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20 décembre 2016

TITRE SUR LA ROUTE LA ROUTE

THEME PORTRAITS

 

 

une route

de bitume

nulle part

depuis aucune cité

vers aucun rivage

ni précipice ni origine

sans but sans cause

cette

route de bitume

route de chez nous

de notre siècle à nous

les piétineurs

on imagine

cette portion de 

bitume de grès  de béton

nulle part

Le temps du monde n'avait pas débuté

tout retenait son souffle

soudain

le premier cri de

la forêt loin d'abord 

qui perce la croûte

dure de la terre

la pluie maternelle

la nature mouvement

la route plus grise

fendue

la neige le vent

le soleil chaud

toute la vie

qui contient

toute la mort

la route usée 

qui est une forme

défunte

immobile

sans bruit

et féroce le temps

féroce la nuit

qui outrageaient

la route

la forêt grandissait

dans le désert 

s'approchait de la route

(géant sylvide

il va

il

écrase)

la route

cette morte humaine

son âme inquiète

toutes les mains qui la firent

peut être

sa ridule son tremblement

et

alors

la nuit

son carnage commun

la poussière agglomérée en 

pierres cailloux

ou l'inverse

le caillou et la pierre

dispersés sable

la route couverte

fleurs épines 

herbier intégral

déversé

 

 

la route suffoquée

la route noyée

par le tonitrument

l'eau gonflant

le fossé

creusé

du vent 

le lac affamé

qui ronge

la terre

coule

goutte à goutte

envahi

poison la vie

pour la mort

poison

 

et tout

eau

feu

plantes

minéraux

tout

couvre la route

l'univers entier

son masque de morte

 

 

le cri

à nouveau

vagissements

pleurs

cris

et ça commence à grouiller

ça grouille de plus en plus

vibre partout

et la forêt puissante

titube

vaincue

et le fleuve dompté

et la rivière asséchée

la fleur arrachée

et sous la poussière

à l'endroit de la route morte

les pas le chemin

la cariole

le camion citerne

le béton déversé

sur la route

la route

sous la route

la route

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26 mai 2020

Quand il revint dans sa vieille maison pour la reconstruire, mon grand-père voulu lui aussi planter un frêne dans son jardin à l

Consigne : la première phrase et la dernière constituent le point de départ et d'arrivée du texte. 




Quand il revint dans sa vieille maison pour la reconstruire, mon grand-père voulu lui aussi planter un frêne dans son jardin à la place de celui qui avait été tué par qui les obus. 





Il disait « le frêne » par métonymie, de cet esprit d’économie des gens d’antan. Des gens D’avant. Le frêne…C’était toute une petite forêt de frênes assassinée.


Il avait demandé la paix. Il nous recontacterait quand il sera temps. Il a attendu dix ans.
Dans la famille nous plantions des frênes. On disait « dans la famille, on a toujours planté le frêne ». Sans raison explicite. Nous plantions le frêne. Héritage solennel.
Mon grand-père se pliait, me semble-t-il, à ce devoir généalogique. Il rentrait pour s’y astreindre. Les traditions sont le sang des vieillards et les préservent mieux que toutes les médecines.
Il perpétuait à sa façon la lignée. Autrement. Lignée végétale, croissant parallèle, à celle des hommes et des femmes. 
Plus importante peut-être à ses yeux.
C’est pour ça qu’il disait « tué » pour le frêne, il disait tué et pas « détruit » ou « arraché ». Tué, ça voulait dire qu’il était en vie, à égalité avec un être humain. Eux, les êtres humains, pareils se font faucher par les obus. Puis remplace dans l’enflement d’un ventre de femme.
 
Il portait, comme ses aïeux, cet arbre à naître. Il donnait la vie, la vie arrachée par les obus. 



Un jour ce sera mon tour peut-être. Je disais. Ce sera mon tour peut-être en riant. 
Chez nous, de générations en génération nous ne nous transmettons pas un peu d’or d’où l’on tire des chevalières. Nous portons une autre durée.


Mon grand père avait sur toutes les choses des conceptions…originales. Lorsque le frêne fut planté et la maison reconstruite il nous invita. Dans cette famille d’être brutaux, égoïstes et terreux, seul mon père répondit. Maman, qui était une dame de la ville comme disait mes oncles avec mépris, exprima sa réticence. Elle craignait mon grand-père. Je ne m’étais pas rendu compte, à l’époque, de son teint pâle et malade à l’annonce du voyage. Elle craignait mon grand-père homme chênu, taiseux. Je croyais. Je disais. Elle le craint. Je ne savais rien. Nous ne savions pas. Je crois que souvent, c’est ceci, nous ne savons. Nous ne savions pas ce qu’il contenait en lui de douleur caillée, immobile et drue. 
Quand le frêne fut tué. Les voisins ont raconté. On dit. Ils disent qu’il y eut un cri de bête dans le village, un cri d’outre-noir. Ils ont dit « un cri de bête ».
A l’enterrement de ma grand-mère il n’a rien laissé paraître. Il recevait les condoléances avec l’air qui sied à la circonstance. Sans mots, ce lui était facile, avec dignité et réserve. Il avait mené sa vie ainsi. 
Souffrait-il à chacune de ces paroles compatissantes, sincères ou non ? Poussait-il à l’intérieur de lui ce cri d’outre-noir, cette bête sauvage assassinée ; ressuscitée toujours pour hurle plus encore et il savait retenir le cri à l’intérieur. Le cri ricochant dans la cage thoracique et qui ne devenait même pas. Ne mourait même pas soupirs. Cris, outre-noir dompté. Contenait-il cet outre-noir ? Aujourd’hui J’en suis certain.

A peine arrivée maman voulut repartir. Elle ne faisait pas des manières, il n’était pas question pour elle de ne pas vouloir tacher son tailleur ou abîmer ses sandales dans la boue. Maman n’affectait aucun grand air ne se donnait le genre d’aucune grande-dame. C’était une femme délicate et sensible. Si elle fuyait tant la compagnie de mon grand-père c’est, elle me l’avoua des années après sa mort, parce que sa douleur à lui retentissait si fort en elle qu’elle croyait parfois en perdre connaissance. Elle m’avoua avoir connu quelques amnésies. Des moments de blancs comme sous l’effet d’un choc à la tête.

J’ignorais tout de la complicité muette qui les unissait. Et je compris, bien tard, bien tard, les silences complices et douloureux qu’ils savaient s’échanger. Paroles, souterraines comme des racines.
Et moi…moi qui fut toujours le plus bavard, l’histrion tonitruant croyant tour régler par un bon mot, une injure, un libelle ou n’importe quel artifice tant que ça claquait de la langue. Moi, comment pouvais-je comprendre ?


Elle voulut repartir parce qu’elle avait vu la maison. Il avait dit reconstruire et une ruine nous faisait face. Une ruine fabriquée par la main humaine et non le passage du temps ou d’un autre Attila. L’obus s’était abattu loin de la maison. Les voisins ont dit. C’est une chance elle a pas été soufflée. Juste les frênes. Vraiment un coup de pot. Pfioou. Même les vitres ont résisté…Une veine de cocu.
Alors mon grand-père a taillé la maison, défoncé les murs pour donner à cette maison l’air de fin des temps. Pendant dix ans. Il a construit la ruine. Et le frêne était planté. Plus vivant que jamais. Gazouillant, presque, sous le soleil magique qui ne brille qu’en Auvergne. On le dit, là-bas, sort du fin fond des volcans locaux.
Face à ceci, maman ne put pas. Elle ne dit pas. Je ne peux pas. Seulement la pâleur dans son regard. Sa main qui tire le loquet de la portière verrouillée. Qui répète le geste inutile pour se dire. Cette fois ça va marcher. Ca va s’ouvrir. Merde. La main palissait. Le sang manquait.
Sûrement, avait-elle compris, oui elle avait compris c’est sûr, compris de tout ce sang refluant, compris ce qu’il nous disait ici. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait pas. Ce qu’il transmettait, ce qu’il racontait. Elle ne pouvait pas. Moi je souriais. Maman…toujours trop. C’est joli..
Cette ruine c’était le cri toujours retenu, toute sa vie d’indocile projetée, taillée dans la pierre et la chaux. Et le frêne tremblait ; témoignage vivant de la seule vie à vivre. Il clamait ce frêne à la tête de tous que c’était ça la vie. Quelque chose se planta en moi ce jour là. Informe, fragile. En ce temps-là j’étais un jeune homme dissipé et mon savoir des choses végétales se limitait à la Chartreuse. Mon père jamais ne reçut ceci. Il planta un frêne. Il faisait son devoir. Mais ça le faisait chier. Il n’avait pas planté lui-même. Il avait payé un type. Qu’on me fasse pas chier avec ça. Il avait dit. C’est maman. Maman qui vraiment planta le frêne. Non de ses mains à elle. C’était une affaire d’hommes. Mais cassant la gangue de ce grain de frêne. J’héritais d’un arbre. Je descendais de cet homme chêne. Mon père jamais ne sut être. Il manquait de ce poids, d’une histoire. Homme de son temps. Et moi je devais méditer ce frêne à germer.




Pour me dire je suis, pour me libérer de ce doute : « je pense donc je suis ». Je sais que je pense. Mais suis-je ? »
Je suis.

 

18 mai 2020

Carton bouilli.

Je dis
Elle dit, j’ai un corps en carton. Elle dit c’est peut être pas adapté, carton, c’est plutôt dur, rigide chez moi. j’ai encore mal, il y a un point, au dessus de la fesse gauche, un point un peu chaud et sensible. Je ne sais pas si je dois masser ou attendre que ça pense.

Ca me fait penser quand elle dit ça. Je me dis. Ca me fait penser à loin en arrière. Le mot carton. Toujours. Ce souvenir il pleut. Il pleut très fort. C’est sur le port de Marseille ou plus haut, bien plus haut. Le Havre peut-être ou Saint-Nazaire. Il pleut.
Le carton, ça fait penser aux valises des immigrés. La pluie qui tape, tape rebondit contre la poignée de la valise, le corps de la valise. Que des hommes c’était. Ils rabattent sur eux un manteau élimé. Que des hommes portant les valises en carton bouilli. Ils venaient. Pas pour rire. Ils venaient, des années pff. Des vraies longues années. Ils venaient, découvrir la pluie et les francs de France. Ils venaient avec des valises en carton trempé. Des valises on disait carton bouilli ça ressemblait à du cuir, c’est tout, mais du cuir pourri, du cuir d’un tanneur qui t’arnaque. Il lèche ses doigts, il dit y’a le compte, tiens mon frère. Il a une caisse enregistreuse, une petite clé pour verrouiller la caisse. Ca ressemble aux clés de nos boites à lettre.
La valise en cuir pour de faux. Ils avaient l’habitude des choses qui ressemblent. On leur disait même desfois, jusqu’en 1962, vous ressemblez à ds français. Des français arnaqués, le tanneur s’appelait Jean Morin ou Georges Catroux.
Sous la pluie féroce. Ils traînaient ces grosses valises. Des grosses valises lourdes et larges qu’il fallait protéger de toutes ses mains.
La pluie, elle s’arrête pas avant d’avoir troué la valise en carton. La pluie qui tombe, tombe, tombe, ne s’arrête pas. Ils lèvent les yeux au ciel. Il y en a un, c’est mon grand-père, il dit « y a rahbi ».
La pluie tombe.
Tombe. Elle tombe encore aujourd'hui. Y a rahbi, ils disent. Le carton bouilli cède, l’angle, en bas à droite gorgé d’eau se déchire. La pluie tombe. Le sol mouillé. Un monde se répand sur la terre molle qu’ils hantent. 
Je dis, hantaient, ils passaient là comme des fantômes malvenus. Jeunes hommes précaires, portant la moustache, priant et fumant des gauloises. 
Leur vie se couvre de boue.
Leur monde se répandait près du foyer sonacotra. Les petites chambres, le poste de télévision parfois, le coiffeur au 5ème étage, toujours la même coupe. 
La vie répandue, à cause de la pluie. A cause de la pluie
on voyait cette vie là étendue, ce fantôme de vie. 
Le froc en toile, les photos des enfants, abîmées peut être ou soigneusement couvertes, un fin film plastique ou un peu de verre tout neuf, la cravate même au cas où, la chemise pour tous la même, une blanche avec de petits carreaux gris.
Il faut prendre garde à la pluie.
Le mot carton toujours m’évoque ces valises là.

 

12 avril 2020

Atelier d'écriture - verbes d'action

Atelier Laura Vasquez : consigne que tout bouge / verbes d'action.
l
 a
  p
   l
    u
     i
      e
tombe
les fenêtres se rabattent
le jour déglutit
tu marches vers le point de rendez-vous, dans la poche 
le portable vibre incessamment et
bouge la toile du tote-bag
ton regard parcourt la place. Tu détailles tu
frottes ensemble tes deux mains pour te donner 
du courage.
Tu marches, tu es en avance ; un rat passe à toute allure. 
Le soleil se couche, lentement. Le mouvement de la montre indique 19H15.
L’air froid circule dans tes cheveux. Tu poses la main sur ta frange qui
résiste
tu sens ta vulve mouiller
Tu glisseras la main sous le t-shirt ou
déboutonneras la chemise
Le métro roulait trop long-
tement à ton goût 
les draps froissés et
sur la place l’eau de la fontaine coule 
régulière ou p-e stasique 
se réunissent silencieux
les v i e u x
ne trouvant nu-
lle part ailleurs
la quiétude
due
tes doigts pressent la surface lisse du téléphone 
portable, les mots défilent, tu reviens sur quelques-uns,
 le correcteur orthographique les déforme
tu imagines dans l’air le mouvement rebondissant
des ondes projetées et
relayées par les antennes 4G
atteignant
les passants dispersés
tu dégraferas avec difficulté
les attaches du soutien-gorge
qui tombera pas du tout
comme devant les sables
mouvants
des images du Gaumont
à cette pensée
à l’intérieur de toi tu sens le frottement des 
organes
c’est une façon de sentir la vie
balbutier en soi
le coeur propulsant le sang
ta bite se durcir
du double impact
des pensées du désir
tout
comme si les organes
possédaient une bouche
remuant ensemble
un concerto de langues
vous marchez l’un vers l’autre
de plus en plus vite
comme si vous risquiez
d’être vous absorbés
vous précipités
par une force souterraine
majeure engourdissante
et
que rien                                                               ne comble
sauf le mâchonnement
remuant
des dents
écrasant
le coeur
friable
effrité
le soleil se lève.
                     la porte claque.
Remets tes chaussettes.
toi aussi.
nuit engloutie.

 

15 août 2021

Opium - Jeu d'écriture


IZALGI 500 mg/25 mg gélule 
(paracétamol, poudre d'opium) 
est une nouvelle spécialité 
antalgique de
 palier 2, indiquée 
chez l'enfant à partir de 
15 ans et chez l'adulte, dans le
 traitement de la douleur
 aiguë 
modérée
intense, en cas 
d’échec
 des antalgiques de palier 1.
(…)



poudre d’opium, comme si, timidement, par le détour des ordonnances et des pharmacies ou, plutôt, plus justement ici, des officines oui, pour revenir au langage meurtrier des années 1900la substance Morphétique pouvait resurgir.

article 2 loi février 1916 : punis d’un emprisonnement de trois mois à deux ans et d’une amende de mille à dix mille francs ou de l’une de ces deux peines seulement, ceux qui auront contrevenu aux dispositions de ce règlement concernant les stupéfiants tels que : opium brut et officinal ; extraits d’opium ; morphine et autres alcaloïdes de l’opium


Modeste cet opium, diminué, remboursé, institutionnel si l’on peut dire et, à ce titre, comme toutes les choses administrativement reconnues, amputé. Opium modéré, infans, remodelé, accompagné, gardé ou, plutôt, certainement, oui, surveillé par cette sorte d’aîné sec, sévère, le Paracétamol qui laisse l’esprit en paix, négocie, toujours perdant, piètre diplomate, avec la douleur : aigüe, modérée, intense. Vieillard ou soûlard, tapant le foie, de sa canne molle, hurlant d’une voix aigre. 

Et si je déchire par le milieu ce comprimé d’Izalgi quel passé survivant, quel chant quelle, mélodie ? 
Les tragiques accents de cette 
mystérieuse
plus vaporeuse que la poudre d’opium
la mystérieuse au visage poudre de riz
pour rendre l’atroce douleur muette
la mystérieuse peau blanche blanche blanche blanche
blanche du sommeil irrécusable
la mystérieuse spectre étrange
autour de quoi ni mains
ni poèmes
ne savent plus se nouer
ni rêver
sinon trouvant fantôme
Ni Personne, ni Desnos, ne surent sauver
celles et ceux tombés entre les griffes
de cet amant mortel, faux amoureux
assassin véritable

(…)
Le risque de pharmacodépendance doit également être envisagé en raison de la présence de 25 mg d'opium par gélule.


Rien, ni Nancy Cunard ébouriffée, rien, une poudre blanche, mate, pas le Charleston, pas la loi-même. 500mg de paracétamol, 25 mg d’Opium. Rien.

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13 mai 2021

Twitter 12 mai 2021

12 mai : 

Chiara est #juive ce qui provoque parfois des tensions avec ses camarades de classe.
Tensions sans importance, de mauvaises blagues d’adolescents qui jouent avec les limites. Il arrive que Chiara s’énerve c’est antisémite et Rayan, mort de rire, répond
tu vas appeler la #LICRA ?
Les paroles, parfois, cependant excèdent le permis, Chiara sent bien qu’un vieux fond #antisémite baigne toutes ces « blagues ».

Chaque fois que le conflit #israélo-palestinien se trouve une actualité, ce bain rance engloutit.
Chiara, parce que la situation s’apaisait ces dernières années, n’y pensait plus. Elle ne remarquait même pas que les blagues antisémites, pour peu qu’elles demeurassent, se prononçaient avec moins de conviction. Ca passait. 

Chiara, ne dort pas cette nuit, la #guerre entre le #Hamas et #Tsahal la terrifie, lui donne de l’insomnie.
Elle écrit à Anissa vers 2h du matin
Chiara : putain ça va être horrible demain
Anissa : je sais mon père casse les couilles
Chiara : les ovaires
Anissa : casse pas les couilles toi
Chiara : Rayan va être trop relou
Anissa : mon père là #yahoudi, #yahoudi #yahoudi 
Chiara : mes darons…ils ont rien dit à table.

Les parents de Chiara, juifs, intellos, de gauche, qui ont transmis à Chiara une solide culture littéraire et intellectuelle, l’encouragent dans toutes ses prises de position politique, admirent son courage et la remercient de prendre, presqu’en leur nom, la défense des plus faibles. Sarah, sa mère, se sent fière de sa fille quand à Kippour, en 2019, en famille, elle défendit le #voile auprès d’une assemblée plus que réfractaire.
Les parents de Chiara ne comprennent pas tout des engagements de leur fille et acceptent, eux, d’être un peu dépassés ma chérie par tous ces trucs cisgenre et compagnie…on te fait confiance… 

Les parents de Chiara ne dorment pas non plus. Ils regardent cette chaîne d’info en continu qu’ils détestent tant #i24News sorte de #BFM israélien, au goût prononcé pour le scandale. #I24 diffuse aussi en français et, cette nuit, Sarah et son époux ne se sentent pas capables de penser en hébreu. 

Ils voient à la télé les #explosions
ces morts pour rien
Comment va David à #Tel-Aviv ?
Julien vient de m’écrire…il est dans l’herbe avec un chauffeur de taxi
Y a 130 #sirènes qui sonnent
C’est la #guerre
#IsraelUnderAttack
#GazaUnderAttack
#Lod
Quelle horreur, quelle horreur…
Salauds #Netanhyaou 
Salauds #Hamas
#Milice. 

Ils auront le temps d’atteindre l’#abri ? 
90 secondes il a dit David pour y aller
Seulement ?
#Missiles, #Roquettes, #F35, #F16, #Qassam
#DômeDeFer
Des larmes, partout, des larmes. 
Le droit d’Israël à exister
Le droit de la Palestine à exister
Jérusalem
3 fois sainte


Ils savent que les prochains jours seront difficiles ici, qu’on leur demandera de prendre position, les juifs, les arabes, tout le monde attendra d’eux une prise de position sans nuance.
A #gauche on les considérera comme des meurtriers s’ils ne condamnent pas #Israel en les termes les plus dur ; les #juifs les traiteront comme pire que des traitres s’ils ne souhaitent pas l’abolition des palestiniens. 

La mère d’Anissa, pleure, devant les images d’enfants morts que lui montre son mari sur l’ordinateur. Il veut les montrer à Anissa, papa je veux pas voir ça ! 
Aziz : Ah tu veux pas voir, tu veux pas voir…#harki !
Anissa : Tu me parles pas comme ça !!!
Zohra pleure encore plus : hlass, hlass, hlass
Anissa au père : Tu casses ton ramadan hein
Aziz : qu’ils aillent se faire enculer les #juifs
Anissa, entre ses dents, : alcoolo de merde.
Aziz : regarde, regarde, il tend son smartphone cette fois. 

Anissa voit, dans des langes enveloppés, 7 #enfants immobiles, Anissa voit 3 femmes, à genoux dans la poussière, un grand voile blanc leur couvre la tête. Elle devine leurs larmes, elle fait face aux images du désespoir, de l’injustice. Son coeur se serre et une bouffée de haine monte en elle qu’elle réprime de justesse. Elle se souvient, cette photo, l’avoir vue ailleurs. 
Papa…c’est une photo de #Daesh ça 
Aziz : harki, harki 
se tourne vers la mère
Aziz : t’as vu ta fille, lahchouma, 
Anissa, entre ses dents, : c’est toi la honte de la famille. 

Max ne dort pas de la nuit, trop excité par la guerre, il jubile devant les explosions il tape sur son clavier
t’as vu la précision de Tsahal ?
Wah les roquettes, pouh pouh pouh 

 

13 mai 2021

Twitter 7 mai

7 mai :
Le lycée Jacques Decour se situe à la frontière du 9ème et du 18ème, il accueille une population hétéroclite, un des rares lieux de #mixité encore possible dans Paris. Plus à l’ouest, le lycée Jules Ferry ne compte d’élèves qu’issus de la bourgeoisie du 9ème ou du 17ème. Situé Place Clichy, jadis haut lieu de l’interlope, des rapines et d’Henry Miller, elle abrite désormais des terrasses chics, une population bobo qui vote #Hidalgo et peut-être votera #Jadot.

La mère d’Anissa fait #ramadan et sa pratique ne déborde pas, elle ne s’en vante pas, la garde pour elle. Scrupuleusement, elle prie cinq fois par jour, lit le Coran, prépare pour #ZakatAlFitr les denrées alimentaires et un peu d’argent à donner, le jour de #l’Aïd aux nécessiteux. Zora, la mère d’Anissa, n’aime pas #Israël sans que, à l’inverse du père à moitié-alcoolique à moitié complotiste, elle n’imagine #Israël responsable de tout le malheur humain. 

Anissa déteste Aziz, son père, elle réduit au maximum ses interactions avec lui. Aziz adore ses enfants, tous ses enfants. Sale égoïste, lui avait envoyé à la figure Amine  l'aîné (27 ans aujourd’hui) avant de partir pour toujours, gardant contact avec le reste de la fratrie, surtout Anissa sa benjamine qu’il adore. Il a ouvert en Chine, à Pékin, une boulangerie française au succès fulgurant, là-bas, comme par ironie je suis un vrai français dit-il. 
Anissa, elle, simule le ramadan pour ne pas blesser sa mère. Elle se délecte, avec une toute petite pointe de culpabilité, des sandwichs #libanais et du coca-cola zéro qu’elle boit avec les copines. Elle ne parvient pas à manger de porc, sauf le saucisson…c ouf ! le week-end elle boit et rit et profère des paroles violentes contre son père.
Anissa, collégienne, tenait l’#Islam en horreur avant de revenir, observant la tranquille pratique de sa mère, sur son jugement d’adolescente. Les discours de télévisuels et la vague #islamophobe qui monte, plus encore avec les #attentats, et bruisse y compris au lycée, lui donnent parfois, par provocation, envie se proclamer musulmane. Elle s’en abstient, elle entretient toujours avec la religion ce rapport ambigu, elle ne peut pas s'empêcher de trouver insupportable la place que toutes les religions font aux femmes. 
Lou et elle doivent passer le week-end ensemble, que toutes les deux. Anissa tient absolument à ce que Lou lui lise de la poésie. Toute seule, elle lui dit j’y arrive pas, c’est trop dur. Alors Lou, favorisée économiquement et culturellement, lui lit des poèmes et lui prête parfois des recueils. Le dernier de Sylvia Plath, en édition bilingue, a fait pâlir Anissa qui, en plus de l’habituel violence symbolique de la poésie, a du se confronter à ce décalage culturel régnant entre Lou et elle ; tu lis l’anglais toi lui dit-elle mi-impressionnée mi-jalouse. 
Lou : Elle a pas l’air bien Ophélie
Anissa : jsais pas avec #insta et tout
Lou : la semaine passée c’était.
Anissa : chelou ouais
Anissa : lis moi vas-y
Lou, les yeux dans le vague : pas venue en cours de la semaine
Anissa : ouais ouais
Lou : jamais elle sèche comme ça
Anissa : on a graille avec elle mardi mercredi ça va
Lou : même avec le fond de teint on voyait les cernes
Anissa : jeudi même 
(pause)
Anissa : Lana cassait les couilles avec #BTS sur son enceinte. 
(pause)
Lou : on fait la philo ?
Anissa : ça se voit tu l’aimes trop Feumer. 
Lou : n’importe quoi !!!

 

4 mai 2021

Twitter 1er mai - 3 mai 2021

Week-End
1er-3 mai
(Première partie)




Les cinq filles ont toutes dormi dans la chambre d’Ophélie, à cause du #couvre-feu qui empêche la circulation entre 19h et 6h mais aussi parce qu’elles aiment la chaleur tendre de cette promiscuité. Le matin, à 9h le réveil de Chiara sonne
Chiara : #Manif !
(silence)
Chiara entonne l’Internationale : C’est la lut-te fin-ale
Lana émerge, difficilement

Lana : Putain !
Chiara : Tu préférerais que je chante #BTS ?
Lana : J’ai trop mal dormi à cause d’Ophélie
Lana à Ophélie : T’avais tes règles ?
Chiara à Ophélie : Tu t’es levée cent sept fois pour aller aux chiottes

Anissa dans un bâillement : J’ai rien entendu moi
Lana, toujours dans le lit, : Ouais toi un teh tu dors tout le week-end. 
Ophélie : Euh…
Lana, toujours au lit, filme les filles
Ophélie : arrête !
Lana : C’est pour Insta
Chiara : T’as fait mille stories toute la soirée…
Lana, toujours sur son téléphone : Oh #1stTasteOfButter
Ophélie : Je suis trop moche sans maquillage !!
Chiara à Lana : Ca veut dire quoi même ?
Lana : Les retours sur l’album !!!
Anissa à Lou : Tellement relou
Lou n’ose pas répondre, elle baisse la tête puis à Chiara : Tu vas à la manif du #1er mai ?
Chiara : GRAVE
Lana chantonne : Like an echo in the forest 하루가 돌아오겠지 아무 일도 없단 듯이
Anissa à Lana : Même tu racontes quoi dès le matin
Chiara à très haute voix : qui vient à la #Manif ? 

Anissa : archi-mort
Lana : la même
Ophélie : Je suis fatiguée
Lana regarde Ophélie avec un air d’une compassion exagérée
Ophélie : Mais arrête !! J’ai pas mes règles
Chiara : Y a rien de honteux
Ophélie : Mais !!
Chiara à Lana : Par contre t’avais dit que tu venais hein
Anissa à Lou : T’es sûre tu veux y aller ?
Lou : Oui
Anissa : Te force pas hein
Lou : Non j’ai envie
puis d’une petite voix à Anissa
Lou : T’es sûre que tu veux pas venir ?
Anissa : Bon, bon
Chiara : Allez ! 
se remet à chanter 
Anissa : Tu casses la tête. Vas-y ok, je viens.
(pause)
Anissa : Je sais pas si je resterai par contre
Lana, sur son téléphone depuis un moment, ne dis rien
Chiara regarde discrètement : Oh, y a Rayan qui a réagi à la story !
Lana : Vas-y arrête
Anissa : Il est vif. 



Chiara participe aussi souvent qu’elle le peut aux #manifs depuis deux ans environ. Elle se méfie comme de la peste des #syndicats, surtout ceux étudiants, elle les trouve bruyants, très masculins et surtout très idiots. Son grand-père, un ancien cheminot, adhérent de toujours au #PCF assommait la famille de discours sur la lutte des classes et l’énième congrès du parti
De ce discours Chiara ne percevait qu’un vague brouhaha où les mots abscons et clairs flottaient les uns à côtés des autres, elle entendait capitalistes, valeurs d’usage, dictature du prolétariat, Mitterrand…

Les discours de papy, comme le communisme façon #PCF, s’enlisaient, n’engendraient rien, sentaient le camphre et le passé gênant.
Les « hommes de la famille » (c’est à dire le père et le grand-frère de Chiara), comme Papy les appelait, accueillaient avec une froideur polie les longues plaintes mélancoliques de Papy. 
Lycéen, le grand frère de Chiara lycée défendait de molles idées de gauche et, désormais, achevant son Master 2 de Finance, défendait mollement l’écologie en lui ajoutant, aussitôt, l’épithète qui l’annulait non punitive.

L'Internationale, Sera le genre humain 
chantait souvent papy et ce chant d’amour pour le genre humain n’atteignait jamais Chiara et, pour cause, comme elle s’en rendit compte plus tard : il ne la concernait pas, le communisme de papa excluait ou, du moins, reléguait les femmes.
Papy ne se privait ni de blagues grivoises au grand désespoir de Manin, sa fille et la mère de Chiara, ni de blagues plus franchement sexistes. Vraiment un truc de bonnes femmes soupirait-il lorsque sa fille ou sa femme le contredisait. 


Il a fallu que Chiara se retrouve par hasard, le 23 novembre 2019, à la marche #Noustoutes pour s’emparer de la politique.
Elle passait #PlaceDeLaRépublique parce qu’elle devait déposer chez un réparateur l’ordinateur portable de son père et c’est alors qu’elle vit l’immense cortège, essentiellement féminin, criant et chantant et, sans s’en rendre compte vraiment, comme par un appel venu d’une profondeur muette ou, plus certainement, d’une frustration longtemps tue, les rejoignit. Elle fondait, en quelque sorte, sa colère dans cette colère géante, répétée 49 000 fois, de République jusqu’à #Nation, à Saint-Etienne, Nantes ou Bordeaux.
L’élan passé elle prit peur au milieu de cette foule, cernée par des #CRS en armes, au regard de haine, une haine qui s’hérite et se transmet de générations en générations de #CRS, le matériel s’adapte, la haine, elle, jamais démodée, toujours intacte, se transmet telle quelle.
 
Un groupe de filles, à chapeau pointu, la voyant paniquée, s’approchèrent d’elle pour la rassurer. Dans son désarroi cette situation parut si irréelle à Chiara qu’elle crut - la panique peut métamorphoser la réalité jusqu’à l’absurde en tentant de lui restituer sa cohérence - se trouver un 31 octobre au milieu des bouteilles de bière décorées en citrouilles, des sorcières et des zombies.
Anna, 23 ans, voyant Chiara encore plus paniquée, lui dit en riant 
T’inquiètes ! On est pas des vraies sorcières 
Ce qui mécontenta beaucoup une autre sorcière qui, elle, pour sûr, affirmait-elle, était une vraie sorcière. 

Chiara eut beaucoup de mal à défaire l’écheveau complexe et contradictoire de ces sorcières. Elle ne saisissait pas bien, à les entendre discuter, s’il s’agissait pour ces femmes là de se trouver une lointaine généalogie de martyres ou se croire, réellement, dotées de pouvoirs surnaturels capable de tordre le monde. Chiara croit que la révolution peut tordre le monde.

Arrivée à la fin de la manif’, avant la charge des #CRS, elle prit le numéro d’Anna qui depuis l’oriente dans son parcours militant et intellectuel. 
Elle lui conseilla quelques lectures et notamment le Sorcières: La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet qui, après la manif, fut son deuxième choc militant. Elle lui conseilla aussi différents sites et différents comptes twitter à suivre notamment celui de Valerie Rey-Robert @valerieCG et son livre, qui lui fendit le coeur, une culture du viol à la française à cause de l’écho qu’il y trouva avec sa propre vie. Ces livres, les discussions avec Anna et d’autres femmes qu’elle croisant durant ces deux années, lui permirent de réécrire sa jeune vie. Anna lui expliquait que le féminisme était autant appropriation de son histoire que de l’Histoire. Qu’il s’agissait bien davantage de « s’écrire » que de se « réécrire ». Son dégoût envers les hommes augmenta sans cesse et celui-ci se justifia, souvent. Le malaise qu’elle ressentit devant Melvin lorsqu’il les aborda, Ophélie et elle, se trouva validé rapidement, lorsqu’il lui proposa le shoot sexy. Elle ignorait cependant que Melvin continuait à parler à Ophélie malgré sa mise en garde. Chiara, s’était montrée trop brutale, incapable d’adapter son discours à la situation concrète, à la personnalité réelle d’Ophélie. Ophélie, alors, lui cache sa relation et se trouve, esseulée, abandonnée aux griffes de ce garçon.  

Anna est d’extrême gauche, trotskiste (papi déteste les trotskistes autant que les #CRS) et aujourd’hui, pour le #1ermai, Chiara doit la rejoindre avec Lou et Anissa. Lou, sans en avoir parlé avec quiconque de son entourage, a suivi une trajectoire parallèle, quoi qu’exclusivement numérique, à celle de Chiara. Elle n’eût pas, avant aujourd’hui, le courage de se rendre en #manif mais elle lisait avec avidité tout ce qui lui tombait dans les mains au sujet du féminisme y compris les livres théoriques. Si pour Chiara le premier choc fut celui de la #manif #NousToutes, pour Lou ce fut la rencontre avec Le Deuxième Sexe de Beauvoir. Là où Chiara connut la colère Lou connut l’abattement. Ce livre, au lieu de lui donner de l’entrain, l’écrasait complètement, il la mit face à la nécessité d’une action dont elle se sentait absolument incapable. Au-delà de sa condition de femme, c’est sa condition de Lou, discrète, peureuse, timide qui se réveillait là dans toute sa honte. Elle sentit deux fois palpable sa condition subalterne, portion congrue comme l’écrivait Beauvoir et, à cause de sa timidité, portion congrue de la portion congrue, soit moins que rien. 

Pour se sauver de ce naufrage, elle eut recours, de façon plus frénétique encore à l’écriture là où lui était permis assez de puissance pour vivre. 

Anissa, elle, traînait des pieds pendant la manif, elle ne s’intéresse pas vraiment à la politique, elle fuit tous les discours qui y ont trait et s’énerve quand Chiara parle du voile, défend le voile sans qu’elle ne sache précisément ce qui l’énerve là-dedans. La mère d’Anissa porte le voile et Anissa déteste les racistes comme #JeanMessiah qui la considèrent comme inférieure pour ce motif…seulement quand Chiara défend sa mère, ça la hérisse encore plus que quand #JeanMessiah parle.

Lou avait déjà vu sur Twitter ces cohortes de CRS, armés, bouclier à la main, elle ne s’imaginait pas un tel écart en les affrontant en vrai. Menace concrète qui paraît bien plus parée à l’assaut qu’à la protection.
Anissa veut aller en tête de cortège, Chiara l’arrête c’est pas du tourisme hein Anissa, vexée, boude, Lou demande devant y a les #blackblocs ? Chiara oui, et ça craint, ça se tape de fou, j'ai pas envie de me faire fracasser le crâne. Chiara écrit un message à Anna, je suis avec des copines, c’est leur première manif, on peut vous rejoindre quand ça arrive à #Nation ? 

Les filles entendent des cris, des heurts, des jets de projectile en tous sens et le cri #collabos sort de la foule. Le nuage jaunâtre des gazeuses s’élève Chiara dit putain les SS chargent. D’autres manifestants, qui fuient le conflit, l’entendent et lui disent non c’est le #SO de la #CGT et les #blackblocs qui se tapent dessus. 
Les trois filles n’y comprennent rien. Chiara dit mais non ça doit être les fachos…Le type très sûr de lui, non, non les #blackblocs ils ont tabassé la #CGTRATP et même les sans-papiers. Un type, retraité, sticker de la #CGT sur le blouson Quelle honte. 


2.

6 avril 2021

Temps Gris


Les jours étaient beaux et moi j’étais triste. Le soleil se levait et moi, bien après lui, je me levais. Je voyais sa lumière belle et pure et sa lumière belle et pure n’entrait pas en moi, elle glissait, évaporée avant de m’atteindre. Je demeurais gris



Me reviennent en mémoire ces jours neutres, ce temps sans couleur, sans odeur, ce temps gris qui colle, sans férocité ni pitié, à la moitié de toute ma vie.
 
Mes souvenirs ne m’apparaissent jamais avec la linéarité froide des faits, ils se présentent toujours sous la forme imprécise de sensations et d’impressions ; les événements objectifs n’en constitueraient que l’arrière plan, le savoir dispensable des arrières-cours, la matière réservée aux alibis.


Ma biographie réelle, vécue, souvenue, se tisse de ces fils là : le mal de mer, l’engelure, le velouté, le piquant, le gris et les vagues.


En moi, le sentiment du bonheur varie peu, son apparence ne change pas. La joie me revient comme habitée de la clarté des rêves et de l’étrange lumière du sommeil. 
C’est une sensation peu précise, vive, que j’appellerais, si je devais jamais la nommer, vérité. 


Le désespoir, lui, connait des tours plus nombreux…


Le soleil entre dans la chambre, il traverse le rideau rouge, peu épais trop préoccupé à tenir en équilibre pour filtrer sérieusement la lumière. Le soleil entre, tout est gris à nouveau. 
Je reconnais ce sentiment du gris, tous les ans le même. Un temps comme coupé en quatre, quatre fois la sensation d’une neige noire, sale, mal-fondue sur les trottoirs salés de Paris. 
Ce gris claironne les jours durs, âpres, à venir. Une paresseuse envie de mourir se délasse, en moi.


J’aime tant le gris drôle des toits de Paris, la tôle brillante comme un miroir à mille feux, j’aime tant Paris, l’été au gris éclat, chantant comme un rapace affamé, illumine la vie. J’aime tant ce gris lointain, cette pluie de fer et de bleu, ce gris des idoles au nez droit.


 qui n’est pas le gris de ma mémoire.


Alors, revient le gris, le sentiment du gris océanique, atroce. Une couleur cireuse et inodore qui tire sur le vert comme le teint d’un mort  avant l’embaumement. 


Au printemps 2011, j’attendais mon Thalys à la Gare du Midi et quelqu’un mourait, je me souviens de cette scène, une scène immobile, une scène de l’impossibilité même du mouvement. Ce visage gris, mourant, cette couleur de masque pré-mortuaire couvre mon visage. 


Tout s’engourdit, devient lourd, lent, pénible. 


Je me trouve piégé dans cet espèce d’interstice qui sépare l’automne et l’hiver. Peu nombreux remarquent cet espace, celui de la pire seconde de tout un siècle ; l’instant du gris le plus pur. 
Et cette saison intermédiaire qui ne dure, au pire, pour les autres que le temps d’une expiration, d'une sorte de frisson bizarre aussitôt oublié, en moi s’inscrit, dure, me dévore. 



C’est une saison décharnée et humide faite de brume et cette brume une poussière grise, suffocante, une poussière dense, suspendue comme la poussière ocre des maisons de banlieue éventrée - je repasse des années plus tard, un immeuble neuf, laid, sans personnalité l’a remplacée. 


Ma poussière ne virevolte pas, elle tombe, grise intransigeante, sans remords. Elle couvre tout, s’étend partout ; comme la neige blanche atténue le bruit des marcheuses, cette neige morte atténue la vie. 


Place Blanche, saison intersticielle 2019, le monde autour de moi s’arrête, une bourrasque de gris me percute. Je ne bouge pas, je rejoins l’immobilité du monde, autour de moi, le mouvement reprend. Pas moi.


Dehors, il faisait beau…


le sommeil me vient au matin, peu avant le lever du jour, comme le veilleur de nuit qui, sa tâche acquitée, cède sa place à la lumière sans bavures.


 Je ronfle, mâtines sonnent.

 

7 février 2021

Cuisine

Atelier d'écriture : Thème Cuisine. 

 

Tu découvres un jour la mandoline ou le rasoir à légumes. L’économe toujours te faisait perdre ton temps. Il demandait une agilité formée depuis l’enfance et l’enfance tu l’avais passée sur les terrains de football. T’imaginant selon la saison Porato ou Ronaldhino  ; d’autres imaginations te traversèrent, évidemment, jamais celle du maniement de l’économe qui, par jour de disette, faisait office de rapière un peu grotesque pour les bagarres où dix mille Dartagnan s’affrontaient dans le battle royale de la récréation de 10h.
Le rasoir à légumes s’appelle Castor si tu en parles à de plus expérimentés, d’une autre génération, il y a longtemps qu’ils le connaissent et l’emploient sans jamais avoir rien dit de leur secret. L’économe, instrument de torture qui, plutôt qu’à la cuisine saine conduit au McDo. 

 

Comme tu n’es pas parfait, même retouché, tu as commandé le rasoir à légumes Castor sur Amazon. Petit appareil en inox au manche mal fichu…au début, franchement, tu n’as pas été convaincu. Parce que tu l’avais payé, deux euros seulement, certes, tu l’essaies et la peau des légumes, comme pétales arrachés par les prières d’amants, en délaisse la chair. La courge butternut c’est le boss final des peaux de légumes. Tu lis sur Internet, sur le blog d’amandinecooking ou des sites plus institutionnels comme marmiton qu’il faut passer la courge butternut au microondes pour affaiblir ses défenses extérieures et la bête encore chaude y plonger l’économe avec la vigueur de ton dartagnisme d’enfant. Tu vaincs cette croûte, c’est sûr, et à quel prix…Pyrhus ne connut pas de victoire plus aisée. 

Tu fais passer le rasoir à légumes castor, deux euros sur Amazon, le long de la courge butternut et la courge butternut cède comme cède à la flatterie les hôtes de ces bois. Nouvelle fable le castor et la courge, la caresse de métal et l’éclat de l’inox. 

Tu as aussi acheté un set de couteau allemand et un aiguiseur. Tu apprends, avec l’âge, que la longue tige, qu’on appelle un fusil, et contre quoi les cuisineurs bateleurs frottent leurs lames, ne sert à rien. Le fusil redresse la lame sans lui rendre son tranchant. Au final…il ne s’agit que de folklore. Ton aiguiseur impressionne moins, on glisse la lame dans une sorte de gaine et on frotte. Ca n’a pas le charme antique du fusil ni celui de la roue en pierre des forgeries. Minuscule outil qui ne va pas sans honte et qu’on dérobe à la vue. C’est que tu souhaites garder un peu de mystère. 

Comment veux-tu que je te blâme moi qui manie le micro-ondes avec une adresse inquiète m’étonnant chaque fois de ce que

Les micro-ondes sont des rayonnements électromagnétiques1 de longueur d'onde intermédiaire entre l'infrarouge et les ondes de radiodiffusion.

dont le miracle vaut, il faut le dire, l’acharnement inutile de la lame contre le fusil. 

Comment veux-tu moi qui passai ma vie à attendre à table que maman sorte du four ses trois heures de travail et moi qui rouspétait de la tiédeur du plat ou, plus criminel tu me l’accorderas, la surabondance de courgettes.
Maman, pour me faire passer le dégoût des haricots verts, disait du jardin comme si de venir de je ne sais trop quel arrière-cour de je ne sais trop quel arrière-pays m’éviterait le dégoût. Je me demande ce que l’on pourrait ainsi faire sortir du jardin ? Et si devant le juge dans sa douloureuse hermine je disais désormais mon crime venu du jardin ? éviterais-je ma peine ? Le code pénal, peut-être prévoit, une circonstance atténuante ou tout à fait exclusive pour ce qui vient du jardin. Comme l’abolition du discernement vous exempte de toute peine. Ainsi, criminels, gardez toujours sur vous un peu de terre au moment de vos meurtres expliquant que tout ceci, la terre et le geste, vient du jardin. 

Toi, tu n’en es pas là. Tu laves ta planche à découper le soir même, parfois. Le plus souvent à midi en pestant. La table du salon tu la laisse jonchée de restes de la veille. C’est une façon de te dire que tu as un passé, de maintenir de la veille, la réalité de ta performance. Tous les matins, on retrouve les reliefs des repas comme on écrivait dans la littérature du XIXème, tu expliques que ce sont comme des ruines, des témoins et si on t’objecte que ce ne sont jamais les mêmes, que les ruines n’ont de sens que dans la durée, tu rétorques, un peu méprisant, que ce sont des ruines de tes gestes et non de la chose. 

Tu soupires souvent à défaut de roter. Notre culture occidentale admet mal nos existences gazeuses. La civilisation Occidentale est lourde de ses pets retenus. Elle va, péter sur d’autres continents depuis longtemps maintenant, des voyages de Bougainvillier à l’invasion de l’Algérie et les tapis de bombe de la guerre irakienne. L’Occident, ah qui l’eut cru, une indigestion. 

 

Tu regardes d’un oeil la recette du soir. Tu as épluché tes pommes de terre, Belle du Fontenay, tu fais attention aux AOP, maintenant, je ne sais quoi en penser de mon côté, avec ton castor à deux euros de chez Amazon. La recette te demande de les rhabiller, elle dit en robe de chambre et hésite avec robe des champs. Tu enserres la pomme de Terre, nue, puis changée, en une nouvelle toilette. 

 

D’autres parleront avec abondance ou de fromage ou de truffe ou de sushis. Qui, à leur manière, sont des miracles. Miracles trop ordinaires, comme le fusil où étincelle pour rien la lame du couteau. Toi tu as choisi les petites choses qui ne demandent pas d’agilité particulière, les légumes simples du jardin et les tubercules que rien ne gâchent. Tu as fait le même choix en poésie, la chose simple et facile, dire tu à chaque ligne pour charmer l’oreille ainsi qu’on recouvre de sucre certaines fadeurs leur donnant un instant la couleur de l’amour. 

 

 

 

 

5 janvier 2021

La sève

Valentin a un mot pour dire que
nos pensées
nous accompagnent,
indélébiles,
en toutes les circonstances. 
s’agrumer 
s’agrumer
se conjugue
comme les autres verbes du premier groupe
(dont je soupçonne qu’il fut le premier)
mot perdu sûrement qui exista
au temps d’autres nécessités
Valentin
dans le hall vide
d’un hôtel du Nord de l’Europe.
trouvant ce mot
nous rendait visible
la perte
La perte
grandes lettres capitales
La perte non du mot
qu’un Valentin d’une autre
septentrionalité
forgerait 
La perte réelle
de soi-même
le jour du non-agrume
connaissant le mot
désormais
nous vivons dans la terreur
de sa perte




Je ne me suis jamais perdu
pourtant je me cherche
sans parvenir à me trouver
Comme si j’étais
une intuition
une hypothèse
Je ne me suis pas perdu
sans parvenir à me prouver. 




Je suis partout et de nulle part
comme les exilés le plus souvent
quittant une terre et n’abordant jamais plus que
des rivages incertains
la boue n’est l’argile
d’aucun continent
nul chez soi
érigé hors du marécage
de rives inhospitalières
ma vie vie alors
faite d’étapes
ponctuées de silence
le bruit des rames
la douleur
de l’impact
remontant toute la colonne
vertébrale




J’ai perdu plus qu’à mon tour
je ne saurai pas faire le 
compte
de ces pertes
de ma perte même j’ai perdu
le compte
sans moi me perdre
perte
perdue dans le
double-fond de la mémoire
je crois qu’on dit quelque part
l’inconscient
à ce terme technique je préfère
celui
du marchand qui truque sa balance
ses faux poids
le langage complice
des tavernes
le casino illégal
on joue
on perd
langage perdu


on a vidé la cour des miracles
et le miracle avec elle s’en est allé
la rue de la grande truanderie
ne connaît plus que le poste de police
l’inflexible boussole des matraques
télescopiques




Souvent, je me dis
tu as perdu
sans savoir exactement
la nature du pari 
ni les rivaux
ni si j’ai tout risqué
disant tapis
à un jeu dont je ne savais pas les règles
ni les tours des mages
leurs manches troubles


tapis
à la fin de la partie
je retrouve ma mise
la dernière pièce du juke-box envoie
la musique que je choisis 
parce que
l’avant-dernière 
glissée avec une prière
ô mur des lamentations
dans la fente de la machine à sous
me rendait ma monnaie
alors je vis à somme nulle
Un jeu de somme nulle est un jeu où la somme des gains et des pertes de tous les joueurs est égale à 0




et je craignais bien plus d’être volé
que de me perdre
alors
j’ai pris les devants
et j'ai volé
qu’on ne me vole
que mes larcins
le jeu à somme nulle




J’ai tenté de me perdre 
à la fin j’étais toujours moi
loques et splendeurs
tout ce que je peux pouvais
tout ce que je peux pourrais




et la rue de la grande truanderie




malgré les liqueurs et l'alcool
l’espoir de la perte
déçue
une main d’adulte 
retient
le jargon de la raison
je parle encore
la langue de Descartes
au plus profond du gouffre 
et sauterai-je du dôme le plus haut
encore me retiendrait par la taille
l’élastique d’acier

 

7 mars 2020

Parfums d'amour - texte à visée ironique

Texte à visée ironique - concours Guerlain - Parfums d'amour - les mots de sperme de chatte de bite de fluide de liquide de pleurs se manifestent implicites dans l'hypocrisie de ce texte. 

 

La porte claque. Il est en retard. Il a traîné. Mes mains le retiennent. Mes ongles longs s’accrochent. Mes ongles peints le retiennent ; l’agrippent. Il part. Il laisse dans le lit du soi-même. Une odeur différente tous les jours et pourtant chaque fois la même. Celle de l’amour. Il claque la porte et l’air alors déplacé emplit la pièce de son odeur. Ce parfum par lequel il dit « c’est moi, je suis de retour ». Ce parfum qui le précède et l’annonce. Ce parfum partout avec lui comme une ombre, une ombre paresseuse, une ombre toujours en retard, une ombre indépendante de toute lumière, indifférente à la lune ou au soleil. 

 

Il l’appelle depuis le bureau où il est arrivé à la bourre. Entre les bouchons des trop grandes villes et son départ tardif il lui était impossible ne pas être à la bourre. Son boss l’a convoqué dans le bureau, il a claqué la porte. Une porte inodore. Alors il l’appelle, il l’appelle elle, et il rit en racontant son entretien. Elle dit, tu ris alors que tu t’es pris une soufflante. Il dit pour ce que j’ai vécu ce matin…des soufflantes je m’en prends tous les jours.

J’aimerais ne pas partir il lui dit. J’ai du boulot moi aussi, elle répond. Il dit oui c’est vrai mais voilà. Non, pas voilà, c’est elle qui dit. 

 

Je suis obsédée par son odeur, en manque de son odeur.  Présent, je le renifle comme un animal sauvage. Ce parfum là, ce parfum provenu d’aucun parfumeur. L’odeur de sa peau, la manière dont la sueur tourne, jamais aigre, sur sa peau lisse, sur son torse imberbe, son torse d’adolescent rieur. Le parfum de ses mains, tu sais, entre chacun des doigts, je ne sais pas ce qui s’y loge, c’est comme du magnolia, comme s’il portait aux phalanges d’invisibles champ de fleurs. Parfois, c’est l’odeur sèche du sel. Je ferme les yeux contre lui et s’annonce un saccage de vagues et la voix silencieuse de la nuit. Je ferme les yeux et je chavire contre ces odeurs toujours changeantes et pourtant identiques. 

 

Il rentre. Elle n’est pas là. Il arrange sur la table le bouquet de fleurs qu’il vient d’acheter. Un bouquet maladroit qu’il a composé sans l’aide de personne. Elle adore ce qui sent bon. Elle adore les odeurs. Elle en parle et déjà elle emplit l’air de saveurs et d’amour. Alors, pour l’attendre et la retrouver ombre, il se glisse dans la salle de bains. Il ouvre le meuble, au-dessus du lavabo, où le chapelet multicolore des parfums l’annonce. Il saisit un parfum, au milieu du tas d’un geste. D’un geste brusque, maladroit, le même geste qui le fit composer le bouquet offert. Contre la faïence tout se brise et éclate et de ce mélange impossible il la ressent. Il la ressent en saccades, en décharge, il la ressent, comme démultipliée, cinquante fois elle-même déployée, enivrante.

 

`

Puis la panique. Il transpire.

Merde, elle va être en colère. Merde elle va me. Je dois. Je ne sais pas. Il saisit son téléphone, commence plusieurs fois le même message. Désolé. Non. Pas comme ça. Il reprend. Je suis arrivé ! Non, toujours pas. Il tourne dans sa tête le message pour lui dire. Il s’épuise. Il transpire. De grandes auréoles envahissent sa chemise. Il dit, maintenant en plus je pue. Je pue, je sens pas bon, je sens la lâcheté, la maladresse. Il ouvre une bière, qu’il renverse sur son pantalon. Maintenant, je sens l’alcolo. Merde, merde, merde. C’est grave ? Oui ? Je sais pas. Merde. Quinze ans d’efforts, paf, je les ai réduits en morcaux. Fais attention, elle dit, fais attention, en souriant. Elle dit, quand je casse tout. Quand je dépareille tous les services à thé. Merde.

 

Il s’assied par terre, sur le carrelage froid de la cuisine. Il observe la mosaïque, les petits carrés multicolores importés de Positano où d’une autre ville côtière italienne. 

Il s’assied et il se dit qu’il l’aime. Il ne sait pas pourquoi il se dit ça à ce moment là. Il l’aime. 

Alors il retourne dans la salle de bains. Range comme il peut ranger ce qui s’est brisé. Il se coupe et dans le lavabo il ajoute l’odeur insensible du sang.

 

La porte s’ouvre. Elle en a marre de cette serrure elle le dit. Elle la graisse tous les deux mois. A cause de l’humidité ça s’entête à bloquer. Elle ferme la porte.

 

Elle s’avance, il n’arrive pas à parler. Il lui dit, j’ai merdé. Elle s’inquiète, elle imagine le pire. Elle sent l’odeur de la bière et de la sueur. Ce n’est pas son parfum. Elle se dit ça y est il a merdé, il m’a trompé, c’est ça, c’est sûr. Ce parfum. C’est un autre qui s’est déguisé en lui, c’est pas possible. Il sent le parfum de cinquante femmes au moins. Des mélanges de poivre, de cire d’ambre de fossile l’odeur de… Elle rit un rire nerveux d’abord, le rire qui ne comprend rien, qui tord la bouche, qui donne au visage une autre senteur. Il panique, il doit se dire que c’est mort, que c’est trop grave, que c’est un assassinat presque. Puis son rire s’apaise, clair, comme du verre, elle reconnait dans ce chaos de senteurs tout ce qui est à elle, elle voit le doigt qui saigne. Ce doigt même pas pansé, la petite traîne rouge qu’il a semé sur le parquet du salon et dans la cuisine, des gouttelettes à peine semées sur son chemin, s’entrecroisant là et là.

Alors elle sourit, elle le prend dans les bras, malgré l’odeur de bière. Elle cherche dans son cou, elle retrouve son odeur à lui. Parfum d’amour rival toujours victorieux de toutes les eaux de parfum. Elle le pousse un peu. Montre-moi l’ampleur de la catastrophe. Elle rit. Elle dit, on verra plus tard. Elle remarque le bouquet de fleurs. 

3 janvier 2020

Nudité.

écrit en une heure, dans le cadre d'un atelier, avec le thème de la nudité ; je le laisse dans sa brutale nudité, sans retouches :
aHHHHHHHH
GGGGGG
HHHHHH
Partout tu cherches chien carnivore
nudité à renifler de tes pattes 
nu tu dis 
tu dis nue la
zone étroite le pubis 
le bas-ventre
nu
diaboliquement
rapetissé
pudiquement pourtant
minimisé
au niveau de texte
au niveau de sexe
au niveau de baise
ah ah ah quelle misère
des prénoms tu anticipes déjà
le sexe
le défilé
chattes les matchs ou
la queue tordue droite
dure
ces yeux la courbe
des joues
l’inclinaison de la lumière
éclatera ombre
sur ce sexe
vorace
le plaisir la blague l’importante question c’est la nudité
tu places ici le gémissement
les putains
tu t’en branles.
l'         h                                      
        u                                                           
    i         d                                                     
          m                                                                                              
                e  
s'oppose au                                                   
 
r
i
g
i
d
e
ou                            le
 
com
      -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
nu toujours
et comme c’est chiant
de remettre ses chaussettes
de traiter dans une fausse
négligence
le sexe
nu
quand tu expulses nu le gosse nu quand tu sues séminal nu
quand tu coules nu transparente et gluante nu au sommeil
c’est au tour du désir
de crever sa ridicule mort
demeure 
nu pourquoi
Alors se précipitent dans la lumière vive
les mains savantes gantées clac un coup glacé
ce drap jeté déjà
les yeux se détournent
ta nudité on y met fin
tu as un prénom
en quelques secondes
on a eu peur peur
qu’elle dure
que tu n’imprimes pas ton visage
dans ce suaire là
ne sait-on jamais que plus tard
tu deviennes un saint
il faut capturer ton visage
dans ce drap ancêtre
deux fois millénaire
de l’appareil photo
pour la nudité
tu vas devoir te battre 
tu vas devoir te battre
toute ta vie pour la récupérer ta nudité
hein
on te protège de ton propre toi nu
on ne sait le pouvoir
ce dont tu serais capable si tu demeurais
exposé au vent peut-être à a la maladie aussi
aux saisons violentes
mais à la vie peut-être et surtout
 
dans le doux piaillement de
la barboteuse la grenouillère
et si mon corps ici s’épuise
qui devine
sous les mots
l’épaisseur de ma peau si m’écriant
sur la foule de papier
ce masque les mots
les pixels
toute cette ombre
nocturne le traitement de texte
ce petit truc qui clignote
trait vertical
à la fin du dernier mot écrit
qui te dit
encore
encore
savez-vous
la nudité cachée
la nudité dans les mots recelée 
l’aveu du langage tu crois
haha
l’aveu du mot écrit
ta page tu crois
ah la farce encore c’est encore
une cale
recule 
recule
recule
loin dans l’ombre
le secret 
tu ajoutes
avec les mots
une épaisseur
une croute
surcouche
d’obscurité
tu ne vois plus rien
ton visage
ni ton corps
la nudité
tu ne t’en assures plus
on l’a mise à double tour
sous scellés
et tu ne la récupéreras que mort
quand le tissu dans la tombe
s’effilera plus vite que ta peau
soumis aux vers
ces autres chiens
avides
de ton corps nu
tout entier cette fois
Et je pense soudain à J. qu’on a mis soigneusement en morceau. On a découpé, d’abord, c’était l’habit. Découpé, enlevé couche à couche, patiemment, on a mis en petits carrés blancs dans une sorte de formol tout ce qu’elle fut oh, ce qu’elle fut banquière esclave des habitudes Dubaï même, c’est vrai. J., soigneusement, cruellement déshabillée pour jouir du corps à naître nu, fragile, gêné qu’on emporta dans un grand désert nue J. qu’on prit, qu’on tordit il fallait attendre que le corps soit tout à fait nu pour tordre essorer cette vie et tu as pleuré ce corps nu et ce corps lumière ouf de justesse redevenu lumière lumière jamais perdu corps nu éclate éclatant soleil en cette saison de détresse.
Je pense à Léopoldine qu’on épuise deux ou trois heures la nuit dans cette maison de Romainville puis on dit dégage ton utilité c’était ton corps nu le dégonflement de mes paupières dans l’usage de ton corps 
nu
ah serpillère et tu retraces
mal habillée
pressée
les yeux je ne sais pas
des coquards peut-être
des larmes c’est sûr
traversant tout ce chemin
pour retourner à staligrad
la nudité abîmée
gâchée
le corps nu pour exercer 
la souffrance
je pense à saint sébastien se tenant devant je ne sais plus quelle ville Sienne c’était je crois percé de flèches crucifié sa nudité ses larmes de martyr pour garder de la peste la ville à mourir
sur la nudité quel pouvoir parfois on exerce
je pense à moi
expirant parfois de plaisir
le corps 
nu tendu
frottant ou soufflant
ma langue mon visage
mes ongles
mon centre mes extrêmités
composent tout autant
mon corps nu
ravi
je ne suis pas plaie infiniment ouverte
à la douleur
je suis brèche dans quoi entre
tant de joie le monde entier
la vie
à partir
de là.
 
si
si je vous montre
en vérité
non mes mots
mais l’effroi nu 
de moi-même
visage
puis torse
tous les poils
mis en scène
exhibé
nudité recroquevillée
exhibée
Au sens de la loi, ma nudité débute si j’expose de moi mes parties génitales, étendue, pour le cas des femmes à la poitrine telle que sexualisée par le code pénal dont nous n’ignorions de la perversité mais qui, à chaque article, c’est à dire dans ce foutoir par centaine, ne cessent de nous en faire l’heureux rappel.
Ma nudité s’accomplit au sens social, pénal et moral par l’exposition de mon sexe à moi, dressé, mou, humide, sec.
Gardé-je voilé l’étroite zone et de justesse échapperai-je à 222-32 
Mais le visage ? Le visage ah ça doit rester nu et visible, ça, R645-14 même. Ca rugit dès le départ, ce R, là menaçant comme un grognement de flics. Et gare à toi ! On peut t’arracher un oeil si tu te crois le plus malin. Le visage, le visage ça reste nu, éclatant, on doit te reconnaître partout où tu passes et toi même si tu veux rester discret, ne pas te faire apercevoir, que les passants ni les caméras de sécurité n’emprisonnent ton image, ton précieux visage, ce par quoi tu te dis, à la fin de la journée, c’est bien moi, ah si tu veux échapper à la capture, à la multiplication de ton image, déformée, accusé, si tu veux y échapper sache que c’est un délit, une infraction, que tu peux perdre un oeil, ou une main, on t’aura prévenu, ne t’obstine pas. Ton visage ne t’appartient pas, il est à tous, même à moi. Alors je te fixe dans la rue, insistant, ne t’échappe pas, même au carnaval je te guette du coin de l’oeil moi j’en ai deux, tu vois, parce que je m’expose comme il faut, aux appareils photographiques, aux caméras de sécurité, au soleil et toute la lumière du monde ne vit que pour moi. Le reflet lumineux des averses, c’est pour ma gueule, les mornes soleils et la curieuse illumination des nuages gris, pareil. 
Alors, toi avec ton masque
toi
toi n’oublie
pas ça Rugiiiit.


Je suis le voisin nu, celui qui ouvre les rideaux, sans s’en apercevoir, ainsi qu’il est né. 
Baîllant sans gémir dans la lumière éclatante du soleil ou la lumière bizarre des nuages gris écrasant ou le reflet lumineux des averses. 
 
je m’exhibe
vous ne savez pasf
si je porte sur moi
le scandale
A 7 ans, circoncis en même temps mon frère, lui 3 ans de moins.
Sofiane, le fils de Zakia, devait y passer aussi 
la peau surabondante 
ôtée d’un coup de couteau 
je ne sais où a passé ce morceau de mon moi nu
peut-être le cherché-je dans les peaux les corps 
dans la chambre à coucher au miroir recomposant
cette partie inconnue dont je sus être le porteur
le mot décalotté dans la nudité crue
je ne me souviens pas

Zakia demandait pour rassurer son fils
si nous pouvions montrer notre bite
au bout rose non encore usé par le frottement
de l’air du slip du caleçon.
Yannis, mon frère, refuse d’un non définitif
surpris même qu’on lui demande ceci
et moi j’acceptai
déjà goûtant
le plaisir 
du déshabillement
Zakia demandait
si nous pouvions montrer
la partie la plus définitive
de ce qu’être nu signifie
l’exposition du pénis
détermine la nudité
réalisée ou non
accomplie ou non
si
l’infraction d’exhibitionnisme
donne droit
après les mains savantes
droit aux mains
violentes.
nudité s’accroissant
à la puberté
compliquée de poils de l’enflement des couilles
des déformaitons du nez 
la puberté comme un poing de boxeur
percute ta figure nue

 

31 octobre 2019

Que ne s'en est il fallu que je sois bandit au visage de bandit

 

Si la nuit je parle à des garçons venus des cités, des trafics, des banlieues toujours je m’interroge. A quoi cela tint que je ne me trouve avec eux non comme intrus, un olibrius ? A quoi cela tint mon usage tranquille du passé simple ou du subjonctif imparfait ? Mon impertinence quant à la concordance des temps ?

 

A 6 ans environ, ma mère m'avait laissé dans la cour de la cité de l’Europe avec Valérie (dont les deux parents moururent du sida peu après). Cette cour se situait au centre de la cité, entourée par les immeubles d’habitation formant cercle, comme clôture de béton et de misère. 

Ma mère pouvait sans peine du balcon veiller sur moi et notre insagesse.

Après avoir joué, je ne sais quel brigandage d’enfant, chat à deux, la course à cloche pieds…Sur la proposition urgente de l’un de nous nous partîmes, quittant l’enceinte étroite de la cité pour la ville, les routes, les voitures.

Ma mère, par la fenêtre, criait du 6e étage « najib najib » (c'est mon autre prénom et ce n'est pas moi qui ai choisi de m'appeler Jonathan au civil, à l’école, en boite de nuit mais mes parents quand j'avais 3 ans, par crainte - hélas mille fois confirmée du racisme partout. A la maison ils continuent cependant de m'appeler najib) je ne l'entendais pas. C’est elle qui des années plus tard me le rappelle encore. Le cri, adouci par les années passées, devenu rire. 

Nous partîmes. Pour rejoindre le supermarché Champion (aujourd'hui ces magasins la s'appellent Carrefour et celui de ce temps là existe, toujours ; maison d’enfance des urbains) et au milieu des rayonnages de bonbons, du haut de nos 6 ans bien trempés, nous nous assîmes, éventrant les sachets plastiques plein de biscuits ou de bonbons. Plein. Les mains. Débordantes. La bouche pareille. Rattrapant je ne sais quel temps perdu, anticipant les privations forcément. Celles infligées tout à la fois par les règles morales édictées par les parents et celles plus tristes, contraintes, matérielles. Dans le dépouillement des emballages, dans le « crunch crunch » avide. 

Soudain. La voix familière grande d’autorité. La voix qui rentre tard le soir du travail dur usant. Rugissement de mon père. Hurlant.

Avec ma mère, par je ne sais quel instinct curieux, ils s'étaient répartis la ville visant juste. L'un à Leader Price l'autre a Champion (a croire que chez les pauvres toujours chercher la liberté c’est trouver le lieu de l’abondance consommatrice)

Ce Champion nous le connaissions bien. A quelques dizaines de mètre de Jules Ferry, l’école où nous apprenions à lire. Un peu plus haut cependant, après une légère inclinaison du béton. Chose amusante, ça, une école au supermarché coalescente.

 

Surement ça s'est joué ce jour là. Que ma mère s'inquiéta et que c'était fini la possibilité d’errer ; ne restait que le passé simple.

28 août 2019

Les voisins.

Les voisins.
Mes voisins s'agacent de me voir régulièrement nu. Et perpétuent cet agacement en un froncement de sourcils qui les ride ; ce, tandis même que je fais l'effort de dissimuler ce qui, dans la nudité, choque. Choque, du moins, hors des chambres à coucher aux lumières mortes qui sont le domicile de trois quart des amants - toujours, lumières, trop vives ; lumières pour la vie banale, les devoirs sur le bureau, la lecture du journal ; nulle part lumières pour l'amour ; douces lumières lumières exténuées ; où l'odeur de cire comme vestige d'aimer ? -
Ceux-là ignorent, donc, l'effort que me coûte d'enfiler ce putain caleçon avant de me rendre dans ma cuisine. Celle-ci fait face à leur cuisine et c'est donc par la fenêtre de leur cuisine qu'ils aperçoivent mon corps tout splendide d'être nu.
Geste répété moi quittant ma chambre à coucher - lumières closes lumières d'amour - mettant mon caleçon, m'affairant dans la cuisine à je ne sais quelle tâche nécessaire à ma survie, quittant la cuisine, retrouvant, nu, la lumière d'amour. Recommençant. 
Désormais je ne suis plus jamais nu, sauf négligence, si je leur fais face. Pourtant c'est le même agacement perpétué sur les mêmes fronts aux mêmes rides. Comme si le traumatisme de ma nudité - et quel traumatisme ?  ainsi je suis né ainsi je pourrirai - dominait la vision objective de MOI et se substituait à mon apparrence véritable. 
Verrai-je, un jour, ma voisine couper, l'air rageur, j'ignore quoi symbolisant mon sexe honni (et pourtant, désormais et à jamais, invisible) ? Faisant passer par cette délicate attention un message très clair que, bien entendu, je déchiffrerai avec peine et, à cette injonction sur le ton de la menace, je ne me soumettrai pas. Eunuque déjà serait de céder ainsi à ce chantage symbolique.
Et il nous arrive, à tous, de nous voir faire reproches de ce qui pourtant est notre effort le plus suprême
Jamais eux ne voient le chemin que nous parcourons pour atteindre ces gestes qu'ils négligent comme du dernier banal ou de la moindre des politesses.
Ce chemin coûteux et coupant pour nous autres les plus distraits, les plus maladroits
mais aussi nos frères et soeurs
Différant de nos maladresses et nos distractions
notre famille, pourtant, ceux en colère
qui retiennent violence et colère mais colère et violence toutefois
jaillissant et combien retenues ces deux-là
Chez nos frères et chez nos soeurs ayant contenu des minutes qui pour tous les autres
seraient des siècles nos frères et soeurs pareils à nos êtres distraits, maladroits, à nos gestes gauches et parfois douloureux - main ouverte quand débris du verre que la main gourde laissa à un destin de paillettes -
frères et soeurs abattant le cri retenu parce que la colère les emporte
tous les tiers s'en fâchent comme s'il s'agissait du plus pur exercice de leur bon plaisir
non pas (ce que nous devinons) cette pulsion qui les tord.
N'est ce pas manque cruel de charité ? Nous faire ainsi porter le blâme de nos maladresses de nous charger du faix de nos colères nous
tout à l'effort de les retenir et si les chevaux s'affolent est-ce la faute du cocher ?
Il faudrait qu'en sus de mon caleçon, et constamment, je portasse de quoi couvrir le reste de mon moi-même ?
Ne voient-ils pas ce que déjà je sacrifie ? L'intensité, même, de cette écorchure que je porte et qui me tue.

 

19 juillet 2018

JECRIS SANS REGARDER

(j'écris sans regarder l'écran et à toute vitesse pur flux de conscience)

 

Ton plus grande succès c'est l'amour ta grande grâce c'est de ne digérer rien comme tout le monde et tes rots empèsent le ciel d'un air de débat.
Pourquoi as tu sacrifié ta vie. Quel intérêt ce fut que de te mettre dans ces abîmes amers là. Ni ceux d'avat ni ceux d'après. Et quoi ? Pourquoi n'en sortirpas il eut fallu il eut suffi d'un geste, d'un premier geste au cours de l'été, n'importe lequel des étés mais l'un de ceuxq ui ont passé. Un mot et tout aurait pu finir ou, même, tout aurait alors commencé et quoi les portes de l'élysée s'ouvrir et quoi encore trouver des fleurs mauves rencontrer dans les bains publics un autre siècle et l'ombre tenace de ta poésie lyrique. Que s'en est il fallu que je ne périsse pas et désormais la mort me revient comme une sale maladie vénerienne qui te passe et te rappelle ton vice d'avant. Cette putain d'acnée de la bite et e la lèvre cette chienlit d'herpès mais aç te couvrer l'âme. 
Tu écris sans regarder à cette heure ci tu as passé une nuit belle et un matin triste. Il était sur les ops de midi et les volets 'ouvraient la cigarette emplissait la chambre et c'était une odeur d'amour ce mélange de poussière et de tabac (chaud puis froid). Les rideaux renonçaient à filtrer la lumière blonde et tout s'envahissait, la thei¨ère où le thé infusait la nudité s'achevant dans une robe - quels motifs ? et mes chaussettes jaunes et cette putain de douleur depuis qui ne me lâche pas chien de garde de ma douleur.
Putain, putain, putain et je n'ai plus la force désormais encore je suis fendu par le centre et toute la force coule dans mon cri de châtré de lpache et toute ma force encore m'échappe et alors ce sera l'extinction, alors la lumière dedans baillera une dernière fois, alors quoi. Quoi. Le thé très noir on aurait cru du café et je réclamais du café et le café ce n'était plus possible parce qu'il fait au coeur et à l'humeur des drames pires que les amours mortes.
JAI MAL JAI MAL JAI MAL 
Et je :mets ceci ici non pour appel au secours et non pas (ou si mais pas seulement) être vu être lu et qu'on sache ce tambour infini qui me déchire l'entraille, ces boulets, ce roulis de feu qui me périt du dedans. JAI MAL PUTAIN. Pourquoi l'incapacité et c'était si grave que d'être un jour d'un pied lassé repoussé dans les coins, c'était si grave de ne pas croire non en l'autre mais en soi au point que de craindre d'être effacé, d'être soi-même comme un appartement qu'on abandonne. Pourquoi cette terreur là à ce point ? Tu avais vingt ans Jonathan et tu dormais dans le hall d'escalier de Marion, tu avais une tête de fou et la voisine du 5e te craignais comme un vagabond d'un autre siècle. Tes cheveux étaient hirsutes et tu attendais d'entrer chez Marion que Jessie sa mère et sojn beau père aillent travailler. Et la voisine une arabe te craignais tu avais les cheveux fous et un gros manteau de laine comme souvent trouvent les clocahrds pour se garder du froid. J'ai mal pourquoi ai je perdu cette force qui me menait au Capitole attendant des heures Marion qui ne venait pas. Pourquoi je rodais et tremblais dans ma chambre d'hôtel c'était quoi la place Washington je crois où il y avait les cinémas et je mre prenais en photo comme un fou. La premi§re chambre à côté de la gare. Pourquoi ai je perdu cette force là. Les brûlures de cigarettes que tu te mettais sur le ventre et le poignet pour montrer que tu aimais au delà de la douleu rphysique. 
Pourquoi cette fois là non ? Pourquoi cette peur là ? Moi, mOI MOI MOI difforme de l'action.
JNamais jamais je ne me le pardonnerai et moins encore depuis lundi que toute ma force m'a quitté 

plus jamais je ne serai vivant là je reprends la phrase à toute allure qui ne se laisse pas faire mustang de la page blanche qu'on ne dresse pas. Moi, moi , moi ,moi et je faillis et je faillis je défaillis et je faillis aussi le FAIRE. A quoi ç as'est joué? Cette semaine maudite où tu bossais comme un fou et Marcadet empoisonnait l'air ou bien la langue de B sur ta chatte humide. Non, non, non tout ça on surmontait et c'était ma peur d'être relégué, de devenir un personnage secondaire de ma prpore existence, de depérenrre d'une autre vie que de la mienne, d'être là, l^âché un jour dans un janvier glacial avec pour soi rien que sa honte sa détresse et samaladie mentale. Avec rien d'autre que ce pauvre rien. Pourquoi ? Pourquoi ? Etait ce si ompossible de dire d'accord. Il aurait fallu partir je crois que si l'on avait dit "partons, là bas, je crois qu'alors j'aurais pu" mais je ne savais pas. Et ce n'est pas normal de fuir plutôt que de dire ça suffit. AHHGHGH
Je pleure je chiale ne me divise je e décire je veux que cette peine là s'arrête et la phrase m'mporte et me tue et le clavier enourrit mes doigts et ce ne sera plus jamais la même chose. Ca t'a pris, l'amour, d'une autre forme, plus régulière avec sa démence aussi cette perfection qui dans les bouquins de Ballard fait des gamins assassiner leurs parents, les massacrer les pendre par les couilles. Bordel.
BORDEL ma voix intérieure je l'ai perdue et je la retrouve ici quand je tape comme un fou savez vous que tapant comme !a je murmure ce que je dis je précède dans un souffle ke puxel comme si moi je dictais à mes doigts et suqe nous étions séparés. JAI MAL.

POURQUOI POURQUOI
Il eut suffit fallu d'un rien de demande rà Mryriam le courage qui la fit vivre ) Athènes putain.

Qu'est ce qui t'as pris merde ? De retour de Nantes, qu'est ce qui t'as pris de retour de Nantes. Marc par la fenêtre me voyait descendre et il a dit "il arrive" et dans ce "il arrive" c'était en plein hiver un drôle de soleil. Et j'ai mal de m'en souvenir, j'ai mal à en crever, à en pleurer, et de retour à Nantes il faudra la noyade parce que ce n'est pas possible. La sottise se noyer dans les flots tendres des océans ou des mers, la sottise tandis que la mort se fait dans les grands fleuves qui tonitruent et tuent mieux qu'à leur tour. Mais les fleuves sont couverts d'hommes et de sauvateurs. Pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi je me suis pas jeté dans le vide, n'importe lequel de ces vides là celui du haut des ponts ou celui plus difficile du risque. 
Lerde tu as eu vingt ans tu as adoré avoir vingt ans avec ton méris et ta morgue tes réussites sans faire exprès Grasset qui t'écrit et toi qui te fais comme ça un peu d'argent de poche pour un livre que jamais tu n'auras fini et Y.B t'en veux pour toujours à cause de ça. 
Et Nantes, c'était hier Nantes puis ce fut, mais sans moi, alors, toutes les villes d'ailleurs et j'ai mal.
Et marc qui disait il arrive et qui disait "je me sens violé de voir Jonathan avec des grosses chaussures" il y avait du verglas et je craignais de tomber en glissant en montant la toute petite volée de marche. Le sol était gelé et cherchant de l'alcool et de l'eau pétillante (san P) alors elle a glissé et je crois que mon coeur s'est brisé dans cette chute à elle.

On croirait, des lecteurs me l'ont déj dit que ce que je fais c'est conscient que je mre relis et me corrige ajoutant au hasard de la sésure et de la syntaxe des fautes de frappe. Et j'ai écrit mes po!èes minutes pour montrer que c'était faux. Que j'écris à toute allure et sans regarder l'écran et que les mots giclent comme pour un amour trop vif la première nuit quand ç afaisait longtemps qu'on avait pas aimé.

9 juillet 2018

CMP

L’hôpital de jour du centre médico psychologique (18-20 Rue de la Tour d'Auvergne, 75009 Paris) accueille, chaque jour, ses patients. Parmi ceux-là : Martin. Martin ne paraît pas, aux premiers abords, privé de raison. Il converse, sans anxiété manifeste avec chacun, donne son avis, écoute celui des autres. Rit de ce rire social et faux des gens de raison. Martin apparait, à mes yeux inexpérimentés, comme un être socialisé, parfaitement intégré, capable d’interactions normales et banales ; ainsi sa présence m'étonne et doit avoir des raisons.
Martin porte toujours un polo lacoste - de combien il en dispose je l’ignore - et, sur lui en permanence, un parapluie. Un de ces petits parapluies noir gardés dans un étui de toile et qui se déplient plus largement qu’on ne l’aurait cru. Dans ce siècle d’été jamais je ne l’ai vu s’en servir. Dans ces recoins de chaleur des orages surviennent, c’est vrai ; rarement cependant. Prévisibles, aussi. Annoncés par les baromètres-smartphone. Indifférent à ces modes prévisionnels ; Martin garde son parapluie.
Ce comportement, dans tout autre contexte, paraîtrait une précaution amusante et toutefois de bon aloi ; une fantaisie d’un aloi le même.
Or l’excentricité, la différence, l’étonnement ; bref tout ce qui échappe à une hyper-rationalité, devient ici une anomalie. Le parapluie de Martin dans ces mois de juin-juillet est anormal. En toute logique le parapluie est utilitaire son usage, parer la pluie, épuise son sens ; il se réalise totalement dans son utilisation, sans résidus. Il n’y a rien à en tirer d’autre. (Sauf pour quelques freudiens voyant en tout objet plus ou moins phallique le signe d’un Oedipe mal résolu et d’une analyse longue et difficile et coûteuse).
Martin garde ce parapluie en plein soleil - non déplié ; non « en usage » ; vigilant cependant . En plein soleil pour qui fréquente - en patient - l’hôpital de jour ce fait signe vers la folie, ce indique - au sens d’indice criminel -  la folie, la rend possible, en laisse deviner le commencement. Ce parapluie devient symbole, mystère à élucider - psychiatriquement. Son sens, parce que c’est Martin qui le porte en plein soleil, excède désormais largement sa fonction. Quelque chose, du trop loin, de l’étrange, de l’ailleurs, encombre cet objet. Chargé de discours, lourd maintenant le parapluie que Martin, au bout de sa main, agite. 

La présence des individus ici présuppose toujours la démence. A chaque acte est opposée une rationalité modèle qui n’est, pourtant, le sort de personne. Névroses, psychoses, angoisses et tout le lexique des souffrances morales, touchent chacun. Partout. Ici, ceci devient TOC, bipolarité, border-line. Tout est qualifié donc jugé donc traité donc effacé contenu. Le parapluie de Martin est un artefact de la folie ; par lui Martin est fou.
Le ton général narratif et neutre que je prends est fallacieux ; prétendant synthétiser ici le discours clinique. Je suis celui qui regarde et soupèse ce parapluie, je suis celui qui confronte Martin, portant son parapluie en pleine chaleur, à une normalité sociale : le parapluie ne se sort que sous certaines conditions. Sorti en dehors de ces conditions - ciel nuageux, gris, pluie, orage, indications météorologiques - saille une étrangeté. Cette étrangeté est de la folie de la quasi folie dès lors qu’elle concerne un individu appréhendé par une catégorie psychiatrique. Bref un abrégé de ces topographies de la déraison : DSM et CIM. 

C’est moi qui démembre Martin, moi qui isole de lui des parties qui doivent être caractéristiques de la folie - sinon pourquoi sa présence ici avec son air de tout à fait normal ? 
Au déjeuner que nous prenons en commun j’observe parfois Martin qui garde son parapluie sur les genoux. Sa main tremble régulièrement d’un spasme intraitable que son visage ne laisse paraître. Si à ces instants ses mains demeuraient dissimulées personne ne pourrait lire sur son visage impassible ou souriant (ou d’un impassible sourire) ce qui le traverse (et peut-être le traduit?). Il se nourrit peu - n’est pas maigre - choisit sans logique les aliments qu’il ingère. Jamais je ne sais s’il ne le fait à des fins de conformité sociale - donc de dissimulation - donc d’indices, encore, de sa folie ; mange si peu, son parapluie sur les genoux. 

De quoi le parapluie de Martin exposé au plein soleil est-il le fétiche ? Vers quel monde intérieur ce parapluie fait-il signe ? Ou quel ailleurs par l'objet médiatisé ?  Jamais je ne le saurai. Lui demandant obtiendrai-je une réponse ? Cette réponse et cette demande ont-elles un quelconque intérêt ? 


Désormais je pense à JH, toujours sociable souriant, dragueur plein de projets mis à l’ouvrage. Echouant, recommençant. A qui tout sourit et tout dépérit. On pourrait le croire, à observer sa contexture, comme un être sans angoisse - ce qui ne préjuge pas de son intériorité. Or à lui parler plus longtemps altéré - libéré ? - par l’alcool ou le cannabis c’est une fragilité comme les autres. Non, fragile en constance, mais révélant que ces choses là, ces actes grandiloquents ont pour lui, aussi, un coût. Plus capable que les autres de l’assumer mais penché, lui, aussi sous le poids de l’action ou de l’audace. Pour lui aussi c’est dur. Pas de quoi devenir patient de l’hôpital de jour.
Ses croyances montrent des au-secours (naïves, toujours, soulageantes et simples) anamorphoses de son audace.
Nous sommes tous des Martin conservant un parapluie en plein soleil haha.

26 juillet 2017

In-

Résous toi à toi-même
Ce n'est pas si peu que d'être Je
Rappelle toi la haine toute ta vie
La Haine de quoi tu étais fait
Bras, phénotype, sensation
Ou
La haine, haine pure, déployée
Bras, phénotype, oeil
Résous toi à toi-même
Ce n'est pas si peu que de dire Je

regarde le monde ce monde neuf où tu pénètres sans avoir dit bonjour
Tu ne dis pas bonjour tu crois ne pas dire bonjour tes cheveux sauvages
Mais tu restes le plus poli et ton être s'incline et baise la bouche puissante
L'anneau doré tu n'y peux rien son feu c'est ton feu.

Tu vaux ce que tu vaux
C'est ainsi ne te ravise pas
Marche il fera beau demain
Ainsi de suite
Résous toi à toi-même
Tu es la plus belle chose
Connue

5 avril 2017

Je guy Déborde

je guy déborde
le mot roule
jouet
dans la gueule d'un
chien

des s i né>          
   comme le remuement>
      de doigts pianotant sur>
    la surface lisse d'un>
 iPhone>


les idées se concentrent
puis                            éclatent
avant le
dépôt
ici

je guy déborde

le plongeoir
déforme
le reflet de 
l'eau
mon image tremble

un chien ramasse un jeu de mot
je de maux
jeu de maux
je de mots
i       n       é       p       u       i       s       a       b       l       e

cicéron déclare le glaive à la main
changeant son registre et prolepsant
qui dira la plume plus forte que l'épée
la langue morte ayant fait le tour
d'elle-même un jour au sénat
avant de finir tout à fait
écrasée par l'usure
comme une vieille
molaire 
iiii
ii
.
                                                                                                                                               .
Il était temps de clore d'un poing bien viril la

 

 

27 mars 2017

doctissimo

Autrement :


http://forum.doctissimo.fr/sante/spasmophilie-tetanie/cerveau-besoin-tumeur-sujet_154145_1.htm


https://fr.wikipedia.org/wiki/Hypocondrie


https://fr.wikipedia.org/wiki/Syndrome_de_M%C3%BCnchhausen




n°40
21
84
d l  f 2 6 z c


Invité


Posté le 
15/04/2008   à 
18:50:36  
       answer


Prévenir les 
                   modérateurs 
en cas d'abus
 
Bonjour à 
tous Voila ça 
doit
faire 
mois 
que je ressens 
         des 
pertes                   de
                    l’équilibre
 ,voire                            vertiges . 
J'ai 
 très 
s     v      t 
mal aux 
         yeux 
avec 


L’hypocondrie (ou trouble hypocondriaque1) est un syndrome caractérisé par une peur et anxiété excessives et bouleversantes concernant 


la paupière gauche 
qui sotte
souvent , je 
ne supporte 
pas la lumière et je met 
un t e 
         m p 
s                            fou                                     à m’
aclimater à 


Le syndrome de Münchhausen1, également appelé « pathomimie » ou « trouble factice », est un terme désignant


la pénombre . 
Parfois celà me dé
clenche 

de légersmauxdetêtes 
qui du                  rent        as         sez                     lgt                  mps . . 
de + 
je ressens comme 
des 
tensions 
dans 
mon 
cerveau 
un                                                                                  peu                                          
                           pa                                   rtout
Une écoute obsessionnelle de son corps amène l'hypocondriaque à interpréter la moindre observation comme le signe d'une maladie grave
... ça ne dure pas lo n g t e m p s mais c'esta 
ssez dé
r
a
n
g
eant .
J'ai très 
peur que celà soit 
grave .
une pathologie psychologique caractérisée par un besoin de simuler une maladie ou un traumatisme dans le but d'attirer l'attention ou la compassion.
et si 
c'était des 
migraines 
ophtalmiques 
ça dur er ait pas aussi
     l gt
m
ps ... 
1
 
mois 
et
 de
mi
e  
! )


Alors je suis                   
allée consulter          mon
medecin 
qui ma fait faire des 
tests neuro. 


simples : 
je n'ai rien . 
(?)
ensuite elle m'a envoyé chez un 
ophtalmo : 
rien nn plus .
Et m'a fait faire une 
prise de sang
pour me rassurer .
et tout est Ok .
Mais peut-on savoir
 si
 on a une tumeur 
avec tout ça ?


Parceque il parait 
qu'avec le fond de l'oeil ça se voit et qu'avec 
la vitesse de sédimentation 
(VS)du sang ça se voit aussi 
( vu qu'une tumeur est due a une 
inflamation ..).
Et chez moi 
tout 
serait Ok 
à ce point 
de vue la .


Cependant j'ai très 
peur , j'aimerai en être 
sure su
re s
u
re 
sure 
! car ça me 
bouffe                                              la vie , 
j'ai 18 ans , 
le bac à 
préparer et je pense b c p trop à 
ça .


J'ai juste besoin d'etre rassurée sans pr autant passer un 
IRM .


juste si avec les 
examens 
que j'ai fait , est-ce que je peux être 
v r a i m e n t rassurée et 
éloigner tout soupçon ? 


je deviens 
folle ... : ( 
merci de me répondre 
r         a         p
         i         d         e
m         e         n         t

 

24 mars 2017

jsais pas quoi.

Il est fait mention d'une agression sexuelle et je n'aimerais pas que cela blesse quelqu'un.
elle a monté souvent la nuit
grammaticalement incorrecte
avec des cheveux hésitants
l'un fourchu l'autre bouclé le dernier raide
ce motif répété à l'infini sur tout le pourtour de la tête
les dents s'agitant sous la pression de la langue et la langue s'agitant sous l'impulsion de l'idée
quelque chose de tout cela devra bien surgir un jour 
Afin de demeurer syntaxiquement logique, une proposition excédant une certaine longueur doit être entrecoupée de virgules rythmiques et grammaticales ; les virgules grammaticales et rythmiques permettent la lisibilité du texte et le confort du lecteur
la bouche entourant la parole bougeant la bouche suivant la respiration 
il avait les mains marbrées parce que la peau un peu trop transparente le froid ne lui faisait rien le froid changeait la couleur de ses mains pour leur donner l'apparence veinée d'un marbre tout juste arraché à sa carrière
il s'indifférait souvent de ses mains veinées tantôt marbrées autrement selon le regard posé sur lui ça a souvent été affaire de génération
puis le temps faisant l'office du temps le regard de l'autre moins attentif aux mains veinées ou bien marbrées ça n'avait plus d'importance pour personne
on ne photographie pas ce genre de choses
il a du oublier lui aussi sauf certains jours de froid lorsqu'il regarde ses mains sur le chemin qui le mène de chez lui à la station de RER
ça ne le fait pas sourire
il se rappelle un
peu
Victor Hugo las de l'alexandrin inchangé depuis des plombes le remplace par l'alexandrin trimètre qui abroge la césure de l'hémistiche pour découper en trois groupes égaux le vers sur l'air du 
yenamarre
Sa phosphorescence impressionnait jusqu'à la Baltique ; la nuit on ne voyait littéralement qu'elle visage au vent yeux d'animal pas trop sauvage
Elle marchait dans l'eau, s'amusait de ce que l'écume semblait la mousse des bains enfantins. Sa main relevait la robe trop longue ça n'avait aucune importance. Ce spectacle impressionnait jusqu'à la Baltique, on en disait quelque chose, plusieurs choses dans des langues très nombreuses, jusqu'aux pygmées et leurs épouses à dos rond on en disait quelque chose au plus profond des forêts de Roumanie où rodait le loup.
La terre brillait après le passage des soldats, certains y perdaient leurs douilles à cause de ce que le balancement des hanches après 4h de marche se faisait moins précis, on trouvait moins brillants les mégots des cigarettes roulées en chemin, fumées en chemins. La troupe tourne au milieu de cette pente dure
halte
Le pétrole se trouve dans les couches inférieures de l'écorce terrestres les techniques de fracturation des poches de basalte accroissent la quantité de pétrole disponible.
Le pétrole nouvellement découvert est d'une qualité très inférieure et nécessite un traitement coûteux. La découverte du gaz de schiste interdit au pays producteurs de pétrole réunis au sein de l'OPEP d'augmenter les prix. Le baril de pétrole se maintient en dessous des 50$ et permet à la France de limiter son déficit commercial. Le calcul du déficit commercial ne présente aucun intérêt. Le déficit commercial ne comprend pas l'idée de chaine de valeur.
Le soldat plus très jeune, la flasque vide, voit la fille robe blanche bouche cerclée rouge à manger un fruit ou s'est peinte la figure. Il ne sait pas s'il faut approcher et le courage artificiel que donne l'alcool l'amène jusqu'à elle. Il prononce les mots en anglais, d'un anglais très scolaire. Elle rit ne dit rien et joue dans l'écume  sans cesse rafraichie. Il va partir le soldat, bredouille et honteux, sans savoir pourquoi il s'approcha du rivage, sans savoir pourquoi il dépassa le rivage ce soldat. Il fait demi-tour et sent à sa hance le canon de son fusil-mitrailleur. Le canon du fusil-mitrailleur, la crosse de métal du fusil-mitrailleur et le chargeur rempli de balles du fusil-mitrailleur rappellent au soldat plus très jeune la force qui est sa force la force qu'il s'est entraînée depuis sa jeunesse à maitriser. Son métier c'est la force. Il revient, enfonce ses pas plus fort dans le sable humide, cette fois sans une parole, il attrape la fille tourbillonnante. La fille tourbillon croit d'abord la mer changeant de sens et qui la bouscule. Le fusil-mitrailleur balance toujours à la hanche du soldat plus très jeune, la force balance toujours à la hanche du soldat plus très jeune. Il ne dit pas un mot et appuie sur la bouche de la fille sa main dure d'homme dur. La fille sa robe blanche ne se débat pas. Peut-être connait-elle déjà ces soumissions, à cette heure, peut-être s'agenouille-t-elle depuis longtemps quand la force vient la saisir, résignée, à quoi bon se débattre, des bleus nouveaux, on ne peut rien face à la force sure de sa force.
Ou bien peut-être l'activation de l'amygdale, tous les noyaux situés au niveau des lobes temporaux, qui l'empêchent d'agir. La peur entraîne une inhibition de la pensée et une paralysie généralisée. Peut-être est-ce la peur qui ainsi la fige dans cette posture d'agonisée.
Le soldat un sous-lieutenant maintenant elle voit ses galons, la main appuyée sur la bouche de la fille en robe blanche, il la porte jusqu'au rivage, une mariée de loin.
La lune blanchit la rive comme la lune doit blanchir les amants quand la première fois la peau salée sur le sable mouillé. Ils paraissent des mariés la première fois la peau salée sur le sable mouillé. Le soldat et la fille paraissent autre chose qu'ils ne sont. Le fusil-mitrailleur balançant à la hanche cliquette.
Le soldat, le fusil-mitrailleur balançant à la hanche, toujours pas un mot, jette la fille sur le sol comme un fardeau, elle face contre terre, lui ôte calmement le pantalon du treillis, sort son sexe déjà dur. La fille toujours pas un geste, la bouche pleine de sable et le corps remuant, lui pas un bruit, la bite tendue, veinée, marbrée. La robe déchirée juste ce qu'il faut, pas de sous-vêtements. Les deux corps remuent, le remuement de l'un se transmet au corps de l'autre. Incessant. Le mouvement. Régulier. Le mouvement. Longtemps. Longtemps la mer heurte le rivage, part, revient. L'eau se retire écume ; revient, écume. Sans gémir le soldat remonte le froc de son du treillis, pas un mot. Les gestes sûrs, plus de traces de la honte d'avant. Le soldat reprend sa place, retrouve la flasque vide, roule une cigarette.
La troupe se remet en marche. Personne n'a hurlé cette nuit.
14 mars 2017

Contextualisme

La monstruosité du monde parfois vient
L'indiscernabilité des identiques est un principe
métaphysique
Peter Geach remet en cause ce principe
De l'obscurité très froide d'un jour de novembre
Le tiers-exclu ou la non-contradiction
sont des pirncipes logiques
Où surgissait l'homme à l'imperméable
L'identité des indiscernables garde
dans la nuit
Rouge et fendu au milieu
une ceinture pas attachée
le textualisme ignore les méta-données
le promeneur se perdrait dans la rue
Pierre Ménard abroge le textualisme
L'oeuvre est une action
Sans indication bibliographiques
l'accès à l'espace urbain 
serait illisible

 




13 mars 2017

Objectivité à la première personne du singulier

Objectivité de la première personne du singulier
 
Des choses banales occupent la majeure partie de mes journées
L'heure du lever, le premier repas, le second, est-ce que (1)J’ai bien
mon pass navigo dans la poche intérieure droite de ma veste
mes clés Je ne les oublie jamais, ni ma carte bleue rangée
dans l'étui de mon téléphone portable lui non plus pas oubliable
Je m'intéresse au temps qu'il fait
J’en parle pour faire passer la journée
l'absence de soleil 
 pense à la pluie
(5)J’espère souvent ce petit miracle du soir
l'air frais l'odeur bizarre qui sort du bitume
le visage des gens à huit heures du matin
si Je suis sans dormir
le visage des gens à quatorze
quand
le visage des gens à 1h
Je bois
Parfois se trouvent des photos de moi
dans mon portefeuille plus ou moins âgé
sur certaines d'entre elles Je porte des lunettes
et parfois les cheveux courts
Je ne me souviens pas de ce temps là
Je vis à Paris
J’aimerais marcher dans la montagne
Je ne veux pas vivre en province
Ni à Londres
Je n'aime pas la mer
Je suis souvent allé à la plage
Je n'ai pas lu assez de livres
Le mois d'août 2014 Je lisais
3 livres par jour
dont un de connaissances
comme dit Mehdi
ce qui me fait ricaner
Je suis méchant
Je suis gentil
Ca dépend du point de vue
Ce poème est trop long
Ce poème commence à m'embarrasser
Je ne sais pas arrêter les choses à temps
Je suis spectateur et J’attends que les choses
se passent
On peut tout me faire faire
Je ne veux rien faire
Je suis en train d'écrire ce poème
Je viens de lire cette ligne
Je remue les lèvres pour la dire
Plutôt jaune la lumière de l'écran
A cause de f.lux pour ne pas perturber
mon cycle circadien 
Je suis insomniaque
mon cycle circadien
ne présente aucun intérêt
Ca donne bonne conscience
Je n'ai pas de morale
Je peux tout faire
Je ne fais rien
La journée se passe
J’aimerais manger de la pizza
dégoulinant de fromage
Je suis intolérant au gluten
J’ai supprimé ces vers : 
Je regarde par la fenêtre et j'écoute le bruit de la ville
Je respire l'odeur de la journée attendant le petit miracle
le soir quand le bitume sent un peu la pluie et préfigure
la rosée
(32)Je les donne à lire
Ils sont mauvais

 

12 mars 2017

Ses yeux ruminaient vieilles salades pas

Ses yeux ruminaient vieilles salades pas essorées
par l'amour jamais infectés c'est comme ça 
tandis qu'elle circulait dans des pensées de province
regardant la liste des courses direction E.Leclerc
ou c'était peut-être Auchan l'altérité ça suffit
les néons c'est le soleil et puis c'est tout

Toujours il disait ce n'est pas très sérieux
remettant en place la mèche pas sérieuse
desserrant la cravate juste ce qu'il faut
etc etc lui retrouvé ivre mort bientôt
rue Jean-Baptiste Pigalle veste cintrée 


après recommence la secrétaire basculée
en arrière chaise chambre d'hôtel son job
24/24 le syndicat pas étonné pas au bistrot
déconne pas hé il planche sur son équivalence
L3 pour partir en vacances aux Bahamas
ou à Pattaya mais chut pas trop fort Jean-Luc va entendre

Il y a deux-cents-trente-sept-gestes dans un repas de sept minutes
douze pas pour retourner à la chambre à coucher 
le sommeil dure huit heures et demie
la latte de bois grince en y posant le pied droit
trente-sept litres d'eau coulent pendant la douche
Bonjour prononcé douze fois par jour en moyenne
Excusez moi vingt-deux sauf le week-end.



Je
tiens je
revenu promenade
bonne santé
une bière combien ça coûte
tout dépend Paris Genève
presque pareil à part
la monnaie
Ploubennec moins cher
les loyers pas les mêmes
32% d'alcoliques dans les
Haut-de-France

 

10 mars 2017

Tu te tus

Quelque chose doit arriver
tu te dis à toi-même
cette nuit et depuis
combien de nuits
quelque chose arrivera
et tu guettes dans le
remugle des jours
cet instant là
tu l'as raté tant de fois
dans ta vie
cette seconde qui t'échappa
mais pas cette fois
tu te tiens prêt
tu as durci tes paumes
rongé les ongles
pour saisir ce que ce sera
chant baiser l'étendue de langage
des fins du temps
le moment d'apocalypse
à toi seul rendu

tu attends toute ta vie
sur ce seuil pas besoin
de mobiliser ici
cheveux gris
mains ridées
lèvres vierges depuis
longtemps de baisers
toi seulement résume
toutes les varices
vieille âme
crevée
haha

Tu saisis un objet le premier venu
accumulé tu ne sais trop d'où
La Guyane où tu te rendais par ennui
vivre la vie des forçats et humer
dans la jungle le balancement
d'AK47 à la hanche des orpailleurs
ou bien au bas de la rue Henri Monnier
le jour
de ramassage des encombrants
tu ne vivais pas très loin
la place Pigalle pas très
étrangère à ton alcool violent

ta main elle serre comme jamais
recroquevillée on dirait que tout
va partir de ce moment là vers
ce néant toujours là toujours
partout ce néant là qui ne t'a pas lâché
ce départ retenu un jour le train non-pris
ni l'avion ni rien tu sentais bien
se refermer la ville-prison
toi assiégé par toi-même
mais le train parti
l'avion trop cher
de toutes façons

Le quai d'une gare où tu ne fumes pas de gauloises. Le quai d'une gare, tu cherches dans ton sac l'un de ces livres commencés mais jamais finis. Tu tournes les pages et tu espères, comme ça, d'un coup saisir tout le sens et tout le but des pages écrites. Trouver ce je ne sais quoi qui les mis au monde et reprendre ce geste là. Tu passes sur ton téléphone portable les photos de tes vingt ans, cette fête pour rien qui te remémore les cris brutaux dans les bouches de métro et tu croyais que c'était la vie alors ce cri tout puissant ; ce pas grand chose à peine une manière de dire regardez moi j'existe et regardez comme j'existe mieux et plus que vous si vous riez c'est d'être nul plat grossier. Ouais, tu retombes dans ce passé là d'une photo. D'autres tu ne veux pas voir, les horreurs que tu as commises et l'orgueil pourtant qui t'y menait. Je l'ai fait et pourquoi sans goût sans volonté.

Buenos Aires, Quito, Santiago de Chile même avec l'accent sud-américain tu saurais les dire et même tu aventurerais ta prononciation jusqu'à Mexico et les charniers de Santa-Teresa.
C'est peut-être regardant en arrière et chiffrant cette quantité de regrets que l'on peut dire vraiment qu'on a vécu. Ce malgré tout et ce pourquoi pas non franchi. Peut-être tous vous moi et lui sommes de ce point du monde infranchissable. Cette décision ravalée.

Ai-je déjà voulu autre chose que vouloir ?
As-tu déjà fait un seul acte par conviction
parce que tu le sentais grouiller au plus profond de toi
le geste non-capturable le geste celui qui te dépasse
non, jamais tu n'as connu cette folie furieuse tu regardais
les autres vouloir vouloir pour toi parfois même
tu ne te laissais pourtant pas faire ta vieille main
et ton corps changeant tu n'as suivi personne nulle part
seul sans ailleurs

comment ont-ils fait tous pour polir la vie lui donner cet air bien propre tous les jours sortant du hamman, du spa ou du bain moussant.
Mais ta vie pas beaucoup plus crade. C'est ce que tu regrettes le plus je crois, de n'avoir pas été dans ces abîmes qui devaient t'être patrie, mère et destin. Tu as regardé le fond des fonds sans oser franchir la barrière, Saint-Augustin gardait la porte et timide comme tu étais tu n'osas pas demander ton chemin. Demeurer propre, ne brûler aucune bagnole, ne cracher sur personne, le casier judiciaire à peine une goutte d'encre dessus.
Alors rôdant tu te tus.
Tu te tus à vie.

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