer.
Il en va ainsi de la plupart des transgressions, la première des tentatives offre un permis de recommencer, elle déleste, cette première traversée, de tout ce que l’acte possédait d’imaginaire et de fantasme, il trouve, alors, sa forme pure, dure, que, désormais, nous façonnerons à l’image de notre vie, de notre désir. Il en va ainsi du meurtrier, de l’adultérin, du tricheur aux cartes ou aux jeux-vidéos. C’est la première fois, aboutie ou non - et dans le cas du suicide la première fois ne peut être que la dernière, qui permet les suivantes. Le terme en est l’abolition, le meurtrier l’arrestation, le tricheur le goudron et les plumes, l’adultérin le divorce, le suicidé la mort, singulier, celui-ci, que sa transgression, menée au bout, l’accomplit et ne l’en détourne pas sauf, si, happé par les méchants, on le met aux fers chimiques de l’hôpital psychiatrique. Le suicide est la transgression la plus juste parce qu’elle concerne son propre corps.
Le suicide, je le pensai toujours calmement, à ce calme, aujourd’hui, s’ajoute une véritable mesure, un professionnalisme technique, breveté, que jusqu’alors j’ignorais. Il ne se présente plus seulement comme avant, carrière possible avec son degré d’abstraction qui le confond avec le rêve, le fantasme et donc le non-faire, il se présente comme futur permis. Il existe un écart, inconnu avant, entre le permis et le possible, découverte ajouta,t à l’acte une dimension de justice qui, auparavant, n’importait pas. Ce qui, nourri par un égoïsme indifférent, apparaît aujourd’hui légitime et alors plus sûr.
Je sens, en moi, comme un cancer ou un buisson ardent, les suicides monter, je les sens sans les redouter, ni résigné ni impatient, attendant la prochaine impulsion, la mauvaise nouvelle qui suivra, la déception ou la trahison. J’attends un événement, ici, parce que la gravité du geste demeure, je dirai l’événement. Désormais, d’ailleurs, comme pacifié ou indifférent, ne me centrant que sur la pousse de ces fleurs, métastases ou tournesols, je ne souhaite plus briser. Dans ce qui, auparavant, s’apparentait à un meurtre et aurait entraîné dans la tombe, les autres, au sens, parfois juridique (Chloé qui, elle, devra rendre des comptes), rendant leurs vies impossibles ou presque, par l’humiliation qui en aurait résulté, pour Esther, H., Marine Simon. Les gens oublient, trop facilement, leur passé et les marques que celui-ci laisse, se croient, à cause de ces amnésies, protégés. Terrifiante, la vie, parce que des actes - je ne parle pas de moi - innocents peuvent, déplacés dans d’autres contextes, présentés à qui devrait les ignorer, briser de honte.
Dans le manga Kingdom, dans la Chine féodale, le personne de Shou a vu son visage, enfant, brûlé par un aristocrate pervers, il dissimule, en permanence son visage sous une cagoule pour s’épargner le regard des autres. Pourtant, lui, innocent de l’immonde blessure, la porte avec honte, et, chaque fois qu’il expose ce visage, déplore, tristement, que les réactions, jamais ordinaires, soient de répulsion ou de pitié. Or, pourtant, cette honte de ce qu’il est une victime le force à cacher, ce visage défiguré, son passé qu’il porte. La marque. Nous devrions briser la honte. Je repense avec un peu d’effroi à ce que la première inquiétude de Marie-Anaïs ne fut pas pour moi ni pour l’autre, qu’elle fut pour la réputation et la crainte que tout ceci soit porté à la connaissance de sa mère. Ce premier réflexe, ce premier mouvement racontait déjà la suite, ce n’en était pas le prologue mais la chute.
Aucune vengeance ne m’anime plus, cette route, nouvelle, ouverte, avec ses cordes ou ce vide, saut à l’élastique sans l’élastique, s’est vidée du reste du monde. J’y vis, côtoyant l’acte en suspens, l’événement a déjà eu lieu, c’était le 1er mars, ce décret qui n’attend plus que son paraphe, sa pompe, son rite.
Lorsque je relis ce que j’écris, depuis quelques semaines, je trouve les textes assez pertinents, parfois fins, psychologiquement pertinents lorsqu’ils traitent des individus. J’y vois aussi, c’est le tragique, l’expression d’un fou, fou, celui-ci, qui perd-ît le contact avec la réalité à cause de tout ce qui, auparavant, lui semblait juste et bon et droit, tout ce qui avait un nom et non un autre, que tout ça, en même temps s’est aboli et comme cet effondrement ne suffisait pas, un monde, par dessus, plein de figures voraces, s’y substitue.
La parole du fou, soudain, fou, oui, celui qui traverserait les siècles, gardant les mêmes yeux, les mêmes gestes, la même langue et qu’on déclarerait fou du dernier registre parce que ses propos, démodés, ne correspondraient plus à l’époque.
Fou, paroles du fou furieux, s’agitant, comme dirait on sûrement jeté dans la fosse aux lions, le condamné s’agitant, fou, oui, celui qui face aux monstres tente de ruer. Son sort promis, cet arrêt, que n’aurait-il dû s’y plier. Or
Je me relis, un fou, qui se débat, lucide dans tout le vain des gestes. M, je le sais, se débattait pareil, dans la vie, dans la Loire.
S2, que j’ai rencontrée à l’hôpital de jour, durant ce temps atroce - si solitaire - où la quétiapine diffusait en moi son sommeil croupi, me suit depuis quelques jours sur Instagram. S2, est une fille plutôt jolie, qui souffrait d’anorexie mentale qui, celle-ci, la mena au bord de la mort, sauvée de justesse par l’institution médicale et par F., son compagnon, 40 ans de plus qu’elle. Couple, qui, de l’extérieur, elle jeune fille de 28 ans et lui homme passé deux fois, semblerait un de ces couples tout en laideur, de domination et d’emprise psychique, or, F. et S2 sont devenus leurs conditions de survie réciproques et, tout jugement extérieur, parce que trop prompt et systématique - ce que nous appelons désormais ici le simonisme - les condamne d’avance, sur leur passage, toujours, bruisse un vent nuisible.
S2, vient d’une famille bourgeoise, elle se met en scène dans ses story ou dans ses réels (elle ancienne captive de l’institution médicale, lieu de déréel) en tant que blogueuse de mode. Elle emprunte aux influenceuses les poses, mime leurs attitudes, leurs lieux de consommation, emploie la même foule de # qu’eux pour mieux référencer - dans l’inutile déluge - ses posts. Elle écrit, dans sa bio, au-delà de sa nouvelle occupation de blogueuse de mode ; j’apprends à vivre. Comme si, à cause de l’enfermement, elle vivait - avait vécu - dans une dimension voisine de la nôtre, dimension alentie, espace ingérant les neuroleptiques. Son monde aujourd’hui montre des marques arriérées et démodées. Non de ce démodé vintage qui contient sa part de style, dans son originalité assumée. Démodée, alors, en ce qu’elle croit et veut se conformer pourtant tombe à côté. Cette petite dissonance, large assez pour rendre le tout odieux.
les enfants, lorsqu’ils imitent leur idole, le plus souvent, reprennent d’eux les signes les plus extrêmes, la coupe de cheveux, la forme des vêtements, mais il s’agit de versions excentriques, ratées pour ceci, ou diminuées de leurs idoles. Le cas de S2 en diffère ; elle copie au passé. Son monde, cet enfermement, donne à tout son être du retard quand elle souhaite s’incorporer au monde, grumeaux, quelque part, elle demeure malgré tous ses souhaits, à la surface glaireuse. La lumière de ce monde, cette lumière évidente, comme celle du soleil, lui parvient avec retard.
S2, boit des cafés de chez Starbucks, tourne sur elle-même, joue enfantine, provinciale en quelque sorte, province reculée même du bocage Morvan elle paraît, cette campagne, paraît rurale. S2, pose la main sur sa bouche, dans un geste qu’elle aimerait léger de provocation et qui ne se montre que grossier et gênant. Elle ne sait pas suggérer parce qu’elle emprunte aux autres une grammaire inconnue, je ne perçois d’elle que la syntaxe erronée. Revenant à cette idée de province, elle constituerait le prix de choix, d’un représentant de commerce du XIXème siècle qui n’aime rien que, promettant la grande ville à l’ambitieuse aubergiste, trousser sa naïveté. Parce que S2 est jolie ou, j’aimerais dire, était jolie, de se confondre avec un temps qu’elle comprend mal, de se dissoudre dans le banal où, d’y jurer bruyamment, elle apparaît odieuse, hors-sujet.
S2, surtout, dans cette attitude désespérée, tente d’être au monde, se réapproprier ce corps qui faillit périr de dépérir, elle l’investit, superficielle, forcément, avec ce qui en elle, depuis enfant, jeune fille bourgeoise, jolie blonde aux clairs, française très de souche, on lui promettait de destin, enchante le monde, attire les regards vers toi, ta valeur se mesure aux yeux posés sur toi ou, aujourd’hui, à tes followers. Il lui reste, encore, du temps, que je lui souhaite beau. S2 suit 1500 personnes et compte 500 followers.
Parce que pour S2 être normale, surtout, c’est être vivante, refouler tout loin la douleur ancienne, la mort qui guette et qui dans les guêtres nouvelles étouffent. Alors, que sa normalité espère aussi les suffrages des autres, quoi de plus normal, elle cherche à exister. Trouver chair.
Reconnu fou officiellement et condamné d’office à cette posture on me prête, dans le même temps, le titre de manipulateur en chef comme si, entre ces deux positions, une contradiction insoluble n’existait pas. Evidente, pourtant, qui, fou, commet des actes irréfléchis, ne peut agir que de pulsions en pulsions, ne saurait être manipulateur ou, alors, seulement le pire, le plus maladroit, le dernier des derniers en la matière.
Fou proclamé on m’imagine aussi le plus vil et le plus méchant et si, vil et si méchant, fou tout à fait, irraisonné, si vil et méchant Pauline ou Maxence tous les autres grisatres auraient vu les images en mouvement, entendu, ils auraient su, or même le jour que je me tuai sans mourir en entier - parce que du suicide tenté nous mourons à nous-mêmes qui s’y essaya le sait, connait cette brèche ouverte en soi - jamais je n’aurais exposé à ce monde là ces choses là. La justice, le sentiment de justice, voilà ce qui m’habite et avec quoi je me bats dans l’indifférence générale et si, tué, j’exposais, alors, aux accusateurs et calomniants, tout mon dossier, je le limitais à ces coupables là, désolé, bien entendu de ce qu’il en résulterait de dommages collatéraux. Le fameux je suis traumatisé d’avoir vu ça. Le traumatisme, celui-là second et non dérisoire, je le subis aussi et, ceci, exposait, combien en plein, moi, je ne mens pas. Que je peux soutenir, par des éléments objectifs mon mien récit.
Fou, pourtant, je limitais, autant que je le pouvais, les dégâts, je posais, encore, à ce moment de ma mort une borne tandis, même que j’allais, moi-même, en dehors du borné. Je ne pouvais pas aller jusque là. A défaut d’avoir été entendu et écouté. Pourtant. Je laissais sur le blog ce lien où tout existait pour que mes parents, abattus, puissent, s’en saisissant, se venger de ceux et celles qui manquèrent et truquèrent. Que, dans leur désespoir, ils puissent s’accrocher à quelque chose que la justice déniée, ici, moi vivant, ne laisse aucun espace respirable désormais, à celles et ceux, dont je sais aujourd’hui les tristes manoeuvres et combien, la dénonciation ne naquît pas vraiment du simple esprit de H. mais fut bien conditionné et incité jusqu’aux mensonges tonitruants.
Pourtant, oui, fou, méchant, manipulateur, tout imbibé des contradictions les plus atroces qui vous permîtes de me fouler autant que le peut une foule, pourtant, oui, je n’irai pas plus loin que ce que je dois.
Nuit étrange et tourmentée, solitude, sentiment de solitude. S. m’a demandé si elle pouvait passer. Alcool en abondance et à jeûn. Distance étonnamment bien tenue d’elle à moi. Puis, l’accès de S. qui veut baiser et pas moi, qui insiste pour baiser et moi je ne veux pas ce qui l’énerve. Les mots étranges, pas entendus depuis longtemps, maintenant, le défonce moi, qui toujours, au-delà des mots, dans la littérature - champ d’expérimentations bien plus fécond, pour moi que le lit où je vanille - me surprend. Une langue étrange à mes oreilles celle-ci, de la violence verbale. S. insiste, très soûle et moi autant. Deux bouteilles de vin, chartreuse jaune et verte, genepi, whisky. Dans la cuisine quand je m’affaire aux moscow mule, S. mate mon cul, elle dit, qu’elle mate mon cul. L’alcool la rend lubrique, folle de désir qui, frustré, se muera bientôt en violence sourde. Violence du désir, d’abord, celui des mots exigeants, du baise moi, du défonce moi, elle veut, dit vouloir être prise. S. me plaît mais je ne veux pas baiser tandis que S. insiste jusqu’à la crise, jusqu’à devoir lui dire, à six heures du matin, de partir, elle hurle et tempête dans l’appartement en cherchant ses vêtements. Je voulais dormir, elle, allongée près de moi, nue, ne voulait pas dormir. J’enregistre, pour lui exposer demain, sa crise, dix-sept minutes d’un audio coupé en deux. Deux crises successives. Alors S. part. Je connais son tempérament, après son départ, sans mes lentilles, je tatônne sur la table, l’appartement pue le tabac, elle fume vingt cigarettes, en partant elle prît la bouteille de chartreuse. Comme ça. Par vengeance. Comme signe de mécontentement. Comme protestation. Puis, sommeil, moi, quelques messages échangés pour dire que je ne suis pas fâché, S. qui venait pour me secourir de solitude et qui, malgré la fin étrange et bizarre, par sa présence, me protégea de ces nuits infernales, répétitives et mécaniques qui m’agonisent depuis des mois. Sommeil sans rêves, coma de quelques heures, le réveil sonne une première fois à 10h57, je le règle pour 11h30. Un expert passe à midi pour évaluer l’indemnisation du dégât des eaux de l’appart’. Café, douche, je range rapidement, des cigarettes partout, le briquet d’adolescente de S., oblongue et bicolore, une odeur tenace de tabac, mes cheveux empestent, je me débarrasse des mégots, main tremblante des grosses cuites, pas de gueule de bois. Je pulvérise dans l’appartement la bombe aérosol d’huiles essentielles, l’odeur de tabac, la cendre, cette ombre de la soirée d’hier, se dissipe. S., suce bien, sait faire jouir, y compris les garçons compliqués comme moi, par là et, tentait, hier, pour négocier le défonce moi, de me sucer jusqu’à jouir or, je ne voulais pas, malgré la promesse de ce rare plaisir pour moi et ma mutilation génitale. Je bande sans effort, le moindre frôlement m’excite, mécaniquement, je bandais sans vouloir baiser, mon corps réagit sans concerter ma tête.
S., en gueule de bois, crise, j’en ai l’habitude depuis des années, toute la matinée reçue une salve d’injures, le feu roulant que, chez elle je redoutais tant, jadis, qui aujourd’hui m’indiffère, parfois je me laisse prendre et commence à me défendre, tandis qu’il suffit d’accueillir ce désordre des nerfs, puis ça passe. Elle débonde, ici, j’évacue. A cette heure-ci pas encore reçu ses excuses qui, je le sais, ne manqueront pas. Avec S. il ne faut jamais se défendre parce que, comme dans toutes les situations sociales, nous trouverons toujours des reproches d’apparence légitime, d’eux elle se saisit pour justifier sa colère et ses caprices. Les raisons se contentent de les habiller d’un peu de raison. Se défendre revient à les accréditer et tomber dans la spirale sans fin. S., dramatise à l’infini, aime les poses dramatiques, vous dira que, par exemple, j’ai parlé de ça avec F. qui dit que, Même X pense que. Cette nuit elle ne manqua rien de son rôle éventail.
Dans l’appartement, les vêtements roulés en boule, de S., son pull rose, sa jupe (?!), son châle 30% cashmere son parfum puissant. Je lui écris tu as laissé plein d’affaires elle répond je sais, je suis rentré cul nu. D’où la présence de la jupe. Sa bouteille d’eau évian. J’imagine S, rentrer chez elle, en uber, cul nu, la bouteille de chartreuse dure, qui défonce comme moi je ne voulais pas. Etrange le pull la jupe, un fantôme de la nuit, le corps sans matière ni violence, trace ou essence, de S.
S. dit je ne veux plus jamais te voir. Caprice commun de S.
Du Saint-Simonisme ou Brève étude de la lâcheté en matière morale.
Partie I : Aspects Théoriques
(brouillon)
Ma situation actuelle m’expose le monde contemporain et le portrait psychologique que je peux dresser de celui-ci. Marine Simon, dont je parle en abondance, est un produit type de notre époque de, justement, en incarner aussi sa limite - au sens mathématique du terme.
J’avais, bien avant que Marine Simon ne se mette sur le passage de ma vie à moi, déjà pensé son cas. Marine Simon cristallise une époque dans son combat, en tant que femme, contre les violences sexuelles et sexistes et, plus généralement, d’un féminisme de luttes. Marine Simon cristallise aussi autre chose, plus grave, elle possède en elle une idée de la justice et d’une justice qui se rend sans rendre compte à rien ni même…à sa propre idée de justice. Purges staliniennes. Qui, parce qu’animées d’une idée de bien autorisent à leurs autrices toutes les sanglances. Si les principes du côté des justiciers déclarés sont suspendus il se trouve, qu’en miroir, les limites du côté des condamnés putatifs, le sont autant. Seul un état de guerre en peut résulter. Une guerre totale.
Marine Simon m’intéresse en ce qu’elle présente - sans prétendre ici émettre un diagnostic - certains signes du spectre autistique, son incompréhension - admise par Marine Simon-même - du second degré et de l’implicite, son application de la dernière rigueur des principes moraux auxquels elle adhère y compris lorsque, comme nous le verrons, l’application rigide de ces principes entraîne mécaniquement leur destruction pure et dure.
Disons, pour l’étendre plus loin, que Marine Simon se fixe des maximes qu’elle applique au monde sans nuances, sans l’acte de traduction nécessaire, pourtant, pour donner à la vie sociale sa couleur étrange et, tout en même temps difficile. Difficile parce que forçant à une lutte intérieure, à l’inquiétude de mal faire ou de se tromper. En bref, comme la philosophie - discipline, on ne le croirait pas, que Marine Simon étudia - requiert le questionnement, la justice requiert le doute. S'en dispenser resort nécessairement à l'idéologie.
Cette nuance, qui sent parfois la merde, parfois la rose et parfois l’air tout simple, est la vie. Refusant la nuance, c’est d’oxygène que l’on prive l’humanité.
L’exemple type, j’en parlais précédemment, tient au jour que Marine Simon a informé MA des accusations qui me visaient en prétendant, alors - y croyant sûrement même - avoir mis en balance deux intérêts. Celui de la victime H., qui aurait préféré que personne ne sache rien, et celui de son amitié pour MA. Marine Simon a alors tranché, à fort coût selon elle, en faveur de l’amitié. Nous pourrions voir, enfin, Marine Simon accablée d’un cas de conscience ici, c’est à dire d’une douloureuse interrogation, or Marine Simon n’a pas réellement tranché. Elle n’écrivit à MA que parce que moi, déjà, je savais, et qu’elle s’apprêtait, MA, à le savoir. Le message de Marine Simon adressé ce jour à MA, ne laisse aucun doute à ce sujet « tu es peut être déjà au courant par L. ou par J. ». Marine Simon a utilisé une situation dépouillée de tout enjeu pour se donner l'air d'un cas de conscience. Or
Elle n’a, toujours pas, tranché, donc choisi, jamais. Disons que son cas de conscience est celui du tueur qui se demande s’il doit tuer sa victime avant ou après dîner.
L’un des motifs, j’y reviendrai plus tard, qui conduit Marine Simon, et d’autres de sa trempe (je pense à X.) à appliquer radicalement et sans concession les maximes qu’ils se choisissent tient à ce qu’ils font peu confiance à leur jugement in situ. Et, plutôt que de se voir abusés, préfèrent simplifier le réel à l’extrême d’où, en ma situation particulière, le refus catégorique et absolu de Marine Simon d’échanger avec moi, malgré, il faut le dire, de claires malvoyances et trucages de sa part. Dont certaines - j’en parle avec l’avocate - relève de qualifications juridiques. Refus de Marine Simon qui se motive, d’une part, par sa peur d’être dupée à cause d’une rhétorique très habile ; d’autre part, là nous entrons dans la lâcheté, de voir mis en péril un édifice purement théorique, en somme son refus de permettre l’entrer de l’humain là, où, trop à l’aise avec le concept, elle pouvait purger. Puis se rendormir, toute tranquille, ou, si insomnie - Marine Simon en vécut de douloureuses et assassines - centrée exclusivement sur elle-même.
Au sujet des qualifications juridiques je sais, parce que le plug-in qui me permet de connaître les c/c et les screenshots m'en informe, que Marine Simon ou d'autres s'imaginent, ainsi, pouvoir ester contre moi. Je ne peux autrement que m'en réjouir puisqu'alors - enfin - mon récit se libérera que, surtout, à mon tour je pourrais mettre en oeuvre, judiciairement ce que, pour l'instant, je dois laisser en sourdine. Il vous faudra toustes, discuter avec votre "corbeau" plus idiot que ses consorts corvidés tant il vous trahit par sa loquacité.
Y., lorsque j’évoque la situation actuelle, tranche dans la défaveur la plus absolue vis-à-vis de Marine Simon. Ce à quoi je ne peux adhérer en entier parce que je sais qu’aucune malice ne motive Marine Simon. L’objet de son mouvement ce n’est pas la vengeance, pas la haine, pas la revanche, Marine Simon est animée, sincèrement par la justice, une justice cruelle rendue par, je le préciserai plus tard, un être lâche, la lâcheté de Marine Simon, lâcheté morale y compris, dépasse de mille coudées son sens de la justice et de la morale.
Or, Marine Simon ne peut reconnaître ce qu’il y a d’absolument immoral et contradictoire avec même les maximes que Marine Simon se fixe et fixe en Marine Simon. Marine Simon ne discutant qu’avec des gens en accord avec Marine Simon et, qui loin, en réalité, de défendre les idées de Marine Simon défendent la personne de Marine Simon, ainsi, Marine Simon protégée par des discours avalisant les siens, Marine Simon se pense juste. Comme les jurés des procès staliniens. Marine Simon n’a pas ou non raison, Marine Simon est raison.
L’enfer, Marine Simon le pave d’un carrelage bariolé, alternant les dalles de bonnes intentions et de rigidité morale. Si, peut-être, Marine Simon vernit certains de ces carreaux de sa satisfaction morale, il ne s’agit pas seulement d’une bande superficielle mais d’un principe que l’on image de survie et qui, de survie, porte aussi en lui son meurtre. Me mena, moi, par silence et rigidité - effilée la rigidité injuste comme un pal - à la mort et à la cisaille des trains.
Je m’attarde sur le cas spécifique de Marine Simon justement en raison de sa singularité, en ce qu’il me permet de dire du monde. Si, par exemple, je ne m’attarde guère sur cette autre fille, Esther, dont j’ai déjà mentionné le nom c’est qu’elle, toute pleine de malice et de frustration, ne vaut pas plus, pas mieux que l’injure. Des comme ça toutes les époques en ont plein les décharges.
Je me souviens n’avoir jamais entendu Esther parler positivement des absents. J’ai, une soirée, dû quitter mon salon parce qu’échangeant avec M-A, elle ne cessait de médire et, parfois pire, ce qui lui valut au moins deux - dont j’ai connaissance - ruptures amicales, trahir tous les secrets qu’elle sait. A cause de son histoire personnelle, elle se saisit de mon affaire pour éructer, je ne trahirai pas ici son atroce jeunesse, son enfance gâchée. Elle n’en demeure pas moins une coupable,
Nous devons maintenant faire un détour par le genre pour expliquer comment, hors les cas de conflit - comme actuellement - les traits autistiques - aussi parce qu’ils sont peu marqués - de Marine Simon lui permettent d’exceller socialement. Les femmes, par le retrait qu’on leur impose, sont des observatrices aigües de la comédie humaine, position privilégiée et contrainte qui, par nécessité de survie, les force à s’adapter au système de domination en place. Cette mécanique, étendue aux traits décrits chez Marine Simon, lui permet de s’adapter, de façon plus globale, aux exigences sociales. Système plus large, plus total que le simple partriarcat mais fonctionnant, aussi, avec ses règles, ses implicites, ses comportements adéquats, pertinents, valorisés ou proscrits. Système dont nous percevons, la plupart d’entre nous, les règles d’instinct sans, ou rarement, les interroger parce que ces conventions - davantage encore que ses règles, même pour les inadaptés, ne forment pas une barrière au monde, pour ainsi dire, la plupart, nous ne les voyons.
Cette affirmation je ne la sors pas de nulle part, il se trouve, qu’en effet, le TSA se trouve largement sous-diagnostiqué chez les femmes à cause de ce qu’elles semblent tout à fait conformes socialement. Conformité née, en réalité, d’une capacité d’adaptation supérieure, entraînée depuis l’enfance, pour qui, femme TSA ou neurotypique, revient au même. Les minorités disposent, c’est un autre sujet, de ce qu’on nomme le privilège épistémique.
Le cas de Marine Simon, ici, est exemplaire en bien des aspects que je vais tenter de détailler, je connais Marine Simon depuis de nombreuses années désormais et je l’ai vue, au fur et mesure du temps passé, développer ses compétences sociales, acquérir des aptitudes de premier ordre pour s’insérer habilement dans tous les espaces et, plus que d’y tenir un rang, s’élever au-delà de la place moyenne - sans régner, Marine Simon ne vise aucune domination.
Aptitudes et compétences dont elle ne se trouvait pas dotée naturellement. Il s’est agi d’un apprentissage quasi-conscient, favorisé par d’excellentes capacités d’observation et une envie, très nette, de conformité - qui ne doit pas se confondre avec conformisme. Conformité pour ne pas dépareiller et, ce faisant, paraître ultra pertinente.
le fait d’être jolie, évidemment, n’est pas étranger à l’affaire, la beauté, comme l’ont montré d’effroyables études, dispose autour de l’individu un halo qui le protège et le favorise. Mais la beauté ou non de Marine Simon est secondaire, en réalité, ne concerne pas la mécanique qui l’anime mais seulement, la facilité d’intégrer tel ou tel groupe. Le fonctionnement eût été le même, plus lent peut-être, mais identique, forcément.
Marine Simon ne dispose pas en propre de ses actions, Marine Simon n’en jouit pas d’instinct sauf, à force de répétitions, faire du geste mécanique, comme tisserande, une seconde nature. Si, dans les premiers temps de sa vie, ce manque d’intuition donnait régulièrement à Marine Simon un air hors-sujet, Marine Simon sut rapidement y pallier par, d’abord plus jeune, ce qui parût une timidité et qui, de façon inconsciente évidemment, tenait d’une dissimulation, puis par exercices et expositions à la vie sociale. Chanceuse, en ceci,
Il ne faut pas croire que Marine Simon cherche à manipuler elle compense de la sorte un défaut congénital qui n’est pas une impossibilité à ressentir, comme chez un psychopathe, mais une difficulté à traduire ses ressentis en gestes et en actes adéquats. Elle a, aujourd’hui, parfait son modèle jusqu’à une certaine perfection dont, il faut le dire, et c’est pourquoi elle m’intéresse sans que je la fasse voisiner immédiatement la curée, Marine Simon ne poursuit aucun intérêt égoïste. Ou, si égoïste, qu’elle ne pratiquerait pas, de façon consciente, au détriment des autres. Cette capacité elle ne l’emploie pas aux dépends des autres mais, surtout, à son bénéfice et à sa survie.
Elle passe aisément pour une amie formidable et il serait injuste de lui dénier cette qualité, elle remplit toutes les cases mais, justement, remplit les cases ce qui lui interdit, aussi, de traiter toute situation exceptionnelle, tout débordement. Si son écoute peut fasciner c’est qu’elle correspond à un idéal d’écoute, elle donnera, en ces circonstances peu de conseils inventés, répétera, en les adaptant, ceux déjà valides et validés - nous comprenons ici son appétence pour la psychanalyse par exemple ou cet autre livre - que j’ai lu pour ce billet - pour en finir avec le ressentiment de Cynthia Fleury - bavardage apolitique.
Un trait caractéristique de ceci, de ce qu’elle joue des rôles réside en sa quasi impossibilité à mélanger les groupes auxquels elle appartient. Cette étanchéité n’est pas absolue mais elle est radicale. Il s’agit d’un principe qu’elle peut, pour justement le cacher - il n’a de validité et d’efficience que de son invisibilité ; sa révélation entraîne son abolition - tempérer. Sa personnalité, cohérente prise dans chaque groupe, se révélerait tordue dans un brassage plus large parce que sa personnalité ne se confond pas avec un intime, un je, il s’agit de performances extrêmes, de persona jouées radicalement, de Marine Simon 1 Marine Deux Simon Tre Marine Simon ; Marine Simon etc ou …
Marine Simon passe sincèrement, du groupe des philosophes cathos, au groupe des poètes de celui-ci aux aventuriers de la nature. Marine Simon manquerait-t-elle de convictions ? Non, comme je l’écrivais Marine Simon se fixe des maximes et s’y tient, certaines transcendent les groupes d’appartenance, leur expression, seulement, concernant le groupe changera de formes. Mais c’est que cette transcendance est aussi un signe de ses appartenances parce qu’elle peut produire le récit de ses refus et, donc, inscrire plus profondément, dans ses groupes moraux, son appartenance. Seulement Marine Simon pose une tache sur ses relations en ce qu’elle délaisse, plus facilement, celles les plus installées ou Marine Simon opère une pondération permanente entre les différents groupes qu’elle investit, accordant toujours la primeur au plus récent et, parmi ceux déjà constitués, la majeure partie de son temps aux plus intéressants matériellement. Ce n’est pas l’aspect le plus joli. C’est aussi le plus ordinaire. A la différence des autres humains, Marine Simon y excelle ici encore et parvient, à donner l’air de, auprès de quiconque, faire de son mieux, faire de sa compagnie même, un privilège, j’apprécie l’artiste.
Alors pourquoi tout ça ? Pour conclure, enfin, sur l’hypocrisie, la lâcheté et la cruauté de Marine Simon qui, toutes ensemble, contredisent tout ce que Marine Simon prétend être et dont elle ne se garde, miroir réel parce qu’atroce, non en s’interrogeant sur le bien fondé de ses actions, mais en cherchant, dans ses groupes d’appartenance, la validation. Il ne lui importe pas de savoir si elle agit bien vis-à-vis de ce qu’elle a édicté elle-même mais si le groupe - les groupes - la confortent dans son idée. Elle a des principes mais peu de valeurs.
Marine Simon prétend rendre la justice, s’indiffère des effets de cette justice, pire, alors qu’elle dispose entre les mains de possibilités d’émergence de la vérité elle s’en détourne sans chercher, avec personne, aucun moyen de justice. Pourtant, dans un cas de violences sexuelles, une immense partie de féministes à quoi elle adhère, déplorent que le traitement judiciaire du viol ne permet pas le traitement adéquat de celui-ci, c’est à dire l’établissement d’une vérité cohérente, avec ce qu’elle doit porter de conséquences douloureuses pour chaque partie.
Marine Simon se cache derrière la volonté de qui plaint et se déclare victime. Marine Simon se dépossédant ainsi de toute agentivité propre. Marine Simon se dispense de cas de conscience en prétendant respecter un principe supérieur croire les victimes. Comme si ce principe possédait une valeur absolue. Comme, si, surtout, ce principe en était réellement un. Or il ne s’agit pas à proprement parler d’un principe moral, au mieux d’une règle qui vient suppléer un défaut historique : la non croyance des victimes. Cet énoncé repose, donc sur ce présupposé « les victimes ne sont pas crues, il faut les croire absolument ». Or, il est impossible, pour ne pas dire complètement fou, d’imaginer que les victimes disent absolument la vérité et toute la vérité. Croire ceci et l’appliquer comme Marine Simon - pour les motifs déjà exposés - engendre des conséquences extrêmement graves et périlleuses. Parce que l’application rigoureuse de cet énoncé n’a de valeur que si, en effet, la victime, à un quelconque moment, n’était pas crue ou battue en brèche. Je ne crois pas, qu’ici, ce fut jamais le cas.
Marine Simon n’a donc pas su tirer toutes les conséquences de ses propres principes. Nous menant jusqu’à une série de drames dont j’ignore, encore, jusqu’où ils retentiront.
Je suis fatigué.
Ainsi voilà Marine Simon, petit éloge de la morale. La deuxième partie illustrera ce que j’ai pu, depuis un peu moins de dix ans, observé. Un Saint-Simonisme en acte celui-ci. Parce que Marine Simon a aussi une histoire, a aussi un visage, se détourner du miroir peut faire perdre la face.