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boudi's blog

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28 octobre 2020

Début -

Consigne : Première fois, incipit, genèse, aurore. Nous voulons des surprises, de l'agitation, des débuts et des enclenchements. Nous questionnons la notion de monde d'après : nous ne croyons pas à la rupture brutale mais à l'accumulation de petits mouvements qui constituent des départs de cycles.
long mur, long mur, main sur mur une puis deux main change au milieu du chemin
droite prenant place de la gauche gauche prenant place de droite mur effleuré le long mur traversé frôlement musique touche d’orgue la pierre dure lisse enfoncée
mur qui n’en finit pas
mur
bijou gêole
longe ton drame
aurore
de tes mains
une puis l’autre
longe effleure
la partition des éboulis
main droite puis gauche
puis aucune
la fatigue
mutile
la musique
mutique


Je règle l’alarme pour 9h30. Il y a longtemps que je n’ai pas eu à me lever aussi tôt. Tôt, ça ferait marrer n’importe qui. 

Je règle trois alarmes. Non, que j’éprouve la moindre difficulté à me réveiller quand le matin fouette mon derche, juste le plaisir inouï de pouvoir se rendormir. Un peu de résistance, de jubilation, de fuite avant la journée qui s’annonce avec ses lourdeurs sans joie. Moi ?
Je ne porte que des vêtements noirs. Le noir c’est ma fantaisie. Je me distingue par la banalité, excentrique de l’ordinaire poussé au degré d’absurdité dadaïste, je m’expose dans les soirées avec le triomphe de l’urinoir usagé. C’est mon truc, ma triche, ma trique.
tu vas à un enterrement frère 

Toujours Aubin me dit ça. Et toi connard tu sors d’une cure de McDo ? Aubin, s’assombrit, s’il proteste, je lui dis que je déconne ça va. Tout le monde lui dit ça, on déconne ça va gros porc.

Au fond je suis un chic type. 

Deathwing est trop fort. Deathwing surgit le tank ne fait rien. Il régenère ses points de vie. Putain notre heal à nous ? Le soin ça arrive SVP ? Merde, si vous jouiez plus en équipe au lieu de rush comme des cons. Ca va les débiles merde. Espèce d’autiste. Toi joue pas l’intello parce que t’écoutes du maupassant cousin. Moi je te nique. Allez…
Le raid échoue. 

Au début, dans WOW, Lardeur fracassait tous les joueurs. Lardeur, boss pour débutants, ravageait pourtant tous les nouveaux joueurs. Il a les stats les plus sauvages, meilleur que le meilleur joueur humain ou que les autres PNJ.

Lardeur, amas de lignes de code, existe, extension mythologique, dans le Lore de Warcraft. Il possède une biographie, inscrite dans l’Univers défini et en extesion de Warcraft. Dans son histoire il interragit avec d’autres personnages de son espècein-game.
(Lardeur appartient à la race des trolls il cohabite pacifiquement ou avec hostilité avec d’autres races, les humains, les orcs, les démons, les trolls sont une sous-espèce de monstres aux yeux des humains etc).

Lardeur existe aussi, autrement, plus retentissant, plus légendaire dans les discours des joueurs qui eurent à l’affronter. Il y a vingt ans, déjà, et sa légende triomphe encore, et ses hauts-faits s’affichent. Le milliard de joueurs de Warcraft périt au moins une fois de ses mains, de ses mains à lui qui les jetèrent tous dans l’incendie et les fit charpie.
longeant le mur mutilés le mur lamentable des résurrections.
Wesh Aubin, gros porc ça va ?

Ca y est t’es revenu de ton enterrement fils de pute ?
Tu dois être content maintenant McDo livre toute la nuit
T’y connais quoi en content gothique de mes couilles. 

Alors, là non, stp. Gothique non. Je m’enfonce pas mes ongles peints noirs en récitant du Edgar Allan Poe. Je chiale pas en faisant faisant couler mon maquillage Sephora deuxième prix.
Nuit suspendue

 Jour inadvenu
Il pleut
L’eau fuit
le puits
de mains tendues
de phalange sèche
paume(s)-sahara.


Ta première quête légendaire achevée seul, ta première arme volée en violation de toutes les règles du jeu. 


Tu as dans les mains ta première cigarette. Tu commences le tabagisme assez tard, après la vingtaine. Comme pour tes vêtements noirs et démodés. ; tu veux être en retard. Tu es en retard dans ta vie. A la naissance, tu as débuté après le top départ. Tu n’y peux rien et ça n’a aucune importance. Alors tu fumes cette cigarette, goût de tabac d’ambre, tu crois. Goût d’Amérique, d’épices. Tu es arrivé en retard dans ta propre vie. Quelle importance, tu la mènes autrement. Vingt ans, tu te dis déjà. Vingt, est-ce vraiment vingt ? En retard, encore et quand tu crois partir à temps, c’est faux départ, c’est grève, c’est un jour trop tôt, une semaine en avance, c’est seul sur le quai et ta vie s’envole. Au-delà du mur d’enceinte. Ta vie à toi, glisse sans flamber. Le mégot, tu le gardes dans ta main. Comme un pommeau vaincu, un socle désemparé. On lui a pris ce qui lui donnait sens. Voilà une autre existence, mégot, non moins valable, non résidu, non détritus, mégot, autre essence, mégot. Tu penses un instant, à toute une usine de mégots... Tu ne te mettras pas à collectionner ces débuts d’une autre sorte. Il serait exagérer de vous trouver une ressemblance. Tu as une pensée qui te traverse, c’est tout. Tu ne la notes nulle part. Elle s’envole. Main gauche, puis droite, effleure le clavier et au bout de la ligne plus rien ne touche. 

Aucune voix. La solitude se mérite et ne vient pas sans prix. Même pas le bruit de ma propre vie. Je longe le mur d’enceinte, ici je m’accroupis, mes mains effleurent la brique peinte, le goudron sec, une trace de mon existence. Je suis en retard. Mon réveil sonne trois fois. Les ongles écaillent le vernis du mur. Ma vie. 


Aubin a perdu son père, on dit qu’il mange pour compenser. Que tout ce qu’il accumule au-delà de ce que lui, Aubin était, du volume qu’était Aubin, accueille et engendre son père. Il fait une place à l’absent.

Il a dit

je veux multiplier la vie en moi
Ca s’appelle un cancer cousin
Alors ce sera un Cancer
tu dis de la merde.
mais ta gueule
tu lâches des trucs pf…pour faire ton intéressant ton mec daaaark
Il me regarde
va te faire foutre je lui dis va bien te faire foutre gros porc
produire dans sa graisse, dans son extension physique

 

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27 octobre 2020

Architexture

La société des architectes lançait un appel à texte. J'y ai répondu, avec une proposition hors-sujet que j'ai eu beaucoup plus de mal que je n'aurais cru à extirper de moi. Il fallait parler d'architecture et je ne sais parler que des choses mouvantes - hélas jamais je ne fus témoin du tremblement de terre qui arracha au sol toute la ville de Lisbonne - et à la poésie ses plus mauvais vers. 


Architexture - Delirous
Son goût des sommets l’accompagnait depuis tout enfant. Lors de ses premières vacances en Kabylie, à 2 ans, son oncle le mit sur ses épaules et le mena sur le mont Djurdjura. L’oncle, alors, s’exclama - sûrement : regarde, regarde Djilali. Cette vision se ficha dans son coeur ; pas dans sa mémoire. Il ne se souvient pas du paysage d’alors, ni de l’âpre escalade, pourtant il sent, il sent en lui le vacarme des cimes et l’irréductible attraction des sommets. Toute sa vie il les recherchera. Avec le temps le goût du très-haut mua ; pour se convertir, d’abord, en l’amour de Dieu, passion qui s’épuisa bien vite. Puis, il s’éprit de sa ville et de ses immeubles triomphant mais…rapidement, le voilà déçu, Paris est une ville couchée. La Tour Montparnasse ? solitaire et peureuse ; les tours de la Défense ? reléguées hors de Paris, honteuses - et nécessaires, comme Kabushiko, quartiers des plaisirs de Tokyo. De la Tour Eiffel, il ne veut pas entendre parler.
Paris - Red Light District
///
New-York est irrationnelle. Utopie mêlée au cauchemar. Je cherche le sommeil de ce cauchemar.
Mathew vit à Atlanta. Mathew vient faire du tourisme à Paris et, pourquoi pas, y trouver un amant pour égayer la nuit et le jour[1]. Après notre première nuit d’amour, émouvante et banale, je l’emmène en ballade dans Paris. Nous errons dans le quartier Latin et il s’émerveille de ce qu’il voit, il s’émerveille de ces vieilles pierres intactes, de cet amoncellement d’Histoire qui n’en finit pas. L’Eglise Saint-Julien-le Pauvre fondée au Xe siècle…Il a du mal à réaliser. Xème siècle…Cristophe Collomb était loin de débuter son expédition massacreuse…Tout est ancien ; tout est neuf. Il éclate de rire, rire clair rire surpris. Pour faire à nouveau retentir ce rire, je le guide dans la ville, ville aimée et décevante.
Paris est si belle…je lui dis. Il dit tu en parles si bien. Le regard que l’on s’échange est tendre et sans promesses. Paris si belle. Paris, je vais lui dire quelque chose encore…et une fissure d’où rien ne pousse, s’ouvre en moi. Je reprends la parole. La cathédrale Notre-Dame éblouit, dentelle de pierre, que Dieu frôle chaque jour et parfois enflamme. L’île de la cité, majestueuse et dangereuse, le palais de justice qui entre ses murs ensevelissait tant de vies, le chant de l’Opéra Garnier quand le vent souffle le mardi à 20h… Rien ne s’élève pourtant, sinon la tour peureuse sinon les tours honteuses. Rien ne s’élève…
Je lui dissimule ma mélancolie. Mélancolie à l’objet absurde, mélancolie du très haut, des neiges éternelles de l’enfance…Je veux le conduire ailleurs mais il tient à voir les Champs-Elysées ; je n’ai pas le coeur de débattre. Il commande un Uber, il préfère regarder la ville défiler par la fenêtre. Il a raison. Le métro nous prive de la vision. Sur la plus belle avenue du monde je ne me montre pas d’une grande aide… je le laisse à ses envies. Il a entendu parler de la boutique Abercrombie et Fitch des Champs-Elysées et tient à s’y rendre. C’est magnifique, il dit. Tous y est beau.[2] Il a raison. Il voudrait voir la Tour-Eiffel
Je ne hais rien tant que la Tour-Eiffel, si les tours honteuses ou peureuses, me frustrent, la Tour-Eiffel provoque en moi des remous de haine, elle m’agresse. Inutilement prétentieuse elle se dresse là et jette sur tout une ombre imbécile. Elle s’impose comme seul mont et tout, autour, doit s’incliner plein de vénération. Je crois que c’est pour ceci que je hais la Tour Eiffel. Tout autour d’elle, solennellement, s’agenouille, craintif.
Parle-moi de New-York, je lui demande.

Il n’a jamais été à New-York. Il me fait penser à New-York.
Je le regarde. Je n’ai jamais été à New-York.
En bas des Champs Elysées, station Franklin Roosevelt, nous prenons la ligne 1 et descendons station Esplanade de la Défense…
Je veux lui montrer ce qui ici me rappelle les Etats-Unis, ces tours qui me blessent au cœur - ce qu’on m’a consenti de sommets pour combler l’irréparable nostalgie des montagnes enfantines.
Je me dis, il va rire, il va dire the fuck en voyant la maigre quantité de nos tours. Il va dire même que dans n’importe quelle ploucity américaine y en a dix fois plus. Le contraire se produit. Il s’émerveille une seconde fois, s’émerveille de voir cohabiter ces dizaines de tours et, à quelques kilomètres de là à peine la beauté antique - pour lui ça a l’air de venir de si loin en arrière - de Paris. Il dit je n’imaginais pas…ça. Son émerveillement élève, un instant, Paris à mes yeux.
blessure d’amour
 Il me dit qu’il aimait Paris avant même de connaître Paris. Que cette fois c’est sûr. Il est tombé amoureux.
***

Il part en Uber. Quand il monte je me rends compte que Mathew ne ressemble pas tellement à New-York.
En fait.
S’élever – New-York is the anti-Paris and the counter London[3]
Lorsque, j’ai entendu parler pour la première fois de New-York, à 10 ans
blessure d’amour
Quelque chose en moi a                                                       s’est serré
retenti
blessure d’amour
Une consolation et aussitôt une douleur
blessure d’amour
A l’école primaire, quand nous finissions notre travail avant les autres, l’institutrice nous autorisait à quitter notre place pour nous asseoir dans le coin lecture, au fond de la classe. Nous avions à notre disposition une petite bibliothèque consacrée à l’histoire, la géographie, la biologie... Un jour de Novembre, 10 ans, je me souviens bien…je choisissais un livre au hasard – était-ce le hasard - et là…New-York. C’était New-York qui se tenait devant moi, qui s’élevait, qui s’élevait du fond des pages ; giclait de l’Atlantique, jaillissait du fleuve Hudson. Je n’en croyais pas mes yeux ça existe. Je débarquais du port, je ruais hors du débarcadère pour atteindre ce monde palpitant, neuf. Et dans ce New-York de songes, dans ce miracle que je découvrais en mots et en photos s’élevait l’Empire State Building. Tout était immense dans ce nom. Empire. State. Building. Tout.
blessure d’amour.
deux fois
blessure d’amour
Dix ans…Alors l’obsession. L’obsession impossible à consoler. L’obsession naissante pour cette ville et ce building. Cherché, lui, l’Empire State Building en vain partout. N’apparaissant même pas par transparence, imagination et illusion, dans les rues de ma ville. La Tour Montparnasse pas une seconde je ne l’ai confondue avec l’Empire State Building.

Sans argent, impossible de traverser l’Atlantique. Lorsque j’ai demandé à mon père de m’y emmener il m’a regardé comme si je demandais la lune. Au moins. Mars. Peut-être.
Il n’a rien dit, il a refusé sans un mot. J’ai compris que la distance qui me séparait de New-York ne se comptait pas seulement en kilomètres mais qu’une autre unité, plus infranchissable, faisait obstacle.

Nos désirs, nos désirs frustrés ; rites de passage de l’enfance à l’adulte. 
J’apprenais la valeur de l’argent dans toute son immense douleur. Je dus employer mon imagination consolatrice - par bonheur à cet âge-là nous en possédons un trésor inépuisable.

Je me suis fabriqué mon New-York, j’ai élevé mon Empire State Building. Patiemment. Retrouvant l’usage de mes légos délaissés depuis tant de temps…La forme, dans ma chambre, un instant m’apparaissait. Là. C’était là.

Je vivais New-York par…correspondance. J’achetais des cartes postales de New-York que je me faisais parvenir, je me donnais des nouvelles de la ville, en quelque sorte. Dans les magazines je cherchais des photos de New-York. Je m’intéressais à l’architecture si mystérieuse de cette ville qui ne ressemblait à aucune autre. Ses avenues parallèles et donc perpendiculaires, son métro…La moindre différence me plaisait et me stupéfiait. New-York 7,8 fois plus vaste que Paris. New-York, 7,8 fois plus haute que Paris. Je gardais, au cours de mon étude scrupuleuse de New-York, les gratte-ciels pour la fin, comme on garde la meilleure partie du dessert de côté pour la finir quand tout est fini. Et de ce dessert, même, je gardais, précieusement, pour la fin de la fin, le plus éblouissant fragment : l’Empire State Building.

New-York, pour moi commençait là où Paris finissait. A 37 mètres. [4]
Comme j’étais bizarre, au lieu de photos de Pin-Up je coupais, dans les magazines, les photos de New-York. Une ville me hantait. Comme j’étais bizarre de m’intéresser aux 381 mètres de l’Empire State Building (444,2 avec l’antenne), à ses 102 étages (86 sans la flèche), à son marbre, à son hall immense, à sa rivalité avec les autres tours de la même époque…j’avais soif et faim de cette ville.
Au moment de ma puberté, je ne tombais amoureux que de garçons ressemblant à New-York. En cours d’anglais, celui qui parlait avec l’accent que j’imaginais celui de l’Empire State Building. - si un gratte-ciel avait une voix - alors l’amour, l’amour grandissait en moi. Adolescent, j’ignorais que ceci c’était l’amour, que j’aimais New-York, que j’aimais les garçons et que longtemps je prendrai les uns pour l’autre.
j’ai deux amours…
j’ai deux blessures
Aucune fille ne m’a jamais évoqué New-York. Avant de comprendre - d’assumer - mon homosexualité je croyais que ma répugnance pour les femmes venait de ce qu’elles ressemblaient toutes à des villes de province…
blessure.
A 17 ans mon premier amour ou, plutôt, ma première relation, je la vivais avec un garçon de 24 ans, Jérome. Il venait de Bruxelles et me racontait qu’il avait vécu à New-York, qu’il connaissait la ville comme sa poche que ses amis…si je savais…il ne peut pas trop en parler…tellement connus…qu’il m’emmènerait un jour. Je le croyais, je l’écoutais…Plutôt, je me laissais duper, on ne demande pas au conteur de dire vrai ; …moi, avide de New-York, voulant tout croire, tout fragment de New-York me consolait[5]. Je ne pouvais pas faire la fine bouche. Il n’y avait pas grand-chose pour se rassasier à Paris et l’imagination, la mienne, venait à manquer. A 17 ans d’autres démangeaisons remplacent l’imagination enfantine.
Jérome me mentait et je faisais mine de le croire. Il avait grimpé toutes les marches de l’Empire State Building, il disait. Je lui demandais la centaine ? Il me disait les 102. Il ajoutait : en quinze minutes.
Son mensonge - il était menteur - n’avait rien de perfide, il mentait pour se donner un genre bien sûr, pour se mettre en valeur évidemment ; il mentait aussi - surtout ? pour me faire plaisir.
Pour ne pas trahir son mensonge, il étudiait sérieusement la ville. Lorsque nous nous voyions, il revenait chargé d’une nouvelle histoire, d’un peu plus de New-York. Comme si, à la façon des colons qui fondèrent la ville jadis, il ne cessait de repousser son mur d’enceinte. Il étendait la ville, de l’île de Manhattan jusqu’aux 121 440 hectares que compte la ville aujourd’hui.
Ferme les yeux, l’Empire State Building mesure 442 mètres. Tu y entres par une grande porte, rien de notable cette porte. Passe vite. Pense un instant. Tu te trouves sous 60 000 tonnes d’acier quand tu entres. Tu te trouves sous 200 000 tonnes de pierre. On dit de l’Empire State Building qu’il est un sarcophage et que nous sommes pharaons[6]. Tu marches, tu parviens dans un hall haut comme un immeuble parisien. Un petit immeuble parisien, comme…comme la Mairie du 18ème arrondissement. Tu te présentes à l’accueil et…Tu es autorisé à monter. Regarde le sol avant de monter, imagine les pas et la vie qui frappèrent impatients ou inquiets ce sol. Imagine, les hommes terrassant le sable, la pierre. Ce sol réfléchit ta vie, miroir de marbre. Puis, tu montes, enfin. Je suis monté tant de fois, si tu savais. L’ascenseur est rapide, un éclair de feraille. Enfin, je dis l’ascenseur mais il y en a 73. Tous fonctionnels…Son style on l’appelle Art Déco, je veux dire le style de l’Empire State Building, c’est l’Art Déco. Comme l’école à Paris. Enfin, je t’en parlerais une prochaine fois, c’est très important pour comprendre…beaucoup de choses. Aujourd’hui, ce n’est pas important. Aujourd’hui, rêve, monte en pensées jusqu’au 102ème étage.[7]
J’ouvre les yeux. Il me regarde avec une tendresse infinie. Il me regarde et je trouve alors qu’il ne ressemble pas - plus - à New-York, qu’il vient d’épuiser tout ce qu’il avait de New-York en lui. Comme je me sentais ridicule de penser en ces termes-là…chercher New-York dans les gens…aimer les gens parce que ceci ou cela faisait New-York. New-York que je n’avais jamais vue que sur les photographies. Comme je me sentais ridicule…d’être ce que j’étais, d’aimer ce que j’aimais…Je n’y peux rien si j’aime ce que j’aime. Alors être soi jusqu’au bout, vivre sa passion absurde de toute sa force.
Les six mois que durèrent notre histoire je connus New-York en pointillés, New-York imprécise et impossible. Mais New-York est impossible et contradictoire dans son essence même. Le menteur dit vrai, malgré lui.
New-York :
New-York est un songe une utopie mêlée à un cauchemar. New-York vient de la vase et l’île de la cité devient jumelle de l’île de Manhattan. Les indiens éclatent de rire, ils viennent de vendre à un hollandais l’île de Manhattan pour 24 dollars. Une île qui ne leur appartenait même pas. Ils éclatent de rire en partageant le butin et lui, le hollandais, éclate de rire aussi d’avoir fait une si bonne affaire. Il pense déjà à tout ce qui s’élèvera ici mais il n’imagine pas jusqu’où les choses monteront[8]. New-York est maudite comme les grandes villes sont maudites. L’île de Manhattan, pour les indiens, s’appelle le marais aux loups et une bête féroce y rôde. Le hollandais a acheté la malédiction avec la terre qui n’appartenait à personne. L’Amérique a l’habitude des villes fantômes. Les ruées vers l’or érigeaient de petites villes aussitôt abandonnées par la rumeur d’une autre prospérité ; mais aucune ville n’est hantée comme New-York et la bête attend.
Sur la place de la Bastille, j’apercevais l’Empire State Building[9]. Je maudis la France de n’avoir su écouter le ravage du Corbusier lui qui voulait faire germer ici la vie et le ciel.[10]
Paris - Dans mes rêves.
J’ouvre l’application eDreams, on – je ne sais plus qui - me l’a conseillée[11], pour mon trajet Paris CDG vers New-York - JFK. Le smartphone calcule la durée du trajet, compare les dizaines de milliers - c’est l’appli qui dit - de combinaisons possibles pour obtenir le meilleur prix. Sur la carte virtuelle, un avion se déplace, ses pointillées et son parcours suivent celui qui sera le mien. L’avion suivra-t-il exactement cette courbe ? Ce trajet fictif respecte-t-il bien son couloir aérien ? Je me projette dans ces pixels mouvants, je m’imagine, comme je me suis toujours imaginé les choses, pixel à l’intérieur du pixel. Voyageant. J’aimerais ne prendre qu’un billet aller, arriver avec tout mon fatras et me dire, voilà, je suis à la maison. Les restrictions au voyage empêchent ce rêve - le seul rêve américain valable - mon visa m’oblige à prendre un billet retour. Alors sur la carte virtuelle du smartphone, je vois l’avion revenir à Paris et aucune force ne peut interrompre ce mouvement. La blessure s’ouvre 9h durant ; se suture, pointillés de 5821 km sur la carte.
J’atterris.
L’aéroport n’a rien de New-Yorkais, sinon, une sorte de travestissement. Il essaie de faire New-York, de faire comme si, ici, nous étions déjà à New-York. Ce n’est pas le cas. Les vendeurs ou les vendeuses n’ont rien de New-Yorkais. Camelots venus du monde entier, de passage. New-York ne peut sédimenter en eux, ni rien se déposer ni germer. Ils vendent une caricature, un modèle réduit – dans tous les sens du terme - comme au Trocadéro la tour Eiffel miniature – qui vaut la vraie.
Les aéroports se ressemblent tous. Verre, béton, acier, duty free, chefs d’escale, tintamarre des valises. Lieux transparents et tragiques où rien, je veux dire rien, pour de vrai ne se passe. Architecture destinée à la consommation et à la vitesse – remplacé, bientôt, par plus grand, plus efficace.
Je souhaite m’éloigner le plus vite possible de Queens, NY 11430, États-Unis pour atteindre…je ne sais pas encore.
Sur le parvis, devant le centre commercial - aéroport, où remuent les taxis locaux - encore du folklore - je suis happé par un type New-York il me prend par le bras.
blessure d’amour
Il me dit, je t’emmène pour 20$ à ton hôtel ou ton airbnb. Il désigne sa camionnette où attendent déjà d’autres touristes - à l’air franchement perplexe. Les taxis clandestins, à cause de ce qu’ils ont tous dans le regard un coupe-gorge, m’ont toujours inquiété. Pourtant, je me laisse entraîner. Je le suis parce que la première fois New-York avec lui, en lui l’odeur New-York cherchée depuis toujours, là, enfin là. Grand, aérien, vêtements absurdes, un air de va te faire foutre sur les lèvres. Il doit embrasser si bien. Mordre la lèvre, faire fuir la langue que j’essaie d’attraper. Poser ses mains. J’ai envie de lui. Je ne lui dis rien. Il sourit. Si différent de ce que je connais, si différent du rire de Mathew ou de Jérome. Je lui dis tu ressembles à l’Empire State Building, comme je lui dis ça en français, il ne comprend que Empire State Building. Il s’agace. Bon, tu montes ou pas ?
Je lui demande
  • T’as déjà été à l’Empire State Building ?
  • Il répond, T’as déjà été à la Tour Eiffel.
  • Emmène-moi là-bas
  • A la Tour Eiffel ? Il dit ça avec un accent français.
  •  T’es con.
Au moment de démarrer, il sort sa main par la fenêtre tape le toit de sa voiture comme Bienvenue à New-York les ploucs ! C’est sa façon de dire bonjour-va-te-faire-foutre. J’ai un peu de mal à suivre le paysage défiler par la fenêtre. Ma place ne me le permet pas. Tant pis.
Le camion a un problème. Rose, il s’appelle Rose, me sort de ma torpeur. Rose, nous fait descendre juste avant le Manhattan Bridge. Rose me dit, en m’aidant à descendre ma valise, puis d’ici tu peux voir l’Empire State Building. Clin d’œil. Tape dans le dos. Je sors mon portefeuille pour lui donner les 20$, il me le prend des mains. Se sert. 25$, il prend. A New-York, le pourboire n’est pas compris, il éclate de rire.
Puis le camion démarre en trombe. Le salaud. Tellement New-York.
Dans ma poche.
Tellement New-York.
Me suis-je enfin perdu en toi, uni au basalte comme un métal inconnu. Les vers de Rilke me viennent. Rilke qui protestaient contre les trop grandes villes et leur insanité. Me voilà dans la plus grande des villes, dans la plus haute des villes et c’est à sa pierre à son acier que je me confonds. Avec ma valise à roulettes, la vision de l’Empire State Building au loin. Enfin. New-York.
blessure d’amour.
Je me confonds à ta roche

[1] Grindr – Amours éclairs
[2]                 Il le dit en français et le disant ainsi, ce qui devrait être une faute devient d’une justesse exquise, qu’aucune correction grammaticale n’aurait su rendre.
[3] Rem Koolhas – Delirous New-York
[4]                 Section I. — Du plafond.
Article 17. — Définition et limitation.
Le plafond d'un îlot est constitué par un ensemble de points situés à une
même hauteur au-dessus de la surface de nivellement. La dite hauteur varie suivant
les secteurs délimités au présent règlement, sauf prescriptions particulières, elle
est de 31 mètres dans le secteur central et de 37 mètres dans le secteur périphérique, conformément au plan de délimitation des plafonds annexé au présent
règlement.
[5]                 Il faut à cet instant que je l’avoue, j’ai le vertige. Je l’ai découvert en cours d’EPS en 4ème. J’étais excité, la session d’escalade commençait, enfin, l’expérience des hauteurs. A la deuxième prise, ou la troisième. Le vertige, le vertige probablement du trop d’amour, la panique des sentiments trop violents…la chute.
[6]                 Personne ne dit ça.
[7]                 A ces détails, souvent, il se trahissait : j’avais fabriqué des modèles réduits de l’Empire State Building et je savais qu’il ne comptait que 86 étages, le reste, c’est la flèche.
[8]                 1
One World Trade Center 541,3 m
2 Central Park Tower                                                                                                                       472 m
3 111 West 57th Street                                                                                                                   435 m
4 One Vanderbilt                                                                                                                             427 m
5 432 Park Avenue                                                                                                          425,7 m
6 30 Hudson Yards                                                                                                                           386,6 m
7 Empire State Building blessure d,amour
[9]                 Le Plan Voisin, de ma tête à moi.
[10]                 On réclamait déjà des grattes-ciels et cette requête n’a jamais été entendue. D’autres que moi rêvaient au début du XXème siècle aussi aux montagnes des villes :
« Les nécessités qui s’imposent à vous, nous les avons subies, aussi. Elles sont graves, je le reconnais, mais elles sont comme l’effet d’un grand fleuve : vous pouvez diriger les eaux, vous ne les arrêterez pas, et c’est pourtant ce que vous espérez faire !
Comment voulez-vous empêcher ces financiers, ces propriétaires, de faire passer une loi autorisant à l’avenir cette forme de construction, permettant des édifices de quinze, vingt, trente et quarante étages ?
Nous étions les pionniers dans ce champ ... C’était nouveau, et il fallait expérimenter ... Oui, j’admets, nous avons fait beaucoup de « bêtises » à faire grincer les dents .... Nos architectes, au lieu de s’avouer franchement que ces édifices n’étaient que de colossales charpentes d’acier, ont essayé de faire croire qu’elles étaient en maçonnerie, supercherie extravagante, mensonge artistique, pitoyable, preuve que nous manquions de fertilité, d’idées et d’invention ».
F. W. Fitzpatrick, Chef de la société internationale des Commissaires Municipaux de la Construction.
[11]                 Ce n’est pas la moins chère, ne l’utilisez pas.

 

8 octobre 2020

Lucile, dans le même temps, dans le reste des

Lucile, dans le même temps, dans le reste des apparences de sa vie menait une existence cruelle et médiocre. Bourgeoise en tout elle ricanait de tous et de toutes, les laides et les faibles.

Grande élancée on dirait

3 octobre 2020

Le non-mouvement de Viennefascine l'homme aux

Le non-mouvement de Vienne
fascine l'homme aux lunettes
fumées-violettes sort un stylo
se démode dans la ville démodée
costume de flanelle croisé
horrifiant Heidi Slimane
la poche vibre un appel international
le smartphone tu d'un geste rapide
on le note sur le calepin un Leuchtturm1917
hostilité de principe dans la ville
(m)usée au Moleskine Hemingway
on ne veut plus en entendre parler
cet auteur on ne comprend pas 
pourquoi avant lui personne n'eut 
l'idée de lui fermer la bouche
d'un coup de fusil bien placé
il y avait le choix 
(en vérité il hésita entre le Leuchtturm1917 et le Moleskine
mais sa haine de Hemingway le seul auteur lu en seventh grade
le divertit de son geste il cède au nom le plus compliqué
il a toujours su prendre l'air pénétré de celui qui sait il n'y a
qu'à voir sa photo de profil)

Le type un vieux beau on ne saura jamais l'inscription sur le carnet, arrivé trop tard, on imagine, il parle anglais l'accent du Texas, d'Austin peut-être d'ailleurs beaucoup plus loin, Wellington ? D'un geste il interrompt nos pensées et dessine, cette fois on peut le voir, un long serpent clair et murmure incompréhensiblement Austria-Hungarian Empire. Quelque chose comme une langue épaisse gonfle le carnet ou bien la pluie (ouf intact). Ca valait donc quelque chose le Leuchtturm1917.

La ville fracassée comme les tables de la loi (?) s'étend rapprochée tant bien que mal par l'homme des ponts jetés comme les bras des désespérés aux canots des naufrageants des femmes des hommes parlant le langage du diable ou de son petit-fils sans corne marchant parmi les vivants l'air étonné de tant leur ressembler l'homme ce n'est plus ce que c'était se dit-il à la terrasse du Starbuck 

pourquoi rentrer chez papa l'enfer vaut bien l'enfer l'air si semblable
et dans l'eau flotte les sacs en plastique on croirait les morts de chez nous dit le petit-fils à une femme viennoise, touriste assurée depuis que le GPS apprivoise la ville inconnue, elle ne répond pas, hoche la tête il ne sait plus le sens en Albanie de droite à gauche c'est oui et de haut en bas non le prend elle pour un fou des morts pareils à des sacs plastiques
Elle ignore sa race il dit en allemand du 14ème siècle
Il lui dit "vous ignorez ma race" en vieil allemand à caractères gothiques
Beaucoup de confusion dans cette langue à peine déchiffrable pour la viennoise, entre deux âges, le petit fils du diable ou moi-même avions omis la précision
entre deux âges ça dit
presque plus reproductrice à la casse des XX quelle stupidité
(c'est moi qui parle, JE quelle arrogance)
il vient de pays de suie et de douleurs là-bas enfants décharnés flottent à la surface des cours d'eau polluée (c'est elle qui pense)
l'Inde son imagination limitée des eaux sales se limite au Gange et incapable de soupçonner les lacs de lave bouillante la terre sous la terre ni le ventre de l'enfant-soldat familier infernal

Elle part chavirée c'est pour autre chose qu'elle a fait le déplacement jusqu'ici on lui raconte depuis l'enfance la semblance de l'eau d'ici et la curiosité enfantine d'imaginer l'eau de sa baignoire la même à quatre cents kilomètres dans la chambre du grand hôtel Astoria.
Le glou-glou obstiné de l'eau intranquille quelques noyés les péris banals suicide dettes de jeu le long du chemin long / le poème où s'essouffle le nageur quand enfin la mer l'eau salée demande l'enfant 4 ans il commence les questions et bientôt la litanie des pourquoi si seulement je croyais en Dieu (je ne parle pas) ouvrant au hasard les pages du Missel/Coran/Torah/ (nous limitons au monothéïsme seules religions appréhendables pour le parent religion du livre à la fin) l'explication bien rôtie mais non le rationalisme saleté de Descartes dans quoi tu m'embarques

 TuttlingenSigmaringenUlm,  IngolstadtRatisbonne 

Ils ont passé par ces villes suivant les berges mouillées s'arrêtant en route recommençant le chemin de pélerins imaginaires. Ni Compostelle Ni Jérusalem Pas d'Elysée non plus pourquoi alors ? 
(c'est l'enfant de 4 ans muri, une miche de pain à la main, attendant à l'auberge d'être servi, il habite un roman de vers 1907)
Guettent le montre marin à la gueule torride le Léviathan briseur de mondes
(le lyrisme encore pour une maigre étendue d'eau pauvre Hobbes ainsi défiguré par cette obsession pré-moderne)
ou bien Charybde en Sylla où sont les bateaux à tête sculptée dragons monstres antiques vandales venus du Nord de l'Europe portant la Sibérie  longue lame affutée au flanc gauche ? (la maturité qu'y peut-on)

La mère l'enfant vont céder à la fatigue à force de sommeil dangereux de feux de camp le bois cesse à la fin de croire à sa propre flamme merde quoi le chemin de halage c'est pour les chiens les chevaux et allons nous métamorphose subir ? C'est la mère qui interroge l'enfant plus si enfant les poils pubiens beaucoup et ce je ne sais quoi dans le regard trahissant une nuit d'amour dans l'auberge 1912 ou le bordel dans les mêmes eaux. Lui ne répond pas il compose avec le lichen des sculptures de pourriture. Que de soupirs la traversée les oiseaux rieurs quand atteint-on enfin les endroits secs désert même fasse taire l'eau étroite

Au moment d'abandon l'éclusier fait des signes encourageants il connait quelqu'un il a tout compris le métier l'expérience tant dénigrée ça sert encore à quelque chose. Il prend son temps d'abord, roule une cigarette il sent le tabac froid c'est vrai (ravive l'odeur peut-être par ce geste gêné) propose au presque adulte sans un regard à la mère il prend la feuille une poignée de tabac se met à la tâche échoue recommence. 

///

Une péniche recueille les marcheurs doux le cliquetis de l'eau contre la proue doux et lent l'adolescent redevenu enfant contre le sein de la mère doux le mouvement de hanches du fleuve homme-femme corps mixte
doucement la voix du batelier entonne le chant triste des marins qui n'en sont pas vraiment ; sonne l'Eglise distraite les cinq coups l'Agnus Dei les paupières collants de sommeil le café tiédi servi du thermos mal fermé.

la Tétralogie il faudra la trouver par soi-même j'en ai semé assez de petits cailloux pour toute ma vie, Petit-Poucet ou grand con que m'importe maintenant.

 

[color=#E6E6FA]
Pour les connards incultes c'est un poème sur le Danube et sa traversée réelle à travers les villes véritables où ils s'herutent les hommes les femmes ou le diable qui peuvent par lui passer pour vivre mourir
j'aurais pu le faire un cavalier avec une gueule de Huns le visage barbouillé des romains assassinés
l'écrire avec les mots hongrois que je ne connais pas mais improvisant dans les caractères
improbables c'est par ce mélange qu'il naquit le hongrois en combinant toutes les langues
dans un chapeau et si tu le trouves trop long n'oublie jamais qu'il s'agit du second plus long
fleuve d'Europe et c'est la moindre des choses de garder à l'échelle 1/10000 son long cours
Tu aimerais être un modèle réduit toute la vie toi qui n'a jamais été grand chose ?[/color]
Celui qui m'atteindra par ici celui là que j'injurie pourtant je lui donne mon amour
tout l'amour condensé dans les mains tout l'amour non-donné au passé et j'irai
chercher loin dans l'enfance avant le premier mot à l'orée du premier geste
sur la croix toutes les croix recueillant la plainte et le cri pour les changer
amour
3 octobre 2020

Roman 7 : Amitié

Estelle a demandé à Etienne d’être à la maison ce soir. Elle lui a envoyé le lien vers sa page 6annonces, sa page de « pute », elle dit. C’est plus simple. Elle s’épargne la gêne du début, le moment du « oui tu sais…enfin, voilà…je suis pute »  et faire face à l'autre là qui prendrait un air circonspect et espérant, attendant qu’on lui dise « mais c’est une blague, t’es con!!! » pour qu’il réponde « putain tu m’as fait peur ». Il n’y a pas de blagues. En lui envoyant le lien, elle leur épargne ce malaise. On parlera direct de ce qui compte..

Qu’est ce que c’est stressant. Elle regarde l’heure sans cesse. Tente de s’occuper. Ca m’emmerde, putain. Elle donne un semblant de sens à ses gestes. Elle se fait couler un café qu’elle ne boit pas. La porte du frigo, s’ouvre, se referme. Elle n’en sort rien, n’y range rien.
C’est le bordel, putain. Elle range. Réorganise. Revient à l’ancienne version. Sans cesse. Elle rature l’appartement puis se met d’accord sur un nouveau brouillon.
Elle regarde son téléphone. Etienne a laissé un vocal « coucou ! déso pour ce soir je sais qu’on devait se faire une bouffe et tout…mais y a Salim qui passe à Paris, il a loué une énorme baraque ». Sa voix est gênée, il essaie de parler ample pour mimer le ravissement genre putain, je vais m’éclater avec Salim, rien à voir avec le lien que tu m’as envoyé. Il ne l’évoque pas. Elle se demande je lui en parle, ou quoi. Elle entre, dans sa chambre à lui, tant pis là. Elle ouvre le placard, il y range son whisky. C’est sa seule richesse genre. Elle se sert un grand verre. Putain c’est dégueulasse, comment il peut boire ça. Elle envoie une photo de son verre sur whatsapp. Voilà, j’ai besoin de parler. Vraiment. C’est pas des blagues. Rentre s’il te plaît.


Lui, il a la haine. Il éteint rageusement sa clope. Il dit à Salim, j’ai la haine putain. Elle m’emmerde. Je suis pas son père, je suis pas son mec quoi.Salim demande mais c’est quoi le problème ? Rien, rien, des affaires de fric / Tu sais moi je peux te dépanner si besoin / Non, non c’est vraiment autre chose, c’est une sale histoire / Tu peux me parler tu sais il dit Salim / Ouais, je sais, je sais, t'es un vrai pote...dis tu peux me prendre un truc au bar ? Je vais l’appeler vite fait. Il s’arrête. Ca te dérange si elle nous rejoint ce soir ? Tu déconnes, cette meuf est excellente. Vas-y qu’elle vienne. Dis lui d’être sexy hein !! Non, Salim, ça non. C’est compliqué, s’il te plaît viens tu lui parles pas de ce genre de trucs / Waaaa relou…vous êtes tous devenus comme ça à Paris, là. Vous avez paumé vos couilles ou ça se passe comment ? Juste lui en parle pas stp / Ouais, tranquille, tranquille. Salim part en soupirant. Il appelle. Bon. Elle répond dit. Je peux pas parler au tel. Ca coupe. Il dit dans le vide. Viens, ce soir dans la baraque c’est à Ville d’Avray. Il écrit « viens ce soir  ». Il ajoute. « Pour l’instant je peux pas te donner plus ». Il attend en tremblant que le « vu » s’affiche. Il a peur de je ne sais pas quoi. Il se sent pas à la hauteur.

Elle répond. Les trois petits points, là, qui s'affichent. Ca l’angoisse. C’est quoi ce sadisme. Elle dit d’accord.
Elle dit merci.
Elle dit
Je t’aime, vraiment tu sais.
Il dit moi aussi meuf;
Moi aussi t’es conne pfff

Salim revient. Il guettait sur le seuil du bar la conversation. Les réactions. Il voulait comprendre. Ca avait l'air grave, il veut faire gaffe. Ne pas poser trop de questions. Il préfère demeurer dans la périphérie des choses, ne pas trop s’investir. Donner l’impression de ne pas s’investir. Il veut être le meilleur copain de tout le monde. Le meilleur ami de personne.

Pour ça, il connait tout

Il se pose à la table.

Mais si elle propose de me sucer ou quoi, je réponds, "non, désolé je n'ai point le formulaire B-32 sur moi, ni l'autorisation de Madame Simone de Beauvoir ?

Putain, mais t'es vraiment trop con mec. 

 

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2 octobre 2020

Histoires brèves

27 septembre 2020

Et ma haine est immense.

Vendredi, l’ophtalmologue a procédé a tout un tas de mesures de ma vision, s’est intéressée à l’état de ma cornée, à la qualité de ma correction. Puis m’a été remis le résultat de ces examens. Des feuilles imprimées, en couleur, incompréhensibles et belles. Images, chiffres, mot, langage non-vu, non dit.

 

Corrigée ma vue s’établit à 7/10, 14/20 (et je me demande ce que signifie une vue de 20/20, une vue avec la légion d’honneur et les félicitations du jury)

 

 

En rentrant, les documents, je les ai rangés avec d’autres documents de nature semblable, ces papiers qui vous objectivent, vous identifient et vous assignent. Le test, aux grands yeux ronds, affirmant mon absence totale de MST tout en indiquant « douleur à la miction » parce que j’avais précisé combien c’était douloureux de pisser ; le compte-rendu établi à l’hôpital Bichat suite à mon agression indiquant « trois agrafes posées » (puis retirées, à Tours, par une infirmière) et « non admission ». Donnant à ma blessure et mon état une sorte d’évaluation, un 7/10 de la non-douleur.

 

 

Foule documentaire, scrutatrice. Foule critique, mesurant, comparant. Salle bondée nous archive et nous dédouble. Quel formulaire ma bouche ? Quel imprimé mes yeux ? Quelle ligne mon ventre, ma merde, mes couilles ? Où mes douleurs ? Dans le niveau de TSH inquiétant ?

 

 

Il y a l’ordonnance pour mon traitement et ce mot, affection longue durée, qui précède l’énumération des médicaments ; ce mot qui dit : pour la vie ou presque. Qui dit, pour longtemps. Tu vas pas t’en sortir tout de suite.

Mais ça dit, aussi, ALD, ça dit, ce sera gratuit, t’en fais pas mon petit gars, la France c’est toujours la France, le CNR et la Sécurité Sociale. 

 

Et de porter ALD sur mon ordonnance me distingue des autres malades, d’une certaine catégorie de malades, de tous ceux pour qui être malade caractérise un état ponctuel, et passager. Les ordonnances de ce type de malade comportent, en quelque sorte, l’anéantissement du mal qui les habite. A côté de chacun de ces outils chimiques est indiquée une durée. La durée maximale de la maladie.

 

Je me trouve ordonné ALD, myope, TSH élevée normale. J’imagine, alors, un graphe énorme où nous tous, postillons, petits cratères nous inscrivons. 

 

J’ai retrouvé, dans cette paperasse objective, mon acte de naissance. Je l’ignorais mais l’acte de naissance au-delà d’indiquer lieu, date, heure, parents etc rapporte la profession des parents. 

 

 

maman profession : femme de ménage

papa profession : agent de sécurité

 

 

alors en lisant

j’ai senti tout ce qu’il y avait d’immigré, de pauvre, d’indésirable en moi et plus loin que moi dans mes parents, grands-parents, dans ce grand silence d’où l’on vient, nos origines muettes, la coupure avec notre histoire, le silence de leurs hontes, le silence de leurs peurs.

 

 

 

Je pense à la vie de mon grand-père dont il ne parlait pas. En France, vivant dans les bidonvilles, avant la libération de 1962. La misère, le travail acharné. Le silence. En 1962, il est rentré en Algé-Rien. Comme il ne disait pas.

 

agent de sécurité & femme de ménage

 

 

 

 

les métiers, les derniers des derniers, ceux que font les arabes et les noir·es (et aujourd’hui les bengali·es et les philippin·es et toujours les arabes et toujours les noir·es, réparti·es selon leur genre) les métiers dont les français ne veulent plus. On dit, non, ce n’est plus pour nous. 

 

 

Ecrivant, ici, à propos de cet acte de naissance des larmes montent, les mêmes larmes que lisant, découvrant, l’acte de naissance.

 

Des larmes de colère qui, plus jeune, étaient des larmes de honte, honte lorsqu’il fallait dire, devant mes amis bourgeois, le métier de mes parents, honte non de le révéler, honte pire, honte d’avoir honte et de le taire, de changer femme de ménage par femme au foyer, de changer agent de sécurité par je ne sais quoi DRH ou ingénieur informaticien. 

 

A ce moment je pense au racisme de l'extrême centre, j’y pense avec haine. Une haine imprécise, incertaine mais juste. Baldwin, dans l’homme qui meurt, fait éprouver au narrateur la haine irrévocable, indiscutable du noir contre les blancs. Cette haine, exactement. Cette haine qui doit aussi être la sienne, celle de Baldwin, et que nous avons en partage. 

Cette haine, exactement celle-là. Quand. Je lis à l’encre noire « femme de ménage » quand je lis « agent de sécurité » sur le fond blanc de mon acte de naissance. La haine, cette haine inexprimée toute la vie cette honte bue tout ça monte, impuissant. 

Je lis,

les derniers des derniers

en-dessous il n’y a rien

(ou les prostituées, les toxicomanes, les SDF) 

et avec

je le sais aussi

il y avait le préfixe

sales arabes

qui fonctionne aussi comme suffixe

 

 

je lis

je sais bien ce que je lis

tout ce qu’il y a dans ces mots -

qu’on ne sait pas - ce qu’ils signifient

au-delà de ce qu’ils statuent

je repense à maman

qui faisait le ménage dans des hôtels je crois

ou à la poste peut-être

enceinte de moi

me trimbalant moi et la honte

et la haine qui grandissaient

en moi maman

et tombant, vomissant

qu’on renvoie 

de son poste de femme de ménage

il y avait

femme de ménage

sale arabe femme de ménage

sale arabe femme de ménage au chômage

derrière ce mot là

de femme de ménage je lis ceci

 

 

Et tout ceci.

 

Rien.

Un document de plus

m’objective

me raconte

Ecrit sur l’ordinateur

on ne lui trouvera même pas

la sueur des pleurs. 

Voilà. 

 

 

 

 

(et je me souviens ce voisin qui avait dit à ma mère retourne dans ton pays et je crois qu’il est mort peu après en tombant dans les escaliers et je ne sais pas si je l’avais souhaité très fort et si Allah en quoi je croyais alors m’avait exaucé je ne sais pas mais je continue à souhaiter très fort ces choses là)

 

 

 

 

$$$$

 

 

 

 

Tirerais-je si je devais un jour tirer ? Tirerais-je sans remords ? Oui, j’en suis sûr. Et ma crainte ce n’est pas tuer ou pas tuer, c’est me préserver du plaisir que je risque d’y prendre. C’est me refuser la jouissance de ce qui ne peut être qu’un devoir de dernier recours. 

Tirer :

 

 

Il y a des pardons qu’il faut avoir le courage de refuser. 

 

 

 

et je pense à ceux qui croient qui disent que ça pleurniche les gens les autres que femme de ménage oui agent de sécurité certes c’est mieux que rien mieux que crever de faim ou quoi oui bien sûr mais ça ne change rien ça ne change rien celleux qui pourtant n'occupent pas ces postes je pense à ma belle-mère encore qui disait ça quand sa femme de ménage la lâchait pour je ne sais quels motifs j'en image dix tous raisonnables qui disait pourtant elle travaille c'est bien et bien non récure tes chiottes avec ton époux ma soeur 

 

 

 

27 juillet 2020

Chez les fachos.

Ce texte aura son jumeau samedi prochain.

Je suis invité à l’anniversaire d’un ami d’extrême droite très extrême. Je me rendrai à cette sauterie de bavards qui toujours racontent qu’ils ne peuvent plus rien dire. 
Je ne sais pas encore ni le visage ni le foulard que je porterai ; si je mets du mascara et du crayon dois-je allonger le regard ou le clore pour manifester, dès avant, mon opposition de principe à tout ce qui pourra être dit ? 
 
A rien, bien entendu, je ne souscrirai, pour autant je ne chercherai aucune dispute (Je me demande si C. se trouvait là par hasard - je doute qu’elle n’accepta jamais pareille invitation - exprimerait-elle son refus devant l’abjection ? Claquerait-elle la porte ? C’est une attitude très mâle, sûrement de rester, d’endurer, parce que je suis du côté de la force, pas des poules mouillées)
 
Aussi, dès lors que je suis là, on me verra dans ma plus exquise sociabilité ; fuyant la dispute, inclinant sagement la tête, protestant mollement. 
Face à une foule unie aucun argument ne perce, il suffit de se retourner vers son camarade de droite, vers sa camarade d’extrême droite pour avoir raison. 
 
Mais que ferai-je ? Je ne puis jamais m’empêcher de complaire et pour ceci me glisse, avec aisance, dans les schèmes et les représentations des gens ; je comprends toujours pourquoi c’est à dire à quelles conditions telle lecture du monde se propose. J’aimerais ne pas apporter à leurs délires mortifères une simple pointe de nuance mais n’y opposer qu’un silence poli qui, dirait tout à la fois, mon mépris et que moi je ne peux plus rien dire.
 
Je les imagine déjà dans la brasserie s’imaginer à Poitiers…
Ah, et le plus haut destin pour eux c'est Barberousse au milieu de la croisade, noyé.
; voilà leur rêve et leur grand sort ; noyés dans un étang ; indignes de la moindre profondeur - mais pour ces nains les étangs ont la profondeur des abîmes et la vase le goût des fleurs. 
 
Le plus tragique de leur affaire c’est que ce sont tous des ratés selon leur propre signalétique. Certains connaissent des gloires mais jamais celles qu’ils se voudraient. 
F. est professeur à l’université où il enseigne la géopolitique, Y. a fondé le magazine l’incorrect, A est écrivain et en vit presque, E. est journaliste.
Tous voudraient se tenir à hauteur de Maurras pour l’intelligence et de Barrès pour le style. On les trouve environ au deuxième bouton de BHL.
 
P., cependant, pour qui j’ai beaucoup d’affection se tient en lisière, dans les parages, il ne fait aucun doute qu’il appartient à leur genre, mais avec je ne sais quoi qu’il travestit et truque ; il provoque et prend à contre-courant. C’est lui qui me dit de R., écrivain et journaliste de merde, il faut le dire, que certains escrocs littéraires réussissent (Beigbeder) et que d’autres (R.) échouent. 
 
P., est obèse et il en parle, P. ne baise pas et il en parle. P. se chasse de l’humanité en se révélant ainsi, très humain. P. se moque de lui et se prend à la fois au sérieux. Il a quelque chose de tragique, celui des suicidés en suspens qui, furent sauvés un jour, et ne périront plus jamais de la sorte.
 
J'aime aussi beaucoup H. qui s'appelle en réalité G. qui porte en lui une lumière qu'il ne sait pas et que je n'évoque jamais avec lui. Le triste, je crois, c'est que ces gens lui font porter une sorte d'abat-jour. Il a du talent. P. aussi. Ce sont les seuls.

 

15 juillet 2020

La misère est si belle

Des choses insignifiantes souvent me bouleversent ; soulignent ces choses la relation contrariée du monde à moi. 
J’ai pris le train, ce matin, depuis Paris jusque Lyon puis de Lyon à Chambéry-challes-les-eaux et de chambéry-challes-les-eaux à Modane.
Mon billet Paris-Lyon coûtait 22 euros en OuiGo. Les passagers des OuiGo me brisent le coeur. Je les observe dès avant le quai. La procédure d’accès au train diffère du trajet normal. Défile devant moi la vie de ces gens-là et quelque chose en moi toujours, synonyme du sentiment d’angoisse, enfle. 
C’était en OuiGo, dans les Ouigo je regarde les gens, la vie des gens qui prennent ces trains et j’ai de la peine. 
Pourtant, moi aussi, à égalité avec eux, passager ; sur moi pourtant je ne jette aucun regard inquiet. Ce n’est pas, usant du détour, m'apitoyer sur moi-même.
Pourtant, mon trajet mérite bien plus de sollicitude que nombre d’entre eux. Le Paris-Modane en TGV, aller retour coûte entre 150 et 300 euros. Prenant, des détours sinueux, calculant par moi-même - le site de la SNCF ne me propose pas l’itinéraire que je me suis composé - le chemin pas cher en utilisant le train - je ne me suis pas résolu au bus. 
Là, j’écris depuis la brasserie Marius à Lyon. Je dois attendre 5 heures mon second train. Le coin de Part-Dieu déborde de laideur ; la rue s’empiffre de travaux et de promesses - des boutiques avenir - l’espoir des villes, voilà, la nouvelle boutique beyond meat - les villes ont aussi une bonne conscience. 
Là, en face de moi, quelque chose comme deux tables nous sépare, une fille parle très fort au téléphone. Avant, elle discutait avec un homme en bras de chemise très assuré (et on ne devrait jamais être assuré en bras de chemise, en soi devrait tourner l’embarras le plus blême et nos avant-bras dénudés quémandaient des pardons) ; il avait une tête de patron - c’était le patron. Elle disait oui, demain 16h, pas de problèmes, après elle a ri et lui aussi. C’est fou, le rire…Alors au téléphone elle dit oui ça s’est bien passé, attends je te dis.
Avec OuiGo, pourtant, si l’on s’abstrait des couleurs criardes et laides - pourquoi faut-il ajouter de la laideur aux choses destinées aux pauvres, comme s’il fallait leur rappeler par leur condition, infamer par le rose délavé, le vert fatigué. Au-delà de ce vernis le trajet demeure plus ou moins le même, se déroule sur les mêmes lignes à grandes vitesses. Certes, les départs et les arrivées se donnent depuis des gares périphériques ; il faut ajouter le prix du billet qui vous mène de la périphérie au centre-ville, où les trains normaux arrivent. On dit normal puis on dit low-cost comme s’il s’agissait d’une version dégradée et honteuse du service proposé normalement. 
C’est un truc, j’ai remarqué toujours, fut-ce pour être croquemitaine, panneau publicitaire ou quoi, on dit « j’ai un entretien » avec plaisir intense et excessif. On se prépare à son rôle de monstre, dans le placard ou sous le lit pour les plus audacieux.
Un entretien, un essai…

Ca va commencer, les débuts sont toujours prometteurs, c’est après que la réalité, copeaux à copeaux, se dévoile et déchire. La déception survient. Plus ou moins rapidement. Relation amoureuse d’une autre sorte. 
bébé, ouais, j’ai une journée d’essai demain à 16h (…) le patron est super sympa. C’est marrant, ça. Marrant parce qu’en fait elle en sait rien. Quand on dit ça, on conjure, on supplie, on espère que oui ça sera sympa ?
On mélange suppliques, espoirs, conjurations ; chimie instable des mixtures. 
Tous nous sommes ces composés hétérogènes ; si vite nos opinions changent et avec elle le monde entier. 
Il est rare que la vie des gens, que l’attitude des gens, que les autres ne me fassent pas pitié. Je crois que j’ai connu trop intensément la promesse de la misère pour demeurer indifférent au moindre de ses signes.
Je regarde les gens, comme ils sont accablés, abîmés, craintifs. Je me souviens Vivian, il vieillit, il porte sur lui des signes d’une autre sorte, de triomphe mais toujours ceux là de ces vieux-beaux. Il porte aussi en lui ses tentatives ratées, ce qui n’a pas marché, tous les j’aurais du et il n’est pas le plus à plaindre, même parmi les moins, il a une belle voiture, une belle moto, une belle maison, son amoureuse et lui s’aiment et jouissent. Pourtant, parce qu’il portait en lui ce je ne sais quoi immense. Dans One Piece, existe un haki spécial et rare le haki des conquérants. Le haki c’est une sorte de superpouvoir qu’on apprend, il en existe de différents types ; résister à des attaques adverses, voir dans le futur et ce genre de choses. Mais le haki des conquérants provient de la biologie, c’est un don qui ne s’apprend pas. Vivian porte en lui, peut-être, cet haki là, épuisé. 
Luffy a avalé un fruit du démon. Les fruits du démon dans l'Univers de One Piece confèrent à leurs utilisateurs des pouvoirs surnaturels excédant de loin les capacités d‘un être humain normal. Seulement, toute transaction avec le démon - fut-il seulement comestible - exige une contrepartie. Les utilisateurs, c'est ainsi qu'on les appelle, des fruits du démon ne peuvent nager en mer ou en océan. Dans ces eaux ils se noient, perdant toute leur force et tout l'usage de leur pouvoir. Leurs adversaires se servent, par ailleurs, de ce phénomène-là et forgent des entraves en sel marin qui, une fois portées par les utilisateurs, produisent sur eux l'effet de l'eau de mer. 

 

2 juillet 2020

Se rater.

Son prénom, il ne sert à rien de le rapporter. C’était aux 30 ans de Magalie, sur la péniche des bords de Seine, à Suresnes. Le mec est blond, porte une casquette de mec, genre, qui aime l’électro. Va pas tout à fait en rave mais aurait pu. Il n’avait aucune chance et beaucoup d’espérance.
Il portait à mes yeux l’échec, une forme d’échec, de la vie occidentale, cette mollesse qui guette chacun ; de la graisse se forme. Le coeur a l’odeur du MacDonald. 


Probablement, c’est sûr même, il eût des grandes gloires au lycée. Il en conserve un genre d’assurance - défaite de plus en plus. Il connût, oui forcément, mais il y a longtemps déjà, le goût des victoires adolescentes. Les premières qui comptent. Il racontait à 14 piges, que ça y est il l’avait fait. Il l’avait fait ça voulait dire j’ai éjaculé dans une capote avec une fille c’était ouf. Oui voilà. Peut être pas la capote ou si. J’ai remarqué les gamins comme ça qui baisent tôt toujours ils utilisent des capotes. Ils en gardent l’usage longtemps. Sauf après, quelques uns qui pratiquent le stealthing ça veut dire le viol par surprise ça veut dire enlever la capote discrètement genre quand le mec est derrière la fille, quand elle peut pas voir. 


Lui, On le voit, il n’y arrivera plus jamais. Il a cru un moment qu’il lui suffirait d’être lui, de demeurer lui, pour que tout à son passage s’ouvre. Il manquait de talent ; il manquait de travail. Celleux de cette matière, pour qui tout semble s’ouvrir du simple sortilège de leur rire, travaillent des acharné·es c’est. Forgent leur chance et dissimulent ce travail et cette sueur sous une nonchalance truquée. J’en connais. Ielles passent leur temps à entretenir ce talent, inné peut-être, oui mais sans le travail acharné. Auraient fini là comme ce type un peu minable. Cette sécheresse, lui, qu’on porte tous en soi. 


Toute ta vie se tenait là, dans la cale de se bateau-là. Avec ton amie Claire tu te résumais. Comme tu paraissais inquiet, spectral. Homme à disparaître. Tu es de ceux là. Tu grattais, dans la cale, avide, ton pochon de cocaïne, tu disais à Claire, tu le disais dévasté, il en reste presque pas. Tu grattais quoi pour de vrai. Que ça ne finisse pas, je crois. C’était ta façon de fuir. Gratter. Il y a ce conte, ce gamin avec un cerveau en or. On lui racle la tête, il trouve une femme, vénale c’est entendu, elle demande des bijoux des parures il n’a plus de tête bientôt, demande des boucles d’oreilles et tombe, il tend sa main, mélange de sang et d’or (métaphore déjà des diamants ensanglantés du congo)


Il raclait, vraiment, comme un affamé peut-être, sa terre stérile. 
Le bateau parfois tanguait malgré son amarre, nous rappelant nos destins mal-amphibiques. Quand la vague frappait trop fort, tu devais craindre un peu plus que ne s’envole la poudre. 
Il a fait de son mieux, je crois. Là il raclait. Il y a cru. On lui disait. Tu vas le faire. On disait, mec ça va le faire.
Sauf que ça l’a pas fait, tu t’es pas donné assez de peine, le hasard tu n’as pas su le dresser. Informe, un jour il t’a laissé tomber.

Après, avoir tasséé sa petite trace, raclé comme un tox les rebords du plastique, après, avoir tassé sur la tablette en bois, ce qui te restait de cocaïne. Après, après il a scellé le petit pochon, le pochon vide, il a dit c’est vide. Peut-être il gardait pour pas donner à sa pote, Claire, il gardait une miette. Il avait des yeux, mon dieu, je me souviens quand il a dit y en a presque plus. Il avait des yeux…Des yeux qui disaient, il va falloir voir la vie comme elle est et merde. Il va falloir…et tout le devoir de ce mot l’accablait. L’accable encore, aujourd’hui, ce jeudi. 
J’ai vu la flamme du briquet s’approcher du plastique et le faire fondre juste assez pour qu’il se referme sur lui-même. Ainsi, clos, ce paquet qui abrita la came. Ainsi clos, il peut le sentir dans sa poche lorsque ne savait quoi faire de ses mains il les y plonge. Il sent la forme, ronde, un peu râpeuse et se dit, y en a encore, peut être. 
Un de mes amis, ça me fait penser à lui, au plus pâle de son existence, lui aussi quand il puait faut le dire la défaite, il faisait un truc un  peu comme ça. Il ouvrait et refermait le frigidaire. Il avait pas un clou pour se payer la bouffe. Alors il ouvrait et fermait comme s’il rendait un homme au frigidaire et qu’ainsi, à force d’être célébré par ce geste suppliant, il ferait bien apparaître un morceau de n’importe quoi. Le silence à 4° lui répondait. Invariablement. Dans le pochon, sûrement, reste-t-il de ce silence glacé. 


Claire dit je suis au chômage je dis ah c'est bien de rien faire elle dit je vais faire une formation je dis c'est bien de se motiver tout est bien maintenant de toutes façons pour moi elle dit oui de plomberie je dis ah oui c'est bien ça gagne plein dargent elle dit non le salaire c'est pas fou je dis oui mais à ton compte ohlalala elle dit oui c'est vrai après on rigole


Ce mec, le blond là, me fait peur aussi. Dans tous les ratés je vois un moi possible. J’imagine la forme potentielle de mon déclin. Il me métaphore, me précède et me garde. Dieu peut-être il existe me met ce genre de types sur le chemin pour dire, fais gaffe, mec, je t’avertis encore une fois, mais faut pas déconner, bientôt tu vas te débrouiller, le loto franchement compte pas dessus, je te le déconseille fortement. Alors, après avoir ce mec, pour m’éviter d’un jour me trouver dans le miroir avec une casquette laide, un pochon vide. Pour m’épargner ces sortes de crashs, je me suis remis à lire, travailler, penser. Pour cet homme je n’ai pas de pitié, pas de mépris, je le vois pour ce qu’il est, dépourvu de forces, faisant ce qu’il peut. Il m’a convaincu, de ça, de cette vie en lui tarie - non mort en germe - en me disant qu’il voulait faire un film j’ai demandé tu as déjà réalisé il a dit non il a dit j’ai besoin de 5 millions je me suis dit d’où tu tires ce chiffre je lui ai dit vraiment t’as rien fait si il a dit il a dit je me filme quand je fais du VTT avec ma gopro j’ai dit d’accord écris à tout le monde hésite pas franchement fais ça. 


Enfant, je ne mangeais rien, je repoussais l’assiette de n’importe quoi et vidais, déjà, les verres, de limonade c’était en ce temps là, gazouz on dit en arabe du maghreb - bonheur de ces langues qui savent encore l’onomatopée - je repoussais et dans la rue y avait un nain et ma mère moi je me rappelle pas elle a dit non c’était dans le bus en fait ma mère elle a dit tu vois si tu manges pas tu vas devenir comme lui tu vas pas grandir et moi c’est elle qui m’a dit j’ai éclaté de rire d’un rire impossible à arrêter et je le pointais du doigt incrédule peut être ou alors tout à fait convaincu m’imaginant ce destin, toute la vie, voir le monde à cette hauteur, après tout pourquoi aurais je du le craindre, c’était djéà comme ça que je voyais cette mise en garde voilà elle m’a pas fait peur dieu c’est une autre affaire faut le dire. 

 

8 juin 2020

Lea Toutes.

Les cinq entrent


Lea cinquième : où est le cinquième ?


Le premier : Ici

Les autres . …



Le premier : Bon.

Lea cinquième. Bon.

Les autres : …



Lea premier (ramasse un chameau) : Les premiers 


Lea cinquième : seront les cinquièmes.

Les autres : …



(pause)


Les autres : Bon.

Lea premier : …


Lea cinquième : pareil.

Tous : …



« Bon », c’est le dramaturge qui entre.


Tous : …


Les autres : Je


Les autres : Je


Les autres : Je


Lea cinquième : c’est pas bientôt cette cacophonie.

Lea premier : Inadmissible. On dirait un premier rendez-vous.

Lea deuxième : Je prends mon indépendance.

Lea troisième : Voilà qu’il se prend pour l’Algérie.

Lea quatrième : J’ai toujours rêvé d’être un Etat.

Lea premier : Avec une police

La cinquième : Avec un clergé



Lea dramaturge ne pose pas un exemplaire de Surveiller et Punir.


Lea deuxième : Une clinique.


Le troisième : Un dispositif.


Tous (dans un soupir) : le panoptique.


Le dramaturge « … »





Tous : tes mots on dirait des yeux de merlan-frit.


(une pause)


Tous : hahaha.

Tous : C’était pas vraiment drôle



Tous : hahaha.


Tous : Titre

Lea premier : Sinon moi je m’appelle



(on entend des cloches sonner)


La deuxième : J’adore ! Moi c’est


« (Les cloches encore) »


La troisième : C’


« (Toujours des cloches) »


Le quatrième :


« (Les cloches) »


Lea cinquième : Alors de tout ça j’ai toujours voulu parler. La question de l’identité m’importe, comment se définir, se singulariser dès lors que dès la naissance, avant son premier geste de conscience consciente on nous nomme. Déjà, pèse sur nous un préjugé, des regards suspicieux. On observe les Kevin, les Nicolas, les Elie, les Mathilde, les Marie-Antoinette. Un air différent ça c’est sûr. On fabrique une cohérence interne, tu dis « je m’appelle Sarah » on te dit : « j’ai connu une Sarah ». Ta seule chance peut-être voilà c’est t’appeler ghzHOgzorhghzg encore là on dira « je n’ai jamais connu de nzogpafagzh » on va t’écorcher en plus de ça. Déjà tu avais des difficultés à te déterminer. Tu te disais où tu commences ghzHOgzorhghzg. dans le miroir tu cherchais le Hohg le hzg. Toujours c’est progressif on t’a appris à appréhender les choses lentement avant de constituer l’ensemble. Bon, voilà le préjugé qui pèse sur moi. J’aurais pu être [url=view-source//jeunesecrivains.superforum.fr/u3058]la fracture numérique[/url]


(début de cloche aussitôt interrompu)


voilà ça a commencé au commencement on dit que je m’appelle


« (cloches) »




Tous : ça suffit on a dit police, on a dit clinique, on a dit clergé, bon oui ça c’est vrai, mais on a pas dit les cloches là. C’est 2020 merde. Alors y a peut-être eu un malentendu avec l’Algérie, les champs pétrolifères, les citations bizarres, l’air décolonial et tout. On a cru que c’était 1962, que tout était possible encore. Même les cloches. Mais là c’est bon. Pas les cloches. 


« (Les cloches) »


Tous : Mais d’où ça vient.

ils cherchent



Ils entourent le metteur en scène, enfilent des masques.


Colombine : C’est toi ?
 
Le metteur en scène « … »


Scaramouche : C’est vrai ça semble pas naturel des cloches comme ça. On dirait bien que ça sort d’un téléphone portable.
Déjà pourquoi il parle en guillemets lui.
On aime pas les privilèges dans nos contrées. 



Les cloches retentissent beaucoup plus loin.




Arlequin : Ah, non c’est pas lui.

Isabella : C’est du bluetooth. Ca sonne comme du bluetooth. Ca me donne mal à la tête. Je suis sensible aux ondes. Je m’équipe, il faut prendre soin de sa santé :





Portraits : Captur55









Matamore : Oui mais Portraits : Captur57

 



Arlequin et Isabella complices Il se trouve que :

Portraits : Captur56






 


Rideau


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  Pour les articles homonymes, voir Rideau (homonymie).

Un rideau est une pièce de tissu dont le but est de diminuer la présence d'une ouverture. Il peut atténuer la lumière et la poussière. Les rideaux sont souvent pendus à l'intérieur de la fenêtre (couvre-fenêtre) ou de la porte d'un bâtiment pour bloquer le passage de la lumière, par exemple pendant la nuit pour faciliter le sommeil, ou pour empêcher les autres de voir dedans, souvent pour des raisons d'intimité.
De nombreux tissus, formes, tailles, et couleurs de rideaux existent, et ils ont souvent leur propre rayon dans les grands magasins, avec quelques magasins qui ne vendent que des rideaux. Dans les régions plus chaudes, on utilise parfois les obturateurs en bois au lieu de rideaux, la meilleure isolation du bois permettant de conserver les pièces au frais.
Les rideaux fournissent aussi une séparation visuelle dans des situations comme l'art performance, dans lequel les acteurs font leurs préparations finales pour le spectacle derrière le rideau pendant que les spectateurs attendent devant. D'habitude, le rideau s'ouvre quand le spectacle commence et ferme pendant les pauses ou la fin de la performance.
Il peut également servir de séparation entre deux pièces en aménagement intérieur, ou cacher des objets inesthétiques (compteur électrique, porte, etc.). Le rideau de douche, souvent fait de plastique ou de vinyle, empêche l'eau de se répandre dans la salle de bains et préserve l'intimité.

Sommaire




1 Savoir-faire artisanal 2 Signification religieuse 2.1 Dans le Nouveau Testament 2.2 Dans les textes apocryphes 3 Composition des tissus utilisés pour les rideaux 4 Notes et références 5 Articles connexes

Savoir-faire artisanal[modifier | modifier le code]
La confection de rideaux peut être déclinée en plusieurs catégories : rideaux japonais, doubles-rideaux, stores bateaux... Ils relèvent alors d'un savoir-faire artisanal du fait de la technicité. La confection particulière des têtes (œillets, plis tapissiers,...) offrent une finition originale pour le décor. En occident la tringle à rideaux peut être masquée par une bande d'étoffe sur le même style, souvent de la même couleur, appelée cantonnière.
Signification religieuse[modifier | modifier le code]
Le rideau jouait un rôle spécial dans les histoires juive et chrétienne. Un rideau séparait le lieu saint, réservé aux prêtres, du « Saint des saints » dans le Temple de Jérusalem, réservé à l'Arche d'alliance (Exode 26:31-33). Encore aujourd'hui notamment dans les Églises dites orthodoxes orientales (Églises des trois conciles), utilisent un rideau pour séparer le Sanctuaire du reste de l'assemblée à certains moments de la Divine Liturgie.
Dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

  • Ev. de Matthieu 27, 50-51


(50) Mais Jésus, criant de nouveau d'une voix forte, rendit l'esprit. (51) Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent ;

  • Ev. de Luc 23, 45-46


(45) le soleil ayant disparu. Alors le voile du sanctuaire se déchira par le milieu ; (46) Jésus poussa un grand cri ; il dit : " Père, entre tes mains, je remets mon esprit. " Et, sur ces mots, il expira.

  • Ev. de Marc 15, 37-38


(37) Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. (38) Et le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas.

  • L'Ev. de Jean ne porte pas mention du rideau du temple.


Dans les textes apocryphes[modifier | modifier le code]

  • Ev. de Pierre 5, 19-20


(19) Et le Seigneur cria en disant : « Ô ma force ! ô force ! Tu m'as abandonné. » Et après avoir parlé, il fut élevé. (20) Et au même instant, le voile du Temple de Jérusalem se déchira en deux.
La déchirure du rideau est toujours relatée au passif. Ce passif est appelé passif divin par les exégètes pour signifier que les auteurs ne nomment pas l'acteur mais le désigne en creux : il s'agit de Dieu. D'ailleurs, si l'on considère la déchirure plus précisément encore, elle est de "haut en bas", un indice supplémentaire laissé par les auteurs pour dire qu'un homme n'aurait pas pu déchirer ainsi le rideau.
Composition des tissus utilisés pour les rideaux[modifier | modifier le code]
La composition d'un tissu pour les rideaux indique le pourcentage de fils utilisés lors de son assemblage On distingue trois types de fibres essentiellement :

  • fibre artificielle : fibre textile provenant de polymères naturels (viscose, acétate)

  • fibre naturelle : soie, laine, coton, lin...

  • fibre synthétique : fibre textile obtenue à partir de polymères dérivés du pétrole essentiellement (acrylique, polyamide etc)


Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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2 juin 2020

Atelier d'écriture - le vol bas des oiseaux.

Atelier d'écriture : Une mère ou un père ayant perdu son fils ou sa fille à la guerre se retrouve devant un étang. Raconter, ses pensées sans évoquer la mort de lea disparue. Après on applique ça de façon flexible, on est pas à l'académie française. Donc si on veut évoquer directement lea disparue, si on veut que ça se passe ailleurs que devant un étang rien ne l'empêche. De prime abord c'est difficile mais en pratique non puisqu'il s'agit d'explorer des sentiments et il y a une sorte de "mise en empathie" avec ce personnage fictif assez troublant.

  

Depuis qu’il s’était installé à Oxford il avait l’habitude des pelouses rases comme des greens. Il marche au milieu des herbes drues, il se penche et ramasse une longue tige ; une tige de ces fleurs qui ressemblent à des marguerites rétrécies et vénéneuses. A peine, toxiques. Donnent une idée de l’ennui plus que de la mort. Comme une journée à Oxford.

Il enfonce la tige dans sa bouche et la mâchonne. Il a arrêté de chiquer à la naissance de son enfant. Sur le vaisselier du salon il garde, comme un trophée, cette bête plus dure à vaincre qu’un puma, la petite boite en étain d’où il a tiré le dernier morceau de tabac. 

Il marche dans ces herbes douloureuses où se mélangent la végétation aquatique et les plantes de terre. 

Sous le bras il tient le journal daté de la semaine dernière. C’est fini. La nouvelle ne lui procure aucun plaisir. L’armée de sa majesté a triomphé, ça s’affiche en une du Daily Mail. Les petits personnages des photographies lui donnent de la colère. Ils sont vivants. Eux. Il a dit à son épouse qu’il allait pécher. Lorsqu’elle l’a vu partir sans sa canne à pêche elle a compris. Lui a demandé s’il voulait quelque chose. Pour casser la croûte sur le chemin. Le poisson parfois ça met du temps à mordre. Tu n’as besoin de rien ?
Il a roulé longtemps, sans savoir où aller. La voiture, comme une jument aimante, connaissait le chemin et elle le guida d’elle-même. Il revenait dans ce lieu tant connu.

Il s’étend dans l’herbe et ferme les yeux. Il sourit puis sursaute, une lourde branche a fait trembler la surface morte de l’étang.
Il imagine - ça lui rappelle le bruit des ricochets, la première pierre qui meurt, souvent, tombe à pic. Comme par un abîme irrésistible. Puis le rire qui emplit toute la ville lorsque la pierre, pas forcément la plus plate, pas la plue douée pour ce jeu, rebondit une fois, deux fois, traverse l’étang et meurt de l’autre côté et s’enfonce dans la vase.
Comme le but de la montée de Sheffield Utd. On n’y croyait pas. La balle a roulé très lentement puis a franchi la ligne de justesse, lentement, comme si elle s’enfonçait dans la vase.

Il aimerait dormir mais il ne peut pas. Il ne dort plus depuis un moment.
Il lit et relit la une du journal qui réjouit tout le monde. Il aurait pu se réjouir, il avait servi, en son temps, dans la RAF. Il en gardait de précieuses photos et surtout, dans un petit écrin, héritage qui ne servira plus à personne, sa Territorial Force War Medal. 

Sa femme avait pleuré. Il voulait être fort, se montrer comme l’homme qui dit ça ira, on va surmonter ça. Puis il s’était rendu compte que ça n’avait aucun sens. Que ça ne se surmonterait pas. Alors il a pleuré avec elle. Jamais ils ne furent aussi proches. Sauf à la naissance du gamin.

Ils dirent peu. 

Chacun savait que la joie les avait quittés tous les deux pour toujours. 

Ils se soutiendraient, comme deux vieux chênes que la tempête croyait avoir abattu se soutiennent mutuellement au moment de la chute. Leurs branchages s’entremêlent et la douleur les confond, indistincts.
Il se met debout, reste à la même place. Il n’a pas faim. Déchire le sandwich en tous petits morceaux qu’il jette dans l’eau comme des pierres blanches et flottantes. Indécises entre rebondir et couler. Hésitantes, comme lui, dans cet entre-deux vies.

Une semaine, il relit la Une. Une semaine que c’était fini et pour eux tout commençait. La vraie douleur, les obus lancinants, obsédés, indigestes.

Il siffle entre ses doigts, il a toujours été doué pour siffler mais jamais pour l’enseigner. Il cherche la canne à pêche et commence à marmonner des paroles incompréhensibles.
Tu vois, le fil. Tu le balances. Il faut attendre. Sois léger. Plus tard ça. A la mouche même moi je sais pas. Papy lui…Puis il imite le bruit d’un poisson qu’on ferre. Claque de la bouche. Une belle prise.

 

Il ne boit plus. Il a hésité à recommencer aujourd’hui.

Après l’annonce de la victoire il a été au pub commander tout ce qu’il y avait à la carte. Le fils du patron lui a dit. T’es sûr mon vieux. Il a dit oui, tout ce qu’il y a à la carte. Alors on a déposé des verres sur le comptoir, des verres de toutes les formes c’était comme des fleurs. Des chrysanthèmes. Il a sorti le porte-feuille, tout neuf. Un cadeau. Du vrai cuir. Il l’avait reçu en même temps que sa montre bracelet. Le fils du patron a dit attends il a crié Papa. Ils se sont regardés avec cet air d’évidence. De ceux qui au bord de l’étang péchaient et jeter des pierres rebondissantes. Le gamin a dit, c’est pour nous. Si tu as un problème tu dis. On est là. Il a bu. Il a bu. bu. il a très bu. Il a vomi sur le comptoir au moment de la mauresque. Il savait pas ce que c’était. Un client a hurlé que c’était dégueulasse que quand on savait pas boire on restait chez sa mère. Le fils du patron a dit ça non, ça non. Le client croyait que c’était pour le vieux dégueulasse il a dit, ouais, dégage le mon brave. Il a dit ça non, ça non, le gamin. Il avait les larmes aux yeux. Il s’est approché du client. Rouge, un gaillard comme ça, les larmes aux yeux. Là le client il a compris. Il a vu la mort face à lui. Il a eu peur. Il s’est pissé dessus. Il a dit, c’est pas dégueulasse ça, le fils du patron il a dit c’est pas dégueulasse ça. Sans rire. Il a dit. Il a bredouillé, le client. Le vieux essayait de se lever, dire c’est pas grave ou on sait pas. Il remuait quoi. 

On l’a posé sur une chaise dans l’arrière-salle, puis on a composé le numéro de sa femme. Elle a dit, je ne peux pas. Il a attendu. On le rafraichissait. On tenait à lui. C’était quelqu’un ce vieillard étique. Qui avait arrêté de chiquer, qui gardait sa Territorial Force War Medal précieusement, sans se vanter. Jamais sévère, hein. Pas un taiseux hein, boute-en-train même. Alors le voir dépéri comme ça…c’était la moindre des choses. Un honneur le patron il disait, un honneur ouais.

Près de l’étang en repensant à tout ça il n’avait pas honte. Ca l’étonnait. La honte. A quoi bon la honte.. Ouais…je faisais ce que je pouvais. Il imaginait le sifflement de pendant la guerre avant que l’obus ne tombe, les batailles aériennes, le vol bas des Stuka de l’autre côté de la manche. Tous ces jeunes gens fauchés sans comprendre ce qui leur arrivait et ceux qui comprenaient trop bien dans leur agonie. Il se disait qu’il n’avait pas fait la peau à assez de boches. Il n’arrivait pas à ressentir de colère. Tout était morne chez lui. On avait éteint la lumière.

Il se relève, ce n’est pas difficile, son vieux corps est toujours robuste. Il va retrouver son épouse. Pousse la barrière du cottage et franchit la porte principale. Elle a laissé un mot sur le vaisselier, à côté de la boite en étain. Je vais à l’étang.

26 mai 2020

Quand il revint dans sa vieille maison pour la reconstruire, mon grand-père voulu lui aussi planter un frêne dans son jardin à l

Consigne : la première phrase et la dernière constituent le point de départ et d'arrivée du texte. 




Quand il revint dans sa vieille maison pour la reconstruire, mon grand-père voulu lui aussi planter un frêne dans son jardin à la place de celui qui avait été tué par qui les obus. 





Il disait « le frêne » par métonymie, de cet esprit d’économie des gens d’antan. Des gens D’avant. Le frêne…C’était toute une petite forêt de frênes assassinée.


Il avait demandé la paix. Il nous recontacterait quand il sera temps. Il a attendu dix ans.
Dans la famille nous plantions des frênes. On disait « dans la famille, on a toujours planté le frêne ». Sans raison explicite. Nous plantions le frêne. Héritage solennel.
Mon grand-père se pliait, me semble-t-il, à ce devoir généalogique. Il rentrait pour s’y astreindre. Les traditions sont le sang des vieillards et les préservent mieux que toutes les médecines.
Il perpétuait à sa façon la lignée. Autrement. Lignée végétale, croissant parallèle, à celle des hommes et des femmes. 
Plus importante peut-être à ses yeux.
C’est pour ça qu’il disait « tué » pour le frêne, il disait tué et pas « détruit » ou « arraché ». Tué, ça voulait dire qu’il était en vie, à égalité avec un être humain. Eux, les êtres humains, pareils se font faucher par les obus. Puis remplace dans l’enflement d’un ventre de femme.
 
Il portait, comme ses aïeux, cet arbre à naître. Il donnait la vie, la vie arrachée par les obus. 



Un jour ce sera mon tour peut-être. Je disais. Ce sera mon tour peut-être en riant. 
Chez nous, de générations en génération nous ne nous transmettons pas un peu d’or d’où l’on tire des chevalières. Nous portons une autre durée.


Mon grand père avait sur toutes les choses des conceptions…originales. Lorsque le frêne fut planté et la maison reconstruite il nous invita. Dans cette famille d’être brutaux, égoïstes et terreux, seul mon père répondit. Maman, qui était une dame de la ville comme disait mes oncles avec mépris, exprima sa réticence. Elle craignait mon grand-père. Je ne m’étais pas rendu compte, à l’époque, de son teint pâle et malade à l’annonce du voyage. Elle craignait mon grand-père homme chênu, taiseux. Je croyais. Je disais. Elle le craint. Je ne savais rien. Nous ne savions pas. Je crois que souvent, c’est ceci, nous ne savons. Nous ne savions pas ce qu’il contenait en lui de douleur caillée, immobile et drue. 
Quand le frêne fut tué. Les voisins ont raconté. On dit. Ils disent qu’il y eut un cri de bête dans le village, un cri d’outre-noir. Ils ont dit « un cri de bête ».
A l’enterrement de ma grand-mère il n’a rien laissé paraître. Il recevait les condoléances avec l’air qui sied à la circonstance. Sans mots, ce lui était facile, avec dignité et réserve. Il avait mené sa vie ainsi. 
Souffrait-il à chacune de ces paroles compatissantes, sincères ou non ? Poussait-il à l’intérieur de lui ce cri d’outre-noir, cette bête sauvage assassinée ; ressuscitée toujours pour hurle plus encore et il savait retenir le cri à l’intérieur. Le cri ricochant dans la cage thoracique et qui ne devenait même pas. Ne mourait même pas soupirs. Cris, outre-noir dompté. Contenait-il cet outre-noir ? Aujourd’hui J’en suis certain.

A peine arrivée maman voulut repartir. Elle ne faisait pas des manières, il n’était pas question pour elle de ne pas vouloir tacher son tailleur ou abîmer ses sandales dans la boue. Maman n’affectait aucun grand air ne se donnait le genre d’aucune grande-dame. C’était une femme délicate et sensible. Si elle fuyait tant la compagnie de mon grand-père c’est, elle me l’avoua des années après sa mort, parce que sa douleur à lui retentissait si fort en elle qu’elle croyait parfois en perdre connaissance. Elle m’avoua avoir connu quelques amnésies. Des moments de blancs comme sous l’effet d’un choc à la tête.

J’ignorais tout de la complicité muette qui les unissait. Et je compris, bien tard, bien tard, les silences complices et douloureux qu’ils savaient s’échanger. Paroles, souterraines comme des racines.
Et moi…moi qui fut toujours le plus bavard, l’histrion tonitruant croyant tour régler par un bon mot, une injure, un libelle ou n’importe quel artifice tant que ça claquait de la langue. Moi, comment pouvais-je comprendre ?


Elle voulut repartir parce qu’elle avait vu la maison. Il avait dit reconstruire et une ruine nous faisait face. Une ruine fabriquée par la main humaine et non le passage du temps ou d’un autre Attila. L’obus s’était abattu loin de la maison. Les voisins ont dit. C’est une chance elle a pas été soufflée. Juste les frênes. Vraiment un coup de pot. Pfioou. Même les vitres ont résisté…Une veine de cocu.
Alors mon grand-père a taillé la maison, défoncé les murs pour donner à cette maison l’air de fin des temps. Pendant dix ans. Il a construit la ruine. Et le frêne était planté. Plus vivant que jamais. Gazouillant, presque, sous le soleil magique qui ne brille qu’en Auvergne. On le dit, là-bas, sort du fin fond des volcans locaux.
Face à ceci, maman ne put pas. Elle ne dit pas. Je ne peux pas. Seulement la pâleur dans son regard. Sa main qui tire le loquet de la portière verrouillée. Qui répète le geste inutile pour se dire. Cette fois ça va marcher. Ca va s’ouvrir. Merde. La main palissait. Le sang manquait.
Sûrement, avait-elle compris, oui elle avait compris c’est sûr, compris de tout ce sang refluant, compris ce qu’il nous disait ici. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas. Ce qu’il transmettait, ce qu’il racontait. Elle ne pouvait pas. Moi je souriais. Maman…toujours trop. C’est joli..
Cette ruine c’était le cri toujours retenu, toute sa vie d’indocile projetée, taillée dans la pierre et la chaux. Et le frêne tremblait ; témoignage vivant de la seule vie à vivre. Il clamait ce frêne à la tête de tous que c’était ça la vie. Quelque chose se planta en moi ce jour là. Informe, fragile. En ce temps-là j’étais un jeune homme dissipé et mon savoir des choses végétales se limitait à la Chartreuse. Mon père jamais ne reçut ceci. Il planta un frêne. Il faisait son devoir. Mais ça le faisait chier. Il n’avait pas planté lui-même. Il avait payé un type. Qu’on me fasse pas chier avec ça. Il avait dit. C’est maman. Maman qui vraiment planta le frêne. Non de ses mains à elle. C’était une affaire d’hommes. Mais cassant la gangue de ce grain de frêne. J’héritais d’un arbre. Je descendais de cet homme chêne. Mon père jamais ne sut être. Il manquait de ce poids, d’une histoire. Homme de son temps. Et moi je devais méditer ce frêne à germer.




Pour me dire je suis, pour me libérer de ce doute : « je pense donc je suis ». Je sais que je pense. Mais suis-je ? »
Je suis.

 

21 mai 2020

Saez - Groslay


On était à Groslay avec Marion. C’était le jour des victoires de la musique 2008 je crois et ça faisait bien un an que je lui cassais les couilles avec Saez. Alors on s’est posés dans le salon de son père. Je pense que je tenais pas trop en place. Elle de son côté elle me faisait chier avec les Strokes. Bon pas de risques de les voir aux victoires. 
Qu’est ce que j’ai entendu le nom de Julian Casablancas putain. Elle trouvait que je ressemblais à Albert Hammond Jr leur guitariste ou bassiste ou les deux ça a du vachement encourager son amour. Fair enough on va dire. 
J’étais excité à mort. Voir Saez à la télé, l’entendre autrement que chanter pff…c’était aussi fréquent qu’une bonne chanson de Kyo. Je me souviens en 1ère ma pote Louise m’avait passé le DVD qui accompagnait l’album Debbie. Sûrement c’était de la merde mais j’étais à fond. L’achat du lecteur DVD par mes parents remontait à quelques semaines. Parfait.
Je voyais rarement Saez, j’allais pas à ses concerts. D’ailleurs avec Marion j’ai fait genre mon premier concert d’un type connu. Lou Reed à la salle Pleyel, c’était naze as fuck. Sa mère lui avait offert les places pour son anniv’, le prix ça m’avait choqué 100 balles par personne. Pff
Pour Saez en live en vrai j’avais accès un peu à des bribes. Y avait un site-forum assez dingue. 
saezlive.net qui faisait un travail inimaginable. Les membres enregistraient les audios des lives et desfois même la vidéo. Tous les artistes chantent sur scène des sons exclusifs, qui seront jamais enregistrés. Saezlive les figeait. J’en ai encore plein sur mon ordi. Saez était au courant. Il dédicaçait parfois. Un jour il a dit « quand vous mettrez sur Internet je veux pas voir de fautes d’orthographe » la chanson c’était new-york varsovie, je me demande comment on pouvait faire une faute. Il disait ça avec sa voix de fonce-dé. D’ailleurs ces titres ils les chantaient dans une tournée acoustique. Exclusivement dans des théâtres. L’idée est franchement cool. Beaucoup de salles. Rétablir l’ambiance piano bar. 
Saez, à la télé pour moi c’était le pied. Le boug il fuyait même la presse spécialisée. Bon, quand il passe à la télé faut pas l’imaginer faire autre chose que son cinéma. En 2000 à vingt piges aux victoires de la musique déjà il était venu é-cla-té chanter un truc genre dido ft eminem avec un gros bonnet à la eminem sur la tête. Après il a chanté « trop de merde à la télévision » en montrant le plateau. Ok on va dire c’est un peu ridicule et tout. Mais en vrai non. Ca veut dire le mec il a 20 ans. il vient quand même ok. Il fait un vrai doigt. Il dit fuck. il dit je vous emmerde. C’est grave punk. 
Ca a des conséquences. Pour être un peu dans le milieu des arts et tout je peux dire. Quand t’as 20 ans tu fais pas ça. En principe on attend de toi un minimum de collaboration. Ta révolte elle doit être contenue dans les normes genre on va dire diégétiques ça veut dire à l’intérieur de ta performance, tu chantes des trucs rebelles si tu veux mais clin d’oeil clin d’oeil c’est dans ta chanson.
Tu peux pas faire éclater le cadre. Le faire vibrer aux bordures. Parce que tu casses le spectacle. Enfin tu rappelles que c’est un peu questionnable, un show. C'est un peu désigner tout le monde comme des hypocrites. C'est comme le faire dans une soirée où tout le monde sait qui est un salaud mais à cause des étranges imbrications de loyauté et de pouvoir personne ne le dit. Alors on s'élève hors de la foule et on tremble du doigt et on le dit. Ca ne change rien, on est le seul excommunié de l'affaire. Mais tout le monde a senti sa propre hypocrisie.
C’est pas de ça que se font les révolutions, hein, mais putain c’est jubilatoire. 
J’avais été cherché des paninis pour le dîner. Dans la boutique étroite de cette banlieue étroite. Je me souviens, des jeunes hommes tenaient l’affaire. Ca m’émouvait un peu. Comment on se retrouve à 20, 25 piges à la tête d’une sandwicherie à Groslay. Je leur imaginais une vie, des ambitions. Pas pour les moquer, hein. Je crois que je me disais, tiens, sûrement pôle emploi leur a proposé une formation ou bien ils se sont dits « venez on fait un truc ensemble les mecs ». J’imaginais même un peu leurs vacances à la mer. Tentant de draguer les meufs sur la plage. Dans ce genre de bandes y a toujours un beau gosse. je sais plus si c’était le cas.

Pour donner une idée, Groslay c’est une de ces banlieues du 95 moche et tranquille, vite fait pavillonnaire. Genre le rêve de la classe moyenne des années 80 qui, comme tous les rêves, se montrent d’une irrésistible laideur une fois concrétisés. J’adorais les paninis, ça me paraît dingue, parce que c’est absolument immonde. Il y avait une sorte d’appétit général de panini et une soif d’oasis tropical à l’époque. 
Un jour dans la voiture de son daron, une sorte d’immense 4x4 on écoutait sur mon iPod de l’époque. Le 80 GO là qui se fait plus. Le cavalier sans tête. Elle avait la tête sur mon épaule. C’était joli.
Des années après la rupture on avait causé vite fait. Elle trashait Saez et je lui ai dit mais t’aimais pourtant. Elle m’avait dit un truc « c’est pas saez que j’aimais c’était toi connard ».
Le rapport de Saez aux médias continue aujourd’hui d’être assez tourmenté. De la même manière il conspue Internet et les réseaux sociaux. Avec des paroles de vieux. Des boomers diraient les plus edgy d’entre nous.

Enfin, c’est un peu un paradoxe parce que assez tôt, vers 2015 un truc comme ça il a lancé son site. Une aventure on dirait en start-up nation. Ca s’appelle culturecontreculture. 
Tu y souscris un abonnement mensuel de 5 ou 6 euros. Comme pour les chaînes twitch et t’as accès à un contenu exclusif. Beaucoup de ressources dédiées à son travail, enfin, je suis pas abonné mais je sais qu’il y fait paraître ses chansons, des vidéos, ses concerts que ça donne des réductions pour ses shows. D’ailleurs ses concerts aujourd’hui continue d’être pleins. Je crois qu’on doit toujours célébrer la longévité d’un artiste. Surtout lorsqu’elle se perpétue à la marge. 
Saez, devait faire un quatrième album avec Universal il a dit à Pascal Nègre : je veux bien le faire, par contre ce sera des mises en musique de poèmes d’Artaud. Il a dit aussi tu peux tout aussi bien me libérer. Pascal Nègre a du se dire bon débarras mec. En disant « oh non…mais si c’est ce que tu veux ».

Devant, la télé j’attendais avec impatience son passage. Lola qui avait 13 ans ou 14 ans qui adorait les groupes pops genre je sais pas…l’équivalent de one direction quoi. Quand elle l’a vu sa première réaction c’était « ah mais il est trop beau ».
Ca entrait clairement en ligne de compte pour apprécier ou non le chanteur. Même en critère numéro 1. Condition principale. La musique entrait en seconde position. Il ne fallait pas qu’elle soit bonne mais qu’elle lui soit suffisamment audible pour ne pas annuler le plaisir des yeux. 
Ce jour là Saez a fait un bis amélioré de ses premières victoires. Il se pointe. Sans un bruit. Avec un petit carnet à la main. Il s’assied sur un tabouret. Branche sa guitare sur l’ampli et ouvre un carnet. Il lit ce qu’il y a écrit. Sans musique. C’est carrément pas brillant, c’est de la petite poésie révolutionnaire pour ados genre « celui qui a une action a du sang sur les mains ». Sauf que le texte prend son ampleur dans le cadre où il le déclame. Parce que ce n’est pas permis, pas attendu. Son texte s’enrichit du décalage et de la surprise produits.
L’enjeu ne se situe pas dans le contenu du texte mais dans la manière de rendre réelle, finalement, cette phrase. 
Ensuite, il occupe la scène dix minutes. C’est pareil, les prestations sont calibrées, suivies d’une interview. Là, c’est encore comme un happening. Un détournement de l’espace qui lui est laissé. Bon, politiquement on va pas se mentir l’effet est proche de zéro. Mais moi j’étais ébahi. Et artistiquement ça reste un truc dingue.
Aujourd’hui j’aime plus trop Saez. Enfin, je l’écoute plus quoi.
J’ai de l’estime pour lui et pour sa carrière. Puis il m’a fait aimer la poésie pour la première fois avec sa reprise chelou de Delphine et Hippolyte. Genre, on peut dire il habite le texte, c’est assez incroyable. 
Puis il fait un autre truc. Il a réarrangé les strophes pour donner un autre sens au poème. Bon, je sais pas ce que je pense aujourd’hui du nouveau sens. D’un amour lesbien il a fait un poème sur la virginité ; c’est pas ouf…
Sur scène il est arrivé en traînant des pieds. Dans une chemise de clochard. L’air défoncé. Lola a quand même dit « il est trop beau » j’ai vu quelque chose se suspendre en elle.
Après, il fait partie de ces chanteurs toujours défoncé sur scène à cause du stress. 
Souvent je cherchais des vidéos de Saez sur Internet. Des interviews de Saez et tout. J’étais fan ok ça fait aucun doute.

Mais quand même. C’est pas rien de pouvoir résister au succès. Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. − Et je l'ai trouvée amère. − Et je l'ai injuriée. 
On peut dire ce qu’on veut la plupart d’entre nous en aurait été incapable à cause de sentiments mêlés de gêne et le vertige sûrement de s’assurer de nouveaux succès. 
On lui a dit
rebelle en carton
on lui a dit
t’es signé chez Universal.
Noir Désir avait fait un truc pareil en lisant une lettre au président d’Universal et tout. Ca a fait date. C’était pas rien, hein. Mais quelque part c’est nul. Déjà c’était un peu intello puis ils avaient déjà leur succès. Quand je dis c’était intello c’est que…ils font de la musique quoi. Dans le happening je préfère la forme brutale, inexplicitée, le manque de respect, l’absence totale de soumission à la forme attendue. Lire une lettre ouverte. Bon, ça se fait globalement. Ca a quelque chose de transgressif, c’est sûr, mais en même temps de comme attendu.
Je me souviens
Quand Teddy rejetait Damien Saez ça m’avait soûlé. C’était un jour sur la chatbox. C’est pas qu’il avait tort. Même il avait raison. Saez est justiciable de toutes les critiques qu’il avait énoncé ; réduction de la femme au rôle de muse. femme devenant Fonction, du poète et méchante et vile lorsqu’elle abandonne le poète - mais demeure muse encore et toujours ainsi pure fonction ; excroissance toujours heureuse ou tumeur. Mais dépendante.
Le problème que j’avais c’est d’abord une sorte de méfiance générale lorsqu’on se détache de nos amours d’antan avec virulence. Je n’aime pas les traits de plume secs.. Dans la banque on disait « caviarder » ça m’avait beaucoup choqué, mes collègues réécrivaient à l’avantage de la banque des courriers déjà envoyés. Ca s’appelle un faux. Tout le monde trouvait ça normal. Je me méfie parce que je trouve que c’est un peu facile, une sorte de morale à peu de frais, on devient d’autant meilleur qu’on a chassé loin de soi celui qui pourtant nous forma. Il en va autrement lorsque celui-ci c’est Mussolini mais ça va tellement de soi qu’on ne parle pas vraiment de ça. Enfin…je fais la même chose avec Camus, mais c’est parce que c’est vraiment nul à chier.
En vrai c’était pas très juste d’avoir ce soupçon ; Mais ça a chatouillé comme très loin en moi un amour, une passion. Ca m’a fait repenser à tout ça.

Je projetais mon expérience de Saez sur la sienne. Moi je ne pourrais jamais le renier tout à fait. Il a été une partie très importante de ma vie. Plus de dix ans. Ca a frappé ce point de ma biographie quand il a dit ça. 
C’était pas grand chose mais ça m’a soûlé quand même. Je continue de penser qu’il faut entretenir une grande méfiance envers ceux qui rejettent, pour des raisons morales, leurs adorations d’avant. Pour Teddy c’était pas le cas. Saez, je crois, qu’il était de passage pour lui. Passage intense, ce type ne laisse pas indemne ; mais passages brefs et sans durées. Pas de quoi constituer une histoire ; s’étendant à différents moments de sa constitution d’adulte.
Sur les forums consacrés à Saez j’ai rencontré des potes des amoureuses, j’y passais des tas de soirées. Bien avant JE ou EEH. D’ailleurs c’est un truc marrant, si j’écris ce texte aujourd’hui sur JE c’est encore par l’intermédiaire de Saez. Quand l’affiche de son album j’accuse (une femme dans un caddie. pas ouf c’est clair) a été censurée dans le métro je cherchais dans l’actualité des commentaires sur l’affaire. Et un type avait ouvert un sujet à ce propos sur EEH. 
Je m’étais inscrit pour bolosser les poètes d’alors parce que c’était quand même bien nul. Au final, j’y suis resté, j’y ai rencontré pffff plein de gens qui sont devenus amis ou ennemis et l’amour, aussi.
Saez pour les gens de ma génération c’est aussi un défricheur ; quelqu’un qu’on a vu grandir avec nous. Puis vieillir. Vers 15 ans je l’ai découvert, des potes de collège m’ont dit « tiens, écoute ça déboite ». J’ai été estomaqué. Après on mettait en statut MSN les paroles de ses chansons. Ca apaisait notre coeur révolutionnaire. Ce qui me fait rire c’est que Tommy travaille pour Uber aujourd’hui et il est pas chauffeur.
Saez a par exemple a un peu évité les thèmes politiques dans ses 3e et 4e albums. Et ça me soûlait son approche politique parce que bon ça vole pas hyper haut hein quand les artistes font de la politique…même les poète-sses. Un type assez brillant, intelligent et bon poète, Pierre Vinclair s’y était essayé un jour. Bon globalement c’était à chier limite gênant. Ca fait genre « nos océans sont pollués par vos profits ; le capitalisme rejette un gaz mortel ». 
Alors Saez, il a sorti un triple album, le format c’est assez fou d’ailleurs. Il parle juste d’amour, ou de la jeunesse joliment. Comme dans jeune et con, chanson assez pertinente sur laquelle il vit encore vu combien elle est diffusée à la radio. Cet album je l’aime beaucoup, quand je retombe dessus, je me dis waw. C’est cet album qui lui a valu la nomination aux victoires de la musique dont je parlais. 
Parfois je croise le frère de Saez au PCC ou plus généralement à Pigalle qui me raconte que son frère est complètement déchiré et parano. Ca ne me rend pas triste. Ce n’est pas une personne pour moi. Saez. C’est un souvenir. Maintenant.

18 mai 2020

Carton bouilli.

Je dis
Elle dit, j’ai un corps en carton. Elle dit c’est peut être pas adapté, carton, c’est plutôt dur, rigide chez moi. j’ai encore mal, il y a un point, au dessus de la fesse gauche, un point un peu chaud et sensible. Je ne sais pas si je dois masser ou attendre que ça pense.

Ca me fait penser quand elle dit ça. Je me dis. Ca me fait penser à loin en arrière. Le mot carton. Toujours. Ce souvenir il pleut. Il pleut très fort. C’est sur le port de Marseille ou plus haut, bien plus haut. Le Havre peut-être ou Saint-Nazaire. Il pleut.
Le carton, ça fait penser aux valises des immigrés. La pluie qui tape, tape rebondit contre la poignée de la valise, le corps de la valise. Que des hommes c’était. Ils rabattent sur eux un manteau élimé. Que des hommes portant les valises en carton bouilli. Ils venaient. Pas pour rire. Ils venaient, des années pff. Des vraies longues années. Ils venaient, découvrir la pluie et les francs de France. Ils venaient avec des valises en carton trempé. Des valises on disait carton bouilli ça ressemblait à du cuir, c’est tout, mais du cuir pourri, du cuir d’un tanneur qui t’arnaque. Il lèche ses doigts, il dit y’a le compte, tiens mon frère. Il a une caisse enregistreuse, une petite clé pour verrouiller la caisse. Ca ressemble aux clés de nos boites à lettre.
La valise en cuir pour de faux. Ils avaient l’habitude des choses qui ressemblent. On leur disait même desfois, jusqu’en 1962, vous ressemblez à ds français. Des français arnaqués, le tanneur s’appelait Jean Morin ou Georges Catroux.
Sous la pluie féroce. Ils traînaient ces grosses valises. Des grosses valises lourdes et larges qu’il fallait protéger de toutes ses mains.
La pluie, elle s’arrête pas avant d’avoir troué la valise en carton. La pluie qui tombe, tombe, tombe, ne s’arrête pas. Ils lèvent les yeux au ciel. Il y en a un, c’est mon grand-père, il dit « y a rahbi ».
La pluie tombe.
Tombe. Elle tombe encore aujourd'hui. Y a rahbi, ils disent. Le carton bouilli cède, l’angle, en bas à droite gorgé d’eau se déchire. La pluie tombe. Le sol mouillé. Un monde se répand sur la terre molle qu’ils hantent. 
Je dis, hantaient, ils passaient là comme des fantômes malvenus. Jeunes hommes précaires, portant la moustache, priant et fumant des gauloises. 
Leur vie se couvre de boue.
Leur monde se répandait près du foyer sonacotra. Les petites chambres, le poste de télévision parfois, le coiffeur au 5ème étage, toujours la même coupe. 
La vie répandue, à cause de la pluie. A cause de la pluie
on voyait cette vie là étendue, ce fantôme de vie. 
Le froc en toile, les photos des enfants, abîmées peut être ou soigneusement couvertes, un fin film plastique ou un peu de verre tout neuf, la cravate même au cas où, la chemise pour tous la même, une blanche avec de petits carreaux gris.
Il faut prendre garde à la pluie.
Le mot carton toujours m’évoque ces valises là.

 

27 avril 2020

Je ferme les yeux ; j'ouvre les yeux.

Consigne 2 : Je ferme/j'ouvre

je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je recommence je finis
le réveil sonne il m’ennuie
je regarde par la fenêtre le bus électrique passe
je ferme les yeux
mon coeur bat avec la régularité d’un jour sans effort
j’ouvre les yeux
la porte du micro-ondes est ouverte
ça m’agace
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je ne sais plus ce que j’ai fait hier
mon cou me fait mal
je ferme les yeux
mes articulations me font mal
l’enceinte bluetooth déconne
j’ouvre les yeux
je ferme l’écran du MacBook air
J’allume l’écran HD BenQ
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
la lumière se rainure se creuse
il y a du givre dans le congélateur
j’appuie sur le bouton une tasse
de la percolateuse
je ferme les yeux
le café ne coule pas
la pompe produit un bruit sourd
j’ouvre les yeux
je ne trouve pas de tournevis cruciforme
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je soupire les grains de café ne sont pas moulus
tout se casse la figure dehors le volet grince
j’ai mal au poignet droit
je ferme les volets
j’improvise une tendinite
c’est le diagnostic malade
je balaie l’écran de l’iPhone
20% de batterie restante
je ferme les yeux
je suis aveugle
j’ouvre les yeux
je suis soleil.

 

20 avril 2020

R.

Jeu littéraire : imaginer ce qu'un ami fait plutôt qu’écrire avec notre groupe d’écriture. Le je du poème c’est lui.

 

 

J’ai ouvert la fenêtre pour laisser entrer le printemps. Il se pose sur le rebord, oiseau blessé, et tombe, roucoulant dans l’appartement. Il heurte le cadre en bois. Il entre dans la chambre comme cette photographie de moi, imprimée par Julie. Après l’avoir montée sur un bout de bois ; elle avait glissé cet énergumène de papier glacé et de cèdre par la fenêtre.


C’était un drôle de corps, mon corps ce jour là. Je donnais un cours de philosophie à mes élèves par l’intermédiaire de Zoom et de ma webcam. Corps doublé, transmis par la fibre optique. Mon corps de peau et de muscle assis sur la chaise. Triplé. 

Ce corps là, surprenant, inattendu, imprévu, glissé derrière moi ; bougeait malgré moi.


J’entends Julie, en bas et le parquet qui grince, la porte du micro-ondes qui claque.
Ce sont les bruits de la vie. Celle qui me reste, encore, à vivre ici. Chaque bruit s’écoule comme le grain du sablier ; comme ce fleuve, ici, tumultueux seulement en imagination. Je ne suis pas triste. Je ne suis pas pressé. Il y a quelque chose de doux à l’inéluctable.

 

Dans le dossier « brouillon » de mon ordinateur je regarde les différents plans enregistrés à l’aide de mon téléphone portable. J’ouvre Final Cut pour tenter de les aménager en une histoire.

J’y ajoute du texte et des commentaires audio. Cette couture m’amuse, m’excite et m’inquiète. Produire du sens a toujours ceci d’angoissant qu’on ferme le monde dès l’instant où on le constitue. 


Faire récit. Je ne sais pas l’étendue de cette expression ni sa densité. Pourtant j’en pressens l’intérêt. Nous faisons récit. Ecrivant, filmant et vivant. Ceci, même c’est faire récit. Eux, qui m’attendent pour écrire font récit.

 

Le printemps entre. La brise souffle à l’intérieur de la boule à neige. La poésie l’agite comme ferait la main radieuse d’un enfant. C’est encore Pâques pour moi ;  la rondeur de verre ; l’oeuf translucide.

 

Messenger, clignote. Sur le téléphone une petite pastille rouge s’affiche à côté de l’icône de l’app. Un visage apparaît à droite. Jonathan m’a écrit

Il m’arrive de ne pas vouloir répondre. De ne pas savoir répondre. De devoir répondre pourtant. Ce n’est pas une torture. Le pal choisi ne peut être un supplice. Il est une modalité d’existence, une forme de vérifiction. 

 

J’aimerais qu’il soit plus simple de détricoter les impératifs. De couper ce qui me dépasse et me disconvient. Je modère une séquence de mon film. Par défaut, je souris, le logiciel intitule mon film l’objet indéterminé que je constitue et duquel je n’ai pas encore choisi la catégorie.

 

Lorsque je réduis une séquence ou que j’en délaisse une ; je ne me sens obligé par rien ni personne. 

Dans la marge, les lignes, la page blanche je me sais une liberté qui ne réclame aucune philosophie. Aucune système moral.

 

Parfois, c’est comme si entre le monde et moi une fine couche de latex transparent se tendait et que je devais remuer et lutter, sans en laisser rien paraître, contre elle. Cette espèce de pellicule entrave et intercède. Par elle j’établis un certain régime de rapport social. Contraint et possible.


Je me tais.

Je crois que j’aimerais jouer du piano, faire traîner la main maladroite sur les graves et les autres extrêmes ; y voir comme le frottement du printemps.

Les notes tombent, il ne grêle pas.


Sur le discord jeanlebaptiste me cite, un 12 apparaît à côté  du salon général. Comme autant de citations de mon pseudonyme. Je ne sais pas si plus jeune j’appelais l’ami qui tardait trop à descendre de chez lui. Si, ce cri là, sonnait comme ces 12 notifications là.

 

Dehors, le printemps inspire B. qui finit courageusement une canette de bière. Je ne sais, le voyant boire avec cette vivacité, s’il se donne du courage la buvant ou si la canette de 50 cl bue en 3 gorgées constitue le dernier terme du courage vrai.

 

Sa voix résonne et complique la brise. Je ne saurais pas boire aussi vite. Je n’essaie pas. 

 

Les vitres ne tremblent pas. Je m’installe au piano pour jouer plus fort qu’il ne crie. Concerto d’un quatuor fendu en deux ; sa voix grelotte. J’accompagne le hurlement, je m’accorde au hurlement, le hurlement me dirige. De là naît le rythme, la musique. Quelque chose de primitif ou de tout à fait contemporain, d’exactement d’ici et de maintenant, se joue, est en jeu. Voilà le présent. Hic et nunc. 

 

Le ventilateur de mon ordinateur portable souffle très fort en assemblant les séquences de mon film que je n’ose pas encore nommer autrement. Il y a quelque chose de grandiloquent à ce titre : mon film et quelque chose plus grave, c’est certain, serait de le titrer moi-même.

Que se passerait-il si j’effaçais ce titre générique, mon film, pour le réécrire à l’identique ; réécrire mais de ma main et de mon choix, mon film.


Je lis ce titre mon film qui sonne avec beaucoup de douceur et d’affectuosité. Aussi, j’y entends une part d’incrédulité. Mon film. Ce quelque chose que j’ai fait.

 

B. continue de vociférer et c’est désormais le souffle puissant et monotone du ventilateur qui accompagne son chant artaudien.

 

B. a une peau, une amoureuse et une canette vide. Il a une gorge que je crois puissante mais je ne sais pas ce que signifie cette expression de « gorge puissante » pour moi, dans ce contexte, c’est à dire qu’il hurle. Peut-être hurlerai-je à même intensité si je me le permettais. Je ne saurai jamais. Ai-je la gorge puissante ?

 

Je double-clique sur le bureau et j’arrive devant tous ces textes achevés ou pas. Ils sont comme un parterre de feuilles mortes. Confiné, le printemps ressemble à l’automne.

 

Je rejoins l’appel skype où chacun m’impersonate. 

13 avril 2020

Cantique de la Lumière

Atelier d'écriture Laura Vasquez : épuisement d'une idée, d'une chose. Ici,l'oeil. 

 

12 avril 2020

Atelier d'écriture - verbes d'action

Atelier Laura Vasquez : consigne que tout bouge / verbes d'action.
l
 a
  p
   l
    u
     i
      e
tombe
les fenêtres se rabattent
le jour déglutit
tu marches vers le point de rendez-vous, dans la poche 
le portable vibre incessamment et
bouge la toile du tote-bag
ton regard parcourt la place. Tu détailles tu
frottes ensemble tes deux mains pour te donner 
du courage.
Tu marches, tu es en avance ; un rat passe à toute allure. 
Le soleil se couche, lentement. Le mouvement de la montre indique 19H15.
L’air froid circule dans tes cheveux. Tu poses la main sur ta frange qui
résiste
tu sens ta vulve mouiller
Tu glisseras la main sous le t-shirt ou
déboutonneras la chemise
Le métro roulait trop long-
tement à ton goût 
les draps froissés et
sur la place l’eau de la fontaine coule 
régulière ou p-e stasique 
se réunissent silencieux
les v i e u x
ne trouvant nu-
lle part ailleurs
la quiétude
due
tes doigts pressent la surface lisse du téléphone 
portable, les mots défilent, tu reviens sur quelques-uns,
 le correcteur orthographique les déforme
tu imagines dans l’air le mouvement rebondissant
des ondes projetées et
relayées par les antennes 4G
atteignant
les passants dispersés
tu dégraferas avec difficulté
les attaches du soutien-gorge
qui tombera pas du tout
comme devant les sables
mouvants
des images du Gaumont
à cette pensée
à l’intérieur de toi tu sens le frottement des 
organes
c’est une façon de sentir la vie
balbutier en soi
le coeur propulsant le sang
ta bite se durcir
du double impact
des pensées du désir
tout
comme si les organes
possédaient une bouche
remuant ensemble
un concerto de langues
vous marchez l’un vers l’autre
de plus en plus vite
comme si vous risquiez
d’être vous absorbés
vous précipités
par une force souterraine
majeure engourdissante
et
que rien                                                               ne comble
sauf le mâchonnement
remuant
des dents
écrasant
le coeur
friable
effrité
le soleil se lève.
                     la porte claque.
Remets tes chaussettes.
toi aussi.
nuit engloutie.

 

7 avril 2020

Je me souviens - tentative d’épuisement d’un lieu synaptique.

je me souviens du cours d’EPS, en 4ème2. Le choix d’Alexis porté sur moi ; son équipe constituée de filles malhabiles - et ne se sentant guère légitimes pour choisir. Le prof, connu pour sa violence physique, l’air toujours sale comme si l’activité intense du sport avait laissé à son visage une couche indélébile de transpiration.


Le prof refuse mon intégration supposant, parce que j’étais petit et que je portais des lunettes, que j’affaiblirais encore plus cette équipe déjà nulle. Alexis qui dit « mais il est fort » très en vain. Il avait un nom arabe que j’oublie et une voix très grave et très lasse. Nous jouions sur le terrain de bitume de toutes les cours de récréation et ses cages de hand ball où personne n’a jamais joué au hand. A passy, le collège où je mutais après, nous avions aussi des terrains en herbe. De foot et de rugby. Comment les entretenaient-ils ?

Finalement l’équipe avec Grégory et Arnaud. Grégory, philippin par qui j’appris l’existence de ce pays. Il courrait d’une façon curieuse ou donnait cette impression à cause du mouvement désordonné de ses cheveux très lisses et fins comme souvent possèdent les asiatiques. L’évocation dans l’actualité des Philipines m’évoque toujours Gregory. Duarte ou Paquito toujours font signe vers lui.

Alexis était très beau ; sa beauté ne me parvenait que dérivée ; répercutée par le plaisir qu’avaient les filles à le regarder. Un jour, Gregory ou Clyde, je ne sais plus, s’étonnait du nombre de ses amours. Arnaud dit « because he has blue eyes ». Il a dit « blue eyes » pour le reste de la formule je ne suis pas sûr.
Les parties commencèrent ; j’ai marqué souvent. Cyril, nous regardait sur le côté son match fini et célébrait avec moi mes buts ; Cyril était super fort au foot ; rapide, technique, précis. Son impulsivité le menait régulièrement à des actes de violence. Julien M. en fit l’expérience malheureuse. Cyril était le plus petit de la classe et le plus frêle. De Julien, je ne me souviens que de peu ; il portait des lunettes et les oreilles très décollées ; tant que pour s’épargner à l’avenir et pour toute la vie les moqueries des cruautés d’enfant - et celles plus cruelles et muettes des adultes à venir - recourut à la chirurgie esthétique. Laissant apercevoir, entre l’oreille et le crâne une matière lisse et brillante comme du chewing-gum qui fut l’objet de moqueries. J’ignore le sort de Julien et de cette sorte de silicone. Faut-il renouveler l’opération à intervalles réguliers, la mixture s’use-elle et fait-elle reprendre, progressivement, son ampleur à la honte et à l’humiliation ? Je pense à mes dents, appareil d’orthodentie portée trois ans, avec douleur mensuelle à chaque serrement des bagues. Aujourd’hui mes dents se trouvent désordre, parfois on me dit, c’est charmant ; de ce c’est charmant qui s’oppose au beau. En serait une forme, non pas contrariée mais rivale et complexe. On ne souhaite pas toujours dénouer l’écheveau ; à raison.


Passements de jambe, puis grand pont ou crochet intérieur. Frappe du droit, je n’ai pas de pied gauche ; ni de façon générale de corps gauche. Je n’existe que dans l’anté-sinistre. La partie gauche de mon corps ; je la sens comme endolorie toujours ; sorte de fantôme ou d’ombre incorporés. Si du pied droit je puis faire un nombre incalculable de jongles dès lors que mon pied gauche est sollicité la balle roule, morte et déçue. Il en va de même pour tout, sauf, je crois pour l’amour ; je sais faire l’amour de la main gauche aussi bien que de la droite ; ou la maladresse de celle-là rend le plaisir original ; intense mais autrement. Cervantès, après avoir perdu sur je ne sais quel raffiot dans je ne sais plus quelle guerre (l’invincible armada?) sa main gauche écrivait : c’est pour la gloire de la droite. Plus tragiquement ambitieux. Mon cas.


L’équipe d’Alexis, je crois que j’ai marqué 5 buts contre elle, battu de justesse Mohammed, écorché mes genoux en taclant brutalement sur la terre rapeuse. Je m’en foutais. En 5ème, parmi le collège de bourgeois où j’étais et où je prétendais être plus riche qu’eux, j’avais dit à mes camarades, malgré l’aspect hésitant de ma dentition, que je n’avais pas besoin d’appareil ; que mes dents se replaceraient d’elles-mêmes ; tant j’étais certain que mes parents, jamais, n’auraient les moyens d’un orthodentiste. Il s’en était trouvé une, dans le 20ème c’était je crois, Dr colla, à 9000 francs au lieu des 16 000 à Suresnes. Sans cette excuse la supercherie aurait été visible.


La balle piquée au dessus d’un gardien sorti trop prestement ; encore un but.

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