Petits jeux théâtraux
En un seul jet :
Une famille, un enfant deux parents. Un voisin.
Le père : Jacques, Jacques, Jacques fils de la Jacquerie
(il chantonne)
La mère : Jean, Jean, Jean plaie de mon ouïe
L’enfant : Ah, Ah, Ah ma pauvre vie
Le père : Oui, Jacques pauvre de toi, pauvre de toi, ton allocation de la semaine, couic
La mère : Tu seras privé de ton argent de poche, Jean
Le père : Ce n’est pas juste !
L’enfant : Pauvre Papa
La mère : Et moi, moi qui me plains ? je devrais rendre mon tablier, pour qui vous prenez vous, quels grands airs vous prenez et toi, toi, toi surtout, derrière tes lunettes de vieillard, tu fais dix fois ton âge mon pauvre ami. Dix fois ton âge. Comment tu as pu me faire ça. Te vieillir de dix ans. Moi, je passe pour quoi…
Le père : Toujours, tes excès, tes abus, toi tu passes pour quoi, déjà, je peux te le dire, tu passes avant moi, tu passes toujours avant moi (regarde l’enfant) toi arrête de faire les cent battement de paupières…ça rend sourd.
La mère : Et pourquoi pas aveugle ?
L’enfant : Je croyais que c’était la branlette ça.
La mère : Le beau langage
Le père : dix ans
La mère : Douze ans
L’enfant : Douze ans et demi
Le père : Ah, ça change quelque chose
L’enfant : Douze ans et demi
La mère : Il est trop grand pour qu’on compte en demi années…
Le père : C’est pas ça, tu penses bien, pas la demie-année, c’est la puberté, il peut bien dire branlette
La mère : Gros dégueulasse
Le père : c’est naturel…
L’enfant : C’est quoi branlette
Le père : Tu emploies des mots sans savoir ? C’est…
La mère : CE QUI REND SOURD ET AVEUGLE
L’enfant : mais ça veut dire quoi ?
le père s’apprête à parler, la mère gifle le père
les parents partent
l’enfant à lui-même : ah c’est donc ça…maman me branlait souvent quand j’était petit.
petit coup sur la porte, un seul, l'enfant ouvre.
un voisin : vous avez reçu ce colis
l'enfant : merci
un voisin : ce serait mieux que tes parents viennent...où sont tes parents ?
l'enfant : ils sont fâchés, maman a branletté papa
un voisin : Ah, ça..euh.
l'enfant : elle me faisait ça aussi quand j'étais petit
un voisin (pensif, se parle à lui-même en se retirant) : qu'est ce que je dois faire ? j'ai vu que les africains faisaient ça...ils ne sont pas africains pour un sou..
dans la chambre des parents.
Le père : Toujours tu m’humilies, toujours tu dois m’humilier, le matin je ne trouve rien de prêt, le soir je ne trouve rien de prêt. Je me tue au charbon, rien n’est jamais prêt. Le rêve, les chaussons propres, neufs, la maison qui sent le propre, le linge propre, le pyjama repassé. Tu ne fais jamais rien.
La mère : Je te supporte, je t’endure, mon travail à plein temps. La ménagère parfaite nettoie, lave, de fond en comble tous les jours quand tu travailles je me lave de toi, je ponce, je déblaie, j’insiste, dans les moindres recoins, des recoins où tu te soupçonnes pas que s’y étende la crasse, ta crasse. Les hommes ça salit tout. Toi tu entres avec ton âme crottée, tu marches dans moi, avec tes bottes souillées, de tout ce que tu es. Tu ne le sais pas, ça. Je suis prête, je suis prête tous les jours, là, où ça compte.
Le père : Nulle part, nulle part le foyer, au travail, les dossiers qui tombent sur mon bureau, je les vois, je les vois à peine, à travers mes lunettes, mes lunettes de vieillard, comment ne devient on pas vite vieux, sans amour, avec des lunettes pour ne pas voir, des lunettes comme ça, ça marcherait du feu de dieu, pour tous les maris, parents, enfants, qui ne veulent pas voir, tout le monde, personne ne veut voir, il faut breveter l’invention tu allais dire, je le dis à ta place, ne t’inquiète pas, il suffira de te mettre en avant, tu deviendras une star, l’égérie, il suffira de te montrer pour que plus personne ne veuille voir. Tu n’auras qu’à te soucier de toi…
La mère : Ca y est ? Ca y est. J’accumule encore, l’ordure, les monceaux de pourriture, jusque dans…tous les coins de moi-même, je te rote, tu me fais horreur, tu me fais horreur. Si ce n’était…
Le père : Pour l’accident
La mère : Comment tu parles de ton fils
Le père : Comment tu en parles toi…de lui aussi tous les jours tu passes à te nettoyer ?
La mère : Lui, au contraire, il me préserve, il empêche les fondations de pourrir, de noircir, sans lui…sans lui, mon pauvre ami…oh, non, je ne t’aurais pas oublié, pas laissé tomber, pas parti avec un autre, pas partie pour une autre, oh non, tu serais dans la Seine. J’imagine les bulles que tu ferais…sous l’eau, coulé, noyé…
Le père : Sale comme elle est, pas à un déchet près la Seine. Tiens approche (elle n’approche pas) oui parfaite, je te superpose, je ne fais aucune différence entre toi et la boue. Vraiment…la boue et toi. Une belle photo de famille. (il prend le portrait de famille à la naissance du petit). Donne moi le marqueur. (Il cherche dans le tiroir un marqueur. Il ne trouve rien, il essaie de déchirer. le papier glacé résiste.)
La mère : Même ça tu ne peux pas, même détruire ta famille tu ne peux pas, moi, moi si je…si je t’avais pris à la gorge
Le père : Ca m’aurait plu
La mère : Comment ça ?
Le père : Je te dis : ça m’aurait plus.
La mère : Tu veux dire que tu attends ça ?
Le père : Je dis que ça me plairait.
La mère : Ca te plaîrait toujours ?
Le père : Et toi ?
La mère : Oui
Le père : Alors
La mère : Alors
la porte de la chambre grince
l’enfant : quand est ce qu’on dîne
le père et la mère en même temps : l’accident…
L’enfant : Hein ?
Les parents rient
Le père : Dien
L’enfant : Je comprends plus rien
La mère : tu as dit Hein, ton père a ajouté dien. Ca fait indien
Le père : On va manger Indien
L’enfant : Vous êtes bizarres…le voisin est passé pendant que tu branlettais papa
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