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boudi's blog

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20 janvier 2026

Petits jeux théâtraux

En un seul jet :

 

Une famille, un enfant deux parents. Un voisin.

Le père : Jacques, Jacques, Jacques fils de la Jacquerie

(il chantonne)

La mère : Jean, Jean, Jean plaie de mon ouïe

L’enfant : Ah, Ah, Ah ma pauvre vie

Le père : Oui, Jacques pauvre de toi, pauvre de toi, ton allocation de la semaine, couic

La mère : Tu seras privé de ton argent de poche, Jean

Le père : Ce n’est pas juste !

L’enfant : Pauvre Papa 

La mère : Et moi, moi qui me plains ? je devrais rendre mon tablier, pour qui vous prenez vous, quels grands airs vous prenez et toi, toi, toi surtout, derrière tes lunettes de vieillard, tu fais dix fois ton âge mon pauvre ami. Dix fois ton âge. Comment tu as pu me faire ça. Te vieillir de dix ans. Moi, je passe pour quoi…

Le père : Toujours, tes excès, tes abus, toi tu passes pour quoi, déjà, je peux te le dire, tu passes avant moi, tu passes toujours avant moi (regarde l’enfant) toi arrête de faire les cent battement de paupières…ça rend sourd.
La mère : Et pourquoi pas aveugle ?
L’enfant : Je croyais que c’était la branlette ça.
La mère : Le beau langage

Le père : dix ans 

La mère : Douze ans

L’enfant : Douze ans et demi

Le père : Ah, ça change quelque chose

L’enfant : Douze ans et demi
La mère : Il est trop grand pour qu’on compte en demi années…

Le père : C’est pas ça, tu penses bien, pas la demie-année, c’est la puberté, il peut bien dire branlette

La mère : Gros dégueulasse

Le père : c’est naturel…

L’enfant : C’est quoi branlette

Le père : Tu emploies des mots sans savoir ? C’est…

La mère : CE QUI REND SOURD ET AVEUGLE

L’enfant : mais ça veut dire quoi ? 

le père s’apprête à parler, la mère gifle le père

les parents partent

l’enfant à lui-même : ah c’est donc ça…maman me branlait souvent quand j’était petit. 

petit coup sur la porte, un seul, l'enfant ouvre.

un voisin : vous avez reçu ce colis

l'enfant : merci

un voisin : ce serait mieux que tes parents viennent...où sont tes parents ? 

l'enfant : ils sont fâchés, maman a branletté papa

un voisin : Ah, ça..euh.

l'enfant : elle me faisait ça aussi quand j'étais petit

un voisin (pensif, se parle à lui-même en se retirant) : qu'est ce que je dois faire ? j'ai vu que les africains faisaient ça...ils ne sont pas africains pour un sou..

dans la chambre des parents.

 

Le père : Toujours tu m’humilies, toujours tu dois m’humilier, le matin je ne trouve rien de prêt, le soir je ne trouve rien de prêt. Je me tue au charbon, rien n’est jamais prêt. Le rêve, les chaussons propres, neufs, la maison qui sent le propre, le linge propre, le pyjama repassé. Tu ne fais jamais rien.
La mère : Je te supporte, je t’endure, mon travail à plein temps. La ménagère parfaite nettoie, lave, de fond en comble tous les jours quand tu travailles je me lave de toi, je ponce, je déblaie, j’insiste, dans les moindres recoins, des recoins où tu te soupçonnes pas que s’y étende la crasse, ta crasse. Les hommes ça salit tout. Toi tu entres avec ton âme crottée, tu marches dans moi, avec tes bottes souillées, de tout ce que tu es. Tu ne le sais pas, ça. Je suis prête, je suis prête tous les jours, là, où ça compte.
Le père : Nulle part, nulle part le foyer, au travail, les dossiers qui tombent sur mon bureau, je les vois, je les vois à peine, à travers mes lunettes, mes lunettes de vieillard, comment ne devient on pas vite vieux, sans amour, avec des lunettes pour ne pas voir, des lunettes comme ça, ça marcherait du feu de dieu, pour tous les maris, parents, enfants, qui ne veulent pas voir, tout le monde, personne ne veut voir, il faut breveter l’invention tu allais dire, je le dis à ta place, ne t’inquiète pas, il suffira de te mettre en avant, tu deviendras une star, l’égérie, il suffira de te montrer pour que plus personne ne veuille voir. Tu n’auras qu’à te soucier de toi…

La mère : Ca y est ? Ca y est. J’accumule encore, l’ordure, les monceaux de pourriture, jusque dans…tous les coins de moi-même, je te rote, tu me fais horreur, tu me fais horreur. Si ce n’était…

Le père : Pour l’accident

La mère : Comment tu parles de ton fils

Le père : Comment tu en parles toi…de lui aussi tous les jours tu passes à te nettoyer ?
La mère : Lui, au contraire, il me préserve, il empêche les fondations de pourrir, de noircir, sans lui…sans lui, mon pauvre ami…oh, non, je ne t’aurais pas oublié, pas laissé tomber, pas parti avec un autre, pas partie pour une autre, oh non, tu serais dans la Seine. J’imagine les bulles que tu ferais…sous l’eau, coulé, noyé…

Le père : Sale comme elle est, pas à un déchet près la Seine. Tiens approche (elle n’approche pas) oui parfaite, je te superpose, je ne fais aucune différence entre toi et la boue. Vraiment…la boue et toi. Une belle photo de famille. (il prend le portrait de famille à la naissance du petit). Donne moi le marqueur. (Il cherche dans le tiroir un marqueur. Il ne trouve rien, il essaie de déchirer. le papier glacé résiste.)
La mère : Même ça tu ne peux pas, même détruire ta famille tu ne peux pas, moi, moi si je…si je t’avais pris à la gorge

Le père : Ca m’aurait plu
La mère : Comment ça ?
Le père : Je te dis : ça m’aurait plus.
La mère : Tu veux dire que tu attends ça ?
Le père : Je dis que ça me plairait. 

La mère : Ca te plaîrait toujours ?
Le père : Et toi ?
La mère : Oui 

Le père : Alors

La mère : Alors

 

la porte de la chambre grince 

l’enfant : quand est ce qu’on dîne

le père et la mère en même temps : l’accident…

L’enfant : Hein ?
Les parents rient 

Le père : Dien

L’enfant : Je comprends plus rien

La mère : tu as dit Hein, ton père a ajouté dien. Ca fait indien
Le père : On va manger Indien

 

L’enfant : Vous êtes bizarres…le voisin est passé pendant que tu branlettais papa

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19 janvier 2026

Retard

  • Tiens, te voilà toi. Une demie-heure de retard, tu arrives comme si, comme si. Je m’étrangle en y pensant. Comme si ton temps seul importait, comme si lui seul valait la peine d’être compté
  • A peine arrivé, une leçon de morale. Deux minutes de tes racontards, tu ajoutes dix heures de dispute, parce que maintenant il faut dissiper ça, la dispute, expliquer le retard. Il faut l’ajouter à ton reproche et, désolé, diluées, ces trente minutes, ne pèsent pas lourd dans tout notre échange. En retard, la belle affaire. Eh bien tu aurais pu partir. 
  • Voilà, voilà, forcément à ce point là la discussion, tu aurais pu partir…tu aurais pu partir, comme si nous n’étions que des informations sans affects, sans codes ni conventions, soumis au seul instinct qu’à celui présent, que nous n’étions pas traversés par des engagements, des craintes, des espoirs. Que nous existions absolument et absolument à chaque seconde. Ca ne se passe pas comme ça. 
  • Ca ne se passe pas comme ça ? Tu déclares pour moi, pour toi, pour toi et moi. Toi, ça te regarde…je ne vais pas te dire de faire différemment, de penser autrement. C’est ton problème si tu te définis par ton code d’honneur ou quoi-je-sais-pas.
  • Attends, attends là, pourquoi tu pars ? Pourquoi tu pars. Tu me fais attendre, puis tu pars, tu pars. Explique-toi, au moins tu me dois bien ça
  • Oui, oui trente minutes de retard valent au moins une confession. A la prochaine. 
  • Ca ne se passera pas comme ça, non, ça ne se passera pas comme ça. 

 

La voix meurt, inutile. 

(je crève d’envie de m’excuser, de revenir sur ça, pourquoi n’ai je pas enduré , pourquoi y avoir mêlé ce sens de l’honneur du respect, pourquoi, puisque d’avance je perdrai, alors…mais j’ai le droit de m’exprimer, de dire ce qui me pèse, m’alourdit, l’attente, toujours l’attente qui ne se résout en rien…il part, me voilà seul dans la foule…excuse-moi, non, ne m’excuse pas, excuse toi, toi, biffons, reprenons…ça recommencera, ça recommencera, il y aura d’autres fois, tout l’avenir comprendra d’autres fois pareilles…des fois pareilles. Pardon, j’aimerais tout annuler, tout annuler ? devenir un autre ? Non, ça ne je ne peux pas, me renier, tout ce que je suis, non, pardon, pardon, ça toutes ces années, cette antériorité, cette mienne antériorité changer parce que, ce mélange l’amitié, l’orgueil. Il part, il part, ça bout, qu’est ce que ça bout, une insulte.).

-
Eh, eh connard, connard

 

le débit furieux, dans le combiné du téléphone, la tonalité parce que l’autre raccroche

 

  • Connard, connard tu m’emmerdes
  • Tu veux pas qu’on en reste là ? Tu me prends la tête pour une demie heure de retard. J’aurais toujours une demie-heure de retard. Tu veux quoi ?
  • Des excuses
  • Pardon, je suis désolé
  • Des vraies excuses
  • Je m’excuse vraiment
  • C’est pas ça, pas ça.
  • Apprends moi, à quoi ça ressemble s’excuser dans ton ordre, à ton ordre, si ça te fait plaisir, laisse moi m’y plier. 
  • Paye
  • C’est à dire ?
  • je ne sais pas, je sens que tu dois payer
  • Tu parles comme d’une rupture amoureuse, les relations s’épuisent, par politesse habituellement on les laisse mourir, on trouve un prétexte puis on s’abstient de répondre…ton prétexte c’est cette demie-heure, tu n’auras pas ce que tu souhaites.
  • Pourquoi ? Pourquoi ? Encore une fois, toujours, tu décides
  • Parce que tu ne sais même pas ce que tu souhaites, m’infliger une quantité de souffrance, que tu aies la certitude que ça me coûte j’imagine. Ca me rend triste si ça peut te satisfaire pour autant je ne vais pas changer. Une seconde je parle maintenant. Tu ne changes pas non plus, tu t’adaptes, tu soutiens. Tu t’adaptes jusqu’au point que tu veux ou que tu peux. Ce qui revient au même. Si tu ne peux plus, que tu n’en peux plus et que tu te mets à exiger alors c’est égal à ne plus vouloir. Je ne te demande rien, ne contracte pas de dettes en mon nom, je t’interdis de me prêter la monnaie de singe de ton amitié avant de me réclamer des intérêts. Personne, personne ne peut m’imposer ça. Je continue, tu m’as pris au piège des déblatérations au moins je précise, pour moi-même, pour tous les autres, pour mes je m’en fous plus tard. Toi tu viens convoquer un ordre incertain, je m’en fous de tes si tout le monde faisait comme ça alors…le monde ne va pas mieux depuis l’invention du cadran solaire ou de la montre-bracelet.
    Tu voulaies que je paie eh bien voilà, toute une année de cotisation, sans rien défiscaliser. M'as tu demandé comment j’allais, en arrivant, pourquoi j’avais du retard, si quelque drame n’avait surgi dans ma vie ? Tu t’es demandé seulement l’effort pour moi de me déplacer ici, à l’heure ou en retard, ce que j’aurais peut-être préféré, l’annulation de dernière minute à quoi tu as échappé ? Non, non parce que tu déplores, tu m’accuses d’égoïsme sans voir le tien, sans voir où partout ça se loge chez tout le monde, de façon anodine, de façon si commune que tu en fais une règle absolue, un point de départ, une convention à quoi je dois souscrire eh bien je ne souscris pas, je ne souscris pas du tout, quelque chose me dit que c’est d’abord pour ça que tu m’as aimé. Ca arrive au point de rupture, quand mes heurts, mes hésitations, ma maladie sociale t’a limé tout enthousiasme, je pourrais continuer longtemps, voilà ce que ça me fait, voilà ce que je porte et dans le même temps combien je m’en fous. Il faut me laisser tranquille, il suffit de ça, rencontrons-nous au hasard, contentons-nous du fortuit, là réside encore un possible miracle entre nous. 

 

voilà, j’aurais du me taire, combien j’aurais du me taire, sans force de révolte, je compte, pourtant, je compte avec lui je ne compte pour rien, je compte contre sa force, après sa force, je compte dans une autre vie, après tout ce qui le définit, qui l’impatiente…avec d’autres il m’arrive de lui ressembler, j’emprunte ses traits…nous sommes tous débiteurs

 

- J’en ai connu, je ne finis pas, attends, ne raccroche pas, n’ose pas raccrocher. Ceux qui jouaient avec la règle des dettes, des dons et contre dons, qui ne rendaient jamais. Je l’ai accepté, c’était pénible au début, je l’ai accepté, quand je n’ai plus pu alors je l’ai éconduit, aucun effort ne peut aller contre ça. Un crime, un assassinat, aller contre la personne. Nous ne nous harmonisons que jusqu’à un certain point, puis la chaleur de la vie dilate les instruments, ils ne parviennent plus jamais à résonner ensemble. C’est triste, bien sûr que c’est triste et c’est aussi la vie, le lien vers l’autre fois, la prochaine fois, les retrouvailles. Il y a des peut-être, profite des peut-être. Maintenant oublie-moi. 

12 janvier 2026

Brouillon 2 - Samir - premier jet -

Sans plus savoir parler, il entre, dans le sabir mélangé d’accents fléchis, de fatigue et de solitude. Sans cesser de parler, Samir bute sur les mots, déroule ses sentiments, clairs, eux, les sentiments, dans la confusion des mots. Son langage se trouve pris dans une marée, à l’endroit où les deux Océans, Pacifique et Atlantique, se touchent sans se mélanger. Il parle approximativement sans rien retenir pour autant, puisqu’il pense il parle. 

 

Samir vit en France depuis longtemps, jamais à la rue, jamais stable, lui aussi tourbillonne. Il ne mélange jamais à ses paroles ni à ses messages des mots arabes, il ne parle que français, français confus, sans béquille, à trois jambes, cavalant à sa seule manière, en centaure blessé, soigné par les plantes et lé béton frôlés. Sa vitesse le blesse et le soigne, il ne peut distinguer la plaie de sa cautère.  


Samir aime Estelle d’un amour que lui seul peut exprimer, dans cette langue, sa voix aiguë, il peut traverser Paris et un peu plus encore de distance, pour satisfaire à ses besoins, il n’attend pas d’elle un baiser ou le mariage, il veut sa compagnie, ses messages, il souhaite sa présence, uniquement sa présence. Bien sûr il peut rêver de plus, tout le monde, lui y compris rêve, il rêve alors d’une toute autre vie, s’il rêve d’une autre relation c’est d’abord en rêvant une autre vie, une autre histoire.


Samir décrit parfois sa tristesse, les sentiments contrariés qui l’engloutissent, le désarroi, ce que plus communément nous nommerions dépression, mot qu’il évite, bien entendu, parce que sérieux, grave définitif, parce qu’attestant de sa faiblesse, s’il devait l’ajouter à toute son instabilité alors quelle sortie lui resterait-il ? Quel regard sur lui-même ? Il en donne le contenu « moi, parfois je pas bien dans ma vie » il extrait souvent le verbe de son parler. En priorité les verbes l’incarnant, qui l’endosserait et le réduirait tout entier, ll n’est pas, nous ne sommes que pour les autres. Ce non-être lui permet de se redéfinir, une droite, commençait quelque part dans l'espace, sans s'achever nulle part.

 

S’il ne se limite pas aux modalités, devoir, avoir, être, sa vie le mène à toutes les embardées. Lorsque je le croise, il échange toujours avec des gens, toute sa vie trafique, il connaît toujours quelqu’un et toujours les gens, immédiatement, le prennent en sympathie

Il convoite le repos, parfois, comme tout poète comme tout saint errant. Un intérieur chaud et bourgeois, le coin du feu athée, un bon lit, une croix renversée.

Samir vit dans ces noeuds, se déplace dans routes, bois, chemins involontaires. Il fait.


Il y mène une vie étrangère à ma vie, une marge impossible à consolider, sans équilibre. Comment se vit on ainsi traqué et affamé, proie et prédateur, roux renard gracile redoutant le loup, désirant le paon ? 


Samir rend visite à Estelle pour lui apporter les médicaments délivrés, désormais, uniquement sur ordonnance sécurisée, obtenu sans qu’il n’en révèle le secret.

Il entretient le mystère, celui des contacts, qui donne une contenance à chacun, une légalité et une égalité. Il obtient et procure ce que celle, toute légitime, donc glorieuse et supérieure, désire. Il l’obtient par l’exercice d’un pouvoir, celui des contacts, il s’en faut de peu qu’il n’épaississe le mystère et révèle, se taisant, les forces obscures avec lesquelles il est aux prises. 

 

Les médicaments arrivent, avec lui, montant quatre à quatre les marches jusqu’au 4e étage, il tend le sachet de pharmacie, avec la boîte de médicaments, le langage mélangé, il en reste quelque chose dans chaque comprimé, chacun d’eux, avec la gorgée de Perrier qu’Estelle fait rouler dans sa gorge. Il l’enlace immédiatement, reprend son expression, un précipité confus, dense, j’amène à manger. Il ne cherche pas par là à prolonger le moment pour en jouir, il apprécie le plaisir qu’il procure, son utilité, là, là à sa place. 

 

 

8 janvier 2026

Ta-ta-ta

La neige tombe, les enfants l’amassent dans leurs paumes nues, les plus grands moquent les petits plus maladroits, leurs moufles qui ne leur font qu’un seul doigt. Les grands ont les mains roides de givre et de froid, ils aiment voir leur haleine fumer dans l’air, prendre le temps de sa dispersion, ce quelque chose, un pas grand-chose, devenu rien. Passant du visible au non-visible. Toute la vie les conduira à cet endroit, la vie les y mènera, chaude ou froide, elle les entraînera par tous les paysages, le sarclage moderne de la terre, l’évasion, l’ennui et l’amour. Tous connaîtront tout qu’à leur tour ils appelleront la vie. 


Les plus grands n’ont que neuf ans, eux aussi, mal assurés, visent mal, boudent, retiennent les larmes que les plus petits versent. Il leur faudra parfois dix ans pour retrouver les pleurs.


Marc reste débout dans un coin, à l’abri sous le préau, il trouve bête de se rassir les mains, comme son père dit, dans le froid, il vaut mieux rester dedans, où il fait chaud. A l’heure de la sonnerie il quitte la classe lentement, toujours faussement distrait, ayant oublié à son pupitre, son bonnet, son écharpe ou de capuchonner son stylo-plume. Tous ces oublis sont ses premiers regrets, mélancolique, plus tard, lorsqu’il se retournera sur ces curieuses années de sa vie, ennuyeuses, lentes à passer, il oubliera son regret, l'intention réelle, et ne se souviendra que de ce que les autres disaient de lui, tête en l’air. Il se présentera distrait, tête en l'air, ainsi depuis l'enfance. 

Les autres le trouvent bizarre sans l’embêter jamais, il les intimide, avec son joli visage de faon, son attitude toujours de danseur tout près du miracle. Aymeric l’aime, Anna l’aime, tous les deux parlent avec fièvre de lui, leur sujet préféré, ils roulent la neige dans leurs mains, ils expirent la vapeur, ils rient et entre deux sursauts, quand la boule touche, douloureusement, l’oreille glacée, ils parlent de Marc. Aymeric ignore ceci, qu’il aime d’un amour amoureux, égal et symétrique à celui d’Anna, il nomme ceci avec plus de légèreté, malgré la douleur la nuit, lorsqu’il pense à Marc. Anna possède un droit plus franc, plus évident, elle est amoureuse, ce qui étonne Aymeric, s’il décomptait sur ses doigts raides, les motifs de chacun et mesurait entre ses bras, les étendant de la plus grande largeur possible, la quantité d’amour, il ne souffrirait pas de la comparaison, trouverait même son avantage, privilège des vestiaires séparés, il connaît un peu le corps de Marc. Le grain de beauté dans la clavicule, il aime bien le creux et le plein de cet os là. Bien sûr, si jeunes, leur amour ne connaît aucune sorte du désir adulte, il tient en regard, en pensées, en plein et déliés, cet amour ne démange pas ni ne déchire les entrailles. Ils ignorent qu’ils ne le retrouveront jamais, jamais sous cette forme, qu’un intrus ou un invité, selon le talent et la chance, s’y mêlera. Alors, ils aiment, précieusement. Aymeric se dit qu’il aimerait mourir, là, tout de suite, en regardant Marc. On ne peut que lui souhaiter. 

TA-TA-TA-TA

4 janvier 2026

Admirable Paresse

La fatigue celle

du jour après 

après quoi déjà

quelle amnésie s’en vînt te

tourner la tête l’ouvrir

sacrilège ah il dit sacrilège

épandant sur la terre son pas

fumier, les entrailles une marche

forcée de forbans 

martelant, martelant, martelant 

mutins, battus par les mots 

un capitaine, sa lame 

inclinée, ses gestes mènent

au tout avant, l’abord

juste avant la mort le misérable miracle

parfois tient en joug tous les passagers

aventuriers de peu de sens tentant 

leur chance où donc la même vie 

chère tout autour du monde l’amour

même partout les mêmes yeux ce regard

un adieu embué des traces de haine

d’inadvertance déposées lui aussi

renverse le broc d’eau les dix centilitres

d’amande amère, le bleu cyanure. 

la poésie où s’exercer soi forain 

élève teinturier qui pour maître

obéit à la paresse seule

l’admirable paresse.

 

 

enfant, heureuse joie tu minaudes joli

à l’heure du thé vert que le poignet honni

osseux et maladroit pilait la mère avec

Poussière ta maman petit corps vert sec

 

 

 

viendra 

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3 janvier 2026

Sériel - brouillon

Tous les mardis, à dix-sept heures, il se rendait chez le serrurier pour reproduire sa très simple clé d’appartement et, dans le même temps, celle de la boîte aux lettres. Le serrurier ne manifestait plus aucune surprise devant ce rituel étrange, le serrurier l’attendait, le serrurier savait qu’il était dix-sept heures dès lors qu’il franchissait la porte de sa boutique. Comme à l’habitué d’un troquet, le serrurier reproduisait la clé, sans parler, le serrurier comprît rapidement qu’il ne percerait pas son mutisme. Le serrurier, lui indiquait, superflu, qu’il pourra revenir d’ici trente minutes. Ce qu’il savait déjà.

 
Pendant l’attente, chez le papetier, deux-cents mètres plus bas, il achetait un porte-clé dans le plastique duquel un petit papier comportant trois lignes s’insérait. Il y écrivait, alors, le nom et l’adresse d’une de ses connaissances. Il procédait par ordre anté-chronologique, ses plus fraîches…sympathies, jouissait de la primeur. Au début, à cause de l’espace réduit de l’encart, il ne parvenait pas à écrire très lisiblement puis il trouva la technique, la bonne façon, écrire en petites lettres capitales, déliées ce qui donnait :

 

JEAN FOUQUET
33 AV. Foch
Paris 75016

 

Il possédait, acheté sur Amazon, une multitude de badge magnétique qu’il programmait, chez lui, avec un tout simple appareil, qui permettait d’ouvrir toutes les portes d’immeuble. Universel. Il finalisait le porte-clé en y joignant ce badge. Il disposait ces badges dans un meuble à trois étages. Il programmait la livraison tous les six mois par Amazon de vingt-six badges.

 

Le mercredi matin il se levait à 5h, il méditait une heure pour choisir un lieu où déposer le porte-clé. Il utilisait une carte listant les coins mal famés de Paris ceux au taux de violences et de délits les plus élevés. Une fois l’endroit choisi, il déposait, de façon visible sans qu’il ne soit trop évident, le porte-clé. Pour éviter qu’un passant hors-sujet le trouve, que, tout empli de morale, ce passant le remette au commissariat ou, plus gênant encore, que ce passant rédige un post facebook ou une story instagram.

Il destinait ce porte-clé aux locataires des lieux affreux, aux relégués, aux négligés à ceux qui portent en eux, le revers de la société, une colère et une survie.

Puis, jusqu’au mardi suivant, il espérait de tout son être qu’un évènement vienne bousculer l’Existence, il fantasmait les espoirs de celui toxicomane ou cambrioleur opportuniste, il fantasmait le désespoir de l’occupant légal, qui trouvera — ou ne trouvera pas, sera informé par les voisins ou les sirènes de police — devant sa porte un de ces errants maladroits, cambrioleur débutant, se rengorgeant, légitime par la clé possédée. Prêt à protester d’un vibrant j’ai la clé.

 

Le voleur n’agissait pas en voleur à ses propres yeux de voleur, le voleur agissait en propriétaire, pour la première fois de sa vie. Il s’imaginait en bandant, cette scène, il en espérait le récit, un vous savez pas ce qui m’est arrivé devant lequel il ne feindra même pas l’indifférence, il ressentira toute la violence du moment, le bonheur de ce que l’évènement se range dans la catégorie des miracles et le saint même s’étonne, toujours, du miracle accompli, peu importe les murmures de Dieu, les paroles sacrées du prophète, le rituel exécuté au sacrifice près (suprêmes d'orange et ongles de pie inclus)

 

Il bande en imaginait le voleur enfonçant, impatient, la clé dans la serrure, imaginant, tout le long de son itinéraire le tout luxe à échanger pour une dose ou n’importe quel plaisir, le voleur se demandant auprès de quel receleur, traînard de Stalingrad, le lui voleur pourra transmuter son capital.

Il imaginait le piètre enfonçant la clé dans la serrure, comme une première fois, la première fois pour un homme dans une chatte —il imaginait des hommes seuls capables de cette fornication — ou dans un cul. Il le voyait nettement, de plus en plus nettement grâce à la combinaison de son imagination et des récits éparpillés qui depuis deux ans, presque 52 fois par an, vacances déduites, lui étaient rapportés. 

 

Le type insistait, s’y reprenait, s’accusait, reprochait à ses mains de trembler, leur demandait d’obéir parce que…derrière la porte, sans forcer, un bientôt, sans pied de biche, sans arme, sans violence. Le voleur perdait la notion du temps, reprenait son souffle, se refusait aux coups, aux gestes qui le rendraient visibles. Le type enfonçait la clé qui n’entrait pas dans la serrure à trois points de sécurité, parfois, vaguement, l’apprenti comprenait la duperie, que quelqu’un, il, s’était joué de lui, on-il l’avait abusé, sans mettre jamais, précisément, le doigt dessus.

 

La plupart, il en était certain, ne blâmaient qu’eux-mêmes. La plupart ne déplorait pas leur naïveté, ces quasi, maudissaient le mauvais sort, une fois de plus, la malédiction, l’habituel foudroiement les frappait. Victimes, encore une fois, du monde. L’injustice comme protagoniste essentiel de leur vie. Ne se voyant pas voleurs.
Pourtant aucun n’haussait les épaules, il en était certain, aucun ne pouvait tout à fait se résoudre, habité du même espoir que le joueur du loto à moins une minute du tirage. Tous insistèrent, tous y perdirent quelque chose. Il s’en persuadait.

Tu n’entreras pas ici mon banni, il aurait adoré installer un petit micro ainsi qu’un petit haut-parleur pour susurrer ces paroles. La technologie ne le permettait pas encore et ses compétences techniques se limitaient à la programmation des badges, ce qui déjà, assurait sa fierté.

Il espérait, pour ces garçons, la vie plus jamais la même tout en sachant, tout à fait, que leur vie continuerait, roulant ses épaules, grise, en guenilles. Pour ses connaissances, pour certaines de ses connaissances il en ira autrement. Surtout les femmes, les femmes qui trouvent, devant leur porte, un acharné aux yeux rouges, dont la violence sursaute en voyant la véritable occupante, où l’espoir accumulé se change aussitôt en rage. Une fois, une seule fois, un de ces en lambeaux, serra fort la gorge d’une femme, il le sût, avant tout, parce qu’un présentateur de télévision, racontait l’histoire. Il reconnût le phénomène, malgré l’allusivité du commentaire, il sent sa responsabilité. Cette nuit il jouît deux fois.

Là, il imagine les larmes de frustration couler des yeux de cet exilé qui pensait envoyer un mandat au pays, ça l’excite. Le Sri-Lankais qui s’imaginait baiser une pute, ses couilles le démangeant d’avance des morpions qu’il ne chopera même pas.

Il se dit que ça vaut mieux que tuer. Ou peut-être pas. Va savoir.
Haha.

2 janvier 2026

Même fil

Depuis combien d’époques, des trillions sûrement, je me mets face à l’écriture en me sachant devoir recommencer dans la maladresse, l’erreur, l’impossible. Puis, pire, retournant en arrière, lisant quelques extraits ou longues peines exprimées, mon élégance d’avant, mon tour d’esprit ou toute autre forme valable me reviennent et me disent, comme un vieillard retrouve sur une photo son visage de vingt ans sans rides, tout le perdu. A l’inverse du vieillard, le savoir écrire peut revenir sans procéder aux coûteuses douleurs de la chirurgie. Recommencer
pourtant, je souffre, au présent de mon absence d’aisance, des lourdeurs que seule la répétition peut dissoudre or rien de plus difficile, devant la difficulté du combat, que s’obstiner. L’écriture finit toujours par revenir, l’ancien style changé, bien entendu, certaines grâces perdues pour toujours, d’autres forces apparues par la vie entre temps vécue - ou son absence de vie.
Me voilà à nouveau, encore une fois, avec le même degré de douleur, à ce point de retour, au moment où la vie doit reprendre, après le cataclysme du mois passé, la dépression éreintante. Me voilà à devoir dire, reprendre forme et phrase…pourquoi pas ? En vain ?
La douleur, pour moi, est ici aussi de me dire ah que serai-je sans la coupure, à quelle hauteur de la langue me trouverai-je, plutôt que ce laborieux tour, ces coups de masse dans la terre rude et stérile — instérile, bientôt, à moi de la féconder ? A force ne devrais-je pas me dire que, voilà bien, je n’écris, ne lis, ne vis que par période, éclaircie et saison, que, plutôt que de me morfondre dans le regret, d’angoisser devant le paysage englouti puis, ce même paysage — changé par les années, les pierres roulées, les éboulis —reparu, suscitant la même angoisse, les rendre ces deux évènements uniment liés à moi, me composant tout à fait. Cesser, donc, de s’accuser des sursauts et des suspensions, se dire que ma rigueur va de ces périodes de gel, de sommeil à ces autres de fièvre et chacune, toujours, contient comme un filigrane, l’autre. Chaque fois, chaque session. Donc, concevoir ma vie comme mon écriture, en comprenant ces informations, cesser de me rapporter à autre chose, à autrement, de me comparer, fut-ce à moi-même, mes antériorités qui chaque fois m’approchèrent de la grâce de la gloire. Ne pas devenir un de ces, l’âge avançant, j’aurais pu ni si j’avais su.
Encore, cette ligne, encore toujours, écrite chaque fois, à chaque retour, à chaque coup semoncé sur la porte, cette ligne, ce grattage, moi la chatte en chaleur, ma saison, le ventre par anticipation pendant, les mamelles pleines, si j’avance la coulée laiteuse et mal famée ah…
Ici, voilà le point, 

j’écris, j’écris à nouveau

peu importe ce que ça contient, peu importe l’histoire, le style, l’adresse, de retour à ce point là, à ce nouveau point eh bien voilà, les constellations sont avant tout des étoiles dispersées, ce sont les autres qui tracent les lignes, les coutures qui sont aussi, surtout de blessantes lances.
J’écris. Pour rien pour faire pour ah quoi bon. Pour.
Reprendre, ce fil, même fil.

29 décembre 2025

Brouillon d'angles

La dépression installée là depuis des semaines telle que je ne l’avais vécue depuis 2017, depuis avant le lamictal, depuis avant Jeanne la première fois. La dépression, celle qui harasse pour transformer vos journées en un bloc dysfonctionnel de 48 heures. A l’exécution de la première moitié un sommeil, sommeil de désert, peuplé de rien, sans songe, sans ombre, aucun secours dedans, aucun monde imaginaire, secours, toutefois, du temps passé, de dix (10), quinze (15), vingt (20) heures d’une étincelle engloutie. La seconde moitié, elle, se trouve du côté de la vie maniaque, folle et incessante, pendant plus de 24 heures je ne dors pas, n’en ressens que peu le besoin, alors la vie afflue, la vie différente, bien entendu, comme le sommeil lui aussi diffère. J’appartiens à un autre régime des mots et des actes, animé par une variation des thèmes communs, connus et appris. Il faut se débrouiller, là-dedans, dans ce brouillard nouveau — il dissimule des paysages inconnus — pour trouver une direction, malgré tout avancer sans rien détruire, sans rien abîmer, se poursuivre là-dedans, dans ce semblant-semblable. L’espoir, un peu. Espoir-à-peine.

De tout ça quels lendemains, quelles demeures, quels lieux, quels vagabondages ? Qui, familier de ceci, chercherait dans sa mémoire, secouée elle comme un grimoire poussiéreux recelant le miracle disparu, impie jadis, peu importe aujourd’hui la malédiction attachée au remède. La mémoire, quel épuisement d’en parcourir les sinuosités, remonter à la trace les fausses pistes, marcher les pieds boueux dans cette vie ancienne, hantée, jamais tout à fait la sienne puisqu’au passé, puisque déjà dix fois écrite et réécrite.

Comment m’en sortais-je ? Je ne le sais plus. Probablement parce que je ne m’en sortais pas, que ces époques de crise, chrysalide la vie et cette vie enterrée sous le béton armé du désespoir ne peut qu’attendre pour changer, muer une nouvelle fois, déformer jusqu’à sortir, par le plus mince espace de la coquille, se faufiler, abandonner, je ne sais, trois quart, ou neuf dixieme, de son ancien corps, n’en retirer qu’un centième puis de là, de soi avorton encore, recommencer. De ces anciens temps je ne garde aucun souvenir des remèdes parce qu’il n’en existe pas, ni le temps, ni les médicaments, ni l’affection, ni l’enfermement. Il s’agit de mourir en soi puis recommencer, dans un autre biome.

Douloureusement, s’apercevoir qu’aucun espèce d’espace ne s’habite, avec la solitude pour seul lot. Nous sommes abandonnés parce que nous n’appartenons plus vraiment à aucun groupe, tout se fait hostile, méchant, adverse.

Attendre, sous la pierre sèche, coupante soi, que ça casse.
Ne pas mourir, ne pas se corrompre, mesurer les excitations, se prémunir des dangers, de l’angoisse.
Attendre la vie nouvelle des anciens bûchers ce souvenir seul demeure, l'odeur de chair brûlée ancestrale, le premier et le dernier sort à la fois, transmis, d'os bouillis
Attendre.
Le reste, les miracles, les sorties, les invocations, tout ça je les garde pour les jours ou les nuits, où assises sur un divan ou debout, la tête contre le mur, à se la frapper de toutes ses forces, les patientes chercheront aussi leur issue de secours et ma voix les guidera, ma voix les guidera sous les lueurs factices, au son du tambour, un rite pourquoi pas, de dix séances ou d’un ou deux ans, à maintenir ces autres dans cet espace, ici, dix mille jours de déprime pour n’apprendre qu’à ériger des clôtures et les nommer safe place ou cabinet de diversion. Comme l’amour, un amour inoubliable.

J’attends, comme souvent. Je ne dois pas renaître, c’est au monde d'apparaître. 

28 décembre 2025

De sale seulement

Demande toi, maintenant, si tu veux te perpétuer ainsi, si ta propre généalogie, la division de tes cellules et l’accomplissement du je, ton lendemain, s’annonce ainsi, de cette sorte là, proche de l’immonde du très peu, de tout ce qui plus jeune t’horrifiait, la paresse, le gluant, le plaisir trop facilement atteint et si cher - d’un prix encore celé - à acquérir. Veux-tu demeurer celui-ci, assurer ta pérennité sous cette forme là, dans ce présent-ci ? Que t’arrive-t-il chaque jour qui toi te recommence et te rétracte, t’annule. Tu diminues à vue d’oeil, triste miracle, où se trouve l’ancestral vacarme toi ton propre ancêtre, les pinsons, leur chant grec sur les très fines branches du peuplier, pareil à toi, arbre s’inclinant pour lui-même.
Reprends ta main, trace dans le ciel, la seule carte qui te mérite, que tu mérites, ta voie, creuse la, là, elle que tu dois creuser, le ciel pour toi est une matière dure et rugueuse que tes mains poncent et défoncent. Il est l’heure d’insister, à nouveau, après ce grand virage, presque vingt ans de détour, de fourrés, il faut bien le dire, ces buissons où l’amour à soi se présente. Ne dis plus rien, tu sais désormais toi même enfant comment à nouveau grandir en cancer et en joie, tu sais désormais, une fois de plus, la bonne cette fois, reprendre le fil d’une vie bien émondée. Oh, bien sûr, tu gardes en mémoire la vengeance, un peut-être, un enfant avorté qu’il faut oublier ou célébrer une bonne fois pour toute. Doit-on abandonner les anges ? De ça, tu n’es pas sûr. De ça seulement. 

18 décembre 2025

Pourquoi pas A quoi bon

J’aime à citer cette phrase ce Carver, que Mehdi découvrait en même temps qu’il me faisait découvrir Carver, J’ai 45 ans aucun emploi imaginez le luxe que c’est

essayez de l’imaginer.
Cette phrase me parût longtemps le seul destin souhaitable, vivre en se jouant de tout en jouant à n’être rien, quelques cris d’amours buissonnières pour toute vie promise. 


Puis, le temps passe, m’approchant de moins de dix ans, voyant plus nettement, sans flou ni mirage, la phrase dans ma vie, l’angoisse qu’elle provoque et le courage qu’elle exige 


Le voulusse-je encore, aujourd’hui, en ce 18 décembre 2025, après que les haines pacifiées ressurgissent ; montantes marées sans entrain ? Chassé de l’exil même, retrouvant pied pour le prochain élan, le futur vacarme, un drame à deux mains serrées. 

 

Une vie sans fatigue, sans sommeil et de tout à fait les deux.

L’angoisse de vivre éclaire ma vie à mesure que l’envie du suicide s’en éloigne. La mort rassurait, me gardait, elle endolorissait l’inquiétude du futur et de la conception commune, celle des autres, de la mort venant à temps ou par surprise.
La mort qui tous angoisse, elle, cette mort rôde dans la durée, elle hante et tue par l’omble au pas d’amble. 

Leur mort.

Fruit mort vert tout juste. 

La mort, pour moi, la vie de la même façon — la vie non comme un revers et plutôt comme une autre graphie, un idéogramme tracé vivement, d’un calligraphe confus, bientôt condamné à mort, il entra un jour de chaleur boire les eaux du harem rempli de femmes verdies d’attente  — plus qu’un organe encore, continuait mon corps, membre voussable à souhait, comme ma main, comme pour le danseur la maîtrise de l’espace en ses muscles cernés. 

 

La vie peut-être.
Le pourquoi pas 

remplace maintenant

l’ancien

A quoi bon. 

28 novembre 2025

S.

Safia parvient parfois, pour quelque période, à retrouver la raison. La dernière fois le 5 mai, elle se souvient précisément de la date parce que pour la première fois, depuis deux ans au moins, un garçon, elle oublie son nom, plaça sa main dans sa main et la serra, la serra tendrement, fortement, la serra si vraiment - dans une faute de français, de tendresse - qu’il lui transmettait par vagues, par jet de pierres, un chant d’amour, . D’amour elle fut sevrée, se crût sevrée, se dit alors que la folie s’étendit, complexe, rugueuse dans ce manque, que la folie qui voisinait si souvent avec l’amour, l’amour fou, s’insinua toute entière en elle, pour combler d’abord une absence, pour éviter la trop folle attente des êtres aimés. Folie consolante, joyeuse, puis, la folie, toute folle de son appétit nouveau, ne sut s’empêcher, sans conscience, folle de la folie affamée elle prît la place de l’amour, cet espace réservé, voisin d’elle-même, qui forme la part amère du couple. La folie s’engoufra dans toutes les cavités, au lieu de l’espoir ou des choses encore nommées qui ne trouveront jamais ni nom ni fonction. La voilà ce 5 mai, à moins une minute de la main, toute frissonnante.

Vînt Le 5 mai, quand la main la saisit, la main, celle du garçon , définitivement elle ne parvient pas à retrouver le prénom, à la place elle conserve fraiche et sèche la sensation, qui absorba toute la folie, son humidité de jungle, de marécage, de bêtes rampantes, félines ou menaçantes. La main sèche, râpeuse du garçon, sans visage, sans nom, une main taillée dans un argile longtemps séché au soleil, craquelé. Une main pas agréable pour un sou qui la soulagea de tout son mal. Safia se trouvait une raison. 

24 août 2025

Bellegueule - dernier crachat

Brouillon vers début 2025

 

L’heureuse chose le verbe déployé dans son incessant basculement, pourquoi ici la naturelle volonté d’y adjoindre le mouvement sexuel ou répugnant qui habite peu mon désir ou ma façon d’être en dehors du pur discours, de m’orienter moi dans le verbe sexuel, vil, gluant toujours avec à la main une fictive badine en bois rose et à pommeau d’argent — que j’aimerais porter à la main ce bâton fabuleux en tirets cadratins. Par là, nul espoir ni même envie de choquer, pas de croyance en ce que cette façon de dire, ce faire, de la bouche les lèvres léchées, provoquerait un scandale dans la tête abolie des gens. Est-ce que par là, le langage, analogue à celui de Francis Ponge, se déplace, en dehors, bien loin, de sa fausse vibration ? Savoir, pour moi, se révèle impossible, ces mots me débordent, proviennent d’autre chose que du refoulé, de l’inconscient, ils opèrent comme un étrange mécanisme, qui s’observe du dehors, moi, en dehors de moi, voyant, ivre, piégé, expulsé sans tout à fait abandonner les lieux, moi sans titre, sans corps, sans terre.
S’il faut parler alors, l’exclamation toujours s’avérera sexuelle, spermatologue, collante, impossible à détacher ni à gratter, mes ongles à moi n’y changent rien, ça colle.
Plus jeune, parce que ma langue se trouvait à mes yeux sages, petite-bourgeoise — c’est à dire d’un prolétaire en révolte contre son milieu d’origine, montrant la patte propre, ouaf-ouafant — à mon écriture se mêlait tout le séminal possible, la nudité crue, les va-et-vient, sans oublier aucun des objets de la sexualité et disant ceci il faut se rendre compte qu’en réalité s’omettait les vrais (ici nous voulons dire « véritables ») de la sexualité, aucune fois n’apparaissaient les mots gode godemichets cage de chasteté (aurait pu mais trop ignorant ils n’appartenaient pas à mon lexique ce qui dit beaucoup), plug anal ou plug tout court, poppers. Il y avait exclusivement du génital sans employer le mot génital trop laid à mes yeux (jadis et aujourd’hui pareil).
Alors quoi ? Quoi ?
Mon désir aujourd’hui de ce tremblement dans le langage de cette terminologie sexuelle où plug, gode etc se révèlent (peu, moins que d’autres plus ordinaires) s’avère-t-il l’héritier frustré, le puiné refusant d’entrer dans les ordres, lui sans terre aussi, s’armant à la conquête d’un océan ou d’une mer ?
Pourquoi ? Pourquoi sachant, voyant, qu’il s’agit seulement d’une autre façon, 

de nature semblable à la précédente, de dire le monde.

Loin, si loin, de Genet qui martyrisait la langue quand son emploi judiciaire tuait lui et les siens, lui, qui faisait des crachats adressés aux pédés des roses. D’un temps si lointain, lui, d’un risque plus grand, il se déhanchait comme il désirait voir les jeunes hommes eux aussi se déhancher pour bander. Voilà tout le problème, ma langue ne mouille pas, au mieux, elle bave comme bave le bas obsédé ou le trépané. 

 

Je n’aime pas Edouard Louis qui déplore chez Genet ces roses provenues des crachats homophobes, parce que croit-il, il importe davantage de clouer le bec, faire fermer la gueule infâme. Edouard Louis fait de la politique, que de la politique quand Genet élevait par la poésie. Oh, le poème ne sauve que quand tout est perdu, bien entendu, et mieux vaut cent fois aucun meurtre que changer la lame assassine en le délicieux fouet des perversions. Oui, oui bien sûr et autant qu’il le voudra. Ceci, pourtant, ne comprend rien à Jean Genet qui lui aussi clouait le bec, fermait la gueule. 

13 juin 2025

Les textes de dix minutes et deux verres de Campari - Jeanne à côté danse.

Juge ce texte sévèrement en considérant que je l'ai écrit snas le relire en dix minutes. Pour autant n'excuse pas sa qualité par la durée de sa production. Tiens en juste compte en l'évaluant. Il ne s'agit pas de me roast mais bien de l'apprécier en poétique, en style et en sens. 

L’heureuse chose le verbe déployé dans son incessant basculement, pourquoi ici la naturelle volonté d’y adjoindre le mouvement sexuel ou répugnant qui habite peu mon désir ou ma façon d’être en dehors du pur discours, de m’orienter moi dans le verbe sexuel, vil, gluant toujours avec à la main une fictive badine en bois rose et à pommeau d’argent — que j’aimerais porter à la main ce bâton fabuleux en tirets cadratins. Par là, nul espoir ni même envie de choquer, pas de croyance en ce que cette façon de dire, ce faire, de la bouche les lèvres léchées, provoquerait un scandale dans la tête abolie des gens. Est-ce que par là, le langage, analogue à celui de Francis Ponge, se déplace, en dehors, bien loin, de sa fausse vibration ? Savoir, pour moi, se révèle impossible, ces mots me débordent, proviennent d’autre chose que du refoulé, de l’inconscient, ils opèrent comme un étrange mécanisme, qui s’observe du dehors, moi, en dehors de moi, voyant, ivre, piégé, expulsé sans tout à fait abandonner les lieux, moi sans titre, sans corps, sans terre. 
S’il faut parler alors, l’exclamation toujours s’avérera sexuelle, spermatologue, collante, impossible à détacher ni à gratter, mes ongles à moi n’y changent rien, ça colle. 
Plus jeune, parce que ma langue se trouvait à mes yeux sages, petite-bourgeoise — c’est à dire d’un prolétaire en révolte contre son milieu d’origine, montrant la patte propre, ouaf-ouafant — à mon écriture se mêlait tout le séminal possible, la nudité crue, les va-et-vient, sans oublier aucun des objets de la sexualité et disant ceci il faut se rendre compte qu’en réalité s’ommettait les vrais (ici nous voulons dire « véritables ») de la sexualité, aucune fois n’apparaissaient les mots gode godemichets cage de chasteté (aurait pu mais trop ignorant il n’appartenait pas à mon lexique ce qui dit beaucoup), plug anal ou plug tout court, poppers. Il y avait exclusivement du génital sans employer le mot génital trop laid à mes yeux (jadis et aujourd’hui pareil). 
Alors quoi ? Quoi ? 
Mon désir aujourd’hui de ce tremblement dans le langage de cette terminololgie seuxelle où plug, gode etc se révèlent (peu, moins que d’autres plus ordinaires) s’avère-t-il l’héritier frustré, le puiné refusant d’entrer dans les ordres, lui sans terre aussi, s’armant à la conquête d’un océan ou d’une mer ? 
Pourquoi ? Pourquoi sachant, voyant, qu’il s’agit seulement d’une autre façon petite-bourgeoise de manier le langage. 
Loin, si loin, de Genet qui martyrisait la langue quand son emploi judiciaire tuait lui et les siens, lui, qui faisait des crachats adressés aux pds des roses. D’un temps si lointain, lui, d’un risque plus grand, il se déhanchait comme il désirait voir les jeunes hommes eux aussi se déhancher pour bander. Voilà tout le problème, ma langue ne mouille pas, au mieux, elle bave comme bave le bas obsédé ou le trépané. 

28 mai 2025

Toledo - avril ?

(avril 2025 ?)

 

Si seulement tu crevais 

au lieu de moi que ce soit dans la poitrine de quiconque 

ton coeur à toi qui se décrochait

qui le coeur devient une boule de poils

scratchés sur le sternum ou quelque os

mieux professionnellement appelé

suspendus à force de la gravité les trous noirs bileux

qui absorbent la lumière restituée en battements nerveux. 

 

Lorsque je lis, chez Camille de Toledo, la trouvaille de la dépouille de son frère, entre les mains tremblantes de sa mère et de son père, décroché à l’instant, par qui, je l’ignore, de la corde qui le pendît, je pense aussitôt à moi ma mort, l’envie, brutale jadis, de me jeter sous les essieux du train. Il y a, dans ce corps intact parce que pendu, la possibilité du deuil, le support, avant celui de la tombe et de la concession funéraire. 


Je crois que c’était là ma pire crainte d’empêcher le deuil de prendre appui, d’abord sur le cadavre réel. Parce que l’on ne peut pas rendre figure humaine, celle proposant le dernier au revoir. Je me demande comment change la qualité du deuil et, pour me renseigner, afin de ne pas tâtonner comme jadis - mais se produit de ce tatônnement un état de la connaissance puisque nous prélevons des informations que nous n’aurions pas trouvé autrement - je demande à chatgpt de m’instruire des conséquences d’un corps méconnaissable. Comme je le suppose il existe, de façon distendue, sans que ce ne soit un objet constitué de la recherche universitaire, une sociologie du deuil. 


Avant, tout, j’apprends qu’il existe des obligations légales quant à la présentation de la dépouille - nous trouvons toujours des informations périphériques y compris en utilisant chatgpt - et lorsque celle-ci est méconnaissable le code Code général des collectivités territoriales en France, art. R.2213-33 et suivants (je ne vérifie pas la véracité de l’information ni si les articles ou le code visés traitent réellement de ces termes) le procureur ordonne une présentation scellée. Et voilà que la vie perdue voit aussi la mort volée que le pouvoir sous une quelconque de ses émanations décide de ce qui peut être vu ou soustrait au regard, de ce qui se montrera ou de ce qui sera dissimulé, de façon forcée, prisonnier du cercueil.
Le droit ici ne dit rien de la vérité du deuil, de ce que le deuil réclame, de ce que la mort pour passer, pour se rétrécir jusqu’à une taille digeste, qui ne se coince plus dans la gorge comme une grosse pierre effilée. Le droit est tout à fait impuissant, il agit là comme un garant de bonne morale, comme un parent autoritaire décrétant, fort, probablement, d’une longue expérience, de quelques études sur le sujet mais qui ces études ne disent rien des singularités, de la diversité de ces dépouilles méconnaissables.Puise méconnaissable ou pas je peux moi sentir le pourrissement 

puis celui-ci seulement qui connût vivant l’enfer 

peut-être dois-je voir de mon père incestueux

de ma mère violente

le corps putrescent pour me garantir que pour toujours et à jamais

il ne ressortira pas de son amas grossier

qu’intérieurement ou pour de vrai devant cette bouillie macabre 

je puisse pousser mon hululement sauvage une bête libre

Pourquoi ces raisons conduisent-elles à me priver de la vue

comme du temps des cosaques

pour me l’approcher des yeux

poser les yeux sur le cimeterre chauffé

agir en eclipse

me priver pour toujours de la vue

et encore

encore

je veux pouvoir sentir s’exhaler du cercueil 

du coffre en verre ou quel nom donne-t-on 

à ces réceptacles attendant l’ultime geste du rite funéraire

l’inhumation ou la crémation 

l’odeur 

la sainte odeur de la chair passée

mauvaise viande source de mes maux

te voilà bien avariée 

laissez moi donner et demandant ceci à chatgpt il me répond avec son brio usuel 

que la dignité du mort prime sur tout 

et le résume en cette formule que je trouve parfaite

le droit protège aussi le corps du monstre. 

25 avril 2025

Jesutérus.

Baise approximative 

aux détails suspendus

dehors il ne grêlait plus

jamais plus il ne grêla ainsi

c’était le dernier mois de mars que je vécus arrosé de 

ces grosses pierres de givre.
Zeus aux éclairs en grève

changeant d’armes 

basculant pugiliste 

ou frondeur

ou ressemblant depuis l’Olympe à ces singes étudiés par G. au cours de 

ses études ethnographiques d’Ouganda

jetant ustensiles merdes

que oui ces blocs de glace sont la merde solide

d’un repas pris sur l’Olympe

et Zeus un babouin 

comme tous les dieux difformités du monde animal 

à l’exception du Christ difformité déviante d’un utérus qui prît son indépendance

qu’on appela par souci de ne pas déranger l’ordre humain

des traditionnels filiations 

le besoin de han-han-han jusqu’à jouir jouir jouir seul ou à deux selon 

l’état actuel

la mesure

la quantité 

mesurée par le compteur Geiger

des radiations masculines

18 avril 2025

L'homme qui tomba amoureux de la lune

Ca pense

quelque chose en moi pense

Dans l’homme qui tomba amoureux de la lune

Le personnage, un indien métis, cause du bouge-bouge

à la fois fluide-sperme et acte sexuel

précieux à retenir dans son mouvement

son économie et son expulsion 

la vie s’achève quand s’assèche le bouge-bouge

dont ne dispose pas il s’en rend compte quand Princesse

son étalon - qui aussi le nom de sa mère - meurt d’une balle tirée

par Charles Smith indien renégat, pédé refoulé dont toute la contradiction

explosa dans la dispersion mortelle et péruvélente de la chevrotine

le cheval n’avait pas le bouge-bouge

s’aperçoit-il le cheval dans son périr le front transpercé de cette absence. 

ou meurt-il le cheval déjà-avant de ce manque là

ne réalisant la carcasse refroidissant à toute vitesse 

qu’à ce moment là qu’il était-fut déjà mort

le bouge-bouge que son père lui apprend à retenir

jouit sans éjaculer

quand il encule son père

ambigü

comme toutes les choses ambigües dans cette Amérique occupée

de 1894 son père qui ignore qu’il baise son fils

se fait baiser par son pédé de fils

bardache

et les femmes ? Si Princesse équivaut de quelque manière que ce soit à sa mère, son analogie animale et totémique comme chez les indiens - shoshones ou quelque autre tribu Cree - qui se trouvent sur Terre comme des êtres dépareillés, hantés ou, à cause du hululement massacreur de l’Américain le tybo, dé-s-hanté - dés(ench)antés, donc perdus, vidés - est ce le manque encore du bouge-bouge cette fin du fantôme, l’ancêtre et toute la collection du passé trucidé ?
Chez moi qu’est-ce que le bouge-bouge

du ça pense

est-ce le liquide céphalo rachidien dans lequel baigne mon cerveau

si je remue la tête de droite à gauche de haut en bas et dans tous les sens

pour tenter de faire sortir du bécher de ma tête ainsi agitée un nouveau savoir, provoquer par là une réaction chimique d’où aboutirait un nouveau-enfin je. 

Parce qu’il ne me reste à moi dans ce pays-ci que le plus étroit matérialisme, celui, la limite de mon corps

une frontière barbelée puisqu’aucune guerre n’annexera jamais aucun corps

ni même n’en éliminera ni même en les dissolvant dans l’acide en les brûlant dans des fournaises gigantesques

même l’enfer ne suffit pas à effacer un homme.

 

qu’est ce que le bouge-bouge-bouge transmis dans l’utérus plein à raz-bord dans un nouveau-né, Cabane ou - un autre nom retenu qu’il ne dévoile pas de peur que le diable le connaissant le dévorasse - sa soeur jumelle la foudroyée dès la naissance parce qu’il bût lui tout l’oxygène autour de la mère et que la jumelle se flétrit qu’advient-il du bouge-bouge quand un enfant-né une sculpture de sperme-bouge-bouge comme une statue de cire…ah les indiens engendrent Madame Tussaud

 

ma biologie étudiée même au microcosme ou aux rayons X la coloscopie le tube qui remonte par le trou du cul pour explorer ne trouve ici que des organes les mêmes partout plus ou moins aucun double-fond qu’un sorcier, l’homme médecine, ne dévoilerait, révélant ici par la danse ou les paupières closes du typhus qui apparaît enfin, mon animal en moi 

sa technique du sacré 

il aspire dans le dernier souffle de sa civilisation 

la douille fatale

qui percuta ses enfants

devenus aux noms officiels

aux titres de propriétés

tout renoncement

de leurs ancêtres baptismaux

leurs noms faux liés au monde alentour

Sitting Bull 

Big Foot 

tous alcooliques devenus

s’appellerait Cannettes de Bière

bouteille de Whisky

la fin du monde

qu'il est drôle pour moi de revenir ici écrire

habité par ce livre Cabane violé par Billy Blizzard

et moi qui ne connaît l'auteur 

que parce que ma violeuse me le fit découvrir. 

16 avril 2025

ECG anormal

Suite - 


Après ce début de mort à mourir l’idée, déjà présente à l’état flottant, attendant une autre résolution (advenue, depuis, en ma faveur, restituant mon pouvoir), d’agir  devînt impérieuse. Sans pitié mais sans cruauté je laisserai, encore, avant d’assister à la mise en mouvement de l’engrenage judiciaire, à ma violeuse le choix des justifications à condition que celles-ci s’entendent - s’étendent - des chiottes récurées, des lâchetés et des viols, chacun de ces actes, violences réelles et concrètes tout à l’inverse de ce qu’elle, violeuse, violant, venait de sa peur cet état de conscience abstrait tandis qu'aucune menace n'émanait de ma part. C’est à dire que le simple espace, disons la dernière chance, avant de ce que la plainte s’articule en une forme plus officielle - et le commissaire de justice a déjà pris acte de ses devoirs, son faire-part terrible parce qu’il rugit de ses titres coupants, réclame aussi que tout soit traité, c’est à dire que ça entre profondément dans les choses, ces cruautés bien réelles, la réalité du courrier trouvé dans ma boîte aux lettres, les avis changeants à chaque minute, les mensonges répétés aux autres parce que ça il va falloir le dire très explicitement que ça n’a pas disparu deux mois.
Faire face, comme l’on dit aujourd’hui.

déjà

voilà une première vérité
avant de 

faire justice

et je peux garantir ici même que d’autres se trouveront moins chanceuses puisqu’à elles aucune chance n’est laissée depuis que nous avons pu récupérer le message diffamatoire qui me visait et dont on sait qu’il se répandît. Et ça.
D’autres mieux traitées qu’une violeuse, il faut le dire. 

parce qu'il est temps que vérité redevienne coeur vérité qui coeur emplit de justes dix mille documents vous n'échapperez pas personne n'échappera ni la violeuse et sa psychophobie 
et déjà aujourd'hui l'accompte. 

16 avril 2025

Stances à une voleuse

Pour la première fois, cette nuit, je voulais m’endormir sans écouter aucune émission radiophonique pour me laisser aller à mes pensées comme je le faisais, plus jeune homme. Ma poésie provenait de cette mise en mouvement nocturne, dans cet échafaud somnambule où mon écriture se découpait en morceaux.
Dès lors que ma violeuse entra dans ma vie, je perdis ce pouvoir ombrageux, ce monde où la lumière n’entrait que rude et tourmenteuse.
Elle assommait tout, d’ailleurs, de ce qui de moi faisait la particularité, cet accès brutal au réel, elle contribua à m’en détourner. 

 

moi qui me sentis crever sans raison lundi 8 avril à minuit l’arrivée en trombe des pompiers l’ECG anormal tandis qu’à minuit j’écrivais sur l’ordinateur un verre de london mule à la main sans abus de moi à moi même la sensation du coeur qui s’effondre sur lui-même une masse de sang et de muscle tuméfié la rouge pâleur au visage sentir toutes les veines du cou tressaillir parce que le sang perd son sens de l’orientation les yeux exorbités mon dieu je vais mourir dans la douleur. Les pompiers me transportent la nuit à toute vitesse parce que mon dieu je défaille l’infarctus mon dieu et sans encore l’exercice de ma vengeance qui est aussi la justice. 


Oh, la violeuse n’agissait pas elle comme l’acide ou le cyanure flamboyant, c’était de l’eau - eau usée régurgitée - qui s’infiltra en moi pour pourrir les os, la pensée et m’interdire. Si je dois repenser à ma violeuse je repense beaucoup à ceci, ces jalons et barrières qu’elle érigea autour de moi, ce scandale aux yeux que je portais et que je remplaçai au fur et à mesure de son contact par un peu de sexe anonyme, un léger fard aux yeux, moi devenu à petites touches…
Je compensais, c’est à dire que je me niais en me niaisant. 

Ma vie avec elle, au-delà de ces années répétées de mes doigts salis ou ma langue putréfiée - ses horribles baisers son sexe puant - s’éroda.
Souvent, lors de nos disputes, je le lui hurlais

tu m’as volé ma vie. 

un lacanien ici rirait beaucoup 

méchant immoral 

trouvant que le i manquant, majuscule ou pas, dans son triomphe érectile

signifiait déjà beaucoup en ce temps là d’une timide retenue

le i dressé droit l’espace entre la barre et le point 

séminal 

le point qui engendre, la ronde trace séchée d’un plaisir en moi absent 

d’une dureté manquante tout autant

voleuse

heureusement, il y eût en ces temps là ces amantes aux corps souples et minces. 

V. après avoir obtenu de son viol réparation et punition après que je lui raconte ma violeuse en les termes les plus retenus possibles, c’est à dire la citation exacte des termes qui aujourd’hui font entrer les actes dans la catégorie d’elle violeuse et moi victime : 

si on ne couche pas ensemble je me trouve moche

me dit que je dois porter plainte que je dois faire instruire ce cas

ajoute je pensais que c’était une petite fille modèle

moi les mains dans la merde des chiottes récurées le brouillard de la sertraline il faut encore se traîner comme

c’est la femme aux temps anciens d’Einstein

ou Sophie Tolstoï les mains glacées et les doigts raides ramenant du puits l’eau fraiche pour son génie de mari

J’ignore si lui la violait comme la mienne me violait. 

Je sonderai cette nuit si je ne le redoute pas trop

son fantôme il existe une communauté sensible et secrète des victimes 

altérées, conduites épuisées aux puits

Il faudrait écrire encore et à nouveau

sur cette défense du fini

sur son je suis une femme

qui suffirait comme déterminant à s’exciper de tout

puisque 

je suis une femme

j’ai le droit d’avoir peur de changer d’avis puisque de cette qualité même

je ne puis faillir

quand ce femme

omet d’ajouter

bourgeoise 

qui perpétue bourgeoise toute une galaxie de gestes rudes impolis

or tu es une égoïste violeuse. 

2 avril 2025

Orbite

Je lis la production récente de poésie sans pouvoir m’empêcher d’éprouver à son endroit un certain dédain si je ne maîtrise pas, paresse et manque de talent mêlés, à leur mesure la mesure, j’y lis surtout la vanité d’un rien dire en rythme. Je repense à l’expérience lettriste qui se voulût rapport pur au son, au rythme, gardant de la poésie son objet de langage sans lui

Lorsque je m’essaie, moi, aux vers je ne parviens, voilà ma limite, qu’à en dissimuler le défaut sous la brièveté, si j’en allonge la foulée j’en tords la cheville, le boitillement apparaît, sans que le pas ne ralentisse. Ainsi je vais, fredonnant, obstiné, corps blessé des longs membres, aux vers obsédés. 

 

Je repense ici à Beckett à Molloy et Malone eux aussi aux corps meurtris se mouvant toujours en avant indifférent aux cisailles le monde que je vois comme un travail d’usine les gestes mécaniques à force de se répéter charclent nous vivons à distance de nous-mêmes comme le tourneur fraiseur dans la machine nous perdons un membre, dans notre cas, des organes, de la mémoire, prisonniers des machines, le temps qui ne s’arrête. Pas. 


Puis, je lis ces gens sans qu’aucun ne puisse se proclamer Shakespeare, Sophocle, Racine ou Rimbaud, sans qu’aucun ne puisse se dire ni Louise Labée ni Marceline Desbordes-Valmore et pas Monique Wittig je vois passer une cargaison de bêtes de traits mastiquant ces bestiaux l’herbe jaunie, pour rendre le lait identique à celui du sein stérile de la mère affamée, une noire toute livide qui enfonce sa maigreur dans le visage sans vie d’un enfant. Pas le sien. 

Ceux là, sans au-delà de la langue, piètre musique dépourvue du silence qui l’annonce et de l’après où se déploie la mémoire.
Or longtemps, il s’est agi pour moi, dans l’écriture, d’ensevelir le présent, peu soucieux du matériau employé, j’ai tiré des décombres ce que je trouvais, pierres de cimetière et l’acier tordu tiré du béton armé.

 

La morne plaine d’herbes un peu folles et ravies entre elles de se trouver dans la même étendue. Brins contre brins, distinctes simplement de longueur ou d’épaisseur.


Cette poésie me révulse. Rien ne se passe dépasse seul . Quoi qu’amoureux des interstices, ex-voyant revenu de son pouvoir obscur, je n’aime pas, en poésie, ces façons faméliques d’êtres. Le fantôme oui-peut-être, le cadavérique non-jamais. 

 

Et

le miraculeux

Et

dont je cherche, le sachant, en théâtre nommé béquille, son appellation en pragmatique linguistique

dont j’apprends sidéré 

qu’on dit 

tic

qu’il s’agit déjà d’une mauvaise habitude 

comme papa qui hurlait sur mon frère lorsqu’il s’amusait à loucher redoutant mon père de voir Yannis conserver à vie cette mauvaise habitude du coup la lui arracha avec succès

eusse-été si grave…

les bombes peut être se seraient tues déjà 

si Yannis louchait aujourd’hui 

Nous ne saurons pas.
Davantage de poésie

dans son oeil vert - parsemé de bâtonnets jaunes comme du soleil 

jouant dans l’orbite

à l’infini

2 avril 2025

Domotique

(mi 2024)

Toi tu y crois à la révolution, tu te le fais croire en tout cas jusqu’au jour où…c’est même pas le premier mort, le premier autre projeté autrement-ailleurs. Tu redouteras autre chose, c’est au futur sûrement, temps de l’hypothèse, qu’aujourd’hui d’une oeillade tu te permets de chasser. 


Tu redoutes la pluie, le campement de fortune, la lanière de ton fusil d’assaut qui cisaille ton épaule. L’obstacle à la révolution c’est ton corps-confort, confort, les saisons, la météo, le climat tout ça, par rapport à la lutte des classes, jamais vraiment sérieusement ça ne t’importa pourtant, là, tu sens bien, physiquement le climat, le climat bien plus que la météo, parce que…tu te souviens tes lectures sur la vie des révoltés, l’odeur de purin dégagée à en devenir cinglé.

Dormir avec les autres…les baraquements, deux planches pour lit, le matelas…ce qu’on trouve et trouvera. La promiscuité pour toustes. Tu refuses de te mettre nu, mon garçon, ton corps à nouveau te fait honte comme un adolescent pas fini, trop gros, trop gras ou trop maigre les os saillants ou le ventre gonflé reviennent au même, équivalences honteuses du corps.


Tu repousses au loin la révolution, tu freines même un peu, si tu te devais à toi-même la vérité, son avènement parce que dehors la température ressentie s’élève à - 4 degrés Celsius et que chez toi tu pousses sur 7 le thermostat de ton radiateur électrique, tu sens les vagues de chaleur dans l’appartement, elles te rendent heureux comme un bohémien avec une femme. 


Pourquoi t’imagines-tu sur ton canapé, près de ton radiateur qui cliquette parce que le métal se déforme sous la chaleur. Ce bruit t’insupportait, tu quittais nu le lit pour tourner la molette, augmenter à fond sa température parce qu’ainsi.
Si tu entendais dans cette langueur les haro de la révolution, tu fermerais tes fenêtres à double vitrage en espérant que ça passe, tu fermes les yeux, ce futur t’apparaît, tu éprouves un soulagement immense en voyant réfléchi dans l’embrasure des volets un scintillement bleu, tu entrouvres la fenêtre la sirène t’apaise, les gestes que tu trouves élégant maintenant, ces prises martiales, le serflex noir noué bijou fringant aux poignets de tes…camarades. Les voilà bien parés du bracelet anarchiste, ah.

La révolution, tu la laisses en héritage aux générations futures, tu sèmes par ton inaptitude de grandes graines de révolte, voilà ce que tu peux te dire au moment de monter le chauffage d’encore un cran pour te glisser nu dans le lit queen-size, déjà que tu trouves étroit, comme s’il se rétrécissait à l’idée de la révolution, qu’elle, la révolution, s’y glissait misérable engelure, au cortège crasseux. Tu veux les chasser, les révolutionnaires en pensées, de ton matelas 160x200, tu te réveilles en sursaut, suant, un cauchemar, tu te trouvais appelé sous des frusques pour drapeaux…et tu ne cauchemardais que du chauffage trop puissamment allumé. Tu penses, plus tard, bientôt, à installer une sonde à celui-ci pour le diriger directement depuis ton smartphone, entrer de plain-pied dans la révolution domotique. Ah…
 

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