Vitesse
Terreur /
du rendez-vous /
manqué /
avec qui
m'est
inconnu
pourtant
pour l'inquiétude
je n'avais pas
le bon
nez
Un peu plus
De vitesse
S'il te plaît
Terreur /
du rendez-vous /
manqué /
avec qui
m'est
inconnu
pourtant
pour l'inquiétude
je n'avais pas
le bon
nez
Un peu plus
De vitesse
S'il te plaît
J'ai été, ce soir, pris d'un terrible désespoir. Insoutenable comme si la nuit voulait à tout prix écraser la nuit. Face à cette absurde douleur, ce voisinage (même poils pubiens) de la mort ; j'ai quitté mon appartement. Fermé la porte à double tour. Descendu en rafales les marches.
Puis j'ai parcouru mon quartier. Les rues connues. La place de l'Eglise Notre Dame de Lorette et, plus haut, la paroisse affidée où je voulais devenir catéchumène. Puis, comme tous mes projets conçus durant une phase maniaque, l'idée s'envola ; dieu mourut ; le christ redevenait cette pathétique et maigre idole.
La douleur ne me quittait pas. Malgré le vent presque du givre dur sur mon corps pas assez couvert - je voulais sentir la vie.
Alors.
Remontant place Pigalle j'ai hélé un taxi je lui ai dit de conduire et d'aller où il voulait tant qu'il demeurait dans Paris.
Pour lutter contre la nuit.
Les phares du taxi
La radio qu'il écoute
contre le silence
dru sec
de l'appartement
( ) c'est toi
il a filé longtemps comme ça
avec son luminaire taxi
en rouge
maintenant
(je ne le vois pas)
(vert tout à l'heure)
filé sur les ponts de la seine
les pavés
la place de la concorde
qui me tord le coeur
filé filé mettant à des kilomètres de moi
le silence
et la nuit
j'ai appuyé sur la petite lumière
pour les passagers
"s'il vous plaît, non"
"j'en ai besoin"
"pourquoi"
"c'est comme ça"
"pfff"
je regardais mes mains
aux ongles coupés hier
(absente, toi, de mes caresses
sans traces)
il m'a laissé porte de vanves
rejoignant une station de taxi
puis je suis rentré
avec le vent
toujours
dur givre
à la maison j'ai ouvert une boite de thon
je l'ai arrosée d'huile d'olive
puis je t'ai appelée
j'ai lu un peu tsetaieva
pourquoi je ne sais pas
je n'étais plus triste
l'argent
avoir de l'argent
ça sert à ça aussi
à balayer les soucis
dans la rue
hélant
brisant la douleur
dans le claquement
de la portière
le verrouillage automatique
la direction assistée
le bonjour monsieur

tu cherches la faute d’ortaohap
de
frappe
la faute d’ ortapgre c’est la réussite de la langue
la faute d’orthographe
son cousin solécisme
l’autre
lbarbarisme
(attila passé dans le grévisse)
dans cet écart là
où tu t’assures
que ta langue
vit bien
cet écart là
où la langue
uniquement
vit
c’est cet écart là
dans cet écart là que la langie est vivante
la porte
engourdit
c
du silence
la mauvaise image surréaliste
pain rassis
trop dur
sans miettes
même
inutilement
dur
comment ils sont les os d’andré breotn depuis le temps
tu te demandes
si les os de sa mâchoire
excommunient
les os de ses mains
ce qu’il pense
d’avoir fini un
Cadavre
breton
comme l’exquis
Desnos
as tu cherché jamais autre chose que ce point de vue du néant
ce contraire exact
exact à l’opposé
du vide
si tu devais tracer
à nouveau
les figures du lycée
répartir sur le graphe
les ordonnées et les abscisses
tu te trouverais
exactement
de l’autre côté
dans le miroir
fêlé
ces choses là
ce goût qui va
aux choses
vivantes
da$
l’aspect pourissant
tu ne sais pas
peut-être c’est ça une ville
ce qui te plaît tant
dans le béton hurlant
cette espéce de dégénérescence
la contamination en suspens
-
ne fondra pas
de ton vivant
c’est un risque gratuit
yghbbhgyhygb
zzzzz
‘c’est moi qui danse la surécriture
La sur-écriture.
oiu l’criure m’évanouitytggfvbnjqsdfghjmlkjhfdsazsdfkzsedhtjfvntvtx,hb
tu te multiplies
dans la contagion contagion contagion contagion contagion contagion`
contagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagioncontagion contagion contagion contagion contagion contagion
hhhhc est le stylo qui ecrit ivi au hasard sese re volte contre onnesait quoi
l zptitde a se fzie umin le psse semanfe tu meiss
J’écris
au bureau
donné par M.
Après son déménagement
rue de R.
(qu’elle faillit me voler
après le don
le donnant
à C.
qui finalement
n’en voulut pas
dont je recueillis
de justesse
le don
qui faillit se faire
trahison)
J’écris
Sur le siège
donné par
M.
Parce que V.
l’avait abandonné
dans la chambre
que M.
occupe désormais
Place Ch. D.
Avec P.
M.
préfère
les chaises
petites et robustes
qui ont la forme
selon lui
parfaite
de l’étude
étroite et dense
Dans le salon
Nous mangeons
Sur la table en verre
Que M.
A laissé
Après avoir quitté
l’appartement
Pour vivre
à S.
La table
trouvée dans la rue
des M.
ou rue de C.
dont la chaîne
de transmission
se coupe
là
Il nous arrive
de nous asseoir
sur les petits poufs rouge
en velours
offerts à M.
avant qu’il ne parte
à S.
Qu’il n’emporta pas
Ou bien
assis
sur les chaises
où je m’asseyais jeune homme
ces chaises
données
par ma mère
Nous coupons
les légumes et la viande
sur une planche à découper
qui n'est pas une planche
à découper
donnée un soir
par hasard
par ma mère
Les livres du salon
occupent la bibliothèque
verte
fabriquée
puis offerte
par le grand-père
de
M-A
La vaisselle
se lave
par la brosse
achetée par E.
à ---
rapportée
en train
ou
bus
je ne sais pas.
Les volumes de la pléïade
dans la bibliothèque verte
héritée par M-A
s’héritèrent
aussi
M-A
Travaille
sur le bureau
que M.
(quand il quitta P.
Pour O.
Avant de revenir à P.
D’abord Rue P
puis place CH.D)
a laissé
Bureau
Que M. qui
vit à S.
tâcha
de mille
matières étranges
Dont on retourna
la Planche
Pour retrouver
intacte
l’odeur
de bois neuf
le parfum
intact
de la thèse
laissé par M.
avant son départ à O.
repris par
M-A
chargé
d'une nouvelle odeur
grimoire
Dans le frigo
le fromage apporté
d'Italie
par O
revenant en train
De R.
Arrivant Boulevard B.
Sur l'étagère
un pot en verre
sauce à la truffe
Dans la bibliothèque
les étoiles de la faim
fromage
et truffe
J’ignore ce qu’il advint
de la serviette
un jour oublié
(ou abandonné)
Par R.
qui pourtant venait
de l’acheter à Monoprix
Comme Diogène
je crois
c’était sa façon
de fuir les fleuves
où l’on se baigne
M, M, M, R, C, E, O
dormirent
dans le lit
de la chambre
désormais
d'amis
qui est leur place
naturelle
Vous retrouvant
tous, 3xM, R, C, E, O etc
chez moi
Non fantômes
choses
donc
êtres
réels
quotidiens
avec
vos odeurs
vos gestes
je vous vois
Avec fascination j’observe / l’état de mon compte en banque / déchéance
double fiduciaire des météos / contemporaines - températures négatives ô nos promises
de mon humeur toujours fléchie
toujours plus bas
à forer dans les abîmes
(aucun espoir de pétrole cependant
mais le noir, c’est sûr)
Fascinantes inscriptions, chiffres traduisant tout en même temps
moyens de subsistance plaisirs émerveillements détresses. Que selon la couleur (rouge, alerte) ou verte (soin, tendresse) ; selon le signe apposé (négatif comme le rhésus rare) il faille respirer ou conter son apnée (positif tu seras sauvé)

Apnée, pour sûr.
Dans la misère entrebâillée
la part d’ombre grandissante
ta poche vide
le chauffage
coupé
(comme
du soleil
le cou)
Se souvenir Carver :
"J’ai 45 ans aucun emploi
imaginez le luxe que c’est
essayez d’imaginer."
Etais-je heureux ce mois de mai 2018
Il me semble que oui
je l’étais
heureux
Bruno A. est un artiste
diplômé des arts déco
Bruno A.
Vit au-dessus de mon appartement
son atelier c’est son salon
et mon plafond à la fois
depuis quelques heures
un bruit haché répété
chronique
comme une sciatique
bébébébégaie
crée-t-il
ou
baise-t-il
ce sont les gémissements
du parquet du plafond
ou de l’autre inconnu-e
indéchiffrable
à cause de l’épaisseur
qui nous sépare
crée-t-il
pour les salons
les ventes privées
ou
crée-t-il
cette chose humaine
pour l’école maternelle
si
son goût amoureux
sensuel
va aux femmes
sans contraception
mon dos me fait mal.
Dimanche d’octobre plus que jamais à dimanche d’octobre semblable
titubant, gris.
Sans but.
Hier, échec de la soirée. Je ne sais trop comment. Assoupi, las, vers 22h.
V.
qui ne répond pas
joue à la mort
rien ne m’ennuie plus, je crois,
que ces attitudes funèbres.
Mon oeil se déplace, les pages
le blanc
le vide
Ton absence, ce soir là, bruit
sourd du pain rassis
qui ne rompt pas
aheurté
ni en mon coeur amoureux ni non plus en mon corps désirant
pourtant bien en moi même
en ce coeur en ce corps
la douleur
Effacée la colère
dans ton parage engendrée
de ce côté de la Seine
j’y croyais reconnaitre
la tienne
Effacée la colère
demeure le froid de décembre
la pluie
anticipant
la neige
as-tu gardé ta rage sereine ô
Pasteur
as-tu gardé
la mienne
regarde
rage sénile
Du Maroc, C. et J. m’envoient une boite de Xanax (photographie ; main de J.) ; de cette classe de benzo banale dont nous sommes familiers (pratiquants ou spectateurs).
Mais de venir du Maroc, le familier (re)devient étranger. Le connu trop connu, basculant, soudain - par la magie de l’alphabet arabe - dans le méconnu, l’inconnu, le moins connu.
Ce clair-obscur s’emplissant (peut-être) d’une spiritualité toute neuve, rétablissant la chose dans son mystérieux secret. Posant à nouveau une question.
Cette familiarité brusquement étrangère s’étend au monde alentour ; à tout le quotidien usagé ; ces environs (bureaux, collines, blog) lentement, progressivement, fonctionnalisés. Et donc perdus en tant qu’eux-mêmes, rétrécis, réduits à leur usage c’est à dire à leur surface ; dit autrement : leur non-être.
(ce
jusqu’à soi
devenant
fonction
et
surface)
Si la nuit je parle à des garçons venus des cités, des trafics, des banlieues toujours je m’interroge. A quoi cela tint que je ne me trouve avec eux non comme intrus, un olibrius ? A quoi cela tint mon usage tranquille du passé simple ou du subjonctif imparfait ? Mon impertinence quant à la concordance des temps ?
A 6 ans environ, ma mère m'avait laissé dans la cour de la cité de l’Europe avec Valérie (dont les deux parents moururent du sida peu après). Cette cour se situait au centre de la cité, entourée par les immeubles d’habitation formant cercle, comme clôture de béton et de misère.
Ma mère pouvait sans peine du balcon veiller sur moi et notre insagesse.
Après avoir joué, je ne sais quel brigandage d’enfant, chat à deux, la course à cloche pieds…Sur la proposition urgente de l’un de nous nous partîmes, quittant l’enceinte étroite de la cité pour la ville, les routes, les voitures.
Ma mère, par la fenêtre, criait du 6e étage « najib najib » (c'est mon autre prénom et ce n'est pas moi qui ai choisi de m'appeler Jonathan au civil, à l’école, en boite de nuit mais mes parents quand j'avais 3 ans, par crainte - hélas mille fois confirmée du racisme partout. A la maison ils continuent cependant de m'appeler najib) je ne l'entendais pas. C’est elle qui des années plus tard me le rappelle encore. Le cri, adouci par les années passées, devenu rire.
Nous partîmes. Pour rejoindre le supermarché Champion (aujourd'hui ces magasins la s'appellent Carrefour et celui de ce temps là existe, toujours ; maison d’enfance des urbains) et au milieu des rayonnages de bonbons, du haut de nos 6 ans bien trempés, nous nous assîmes, éventrant les sachets plastiques plein de biscuits ou de bonbons. Plein. Les mains. Débordantes. La bouche pareille. Rattrapant je ne sais quel temps perdu, anticipant les privations forcément. Celles infligées tout à la fois par les règles morales édictées par les parents et celles plus tristes, contraintes, matérielles. Dans le dépouillement des emballages, dans le « crunch crunch » avide.
Soudain. La voix familière grande d’autorité. La voix qui rentre tard le soir du travail dur usant. Rugissement de mon père. Hurlant.
Avec ma mère, par je ne sais quel instinct curieux, ils s'étaient répartis la ville visant juste. L'un à Leader Price l'autre a Champion (a croire que chez les pauvres toujours chercher la liberté c’est trouver le lieu de l’abondance consommatrice)
Ce Champion nous le connaissions bien. A quelques dizaines de mètre de Jules Ferry, l’école où nous apprenions à lire. Un peu plus haut cependant, après une légère inclinaison du béton. Chose amusante, ça, une école au supermarché coalescente.
Surement ça s'est joué ce jour là. Que ma mère s'inquiéta et que c'était fini la possibilité d’errer ; ne restait que le passé simple.
La colère te prend depuis 13h17 environ, le 17 mai exactement ça a commencé. Tu ne te souviens pas, on te le raconte pas. Tu en sûr cependant. Ca a commencé exactement à ce moment là. Le jour de ta naissance, le 17 mai, il faisait 2 degrés à Tours. Ce n’est pas là-bas que tu es né, deux cents kilomètres au nord, mais ce froid tu l’as senti. Le cri, pour se réchauffer.
La noyade tu y tiens chèrement, souvenir, de l’apnée amniotique. Ophélie ou s’en sais-je, dérivant algues marines ou déchets urbains.
En attendant tu dors plus longtemps que prévu. De la journée comme du ventre maternel tu sors après terme.
on m'a dit
j'adore ton sourire
cette joie ironique
cette façon
de plisser tes grands yeux ronds
un peu trop rapprochés
ça te donne des yeux comme ça
un air d'animal étonné
pas traqué
tu laisses
cet éparpillement
à Abou
qui connut
il n'en parle jamais
le naufrage
le bateau renversé le au secours
dans sa langue natale
qu'il ne veut plus parler
ce qui lui reste de son pays là bas
loin
où les noyés en sursis
happent le désert
ce qui lui reste
de sa mère de son père
du village
c'est l'au secours
l'au secours poussé en vain
qui
qui
quand l’eau tiède de la mer Méditerranée
gèle le corps
about qui crie au secours
dans sa langue plus nulle part
en rêve surtout pas
au secours il disait
au secours
ce n'était pas un chant
ce cri c'était un cri le cri
s'il fallait trouver au cri
la forme initiale
instable
le cri le premier cri
le cri du nouveau né
cette fois-ci extrait
du monde aquatique
rassurant
au secours
un nourisson
abou
tu as passé l'âge du rocambolesque pour rien
tu ne détestes pas vraiment ce que tu es devenu
contrairement à ce que tu aurais cru d’ailleurs
même tu en tires une certaine fierté
on peut le dire tu t'épates toi même
tout n'est pas toujours facile
tu vis tu aimes tu bois tu danses
plus important que tout
tu ne travaille pas
la liberté tu la conquières
patiemment
tu ne te jettes plus pour rien
la poussière a perdu de son attrait
pas ton insubmersible désir
c’est ce qui t’étonne le plus
n’avoir pas perdu le goût du merveilleux
4 h du matin
obsédante rengaine
tu murmures du bout des doigts
4h du matin
seules cloches vaillantes
si tu entends quelqu'un dire
« je ne crée que dans la destruction »
tu souris
tu compatis presque
ce n'est pas vrai
« je ne crée que dans la destruction »
c’est faire une phrase pour rien
voilà tout
se donner un genre pas cher
pour le style pas besoin de ces artifices là
rue saint-lazare tu peux acheter une pochette en soie
multicolore
une jupe plissée un col claudine
alors les phrases…
tu ne crois pas à la nudité crue
au principe de sincérité et d'honnêteté
la vérité te paraît toujours trop précaire
pour être une affaire sérieuse
peut-être qu'un jour tu ne mentiras plus
tu te seras trahi, tu crois, ce jour-là
tu ne sais pas
quelle heure est il ?
Quand il n'y a plus de bruit
tu imagines que c'est 4h du matin
tu es heureux comme jamais
comme un fou on dit
un homme de vingt piges
on serait tenté de dire comme un fou
un adolescent
tu guettes tu tends l'oreille
ce bonheur tu le connais
tu sais ce qui le brise
la première note du premier geai
le matin
combien de fois ce chant strident
n'a t il heurté ta vie
ce bec s'enfonçait
dans ton cœur vrillant
puis c'était le jour
autre assassin
nouvelle blessure
4h du matin c’est ce samedi d’octobre comme il ne s’en fait plus guère
nous étions au printemps forcément
moi davantage que toi
d’ailleurs
quelques feuilles vierges
tombées des arbres
la poésie s’achève avec la pluie
Je préfère dire fou il y a dans fou une grâce demeurée
Je préfère dire fou et disant fou sortant le fou du monde pathologique et clinique
De l’entretien individuel et personnalisé aboutissant à l'ordonnance
au parcours de soins coordonné
à la médecine ambulatoire
dire fou et sortant le fou
Du parfum brutal de l’hôpital des blouses blanches et de la chimie néfaste, produite en grandes et inutiles quantités par l’avidité (vraie maladie psychiatrique nécessitant traitement de choc crucifixions enfermements ou pire châtiment : psychanalyse) de grands groupes privés (toujours scandaleux)
Dire fou nommer fou, le fou, pour rendre grâce au fou, celui qui par tous les autres sera, quoi qu’il en décide, quoi qu'il en sache, dénommé, connoté et par là, du simple fait de cette interpellation insulté, mutilé, diminué
Handicapé non de sa condition objective ; non même de son ressenti, handicap non de ses mains, non handicap, le fou, de la vision de ses yeux ; handicapé, alourdi du mot-croix ; du jugement-faix. La déflagration que c'est "malade".
L’arracher a l’humiliant jargon des enfermeurs légaux ; l’arracher autant aux communautés imbéciles et satisfaites ; à cette mode nouvelle de dire, pour neutraliser la folie : neuro atypique(jamais neutre, la langue, rien, nulle part, neutre, transparent invisible, nulle part, sauf le sperme translucide des trop masturbés et des stériles) ; « neuro-atypie » comme si cette singularité conceptuelle, ce pas de côté ce renoncement total à la voyance (la possibilité soi-même de devenir soi-même Simon le Mage -simon le fou - volant très haut au niveau des coucous, des ailes brûlées et des aigles étonnés) comme si ce mot rétrécissant comme si ce mot diminuait, ce que le fou le mot fou désespérément dans un effort insensé de pure raison démente agrandissait.
Rapatrier, en réalité, le fou dans l'usage ordinaire de l'existence. Le sortir de son enfer pour l'envoyer à l'autre enfer. Celui de tous les autres.
Clore cette paupière qui ne savait se clore ; rendre à l’iris son mécanisme biologique, son programme typique. Celui. Qui. Veut. Que. Lumière. Rétrecisse. Iris.Que. Obscurité. Agrandisse. Iris.
Le fou, le fou avec son regard mental, le fou et son regard mental - yeux du dedans, disent poètes de jadis - se refuse à ces obéïssances et ces bassesses et que toujours, surtout dans la pleine lumière d’août, fait l’iris se dilate au-delà des possibles. Sa raison, sa raison de fou, la seule raison véritable, le fou sa raison toujours sous le feu dansant des foudroiements ; raison dansante l’enfer, qui n’est qu’un excès de lumière, et la vie.
Et lorsque je dis fou, je dis moi.
Disant moi je dis nous.
(...)
C'est amusant. Il m'arrive régulièrement - mais peu fréquemment - (une fois par an) de retourner lire et constater mes premiers écrits en portant sur eux un regard superficiel (comparé au tien), tantôt étonné, tantôt amusé. Sans jamais, cependant, avoir pensé à produire autour d'eux une sorte de divagation consciente. Sans les ramener, à des jugements tantôt moraux, tantôt esthétiques ; jugements qui réactualisant les poèmes les constituent en un nouvel objet. D'une certaine façon (absolument même) ils seraient réécrits d'être présentés là, maintenant et réécrits profondément d'être abondés par un commentaire de soi, maintenant.
Très intéressante, donc, cette démarche de les ramener au présent et d'apparenter (selon moi) ces poèmes réels à des fictions et les rattachent, involontairement (mon point de vue) à des poèmes fantômes. Prolongeant (élevant?) cette expérience parce que troublant un peu plus le rapport entre la diégèse et le réel (et je sais qu'on ne devrait pas dire diégèse ici, et je voudrais étendre le sens de ce mot, et le forum, à sa façon est un univers diégétique).
Fantômes parce qu'il s'agit de traces presque évaporées, ne demeurant que dans une matérialité creuse d'avoir perdu l'intention qui les avait engendrés. Sans intention, donc, celle-ci ne pouvant pas être retrouvée (même pas approchée), juste reconstruite aléatoirement, avec tout ce passé qui s'est mis, entre-temps, entre ces écrits et son exégète et dont a du mal à croire (l'auteur y compris) que les deux "je" qui parlent puissent se confondre et dans le même temps aucun étonnement à voir que c'était "moi" qui disait "je.
Ce trop loin dans le passé (dix ans, seulement, pourtant) nous interroge, en même temps, sur la place de la mémoire dans nos biographies respectives, sur l'angle que l'on choisit lorsqu'on se présente (c'est à dire qu'on se reconstitue, qu'on se "refabrique", qu'on se "remonte") aux autres, au miroir, au journal, à soi-même.
Une annonce offre à la location un appartement meublé. Deux pièces. Dans une ville perdue de Bourgogne. Autan, autain, le nom m'échappe désormais. La voyant. Voyant le salon, me projetant, moi, dans ce salon décoré avec le plus moyen des goûts ; me projetant dans cet appartement dont je n'ai besoin ni envie. Me projetant moi, là-bas, un sentiment d'échec m'envahit. Echec, vécu, ressenti, par empathie démesurée pour le coupe qui y emménagera. L'impression que déposer ses valises là-bas. Signer le bail c'est renoncer à la vie. Au dehors. A son intériorité.