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boudi's blog

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29 avril 2021

Twitter 27 Avril 2021

Twitter mardi 27 avril 18h51

Lana se réveille à 8 heures comme tous les jours y compris le week-end, y compris pendant les vacances, y compris pendant les semaines de cours en #distanciel. Elle désactive l’alarme avant qu’elle ne sonne, elle ne règle celle-ci que par précaution, au cas où, un jour un rêve trop intense la priverait du rivage de l’éveil.

Aujourd’hui, elle n’a pas cours, le lycée a décidé la veille de diviser les classes en demi-groupes. Son édification reprendra la semaine suivante, puis à nouveau une semaine blanche, puis à nouveau la classe en demi-groupe ; une instruction menée à cloche-pieds (dont on espère qu’elle ne formera pas des boiteuxses et des infirmes). Lana est une élève moyenne et sérieuse de la 3ème à la première sa moyenne a baissé avec régularité ; 1 point chaque année pour se fixer, aujourd’hui en terminale, à 13 qui semble être son plancher. Elle vise la mention Bien au Bac. Elle n’excelle en aucune matière et regrette l’absence de spé coréen dans son lycée, par naïveté géographique et culturelle elle a choisi d’apprendre le chinois. Aujourd’hui, elle conçoit, honteuse, combien la raison de son choix, en seconde, était raciste.
Lana, après le réveil passe une demie-heure sur son téléphone portable à gérer ses différents réseaux sociaux, elle utilise Twitter passivement, retweetant et likant les threads qui lui plaisent, essentiellement liés à la #K-Pop. Elle consulte son Instagram avec une excitation inquiète, elle observe avec attention et perplexité les noms de ceux et celles qui regardent ses stories. Elle s’indigne si une de ses amies manque, plusieurs jours consécutifs, à ce devoir amical. Lana, bien plus que ses amies contrairement à ce qu’elle s’imagine, mesure l’amitié, octroie et retire des points selon une échelle complexe faite de retweets, de likes et de snaps. Quand Rayan regarde ses stories elle écrit immédiatement sur #WhatsApp à Ophélie qui, toujours, lui demande de lui écrire sur Telegram. Lana trouve cette attitude ridicule et lui propose, à la place, de ne plus jamais lui écrire. Lana ne partage avec Rayan que d’étranges platitudes, chaque fois leurs échanges la déçoivent, pourtant, il lui suffit de voir son avatar parmi les spectateurs de ses stories pour lui rendre toute sa puissance sensuelle. Elle n’exprime jamais en termes clairs, ni à ses amies, ni à Rayan, encore moins à Ophélie et ses trop beaux yeux, cette secousse violente que lui cause la présence physique (ou supposée) de Rayan.

Lana gère avec doigté son existence numérique, elle se soucie peu, bien sûr, de la valeur de ses données, de leur encodage ou leur traçabilité. Elle clique sans regarder sur le « ok tout accepter » chaque fois que l’option apparaît, elle ignore absolument ce à quoi elle consent en cette matière. En une demie-heure, elle a pu parcourir l’actualité du monde, c’est à dire de #BTS ou de #Enhypen sur Twitter, et sa vie sociale par Instagram.

A 8h30 elle quitte son lit, elle passe devant la chambre de son grand-frère à quoi elle se promet de ne jamais ressembler, ce geek avec son poster du #Real Madrid sur la porte qui s’affiche sans vergogne et lui fout la honte chaque fois qu’une copine passe à la maison. Elle aimerait le déchirer, son frère l’insulterait, à peine, elle sait quel être craintif il est. Sa mère se montrerait plus sévère, elle tient, absolument au respect de la propriété de chacun. Le père ne prendrait pas partie, il préfère, en tout s’abstenir, sauf au jour des élections présidentielles en râlant contre le résultat, quel qu’il soit. La veille, son père protestait contre les nouvelles mesures sanitaires sans expliquer ce qu’il leur reprochait ni même leur contenu. Au dîner Lana échangeait avec son père


Lana : tu te feras vacciner ?
le père : Et puis quoi encore ?
Max, le frère : ça fait pousser une troisième couille !
La mère : …
Lana : tu sais #lesjeunesveulentlevaccin
Max : pas moi !
Lana : ça te ferait pas de mal plus de couilles…
La mère : STOP
Max : Papa, t’as vu #Zemmour et les #militaires ils vont faire la révolution
Papa : Il est pas pire que les autres
La mère à Lana : ton frère me désespère
Lana : Zemmour il a violé une femme hein
Max : N’importe quoi !!
La mère : Si une élue PS à ce qui paraît
Max : hahaha
La mère : Gaelle #Lenfant je crois
Max pouffe : c’est un pédo maintenant ? 
Lana à sa mère : Ca t’embête si je quitte la table ?
La mère : non ma chérie
Max : c’est ça casse toi ! viol…pff
Le père : #Giroud marquera !!! 
Max : Non #Benzema !!
La mère, sourire : il en pense quoi Zemmour de benzema ?


Vers 9h Anissa lui envoie un message : 
tu seras pas là aujourd’hui :( ? 
Non
Tu viens quand même pour déj ?
Oui
Libanais ?
Encore ?
Bah vazy dis
Le truc des mafés là  
Best Africa ??
voilà
C’est archi-mort
au pire ophélie décide hein
vazy le cours commence biz meuf
on est pas ensemble :’) :’)
connasse !!
bosse !!

 

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29 avril 2021

Twitter 26 Avril 2021

Lundi 26 avril - 16h00 
état du monde
#ENHYPEN

Il est magnifique le clip #Enhypen, s’exclama Lana au milieu de l’après-midi, lundi. Ses 4 amies et elles mangeaient un sandwich libanais dans un parc peu connu, proche de la rue Doudeauville, dans le 18ème. Lana, répétait : il est magnifique et tendait son téléphone à ses amies qui partageaient, avec moins d’entrain, son enthousiasme. Cette partie là, i n c r o y a b l e, disait-elle en désignant l’écran ce qui fit rougir Ophélie qui, honteuse de sa honte, demanda on a toute eu la même réaction ? Personne ne lui répondit, les autres filles observaient Lana et ses yeux scintillants de lumière bleue. Lana rêvait aux embrassades avec son chanteur préféré et n’accordait ni à la honte ni à la parole d’Ophélie la moindre attention. Si les autres lui parlaient, Lana se contentait d’une molle approbation.

Elle s’abandonnait à la seule activité sérieuse et importante ; caresser en pensées le corps de #Heeseung, là, presque réel sur l’écran animé. Lana, à force de répétitions, de rêveries, de recherches google image connaissait, mieux que son médecin, l’anatomie de #Heeseung. Elle pouvait deviner, malgré le maquillage et les effets spéciaux des clips, l’état de santé véritable de son idole. Elle en pouvait mesurer les moindres variations, s’en inquiéter et envoyer à la boite de production des recommandations douces mais fermes. 

Les images qui traversaient Lana étaient sans contours, inexactes en quelque sorte ; son désir ne se composait pas d’une série de gestes, il consistait en une succession d’impressions et de secousses internes.

Lana quitta brutalement ses amies, déçue, sûrement, de les voir si peu partager son excitation. Elle marcha vite, sans se retourner, comme pour les devancer si jamais, au bout de la rue, #Heeseung devait apparaître. Oui, dans ce cas, Ophélie ne l’aurait pas, avec ses longs ongles peints à la mode et ses talons transparents. Elle prendrait #Heeseung par le bras - ou se laisserait prendre par lui - et l’entraînerait dans les ruelles compliquées de Paris…Au croisement du boulevard Barbès et du boulevard de Rochechouart elle entendit une sorte de clameur s’approcher d’elle qui la figea. Prise par ses fantasmes elle ne pouvait imaginer d’autre objet à la clameur que la présence d’#Heeseung. Ses amies, à ce moment là, la rejoignaient essoufflées et Lana pesta. 


Anissa si on te dérange dis le hein. C’est pas ça, je croyais…Le cortège du #lesbianvisibilyday approchait, chantant et agitant des bannières et des pancartes. 
Voilà d’où venait ce vacarme, au plus grand désarroi de Lana. Lou applaudissait discrètement au passage de ce groupe de femmes qui criaient, riaient, certaines rouges de colère ou de fatigue, d’autres la mine inquiète, jetant à droite et à gauche des regards redoutables. Des femmes aux cheveux longs et des femmes aux cheveux courts marchaient, main dans la main, les mains serrées, plus que jamais, des mains amoureusement accrochées, sans peur, parmi la foule des autres femmes qui tenaient amoureusement des mains. 


Les autres filles de la bande de Lana baillaient, Chiara, petite, brune, sentant bon le cèdre et le lilas, chantonnait You promised the world and I fell for it de #Séléna Gomez. Lana leva les yeux au ciel, activa le haut-parleur de son iPhone et diffusa le premier clip de l’album #Border Carnival en bafouillant les paroles qu’elle n’avait pas encore eu le temps d’apprendre. Tout, plutôt que de laisser la voix impie de #Séléna Gomez couvrir dans son esprit le doux souvenir de #Heeseung. La chanson finie, avant que Lana n’ait le temps de ranger son téléphone ou de changer de vidéo, une pub orange hurla depuis l’application YouTube, le joueur du PSG #Kimpembe hurlait quelque chose de vague à propos de la 5G. Chiara, piquée et piquante, ah, c’est mieux que ce qui était juste avant ça. Sans en rien laisser paraître Lana boue et rit avec Chiara puis se plaint de cette incompréhensible #rentrée scolaire, pour nous les lycéennes c’est devenu incompréhensible. Anissa poursuit…et encore toi t’as pas un frère qui passe sa journée à te parler de foot ou de #Ratchet et Clank. C’est quoi #Ratchet et Clank demande Lana, par politesse. Je sais pas, je sais pas. Les filles rient. 
Lou qui ne parle jamais dit aux filles, je me suis lancée dans l’ASMR. 
Aucune réaction. Lou est transparente, sa voix trop douce, trop timide, transparente comme une séance d’ASMR réussie.
Lou reprend…vous savez qu’aujourd’hui
#tchernobyl
Lana, regain d’intérêt : nan ! y a une nouvelle saison ?? 
Chiara :  t’es trop bête toi
Lana : Quoi je suis bête
Chiara : #Tchernobyl c’est un vrai truc hein
Lana : jure 
Lana : jure la vie de ta mère
Lou a perdu la parole
Lana : Les bougs vraiment ils ont périmé là ?
Anissa : toi à part #BTS tu connais rien
Lana : #Enhypen
Chiara : « #Enhypen » elle dit en moquant l’accent
Lana à Anissa : Je suis sûr tu connaissais pas
Anissa : Si !! C’est comme Fusushimi !!
Ophélie : Oui « FU SU SHI MI »
Anissa ne comprend pas la moquerie, 
Anissa : voilà, voilà, tu vois
Lana : Ouais…

 

24 avril 2021

Marthe - Viol

Consigne : utiliser le mot marteau, entre autre, les suivants j'ai oublié

la concordance des temps n'est pas respectée parce que toujours les choses se jouent au passé et au futur

 

 

Marthe maniait depuis sa plus tendre adolescence le marteau et la menace. Elle se tenait du côté de la violence et rien, ni son cou de vieille ou le rétrécissement de son bassin passée 50 ans, ne changera sa pratique.


A Ménilmontant, on la connaissait sous le nom de Marthe la forge sans que personne, jamais, ne comprit son métier et elle se plaisait à entretenir le doute à ce sujet. Elle interdisait, seulement, qu’on lui en attribua deux : maquerelle et indic’. Malheur à celle ou celui qui, pour la farce même, lui attribuait ce rôle. Elle sortait, sans précipitation son marteau, et désignait alors l’impertinent qui, très vite, comprenait sa bévue et, se reprenant, la tête basse s’excusait. Marthe, par bonheur, ne savait ni la rancune ni la vengeance et, si elle devait recroiser l’effronté ne gardait aucun souvenir de sa trop folle audace.

 

Enfant, Marthe avait le goût des escapades crépusculaires pour le plus grand désespoir de sa soeur aînée, Sylviane, qui toujours la poursuivait dans les rues et, toujours, la perdait dans quelque secret passage de Marthe seul connu.

 

A sept ans, quand Paris sentait encore le faubourg et le coupe-gorge, un homme viola sa soeur sous ses yeux. La violence avait pénétré dans la maison, velue, à l’odeur de Ricard et à l’oeil masculin de petit commerçant. D’autres enfants, à sa place, sûrement figés par la stupeur seraient demeurés immobiles ou bien, capable d’un seul geste, auraient couvert leurs yeux de leurs deux petites mains. Sa main d’enfant, Marthe l’employa à un autre usage, elle ouvrit le buffet du salon où traînaient, poussiéreux, les clous, les chevilles et le marteau à tête d’acier inoxydable. 

 

Elle saisit le marteau, s’approche du violeur et de toute sa force enfantine, cette force qui toujours ira croissante dans la violence et la menace, l’abat sur le crâne criminel.

 

Le coup atteignit mortellement le violeur. L’air stupide, il tente de protester, s’effondre, inerte, la bouche demie-ouverte, sans bruit. Le sang ne coule pas, le légiste ne trouvera aucune plaie. La mort trop honteuse pour exposer d’elle autre chose que cette masse molle, sans attribut.

 

La mère vivait de débrouille, son portefeuille contenait une petite carte jaune, précieusement conservée, tamponnée par la préfecture de police qui autorisait son activité en rappelant que celle-ci, toujours, s’expose au contrôle administratif. Il fallait, alors, un titre de séjour pour demeurer la nuit sur les trottoirs et se faire extorquer contre des billets de 10 francs et la syphilis  la pénétration de son sexe. 

 

Elle arpentait à petits pas timides les ruelles sombres et insalubres qui bordaient la Bièvre. Elle trouvait du réconfort près de cette rivière puante avant qu’on ne la coule sous des centaines de tonnes de ciment croyant, par là, enterrer la douleur et l’insalubrité. Ces siamoises réapparaissent ailleurs, dans les bois ou d’autres rues truandes. 

La puanteur, hélas, trop répandue se trouve produite en série avec une infernale régularité sur une chaîne de montage qui ne connaît ni grèves ni syndicats. 

 

La nuit du viol Marceline, la mère prenait par le bras plus d’hommes que d’habitude, se montrait insistante, courageuse, désespérée. Marthe venait d’avoir sept ans et Marceline tenait à lui offrir le gâteau d’anniversaire dont elle rêvait. Un an auparavant, à travers la vitrine d’une pâtisserie chic du Boulevard du Montparnasse, Marthe se lécha les babines devant un glaçage parfait, les fruits cueillis à l’heure et confits comme des perles. Elle s’exclama avec son enthousiasme d’enfant : oh ce serait si bon !

Marceline, attendit au-delà de l’aube cette nuit-là pour rentrer au martin les bras chargés du cercle parfait et délicieux dont rêvait sa cadette.

 

Pour les deux soeurs, le violeur avait prévu un présent d’une autre sorte sans qu’il ne s’imaginât le merci sourd et solennel que, dans sa langue d’enfant féroce Marthe lui adresserait. 

 

Au matin, Marceline, la mère épuisée, trouvera à la maison les gens d’armes au regard las et suspicieux. Elle, Marceline, tient dans ses mains la boîte de carton blanc qui sent bon la fête et la joie.

A l’entrée de Marceline, l’inspecteur ne retira pas son béret, sèchement, parfaitement hors de propos, il lui réclama son autorisation administrative, comme il a dit en grinçant. Il la contrôle à fin exclusive d’humiliation. Marceline, sait qu’ici, chez elle, en dehors du trottoir, l’inspecteur ne possède aucun droit elle sait, aussi hélas, qu’elle dispose de moins encore. Elle dépose sur le pauvre petit buffet, avec des gestes précautionneux, comme un vase en porcelaine précieuse sur la boîte en carton blanc

 

Elle cherche, sans trembler, d’un geste accoutumé, le regard fixé sur la boite en carton, sa carte jaune, pas cornée, qu’elle tend à l’inspecteur Philippe tel qu’il ne se présente pas. 

 

Il lui rend le document qu’il ne toucha que du bout des doigts, sans commentaire, soulignant combien ce papier le répugne, puis désigne d’un mouvement de tête les deux filles.

 

Voyez les enfants de la débauche. Si ça ne tenait qu’à moi…Une fille de pas treize ans qui ouvre les cuisses au tout-venant et l’autre…


Marceline épuisée, hagarde, tend à nouveau sa carte, comme si régnait entre l’inspecteur et elle un malentendu, que quelque chose lui avait échappé.

Sans aucune parole elle désigne avec une insistance inquiète le tampon préfectoral comme si la signature républicaine, sainte en quelque sorte, la rétablissait dans l’honneur et la citoyenneté, l’arrachait au soupçon.
L’inspecteur ignore Marceline, elle appartient, à ses yeux, au genre des meubles dégradés, tout juste bon pour la décharge ou les gens du voyage qui, eux aussi, circulent chargé d’une autorisation de déplacement.

 

 

Marceline, tête basse, entend l’inspecteur Philippe déambuler dans l’appartement, examiner le pauvre mobilier du pauvre appartement où logent les trois femmes. Elle ressent une honte immense devant le dénuement où elle se trouve, la paillasse qui lui sert de lit, les fenêtres impossibles à ouvrir. Pas d’homme, il dit, pas d’homme comme si, ceci, ajoutait encore un peu plus d’inhumanité à la condition des trois femmes. Pas de fils. Heureusement. Il continue d’arpenter l’appartement avec dégoût, se gratte le cou qui ne le démange pas. Demande s’il y a des punaises. N’attend aucune réponse. Les deux soeurs ne bougent pas. En présence des représentants de la loi, leur mère, sévèrement, sa seule sévérité jamais, exigea d’elles en les suppliant, les yeux étincelants, de se rendre invisibles. Surtout toi ma petite Marthe, une tristesse immense dans la voix. 

Elle sait trop comme chacun de ses gestes, toujours, aux yeux des gens de loi la condamne ; sa vie même constitue une circonstance aggravante. 

Sylviane, de toutes façons, a perdu progressivement l’usage de ses membres. La vie décroit en elle, à peine agitée d’un léger spasme, toute retentissante, encore, du mouvement du viol, de l’anéantissement qui la visait et l’atteignit. 

 

L’inspecteur Philippe murmure, putains, putains à voix basse mais sans honte, il murmure putains, putains, comme si le mot salissait son uniforme saint. Sylviane entend le pluriel de ce mot, le pluriel qui condamne sa pauvre mère et pire encore, pire puisque ce peut-être pire, le néant où on la relègue, elle. Elle, immobile, inerte, plus inerte encore que le corps tué du violeur déformé, lui, par les gaz post-mortem et le mouvement invisible des premiers vers.

 

Alors Sylviane ouvre la bouche et parle, froidement, durement. Elle trouve, du fin fond de ces eaux marécageuses, sous la pression infâme du mépris administratif, une force, un point de lumière qui ira, grandissant, la gardant toute la vie du néant qui faillit l’engloutir jusqu’au cou. Elle parle et voit le visage honteux de maman, maman, les mains toujours tendant le maudit bout de carton jaune, maman qui ne regarde plus sur le buffet le paquet de carton blanc. Pour elle toutes les odeurs, toutes les couleurs sont exténuées. La beauté décroit. Sylviane, elle sent l’odeur des fruits confits, du Ricard, du viol. Elle voit Marthe qui de toute la nuit sans sommeil n’avait pas relâché d’entre ses mains d’enfant le manche en bois du marteau à tête d’acier, Marthe prête, à nouveau, à tuer. Marthe, le geste tendu toute la nuit comme la corde d’un archer anglais pendant la guerre de cent ans.

 


Sylviane parle et sous ces coups de burin, l’inspecteur rétrécit et pâlit, la honte change de sexe, aucune protestation ne sort de sa bouche torve, il ne parvient plus à dire, son uniforme tombe, il cache son corps nu sous ses mains, il sent la honte qui l’étreint, sa gorge s’assèche. Il murmure, il ne sait d’où vient ce murmure, ce murmure humain, ce murmure de fils, de père, de frère, il murmure…pas d’inquiétudes, pas d’inquiétudes. 

Je suis désolé, désolé, toute la vie, pour geste de contrition, il protégera, discrètement, avec la discrétion qu’exigeait Marceline de ses filles, les trois femmes. 

Il empêchera la presse de relater les événements, à peine un entre-filet de ce qui, sans son intervention, aurait fait les choux-gras d’une presse trop avide de sensationnel.


Sylviane, elle, quittera la France, elle exercera une autre violence que Marthe, sa soeur. Elle posera des bombes, anarchiste débutante puis convertie tardive au communiste. 

Sa soeur méprisa le charme révolutionnaire, les explosions l’agaçaient, la guerre lui en offrit un stock suffisant. 

Sylviane, immigra, avec d’autres, en Union Soviétique où elle conserva une haine féroce contre les flics, y compris la police du peuple. Son histoire disparaîtra dans la toundra, la neige sibérienne ou la perspective Nevski. A son tour elle emprunta une ruelle d’elle seule connue.

 

Marceline tendit toujours sa petite carte jaune même après la disparition des cartes jaunes, elle tendait dans le cercueil et sur son lit de mort la carte jaune, elle désignait, au milieu de l’ultime délire, le tampon imaginaire qui faisait d’elle, à ses yeux, un être humain. 

6 avril 2021

Temps Gris


Les jours étaient beaux et moi j’étais triste. Le soleil se levait et moi, bien après lui, je me levais. Je voyais sa lumière belle et pure et sa lumière belle et pure n’entrait pas en moi, elle glissait, évaporée avant de m’atteindre. Je demeurais gris



Me reviennent en mémoire ces jours neutres, ce temps sans couleur, sans odeur, ce temps gris qui colle, sans férocité ni pitié, à la moitié de toute ma vie.
 
Mes souvenirs ne m’apparaissent jamais avec la linéarité froide des faits, ils se présentent toujours sous la forme imprécise de sensations et d’impressions ; les événements objectifs n’en constitueraient que l’arrière plan, le savoir dispensable des arrières-cours, la matière réservée aux alibis.


Ma biographie réelle, vécue, souvenue, se tisse de ces fils là : le mal de mer, l’engelure, le velouté, le piquant, le gris et les vagues.


En moi, le sentiment du bonheur varie peu, son apparence ne change pas. La joie me revient comme habitée de la clarté des rêves et de l’étrange lumière du sommeil. 
C’est une sensation peu précise, vive, que j’appellerais, si je devais jamais la nommer, vérité. 


Le désespoir, lui, connait des tours plus nombreux…


Le soleil entre dans la chambre, il traverse le rideau rouge, peu épais trop préoccupé à tenir en équilibre pour filtrer sérieusement la lumière. Le soleil entre, tout est gris à nouveau. 
Je reconnais ce sentiment du gris, tous les ans le même. Un temps comme coupé en quatre, quatre fois la sensation d’une neige noire, sale, mal-fondue sur les trottoirs salés de Paris. 
Ce gris claironne les jours durs, âpres, à venir. Une paresseuse envie de mourir se délasse, en moi.


J’aime tant le gris drôle des toits de Paris, la tôle brillante comme un miroir à mille feux, j’aime tant Paris, l’été au gris éclat, chantant comme un rapace affamé, illumine la vie. J’aime tant ce gris lointain, cette pluie de fer et de bleu, ce gris des idoles au nez droit.


 qui n’est pas le gris de ma mémoire.


Alors, revient le gris, le sentiment du gris océanique, atroce. Une couleur cireuse et inodore qui tire sur le vert comme le teint d’un mort  avant l’embaumement. 


Au printemps 2011, j’attendais mon Thalys à la Gare du Midi et quelqu’un mourait, je me souviens de cette scène, une scène immobile, une scène de l’impossibilité même du mouvement. Ce visage gris, mourant, cette couleur de masque pré-mortuaire couvre mon visage. 


Tout s’engourdit, devient lourd, lent, pénible. 


Je me trouve piégé dans cet espèce d’interstice qui sépare l’automne et l’hiver. Peu nombreux remarquent cet espace, celui de la pire seconde de tout un siècle ; l’instant du gris le plus pur. 
Et cette saison intermédiaire qui ne dure, au pire, pour les autres que le temps d’une expiration, d'une sorte de frisson bizarre aussitôt oublié, en moi s’inscrit, dure, me dévore. 



C’est une saison décharnée et humide faite de brume et cette brume une poussière grise, suffocante, une poussière dense, suspendue comme la poussière ocre des maisons de banlieue éventrée - je repasse des années plus tard, un immeuble neuf, laid, sans personnalité l’a remplacée. 


Ma poussière ne virevolte pas, elle tombe, grise intransigeante, sans remords. Elle couvre tout, s’étend partout ; comme la neige blanche atténue le bruit des marcheuses, cette neige morte atténue la vie. 


Place Blanche, saison intersticielle 2019, le monde autour de moi s’arrête, une bourrasque de gris me percute. Je ne bouge pas, je rejoins l’immobilité du monde, autour de moi, le mouvement reprend. Pas moi.


Dehors, il faisait beau…


le sommeil me vient au matin, peu avant le lever du jour, comme le veilleur de nuit qui, sa tâche acquitée, cède sa place à la lumière sans bavures.


 Je ronfle, mâtines sonnent.

 

23 mars 2021

Chapitre Roman - Nathalie Quintane - Un livre en trop.

Je poste, régulièrement, des chapitres de mon roman en cours d'écriture. Celui-ci s'appelle Le livre en trop ou la littérature surnuméraire. 
La bande d'amis qui se retrouve ici n'a pas besoin de contextualisation me semble-t-il. 



Ecriture dirigée - Page 2 Un-oeil-de-quintane-1



Oeil - Vue de Profil -
 Nathalie Quintane – 2017 – 
l’art et l’argent – promotion publicitaire et médiatique – 
Mediapart – un an avant les événements




L’autrice en goguettes :


Ecriture dirigée - Page 2 Capture-decc81cran-2021-03-23-acc80-01.33.55-1


Albane nous parle, avec une moue de dégoût, de Quintane, elle a lu Un oeil en moins un mauvais livre, plein de pathétisme, poème à la gloire des pauvres, dédié aux damnés de la Terre.
Le livre met en scène une demie-bourgeoise. Elle peint, dans les bas-fonds de l’Auvergne ou je ne sais quelle localité rurale, des pancartes, en gilet jaune, pour dire à Macron que ça suffit.



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L'Artiste en goguettes



C’est autobiographiqueQuintane raconte son parcours effectif, réel, parmi les vilains, les sans terres et les sans dents. durant le mouvement des gilets jaunes qui débuta à l’automne 2018. De Quintane le moment d’intrusion (d’incruste? d’entrisme?) demeure flou, je la soupçonne, à tort peut-être, d’avoir d’abord regardé la jacquerie avec un peu de morgue, genre le rassemblement des fascistes, les nouveaux bonnets rouges, les buveurs de diesel et de picon bière. Avant de se dire, les larmes aux yeux (évidemment) c’est le peuple. ou voilà le Peuple.



Ecriture dirigée - Page 2 Les-dents-de-quintane-1
Dents Parfaites – Nathalie Quintane – 2017 – l’art et l’argent




Dans le livre, Quintane rapporte les paroles des pauvres avec une fascination béate, tout ce qui sort de la bouche des pauvres, semble l’émerveiller. Elle paraît s’étonner même que ces hurluberlus soient doués de parole. Face à l’enfant précoce, articulant (3 ans 1/4) sa première subordonnée conjonctive, j’ai connu moi aussi cet émerveillement.
Elle attife son style de zozotements, craignant sûrement de parler trop compliqué, d’avoir l’air d’une bourgeoise, d’une pas-comme-eux. Elle doit soigner la présentation d’elle-même mieux, plus encore, qu’au bal des débutantes, la toute jeune fille commençante. Elle écrit dans un style idiot, simple elle doit se dire, vrai comme la langue du peuple. Albane n’y voit que mépris et je partage son avis.


Albane et moi nous prenons de passion pour défoncer Quintane. J’ai la passion de l’agon de la lutte excessive. Albane me suit dans cet inévitable vertige. Sélim, nous accompagne, en sortant de son sac une magnifique bouteille de whisky, Nikka Coffee grain dont il détaille avec la science d’un rédacteur technique, la biographie.


Elle a raison, Quintane. Il faut bien agir non ? à la fin…On fait comment ? dit Estelle, interrompant l’ivresse, le délire commun, le massacre en commun.


Je lui réponds, sèchement, pour reprendre rapidement le cours des libations…on ouvre pas sa gueule, on écrit pas un livre.


Estelle : il faut bien faire quelque chose…
Albane : Ouais, savoir de quoi on parle.
Sélim : Vous êtes très chiants…Tiens Estelle, dit-il en tendant un verre de whisky, ils ont utilisé un alambic à café tu vois pour ext…

Moi : Oh le banquier anarchiste ça va…
Sélim : Qui paie ton loyer ?
Moi : La maladie.
Estelle : Quel rapport ?
Sélim : Avec les impôts de…?
Moi : Certainement pas les tiens, le domicilié fiscal du Maryland ou je sais pas où
Sélim, désigne le whisky : 40% d’alcool, 40% de TVA, tu sais ! C’est de l’impôt ça la TVA. Payé, visa diamond, sur l’ongle.
Moi : Adorable, Sélim, offrant le fruit fermenté de son dur labeur aux misérables, t’as essayé d’en proposer aux pauvres de Quintane ?

Albane, soupire, nous regarde, Estelle et elles se sont tues, attendant qu’on finisse Sélim et moi. Estelle finit par dire : c’est bon ? vous avez fini ? Albane ajoute, dans un soupir, : typique des mecs

Pointe d’agacement, dans l’air

Sélim : Ah, les féministes…

Estelle : Oui, hein on peut plus rien dire.
Sélim : Oh, casse-couilles…
Moi : Bref

Albane : Voilà bref.


Albane reprend la parole. Elle analyse toujours très finement les mouvements politiques et les positions sociales des acteurs. Elle comprend très bien les jeux de pouvoir et leurs implicites perversions ; la lutte, in fine, pour le pouvoir, toujours, sert – servira – une ambition personnelle. Toujours (la lutte) vise à s’établir, soi-même, au sommet de la nouvelle hégémonie. Elle ricane, en la présence de Lucile quand celle-ci se lance à cris perdus dans des diatribes anti-mascus. Albane voit bien, mieux que moi, bien mieux que moi, que pour Lucile le féminisme, comme le reste, ne constitue qu’un instrument d’autorité, un nouveau diplôme à faire valoir dans un nouveau champ en germe, à produire dans une nouvelle légitimité produisant de nouvelles hiérarchies (Et Lucile compte bien occuper une fonction de cadre). Une horreur plus juste remplacera une horreur…c’est tout.

Albane : Qu’elle (elle parle de Quintane) écrive un livre théorique ou stratégique genre : voilà comment faire la guerre, voilà la psyché des dominants, voilà comment on mène une guérilla, les tactiques, l’artisanat de la bombe, les têtes de ponts à établir, Bang…A la limite…Qu’elle entre à l’usine (Quintane ne pointerait pas à l'usine elle s’inscrirait) pourquoi pas, les coudes vraiment salopés par les gestes répétitifs…La pauvreté c'est une répétition. C’est trop facile là, le petit atelier de la révolte, dans le petit local mignon, elle doit appeler ça « la masure » un truc comme ça…Ca doit lui sembler poétique. On risque pas la tendinite en écrivant « Mort Au Capitalisme » sur une pancarte.


Moi : Ouais, elle doit se dire un jour la beauté sauvera le monde

Sélim : en prenant un air très concentré genre clitoris vaincra
Estelle : t’es chiant…
Albane : Vous êtes tous des artistes !! Elle doit leur dire ça, en tapant dans ses mains.
Sélim : Ouais une pancarte avec « Nous sommes toustes des artistes » puis sur le point sur le i c’est un pavé…non un clito plutôt.



Plus

bas nous verrons

les mains très intactes

de Nathalie Quintane

Des mains qui.



Moi : j’imagine les SMS qu’elle envoie à ses amis des grandes villes genre « ils sont fa-bu-leux ». Ce truc méprisant, le petit air de supériorité à l’endroit de ses amis au chaud loin du brasier ardent des luttes. Le truc type moi je suis dans le vrai monde, dans le mouvement, où ça bouge. Les gens qui rentrent de manifs sont comme ça aussi avec l’air du j’y étais les larmes aux yeux en se voyant à la télévision…T’as l’impression qu’ils sont entre les blacks blocks et les brigades rouges, incertains encore de la couleur à se donner. D’ailleurs sur le truc ils sont fabuleux y avait une infirmière stagiaire à l’hopital psy elle nous parlait tout le temps comme à des débiles. Tu sais là en allongeant les syllabes, comme si elle sait pas très bien…oui savait, pardon, comme si elle savait pas si on est lents à percuter, malentendant, fragiles ou complètement demeurés. Dans le doute elle faisait Co Ment Ca Va JOO Na Than ? Moi TR èè S bien Merci On va dé jeuu ner ? Oh Je su iiis Con-ten- – – t-e.

Sélim fait une moue, un air, c’est long quand tu parles. Il prend le verre de whisky, le mien, je crois qu’il va me servir, il sert, il le boit rapidement. La flemme de lui dire c’est mon verre. Le souvenir de la pandémie n’a pas laissé trop de traces, heureusement.



Devant son attitude désinvolte de mec pas énervé, juste un peu soûlé qui le laisse voir sans trop en faire…Là, il croise les jambes et me renvoie à moi, ma défaillance… cette lourdeur du mot de trop, de la peur de trop.
J’ai trop parlé
(je me dis en moi-même)


Sélim, décroise les jambes et reprend la parole, il la reprend avec facilité, il efface la lourdeur de mon trop long monologue.
Rien ne semble s’être passé. Il parle :



  • vous savez quoi ? Le seul truc qui l’aurait rendue légitime cette s… (il ne dit pas le mot, le regard d’Albane a comme scié l’injure) c’est de vraiment perdre un oeil.


On est entre nous, personne ne s’indigne, en fait on est plutôt d’accord. Notre silence dit, oui, c’est sûr. Là elle aurait eu le droit de parler. D’écrire « un oeil en moins »


Sélim : parce que son atelier pancarte on dirait de l’art thérapie pour mongoliens.



Lui aussi, le trop…le trop…mais comme…du côté positif, favorable du trop. L’aspect baroque, vers le ciel tandis que moi…des profondeurs. Il dit l’art thérapie pour les mongoliens en recroisant ses jambes. Avec l’air ça n’a absolument aucune importance, allez vous faire foutre.
Sélim adoucit tout ce qu’il approche, ses injures mêmes nous les percevons comme une consolation lumineuse et drôle. L’inverse, l’inverse exact de moi…il n’est pas un trou dans le réel, pas une déchirure. Il désinvente la douleur et la violence. Je ne reviendrai pas sur ses cruautés, nombreuses, qui semblent ne l’entacher en rien. Il est pur du mal qu’il commet, irresponsable, les jambes croisées puis décroisées, comme si de rien n’était, sans dissimulations. Un air d’évidence ; en même temps ; un air d’innocence.


Je le regarde, il est très beau, comme ça, les jambes croisées, la gauche sur la droite, un peu penché en avant, déjà passé à autre chose. Ce mot plutôt infâme, mongolien, ne l’enlaidit pas. Il glisse, hors de lui, comme si une autre entité, d’une ressemblance légère (de moins en moins certaine, plus du tout ressemblante à la fin de la phrase) avec lui, l’avait prononcé.
Pouvoir d’une grâce permanente, intouchée à jamais, une eau neuve, sainte, tous les instants, coule le long de sa nuque, le purifie. Il sent, il sent le clair, le lumineux ; l’encens et le vertigineux. Personne, jamais, ne lui en veut. Même les filles qu’il quitte un peu brutalement, en disant tu m’as déçu. Pour rien. Son absence, toujours, devient une sorte de nostalgie. Il n’a rien de tragique, tout l’inverse même, une figure qui donne envie de croire…une croyance intransitive, sans objet déterminé. Croire.


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Doigts – Nathalie Quintane – L’art et l’argent –

— AN 1 Avant Gilets Jaunes

Chez Quintane, chez des tas de cette sale espèce répugnante d’une certaine gauche (type toilettes sèches, anti-capitalisme – même écologique faut pas déconner – vacances non polluantes, contrôle strict de l’empreinte carbone comme une anorexique sur la balance) s’exprime un truc malsain. Une sorte de fascination pour le corps des pauvres, une fétichisation de ce qui cloche, se tord, dire que ça, cette forme, la scoliose exactement, penche du côté de la révolution…et les dents pourries, le drapeau noir de l’anarchie.

Quintane ne dit pas ce qu’elle pense des complotistes de gauche ou de droite, Quintane ne parle de peuple que fantasmé et idéal celui du pays réel très cher à l’extrême droite, le peuple celui de l’oeil en moins, se confond avec le peuple d’Eric Zemmour et de Radio Courtoise.

Le peuple se trompe de colère, elle devait dire en 2002 quand JM Le Pen parvint au second tour, aujourd’hui elle doit parler de la trahison des élites (le peuple ne se trompe plus) la prochaine fois un truc genre la politique hors les murs. L’élévation dans un coin de néant, vers Laon dans l’Ain, d’une maison-masure-communautaire-everything-friendly retapée (évidemment). En présentant le projet en vue d’obtenir une subvention, ou mieux, en passant par une souscription populaire et citoyenne, elle dira la politique hors les murs ou seulement les murs des pancartes rires. Elle fera mur de tout ce qui fait peuple. Elle présentera le projet entre deux résidences.



C’est l’oeil de qui, en moins ?

L’oeil du peuple ?


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Il y a cette fille, Florina, son visage défiguré, un long compte-rendu hospitalier qui décrit, avec précision – donc horreur – la violence du projectile en caoutchouc, les dommages causés au plancher de l’oeil, le muscle palpébral rendu impuissant par la déflagration du LBD. Florina, prosternée devant la croix gammée, Florina candidate sur la liste de Renaud Camus, l’irr-emplaciste. Renaud Camus l’éconduit de sa liste, il y a des limites au on peut tout dire. Sûrement, a-t-il exprimé ceci avec sa toute feinte raideur. Renaud Camus, en toutes circonstances se tient droit, trop droit, droit comme un bossu.


L’oeil en moins. L’oeil en moins, celui – pas perdu – de Fly Rider et ses thèses complotistes.
L’oeil en moins, celui de Jerome Rodrigues, sa barbe, sa gouaille, son audace.
L’oeil en moins, le poing lesté de Christophe Dettinger,
Les menottes serrées autour des deux poignets de Christophe Dettinger.


Nathalie Quintane, comme Juan Branco, fait commerce et trafic de pancartes et de révoltes. Depuis 2018 Quintane est passée à autre chose, se consacre à une autre tâche littéraire du moins. Elle doit continuer à s’impliquer dans le mouvement, quelque part (à Laon?) une cellule dormante de panneaux révolutionnaires Elle a commis un hamster à l’école. ; à propos des profs…elle a été prof.


Elle reviendra par là
hamster ou souris
comptines ou regards
de l’un à l’autre.
elle repassera par là
une quintane verte
je la montre à la police
lalala


Tout pour elle
la possibilité d’une livre.




Marielle Macé a écrit ce bouquin, Nos Cabanes. Ni son nom ni son livre ne passeront à la postérité. L’écrivant, déjà, je la constitue archive et ruine. J’ai exprimé le désir pyromane d’incendier sa ville imaginaire et, sûrement, refuserait-elle le nom de ville. Marielle Macé ne peut convoquer que le lieu exotique (englouti ou lointain), c’est à dire intact de la barbarie capitaliste occidentale. Son lieu (un nom genre le tiers-lieu) sera inspiré deL’architecture rocambolesque du Machu Picchu, des jardins suspendus de Babylone, la symbiose nature-culture de la vie vraie.
Je les imagine mourir de froid sans le 
chauffage central.



Albane conclut, dit, ces gens ont des gueules de campagne publicitaire, Branco surtout, il ressemble à un affichage dans le métro, il est voûté pareil que les panneaux. Quintane, je lui imagine un tatouage dans le bas du dos genre :

« réalisée par l’agence de pub La Masure rue du Faubourg Saint-Antoine.
Sélim : Vous avez lu le livre vous ?
Moi : Non
Estelle : Non
Albane : évidemment.

Albane, souvent, lit pour nous.
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14 mars 2021

Oasis 21 - HSBC

Décrire dans un style vif un bâtiment




Les blocs de béton, tout est bloc de béton, portail, fermeture, bip, moteurs, tintement du tramway, rugissement électrique, les tramways sont des chatons, des modèles réduits du cri véritable des pétroleuses pétardantes, des locotomitives en zinc gris où le soleil brille et les passagères grillent. 
Continuité, permanence du gris, gris le sol, gris l’horizon, gris jusqu’au ciel comme si le béton gris remontait, à l’extrémité du monde pour tout cerner de gris, de gris morne, de béton, d’une apparence usagée, le déjà-vu immobilier, le trop vu même. L’escalier béton armé, escalier humide, la mousse a poussé longtemps sous l’indifférence générale et chaque marche connait ce tapis végétal. Puis, il y a ce type, les cheveux bouclés, l’assurance mi-feinte, mi-réelle, en construction, en débat, l’assurance comme le béton, en transit, sur le point d’être finalisée, peinte, il manque un peu de couleur, de tout à fait vu, de bien vu. Il passe son badge, une fois, deux fois, une caméra regarde, une caméra bienveillante, elle dit, par zoom et dézoom bienvenue chez toi, bravo, entre-ici, béton vivant tu bétonneras souvent. Bip magique, le bip transforme, transmue, change, sous le contact du bip la porte neuve, transparente, ouvre sur un monde lumineux de baies vitrées de soleil-parjure, Oasis 21, parquet neuf, lumières douces, oranges, lumières tendres fruits murs, lumière liquide, antioxydante, tac, tac, tac, transparence, le doigt désigne, l’open space, les bureaux en tek, les toilettes zéro déchet, Oasis 21 comme sur un fond vert se joue cette pièce, derrière le fond vert, dans le monde autour du fond vert Oasis 21, dehors, par la fenêtre d’Oasis 21 le béton, les herbes folles et mortes de la ville abandonnée à une nature peu ambitieuse, racaille, la nature des terrains vagues, racaille, poussant, chiendent et orties. Par la fenêtre, les grandes baies vitrées exposées plein Nord face au sans-soleil, le tramway au mugissement de chat précoce. Le garçon cheveux bouclés parle à une fille sweat-shirt qui dit feedback qui dit des mots à chemise et tailleur, qui porte un sweat-shirt, sous son sweat-shirt un foulard caché, un chemisier, dessous de la dentelle, dessous encore de la matraque ou les marques des suçons, les soumissions, la griffure, rah, une chatte, un chat. Le garçon cheveux bouclés derrière la chemise rien, transparent, le garçon béton, le garçon baie-vitrée, le garçon Oasis 21 on voit à travers le garçons les végétations, les cordes vocales, les choses pas arrachées, le ronflement du coeur, le cri petit du chaton prématuré. Le parquet ne grince pas, lisse, la lumière se réfléchit, fait comme mille petits lacs où désaltérer l’ombre. 
2.

Attente, le quai, le premier quai, le tramway muet, deux stations, le quai, corps défile en bas, corps défile en haut, circulation, circulation, le corps descend, remonte, bip, tac-tac-tac, alarme, le quai, une station, tac-tac-tac, bip. 

Bip, c’est le bip ou l’alarme le bruit tout est bruit, bip, tac-tac-tac, bip, l’objet en métal dans le revers de la veste, l’objet qui monte dans l’ascenseur au cinquième étage. Au cinquième étage 1000 m2 de claviers de corps d’écran de tac-tac-tac de cris, de sonneries de téléphones fixes, des millions de bonjour sur une année, le plafond très haut, le bâtiment en peau de serpent, le bâtiment couleur de meurtre, le fond rouge HSBC, la cravate rouge HSBC, type meurtre, la moquette rouge, 1000m2 de flaques de meurtre, tac-tac-tac. Badge, bip, rouge sur rouge. Le noeud papillon rouge, la couleur du meurtre, le meurtre, le tapis roulant du meurtre, l’aspirateur l’homme noir la musique dans les oreilles passe l’aspirateur vrooouuumm. Musée du bruit

 

8 mars 2021

Tokyo - Toilettes Transparentes

Consigne : Décrire un homme qui (a) va aux toilettes, (b) vomit, (c) tue un enfant

 

 

Les toilettes publiques et transparentes ouvertes à Tokyo visent à prévenir le viol. Des hommes se cachaient pour violer. Voilà leur plan contrarié. Le crime n’est pas suspendu pour autant au Japon. Martin Hideguchi, se dit, que la mort illégale encore peut sévir et se voir infligée, le viol pareillement, les toilettes ne constituant qu'un lieu marginal du viol. Martin Hideguchi s'indiffère de la symbolique du monde et de ce que les toilettes transparentes deviennent un symbole d'une société plus protectrice des femmes. 

Martin Hideguchi a souffert de l’extrême opacité du monde, le silence brutal, infligé à chacune de ses prises de parole jusqu’à lui devenir d’une transparence de chiottes. Comme il dit. Martin Hideguchi tremble et sa rage fertile, semblable aux crues génératives du Nil, élève des rosiers monstrueux. 

 

Il se mord la langue très fort, il sent le palpitement de toute sa dégénerescence, le désordre lymphatique, le pantalon plus jamais tendu, les matins à l’érection molle. Il sent dans son corps cette ombre de mort qu’il porte et qu’on lui martèle. Il voit les chiottes transparentes de Tokyo, là, cinq-cents, quatre-cents mètres etc. Il s’approche, trois-cents, deux-cents, transparence.

 

Ses intestins à moitié corrompus malgré le régime draconien de son frustré de père, tel père tel fils dit-il sans rire. Fils de pute, il murmure, en touchant la porte des toilettes qui s’obscurcissent sitôt qu’il y entre. Le silence opaque et ses intestins, la merde répandue, la haine, aussi, la haine jamais partie, la haine liquide, malade. La haine, toujours là, la haine,  son corps qui souhaite abandonner sa fonction de corps, qui se répand là, qui répand sa journée, sa douleur et plutôt que de l’en séparer par cet épandage, la multiplie. La brûlure se fait plus nette, son corps se rend capable de fractures au-delà du monde osseux et caverneux il se fracture, invisible à la radio, autre chose que le fémur et l’occiput et les noms savants des squelettes accrochés, au fond de la classe, 4eC pour souffrance.

 

Lorsqu’il quitte les toilettes, il titube de la haine encore là, du monde qui l’écrase, de ces chiennes de femmes qui jamais ne le sucent, sauf s’il paye, et même s’il paye…il ne peut pas payer pour passer du flasque au rigide, la pression sanguine et ses possibilités génératives. Son corps même refuse sa multiplication, sa division, sa profusion, seule la douleur et la haine connaissent ces stades biologiques de mitose et de cancer.

Il est un cas, un symptôme, il cumule en lui tout ce que le monde se peut de maladies, de virus, de formes mortelles. Il n’est plus que ceci une forme mortelle qui refuse de mourir seule. Alors, il saisit sa haine, la tord, la forge, il lui donne la forme et la force d’une chose fatale, il se lèche les babines de cette mort qui enfle, matérielle, le sang, là, déposé sur le crime, le mot crime devenu criminel même. Il éclate de rire, il est rentré chez lui, avec sa haine à tuer. Pourtant, quelque chose, quelque chose d’enfance survient et crie au secours en lui, crie, non, non et du fond des âges, ce non des maladies, de sa préhistoire humaine, le non du lieu intact du Je pur, d’avant la souffrance, l’écrasement, les érections impossibles,  avant son devenir multiple de coups et d’humiliations. Quelque chose, rond, parfait, enfantin, ce point là, rond, bouche du premier mot, non. Il vomit, il vomit devant ces images, devant son désir, devant son arme, son crime à venir, il vomit devant cet inéluctable, ce lui-même qui va tuer, au hasard, tuer dans la rue les premières innocences venues, il faut que le crime et le meurtre soient les plus atroces, touchent à ces points abjects et sans pardon. Il vomit, il vomit de toutes ses formes et ses fractures, son fémur, son occiput tout trouve bouche et purge, vomir, vomir. Il vomit de partout comme une blessure de bile ouverte en lui d’où coule la haine fanée…Pourtant, il va tuer, il va tuer et l’innocence en lui continue d’hurler au secours, au secours, hurler au-secours face au crime, à l’arme née de la haine…Il se saisit de son crime, ce lourd poignard ou ce pistolet acquis au marché noir, chez les clandestins philippins dont on ne sait s’ils les trafiquent pour se protéger ou pour banditer…Le pistolet est léger et la lame lourde. Il compte les balles, il n’a jamais tiré. Par la fenêtre il entend des cris d’enfant, il vise. Il a tiré. Il est mort. 

16 février 2021

Novlangage.

Je n'aborde pas l'aspect politique de la langue de façon générale et de la langue inclusive a fortiori. Celle-ci ne faisant plus débat que chez d'indécrottables imbéciles. Il s'agit d'illustrer combien, en rien, le langage inclusif n'est PAS une novlangue. 
Le danger de la novlangue tient, nous nous accordons toustes à le reconnaitre, au rétrécissement du monde qu’elle implique, réduisant, par son étroitesse, nos possibilités imaginatives ; ainsi, certain·es croient voir dans la langue inclusive le danger imminent de la mort du langage et, ce faisant, l’incarnation la plus décisive de la novlangue. 

Rien n’est plus faux. La novlangue, en quelque sorte fait coïncider les mots et les choses ou, plus certainement, permet, dans notre société occidentale, l’adhésion la plus totale entre les nombres-prix et les objets-produits. Ce faisant, deux choses, le langage ainsi appauvri prive ses locuteurices de l’accès à une pensée complexe qui, comme il l’a été démontré par une cohorte d’intellectuel·les plus ou moins lisibles, passe par le médium de la langue et, ainsi privé·es, les locuteurices deviennent inaptes à la critique et donc à la résistance ; aussi, surtout, ce langage ainsi simplifié n’a de telos qu’instrumental, il permet de mettre en rapport une offre et une demande, son seul horizon est marchand. Pur instrument de commerce, cette novlangue existe partout autour de nous, y compris dans en nous-mêmes, elle s’appelle le business english, sans rapport sérieux avec l’anglais, réduisant celui-ci à sa portion pécuniaire et son air d’expert comptable. Les plus chanceuxses, s’accommodent de ce langage, naviguant dans le spread et les closing ; bookant une chambre au Waldorf ou au Hilton - disséminés partout où le business english a cours, sorte de concrétion de cette langue en ****, couettes en plume d’oie, oreillers rembourrés, continental breakfast et room service, touche 0 pour la réception etc.
Danger oui, danger mortel, peut-être vivipare éclosant sous les ailes protectrices des business angels ou dans le chaud cocon des incubateurs à start-up.





Il existe, près de cette langue délabrée, une langue en quelque sorte rivale malgré ce qu’on pourrait leur croire de semblable : le langage informatique, le langage de la programmation qui, si dans son expression la plus basique peut sembler une pauvre combinatoire de symboles peu variés, ne permettant aucunement de nous réconcilier avec la philosophie ou la poésie, il n’en est rien, le langage informatique ouvre l’espace d’une expressivité infinie, nous donne le pouvoir de réinventer notre langue dans les marges des lignes de code et le if, omniprésent dans cette parole informatique, nous assure de tous les possibles. Si…et le monde enfourche le bel esqu-if.


Cette langue peut servir tous les intérêts et tous les destins comme le français a pu servir à la déclaration de guerre du 20 avril 1792 autant qu’à la poésie de Louise Labbé ou au chant quasi-martial de Sonny Labou Tansi. 
Facebook et Wikipedia
Instagram et Philippe de Jonckhere. 


D’autre part :
Certain·es croient voir dans le langage inclusif la novlange et n’ont pas de mots assez durs ni de tribunes assez ennuyeuses pour exprimer leur désapprobation face à ce crétinisme rampant ou, incarnant très bien le crétinisme elleux-même, comparent le langage inclusif à un fascisme certain·es qu’ielles sont que chaque point médian résonne comme le bruit des bottes de Mussollini 28 octobre 1922. Imaginez


Or, pour peu que l’on aime vraiment la littérature, on ne peut ignorer l’aspect exploratoire de celle-ci, on ne peut chasser au-devant de soi, l’inquiétude qu’elle porte quant au sens des choses et de nos usages. Si l’on considère vraiment la littérature non comme un cadavre mais une chose vivante, triomphante toujours, échappant à la barbarie réelle celle-ci, des disruptions - sorte d’éruption de néant couvrant l’âme d’une poussière suspendue - alors on ne peut qu’adhérer à l’apparition salvatrice de cette langue inclusive. Au-delà de sa nécessité politique qui a été traitée avec science et raison - nous savons historiquement combien la raison ne peut rien face à la bêtise qui se pare des habits nobles de la tradition usurpée - j’y vois un potentiel créatif d’une fécondité inouïe ; la même langue augmentée, comme si le français soudain - en mouvement depuis la première geste - connaissait une immense crue fertilisatrice des mots que l’on croyait condamnés à la fossilité.

Mieux encore, nous pouvons manipuler cette foudre nouvelle pour revisiter des formes passées qui, si les réactionnaires tenaient tant à la tradition, susciterait leurs hourrah ; bon retour chez toi, cher sonnet, poésie baroque, formes exténuées n’appartenant qu’au savoir scolaire, aux pupitres gravées des signes d’ennui ; bienvenue à vous toutes les formes condamnées, salut à toi ô l’ode et Homer·e je t’en prie reprends la traversée interrompue et vous aussi les Argonautes et vos suiveuresses. Nous pouvons retrouver, face à cette novlangue infecte du business english, une résistance en redonnant à ces formes négligées une nouvelle nécessité, repenser l’alexandrin et le pentamètre iambique, réinventer le rythme et la perfection plastique de la Pléäide.



Car et c’est bien le travers depuis la nuit des temps des réactionnaires ielles n’aiment rien tant que se poser vigie - bossues - et déplorer de cette bassesse le monde qui finit. Voyant leurs habitudes aborder un nouveau rivage, pleurent la fin de la traversée comme si cette fin signalait le terme ultime, ce sans voir que tout rivage abordé fait signe vers un monde nouveau, riche de fruits inconnus. Et, elleux, gargouilles inertes, meurent du scorbut. 




On peut noter que l’exemple des Argonautes trouvent un retentissement particulier, navire aux pièces changées tout au long de sa traversée et conservant toujours le même nom, ainsi nous le remettons à la mer avec son équipage de matelot·es. 




contenait la fin de tout sans voir que le rivage abordé donne à voir et à explorer une contrée nouvelle, riche de fruits inconnus. Alors ielles meurent du scorbut. 



Et ielles ne se rendent pas compte combien elleux appauvrissent en réalité elleux-mêmes la langue et la pensées qu’ielles pensent ainsi défendre. Ne connaissant plus d’usage que la féroce ironie qui signe toujours la défaite et la résignation, solidaire indissociable de la lose. Voilà que quelques ouvrages ironiques paraissent, quelques vidéos moqueuses d’acteurices à la lèvre torve et nous les regardons avec pitié du rivage nouveau. 

 

15 février 2021

La fête

Chapitre 9 - Tentative de restitution de l'écho de la fête
Tard, dans la fête, dans une grande maison louée pour l'occasion, on y trouve de tout. Le narrateur et Sélim, un de ses amis, finissent par se retrouver. Déambulation dans le bruit. 
la fête :
donne un soin
je me connecte
le cuir du
 bangladesh
je le vois comme si c’était une part de vous
D’occase’
je vois légère
à sa place
la nouvelle boutique de Laura … 
la nouvelle collection
La marque admise
appris à penser résultat net pas CA
haha
(fa dièse)
dis siri évolution du…
depuis 2009
Le Zimbabwe
L’évolution du Bitcoin et des cryptomonnaies en général
les musulmans les juifs les féministes
sur rouge
oh fuck
E||-----------5--7------------7--|--8---------8--2----------2--|--0---------------0--------|
B||--------5------------5--------|------5-------------3--------|------1-----1--------1-----|
shi shi shi shi
Versets
fais gaffe
chez moi
uber
rien ne bouge
clés de notre vie est dans
la contemplation.
shadenfreunde
to 
dix ans de marketing, un passage par Singapour,
la faillite, le privilège, fooding, beaucoup de travail
heaven
le CICE (note pour la postérité)
Un cré
les profs
je suis
heeeeey devine dans
Le CDI, les paresseux
immobilier
le relou
oh non
méfie toi
hihi
ordel de m
as qui je suis
ques tce qu iest pl usét hi queen tre uncu ir de s yn thès eet lec uir lep lus pr o pre
la scène revient en boucle
souche mutante
pas sûr, je ne suis pas sûr de
à ce qui paraît
…pales 2024
haine amour passsion changement disruption transformation
sous deux formes :
  • Hey ! Je te cherche partout, on m’a dit y a un mec chelou qui se pose à côté de nous…qui dit rien, qui se barre. Je me suis dit, ça peut être que toi ça…
  • Ouais…
  • J’ai suivi la rumeur haha t’as laissé une piste en pointillés de rumeur
  • …pointillés de rumeur tu parles bien dis moi.
  • Oh !
  • t’avais qu’à remonter la piste…facile
  • Facile !
  • Ouais, bravo le chasseur…
  • Merci, merci ! J’aime qu’on reconnaisse mon talent
  • Bon, t’as pas une chienne à chasser là
  • Oh…ouais non…elle m’a un peu fait chier charlotte là…puis je suis plutôt sur Estelle là…
  • Haha mec…
  • Quoi haha
  • Mec…
  • Quoi mec…
  • Bref
  • Non pas bref, vas y exprime toi
  • Vas-y je me barre, t’auras qu’à remonter la prochaine piste les « pointillés de rumeur »
  • Tu casses les couilles là…
  • Ouais, voilà…par contre lâche moi…Sélim, j’aime pas trop quand tu fais ça
  • Euh…je te tiens pas…t’as pris un truc ou quoi ?
  • La vie, Sélim, la vie
  • Haha, t’es trop con…tu parles de mes phrases et tu lâches « la vie Sélim, la vie »
  • Oui, bon, on va pas rester dans le drame…
  • Bref Estelle…
  • Ecoute…vas-y vas te casser les dents, ça me fera rire ça.
  • J’ai bien éclaté le fiak de Lu…
  • C’est pas Lucile, Estelle. C’est une vraie personne Estelle.
  • Pas moi ?
  • Oh mec, viens on va se défoncer ou quoi là tu me gonfles.
  • Vas y fais pas la gueule, désolé…paye moi un taz, on fera des câlins. 

Corps nus indistincts, lumière aiguisée, regards, peaux.
discours scandé je ne parviens pas à articuler la protestation j’entends le discours parasite, là, qui gâche mon extase
Un personnage très iconique et intemporel, qui puise sa force dans un domaine particulier.
Il est là en face de moi. Je le vois comme je vous vois et je sais que c’est une part de vous.La personne, souvent enfant, dans une scène de vie semblant surgir d’un souvenir.
Cette scène revient en boucle, comme si elle était marquée au fond de son âme, tel un leitmotiv.
Très souvent, je vois la personne dans la nature : elle y est exaltée, légère, à sa place.
Quand je partage ces visions, je me confronte souvent au fait que la personne vive en ville, travaille beaucoup et ne prenne pas souvent le temps pour sortir de son environnement direct, loin des préoccupations du quotidien.
Mais Prendre un moment où personne n’attendra rien de vous. Où votre seule mission sera de sortir de chez vous et vous immerger dans le beau.
Marcher dans une forêt, regarder le ciel, nager dans la mer ou gravir une montagne n’est pas juste un hobby, c’est un moyen de vous reconnecter à vous et remettre les pendules à l’heure.
Eté comme hiver, il est important de prendre ce temps.
-
Vidéo : Col de la Bonette, juillet 2020
Musique : Pyramid Song - Voces8 (Radiohead cover)
J'hallucine un cours
de marketing digitial
une conférence
j'hallucine une messe
instagram
- je kiffe

 

10 février 2021

A toi, le prince des monte en l'air

Cher as de la Cambriole, 

toi l’ouvreur de mon courrier toi celui qui furètes contre ma porte

toi qui déjà me dérobas quelques lettres

je te prie de revoir tes ambitions à la baisse

et d’éviter de pousser ton intrusion jusque dans mon intimité. 

  

Sache que je n’ai pas la miséricorde de Brassens qui, pardonnant, le larcin chantait Stances à un Cambrioleur. Tu ne recevrais de moi qu’imprécations et colère. 

Tu n’aurais, de toutes façons, à ne voler ici que des dizaines de recueils de poésie, un peu de bazar et peut-être un potimarron. Quelque chose me dit que tu ne cherches ni un libraire, ni un primeur ; pour arranger le bazar ne t’en fais pas - merci de ta considération - je m’y retrouve.

 

De même pour mon courrier tu n’y découvrirais que quelques revues de littérature, certaines décevantes, parfois la presse ou même des factures - tu peux t’en acquitter.

Si tu aimes tant la poésie tu peux aller me lire ici proses.canalblog.com on y trouve toutes sortes de vers et même 

un avertissement pour un cambrioleur

Peut-être te reconnaitras tu ?

 

Le plus souvent, je me trouve chez moi - c’est ainsi que je t’ai entendu après que tu dérobais mon courrier - et je sais les gens de ta sorte trop timide pour ne pas craindre les rencontres. Alors…ne viens plus, j’aimerais t’épargner cet embarras autant que le goût du laiton ma canne. Je ne saurais te dire le pire entre ta honte, douleur morale et la douleur physique d’un coup bien visé.

Ton goût pour le risque, ne le pousse pas jusqu’à cette expérience. L’ignorance peut-être une vertu et le savoir un poison. 

 

Je n’aime pas faire la leçon, vois-tu, mais…nécessité fait loi. Et celle-ci a parfois les rigueurs d’une lèvre fendue. 

 

Pas du tout bien à toi,

 

Jonathan

7 février 2021

Cuisine

Atelier d'écriture : Thème Cuisine. 

 

Tu découvres un jour la mandoline ou le rasoir à légumes. L’économe toujours te faisait perdre ton temps. Il demandait une agilité formée depuis l’enfance et l’enfance tu l’avais passée sur les terrains de football. T’imaginant selon la saison Porato ou Ronaldhino  ; d’autres imaginations te traversèrent, évidemment, jamais celle du maniement de l’économe qui, par jour de disette, faisait office de rapière un peu grotesque pour les bagarres où dix mille Dartagnan s’affrontaient dans le battle royale de la récréation de 10h.
Le rasoir à légumes s’appelle Castor si tu en parles à de plus expérimentés, d’une autre génération, il y a longtemps qu’ils le connaissent et l’emploient sans jamais avoir rien dit de leur secret. L’économe, instrument de torture qui, plutôt qu’à la cuisine saine conduit au McDo. 

 

Comme tu n’es pas parfait, même retouché, tu as commandé le rasoir à légumes Castor sur Amazon. Petit appareil en inox au manche mal fichu…au début, franchement, tu n’as pas été convaincu. Parce que tu l’avais payé, deux euros seulement, certes, tu l’essaies et la peau des légumes, comme pétales arrachés par les prières d’amants, en délaisse la chair. La courge butternut c’est le boss final des peaux de légumes. Tu lis sur Internet, sur le blog d’amandinecooking ou des sites plus institutionnels comme marmiton qu’il faut passer la courge butternut au microondes pour affaiblir ses défenses extérieures et la bête encore chaude y plonger l’économe avec la vigueur de ton dartagnisme d’enfant. Tu vaincs cette croûte, c’est sûr, et à quel prix…Pyrhus ne connut pas de victoire plus aisée. 

Tu fais passer le rasoir à légumes castor, deux euros sur Amazon, le long de la courge butternut et la courge butternut cède comme cède à la flatterie les hôtes de ces bois. Nouvelle fable le castor et la courge, la caresse de métal et l’éclat de l’inox. 

Tu as aussi acheté un set de couteau allemand et un aiguiseur. Tu apprends, avec l’âge, que la longue tige, qu’on appelle un fusil, et contre quoi les cuisineurs bateleurs frottent leurs lames, ne sert à rien. Le fusil redresse la lame sans lui rendre son tranchant. Au final…il ne s’agit que de folklore. Ton aiguiseur impressionne moins, on glisse la lame dans une sorte de gaine et on frotte. Ca n’a pas le charme antique du fusil ni celui de la roue en pierre des forgeries. Minuscule outil qui ne va pas sans honte et qu’on dérobe à la vue. C’est que tu souhaites garder un peu de mystère. 

Comment veux-tu que je te blâme moi qui manie le micro-ondes avec une adresse inquiète m’étonnant chaque fois de ce que

Les micro-ondes sont des rayonnements électromagnétiques1 de longueur d'onde intermédiaire entre l'infrarouge et les ondes de radiodiffusion.

dont le miracle vaut, il faut le dire, l’acharnement inutile de la lame contre le fusil. 

Comment veux-tu moi qui passai ma vie à attendre à table que maman sorte du four ses trois heures de travail et moi qui rouspétait de la tiédeur du plat ou, plus criminel tu me l’accorderas, la surabondance de courgettes.
Maman, pour me faire passer le dégoût des haricots verts, disait du jardin comme si de venir de je ne sais trop quel arrière-cour de je ne sais trop quel arrière-pays m’éviterait le dégoût. Je me demande ce que l’on pourrait ainsi faire sortir du jardin ? Et si devant le juge dans sa douloureuse hermine je disais désormais mon crime venu du jardin ? éviterais-je ma peine ? Le code pénal, peut-être prévoit, une circonstance atténuante ou tout à fait exclusive pour ce qui vient du jardin. Comme l’abolition du discernement vous exempte de toute peine. Ainsi, criminels, gardez toujours sur vous un peu de terre au moment de vos meurtres expliquant que tout ceci, la terre et le geste, vient du jardin. 

Toi, tu n’en es pas là. Tu laves ta planche à découper le soir même, parfois. Le plus souvent à midi en pestant. La table du salon tu la laisse jonchée de restes de la veille. C’est une façon de te dire que tu as un passé, de maintenir de la veille, la réalité de ta performance. Tous les matins, on retrouve les reliefs des repas comme on écrivait dans la littérature du XIXème, tu expliques que ce sont comme des ruines, des témoins et si on t’objecte que ce ne sont jamais les mêmes, que les ruines n’ont de sens que dans la durée, tu rétorques, un peu méprisant, que ce sont des ruines de tes gestes et non de la chose. 

Tu soupires souvent à défaut de roter. Notre culture occidentale admet mal nos existences gazeuses. La civilisation Occidentale est lourde de ses pets retenus. Elle va, péter sur d’autres continents depuis longtemps maintenant, des voyages de Bougainvillier à l’invasion de l’Algérie et les tapis de bombe de la guerre irakienne. L’Occident, ah qui l’eut cru, une indigestion. 

 

Tu regardes d’un oeil la recette du soir. Tu as épluché tes pommes de terre, Belle du Fontenay, tu fais attention aux AOP, maintenant, je ne sais quoi en penser de mon côté, avec ton castor à deux euros de chez Amazon. La recette te demande de les rhabiller, elle dit en robe de chambre et hésite avec robe des champs. Tu enserres la pomme de Terre, nue, puis changée, en une nouvelle toilette. 

 

D’autres parleront avec abondance ou de fromage ou de truffe ou de sushis. Qui, à leur manière, sont des miracles. Miracles trop ordinaires, comme le fusil où étincelle pour rien la lame du couteau. Toi tu as choisi les petites choses qui ne demandent pas d’agilité particulière, les légumes simples du jardin et les tubercules que rien ne gâchent. Tu as fait le même choix en poésie, la chose simple et facile, dire tu à chaque ligne pour charmer l’oreille ainsi qu’on recouvre de sucre certaines fadeurs leur donnant un instant la couleur de l’amour. 

 

 

 

 

2 février 2021

St. Georges

Saint-Georges
Dimanche 31 Janvier 2021 - 23h21 -
Ligne 12
La ligne 12 traverse Paris du Nord au Sud et se distingue des autres lignes du réseau métropolitain parisien. Contrairement aux autres, exploitées et fondées par la Compagnie Métropolitaine du Chemin de Fer, la régie de la ligne 12 était échue au Réseau de la Société Nord-Sud. Pour cette raison cette ligne 12 - ligne A de l’ancienne nomenclature - conserve des originalités rendant ses stations, en quelque sorte, plus charmantes. On y trouve une multitude de faïences, de petits carreaux colorés dans le style Art Déco - je suis un grand fan - le nom des Stations se constitue de mosaïques tout à fait hors-sujet. Qui se donnent des airs d’une antiquité romaine. Rappel de ce que le métro parisien a bien un siècle et qu’il y a un siècle, déjà, on voulait faire ancien.
Aujourd’hui, lorsqu’on rénove ces stations on leur garde au mieux leur apparence préhistorique pour une mise en spectacle du passé. Restauration d’une autre sorte.
Ici pour qui veut effectuer l’archéologie on trouve l’Histoire en délogeant quelques morceaux secrets de faïence là, le petit sigle NS, qui témoigne d’une propriété caduque, est gravé sous le nom des stations.
Ma présence sur le quai se justifiait : je devais retrouver l’amoureuse dont le train, en provenance de Nice, entrait en Gare de Lyon avec 2h10 de retard. Comme je venais de rater mon métro il me fallait attendre 9 minutes sur le quai alors j’ai décidé, pour m’occuper, de découvrir la station au-delà des mosaïques, des faïences, de l’article Wikipédia et son savoir technique. Au cours de l’entreprise je pus établir un certain état du monde contemporain. Trouvant, dans les éléments divers (pas tant que ça) la synthèse de mon époque.
Ce qui m’a saisi d’abord c’est cet affichage là s’inquiétant du sort des femmes dans les pays francophones et demandant aux gens pareille inquiétude active :
Appeler ceci publicité apporte toujours du trouble. Qu’est ce qu’une publicité. Son statut se définit-il par son objectif : vendre un produit, faire connaître une marque ? Ou par son contexte disons…d’énonciation se retrouver dans le lieu déclaré de la publicité ?
La publicité ce n’est plus aujourd’hui, comme à son origine, simplement rendre public, porter à la connaissance de, mais infléchir et orienter des comportements. La publicité reproduite ici poursuit aussi ce but : orienter des comportements (vers le mieux, l'éthique, la protection).
Autre chose encore m’a intéressé ici. Cette affiche a été investie par des individus sans que très clairement je ne saisisse le sens des différentes interventions. Celle, radicale, en lettres capitales dit « à force de dire aux femmes qu’elles sont faibles elles finiront par le croire » et je ne sais s’il s’agit d’un discours féministe ou, à l’inverse, d’un discours prétendant que les femmes étant déjà assez reconnues dans le système actuel il ne sert à rien de défendre spécifiquement leur cause - il signe au masculin me laissant penser que la deuxième lecture est juste. Une réponse critique et fâchée y est apportée.
Soit.
J’ai décidé d’observer de plus près cette publicité. Non pour fournir une analyse des codes et de la mise en scène qui y commandent mais pour observer ses marges. Ce qui n’appartient pas au message explicitement porté tout en se trouvant bien là, inconsciemment. 
Ici, littéralement dans la marge, on lit le nom du cabinet qui a réalisé cette publicité donne son nom.
Mlle Pitch.
 Mademoiselle cette publicité, qui très clairement s’inscrit dans une dynamique féministe en appelle à une agence dont le nom même contrevient au message. Mademoiselle. Plus loin, encore, est inscrit le nom du photographe : Fred Leveugie. Un homme.
On trouve déjà, ici, une synthèse et un commentaire : une affiche féministe, un débat entre des individus en lettres capitales et rageuses, des auteurs pas si féministes que ça.
On y trouve une autre idée : chaque fois, dans les stations de métro, une des publicités a bonne conscience, qu’elle défende une cause humanitaire, informe sur un désastre, demande des financements.
il faut mettre au jour l'inconscient des formes. 
(ouh)
Alors, j’ai continué ma marche dans la station - 90 mètres pour découvrir un peu plus ce qui habite mon époque. J’ai découvert Tiphaine, 52 ans :
directrice d’une société de 500 salariés en Bretagne. Tiphaine a donné 2000 euros pour réaménager l’espace parents-enfants du centre de santé proche de chez elle.
Puis, le slogan « être Mécénactrice c’est investir pour l’avenir ».
80% des entreprises mécènes choisissent de financer localement des projets sur leur territoire.
On y trouve des choses joyeuses : la mise en avant d’une femme, noire, la solidarité des cheffes 
d’entreprise, l’aspect local des initiatives afin de cibler des besoins particuliers…
Oui.
Mais.
Mais.
Il s’agit d’un centre de santé et sa gestion devrait, doit, absolument, impérativement, exclusivement, appartenir à l’Etat. Ici, on me dit l’immixtion du privé dans le public, on me dit la dépendance du service public, donc de l’accès à un soin de qualité, à des choix particuliers.
Au-delà de la belle histoire de Tiphaine en creux s’annonce l’effacement de l’Etat seul garant de l’égalité entre les territoires…Alors, si dans la Creuse ou en Seine-Saint Denis à l’horizon l’espace parents enfants du centre de santé proche d’aucune Tiphaine continue à se désagréger…
Les stations produisent du sens en dehors des publicités. Face à la mort habituelle et la mise en garde commune du ne pas descendre sur les voies s’affiche désormais le virus mortel qui parasite nos vies. Le nouveau danger échappant à la mort commune se rappelle partout, descend jusque sur le quai du métro et dans la rame. Moins létal que le coup de semonce du métro cependant. Omniprésent.
D’autres publicités parlent du monde qui nous entoure.
Celle proposant une application sportive. Qui dit à la fois la sédentarisation des activités (faire du sport chez soi) la quête de bonne santé, la numérisation de nos pratiques (une application). C’est une publicité de l’air du temps comme en d’autres époques une publicité pour le Yoga, autre mode, autre bien-être.
La publicité pour food chéri s’inscrit dans la même dynamique, mieux manger, mieux 
consommer, utiliser son application tout ça avec la grâce ludique du jeu de mot.
On y trouve aussi le truisme publicitaire, celui qu’on attend les fameuses publicités culturelles, on annonce une production artistique, un film grand public, une pièce de théâtre…Ca nous dit que la création ne cesse pas, que des objets culturels continuent d’être produits et que des manifestations publiques se tiennent - se tiendront - encore. On pourrait analyser le contenu de ces publicités, montrer les trajectoires que prend le cinéma grand public et tous ces trucs qui appartiennent aux professionnels de l’ennui - je ne saurais me compter parmi eux étant chaussé, déambulant sur le quai, de bottes Jeffery West en (fausse) peau de serpent et peuplées de (vrais) clous.
On trouve d’autres publicités à visée humanitaire qui ne manquent de nous serrer le ventre et perdent hélas l’essentiel de leur impact de côtoyer food chéri et fizzup comme si je peux alors éviter de me confronter directement à cet immense violence, distrait que je serais par les couleurs criardes et le ridicule de toutes les autres publicités. Diversion…La fondation Abbé Pierre fait ce qu’elle peut et raconte, elle aussi, plus tragiquement encore, l’échec du Service Public. Des être humains vivent et meurent dans la rue et des associations tentent de toute leur force - jusqu’à la publicité - de les faire durer. Sûrement Tiphaine donne mensuellement ou ponctuellement, avec un abattement fiscal de 66%, une partie de ses ressources à Amnesty International.
D’autres publicités visent - avec homme noir à tresses antithèse du bon citoyen il y a 10 ans - la bonne conscience écologique et nous incitent à mieux jeter ce qu’on a mieux consommer. Une cohérence apparaît : faire du sport, avoir faim, jeter. ô cercle parfait des contemporanéïtés. La perfection moderne, c’est pas des lol. L'exactitude de ce système me donne un instant envie d’y croire et de m'y fondre (voir le PS)
Je crois que cette promenade souterraine m’a beaucoup instruit.
Le métro arrive, je changerai à Madeleine pour prendre la ligne 14, la première automatisée de Paris, celle qui n’a pas un siècle, ne fait pas de bruit. Encore un commentaire du présent. Décidément.
PS : Souscrivez à la banque la moins chère pour la 14ème année consécutive. Code promo en MP et argumentaire de vente pour la souscription d’un contrat d’assurance vie recommandé par Rotschild (52,29% sur 30 ans).
                                                                             

 

29 janvier 2021

YouTube - expropriation

Au printemps 2017, dégoûté par l’écriture lyrique que j’ai pratiquée pendant 15 ans, j’ai eu le bonheur de rencontrer les objectivistes américains. J’ignore franchement ce qu’a été précisément leur esthétique, s’ils écrivirent ou non un manifeste conceptualisant une démarche, l’inscrivant dans le blabla généalogique. 
Je les interprétais librement par les bribes lues, et faisant, surtout, de leur nom la base de ma démarche.
L’objectivisme s’oppose, littéralement, dans sa dénomination même, au lyrisme. Processus de décentrement, de mise à distance du sujet, repoussant le je - le suspendant à un croc de boucher - aussi loin que possible. Je qui n’a eu cesse de pourrir de ses misérables affects dont il imaginait les miasmes de la dernière importance - il fallait partager la puanteur et Dieu jamais je n’ai été aussi prodigue de ma vie. Alors. Les objectivistes. Pound (qui n’en était pas) Reznikoff (qui en était) me permirent de brûler ce que j’avais aimé - la fougère surréaliste - et, surtout, résidu de feu lyrique et de l’histrion en moi qui ne laissera jamais ses habits de cirque, l’utiliser pour mener la guerre contre les autres auteurices du forum. 
Il était temps de faire feu, j’assemblais en un petit bûcher les gares où les trains ont des mines tragiques et les bagages toujours lourds de secrets et de mensonges - toujours le poème trébuche sur le quai et la valise révèle son imbécile excès - j’ajoutais pour combustible les métaphores insipides - transparentes jusqu’au trouble-ment - qui agissaient comme les bonimenteurs. On fait croire à la foule impressionnable je ne sais quoi, le miracle du produit, le ressenti, puis on réussit la vente, le poème a plié bagage, on s’est fait arnaquer, on fait comme si non - comme après un mauvais spectacle auquel on trouve toujours du miracle parce que la place était chère. Poèmes-trucages. 
L’objectivisme m’offrait aussi - plaisir des vaniteux - le prestige de la nouveauté qui ne va pas sans risque - autre prestige. L’accusation de moderniste - cocasse pour un mouvement du milieu du 20ème - pèse toujours sur les expérimentations, on les disqualifie à cause de ce qu’elles jurent trop, toute l’incrédulité que l’on devrait avoir pour le bonimenteur s’exerce ici. 
Moi, j’adoptais la posture du minoritaire, je dessinais les positions, je traçais les frontières, je plaçais les termes du débat. C’est le luxe du dominer de pouvoir découper l’espace, il manifeste et pose les termes de la discussion, c'est lui qui nomme le eux et nous qui, aux yeux des dominants, est toujours caché, implicite. Le dominé sert de révélateur. La frontière est tracée on ne peut plus l'ignorer. La guerre commence. 
Puis j’ai fait feu. On a aussi fait feu. 
Mon frère l’année précédente m’avait offert un recueil d’un poète que je ne connaissais pas : Xavier Bordes. J’avais négligé le livre dont le titre, dans mon souvenir, était une sorte de parodie involontaire de Celan, quelque chose comme Pierre de Personne - dans ce genre de poésie tout devient Nom Propre comme si Dieu toujours rôdait pas loin et qu'il fallait, par anticipation, préparer la louange.
 
 L'objet tombait à pic.
Pour augmenter le feu objectiviste - crépitement silencieux du pixel - je m’étais filmé lisant certains poèmes de son recueil. Je me tenais très droit, adoptant la posture des lectures officielles, et après chaque poème je déchirais la page qui l’abritait et chaque lecture entraînait une déchirure plus rageuse jusqu’à ce que je me débarrasse par la fenêtre du recueil tout entier. Cette vidéo je l’avais publiée à l’été 2017 sur youtube, accessible depuis un QR code semé un peu partout, y compris sur le blog de xavier bordes. J’écris ceci alors que l’affrontement, ici, sur le forum a expiré - lien mort. A cette violence a fait suite l’hybridation, la synthèse des esthétiques, en somme je suis intégré au canon, on discerne encore la marque de la frontière mais, disons, que désormais nous sommes de la même nation et de régions différentes - frontière comme cicatrice, nous nous souvenons.
J’écris ceci parce que j’ai reçu une notification de YouTube m’annonçant que, parce qu’elle incitait au harcèlement, ma vidéo allait être supprimée sous sept jours, qu’elle avait quitté son statut public pour n’être visible pendant ce temps que par moi. Une sorte de procédure d’expulsion, en somme, on me permet de ramasser mes affaires avant que je ne doive débarrasser le plancher - se pose la question de notre dépendance à des plateformes omnipotentes, juge et partie. Ceci me donne aussi l’occasion de réinterroger, explicitement, mon rapport au je qui, par haine de ce je lyrique, avait contaminé toutes les écritures de soi qui me paraissaient toujours insupportables et bonimenteuses.
"mise en garde"
"supprimé
"cyberharcèlement intimidation"
les termes me terrifient
je suis celui-là rrr
Aujourd’hui, des esthétiques du je peuvent me parler et me saisir. Je n’ai pas encore lu Annie Ernaux qui, si j’en crois ce qui se raconte - et de conteuses fiables - appartient à cette trempe. J’ai lu Marie Calloway et je lis actuellement Maggie Nelson qui rendent au je à l’écriture de soi, quelque chose de vrai, à quoi et qui je peux faire confiance. Le je lyrique est un jeu menteur qui n’a pas la grâce du je rimbaldien, vrai travail, vraie question sur la langue. Pour les lyriques Il ne s’agit que de faire semblant sans l’admettre, de jouer très sérieusement à faire semblant, donc à tromper. Le bobard métaphysique des ronces et des rossignols. Le but c'est d'impressionner et de se flatter soi-même d'être si sensible.
Ce que j’admire chez Mary Calloway autant que chez Maggie Nelson c’est que quelque chose va m’atteindre, m’être absolument intelligible malgré ce qui devrait nous séparer (Maggie Nelson cite une phrase de Wittgenstein qu'elle habite tout au long de son livre "l'inexprimable est contenu dans l'exprimé, elle s'arrange tout au long du livre avec cette phrase). Leur écriture, au delà de sa beauté, fait signe vers moi, va, clémente, jusqu’à m'atteindre moi qui me trouve pourtant de l’autre côté du genre, donc de leur expérience, moi même qui écrit en une autre langue et, parfois, à une autre époque (mediums, au sens mystique?)
Il y a autre chose encore, encore. Ces écritures pensent et se pensent. Se pensent au delà du simple travail formel, se pensent à l’intérieur d’elles-mêmes et se pensent dans le monde, en interaction avec lui. Ecritures responsables (?). Elles questionnent le narcissisme inhérent à toute écriture de soi, elles posent la question, le problème si on peut dire, de la culpabilité intrinsèque liée à cette écriture. 
Quant à s’écrire soi pèse toujours le pénible poncif d’Adorno après Auschwitz fin de la poésie question réglée, au suivant. 
Pourtant quelque chose de juste, de nécessaire, se tient ici, dans cette question, dans ce poncif quelque chose qu’on doit interroger, pour le surmonter ou non. Est-ce que j’ai le droit de m’écrire quand d’autres souffrances, des souffrances qui touchent la vie même, qui touchent la durée immédiate d’autres individus, cohabitent avec moi - ou, même, surtout, ne cohabitent pas. 
ce ?
de la question
le
?
a la forme d’une oreille
(je joue)
il est entente
écoute
?
cette question
écoute
bienveillante
me fait place
?

Camille traite, d’une certaine façon, cette question dans l’un de ses textes sur le forum. Elle travaillait je crois dans une association accompagnant des personnes précaires, d’une précarité extrême touchant, au delà de leur existence purement matérielle - se vêtir, se nourrir, s’abriter - leur présence ici, sur le territoire. Présence réelle, concrète, présence sur laquelle pèsent les centres de rétention, les vols charters, les décisions administratives obligation de quitter le territoire français sous un mois. Non pas la Présence de Xavier Bordes. 
 
(si P majuscule
P de Pré-fecture de Police)
Face à ces situations l’écriture, l’art, au delà du terme un peu stupide d’indécence, se présente dans toute son absurdité. Commettre ce geste, d’écrire, de commenter, de parler de soi quand d’autres, leurs gestes, se dirigent exclusivement vers la survie, la durée, la fuite, quand le sentiment premier, manifeste c’est toujours la peur, la peur primordiale. Et pourtant…pourtant immédiatement après avoir écrit ceci, parler de leurs peurs, les rendre, eux des autres je dis, suis en train d'avouer, dans toute sa totalitaire puissance ma (notre) position de privilégiée. Ces personnes conservent une intériorité intacte - menacée - des rêves, de la colère, la vie toute puissante - attaquée.
L’administration ne parvient jamais tout à fait à les en dépeupler. Même à Auschwitz. Même à Auschwitz. On a pas exproprié la vie et donc le poème. 
 
Ces questions nous concernent bien davantage qu’elleux, nous nous les posons à nous mêmes, c’est nous qu’elles animent et qu’elles déterminent dans, entre autre, notre rapport à l’écriture. Ces questions comptent absolument. Elles sont primordiales, au sens strict, elles précèdent le reste, c’est le je qui en résulte qui nous conserve notre humanité, qui nous distingue du je lyrique, inerte, méchant.
Maggie Nelson traite cette question dans les Argonautes. Elle ne la prend pas directement, en charge et fait parler d’autres autrices. Elle l’énonce de biais, par la voix d’autres femmes, sans qu'il fasse aucun doute qu'elle en soit à égalité l'énonciatrice.
Chose intéressante, ce sont toujours des femmes qui parlent de ces choses, qui les abordent en tant que ce qu’elles sont, là, des choses, matériellement, devant nous, ces vies en périls et font face à notre (leur?) énonciation de soi, de nos (leurs) problèmes, de nos (leurs?) peurs et nos phobies- est ce que cet enfant me ressemblera (elle pose la question), est-ce que j’ai le droit d’aimer quelqu’un du même genre, Trump ou Biden etc - (leurs.)
Derrida a beau conceptualiser, de façon très belle et pertinente, le concept d’Hospitalité, il ne peut s’empêcher d’y ajouter la majuscule qui en fait un lieu inhabitable, inhospitalier qui perd sa réalité. 
 
(Maggie Nelson, lorsqu’elle convoque des Concepts s’appuient essentiellement sur des hommes.)
L’enjeu tient dans cette question, le fait de nous la poser, elle qui nous sidère, qui nous offre le doute, nous épargne la chose la plus toxique : l’évidence. 
Si la question sidère
L'évidence fige rigidité
des morts.
On ne la dépasse pas, la question, on vit avec, comme une conscience, ni mauvaise, ni bonne. C’est ce doute, je crois, qui me donne à vivre leur écriture comme vraie. Qui me fait saisir l’universalité de leur position, de ce qui ne pourra jamais me concerner directement, être enceinte, être harcelée, avoir peur du viol, être libre en étant enceinte, vivre avec le paradoxe de vouloir être libre et vouloir un gosse - question omniprésente. 
C’est ce doute qui donne à ces écritures un je véritable. 
je n’a pas la forme d’une fougère engourdie sur le divan du psychanalyste. 
Je pense ici à 
La phrase de Valéry que cite Miyazaki dans le vent se lève. 
Le vent se lève, il faut tenter de vivre
Je crois que ces écritures, et donc ces écrivaines, tentent de vivre. Les deux verbes comptent à égalité tenter et vivre. 

ici, je suis saisi par mon intellectualisme forcené, l’envie soudaine de produire une analyse de ce qu’un verbe, tenter, est précédé d’un auxiliaire et l’autre infinitif radical. 
Une interprétation qui ne répondrait pas aux règles strictes de la grammaire réelle mais davantage d’une sorte de logique de psychanalyste. C’est à dire extorquer un sens possible et délirant d’un corps qui ne demandait pas grand chose. C’est à dire que je suis un homme et que je ne peux m’empêcher d’écrire Vivre.  
La question, le doute, ne s’expose pas explicitement, à chaque page. Ce doute n’est pas le sujet de leur écriture.
L’une des façons de la dépasser, qu’on observe chez Maggie Nelson - et qu’on trouve chez Foucault qui est aussi un être de majuscules ; les siennes plus pertinentes et Foucault, de façon citée ou non, irrigue Maggie Nelson - c’est d’admettre qu’on ne fait jamais que l’expérience de sa propre subjectivité et, par là, de sa propre douleur ce qui nous mène à la traiter avec le dernier des sérieux. La bienveillance que l’on s’impose n’est pas une discipline moins difficile qu’une Hospitalité abstraite et, ce souci de soi, est, je crois, la meilleure école de la bienveillance et du souci des autres, le laboratoire, en quelque sorte, de notre humanité que l’on répand, ensuite, dans nos livres, nos paroles ou nos gestes. A la fois aux guichets devant la CAF, dans nos rêves et dans notre propre durée qui a, aussi, la valeur la plus absolue.

S’il y a une honte, je ne démords pas, au fond, de ma colère antilyrique, ce serait de ne pas poser la question. Ne pas la poser c’est considérer, au fond, que n’existe réellement que notre propre subjectivité, que notre propre expérience est la seule réelle et valable. 
Je crois, au fond, que je développe une certaine jalousie pour ces écritures, pour ces finesses, pour ces majuscules abolies. Elles me renvoient à ma position qui ne peut qu’interroger abstraitement sans toucher pour de vrai et me contenter de tricher, de donner le change, au fond, ne me distinguant des lyriques que par une lucidité de dernière minute. Parce qu’hélas la conscience de ce qu’on porte de gestes ne nous empêche jamais de les commettre. Je fais l’expérience, douloureuse je crois, de ne pouvoir dire ça. Ou plutôt ça. 

 

24 janvier 2021

Roman - Chapitre non classé - Trahison d'Etienne

Trahison d'Etienne (passage qui ne suit pas directement les chapitres précédents, les groupes d'amis éclatent toujours, les ambitions et les forces deviennent asymétriques, on ne veut plus la même vie ; on ne la peut plus, surtout)
Il faisait désormais partie des prêts à tout, ses yeux étaient prêts à tout. Son ambition c’était la gloire, devenir BHL, disputer avec Zemmour, écrire de petits opuscules à succès, rempli d’une morale banale et satisfaite. Il avait raison, après tout, mieux vaut être BHL, que l’errant les revues, les petites 
salles de théâtre, le monde misérable, dépouillé, sans caractère. Ce qu'il y a prendre, le prendre, le prestige et toutes ces choses "nourri de grec et de latin, je suis mort de faim" les abandonner. 
Dans son livre "Argent" Christophe Hanna classe, selon leurs revenus, une certaine quantité de gens dont de nombreux artistes. Tarkos est à 407 et ouvre le livre. Lui, ne souhaite qu'une place. La dernière, la dernière encore sur une page imprimée, encore dans la littérature. La dernière. Les yeux prêts à tout, ça veut dire la fête s'il faut les drogues s'il faut, connaître le tour à la mode et s'y exercer. Jamais en avance, surtout pas en retard, pile dans son époque. Les femmes, les hommes. L'éclat artificiel des yeux morts ou désirants, la rivalité avec les autres, les autres au regard prêt à tout. Les flatteurs ratés les robes fanées. Il avait compris assez rapidement, juste assez tôt - toujours à l'heure, pile poil - qu'il ne parierait pas son avenir pour une hypothétique statue de bronze. Il dit, j'accepte ma médiocrité, en riant, il le dit avant de nous dire adieu. Je veux être le champion de l'imposture, le génie de la duplicité. Je suis à vendre, je suis à vendre et on me paiera cher parce que des yeux comme ça, des yeux prêts à tout, ça vaut tout l'argent du présent. 
Aucun scrupule à devenir Yann Moix, à me rendre en séminaire puis en pèlerinage chez Bernard-Henri Levy. Ecrire dans sa revue, la règle du jeu, trouver le ton, le ton pile à l'heure qui sent le foutre distingué et se pourlécher les babines de ce jus de triomphe pour moi aussi, un jour, être du côté des cracheurs...Alors, vous pouvez me mépriser, ravalant votre haine déçue. Je vous aurais oublié, le champagne m'aura donné de l'amnésie. Je ne serai pas triste, je serai accompli. A la fin de ma vie, très satisfait de moi-même, j'écrirai mes mémoires tremblants, racontant, l'air faussement amer, ce tournant dans ma vie. Vous qui n'avez pas su me suivre...Je ne citerai pas vos noms, vous n'aurez pas une minute de ma gloire c'est aussi ça...On la garde chichement, comme tous les riches, on ne partage pas, on est redevable de personne. Sauf de Bernard-Henri Levy.
Il n'avait pas menti. Il a tenu sa partie jusqu'au bout. Génialement, ayant beaucoup d'opinions politiques, passant de l'écologisme tiède au féminisme fade, le quasi-antiracisme et l'air toujours indigné. 

On a pu le lire en nous marrant dans la règle du jeu de BHL ces phrases. Son adhésion totale au cynisme ne laisse aucun doute, jamais il n'a laissé quelque part une trace de la machination...Acteur si parfait qu'il se prît au jeu. 
"Quand Bernard Henri-Levy montre la lune, les rentiers de l'exotisme regardent le doigt"
"Bernard-Henri Levy au secours des ouïghours"
"Bernard-Henri Levy, la planète lui dit au secours"
"Bernard-Henri Lévy consacrait dans Le Monde un long reportage de terrain au Liban, sur les désastres commis par la tripartition du pays. Le texte, ainsi que les images, étaient limpides et accablants."
La signature Etienne Fromant s'élevait partout. Elle avait un prix, se vendait chère. Nous n'avions pas les moyens du moindre rendez-vous. Il nous avait prévenu. 
Seul Sélim aurait pu encore être digne de sa compagnie, après tout. Il la lui refusait. C'était sa seule défaite...Il n'en gardait aucune amertume, il la fit fructifier comme le reste. Seul ami du temps d'avant qu'il acceptait de citer, comme lui reconnaissant une égale dignité, il en parlait comme d'une blessure. Marquait un temps de pause dramatique avant de reprendre la parole une fois qu'il avait dit son nom. 
Il avait un secrétaire qu'il arborait comme une légion d'honneur. Ne lui restait plus qu'à être académicien pour tout à fait appartenir au néant. 

 

13 janvier 2021

L'homme périmé

Je voulais rédiger le manifeste de l’homme périmé, homme passé-simple dépourvu de langage
l’homme périmé a des douleurs
qui n’ont plus de nom
Je voulus les dire avant de me rendre compte
que je n’avais encore
de colère que contrite. 
J’extrais des fragments de ce manifeste non-né. 
Je me souviens de la violence forcée, ce qu’on exigea de mes poings. Tommy, Nicolas, Guillaume souhaitaient me mettre en miettes, il y avait un jeu, l’humiliation dont le prix, sûrement, était ma peur. Ma peur, je la vendais cher mais trois bourgeois ont beaucoup de moyens. Ils m’usèrent, longtemps. Se distrayaient ensemble et je résistais seul. Un jour, je cédai à la violence physique et j’eus la paix. Il me fallait prouver, pour avoir la paix, que j’étais un homme. A priori on me déniait la qualité de mon genre et, par voie de conséquence, ma qualité d'être humain. Soupçonné de contrefaçon, en quelque sorte, je devais apporter d'épuisantes preuves, sonnantes et trébuchantes comme un coup de poing. 
 
cette douleur c'est le
moi-même
qu'on tente de tordre
et qui ne peut ni plier
ni rompre
qui fait mal
Ce que tu perds ici, à ces moments là, dans leurs tentatives de négation de ton je, de ton je singulier, aussi singulier que possible, de ton je en dehors de considérations raciales, ce que tu perds en dehors de ça, ce que tu perds au moment de cette atteinte à ton je c’est la possibilité d’entrer en relation avec l’Autre. La possibilité de comprendre les règles qui commandent aux usages. L'impossible lien avec le monde, avant le moment de la dispute. Pour rompre il faut déjà nouer une relation. Alors, tu n'apprends jamais le bon usage, les bonnes manières des êtres humains ; plus difficiles encore que les bonnes manières des classes très méprisantes. Au final, on te prive de la société, toi, ta force tu l’emploies à résister, à te défendre, à te battre eux…à savoir. Tu es contaminé par la méfiance. C’est important, on s’en servira contre toi.
Le temps passe, tu échappes aux premières négations :
Tu discernes des mots, ils dansent devant toi, sans former de blocs de sens. Te manque la grammaire secrète des gens populaires. Longtemps tu ne comprendras pas l’ordre des mots de ces phrases là. Tu as le parler préhistorique.
le long du majeur court
la cicatrice remonte
de l’os carpien à la dernière pliure 
du majeur
la cicatrice tourne ici 
à la droite du majeur gauche
insensible au froid
au chaud
au reste
écho ma chair
la plaie du monde 
Tu manques de subtilité, de doigté. Avant de t’exprimer il y a toujours pour toi une opération de traduction, un temps de réflexion qui ôte tout naturel à ton attitude. Te voilà au milieu du monde ta main enrouée d’une impardonnable maladresse, tu es gauche, empâté. Tu as beau mieux connaître la grammaire tu parleras toute la vie cette langue, leur langue, avec un inexcusable accent. 
Ce n’est pas au niveau de la classe. C’est plus profond. Plus profond ton inaccès à l’humanité. Plus profond tu n’en sauras jamais la raison sinon qu’on ne te sent pas. On ne te sentira jamais vraiment. Même après la guérison. Il reste une cicatrice impardonnable. La cicatrice agace le bourreau.
Je me souviens avoir admiré l’aisance sociale de certains, leur inimitable sens de l’orientation. Ils ont passé leur vie à arpenter les lieux dans lesquels ils parlaient la bonne langue. Ils y ont vécu mille expériences désormais sédimentées en eux, de là vient leur succès en tout, leur façon de commander et de savoir, toujours, qu’ils seront exaucés. Leur langue ignore le doute, ils ont arraché à leurs mains le tremblement.
moi 
fracturé 
je
forcé
mis en vrac avant 
de se former
je
recomposé depuis
mal 
à toute allure
matériaux trop bon marché
pour durer
je
effondré
on t'en veut de pencher 
de côté là
ou d'un autre
toi on ne te passera rien
tu ne sais pas quand arrêter
de faire des blagues
de l'ironie alors on se dit
il est odieux ce type
Je pense à Mickael et je pourrais ici penser à moi. Bien plus que moi, Mickael a été mis a la marge et aux décharges. C’est un garçon qui se montre toujours odieux, se contentant toujours du pire. Je le vois mal dégourdi, il fait ce qu’il peut. Souvent, à ces gens, au lieu de seulement refuser de les fréquenter, on prête des essences. Ces essences sont ce que la vie leur a fait.
Les sutures ne me font plus mal
les points de contact autour de ces brisures
les milliers de points de contact
forment amas
de peau 
insensible
Gauthier qui parvint presque à prendre serrer casser entre ses mains mon être et que je sus chasser à son grand désespoir. Violence et j'étais à ses yeux le traître. Violence contre ceux qui m'ayant déterminé une biologie séparée de la leur croyait avoir en même temps établi entre eux et moi une indiscutable hiérarchie. 
Je frappe Thomas dans le plexus qui se courbe en deux de douleur. Je frappe Milan dans les tibias de mes grosses Timberland, je frappe à coups répétés. Jamais la paix, toujours le cessez-le-feu.
Ils ne parvinrent pas à leur fin déclarée, je n’avais pas peur d’eux et je savais me battre. Si…j’ai eu peur parfois, si, j'ai eu peur, j’ai été épuisé, j’ai tenu bon. Ils parvinrent à une autre fin, celle qui met au dehors, en quelque sorte, du genre humain. Celle qui met au dehors pour bien longtemps après leur passage. 
On te met hors du lieu humain où s'apprennent les gestes de la vie. Là-bas ils répètent le rôle à tenir et moi je me cachais le plus loin possible de la scène. Ils répètent et quand tu entres, on finit par entrer, un jour, on te blâme de si mal connaître ce qu'ils répètent depuis la naissance. Il y a pire. On te blâme aussi de ne jouer à la perfection le rôle qu’ils voulurent pour toi. Ta liberté, comme ta révolte, sont coupables et le demeureront.
Subissant la cruauté et croyant que ma propre humanité était à ce prix je suis devenu cruel et cette cruauté me procura du plaisir et me donna du pouvoir ; j’ai joui de ce pouvoir par quoi je me reconnaissais enfin un homme comme les autres. Plaisir fade, pour rien, plaisir qui disait encore le triomphe du monde-qui-brise sur moi-même. Je me croyais au terme du succès en devenant le briseur ; fort de ce côté là de la fissure et de la force.
J'ai désormais quitté ces lieux d’échouage, je crois. Peut-être je me suis trouvé d'autres pays, d'autres mers et peut-être un peu de moi-même.
Tu n’es pas mis en morceaux à ce moment là, quand on t'empêche d'entrer dans le monde, on ne brise pas tant qu’on ne t'empêche, qu’on ne t'immobilise. On te laisse à la traîne et quand tu crois rattraper ton retard, on soupire de te trouver ainsi essoufflé. Tu caches la douleur du point de côté et on t’en veut de ta grimace. Tu entends les mots à voix basse qui disent encore ta mauvaise biologie. Tu ne dissipes jamais tout à fait le soupçon. Je me souviens d’une soirée chez moi, un an déjà, un ami et moi jouions à nous vanner. Quelqu’un intervient, quelqu’un dont la gentillesse et la douceur ne font aucun doute, et me reproche à moi une sorte de mal-essence. Je ne me souviens plus des mots exactement, je me souviens du reproche ontologique, disons, qu’ils contenaient. Quelque chose qui voulait dire qu’à ses yeux, c’était sûr, moi je ne jouais pas vraiment. Plaie, ouverte. Elle a dit peut-être, je ne te sens pas. Elle a sûrement oublié depuis cette parole-en-l’air.
on lit en petites lettres
le mot je
formé
autrement
aujourd'hui
je
qui touche à son but
détour par d’autres apnées
La sueur après la course, le sang caillé de la main juste cicatrisée, l’accent à l’haleine douteuse, toi
je
je moment de dire je
tu es revenu de bien des misères
et quand tu crois enfin qu’on ne te reconnaîtra plus
ains plâtré
poudré
On finit par dire de toi
je ne le sens pas
c’est le contraire 
je sens trop
je sens
la peur
et le pus
qui fuit encore par
moments
d’entre les sutures
les gens les plus tendres
disent et pensent
je ne te sens pas
qu'importe
Si tu fais de ton mieux ou
non
Tu pues du plus profond de toi
de la chose végétale morte née
son interminable pourrissement
Alors j’exhale la plante morte
la vie non-vécue.
les personnalités avortées
les je mis au néant
non en raison
de classe
race
genre
etc

 

5 janvier 2021

La sève

Valentin a un mot pour dire que
nos pensées
nous accompagnent,
indélébiles,
en toutes les circonstances. 
s’agrumer 
s’agrumer
se conjugue
comme les autres verbes du premier groupe
(dont je soupçonne qu’il fut le premier)
mot perdu sûrement qui exista
au temps d’autres nécessités
Valentin
dans le hall vide
d’un hôtel du Nord de l’Europe.
trouvant ce mot
nous rendait visible
la perte
La perte
grandes lettres capitales
La perte non du mot
qu’un Valentin d’une autre
septentrionalité
forgerait 
La perte réelle
de soi-même
le jour du non-agrume
connaissant le mot
désormais
nous vivons dans la terreur
de sa perte




Je ne me suis jamais perdu
pourtant je me cherche
sans parvenir à me trouver
Comme si j’étais
une intuition
une hypothèse
Je ne me suis pas perdu
sans parvenir à me prouver. 




Je suis partout et de nulle part
comme les exilés le plus souvent
quittant une terre et n’abordant jamais plus que
des rivages incertains
la boue n’est l’argile
d’aucun continent
nul chez soi
érigé hors du marécage
de rives inhospitalières
ma vie vie alors
faite d’étapes
ponctuées de silence
le bruit des rames
la douleur
de l’impact
remontant toute la colonne
vertébrale




J’ai perdu plus qu’à mon tour
je ne saurai pas faire le 
compte
de ces pertes
de ma perte même j’ai perdu
le compte
sans moi me perdre
perte
perdue dans le
double-fond de la mémoire
je crois qu’on dit quelque part
l’inconscient
à ce terme technique je préfère
celui
du marchand qui truque sa balance
ses faux poids
le langage complice
des tavernes
le casino illégal
on joue
on perd
langage perdu


on a vidé la cour des miracles
et le miracle avec elle s’en est allé
la rue de la grande truanderie
ne connaît plus que le poste de police
l’inflexible boussole des matraques
télescopiques




Souvent, je me dis
tu as perdu
sans savoir exactement
la nature du pari 
ni les rivaux
ni si j’ai tout risqué
disant tapis
à un jeu dont je ne savais pas les règles
ni les tours des mages
leurs manches troubles


tapis
à la fin de la partie
je retrouve ma mise
la dernière pièce du juke-box envoie
la musique que je choisis 
parce que
l’avant-dernière 
glissée avec une prière
ô mur des lamentations
dans la fente de la machine à sous
me rendait ma monnaie
alors je vis à somme nulle
Un jeu de somme nulle est un jeu où la somme des gains et des pertes de tous les joueurs est égale à 0




et je craignais bien plus d’être volé
que de me perdre
alors
j’ai pris les devants
et j'ai volé
qu’on ne me vole
que mes larcins
le jeu à somme nulle




J’ai tenté de me perdre 
à la fin j’étais toujours moi
loques et splendeurs
tout ce que je peux pouvais
tout ce que je peux pourrais




et la rue de la grande truanderie




malgré les liqueurs et l'alcool
l’espoir de la perte
déçue
une main d’adulte 
retient
le jargon de la raison
je parle encore
la langue de Descartes
au plus profond du gouffre 
et sauterai-je du dôme le plus haut
encore me retiendrait par la taille
l’élastique d’acier

 

2 décembre 2020

Rituels d'enfant -

666 mots - rituels d'enfant
 
je n’ai pas joué à la marelle
mon horreur des cases ou 
mon goût du débordement
m’empêchaient
de tenir
dans le 1, 2, 3
d’une algèbre sinistre. 
Aujourd’hui, encore
j’en ignore les règles
Il y avait dans la rue
Clauzel
une marelle
que la pluie 
a effacé à force
il n’en reste qu’une 
trace
quelques signes
comme ce qui demeure
d’enfance
après la dernière dent de lait
tombée
A l’école maternelle
En évitant soigneusement la marelle - et peut-être je me dis à l’instant c’est ainsi qu’on y joue
Vers 4 ou 5 ans j’étais convaincu que je pourrais voler. 
Vers 4 ou 5 ans, j’avais deux obsessions : voler - dans le ciel - et Allah.
Alors, je réunis les deux.
Convaincu qu’il suffirait de croire très fort
d’aimer Allah assez pour m’envoler
Musulman très prosélyte j’expliquais alors à Hervé et Marc
qu’il nous suffisait de dire Bismillah pour nous envoler
le miracle - comme la sociologie - n’étant pas une science exacte
il fallait recommencer l’expérience souvent
pas d’échec
ça ne marchait pas
c’est tout
parce que nous prononcions
avec l’accent français le nom divin
parce qu’ils ne croyaient pas assez.
Je me souviens
Nous montions sur une marche
et
nous exclamant bismillah
nous sautions
j’imagine aujourd’hui
l’effet bizarre que produirait
ces paroles
dans la bouche d’enfant
auprès des instit’.
convertissant
marc et hervé
aux sortilèges de l’Islam
la toute puissance 
des cieux
dégarnis ici
ô calvities sentimentales
Mon extrêmisme religieux me poussa
plus tard
à refuser une viande suspecte au centre aéré
malgré l’insistance des éducatrices
convaincu alors que j’étais
qu’elle résultait de l’abattage non rituel
d’une bête au sabot fendu
à l’inverse
Yannis
quand il eût l’occasion de manger du porc
à Grèce en Vercors - sûrement transgressant
par goût de la rime -
ne s’en priva pas
starfoullah
Un jour, dans la cour de l’école maternelle
où j’étais peu nombreux
je parvins à m’élever suffisamment haut
à commettre mon corps
parallèle au sol
avant
que d’avoir mal dit ma prière
je ne chute sur le ventre douloureux
je me souviens de ceci
comme d’une réussite
dans cette cour d’école
mon premier baiser malgré moi
Valérie qui me l’infligea
je n’avais pas dit
bismillah
Valérie
je ne suis pas sûr
je n’ai jamais aimé les jeux de
chapeau de paille
paille 
paille
j’aimais beaucoup l’élastique les garçons y jouaient avec timidité
avec l’air de s’en moquer que ce n’était pas sérieux vas y montre voir 
pff
comme la corde à sauter
qui très vite nous rassure
les boxeurs
être de la dernière violence
la pratique avec assiduité
enfant
je me souviens du jeu terrible
dangereux
que je jouais avec Dieu
disant - la nuit -
murmurant
dans le tard du sommeil
ma haine mon dégoût de Dieu
et mêlant
à cette parole atroce
un chant muet d’amour
pour le diable
superposant
ajoutant
à cette louange
celle
contrite pour Dieu
désolé
les larmes à l’âme
comme possédé
sûrement
est-ce ceci possédé
et Yannis connut en vérité
même chose à Grèce en Vercors
son diable à lui la rime en -or
Une nuit
le diable vint
agacé de ma louange contradictoire
voulant
comme une maîtresse agacée
s’assurer de la réalité de mes sentiments
à son endroit
et me réclama une preuve de mon amour
il exigea de moi que je tapasse ma soeur
je feignais le sommeil pour ne pas répondre
à son appel
sorte de batterie faible de l’époque. 
ce sommeil simulé 
devint une habitude
lorsque j’entendais la nuit
le bruit métallique 
des voleurs
qui n’ayant pas dit
bismillah ne parvinrent jamais
à s’introduire autre part
que dans ma terreur
ainsi
ma peur préservait le peu de bien de mes parents
ma quiétude, seul butin de ces voleurs apostats
De l’enfance le Joker est indiscernable
Enfant
il me terrorisait
tant
que ma peur ne trouvant pas en moi
terre assez vaste
s’empara de Myriam aussi
qui le vit
une nuit
Pour m’endormir
je comptais
les Joker tombant
des toits de Gotham City
comme on compte les moutons
à Grèce en Vercors

 

23 novembre 2020

Le Cheyne et le Roseau - recueil en cours

Recueil - en cours

 

I.

 

ton baiser 
goutte à goutte
rompt le silence
_d’une pierre ?_ 
de la pierre
II.
le ciel 
cognait (heurtait?)
le ciel
le feuillage                      montait
                  parallèle au mot
feuillage


la grotte connaissait l’ombre mais
         la grotte
inconnue
         de l’ombre

rétrécissait jusqu’à l’ombre
un miroir d’ombre de pierre de traces
de fusain            on y lisait un mot
un seul mot
_oubli(e)_
III.
I




le mot devant toi


                          un étranger 


roche


sans nom


sans désir


sans rien


IV.




la vitesse du froid
forgée
par la fraicheur
du bronze



un peu 
         de
mousse
luit


le chêne 
                       connait
la rapacité de la nuit
V.
la nuit augmentée d'un jour


Perdu en grandes quantités
Le bloc demeure 
Bloc perdu


Bloc volé
 à vos yeux pendant une journée.

eau froide, pour étancher ma soif, je me hisse plus haut

l'audace des lacs me rapprochait des profondeurs
la grive frappait le ciel


qui étais-je?
après ce combat
une rencontre

Je n’ai pas vu mon visage à travers la roche, la roche elle-même est mon visage. Sans regarder en arrière, j’ai reconnu ma dent de pierre

l’herbe humide
première énergie
terrestre.

Pause dans laquelle la cible redevient
 apparente

quand ils sont venus, l'eau

Sage de tempête 

cogne

la pierre à la surface de la pierre

L'eau à la surface de l'eau 


Sous les décombres brille
 terre froide
une grive

 

12 novembre 2020

Atelier d'écriture - Chemin

Consigne : Ecrire à partir de 3 phrases, une au début, une au milieu, une à la fin. 




1. Et s'il était à refaire, je referais ce chemin.








Chemin filial, d’abord, ovule et spermatozoïde se faisant cour mutuelle, convolant en la juste convenable noce de la fécondation, chemin de ma biologie, du développement successif et en bon ordre, ouf, de tous mes organes. Chemin, âpre, dangereux, toujours inquiet, chemin sans cesse soumis aux éboulis, aux tremblements, à la chair de poule, aux inondations. Chemin, à refaire pourtant. Chemin, par où tout commence, dévalé ou non, à terme ou en avance. Chemin, du le cri, du cri féroce, du cri des bêtes, le cri hérité, les mains tendues, les mains mendiantes, tendues au milieu du chemin, chemin, fente, fendue.
Moi, jet jailli de ce chemin, moi crevant la forêt alentour, les conifères et les chênes, les plantes de montagne, les belvédères instables. Chemin à refaire par une autre route cette foi, moi creusant, moi cette fois faisant effort - elle surtout - chemin de la vie.
Des souvenirs. Le grand soleil avant les premières gelées. Un devoir, fililal, où l’on me conduisait. Mon père, pendant deux mois, creuse une tranchée dans le grand jardin - on dit un terrain quand on atteint cette taille.
Depuis 20 ans, pour des raisons sanitaires suspectes, la loi impose aux nouvelles constructions de se rattacher au tout à l’égout. Fin des fosses sceptiques, fin des camions une à deux fois par mois récoltant la merde humaine, les déchets humains, ce qui reste de bombance, de trop boire, de gastro-entérite.
Mon père creuse sous le soleil qui précède les premières gelées - l’herbe et la terre toujours durcissent en plein hiver - sa tranchée et me demande de l’accompagner, de bêcher avec lui, de déblayer puis de remblayer avec lui. Mon père ne voulait pas payer une de ces entreprises, toujours scélérates à ses yeux, pour s’occuper de ce qu’il savait faire. Mon père usa toute sa vie ses mains pour le bénéfice d’autres ; aujourd’hui, retraité, il redevient propriétaire de ses mains. Sa retraite n’en finit pas, lui demeure trop de forces, de puissance vitale pour qu’il n’emploie pas sa propre force, cette jeunesse du temps retrouvé, à de nouveaux efforts.
Trace chemin dans la cour, le jardin, le terrain, chemin parcouru, nommé : tranchée. Dix mètres de long, deux et demi de large ; dix mètres de chemin de boue, de terre, de pelles, dix mètres de centaines, de milliers, de mouvement, sans machine. Nos mains, mes mains, étais-je propriétaire de mes gestes, de mes mains, où, comme une dette du premier chemin traversé, du chemin séminal, on pourrait dire, remboursé ici. Pour être quitte de ce qui ne s’acquitte pas.




Chemin, toute la vie ce chemin. La petite ville, banlieue de Paris. Quittée voilà dix ans. Quitté, voilà dix ans, ce lieu vaste et étroit où les premières gelées peuvent anéantir les projets d’une année ; j’ai quitté, voilà dix ans, ce lieu où le thermomètre ne sert pas qu’à choisir entre la veste d’automne ou le manteau de demi-saison. J’ai quitté, voilà dix ans, ce lieu où je chemine toujours.
Marcher, reprendre, sur les talons, cette fois, le chemin ; s’ensevelir dans son propre pas s’enfoncer dans son empreinte inversée, la pointe du pied à l’endroit du talon ; le talon à l’endroit de la pointe de pied ; chaussure étroite, brillante, cirée dans l’empreinte de la basket.
Mon sillon sur les rails, mon sillon dans la gare, vingt minutes de voiture encore depuis la gare, je vois mon sillon, la première voiture, une Twingo défoncée, la gomme laissée des kilomètres de gomme pour quitter quitter le petit village pour la ville moyenne et la ville moyenne pour la grande ville et la suite ? Jusqu’où irai-je et jusqu’où reviendrai-je ? Quelle poussée en moi, quelle force secrète, ancienne, quel héritage. Mes racines, chemin discret, poussent jusqu’à mon passé, serrent.





  1. A l'état sauvage, le bulbe est très profondément enterré et, si l'on veut s'inspirer de la nature, il faut le planter dans le jardin à une profondeur d'au moins six à huit pouces.


Sauvagerie de la chose à naître, du bulbe retenant son premier cri, le sien, son cri, et les larmes brutales ; ô chemin six à huit pouces chemin descendant du ventre de maman, dans la pleine lumière, la lumière blanche et cruelle pareille à celle des premières gelées.
Toujours, notre vie, notre chemin, hésitera entre notre état sauvage et notre enfouissement dans le jardin où les premières gelées, sans la protection de chênes solennels, nous laissent au risque de la stérilité.
Arbre tordu, maladroit, dur, écorce humaine à peau tendre, bouche jamais en fleur avant mes dix-sept ans. Cri, cri du fin fond des entrailles, sur la place de l’Eglise, ou de l’autre côté de l’Eglise, le premier baiser, la diction de l’amour, la lèvre mordure, la mienne ou la sienne, la peur, les dents qui claquent de froid - les dernières gelées, la main tenue, le chemin, le pas ce soir, le pourquoi pas, la plage plus tard, le noeud des chemins, des routes, des impasses, les tâtonnements, le corps trouvé, le sien, le soleil précédant la première gelée, dix verres, l’adieu, le chemin jusqu’au rebord de la vie, le premier désespoir, le premier pour de vrai, la main, paume, la main poing, écrasée contre le mur, l’écran allumé, au secours, au secours, par la fenêtre la peau intacte du jardin, les bulbes arrachés.
Son chemin, l’écorchure, le froid qui brise, le SMS reçu, désolé mon vieux, les larmes, le SMS cette fois-ci envoyé, désolé ma vieille, SMS envoyé du côté des vainqueurs, du côté de la première gelée, du côté de la dernière gelée, va-te-faire foutre le soleil.




Celle qui jaillit un jour





robe
elle dit
mon éléphanteau
elle dit
ça
tu t’interromps
tu tâtes ton ventre plat
tes bras sans muscles
tu tâtes ton visage
sans gras
elle voit
tes gestes sur ton corps
sur ton corps tes gestes
elle dit
elle comprend
elle sait
elle dit
ça vient de Baudelaire
20 ans obligatoire
Baudelaire
Tu souris
Tu crois
qu’il faut
sourire




Elle, chemin, sens, direction, raison du chemin, elle, totalité du Chemin, elle,
ligne parallèle à la tienne ; une couche de verglas sur sa ligne ou sur la tienne, ton amie la gelée, qui dérape ? toi ou elle ? elle ou toi ?
Rencontre,




Le téléphone lumière dans la nuit, le téléphone, coucou des bonnes nouvelles, la crainte, ce matin là du funeste désolé.




Chemin, la tranchée a recommencé, une autre ; les rails d’autres, d’autres rails, la gomme de la voiture que tu ne voulais pas, un nouveau modèle, le chemin, dont tu n’es plus sûr et la gravité qui te mène vers une autre grisaille.
Toi, toi je veux dire, elle, je veux dire je ·e, tu ne crains rien depuis longtemps, depuis que tu as joué Antigone, le trou de mémoire devant le corps inerte de Polynice et tu as compris, compris devant ton silence que tu n’aurais pas pu joué plus juste que là, à ce moment là, le silence, alors tu ne doutes plus de rien. Lui, tu l’avais repéré dans l’amphitéâtre
tu l’avais vu qui ne disait rien, tu ne te diras pas, quand même, dès le début je le savais qu’il était pour moi que j’étais pour lui qu’on avait à cheminer l’éternité, il te rendait curieuse, c’est tout au début, comme Polynice ou pas du tout ; toi tu savais tout oser, alors un jour tu t’es plantée devant lui et tu as vu la peur dans ses yeux, la peur et ça t’amusait un peu, son envie de fuir et son sexe d’homme qui lui barrait le passage ; tu lui as demandé, comment tu t’appelles, il jouait l’homme, la contenance de l’homme, l’assurance de l’homme, fragile, fragile petit éléphanteau. Avant le premier baiser, le premier alcool fort, avant la braguette défaite, les bretelles desserrées tu n’as pas eu besoin d’insister très longtemps. C’était sa deuxième fois, ou troisième, il n’a pas osé te le dire tout de suite. Souvent il a pleuré - les dernières gelées - il disait.




Toute la vie, ça avait cette apparence là, l’éternité, ses yeux, tu croyais, tu lui disais toute la vie . Il t’avait promis, il avait dit, je viendrais, il allait venir et toi soudain, patatras, ou le contraire hourrah, la grande ville tu ne l’as vu que froide, que neiges éternelles, les fauteuils toujours pareils, les hommes aux visages d’hommes, les femmes aux visages de femme. Pas Antigone. Pas Polynice. Pas la vie. Tu dois le retrouver après les vacances d’été.
Cette ville où




Ton amie te traite de pute parce que tous les mecs te draguent, qui te traite de pute par SMS, tu es sur un fauteuil impersonnel, froid, de la ville froide, morne, de la trop grande de la très maudite ville. Soudain. Tout. Souffle retenu. Chemin dévalé. SMS. Désolé. Tu le bloques, tu as peur d’être trop faible, de ne pas pouvoir cette fois là, te planter devant lui comme la première fois, les premières gelées, il t’a parlé des premières gelées, tu n’es pas sûre de pouvoir, une résolution ça tient à rien, ton assurance…tant pis, tu dois penser à toi cette fois-ci. Ca ne vient pas sans larmes, évidemment. Désolé, alors. Plus un mot, le silence. La nuit. Fin des gelées. Tes deux mains frottées, le billet de train, acheté en ligne.
Désolé.




                                                                                                   

  1. Elle revit brusquement la place grise de Poitiers, le papier usé sur les murs de la chambre, elle respira tout d'un coup l'odeur de la province, et elle sourit.
1 novembre 2020

Aux Bains-Douches

Consigne : Première fois, incipit, genèse, aurore. Nous voulons des surprises, de l'agitation, des débuts et des enclenchements. Nous questionnons la notion de monde d'après : nous ne croyons pas à la rupture brutale mais à l'accumulation de petits mouvements qui constituent des départs de cycles.


long mur, long mur, main sur mur une puis deux main change au milieu du chemin

droite prenant place de la gauche gauche prenant place de droite mur effleuré le long mur traversé frôlement musique touche d’orgue la pierre dure lisse enfoncée
mur qui n’en finit pas
mur
bijou gêole
longe ton drame
aurore
de tes mains
une puis l’autre
longe effleure
la partition des éboulis
main droite puis gauche
puis aucune
la fatigue
mutile
la musique
mutique



Je règle l’alarme pour 9h30. Il y a longtemps que je n’ai pas eu à me lever aussi tôt. Tôt, ça ferait marrer n’importe qui.


Je règle trois alarmes. Non, que j’éprouve la moindre difficulté à me réveiller quand le matin fouette mon derche, juste le plaisir inouï de pouvoir se rendormir. Un peu de résistance, de jubilation, de fuite avant la journée qui s’annonce avec ses lourdeurs sans joie. Moi ?
Je ne porte que des vêtements noirs. Le noir c’est ma fantaisie. Je me distingue par la banalité, excentrique de l’ordinaire poussé au degré d’absurdité dadaïste, je m’expose dans les soirées avec le triomphe de l’urinoir usagé. C’est mon truc, ma triche, ma trique.
tu vas à un enterrement frère


Toujours Aubin me dit ça. Et toi connard tu sors d’une cure de McDo ? Aubin, s’assombrit, s’il proteste, je lui dis que je déconne ça va. Tout le monde lui dit ça, on déconne ça va gros porc.


Au fond je suis un chic type.


Deathwing est trop fort. Deathwing surgit le tank ne fait rien. Il régenère ses points de vie. Putain notre heal à nous ? Le soin ça arrive SVP ? Merde, si vous jouiez plus en équipe au lieu de rush comme des cons. Ca va les débiles merde. Espèce d’autiste. Toi joue pas l’intello parce que t’écoutes du maupassant cousin. Moi je te nique. Allez…
Le raid échoue.

Au début, dans WOW, Lardeur fracassait tous les joueurs. Lardeur, boss pour débutants, ravageait pourtant tous les nouveaux joueurs. Il a les stats les plus sauvages, meilleur que le meilleur joueur humain ou que les autres PNJ.


Lardeur, amas de lignes de code, existe, extension mythologique, dans le Lore de Warcraft. Il possède une biographie, inscrite dans l’Univers défini et en extesion de Warcraft. Dans son histoire il interragit avec d’autres personnages de son espècein-game.
(Lardeur appartient à la race des trolls il cohabite pacifiquement ou avec hostilité avec d’autres races, les humains, les orcs, les démons, les trolls sont une sous-espèce de monstres aux yeux des humains etc).


Lardeur existe aussi, autrement, plus retentissant, plus légendaire dans les discours des joueurs qui eurent à l’affronter. Il y a vingt ans, déjà, et sa légende triomphe encore, et ses hauts-faits s’affichent. Le milliard de joueurs de Warcraft périt au moins une fois de ses mains, de ses mains à lui qui les jetèrent tous dans l’incendie et les fit charpie.
longeant le mur mutilés le mur lamentable des résurrections.
Wesh Aubin, gros porc ça va ?


Ca y est t’es revenu de ton enterrement fils de pute ?
Tu dois être content maintenant McDo livre toute la nuit
T’y connais quoi en content gothique de mes couilles.


Alors, là non, stp. Gothique non. Je m’enfonce pas mes ongles peints noirs en récitant du Edgar Allan Poe. Je chiale pas en faisant faisant couler mon maquillage Sephora deuxième prix.
Nuit suspendue

 Jour inadvenu

Il pleut
L’eau fuit
le puits
de mains tendues
de phalange sèche
paume(s)-sahara.



Ta première quête légendaire achevée seul, ta première arme volée en violation de toutes les règles du jeu.



Tu as dans les mains ta première cigarette. Tu commences le tabagisme assez tard, après la vingtaine. Comme pour tes vêtements noirs et démodés. ; tu veux être en retard. Tu es en retard dans ta vie. A la naissance, tu as débuté après le top départ. Tu n’y peux rien et ça n’a aucune importance. Alors tu fumes cette cigarette, goût de tabac d’ambre, tu crois. Goût d’Amérique, d’épices. Tu es arrivé en retard dans ta propre vie. Quelle importance, tu la mènes autrement. Vingt ans, tu te dis déjà. Vingt, est-ce vraiment vingt ? En retard, encore et quand tu crois partir à temps, c’est faux départ, c’est grève, c’est un jour trop tôt, une semaine en avance, c’est seul sur le quai et ta vie s’envole. Au-delà du mur d’enceinte. Ta vie à toi, glisse sans flamber. Le mégot, tu le gardes dans ta main. Comme un pommeau vaincu, un socle désemparé. On lui a pris ce qui lui donnait sens. Voilà une autre existence, mégot, non moins valable, non résidu, non détritus, mégot, autre essence, mégot. Tu penses un instant, à toute une usine de mégots... Tu ne te mettras pas à collectionner ces débuts d’une autre sorte. Il serait exagérer de vous trouver une ressemblance. Tu as une pensée qui te traverse, c’est tout. Tu ne la notes nulle part. Elle s’envole. Main gauche, puis droite, effleure le clavier et au bout de la ligne plus rien ne touche.


Aucune voix. La solitude se mérite et ne vient pas sans prix. Même pas le bruit de ma propre vie. Je longe le mur d’enceinte, ici je m’accroupis, mes mains effleurent la brique peinte, le goudron sec, une trace de mon existence. Je suis en retard. Mon réveil sonne trois fois. Les ongles écaillent le vernis du mur. Ma vie.



Aubin a perdu son père, on dit qu’il mange pour compenser. Que tout ce qu’il accumule au-delà de ce que lui, Aubin était, du volume qu’était Aubin, accueille et engendre son père. Il fait une place à l’absent.

Il a dit


je veux multiplier la vie en moi
Ca s’appelle un cancer cousin
Alors ce sera un Cancer
tu dis de la merde.
mais ta gueule
tu lâches des trucs pf…pour faire ton intéressant ton mec daaaark
Il me regarde
va te faire foutre je lui dis va bien te faire foutre gros porc
produire dans sa graisse, dans son extension physique

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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