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boudi's blog
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21 novembre 2007

Je t'(e) (h)ai(s)

Puisque je dois mourir, que ce soit de votre main qui luit devant moi depuis peu de temps, marguerite blessante.
Votre main, vous ne saviez pas a quel geste j'allais la convier. Non pour l'amour, ô ma parfaite boucherie gantée, magnolia menteur, tremblante pureté pourrie. Votre main pour mon meurtre, votre main dans mon coeur, au fond du sac de serpents brulés.
Ne guette pas mon approche, le bruit sableux de mes pas, il n'y a que blessures dans l'ortie de mes mains, rose assassine et délurée.
Désole toi si tu croyais que j'allais aider l'incendie. Ne lave pas de si pres la lave de ton corps, ne parfume pas ton âme de mensonges, le souffle de tes lèvres n'est pour moi que l'étal tiède d'un boucher. Je n'ai pas faim. j'aime les yeux légers, les mains légères, les doux poignards, et les lilas sous l'averse ou la rosée, mais tu es toxique, orchidée, avec ou sans rosée.

3h01.

Je t'aime en lettres de sang. En lettres qui disent je souffre. Je brûle.ke veux. En lettres d'or. En lettre d'eau saline. Tu. Me. Tues.

5h21

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30 septembre 2007

Frigide.

Ne cherche plus dans la mystique des viscères éventrées de veaux blancs la cause de ta funeste frigidité. Le vol des vautours, et les danses végétales n'ont pas de vertus curatives. Ton coeur froid planté entre tes cuisses est le coupable idéal. Froid comme une neige d'hiver. La glace amère ne réflechit pas tes yeux morts. Les cadavres dansent et tu cherches ta vaine existence dans le désir tiède des bas-ventres frileux.
Petit enfer de givre, tu rêvais d'incendie et de braises au fond des yeux de jade.

Ta langue pendue sans extase au profond des palais de luxure. Tes lignes électriques bien droites, bien blanches. Ont le blanc des drapeaux. Ceux de l'abdication. Tu crois le givre fondu sous la sueur animale. Lèche, tu n'es pas flamme. A peine femme.

Funambule lestée de potions magiques et d'amulettes tu trébuches sur le baluchon oublié. Celui des souvenirs perdus. Des douleurs endormis. Le volcan a vomi ta morale délicieuse sans grumeaux. Promis, juré, craché. Vomi. Pour souiller les promesses sans croiser les doigts. Juste les cheveux au vent.

Ne cherche plus dans la mystique des viscères éventrées de veaux blancs la cause de ta funeste frigidité. Le vol des vautours, et les danses végétales n'ont pas de vertus curatives. Ton coeur froid planté entre tes cuisses est le coupable idéal. Froid comme une neige d'hiver. La glace amère ne réflechit pas tes yeux morts. Les cadavres dansent et tu cherches ta vaine existence dans le désir tiède des bas-ventres frileux.
Petit enfer de givre, tu rêvais d'incendie et de braises au fond des yeux de jade.

Ta langue pendue sans extase au profond des palais de luxure. Tes lignes électriques bien droites, bien blanches. Ont le blanc des drapeaux. Ceux de l'abdication. Tu crois le givre fondu sous la sueur animale. Lèche, tu n'es pas flamme. A peine femme.

Funambule lestée de potions magiques et d'amulettes tu trébuches sur le baluchon oublié. Celui des souvenirs perdus. Des douleurs endormis. Le volcan a vomi ta morale délicieuse sans grumeaux. Promis, juré, craché. Vomi. Pour souiller les promesses sans croiser les doigts. Juste les cheveux au vent.

5 juin 2012

Infranchissable jeunesse

Ma jeunesse est un insurmontable pouvoir. Je ne franchirai pas sa frontière, je ne passerai pas son seuil à faire comme tous ceux qui jouent à l'adulte depuis qu'ils ont dix-sept ans à s'arranger leurs visages juvéniles pour dîner de peccadille, se faisant les mains rauques comme des muets sérieux. Comment peut-on changer de pays, quitter cet endroit où le soleil insubmersible brille comme un œil aimé, bouge comme un serpent repu. L'ambition... vieillir c'est de l'ambition et ça en a perdu ça dans son marécage des générations de poètes pour les faire minuscules, infirmes, et quand on coupe le costume on arrange aussi l'homme, on lui raccourcit l'âme, on ne sait pas y faire le col qu'il faut, la manche en trop. Je veux vivre longtemps dans ce même âge et de cette façon que j'ai aiméeC'est la moindre des choses d'étendre ce grand sentiment à ma vie, de prolonger ce geste à tous les objets à toucher. Toujours le drame mais jamais la gravité, la gravité c'est âgé, ça se racle la gorge, ça sent le parfum très cher et prétentieuxje ne me change pas le cœur je l'agrandis, je l'affermis, j'en fais le siège de mes actes et de mes pensées. Par lui j'organise toute mon existence. J'aime, j'ai aimé, j'ai été brisé. Ce sentiment à quoi d'autre peut-il servir que vous donner le vermeil de la peine ? Je suis fait pour souffrir Mon visage a déjà pris ses marques dans la douleur.

27 juin 2011

J'ai des manières de loup poli.

 

Si le cœur se soulève, c'est que la nuit baisse dedans.

 

Si le cœur veut voir dehors, s'il veut explorer les fossés d'un autre corps, alors, laissons le faire, laissons le voir, ce qui se passe à l'extérieur de ces digues de matière. Laissons le regarder les fragilités des saisons qui à peine font tomber le temps, déjà se renient.
J'ai vu, des hommes avoir froid, et couvrir leurs mains d'un drap de folie, sur les motifs imprimés, l'histoire mâchait des mots anémiques. Le langage, c'est pour le cœur, une autre façon de battre. D'avoir les tourments, qui dans une minute frissonnent comme les ailes d'un angelot.
Ah. Le cœur a des devoirs, il faut aimer obligatoirement les beaux yeux d'une reine, il faut commander avec le sang, aux genoux de rompre sur le passage d'une tyrannique saveur.
Ah. J'ai des crampes aux gestes qui restent suspendus dans la saccade jouissance, d'une veine qu'on sectionne dans la tranchée des batailles oubliées. Je promène promptement les drames de la civilisation, dans la soie dangereuse d'un enfant sacré. Enfant sacré parce que mort. Avec son front tout ponctué de blanc, tout imbibé encore des mains maternelles qui se détachant le laissèrent suffoquer. Il a dit « j'ai respiré l'air du dehors, sans le filtre d'amour, d'une aimante, j'ai respiré les images de la vie, et l'orphelin ne savait pas les supporter. Mes paupières sont des bourgeons, que le jour ignore. Je suis aveugle ;».


Nous avons disparu, me dit ma jeunesse. Nous sommes partis, faire ailleurs, avec nos particules, nos ressentiments, et nos désirs, un autre monde, loin du visible et de l'invisible, nous avons sacrifiés aux impotents du sensible la vue pour sertir nos cous, nos fronts, et nos poitrines de ce cristal atroce, rouge, et brûlant qui balbutie dans la gorge, encore. C'est avec la bouche que nous vivons, c'est avec la bouche que nous agissons, c'est par là que s'exfiltre de nos prisons intimes les coups, les corps, et les envies. Si j'ai un futur il est depuis le parler muet que je fais dans la friction intense d'un corps amoureux.

Je ne sais pas, d'une description faire jaillir du plaisir. Si je raconte, le jeune homme qui dépliait dans l'arrête noire de la ville, la soie recouvrant les biscuits secs qu'il volait, qui entend son geste trempé d'inquiétude comme s'il était un matin se débarrassant, goutte par goutte de la rosée frileuse ? Qui sait, que dans son cœur des milliers de petites bulles craquent la membrane fragile qui les forme, et que le toucher du biscuit, fait à sa faim une tentation nouvelle et peureuse, qu'il a le souvenir de la voix de morale d'une mère quand il enfonce dans sa bouche l'hostie du forfait, qui peut comprendre en regardant la scène pourquoi ses lèvres sont toutes bleues des larmes du souvenir ? Qui peut comprendre, dans les quelques lignes froides d'un légiste ce qu'il y a de tragédie pour armer le bras qui dans l'étal marchand, vient prendre la nécessité, qui saisit les membres à nul autre pareilles qui se crispent de désir, de famine, et de dépit sur le vin qui fera un trépas aux fatigues ? Pourquoi décrire, ces événements sourds qui, dans chaque sensibilité, fêlent autrement les actes ? Pourquoi, vouloir, mettre à des hommes sensibles des prénoms insensés, pour faire qu'on se souvienne d'eux quand dans nos habitudes nous croiserons un voleur à la bouche si belle que nos gestes ne pourront retentir d'aux secours.
Ecrire, c'est savoir passer sur la grisaille d'un ordinaire, les mots des sensations, c'est à une photographie de presse, appuyer assez fort pour faire jaillir le sang, pour faire frémir la peau, et tout apprendre des yeux baissés, incolores sur une vie que déjà des anonymes condamnent aux prisons étroites de leurs lois, de leurs mépris.
J'ai des haines particulières pour ceux-là qui refusent de se souvenir, qui se détournent des images qui rappellent, qui sont pleines des alarmes puissantes, des boutons, et des blessures dont l'on sait qu'elles ont fait des orphelins et des injustices. J'ai une haine particulière pour ce métier d'assassin civilisé qui parce qu'il accélère le pas, fait sous son soulier des morts déshonorés. J'ai du mépris pour la vie, encore, que l'on force à durer avec cet acharnement médical quand la volonté a cassé ses souliers, que le mort même prie en fantôme sur ce corps et qu'il ne sert à rien, sinon aux obsessions, de se muer en tombe mouvante. Laissons aux morts le mouvement impavide, la fin des ricochets obligatoires sur le pavé des vivants. J'abandonne le monde, à ceux qui n'ont rien senti, ferai-je inscrire sur ma pierre tombale, et ce sera ma seule œuvre littéraire valable.

N'est ce pas assez d'avoir un souffle, un poumon, des organes, d'y avoir introduit l'amour, le vertige, l'odeur des femmes, le pleur d'un orphelin, la détresse du deuil ? Non, ce ne peut être assez, si cet amour ne chante pas, si ce cœur ne brûle pas, toutes ces choses des sens, tous ces émois, doivent se couvrir d'une nappe d'étoiles. La littérature ne décrit pas elle, elle couvre, elle voile, elle masque. Le corps exhale une odeur qu'il dissimule.

 

Pourquoi la littérature s'accroupit au-dessus des banales sensations, quand il faudrait s'acharner à trouver dans les replis d'une peur, la couleur du mot ? Invitons Novembre à la table du drame, je peux servir de bas aux monstres, aux personnages, couvrir d'insultes les limites. Inviter Novembre et le chapelet des fantômes qui avec chaînes et boulets illuminent le silence de leurs cris d'insulaires, de refoulés de l'autre bord du noir. Novembre ne part jamais, Novembre attend les pas des enfants-loups, pour leur glisser à l'oreille les secrets des avants. Il en est certains aux yeux plein d'images, et qui ne voient plus le monde autrement que de la couleur grenat d'une aube.

Si un livre n'éveille pas le tonnerre dissimulé dans soi, si la littérature ne fait pas s'indigner le jour, se secouer les ouragans, fleurir les lucioles que nous portons dans nos vestiges intimes, dans nos crépuscules internes, dans nos bouillonnements de sève. Alors, alors, ce n'est rien qu'un objet d'étude à disséquer, un cadavre pour légistes universitaires. Ne s'étudie que ce qui est mortel et la littérature est morbide, elle ramène dans la lumière les hontes de chacun, elles nous assombrissent les tempes, elles nous noircissent le sang. L'encre inonde la cave, couvre la berge de raison, l'encre avec ses lierres, ses fumées, ses parfums, avec ses sauvages, ses sagaies, ses drapeaux noirs, ses silhouettes maigres.

6 mars 2011

Quand je quitte les draps de la nuit, je m'abandonne moi-même.

Yan me dit "encore un mannequin ? C'est lassant, à force".

J'ai honoré Marine de mon désespoir.

J'écris sur un carnet. Sur de la chair. Je me souvenais mal, la douleur d'un poignet piégé dans la forme de l'écrire. Je suis assis, au quelque chose rue Blomet. Je distingue mal les chiffres avec mes yeux soûls. Quand un passant, avec son haleine fatiguée d'alcool, me demande ce que je fais ici je réponds avec mes lèvres violettes, où les dents de Marine font des marques : « J'attends les mots ». Je rentrerai à pied. Je traverserai tout le quinzième. J'irai chez Maude, je sonnerai, je dirai qu'il et l'heure de s'oublier.

Il y a des corps qui ne prennent pas dans l'écriture. J'aimerais tellement parler de D. Je crois qu'il y a des passions qui prennent du temps à s'éteindre.

La nuit me complète, j'avais envie d'un ventre dur où me cogner le visage, j'ai envie du corps de Clément dans la mer d'Hardelot, dans la mer du Nord, j'ai envie de son corps, qui s'en va loin, et que je ne vois plus, j'ai envie de cette peur là, de cette noyade là, j'ai envie d'un visage de gardien. La nuit me complète. J'ai envie, de l'odeur du bonheur de D, quand elle courrait après son futur, qu'elle attrape déjà, dans ces rues nocturnes de Paris. J'ai envie de cette course là. Pour trébucher. J'ai envie de cet oubli là. De cette douceur secrète. J'ai envie des souvenirs. Je voudrais effacer, cet image du front de Violaine qui se cogne sur le trottoir, d'oublier cette chute du corps, d'oublier cet évanouissement en pleine nuit, d'oublier mon immobilité, et ce bruit, ce bruit d'os et de béton, de soleil indifférent. Je suis inaccessible à la réalité, et ça me tue, ça me tue, la vie n'entre pas dans moi. Des mots me viennent, comme la nuit me complète. Le corps est interdit, je le dis "le corps est privé, il est le sujet du cri, le sujet de l'étourdissement, il danse dans l'offense". J'ai envie de la nudité de Marine comme un crime. Pauline donne rendez-vous, elle sait que je ne viens jamais, trop de peur. Je suis l'enfant qui compte ses doigts dans un miroir cassé. Je suis la peau de glycine. Et j'essaie, vraiment, j'essaie de ne pas parler de D, quand Christine vient me voir. Quand elle dit "tu me salis, je veux mourir aussi pure que je suis née, tu me salis, si je t'aime ça ne regarde que moi, si je t'aime je ne veux pas te donner des prises sur moi pour que tu me fasses du mal ". J'essaie de dire que c'est extérieur. J'essaie de dire que je me protège. Je voudrais comprendre le sommeil, quand j'entends ses bruits dans la nuit, quand, obsédé, forcé, caressé, choqué, j'entends ses bruits, de clown mort, dans le cirque de mes obsessions. Quand dérapé, je me prends dans ses pieds. Le sommeil, que je ne comprends pas, que personne ne m'explique. Le sommeil a des veines calcifiées. Mais quand je croise le silence, il fait semblant. De ne pas me voir. De ne pas m'aimer. Le sommeil dit que je suis un enfant compliquée. Et quand il me voit là, poitrine nue, quand il me voit, rire et évoluer dans mon corps, il dit que j'ai un corps fatigué. Il dit que je devrais. Tuer. Il dit. Timide Pudique. Et inquiet. Mais Compliqué. Égoïste. Qui ne sait pas, qui ne comprend pas. La nuit dit des mots. Fraises des bois Mélodies des forêts Etendue de mots. Effondrée. Effondrée. J'imagine que le sommeil dise qu'il a du mal, que ça ne rentre pas. Chaque fois, ma main qui écrit, ça n'est pas romantique. C'est un bateau en papier. C'est un bateau sans ports. Sans marins. C'est un bateau qu'on regarde. Mon écriture vient de la violence des yeux, qui gonflent. La nuit me complète. J'écris dans un coeur amoureux. Et je ne sais plus. Penser à elle, ou lui. Je ne sais plus. J'ai toujours besoin d'un objet corporel, pour me tenir chaud. Toujours besoin d'aimer. Et je pose, mon pied, ma bouche, ma tête, sur vous. Laissez-vous faire. Je vais vous décorer de mots. La fatigue dit qu'il y a une chute dans l'écriture, comme une main qui ne reconnait plus. Là. De toute mes forces. Quand j'ai jeté mon verre d'eau à la figure de Sophie, et que j'ai crié "Ce n'est pas moi, qui ai écrit ça". Personne ne peut savoir. Là. Ce n'est pas moi. Le bateau ne coule pas, dans le bain minuscule du parfum du désir. Dans le bain, je pourrais toujours, mouiller le papier, il ne coulera pas. Quand j'avais 8 ans, un bateau en papier, et depuis, l'eau est trouble. Depuis, j'écris. je dis "Bourgeoise". J'entends Grieg, pour attendre le matin.

Au bord du trottoir, la patience des pêcheurs, sous l'arc de la nuit pour piéger les muses blêmes dans leurs robes d'anathèmes. Quand je passe sur les quais de Grenelle, j'ai toujours une hésitation,la voix de la vase de la Seine, qui me dit « viens voir, là, viens voir mes yeux bleus, souterrains, perdus, viens voir la rumeur de mon désir ». Je retiens mon corps. J'ai écrit un jour, le destinataire m'échappe : « J'aime me perdre. Être ici m'est insupportable, c'est irrémédiable, sans solution. Toujours être quelque part, comme un nécessaire espace approprié, pas dominé, approprié, partout maquillé, recouvert d'un papier peint gris pour s'essouffler de ce cri pâle « Enfin, le paysage ressemble à mon futur : froid et gris ». J'écrivais, je crois, «Être quelque part, c'est être en prison dans une certitude, c'est savoir l'odeur ignoble de l'habitude, sans les plumes colorées des aras, sans les parfums ras des mousses d'hier ».

Je distrais Marine avec des mensonges : « ton visage je le trace dans les draps, avec toutes ces monstrueuses félicités, avec Cyrielle et sa voix d'accent circonflexe, et ses mains de couteau. Je disais, moi je suis né déchiré. Personne ne peut savoir. Je me souviens si loin dans ma vie. Je me souviens si loin, que j'ai tout fait pour oublier. J'ai voulu blessé la mémoire. J'ai voulu l'abimer. Je ne sais pas. On me disait. Vous êtes intelligent. Il faut voir ce que l'on peut faire, comment ça se monnaye. Je me souviens. On m'a dit un chiffre : 146. 146 c'est mon intelligence. Je vous la vends. Ça vaut des cris, de la nuit, ça vaut des mots, de l'écriture, ça vaut un adjectif « malade » »


Quand je croise Anthony, il me dit "Je suis heureux quand je me souviens que tu ne crois en rien, quand Lucie arrive essoufflée dans ma chambre avec un de tes livres qu'elle me tend et sur lequel je mets du temps à reconnaître l'anagramme de ton nom, et que je lis ce que tu écris, que je lis ces choses horribles, belles et horribles, je suis heureux quand me souviens que tu ne crois en rien. Si tu croyais un peu, si tu étais fabriqué avec un peu d'espoir je devrais te dénoncer. Parce qu'autrement, si tu croyais en quelque chose, tu poserais de vrais bombes, qui feraient de vrais morts. Si tu croyais tu ne te contenterais pas de placarder des insultes sur les portes en bois des filles que tu as aimées, que tu as oubliées. Si tu avais des idéaux, si tu avais un peu d'espoir, j'aurais peur, peur de sentir ta haine devenir visible. ».

 

Parfois on s'étonne :

  • Pourquoi se tuent-ils ?

  • Parce que ça ne partait pas !

  • La douleur ?

  • Mais non. La vie. La nuit dans moi, dans eux. C'est bien trop long. En vingt ans j'ai fait tous les véritables voyages, j'ai fouillé des mers insoupçonnables, j'ai creusé des vertiges avec les ongles, j'ai posé ma langue sur des corps irréels, sur des corps qui s'arrachent du fantasme, sur des corps qu'on tire des marbres d'idées. En vingt ans, j'ai écrit tellement de pages vingt mille pages sans aucune plainte, vingt mille pages pour me tenir droit, je mérite de mourir, je mérite, j'ai fait assez de pages pour m'offrir un couffin ! J'ai vu l'écume vive recouvrir l'écume morte, et l'écume vive remplacer l'écume morte, prendre sa place dans la tombe du sable, dans les quartz luminaires, coupés en quart d'éclats, de platine, de plages. J'ai vu la crête des vagues s'essouffler, rompre, feindre, imiter le départ, le bruit des cavaliers attiques, j'ai entendu des orateurs sacrifier Hélène, Hélène et son vieux corps usé par trente ans à pleurer, trente ans depuis la première larme. C'était trop long, d'attendre, trop long, ce rendez-vous à la place de l'horloge, trop long ces gens qui ne comprennent pas ce que ça veut dire vivre, et s'il faut arriver au bout de la démonstration, il faut mourir. Il faut montrer avec des raisonnements plein de métal, de logique, avec des exemples aussi ce que c'était que vivre. Attendez, j'arrive au bout de l'argument, je finis de le dérouler. C'est un intestin plein de digestion. Je meurs, je meurs, je suis impassible comme une écluse, la vie ne me franchit pas. Je la garde pour tous les autres la vie, j'ai accumulé, accumulé, je suis l'entrepôt, le sédiment, le coffre. Je suis le fond de l'Univers. Où la douleur a pris son visage. Elle m'a offert ce cri, elle m'a offert cette gueule ignoble, remplie du charme inquiétant qui a fait succomber, les mots, qui a anéanti trop d'amoureuses.

Je suis dans l'interdit, dans l'issue. Je suis dans le secours de mon amour. Je porte mon amour, comme une femme porte son enfant. Ne me fais pas confiance. J'ai les épaules fragiles. L'enfant est lourd. Je suis dans l'interdit, de te dire, que je ne suis pas. Que je ne suis que le support. Des délices que tu m'offres. Je suis dans l'apparition. Ma peau est impatiente. Elle n'existe pas. Je suis l'issue. Le secours. D'un amour, le notre, et tu ne me connais pas. Je suis ton audace. Je crois que c'est ma plus belle définition de l'indécence. Je suis le corps qui dit non. Le corps de la plus insoumise des souffrances.

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5 mars 2011

Le désordre.

Chère lectrice,

 

 

Julie m'a dit "ton esprit excite".Et l'absence total de mon corps dans cette phrase me terrorise. J'ai rencontré Julie un samedi matin, en sortant des couloirs de Tara. Elle est étrange. Vôutée.Visage malsain. Fixe. Elle sent le bûtane. Elle tourne toujours le dos.Aux autres corps.Aux façades.Aux rues.Elle tourne le dos aux excès. Aux creux.Aux sexes qui s'écrasent.Sa gorge est un trajet.Un circuit intime.Chaque dent est une flèche. Elle pourrait nous mener vers.Ou vers.C'est un chantier de chair tiède. Des auréoles d'ongle dans les cheveux.Que vienne donc la nature cailleuse, tenter une esquisse de cette créature ! Le charme d'une pucelle au décolleté plastique.La mort n'existe pas pour elle.Le rythme lent de l'eau minérale qui ruisselle dans son bassin.Un sanctuaire de pétales de lotus coincés dans son entre-jambe.Quand je l'ai vue, je me suis écarté.Comme l'on s'écarte de la beauté grasse des peintures huileuses et débordante de parfums.Julie est seule.Toujours seule.Elle s'isole pour mieux rire, sans qu'on ne la dérange.Elle tire son corps de pirate abandonné dans les moindres recoins de ses murs.Elle gesticule.Elle gesticule.Elle gesticule.Elle tente d'entendre le claquement de son hilarité profonde contre les parois de sa prison intérieure.Qu'elle s'aperçoive enfin que le bruit de son corps ne se mélange pas avec les sons de la vie.Et qu'alors, un miroir se fâne, entre les deux yeux de Julie, qu'elle y aperçoive l'oeil de son ombre, l'ombre de son corps.Et qu'elle vive ainsi, persuadée de n'avoir qu'un oeil.Julie traversait le hall de gare Montparnasse, comme un corps échoué sur les rives de coton mouillé, sur les plages de sa solitude."Ton esprit excite".

 

J'aperçois D. en dehors de ma vie.J'aperçois D auprés des inconnus.Ses manières, ses sourires, ses gestes chaud et incertains.D. est une femme dans le corps d'une chute accidentée.

 

Quand le soleil me frôle.Ma peau sent le laboratoire de survie, les masques à oxygéne, l'aluminium du ciel.Ma peau se transforme.Crémeuse.Je dégouline en elle.

Dryade m'a demandé : D'où te vient l'inspiration ?

Ca vient des roulements du vent.J'ai appris à écouter.

Je crois que je le dois à mon père.J'ai appris à polir les angles, arrondir les formes.

Ca vient du miroir, de l'étranger.Des corps charnus. Du froid.De la poussiére des chemisiers.

Ca vient des chevaux fous et de la vitesse de l'amour.

Ca vient de la déviance et de Marguerite qui disait "tu as trop d'imagination".

Ca vient du renardeau écrasé, et du sel promis à la mer.

J'écris pour venir. J'écris pour survivre.

Je suis vertical, central et je démarre de la Seine.

J'écris pour gouter la grippe, la fièvre.

C'est un cyclone.

Je suis en perpétuel fuite, depuis la naissance, je ne sais pas après quoi je cours.

8 février 2017

Pervers Narcissique ou Poème à Thèse

C'est un homme-monstre centaure du temps d'ici dur et cruel
qui jamais ne marche et choisit plutôt le mouvement piétiner
avec ses bottes cloutées toi il t'écrase miette d'enfant areuh
toi ce presque rien raboté une table de menuisier copeaux de
bois tu t'uses vite et plus vite encore tu passes devant le miroir
pour éviter ton image pâlie ta lèvre sèche et tes yeux tes yeux
je ne peux pas dire le souvenir des coups la nuit le jour la peur
bien ancrée profonde dans toi la peur double de l'effroi tu me
rappelles moi-même dans le noir six ans pas un bruit le bois
soudain grince et moi j'imagine j'imagine avec la peur la même
que toi aujourd'hui la mort maladroite venant pour maman
trébuche la mort sur elle en toi plus lente à se diffuser
toi transparente tremblante préfigure un masque mortuaire

 

qu'importe la violence si la force est bien la force qui
brûle dans la nuit ce qui traîne alentour d'elle la force qui soi fait
débris de soi qu'importe qu'importe les profondeurs le monde
la tête l'ego torturés waterboardés Guantamo de ces jours ci
le bonheur plus jamais poudre de Je tu n'existeras plus jamais
comme avant tu dis ça va si l'on te demande ce n'est pas
si terrible les injures on s'y fait au fond on le mérite on vaut quoi
griffée par le vent usée par les insultes on ne valait rien au départ
exister fut-ce contre le poing dur trouver sa cause dans la
force qui opprime sous
la botte qui terrasse


on échappe jamais à ce boum-boum dans la nuit aux marques
sur la peau un jour prisonnier durs à ronger ces barreaux
dur à creuser ta cellule s'évader pourquoi faire dehors pareil
se refaire une identité tu passerais au commissariat à la préfecture
pour te rendre à nouveau officielle mais tu trembles on t'a fichée la peur
profonde en toi la peur tu éviterais dans la nuit les lieux de ta joie
tu te dis tant pis restons là ça passera c'est comme tout un orage
d'homme c'est tout tu attends à la fenêtre demain le soleil
demain le mois de mai mais rien ne vient quand rien ne
peut fleurir


Ca ne peut pas cesser cette grêle ce givre toujours sur ta peau
toi de moins en moins à peine humaine je te croise dans la rue
tu ressembles à la morte que tu seras bientôt je crois
fantôme je te traverse frissonant belle ombre
souvenir dans la vie

Rien à faire observer de plus loin en plus loin la chute le bruit
d'un corps au contact de l'eau abandonnant sa vie lestée d'une
pierre lourde tu dureras dure et froide jusqu'à ta propre extinction
la fuite peut-être si tu te lèves un matin en affrontant le miroir
tout le temps perdu pour tous les autres désormais le regard cruel
un air d'animal traqué à vie furieux blessé l'animal dans le piège
la nuit insomniaque quand à la porte tu crois reconnaître les coups
sur ton ventre


moi non-christ sinon les boucles et ce goût de Marie-Madeleine
les jours que mes pas trop longtemps s'enfoncent dans la boue
puis le sang je regarde ce carnage le beau gâchis un être humain
mis au supplice la roue pour l'âme rouée l'âme qui gémit me fait
mal jusqu'ici dans ma nuit à moi si je devine la tienne se compose
de sortes d'étoiles contractées bientôt mortes minuscules trou
noir tout à l'heure j'ai peur pour toi je bois un verre de whisky
j'oublie je sors je danse ce n'est pas si grave qu'il me faut ma vie
au gibet la suspendre espérant dans le sacrifice de soi sauver
déjà l'étrangère

on ne transmue la force l'égoïsme le mal à force de prières
dieu le diable même chose qui sont la force l'égoïsme le mal
s'indiffèrent en riant jouent à la belote qui perd gagne
personne ne change jamais au mieux on accroît ce que l'on porte
on s'aggrave mais jamais autrement constitués même squelette
mêmes yeux même nez même bouche même cri

 

 

Allez

Bonne nuit

28 mars 2011

J'ai appris les paralogismes de la folie.

 

Je serai beau demain, j'aurai les yeux noirs de fête et les paupières mauves du baiser infidèle du sommeil. Ah qu'elles iront haut mes folies, ah, comme mon insomnie crèvera de ciels mal faits. Se réciteront les vers bas des poètes teutons, on entendra les fleurs peindre jusqu'aux aubes. "Dans le ciel gris des anges de faïence" "Le ciel était gris de nuages, il y volait des oies sauvages, qui criaient la mort au passage" et moi, et mon insomnie chérie, moi et ma vigueur insoumise, nous entendrons leur "chant triste entrer dans mon être" et nous croirons y reconnaitre du Rainer Maria Rilke. Qu'il est long à frémir le temps du départ, qu'il est loin le temps des aventures, qu'il est sombre le monde naissant avec ses cendres du feu nocturne. Il sera six heures, et le dragon aura déjà "plongé son couteau" dans le coeur de Lola. Pas de casernes, des banques, des banques en ordre, des banques aux écus polis, et je serai là, avec toi, mon insomnie, avec toi ma fatigue, et toi mon dégoût, nous serons là à nous maintenir à la rigueur des rieurs, nous serons là comme les trois mots de notre devise qui ici n'a pas cours. Nous serons les trois frères mêlés du ciment de la République meurtrière. Ah. Paris s'en ira par le ciel, et déjà ses mythes me manqueront, déjà je penserai aux filles que je laisse, aux amours qui y fanent. Je penserai à Emilie, à Marianne, à Margot, je penserai à toutes ces filles aux seins plein de projets, qui "emménagent", et je leur dis "vous me semblez bien jeune pourtant pour déjà vous tuer. Encore un peu de liqueur, mes lèvres peuvent saigner quelques journées de plus, quelques soleils bizarres pour vous descendre dans les yeux.".

Où est le monde à naître.
Il est terrible le petit bruit de l'eau qui coule, dans la forêt des cheveux.
Oui, il est terrible, parce que personne ne l'entend.
Je suis de la poésie consumée, et quand je volerai dans les carénages d'acier, je me demande si par terre de la pluie rousse mouillera le monde, je me demande, si piégé dans une heure vingt d'avions, le monde saura reconnaître l'odeur de l'ultime maladie : l'écriture. Celui qui écrit, n'est pas au monde dans la même dimension ordinaire que les autres, le commun. C'est vrai, j'avais des frères, des voisins, nous étions nombreux, et tous sont morts, l'écriture est une guerre, je suis le vétéran, le survivant, je porte les histoires des copains. J'en ai des choses à dire, des douleurs à vous susurrer. Je ne sais pas si vous pouvez entendre nos vies, le chant qui s'élève de nos plaines voilées, de dehors les brumes, la voix de pagne, des copains, monte, monte, c'est l'accordéon de nos tranchées de café. Nous avons résisté à la nuit qui inondait nos genoux, nous avons tenu bon, sur la dérive et la débauche, et j'arrive, la tête pleine de cartes, de magies, de paysages et les mains solitaires, elles n'accrochent plus aucun corps. L'écriture et le deuil m'auront rendu incompatible à vos réalités. L'hymen s'est déchiré, le sang de mes poumons, c'est l'encre des poésies. Les généralités ne sont pas faites pour moi, je n'ai pas le corps qui sait obéïr, je suis dérangé comme la géologie d'une montagne.


Je deviendrai dans l'avion un opéra fabuleux : je verrai que tous les êtres ont une fatalité de se tromper : l'écriture n'est pas la vie, mais une façon de la gâcher, un énervement. Rimbaud disait « La morale est la faiblesse de la cervelle ». Ce monsieur ne saura pas ce qu'il fait de mes livres: il est un ange posé aux frontières. J'espère qu'il sera là, demain, à la douane, qu'il sortira de mes lignes pour atteindre les paragraphes imaginés entre les pays.

23 mars 2011

Perso - Dans le jour je creuse encore la nuit. Et je dis "j'aimerais que ce soit le soir"

Mercredi, Il suffit toujours d'un détail, et peu importe lequel, il suffit
seulement d’un pigment pour que mon cœur s’empourpre, pour que mes bras se
crispent, pour qua ma tête tourne. Ma sensibilité est dérangée, complexe,
contradictoire. Dans des veines indifférenciées coulent un sang fragile,
venu d’artères vénéneuses. Dans mon corps s’affrontent le silence rieur et
la douleur sèche pour former ce visage de paradoxe. J’ai l’indifférence
amoureuse. Je sais que rien, ni personne, ne sent ce que moi, je crois
ressentir. Un jour, j'aurai mes propres mots, j'aurai mes paroles, j'aurai
mes cheveux, qui frotteront les séismes. Un jour, on comprendra, que ce
n'était pas des hallucinations, mais qu'il y a bien un renard, qui gémit,
dans le coin droit de mon œil gauche, qui gémit sur la poitrine de mes
cils, et qui se met à perdre l'équilibre à la moindre larme. Un jour, on
comprendra, peut-être pas n’importe qui, après tout.

Je ne sais rien des corps de l’Avenue de la Grande Armée. Parfois, j'en
croise un, qui m'est familier. Et alors, je l’évite. Les corps connus
m’embarrassent. Ils demandent toujours si mon coeur va bien. Mon coeur se
met parfois à s'agiter, à glousser, alors je comprends qu'il rit. Et je me
mets à rire aussi. A mon tour. Quand, certain que mon cheveu est défié, je
me mets à jouer. Je joue, je suis comédien, costume, je suis l'été, je
suis malade. Je me mets à jouer de cette couverture, et je souffre,
parfois, que l'intérieur de ce corps, soit orageux, affamé, calme, secret.
Je me mets, pour les regards de ce corps inconnu, à faire danser mes
entrailles dans un calme paisible et tragique, à sourire, timidement, à
faire des signes, à embrasser, à vivre, aimer, je me mets, à faire toutes
ces choses, en laissant, un soupçon du parfum qui règne dans mon ventre.
Quand, enfin, je sens, que le corps inconnu, se met à détourner les yeux,
je sais alors, qu'il a compris. Je sais qu'il a vu. Et je sais, qu'il a
su, qu'il ne pouvait rien y faire. Que c'était moi. Je sais, que je l'ai
découragée par mon silence, quand on m'écrit et que je fais celui qui n'y
comprend rien, qui répond sérieusement à des mots qui demandent, qui
attentent. Il y a des mots difficiles à prononcer. Facile à écrire. Il y a
des mots, horizontaux et immobiles. Mais aucun ne sont inoffensifs. Tu
vois, D., je ne t’écris pas, j’aurais trop peur de pouvoir t’atteindre, de
pouvoir me rendre, si je t’écrivais vraiment, que je te montrais, que je
disais, regarde maintenant, c’est ça une agonie, regarde encore, c’est ça
une douleur. De te dire, la guerre elle se vit tous les jours dans ma
peau, loin des livres d'Histoire, j'écris une alternative. J’aurais trop
peur de t’écrire, trop peur que tu puisses un jour où tes sens seront
fragiles, céder à la littérature et son corps d'angoisse. Je ne veux pas.
Tu sais être heureuse, ça se voit dans les baisers qui gercent dans ta
nuque, dans l'alcool qui sèche ts yeux t'empêche de mettre tes lentilles.
La littérature c’est l’interdit, la barrière rouillée où les ballons
d’enfant se percent, les ronces, la littérature, les chemins hors-piste,
on en revient différent. D. Je ne t’écris pas, je me contente de t’aimer,
et c’est déjà beaucoup de feu, de flammes, beaucoup d’incendies à regarder
défaire le monde, je te protège de moi-même. Si je t’écrivais, sûrement,
tu ne verrais rien, tu sourirais, tu dirais, c’est beau, mais tu
n’entrerais pas dans la littérature, tu continuerais à marcher toute
droite, toutep etite. Mais peut-être que si, tu entendrais le chant triste
qui entre dans les figues, et c’est ce peut-être insupportable qui
interdit à mes mots de franchir le store des conventions. Je ne veux pas
que ma lumière te tache. La lumière du risque. Ma lumière douloureuse,
épaisse comme du sang. Sûrement, tu ne peux pas m’aimer, mais peut-être
peux tu aimer les mots, et nous confondre les rimes et moi, nous sommes
presque jumeaux. Ils sont à peine plus vivants que moi. Alors, je ne
t’écris qu’ici, je tutoie ton absence, je déshonore ta présence. Je t’aime
toute entière, je te garde de la littérature. Mon silence-gantelet est ton
mantelet. J'ai le goût de l'arme cirée dans la bouche. C'est ta voix douce
D. "Ce sont les autres qui inventent nos peurs". J'apprends à tout voir,
j'apprends à tout entendre. J’ai peur que tu me dises "Tu fais vivre ta
propre vie en l'écrivant". Je cherche la forêt. Où embrasser tes
agissements. Je pourrais me mettre à genoux, et je n'en ai pas honte. Oui,
je te cherche. Mais quand tu approches, je veux partir, très loin, sous
d’autres ciels, quand je te vois dans tes habits noirs et que je
n’attendais pas, que j’avais donné rendez-vous à la musique à place des
Etats-Unis, et que tu arrives toute habillée de soies sombres et de
garçons amoureux, je veux partir hors de l’imprévu. J’espère que tu ne m’a
pas vu. Mon corps est recouvert de villes écarquillées de révolutions. La
colline sainte, où la révélation se fait, je sens l'archange Gabriel
piétinant mes rigueurs. J’espère que mon silence t’a faite détourner le
regard. Je suis un enfant, ce n’est pas pour rire. A 13 ans Marine était
l’amoureuse, Marine qui demande à Cyril, si je peux venir la voir,
derrière les algecos. A 13 ans, Marguerite m’avait appris l’amour, l’amour
adulte, vieux, l'amour des manies, des intentions, des gestes, des
colères. Je ne voulais pas voir Marine, je me disais "comment peut elle
vouloir les mêmes images, comment peut elle vouloir un corps, des yeux, un
regard dévissé, comment, pourquoi, veut-elle me faire crier, me faire
peur, mettre encore des cauchemars dans ma tête. Il n'y a plus de places
dans ma nuit pour les accueillir, les cauchemars en plus, la nuit n'est
pas assez longue pour souscrire à toutes mes larmes. Non. Non. Non.
Marine, je ne t’aime pas, c’est laid comme ils font les amoureux. Laiss-
moi retrouver des cris innocents comme des genoux écorchés, rieurs, où le
sang brille de graviers. Des cris de jeux. Je ne veux pas que tu vois ça"
Et pourtant, D. quelques minutes après, en te croisant dans le couloir des
arbres, j'ai aperçu dans un sourire des ailes de renards qui s'ébranlaient
dans la gencive du ciel. Une dent de lait.

Il y a des gens, qui en lisant, ce qui se passe ici, ont dit : "…" je n’ai
pas entendu. Pourtant, je sais que je peux porter à confusion, mais mon
coeur, est certainement, bien plus, du côté des cratères vivants. Et bien,
que je ne puisse écrire autrement, que je continue à parler de silences,
de D., ou des douleurs, de cette manière, que je continue à vivre dans
cette marre, et bien, qu'il soit bien clair, que je ne pense pas avoir de
maladies. Et que ça ne regarde personne.

J'aime bien profaner les bruits intérieurs de mon corps. Parfois, je me
bouche les oreilles rien que pour les écouter résonner.

Je pense qu'il y a des corps, qui peuvent prendre la forme molle de pleine
lune, et qu'il y'en d'autres, qui sont fous de nature.



17 février 2013

Suicidé, j'ai trouvé mon pseudonyme.

- J'ai au monde désormais un calme de suicidé

- De suicidaire tu veux dire non ?

- De suicidé. L'acte est commis, seulement, il n'a pas encore retenti. Je suis un écrivain, un mauvais certes oui, mais un écrivain tout de même. Avec l'âme tout à fait en vrac et les yeux tragiques, oui un écrivain, avec tout le nécessaire à tragédie. Des yeux remplis comme jamais tu n'en vis et des doigts tremblants et une âme, oui une âme, une fragile, une mal coupée, un peu vulgaire, d'un bois d'incendie -mais qui finit en bûches dans l'âtre bourgeois. Voilà. Je me suis suicidé, je l'ai décidé et ma pierre tombale m'annoncera de travers, ah je me moque dans vos calendriers et j'évite vos dates, vos jours à passer un par un, se tenant la main. Je suis né posthume, funèbre, ouvre le dictionnaire des synonymes, ah la cascade des suffixes. Je suis la fin de tous les adverbes. Oui suicidé. Et suicidé même je ne l'aurai pas été comme il faut. Suicidé, je n'ai plus peur de rien. Suicidé. Je serre les dents, je n'ai plus peur, mes frayeurs de jadis qu'elles comblent d'autres cernes, emplissent d'autres mains.
Mon coeur remuait comme la porte battante d'un casino poussée par une main policière. Mon coeur te voilà calmé, tu fais moins le fier, moins l'inquiet tu ne joues plus tes tragédies d'amoureux. Désormais, tout s'est tu, les lumières et l'effroi. Je n'ai plus peur, mes sueurs froides  rosée irritante du matin. plus peur si je me lève pour aller à la ville, pour dire bonjour comme il faut, voilà ma voix a les cheveux courts. Voilà, mes manières et mon rire.
Désormais je n'ai plus peur, plus de rire, désormais, j'ai un ventre, oui, mais plus de coeur.

21 février 2011

Le pigment du soir.

Tout me revient. Tout redevient, tout reprend. A pas de loups tu glisses. Et si on avait des grands coeurs, des sauvages sur un toit. N'oublie pas mon Papa est mort, et je ne le dis à personne. Je ne dis pas, j'ai des manies d'orphelin depuis 2007. Je dis avec la voix sérieuse, faussement inquiète, "Mon père est un peu malade, oui ça va mieux". Papa est mort, il est si longtemps déjà, Papa, je me souviens mal ton assurance, tes yeux verts, tu n'avais pas de cheveux, tu avais un front. Quand on me dit "comment sont tes parents, pour que tu sois ainsi" je me retiens de dire "ils sont vivants". Alors je dis, ils sont comme les autres parents, et mon père est comme tous les autres morts. Jamais je ne visite sa tombe, jamais je n'entre dans le cimetière, jamais je ne fais grincer le grillage de mon coeur comme font les larmes qui brûlent les yeux. Papa est mort, je me souviens, il avait la peau violette, et je n'ai rien dit. J'ai continué à porter sur mes lèvres un sourire. Je suis amoureux.
L'optimisme de ton bonheur, quand tu dis "je suis heureuse". C'est une visite guidée, dans la passion. Je te visite de ces quelques mots de joie. La famille qui repose sur les yeux. Ton foulard plié au col je t'aime trop fort, je t'aime si fort à m'en déchirer les yeux, tu sais. Tiens moi la main, le corps, les jambes, marche, ouvre et brûle, et toi, offre-moi une petite robe de fête. Mon amour, reviens moi entière que je te raconte des bouts de main qui font les robes et les inquiétudes.  Aujourd'hui, je serai trés heureux de parler de toi. De te dire "comme tu t'emportes, tu t'emportes c'est si beau", tu répondras "oui mais la colére c'est moi". Comme la chanson. Comme mes yeux qui se taisent. Comme mes lèvres qui se ferment au goût de sommeil. Y aura toujours un peu de malheur et y aura toujours les autres qui ne savent pas. Qui ne connaissent pas. Mais il faut rester, même quand le coeur se plie, même quand les souvenirs brisent le poignet, au-dessus des exposés. Tu sais, amour, mon crâne c'est comme ce coin d'incendie, où il ne faut rentrer. La dernière des guerres, je l'ai faite, parfois, une bombe enterrée dans nos plages normandes qui explosent. Relevons nous. Je veux ta poitrine à embrasser même si tu peux le dire j'allume la lumière toujours trop tard. Pour éclairer ta peau blanche qui assomme les vagues rouges, les jours qui fondent, et tes oreilles qui annulent mes mots. Toujours, la tristesse de mes mouvements inconscients. Il y'aura toujours la durée de l'instant qui s'écoule et nous échappe. Les sommeils qui remuent la nuit. On pourrait le faire ici si tu accrochais tes rubans aux barreaux, si je creusais mes yeux brûlés de cendre, si le bois qui soutient la poutre tombait dans un bruit de zeppelin explosé. Dans le contre-jour, il faut regarder la lune, dans les larmes il faut voir le reflet de l'enfance, de nos genoux qui font un bruit de maracasse, viens, mon amour on pourrait taper du pied en rythme sur "I love Paris", pleurer sur les grands écarts des oiseaux Tu te souviens de ce massacre à pieds-nus dans la pénombre, c'est dans mes bras qu'on peut pleurer sur les astres perdus. Ici, avec moi, nous pourrions voir ce soir qui glousse avec le printemps des giboulés, avec les mers sans fins, avec nous. Tu ne verras de soir qui glousse, ou de mer sans fins, que dans mes yeux de poussière. Ne ferme pas les portes, ne les ferme pas, j'ai les doigts sur les gonds. Tu es en vacances, et mes cauchemars te suivent. Ferme, vas-y que je te montre mes doigts de ceps. Mon coeur bat des couleurs, et je supprime la musique nocturne, parce que tu as su tuer mes voix, tu les as éteintes de tes mots, de tes mains qui ne touchent pas, qui frôlent. Même, si les cris gonflent, tu me guéris. Donne tes yeux, d'aubes, tes cheveux de braises, tes yeux de cris, on se retrouvrera quand les chandeliers mettront le feu aux rideaux, parce qu'il y a le soupir de cette vie sur une scène inconnue, sur une Seine disparue. Le corps rouge, de désir, je le dis, désir sur le corps, et j'ai le plaisir dans mes nuits de veine, quand je murmure le corps de Charlotte. Ce champ d'organe et la voix libératrice. Je me place devant toi pour t'épargner mon visage, cette bulle d'images graves, coeur qui palpite sur le bord d'un éventail sans années, que j'agite pour souffler l'air de tes reflets, parce que mes yeux suent de notre vie. Tu te souviens, de ce jour fendu, tu te souviens mes santiags, tu te souviens des veines dans la rue froide où les heures m'ont presque eu ? D'un jean qui se déchire, qui traine sa corde usée sur des pavés humides, sur des cigarettes qui brûlent. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. On se cache derrière les mots, ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, mon stylo est un poignard de dimensions. Personne n'ose. Tu te souviens comme tu danses en marchant ? En contre-nuit. On me cache. Dans tes yeux qui se baissent "Qu'est ce que t'as vu ?". Je cache mon nez avec mes mains arlequins. L'écriture me fait si mal Je suis l'écriture cernée. J'ai le vertige de la terre, le vertige de toi.. C'est vrai, c'est fou Je suis à toi, en toi, tu ne me sens pas.  J'ai le baiser qui se renverse. Il t'atteint. J'écris pour toi. J'écris et je te dis que je ne supporte pas les rires des rues qui éclaboussent de gras, de solitude, de vide. Alors je passe ma langue sur tes lèvres imaginées dans le corps d'une autre pour nettoyer ce qu'il reste de cire. Je te parle d'une attirance. D'un magnétisme. Tu es ma course, tu es ma vitesse, les muscles, le sang qui monte aux cuisses. Dans cet essouflement, mes jambes tétanisées. Tu es mon immobilisme agitée Là. Nous sommes ensemble, dans la même allure. Dans le même rendez-vous, de l'écriture. A toute volée, je te veux. C'est notre course éperdue sur les racines pour apprendre à disparaitre des autres. Je reconnais ce souffle, ce souffle qui obsède. Je te soupçonne d'être moi même. Ne te demande pas si je t'aime, ne me le dis pas. Je veux tes ongles dans mon dos que ça dépasse la nuit. Là. Maintenant. La répétition d'un geste interdit. Je devrais m'énerver, et brûler, du silence répandu. Un soir, appelle moi, quand tu auras dans le sang, assez d'alcool pour oublier, la politesse.

29 janvier 2013

Un jour, il y a longtemps, cette chanson dans la Seine.

Un jour tout de même. Il me faudra vous atteindre et vous connaître. Je ne veux pas dire avec mes muscles postiches et ma chair périssable, mais avec plus précieux, plus intime, plus profond. La chair véritable et secrète. Le murmure du pouls et les dents claquant de froid. Il me faudra parvenir à votre voix -pas celle de votre gorge, celle la, non, je la découvrirai bien assez tôt si mes rêves m'en disent- celle de votre course à travers la Nuit, forcement la nuit. Toutes les choses décisives -et j'espère votre vie à ce nombre- prennent force et rouage à l'abri des bonnes gens, quand leur cœur terne, mort est scellé dans la prison des ronflements. A cette heure tardive je sens dans mon âme monter un bruit d'eau, de noyade, un air triste et doux comme ce souvenir d'un thé à la menthe d'il y a trop longtemps. Dans la tienne je devine, de plus loin peut-être, ce même pas d'algues, de marées et de coquillages brisés.

J'aime beaucoup et ta fougue et votre calme (j'approche la fougue avec beaucoup plus d'insolence que le calme. Les eaux immobiles et glacées sont plus captieuses que les houles sauvages. Je crains moins le lion que ses songes ; dompteur et pietre dormeur). Et le même ciel -ta vie-abrite l'orage et la lumière ; la grêle et l'été.

J'ai connu et aimé un jour, une femme de votre semblance. C'est un peu le pourquoi de tout ce chant qui cherche la rime à l'hémistiche ; la bouche à l'air qui y entre.

Dans certains de vos élans, par vos grands yeux noirs, étirés comme des baisers, je retrouve un peu de son haleine. Quelques syllabes de son prénom embuent encore la vitre de ma vie. Je n'avais pas vingt ans et ce grand monstre constellé, ce ciel méchant à dévorer de mes dents de loup, jusqu'au tremblement, jusqu'à perdre le sentiment de la raison.

Je me fais sourire en écrivant toutes mes bêtises, parce que me reviennent en mémoire les quelques reproches de ses mains si le plaisir ne la clouait pas tout à fait aux draps. Si mon ravage se montrait moins pur que l'alcool.

Moi et mes façons. Mes gestes frileux et violents  "De vrais gestes de poète !". Le corps tendu vers le ciel. Le ciel nourriture du muscle déversé : le coeur. J'ai délaissé mon corps et ma bouche. Jusqu'à la plus solennelle maigreur je me serai gorgé de baisers, d'amour et de ciel.
Le ciel toujours le ciel et pour aimer je consumerai même le dieu du ciel.
Oui le ciel disait-elle, moqueuse et vos yeux me sont souvenir de son rire, ah belle Madeleine, Angelique -je les imagine humides, vos yeux. Les larmes enchantent toutes les femmes. Les femmes tragiques. Les seules qui comptent.

Le ciel encore le ciel, je n'étais pas fait pour la vie régulière des moissons. Pour le cycle des marées.
Et je ne connais du blé que la blondeur des filles. À moi baisers d'equinoxes, soifs de solstices et caresses. d'infini. Aucune de ces faims sordides et monotones...combien de repas oublié pour une miette -un éclat je veux dire l'Univers est immense brillant- d'infini.

Ah le parfum des roses fanées monte en moi, j'ai dans la tête le vertige de tant de fleurs épouvantables, des espèces d'imagination aux parfums de carnaval.

En pensées -c'est à dire secrètement- je glisse un peu de ces végétaux d'ombre à vos cheveux, espérant voir ce lierre fossile s'épanouir et s'étendre jusqu'au cœur ou jusqu'à l'enfer. Ce qui au fond est la même ardeur douloureuse.

Parfois je regarde ton visage Angelique, et je me souviens : j'ai souffert par où tu as souffert. Et je regarde les stigmates de mes mains, ces brûlures adolescentes qu'on nomme encore du nom d'amour, et je te les devine quelque part sur toi, ou dans toi. Et je sais les cages où tu hurles, les nuits interminables de délire, profondes, ravinées, si terribles ces tranchées que nous doutâmes même d'avoir jamais connu le jour. J'ai perdu la raison, dans une de ces nuits introuvable, et depuis je vis avec cette mutilation mentale. Un jour je l'exposerai, je me mettrai sous verre "Poète après l'amour" et devant moi, les jeunes parents, montreront d'un doigt tremblant mon prénom et se demanderont muettement, cherchant dans leur mémoire -c'est à dire tout ce qu'il leur reste de corps- semblables brûlures.

C'est très bête ce que je dis. Mais voilà. J'ai lavé souvent ma mémoire de l'alcool des baptêmes et de retour dans ces dédales d'éther, rien n'a bougé. Voilà tes peines et les cendres à ta lèvre meurtrit où le feu refleurit déjà.

Oui c'est très bête. Parce que je me suis souvenu jolie Angelique, la poésie ce trois fois rien, ce baiser mutilé toujours abandonné dans les memes abîmes. Oui c'est très bête mais tout ceci n'a pas d'importance, comme un air longtemps oublié -un air de défaite et de cris- revenu sur nos lèvres nous rend pourtant content.

Il fait doux dehors et j'approche ton image mentale, je me blottis dans cette chair froide et douce de ton fantome. une chanson triste et lente se forme dans les mots et je ne sais si c'est de toi fantôme ou de moi ombre.

J'espère Angelique qu'il y aura dans ta vie intime encore de ces feux de forêt qui saccagent tout comme des ivrognes. Ces feux rares et précieux comme les reflets à ton miroir. Ah ces feux qui te pourchassent jusque dans tes songes et te rongent sans te laisser ni dormir vraiment, ni mourir enfin.

Parce que j'ai vingt ans encore je tourne sur mes talons avec insolence et je te dis ces petits mots de minuscule audace, déjà dit un jour à un autre fantôme.

Je t'embrasse sur les yeux
Mon amour.

8 septembre 2008

Esquisse du prénom

Il y'a ces couloirs longs, qui ne se doutent de rien. Le décor n'est pas à la hauteur, le décor ne se colle pas à ma peau. Le train ne va pas assez vite, le train s'arrête, me nargue, les gens ne me regardent pas, le sens n'est pas à sa place. A l'intérieur, je visite mon impatience. Regardez-moi, je pars, j'arrive. Je vais la chercher. Silencieuse comme un jour de février, sous la pluie.

L'instant est calme. Ses yeux sont grands, ils étouffent une peur qui bat dans les poumons, ils encerclent un sourire timide qui tremble sous la langue, ils ouvrent grand les paupières comme une bouche pour engloutir votre corps qui arrive, pressé, souterrain, poli. Et vous, et vous, et vous, bien sur, bien sur, tout doit s'accélérer, les mots, ici, là bas, les mots d'autrefois, de ces jours là, bien sur, vous, qu'attendez-vous, les mots mouillés par un regard inconnu, défaits par un sourire silencieux. Bien sur, vous attendez, que les mots trahissent. Non, rien, j'ai croisé mon ombre. Stop. Seulement les trajets sont lourds, seulement les trajets peuvent décrire, ensuite, je suis incapable, je suis l'impuissant, je suis celui qui descend dans le lac, qui ouvre la bouche dans l'eau, qui s'étouffe avec son sel. Ensuite, je suis incapable, les mots ne vont pas assez vite. Bien sur. Je suis incapable de dire, la surface d'un rire, des cheveux solides sur un visage plat, incapable de lui prendre la main, de la regarder sans penser. Sans penser que. Par la fenêtre, elle imagine, des mots, des phrases, des littératures oubliées, qu'elle imagine. Pourquoi. Je suis incapable, bien sur, vous, vous attendez, mais je suis incapable.

Il y'a eu cette scène :

la chambre est seule, la chambre est serrée. Je la reconnais, je ne la connais pas, mais je la reconnais, je la rencontre. Il y'a le bois, sage, et les photos accrochées avec empressement, les photos impatientes, les photos immobiles qui traversent les murs. Il y'a une armoire en bois, fermée, qui semble n'avoir jamais été ouverte, l'armoire interdite, l'armoire du désordre. Dans ma tête, c'est l'armoire qu'on n'approche pas. C'est ça. Maman disait que. Elle avait raison. Il me fallait des interdits. Ca sera l'armoire, et ça sera sa main. Sa main droite posée à côté de moi, comme un animal apeurée, fraîche et nouvelle. J'imagine sa nuque endormie sur l'oreiller, je ne la vois pas, mes cheveux cachent mes yeux, je ne vois pas sa nuque, sa peau, mon visage est penchée, je ne vois qu'une main. Une main qui n'est pas une main. Une main déguisée en main. Une main qui ressemble à une attente. J'imagine l'odeur, j'imagine la moiteur. Je ne vois rien, je ne sens rien. Il y'a mes pieds qui se frottent, l'un contre l'autre, à l'autre bout du lit, ma peau qui se détache, mes pieds gorgés d'eau de la douche, d'eau parfumée, mon tee-shirt qui se soulève au dessus du bassin, une langue silencieuse portée entre deux lèvres. Il y'a une main et un corps que je ne vois pas. Je ne me retourne pas. Et commencer. Commencer le travail. Commencer le travail, du désamour. Retenir, tout retenir. Cette scène, où je dois tout retenir. L'odeur, la forme de l'armoire, la couleur des draps, le trouble du plafond, le silence de son sommeil. Ne rien oublier. Retenir, la nuit derrière la vitre, qui nous regarde, qui me questionne. Je me bouche les oreilles. Tais-toi. Vite, s'approcher de tout. S'approcher du départ, de la main, de la lune, du miroir fleuris, des bougies éteintes, des dentelles qui essaient de deviner. Taisez-vous. Je voudrais que les éléments se taisent. Je suis dans mon action. Je suis dans l'émotion brouillée. Il y'a cette scène donc, et cette fille, en face, cette actrice, qui remonte sa robe, qui empreinte les traces, de la nudité. De ma nudité, que j'ai oubliée, en venant ici. Je ne parlerai pas, je ne bougerai pas, je ne me déshabillerai pas, je ne pleurerai pas, je serai mélangée. Je serai poli. Il y'a cette scène, de ma première insolence : tout retenir, pour m'oublier.

Et puis, il y'a cette autre scène :

La salle de bain est moite, de partout. J'ai les pieds humides, je fais des traces sur le carrelage. J'ai la peau qui glisse. La porte est fermée, le miroir est embué. Je reste, là, silencieux, dans cette petite pièce qui tombe de mes gestes. Je fais glisser sa jupe le long de ses cuisses. Je troue des collants qui s'emparaient de deux mollets mouillés. Je retire un tee-shirt blanc doucement, je ne brusque rien, je soulève les bras pour le faire passer par la tête, ses cheveux se collent à mon cou, à ma bouche, à mes pommettes, l'odeur du shampoing me courbe la nuque. Je lève la main, et d'un doigt, je parcoure tout le long de la pièce, je touche les murs de la salle de bain du bout du doigt, je veux ressentir, la matière, le parcours de la peau. Mon doigt se courbe devant les plaques de carrelage froid, le ciment est docile, il laisse passer, ma trace. Arrivé à la fenêtre embuée, j'écris son prénom, [...] , mes lettres glissent, sûres d'elles, arrondies, penchées, [...], légèrement, sans appuyer, la buée se laisse effacer, amoureusement, jus d'air, esquisse du prénom.


22 mars 2011

Diérèse

Je me suis traduit avec les mots étrangers, j'ai fait rimer mon prénom à l'hémistiche de ton soupçon germain, ô petite cédille tu as les bas filés de tes versos, la navette des cyprès aux cimes incendiées par le jour passe par le chas de mes yeux. Ma braguette casse sur la vie, porte des patiences, la vie introduite avec ses dents d'écriture, avec sa cassure d'encre, de vitres et son grand crin joyeux, frisé. Il faut des adjectifs plein d'images, comme des soutes anglaises, il faut des chiffres d'arithmétiques, des chimiques pulsions, des présages de fièvre, des pressions sous les yeux où ma nuit laisse son souvenir blessé, son dernier sang amoureux. Oh, les cris, oh les paroles, oh la garrigue semée de chagrin fécond dans la terre infertile. Mon amie, mon amour, ô ma plainte, mes bras balayent l'horizon, il y a la pente de ton corps sur le chemin des visions, et tu es en travers des images avec les bosses de ton âme. Tu es belle, tu me déchires, tu m'entoures, tu m'entraves. Je rue dans le rêve et je bouscule tes narines de lune, je rue dans les songes que minuit alloue à mes crises nerveuses, le tatouage des délices coud l'arceau des libertés. Amour, lointain, arrête ma course dans le noir, où la brume monte en salants, noie mes pas et j'apprends à transmuter les figures en branchies, mes saillies, petite D., ce vent qui te coule autour de la gorge, qui frissonne dans ta nuque, c'est le baiser que mes mots frémissent, les lèvres de mes pages. J'écris mes textes avec la langue, je tourne dans les pages mes doigts saliveux, les horions horizontaux pleuvent sur ma poitrine quand tu me frôles. Tout est très étrange, au nadir d'une fuite, les ombres prennent l'apparence des fruits des arbres de cendres.
J'ai sous le regard le baiser décharné de ta nuit, les deux lèvres des cernes. Ma Douloureuse amante, qui s'en va dans le monde des matins, laisse sa trace, son souvenir, le travers de nos effrois, le fracas de mon corps contre la détresse, de cette marque mauve. Je crois que j'aime, ses yeux effilés et ses cils d'angine. Je voudrais embarrasser les siècles avec un de mes caprices, et faire peser sur les épaules invertébrées, sur tout ce qui dépasse, tout le supplément de mon âme. Je détourne l'axe de la terre du poids de ma vie, pesanteur innatendue, je suis arrivé, j'ai fait plier la Terre sous le sanglot long à traverser ma paupière. D. ma douleur somptueuse, gâchée, D; le prénom donné à la langue créole, qui siffle dans la rue l'air mélodieux des cacatoès rares. Tu es mon orpheline au cou ophidien, et les crochets de tes yeux diffusent le poison bleu dans mes veines

11 mars 2011

J'ai décidé du sens du monde.

 

Je t'ai aimée, puis je t'ai haïe, et je t'aime à nouveau. Je crus même être capricieux, cette structure nouvelle, ce polygone impoli de haine portée à ta coupe d'yeux turquoises, je l'imaginais d'aigreur, de l'impossible révélation biblique de nos deux êtres. Ce n'est pas le cas. Je te hais pour des raisons nettement dissociées de celles de l'amour frappant ton endroit. La marque abandonnée entre ta clavicule et ta poitrine fine, déchirée presque de minceur, est sans relation avec celle des morsures méchantes à t'apposer aux muscles fébriles de ta lâcheté. Je te conteste ta lâcheté, je refuse de t'admettre en égale, de considérer à ma hauteur tes pâleurs, tes secousses minables, tes tremblements de mesquine. Je sais trop de choses sur toi, et je t'en veux de te connaître sans t'avoir écouté, je t'en veux. Si je te l'affirmais, tu n'y croirais pas, et pourtant je te devine, ton odeur parle mieux que tes éloquentes façons. L'eau ne connait pas le poids de ton corps. Et le feu ne se soucie pas de l'odeur de ta peau. Les éléments géants ne sont que pluie fine sur ton charme transparent. Et je voudrais, ne garder que pour moi, cet amour sans vie, où je te place, amante sans brouillons, dans un silence si parfait, que ton visage devient dur comme la pierre noyée.

J'aurais beau déchainer la puissance des reliefs, amante maudite, tu restes plate comme ma langue qui te cherche.

Seul la rondeur de tes mains, savent guider les miennes, pour écrire qu'aujourd'hui, je suis le seul à te voir, beauté troublée de sommeil.

Seul la cambrure de mes mots, donne un teint tiède à tes yeux gelés, sans impressions, les éléments t'abandonnent.

Et ma main ne cherche plus que par hasard, une copie de ton visage, qui se dédoublait. Plus tard, lorsque nous serons sans rapports l'un avec l'autre, que tu n'auras pas encore concrétisé ta gloire maniérée, que je n'aurais pas mis en place mon funeste destin, je t'écrirais des lettres amoureuses anonymes. Tu n'ignoreras pas l'expéditeur. Après tout, tu sais comme j'écris, ambivalent, comme ton visage dédoublé. Je sais qui tu es, je sais celle que tu ignores, et qui ruisselle dans toi.

Je t'ai déguisée de moi-même. Et plus prêt de la vie toujours, je ne saurais que te dessiner, amante dans l'ombre.

Je secoue ma chair, je n'enlève jamais ta robe. Ta nudité est trop vive, elle me brûlerait les yeux sensibles.

Lorsque je t'écris, sur ces pages, ma cruauté le fait traduire à Christine. Elle me répond « elle a de la chance ». Non, tu n'as pas de chance. La chance est dans moi, ce soleil bleu, brodé des soies rares de Ceylan.

 

Je t'aime « chaste estomac, le séjour des beautés »

 

10 mars 2011

Répète avec moi.

 

"ne cesse jamais de vivre, crie ton prénom". Imprime sur les cartons d'invitation, au revers des manches blanches, ton prénom, qu'il claque contre le vent, contre le palais, qu'il fonde sur les regrets, sur la langue. C.. Crie-le. Qu'il s'éclate contre les bouches qui vous écoute, qui vous lis. Contre vous. C.. Crie. Crie ton prénom. Crie-le aux assassins, aux oiseaux. A ceux qui posent des questions. Ton unique réponse. C.. Comme la liberté, criez votre prénom. Et surtout, ne cessez jamais de vivre, ne finissez pas les yeux morts comme des étudiants en droit, comme des banquiers, gardez vos nombrils fiers, vos cils panachés, gardez l'aube et l'émotion ailleurs que dans le lucre, le stupre, que dans les discussions, gardez en vous assez de sensibilité pour vous asseoir la nuit dans un parc, sous l'odeur chancelante des arbrisseaux toussant la croissance. Gardez assez de légéreté pour ne pas croire que la douleur impatiente, qui se presse à vos lèvres, est une méchante ennemie, traitez la bien, elle vous donnera des images de maternelle. Ne finissez pas, dans des robes de soirée, dans des complets idiots. Soyez brillants, et différents, mettez des chaussures sèches, sautez dans l'innocence radieuse qui vous lustre les paupières. J'étais très intelligent, avant, on m'avait diagnostiqué l'intelligence, oui, comme une maladie. 146 de QI c'est extraordinaire. On ne se rend pas compte, on ne se rend pas compte. Le sommeil interdit. 146, c'est la vitesse que je veux atteindre, c'est le nombre que le sommeil ne peut pas casser. 146. Vous imaginez. 146. J'aurais pu. Faire toutes leurs choses étranges et bizarres. Tu te souviens. Louis Le Grand septembre 2006. Tu te souviens, l'impatience au lycée devant les cours trop lents. Le sommeil qui venait dans la révolte. 146. C'est interdit, 146. C'est trop, ça abime. 146 c'est l'allergie au repos ; 146 je ne sais pas le goût de l'effort. Je n'en ai pas besoin. 146. C'est comme Marie, qui découvrait dans ma chambre ce papier du psychologue, et qui me disait horrifiée « pourquoi tu ne le dis pas ? Pourquoi tu caches toujours tout, l'écriture, l'intelligence, tu es secret, tu me fais peur ». Alors voilà, je t'écris les pleurs Marie.

Je t'écris souvent et même toujours. Je te vois, c'est un peu la même chose, sauf que nous écrivons ensemble. Je suis comme le rocher qui coule, toi tu comprends, et tu te tais. Chercher les mots pour épater, pour les entendre te dire le talent. C'est amusant, ce n'est pas sérieux. Le talent. Le talent ça veut dire « adieu », ça veut dire « différent » ça veut dire « incompréhensible ». A l'intérieur, les vagues ont effacé les marques de tes dents, je suis en pleine fugue contre moi même. Et c'est pour ça, que je suis là, avec toi. Les choses qui n'ont rien à faire là. Parfumé aux détails. Allongé sur le plafond dans un square de la rue du Commerce où j'aimerais écrire sur ta peau Je suis comme l'enfant qu'on frappe avec un seau de plage, j'essaie d'oublier les mots. On frappe le crâne et le sexe. On voudrait faire des châteaux, alors on frappe, frappe, de sable et d'amour. " C'est injuste ". Oui, c'est injuste Marie. Une chienne agressive à plaindre, qui aboie à la porte. Comme ce dernier matin, où j'hésitais entre un éclat de rire ou de sanglot, mais un éclat tout de même, comme du verre, du sable dur, ou des feuilles de couteaux, des couvertures de rasoirs. Je tente de m'étouffer avec un noyau d'abricot, il faut que je l'oublie, il faut que j'oublie l'écriture. Plusieurs fois je l'ai abandonnée dans le fond d'une forêt, et à la clairière je la retrouvais, avec son innocence de petit-poucet. Une peau de lait battue. Quand tu as ouvert les bras, caressé mon épaule et pris mon visage entre tes mains, tu n'as pas senti, toi, les buveurs d'absinthe de 20 ans qui logent dans le creux de ma poitrine. Tais-toi, là tout de suite, je t'aime. Tu le sais. Merci. Un ami m'a dit un jour " tu " et depuis je. Comme toi. Comme eux. S'ils me lisent, tant pis, ils me prendront pour un fou. Tu sais, cette année, pour la première fois je n'arrive pas à retenir ma haine pour mes camarades à l'Université, je n'arrive pas à dissimuler la colère. C'est encore le « 146 ». Comme un numéro de chambre. Si l'on me met à l'asile, je veux la chambre 146. Je pourrais dire "mon intelligence je la décroche, tous les matins, je la dépose dans ce carton, dans ce chiffre là, vous la voulez ? on peut y entrer"Ce chiffre qui sonne sur mon front comme celui de la bête. Pour la première fois, je crois que l'on peut voir autre chose qu'une différence, qu'un léger décalage de moi. Je retiens l'intelligence, pourtant. Je te jure. Je n'allais pas en cours et désormais que je m'y rends je n'en écoute aucun, je ne lis rien qui nous concerne, je traite en me moquant de tout. TOUT NIER. 146. Toujours 146. Je crois que l'on peut voir ma folie, quand mes cernes apparaissent sous la lumière du RER. Ça me dérange, j'ai l'impression que c'est ma nudité que j'expose. Je n'ai pas trouvé de voiles à mes cernes. Quand je dis « tu as entendu le tonnerre rouler juste derrière nous » et que mes sens me trompent, on doit se murmurer ces choses que je suis un peu fou. Ou juste étrange. Je méprise. Je peux parler avec eux tu sais, j'ai appris la civilité au bureau, à sourire, à répéter les belles phrases. J'ai appris à ne rien faire avec talent. Mais je ne sais pas être courtois, assez. Je pense aux jolies filles qui m'attendent, à la sortie des trains. Je pense aux Samedi où je vois enfin de charmants visages, qui ne me demandent rien, mais qui m'embrassent. Des boissons de ta tendresse particulière quand tu dors là, sous, sur, en moi. S'ils me lisent, tant pis, je pense " tant pis ". Je me sens plus propre quand j'écris dans un parc. Il y a des gens qui ne devraient jamais me lire, comme eux, jamais. Certains le font, pourtant. Je fais comme si je ne savais pas. Et eux font pareil, comme s'ils ne lisaient pas. Nous n'en parlons pas. Un geste illégal. Tu m'as dit "tu me manques" plusieurs fois au téléphone, tout à l'heure, c'était délicieux, ça claque contre le silence. Puis, tu as dit " c'est étrange la vie, on s'attache aux gens, et puis, plus rien. Enfin, tu vois, rien. On s'attache trop fort et on souffre". Là, je t'ai trouvée niaise. Un hurlement. Quand j'aime, je deviens un hurlement. Des cheveux perlés de vin tiède et odorant, comme une odeur de sommeil, un chemisier déchiré. Lis, je prononce T-O-U-T. L'éclipse. Tout oublier. Tu dis "c'était vraiment bien", moi j'essaie de ne pas le dire. Oublier ces jours. Ne t'excuse pas, je connais ta colère même si je la déteste. J'essaie de la contrôler, ta colère et moi, ta colère en moi. Quand j'étais plus jeune je voulais écraser les passions qui passaient près de moi, dans l'eau, tu te souviens ? Papa déteste la femme qui passe à la radio, il éteint, je frappe au carreau. Alors mordre, les déchets marins, le sel qui coince. Des cuisses longues comme des désirs inavouables, on ne peut pas, intouchable, irrespirable. La chienne se jette sur moi, je suis un jeune homme galant, qui invite à danser le désespoir. Le vin me coule sur le menton, Marie je t'aime. Les coquillages suent. Méduse. Marie. Je ne voulais pas partir, tu le sais, mais ta mère attendait. Ta colère, tes pleurs ce matin là. Comme un corps qui apprend à nager. Ils ne comprendraient pas, s'ils me lisaient, tu le sais, non ? Ils comprendraient pas. " Oui, et alors ? ". Non, vraiment, ils ne comprendraient pas. Oublier, c'est tout. Ca passera, tout passe. Nos corps et l'amour. Nous sommes un théâtre de Bastille. Un Paris sans Lac. Je suis désolé, parce qu'Amandine m'a proposé de boire un verre avec elle. J'ai dit "J'ai envie de toi". Elle attend, depuis. J'aurais pu être désolé d'avoir de telles manières. Laine. Tenue élégante de fin de soirée. Dormir avec toi. ça passera. Sans importance. Je te dis " sans importance ", ne l'oublie pas. Et même. Vraiment, tout ira bien. Aime-moi s'il te plaît. Je déteste cette phrase, parce qu'elle leur ressemble. Aime-moi.

Tu m'as dit qu'on serait bien ensemble, tous les deux, à la maison. Que tu me rejoindrais, en Hongrie, parce que tu ne veux pas rester avec les Grands-parents et leurs habitudes de petites morts. Tu viendrais, là, me rejoindre, dans cet appartement, trop petit, trop calme, où je me cognerai la tête en dansant. Et on évitera, d'accord ? On évitera, les questions. Et l'amour, tout ça. On évitera d'arracher les yeux. Parce que ça parlera, de tristesse, de rage et d'amour. L'essentiel, c'est ta peau, dans tous les endroits du monde. Ici. Aussi. Je descends à la cave et je vais chercher un trésor. C'est parce que je connais trop les mots. J'aurais du ne pas sourire, quand Maude a dit "je pars à 4 heures du matin". Je n'aurais pas du m'arrêter à la Gare de son sexe. Et c'est vraiment magnifique, d'aimer comme j'aime, disait Camille. J'aurais pu ne pas. Et surtout ne pas commencer à écrire, peut-être alors qu'aujourd'hui je vivrai comme hier, hier, c'est eux. Tout ce qui est passé.

Je t'aime.

 

PS : Mais tu sais Marie, je ne les hais pas vraiment, je le dis seulement pour faire rouler des yeux à ceux qui lisent. Je les aime bien, tout au fond, je les aime bien. Ils savent comment faire, maladroitement, avec leurs corps et leurs intelligences. Ils savent exister et je ne sais que vivre. Si j'avais été beau, peut-être n'aurai-je jamais écrit une ligne. Peut-être n'aurai-je jamais caressé ton beau front, et tes yeux de pierre. Le talent, c'était pour remplacer le visage, tu te souviens ?

27 février 2011

Je t'.

J'ai rêvé cette nuit l'auge où je baigne ma peau est celle où le reste du monde boit. L'eau impure de mon corps, les miettes en suspension de mes blessures désaltèrent les bouches fatiguées des voisins. Je suis la source.
Souvent je pense à toi. C'est une pensée innocente comme un témoin. Elle est présente sur le lieu des crimes qu'est mon corps. Mais elle ne fait rien cette pensée que penser à toi. Elle te regarde et t'adore. Je pense à toi, je te sens te transporter dans moi, je te sens à l'intérieur de mes veines. Tu es projetée avec cette pensée, projetée à l'intérieur de ce frêle esquif comme toute muse pour la viste des pays de poivres et d'épices. Tu es dans moi, vraiment, mon canot de secours quand ma bouche suffoque sous les eaux vives des torrents.

Je ne sais pas le goût de tes lèvres, combien de sucres s'y figent, pourquoi tes lèvres ont la couleur étrange de mes souvenirs granulés, ce sable cristallisé sur ta bouche. Toutes les fractions de toi, toutes ces parties, je voudrais y mordre comme dans un fruit, je voudrais y grimper. Tu as les yeux bleus qui détonnent, longtemps je les ai attendus, longtemps je les ai enregistrés dans ma mémoire qui s'ouvre comme un tiroir pour les faire revenir dans les pièces bleues de nuit. Ce que je te décris, avec mes pensées, c'est un mouvement, c'est un corps, mon corps, qui se tend vers ton idée. C'est une pensée sans membres, une pensée sans voix, qui ne te griffe pas. Quand tu marches, proche de moi, que ta voix change le vent, que tu en modules les paroles. J'aime, ce que tu prononces, je t'avoue, je n'écoute pas, mais tu inventes des couleurs dans mon paysage. J'ai une sorte de maladie des nerfs et des sens qui transmute en des saveurs les mots, les voix, les lettres, je les vois impliquées dans des chromosomes, dans des figures géométriques, j'en cherche le théorème, la formule, je te trempe dans des solutions pour te séparer et te mettre l'amour à boire. Quand tu me parles, quand les lacs bleus de tes yeux, quand leurs rondes extases parcourent et projettent comme des miroirs plein de lumière ce pâle des aubes, je souris. Je ne le dis pas, bien sûr, c'est trop plein de civilités une discussion, privée des sens, c'est poli, éduqué, c'est plein du rire surfait, faux, du rire qu'on trouve dans les petites potions alcoolisées. Je n'ai pas le droit d'être tout à fait étendu, pas le droit d'incliner ma tête dans le geste de l'ému, mais en pensées je me penche pour voir dans toi cette image très belles, très bouleversantes. Tu m'émeus, je t'attends souvent, sans une parole, je conserve des intuitions de toi. Tu me bouleverses.

Je t'aime.

26 février 2011

Mon visage taillé dans le crime

 

 

 

 

Je suis la dernière geste d'un corps mixte, l'orient d'une pureté, le nadir d'un fantôme. Je refuse l'effort, quand il pointe sa petite cornaline grise. Je suis le résidu de l'alliage mis au creuset, l'endroit des réunions secrètes où se montent les poisons. Je suis le corps du complot. Je refuse l'effort, l'abstention du courage. Je refuse de travailler. Je n'ai jamais rien obéi. J'ai fait semblant, j'ai le visage sage. Le visage de celui qui ne ment pas. D. me disait "tu as le visage bavard, il dit tout ton sentiment" j'ai le visage menteur. j'ai le visage insensible, j'ai le visage de l'escroc qui s'excuse, qui se confond et la main de l'aigrefin qui dans les octaves de la bouche descend d'autant dans la bouche à receler.

Charlotte me disait "Tu ressembles à André Breton", et elle disait "ce n'est pas tous les jours un poète avec une vraie tête de poète". Elle gémissait poliment "ah, oh, hi", on faisait l'amour, j'avais mal à la tête. Mais elle mettait ses doigts dans ma braguette, elle disait "tu as quel âge, déjà, personne ne sait jamais". J'ai deux prénoms, qui vieillissent chacun leur tour. Je n'aime pas le corps qui oublie, je viens déranger, je viens faire des usages, pardon, jeune fille, je vous bouscule, "ah oh hi" c'est comme ça qu'on dit, je crois, quand on traverse une chair qui vous résiste. Pourquoi je ne passe pas à travers. Je regarde le spectacle, je suis dehors l'orgie. Charlotte me dit "c'était bien ?" Je dis, j'aimais bien les images, mais ça manquait d'effets spéciaux pour un film. Je disais, je ne sais pas, je n'étais pas là, je disais pourquoi tu me demandes, je n'ai pas de corps, j'ai des yeux, je vous voyais faire, tu traitais avec un autre. Je ne suis pas là, tu comprends, moi je regard faire, je suis absent. Je n'aime pas les corps, ça me donne la nausée, ça me travaille des organes de pensées. Je dis. Moi je ne veux que l'amour, que l'érotique bafouement, je veux le marbre des déclins, je veux tes seins de muses sacrilèges, je veux les desseins de ton corps, le relief imprimé sur les pages. Mais je ne veux pas le péril de mes fragilités je ne veux pas le risque de mon corps, le mettre sur le rebord d'un autre corps plein des vertiges des falaises, je ne veux pas, le reste, alors je confie à un autre la chaîne, la soif, je confie à un autre, je lui prête la voix qui fait "ah oh hi", mais je me suis exclu, j'ai excipé mon incapacité. je suis déjà en vacances, je sens la mer qui tonitrue. je n'ai pas de désir, je ne suis pas sexué, j'ai plein d'hormones qui se combattent et s'annulent plein d'hormones qui se mélangent dans l'atmosphère et qui gravitent comme des planètes autour des mots. Je capture, j'ai mon éprouvette d'effluves. Charlotte me dit "mais c'était comment", pourquoi des points d'interrogation, pourquoi ta bouche a la forme d'une ponctuation, recouvre ton éducation, ne fait pas comme les autres. trouve toi une voix, trouve toi une révolte. ait faim, ait soif, casse tes os, voûte tes envies, mets toi toujours en travers des gens, brise tes dents en mordant dans la pierre. sois insoumise. Je peux t'apprendre, j'ai mon corps en opposition, je suis né perpendiculaire.

Des hommes ont dit « le raffinement c'est trop lourd, trop long, trop plein de malheur » et ces hommes se sont associés pour former la première des sociétés modernes, ils ont dit, « le mot de raffinement, c'était presque ça, on était pas loin » et ils ont appelé leurs esclavages, leurs soumissions, ils ont dit leurs nuques courbées : « raffinerie » « il faut devenir, une raffinerie, traiter d'un liquide noir comme l'encre et en faire une chose transparente comme l'essence ». Les hommes, depuis, peinent le jour -et pensent y vivre, filtrent la nuit à travers un tamis qu'ils disent « le sommeil » tant elle était pleine des mystères auxquels ils avaient renoncé de découvrir, pleine des vérités en lesquelles il refusait désormais de croire, pleine des magies que leurs raisonnables sommeils avait appelé « songes, cauchemars et délires. Toutes ces raffineries ont des respirations de fumées, polluent ce pays du très tard, qui prend sa pleine expansion au nadir de la lumière et interdisent à l'éclat des poèmes de répandre toute sa démesure.

comment fait on pour devenir une usine, une chaîne de montage. prête moi tes gestes de labeur. ça se penche comme ça une tête intelligente,oui, comme pour recevoir un sacrement, comme pour accueillir la vieillesse qui fait son dépôt sédimenteux, calleux. je ne vieillis pas. quinze ans, ont mes cris. je suis un adolescent. on me le dit. Guillaume m'écrit "tu ne pourras pas vivre toujours comme ça, on en meurt". je ne veux pas de tranquillité, je veux de la vitesse, je veux être perturbé, je veux être dérangé, je veux dedans sentir les choses qui s'agitent, les couleurs grelottantes, le froid dans la lumière, la neige si liquide qu'elle couvre, qu'elle remonte, qu'elle dissout les os. comment devient on un artisan de la geste, comment perd on l'outrage je ne veux pas savoir. Comment vous imiter, comment ne jamais avoir de position, être vide en tout pour accueillir tout le bruit, toute la suggestion du dehors. Je suis plein, ma bouche crache des images, voyez les forêts de pins secs, voyez les fourneaux embrasés, voyez mon âme de fumée, et mon ombre qui m'abandonne loin derrière. Je suis plein de lumières, de trous, plein de limites et de fils, plein de moteurs et de chansons, on dirait que mon corps a pris feu dans la révolution des astres qui s'entrecoupent, on dirait qu'il s'y joue un drame qu'une bouche de spectacle mange, et qui repousse comme un foie maudit par les dieux. Le drame est un organe. BONJOUR DIT MON FOIE JE SUIS PROMETHEE. Je fais des recueils d'insultes, je compile des plis de rage, et d'écumes on me dit "bravo" c'est un bravo bourgeois comme un vingt sur vingt en rédaction. Je déchire toujours, les notes que j'obtiens. Je n'ai pas supporté. Louis Le Grand, les honneurs ça me fait tousser comme une allergie à la craie, je suis fait pour l'anonymat, je suis fait pour les habits du crime, je n'aime pas la lumière, on y voit les gens laids, je n'ai pas supporté, "bravo" ça veut dire quoi "bravo" ça veut dire que la nuit tient dans deux syllabes, bravo, ça veut dire que la douleur, le mal et l'absence peuvent se ranger dans les étagères des mots, ça veut dire "bravo de souffrir, bravo, encore un peu, je veux dire bravo si c'est comme ça qu'on écrit quand on se convulse quand les poumons normaux suffoquent de fatigue" comment c'est possible de remplir d'autant d'essence deux citernes en papier. Je n'ai jamais fait d'efforts. Quand il faut faire des devoirs, rendre des copies, travailler un exposé je commence à quatre heures, et je finis à six, je dis, les mots je les ai pris dans mes cernes, je dis, les idées je les entendues paître dans un champ d'huile d'opale, jai jeté des chiens affamés dans un miracle, oui, mes idées ce sont des miracles fragiles et fêlés. Personne n'a les mêmes. Personne ne peut imiter les couleurs dans ma tête, les couleurs qui s'assemblent, les couleurs reproduites, les couleurs amoureuses. Je lis très vite. J'ai tout lu. La philosophie, une nuit qui ne partait pas, une nuit incrustée dans moi comme une tache. Elles sont rares comme de l'uranium, dangereuses pareilles. Ca brûle dans des machines infernales, qui font des bruits de cauchemar. Je sais, une fois, je me suis coupé les doigts sur des idées et tant de drames qui ont saignés, tant de liquide depuis la naissance qui sont venus et toutes ces voix qui ne me quittent pas sont jaillies. Je sais tout faire, je peux tout écrire, tout dire, mais je ne ferai pas d'efforts, je ne me forcerai pas. Je ferai semblant, je dirai "plus tard, oui". Je dirai quand on m'accusera de ne rien faire, de rester en dehors de l'effort, de me tenir à l'extérieur :
- Tu es si belle quand tu travailles, laisse moi te regarder
- Mais je ne suis même pas là
- Alors laisse moi t'imaginer, oui, je t'imagine travailler, laisse la poésie mettre son champ de sel partout, ses cristaux de poussière, ses fleurs de sable. s'il te plaît ne dérange pas la crinière du songe qui te recouvre, laisse tes cheveux blonds flotter comme une voile légère, comme une lèvre que le vent soulève. Je te vois, tu sais, je n'ai pas besoin d'être là, avant de partir j'ai mis ton parfum dans mon agenda, j'ai mis ton parfum dans ma mémoire, c'est un dépôt, c'est une fleur, et je te sens, tu es dedans moi, tu fleuris, tu composes, j'entends ta musique, alors travaille encore, ça te rend belle en pensées, dans mes paumes linéamenteuses ça met des rimes, plein les lignes. Tu es mon alexandrin.

Je peux tout faire, et je ne ferai rien, je veux décevoir. Je veux être un traitre à l'attente, trahir, que l'on me dise des mission, que l'on observe un rendement, que j'imite le sang des ruisseaux. Au moment de l'action, je veux me dérober à elle, lui dire « j'ai une peau anguille, comment faire ». Décevoir le monde entier. Je veux décevoir les professeurs, je ferai des petites choses, je ferai de la petite couture, j'écrirai des libelles au lieu des pamphlets et des mirlitonades en place de sonnets. Je peux tout faire, tout dire, j'ai du style, "tu es un poète avec une gueule de poète" et Camille me dit "j'ai rencontré quelqu'un, c'est tout ton inverse, il est beau comme tu es laid, vulgaire comme tu es élégant". Je suis capricieux, je ne peux pas me courber, j'ai les os solides, j'ai les muscles crispés comme des larmes dans l'oeil. Qui peut les faire céder, je donne deux vers d'eau. Je ne sais pas me laisser faire, je ne peux pas. Quand on me demande quelque chose, j'ai un souvenir qui dit "Résiste" je crois entendre la voix de Marguerite qui m'abuse, je crois la sentir qui menace mon ombre. Qui me dit "j'ai un otage, résiste". Je résiste à tout, je ne sais pas obéïr, je n'irai pas en prison. La voix de brume de Marguerite, son souffle toujours dans la buée, toujours prêt à disparaître sous le nuage profond de la fragilité, Marguerite a la voix grave, elle me disait, courbe tes treize ans Jonathan, et je ne savais pas, je m'appelle Najib, comment répondre "je m'appelle Najib" quand personne ne le sait. Courbe ta nudité Jonathan, montre moi tes os de pauvres, tes muscles de pauvre, elle peignait la misère, elle peignait le Christ. J'ai les cheveux longs depuis, et une gueule de poète, et l'élégance et la laideur, je peux tout faire tout dire, je peux aller au bout du langage, je peux affronter les monstres qui s'y terrent et reprendre les joyaux. Comment peut on être fébrile de rater un emploi, de passer à côté d'un examen. La vie c'est ailleurs, la vie c'est plein de menaces, de bêtes, ça grouille, on entend les najas se faufiler dans des plaintes, on entend les pas en coton des brutes fauves, on entend, on entend la vie à côté, c'est la porte voisine, c'est l'autre avec ses jungles de miel, avec ses couvertures en ivoire, avec tout son danger. La vie, c'est ailleurs, la vie on s'y tient chaud à deux, on dit "le matin, quand tu pars au travail, tous les matins où tu te lèves sans moi, où tu m'oublies pour aller en dehors de la vie, je me déchire, je me sens abîmé, quelque chose de moi qui part, qu'on m'ôte brutalement. Ton travail, tu sais, c'est une arme qui sépare des siamois, c'est Moïse qui fend la mer rouge, et qui ne se rend pas compte de la douleur des amoureux qui s'y tiennent des coquillages pétrifiés. Nous sommes partagés, quand tu te rends plaider J'ai les nerfs, le coeur, le sensible, tu as les muscles, le cerveau, l'intelligence"

Lucie a des yeux bleus faits par des fleuves, on dirait de la peinture au couteau, quelqu'un est venu, il a vu une source claire et l'a déchirée, c'est son visage la lumière, ce sont ses yeux les crimes. Des objets de délit, des brillants dérobés. C'est ouvert la lumière, elle s'y déverse entière, et parfois je vous jure quand elle pleure Lucie, vous noie, ça vous recouvre, personne ne peut supporter autant de couleurs ruisselantes et graves, autant de tristesses dégradées comme des eaux sales. Lucie a la beauté des veuves elle m'aime, elle apprend à parler Khmer.

Je ne ferai pas d'efforts, j'écrirai des livres plein de scandales, je leur mettrai une silhouette qui disparait au coin des rues, qui pose des bombes dans les conventions, la couverture vous résistera et les images vous assiégeront. Je veux piéger le lecteur, je sais bien faire ça, ne lui laisser aucune chance. Je veux mettre votre innocence à genoux, je veux que vous sachiez. Je suis libre, je ne me laisse pas faire. A l'école je vous oublie, au travail je vous ignore. En attendant je vous trompe. j'écris sur vous les mots que vous ne savez pas, je prends vos ligaments pour en faire des reliures, je prends vos nerfs éteints pour les caractères dorées de mes titres. J'ai un nom de chapitre, j'ai un nom de chapitre, on le dira commerce, on le dira Lutte. Personne ne sait. J'ai une terreur depuis treize ans, une terreur pour les filles aux yeux bleus. Leurs regards de Marguerite, personne ne sait. je suis un enfant égaré.

Il n'y a qu'à l'amour que je peux tout céder. Qu'à l'amour même que je ne peux pas renoncer.

« Toi dont les bras ont su barré sa route atroce à ma démence »

 

24 février 2011

La nuit est l'hermine du poète.

 

Si tu fermes les yeux tu peux voir deux initiales, pas des lettres comme ils font avec des signatures incestueuses et pleins d'argiles non avec des mots pleins d'essence comme le monde peut prendre feu . Tu n'aurais pas une envie, comme un baiser qui se dévoile ?Vous n'auriez pas une idée pour que le monde prenne feu comment cacher son visage dans le nid c'est le métal en plein jour M'exprimer ? Quelle drôle d'idée Des signatures c'est sur y en aura pas. quel homme censé voudrait connaitre comprendre savoir qui il est Le repère à fuir toujours le repère repère repère vous pouvez répéter je n'ai pas compris lesens de la question Je la trouve agitée cette question M'exprimer ? je n'ai aucune idée de ce que ça veut - dire, dire, dire Je suis une femme mais non non c'est pas vraiment mon genre on pourrait mais on ne sait pas c'est sur il y aura des cris au fond tu le sais Oui oui oui au fond les roues des camions les bouts de verre de bouteille tu peux les cacher dans ma gorge Le mythe c'est ça le Mythe je me disais aussi c'est pas normal de vivre ici C'est sur ton rire arbitraire c'est où nulle part où tu vas chercher ça ce nom Silence Reprends ta respiration tu l'as laissée s'échapper dans mon cahier ta respiration là partout Papa ça l'empêche de respirer "Il y a trop de respiration ici" On agonise j'écris plus je tente de m'exprimer est-ce que tu comprends ce que je veux dire ? Je suis dévoré plein d'hémorragies internes de crises douloureuses dans le cortex cérébral plein de nudités d'esclaves dans mon coucher de soleil plein de maladies sans solutions de médecine sans noms tu comprends ce que je veux dire tu comprends ce que je suis ou pas je suis plein de soufre et d'hydrocarbures plein de Je sais que je suis capable detuer plein de ça tu vois capable de tuer je sais oui plein de dérèglements de races et d'imprudences Et pourquoi en tête à tête Qu'est-ce qui s'est passé Je sais pas je sais je suis capable de tuer Je suis plein de clefs qu'on arrache de choc violent Le moteur des bateaux dans le visage ça te fait quoi Est-ce que tu voudrais que je te jette à l'eau là puisque tu le fais pas Il faut toujours une chute pour débuter une histoire. Autrement on se regarde là, et on fait comme si ça n'existait pas, comme s'il n'y avait rien, comme si on ne se voyait pas. Pardon, je n'ai rien entendu. Je te parle pas de commencements je n'ai pas de temps commencer finir c'est pas mon problème Tu voudrais que je te fasse déraper d'une marche et de ta morale Au pire tu saigneras et t'auras la mâchoire sur le côté mais tu comprends les histoires pourtant il faut qu'elles soient fortes pour être vivantes, sinon c'est la comédie, sinon c'est vulgaire, c'est comme les autres Je voudrais que tu me fasses pleurer jusqu'au décollement de la rétine ça sert à rien de pleurer c'est pour les arbres ça C'est terrible parce que tu me fais vraiment trembler. Les gens qui font trembler tu vois c'est rare je suis en train de le dire aux passions de m'attendre. Faudrait peut-être qu'un jour grand-mère pense à mourir parce que c'est sur on peut rater sa mort je le dis à maman tu vois maman elle me fait trembler, elle a l'air réelle je sais pas si elle comprend elle a pas l'air est-ce que j'ai l'air d'être une femme moi Regarde et toi tu comprends quand je dis que les gens n'existent pas M'exprimer ? C'est ce que je suis en train de faire Les gens demandent toujours qu'on les laisse tranquille ça me donne envie de pleurer maman c'est tellement triste Sujet :Silence Qu'est-ce qui fait que les gens sont silencieux Et les morceaux de politique dans ton assiette tu les manges pas pourtant c'est trés bon pour ce que t'as Quoi Qu'est-ce que j'ai à part des idées T'as une jeunesse.

C'est sur des signatures y en aura bas les contrats.
Personne ne sait à quoi ressemble la nuit.

 

 

14 février 2011

RER A.

J'ai un peu de scandale, un peu d'infidèle en moi, mes insomnies ont la couleur de garance des grilles de prison. Je m'aperçois, quand je converse avec d'autres que ceux qui partagent mon désordre des choses, combien j'ai dérivé depuis la norme, combien mon insomnie m'a échoué sur la grève d'un désespoir déformant l'aimer et l'amour.
Je parle, et devant les yeux réprobateurs et curieux je crois qu'un peu de moi se sent des hontes, des hontes de n'avouer pas ce qui s'y trame, ce que complotent mes doigts quand ils passent dans la crinière froide d'une amante, ses mèches qui y tombent en cascades de couleurs et de senteurs. Ce qu'il y a de détresse dans l'insomnie profonde comme des cernes, où la voix s'enroue et le cri se perd, où les ampoules de cèdres finissent en ténèbres. Où la nuit et l'inquiétude sont les seules certitudes, les repères, les murs et le toit de l'endroit où je passe à l'heure où les yeux se cachètent de la morve silencieuse du sommeil. Ce qu'il y a de solitude dans la nuit qui m'écroue, de froid sur ma peau murie des ivresses de printemps, ruinée des morsures jalouses.
Je me sers de l'amour comme d'une couverture pour accrocher la chaleur que je ne trouve pas en moi, et je me recouvre le corps de ces prénoms touchants, de ces filles aux regards bleus contre mes peurs d'enfant, la lanterne de leurs yeux pour rassurer l'effroi permanent, qui me suit, et se traîne soudoyant mon ombre. Bien sûr, je ne peux pas le dire, lorsque l'on m'interroge et que l'on croit voir dans mes affections, dans la multiplicité envahissante de mes amantes une pyramide dégoutante, que leurs yeux d'un visage immense, vairons, posent avec le mépris moralisant des puretés vieilles et semblant deux amandes usées. Je disais "E. m'aime, et elle écrit sur mon mur "je t'aime même de n'être que numéro trois" et j'ai fait le silence dans la peau, j'ai muselé la langue, borné la voix, il a émané de moi le silence qui a séché leurs mots, qui a fait une pellicule blanche à leurs lèvres, un peu de l'écume damnée de sécher ainsi le silence s'est craquelé en reproches. Je croyais avoir prononcé à des condamnés la sentence des fusillades de voir leurs mines interdites de cette audace, stupéfait face à mes horreurs de Méduse.
Je suis innocent du crime que leurs yeux me vissent parce que mes nuits sont longues et froides, qu'elles atténuent tout le crime que font mes caresses obstinées. Mon tourment c'est l'hiver de ma chair, si je n'avais jamais eu froid la nuit je serais resté vierge jusqu'à l'amour premier, attentif à la caresse unique et précieuse. Mais je ne pouvais pas leur dire "j'ai froid, la nuit, j'ai peur la nuit et je réclame mille amantes pour faire les gargouilles grouillantes de soleil, pour faire des vigies et des sentinelles à toutes les minutes glacées, immobiles et sans sommeil. Je ne pouvais pas simplement, faire la plainte avec ma bouche et leur confier combien dedans moi c'est précaire mon état mental de ne pas dormir, toutes ces femmes tréteaux me soutiennent, me charpentent, et me tiennent en attendant l'amour unique et rayonnant. Celui qui s'élève en colonnades, dont le souvenir seul suffit à retenir en soi le départ des températures, reproduisant sous la peau la chaleur tropicale qui me manque depuis le premier soir".
Je voyais bien malgré moi la répugnance que je dégageais, de porter mes déshonneurs en couleur sur l'étole de ma langue, et mes caprices en étoile, tandis même que je suis un amoureux disant secrètement des solitudes, des déroutes, des départs, tandis que j'aime la défaite qui vicie l'espoir. Je racontais comme cela, sans le détail de mon tortueux souffrir, les filles accumulées sans gloire, ramenées vers moi avec les gestes pingres, je leur disais ces choses et deux mille ans de chrétienté m'assaillaient, m'insultaient, je m'étais juré pourtant de ne rien dire de mes écarts, de m'adapter à la norme, et prononcer les mêmes outrages que le reste du monde, de me fondre dans le commun, banal, d'un échange poli, et d'une indignation entendue, je me voulais voiler des sursauts pareils aux leurs tous qui grincent de la moindre surprise, qui gémissent du moindre plaisir, j'imaginais la floraison de digues au rebord de mon excès aux parois de ciment dru pour tout garder de ce qui est intolérable à tous les autres et c'était du corail qui retenait mon excès, où tout filtre, et s'effondre, plein des failles par où surgissent et se fécondent mes déviances. Je croyais pouvoir dissimuler tout mon cri, et il s'échappe en vent tortueux, sifflant assez fort pour choquer les camarades. Personne ne doit voir ce que j'abrite et je préfère rire au milieu d'eux, quand même je suis stupéfait de mal. Personne ne doit rien savoir, rien deviner. Entre deux douleurs, je dis à mon être "Joue" et il joue.
Entre le faible et le méprisé il faut choisir le plus glorieux des deux, qui, hélas, est le plus nauséabond. J'ai préféré leurs mépris, eux dont la conversation me berce et me découvre, dont j'aime le contact et la différence, j'ai préféré d'être accusé que plaint. S'il fallait choisir entre le pli de la soumission ou la torture, j'irai peler moi même mes bras et crever mes yeux.
Pourquoi dire et raconter l'horreur d'une nuit malsaine, les viols multipliés aux plafonds, les rosaces tatouées en menace dans les reflets des lampes brisées ? Pourquoi avouer, comme un coupable, les images qu'ils ne peuvent pas voir et dont je ne veux pas les meurtrir ? Pourquoi vouloir présenter, ce visage agonisé de meutes furieuses, toujours déchiré par des crocs de loup ?Je vous tends ma laideur ordinaire, ne détournez pas les yeux, vous y verriez au sol mes plaintes quand à l'heure du coucher, si je n'ai pas de tendresses, mes nerfs de se recroqueviller, de se tendre et de durcir deviennent pareilles à des racines mortes. Je ne pouvais pas leur dire ça, tandis que j'avais fabriqué du silence réprobateur, et autour de nous toute une cathédrale poussait. Je voulais me mettre dans le catafalque, entendre les rivets se défaire.
J'ai toujours peur, dans le Droit, au milieu d'une conversation, de faire une crise, de pâlir plus vite que la nuit à l'aube et sembler à leurs yeux un fou. Souvent au coucher survient dans mon corps cette paralysie entière, et les mots tétanisés comme des muscles brusqués d'effort, tournent et se déplient.
Je ne leur dirai pas cette fragilité qui grince comme le vent dans la fêlure. Que l'on me voit ignoble me va mieux à l'âme que de voir les crevasses des tiques et des poux, dans mon âme. J'ai tu ma laideur, tu ce visage que le mien entre tous haï, qui pourtant mit à genoux les belles figures de filles heureuses, qui mit dans sa bouche la langue, parfait serpent crépusculaire, de Loriane au corps de Vénus. J'ai tu toute la rage qui s'accumule en moi, d'offrir aux autres mon nez, mes joues, mes dents, et mes yeux, j'ai tu tout ceci pour ne pas excuser d'avoir du crisper le corps de belles sur moi. D'haïr mon visage, je n'ai aimé que des filles taillées dans le désir des hommes. Je n'allais pas dire à mes camarades, "je n'ai pour faire oublier ma laideur que l'écrire, pour m'en pardonner moi-même que le séduire de filles si belles qu'autour d'elles le temps, galant, ralentit son cours effréné". Je n'allais pas dire "vous savez, je suis seul, malgré toutes ces encombrantes, je suis seul, parce que la nuit, toujours vient un moment où elles trépassent, où dans nos courses sur le sable du délire, celles-ci trébuchent et mon corps gonfle comme une voile, et trop léger poursuit sa fuite. Dire  "il me faut vite alors changer de corps, mettre un autre drap à mon usure" je ne pouvais leur dire "je n'ai pas la patience d'attendre toutes les minutes obstinées, irrégulières comme des aspérités de montagne, je n'ai pas la patience d'attendre que l'amour, le bel amour, le tendre amour viennent déposer sa douceur en baiser dans ma nuque écrasée", je ne pouvais pas leur dire "j'écris à ces filles belles, si belles, que j'en oublie qu'elles sont bêtes, pour ne pas me rattraper, jamais, me rattraper si je m'écroule. D'une main je cache mon visage de l'autre j'écris, j'écris, boulversé et je ne peux pas attendre que la nuit se lasse de m'habiter, de m'occuper, de me traiter en son domaine où tous les outrages sont possibles. Comprenez, ces filles que j'énonce, qui s'assemblent dans mon corps sont un acte de résistance, de refus, d'insoumission à la nuit blême qui me martyrise, étrange, mes yeux atroces."

J'écrivais plus tôt dans le temps, en remontant ce fil déchiré de l'existence, ce qu'il faut de courage pour aimer. Et je ne l'ai pas, j'aime, bien entendu, et j'aime un être concret, physiquement présent au monde ce qui me terrifie, ce qu'il y a de danger à aimer une figure humaine que l'on ne peut pas mettre dans le rythme d'un hymne,  qu'on ne peut contenir dans les reins étroits d'un poème, dont on ne peut dessiner dans le marc de l'aube le corps de gisante. J'aime, c'est entendu, mais je ne le peux formuler, le mot ne s'ébruite pas, dans ma gorge aphone le voilà atone, éventé, évanoui, et on ne trouve aucune trace de sa syllabe dans moi, elle aurait beau ausculter ma bouche, mes dents qu'elle n'y verrait pas sa trace. Elle à la voix touchante et aux yeux mieux fait qu'un jour de noces. Quand je la regarde l'étreinte de mes nerfs se desserrent. Ce me suffit de la regarder. J'aime, et de ne le pouvoir prononcer, je reprends le refuge de mes petites folies, sans stupeur, sans mortelles attentes, je reprends la nuit Lucie, Camille, H., Anne, tout ce qu'il faut de prénoms pour broder des légendes, de ce pays de souvenirs qu'est la lande de mon buste. Ces filles que je dis aimer, d'être toujours amoureux des fixités de l'univers, de ma lâcheté et de mon hiver. Lorsque je m'éloigne de moi, du "Je" que je répète en mantras, je gèle des frimas de l'abandon. J'aime un être tout entier, charmant, courbaturé aux yeux du sommeil qui m'évite et me craint. J'aime un être charmant qui me plisse les regrets en des musiques funèbres. Toutes ces autres n'existent qu'à la renverse de mes paupières, sous l'ivresse liquide des sens troubles. Lorsque je les vois, qu'elles sont concrètes, physiques, que leurs mains me griffent la douceur, je ne les aime pas.  Elles me réchauffent. Celles-là pour qui je mobilise le mot d'aimer donnent corps à des idées qui prennent appuient sur elles, mais déploient en moi des sensations autonomes, expirent une autre atmosphère que celle mordue de leurs lèvres, jaillies de leurs poumons. Le souffle de ces idées n'est pas leur souffle. Ces amours que je tire d'elles ont des poitrines d'ange et expirent des constellations suffoquées. Ce sont des êtres de fantôme, multipliée de patiences et bouleversés des corps célestes que j'y range. Ce sont des formes sans âge, avec juste assez de vie pour ne pas flétrir. Ce sont des idées, l'essence, probablement l'une de leurs possibilités qui ne s'incarnent pas ici de n'être pas fait des éléments périssables que rassemblent les beautés meurtries. Ces fantômes ont les yeux bleus, et je les vois surplomber le corps que pendant la nuit j'abîme de mes offenses, où roulent mon baiser comme une insulte. Quand je me rhabille, souvent je murmure, "belle illusion de toi cette ombre qui se colore, qui se détache et nous regarde, cet amour comme un mois d'août qui ruisselle en aube humide.".
Mais toi, elle, toi, je t'aime dans ta permanence fragile, ton innocence bosselée de ce que les mains du temps font toujours aux cœurs sensibles. Tes lèvres où ricoche la douleur, je les veux baisers.

13 février 2011

L'audace d'Actéon

Les éméutiers en moi ont tendu des cordons de couleur et des mains de cirque, graduellement se sont avancés des mystiques aux os creux qui n'avaient pas deux lèvres mais six maléfices en place d'appetit. Leurs coeurs scélérats vibraient cent fois l'heure un air de malheur qu'on trouve au bas des potences. Le murmure bas ce miracle que je dis des sons qui assiègent mes sens, et sont plein des âtres des symboles en flammes. Je suis le corps qui fleurit du décombre, et mon tronc maigre la tige odorante de ce nouveau tertre. Je disais plus tôt dans la vie à la petite Pauline que si ses parfums étaient un rappel de l'enfer, que si ses mains semblaient les fleurs des berges du Styx, elle ne devrait jamais, jamais, JAMAIS oublier que j'étais la terre féconde des crépuscules qui réclame la paternité du diable et d' enfanter les malheurs et les envoûtements. Je suis ce bout de ciel décroché, banni, débaptisé qui gémit en enfer et dont les plaintes et les supplices sont les bestiaux végétaux ; dont les rouées, maltraitées des mille coups de l'angélus, les empoisonneuses flottant dans leurs lambeaux d'âmes sont les nouvelles jardinières. Elles qui taillent dans la serre de ce corps que le mien les formes des désemparés pour m'offrir des membres. Mes yeux sont deux détresses ; une goutte de nuit pour l'iris une miette de peur faisant la cornée. Visage besogneux que celui des amours, et je parle du mien d'être aimant, pour le tien d'être aimé. Je siffle dans la rue cette chanson, et ceux qui me voient tordus par l'effort que requiert l'acte d'aimer, ceux qui me voient blottis comme un crépuscule dans la nappe d'argent, se souviennent mon corps supplicié la nuit à Grenoble. il y a ceux-là, deux touffes anonymes qui ont des prénoms dont l'on se moque M&M, me voyaient dévaler la montagne, ils me voyaient tétanisé par la poésie, la crampe dans le vivre, immobile dans le saut des rimants. Ils me voyaient m'écraser comme le silence sous la nef, et Margot me prenait dans ses bras silencieux, qui frottaient contre le duvet comme des allumettes prêtes à la chaleur, je sentais son ventre, et dessus qui s'y glissaient, qui s'y roulaient sucrées ses lèvres d'enfant et de mensonges.
J'écris toujours avec dans l'Orient de l'oeil, sous la porte sublime du cil, ton visage et tes yeux bleus, toi aux mains de la méfiance dont j'attends avec angoisse les politesses. Je ne veux d'amour qu'une lectrice, celle qui me devine, celle qui me subvertit tandis que je pars me défaire dans les boucles belles et neuves des mots.
J'écris, avec toi, et ta chevelure plus étonnante même que la mienne, qui me semble les nerfs d'un piano où la musique s'invite, le matin de Grieg qui y tonne, et au coeur de ma déchirure je vois tes mains dans ces algues de soleil et y passer, y défaire, y remonter le jour comme un jouet et le casser avec des gestes capricieux.
Toi, attends quelques semaines mon murmure. Promis, en mars, je te le confierai, il sera très tard, et je réciterai comme ça
"Bierstube magie allemande" pour tes "lèvres délicieuses". Je sais une musique slave, que je me mettrai aux yeux pour les faire profonds comme la nuit qui m'entraîne, me prolonge, m'invente et me morcelle C'est la nuit qui me tendait les mains, qui m'ouvrait le corps, la nuit toujours qui me fait danser, danser, dans les mélodies que poussent en gémissant les accouchées. Oui, je sais tous les pays, je sais toutes les chaos, et j'ignore encore tes yeux, et ta bouche de leurs crimes de n'être que douceurs et tendresses. J'ai vécu mille ans dans la douleur et je sais mille ans de frissons dans tes pupilles eclatantes à l'heure du coucher.
Comment dit on chez les gens à l'intelligence bienfaisante ? "Je ne suis pas libre" n'est ce pas ce que l'on dit pour avouer, honteux, que l'on doit pointer à des bras qui vérifient dans le cou s'il n'est pas une odeur d'autre sexe qui s'y est tapie, qui s'y croupit ? Je sais des évasions, des plans et des risques et de la passion creuser des conduits dans la morale, étroits comme les catacombes antiques où se déversaient en cascades les psaumes et où les voix religieuses ricochaient au mur. Qu'ils sont beaux tes yeux que les miens se déssechent de demeurer ouverts et j'effondre des réalités, je traverse des strates géologiques, je dévale de gouffres en gouffres, jusqu'à eux. ce sont, disons tes orbites imaginaires, des astres bleus, toute galaxie est deux ciels, deux planètes au noyau visible ô ma femme fiction, la gravite qui tient ensemble ce système de planètes floues c'est le droit, le soleil qui les chauffe, y fait des nuits et des jours, ce sera le poème . Je sais ton prénom. Le sais-tu toi ? C'est beau,t'aimer,je t'assure,et c'est neuf pour moi, j'oubliais comme il est acide le souffle imposé, permanent comme un vent, tu es une saison suggérée, tu t'enfonces dans moi, et tu es belle d'innocence, tu n'en sais rien de ton crime, et le samedi et le reste du temps je me rends à mes tolérances aux prénoms de fleurs, de fugues ou d'ecarts. Je me rends à ces filles aux visages faits pour l'oubli, aux ventres accueillants comme des seins maternels ma bouche noyée de cris.
Je t'aime, belle musique. Je te chante.

12 février 2011

Veiller à l'intégrité des marchés, n'est ce pas être le vigile de la Bourse ?

Tout n'est-ce pas, est définitivement de l'étrange souplesse du prétexte, mes refus, mes tortures, mes incapacités. Lorsque sur moi je peins une misère et que j'ajoute à ma peau déjà délabrée, usée de rides, parcourue de rimes fatiguées, creusées par la nuit, gercé par la lune, lorsque je peins sur mon dedans les blessures colorées de la souffrance, qui comme des rites tribaux m'enfoncent dans des délires d'insoumis pays, dans des dimensions écrasées du poids des cris, des rages et des frissions. Tout n'est-ce pas, qui vit en moi, qui me parcourt, qui me sature la veine, qui y prolonge le sang et y réinvente le souffle, qui y fait grelotter les dents et tendre les lèvres est de cette encre noire insoluble dans le paysage, d'un grain noir impossible à délayer, à désassembler, qui reste, l'encre, comme de la poudre à canon, que le sang allume et frémit. Tout ce que je suis, n'est ce pas que ce cri que le Droit, cette austérité, voile, et dissimule aux autres, comme à jouer la farce quotidienne. Que de représentations pour quel morne succès que vivre et paraître.
De ces prétextes je pense à elle, ma belle infortune, ce petit glapissement bienheureux que je fredonne lorsque je la rêve, lorsque son parfum je le perçois dans la nudité d'une autre au prénom infernal, à l'initial du Dieu tapi dans les panthéons. Et Bérénice et sa dignité idiote qui vendredi me regardait écrire tandis que sifflait dans sa cave toutes les bouteilles de Bordeaux assoiffées de mes lèvres, Bérénice comme l'imitation sensible de mon amour inavoué, comme un crime. Elle, et son prénom déïté, Je lui écrirai, plus tard, dans les formes épaisses du sommeil, je puiserai des cratères peureux de la nuit les quelques mots du silence et de l'aimer et j'écrirai comme ça :
"je t'aime, mais s'il te plait n'en parlons jamais, je t'aime, mais c'est d'une autre réalité que je prononce dans ce langage, c'est d'être un péri que je cherche, tu es comme la mer sauvage aux crins doux qui abrite les bateaux, qui les défait et les remonte dans le soir menteur. Tu es comme la mer et je suis le matin, failli, ivre d'aube sur le pont qui joue sa sonate aux dents écarlates, à la mer qui la joue pour tes yeux bleus d'écume, percé d'Iris, et l'âme de vase de la terre, gluante comme le marécage de mes désirs. Tu es comme la mer qui grimpe jusque dans le ciel ses vagues et dont la voix mugissante borne le destin. Si je n'en dis rien, si je me tiens de l'autre côté des séductions, des bavardages, c'est par dégoût pour le vulgaire et le commun, tout ce qui est beau, noble flotte et se devine Je ne veux pas que sous mes mots craquent des intentions hideuses, et s'ils semblaient un fard mis à quelques obscurs salissures j'irai mettre le feu à tous les romans d'amour, à toutes les odes, et tous les sonnets. J'irais écraser du talon les poètes survivants...Le silence, cette voix sincère. Ce que je te montre, ce que je te donne, ce n'est pas mon corps amaigri de fatigues, ce n'est pas mon visage bouleversé d'eaux croupies, mais cette chose d'éther qui est de moi, cet autre corps cueilli dans la musique des permanences, ce que je te tends, humide et palpitant, c'est toute ma vie, tous mes pleurs, et ce corps d'éther arpentant les géographies incertaines, aux géométries anguleuses, où les idées planent et coupent, où il fait froid, où le rire est une saison, et le pleur l'éclat du jour. Ce que je te tends, c'est autre chose que ma réalité, c'est mon moi de fantasme, de guerres, et de couleurs. Ce que j'arrache, quand je te montre une page grevée de syllabes c'est ma voix, ma voix désagregée, altérée, ma voix qui ne récite que toi. Mon corps, ma matière, celle qui couche, qui truque et qui ment, je la délaisse, c'est une déroute, une retraite, un abandon, ce corps,cette chair, cette matière c'est ma haine et je ne te la tends pas, je la garde dans le noir,le silence et la mort. Je l'offre à d'autres que je n'aime pas assez, je m'y éduque les muscles fragiles et les nerfs obtus. Ce que je te montre quand je te dis je t'aime, c'est ce qui se tient profond, chaud, comme l'or arraché de l'intestin de la mine, de ce long couloir plein de creux visqueux. C'est tout au fond de moi que je ne t'invite pas, mais de l'eau souterraine qui rugit dans les cavités invisitées.

Tu m'enveloppes, tu m'enveloppes comme une idée, tu m'enveloppes comme une pensée, et je te sens dans moi remuer à la manière d'une ombre. Ce qui s'extrait de moi, ce que le jour lance en dehors de ma peau sur les parvis, sur les pavés et les trottoirs, ce crépuscule qu'il arrache et déracine de moi et que l'on nomme mon ombre, c'est toi qui t'y tient, toi, dans cette larme muette qui jaillit de tous mes membres sous la physique susceptible de la lumière. Toi, que je sens dans moi, me parcourir et me déchirer. Je ne peux pas être, je ne sais pas être, surtout. Mais je t'aime, et dedans, dans mes nuits qui je t'assure ont la même couleur froide que tes yeux beaux, je sens crépiter une sorte de feu, une sorte d'âme enviée, qui jette des lueurs semblables à tes regards qui se répandent sur la ville. Je t'aime, comme un secret, je t'aime dans l'entièreté de ta voix timide, dont on sent chaque mot qui trébuche et se redresse, toute l'assurance malaisée qui voudrait hurler et dont je sens les belles fêlures, comme les parois d'une mine d'or. Dans ta voix il y a des mains, et le baiser de ta bouche a appris le langage des muets.
Tandis que moi je ne parle plus, que mes mots se rouillent, que le rythme effrénée du sang qui m'écorche les veines, qui les ramasse, qui les étend, me vole le chant, affaisse ma voix qui tourbillonne, dont on croirait presque qu'elle hésite, ma voix, dont on s'interroge sur la rareté de son éclat, sur ses brusques et nouvelles timidtés.
Je t'aime toi, mon ombre, et j'aime le danger qui infiltre partout ses membres, j'aime sentir la main de la peur, l'étreinte sévère d'être découvert, et raillé. J'aime toutes ces choses aux yeux gris de fureur qui peuvent défaire, humilier, ravager. Qui sont le vivre et l'écrire, ces deux conditions à l'existence et l'essence, le rassemblement funeste, douloureux du moi.
J'aime toi, de sentir que tu me colonises sans savoir, qu'en moi tu te répands, jusque dans les courtes trèves que m'accordent la nuit, qui ailleurs sont le sommeil, qui ne me sont à peine qu'un répit de trois heures. Je ne suis pas sot assez pour me laisser tout à fait faire par les émotions, et si je suis étourdi, il est des choses que je sais faire. Mes mains sont des arcs et les doigts quelques flèches salies de liqueur. Je ne suis pas ignorant.
Sais-tu, la nuit, c'est ton corps contre le mien, c'est ton souffle contre mes manques, que je voudrais serrer plutôt que les corps amovibles comme des portes de mes détresses. De ces filles d'insignifiance que j'aime des pâles amours, indistincts et ternes, de ces filles que je caresse à peine du même geste que par la fenêtre la nuit qui rentr sur leurs visages et emplit leur corps de ce liquide opaque qu'est son sang, sucré comme une cerise. C'est ta voix dont je voudrais qu'elle berce l'insomnie qui m'habite, qui m'engage comme un mercenaire du poème. La nuit, j'effraie, j'hurle, je moleste la langue, elle claque, multiplie, grouille dans moi, s'arrache tout un nid de serpents qui poussent, naissent et meurent des mêmes contorsions de l'accouchement, des courbures et des pliures et dans moi laissent les odeurs pourrissantes du venin corrompant la chair. Mais je t'aime, quoi que j'y fasse, tu m'enveloppes du délice amer d'aimer. Ce calme malade, fragile au milieu de mes éclats, de mes fugues sordides. J'ai cette chaleur dedans mes yeux qui me rassure  et brise un peu de ce silence que je m'impose comme un exercice. Désormais plus que la mort qui me garde, ta chaleur, et ton silence me veillent."

Je vais danser sous les ormes et lire un peu avec ce visage que le mien, taillé dans le crime, fabriqué pour l'effroi. Je t'aimerai demain encore, sans rien dire, sans rien laisser voir. Il y a vingt ans que je sais jouer la farce du monde.

26 août 2008

Suce des géants et des nains

Bien sur, vous attendez, le poing qui s'en va fissurer le miroir, la pluie qui vient effaçer le prénom inutile, la peau qui vient vous expliquer. Non. Non. Elle vous explique. C'était calme, c'était doux. C'était. Ca n'était pas comme ça. C'était sous terre. Sous peau. Je ne sais même pas si c'était. Taisez-vous. Je ne veux plus de questions. Les pierres par la fenêtre, ouvrent grand leurs oreilles. Il n'y a rien à entendre, il n'y a pas de bruits, il n'y a que des murmures, que ses murmures "Si je te laisse seule, maintenant, je me laisse seul aussi". Il n'y a que des nuits sage, des lumiéres faibles, ses cheveux qui coulent le long de mon épaule, ma main qui cherche son front, l'odeur des filles, il n'y a pas. Taisez-vous. Ce que vous attendiez. Le plafond laisse dégouliner ses curiosités. Non, retiens-tout, je ne veux pas, de ton liquide curieux, impatient. Il n'y a pas de violence. Retiens ton humidité, je n'ouvrirais pas la bouche la nuit, tu ne m'atteindras pas. Rien de ce que vous attendiez. Juste son sourire derriére ces petits airs de petite fille, des petites mains qui regardent les miennes, juste un silence poli à travers les draps, juste un baiser pour la nuit, juste des yeux qui ne sont pas perturbés par une frange trop longue et insolente. Il y'a juste, des choses qui s'ajoutent, qui se déplacent. Il y'a juste, son amoureuse, et son sourire que j'imagine se mélanger sous les doigts de Pauline. Il n'y a pas. Elle dit peu. Elle a le silence épais. Il n'y a pas. Jusqu'au départ. Il y'a le départ. Taisez-vous, laissez moi finir. Il y'a le départ. Là, je dois réussir à l'écrire. Il y'a juste la violence du départ, caché. Pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi. Laissez-moi l'écrire. Laissez-moi me dire que vous ne me lirez pas. Je ne comprend pas pourquoi, partir. Partir comme ça. Non, je ne peux pas. La gare est inondée. Les visages sont en attente. Les vitres du train nous regardent. Les costumes des hommes se déchirent. Les souliers des petites filles ont les lacets défait. Les rouge à lèvres s'écaillent. Les salive retournent dans leurs gorges. Le ciel passe son œil à travers des gouttes de pluie d'argent. Les braguettes s'ouvrent. Les mains se cherchent. Les corps sont en attente, haut perché, ils nous scrutent. Les ampoules se cassent, en silence, leurs débris s'écoulent dans les décolletés. L'hiver s'éteint, s'installe, tranquillement, il attend, le moment venu, il attend, c'est son film, son histoire, son manuscrit, son scénario. Il prend son temps, il nous regarde, il s'impatiente de son moment. Les parfums sont brisés, les amoureux se séparent, les ventres se tordent de nervosité, le vent suis notre mouvement, inconscient. Pourquoi je suis parti. Pourquoi je suis parti comme ça. Les hanches se brisent. Les trains attendent de démarrer. Les valises se vident. Inconscient, je suis inconscient, de partir, comme ça. Non, je ne peux pas. Laissez-moi, attendez, je n'ai pas fini. Je dois pouvoir l'écrire. Je dois pouvoir retrouver. Partir, comme ça, pourquoi, je ne peux pas, c'est impossible, je ne peux pas m'oublier à ce point, je ne peux pas nous oublier, je ne peux pas. Alors pourquoi. Qu'est-ce qui me prend. Qu'est-ce qui me prend de partir comme ça, avec ce sourire, avec ce calme. Avec ce sac sur mon épaule qui s'attarde lourdement, ses cheveux décoiffés, ma frange qui ne se met pas en place à cause de l'humidité de la pluie, ce manteau sage qui tombe, mon parfum qui ne se remue pas. Partir, comme ça. Calmement. Pourquoi. Je ne connais pas mon rôle, je ne reconnais pas mon texte. Je ne devais pas. Je ne devais pas jouer ce rôle là. Moi, je devais jouer la force, je devais recevoir la gifle, je devais ouvrir les bras. Comment ça se fait. On s'est trompés. Pourquoi. Rendez-moi, mon texte. Je ne suis pas dans mon jeu là. Le décor va tomber. Moi, je devais. Alors pourquoi je ne le fais pas. Pourquoi je pars comme ça. Il y'a un problème, on s'est trompés. Revenez, donnez moi les mots, les phrases, donnez-moi l'ivresse, donnez-moi les pleurs qu'il faut, donnez-moi le visage qu'il fallait. Pas celui-ci, pas celui de l'indifférence, pas celui du départ indifférent, pas celui que j'ai en ce moment. Donnez-moi les gestes, de la puissance. Ceux qu'on m'avait réservé. Attendez, ne partez pas, et vous, les trains, ne démarrez pas, attendez, je vais trouver, quelqu'un qui pourra me donner, mon rôle. Mon rôle qui m'était réservé. Attendez, non, ne partez pas. Je n'ai pas encore fait ce qu'il fallait. Redonnez-moi les baisers qu'il faut, l'événement que j'avais inventé. Restez, ne partez pas, je vais trouver, faites-moi confiance. Pourquoi je pars comme ça. Ça ne fait pas partie de la scène. Je suis peut-être trop dans le désamour. Je suis peut-être trop dans la politesse. Je suis peut-être trop dans la politesse. Pourquoi. Vous, Madame, tendez-moi un texte qui bout dans les entrailles, une phrase, un geste. Venez. Partir comme ça, ça n'était pas pour moi. Partir, comme si, j'allais la revoir demain. Comme si, je ne l'avais pas aimé. Comme si. Alors partir, dans un rôle qui n'est pas le mien, avec un texte vide, partir, la regarder, savoir qu'au fond, on ne nous a pas enseigné, ce qu'il fallait, mais savoir qu'au fond, on savait, que le calme était déguisée, et dire ensuite "ce qui me manquait c'était le départ parfait

6 mai 2008

Dangereux et transparent.

C'est facile de devenir celui dont tout le monde parle. On dit dans la rue que je suis l'ombre de F. Qu'il était la lumière. Et quand je tiens le manuscrit dans ma main, tout me revient.
L'échelle de l'abandon. Le sous-sol interdit. La racine sous la pierre. Le ventre sous langue.
Tout me revient. J'ai huit ans et je connais déja. Les origines de la peur. Le calme de mon corps. Je suis déja dans le corps humide. Le fond sec. Le corps suant, rivière musical. Je suis déja l'enfant qui coule. Transparent. Blanche priére. A huit ans, pas encore percé d'ordres, la seule force dans la faiblesse. Je suis déja, une cachette infinie. Je suis une fille à la fente close. Verrouillée. Une tentation dans le miroir. Maman disait que j'étais dangereux quand je vomissais Rimbaud devant la glace en pleurant, comme pour atteindre mon corps. Tu es dangereux. Dangereux et transparent. L'enfant sans peine. Dans la richesse de l'harmonie. Un coquillage minuscule qui respire sous le sable. Sans boulversements. Un muscle indien
Et puis, il y'a eu la confidence. Celle qui s'aggripe au cou. La premiére. Je te garde sous les ongles. Mon début de nuit. Ton visage doux. Où tout se passe. Un lieu où il faut tout construire. Un visage colérique et calme. Un alcool. Un visage qui vient loger dans le corps. Tu dira demain, avec le recul "tout se passait dans la mâchoire". C'est que je ne sais pas écrire, c'est que je n'ai rien à raconter. C'est qu'il me faut une scène, qui gronde en moi. huit ans, le pouls acéré. Le sommeil paisible. Le coeur obèse. L'haleine tiède. Nuque. Course. Pieds. Route. Bruit. Tu ne t'effondreras jamais. Et je défile, devant toi, sur la place de l'enfance. Carnaval, je suis plein d'étages. L'enfant armé qui ne sait pas se servir des fusils. L'innocence effrayée par elle-même. Tu aimes, confidence. Mes bras aux blessures, et quand je saute dans l'eau qui n'existe pas j'éclabousse quand même. Je ne laisse rien sur le passage. Je ne frappe sur rien. Parfois les vitres, le plexiglas, parfois mon ventre. Je fonds en moi. Je vais: je vais te, maintenant que j'ai vingt ans, maintenant que je sais l'impact de la peau, maintenant que mon parfum colle aux arbres, maintenant que ma violence est dans le secret. Maintenant, que j'ai les yeux profonds et inutiles,un corps grand comme le monument, la tristesse dans la créche, l'enfance en miettes dans les creux. Tu as des tresses trop courtes. Je tire. Dans ma chambre J'entends encore maman dire non. Aujourd'hui maman dit la même chose quand elle me lit. Je fais le rapport. Confidence. Tout me revient. On va te reconnaître, ma confidence. Tu étais inquiéte. Tout me revient. J'aime ton rire. Maman dit non, et nous sommes juste à côté. Tout me revient, quand je tiens le manuscrit dans mes bras. Et c'est trop brusque. Je dois placer mes idées. Je cherche le corps de l'écriture dans toutes les rues. Aucun ne correspond à ce vertige. Je dis ton prénom. Tout me revient. Mes huit ans. La maîtresse qui croise les jambes et ma tête qui tourne. Hier soir, j'étais dans tes bras, et je me laissais caresser. Et là, il faut que je fixe mes idées. Brouillon. J'ai l'écriture brouillon. Comme un raz de marée. Rien ne se fixe. Je dois fixer mes idées.  Tout me revient. Ton heure et ces murs qui tombaient lentement, lentement. Pardon si tu lis ça. On va te reconnaître. J'avais déchiré mes collants en laine de huit ans, et ouvert la porte. Je suis arrivé, j'ai ouvert la porte et je suis entré, tu es venue dans cette chambre. Tu as déposé ton odeur. Tu me fais peur quand tu as un regard de poupée de plainte.. Hier soir, j'étais dans tes bras, je crois. Monsieur, sortez, je ne veux plus écrire, laissez-moi tranquille. J'arrive avec un corps comme une adresse. Aujourd'hui, je suis presque propriétaire. J'entends une voix à l'intérieur me dire "je n'ai pas mes propres pensées, parce que je n'ai pas mon propre corps". C'est à ce moment là, que je loge en moi. Que je m'installe dans cette peau. A huit ans. J'entends encore les autres dire « il est dérangé, il me fait peur, avec ses yeux, ses yeux, ses yeux ». Dérangé. Non, occupé. Oui. Pas dérangé. Rien ne me dérange. Tout m'occupe. Je suis occupé. On m'occupe. C'est si simple d'être celui dont tout le monde parle. Je refuse. Je suis arrivé brûlant comme un soleil timide. huit ans. Tu disparais sous les draps. Réapparais en ombres. Je veux. Je suis si gros. Tu es si mince. Tu es l'eau du bain trop froide. Je suis entré. J'ai jeté tes poupées sur ton lit. Et je suis monté dans ton lit. Je suis monté. Monsieur, je veux allez jusqu'au bout de l'écriture, ce qu'on imagine pas encore. J'entends encore Maman expliquer « non ». Je te griffe. Ce n'était pas dans la violence. Non, c'était autre chose. Une panique. Et je t'ai dit, là je t'ai dit ça, la confidence. Là, oui, je t'ai dit, sur toi, sur l'étouffée : « je veux t'arracher la peau ». Je t'ai dit ça, et je ne voulais plus que tu sortes des draps, je me suis allongé sur ton ombre. Pardonne-moi. C'était avec toute la violence de l'enfance trop mouillée. C'est si facile, d'être comme tout le monde veut. Monsieur, laissez-moi allez au bout de l'écriture. L'enfance glissante. Sans matiére. L'enfant pendant sous les mains. Je veux t'arracher la peau. Tout me revient. Et c'est ça ma confidence. Tout me revient quand je tiens le manuscrit dans les mains. Il me faut une scéne. Ne pas publier, ne pas dire, je publie depuis toi. Je dis ça. Toi et moi l'écriture secréte. Il y'a des débuts partout, sur nos corps. Pardon d'ouvrir la scéne. Ca aussi c'est ma confidence : la naissance de l'écriture. Marion des vents, ne pars jamais, depuis j'ai 20 ans. Je serai là, encore, dans la répétition, des choses qu'on lit déjà. Des terres qui nourrissent comme ce que je tiens dans les mains. La louve sans pattes.

J'entends aujourd'hui ma mère qui me lit et qui dit « non ». Mais ça elle ne sait pas, tout ce qui me revient.

22 mai 2009

T. ton prénom.

Tes yeux bleus qui font comme des corniches pour les fous, où s'asseoir baigner de lumière d'océans éclatés.  Y a dans ton regard du parlé langoureux, de la mer qui s'écrase en hâte dans des criques encaissées. C'est un peu exotique ton regard, ça cause espagnol et mille symphonies à genoux. Avec un peu d'attention, c'est à dire de sens tendus, on peut sentir le battement de tristes moulins vaincus d'être passé d'époques, dévorés par les mécaniques entrailles de la modernité. La délicieuse et incantatoire modernité qui se pose partout, sur l'art et sur les faces des gens. Tout le monde a perdu de ce charme antique, discret et élégant, racé et violent qui s'épanouissaient jadis. Moi, tu vois, j'appartiens à un fragment de passé, j'ai du romantique mystique, tu sais, de l'amant épistolaire et secret, caché derrière de bien aimables lettres. De la graphie déclarative, c'est un peu Babel écroulé et toutes les paroles envolées que j'essaye de t'envoyer, -je frissonne-. Donc, j'appartiens à un fragment de passé, avec mes airs qui poétisent vulgairement les charmes de tes yeux (mais pas uniquement !) tout en demeurant anonymes. J'écris des mots blottis de noir. C'est de l'investissement le noir, de l'obsession investissante. Ca m'obsède, c'est mon obsession avec tes yeux, donc le bleu. Le noir. La nuit. Elle a du calme envoûtant, du mystérieux appel la nuit. Le lycanthrope ce n'est qu'un homme qui se laisse emporter par ses magies, qui vient mettre un peu de mystique à son âme sans foi. Mais, dans le verbe je t'oublie, il est total et il engloutit même les objets qu'il doit décrire. C'est qu'il est mâle le verbe, mâle-habile, tu vois, avec des doigts rêches et courbés qui ne font plus sortir aucune musique qui ne soit pas automatique, sténographiée. Tu me fous un peu de style, un peu vulgaire certes, dans les doigts, ça éjacule du littéraire quand j'écris tes charmes que j'effleure seulement pour lors. Pour lors, j'en parle avec délicatesse, comme une jeunesse s'épanouissant, comme une jeune fille faite femme en une nuit. Tu vois, si je t'écris, si j'ai le courage de transcrire la houle qui chavire tout, même dissimulé sous un pseudonyme, c'est grâce à la nuit. Je n'ai pas dormi. Et elle a infusé toutes ses senteurs, toute son envie, en moi. Mes veines ont noirci. Tes yeux ont bleuï dans ma tête. Et si je t'écris, et si je t'espère ce n'est jamais qu'en lettres muettes, qu'en silence martelé. La beauté a besoin de silence pour déployer son immensité. Et d'inconnu, beaucoup. Tu es belle et ce n'est pas pas question de forme, et de régularité des traits, c'est de l'indicible, de ce qui ne se triche pas. Probablement, comme chacun, une douleur qui ressurgit, qui maquille le regard, l'ourle d'une ombre salvatrice. La douleur, la cicatrice, ça m'obsède ça aussi, je la guette au rebord de la rupture, sous la paupière qui chancelle, dans le mot qui hésite et qu'on ravale à la limite dans de la ouate insonore, je la cherche moi comme un augure dans le mouvement du sang, son passage ventriculaire. Ouais la douleur consubstantielle à toute beauté. Finalement. Mais je me disperse. Tu vois, dans, il y a comme mille grottes insoupçonnées, mille détails endormis, c'est un prénom château-fort. J'ai toujours appris à me méfier du bruit, cette suie moderne. Le bruit qui dévore tout, la douleur, la pensée, le bien, le mal pour laisser là assourdi avec cette illusion d'ouïr. Le bruit, la foule, ça manque de poésie, de sublime. J'ai un refuge, une grotte, un ermitage au sommet d'une montagne de paille, pour observer et décrire, faire de la poésie goguette sur mes toits. Et puis toi, aussi, je t'ai comme je veux, c'est à dire selon mes termes, mes souhaits crachés, je te recouvre dégoulinante de poétique. Et c'est beau, ça fait des voyages stellaires, des parcours monstrueux autour d'une Terre carrée sur laquelle on trébuche pas. Ca fait des équilibres debout sur des planisphères cartographiés, des voyages allongés sur l'Histoire T'as quelque chose qui me me fond sous la bouche, qui m'étouffe dans la gorge, et c'est beau comme un langage oral, oral et maladroit. Qui s'exprime muet, sur le clavier, dans toute l'habileté de son infirmité. J'ai la bouche verrouillé, le langage qui coule comme il peut, comme il a envie. Je poétise en vulgarité, et je pourrais bien faire rire les siècles, rentrer l'emphase du bout des ongles, mais je ne veux pas, je ne veux pas chanter moi, je grince, je grince la passion de tes yeux. Et c'est beau comme du violon parfois, de grincer. Comme des charmes balbutiants. Et tous ces mots, je les tourne dans la bouche. Ma langue Sept fois dans la tienne

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