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6 février 2017

Ludvig van Bethoven

il y aura une suite à ces lettres
ces mots tu dis la vie ici quand
tu avances de ce pas indistinct
le même à l'école, trois ans déjà
la salle de classe la sieste Federico
Martial le nom des filles tu préfères
oublier tu palissais déjà innocent
elle a commencé tôt la honte pour
toi l'oeil des autres de tous les autres
de plus en plus monstrueux dilaté
l'oeil par toutes les années à soixante
ans tu imagines l'oeil large comme une
planète tu plantes dans le sol un bout 
de bois il te servira compas bâton
de marcheur tu avanceras dans la honte
toute la vie toute la vie c'était long
un seul jour et toute la vie tu ne sais
comment ce désert ta main sur le front
humide comment pourrait il en être autre-
-ment


il faudra bien une suite jamais achevée
sinon toi froid immobile tes yeux comme
si janvier pour l'éternité y déposait son
verglas mon dieu le mauvais goût toujours
cette incompréhension quand tu parles
la bouche mal ouverte et les larmes qui
te montent mais silencieuses et non-visibles
hachurent tes mots :::/// tu avais oublié
d'appuyer sur shift avant de conjuger
tes hachures il fait mal ce mot

cette langue tu la hantes de signes
tous renversés ébréchés tes lèvres
un vase de Soissons tu demandes
au lecteur sa fièvre sa furie pour
comprendre cette ponctuation
immolée vis avec ton époque
merde à la fin si tu ne 
sais pas ton  
youtube
n'a pas de
points virgules

Tu crois toujours ça n'a pas de sens la parole sans respiration rejetée à la ligne la grande marée chavirant le frêle esquif -tu vois je me rappelle les mots du poème classique Du Bellay par là Chassignet entre ici et celui-là tu ne le connaissais même pas je l'ai exhumé 1917 la tranchée les morts et Chassignet sorti du feu baroque un trou d'obus une tombe- tu n'entends pas le mouvement ni la corde désamarée c'est elle qu'on chante son dénouement lent comme une vie au moment de la mort plus longues secondes d'exister tu ne vois pas n'entends pas existes-tu seulement ô -encore invocation classique et notre père en latin même si tu veux ave maria pater noster allah akbar toutes les langues de la prophétie missel ou coran en caractères indéchiffrables اللهُ أَكْبَر ארמים- j'écris pour des ombres fantômes spectres issus de vous j'écris pour la marque que vous laissez dans la terre molle si vous vous promeniez en forêt deux fois déjà ici pour votre autre le signe d'un vous hypothétique 

Je me rangerai un jour peut-être aux raisons ordinaires
me lançant dans le chant très banal d'une poésie 
sans intérêt voix creuse variété française qui
écouta dans sa jeunesse -loin la jeunesse-
Ludvig van Bethoven mais non pas
Ludwig von Beethoven
son plagiaire britannique 
précisant toujours son origine
hollandaise les comptoirs de Sumatra
Tobago toutes les Antilles saupoudrées
dans sa vie le typhus l'alcool pour oublier
et ta poésie est pareille à ce Ludvig van
Bethoven elle a visité les mêmes lieux
toussa la même toux fictive
alors vraiment vraiment
je dis les mots lambeaux
je suis l'évadé véritable
des pestilences l'arraché
aux asiles aux cargos
le survivant de déportation
ma langue débrisée
témoigne de moi-même
fatras 
fatras
Et Ludwig von Beethoven
à moi seul 

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5 novembre 2013

Ta mère la pute

Je ne serai jamais comme il faut

aux ongles sans ombres

les gestes sans angles

jamais je ne serai

purgé du sauvage en moi

l’être impur de pensées de fièvre

et d’hiver

le sauvage en moi retenu par les barreaux des cils

la cage du sommeil

le rebelle en moi au parfum d’incendie

de sang de poudre et de meurtre

le rebelle aux pas de ciel

(sans bruit il marche dans la mousse

comme une pluie pure tombant sur le monde 

le monde épais, dur

sans bruit encore

évaporé, presque

comme un amour qui s’achève dans

le rêve

comme la soif désaltérée 

par l'eau du miroir)

Le sauvage sous les cils

le sauvage luttant contre le froid de la paupière

(la paupière dure comme du marbre précieux)

c'est l'oeil

l'oeil amoureux

l'oeil pareil à une rangée de loups

(et de louveteaux)

 

Mes doigts approcheront, vous prendront glacés

Vous peindront, reflets de rages

sortilèges malades

parfum au matin de toute la nuit gâchée

par des mains des paumes des grincements de nerfs

Je ne serai pas comme il faut, avec des pas droits et une voix sans

l’hésitation des je t’aime, du vertige, et des falaises coincées dans la gorge

comme d’immenses hurlements au bord de la mer

je serai moi aiguisé comme un soleil moi et mon ciel brûlé moi d'incendie moi jusqu'au bout quand la nuit déliera ses cheveux d'enfant muet

quand tombera sur le monde un cauchemar 

quand

tout autour de nous paraitra la forêt brûlée

le monde en miettes les ruines et sans faire exprès un baiser

 

J’irai parcourir les déserts intenses

le peuple des fièvres

et des images mystérieuses

j’irai par-delà l’hallucination

ô gémir s’il faut et pleurer encore

creuser le désert des chagrins

et des joies

des mordillements de lèvres 

(c’est du sang coulé de ces plaies là qu’un jour naquît le soleil)

j’irai jusqu’à buter sur la première ville et à la rencontre de la première foule

hurler la rage la haine envahir de sable de cendre toutes les habitudes

répandre sur le monde usé le feu passé

 

j'irai où l'on me ressemble

les sens interdits

les sorties de secours

les soleils navrés

l'amour en chantier

j’irai

traverser la plaine épaisse de brume

l’haleine des filles belles comme des

draps froissés

J’irai où le jour brille brûle

Où le jour sera un portrait de femme

la lumière reflétée sur des dents tremblantes

où les lèvres disent peut être et je t’aime dans la même secousse

si le jour n’est pas spasme

un bégaiement

une sorte de rôle oublié

si le jour n’est pas une galerie 

effondrée

un monstre lumineux et fier

un éclair troué cent fois par les ongles

alors le jour n’est pas

 

il faut le monde hors de lui avec un visage de damné

fou peint au plomb si tu veux peint peint des sévices des joies de tout l’infini mis en rage

 

Viens me voir quand c'est en même temps midi minuit les heures d'éclipse les prunelles brûlées ah l'amour ou l'une de ses métamorphoses mais au matin dis s'il te plaît "enfin la vie"

 

AH

REGARDEZ

(c'est un montreur de lions qui avance dans une cage un langage sauvage, un barbare au nez peint, une sorte d'Attila imberbe)

REGARDEZ

comme "aimer" est beau aujourd'hui, ensanglanté, massacré

Ah l'amour on l'a échangé contre l'adjectif

le mot doux du plaisir et sa soeur aux jambes nues

l'extase

l'extase et le plaisir 

et la nuit et les gémissements des filles

oh la cendre d'aimer

l'écume

le rien d'aimer

VOILA CE QUI RESTE MAIS ON DIRAIT QUE JE FAIS DE LA MORALE CHANGEONS DEJA DE VISAGE DE VOIX DE CORPS CHANGEONS DE SCENE ET LES YEUX CHANGES DES FILLES COMME SI C ETAIT DEJA DEMAIN

Changeons oui voulez vous

de portrait

de salles 

de classe

de musées

changeons entrons dans les dédales neufs, les premières fois

dans le reste du monde

 

19 février 2013

Artiste pénal.

Mais aujourd’hui... Artiste, quel mot ridicule, grotesque et grillagé. Artiste, je préfère mieux ivrogne, salaud, truand, je préfère trafiquant, suicidé, enfin, j’ouvre le code pénal et au hasard je jette mon âme, voilà je suis L211-1, nom d’artiste et matricule de bagnard, tout à la fois.

C’est toujours ma langue nocturne et indéchiffrable, mes hiéroglyphes pour les chouettes et les chats.

15 février 2021

La fête

Chapitre 9 - Tentative de restitution de l'écho de la fête
Tard, dans la fête, dans une grande maison louée pour l'occasion, on y trouve de tout. Le narrateur et Sélim, un de ses amis, finissent par se retrouver. Déambulation dans le bruit. 
la fête :
donne un soin
je me connecte
le cuir du
 bangladesh
je le vois comme si c’était une part de vous
D’occase’
je vois légère
à sa place
la nouvelle boutique de Laura … 
la nouvelle collection
La marque admise
appris à penser résultat net pas CA
haha
(fa dièse)
dis siri évolution du…
depuis 2009
Le Zimbabwe
L’évolution du Bitcoin et des cryptomonnaies en général
les musulmans les juifs les féministes
sur rouge
oh fuck
E||-----------5--7------------7--|--8---------8--2----------2--|--0---------------0--------|
B||--------5------------5--------|------5-------------3--------|------1-----1--------1-----|
shi shi shi shi
Versets
fais gaffe
chez moi
uber
rien ne bouge
clés de notre vie est dans
la contemplation.
shadenfreunde
to 
dix ans de marketing, un passage par Singapour,
la faillite, le privilège, fooding, beaucoup de travail
heaven
le CICE (note pour la postérité)
Un cré
les profs
je suis
heeeeey devine dans
Le CDI, les paresseux
immobilier
le relou
oh non
méfie toi
hihi
ordel de m
as qui je suis
ques tce qu iest pl usét hi queen tre uncu ir de s yn thès eet lec uir lep lus pr o pre
la scène revient en boucle
souche mutante
pas sûr, je ne suis pas sûr de
à ce qui paraît
…pales 2024
haine amour passsion changement disruption transformation
sous deux formes :
  • Hey ! Je te cherche partout, on m’a dit y a un mec chelou qui se pose à côté de nous…qui dit rien, qui se barre. Je me suis dit, ça peut être que toi ça…
  • Ouais…
  • J’ai suivi la rumeur haha t’as laissé une piste en pointillés de rumeur
  • …pointillés de rumeur tu parles bien dis moi.
  • Oh !
  • t’avais qu’à remonter la piste…facile
  • Facile !
  • Ouais, bravo le chasseur…
  • Merci, merci ! J’aime qu’on reconnaisse mon talent
  • Bon, t’as pas une chienne à chasser là
  • Oh…ouais non…elle m’a un peu fait chier charlotte là…puis je suis plutôt sur Estelle là…
  • Haha mec…
  • Quoi haha
  • Mec…
  • Quoi mec…
  • Bref
  • Non pas bref, vas y exprime toi
  • Vas-y je me barre, t’auras qu’à remonter la prochaine piste les « pointillés de rumeur »
  • Tu casses les couilles là…
  • Ouais, voilà…par contre lâche moi…Sélim, j’aime pas trop quand tu fais ça
  • Euh…je te tiens pas…t’as pris un truc ou quoi ?
  • La vie, Sélim, la vie
  • Haha, t’es trop con…tu parles de mes phrases et tu lâches « la vie Sélim, la vie »
  • Oui, bon, on va pas rester dans le drame…
  • Bref Estelle…
  • Ecoute…vas-y vas te casser les dents, ça me fera rire ça.
  • J’ai bien éclaté le fiak de Lu…
  • C’est pas Lucile, Estelle. C’est une vraie personne Estelle.
  • Pas moi ?
  • Oh mec, viens on va se défoncer ou quoi là tu me gonfles.
  • Vas y fais pas la gueule, désolé…paye moi un taz, on fera des câlins. 

Corps nus indistincts, lumière aiguisée, regards, peaux.
discours scandé je ne parviens pas à articuler la protestation j’entends le discours parasite, là, qui gâche mon extase
Un personnage très iconique et intemporel, qui puise sa force dans un domaine particulier.
Il est là en face de moi. Je le vois comme je vous vois et je sais que c’est une part de vous.La personne, souvent enfant, dans une scène de vie semblant surgir d’un souvenir.
Cette scène revient en boucle, comme si elle était marquée au fond de son âme, tel un leitmotiv.
Très souvent, je vois la personne dans la nature : elle y est exaltée, légère, à sa place.
Quand je partage ces visions, je me confronte souvent au fait que la personne vive en ville, travaille beaucoup et ne prenne pas souvent le temps pour sortir de son environnement direct, loin des préoccupations du quotidien.
Mais Prendre un moment où personne n’attendra rien de vous. Où votre seule mission sera de sortir de chez vous et vous immerger dans le beau.
Marcher dans une forêt, regarder le ciel, nager dans la mer ou gravir une montagne n’est pas juste un hobby, c’est un moyen de vous reconnecter à vous et remettre les pendules à l’heure.
Eté comme hiver, il est important de prendre ce temps.
-
Vidéo : Col de la Bonette, juillet 2020
Musique : Pyramid Song - Voces8 (Radiohead cover)
J'hallucine un cours
de marketing digitial
une conférence
j'hallucine une messe
instagram
- je kiffe

 

8 mai 2024

Jour 3 - Chapitre 3 - Sept chiffres

Afin de rendre plus lisible le texte, ici l'intégralité (en chemin) :

Roman entier

Chapitre 3 - Jour 3 : 2000 mots

 


Sarah D., écoute distraite les directions données par la cheffe de cabine, la cheffe de cabine indique à Sarah D., après lecture de son billet, son siège, la cheffe de cabine dirige Sarah D. dans les allées, les précautions de la cheffe de cabine augmentées par la qualité business du billet de Sarah D.

Sarah D. s’installe à la place désignée par son billet et confirmée par les gestes imprécis de la cheffe de cabine, Sabine, comme son insigne l’indique. Pour s’épargner les mauvaises surprises, habitude prise il y a des années, en voyageant avec Mehdi C. — et conforme à sa propre nature, elle s’assure du bon fonctionnement de son siège, si le siège peut se déplier facilement en position lit, si la tablette demeure stable, si les portes coulissantes se ferment sans s’ouvrir. Sarah D., s’assure du fonctionnement des lampes et des prises de courant, la liberté, pour elle, ici, savoir. La cheffe de cabine, avant le décollage, précise à Sarah D. que la presse (une sélection) quotidienne, hebdomadaire et mensuelle, en français et en anglais, se trouve dans les fentes latérales de son siège.

Sarah D., se souvient de son premier vol en business, Mehdi C. et elle, alors collègues, voyageaient ensemble pour la première fois. Lui, tout comme elle, Sarah D., découvrait la business class, leur découverte différait. Lui, Mehdi C., semblait instinctivement déchiffrer les signes, effectuer les vérifications, commander (champagne à volonté, d’un claquement de doigt qu’il dirige vers Sarah D., comme s’il réalisait ici enfin l’un des dix fantasmes les plus importants de sa vie, qu’il évacuait enfin une frustration vieille de dix générations, ces choses anodines parfois auxquelles nous semblons tous préparés, une rencontre entre un désir et sa réalisation).

Sarah D. reprend, machinalement, les gestes instruits et observés, Sarah D., ne mettra aucun orgueil à se montrer, en la matière, originale. Pragmatique, Sarah D., souhaite, surtout et seulement parvenir à destination, avec une fatigue limitée et aucune réflexion parasite. Sarah D. pense à son enfance, dans les hauteurs, Sarah D., le siège en position entre-deux, serre dans sa main la couverture anthracite, la couverture anthracite ressemble à une aurore boréale. Sarah D. spectatrice d’aurores boréales se refusa, obsession de sa performance, à la photographier. Les générateurs d’images ne parviennent pas encore à restituer les phénomènes climatiques ou météorologiques exceptionnels. Sarah D. entend les vagues instructions des hôtesses de l’air dont elle mesure, ici, l’étrange dénomination, elles, hôtesses de l’air, hébergeant, accueillant l’air ou, par le double-sens du mot, elles aussi, ses invitées d’honneur et tous les passagers, chef de bord, bagages et animaux domestiques leurs +1.

 

Sarah D. ouvre son ordinateur, la business class offre une connexion satellite stable et lente. Dédiée au travail plus qu’à la diffusion en flux de vidéos. Les compagnies aériennes mettent à disposition un large catalogues de films et de séries. Sarah D., parcourt les notes en prévision de son rendez-vous qui revêt une importance particulière, décisive et, pour elle-même, Sarah D., peu sujette aux inquiétudes et aux frayeurs, qui Sarah D., ne parvient à garder son calme habituel, total. Elle se demande, Sarah D., en faisant fondre sous la langue un xanax puis en effaçant le goût en buvant une coupe de champagne, à quoi tient cette soudaine appréhension, qu’est ce qui dans la composition humaine, engendre ce processus chimique et mental, elle a beau lire l’état de l’Art sur le sujet, le mécanisme biologique à l’oeuvre, elle en saisit mal l’intérêt, ce résidu d’un ancien temps, cette paralysie plus inutile et dangereuse, cette excroissance, cet appendice tout ceci surnuméraire.
Les angoisses nouées, dures, la déflagration d’hormones, le risque de péritonite mental, une zone du cerveau gonflée à l’extrême de dépôts malsains et ces dépôts contiennent d’inutiles pensées. Sarah D., sent son rythme cardiaque s’accélérer devant cette analyse et les pensées se multiplient, néfastes et obstacles au calme requis pour perpétuer soi-même-l’espèce.

Sarah D., ne consomme pas dans l’avion le xanax et le champagne pour calmer les angoisses, habituellement, elle aime, Sarah D., la sensation d’apesanteur que lui provoque, à dix mille pieds d’altitude et mille kilomètres heure, ce mélange. Sarah D., comme Mehdi C. qui l’initiait à la pratique, sent ce qui distingue le vol en avion de tous les autres modes de transport par ce rituel. Son pain et son vin qu’elle réserve aux courses aériennes, c’est ce privilège, cette attente excitée, jamais déçue, qui motive la sévérité du dogme. Ca et d’en parler, chaque fois, un court message ou un appel téléphonique haché, avec Mehdi C., s’assurer que chacun ne traduise pas le pacte enfantin, un échange de coupe de saké ou une fraternité de sangoisse.

Sarah D., devra, plus Madame que jamais, c’est à dire, probablement, d’énormément de virilité, de gestes tendus, précis et coupants, se présenter à ses censeurs et ses zoïles. Le siège, souhaiterait la nommer au conseil d’administration et, processus formel, la décision, Sarah D. le sait, est déjà prise, favorable, sauf à ce qu’au cours de l’entretien, pure mise en scène, Sarah D. venait à violer les règles élémentaires du rite (et exceptés des propos communistes fervents, Sarah D. ni personne ne voit ce qui empêcherait l’adoubement).

La lutte avec ses rivaux, dont elle ne connût que vaguement l’identité, ne fut pas terrible, pour ainsi dire elle ne s’en mêla pas.
Rare femme européenne à occuper un poste d’executive, la peau mate et, s’il le fallait un jour, au détour d’un portrait de quelque magazine en manque de pages pour son bouclage, la trisaïeule marocaine.

La question, à quoi elle méditait pendant ce long vol et la somnolence propice aux décisions, tenait à ce qu’elle ignorait si, désormais, elle devrait quitter Paris, les habitudes prises, les vols depuis les aéroports parisiens, Orly ou Roissy, l’ordre patiemment construit de son appartement, avec les inventions qui y figurent, cette existence dédoublée de qui lui ressemble et qu’elle devrait, Sarah D., recommencer à zéro dans une autre ville, elle ressent qu’ailleurs, Sarah D., ne pourra maintenir sans contradiction logique et insupportable, cette illusion, son terreau de photos inventées, tire sa sève et son sens de son environnement, transplanter ailleurs ce monde, le corromprait, elle en verrait, Sarah D., les branches pourrir et, plutôt que de continuer à en étendre la croissance, consacrerait l’essentiel de son temps, à un soin vite devenu inutile. Et l’arbre deviendra amer, et ses fruits acides et tout ce qui compte, cette oeuvre au statut incertain, celle qui justifie tout, c’est à dire ce job, ces relations, mourrait et elle, Sarah D., ne s’imagine pas continuer sans cette Sarah D. autre, jumelle de paradis lointains. Voilà, sûrement l’angoisse qui lui serre le gosier, comme si elle ne devait plus jamais créer, elle ne s’inquiète pas — se rassure aussitôt — de l’entretien à venir, du chemin balisé et convenu. L’originalité, la poésie n’entre pas dans les CA des groupes côtés et ceux, start-upeurs, qui en miment l’arrivée, la relègue, la poésie, aux arrières-salles, aux ateliers poteries, aux samedi team-building, ne s’en servent que comme prétextes et arguments lorsque l’on déplore leur manque d’âme. Sarah D., a toujours évité les start-up, il lui est arrivé de travailler avec l’une d’elle, client qui se voulait grand compte, et ne s’exprimer qu’en une langue appauvrie, une langue à la barbe de trois jours ou qui sentait les produits naturels. Sarah D., n’en fit pas grand cas, elle les reçut brièvement, appuya sur la touche du téléphone de son bureau pour que son secrétaire, tel qu’il est toujours convenu entre eux — y compris lors de rendez-vous avec des personnages plus business-friendy —lui signale une urgence en entrant dans le bureau, après avoir toqué mais sans attendre de réponse, affectant une fausse confusion, bredouillant des excuses, insistant sur l’urgence. David A. ou un autre David A. relayait alors Sarah D. et raccompagnait le gêneur

Le CA d’intronisation se déroula comme un rêve ouateux, Sarah D. voyait l’aurore boréale en même temps que tout l’ensemble mécanique se mettait en place, la rémunération concernant son nouveau poste en jetons de présence, l’intimida plus qu’elle n’aurait cru, le décrochage de la France par rapport aux Etats-Unis, comme lui disait, en la prévenant Mehdi C., dans le lounge, lui, en passant la langue sur les lèvres qu’il avait trop sèches, geste et tic dont il s’excusait — lui qui s’excuse si peu — de savoir à ce geste une obscénité très peu metoo soluble. Sarah D., n’aime pas l’effet que l’argent peut produire sur elle, il en va ainsi lorsqu’une partie de son existence se résigne à en gagner beaucoup. Elle peut se féliciter elle-même de voir sa compétence, qu’elle constate relativement aux autres, ainsi gratifiée, elle déteste dans le même temps, cette position de rouage d’une vaste entreprise où, en réalité, dix ou quinze autres, auraient pu tout aussi bien ou presque, effectuer les mêmes tâches. Un mélange de hasard, de chance, de circonstances la font basculer dans les rémunérations annuelle à sept chiffres.

Le bloqueur de publicité de l’iPhone ne fonctionne pas sur les applications. Sarah D., ne prend pas encore le réflexe de passer par le navigateur Brave qui bloque toutes les publicités. Elle se refuse, Sarah D., à payer l’abonnement premium de YouTube puisqu’elle n’utilise l’application qu’épisodiquement, lorsqu’elle reçoit un lien de l’un de ses contacts. La publicité, ici, lui montre des « influenceurs » parlant de leurs « revenus » peut-être parce que le téléphone l’entendit, elle appeler Mehdi C., en lui disant « sept chiffres » qui ne réclame, cette expression, aucune autre précision. Il s’agit d’une catégorie de revenus, d’une position sur une échelle, un seuil de reconnaissance sociale. Sarah D. regarde, hypnotisée, ne connaissant rien à ce monde d’illusionnistes, un homme face caméra, se vanter de son succès financier, de ses revenus à « sept chiffres » et de ce que ses auditeurs, eux-aussi, peuvent obtenir en suivant ses conseils « gratuits ». Tel qu’il insiste. Sarah D., dans sa chambre d’hôtel, cherche le contenu de cet « influenceur » et tombe sur une série de vidéos où il mêle, l’influenceur promesses de gains financiers et séduction de femmes (c’est à dire, en l’occurrence maltraitance puisqu’il faut rappeler aux femmes leur place, ce qui pourrait donner à Sarah D. le sourire, elle qui vient d’être reconnue autrement plus sérieusement). Sarah D., se demande la nature des business que ces gens, dont celui qu’elle regarde ne semble qu’une déclinaison populaire, comptant 100 000 abonnés (vrais ou pas), proposent et dont ils prétendent vivre. Sarah D. regarde avec fascination leur mise en scène, la vie de luxe qu’ils affichent et qui ressemble, de ne se trouver jamais dans les mêmes endroits, à ces manifestations filmées en plan serré pour donner l’illusion du nombre, quand la foule ne se compose que d’une tête de cortège qui en est aussi le milieu et le fond. Ces influenceurs, Sarah D. se laisse emmener par l’algorithme, elle ignore, Sarah D., les vidéos d’américains pour l’instant, quelque chose lui dit que celles-là, les vidéos anglophones sont le modèle et que, en tant que modèles, mentent, certainement moins, du fait du reach notablement plus élevé, ne vivent une vie de luxe que par éclipses, le temps d’une vidéo, ceci, Sarah D., le ressent vivement. Sarah D. voit le faux, l’imité et Sarah D. aimerait savoir quels revenus réels ces influenceurs tirent de leurs pratiques. Sarah D. entend encore « sept chiffres » une promesse et une affirmation de ces influenceurs. Sarah D. sourit, elle ne dormira pas cette nuit, Sarah D., continuera à enquêter, en vain, ces gens ne figurent nulle part ou presque, enregistrent des auto-entreprises au CA limité à 60 k par an, Sarah D., voyage dans ces drôles de méandres, elle pense, Sarah D., à ses labyrinthes mentaux, d’enfant, Sarah D. se demande comment se repérer sans carte dans ces jungles, ces liens qui vous redirigent vers Instagram, Telegram, ces renvois vers des sites internet où une offre spéciale à durée limitée vous est proposée. Sarah D., aimerait explorer avec eux, les possibilités de ce monde faussé, ce jeu où comme à tout jeu (d’un hasard dissimulé) seul gagne qui l’organise. Sept chiffres, tiens…

 

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18 février 2026

Jean - Suite Le Chien Brouillon 1

Le Chien - Brouillon 1

 

Ce soir, Le Chien, un pseudonyme, donne la sixième lecture de ses poèmes, qu’il appelle analogie, rétrospection. Jean connaît Le Chien, de loin et depuis longtemps, leur rencontre remonte à 2007. A ses débuts, leurs débuts, aimerait défendre Jean. Seulement Jean ne continua pas. Il noua avec lui, Le Chien comme avec beaucoup d’autres, une relation distante et muette, de  présence permanente et effacée. A force de répétition, de lieux partagés, des je revois les mêmes têtes, il parvînt à entretenir une familiarité, forme reconnue des intimités mondaines, telles qu’elles existent depuis probablement que les tribus d’hommes croisent d’autres tribus d’hommes, autour du premier feu, des restes éclatés de silex et de siècles.

Depuis toutes ces époques, ce langage se compose d’une combinaison limitée de signes, salut, ça va ? à bientôt ou, si la voix ne porte pas, c’est à dire le plus souvent, d’un sourire distant ou d’une main levée, d’un assentiment général à l’autre. Leur relation tient dans l’absence de rejet. 

 

Le Chien est résident à la maison de la poésie, c’est à dire qu’elle le rémunère et, qu’en échange, une fois par mois, au moins, il lit de la poésie, échange son temps et sa culture contre un peu, enfin, de stabilité économique. Tout le monde n’a pas les Médicis, lui dit Gleb chaque fois qu’il quitte son appartement Moscovite pour Paris. Le Chien lui répond, qu’est ce que je t’offre à boire ? 

 

Pendant le printemps des poètes, Le Chien organise tous les évènements de la Maison, intervient, accueille de jeunes gens peu familiers de la poésie — comme la plupart des adolescents — tend à élaborer une poésie universelle, croissante, joyeuse et collaborative. Une poésie sans limite, dont le point de départ, pendant cette semaine, bien malgré lui, parce qu’il faut bien qu’il se trouve lui, quelque part, serait la maison de la poésie, que la poésie, à partir de cet endroit continuerait en droite infinie, germinée, comme cette fleur, la paulownia blanche et mauve, connue pour éclater comme une grenade à sous munitions. 

 

Le Chien, parvient, le plus souvent à quelque chose, à dire et faire dire quelque chose. ll aère son oeuvre, par ces entailles, dans l’espace souvent clos, l’entre soi, le cénacle, toutes ces habitudes enthousiasmantes des rivalités et des congratulations, il s’aère. Il se déplace hors de la phraséologie commune, sans perdre le souvenir, la charge, le contre-poids, de son oeuvre ininterrompue « toute » analogie, rétrospection. Il continue d’être lui-même, ne se discontinue pas d’avec Le Chien Oeuvre. 

La poésie de l’entre-soi, cette rupture volontaire, assumée et proclamée avec le langage commun, en se renfermant dans le groupe restreint des sophistiqués, redevient un langage lisse, ordinaire. 

 

Le Chien tente d’échapper à ce marais, d’autres s’en sortent avec génie, il refuse ce risque. Il suffit de peu pour se réveiller un matin en poète-sénateur et mourir pareil. Des grands poètes se moquent de lui, pour eux, qui préfèrent eau d’égout et champagne, il est déjà sénatorial.

Il ne pense pas cette aération comme un jeu badin, une facilité comptable, pour respirer entre sa vraie oeuvre et la vie, il conçoit ce moment comme une surface de travail et d’exigence poétique, un rappel, pour lui, de tout mêler à l’acte créatif, le personnel, ce chatoiement de sa biologie, le dépôt des expériences, rêves, lectures, et collectif, avec les individus, le quotidien, la vie des autres exprimée par eux-mêmes, autres dans leur totalité d’autre, leur langage total, surprenant et autre. 

 

Il se veut, cette semaine là, lié, entre la poésie, une idée de celle-ci, à son point primitif, et son public. Il ne veut pas renouer le social brisé, ou servir de pont entre l’institution et la vie. Cette question du lien par l’art, posée du moins en ces termes, ne l’intéresse pas, il ne la théorise pas, il affirme une ligne artistique à laquelle il croit et comme la vague que la mer engendre, il croit que ce qu’elle emportera, ramènera et rejettera d’alluvions, de dents de profondeurs, de sang et d’algues, vaudra quelque chose et pour quelque chose. 

Ainsi, Le Chien, collabore au réel. Pas plus et certainement mieux que d’autres affichant leur programme révolutionnaire, social et franchement rébarbatif.

Il sait son jeune public contraint d’être là, qu’entre eux la présence la plus institutionnelle est la leur. L’Etat, l’éducation nationale, à travers eux fait ses devoirs.

 

Pendant cette semaine, chaque jour pendant une semaine, Le Chien interpelle, dans la salle de la maison de la poésie, construite comme un théâtre, l’élève le plus distrait, le plus volontairement, manifestement distrait. Le corps rejetant, la bouche prête à mordre, celui qui provoque et attend d’être provoqué.

Il l’invite sur la scène, il lui demande, d’abord s’il veut venir lire quelque chose, quelque chose de particulier, question de pure forme, il ne compte pas laisser le choix à l’adolescent de refuser. Les réactions, dans un intervalle prévisible, varient. L’ambiance de la salle ou la coquetterie de l’adolescent interpellé peuvent modifier l’approche du Chien. Il n’a jamais connu de refus et à peine quelques résistances.

 

L’air bravache, toujours, cependant de l’adolescent, s’efface, il s’efface y compris chez celui qui bravache tenant sa bravoure en lys éclatants - ainsi que Le Chien voit les choses, il prête à chacun, dans ses mouvements, un bouquet de fleurs, il voit les êtres humains chair et fleurs — approche chancelant de l’estrade. 

 

Bien entendu, Le Chien entend souvent entre les dents, je m’en tape, jamais va te faire enculer. Les lieux de culture comme ceux de justice, intimident, ils affirment la supériorité de l’espace sur l’individu, s’enrichissent de symboles, estrade, scène, noms anciens, passage Molière, magistère de l’acteur. Autant d’apprêts qui donnent le pouvoir au médiateur.

 

L’adolescent devient enfant, s’étend en même temps qu’il rétrécit sous le poids de l’invitation. Cordiale et ferme. Le Chien mesure deux mètres, a la voix grave, la peau sombre et des costumes couleur épicéa. Il suspend au micro des gants de boxe rouge, vernis dont on ignore s’il prévoit de les employer contre les enfants pas sages. Les gants brillent sur la scène éclairée, gants factices, de bois vernis, pour peser de tout leur poids, de toute leur couleur peinte et doubler, en une autre matière, la solennité de l’instant. La scénographie est minimale, le micro et les gants de boxe à droite d’une table de jardin, ronde, blanche, rouillée en fer forgé,, un vase rempli d’eau à moitié, un bouquet de fleurs du jour, de préférence jaune, orange sinon, une chaise en bon état, au dossier noir et à l’assise molletonnée. 

 

L’adolescent ne sait pas comment se hisser sur la scène, s’il existe un accès simple ou s’il doit atteindre la scène depuis la salle et exposer son agilité à un possible échec.. Le Chien n’y avait pas pensé, la première fois, maintenant qu’il le sait il attend de voir l’adolescent buter devant la tendre épreuve, il lui indique avant qu’il ne s’inquiète, le petit escalier, à l’extrême gauche de la scène, qui mène à ses côté. L’adolescent, emprunté, l’emprunte, reconnaissant, sans percevoir même que déjà il joue est joué, et suit l’écriture du poète.

 

A peine l’invité monté sur la scène, Le Chien s’écarte, se rend dans la coulisse, l’adolescent se tient seul, ses pensées en bataille, il aimerait trouver un mot d’esprit, plus souvent que Le Chien n’imaginait d’abord, l’adolescent parvient à réagir d’un simple Wesh, il fait quoi ou, élaborant, Il a cru que j’étais son chien ?. La salle hue, complice, l’adolescent ou le poète, huée indiscernable, visant la situation.

 

Tout ça ne dure qu’un instant, Le Chien revient rapidement, installe la chaise, beaucoup plus modeste que celle qui se trouve déjà autour de la table. Une chaise en bois, usée, avec la paille défoncée ce que la salle ne perçoit pas mais que l’adolescent voit très bien. Le Chien s’installe sur la chaise défoncée et invite l’adolescent à s’asseoir à son tour sur l’autre chaise. Celle qui était la sienne, auparavant. 

 

Le Chien demande, encore tu as quelque chose à nous lire ? l’adolescent, même lorsque d’évidence son téléphone contient des chansons qu’il écrit ou des bribes de ses pensées, hausse les épaules puis dit rien. 

 

Alors je te propose.

 

Le Chien ne demande pas aux adolescents de lire un texte qui leur soit étranger, il demande à l’adolescent quel est son chanteur préféré, idéalement en français. Le Chien, s’il ne le connaît pas, ce qui survient rarement, cherche rapidement sur son téléphone, projeté en miroir sur l’écran au fond de la salle, la chanson. Le public s’en aperçoit à l’instant, ce que le public trouve assez cool ou maladroit — puis totalement et uniquement cool. Il agit de la même manière s’il connait le texte.

 

Il se tourne vers l’écran, lit à haute voix les paroles de la chanson. Puis, passe cette chanson deux fois, si l’on peut dire. La première fois, parce qu’il dispose d’un logiciel programmé pour ceci, sans que l’on n’y entende les instruments. Seule la voix du chanteur envahit l’espace, coule en nappes sonores, enveloppe le public, voix nette et juste, texte pur, libéré et pesant de silence. Ceci à la surprise de tous, leur ébahissement et ce silence fait de chuchotements étonnés. Puis il passe la même chanson. Sans les paroles cette fois. L’adolescent, venu ici, sur place perd ses habitudes tout en demeurant dans des lieux connus, comme si, ayant inversé longitude et latitude, en gardant exactement leurs coordonnées, il se perdait dans un espace instable, le connu-inconnu à la fois le mystère et le danger, les félins défrichées de la jungle affamée.

 

https://soundcloud.com/jonathan-boudina/audio-vocals (PNL AU DD)

 

Cette fois, Le Chien, lui demande de se tourner à son tour vers l’écran et de lire les paroles, sans les chantonner, de les lire aussi fort que possible parce qu’il doit les lire sans micro, parce qu’il est dos à la salle et qu’il faut bien qu’il soit entendu. L’enfant l’ignore, mais il est filmé en même temps et projeté en direct, sur deux écrans latéraux, dirigés vers le public. Il ne sait qu’il est vu. Au milieu du texte, qui essouffle le jeune lecteur, Le Chien, ajoute depuis son ordinateur, des bribes de poèmes, des siens, d’autres classiques. Le geste technique, maîtrisé, se remarque à peine. Les passages apparaissent sans rien altérer. 


Il aime à insérer des morceaux de Mauvais Sang de Rimbaud J'ai horreur de tous les métiers, qui coule si bien dans ces chansons, Je suis assis, lépreux, dans toutes les chansons d’amour, de rage, de trap et d’électro tous les vices, colère, luxure, L’adolescent s’aperçoit le déraillé, - magnifique, la luxure le public, moins, mais pris par la sidération du moment, il intègre sans maudire les brûleurs d'herbes les plus ineptes ces passages hors sujet. L’expérience de lecture dure environ deux minutes trente qui lui parurent, à l’enfant, des heures.

 

Le Chien s’enquiert de lui, l’adolescent, mettons pour cette fois-ci Enrique, lui répond que non, ça va, que c’était facile, il ajoute quand même que c’était bizarre à des moments, qu’il ne reconnaissait pas. Le Chien le remercie. 

 

Le Chien leur dit alors que la poésie, pour lui, c’est ça, ce moment où la langue déraille, où nos habitudes défaillent, que la poésie c’est rater une marche dans un escalier, se rattraper quand même et passer cette journée hanté par cet espace qui cet espace devient une pensée et cette pensée une phrase ou un récit. Toi, jeune homme*, tu viens de connaître ça. J’espère. Peut-être ton premier rapport, à cette façon de faire de la poésie, proche et lointaine de celle de tes cours de français. J’espère que cette découverte te hantera, plus qu’une marche manquée, c’est vrai. Ce qui serait déjà bien, n’est-ce pas ? Après tout ce que nous en avons dit. Tes camarades te voyaient, de très près réciter ceci, ils se moqueront peut-être bientôt, n’oublie pas que tu étais là, toi, que pour toujours tu auras été là, dans ce minuscule et intense moment, tu le sais, je sais que tu sais. Au centre, au coeur de la poésie, d’une certaine poésie, de ce que j’appelle poésie que tu appelleras poésie un jour, peut-être. Le travail de vos professeurs est difficile, ici, il n’y a que le luxe, le jeu. 

 

Il retire les fleurs du vase, il les secoue, ça laisse sur le sol ciré de la scène une trainée d’eau, des gouttes fécondes, comme il se dit. Il les offre. 

 

Tiens, les fleurs, elles sont pour toi. C’est un petit souvenir. Avec mon livre. Tu peux en faire ce que tu veux. Tiens, donne moi un chiffre entre 1 et (il regarde jusqu’à quel page son livre va) 87. Quand l’adolescent répond 25, Le Chien déchire la double-page 25-26, il en cerne les tiges humides des fleurs qui mouillent le papier transparenté. Ca vaut plus qu’une dédicace, si un jour je suis connu…enfin tu seras connu avant moi. La salle fait ce qu’elle veut, à ce moment, s’il se sent d’humeur il demande à d’autres élèves d’intervenir, il se désintéresse de la suite. D’autres intervenants qu’il a choisi lui succède, il quitte la salle. Par politesse, les premières fois, il s’asseyait parmi le public. En plus de l’ennuyer il remarquait l’agitation maintenue dans la salle à cause de sa présence. Le Chien quitte la salle, autre chose commence, qu’il a contribué à organiser, de loin. Il invite qui veut venir, pour un salaire dérisoire, qu’il ne détermine pas et au fond il s’en fiche. Les réunions ne l’intéressent pas, la sélection de ses collègues, la plupart du temps, il s’en fout. Parce qu’il se trouve trop souvent entouré de deux groupes difficiles à supporter et qui ne se supportent pas entre eux. Les Grands Poètes et les Pauvres Poètes. Deux postures politiques dont il conspue la radicalité affectée qu’il considère comme s’imitant, se défiant toujours l’une l’autre. Bien sûr, s’il se trouve à cette place c’est qu’il la doit à quelques-uns, il le reconnaît sans peine. Pour autant il ne supporte pas les Pauvres Poètes, s’il y réfléchit un instant de plus c’est avant tout parce qu’il trouve leurs écritures faciles, passives et satis-fates. Quant aux Grands Poètes, la détestation se justifie d’elle-même. Les Pauvres Poètes écrivant au ras du sol sans étudier ni le ras, ni le sol et encore moins l’union des deux. Il tient en haute estime quelques écrivains, une bonne trentaine, tout de même. 

 

Dans les salons, Il lui arrive de vendre des livres, que la librairie de la Maison de la Poésie vende certains de ses livres. Ce n’est pas encore dans les usages, dans leurs usages. Un jour, un élève, un de ceux sur scène, lui demanda s’il streamait sa poésie. Il y réfléchit. 

 

Bien entendu, le protocole pourrait ne pas fonctionner. L’adolescent choisi pour monter sur scène se faire& écraser par le dispositif, Le Chien aura mal choisi le gamin qui swingue de la classe et du groupe.

 

Le Chien n’a pas besoin de trouver le plus adapté, saltimbanque de la bande, il lui faut assez d’assurance naturelle, et que lui, Le Chien, avec les différentes étapes de sa proposition, le mène jusqu’au point souhaité, l’entraîne dans la direction qu’il fabrique, ces rails qu’il fait suivre sans donner l’impression de guider.

Il part du principe, toujours valide, que la légitimité nourrit l’envie, que les félicitations et les compliments donnent du courage. Qu’ils sont rares ceux qui demeureront fermés, par détermination. Au contraire, le plus fermé du fait de sa détermination, sera sur scène le meilleur témoin de son succès. C’est autre chose qui peut rater. L’infatué. Celui-ci, quoi qu’il veuille, Le Chien le déteste. Il désespère de le détester, puis s’y fait. Aucun adolescent ne le fut encore. Le poète, aussi, contient ses haines, son injustice sauf…et aucun nom ne lui vient. 

 

*(n’importe quel prénom)

 

Pendant cette semaine, Le Chien, change un peu la vie, la poésie et la vie se confondent, la poésie cesse de se morfondre dit jalousement Jean à l’ouvreuse, qu’il répète inlassablement, comme son seul et plus précieux mot d’esprit.

Jean ressent le besoin de raconter les allées et venues du chien, à l’ouvreuse. 

 

Jean dit :

 

Il se présente : je suis Le Chien, immanquablement, quelqu’un aboie dans la salle, celui-ci il le repère, au cas où, rarement est-ce celui qu’il convoque, toutefois. Parce que cet aboiement ne raconte pas assez de l’attitude intérieure de chacun, de ces jeunes gens qui cherchent à s’impressionner mutuellement et dissiper l’ennui et le malaise de leur présence. 

9 février 2022

Naître à soi.

Mon identité de genre se vit, depuis toujours, sans trouble. Mon apparence jamais ne me dérange, moi c’est moi, je dirais si je devais me trouver un slogan vendeur, plus tard, pour un prospectus de survie moi c’est moi, et je ne me rêve jamais autrement sauf, et à peine, rarement, plus riche. Sans trouble, j’aime jouer, en même temps, à distance, trivialement, à me parer de lambris féminins, mes jeans serrés, le khôl qui prolonge le regard, les gestes légers…le manque d'imagination fait obstacle à davantage, je croyais jusque là.

Quelque chose, seulement, me manque, quelque chose du domaine de l’expérience, du travestissement et de la déformation, quelque chose ou quelque part du non visité, de quoi je ne suis pas instruit et dont j’aurais vu, dans une sorte de rêve prophétique, la forme engendrant, tout ensemble, siamois le désir et la frustration. Quelque chose où je sais que je me trouve, moi, sans m'atteindre.

Je cherche où m’acheter des tenues d’argent lamé qui collent à la peau et dessinent sur mon corps androgyne comme des points de contact avec le féminin, je parcours les corsets, tous de mauvaise qualité même les plus chers, en cuir, en soie ou une matière, au-secours, jolie.
Ces choses ne m’évoquent aucun fantasme d’ordre sexuel, aucun fétichisme ne s’attache à l’objet. Il n’est question que de moi, de mon trouble, mon écartèlement, mon voyage. Je rêve de faux ongles véritables qui semblent faits pour tuer autant que pour aimer et qui, maladroit tel que moi, ne tueront ni n’aimeront, et plus sûrement déchireront moi-même, s’enfonçant intimement. Les faux-cils me fascinent, je m’imagine les portant, dériver dans la rue, jetant des regards dévidant en riant d’un rire accompli. Les femmes parées des faux-cils me paraissent toujours de drôles d’étrangères, venues de mondes parallèles, comme un attribut de sorcière qui préservait, dans cette galaxie lointaine, du feu menaçant des bûchers dressés. Parvenues ici, elles conservent le talisman, voilà tout.

Je m’imagine, titubant, comme le battant d’une cloche invisible, au milieu d'un cercle où des regards secrets me regarderaient, où le mot back-room projetterait son flash éblouissant sur ma peau argentée, où je pourrai imaginer, de l’autre côté du mur, des milliards de regards tordus de désir, d’inquiétude, de honte. Je ne sens pas ces regards en écrivant, la page blanche ne me renvoie qu’à ma lèvre mordue de frustration, qu’à l’agitation insatisfaite de mes membres. Tout crie. Ca ne suffit pas. QUE TOUT BRULE. Il ne s’agit plus aujourd’hui que de donner la juste trajectoire à cette visée, déjà, je me trouve au-delà de la question, cherchant, seulement, de la réponse la dimension. 

J’ai visité des villes et des monuments, admiré les peintures sublimes des capitales étrangères, je me suis laissé torturé, vous n’imaginez pas combien elles me torturèrent, par les pierres effondrées de Rome, la douleur ressentie marchant dans la terre ocre des thermes de Caracalla, parcouru les plages blanches de l’Asie trafiquée des agences de voyage, les annonciatrices de la mort, j’ai trempé dans des mers si pâles où je vis jusqu’à mes os. Je ne parle pas de ces destinations touristiques, extérieures et, pour moi, pour moi qui voudrait l’écorchure, insuffisantes, ces formes me brûlent comme l’eau bénite la mal exorcisée. Blessé comme la faim blesse l’affamé.  

Je parle d’un coin obscur de moi-même, inexploré. Moi, pourtant, haha, le voyageur intempestif des cruautés adolescentes, le directeur des affaires louches, agitant mes mains, prolongés de mes ongles longs et coupants. Mes ongles, longs et coupants, d’une paresse sans vice. Faux fauve mal sauvage. 


Je sens, ces derniers jours, en moi un séisme sous-marin poussant à la surface, à hauteur de cris, de lèvres, de pleurs, ce monde englouti, caché, honteux. 


Ce glissement de terrain découvre sous sous la boue, la lumière d’un astre.

Les abîmes, je les connais, ne me parlez pas d’eux. L’abîme, pour moi, l’abîme en moi, revient à ce que trivialement, vous dites de l’horizon ; cette limite obsédante pourchassée en vain ; 
et moi je dis abîme
cet horizon 
vertical, 
vertical
il m’engloutit l’abîme 
sans limite 
ni cesse le
gouffre qui me 
prend. 


A ce coin barbare au-dedans de moi, à ce pays de Wisigoth où je feignais toujours de ne pas comprendre le langage, à ce coin barbare, sûrement, je dois quelque chose, un geste, une tentative, une fissure. Parce que ces patries ensanglantées, toutes, matérialisation de MOI MOI MOI.

Je dois naître, je le sens, de cet écart en moi-même d’où vînt la secousse ? Je ne peux dire. Les images banales de la publicité, la mise en scène d'une sorte de péché ? 
Associant, en quelque sorte, ces images une sorte de mal, d’exploration de soi-même au simple travestissement comme si franchir, par le vêtement et le maquillage, les limites du genre nous menait en des terres exquises, religieuses même, comme si cet acte là témoignait du vice le plus fondamentalement pur. Comme s'il s'agissait de morale. Non, ce n'est pas ça. Il ne s'agit que de vie. La mienne je crois.

Bien davantage, 
Frédéric et son travestissement, sa bouche collante, des mois et des mois après de sperme et de peur, ou alors, novembre, le drag-show du Sister Midnight peut-être où j’entendais le vacarme, lointain, d’un océan mouvant et plein de vagues, où j’entendais la voix des sirènes belles et dangereuses, appelant à l’aide celui qui criera à l’aide.

Bien sûr, ma campagne intérieure, je l’ai battue et rebattue, comme le vent plie les blés, 
je connais les sentiers rêvés de la littérature, ces promenades dans des villes fantômes où sur des cordes à linge sèchent des pages pourries et du poisson humide, je sais par coeur le frottement des amours minuscules et le je t’aime le plus pur, qui monte, depuis toujours, de cette chambre d’hôtel, place Robert Schuman, les visages poudrés, le reniflement exagéré, outrageusement vertueux, après avoir reniflé de la pacotille, oui, et la baise terrible venue des orages les mieux faits, le tremblement de l’air et le milliard d’étoiles pulvérisées debout contre le mur, la langue deux fois humide des poils enroulés. Je sais, les puissances recelées, jamais secrètes, de ces profondeurs à fond simple, simple comme la profondeur des océans pour l’océanographe.

 
Je parle d’autre chose, d’un ailleurs à moi propre, deviné, senti là. Un pardessus ou, diraient d’autres, un en-deça dont, par peur de la blessure la vraie, je me détournai, I don’t speak ****, la même excuse, pour fuir le vrai reflet, l’éternelle lâcheté face à ce qui menace ta quiétude, ton ordre, ah toi, qui toujours pourtant te disais de tous les risques, toi haha, tous les gouffres, toutes les falaises, tu disais ? te voilà bien pris au piège quand on t’accule pour de vrai, allez saute, je te dis, saute. 


Et je me dis, alors, ceci, ce loin de si loin si semblable au désastre. Je me dis de Ne pas m’y rendre tremblant, désolé ou dément. Je vois Frédéric, ce que ça lui fait lui de s’y jeter comme il se jette, inconscient, aveugle, ce ne sont pas ses vêtements, jetables de toutes les façons, couverts de foutre ni sa lèvre enflée d’herpès, qui m’effraient. Moi, bien davantage, m’effraient la sorte de peur, celle de l'après, qui le hante, la grande mutilation comme si cette liberté, la simple expérience de soi, se payait d’un coup de hachoir.

Dire, je, Tout simplement, d’un naître à soi.
20 septembre 2018

Chemin de f(r)oi.

Toutes les nuits je me répète des mots terribles qui font le vacarme des chantages. J'essaie de dissuader un je ne sais quoi par le martelement de ces phrases là.
Le chemin vers la foi s'engage et je sens, déjà, sur ma peau l'eau baptismale. Cette fraîcheur d'imagination comme une blessure du sacré ou le cri du naissant.

Est-ce foi ou est-ce raison que de chercher à satisfaire  l'appétit en plongeant dans Dieu ? Est-ce foi véritable se jeter comme un assoifé dans la prière ? cette faim là cette faim inconsolable dans l'hostie enfin la taire ?
Toujours j'ai grouillé de ce Dieu indompté toujours débordé par des mers rouges
Et désormais que je m'avance moins frêle et plus sûr ? 
Dieu demeure furibond
Et pas encore son visage apaisé je le tins dans mes yeux
pas sa voix de tintement 
Ricanent encore les mots terribles 
qui gardent de l'effroi.


et la prière se murmure malgré moi mon coeur lui-même se met à la supplique. 
Chemin de foi pas à pas déroulé
De plus en plus clairement je sens des formes de Christ (est-ce ceci le saint esprit?) 

24 août 2018

SUIS_JE

Suis-je si fou de trouver au miroir un autre que moi
et réfuter cette existence sans renier la mienne

Est-ce folie encore de s'abstraire 
de soi former théorème incomplet

Démence de palper ses membres
et d'y chercher un tutoiement

Est-ce démence de tourner sur soi-même
pour espérer trouver la vie à contre-courant


Un matin tous les périls je les ai laissés de côté
Ils avaient perdu leur charme de révolution
et ne gardaient au teint qu'une bête insolence
d'élève des 4ème B

Beaucoup de monde passent dans beaucoup de vies
et beaucoup de ce monde se dissout dans ces beaucoup de vies

29 avril 2009

La nuit.

C’est de l’ombre croupissante. De l’angélus gluant sur les cloches et les haies de communiants. De la nuit qui vient pourrir joyeuse sur d’abimées litanies. Il faut bien ça pour réaliser. Pas des films maladroits, des projections instantanées sur la bâche large de sous le crâne. Non. Réaliser la nature véritable de la nuit. Percer son essence. Pas de joie. Pas de l’infusion aux lampions et de l’assoupie musique. Pas. La nuit c’est un hurlement et pas un qui s’arrache de baffes énormes bégayant des décibels et des pas de deux. La nuit. Véritable. Tentaculaire écartèle le silence en imperfections régulières. Noie tous ses bruits parasites. Du noir puissant et shakespearien, du poétique. Du Richard III GLOUCESTER gloussant de glacial. La nuit, elle crache ses volutes, arrache des soupirs affaiblis. La nuit qui dure tout le jour. Qu’on aperçoit dans l’orbite solaire juste derrière les paupières. Elle invite. Elle a la jambe délicate, faite à la cire d’ombre. La nuit. C’est derrière le regard, un peu plus loin que la vie, une blonde qu'on aperçoit dans un gobelet. A l’intérieur de tous qu’elle s’installe, patiente. Patiente. Qu’elle dilue sa brume liquide, cet éther. C’est devant la vie. La nuit. Ca crie en petits souffles jouisseur, ça truque les artères avec du mauvais vin. Ca attend de fermer sa gueule, ses crocs, son appétit sur du téméraire oubliant, de l’aventure égarée. La nuit elle attrappe le curieux, celui qui a oublié sa laisse de bruits et de lumières, ses néons et sa fumée. Elle s’en fout la nuit. Elle a le temps de l’univers et des yeux clos. -Les yeux se closent toujours- S’abriter dans les trahisons et nourrir le regret. Elle enfante tous les jours. Elle accouche de formidable et de l’hideux, et souvent d’un seul corps, du siamois parfait, du monstre effarant. C’est déjà formidable. La nuit, sainte-putain en chaleur. C’est Marie obsédante qui hante Christ, qui pleure Christ, qui suce Christ à minuit, sur le pivot des horloges. La nuit matricielle, c’est l’origine de l’Univers grouillant, un cloaque à immondices, et qu’on y aille dansant, chantant à travers la nuit, avec nos baluchons et nos ordures, nos menottes et nos cravates. Y faire murir nos sévices et pourrir nos vertus. Oh la nuit, elle sait raconter des histoires, des écossaises à damiers, des fantomatiques captivantes, oh, elle a un cœur abandonné dans toutes les légendes, elle a un siège au conseil des Carpates, et une voix dans le génie. Elle dicte, l’écrivain écrit. Ce sténographe escroc. Elle sait dissimuler. Mettre des habits de lumière, des obsédants, des sémillants radieux et colorés, des somptueux trompeurs et même des exotiques voyageurs, des qui pointent la nuit partout dans le monde. Une boussole vers le N, de Nuit. Elle sait tout faire la nuit polymorphe. La nuit symphonique, jouer dans tous les trous de la terre, glisser ses doigts d'air, faire sortir de chaque cratère un grondement de Vésuve, se glisser dans chaque ombre délébile. l'Aquila en miettes. C'est elle. Être. L’aurore qui faiblit et le crépuscule décapité. Mes phrases courtes et tes rêves gercés. La lune mordue et le sein de l’infini. Oh. J’ai un fragment de nuit, un captif sous mon crâne, un qui s’étend tumeur métastasée. Métastasée C’est pour dire cliniquement affamé. Comme la poésie. Ce sont des jamais rassasiées. Des orales stylistiques qui se jouent du verbe. Ce mâle châtré, le verbe. Et. Elle se répand largement la nuit dans le corps, elle fertilise. La nuit, ça vous ouvre délicatement le corps. C’est son hymen, sa virginité à prendre, le corps. Le corps tout entier. Avec ses secrets recoins, ses villosités, ses cauchemars et même, un peu d'espoir. La nuit ca le fait percer sans bruit tout ça. D'un coup, d'un pieu. Elle en a tiré des choses de son siège Roumain. Du silence et du vampirisé. En silence qu’elle découpe de la même manière irrégulière, selon le même boucher procédé, la vertu. La nuit qui abandonne chaque matin ses sortilèges à la lisière du réveil. Derrière le bois enchanté. Les lycanthropes ont oublié. La nuit s’est suspendue. C’est un drôle d’envol. Un oiseau qui bave d’infini. On a beau veiller, la tenir tout son temps. Elle s’en va toujours sur le trait encore maigre du jour fasciné. Elle part. Elle est un peu comme moi.  La fuite c'est un peu l'immortalité du pauvre.

22 juillet 2010

Ta-Ta-Ta-Ta-Ta dirait Ghérasim

Il en est des clameurs célestes qui montent de moi
Des échelles cosmiques
Des étoiles en fièvre
Des ambulants malades
Qui font des petits trous au ciel
Poinçonnent le paysage
Pour lui dire la direction
C'est là-bas, et là bas c'est quoi.
Les petits lacs de cendre que la nuit s'amuse
Avec sa main qui n'est pas main
Qui est ourlet de soie
A disperser puis dissiper
Qui avale.
C'est le cœur de l'Univers
Qui suce dans la nuit
Le sang chaud
Noir
De la nuit
Et l'expire
Jour
Bleu
Blanc
Gris
C'est selon les drapeaux
Les continents
Les jours à clairsemer
C'est selon
Les idées à déglutir
Selon les royaumes brisés
Qui forment des peuples de révolutionnaire.

J'ai vu des hommes la torche à la main
Qui voulaient mettre le feu
A la ville
J'ai vu des hommes
Qui avaient à la main
Une aube
Rouge
Et ils ne voulaient pas dire
"C'est l'enfer"
Et la promenaient devant moi.
Et l'enfer dansait dans la ville
Avec le bruit cadencé
Des soldats qui se croient
hommes, qui espèrent
Bouleverser
L'axe de l'Univers
Qui se tordra
Qui ploiera
Ou se brisera
Selon qu'il sera
Chaîne
ou
Roseau.

J'ai vu des colombes
Naître
Des corsets des jeunes filles
Et briser leurs baleines
De soie
J'ai vu des palombes
Arrêter le printemps
Avant qu'il ne percute la ville
Qui disait
"L'enfer est tiède
Comme le printemps."
J'ai vu ces oiseaux logiciens
Qui faisaient craquer les mathématiques
Et des chiffres qui dansaient
Dans des rades
Au milieu de centilitres
Décilitres
AU milieu
De physique
Chimie
D'alcools
Incolores
D'effets
D'atroces.

J'ai tant vu de choses monter de la mer
Tant de cris, d'orgueils et de marins
Leurs frocs trempés de peur.
Vu.
Tant de silence qui venait mordre la coque des bateaux
Lovés dans la houle
La marée étouffer l'amoureux
Pour apprendre un peu la mort
Le recouvrir d'un lange bleu
Ciel
Noir
Selon la saison
Si les palombes se reposent
Où si elles forment des murailles
Blanches et tachetées
Qui ont des ailes de paille
Ou
Des airs de merle.
Se pose sur les câbles de la ville,
Comme les gargouilles de pierre
Sur la Cathédrale,
L'ennui.

J'ai vu les pigeons roucouler
Et les moineaux rugir
J'ai vu la plume devenir grise
Et danser sur le béton
Comme une poésie
Y faire des rimes
Empressées.

Vu les nuages boiter sur le ciel
Passer en larmes de lumière
A imiter la pluie.

J'ai vu l'Océan qui gagnait la côte
Qui hurlait avec sa voix de torrent
"Je suis le jour"
L'homme bâtissait des plages
Pour lui apprendre la nuit.
S'évapore l'océan, sur le sable
d'Espagne,
Paresse est éther.
Océan
vient, parfois, rappeler sa colère
Puis s'allonge.
S'étend
Las.
Océan, belle ombre
bleue,
pantoufle
d'eau
Tu pares
La plage.

La grève a froid
Tandis que la Révolution
perle
L'Océan l'aime
Comme on aime
L'amante :
Parfois.

J'ai vu la mousse faire des bas aux immobiles
J'ai tant veillé, que j'ai vu la lumière peindre la nuit
J'ai vu la gouache qui s'usait et le pinceau blessé
-Ses poils décoiffés-
J'ai vu la nuit supplier d'être peinte avec les mains
Et je l'ai vu trembler quand le jour la caressait.
j'ai vu les étoiles poivrées qui étaient le frisson
Du crépuscule.
J'ai entendu le soir moudre le café
Pour étendre la nuit
Ou
La raffermir.

J'ai tant vu de ne pas dormir, tant entendu de te veiller, quand la fatigue t'absorbait. Je sais ce que dit la nuit, je connais sa voix et sa mélodie, j'ai entendu le chant du poète, volé sa vision de devin. J'ai bu des breuvages insensés qui ouvrent le monde, j'ai eu des philtres qui font tomber la nuit en moi pareille aux giboulées sur mars...

Un jour, quand mon corps reviendra là-bas, de la nuit qui dure, dure, dure, je t'inviterai dans ces endroits où l'on moque les sots qui meurent sans avoir goûté au poison de la vie. Un jour quand mon corps aura retrouvé autre chose que de la peur pour lui servir de muscles, autre chose que de lyre pour lui servir de voix, autre chose que de cordes pour lui servir de mains, quand mon corps aura repris sa place dans la constellation immense des planètes odieuses. Je te noierai en images, dans l'aube molle que tes yeux délaissent.

20 juillet 2010

X.

Elle n'était pas un être mais un adjectif.

La grammaire ne suffisait pas à me consoler de son absence. J'avais beau nous trouver des terminaisons, des conjonctions, rien ne nous rapprochait. Il ne pouvait plus y avoir de proximité malgré la rigueur sémantique. Elle ou moi, et ce ou conjonctif établit la distance qui nous séparait. Il y a entre les pronoms tout un pays de neige. On ne se méfie pas assez de la grammaire, on la croit associant et elle ne sait qu'exclure.

19 août 2009

Prends Garde à Toi

Je peux là écrire les pires atrocités qu'elles seront aussitôt dévorées par le maelström de tes doigts. Je pensais hier, "oh que j'aimerais percer la couche d'improbable, fouiller derrière les voiles -bientôt interdits en France- sous lesquels s'enfouit ton identité" parce que quiconque est doué de paranoïa ET d'une certaine faculté d'observation ne peut jamais que sourire à toi. Mais bref, je veux être ignoble. Sous mes Décombres : de l'homosexuel au tison flamboyant enfoncé dans les fosses à jouissance, que l'on marque au fer le sonnet du trou du cul sur leurs peaux ignobles, qu'ils brûlent jusqu'aux sang tous ensembles réunis dans un cloître devenu cloaque. L'incendie aux Eglises, aux chapelles, mais tout ceci est mort-né, c'est un embryon, un avortement, et certes je m'ennuie, j'ai peur, demain l'on me rase la tête pour que je marche au pas, et je lis, et je sors bien trop, et la nuit me dévore de son appétit gigantesque et des haines s'infusent, se répandent, me parasitent malgré moi.
Et je suis colère, et je suis envie. Appelle moi péché, chérie, je disparais dans une tombe sans croix. Maudit, maudits nous sommes et nous éructerons des mots ivres, des mots fous et des locutions malades, du verbe lépreux, de l'amour décomposé, tu vois bien tout ça tombe en morceaux. TOUS LES EDIFICES SONT DES RUINES, Chérie, ou Chéri, ou je ne sais pas, je n'ai jamais su lire le sexe d'un (cri du)poulpe, et le journal du voleur ne m'apprend rien. L'infâme je l'ai vissé au coeur, c'est mon étoile jaune d'étoffe impie, je passe dans la vie avec rage, faites attention je suis l'incinérateur qui vous happera tous, la mort au regard d'ange, la brebis aux dents de loup. J'ai le vertige fragile, j'ai la nausée déchirée, ce sont des mots à mélodie, tu vois, tu les ouvres et le verbe est devenu une boite à musique, et fragile, et déchirée elle s'élève la musique, elle frappe, elle ramasse le son qui lui tourne autour, lascifs les mots, lascifs ils attirent, charment les bruits qui rampent, comme les noyaux attirent les particules, c'est question de gravité, et je vois leurs yeux se plisser, je vois leurs corps se tendre, je vois les bouches, moi, les bouches incarnats roter comme des volcans au bord de la jouissance. Oh amour, oh homme, oh femme, mais je ne sais pas ouvrir les masques de fer, mais je ne suis qu'un monte-en-l'air au sang d'encre, je ne sais pas crocheter les serrures des visages étrangers. Je veux percer, avec mes doigts qui tournent, vissés dessus des forêts de 12, le métal qui te forme, et la main du forgeron la trancher ; ce voleur qui prit la couleur du mensonge pour tes yeux d'aube. Je prends de l'avance sur l'instauration de la charia. J'essaie de deviner. Mâle ou femelle, blonde et brune ? De quels alliages donc sortent tant de paradoxe, quel feu et quelle enfer servirent de forge à l'aporie ? Je peux écrire l'infâme et le bon, l'ignoble et le beau, que ça mourra au même endroit. Le fossé derrière les mots, juste entre la nuit et le jour, je veux que l'on m'enterre au crépuscule, que la mort de mes mots, ces seigneurs traitres, goûtent aux entrelacs du soir et de l'aube. Quelle jouissance plus extrême que la coalescence du temps, que le voir se fondre, se confondre, discerner au loin les teintes effrayantes de la nuit et la couleur apaisante du matin ? J'aimerais tous là, vous inviter dans ma tête que vous goûtiez dans votre éveil un peu de mon enfer, que je m'ouvre la poitrine pour faire sortir spectres diffus, idôles décapités, et anges cornus ! Je vous invite dans ma tête, ça ne se refuse pas, je déroule la langue, pénétrez moi de vos bêtises, sur le palier vos habits de médiocrité et le silence dans ma caverne aux bruits indistincts. Et si tu entends rire, pense que c'est le cri prochain de la mort. Le rire est la foudre de l'assassin annonciateur du tonnerre à la faux brutale. Attends toi à perdre la tête dans la mienne, à sertir ta peau d'or et de merveilles qui putréfiées te dévoreront les sangs. La pourriture est reine. Je peux tout écrire, n'oublions pas que le génie sait tout dire, j'ai trop d'images, trop d'images sous mon ciel déterré, trop de flammes pour mon corps barbelé. VOUS ETES MES PROIES ET JE VOUS MARQUE DE MES SOUHAITS ENRAGES. Je suis léger de quelques grammes en moins de vous, c'est le poids de l'âme réfugiée dans mon ombre. Je n'écris que d'ici, que de DERRIERE moi, ce n'est jamais ma face de poète qui vous cause, mais mon ombre, mon ombre et sa colère, mon ombre et son écume. Pour s'y rendre, loin là-bas derrière la dernière vague, chez les ombres bavardes, il faut un sauf-conduit "Poète vos-papiers" qu'ils réclament et je les brûle à la face du douanier, que l'on me refoule je reviendrai toujours, je me ferai un radeau de chair, je pagaierai avec vos corps désarticulés. Je suis infâme, je l'ai déjà dit, je fais grincer les mots, j'ouvre la porte et je détourne les yeux. Que l'on avale cette fiole de poison pour n'être que malade et plus jamais mort. Je l'ai été une fois, ça m'a suffit de remonter les fleuves d'oubli, de soudoyer les passeurs squelettiques qui exigent des pièces en or ou bien vos jolis corps. Pouah et de quoi se plaignent-ils eux avec leur peau d'esclave quand ils prennent d'assaut Ceuta ou Melila, quand ils crèvent par dizaines d'un radeau renversé ? Ils savent ce que c'est de se taire toute une vie pour remonter des enfers, de ne plus jamais déglutir de peur d'avoir dans la bouche une goutte de cette liqueur fatale ? Je suis bouillant, je ne suis pas mathématique, les équations je les brise je ne les résouds plus mon amour. Oh dis moi non encore une fois, dis moi "non" mon amour ça aiguise mes crocs qui me fendent les lèvres, dis moi non mon amour ça m'affame. Dis encore "non" que mes crocs déchiquettent les secondes. J'arrive ! J'arrive ! J'arrive ! Et les vents, les vents sourds me portent, et me soulèvent, je suis léger d'une âme perdue, souvenez vous, soulevez vous, que mon infortune m'offre quelques compagnons à dévorer. Nous disserterons, et d'un coup traître mon ombre vous engloutira. La nuit recouvre tout, et je suis la nuit, je suis caché dans chacune des ombres, que les villes soient assises ou à genoux, qu'elles attendent au bois ou dans une cave qu'on les allonge. Je suis tout ça, je suis la putain et le client et nous sommes en chaleur. Mais mon amour, tu vois, t'es perdue dans mes lignes infâmes, sous toute la poussière de mes Décombres, tu te trouveras bien un charmant allié, un ami, un abruti conjoint parmi cette foule au linceul de sable, parmi ces morts suspendus à ma bouche. Ici c'est mon crâne, mon royaume, et  votre enfer. Vous êtes conviés au banquet des atrocités, on y dévorera le temps perdu, le voyage et la guerre. Vous reprendrez bien un peu de Shoah  chers convives ? De massacres ? Une cuisse d'Arménie ? On les dit fameuses, à moins que ce ne soit fumeuses, c'est question de crémation ou de cuisson ? Oh je ne sais plus, c'est l'enfer vous dis-je, j'ai cohabité toujours ici avec le diable, il m'a appris à ne plus avoir peur, à ne jamais crier que du feu. Et si je ris prends garde à toi, ce rire est enfant de bohème. Je crois que j'entends le jour comme un enfant naissant qu'il faut que la mère la nuit gifle ; j'entends le matin jaillir comme une braise saute d'un lac de cendres. Il est bien trop tôt pour fermer les portes de l'enfer, pour vous déroulez ma langue aphteuse. Pâles, splendides victimes, et toi mon amour blême, vous êtes une aube d'hiver, un souvenir de neige et de givre. Partez, il est temps d'entendre d'autres voix, de faire sonner contre mon corps les cordes d'une autre orgue. J'écris hébété, je ne suis maître de rien, voici mon ombre qui s'endort alourdi, qui tremble de froid. J'ai la peau noire pour me glisser derrière vous quand la nuit grogne.

14 novembre 2010

La confession

Quand j'eus 13 ans je rencontrai le corps du crime. .
Il s'appelait Marguerite et sa peau fanait, chaque jour, chaque heure la flétrissure semblait s'emparer de ses varices. J'avais 13 ans d'innocence et de fièvre et Marguerite me faisait lire Kafka en me reprochant mon analyse trop superficielle du tchèque malade. "Kafka, disais-je, montre la réalité par le biais de l'absurde. Son univers est soumis à la même physique que la nôtre. Ses personnages trébuchent, mangent, physiologiquement ce sont des hommes. Cependant, les règles morales qui régissent leurs interactions ne correspondent pas aux nôtres." J'étais très fier de mes lectures d'enfant. Très fier de pouvoir employer des mots adultes et cruels. Pas elle. La cruauté, elle préférait la vivre.

***

De Marguerite j'ai hérité les premières brûlures de cigarette qui forment sur mon ventre un chemin de peaux mortes. "Ce qui a brûlé, ne brûlera plus, ton ventre, sa reconnaissance m'appartient pour toujours". Je suis une bête vibrante.

 

 

Marguerite posait ses doigts sur ma voix fluette pour que jamais cette voix ne s'en aille dans la roche des voix graves des hommes. Elle haïssait les hommes. J'ai mué très tard, en conséquence, comme si l'adulte que ses doigts de fuseau avaient mutilé s'était pétrifié dans son cocon d'années. Comme si ses deux mains pleines de bagues avaient retenu en moi tout ce qui fabriquerait le corps de l'adulte.

Je ne comprenais pas bien tous les gestes que l'on faisait ensemble, cette hygiène du corps et du muscle et ces rendez-vous, tous les samedi, quatre heures de soutien dans la chambre du haut de la rue Gustave Flourens. Deux heures pour la littérature ou la musique "Madame, nous avons identifié les dispositions de votre enfant et afin de leur donner leur pleine expression, nous nous proposons, à travers moi, de lui offrir quatre heures de soutien dans des disciplines délaissées par l'enseignement classique".
Je suis entré comme ça à Hattemer. Par derrière. Par l'entrée de service. Celle des pauvres. Où l'on supplie, sans voix. Je devais apprendre à dire "merci" et à hocher la tête. Je crois qu'à seize ans toute ma politesse s'est fendue comme un voile trop tendu. A seize ans, j'ai commis mes premiers délits pour arracher de l'intérieur de moi tous les restes en stase de Marguerite.

***

Elle attendait, pour me déshabiller, que la nuit entre lentement par les fenêtres. C'était une grande maison que la sienne, une grande maison froide où l'on apprenait l'amour croyait-elle. Sa haine des hommes, en passant par le tourniquet de mon corps, s'est blottie en "haine des femmes". Une haine violente, indélébile. Une rage qui s'extrayait du monde pour me violer, tous les matins d'images compatissantes, cette rage enfuie des guerres se renouvelait en moi comme l'écume qui maquille la bouche des vagues. Je n'ai jamais su aimer. Le mot est censuré de mes émotions, il est trop méchant, trop brûlant pour passer dans cette grande fabrique de l'esprit et se déverser par la bouche, c'est un sexe d'homme qui ne peut franchir ma trachée étroite.

***

Marguerite le quatre octobre deux mille trois a posé sur ma bouche sa première punition : c'était ses lèvres. J'ai pleuré, ce jour là, pour la dernière fois de mon existence. Mon thème de latin était bâclé et elle le vit, elle le vit immédiatement. Mon écriture gauche, toujours gauche, ne brillait pas des petits pâtes d'encre que sont l'esprit déposé et la passion agglutinée. Ce jour là. Après m'avoir giflé comme une Cour aux arrêts inflexibles, après avoir aiguisé sur l'air gris du matin des mots coupants, ce jour là, elle a posé son corps contre le mien. Elle l'a appuyé jusqu'à ce que je sente à travers sa robe à demi dégrafée sa poitrine se rompre.
Aujourd'hui, tous les corps de femmes me sont une punition et un dégoût. Une soumission invariable et le coup de règle sur les doigts tendus du cancre. Les corps nus des femmes qui appuient leurs poitrines sur mon enfance me ferrent la bouche de caries. Marguerite le quatre octobre deux mille trois m'a appris à mourir. Je ne me lève dans la vie qu'avec une méthode étudiée avec soin, je garde dans tous mes mouvements la science qu'elle y inculquât de peur de mal faire et de voir survivre, en même temps que le matin fait ses flexions dans ma chambre, son corps malade briser le mien. Marguerite a quelque chose de ce corps péché qu'il faut mortifier pour lui faire mériter l'esprit qu'il abrite. Marguerite, dans mon souvenir, où elle se tourne sous les faces bleus, grises, jaunes et brunes se jette dans tout le corps de mes amantes et les habille d'une miette. Chaque nuit que je passe à tacher des draps, à jouir sur un corps de nacre comme dans un mouchoir, c'est elle que j'immole, elle qui vient dans mes désirs s'insinuer pour rendre la bouche amère, le corps puant du marécage, les eaux usées et vilaines. Toutes les femmes me supplicient. J'essaie de lutter dans les exigences que j'ai, dans les audaces que je multiplie. J'essaie. Je n'ai nulle part de présent à offrir. Je taille dans le bois du rêve de petits canots. Il n'y a jamais qu'une place. Et les larmes, les larmes de mes treize ans, lentement l'enfoncent dans les eaux de l'enfer. Il n'y a jamais qu'une place dans ce canot fait pour le présent, que je tends timidement aux amours qui, quand la nuit leur dérobent le masque, laissent voir le visage de Marguerite.

***

Marguerite a les yeux bleus qui font encore beaucoup de bruit dans le corps d'autres garçons - comme des épées qui raclent le marbre du palais- où elle pose ses deux honneurs, ses deux punitions, ses deux récompenses. Marguerite a des yeux froids de métal qui, parfois, croit-on s'entrechoquent en des étincelles d'orage. Son corps est une usine déserte et son regard jette encore des voiles de souvenir. La couleur de sa peau c'est de la rouille.

***

Parce qu'hélas il faut le dire, faire franchir aux mots le barrage craquelé du sens :
Marguerite m'a violé, j'avais treize ans. Elle est la première et la dernière femme de mon existence et je n'ai su qu'une nuit, une nuit inquiète, chassé du corps d'une fille la pourriture de son souvenir. Toutes les femmes posent sur mon torse mort deux punitions qui aplatissent toutes mes envergures. Dans chaque femme filtre Marguerite, quand je suis étonné d'abord de mon coeur soulevé, je demande au vin de révéler la couleur du visage et je vois invariable dans la mosaïque des souvenirs une peau de rouille. Toutes les femmes sont Marguerite et m'envahissent, montent sur moi à la vitesse d'une armée de pillards. Je ne peux pas me retourner.

Je me suis arraché de bien des enfers Hattemer, l'internat, Cassagne mais je n'ai jamais su filer entre les doigts hermétiquement clos de Marguerite, jamais vu un corps qui -longtemps- pouvait assourdir la terreur mortelle de son souvenir. Les mots qu'elles me disent, toutes, semblent du même tissu précieux et empoisonné que celui de Marguerite. Parfois, ce sont des haillons ou des fibres brulées ou des cuirasses de poussière ou des flammes transparentes, mais toujours, toujours c'est la même matière originelle que je devine. Je la sens bien qui glisse sur ma peau et la souille. Toutes les caresses sont ses caresses qui ne distraient pas la blessure vive de mon corps de treize ans. Il n'y a rien, entre deux mains d'amantes que l'épaisseur d'un gant. Ce matin, je pense à Marguerite et à toutes les filles qui pleurent depuis que j'essaie de la tuer. Je pense à tous ces espoirs aveulis...

Je ne sais pas aimer.
Marguerite m'a contaminé de mots littéraires, d'histoires fantasques, de héros aux panaches pourpres et aux armures de lin. Je suis comme un livre qui brûle et que les flammes recroquevillent sur lui-même. Je ne sais pas aimer, parce que Marguerite, quand j'avais treize ans et le nez encore droit, a fait danser devant mes mains aveugles une croix dont on ne se lasse pas.

Mon enfance hurle avec le murmure d'une fontaine, derrière des barreaux de joncs, près d'une rivière asséchée où le galop d'une crue a déplacé les habitudes. Elle est la coupable et le juge aux arrêts insusceptibles de recours.

Savoir qu'elle respire encore sans que je puisse enfoncer dans ses yeux mes mains devenues graves. Savoir qu'encore elle respire dans le corps de toutes ces femmes que je ne pourrais jamais aimer. De la première de l'alphabet à la dernière de l'almanach, que tous mes souvenirs de papier jauni comportent sa marque rend l'air lourd et empesté.

Je suis mort à treize ans la première fois. On ne s'habitue jamais à mourir.

31 janvier 2011

Les pleurs de vingt ans

J'attends minuit pour marier les rimeurs.
Aux petites filles cruelles.
J'attends la fermeture du corps-échoppe.
Pour braquer les virginités.
Dans les pleurs des garçons
Je fais des ablutions.
Dans le sang primordial de la fillette qu'on corrompt.
Je me baptse.
Mes promises ont des regards troubles de rouleurs.
Meely est une chienne dont deux enfants mordillent le regret.
Mélusine, ta voix est le fard de mes vies.
J'ai injecté dans la blessure faite avec les dents
Un peu de la salive de mon ventre.
Mon corps est une coque de métal.
Où l'eau pure des sources bataille.
Je suis infiltré de joie.  
Saleté de maladie !

28 décembre 2010

Lettres à l'outrage.

Tu as les yeux clairs des premiers amours, et les jambes pâles et invisibles qui rappellent aux
reins combien ça brûle un corps humain sous les engelures de décembre, Paris résonne de ta
voix : ce sont tes pas qui tonnent sur le bitume anodin de la ville grise. Tu es accompagnée
dans la vie de tintements et d’éclats blancs, il y a autour d’eux, pour désormais, un peu de ma
voix qui les enroule dans un lange de musique.
Tu as les yeux clairs des grands souvenirs qui se tiennent chacun à l’une des extrémités des
ciels inquiets : tu as l’aube et la nuit qui se regardent, interdits, immobiles, et aucun des deux
ne vient compromettre l’autre. Tu as les teintes oranges du jour dans l’agonie, et le blanc
automnal de la nuit qui s’en va, piétinée par les courses de rosée.
J’ai blotti trois mots aux tons fanés qui déploient des odeurs exquises dans des formes atroces,
ce sont les fleurs malsaines, arrachées des marais de la désespérance, trois mots qui sont les
dernières vigueurs du langage, son espoir infortuné.
Souvent, dans les buées qui bougent au bout de nos clopes, je me dis, comment elle est ta voix
très fine, très légère, comment elle ferait pour traverser nos hurlements d’imbéciles révoltés.
J’ai vingt ans que je porte aussi mal qu’un cœur, c’est un habit étroit, qui me moule des
épaules de fer, mes vingt ans sont deux choses : une douleur et une audace. Mes vingt ans
sont une fureur et une clameur qui ne savent pas passer, qui attendent de torturer l’Univers,
de l’aplatir sur la table à supplices et lui faire cracher ses injustices. Tant d’injustices qui
s’y morfondent dans le ventre de l’Univers et sa gorge profonde abrite tous les maléfices
ignobles, toutes les séductions dangereuses. J’ai vingt ans que je ne vendrai qu’au diable et
s’il n’en veut pas, je les brûlerai pour qu’ils ressemblent à ses filles aux couronnes infernales.

Mon existence se résume à trois ambitions, une trinité d’impie que je célèbre à l’autel des
orgueils :
Ecrire le conte qui reflétera l’enfer dans les yeux d’un enfant, construire l’Histoire qui
indignera le moralisateur et enfin, et surtout, vivre la vie qui fera pleurer jusque mes assassins.
Je pourrais en ajouter une dernière toute renforcée d’acier présomptueux : te dérober deux
baisers ; un pour chaque lèvre.
J’aime ce qui est excessif, et j’aime ton pas quand il va mourir dans le jour, j’aime quand
l’alcool qui vient faire gémir mes veines d’éclairs nouveaux et inconnus dérobent la part de
ton sommeil qui colle au mien ainsi qu’une miette de chaleur.
Dans la nuit, quand mes transes me mettent au lieu d’une voix un hurlement j’imagine tous les
jolis cheveux blonds qui percent la croûte de la nuit, ô combien de terres stériles n’ont pas vu
d’aube plus jeune que la folie blonde et bouclée qui meurt dans ta nuque constituée de tous les
iris fragiles que comptent les mains avides de la grâce.
Je me dis :
A quoi ça sert une bouche ?
A deux choses, je réponds
Au cri puissant, au baiser
Le reste c’est de la vanité, le dialogue c’est pour les idiots, se comprendre ça se passe dans
les gestes ou dans le cri, il faut éviter tous les mots superflus, ces escroqueries de poètes qui
trompent les foules.
« N’être pas dupe, c’est être méchant »
Chantait Verlaine
Et il tirait
Sur Rimbaud
La nuit a senti
Dieu le chien
Qui claquait
Des dents

Dans un éclair
D’acier.

Demain, j’aurais les ongles noirs de poudre, avant d’avoir les yeux fardés de sang, demain je
me maquille de terreur, je pose la lourde chair du crime comme un masque pressant sur mes
muscles d’enfant.

Je me dis, tu as le pas si leste que tes bottes ne te vont pas assez bien, et ta bouche s’est taillée
dans les minéraux rares des pays qui se tiennent dans les secrets recoins de la géographie, qui
sont comme un corps inquiet, dissimulé sous des brumes –comme la nuit pour le clandestin-
et des vents aux gorges de rochers. Tu t’abrites dans tes secrets et ton rire développe une
houle de joie qui chasse les inquisiteurs de la détresse, les traqueurs infernaux des tristes
solitudes. Ceux-là que tu ne laisses pas rentrer, ni demain de les avoir trop laissées hier
s’infiltrer dans tes failles, tu te souviens des bouches vénéneuses des amoureux de Province,
tu te souviens les amoureux loin derrière la cité bariolée

Je me fatiguais de Paris moi, j’en croyais connaître tous les parvis féminins, en avoir
décompté toutes les senteurs égales d’ennui, je m’étais dit « c’est fini, Paris, tu en as tout
bu la liqueur infâmante, tout bu le vice, tout dévoré la vertu » et je me disais ça, accablé
d’abandonner cette amante qui grouille de deux millions d’indifférences. Je crois que ce
sont tes yeux qui sont blottis dans ton visage qui ont réveillé en moi le mot sans la parole, la
voix sans le langage tout ce qui sert à traverser les individualités sans passer par la virtualité
niaise des mots préconçus, des phrases préparées, usées, salies, abîmées par les bouches des
galeux. Ah. Dehors, il y a le jour qui enfle, avec lenteur, il gonfle de lumière le ciel, comme
une voile. Il se bombe, le ciel, là haut, et il vient achever les rêves rachitiques qui habitent
la forêt monstrueuse du rêve. Dedans, ce sont des pins d’ombre qui tremblent comme des
déserteurs, ils enfoncent, les pins, chacun de leurs mots aigus dans le muscle tendu du songe
qu’ils percent comme la source brise la terre infertile qui retient ses fécondités, comme le dard
de l’insecte.
Je pense à tes yeux clairs qui éteignent la nuit, qui se brisent en les sept lumières imaginant le
spectre des bleus. Voilà Klein et le reste des armées aux muscles fêlées et tous les violets qui
patientent dans ma gorge que ma peau se défasse de mon corps…
AH. Comme tu es jolie, j’en ferai des poèmes à la gouache pour ton charmant visage.
J’invoquerai les mains célestes de la nuit et j’en déformerai ses chancres, je lui prendrai à
l’astronomie ses étoiles bariolées pour me les coller au front et avoir le soir qui prolonge le
soir, attacher des ficelles de soir en une longue corde qui pendra la misère.

Je sais où te trouver
Tu sais où me perdre.       

12 novembre 2010

Dette de nuit.

Lettres à Maria-Elena :

Mes délires nocturnes me reprennent. Je me pare de nuit, je mets ces grands voiles autour de mon corps, je les agrafe comme des robes de cocktails. C'est parce que l'on se recroise que la nuit -le noir- se répand encore dans mes yeux, que la cendre geint dans un murmure de cressons surpris en pleine fuite par les pas de l'hiver. Les mots sont faciles, libres mais obéïssants, on croirait des citoyens modèles et vertueux. Ils ont tout un pays à eux, tout un tas de viol à commettre et restent toujours en travers du délit, en barrent chaque voyelle, en nient tous les phonèmes. Mes mots ont de l'éducation, probablement ont-ils ce sens médiéval de l'honneur et doivent leur majesté à une formation quelconque de page. Mes mots, la révolution les a décapités et depuis ils ont perdu toute raison, tout sens commun, ils ont de la vertu en des âges où le vice frappe comme une comète repoussante toutes les poitrines humaines, l'emblème de vertu -un coquelicot- ils l'attachent à leurs voix et récitent des prières latines. C'est très bizarre, je me sens comme un ciré sur lequel le langage a toujours glissé, pluie fine, invisible, dont je sens le froid des billes aveugles, qui tachent la page. Je suis un médium, posté entre deux réalités, je sers de transcripteur. Oui monsieur Non madame Jules César a péri sous une lame parricide, il l'avait forgée de ses doigts de tyran et la lame rebelle, puante, et révoltée s'est retournée comme un mot mal dressé, une sorte de chien de la légion que la rage a rendue bleu.Je ne sais pas pourquoi les mots, la nuit, prennent cette teinte mauve, je ne sais pas pourquoi ils choisissent de peser dans mes yeux, de donner à mes cils ce rire d'éternité, je ne sais pas pourquoi ils roulent sur mon corps et y tissent des voiles de veuve. Je n'ai jamais compris ce que j'avais fait à la vie, de quel honneur l'avais-je privée, pour qu'ainsi elle me supplicie de l'écriture. C'est une roue qui sans cesse me broie, écrire, une roue qui m'écrase avec la lenteur d'une herbe médicinale que l'on pile.Tu es là, quelque part, dans mon langage, puisque j'avais perdu la nuit.La voilà de retour. Chargée de mots. Elle ne tire plus à blanc et ses heures font vibrer le temps et les rides.

Bonjour le soir. Salaud va !

Aube vilaine

Tes mains paysannes

Tachent

L'hermine

du soir

D'un or

Vulgaire.

30 octobre 2010

Vrai, je suis un désert.

Je veux guérir d'une plaie imaginaire.
J'y renverse des litres d'alcool
Et des prénoms de femme
Pour cicatriser
Une voix de fillette
sans vie.
Je veux sécher ce qui n'a jamais pleuré
Et éteindre
Des feux
Qui n'ont jamais
Brulé.
Certaines idées
Font mal
Comme des faits
On croit des impressions
Apparences d'ombres
Taillent
Du rêve
Des douleurs
Vraies.

Je soigne mon mensonge
D'amour
Avec
Des pincées d'orgueil
Et les soupirs
Du temps

Bien sur.
J'ai attendu
Que mes mains
Ferment
Leurs yeux
Blancs
Mais alors
Qu'elles n'avaient plus de bouche
Elles se sont réunies
Solennelles
Dans des habits de paume
Et de linéaments
M'annoncer
Graves
Leur cécité.

Je n'ai pas entendu
Les mots
Ne jaillissent
Que des plaies.
Mon corps
Blanc
Blanc
Striés
de
Mauves
Ne sait pas
L'éclat
D'une étoile
Eteinte.
Ne sait pas.
Comment c'est
Qu'un corps
Je n'ai pas su
Ce que mes mains
N'avaient pas vu
La physique
Leur barrait la bouche
Les mot n'ont pas su
Percer
Dans l'écorce
d'une phalange
Une bouche
Atroce.

Enfin.
Vrai.
Je n'ai pas pu pleurer.
De n'avoir su aimer.

25 octobre 2010

Grenoble, la nuit

Les villes froides

Ont des museaux

De Pierre.

Et de grands

Yeux de phantasme.

Les trottoirs sont bavards

Et assoiffés.Je partage mes rires

Déployés en liqueur.

Ici.

La lune est un œil

Qui tache la solitude.

Ou

La corrompt.

 

Je suis couché dans le bruit

Yeux verts

Yeux gris

Couleur de nuit

Grenoble est si froide

Qu'elle casse comme du sucre

La bouche de Loriane

Etait

La couverture

D'un souvenir.

 

 

Je ne me souvenais plus.

Du front humide

De mes baisers.

Peut être suis je la pluie

Qui marche

Sur le pavé

D'un visage.

 

Je me souviens Loriane

Aux yeux clairs

Aux pleurs

De sommeil

 

Le langage ne s'est pas eveillé.

La poésie a de la fièvre

Les rimes ont les joues

Rouges du houx

Et des baisers.

 

 

Je ne me suis souvenu

Que du froid

Froid

Comme quelqu'un se tenant là

Aux mains d'hiver

Qui glissent

Sur le dos découvert.

 

Les frissons ont sali

La caverne du secret.

Mes poches étaient vides

Le coeur débordait

D'impatiences.

 

La solitude n'a de langage

Que les mains

Qu'elle secouent

De leur couleur

De cellier.

 

A elle j'ai tendu des miroirs

de toutes les couleurs

Aux formes mortelles

Mais ce n'était pas le miroir

Qui la gênait

Seulement le reflet

Grenoble la nuit

Tousse des rêves

Qui déplient deux ailes

Semblables aux toits de chaume

Qui crépitent dans les livres.

 

Grenoble la nuit a des voitures

Que l'alcool

Abîme

Comme une terreur

aux pieds

De jeunesse.

2 septembre 2010

Aux vivantes.

Mes mains sont des jours,
Aux peaux mortes,
Qui hirsutent le temps

Ta joue
Est une heure
Où passent,
tendres,
Les jours :
Ou les joncs
Fleurissent
Du pâle éclat
De futurs
Arides.

Aucune fleur ne visite
cette cage de poussière,
Ni aucun fauve
ne s'y plaint,
traqué par la soif

Mes mains, aux couleurs
D'eau, ont agité des grondements
(leurs fanals)
Qui étaient des prénoms de femmes.

L'ondée est une voix
que la pierre
Emeut de sa caresse
Et ;
L'horloge suture
Les secondes
Blessées

Des femmes, à la taille souple et au cœur
taché de vin,
Avaient à la boutonnière
Des boules des cendres froides.

C'est un parfum pour les mains
Qui sont le temps et érodent
Les braises.

Des étincelles s'y élançaient
jurent les poètes.
Ce corps, récitent-t-ils,
Etait la forge de l'enfer
Où flamboyait Epopée
Qui pâlissant
Comme une nuit
devant l'aurore,
s'est faite Vacarme.


Mes mains d'argile
ont servi de creuset,
Aux cendres de ces femmes
et à Mensonge,
Brûlant du feu de la perfidie
Voilà que les vapeurs étouffantes
Sont la respiration du noble métal
Qui lorsque mes mains s'ouvriront
Vous laisseront voir
Trahison
Tout paré de sa robe
De joyaux incrustés
aux paroles d'un satin délicat
Collantes comme des fluides
d'insectes
Et parfumées comme une bouche
sournoise.

Mes mains se sont ouvertes
Pour permettre à trahison de
Respirer.
Son souffle s'échappe de mes mains ;
Mes caresses sont une maladie joueuse
aux ongles d'argent et aux appétits méchants.

25 août 2010

Par delà les justes.

Les cuisses de Tania étaient la plus solide des prisons, prison d'impressions et de jais ; de sensations et de vapeurs ; prison chimique et nécessaire. Plus bagne encore que prison : je l'appelais Cayenne. Elle me laissait voir le ciel, ciel parcouru d'ombres et de voilures noires, sevré d'étoiles, comme les forçats : d'un côté la jungle, de l'autre l'océan. Au cœur l'enfer du bagne brûlant et la main du bourreau suspendu, luisante de sueur, éblouissante de crime...Tania ne connaissait aucun évadé. Cayenne avait jadis joué de la musique, en taillant des cithares dans le bois de balata avec des cordes tressées d'une chevelure indigène. Elle avait pendu des hommes, cette Cayenne, aux cordes de marin qui se balançaient encore, les chairs bourdonnantes de miasmes, à ce qui était devenu étoupe.

Je suis amoureux.

11 septembre 2010

Anthony

Anthony, que j'ai appris dans le bruissement des foules, est le seul que je peux évoquer sans l'odeur de dégoût qui émane de moi ; sans l'odeur de désespoir qui émane d'elles. Il est une image de la sainteté en tout ce qu'elle a de naïve, de grand, de tendre. En tout ce qu'elle a d'immaculée, comme si toutes la sournoiserie du monde ne pouvait l'atteindre qu'il errait là, dans le monde, avec un corps qu'il savait se faire confronter à d'autres corps, mais sans que jamais, ce corps ne devienne une trivialité qui justifie la déliquescence. Il n'était pas de chair, mais de grâce. Je ne l'ai jamais vu se recoiffer, et alors qu'il portait la main au sommet de son crâne je le voyais replacer une auréole. La malice du monde lui glisse sur l'âme comme les mains de l'homme sur le corps de la sainte. Il était de cette puissance qui se rend éther pour les autres, que leurs vices ne peuvent pas pénétrer. L'argent, surpris, dansait devant lui, montrait les cuisses, les jambes, les beaux yeux gris, dorés, son corps à froisser et toutes les promesses de soumission, et Anthony riait, il passait sans voir l'argent dans sa longue parure de papier. Poison inerte ; ombre à peine.

3 juin 2010

Le roman sans titre.

Elle défaisait dans cette pièce ses cheveux à l'odeur de printemps et de lilas. Et d'avoir si fort cette odeur, le couloir devenait de lilas et de printemps. Dans son sommeil, j'ai tiré les tiges fragiles et les pétales odorescents. J'en embrassais la saveur lourde d'absence, la brise de printemps qui en moi faisait un poumon perforé ; un soleil d'émeraude étrange. Je partais dans ces rues qui sentaient l'urine des statues de bronze et de torture en emportant le printemps. Ces statues qui avaient été posées là par l'Histoire, un jour d'alcool ou de fièvre, pour se souvenir de la fureur des hommes qui désirent la marquer. Oh pauvre esclave, l'Histoire, pauvre esclave invincible, qui traverse dans les chaînes d'orgueil les existences de ses amours.
Ils ont voulu l'avilir ou l'honorer. Et qu'importe, elle les a tous enterrés, ces hommes, et elle en baise le front sur Paris, place de la concorde, quand elle voit des autos embouteillés qui forment le bicorne de Napoléon, où les marches forcées de César, elle rit l'Histoire de toutes ces femmes qui la défièrent dans la grâce, de Trébénéïa -brûlant d'or- qui voulut la gloire et n'en supporta pas la lumière, qui se tient debout sur le ventre de l'Histoire, a une petite place, un minuscule éclat comme les muses, les Chimène, les Roxane, à l'étroit dans des poèmes, toutes celles qui ont des points d'argent dans les cheveux, des cendres de diamant à la lèvre. Petites lépreuses, dit l'Histoire à son scribe.

Je pars. Il est l'heure, que l'ennui cesse enfin. J'ai dîné, tout de même, j'avais vingt ans, je ne les ai plus, j'en ai donné un morceau -la moitié- à Tina, à Tina qui me jouait avec les doigts Chopin, qui en cherchaient la note bleue pour se la mettre aux yeux, en faire un fard, de la note, et la maquiller, et la voir danser de cyan, d'azur, enfin, de tout ce qui peut rendre vivant.

Tina avait trop de nuit en elle ; trop d'années aussi, à nier qu'elle était née furieuse, fumée, ombre, tout ce qui de la vie est bouleversé. Les torrents, les tourbillons, les tornades, la Terre vue du ciel quand les nuages se massent et forment une étoile sans pointes, une simple trace de vie, forme engendrée par l'Univers un jour de colère.


J'étais trop pauvre d'abord pour voyager, pour découvrir les
continents et me prêter/m'offrir un destin d'aventurier, de marins à la bouche édentée et aux gencives énormes du scorbut ; il me fallait commencer en d'autres voyages, d'autres découvertes, des bateaux de fortune, des radeaux instables. Mes haines justifiaient ma lâcheté. Je crachais au bourgeois l'argent qui pouvait lui offrir tous les courages, tous les départs dont le crédit faisait un fil d'Ariane. Ces cris de haine paralysaient mes départs.

J'ai commencé autrement.

Je vais chez R, A, V, C et dans cette géographie d'initiales, de prénoms, il y a du voyage. Chacune est un État dirigé par un tyran derrière sa porte, celle de ses origines, de la rocaille de la voix, du r roulé qui tombe comme la mer sur le torse des bateaux, comme la pierre de l'avalanche dans les chemins qui montent au ciel.

De Frida, c'est l'Allemagne, les bottes en caoutchouc, et le pas haut des soldats, les frontières qui s'en vont et, plus loin que les frontières, c'est l'Histoire qu'elle forme dans ses yeux, dans sa voix, dans la langue « oh encore un souffle, dis moi « Guerre », et quand elle prononce Krieg, je vois dans le ciel des armées sortir des souffleries du ciel -d'éclair- se fendre les côtes, je vois, je vois oh, une cerise sur sa voix qui se tait et disperse les images. « Annexe-moi ; Anschluss » et je l'annexe. Toutes ces ombres d'Histoire. Il y a Nastasha au prénom de tsarine, à la peau blanche, et quand sa voix tombe avec son geste qui monte, quand elle me raconte au milieu des cendres du jour -la nuit- le bruit de départ que firent ses parents quand ils entendaient la rumeur des Révolutions, quand elle devenait la voix du peuple, la Révolution je crois que je cherche à la tuer, à lui faire chanter l'Internationale dans chaque cri d'extase que je lui arrache. Chaque porte est un pays ; et chaque pays un instant. J'ai mille États souverains, des qui ont disparu même de la géographie officielle et survivennet dans le souffle des historiens, je cherche avec la main, quand j'embrasse Songul, l'empire Ottoman, et je ne trouve sur le Bosphore que la Turquie, je ne trouve dans les Balkans qu'une nuée de petits États plus faibles que mon biceps.

Putain.

J'ai faim, il me faut trouver quelqu'un où m'inviter, quelqu'un qui sera heureux de me recevoir, qui dansera. Je vais appeler Guillaume, je vais le visiter, avec son nez qui s'allonge toujours plus que son sexe. C'est un être désincarné, il est science -et donc juif- parce qu'il est presque verbe. Le verbe est un cartilage, une articulation, le verbe c'est tout ce qui n'est pas comestible de l'être humain, tout ce que l'animal affamé jetterait s'il découvrait un homme dans sa famine. Et Guillaume n'est que ça ; intelligence sans corps, un adjectif : génie. Pas autant que moi. Moi, les mains des êtres me traversent quand elles le caressent. Mais Guillaume, Guillaume va me donner un bout de pain, et ce bout de pain, de mon corps transparent risque d'échouer sur la place Attila Jozsef, de me traverser.

J'ai mes vingt ans qui ne sont déjà plus vingt à offrir à des mères qui n'en veulent pas ; et si personne ne les nourrit je les avalerai pour en digérer vingt de plus. J'ai vingt ans qui s'épuisent de froid dans des parcs, des avenues, et se lassent d'être libres s'il faut avoir faim. J'ai vingt ans qui ont la tuberculose et crachent du sang sur les peaux de celles qui n'ont rien à m'offrir qu'un peu d'Histoire, une miette entre les dents.

Je vais rencontrer d'autres passés dans les rues.

Tiens. Salut Mikhaïl, il me raconte, comment il a la bouche plein de musique, et dans son pas lourd je vois qu'il a échangé la danse, je vois sa cuisse gonflée, je vois son corps qui grandit, je vois tout ce qu'il a éteint de lui-même pour être si plein de ce chant. Il n'a pas trouvé Wagner : il en serait revenu ébloui ; il n'est que bruyant. Bruyant Mikaïl, qui me dit, ce qu'il a visité de femmes et d'hommes, et tant qui l'ont aimé. Les hommes comme un orgueil de plus, qui viennent s'ajouter à ce qu'il pourrait appeler « morale hésitante » et qui est déjà trop morale et n'a d'outrance que de bégayer assez pour refuser la vertu. Elle ne dit pas « oui » au vice, elle n'a seulement pas le temps de dire « non » à orgie, qu'elle l'a déjà pris, et qu'elle danse sur des tables minuscules, avec les bras d'envie, avec les seins de luxure, et paresse est sa morale, et tous ces archanges noirs dont il me conte les baisers.

J'ai faim, et ma faim me fait briller dans le noir, elle me rend visible à tous les passants qui s'inquiètent d'un être pareillement phosphorescent. C'est que je brûle, regardez moi, regarde-moi, toi qui ne brûle pas, comment c'est d'avoir vingt ans et d'avoir faim. Regarde, comme j'ai faim, regarde comme mon ventre est rond de désir pour toi, comme il est prêt à se vendre, comme mes vingt ans peuvent t'offrir leur jeunesse pour un lit, un drap, pour un chiffon, pour un os à moelle. Laisse moi goûter le sucre qui coule à tes pieds, qui baigne ta bouche, qui s'égare dans la ville. Je vois le jour qui grimpe dans ces traînées de sucre qui y scintillent.

Et cette faim, ce bruit, cette voix, tout ça est mythologique, je veux dire la mythologie c'est l'habit de lumière de la réalité, c'est la croyance, la mythologie, c'est son obsession, son évidence, c'est la peau noire de l'esclave ; la jaune des mathématiques. La mythologie, c'est la poussière et le fracas qui nimbe la balle qui s'échappe du pistolet, c'est le cri que pousse l'agonisant, c'est tout ce qui est hors du corps, hors de l'Histoire, c'est tout ce qui prend de la place dans la bouche et n'en occupe pas dans la mémoire. Ce qui la sépare de l'Histoire, qu'elle nous habite le corps et abandonne l'intelligence. La mythologie, c'est la beauté du monde, c'est ce qui lui permet de durer, c'est enfin, quoi, la musique qui s'est soudain levée comme un vent pour porter les tambours de Napoléon et prendre Arcole ; c'est celle qui s'éboulait -soulevée par les Walkyries- sur les corps des génocides. Celle dont on se demandait, pourquoi elle ne s'est pas tue, pourquoi l'horreur l'a tant nourrie, pourquoi elle avait faim de drames, la misère, de violences, d'âmes brisées et de corps décomposés. Pourquoi la musique -l'art- est un tel charnier.

J'ai faim, je vois Anne pour. C'est déjà fait. Elle me met les yeux sous le nez, et me dit « regarde comme ils sont beaux » et elle adore ses yeux qu'elle montre comme des boucles neuves, comme deux immenses vanités. Ses yeux ce sont deux pierres bleus, des opalines, minéraux morts ou alors  cristaux de voyant. Je n'ai rien vu, d'avenir, de passé, d'émotion dedans. Elle me tend les yeux, et c'est comme si elle les caressait, ses yeux, comme si elle me disait touche comme ils sont doux et profonds,on dirait des sources -taries. Et je lui rétorque amusé, que la seule profondeur du monde est le sexe des femmes. Mais elle insiste, elle veut que je lui touche les yeux comme les hommes touchent, que je dise la naïveté.

Je ne l'ai pas dite.

Je préfère les prostituées, elles sont muettes. Muettes comme un criminel. Je crois que c'est ça, le crime rend muet. Il censure la parole inutile, puisqu'il y a un geste, un acte, ô un acte sublime, qui suffit pour parole.

J'attends le criminel qui ne parlera pas mais dont on saura qu'il a voulu parler alors qu'il assassinait, violait, pillait lorsqu'il s'est mis sous l'ombre de la Cour d'Assises qui finit toujours par s'étendre assez pour coincer la fuite avec l'aide du jour. Je veux qu'il dise qu'il voulait parler, mais qu'il était trop lourd de crimes, qu'il l'avait déjà en lui et qu'alors il ne pouvait rien dire, que sa bouche, refusant d'articuler, ne pouvait que mordre.

Je veux l'entendre -sans un mot- indiquer qu'il devait parler et qu'il devait le faire de tous les moyens, par tous les gestes, qu'il devait soulager son muscle du crime qui le tétanisait.

Alors il a tué. C'était sa voix. Ce geste. Son langage de signes.

Qu'il dise ça, enfin, sans un mot. Et que je l'entende.

La parole ne sert pas les gens beaux, qu'ils ouvrent la bouche pour lécher, embrasser, ce sera bien assez pour ceux que la poésie a déformé ou que la fortune a élevé. La beauté, chose muette, statue, qui jonche les jardins de rois.

(La belle bavarde)

Elodie, est une femme dont on se demande pourquoi elle n'est pas née en marbre ou figée dans le bronze qui moulait parfaitement son corps. Pourquoi merveille de chair et de formes était capable de mouvement, d'abandon et d'exercice -factice- de volonté ? Son corps ne devait être rien d'autre qu'un objet posé sur son socle de pierre -désir des hommes, qui traverserait le temps dans sa matière brute, dans son cristal primitif et éternel, dans la nuit blessée qui y coule comme une bouteille d'ivresse cassée sur son crâne, et ruissele de sa beauté violente. Ce devait être une autre nuit, une nuit basse, qui monterait de la Terre, tandis que la nuit haute y tombe. Elle devait être fleur -rose et pissenlit- mais se pensait humaine, croyait aux choses du bonheur, aux bassesses que sont les yeux des garçons, abandonnait vertus et vêtements dans des draps -mes draps- jusqu'à en devenir spectrale/vieille. J'ai connu sa peau et  mon cou a gardé la brûlure de ses lèvres. Elle était puissance et toute sa puissance était corrompue par ses tentatives d'esprit. Son humanité l'avait avilie. Quoi qu'elle fut elle a fini de l'être. (ici=gangrène ?)

Le crime dessine des muscles et sublime ; le remords défigure. Combien j'en ai vu d'amoureux, les jambes nouées à la place de l'accusé ? Combien sur ce trône, sis dans la majesté qu'exhalaient les regards réprobateurs des curieux, qui abdiquaient dans l'aveu. J'ai vu la couronne lourde leur tomber du crâne et l'hermine leur glisser des épaules, j'ai vu leurs traits se creuser, j'ai vu que le regret était la première ride dans la beauté et la beauté -qui n'est beauté que parfaite, inaltérée- était fatalement atteinte par le sillon (peut-être décomposée, lèpre, ou autre chose, qui défigure, comme l'empoisonnement aux radiations, quelque chose dont on peut dire qu'il fait «  tomber le visage » qu'il rend « humain », filer dans l'idée qu'il y a de beauté que dans tout ce qui n'est pas humain, que les plus beaux ont la cruauté des animaux, des plantes, des prédateurs, qu'ils ont leur appétit)

(intégrer mon truc sur mes yeux de bile ici qui recouvrent le monde)

Les avocats de la défense, quand le criminel avoue, ont un geste d'humeur qui n'est pas celui- vulgaire- d'avoir perdu une affaire, d'avoir taché une réputation ou envoyé en enfer un innocent mais celui de n'être plus amoureux, d'avoir aimé une grâce qui était faiblesse, faille que le juge, frappant de son marteau, fend. Les avocats ne défendent pas des clients mais des amants.

Je vais aller voir des criminels, des rangées, légions, bougres et bougresses, raides de principes et/puis voûtées de gloire. Ceux qui ont des trésors de papier journal ou, pour les plus agiles, de photographies en noir-et-blanc du jour où le jour les a révélé, où la nuit, lasse, a cessé de garder leurs corps et ceux dont on a trouvé aucun corps, que la justice a poussé d'une main plus faible en prison -et qui savent la séduire, de leurs muscles toujours là, qui lui remontent le bras, en baisent la main, et bientôt recommenceront.

Je veux visiter des prisons, m'égarer dans ce « corps social » où chaque être est déjà une cellule, je veux voir ce bâtiment gris qui fait un automne/une aumône à la ville où il a poussé, et toutes les caresses que s'adressent les prisonniers, ces caresses où personne ne fait la femme, mais où l'un des amants fait le mort. Comme les prostituées que j'aime tant de leurs silences qui se disloquent en autant de larmes, ces larmes qui ne percent pas, qui ont durci sur la peau, pour en faire une autre peau, douce mais rugueuse, à laquelle s'accroche les mille envies du monde.

Je suis en prison, dans mes nuits, et je sens la brutalité vile d'un homme trop grand, trop imposant, et je me sens fleur qu'abîme le gland qui chute de l'arbre, qu'écrase le pas sauvage. J'ai peur de sentir son envie qui traverserait la réalité. Peur, de sentir le sexe qui se dresse, peur que tout ça devienne une histoire, où le sperme lactescent qui jaillirait me crèverait le poumon et m'asphyxierait le coeur.

Je n'aime pas les hommes ; je désire des criminels, je désire ceux qui sont jetés là par la vie ou même parfois, par la seule pulsion primitive d'être nés siamois avec ce crime qu'ils ont attendu de réaliser, et qu'ils réalisaient déjà dans l'imagination, qu'ils ont commis cent fois d'un plaisir décroissant. Combien d'images et de corps fantasmé ont péri dans leurs bras avant que ne s'abattent le premier corps, avant que ne s'écrase la première victime.

J'essaie de leur ressembler parce que je voudrais être beau, j'essaie de me distinguer, de me farder les yeux de petits brouillons de crimes que sont les ruptures brutales, les adieux cruels, que sont les départs en sursaut des corps amoureux. Souhaiter avoir le poing qui serre un crime qu'on ne montre pas.

Je n'ouvre plus les doigts, je ne montre plus ma paume, parce que s'y tient un crime, que j'étouffe, et s'il se libérait, s'il venait à percer, à montrer son dos, ses épines au jour ferait tourner trop de têtes, évanouirait trop de corps. Je le chéris, jusqu'à ce qu'il dévore/crève ma main, que le crime m'honore de sa première souillure.

C'est ce qu'il faut dire au procureur qui énumère les victimes comme un mauvais comédien, c'est qu'il en manquera toujours un, que la police lui a remis un mauvais manifeste, que le décompte est erroné, il me manque « moi ». C'est secouer la tête en entendant le silence qui suit la prononciation du dernier péri, et reprendre avec tendresse ce pauvre acteur de boulevard. Lui dire « ce n'est pas grave ».

Et les criminels s'ils avaient encore une voix, une parole, le dirait. « Je suis le premier sang, la première blessure, la première plaie de ce crime qui gémissait en moi. Il faut le nourrir ce crime, celui dont on est enceint, qui jaillit de nous, plein de barbarie. Devrait-on laisser mourir de faim son enfant pour sauver l'humanité ? »

Il faut désirer.

Mais ces nuits s'épuisent ; et je m'endors la paume serrée sur un secret, le ventre tremblant contre le corps d'un prisonnier.

Aujourd'hui il me faut visiter un ami, savoir combien il me doit, recouvrer toutes mes créances pour partir, pour visiter la Hongrie et avoir faim et apprendre cette langue qu'un peuple fit sienne en entendant le diable tomber du ciel. J'accumule des centimes, des petits océans de monnaie qui se cherchent des affluents impurs.

Je pars. J'ai mes vingt ans, quelqu'un là bas en voudra, ou bien au moins de mon accent français, ou bien au moins de mon élégance, ou bien au moins, parce que j'ai un cul et une bouche, je n'aurai pas faim.

Je vais voir les amantes, avant, je vais m'habituer aux voyages, à l'Histoire que je connais de ces endroits, de ce pays qui se tenait -jusqu'à mon départ- derrière cette porte, rue Gallienni, Kristina est hongroise, et je vais savoir le bruit lourd des Csikos -qui sont déjà une poésie- dans ses mains qui m'attraperont le ventre, dans ses soupirs, dans nos corps mutualisés, dans ses cris. Dans quelle langue elle jouira ? J'en apprendrai les mots,  les sons, pour quand ce sera mon tour, là-bas, de jouir. Kristina s'endort ; le rouge l'abandonne avant moi. On dirait une morte. Une petite fille que le sommeil éteint, un néon essoufflé. Je lui murmure des mots doux ; puis des mots durs. J'attends une réaction, d'être sûr qu'elle est déjà plus loin que la réalité, quand je m'en assure, je me lève. Je fouille ses poches. Il y a des restes de panique dans mes gestes, et c'est pourquoi je me suis allongé sur son flanc, pourquoi j'ai souillé de vomissures son corps d'aube, pour apaiser mon corps, pour épuiser dans sa bouche tous les bruits qui me révéleraient. Les crimes se commettent de nuit parce que le noir va mieux au criminel. Je compte l'argent, fragmentés en pays -c'est un premier voyage- pounds, dollars, yen, yuan, dinar, pesos -et des taches de sang- les bijoux, je vole les diamants et tout ce qui brille -ce qui m'évite de lui prendre ses yeux. J'ai les poches pleines d'elle ; ses reins plein de moi. « Ô Balances Sentimentales ». Premier pas dans le crime, au nom doux à l'oreille : « délit ». Je fouille, je cherche, je racle, pour des trésors ici, une richesse, quelque chose qui luira, fera un plastron quand la faim tentera de me fendre l'estomac, quelque chose qui me rendrait immortel et vivant si je n'ai nulle part où dormir, si les bancs se dérobent, et que la prison me refuse son étroitesse. Je cherche une noblesse, une distinction. Un solitaire, là, pour manger, une chevalière frappée de grandeur. Oui. J'ai le corps mou de l'or chauffé pour que s'y impriment tous les blasons du monde...

Je suis obsédé par l'idée d'exister. D'apparaître au monde et m'assurer de n'être pas impropre à la réalité. C'est pourquoi il faut fréquenter dans les endroits de la foule qui pense faire du bruit et ébranler le monde quand elle y bruisse. Je couche avec C, que j'ai rencontré chez G., et le craquement qu'elle produit sur mon corps me fait penser à celui des feuilles mortes que je foule. Elle est l'automne sur lequel a marché l'hiver. C, A, V, F, D, sans poésie, ni musique.

Ça me facilite le silence, l'absence d'aveux, de commettre un crime dans une langue que je ne parle pas. J'ai la bouche cousue de l'assassin ; ouverte de l'affamé. J'ai trouvé cette noblesse chez Pauline à la bouche si close qu'elle ne s. pas.

Anthony, que j'ai appris dans le bruissement des foules, est le seul que je peux évoquer sans l'odeur de dégoût qui émane de moi ; sans l'odeur de désespoir qui émane d'elles. Il est une image de la sainteté en tout ce qu'elle a de naïve, de grand, de tendre. En tout ce qu'elle a d'immaculée, comme si toutes la sournoiserie du monde ne pouvait l'atteindre qu'il errait là, dans le monde, avec un corps qu'il savait expérimenter, mais sans que jamais, ce corps ne devienne une trivialité qui justifie la déliquescence. La malice du monde lui glisse sur l'âme comme les mains de l'homme sur le corps saphique. 

31 mars 2010

Aux petites choses

Avant de s'anéantir
Les étoiles
Brûlent
Désespérées
Comme un amour
Qui s'en va
Mais qui s'embrase
Dans les bras
D'un amour
Qui ne s'en va pas

Et cet amour
(Qui demeure)
Pareil à un ciel
Aux étoiles déchirées
Gomettes qu'une bouche d'enfant,
Rose et vivante, avait posée
Que des mains aux formes d'adieu
Grattent et
Décollent.

Cet amour
Pareil au ciel de
Florence
Fronce sa peau
Noircie
De fleurs
Et d'épines
Et pleure
Les amours
mortes.
Comme le ciel
(étiolé)
Pleure
Les étoiles éteintes

395/

Et sur ton ombre j'ai replié les bras
En cherchant les contours de ton corps
En imaginant tes lèvres.
Demain, je les oublierai, je baiserai en vain
Le souffle qui les fait naître ; l'alizé des soupirs
Du fantôme de toi.
Ma Maudite.

Sur ton souvenir j'ai tracé des pays
A la craie rouge, aux parfums de nulle part
J'ai cherché dans l'identité la différence de ton odeur
J'ai remué des pavés, fouillé le fond des révolutions
Pour avoir sur les paumes un peu de ton prénom
Qui s'échappe d'un conte, d'une histoire, d'un poème
OU
Les cristaux des voyantes
Semblables à tes yeux
Troublent le passé.

(Pour avoir un peu de ta saveur morte dans le ciel
Pareille à l'étoile bleue qui s'est éteinte, et s'éteignant
Gèle les galaxies, les coeurs des amoureux épris
Tremblent.)

Je t'ai écrit dans ce que tu liras bientôt,
Quand la poste fera son office, à trainer
Eboueur des poètes,les déchets de mes nuits,
Que tu as peur la nuit ; que j'ai froid la nuit
Qu'on ne sait plus bien quand nos corps se désunirent
Qui frissonne de peur ; qui frissonne de froid

Mes mains ont bleui, ce sont des taches de vin
Posé sur ton corps de nacre
Que le blanc des draps décolore.

Tes cheveux sont des algues de tourments
Qui nouent entre eux les rondins
des radeaux
Et noient les fuyards aux adieux prononcés.
Tes lèvres sont des anémones qui s'enroulent
Sur un squelette de fer, et se déplient
Comme un drapeau qui claque
Pour étouffer mon murmure.
D'adieu.

Tu es un piège de pâleur,
Un piège assiégé d'hiver.
Sur le ventre, et sur lequel je coule
En blanc, en clair, tu m'as appris
A pleurer en couleurs.
Seulement je ne pleure pas.

Tu es un caillou froid qui borde le rhin
Et tes reins sont le courant
qui jettent en leur sein les mains des amants.
Je ne sais plus de quel côté est la nuit
De quel côté est le jour
Alors je marche sur le bord de l'horizon
un jour aube, un jour noir
Je suis debout sur un trait de lumière
qui brunissant
M'enterre.

Et je m'en vais.
Je te laisse mon ombre
Que tu attacheras à un autre.
Avec tes boucles de ciel
Avec tes algues d'ombre
Tu en prendras un autre
Qui jettera l'ancre
Sans pouvoir la lever
Au fond de la vase
Noire comme le fond
de
L'Univers
Où se voile ton coeur.
(Un autre
Qui sera un souvenir
A t'attacher au cou
A faire une perle d'oubli
Un diadème
Pour danser.)

Dans la nuit tu trouveras des corps
Mais tu n'y trouveras plus
L'amour.
Qui, pareil à la mort,
Enfante dans le ventre du poète
Les vers.

29 mars 2010

A.

J'ai la poésie de Desnos qui fait des miracles dans mes abîmes
Qui les écarte, ces failles du verbe, qui y engouffre
Le vent, les alizés, l'odeur indistincte de la mer.
Je pense à toi, je te dis, A., que je m'ouvrirai les veines
Pour mettre sur ton ventre blanc, un peu de mon sang.
Oui, comme une bouteille d'un vin sacré, qu'on brise
Et qui tâche la nappe des noces, et des festins
Avec le verre qui coupe les doigts curieux
Comme la bouteille qui imprègne toute la joie
Qu'il y avait dans les pas des danseurs,
Sur la robe de la mariée
Je serai cette tache de sang
Sur ton ventre blanc
Sur ton corps
Transparent
Sur tes
Nerfs
Invisibles
Je serai,
La blessure, le fantôme au milieu des fantômes qui mangera ton ombre, avec les doigts courbés comme des gouttes de pluie.

Je cherche ta bouche, A., ta bouche qui bleuît comme les lacs
Que l'hiver gèle, comme la neige qui pare les sapins verts.
Tu sais. J'ai la chaleur d'une étoile qui s'en va, j'ai sa couleur
Rougeoyante.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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