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boudi's blog

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23 mars 2025

Sainte Therese

Les gestes recommencent à peu ou mal m’appartenir, je me faufile dans moi-même comme dans l’appartement avec ses obstacles augmentés dès lors que nous sommes plus de quatre. Je m’installe, pour le déjeuner, au café dalloyau pour profiter d’un peu de lumière tout en me préservant du froid des bancs publics que, depuis des années et des années, j’affectionne pour la tranquillité qu’ils offrent, l’agrément de leur distribution le long des avenues ou des rues aux trottoirs larges.
Je m’encombre moi-même de moi-même, mon manque de muscles alourdit chacun de mes gestes, j’agis, saccadé et maladroit, trébuchant partout, y compris contre l’air où d’autres invisibles entraves s’étendent ; le monde se tisse maintenant de pièges muets, je me rattrape de justesse, me rattrape à moi-même, les lanières de mes sacs s’enroulent comme des boas autour de mes membres et il me faut un grand effort pour me défaire de leur étreinte.


Lorsque mon corps me dérange de la sorte, ma parole se fait toute pareille, elle sort lente et en grumeaux (grumeaux, je me dis, si Jeanne lisait ce texte elle y découvrirait avec horreur ce mot, certains mots lui semblent antinomiques avec l’écriture) de ma bouche, je préfère éviter toute forme de conflits ou même d’interactions y compris les plus simples.
Hier, je me trouvais, par manque de sommeil et trop longue journée de travail, dans un état similaire, nous nous disputions, de pas grand chose avec Jeanne, une de ces disputes due à la fatigue et à de mauvaises habitudes prises et je ne parvenais pas à m’exprimer, à former ma pensée de façon convenable ni à me défendre très vaillamment. Pourtant, tous deux, nous tînmes bon, aujourd’hui, après cette année d’une difficulté inouïe, nous tinrent, dans cette horreur, en dépit de tout, nous sûmes nous rattraper et je crois qu’il importe plus, dans le déluge, de savoir sur le chavirement sauver sans cesse, chacun son tour, l’autre la noyade, que savoir naviguer assez bien pour s’épargner cyclones et folles marées, c’est que le déluge, lui, vient de forces toutes puissantes qu’aucune agilité n'évite.

je n’en peux plus de ceux-là portant avec leur veste et leur chemise des baskets y compris les Sneakers « Jordan 4 » ou peu importe que la valeur excède le prix des Church’s que je désire. Une détresse m’envahit lorsque les gens discutent « affaires ». Là j’entends une conversation d’un commerçant « épicerie et frais » qui reçoit, de la part de Monoprix ou de leur centrale d’achat, des produits à commercialiser et rapporte à son interlocuteur des problèmes de DLC. Il déplore de devoir surveiller sans cesse ses livraisons — tiens ici réflexe curieux de ma part, vouloir augmenter le son de la conversation comme s’il s’agissait d’un podcast — à cause de ces dates qui mettraient en péril son commerce puisqu’un client s’avisant d’une DLC dépassée ou tout juste échue se scandaliserait de ce qu’il supposerait sa mise en danger. Son interlocuteur observe qu’il bénéficie d’une « surmarque inconnue » l’inverse du « vol » catégorisé en « démarque inconnue » puisque son fournisseur ne lui facture pas ces produits qu’il peut pourtant revendre à plein tarif ou à -50% en cas d’urgence. Il se trouve devoir souffrir d’un travail supplémentaire de vigilance et d’étiquetage.
L’interlocuteur a ouvert « deux monoprix ». J’attends que le terme de « rationnalisation » et de « process » jaillisse. L’interlocuteur ne possède pas ces Monoprix, il souhaite recruter Monsieur DLC pour l’ouverture d’un carrefour à Gare du Nord, surface totale 700m2 dont 300m2 de surface commerciale (limite légale,c omme il le précise). Monsieur DLC gère actuellement le Monop’Daily de la gare Saint-Lazare et se plait dans cet
environnement par là entendre le calme, l’absence de la banlieue ou celle essentiellement policée de l’ouest parisien. L’interlocuteur essaie de le rassurer, il tient absolument à l’avoir, je souhaitais rester jusqu’à ce que la question de la rémunération se pose mais, avant son arrivée, dut-elle arriver, je dois retourner au travail. Vous devez travailler pour nous il dit, je ne me rappelle plus l’expression exacte, je vous forcerai bien. Je m’étonne des réticences de Monsieur Monop daily et m’étonne surtout de ce qu’il soit tellement désirable pour que l’autre, presque le supplie et je me demande si la supplique se traduit en euros.

J’aime ici, dans ce café Dalloyau (expresso à 3 euros) le traitement discret du service, le bienvenue enjoué des serveurs, deux autour du comptoir qui me prient de m’installer. La facilité d’enchaîner, ici, nos gestes aux gestes suivants, à ne se sentir pas ou peu interrompu dans notre continuité sensible.

Ecrire, retrouver ceci, écrire.

Les endroits, la fourmi excepté à cause de son campari à prix néant, sans chic m’horrifient. Avec Léah, après notre verre au rendez-vous des artistes, nous devions assister à un choeur de pleureuses que je manquai, devant satisfaire à mon besoin de traîner, de découper l’existence en séquences distinctes, c’est à dire remonter chez moi pour me verser un verre d’alcool fort et son mixer — je dis mixer comme crâneur au lieu de dire mot abhorré qui rappelle , avant de reprendre la route, de me renouer. Puis, nous devions nous rejoindre dans un bar, près de château rouge, au nom enchanteur dont je ne me souviens guère et que je n’aimais pas. Le Gin-Tonic à 6 euros ne me consola pas, il me faisait me souvenir, le verre dans lequel il était servi, ceux qui ressemblent à des tubes dans lesquels tombent un mélangeur en plastique, de ce long-island bu avec Jeanne, dans un bar-tabac d’Etretat ou de Trouville, je ne me souviens pas avec certitude.
Ces lieux, en dernier terme, m’horrifient autant que m’horrifient leurs semblables, plus laids encore de hipsters, ces zombies cafés où parfois nous pouvons nous délecter de boissons chaudes et bonnes et haïssables pourtant parce que chères et fausses.

Rien ne dure
Dieu seul demeure

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23 mars 2025

1513 mots

hier - écrivant hier, je dis autre chose puisque la temporalité d’un début de texte ne se confond pas avec son achèvement. Hier, signifie point de départ de mon écriture, repère temporel déjà évacué — texte du deux août — dont la reprise, encore, le fil permanent de la reprise, ces hachures de sens, le 10 février 2025 pour ne rien dire de ce souvenir d’alors - vendredi 14 mars 2025.
samedi  23 mars.

Depuis, depuis eh bien une pluie, fade ou froide, Jeanne ici, déjà, dans le même temps, se posant sur le seuil, les dents claquent, le roulis des valises, l’installation du monte-meuble. Un jour, si je devais partir une semaine, peut-être retrouver vide. Comme moi, vide, l’appartement, celui où passent et ressassent tant d’êtres.

hier (quand, 2024 déjà) - « jour de tombée » d’un texte remis à la revue québecoise estuaire.

Premier texte poétique écrit depuis bien longtemps, distant du quotidien, échappé du journal.
Ici, le quotidien, trop souvent, remuait la plainte et la protestation. Lieu où la colère sert de prières, agenouillé, moi-même, contre le bois vermoulu d’une pauvre rage, une rage misérable, mendiante de son enfer pour en jeter sur ces avares des gerbes. Mais ceux-là méritent un feu moins digne, des diables moins élevés.
A l’Eglise Saint-Nicolas, les croyants, se préparant à la haine du prochain, s’infligent et s’affligent, leur peau meurtrie les arme. Ils se préparent dans le diable.
Concentrant, contre leurs os, jeunes ou vieux, une souffrance à restituer. Les échardes du bois consacré rivalisent en terreur avec les embarcations maudites de ceux, exilés, qui de l’horrible voyage ne repartiront pas entier, ce peuple de marée qui se cherche un rebord, cet assemblage d’au-secours tanné. Copeaux humains, glacés, pauvres et noyés. Haïs et malades.

Passion à la hauteur de leurs émotions : petite, feinte, spectacle pour les autres et pour eux-mêmes. Images à accumuler pour nourrir les fantasmes, ébats avec leur foi, leurs djiins amoureux comme les musulmans nomment la cause de leurs orgasmes nocturnes.
L’aveu de la peau somnambule, le désir…
Toute foi, pour se maintenir, détourne et rature. Dans la confession c’est le mal d’un autre qu’on avoue. 


Le péché appartient toujours au régime de l’in. In-visible, In-volontaire, In-conscient. Poésie retournée.

Je ne me souviens plus le qualificatif qu’employait Mehdi, pour qualifier ma prose, parce que, d’un texte écrit qui le concernait, mécontent, blessé ou vexé un peu des trois / chacun des trois, voulant rendre la blessure, le mécontentement ou la vexation.

 

Depuis je me souviens, le mot :
insipide.

Il visait à côté, puisque mon écriture, percluse de gromellement, n’est jamais fade. Le mot qu’il emploie, dont je refuse la mémoire, se trouvait à la jonction de fade et de pathétique. Il les agglomérait. Certains mots traits-d’union.
in-sipide. Lui, aussi, in.
l’in obvie
crée

débute

nie

renonce

ce in. 

tout

 


Mon écriture, ma prose ah…que de procès. Le abyrinthe de l’anacoluthe, où la phrase sans entrée, sans sortie, y largue le sens, débrouille toi ici avec ta faim et le faux espoir d’un dédale truqué.
S’échappe l’odeur de pourri d’un Minotaure écharpé, suicidé d’ennui.

Le sens se nourrit du cadavre de celui piégé avant lui
qu’on nomma criminel 

bête cornue

ancêtre de Satan

parce que lui aussi avant

relevait d’une maladresse de style

d’un écrivain insipide. 

Qu’un Mehdi d’alors

gravait sur la tablette de grès

à l’adresse d’un Sophocle

tes vers insipides

d’où le Minotaure 

aujourd’hui charogne 

bouffé jusqu’à la diarrhée 

par mon Philoctète

L’infirme gibois souffre assez de sa difformité que par pitié ne l’appelons cul de jatte. 


Aujourd’hui, je m’épargne les conflits, j’agrée, y compris auprès de proches, les propos qu’ils peuvent soutenir et que je désapprouve. Une grande indifférence, qui précède ou conclue la sagesse, me gagne. Malgré mon obsession de la mémoire — qui me sauve la vie — je supprime désormais tous les messages des conflits avant même de les lire.

Les trois-quarts d’une dispute relèvent d’un malentendu et, de ce qui reste, masse confuse de mauvaises raisons. Frustration des jadis, rancunes minuscules, refus de se trouver failli, je ne me coupe pas les ongles pour faire mal quand je la doigte écrivait étoile, mauvaise foi. Nous croyons, toujours à tort, que d’accueillir le reproche et l’accusation nous situerait inférieur comme si une partie essentielle de nous se trouvait dans notre innocence toute pure, toute propre. La vie, elle, se tient, c’est entendu depuis belle lurette, depuis la naissance dans la pisse de la mère qui nous expulse, la merde coulant hors du sphincter,  depuis Artaud et chez Mychkine, cette beauté, qui sauvera le monde un jour, sentira la merde.

Les inutiles raisonnements rencontrent de nouvelles objections, inutile fatigue…
Nous gâchons notre aptitude à ressentir d’un orgueil qui ne mène nulle part, ni à l’échafaud, ni au trône.
 
Notre existence mérite un autre exercice.

S’il nous fallait à tout prix, pour ne pas garder rancune de relations dont nous ne parvenons à faire cesser le lien, nous gagnerions à établir le dialogue auprès d’institutions dédiées, créées pour l’occasion, neutre au maximum et dont la neutralité ne cesserait de se bâtir au cours du dialogue.
Cette neutralité, peut, à tout moment faillir, le professionnel aussi bien formé fut-il ne peut tout à fait se départir de son humanité, c’est à dire ses inclinaisons et les ruses, involontaires mêmes, hypnotisent. Le boucher attendrissant de sa masse la viande morte peut ressentir pour le jarret une soudaine tendresse. 

Mettre à la surface, le refoulé qui, le plus douloureux, n’appartient pas aux souvenirs distordus dont la psychanalyse a fait sa chasse gardée, concerne les rapports entre individus, les frustrations, la valence différente que l’on attribue à des expériences vécues au même moment, ressenties différemment.
Le regard étranger nous redresse, maison de correction, nous pouvons nous faire face.

Je ne me souviens pas ma réaction psychique au message de Mehdi, à ce moment, j’ai immédiatement supprimé l’application Signal, sur laquelle je recevais ce message que, depuis, je n’ai pas réinstallée - réinstallée, maintenant, dont la seule interaction est avec une « Nancy » qui prétendait s’adresser à « Angela ». Habile arnaque, où, prétextant une fausse manipulation, une femme, à photo de profil affiché - charmante, sans obscénité - vous souhaite manipuler vraiment. Elle s’excuse de l’erreur mais, très habile, poursuit l’échange, se trouve vivre dans la même ville que vous but I just landed. Puis, dans le contact maintenu,n 

 

Mon passé lieu chéri, souvenirs précieux, détachés des émotions de leur survenue, de leur traitement objectif. Ils m’importent, souvenirs, de m’être propres, des extensions à la fois du je et des témoignages, de mon rapport à moi-même, d’une existence continue. Je peine souvent à me rattacher à mes anciennes expériences, me nouant peu et mal à ces anciens maillons parce que, liés les uns aux autres, ils forment une chaîne et toute chaîne entrave. Je mentais, auparavant, beaucoup, pour, au-delà des motifs habituels du mensonge (mise en valeur, excuses, prétextes, lâchetés) demeurer secret. Irréductible à quelque biographie, conservant mon être dans une ombre. Ombre qui, dehors de la vie, est aussi une coulisse, le refus de faire, en soi, de son propre corps déterminé, donc condamné, son entrée parce que celle-ci appelle quelque sortie, quelqu’engagement sérieux sur le devant de la scène…alors, rat courant sous l’estrade, soufflant à qui de passage, le souterrain appétit du rongeur…alors 

Souvent, plus tard, après que l’on me le reprocha beaucoup, j’y mis fin, au mensonge. Voilà le couperet, on y présente le mensonge, on actionne le mécanisme. Fini. Une autre vie débute. Ni plus réelle, ni moins fausse. Mieux dressée.

 

Les autres ne peuvent, comme souvent dans ce qu’ils jugent vice ou défaut, s’empêcher d’y ajouter la dimension morale et religieuse. 

Un devoir être qui n’appartient pas aux rapports entretenus avec les autres mais du rapport entretenu avec soi à qui nous devrions, sous cette forme, une tout à fait extrême fidélité, que mentir, se diverger, vaudrait se corrompre. Perdant, ici, la trace de notre identité, le pas alourdi dans la boue laissant de la botte mise de force les dix linéaments caractéristiques de la semelle.
Eux, surtout, réclament de nous constituer, sculpteurs participant à notre édification. Ce rejet ne se tolère pas, l’accès barré à l’atelier, voilà l’insupportable. Ah, l’ambition de ne savoir se contenter du musée ou de la photographie, l’ombre projetée et le secret tué.
Pour le mal, je ne requiers nul complice. Il faut dire la vérité parce que les conséquences du mensonge, au-delà des ravages au monde, détruiraient le soi, l’empêcheraient de se former, qu’en bref il constituerait un obstacle dirimant à l’être.

Quelle chose curieuse de se croire, soi-même, logeant, derrière la vérité, j’imagine alors un être, soi-même, l’inconscient ou quelque nom donné, marchant de long en large, les cent pas derrière le mensonge, mur ou rideau selon l’intensité de sa pratique, attendant qu’enfin la machine à broyer du monde en rasasse le mur ou la main fluette soulève le rideau. haha. La farce.

Jeanne et moi partageons ceci de commun que nous n’avons pas besoin des autres. Notre solitude nous agrée parce que notre compagnie ne nous désespère pas. Il n’y a rien à fuir. Rien qui ici ne nous pose question. 

16 mars 2025

vendredi

vendredi la librairie touche le fond, vendredi touche le fond, l’appartement devra être quitté au plus tard le 6 novembre 2025 vendredi touche le fond va peut-être fermer
j’écris à mehdi pour lui proposer à lui et ses parents d’acheter l’appartement à un bon prix

mehdi ne répond pas il a quitté paris pour berlin l’été avec mon frère ils organisent une conférence autour de l’Islam
le bus palladium a fermé depuis longtemps maintenant

Pierre m’écrit pour justifier ses achats immobiliers : Et je me dis si un jour trop vieux ou fatigué, personne m’emmerde

je réponds oui, je suis d'accord, c'est que moi je me dis si je suis trop vieux ou fatigué je me jette d'une falaise
le nopi devenu le sub ferme lui aussi
des cadavres je vis jonché de dépouilles
constellation m’a v. des années durant

falaise falaise jeanne lit par dessus l’écran demande pourquoi tu parles de suicide 


constellation considère plus grave sa réputation que de me #EE82EE
je ne parle pas de suicide la fin des chose je la trouve amère elle me déborde le changement me révulse jeanne au contraire attend impatiemment de déménager elle se lasse vite des lieux qui ne peuvent sauf à disposer de plusieurs millions la satisfaire en entier moi je me contente de moins quoi qu’auprès d’elle, et beaucoup de mon amour tient de là, le désir en moi éclôt, l’insatisfaction qui chez moi ne se confond jamais avec la frustration émerge sans douleur
dans ma barbe des flashs l’odeur d’urine de constellation quand la langue achetait au prix de son mouvement jusqu’à la crampe la paix de la bouche de la tête de toute la vie

kristina passe d’appartements en appartements depuis son arrivée à paris ou depuis toute sa vie la biélorussie minsk peut-être ou sûrement saint-petersbourg je crois et moscou c’est sûr ou l’inverse pour l’hypothèse et l’assertion
depuis un an et demi que je la connais l’appartement rouge du 18e au loyer énervant, le studio brûlant au dernier étage du 14e où elle devait assister quelque vieille prude soixante huitarde oublieuse de son temps de scandale ne ramène pas des hommes qu’elle lui disait chez elle qui n’est pas chez elle kristina s’acquittait d’un loyer pour les moins de vingt mètres carrés de l’appartement sans pouvoir y conduire son désir tu n’amènes pas d’hommes ce qui signifiait en transparence sale pute, la liberté de soixante huit, le féminisme universitaire tout ça lui passe, a tourné, frustration, tout se modèle selon la forme que son âge, son propre désir, à la vieille dame aigre, décide, du côté de la force, du toit, la toute puissance ce décret qui t’admet ou non sous des combles trop chers
constellation v. puis envoie l’injureur
puis l’appartement bizarre de neuilly-sur-seine, sur la grande avenue charles de gaulle l’immeuble la jolie cour, la margelle de pierre, le calme dans un grand appartement
moi sept ans, bientôt huit ans (neuf) dans l’appartement, si on multiplie les loyers ça fait 1200x12x7 ça doit faire dans les 100 000 euros c’est fou 100 000e évaporés comme ça si je considère que marion la propriétaire de l’appartement paris IXè ne doit pas rembourser de crédits parce que l’appartement hérité depuis longtemps que taxes déduites travaux le changement de cumulus qu’on appelle ballon d’eau chaude le changement des plaques vitro-céramiques ou tout autres dépenses doit lui avoir fait un gain net de 70 000 euros ce qui bien compté rend curieux le choix de ne pas conserver l’appartement où elle a grandi et de s’en servir, pour son projet avec sébastien - je crois qu’il s’appelle ainsi - son compagnon comme collatéral d’un emprunt quoi que l’augmentation actuelle des taux rend en effet moins pertinent ce choix est-ce qu’un revenu (brut) de 14 400 euros indéboulonnable d’un appartement ne perdant pas de valeur ou si peu mais que c’est se soulager tout bien calculé d’une pensée, d’une charge qui aussi est un gain parce que la tranquillité d’esprit ne plus faire 1, 2, 3 telle comptabilité. 

plus jeune moi être d’envie de désir qui tombait sur moi comme une grêle des pierres humides froides le désir oui
le désir de ne me lier à rien ni personne me liant pourtant à tous et toutes parfois mon envie de baiser me surprend se faufile comme un ver sous ma peau que je sens remuer s’enrouler dans les poumons à grande vitesse ça me rappelle avec emilie que je retrouvais l’ardeur moi qui me cache sous le bureau parce que dans l’escalier jean son père parcourt les marches va ouvrir la porte ouvre la porte que je redoute qu’il ne découvre ma nudité la nudité qu’il découvre et sourit emilie a eu le temps de se couvrir du drap avant l’entrée de jean moi dans la position de la voiture flashée une grande lumière tombe comme blanche accusatrice et coloniale moi pénitencier.

16 mars 2025

Sans toi

Jeanne et moi partageons ceci de commun que nous n’avons pas besoin des autres. Notre solitude nous agrée parce que notre compagnie ne nous désespère pas. Il n’y a rien à fuir. Rien qui ici ne nous pose question. 

14 mars 2025

Brouillons 2024

Je portais les vêtements de sanglot, ces haillons délaissés, seul souvenir, ce deuil liquide.
La nuit émettait par intermittence, une journée d’éclipse.
une nuit qui ne donnait que sur la nuit, ma vie devenue polaire.

Le jour, à l’aéroport où tu décidais de retrouver ta Syrie natale, le parcours patiemment expliqué, la facilité du passeport français, l’atterrissage en Turquie

 

Tu t’avançais par le côté, densément, en parcourant des herbes rases, elles dégageaient ce parfum que tu disais de jonquilles, à quoi toujours tu ajoutais, la bouche en croix, décapitées, parce que la langue, pour toi, n’ignore la lame.

Ton côté, lumineux, d’héritillère française, gouialleuse, trille et étrille.

Tu refusais tout mot
qui ne comporta pas, dans sa mise en voix,
la pression de la langue contre les incisives, poussant loin en avant, le couperet de la mâchoire.
La voix, comme le regard, se devait tranchante.

Tu projetais, l’hiver surtout, une odeur de fleurs, quand tu mordais jusqu’au sang tes lèvres gercées. Les crevasses de ta bouche blessée se gorgeaient d’un rouge sombre et limoneux
où je voulais, à mon tour, planter mes ongles. Je me révoltais contre la terrible injustice de devoir laisser à l’abandon ton corps,
Je trouvais si injuste de ne pouvoir, moi, glisser, liqueur ou faïence dans ta gorge, moi rétréci à taille cellulaire, moi virale et bactériologique, t’épidémiser

Or, maintenant je te sais morte, foulée de plomb, j’imagine sur toi la pluie de grêle et de dalles défoncées, ta peau blanche, grevée. Tu dois ressembler à ces acteurs grecs recouverts de poussière blanche, toi, sous cette couche de plâtre pulvérisé, immobile sous ce masque qui rendît folles tes antiques aïeules.

toi l’amoureuse de la mer qui l’aimait jusqu’à périr sous ce métal tordu, réfléchissant le soleil comme la surface des océans.

J’essaie de penser aussi peu que possible à toi de peur de me lasser de ton souvenir, fine étoffe, déchirée de trop de manipulations, les mites de l’angoisse qui rongeraient jusqu’au bout ta mémoire.

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10 mars 2025

Chères connasses

Pris parfois par la 
pulsion de ne pas se laisser prendre dans les filets laids d'où prison tout expire
aujourd'hui la colère encore la vieille colère imperméable amie
immuable dirait qu'en sais-je Mallarmé ou un autre du XIXème péniblement 
tentant de se faire moderne
franchissant le seuil d'un siècle à l'autre sans savoir que moderne tout à fait moderne
à quoi il échappe c'est la charpie, Verdun qui, la défaite en moins, le match nul cette fois, équivaut à dix mille Sedan
50 millions d'obus la population de la France des années 80 après la multiplication des êtres humains
les baby boomers qui ruinent encore-toujours la France
envahissent les musées et jouent les bourreurs d'urnes 
la colère contre tout l'envie d'insulter juste ou injuste
marine marieanais louis mehdi qui passe dans ma mémoire
qui par le tamis ronde pierre merde séchée on secoue le cours de la vie
ils demeurent sombres pépites
elles se vendent bon marché à la haine qui les achète
coprophage non sans plaisir
 ni loi de l'offre et du marché se sachant le seul doté de cet appétit
- et quoi que rare l'offre excède tout de même la demande -
pour ce que ça m'a valu de 
l'horrible maltraitance 
ce souvenir
l'impie plus que tous les impies
moi le mois de novembre
c'est 2023 je crois
en revenant de Lille débutant le traitement anti-dépresseur la sertraline c'était 
je dormais toujours parce qu'en voilà l'effet secondaire un mois et demi au moins
marieanais 
sort de la chambre elle dit
quand est ce que tu vas mieux
non parce qu'elle se soucie de moi mon bien-être
pour que je retrouve assez de force pour la semaine
m'occuper de ses repas du ménage des lessives
elle sort de sa chambre son inquiétude c'est elle
quand moi toute la journée je dors ou somnole
quand est-ce que je redeviens la seule qui compte
toi jonathan réduit esclave je disais ma race l'esclave
et ça, ça ça s'appelle s'appelait s'appellera de la maltraitance
 
22 septembre 2024

L'effet

Toujours la lutte cette lutte la nuit passée à cause du mauvais gin ou du vin pétillant portugais présenté par babette tel que vin pétillant portugais babette en habit vert d’académicienne en scandale et en volants la poitrine découverte l’intérieur des cuisses aussi un vêtement d’une danse du ventre le maquillage rose pale sur les lèvres la peau brunie de tous les soleils dans le bar un anniversaire le son des couverts résonne de la musique ça sent la viande quand j’entre pour descendre l’escalier pisser avant de rejoindre en hâte jeanne le mauvais gin avant bu au bar le smiley 27,5 euros les 4 verres rarement je paye aussi peu cher ça me fait frémir bizarrement la lutte la nuit les cauchemars souvent les pleurs dedans face à la vie le refus
f. que jeanne parvient à plier en ne cédant jamais démentant ma croyance dans la souplesse, la négociation, la transaction, jeanne l’être du niet contre ce courant les hommes surtout les êtres humains aussi un peu acceptent tout les voilà pris au piège compliqué de leur orgueil le psychiatre trouve que 8000 euros ce n’est pas tellement d’argent pendant longtemps je refusais toute sédition plutôt rompre que plier la devise fouettait mes artères puis je me suis déshabitué à la dureté émondée ma dureté l’écorce pelée d’un chêne mehdi se trouvait mécontentent de ce changement chez moi qu’il ne me pardonnait guère même s’il érigeait en valeur maintenant la souplesse la douceur dont il ne se rendait guère capable en vérité comme julie qui me parlait de communication bienveillante qui dès la première agonie se permît l’offense le départ le hurlement ce qui ne m’étonnait pas valentin l’aida pour son déménagement puis ça a disparu julie parce qu’elle s’exprimait dans la violence mehdi n’acceptait pas ce changement en moi qui valait renoncement à quelque chose dissolution d’une position que je tenais de justesse ainsi vont vont vont par deux jeanne fait céder f. qui craque de partout s’essaie au libre jeu des affects sans parvenir à quoi que ce soit le voilà sur la table les deux parfums frederic malle la chemise blanche alain figaret la bouteille de drappier brut nature vide à mon arrivée les hortensias qui baignent dans le vase le vanity fair les deux bouteilles de san pellegrino c’est tout jeanne ce luxe délicat tu ploies sous le faix délicieux

14 septembre 2024

Les brouillons du mois d'août

Elle verra, elles s’exclament toutes ensemble qu’elles verront, une prière qui monte, chacune de nous l’eglis-e, ce -e terminal-e, enfantée, engendrée, portée, neuf mois de e, un cordon enserré de 9 mois la taille, le ventre, les poches, la matrice.

elle verra le jour, elle verra le jour, les entrailles serrées, combien de con-cccon-trrraaacccccoooooonnnttttrraaaaaaaaa

c

tions
avant l’ultime crispation
laisser mourir ou faire naître

avers-e
le coeur cède ses eaux
la fente

bouche utérus

s’écoule
la vie
à l’égoût au berceau

mon enfant sera tu seras mon enfant cet enfant ce
l’enfant un mot, malaxé dans la langue, l’enfant composé, prénom-nom-constante-vitales ne meurs pas
pleure pleure
supplie muette la mère pâle
pleure pleure
la mère le souffle retenu le père tient la main humide de la mère
la bouche de la mère, ronde, souffle, expire encore, emmêle les deux, une apnée dans ces abysses de vivre

tu verras
promulgation âge des adultes, qui la disent, en forme de résolution, un problème réglé pour toujours, elle verra et plutôt que voir ceci elle préfère se crever les yeux, s’enfoncer dans la nuit que ce soit l’obscurité au lieu de cette lumière de faux, ces feux falsifiés qui ni ne brûlent ni n’éclairent, feux des balises posées dans la boue, la terre glaire, espacées, la longueur polie de la foulée permise, déléguée.

je verrai, peut-être, quand viendra mon temps comme le vôtre, m’émouvant sans regret de celle que je fus et de ce qui de cet être se gâcha, vous aimeriez m’entendre, à mon tour, passeuse de vos légendes, de vos mythes. Plutôt crever. Si nous pouvions, jeunes gens, pactiser avec la mort, lui faire promettre la fièvre bubonique — puis oubliant, nous-mêmes cette promesse pour ne la devoir respecter ni de crainte ni de ferveur — que si nous devions trahir nos idéaux les premiers, sacrifier au confort, reprendre, à son tour, la rengaine, nouveau maillon, c’est à dire nouvelle chaîne, du tu verras, que cette promesse, ce serment, une chaîne nouée autour du coeur, le broyant, ça…oui

si jamais je devais à mon tour reprendre cette escroquerie, votre malversation, que le pacte avec la mort passé se résolve, qu’elle me pourlèche très avide de mon âme

cet air de limace qu’elle prend, qui rampe dans vos regards, cette renonciation, bijoux faux, précieux de regards jetés malencontreux ou sérieux



son prénom s’efface avec le temps j’effeuille le carnet, l’encre sympathique, les souvenirs répandus, mêlés l’encre bleue et les lignes bleues des pages, toutes les deux ressemblent au regard pâle d’un aveugle, diseuse d’aventures. Je déchiffre, moi aussi devenue voyante, en plissant les yeux, ce passé vacillant, éclairant pour re-découvrir, épaissir l’avant. J’appuie sur ma mémoire, d’avant en arrière, à force d’épaissir, le souvenir devient une rature puis perce la membrane, fragile, du papier mental. 

 

tu entrais dans ma chambre, tu l’appelais vacarme, parce que, disais-tu, tu entendais ton coeur y battre, tes mains se joignaient sur mon dos, tu m’enlaçais.

tu ajoutais, aussitôt, la forme, ta chambre, ta cage thoracique. Moi, tes mots s’y déversaient, constellations pulvérisées, poussières d’os, avec, tu disais, quand moi je te racontais les mille et un morceaux de chacun de mes muscles, ce que toi, tu en ferais, si une nuit je t’abandonnais ma vie.

Puis je t’ai abandonné ma vie, seize ans et quelques taches de rousseur, la dernière cicatrice d’acné presqu’invisible.

 y ressemble, la même pulsation, les côtes, elles bougent

tu voudrais croiser le fer avec ce jean baptiste qui te regarde de ses yeux vils, des saisons s’y passent, des cataclysmes aussi sûrement et quelques opinions, voilà pour l’orage, ça ne pense pas là dedans, ça vacille, dans le meilleur des cas.

Il regardait par la fenêtre, dehors, le chapardeur se saisît d’un truc, un 

 

 

J’aime mal manger, me jeter là 

22 août 2024

G.

Je voulais ce qui scandalisa Geoffroy, sept ans tout comme moi, puis toute sa famille bourgeoise.
Adultes disproportionnés dont je ne me souviens la taille des vêtements
ni s’ils priaient ni s’ils croyaient et s’ils priaient et croyaient, ils exécutaient, à mes yeux, des gestes hérétiques, passibles des enfers.
 
Le signe de croix me terrifiait, il appelait, pour moi, le diable et le porc, je ne dissociais, comme nombre d’enfants musulmans alors, le mal du jambon.
L’enfer, pour moi, se confondait avec une porcherie, une cave de salaison, le sang caillé noir et le diable, jarret suspendu, frotté au gros sel.

Mes gestes sacrés, miens, enseignés par mes parents, transmis par mes grands-parents, tempérés par mon oncle, me venaient évidents. Je les considérais avec sérieux et les exécutais sans prudence, habité, moi, par ce respect religieux que les saints, toute leur vie ensuite, s’exercent à retrouver, que les inquisiteurs, eux aussi, dans chaque bûcher élevé, ce sacrifice dissimulé, souhaitent redécouvrir. Pour l’enfant, les exercices spirituels consistent à exister.

Geoffroy habitait une maison en bord de Seine, par les fenêtres nous voyions le fleuve, la surface secouée par le chalut des péniches, les poissons dont j’ignorais l’absence d’écailles, le ventre couvert de mucus vert et la chair blanche, comestible, dont je sus, plus tard, qu’on les nommait silures, qu’on les haïssait comme on haït leurs frères de dégoût, les rats remuant sur les berges.

Seuls aux poissons des tréfonds nous concédons, admiratifs, la laideur, ceux des surfaces, appartenant au monde du visible, subissent mépris et peur. Nous les rejetons hors de nos représentations, miséreux en haillons, punks à chien dont la moustache frissonnante vaut le dogue mal léché.

Je me souviens les péniches, elles tiraient, bêtes de somme bientôt dépassées, leur chargement de charbon, de pierres effritées, de poussière, elles brâmaient sur le fleuve, cygnes poussant un dernier cri. Aujourd’hui, les péniches demeurent, immobiles le plus souvent, la voix changée. Muettes la journée nous les entendons parfois la nuit, reconverties, réhabilitées, en lieux de fête ou de sociabilité.

Je m’y amusai beaucoup dans l’ancien temps, ce n’est pas rien de voir le jour se lever sur la Seine.

Le brâme fluvial se déporte de l’autre côté de la ville, à Suresnes un quai de pierre, l’affichage par diodes des temps de passage, le rail et le sifflement du tramway. Voilà la barge d’enfance remplacée et son chargement aussi. Un jour, moi qui prenais le tramway, me rendant fier à mon premier emploi, ma serviette de cuir marron achetée d’occasion sur leboncoin, marque Texier je crois, j’entendis, nous interpellant tous sans désigner personne, un mendiant se moquer de nous, de notre condition servile. Nous, inertes comme la pierre meuble, l’ancien faix des navires qu’aucune étincelle de désir ne semblait, les paupières défoncées par les nuits courtes, animer. Je me suis souvenu longtemps de ce rire heureux proféré par qui tous nous plaign(i)ons. Je m’en souviens encore, aujourd’hui, la pierre stérile à la pierre stérile provoque le premier feu, le premier incendie, le premier déluge.

Enfants, nous ne comprenions guère les adultes, nous prenions pour un mensonge leur obsession du temps qui passerait trop vite, temps qui nous accablait pourtant, dont chaque seconde décomptée de l’horloge de la salle de classe nous vrillait le coeur. Eux, adultes, sanctionnaient toujours leur énoncé d’un vous verrez.
A l’heure de contester la prophétie, l’âge enfin légal de la protestation, le temps nous saisit nous surprend et avant de finir l’objection, je suis vieux.
Trente-sept ans, un battement d’ailes, nous aussi à l’agonie, nous aussi barges échoués, épaves festives, nous aussi et encore, parés des mêmes haillons.
Les enfants nous perçoivent-ils aussi comme des impies, prêtres défroqués dont les seuls maîtres, cruautés et égoïsmes, luttent pour savoir lequel possédera de l’empire la plus scélérate des parts ?
 
Que croyaient-ils les parents de Geoffroy ? Géants dont la voix me revient comme le grondement d’une vallée. Masses incompréhensibles, dotées d’une sagesse dont, à regarder l’état du monde, je conçois aujourd’hui la fausseté.
La réussite, ce terme vague par quoi mes parents désignaient la famille de Geoffroy et dont ils espéraient qu’un jour elle me recouvre, me laissait dubitatif, pour moi, sa seule matérialisation, la batmobile de Geoffroy, la playstation de Julien, les Nikes de Mehdi, ne suffisaient guère à me les rendre tout à fait autres, tout à fait désirables. La seule altérité que je pouvais leur reconnaître, englobant ici enfants et adultes, concernait la race, cette nationalité, qu’en titre pourtant je partageais avec eux, de français, comme les désignaient mes parents. Ce français recouvrait une réalité double, celle d’une autorité supérieure, nous faisant nous les étrangers, nous conseillant d’adhérer à cette pratique ou donnant à certains actes ou certaines propriétés, comme la politesse, par exemple, ou le poivre vert, une valeur supérieure, mais aussi — plus souvent même — une forme dégradée d’humanité, la saleté des français, le mauvais goût des français, l’égoïsme des français. L’injure suprême, celle qui nous sortait, nous, enfant de l’humanité, à cause de la trahison, vous agissez comme des français, comme, si, ici, étrangers dissimulés, nous ne devions, sauf à être des harkis, nous confondre avec ceux d’ici.

Où suis-je moi maintenant, quelles coordonnées dans la géogropahie de ces enfants, de ces moi réduits, ancestraux, occupé-je ?
Les adultes, toujours, peuples de l’erreur, nous la lèguent comme nous léguerons, héritage éternel, à ceux et celles qui nous suivront, une erreur, la religion inflexible.

Mais croyaient-ils ses parents ? Croyaient-ils ces gens alentours, ces géants dont je ne me souviens aucun mot. Je peux rapporter, de mes lèvres se pliant dans l’enfante façon, les mots de mes camarades, tous de jeux, n’entrenant, enfant, avec les autres enfant, de rapports qu’exclusivement ludiques, les gestes, celui de Lorianne qui serre à mon poignet ma montre pendue— voulais-je en ce temps condamner le temps ? sachant ce que le temps corromprait et qu’il corrompît. Savoir d’enfant jamais détrompé.

Les adultes, eux, se réduisaient à l’état d’autorité, enseignants et parents, les adolescents ou les jeunes adultes infécondés, elles et eux, étaient autre chose, des promesses de nous à venir, nous pouvions les envisager comme notre propre agrandissement. Les adultes, eux, semblaient d’une autre nature comme en témoignaient leur gravité, leurs rituels, leurs disputes. Des adultes me reviennent aussi les cris rauques, la peur, la menace. J’aimerais être un adulte qui, aux enfants au moins, ne renverra jamais ce visage, ne jamais envers eux prendre cette voix. Je me suis fixé, au fur et à mesure que je vieillissais, cette règle ne pas oublier, ne pas oublier que moi, enfant, je souffris de l’incompréhension, du rejet par principe de mes raisons, de ce que mes désirs, jamais pris au sérieux, n’étaient pas de bêtes frivolités. Mes sentiments, intenses, méprisés comme une passade, n’en demeuraient pas moins réels, qu’importe qu’ils passent, je n’en regrette aucun. Voilà pourquoi, aussi, je me refuse à brûler mes vieilles idoles, les folles passions, un autre moi, une manifestation parfaite du moi, exerçant son conatus je crois que dirait Jeanne. Je tiens à mon passé

Pourtant, je le sais, je le renvoie tout de même. Je voulais rassurer Pauline, Camille et Mathilda, un jour que leurs parents, ivres, se comportaient avec les défaillances verbales de leur fatigue et de leur alcoolémie, c’est à dire de leur soudain égoïsme, je leur parlais, à ces trois enfants, presqu’adolescentes, qui, Pauline me le raconta plus tard, ne me croyaient guère, m’associant aux adultes, à l’ivresse, donc à l’instabilité. Les adultes, ici, trahissent leur nature, la seule qui vaut que l’on se soumette de bon gré à leur autorité, de tenir bon.

Les adultes exigeaient toujours du respect, nous les percevions, spectraux, douaniers mécaniques, à l’autorisation de laquelle nous nous trouvions toujours soumis, feignant, le respect exigé pour obtenir notre dû qu’ils nous concédaient, de leur pouvoir abusif, comme une faveur dont nous serions, nous à qui ils imposèrent la vie, redevables souvent.

Ils erraient, spectraux, chauffeurs, distributeurs, agissaient à la façon de tourniquets, de barrières ou de frontières. Ils faisaient franchir ou non les espaces, ouvraient les portes ou les fermaient, ils conditionnaient les mises en relation sans offrir aucun rapport. Leurs voix, sûrement, tombant de trop haut sans, pour autant, venir d’assez haut, de plus sacré.
Enfant, déjà, je méprisais les adultes, tout ce qui m’excédait en taille et en âge, que je ne perdis jamais, vouant, plus encore que les autres, les vieux que, jadis, j’ignorais être des boommers, avec tout le tragique à quoi je peux les associer.

De quoi me souviens-je encore de ce jadis, de Geoffroy qui changea de classe parce que ses parents redoutaient, à mon côté qu’il n’occupe la première place du classement, sa maison dont je mesure aujourd’hui seulement la folle valeur. Puis, le grand âge. Les planètes disparues, leur compte changé depuis les premiers apprentissages, comme si la terre redevenait plate.
 

11 août 2024

L'écrivain, le culturiste et la fumeuse

Ecrivain pour moi, le mot, son sens progressivement se vida de son sens. D’abord, la gloire et le prestige le composaient. Il se concevait comme un titre et, moi, qui m’en pensait le titulaire par principe, le dédaignerait, geste souverain, lorsque l’on m’en ceindra.

Ecrivain a changé. Breton, jadis, disait émonder la littérature, d’autres, avant lui, employèrent semblable expression. Aujourd’hui l’atteinte touche à l’écrivain, sa fonction, sa position sociale, sa rétribution matérielle et symbolique.

Probablement que moi, aussi, comme d’autres de mon époque fut affecté par cette taille, la balle qui traversa l’écrivain et lui arracha son immortalité.
Soudain, écrivain, ne signifiait plus pour moi voyant, au-dessus de la mêlée, doté d’une âme ou quelque supplément d’être. L’écrivain, devenait, à l’égal du journaliste, un simple chroniqueur du réel, se plaçant, seulement, à une strate plus intime, ne se distinguant que par l’échelle comme la presse locale se différencie de la presse nationale par son périmètre.

Mehdi, plus tôt dans la vie, parce que frustré de ses écrits, déclara mais que vais-je faire si je n’écris pas et moi, des années plus tard, lui rappelant cette phrase tandis qu’il rédigeait sa thèse, tu vois, finalement tu écris, je voulais dire, évidemment, professionnellement, il répondit, sans frustration ni nostalgie non, ce n’était pas pareil. Or, pour moi c’est la même chose.

Je retrouve ce texte non publié, vieux de plusieurs mois : 

Alors, à la suite de mon dernier article — comme je déteste cette terminologie générique et connotée article ; article indéfini — quant à l’écriture anthropologique que Mehdi dispense en séminaire j’ai lu, à défaut, blessure, de n’avoir assisté à sa soutenance — écriture-parole — je trouve un article qu’il écrivît ici : https://journals.openedition.org/cy/7181 qui, de fait, semble mise en oeuvre de l’écriture anthropologique, donc, exemple disponible dont, hélas, je ne peux consulter que le résultat, c’est à dire à quoi ressemble un texte construit selon la méthodologie (formulée en soi ou non, précédant la formalisation détaillée qu’implique un cours) enseignée. 


Lorsque je compris ceci je mettais aussi à mort le poète en moi, à qu(o)i je tenais bien plus qu’au reste puisque le poète, à l’inverse de l’écrivain, signifiait pour moi tout en même temps la jeunesse, qu’alors je plaçais au-dessus de tout, et le corps éthéré, seule dignité charnelle. Le poète disparut tranquillement, sans convulsions, enterré sans faste, jeté dans la benne de tous les kitsch, dans la décharge il se trouve au côté du faux vase Ming en Stuck, du Minitel, de la chaise ridicule de Guermantes et d’une grande armoire sans miroir — au poète refusé même le reflet.

Aujourd’hui, je me fiche de cette qualité d’écrivain.
Bien entendu, lorsque quelqu’un remarque mes écrits, m’en félicite ou s’en émerveille j’éprouve de la joie, sans que celle-ci ne m’importe plus que quelques grisantes minutes. D’autres préoccupations aussitôt s’y substituent.
Et je préfère attraper de justesse mon métro que de recevoir dix éloges. Les critiques, quant à elles, me pèsent peu, si elles durent mon ennui ou mon agacement tiennent bien davantage au temps perdu qu’à la nature du commentaire. Sans attachement, je me débarrasse de la chose jugée, pomme pourrie sur l’étal je jette tout l’étal. Racines arrachées, ni fleurs ni mauvaises herbes ne germeront.

Est-ce à dire que toute ambition littéraire m’a quitté si elle exista jamais ? Je ne pense pas, une recherche continue, oulipienne, numérique, balbutiante, ne s’excipant pas d’une place à trouver dans les pratiques contemporaines, avec arrogance et rage parfois puisque me permettant de disqualifier ce que d’autres peuvent commettre.
Hier près de Hervé-Gabriel, qui par ailleurs écrit bien, je soutenais que, pour moi, aussi bien qu’il écrive, s’il refusait de considérer la profusion technique à notre disposition et les tentatives de nos contemporains, il se contenterait d’écrire de jolies histoires, dans un joli style, avec une jolie syntaxe. Que, donc, ça ne présentait aucun intérêt autre que la distraction, noble objectif à condition d’être celui poursuivi. Pourquoi ? Parce que les écrivains, d’une part, se soucient peu de la pratique des autres arts et particulièrement de celles des plasticiens qui, techniquement et discursivement, leur mettent dix ans, et ce sont des années-lumière, dans les dents.
Or les pratiques artistiques peuvent s’informer mutuellement que l’étanchéité se formant entre les pratiques dévitalise l’art. Ainsi, lorsque les artistes nourrissent de poésie leurs oeuvres, ils l’écrivent naïve et emphatiques, à l’inverse, lorsque écrivains et poètes s’adonnent à des formes plastiques, elles manquent de tenue, de profondeur en somme, dans les deux cas, de culture.
Pour les écrivains, nos bibliothèques ploient déjà sous les textes, sous les mots, que croyant faire croître l’héritage ces écrivains le dévalorisent ajoutant le métal ordinaire ou le plastique coloré au métal précieux.

Pierre Cormary pense, par exemple, que son livre (il prononce livre avec une gravité amusante que ne dépasse que la gravité du possessif mon livre ou, défini, presque Coran, le livre) deviendra meilleur de l’expurger des risques juridiques parce qu’il travaillera davantage or il appelle ici travail ce temps-durée — qui mûrit mais qui aussi pourrit — et cette sécurité.

Il existe, groupe connu, des écrivains ratés selon moi Pierre, original comme en tout, crée la catégorie des grands écrivains ratés. Ne prenant pas la mesure de ce qu’il peut et, même, de ce qu’il fait, sa pratique entière, dès lors qu’il ne la réfléchit pas, c’est à dire dès lors qu’il ne la confronte pas à son idée préétablie de la littérature, transforme, réinvente, bouscule. Hélas, à un certain moment ce doit être un livre, le livre, son livre. Là où commence la banalité.

Voilà ceux aujourd’hui qui sacrifient tout à la littérature qui la pensent leur vie, occupant emploi salarié de semi-oisiveté pour se ménager du temps d’écriture incapables d’affronter la littérature au-delà des mots. Ceux qui prétendent que toute bonne littérature choque, qu’elle échappe à la morale, refusent de la confronter toute entière à la règle. La loi n’étant qu’une morale armée.

Revenant à moi-même, l’écriture constitue encore pour moi un jeu et une joie.
l’inverse d’un supplice ou d’un devoir. S’il existe en moi la nécessité de l’écriture elle ne répond à aucun impératif extérieur à moi-même, ne rend compte à personne. Demeure en moi cette fraction de poète, puisque aussi, j’écris malgré moi, comme le culturiste ou la fumeuse ne peuvent se passer de leur art. Quelque chose encore me dépasse, ni âme, ni talent ; simple agréable habitude. 


 

30 juillet 2024

W.ictoire

J'ai écrit ce texte en vue d'un appel lancé par la revue estuaire, qui, revue de poésie et revue québécoise, me donne l'imagination d'un texte bariolé, excessif, dispersé. Que, surtout et aussi, je voulais rendre grâce à l'une de mes lectures les plus importantes de ces derniers temps : Wittig. 

W.ictoire - Pensée penchée.


une falaise à l’a-plomb sacré

s’élèveront les très saintes statues de grès,

le vent taillade, m’ex-cave.

 

O

tu trouves ta place dans l’espace creux, que tu rem-

plis, tu en occupes l’étendue, ton bassin se confond avec la fonte des neiges, toi lacustre, toi triton en parure de trillions, la peau lamée, ta mue amphibie, ta naissance que j’assiste, maïeuticien et matrone. Souffle retenu, face à ta forme nouvelle et redoutable, je crains cette beauté que je sais ta beauté, toi en pleine gestation, je crains la beauté et j’ignore pourtant la forme que tu choisiras.
Trouverai-je en moi quelque éclat à ta hauteur ?

la peur


Tu bondis hors du lac, tes cuisses jeunes et puissantes te propulsent hors de l’eau,
tu pénètres, la vie, en perçant cette surface, la membrane du risque.
Tu franchis la haie et la herse. Affranchie tu me dépasses, ta course te mène plusieurs centaines de mètres devant moi. Je peine à suivre quand, progressivement, tu montes dans l’air, mes mains se tendent vers le ciel, mes épaules se démettent, chaque articulation se disloque, j’entends en moi, dans le coeur paniqué, un coffre d’acier qu’on force.

Ton envol interrompt la poursuite.

Je ne t’atteins pas

encore.

demeurent en moi d’autres gestes

tu ne me connais pas.

 

+

 

tes muscles inexpérimentés se crispent à l’approche

de mes membres,
tes muscles sont des pythons aux écailles drues, ils étranglent l’étrangère, le colon, le petit-garçon, la vie, prise dans leurs contractions, se cyanose. A ton contact mes vaisseaux sanguins éclatent, hypoderme teinté, turquoise, nous sommes faix de ciel.

Tu me comprimes violemment, ma poitrine, mon sexe, mon cou deviennent toustes ensemble lisses et plat.s
neufveuve à mon tour, ma voix attend de se former, elle patiente, la voix, régressive, tu me renvoies à la première puberté, à l’embranchement, tu dis à partir de là. Oracle halluciné, Choisis. Un syllabaire, notre tableau périodique +, s’amoncellent lèvres, grêle, baisers, triomphes etc.

Le silence défait ton emprise, tu me rends peu à peu le maniement de mes muscles. Déchirés, leur force tarde à me revenir. Mes muscles jouent un air de harpe, tu les admires fines cordes raides, sans vie, une seule note s’élève, rare, ni si, ni fa : Je. Tu ris de ma vigueur de louveteau. Mon appétit endolori, qui de la survie des bêtes ne connait que la lutte filiale, le lait léché sur le museau humide de sa soeur, la louvetelle.


je prémédite le meurtre


D’autres — puinés — se joignent à moi qui toustes se prétendent aînesses.
nous formons un faible cortège, une meute fragile. Nous cherchons, nous cherchons la poche tiède et lourde, l’aréole biseautée, les quatre trayons prêts à rompre. Je mordrai pour mêler au lait qui gicle un peu de ton sang, beaucoup de ton cri.


à l’amble


tes jambes d'un même côté se meuvent, chaque foulée laboure la terre, de petites mottes s’en séparent qui retombent, silencieuses, sur notre procession.
Nos corps, oints, pour le rituel funéraire, nos corps, planches clouées, grincent. La mort loge en nous, le fusil en bandoulière se balance, elle voudrait faire feu, en pleine mue elle aussi.
Nous demandons pardon, que noustes soyons puni•es de tes fautes. Que Dieu nous maudisse, qu’il nous jette en enfer s’il te préserve de l’enfer. A cette condition seule j’accepte-rai ton absence.

 

Dieu, fatiguée.
 

O

brume
libérez-moi, je suis le
cerf axis -
ses cornes se brisent
ce sont
mes cornes -
sur la proie mâle
tu poses ton sabot
tu abaisses ton sabot
la pression de ta gigue
fend les bois ramifiés

légèrement
de la mâle destinée.

Tu nous mènes au point d’eau, tu te désaltères, ta peau luit, ton pelage, ton torse, tes épaules, ensemble nous aveuglent. Craquent ensemble les deux os rares, l’étrier, dans l’oreille moyenne gauche ; l’étrier, dans l’oreille moyenne droite, puis le vomer unique, lame verticale, crête choanale, qui maintient en place la beauté de tes traits. Le détail de ton corps éclairé.

Au-delà du point d’eau, c’est une clairière, au-delà de la clairière, un sous-bois, puis enfin la futaie. Nous ignorons le nom des fleurs et des fonges disposés de chaque côté du chemin.
L’obscurité, croyé-je, nous invite à la fête. Cérémonieuxses, le colvert et la pie, l’enfant de sept ans en chape rouge, le renardeau orphelin, à ce bal que la ténèbre donne, toutes débutant·es.

je marche dans ces forêts claires et denses, dans ces savanes rases
rongeur à l’accul, le masoprédateur me repousse, mulot piégé, l’abdomen déchiqueté sans trace de lutte, une destinée s’accomplit. Sur les parois du terrier, des taches de sang, présent versé aux préhistoriens futurs, elles ne traduisent ni aveu, ni faute. La vie s’y joue, sans vainqueur, sans défait, sans guerre. La vie.

Nous respirons difficilement, c’est l’échinococcose 
le mal inspiré du renard

 

a l v é o n a i r e


tu refuses d’en obérer la prolifération
La vie la plus infime possède à tes yeux son droit à vaincre, tu nous offres, pourvu·es, de nos armes, à toustes le duel martial. Tu respectes à égalité l’enfant, l’adulte, le tellurique et le microscopique.

où-suis je ?

je sens l’urine et la cyprine et le sperme, je m’appelle Séminal∆e, je suis le jet courbe d’un arc-en-ciel
nue, sécrété.

Mes yeux collent, une croûte jaune les maintient mi-clos, mon regard ne s’attarde pas.
Je te renifle, je suis un chien, je suis le renard rusé, je suis le cerf abattu par la femelle en chaleur, par le désir, par sa jalousie, toute sa puYssance dérobée, arquée. Le survivant de la vénerie, l’épervier qui pousse à la faute le Drahthaar à poils durs, témoigne contre moi.

 

rebours-teux.


Me voilà faon, adulte immature et stérile, une méduse transparente rode ; vénéneuse, se prétend de l’ordre végétal, flotte bouquet déchiqueté, plante carnivore, rosier pervers.

mes organes sensoriels croissent sans fin,
l’épithélium -
le rhinarium se détend, se contracte, ton corps volatil se décompose c’est l’odeur oestral, ta toute majesté femelle, je me hérisse, mon ventre mutilé se dresse, tu le déclares universel, tu dédaignes la blessure, tu renies la plaie, tu mâches trois syllabes en une seule, sept sacrements en un geste. Me voilà fertile, tu le déclares, te voilà fertile, nous me cultiverons sur brûlis, sur le souvenir de celles.

 

-aient

 

(au passé, les charnières)


Vaincu·e par la vieille pudeur, je ne parviens à ta hauteur, la scène ancienne se rejoue, mes mains tendues, mes épaules déboitées, je n’ai pas pris un millimètre, malgré toute la douleur, la harpe rend une autre note, une agonie. Tu. Qu’aussitôt une autre corrige, elle y ajoute un e femelle et mortel.

-aient

 

Tu te pares de fruits, de branchages, ton pagne de palmes formé.
Je découvre le feuillage complexe de ta roche, la pegmatite et le mica et le quartz et le feldspath ombrageux, une veine noire traverse, en ligne droite, la pierre, c’est une sombre averse, qu’un animal véloce engloutit avant moi. J’aimerais que mon regard lui crevasse les yeux, j’aimerais toute une voltige de haine, un jet de féroces cannibales lui extorquant mon dû. Voilà qui je suis, celui du refus, celle qui déteste le feu qui monte, celui qui prend en horreur la pierre tombale.

Tu tiens dans ta main une roche, je suis la fluorite que tu effrites, la poudre blanche, les cristaux rayés entre tes doigts, qui me serrent. Tu refermes tes phalanges contre ta paume, m’exilant, prisonnière du bagne.
Tu ne m’abandonnes pas. Je sens ton étreinte. Tu me tiens là, bien près. Etouffante, au pays des jungles et des orpailleurses.
Tu passes tes incisives sur chacun de mes os, tu possèdes le savoir exact des botanistes, les professionnels du démembrement.
En cruauté tu égales ce thanatopracteur, R., qui insufflait dans le corps froid et soulagé, un nouveau souffle de vie, une nouvelle douleur.

J’explore ton corps, la lumière faiblit, je perçois pourtant nettement chacune de tes cellules
je suis phosphorescence, ma nature minérale me sert, partout je te vois, les contours de mon corps t’illuminent et te réfléchissent.

mes molaires veulent
extraire la moelle de tes os, ma langue lécher tes follicules pileux - le contact rêche de ma bouche t’horripile, tes poils nombreux se dressent, mes incisives s’enfoncent. Tu cries.

Ma morsure t’évide, ton plasma, ton sang, ta lymphe, je t’éventre doux coquillage, au goût de sel et de fer, d’algues et de noyade.
Le tissu conjonctif du buccin se déchire, voile de mariée, sa
coque crênelée sous ma dent cède.


Aussitôt, pris·e d’une feinte horreur, je couvre de ma bouche la blessure, au sillon de sang ma salive se mêle. Nous ne faisons qu’un·e.

tu coules en moi, je me fais profonde pour t’accueillir, pour éclairer les recoins me voilà effritée,
la poudre de phosphate, blé pillé au silo, semé, s’enflamme,
je te guide
en assassin
dans l’incendie je trompe
mes récifs te fendent
les ongles, les dents, la pomme d’adam —ce qui en demeure.
Je suis un géant, une ogresse, je te soulève, je te secoue, tu t’écoules, décoction, en moi, jalouxse, un titre de propriété émis sur toute ta surface, tandis qu’enfin tu te reposes, j’appose des scellés tout autour de toi, une poudre de diatomée, cercle rituel, asséchant les mille impétrant.es.

De vils individus se mettent à mon service, je m’allie aux robustes pillards, de notre équipée toi le butin. Le monde doit m’être cédé, j’en exige le tribut, voilà ton prix, à ce qu’on raconte, voilà ton prix, l’étendue qui t’était due, je te la donne après sa prise. Soumis soumettant.

Tu redeviens une forme de vie ancienne, déesse sylvestre, tu exiges de nous les rites sacrés en leur plus rigoureuse cérémonie, les vestales, les rameaux, les brindilles, tu dis de moi Asterales, tu dis de moi Rosaceae, blême, m’approchant, il me semble que je porte comme un mendiant, ma tête roulée entre mes bras.

Une poignée de pihis s’envolent, ils viennent eux aussi, te demander grâce, leur aile unique te supplie, tu formes dans ta salive de jeunes oisillons, leurs compagnes d’eau et de feu.

ton coeur grossit, ton coeur ressemble maintenant à un fruit mûr prêt à éclater.
ton coeur, une lourde statue de bronze que je traîne avec peine
je ne sollicite aucune aide de crainte maintenant
que les conjurés ne te dérobent à moi
je pends les alliés
traîtres en attente


Je pille à ta gloire les mausolées de la Mésopotamie, je brise les masques dorés des pharaons, les reines guérillères, leur héritage, leur livre, le matrimoine acquis de haute lutte, les tissus brodés, la voix enrouée d’un chant mystique, ces reines dont tu dis qu’elles chassèrent à l’arc court les hommes, une maladie vénérienne et velue.

Ils nous ont volé notre Histoire,

gravait notre aïeule te léguant la force démesurée, la victoire, la vibration des chasseuses Mongoles.

Tu reprends et corriges, ici, ta voix devient celle double des possédées, elle parle, elles, toutes tu veux dire, parlent :

Il a inventé ton Histoire

 

avant

que

je
(le liquide)

la voix hantée s’estompe

…le paradis est à l’ombre des épées


Je presse tes akènes, fruits de ta beauté, les grains de ta rousseur un à un se détachent, il faut les déplacer lentement avant de les déposer en moi, un à un, prudemment, dans ce corps, le mien, que ton amour en soc retourne.
Fertile, tu me déclarais, fertile j’accueille ton sang, ta peau blessée d’une ronce noire. Fertile, j’engendre, l’arbre entêté, la fougue raidie du pin, grelottant, gardant en dépit du froid, les aiguilles acérées comme je te garde, épine et blessure, à mon flanc.

une eau pure dégorge de ta peau, de petites étoiles de gel s’y forment, diadèmes pour que ce soir moi je t’égale, diadème pour, en ton absence, face au miroir, jouer à toi. Tu trouveras plus tard le miroir couvert de traces de mains, son verre rongé par le désir, usé plus vite que ma peau frottée à ta peau.

Que personne n’approche d’entre nous•tes, je vocifère, que nul0 n’os.e te sentir, j’aiguise ma jalousie depuis si longtemps qu’elle tranche d’avance.

 

écrase le serpent


J’approche sans honte, mes mains se veinent et durcissent, mains barbares, impudiques-renonçant à la pudeur-e la violence monte en moi, elle monte la violence, charge sabre au clair, rien ne l’arrêtera ja-Mais tu pousses un cri, un cri pri•mal, il me projette, face contre terre, je cache mon visage dans mes bras, croyant que la foudre redoutable me frappera.
Ta lumière écrasante me piétine, je supplie, maintiens ton feu, nourris le de mes os, embrase ma peau qu’elle se contracte chair fossile. Arthropode, scorpion au dard baissé, les armes rendues, le mille-pattes rampant, laissant derrière lui sa trainée de bave, son interminable baiser.

 


sous tes


De larmes, je baigne les bourgeons que je noie avant terme, mon amour trop nombreux avorte, perd les os, il attendrit les pointes, je ne me blesse plus à ton contact, la tige, la fleur se confondent avec tes vertèbres, ton épine dorsale.

 

p i e d s

Je ne peux dire ce qui m’arrive, ce passé d’avant toi, le long cauchemar moi, l’esclave libéré
e

Saccage, tes pas saccadent,
la pente raide mène au volcan, aux organes de feu, j’évite l’âcre fumée, j’écarte le brouillard épais, la crainte qu’il ne te dissimule à ma vue. Je fends le nuage noir, une course folle, tes jeunes jambes deviennent mes jeunes jambes, jument férale, chaque crin coupe-ra. Ton enseignement mis en pratique, bête de trait chevauchant le vent, millimètres par millimètres, mon corps gagne l’espace. hors de terre, je remonte dans l’air une invisible pente.

Tu te tiens au sommet du massif, la lave t’enserre, je rue à ta rencontre pour t’arracher aux braises. Mais le feu t’est inoffensif. Cette lave qui t’entoure te forme et te modèle, tu évolues dans cette chaleur qui ronge la pierre dure. Tu es d’une autre dureté. Ton corps lisse, sans angles, sort du feu, sinueuse, une salamandre me guide jusqu’à toi.

mes mains ploient sous ton poids, soumises à ta puissance, mes mains se rendent paumes pointées vers le ciel, foule-les, daigne leur accorder l’humiliation, le sacre des vaincus, le celte traîné par le char du tyran, déformé par les huées, il pèse de son ancienne gloire, et les silex stériles s’abattent sur lui. Accorde moi les coups, accorde moi les baisers, identique nature du feu pur-gé.

Les autres, je te promets, je les tuerai, jalouxse. Par précaution, je les tuerai toustes, non-nés, foetaux, je les tuerai, tuerai, tuerai, je noierai dans le fleuve les jeunes enfants, quarante nuits et quarante jours, d’apnée, qu’ils verdissent dans le fleuve, leur ventre gonflé de leur propre fantôme. Ma cruauté me fait honte, mon amour, jamais.

Le magma me réduit à ma plus simple expression, amour pur de deux-centimètres et demi-e-s, habitant les ronces, 40 drupéoles, je roule — baie sauvage, esclave des sylves — sous tes molaires, qu’elles me broient, qu’elles me brisent, je supplie l’ébranlement de ta mâchoire, le Rombo dont la vibration compte en milliards ses victimes.

Je roule dans ta gorge, je cogne contre les dents, la glotte vibre, c’est un carillon alors les peuples du fleuve Amazone, les tigres du Bengale, les fauves en cage, les rapaces endormis, les guerrillères et leurs épouxses, s’éveillent. La flèche, le maillet du juge, la chute du frêne tronçonné, tout rentre dans l’ordre, le silence précédant la fête.

Une jeune fille de douze ans monte à la Bimah, devant une assemblée de femmes la jeune fille de douze ans déchiffre un parchemin. Le parchemin couvert de générations de doigts enfantins, et adultes, tous mâles, une transmission héréditaire et occulte. La jeune fille de douze ans, montée à la Bimah, se saisit du parchemin, avec la jeune fille de douze ans. La jeune fille de douze ans soulève le parchemin couvert d’autres doigt. Toutes les femmes rassemblées devant la jeune fille de douze ans en sentent le poids et le sens, toute cette histoire dissimulée, ce poids perçu les allège. La jeune fille de douze ans parcourt, muette une première fois, le long rouleau cryptique. A la Bimah, elle parle, un mélange d’araméen, de perse et d’hébreu. Les hommes, debout, au dernier rang, presque rejetés au-dehors, se taisent, curieux de cette place nouvelle, certains se révoltent, veulent parler d’exil. Le père sourit, les lèvres cousues, le père calme d’un geste tendre, appris la veille, auprès de sa propre mère, les autres hommes. Ce geste succède à la hachure, un lien.

ma vie d’avant toi cesse, tu saisis une paire de ciseaux, tu coupes l’ombilic, ver invisible, lien d’avec mon ancienne naissance, cette malédiction du premier paraître, de la première pâture, le vieil appétit. La plaie fibreuse.



il t’a faite esclave

A mon tour de geais puissante

j.e sectionne de mon bec ton cordon, la cicatrice natale, j.e te marque, symétriquement à ma marque : moi sacrilège qui engendre qui m’engendre.
j.e conserve dans mes mains des poignées de tes cheveux, tu ne me fuis pas, te voilà alanguie, j’ai peur de cette force qui me vient, j’ai peur de mes muscles tendus, j’ai peur de ma voix grave, j’ai peur et ma brutalité ne t’effraie pas. Ma voix gèle, violente, comme un poing rond, une plaque de verglas au milieu du cou.
Ma voix franchit les lèvres, ma langue déroule à la tendresse, son tapis rose et blanc.

dans ton nombril j’enfonce ma langue, ma langue remue, je plonge ma langue dans ton nombril lorsque je retire ma langue la bave brille, se fige et durcit, une pierre se forme en dans le creux. J’enfonce maintenant le doigt, je ne le retire pas, ainsi liées à ton nombril, l’anneau des fiançailles.

Une colonie sacrifie sa vie, l’antophilia meliferia, le nom glorieux de l’abeille domestique, défend ta cellule royale, ton trône d’or.

Ma vie se mesure — ma vie — à ta veine battante, je suis ta sueur·e, les gouttes tièdes et âcres qui collent par mèches tes cheveux entre eux. Tu rues riante fuyarde loin des baisers agiles. Le baiser roule, sphère ricochant, que tu esquives, tu joues une partie de balle au prisonnier avec mon amour. Allègre et féline je ne te touche que si tu le décides.
Puis nous changeons, me voilà marelle, j’accueille ton saut, une jambe ou les deux, successivement ou jointes, je te rêve une foule de jambes, un feu roulant de pieds, que droite et gauche soient droite et gauche d’autres jambes droites et gauches, toujours les tiennes, huit fois la pieuvre octopode.

Tandis que ta fuite fauche les frêles fleurs, je me tords, jalouxse des pétales décimés. Que ne suis-je le chardon bleu, les fleurs minuscules et leurs fruits immatures, les baies jeunes que saisissent les colibris. Tu es pareille à eux, ils se jettent sans pitié sur les insectes, ils n’en font qu’une bouchée, dédaignant le reste. Moi réséda-el.

Tes pas me fauchent, tu as l’appétit des moissons, me voilà scille à deux feuilles que la faucille vainc. La jeune Jeanne de France, ignoreuse de son destin, vacille à notre rencontre, sombre, la plante de ses pieds, elle foule depuis ce matin le vignoble de Bourgogne, les plants brûlés de soleil et de fer, tu l’accompagnes parce qu’en sainteté, tu la précèdes et la prolonges. Vous êtes belles toutes deux, vous emplissez vos bouches de raisins noirs, ils éclatent, vos gencives se colorent du jus sombre comme le sang hérétique. Je les découvre sur une photographie, vous souriez ensemble, avant la grêle de feu. J’ai prié pour cet incendie comme on prie en temps de sécheresse pour l’averse. J’ai prié pour le bûcher comme on appelle le sauveur.

Je ne suis le fruit que de la serre, le tubercule honteux des sous-sols gelés, je perce avec douleur l’écorce du monde, je t’atteins bien après les autres, bien après la vie, un voyage qui se compte en années-lumière. Arrivé/e à maturité, tu me désignes le soleil vrai, je ne comprends le sens secret de ton geste. Je m’incline. Tu voulais dire nous.

Tu me rappelles l’ortie de mon enfance. La plante brûlante saisie à pleines mains, preuve de mon manque de sagesse, je connaissais bien l’amour et ses tourments. J’enfonce l’ortie brûlante

 

L'ortie est riche en flavonoïdes, en fer,

en calcium, en potassium, en magnésium

ainsi qu'en vitamine A et C.

Les racines contiennent des phytostérols.

 

son poison seul m’importe,

 

il se diffuse en moi, une méduse intranquille remue sa flagelle, frappe, frappe encore, je ne recrache pas l’ortie, une perle en moi sessile sous-marine, bijou noir et maudit, gonfle au niveau de la trachée.

Tu chevauches et me sèmes, tu fractionnes ta course que tu divises en galops et en haltes, sans jamais te retourner, je te suis sans repos. quand la distance se fait trop grande
tu me demandes de m’accrocher à toi, sans attendre ma réponse, tu t’élances, tes cheveux se détachent dès l’élan, l’élastique qui les liait glisse dans mes mains, je le conserve dans ma chute — qui dure aujourd’hui encore, à l’aplomb de toi, je vis à mi-pente.

 

Mes paumes sont contre tes paumes

— un détail
 

Je m’agrippe où je peux, le tactel se déchire sous mes ongles, je sens ta peau filer, se coincer sous la pliure des phalanges,
tu es d’un métal tendre
mon sang te corrode.

Ton système nerveux central me commande
digestion, respiration, les actions mécaniques et vitales t’appartiennent, jusqu’au plus infime de moi tu régis.
A ce degré d’intime. Tu peux faire ce que tu veux.

Mon foie, rouge sombre, sa parure d’oraison, t’engloutirait dans sa funeste prémisse, il me le promet, si tu te montrais indigne des vendanges promises, la fête du feu.
Tu sens le danger.

Tu refuses, tu te cabres, tu reprends ton pouvoir, moi la vague étalée sur la grève, chef.fe de marée qu’une vague menace. déjà.
Or, je me souviens, enfoncé·e dans le sable, la gorge arrondie par la vie d’avant hantée, encore, toujours ce fruit. Tu plonges ta main dans ma bouche pour y prélever le mal fruit, tu plonges avec des poignées d’un sable fin, blond, blés rasés de trop frais.
Mâle, nous sommes une occlusion.

Tu venais pour noustes et moi-même je m’élisais.
Tu m’évadais de ma prison, ce cloaque où moi, plant pourri, attendais la grêle, les ravages, une mauvaise récolte d’homme. Ils passaient parfois, la bouche fendue, dure veinée cruelle.

Mon coeur bat à dépasser la vitesse du son, tu enjambes les obstacles, tu es un centaure, ta queue d’animal balaie la forêt, je distingue ton prénom dans la cavalcade, ta moitié bestiale rugit quand l’eau retenue par le frêne s’abat, un cri, sur ton crin animal.

Une brûlure s’étend, elle est une tache prolixe, je m’écoule à nouveau, j’éclate, je suis la vigne vendangée, le fils du massacre, la cicatrice brûle, ortie enfantine. Les leucocytes triomphants comptent leurs morts. Une procession blanche s’écoule, purulente ou séminale.

Reviennent en mémoire les terres désolées d’avant toi, l’obsédante démangeaison dont je sus plus tard, qu’elle signifiait ton absence, mon passé, mon histoire, ce prurit ma vie avant toi, une vaine contrée peuplée d’errants nus, voûtés, immobiles, ils tendaient leurs mains vieilles et vertes sous le ciel incolore, sans espoir, mûs par l’habitude : le néant, je suivais la coutume, je tendais mes mains vieilles et vertes sans pouvoir dire je, moi qui ne portais aucun nom avant que ta bouche ne détruise le silence qui m’unissait au monde. De toi, je suis né%e tant de fois.

 

 

Noustes étions la défaite même.


le plus vieux d’entre nous, ses cheveux rares et blancs, raide plutôt que droit, se plantait là, son corps une hampe où se nouait le drapeau blanc. Porte-faix de notre ha(ha)courage.
Tu brisas le mât sans attenter à l’homme. Ce malgré-lui, tu l’épargnais, ainsi tu nommais tous les hommes. Puis tu passais leurs corps à la chaux, effaçant le malgré, créant le luit.

Tu épandis une poussière d’étoiles qui elles-même répandaient d’autres étoiles, toutes glorieuses. Le clairon de ta présence. A ta suite, Noustes renonçâmes à notre sexe.
eau bénite la chaux.

Je demeure incrédule, ton geste

me tira du néant,

sans effort.

Ce passé n’est pas un

cauchemar, ni ce

présent un rêve.

Noustes, aux main·tes, vert·es, les haillons, nous fai·e en restes humains, reliques de riens sacrés, nous, reliefs d’un repas bafoué par des dieux mineurs, eux,
dieux déchus de ne t’avoir connu·e.


Je te poursuis, je m’accroche à ta croupe, cavalière amazone à cru, les pins s’écartent solennels, le saule est un chêne millénaire qui pour toi mît genou à terre, la forêt ploie à ton approche, j’imite le rite sylvestre, la sévère vérité des frênes ancestraux, l’éternelle jeunesse de l’acacia, je sens le bois, les forêts, je sens les animaux somnambules, les rapaces nocturnes, la reptation des rongeurs, campagnols agrestes et genette violente. Toute la vie autour de toi te célèbre, toi ma toute lumière, le halo de la sainte, seule Raison valable.

 

Dans le champ que tu parcours désormais, tu me vois au coeur des graminées, c’est moi à l’aisselle des feuilles, moi dans les talles creuses, je foisonne. Comme promis, je deviens tout ce que tu pourras fouler, piétiner, dérober. Frotte ma peau qu’elle t’exauce, use ma peau, qui tranche et taille, toujours aiguisée, ruminants et bipèdes.


tu vis en moi bien après ta mort, mes mains te conserveront bien nette et bien pure, mon amour, après ma propre mort te gardera intacte, mon amour te transmettra.

20 juillet 2024

A.

Ces dernières nuits, plusieurs rêves dans lesquelles Amel, ma cadette de 12 ans, jouait un rôle. Le premier, plus amusant, me voyait lui offrir ou lui promettre, les deux notions se confondaient dans mon esprit alors et provoquaient des réactions semblables, un MacBook lié à mon obsession régulière pour les produits Apple et cet amour infini que j’éprouve pour ma petite soeur.
Dans le second une catastrophe mortelle se produisait, un avion allait s’écraser, une bombe d’ampleur exploser, quelque chose, encore comme dans les rêves, imprécis comme objet, certain dans ses effets. J’avais trouvé, avec d’autres, refuge dans les sous-sols de la Grande Epicerie qui proposait un abri de fortune, une chance. Hélas, comme dans toutes ces situations, l’espace ne comprenait qu’un nombre de places limitées, j’ignore qui réglementait l’accès à l’abri, la règle semblait tout de même inflexible. Amel se trouvait au-dehors de l’abri et ne pouvait y entrer à ma plus grande horreur. Je voulais lui céder ma place ce qu’elle accueillait, évidemment, avec les réticences usuelles et sincères lorsque notre survie se fait aux dépens de notre famille. J’insistai, arguant de ce que moi, de toutes façons je n’aime pas la vie. Que, donc, il ne s’agit pas, en soi, d’une perte effroyable pour moi, que la logique et la morale même commandent cette substitution. Je rêve souvent de ce rapport que j’entretiens avec la mort, cette indifférence que j’éprouve envers la vie, qui, ici, se matérialisait et se motivait. Ce détachement servait une action bienfaisante, je pouvais offrir la vie sans me priver de rien à mes yeux précieux. Je ne dirai pas, non plus, que je m’offrais à la mort, le coeur léger, je me réveillai, preuve en est, le coeur serré, comme celui d’un condamné résigné ou d’un saint martyre, acceptant son sort, le trouvant juste et équitable, ne réprimant, pourtant, au moment du dernier soupir, un cri semblable à celui du Christ. Ainsi, dans mon rêve, je me sacrifiais ou voulais me sacrifier pour ma petite soeur, si ce demeure sous le régime de l’hypothèse c’est que dans ce rêve, la règle ne permettait peut-être pas ces substitutions, je me souviens approximativement d’une négociation entretenue avec celle-ci, règle, peu incarnée, autorité flottante. Personne, dans le rêve, ne se révoltait contre la règle. Moi-même, je l’acceptais me contentant de négocier avec elle, pour en rendre l’application la plus conforme à mon éthique.
Dans ce rêve, donc, parce que, j’éprouve en réalité et le formulais dans le rêve, cette indifférence à la vie, je considérais juste et normal, de céder ma place dans l’existence à ma petite soeur, regrettant, uniquement, de lui léguer, si elle en prenait connaissance, le poids nouveau qu’elle jugerait sacrifice quand il ne s’agissait, pour moi, que de la perpétuation logique de moi-même. L’exercice tranquille de ma subjectivité. 

Ma petite soeur, pour moi, demeure la plus belle, la plus gentille, la plus intelligente, la plus admirable. Jeanne parle souvent de son frère, de 18 ans son cadet, en des termes similaires. J’éprouve pour elle une affection sans bornes qui s’étend au-delà de la raison, qu’aucun raisonnement ne pourrait corrompre. Sans aucun doute, si cette situation onirique, pour des motivations semblables à celles du rêve, survenait, j’agirais de la même façon.  

13 juillet 2024

non.

Je n'oubli-
e. 
pas

15 juin 2024

V.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

:«",.:/+—'!?-"» 

si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.

 

POUR LIRE LE TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE

 

 

V

 

D. L’alcool, D., s’y consolait quand la disparition, donc, quand faillir, gagnait sur lui. Ici, ça gagnait, par lui failli. Tout fait disparition, qu’il pourrait, comptabilisant, souffrir tout à fait. S., qu’il voudrait, S. ici. S. qui voudrait M. ici. M. aux souhaits inconnus.
Alors…
Un fait tout clair, M.-S. disparus, vivants puis aussitôt mis à la croix. Ils, M-S volant loin, hors-lui. Lui, tout mû par la conjugaison d’antan, il avait appris avant l’oubli, avant…Tout pour lui…avant.
M-S. Lui, D., autant. Loin, division.
Ca pointait dans D., ça pontait tout grand dans D., un truc tout à fait scandalisant. Un truc qui allait au mourir, au lac profond du mourir nourri.

Alors.
Au crucifix D. vissait M.
D. vissait M. au crucifix criant par là, profusion du cri, son souhait jamais tout à fait satisfait, du nourrir.

D. parvînt, au jour dit, par la pulsion du Wisigoth qu’il cachait, un Wisigoth qu’il cachait dans son profond, à s’accomplir, du moins, s’accomplir par fraction. D. quittant pour l’occasion la dissimulation par quoi lui toujours pris, auparavant.
Voilà sa façon :
M. balançant, aux  points cardinaux d’un crucifix, s’atrophiait.
Dans son fil du soi, Il (D.) imaginait son (M.) poumon, poumon d’un M., palpitant, dans sa main à lui, D., son pouvoir total, sans compromis qu’il appliquait sur M., sur tout M. sur tout M. dans sa giga-profusion à lui M. D., appliquait son pouvoir.
. Alors…
Il miniaturisa M., plaça M., droit dans lui, droit, abandonnant là S - la S.
Abandonnant S. à sa disparition, là à son glouglou marin à quoi S. n'aura, luttant ou pas, nul choix, laissant S ou plus, plus ou plus privatif du oud, du fou.
D. du divin choix, parrain du vouloir, lui brisant, lui moulant, lui malaxant pour la formation du plaisir, du plus tard, un futur.
Il miniaturisa, donc, M. pour son plaisir, forant dans M. jusqu’à plus faim, jusqu’à plus soif.
Au bout, Jusqu’au bout, au boutoir, au bruit, au choc, quand ça cognait, quand ça cognait mais au futur. Son fond. Jusqu’à l’accul, jusqu’à l’hurlant, corps hurlant son corps hurlant où M. hurlant autant dira aussi un mot aimant, un mot qui l’aurait, ouï nourrisson, fait sauf.

Il conspua mal à son imagination, à la vision visant un M. aux bras vaincus, poils bruns du pubis, soumis sous son faix, son faix au puissant D. bandant dru, bandant dur.

D. bandait, jubilant, quand son imagination, au fil qu’aiguisait son whisky,, ouvrait M. à son mitan, divisait M., à partir du scrotum, M. pliant, D.coupant, M., pour parcourir son corps, corps signant toujours M., passant, son imagination, sa pulsion s’aiguisant, par la chair. Tout chair, ici, alors, la chair, puis son corps.
Puis, plus bas, sostiçant, un mont gras, un mont gras à l’aval du pubis, nombril voûtant son plaisir promis, un turban gras son nombril, dont il voulait couvrir, D., son occiput. Fascination, il priait, divinisant son nombril, il priait surpris voyant là un moignon d’amour, prouvant l’amour, un amour, jadis, qui unissait avant qu’il, l’amour, brisa chacun, laissant, pour son plaisir, son plaisir, D., il voit l’autour par son plaisir aujourd’hui, pour toujours, à l’instant, l’amour jadis pour qu’advînt son plaisir, pour un amas gras, dur.

Voilà qu’il, D., bandait, soumis, D., aux pulsations du flottant M. Pourtant, M., ignorait tout alors. Il, M., n’imaginait pas son corps jouant dans la prison où D. souhaitait jouir. Il poursuivait son allant, M., tout gai, sous S., il jouissait, M.,
La vision continuait, la vision, poursuivait son M.artyr, jusqu’au cou, avant la prononciation du mot jouir, jouir sans jouir, loin du slogan.
Il pourra. D., jouir, dans un pays plus tard. Il couvait, D., dans lui, un fard obscurci, pour l’attirail mis à disposition pour l’inquisition, il ignorait d’où il origina, d’où compliqua jusqu’au plus pur, son plaisir futur, pour lors tu.
Mal, du mal, il clamait du mal, il souhaitait un doigt, sacrifiant M., un doigt sacrifiant un doigt, un potlach-doigts, il voulait sanglant son rapport, il voulait ça dur, il voulait ça trop, il voulait mal, un mal couvrant sa chair qui sa chair ainsi lui offrirait, son soi vivant, son soi toujours s’immobilisant, à l’a-pic, brûlant qu’il voulût toujours saisir…toujours vain, son choix. Jusqu’à M, son apparition, l’apparition, M. qui vînt, foudroyant, cassant son travail, son installation dans son bocal qu’il nomma, abusant, tout durant tant. Il voudra, voilà son souhait, souhait qui naquît aujourd’hui, qui, plutôt, apparu aujourd’hui, qui brûlait pourtant, dans un coin jamais parcouru, dans nos bourgs, nos bourgs du-dans soi, mal ou jamais mis à l’habitat par son soi total, par son vouloir, son vouloir-vrai. Voilà son choix, aujourd’hui, D., voilà où il aura sa participation.

D.sir. Voilà, qu’il parvînt, à son nom figurant, son nom, son nom vrai, un nom sanglant, diront-ils, un nom canon, qui tonnant, supprima, tout son lointain avant, un avant où il vivait traquant, croyant lui traquant, toujours pourtant, lui, poursuivi. Voilà D.sir, claquant, lointain voisin, du lui d’antan. Il maudira son illusion, l’illusion du jadis, son faux plaisir, tirant son faux plaisir, d’un corps, toujours, abstrait, qu’il convoitait sans passion. Parfois, bornant son plaisir aux contours d’illusions, D., participait, distant, un bois sans loups, sans provisions, sans fruits. 
Il jouit, son maillot au corps, tout collant, blanc, gluant. D.sir. 

Qui tînt ou tinta sur un fin if.

15 juin 2024

IV.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

:«",.:/+—'!?-"» 

si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.

 

TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE ET ALPHABETIQUE

 

IV

Couillon, l’autre quelle bizarrerie, en sollicitant sa langue pour articuler cette phrase à Sylvie qui, Sylvie, trouve à son interlocuteur un charme brisé, en son milieu : une fente, une plaie qu’elle ne nomme pas ou seulement après quelques circonvolutions qui ne touchent jamais le nom, ne parviennent jamais après le surnom. Il, lui, projeté, silence brutal, Sylvie s’étonne, ainsi muette, marquée par cette aphonie.

Crains-moi, voilà qu’il parle comme ça, ça lui échappe, elle ne saisit pourquoi, cette phrase qu’il prononce, sous laquelle il s’efface, comme la proie traquée, parmi la fuite efface ses traces, comme la bête blessée, crée une fausse piste pour égarer le chasseur. C’est elle la chasseuse, titre qu’elle elle aime et qui l’angoisse,a la responsabilité qu’il implique. Comment, ce titre, la change, comment elle bascule, Sylvie, au coeur, en force, comme on entre, cette puissance, en religion, baptisée, sous la crosse vacillante que le prêtre agite en même temps que l’encensoir. Elle sent, Sylvie, la messe et la noyée, cette eau sainte mélangée à l’eau pleurale. 

 

Sylvie, elle lui trouve toujours encore, le charme brisé, en son milieu une fente, sa part féminine, qu’elle retient — l’énonciation — sans prononcer, craignant que lui se vexe, elle, Sylvie, connaît, ou soupçonne, la susceptibilité propre aux hommes, cette longue cicatrice sineuse qui couvre leurs corps, qui commence à l’érection ou à son échec.
Lui, une plaie au milieu, une plaie, qu’elle nommerait bien souvenir si il pouvait y agréer, passé commun, involontaire, un mythe lu il y a longtemps sans s’apercevoir alors, qu’il les racontait, biographisée par le sable ancestral et par lui éparpillé, jusqu’à la.
Quelque chose s’ouvre entre eux, elle s’en assure, grâce au langage muet, celui facile pour elle à lire, grâce au pouvoir hérité, toute une généalogie, une chute générationnelle, elle recueille maintenant le sort, legs le plus précieux, celui qui lui permet, cette effraction sans haine, sans violence, sans meurtre.
Elle se vit — se vît — écartelée, comme si une brasse puissante la séparait en son centre, toujours, ce centre, mobile, lui ses bras l’ouvrant, une noix entre ses crocs acérés et brillants.
Pourtant. « »
Elle bute Sylvie, sur le silence épaissi, le nom, son nom à lui, qu’elle pensait, Sylvie, chérir, maintenant puis, longtemps, qu’elle appareillait au stupre, ce mot coupable comme une hostie mouillée par le sang projeté par l’animal rituellement égorgé, son sang clapote, le sang animal, son sang, à lui, inhumain et veau. En stupre, nouveau nom, pivoté par le mouvement, celui, le mouvement, une bille, circulaire, elle roule à l’intérieur et s’épaissit à chaque centimètre parcouru, amasse, la bille, toute sa vie à quoi s’ajouterait peut-être la sienne, En Stupre. Jeanne, c’est Jeanne l’ami celle, une autre vie, un antan qui conspuait ce mot lorsque J., le lointain J., l’imprécis J., l’incontinué ici sevré, l’employait pour elle qu’elle voyait, comme pourcelle, contre elle, qu’elle voyait le mot humiliant, rejetant le plaisir, cette forme que trouve le plaisir lorsqu’il alanguit les êtres, qu’ils sentent le sperme, la glotte, le vomi.
Elle, Sylvie, pense à nouveau à lui, le prénom, son prénom cabré, pris par l’aphasie, après, pourtant ce mélange presque-séminal, un enfant prêt à naître, sautant, enfant né par leurs lèvres, la fente qui sépare et rassemble.
Alors pourquoi, l’abstinence subite, une petite mort avant la petite mort usuelle et officielle, la petite mort ahanante, sa sueur, les larmes, toute une vie, une vallée gorgée jusqu’à…jusqu’à elle ne peut mesurer. Pourtant, ici, tout semble s’arrêter, tout semble s’arrêter, avant, juste avant, au point imminent, nommera-t-elle ainsi la relation naissante à ce point interrompu ? Pourtant, ça monte, ça continue, malgré le nom entré en brume, cette stase semblable à la peur, oui, voilà, c’est bien la peur, qu’elle commence, elle, avec son pouvoir nouveau, son titre, elle chasseuse, noblesse oblige, mener la battue. Pour lui le retrouver, lui qui prît la fuite, son nom, à lui, qui prît la fuite, parce que Sylvie se tourne vers sa gauche, elle le trouve, encore là, le visage mat, l’oeil certain, en lui aussi brille une antiquité, un pouvoir muet qu’elle saura, elle en est sûre, tout à l’heure ou bientôt, l’origine et le territoire. 

 

15 juin 2024

III.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

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si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.

 

TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE ET ALPHABETIQUE

 

 

III

 

 

Brièvement, Mehdi ne peut retenir son regard jeté, son regard, derrière lui, par delà son épaule, après la parole en l’air, prétendue en l’air, de Denis, qui flotte, il semble s’être passé une révolution en eux, tous, sans la prévoir, une mise en branle.
Lui, Denis, étranger à la rixe verbale jouée, intervenant parfois, rappelant qu’il demeurait le maître des lieux, par brèves intrusions qui n’en étaient pas moins autant de tentatives de se lier. Pressentiment, le sien, pressentiment de Denis de pouvoir se faire trembler lui-même, d’où l’aveu, la brutalité de l’aveu qui le dépasse, il devra vivre en ses parages, sous son ombre ou sa lumière. Le regard vers Mehdi, qu’il a remarqué depuis bien longtemps, Mehdi, assis dans l’ombre, pareil à un poème. Il saisit le désir qui le saisît, il partage, entre, à rebours, dans le dialogue, un peu plus avant dans le dialogue, le désir partagé, entre eux trois, dont lui, le reste, lui pourtant, selon les usages, là, le seul à ne pas être débiteur. Denis, ne peut noter sur un registre de quelque sorte les dettes établies, il diminuerait se faisant, le grand en gestation. En lui, un germe, un nom, qu’il doit se trouver, un nom transitoire, un pont à enjamber, le désir brûle en lui, le désir le tord, enroule ses intestins douloureusement, si fort et étroit, qu’il sent une barre de métal dans son ventre, il sent les replis, le détail fragmentaire de sa biologie, le sang pulsé qui traverse la paroi gardienne, tout se divise et se sublime dans sa tête. Un mot, un mot, retenu depuis tant d’années qui semblaient les années agglutinées ainsi, toute une vie en attente.

Il retrouve la faim, par là, il pense, surtout la peur, les deux qui depuis petit en son esprit se mélangent, ne forment qu’un. La faim qui enfant l’horrifiait devant les images télévisées, les ventres gonflés des enfants noirs et poussiéreux, les diptères énormes qui leur tournaient autour, qui se posaient sur leurs visages, sans qu’ils, les enfants, ne les balaient, il ignorait pourquoi, et personne ne répondait à la question de Denis. Pourquoi les enfants noirs et poussiéreux admettaient aussi passivement l’obsédant bourdonnement ? Seuls, pour lui, les ruminants se laissaient ainsi déranger sans protester, seuls, les animaux, soumis ou idiots, il ne se souvient de ses pensées d’alors, admettent le vol rébarbatif.
Denis doit d’être entré dans les métiers de la restauration, pour s’assurer de ne jamais avoir faim, de ne jamais, se retrouver le ventre gonflé par la mort, une mort prête à rompre le ventre, à sortir, que les enfants là-bas, devaient vêler la mort. Il y repense, Denis, maintenant, sans saisir pourquoi il se trouve saisit. Or, il l’est, il l’est intensément, un petit nombre d’ombres flotte dans le bar, il sort son téléphone portable pour vérifier l’heure, l’heure de fermeture se trouve loin. Mais il ferme quand il le veut. Son désir, règne, il ne transigera pas, moins toujours aujourd’hui, d’entre son désir et le monde. Alors il leur dit, à tous, de quitter les lieux, de débarrasser son bar et vite. Maintenant il se prend de goût pour la vitesse. Il regrette de les avoir laissé filer les deux tout à l’heure, il aimerait les rattraper, il aimerait faire vrombir le moteur de sa moto, remisée, la moto, au fond du garage, à réparer, le à toujours signe vers le non-agir. Denis Sisyphe, il se désigne ainsi, en virant de son bar les tardifs buveurs, leurs visages de grisailles l’insupportent, tout désormais lui paraît insupportable, il tourne Denis agît par le verbe jailli d’un baiser, au début était le baiser, il voudrait utiliser la joie nouvelle, la joie dissimulée longtemps en lui-même, dans l’Atlantide intime, Denis Noyé, il ne parvient pas à tenir sur un nom, sur une identité, il se divise un imbroglio d’organes, sans fin. Putain, je suis pédé. Il le dit à haute voix, il s’indiffère du départ des traînards, personne ne prête attention à son exploit verbal, qu’il juge exploit verbal. Denis Exploit. De l’oeil de petites larmes se forment, elles gonflent, sans que la rage ou la frustration ne les emplisse, elles se gorgent de lui, à la fois sève et intrants, lui même s’élevant. Mehdi et Sylvie, il se souvient, Denis Noyé, leurs deux noms, il retrouve, par le noyé, bien involontairement, dans les parages de leurs bavardages, leurs brumes règnent maîtresses, autour de lui, ne l’inféodent à rien, le libèrent, les deux noms, des vapeurs. Pourquoi, le pourquoi envers quoi il élevait sa protestation pensant à son gamin. Pourquoi ? Pourquoi, il les traque, il se demande s’ils ne laissèrent pas le moindre relief d’eux, n’importe quoi qui lui permettraient de remonter une piste ou de se donner l’illusion de le pouvoir, lui, sans quoi, sans quoi Denis Noyé, son aveu, toute sa vie tenue dans les deux mots, dans les deux larmes, sera pour rien rayée nette à la tombée du rideau métallique…Il ne peut se le permettre, il sait qu’il ne peut se le permettre. Il rue dehors, il rue puis se ravise, il sort de son jean le badge magnétique qui lui permet de fermer rapidement le bar, malgré la révolution intérieure il redoute les voleurs, il pèse toujours, il le déplore, d’un merde, sifflé entre les dents, sa vie matérielle, l’après, il n’est pas jeune homme de vingt ans ou de seize qui jetterait présent et futur au feu pour la gloire de sa vie. Le rideau au lourd tombé s’abat, lenteur d’un bourreau aux paupières liées de sommeil, Denis Noyé perd là de son influx en perdant la spontanéité du geste, en brisant la fluidité d’un mouvement. Par là, la honte entre, elle entre et son entrée est violente, elle ne laisse pas en paix, ne propose nulle amnistie. Il regrette Denis Noyé, quand le rideau déroulé jusqu’en bas heurte le sol. Le voilà démuni, si près de quelle proximité il ne le sait et voilà bien tout l’enjeu, tout le problème. Dépité. Il se trouve dépité. Il dit à haute-voix, pitoyable, puis la voix haute s’éteint, qu’imaginais-tu, que toute ta vie trouverait là sa métamorphose ? Il le dit avec d’autres mots que les mots rédigés, mots qui traduisent sa pensée, elle, la pensée, retraduite, hors Atlantide. 


Il se perd.

15 juin 2024

II.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

:«",.:/+—'!?-"» 

si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.
 

TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE ET ALPHABETIQUE

II

 

Ah, Mehdi se demande à ce qui lui à prend à elle, elle qui s’invite dans sa vie, avec violence et démesure, pour finir par dans le même claquement de langue, le commander et l’injurier. Il se dit ça en même temps qu’il tangue encore au comptoir, hésitant à la suivre, pensant tout de même, à cette promesse violente que sa langue à elle formule, ce qu’il entend, pressent, de cette injure finale exclamée. Ça lui donne à Mehdi, le souhaite tonitruant de sentir autour de son cou sa main à elle, Sylvie, son nom qu’elle lui lance, une griffe, flotte parmi les alcools réfractés, ses doigts, à elle, Sylvie, couverts d’éclats, d’argent coupants comme les vents d’une lointaine Russie. Il dessoule, à l’idée de ce que Sylvie, pourrait le marquer, il ignore ce que ça lui fait cette idée des marques, s’il se sent asservi à cette idée, si cette idée l’excite ou si l’idée, cette question, le plonge dans un état de méditation dont il ne peut connaître le terme à cause de son alcoolémie. La pensée, le désir, tout ça se disperse, devient, choses qui ne se saisissent pas, une fumée, sa pensée, elle se dissipe chaque fois qu’il tente de la saisir, la pensée, tourne sur elle-même, vaine et sans fin.

Il sent, la main antérieure, icelle dans les poils du visage, mêlés, ses doigts à elle, dans le gras du repas, elle s’enfonce, il a l’impression que c’est jusque dans sa vie qu’elle enfonce sa main, qu’elle enfonce, elle Sylvie, sa vie, dans sa vie à lui. Ça l’étonne. Parce qu’il cherche sur le comptoir, c’est à dire maintenant presque tous les jours de sa vie, son étiolement, l’effacement de sa personne, une transparence de vodka délavée.
L’alcool, il le vit comme ça, lui occulte toute profondeur, une serpe qui émonde toute épaisseur, l’étend, lui Meeeeehdiiiiii surface, simplifié à un plan unique. Réduit de la sorte, de cette tentative de réduction métaphorique, il s’imagine vivre traversé et transpercé uniquement traversé et transpercé, tout attouchement, déjà passage vers au-delà. Rien. Le vide ultérieur, comme il se nomme lui-même, il ne peut-être rencontré puisqu’on le dépasse aussitôt. Il n’existe plus de point de jonction entre lui, le monde et la relation qui les fait.

Elle, pourtant, Sylvie, le prolonge dès lors qu’elle l’atteint et le perce, sa main à elle, creusant en lui, dans ce vide ultérieur, un sillon, une profondeur, un accul. Ici, elle pénètre, il s’étonne lui Mehdi de la promptitude, de ce mouvement, de ce qui en lui ne résiste pas à cette poussée dans le vide, il s’étonne de ce détournement des civilités, de ce geste de l’infra, de la préhistoire, sa main, à elle, Sylvie qui se précise et se précisant en lui le précise lui-même, le triangule. Il existe.

Une serpe, encore cette image de la serpe, la sensation sur son visage, de sa main à elle d’une serpe, sa forme de lune fendue, qui passe sur son visage à lui, le grillage noir et complexe du visage haché par cette serpe ; une serpe, celle d’une eau non triée, cristaux purs et ronds, il le comprend, faite de larmes, les siennes, à lui.

Sylvie et Mehdi n’échangent pas encore de paroles autres que l’introduction de Sylvie, ils se réservent ça pour plus tard, pour quand le temps viendra, ils se laissent, toutes deux, couler, dans le moment, celui deux cours d’eaux hésitants entre tous leurs isthmes, celui, le cours, luttant contre son destin d’aval, regrettant son passé sinueux, destiné en ce temps, à tout les alors, où s’égaillaient les vies microscopiques, la plupart demeurées sans descendance, ni postérité. Celui, le cours d’eau, sa descente tonitruante, son emportement de torrent, d’étouffement, son esquive des caves miasmatiques des lacs ruisselants d’une vie parasite, celui le cours d’eau au repos, amoncelé, empilant tendrement sa force sur sa force. Ils hésitent, eux deux, non séparés, perforant chacun leurs vides, à la forme de leur union, quel mélange et dans quelles proportions, quel goût ça va avoir.

Mehdi, se dit que ce miracle n’existe que dans cet interstice des alcools du trop vite, du trop tard — de la perte des repères — que, tout à l’heure, trop vite, ça aussi, l’essentiel en sera dissout, qu’il n’en restera que le maugréement limoneux, un rejet de glaise gluante sur les rives.
Il en est, encore, lui, à cette main posée, celle de Sylvie, contre son visage, qui danse, sur sa figure, un air de harpe, elle joue ici, entre les notes graves de ce dîner qui ne se fond dans l’estomac que sous les hautes chaleurs, la fournaise des alcools Celsius.

Alors, Mehdi veut parler, il s’apprête à répondre à la proposition Viens de Sylvie, celle, qui lui conserve, à elle, Sylvie, du pouvoir parce que le primat, ce terme générique, de, elle, celle qui oriente et note.

Le mot de délicatesse excessive, dont elle le couvrait tout à l’heure, en tel décalage avec tout ce qu’il profère ici par son vêtement, son visage, tâchée sa chemise, et ses ongles en deuil, ce mot des élégances surannées et maladroites, à quoi elle associe, Sylvie, un commandement renversé, le féminin l’emporte.

Connaissent-ils quoi que ce soit de l’autre sinon cette intuition, ce parfum de chien et de chienne qu’ils dégagent, qui dilate les naseaux, je ne sais quelle odeur d’archives, une odeur de jeux aquatiques, de sel marin, une odeur rongée d’os rongé, de poussières et de viande décomposée. Il y a du sauvage qui ici éclôt, qui échappe, et si ceci échappe, c’est à eux deux, communs. Quelque chose dont lui Mehdi est le plus familier, ça lui évoque, quelque chose, une ancienne grâce, la sienne, ce qui reste sûrement et qui attira Sylvie à ce moment là, le vieux éclat, ces aristocraties, aux armoiries englouties sous les lierres, que n’égalent aucun travail, aucune charrue, aucun ministère.

Ca lui évoque aussi, les chaussettes qu’il enfilait prudemment à quatre heures du matin, quittant, clandestin discret, la couche d’une femme, il ne porte plus, comme plus jeune, souvenirs et regrets, le filin d’argent à son poignet où pendait les amours perdus c’est à dire tous comme il le signalait, Mehdi, à chaque amour recommencé, mot qu’il adressait avant tout à lui-même puis, peut-être, à la providence, pour la défier, elle, de faire ou non prospérer cette étreinte au-delà de cet instant.

Celui, instant, étiré parfois, dans son meuglement, jusqu’à ce que Mehdi manque le rendez-vous puis, la même litanie, celle connue de tous ou presque, la passion née de ces trouées et de ces éclipses, la lassitude, ensuite, de celle qui, après le chagrin et son essaim de douleur, disparaît, elle s’ennuie d’avoir attendu, asservie longtemps, elle, c’est à dire elles, se détache, ce sera pour toujours. Il n’aura été qu’un court et douloureux amour, la dernière expérience de la passion celle qui préfigure le plus jamais et la litanie, en réalité courue d’avance, de l’ordre.

Mehdi se retrouve là, impromptu, inadmis. Ce rendez-vous involontaire avec Sylvie, ce qu’elle lui impose par le geste de ses mains, incertain, ce geste, oscillant, entre la tendresse, la promesse et, ce qui le touche, le défi. Sylvie, elle, sent ceci, ce qui raidit dans cet homme. La surprise, Mehdi se demande, s’il n’attendait pas que ça, que, justement, ces rendez-vous manqués, la préférence pour le sommeil, les prétextes, ne venaient pas justement de l’effroi qu’il éprouvait face à toute préméditation qu’il n’admet que pour les meurtres. Là, il se trouve, dans les rêts durs à comprendre, d’un rythme qu’il ne dicte pas, cette régression aux premiers amours, aux premières tentatives, sa main qui ne tenait pas en place avant de revoir une amante, cette incrédulité, dont il ne se départît jamais totalement, chaque fois que sous sa main il sentait d’une femme le téton durcir, les lèvres dans ce devenir de déchirure, le parfum splendide de vanille noire qui emplissait l’espace du lit, du salon, du, le plus important, n’importe où.
Voilà ce qui se rejoue ici, dans ce lui, inapte, qui quoi que vertical, se sent le devoir de se redresser, de se tenir à la hauteur de lui-même. Ca le fait rire, ça, tiens, il se marre, Sylvie remarque ce sourire, elle continue, depuis quand ça dure, à passer la main sur son visage, la paume, pour commencer, mais plus loin que le commencement maintenant, aussi le revers de sa main, l’anneau serpent qu’elle porte à l’index se prend parfois dans les noeuds du visage, du visage de Mehdi, Sylvie détache sans peine, sans l’usage de son autre main, avec adresse, un geste d’amour, la queue du serpent de cet entrelacs noir-gris, l’anneau d’argent capture malgré nuit un peu de ce gris, elle détache la main de ce visage.
Elle : Tu es une nuit
(…)
Elle :Tu ne dis rien ? (…)
Elle : Pourquoi tu ne parles pas
(…)
Elle : Ah
(.)
Elle : Hé, Hé
(…)
Elle : Monsieur ! MONSIEUR !
Le serveur ou peut-être le patron : Oui ?
Elle : Un verre pour Monsieur (…) la même chose (…) j’imagine
Lui presque : Merci
Elle : AH, voilà tu parles…
Lui : C’est pas ça, c’est que, c’est le vide, pas le verre vide, je veux pas dire le verre vide
Elle : (…)
Lui : Je sens du vide là, là ça veut dire, partout, je suis soûl évidemment, mais je suis soûl depuis plus longtemps que là, que ce troquet, ou tu appelles ça comme tu veux hein Jean-Michel
Le patron : Denis…
Lui : Jean-Michel il est soûl lui aussi depuis…depuis quand Jean-Michel
(…)
Lui : Tu vois, il peut pas dire, il sait pas, ça aussi ça lui échappe, je sais pas s’il connaît ça, pareil, le vide, Mehdi, mon nom c’est Mehdi, si ça lui procure le même creux, ça suffit pas de dire le creux, le creux ça naît depuis que tu me touches, je croyais moi que je construisais ma disparition, que je l’organisais, à pas prudents, sonores un peu, le choc des verres et des couverts, il faut de la force, plus qu’on ne croit pour tout à fait se gommer, pour ne pas laisser de soi de traces. Puis quoi de plus normal, une vie d’illusionnistes, de trucages, laisser aux autres, en héritage, l’incertitude de soi-même, se confondre avec le rêve, avec la partie refoulée de l’être humain, se tenir dans les cuisses d’une femme quand elle souffre d’amour, devenir le point rond, dur, la crampe qui roule du cerveau, de la mémoire, jusqu’à cet espace du muscle. Après, après que la mémoire de ces femmes, toujours avec moi ce sera une histoire de femmes, tu verras, si tu as la patience, ça a été mon guide, les femmes, après quand dans ces femmes je ne demeurerais qu’une chose confuse, hallucinée, je sais, aussi, qu’à chaque pulsion d’elles…je sais ce que tu penses…que je m’avance pas mal…vers autre chose, quand elles traqueront de l’ailleurs parce qu’elles sentiront en elle une odeur de pourri, de regrets, un truc âcre en regardant leurs enfants ou la flacidité de leur mec, je sais qu’elles penseront à moi, ce type l’africain à peau clair, le maure, je ne veux pas dire à moi vraiment, pas à moi dans cette circonférence que je te présente, que un truc dans le cortex, le cervelet, je sais pas où ça se fixe pour de vrai, leur donnera un espoir, une pulsion, qu’elles vacilleront dans un truc qu’elles jugeraient le mal, que ça les soulagera, un plaisir solitaire pour certaines, les plus fatiguées, je peux déjà dire lesquelles d’avance, un truc partagé, pour

Lui : Je sais, là tu voudrais à ton tour parler, tu ignores ce que ça m’a fait quand tu m’as touché, là les mots ils reprennent de l’épaisseur à force que je parle, ils deviennent secs, aussi, ça colle contre le palais quand il cogne la langue, je veux dire l’inverse plutôt, oui, j’ai vu dans tes yeux, l’hésitation, à me reprendre, j’ai fait tout seul, merci, ce silence il compte pour moi, tu parviens partout à m’atteindre, c’est curieux ça, pas que j’avais renoncé, ce ne serait pas exact, plutôt j’avais choisi un périple d’une autre sorte, une mise en retrait, je veux pas dire la désertion, le séparatisme ou ces conneries gauchistes, je dis conneries, je les admire un peu, ils arrivent à faire groupe, masse, corps…moi je me dispense du corps, squasmes à squasmes, tu vois, les pelures quand tu passes fort sur ta peau humide le gant à poils drus. Pourquoi tu m’as touché ?

Elle : On ne te touche jamais ?
Lui : Pas comme ça
Elle : Ca veut dire quoi ça, pas comme ça ?
Lui : Ta main sur mon visage
Elle : C’est pas toujours comme ça toucher ?
Lui : Peut-être que ça devrait…peut-être qu’il y a une raison…sinon ce serait trop dur.
Elle : Pourquoi ?
Lui : Ca créerait un devoir à exister, soudain on serait moins…indépendant, on devrait rendre des comptes, des comptes de.. une dette
Elle : Tu te sens endettée là ?
Lui : Oui
Elle : Parce que je t’ai touchée ?
Lui : Pourquoi tu dis touché-e.
Elle : Pourquoi pas ? J’ai dit endetté-e aussi.
Lui : j’avais pas remarqué

Elle : Pourquoi tu parles plus doucement là ?
Le patron : et les perruches Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, vous m’emmerdez on dirait mon gosse

Lui : une dette en existence, ce que je cherchais à dire, une dette, ensuite on ne peut plus faire comme on veut.
Elle : C’est vrai.
Lui : Ah, tu
Elle : Non
Lui : Tu
Elle : Toi non plus tu m’as pas laissé en placer une tout à l’heure, là maintenant je vois où tu veux en venir, tu te sens content, plutôt, de pouvoir à ta guise délier ta langue, tu fais l’englouti, le péri, le noyé, pourtant quand tu te tiens là, on ne voit que toi, tu choisis, tu ne me feras pas croire que c’est malgré toi, la place des dissimulations feintes, cet angle le plus éclatant du…tu appelles ça comment ici toi ?
Le patron : Chez moi
Elle : Je peux pas dire ça, ça n’a pas de sens. Mettons…chez lui. Pour ce que ça change.
Le patron : Ca change que je peux vous dégager si…

Elle : Ecoute, tu verras ça plus tard, tu ne trouve pas que ça a l’air important ce qu’on se dit là, que
Le patron : tous les alcooliques c’est important ce qu’ils se disent, le lendemain ils s’en souviennent pas, ou alors ils ont honte, c’est con, hein, t’imagines comment 

Lui : ça serait mieux la terre
elle : Mais
LUI : tu te mets à prendre moins de place soudain, tu m’intimides moins maintenant que tu as éloigné tes mains de mon visage, maintenant que tu parles, ta voix je l’aime, elle me rappelle quelque chose, c’est un pays plus qu’un accent, avant je voyageais souvent.
Elle : Je prends la place qu’on me laisse, quand on ne m’oppresse pas.
(…)
Elle : La place que tu choisis, elle ne révèle que toi, tu dévores à cet endroit, à chaque geste que tu fais, à chaque tintement de verres et de couverts, tu sonnes ici, les vêpres, tu officies, sûrement tu le fais à l’instinct. Ce que tu prétends tu y crois vraiment, à 100%, ton effacement
Lui : Vide Ultérieur
Elle : Vide Ultérieur ?
Lui : Vide Ultérieur
Elle : Ton « Vide ultérieur » mais c’est négliger ton apparence, si on te remarque, surtout là, découpée 

Lui : Arrête de faire ça

Elle : Dans ce recoin, dans ce noir qui est comme un suaire, tu éclates, plein jour, la crête du soleil quand il y a l’éclipse. Tu fais cet effet, moi, je suis venue, je suis venue te sortir de cette scène où tu te réfugies, de ce spectacle que tu fais chaque fois que tu peux, l’air de rien, sachant tout à fait, comment pourrais-tu ignorer tous les yeux sur toi dirigés
Patron : Même moi je te mate
Elle : Tu te fais croire avec tes ongles sales, avec ta chemise tachée, tu te fais croire à ton indifférence, à ton exclusion de tout le fatras, comme si une serpe t’écumait
Lui : Serpe ?

Elle : On sent que tu aimes ça, ce qui tranche sans que ça ne soit ordinaire, sans que ce soit d’une forme attendue (…) Tu aurais préféré cimeterre peut-être ?
(…)

Elle : Non, pas une arme, quelque chose de plus sacré, voilà aussi comment tu te vois, malgré tous tes discours, cette place de fausse réserve, cette exclusion mise en spectacle, alors c’est la serpe que tu choisis pour raconter ton…destin, cet écorchage dont tu te fais l’outil et la chair.
Le Patron : Ma…

Elle : Je ne vais pas encore commandé ici pour moi. Je la trouve ailleurs ma fièvre en ce moment, dans ce qui ruisselle de ta peau, regarde dans le ventre du serpent, comme des filins d’argent, des carreaux d’arme médiévale, quelques traits gris, ils viennent de toi. Voilà pourquoi je t’ai parlée

Lui : Tu ne m’as pas parléee tout de suite.

Elle : Parce que je sentais que nous pouvions nous arracher à quelque chose, ou nous priver, pas dans une lutte sans merci, nous avons, dieu merci, passé ce temps des carnages, oui, je remarque aussi, le sang séché à tes lèvres, celles que tu as mordues, les tiennes et les autres, moi presqu’autant. Moi, m’arracher à cette noyade sans fin qui dure…qui remplit mes poumons à en crever. Toi à ces demi-deuils, à ce retrait de la scène qui paraît attendre enfin une main tendue, c’est pareil, c’est pareil, nous nous noyons juste dans des eaux pas identiques.
Le patron : Et moi je sers, je sers, je siffle et je sers, je siffle et je sers
Lui : Reconvertis toi dans la chanson. T’en feras des streams.
Lui : Tu proposes quoi, là, avec ta main, avec ta voix, explique moi pourquoi tu as fait ça
Elle : Je viens de le faire
Lui : Tu as parlé, là, comme moi j’ai parlé, tu as associé des mots, tu as tressé un joli collier après t’être moqu
é du

Elle : T’es chiant
Lui : mien. Je saisis ce que tu veux dire quand tu déclines tes reproches. Parfois, il faut être honnête, tu les ânonnes. Je te rappelle que tu ne connais pas, que pour l’instant, tu me résumes à des impressions, peut-être que tu as un peu raison, peut-être aussi que je suis un peu plus compliqué que ça, que moi-même je ne sais pas exactement ce que je fais ici, que je t’attendais, que là j’ai l’impression d’être à un rendez-vous dont je peine à déterminer la nature, si c’est chez le juge d’instruction, un quelque chose amoureux, ou un entretien pour m’engager dans la marine marchande, avec cette répétition de la noyade…il n’y a pas de canot de sauvetage dans ton monde ?
Elle : Non, évidemment que non, on nage ou on se noie.
Lui : Ce pessimisme…un rendez-vous avec la mort, c’est ce que tu proposes, si je sors avec toi, une camionnette de livraison de…de je sais quoi…viendra me faucher, c’est toi qui auras vécu mes derniers moments, ma dernière intensité, ne prononce pas mon oraison, je te l’interdis, je t’interdis de faire comme si tu me connaissais.
Elle : Je t’ai pas proposée de v…

Lui : Ca c’est fort, ça c’est vraiment audacieux, alors, là, madame vous me soufflez, c’est le premier mot, le tout premier mot que vous m’avez dit « viens » puis vous avez enchaîné avec piquant et certitude, je dirai même arrogance, comme si vous voyiez en moi, un oracle merdique qui cherche dans la merde sa vérité, ô divines auspices v
Elle : Tu es soûl.
Lui : oui, je suis soûl madame, évidemment que je suis soûl, je suis soûl pour supporter…supporter le passé, ce suaire comme tu dis où je me planque, ces conversations surprises, ça n’arrive pas souvent, mais on se prépare, on doit les redouter au fond de nous, ces gens qui veulent entrer dans notre âme, ces effractions, on regrette pas d’être soûl dans ces cas là. Puis ça fait prospérer Jean-Michel qui ne demande rien mais qui écoute.
Elle : Avant il matait.
Lui : Oui, d’ailleurs je paie pas, Jean-Michel, je paie pas !
Le Patron : Denis…Denis…
Lui : Inutile de lever ton poing comme si je devais redouter le poing d’un tenancier roux et maigrichon.
Elle : Il n’a rien fait.
Jean-Michel : Appelle moi comme tu veux.
Lui : Merci, merci…
Jean-Michel : Vous paierez pour lui.
Elle : Oui.
Jean-Michel : Tu vois garçon y a pas de

Lui : J’ai dit que je ne payerai, j’ai dit que je ne paierai pas, je ne veux pas la charité. Tiens, tiens.
Jean-Michel : J’en veux pas de ça, c’est quoi ça, y a de la rouille sur ton coupe-ongles, comment t’as fait ça ?


Sylvie, pose ses lèvres sur le front du patron, elle lui dit que c’est un accompte, qu’elle reviendra plus tard pour le solde, le tenancier lui dit qu’il est gay, Sylvie lui dit qu’elle ne pensait pas le payer en cuisses écartées ou lèvres arrondies, qu’il se rassure, non, je ne suis pas gay, il marmonne, c’était la première fois qu’il prononçait ça, cet aveu, il se demande pourquoi à son tour pourquoi il a dit ça cette vérité qui l’éventre.

Sylvie, prend Mehdi par la main, qui l’agrippe, sa main, comme un croc. 

15 juin 2024

I.

Une autre performance, un peu oulipienne, de rédiger

:«",.:/+—'!?-"» 

si l'espace qui précède demeure vide de mots c'est qu'il résume la totalité de ce projet. Le lipogramme qui consiste à exclure une lettre de sa rédaction que je décris, n'employant que la ponctuation, par accumulation et agrégat. N'y inscrivant que les caractères invariables, c'est à dire ceux de la ponctuation. Le texte croîtra.
Lorsque je dois convoquer les mots pour l'intituler ce sera sleeve.

 

TEXTE ENTIER CHRONOLOGIQUE - ALPHABETIQUE

Sleeve — 

 

I

Elle se nomme Point de Côté, Sylvie, depuis le premier jour de son essoufflement, suite et conséquence du liquide entré en ses poumons. Le jour du décès de V., elle se souvient nettement du flux liquide qui mordit l’oxygène sur le point de pénétrer son corps. Depuis, elle ne respire plus communément, du moins, elle sent qu’elle respire singulièrement, d’une vie tiers-menée, veuve de lui, respirer ne signifie plus l’identique des voisins.

Sylvie, elle, se sent mutilée, depuis ce déclin de son souffle, ses prises d’un oxygène vicié, tel qu’elle le soutient, le défend, le déplore. Voilà qu’elle pleure, Sylvie, de ses yeux décrépis et creusés, elle qui, des temps perdus, les siens, ceux qu’on nomme de nécessité jeunesse, promît de ne pleurer pour rien, pour nulle, surtout celle sienne, existence, que toutes tristesses, futures ou révolues, ne tiennent que pour lui. V. Elle ne pût tenir ce serment. Ce qui rôde, qui emplit ses poumons se déverse et l’essouffle. Elle, Sylvie, pleure souvent en même temps qu’elle souffle, écourtée, d’une présence vieille.

Elle se nomme elle-même, point de côté ou souffle écourté, Sylvie, qui se considère, elle, son entier, Sylvie, un membre-spectre, se sent, elle, Sylvie, en tous endroits observée, scrutée ; pour ses propres yeux tous les miroirs reflètent un être diminué, (cir)conscrite hors du désir. Elle, Sylvie, évite les rues colorées, celles où le soleil tonitrue, privilège des êtres de pleine lumière. Elle, Sylvie Point de Côté, ne se sent en vie que sur les gros fleuves de bitume encore tiède, ceux, poumons et cris des villes, ces étendues grises, peintes et striées, pleines du bruit des foules, ces individus, tous, projetés, le long des chemins bruts. Sylvie veut, ce soir, se perdre, elle ne choisit rien, espère peut-être — si peu — comme une chienne, le souffle dur, renifle, elle Sylvie, qui, Sylvie, se retrouve, ses pieds ont choisi pour elle, debout, elle, Sylvie, reprend le lien, rompu, celui qui s’étend de soi jusque soi. Le type derrière le comptoir interroge Sylvie. Sylvie hésite puis désigne, directement sur le menu, le double Moscow-Mule.

C’est ici, sur le comptoir de ce bouge, qu’elle fit rencontre de Mehdi, lui, comme elle, se décrit mutilé, il se sent revenu d’une guerre qui dure toujours, qui, guerre, le fît prisonnier et, il vît cette double condition —pour lui, pour ses perceptions — de prisonnier et de sous-officier. Sylvie l’écoute, Il postillone, debout, presque contre le comptoir du bouge, il dévore, Mehdi, sur le comptoir, une entrecôte. Elle, Sylvie, voit que les poils sous cette bouche — celle de Mehdi — brillent d’une curieuse lueur, le résidu des frites, de l’huile de cuisson, ce truc des hommes dépourvus de soin, ceux qui plongent leurs doigts dès lors qu’ils se nourrissent ou, plutôt, Sylvie lui dit tu te goinfres. Il s’étonne, Mehdi, qu’une si entière inconnue, se permettent ces réflexions, Mehdi, sous ses poils de goinfre, pense loger un être distingué, d’une politesse qu’il nomme lui-même exquise, expression qu’il n’emploie, bien entendu, que ivre-mort. Que le serveur-proprio — en dépit de son engouement des spiritueux — lui indique une porte, celle de service qui conduit vers les poubelles, vers les déchets. Il se retrouve, demi-mémoire le jour qui suit, demi-sommeil, voisin des produits pétrochimiques qui protègent cette bouffe industrielle venue de Métro que Régis, le chef, sert l’oeil lumineux, de celui qui n’ignore le bon coup, répété tous les jours, il s’en moque ; clientèle divisée entre les touristes, destinés pour l’oubli, et ceux fidèles, présents pour se bourrer le gosier, qui dévorent ce qu’ils trouvent.

Ce récit, Mehdi le déploie en dépit de lui, il s’écoule de son être, entre ce qu’il explicite entre ce qui se devine. Si Sylvie Point de Côté découvre Mehdi Prisonnier En Guerre, ce n’est exclusivement de ses énoncés, elle le découvre, emploi de toute son expérience de ces êtres disséminés, ses doubles, triples ; leurs tripes, leurs biologies communes. Mehdi, lui ne pense rien de Sylvie, y trouve-t-il une même, une prisonnière, comme lui ? Il ne pense rien, il ne se projette en elle, elle ne se réfléchit en lui, elle demeure, comme tous, une inconnue. Sylvie, le pressent, bien entendu, Sylvie, désire, creuser, ici, elle devine une rencontre, cette chose si peu fréquente qu’elle mérite d’interrompre y compris son surnom, celui, sur le point, du même poids infligé, de devenir tout elle. Ici, cet homme, les cheveux longs qui tombent et finissent pile entre les premières vertèbres du dos. Cet homme les ongles noirs de suie, longs de boeuf grillé. Cet homme, c’est près de ce mot, qu’elle, Sylvie, frémit. Un homme. Elle respire, première fois, elle ne compte plus, depuis longtemps elle ne tient plus le décompte devenu sordide, de l’étroitesse de ses poumons, cette douleur, presqu’un sentiment, de sentir le souffle broyé entre les deux poumons, eux irrésistiblement tirés, et de se confondre, l’un à un.

Mieux que le symbicort, ce tube stéroïdien, prescription de tous les médecins qui connurent son problème, qui crurent certes ses douleurs. Finis leur oeil soucieux, leur sourcil froncé, ceux qui toujours orientent vers les benzo, si une condition s’excipe de leurs superstitions, vieilles de dix piges de médecine, comme un jour, un vieux jour, le médecin, le doigt levé, presqu’un poing formé, l’en pétrît, dix piges, cette grossièreté, elle, trop jeune pour protester, désobéït toutefois, ne prît le remède, qu’elle juge truqué, qu’une fois, pour ses premiers rendus de thèse, intermèdes obligés, dont elle découvrît, pure forme, le vide d’enjeu. Elle se souvient, une colère molle monte, le jury, les notes du jury, le stylo du jury, le bruit qui crisse du stylo sur une feuille rose. Elle se souvient surtout des picotements nerveux, des pensées lentes et obscurcies, une difficulté d’expression si inconnue d’elle.

Elle ne permet plus qu’un médecin ne décide pour elle, prétende mieux qu’elle distinguer entre vérité de ses émotions, de ce qui constitue une psyché, et ses douleurs physiques.
Mehdi lui donne ce souvenir, d’un type qui lui, d’une périphérie, d’une route différente, sût, comme elle, ces pressions extérieures et intérieures, les compressions biologiques, les violences des sociétés et des ordres — docteurs d’Eglise ou de Médecine, tous identiques, en robe ou blouse, complices des bûchers.
Elle débrouille des poils de Mehdi les débris de son dîner, il, Mehdi, reste interdit, il s’étonne, la friture grêle, brumes des bières empilées plein le corps, lentement, de ces gestes tendres — presque tendre — d’une non-nommée. Elle, Sylvie, ne s’interroge, elle sourit, les yeux ronds, de plus en plus ronds, de Mehdi, ne l’interloquent guère. Elle s’obstine en ce geste qu’elle répète, qui devient, ce geste, une coquetterie, une volonté presque de tenir en son pouvoir, cet homme qui lui procure, en plein coeur des poumons, un souffle. Qu’il, ce souffle, ne dure, qu’il ce souffle, il fend ce qui ne se fend, ce souffle, qui descend, encore, qui descend pour eux deux. D’une vitesse distincte, en elle, brève vitesse, vitesse précise, lui, les doigts gourds, lui, pour lui bientôt, fente, bientôt extension. Sylvie précède la question,
Sylvie, elle s’excl!me, Viens, chère snob.

 

22 mai 2024

Roman en Direct Chapitre 9 - Jour 17

Chapitre 9 - Jour 17 :

roman entier : ROMAN ENTIER

youtube : YOUTUBE LVIE

Les corrections sur le google docs participatif : Corrections participatives

 

Sarah D., se demande si ce qui ne fatigue pas dans cette ville, cette pensée surgit, alors qu’elle traverse, Sarah D., Time Square en Taxi, ce n’est pas la quantité inutile de brouhaha. Sur les photographies le bruit cette dimension parasite de l’image qui, ne distrait pas l’oeil, qui empêche de voir. Ici, la ville, parodiant le moderne, une forme de vain, multiplie son scintillement publicitaire, un agglomérat. Le chauffeur de Taxi, qui la traite en étrangère, à cause de son accent, sûrement, elle qui pourtant, Sarah D., au-delà de parfaitement s’exprimer en anglais, ne lui adresse la parole que pour désigner sa destination, ralentit en cette portion de Manhattan, pour la laisser, voir, Sarah D., la majesté de Time Square, il sourit, le chauffeur de taxi de sa délicate attention, il, le chauffeur de taxi, ne pense pas à l’éventuel pourboire, il pense, le chauffeur de taxi à sa ville, à la beauté qu’il y retrouve dans chaque hoquet surpris de ses passagers. Il ajoute, ici, le chauffeur de taxi, avec les mots simples, plus simples que ceux de son statut social, des mots abaissants, que, si elle, Sarah D., voulait, elle pourrait aussi, moyennant finances, projeter sur les dalles LCD les images animées qu’elle veut, il ajoute, le chauffeur de taxi, ça lui échappe, cette façon des humains de se donner de l’importance (Mehdi C., même lui fit le coup et, quelques secondes après l’inutile prétention, se ravisa, à peine rougi de gêne), qu’il connaît quelqu’un, cet autre-être, universellement répandu, de toutes les nationalités, de tous les pouvoirs et qui ne se trouve jamais que derrière les intermédiaires les plus divers.
Si, Sarah D., se remémorant les mots de Mehdi C., c’est ceci la ville qui s’opposerait à la province parisienne, la pierre dure-molle, de l’hausmannien, alors à quoi bon, ce défilé chaotique et confus fatigue, bien entendu, et à quelle fin ? Si la valeur d’une ville se mesure au stress qu’elle induit, à la fatigue qu’elle engendre…alors Damas ou Rafah devancent Ibiza, New-York et Shangaï unis en conglomérat. Ce qu’elle se dit, Sarah D., ici surtout, c’est le besoin, fréquent, de posséder soit des opinions et de nourrir ces opinions par des comparaisons, c’est à dire des dégradations. Comparer réclame de la mauvaise foi et peu de jugement à l’inverse de ces exercices scolaires qui, par la comparaison, jumelant deux textes ou deux objets distincts, les faisait s’enrichir l’un l’autre d’approfondir, par les creux, les liens qui les unissait ou les distinguait. Elle ne sait, Sarah D., si Paris est une ville de province, mais tandis que le taxi quitte enfin Time Square — par quoi, elle regarde son smartphone Sarah D., le chauffeur de taxi effectua un détour — elle prononce, à haute-voix, pour elle seule, ni murmure, ni cri, a quoi bon
Il, le chauffeur de taxi, répond quelque chose en Hindi, ce qu’elle, Sarah D., suppose de l’hindi, il, le chauffeur de taxi, répond quelque chose en Hindi, en touchant du doigt une petite figurine d’un dieu étranger qui pend du rétroviseur, elle ne remarqua pas avant la parole (ou la prière) ce dieu miniature dont le mouvement de balancier, commencé, nécessairement avant, sous le roulis des accélérations et des freinages, s’accélère sous la pression du chauffeur de taxi. Elle regarde, Sarah D., les détails de la voiture, elle devient, Sarah D., plus obsédée par cette voiture, par ce chauffeur de taxi que la ville déambulant, livide, dans l’après-midi, à cause du visage fermé, en commun, de tous ceux, errant d’une journée de travail à une autre journée de travail, elle remarque, Sarah D., que le chauffeur de taxi, passe les vitesses sans brusquerie, avec doigté et délicatesse même, il ne serre pas le boîtier de vitesse, il l’accompagne, ce qui, Sarah D., qui, elle, Sarah D., ne conduit pas depuis des années, étonne. La voiture ne souffre d’aucun défaut d’entretien, de l’extérieur, avant de s’y introduire, elle ne releva pas d’imperfection, elle, Sarah D., le héla, il stationna, les feux arrières clignotant, le temps qu’elle lui désigne sa destination. Il, le chauffeur de taxi, n’indiquait pas, contrairement à certains de ses collègues (ce ne doit pas être une obligation se dit Sarah D.) les tarifs des courses. Elle se souvient, Sarah D., maintenant, qu’il, le chauffeur de taxi, lui demanda si elle privilégiait un itinéraire particulier, ce à quoi elle ne répondit pas qui, le chauffeur de taxi, question rhétorique ou pas, prît pour une autorisation à ajouter à sa fonction celle de guide touristique. L’habitacle sent un peu la sueur, la rose et l’attar, il sent, l’habitacle, la vie un peu de ce chauffeur de taxi, elle, Sarah D., l’observe attentivement par le rétroviseur intérieur ce qu’il finit par remarquer le chauffeur de taxi, en s’attardant, avant un freinage un peu brusque, sur la surface réfléchissante. Elle, Sarah D., ne le trouve pas beau et ne le trouve pas laid, il se rase, le chauffeur de taxi, la barbe tous les jours, elle, Sarah D., ici, s’approche du chauffeur de taxi, Sarah D. assise, sur le siège arrière, dans la diagonale du chauffeur, se penche, au feu rouge, au moment où le chauffeur remarque qu’elle l’observe, et scrute sa peau, à lui, la peau de son visage, la ceinture de sécurité la gêne, elle presse le bouton rouge qui la retient, la ceinture de sécurité, elle, la ceinture de sécurité se détache, la ceinture de sécurité, un bruit de métal suivi d’un froissement, la ceinture de sécurité qui n’est plus qu’un claquement dans l’air. Le cou du chauffeur de taxi, elle se tient si proche de lui, le feu passe au vert et le chauffeur de taxi n’accélère pas, il tient dans sa main le pommeau du boîtier de vitesse, elle, Sarah D., remarque les petites coupures qui parcourent le cou mat de cet homme dont elle ne saura jamais le prénom, l’origine et qui, là, existe pour elle, si intensément, si intimement, lui, dans ses gestes devenus exclusifs, jamais on ne lui fit ça, il recommence à zéro ou presque son apprentissage public, il se décoordonne, Sarah D., imagine, ce matin, le passage du rasoir manuel près de la pomme d’Adam et si les hommes, ou si lui, cet homme en particulier, redoute le passage de la triple lame à cet endroit qui paraît si fragile et si intrus. Dans le même temps qu’elle, Sarah D., se représente le mouvement de la main, le même qu’elle translate depuis le boîtier de vitesse au manche du rasoir, se rassied plus convenablement, elle, Sarah D., s’enfonce dans son siège, ouvre la fenêtre, elle tire de son sac à main son paquet de cigarette et son porte-monnaie, elle fait signe au chauffeur de taxi de s’arrêter là, qui s’apprêtait à redémarrer, une danse, un pas de deux, qu’elle, Sarah D., interrompt brutalement. Il, le chauffeur de taxi, mécanique, devenu servile devant la surprise plus que devant l’autorité, arrête le compteur, désigne, lui non plus ne parle plus, le compteur et les nombres qu’il affiche, à Sarah D., qui, Sarah D., sort un billet de 100$ pour une course qui n’en valait, elle ne regarde pas le compteur, de toutes façons. Elle ouvre la portière sans réussite, le chauffeur de taxi appuie, de son côté du tableau de bord sur un bouton, Sarah D. ouvre cette fois avec succès la porte de la voiture, elle a vu ce qu’elle voulait voir, qui n’était ni Time Square, ni Manhattan, elle a vu ce qu’elle ne pourra décrire, quelque chose, encore une fois, en elle, de ce qu’elle parvient, involontairement, à capturer, cet ambre intérieure qui fige le monde en autant de souvenirs neuronaux. Cette question de ville de province ou de métropole ne l’intéresse définitivement pas. Elle, Sarah D., cherche dans ce quartier qu’elle ne reconnaît pas, à quoi, comme inondée de lumière après une nuit sans étoiles, elle doit s’accoutumer avant d’agir, un café. Ici, comme toutes les métropoles, New-York ne compte, province ou non, des cafés les mêmes partout, le style épuré, le nom, un seul mot, noir, en français dans le texte ou creme, certains audacieux osent le café-creme. Elle entre dans celui

 

22 mai 2024

roman Chapitre 8 jour 16

ROMAN ENTIER

 

A son tour, Sarah D./évisage, les hommes et les femmes, alternativement, un homme puis une femme, pour commencer, jouant, ce jeu, avec la régularité et le sérieux auxquels, lorsque les adultes s’y réfèrent, est qualifié d’enfantin. En ce que ce enfantin, porte toute la mutation d’un temps révolu qui ne peut, sauf par accès et hallucinations, nous revenir.

Un homme, une femme, elle compte, Sarah D./nombre, comme ça, dans la rue, binaire, elle, Sarah D./couvre, ne peut, exactement, dans ce flot humain, vraiment, à cette heure du midi et du saillant, pivoter, parfaitement du visage d’un homme au visage d’une femme puis revenir à un homme que suivra une femme.
Et, parce qu’elle voulait, d’abord, Sarah D./éfie, ne les regarder, eux et elles, que comme, parfois, trop souvent, elle, Sarah D./émente, se sent regardée, c’est à dire observée c’est à dire démembrée, se met, Sarah D./émembre, à mettre elle-même son regard, le regard de Sarah D./écomposé par Sarah D. elle-même, en morceaux.


.
le regard sur homme, le regard sur femme, pulvérisés / son regard une pluie d’éclats de verre / la pensée éclate dans sa pensée / chacun fragments / formes / indice de réfraction / se / sub / di / vi / se / nt /

·

e·a·u / t-e-m-p-s.
 

| | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | | |
de possibles | inventés ces incantations | creuses | croyait-elle | multicolores
tant d’autres aux côtés | de Sarah D | outaient / monde ou | vert / le grillage vert | bleu emmaillotait nos je, Sarah D | éclare, la pupille D |ilatée, le monde apparaît, là | dans ce D | éambulement | vaste |n|ntel|g|ble, la peur de l’in.savoir

·

·

·

·

·

Parce que, elle, Sarah D., ici, qui cherchait dans la foule, dans les yeux répétés, foulées, sarabande, de visages en visages — yeux dissimulés ou pas devinés ou vus — si y demeurait encore du H., regardait, donc, les hommes puis glissait, Sarah D., vers les femmes, vers le dit-des-femmes, pour y chercher, instinctivement, un
·
de comparaison.
Et maintenant, maintenant son regard écarquillé, elle Sarah dé·.genre


Sarah D., cette personne qui est Sarah D.égenrée, devant le vertige qui la saisit, le vertige physique, cette personne tremble. Après, bien des années après, ou pour la seconde et tierce fois, le vertige intellectuel, celui des lectures, qui, alors, picotements plaisants, parcouraient l’individu avant de se diluer dans plus sérieux, plus important, plus nécessaire et, le mot monte coupant comme de la honte, égoïste.

Là dans cette foule, ce sentiment, océanique qui ne se confond pas avec celui, plus ordinaire, commun, quoi que respectable à égalité, de se perdre dans le groupe, s’aliéner en lui. Là, l’être humain, l’être humain qu’est Sarah, d-iscerne les individus, les personnes quittent la grappe humaine, se dispersent fols épis. Sarah D. se demande par quel hasard, balle pensante du jeu de paume intime, s’était perdue, dans quelle rigole, la différence. Sarah D., s’arrête, devant ce trop plein, d’autres qui, tous autres aux autres, n’entrant plus dans rien de connu, plus aucun a priori, un monde refait à neuf, un coup de pinceau brusque et aveuglant. Sarah D., perçoit et ne perçoit plus, Sarah D. ne comprend plus, ce qui, dans le monde et les classements, opère et dissout, ici, un moment au moins, l’identité, le genre, l’homme, la femme, toutes les hypothèses formant l’un reléguant l’autre, niant le reste.

=
 

Sarah D. pause Sarah D.pose.

Darah D.éfroisse, en tirant sur ses pans, sa jupe dont la forme lui déplût soudain, elle, Sarah D., observe sa main, le vernis Jaipur orange, qu’aucune pensée philosophique n’écaille. De Paris Mehdi C., dit, s’esclaffant, que c’est une ville de province, en la rapportant aux autres au sein desquelles il passe le plus clair de son temps pour raisons professionnelles, ne manque-t-il pas d’ajouter, puis, dans le rire continué, on trouve de toujours comme, si en ces cas, il ne pouvait s’exprimer qu’entre deux virgules de rire, de quoi s’amuser. Il compare, Mehdi C., Paris à ses voisines d’ambition, Londres, d’abord, New-York, ensuite, puis celles, plus neuves, fanfaronnes de modernités, Shenzen et Dubaï, Hong-Kong — déjà au passé lui précisait La Baleine avant de D.C.D. Elles, que le verbe haut, ainsi, professoral ou presque, d’une estrade d’esbroufe, il incarne, nous épuisent, tandis qu’à Paris, il baille déjà, on se repose, et prend, disant ceci au Sélect — une archive de ce que Paris n’est plus — baîlle une seconde fois si la première n’apparaît pas clair à son interlocuteur. Sarah D. lui rétorquait, la dernière fois, à La Coupole « pour voir le Select », qu’il ne baillait ici d’ennui qu’à ressasser la même chose ce à quoi, Mehdi C., l’approuvant, commande au serveur la même chose.
Tu parles si souvent comme avec des mots pas tout à fait à toi, comme des emprunts, piochés dans des imaginaires, des livres, des séries, dans le sorte de gros almanach des
ah je te coupe vite fait. j’ai appris en imitant. je me suis préparé à ça. si ça te pose un problème
, puis, il reprend son souffle, c’est à dire son rire, demande un briquet au serveur et, expirant, la fumée de sa cigarette chasse ce mouvement d’humeur, qui, aveu ou confidence, Sarah D. le saura, plus tard, confidence, je voulais te montrer ça, enfin, je crois, c’est sûr, parce que je me suis senti soulagé.
Elle lui répond, on a ce truc en commun, moi, c’est comme une boule ronde que j’entends bouger en moi, qui roule et frotte, je la suis, je ne saurais même pas exactement comment te dire ce que je suis et où ça va, pourtant, le fait est là, je la suis, c’est mon désir, c’est comme ça que je la nomme, que je la crois,

il y a des gens qui ont de bonnes étoiles, moi j’ai ma boule.

maboul haha

Cette drôle de manière que ce soir-là ils eurent de se confier l’un à l’autre, se déclarer, en quelque sorte, amies, avec le prétexte de l’alcool, cet au-cas-où, pour balayer d’un geste le sérieux apparent de notre révélation. Précaution inutile, ils n’officialisèrent, ici, dans ces paroles tendres, que ce qui arrivait, qui, pour s’épanouir, réclamait, au-delà de la goutte d’amour, ce tremblement nerveux.

Sarah D., sent le vrombissement de la grande ville, sent en elle, c’est une illusion, bien entendu, le retentissement des paroles de Mehdi C., ici c’est pas la province, avec la brutalité de l’acier et du verre qui, démultipliant le soleil dans son regard à elle, écartelé, son accablement physique, l’aveugle. Elle craint, Sarah D., tourne la tête de tous les côtés non cette fois pour dévisager, observer, loin de sa branche du surplomb, mais redoutant d’être remarquée, elle redoute, quelque chose s’abîmeraiet en elle de sa tranquillité, si des mains compatissantes vers elles se tendaient, si elle devait Sarah D., se défendre en anglais — elle n’emploie l’anglais que pour se défendre, lui, semble-t-il, et si elle y excelle, ce demeure une sorte d’arme, elle se choisît l’élégante rapière qui n’en demeure pas moins instrument de mort.

Elle se raccroche, ici, au visage humain, défini, la jeune femme vue tout à l’heure, celle qui, peut-être, par ses conseils, sa voix, comment était-elle déjà, ah, oui, plus grave que son apparence timide le pouvait laisser croire, ce visage parfaitement clair qui s’imprimait en rendez-vous, dont la filigrane du prénom-nom-âge supposé s’imposait. Elle ignore Sarah D., si ce qui la mène à cette jeune femme, c’est le mouvement de la boule dont, dans cet inhabituel brouhaha, elle ne discerne pas le bruit lui, autant que le mouvement et la direction, aiguise ses sens.

Quelle curieuse expérience, celle ici faite, sortir, elle, Sarah D., de ce monde programmatique, que le poème perce de toutes parts, l’excède et jusqu’au cou, la morde, tendre blessure.

 

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