Wendy bis.
On a pas changé, pas du tout.
On sait mieux dire.
Mieux faire semblant.
On sait mieux se mélanger
Et s'oublier, aussi.
Mais c'est toujours la même ombre
qui enveloppe et sape nos carcasses
Ca déboutonne nos soifs
Ca nous met nus
De chaleur
Dans des lits étrangers
Sur des corps vagabonds
En gardant sur le ventre
L'habit de crépusucle
Qui saigne de nous
Je suis un ruisseau
Tu es un ruisseau
De vin
De lait
D'oubli
Tu es
Je suis
Le
Styx
Avec des mains de squelette
Et ta faim
Et ma barque
(Et l'or
Des pièces rondes.)
Légère
Qui est ton corps
De roseau.
Où s'en vont
Mes
Lèvres
D'où viennent
Tes pleurs.
Qui enfoncent
Dans l'eau tiède
La nuque
De nos
Joies.
Tu sais, j'essaye, pour la douleur, de me souvenir de tous les prénoms qui sèchent dans ma mémoire, de tous ces fantômes suspendus qui m'ont fait oublier les contours de la solitude. Celle que tu laissais en abandonnant mes mains pressées qui, paumes affamées, pèlent sur des corps et, laissent à la place des ventres et des cuisses, les stries blanches de ton absence.
Toutes ces femmes ; tous ces hommes sont des alcools, des eaux fortes qui rongent cet acier, ce métal fragile duquel on a jailli. Tous les deux. Que des forgerons d'éclairs, dans les forges flamboyantes de l'enfer, ont séparé en deux corps, deux douleurs, deux solitudes. Toi. Moi. Et cette frontière, cette blessure recousue de guerres, de luttes, a formé deux pays. Deux villes. Qui se regardent de loin et se désapprouvent. C'est Carthage qui marche sur Rome ; c'est Rome qui écrase Catharge.
Tu y arrives mieux que moi.
Tu y arriveras toujours mieux que moi.
A vivre.
Tu seras heureuse, et ce sera loin, tu m'enverras des cartes de là-bas ? De tes rires où tes boucles blondes plongent, où tes amours veufs se racontent comment il était lui, avec des mystères et des mensonges au lieu des mains ? Ce sera moi, et j'hanterai ta cave, parce que je ne peux plus grimper les escaliers qui montent vers la lumière.
Je voudrais
Me réchauffer
Dans tes yeux
De glace
Je voudrais
Y mettre
Tout mon corps
Que tu regarderas
Comme tu le couvais
Avant.
Au temps
Où les chambres
Fugitives
Nous enchaînaient.
A l'heure
Où les horloges
Immobiles
Nous chassaient
En moi brûle le feu
De l'inquisition.
Je ne t'oublierai jamais
Peu importe mes prisons
Peu importe mes fracas
Que le bruit du monde
Me viole entier
Et qu'il laisse dans mon crâne
Ma dépouille
Cette carcasse
Que tu aimas
Mes sens
Son bourdonnement
Infernal
J'aurai toujours ta voix
Pour pleurer le soir
dans l'étroitesse
De mon vide
J'appellerai
Cette chambre
Où je coucherai
Les amantes
"Le manque"
Je la baptiserai
Des fluides
Larmes
Eaux basses
Des corps
De femmes.
Et peut-être
Pour la musique de toi
J'accrocherai au plafond
Une
Winchester
Qui fera feu
Sur un air de Wagner
Où les Walkyries
S'abîmeraient
sur
des
Wagons
D'effroi.
Ô terres gelées.
Un jour.
Par accident.
Un jour.
Si tu m'aimes
Parce que tu es
Lasse
Des amours
Qui t'abandonnent
Des clés que tu n'entends
Pas
Tordre la serrure
Un jour
Tu te rappelleras
Quand l'ombre
Obèse
T'emplira
De moi.
Et je serai là
A t'attendre.
Le long des berges que j'aurai cent fois souillé
De reins adverses
Qui n'avaient pas l'odeur
De tes boucles
Mal peignées.
Et pourtant.
Tu ne peux plus m'aimer
Mais tu ne peux pas m'oublier.