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10 juin 2011

Jusqu'à la dernière note, le piano mourra.

Des veuves de vingt ans portent
Le jour en son deuil gai
La liesse de l'accordéon
Se blottit sous les moiteurs
De la musique

Le ciel a joué ses arpèges
Jusqu'à sa dernière étoile
Et le jus du soleil
Emplit les poumons du chêne

Il est venu le jour noir
Avec ses paquets de soldat
Déposer sa gerbe et son minuit
Sur les parquets de désert.

J'ai cru voir Pablo
Chanter ses amours de mystère
Aux yeux immenses de midi
Noyées dans les mers du songe

Te souviens-tu, les hoquets
Des dix-sept ans
Qui sont les dents d'enfant, et
Parfum de marguerites

Les mèches de mon enfance
Sont un jardin assoiffé
De printemps.

Mon âge se décoiffe.
Te souviens-tu longtemps
La réunion secrète
De tes mains
Dans le chagrin
Des miennes ?

Le tablier recueillait
Les couleurs de neige
Des yeux gris
D'hiver

Te souviens-tu les débris
Réunis pour former
Notre jeunesse.

Notre âge est l'eau du désert.

Une seule minute
Dans le geste endormi
De l'amour qui tient
L'enfant aveugle
Aura suffoqué la nuit

Mes yeux déposent la rosée
Sur le front, sur les joues
Où dans la saison

Tu oubliais ton parfum

Il ne faudrait au décor
Qu'un peu de mort
Pour sembler un théâtre
A l'odeur d'enfant-âtre

Trois ans j'ai mordu
Des chansons aux reflets
De paupières renversées

Trois ans j'ai mordu
Tes mains de sureau
Et je n'ai goûté rien
De mieux que le regret
La couleur de la chaume
vague qui fait chauffer l'hiver

J'ai marché dans les rues
Où le quinquet pleurait
Des billes de lumière
Précieuses comme le feu
Du naufrageur.



Loin dans le paysage, tes doigts s'enfoncent pour faire des collines.



Oh, tu marchais toi aussi
Tu avais l'horizon pour
Te bruler les veines.

Les eaux sales de la nuit
Ont baigné tes mains
Dans l'auge d'une bouche
D'homme

Et parce qu'il te fallait un cri pour te savoir humaine, tu as marié ton corps à l'amour, et pendu ton sourcil au sortilège d'une pierre que les garçons portent sous la voix. Dans la brume défaite que le vent colporte en un message trouble, tu as choisi ton verre, ton lit, et ta liqueur. Sur le seuil de ces alcools, je suis venu poser mes lèvres, pour les tremper de cette liberté que ta grâce délaisse.

Je t'aime, je t'aime, je t'aime.

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10 juin 2011

L'oiseau sans branches, l'oiseau sans ailes, respire sous l'eau le parfum du nénuphar.

Que reste-t-il de mes amours mortes qu'un tourment aux reins, qu'un peu de parfum féminin sur les vêtements ébouriffés de plis, que reste-t-il que des photographies en couleurs, et des souvenirs sépia, de nos caresses d'alors quelles blessures durent encore et font voir leurs brûlures dans les reflets des yeux à venir. Quels prénoms à maudire, quels prénoms de prières ? Camille, Loriane, Lucie, Maude, Elodie, Gwendoline, Emma, que reste-t-il de vos pleurs quand dans la nuit j'allais vous trouver des fleurs séchées, pour vous dire de la beauté des odeurs qu'elles peuvent durer toujours si on en retient le scrupule vieillissant. Que sont devenues ces charmes que je trouvais, dans les quartiers inquiets de la nuit pour en déclamer sur nos fatigues leurs rimes de pétales froissés ? Ces parfums qui semblables au souvenir s'exhalaient toujours du corps fané qui les enfantait. Que sommes nous devenus, qu'ai-je fait de vos rires d'enfants, qui gisaient dans l'ardoise de ma nuque, que la faim de la nuit buvait comme le café d'aurore. Je me souviens mal, des danses que j'arrachais au soir, pour faire trembler vos corps, et la mousseline triste et rose qui masquait vos cous, et que je décrochais comme un appétit trop souvent rassasié. J'ai oublié vos nudités répandant leurs cruautés dans la salle sombre de nos désirs. Qu'ai-je fait de mon talent ? J'en ai fait du droit, et quelques petits fleuves d'or, j'en ai fait des amoureuses de rien et de vide, aux corps de Loriane, aux gémissements de nacre. J'ai aimé des silhouettes de ne plus distinguer les âmes qu'avec mes lèvres myopes. Qu'ai je fait de la poésie qui me servait de coeur, de foie, et filtrait du dehors les mauvaises fièvres, et la vie maussade d'habitude, traînant dans son grand manteau gris. J'ai mis à mon poignet les montres à grands cadrans qui ébruitaient la vieillesse, et assagissaient la jeunesse. Que reste-t-il de mon cri halluciné, que je poussais dans nos adieux, et qui vous nouait le coeur dans un pleur somptueux ? Il en reste un bégaiement, une peur, quand on me dit "je t'aime", quand je comprends soudain, que l'on m'aime. J'ai fait cent fois en moi les conversations que je leur attache, et chaque fois, les mots viennent dans le désordre déçu. Les gens ne valent pas mes attentions, et doucement, dans la nuit je m'endors, parce que j'ai voulu les yeux bleus, j'ai du supporter les corps bruns, blonds, les pétales et la fleur quand je ne cherchais rien qu'un parfum pour traverser l'ombre étouffante d'hiver.

J'ai agité des gestes, jusqu'aux confins de l'âme, et j'y ai vu le vide, et j'y ai vu des nuits, j'ai agité des gestes, et j'ai retenu le dernier, l'ultime, pour vous garder toutes près de moi, dans une Cour d'éternité inquiète. Je m'en vais déjà, dans le crépuscule crépitant qui depuis vingt ans est mon partage, je m'en vais dans le tonnerre de sa main prisonnière des noeuds des audaces. Je me rends dans la crête de ses vagues qui se replient dans mon être, de ne sentir plus qu'en moi le dernier frémissement des marées qui les engendre, et de se faire de mon coeur le refuge maternel. Et les vagues me murmurent dans la mort qu'elles m'abandonnent, me murmurent encore "c'est l'odeur de maman, l'odeur de chaos, l'odeur de tout ce qui semble toujours finir, et qui de la fin, puise l'énergie souterraine qui fait les lacs silencieux, et les lèvres séparées des rivières et des fleuves".

Je ne sais plus comment contribuer à l'espace de quels torsions aménager le vide de tous ces corps en recherche d'amour, et ceux-là se marient, et ceux-là ont un emploi, et je vais dans ma misère, dans le café qui fermera plus tard, dénouer les liens des mots capturés par la vie. Je viens libérer poésie, mort, et soupirs, de la catacombe où la peur les avait encloses. Je ne veux pas de la vie qu'on me promet, de la vie qu'on me décide, alors, j'ai retenu longtemps la respiration, j'ai retenu les mensonges, retenu les sortilèges, retenu les désirs, retenu les orgueils, et de les recracher un minuit de juin j'ai offert au monde le crime et l'amour dans ce liquide épais au les corps humides répètent avec moi "voilà la passion".

Je suis né de toutes les caresses de vous Emilie, Marion, Lo', M., W., Francesca, je suis les gouttes de ces sueurs que vous preniez aux corps des étrangers, je suis l'expérience panique et liquide de la passion, le résultat d'expériences chimiques dans le laboratoire de vos désirs secrets mais rutilants comme des rateliers.

J'ai peur du futur, peur de ces nuits faites à chercher un toit, peur de ne pas trouver dans mes affections assez d'espace pour ne pas pleurer, et rire avec mépris de la vie lâche que je menais. Je suis fâché avec le monde. Et dans cette chambre que tu m'offres j'écris ces mots, je déplie les pages.

Je suis libre, j'ignorais que ce rendait aussi silencieux.

10 juin 2011

Poète de vingt ans.

Poète de vingt ans

Qu'as tu fait de ton talent

J'en fait des rimes à la bouche

Des amoureuses d'antan

J'en ai fait des roses de papier

Coloré du vin de minuit

 

Poète de vingt ans

Que fais tu du futur

J'en fais des rires d'enfant

J'en fais des fleurs mauves

 

Poète de vingt ans

Tu jetais de tes cris

Au temps le défi

De passer plus vif

Pour décoiffer le laurier

Que tu volais aux ombres

 

Poète de vingt ans

Par le temps assassiné

Je te laisse mes vers

Mes poèmes, et mes chants

Pour te faire dans la nuit

Qui est pour toujours ton refuge

Une berceuse qui durera toujours.

 

Poète de vingt ans
Qui s'éteint
Dans la flamme
Où brûle
Le jour.

 

5 juin 2011

Chez les Yézidis.

Quand l'insomnie se fait tendre et longue, que la nuit étend son ramage jusqu'au bosquet de ma fatigue, il me souvient qu'à Paris, je n'aurai à dormir nulle part ailleurs que sous des ponts. Il fait doux assez, et je ne mendie jamais rien. Ma fierté, ce sang Kabyle qui fait bouillir mes veines dans l'odeur âcre de l'enfer m'interdit les demandes. J'ai violemment tiré mon corps hors de chez Maude parce qu'elle exigeait à ma présence des étreintes polies dont j'étais incapable d'être le parent. Je n'irai pas chez les hystériques groupies. De ne pas vouloir me mettre à gueuser me fait du même temps interdire des amis, des amours, le secours attendu. Je dissimule à ceux qui pourraient me prêter un lit, une chaleur, un recoin ma condition, et je refuse de ceux parce qu'elles ont des sexes de femmes agités de prurit, la tendresse. Je quitte l'Irak dans des vêtements de prince, de grâce, et de beauté pour venir ici dans la loque du mendiant, du sans domicile, de l'avorté du plaisir.

Paris, m'attend, avec les bancs de ses parcs clôturés. Je laisserai mes affaires dans une consigne comme dans les temps d'avant, j'irai boire ce qu'il me reste d'infortune dans du vin tiré à minuit, je pourrai pleurer dans mes cahiers orange, en écrivant aux filles de mes souvenirs "c'est que j'ai cru que je pourrais vous aimer toujours".
Paris m'attend, et pour retrouver son ciel, je lèverai ma tête sous la chapelle ardente d'une nuit torturée. Ma chance s'est passée. J'ai presque froid.

27 mai 2011

Bagdad, première semaine.

Le soleil est devant la porte d'entrée. Il ne fait pas assez froid pour écrire dans mon haleine le prénom des amoureuses qui enlacent leurs amoureux à Paris, alors, dans le sable, sur les lignes obscures des cahiers, je trace vos prénoms de saintes. Toute la cosmogonie de vos yeux bleus qui pour m'avoir ému un jour, un mois, ont impregné leur odeur de chamaille dans le torrent de ma vie. Pour toujours je vous aime, de vous avoir enduré dans ma poitrine. Vous que j'eus dans mes étreintes, et vous qui vous y dérobèrent. Vous qui eûtes déjà des mariages en loques dans les mains, et vous dans votre solitude. A toutes je dédie mon voyage, à toutes je dédie ce qui me reste de vie à imbiber de poèmes. Je vous aime, et une dont je ne dirai rien du prénom, bien plus que les autres.

Je n'écrirai pas souvent ici, le temps a la mâchoire brisé, et je suis là pour en réparer les rouages muets. La nuit n'a jamais la longueur qu'on veut. Je me soigne de ce que la vie m'a fait, de ces choses sur mon corps qui forment des chemins de ronces où les doigts des filles se font toujours prendre. On m'a trop abimé, je l'ai déjà écrit cent fois, et la tête à peine hors des roses, les membres joints sur la chapelle des désespérés, je prie que toute ce crépuscule dans moi finisse par un matin mouillé. Je suis arrivé en Irak dans la nuit de lundi. Tout est silencieux à Bagdad quand passent les convois militaires dans le rythme liturgique de leurs chaussons cadenassés. Je me sens comme la nuit d'être ainsi sous l'ombre des fusils, comme la nuit qui traîne sous son pas excusé le silence des villes et le blottit sur les toits bas des maisons ouvertes. J'ai eu peu l'occasion de parler avec mon escorte, malgré mon goût de la conversation et de la rime amusée, leurs bouches ne servent qu'à manger et jurer. Mes mots ricochent contre les drapeaux. Les attentats sont réguliers, ils ponctuent les semaines mais n'atteignent pas les tranchées occidentales, notre "green zone". Derrière nos murs fortifiés, nos portes blindées, nos caméras infrarouges, nos jeeps tous-terrains nous ne risquons pas d'être tués, nous avons la garde d'un remblais d'adjectifs. A l'intérieur, partout sont des checkpoints. Le pays est très beau, pourtant, hors des barbelés, le jour. Nous avons déjà eu la chance de nous rendre au Kurdistan Irakien où Quentin a fait de merveilleuses photos.
J'aimerais rapporter plusieurs objets de cette expédition, j'en ramènerai au moins le souvenir d'une journaliste américaine avec laquelle je passe la plupart de mon temps hors de nos missions respectives, brillante docteur ès lettres à Paris IV, et amoureuse de Jean Genet (oui ses yeux sont "plein d'azur et d'étoiles", oui elle a la nuque que voilent des mèches blondes). Si je ne m'étais pas juré, depuis que je n'aime plus rien que des fantômes et donc des astres, de ne plus être dans les limbes d'une fille, j'épouserais cette Emma dans quelque chapelle faite de poutres, de désert et de nos silences. Hier soir, nous vécûmes notre première étrangeté intime, mon premier mutisme bouleversé. Parce que je n'ai pas pu l'embrasser même quand elle jetait suppliante ses lèvres tout en face des mes manies de poète, quand le silence est venu, qu'il fallait désormais trouver à nos bouches un autre usage que le verbe humide de matin. C'est un épisode commun de mon carnage depuis quelques mots de ne plus pouvoir me frotter à une existence réelle. J'ai abandonné une Elodie sur les bords d'un lac, parce que son geste était débordé de vulgarités ordinaires. Je suis prisonnier de ces muses célestes, de ma gestuelle rimée, je suis fidèle à mes amoureuses douleurs, toutes ces formes humaines que j'ai faites des personnages, je les chéris à l'exclusion de tous les corps humains, je ne recèle rien, c'est le tribut que j'accepte de payer à la poésie. Ma virilité est une force sacrifiée à la poésie, j'y consacre toute l'énergie à écrire. Plus jamais. Lucie dirait que c'est depuis que j'ai refusé le bonheur dans les draps de Sarah, Camille dirait que c'est depuis que j'ai réduite D. en poudre de mots sans jamais mettre en fonction l'usage organique d'un désir, Loriane me dirait c'est depuis mon cri d'adieu dans Grenoble, que mes impossibles stupeurs viennent de si loin, si loin que le prénom est celui de Margot, Lara, remuerait plus de terre encore de ma poitrine dénudée et me souviendrait les pleurs de Marion sur la courbe de Wendy, et moi, moi je suis plein de berges bouillantes sans contenir ce sang, ce geste, ce désir entre les digues plus prosaïques du désir et je ne peux pas embrasser Emma, je ne peux pas la caresser autrement qu'avec des lettres, j'aurais autremement la sensation de violer un interdit, de réciter le sortilège dangereux qui plonge l'âme dans le gouffre d'une certitude. Pour ne pas laisser voir cette impuissance neuve qui me couvre, j'ai joué d'un jeu que ma mèche brune de poète justifie et grandit, j'écris les mots des actions que son corps attend sur des papillons adhésifs, et je les lui colle sur les lèvres, sur l'abdomen, sur les seins. Là, j'ai mis "bouche", là "mains". "Je t'aime avec la pointe des mots".

De la grande histoire de la Mésopotamie il reste de la poussière, je ne sais pas si l'on peut reconnaître la grandeur passée d'une civilisation à la quantité de poussière de ses rues, de ses déserts, si c'est le cas, l'Irak est une grande civilisation dont témoignent ses poumons de cendres.

Je fréquente aussi quelques militaires. J'écoutais hier soir, un jeune capitaine me raconter son évasion d'un camp d'insurgés. Revenu à Bagdad après avoir serpenté dans le désert et la soif, il souffre de platitudes et regrette l'aventure. Il a peur que la guerre cesse, de revenir aux bruits des automobiles sur le bitume, à l'ordinaire de sa Californie. Tout est fini, quand il voit la caserne se vider, quand il entend le pas des pelotons qu'on ne relève pas. Le sommeil de la guerre. Le problème se pose plus loin que pour ces soldats sans destin, sans futur, elle se pose pour toute une jeunesse qui, ne se doutant pas qu'il existe des guerres internes, des prisons internes, des évasions internes, des dangers mortels et des supplices intimes, qui, ne sachant pas ce qu'est vivre, n'en a qu'une idée accidentelle et ne croit plus vivre puisque les circonstances ne lui en offrent plus les moyens. Ce sont tous ces gens qui vivent leurs relations sans cruauté, sans passion, mais parce que parfois une joie les saisit, une douleur les morfond, parce que dans un restaurant, dans un magazine, parce qu'au milieu d'une foule, ils se sentent tendus vers ce corps qu'ils disent celui du "petit-ami", parce qu'ils se sont habitués à ce froid de l'existence se croient des fièvres dans la tiédeur d'une caresse morte. Ce sont tous ces gens qui confondent vivre, avec des parodies de faire, d'agir et n'ont de vivre qu'un fragment brisé, un reste de fresques dans la langue incomprise des premièes audaces latins. Ces militaires sont pareils aux jeunes gens de partout. C'est une vie menée sans être précieux, précieux comme les émeraudes qui brillent dans ma chair tourmentée, dans les orbites troubles des filles aux yeux bleus. Ma solitude n'est pas d'ailleurs, elle est d'ici, de ne pouvoir me mêler qu'à des matinées grises. Ces gens là, ont le bonheur éduqué, et comme les militaires qui craignent la fin des guerres, ils craignent le chômage, ils ont besoin d'agir pratiquement sur le corps qui les supporte, et qui loin de les contenir est lui-même le contenu. Si je penche la tête vers la tache d'or de la lune, percée par les aiguilles du vent, je raconte comment j'aime moi, quels tumultes je fais naître, avec quelles chaleurs je fais fondre les poutres métalliques qui sont le barrage de tous les corps pour les faire enfin un coeur, un cri, un être. Je suis différent, et tous les pays du monde me souviennent cette certitude : je sais aimer.

J'ai pu parler aussi avec une religieuse. Les femmes qui ne prient pas les morts la révoltent. Le moindre confort la choque. Une femme élégante lui est une insulte. Elle me reproche de fréquenter Emma, cette journaliste aux yeux clairs, aux mains douces. Elle, ne se doute pas que c'est l'instinct maternel qui la manoeuvre et qu'elle en fait une autre dépense, faute d'être mariée et d'avoir des enfants.
J'ai longtemps pensé que la guerre était une chose de poète que les militaires et les politiques avaient solicité pour la souiller en s'en saisissant. Par goût de la formule, évidemment. Ici, je vois par quoi une guerre est néfaste si elle ne tue pas. Elle communique aux uns une énergie étrangère à leurs ressources, aux autres elle permet ce que les lois défendent et les forme aux chemins de traverse. Elle exalte artificiellement l'ingéniosité, la pitié, l'audace. Toute cette jeunesse s'y croit sublime et retombe lorsqu'il faut tirer de soi un destin qui échappe aux commandements martiaux. Ce sont comme des jeunes gens de l'Université, ils y ressemblent par certains angles, quand l'alcool est fort, et que la nuit est basse.
J'écris beaucoup ici, je donne chair à ces mots que je laissais à l'abandon, dans leurs corps de verre à Paris. J'ai toute une quantité de sang mêlée de poussière pour fabriquer des personnages, c'est plus que Dieu n'avait pour former Adam. Je peux fréquenter, pendant les cours de Quentin, des irakiens méfiants. Ils ont tous mille fois plus de talent que ces gens que je m'obstine à accoquiner dans notre monde civilisé, ceux-là près de qui j'apprends à faire ma place. Revenir à Paris sera difficile, retrouver la grande gestuelle de nos artistes ici dont le premier des prestiges est de prétendre. Qui s'inquiètent dès lors que le flot des mécenats se tarit, qui se nouent autour du ventre de la tragédie pour se dire des créateurs mais n'ont rien de dangereux, de menacés dans eux, rien de vivant. La surprise de ces exilés du drame serait grande s'ils découvraient que les épisodes tragiques dont l'interruption les laisse au bord du vide, ce vide en est peuplé comme eux-mêmes. Qu'il suffirait de descendre en eux et d'en faire les frais au-dedans au lieu de les faire au-dehors. De se montrer, de passer son énergie sur des feuillets bavards, dans les bras des filles idiotes. J'ai fêté mes vingt-et-un ans à Londres, et depuis j'abîme ce qui reste de vingt ans en Irak, à Kirkouk, bientôt, pour le sacrifice de mes mollets feux. Mes muscles commencent à saillir, le médecin est admiratif de ma constitution physique, et s'inquiète de me voir si vite m'adapter aux exigences métaboliques d'ici. Je sais me fondre partout, et c'est étrange, de passer mes mains sur mon torse, et d'y senti partout des aspérités nouvelles, des rigidités abdominales.
La guerre n'éclaire pas sur les moyens de s'employer ensuite à son propre compte, elle n'est pas une académie, mais un camp de dressage. Elle présente un prétexte à vivre tout comme à sa façon la société de consommation et la véritable vie leur apparait, ensuite, comme une mort. Cette vie que je mène. Je suis content d'avoir délaissé l'Université, et je suis triste d'arriver dans un chenil.
Si j'écris ces mots, si je mêle dans la même boue le militaire, l'artiste parisien l'Irak, les femmes de ma vie, c'est en ce qu'ils sont identiques. Toute leur vie est dirigée vers l'extérieur, à forer des puits audacieux, creux.

Je plonge dans les eaux de la vérité, noires mêmes elles ne m'effraient pas. Je crois que mourir en musique me serait une très belle fin, un très beau moment. J'ai des envies de ballets russe.

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27 mai 2011

Bagdad, première semaine.

Je n'écrirai pas souvent ici, le temps a la mâchoire brisé, et je suis là pour en réparer les rouages muets. Je suis arrivé en Irak dans la nuit de lundi. Tout est silencieux à Bagdad quand passent les convois militaires. Je me sens un peu comme la nuit en étant dans l'ombre des fusils, qui traîne sous mon pas excusé le silence des villes. J'ai eu peu l'occasion de parler avec mon escorte, malgré mon goût de la conversation et de la rime amusée, leurs bouches ne servent qu'à manger et jurer C'est un peu triste. Les attentats sont réguliers, ils ponctuent les semaines mais n'atteignent pas les tranchées des occidentaux. Derrière nos murs fortifiés, nos portes blindées, nos caméras, nos jeeps nous ne risquons pas d'être tués. A l'intérieur, partout sont des checkpoints. Le pays est très beau. Nous avons déjà eu la chance de nous rendre au Kurdistan Irakien où Quentin a fait de merveilleuses photos J'aimerais rapporter plusieurs objets de cette expédition, j'en ramènerai au moins le souvenir d'une journaliste américaine avec laquelle je passe la plupart de mon temps hors de nos missions respectives, brillante docteur ès lettres à Paris IV, et amoureuse de Jean Genet (oui ses yeux sont "plein d'azur et d'étoiles", oui elle a la nuque que voilent des mèches blondes). Si je ne m'étais pas juré, depuis que je n'aime plus rien que des fantômes et donc des astres, de ne plus être dans les limbes d'une fille, j'épouserai cette Emma dans quelque chapelle faite de poutres et de désert. Hier soir, nous vécûmes notre première étrangeté. Parce que je n'ai pas pu l'embrasse même quand elle jetait suppliante ses lèvres. C'est un épisode commun de mon carnage de ne plus pouvoir me frotter à une existence réelle. Je suis prisonnier de ces muses célestes, je suis fidèle à mes amoureuses douleus. Camille dirait que c'est depuis que j'ai réduite D. en poudre de mots, Loriane me dirait c'est depuis mon cri d'adieu dans Grenoble, que mes impossibles stupeurs viennent de si loin, si loin que le prénom est celui de Margot, Lara, irait plus loin dans le passé et me souviendrait le rire de Marion, et moi, moi je suis plein de berges bouillantes mais je ne peux pas embrasser Emma, je ne peux pas la caresser autrement qu'avec des lettres. Pour ne pas paraitre de cette impuissance neuve qui me couvre, j'ai joué un jeu, drôle, j'écris les mots des actions supposées survenir sur des post it, et je les lui colle sur les lèvres, sur l'abdomen. "Je t'aime jusqu'à la pointe des mots".

De la grande histoire de la Mésopotamie il reste de la poussière, je ne sais pas si l'on peut reconnaître la grandeur passée d'une civilisation à la quantité de poussière de ses rues, de ses déserts, si c'est le cas, l'Irak est une grande civilisation dont témoignent ses poumons de cendres.

Je fréquente aussi quelques militaires. J'écoutais hier soir, un jeune capitaine me raconter son évasion d'un camp d'insurgés. Revenu à Bagdad après avoir serpenté dans le désert et la soif, il souffre de platitudes et regrette l'aventure. Il a peur que la guerre cesse, de revenir aux bruits des automobiles sur le bitume, à l'ordinaire de sa Californie. Tout est fini. Le problème se pose pour toute une jeunesse qui, ne se doutant pas qu'il existe des guerres internes, des prisons internes, des évasions internes, des dangers mortels et des supplices intimes, qui, ne sachant pas ce qu'est vivre, n'en a qu'une idée accidentelle et ne croit plus vivre puisque les circonstances ne lui en offrent plus les moyens. Ce sont tous ces gens qui vivent leurs relations sans cruauté, sans passion, mais parce que parfois une joie les saisit, une douleur les morfond, parce que dans un restaurant, dans un magazine, parce qu'au milieu d'une foule, ils se sentent tendus vers ce corps, parce qu'ils se sont habitués à ce froid de l'existence se croient des fièvres dans la tiédeur d'une caresse. Ce sont tous ces gens qui confondent vivre, avec des parodies de faire, d'agir et n'ont de vivre qu'un fragment brisé, un reste de fresques dans la langue incomprise des premièes audaces. Ces militaires sont pareils aux jeunes gens de France.

J'ai pu parler aussi avec une religieuse. Les femmes qui ne prient pas les morts la révoltent. Le moindre confort la choque. Une femme élégante lui est une insulte. Elle me reproche de fréquenter Emma, cette journaliste aux yeux clairs, aux mains douces. Elle, ne se doute pas que c'est l'instinct maternel qui la manoeuvre et qu'elle en fait une autre dépense, faute d'être mariée et d'avoir des enfants.
J'ai longtemps pensé que la guerre était une chose de poète que les militaires et les politiques avaient solicité pour la souiller en s'en saisissant. Par goût de la formule, évidemment. Ici, je vois par quoi une guerre est néfaste si elle ne tue pas. Elle communique aux uns une énergie étrangère à leurs ressources, aux autres elle permet ce que les lois défendent et les forme aux chemins de traverse. Elle exalte artificiellement l'ingéniosité, la pitié, l'audace. Toute cette jeunesse s'y croit sublime et retombe lorsqu'il faut tirer de soi un destin qui échappe aux commandements martiaux. Ce sont comme des jeunes gens de l'Université, ils y ressemblent par certains angles, quand l'alcool est fort, et que la nuit est basse.
J'écris beaucoup ici, je donne chair à ces mots que je laissais à l'abandon, dans leurs corps de verre à Paris. J'ai toute une quantité de sang mêlée de poussière pour fabriquer des personnages, c'est plus que Dieu n'avait pour former Adam. Je peux fréquenter, pendant les cours de Quentin, des irakiens méfiants. Ils ont tous mille fois plus de talent que ces gens que je m'obstine à accoquiner dans notre monde civilisé, ceux-là près de qui j'apprends à faire ma place. Revenir à Paris sera difficile, retrouver la grande gestuelle de nos artistes ici dont le premier des prestiges est de prétendre. Qui s'inquiètent dès lors que le flot des mécenats se tarit, qui se nouent autour du ventre de la tragédie pour se dire des créateurs mais n'ont rien de dangereux, de menacés dans eux, rien de vivant. La surprise de ces exilés du drame serait grande s'ils découvraient que les épisodes tragiques dont l'interruption les laisse au bord du vide, ce vide en est peuplé comme eux-mêmes. Qu'il suffirait de descendre en eux et d'en faire les frais au-dedans au lieu de les faire au-dehors. De se montrer, de passer son énergie sur des feuillets bavards, dans les bras des filles idiotes. J'ai fêté mes vingt-et-un ans à Londres, et depuis j'abîme ce qui reste de vingt ans en Irak, à Kirkouk, bientôt, pour le sacrifice de mes mollets feux. Mes muscles commencent à saillir, le médecin est admiratif de ma constitution physique, et s'inquiète de me voir si vite m'adapter aux exigences métaboliques d'ici. Je sais me fondre partout, et c'est étrange, de passer mes mains sur mon torse, et d'y senti partout des aspérités nouvelles, des rigidités abdominales.
La guerre n'éclaire pas sur les moyens de s'employer ensuite à son propre compte, elle n'est pas une académie, mais un camp de dressage. Elle présente un prétexte à vivre tout comme à sa façon la société de consommation et la véritable vie leur apparait, ensuite, comme une mort. Cette vie que je mène. Je suis content d'avoir délaissé l'Université, et je suis triste d'arriver dans un chenil.
Si j'écris ces mots, si je mêle dans la même boue le militaire, l'artiste parisien l'Irak, les femmes de ma vie, c'est en ce qu'ils sont identiques. Toute leur vie est dirigée vers l'extérieur, à forer des puits audacieux, creux.

Je plonge dans les eaux de la vérité, noires mêmes elles ne m'effraient pas. Je crois que mourir en musique me serait une très belle fin, un très beau moment, un dernier ballet.

27 avril 2011

Manifeste de la déchirure - Je fais des lauriers mon dîner.

 

Ce que je suis, ce que nous sommes nombreux à être, c'est d'être des déchirés. Nous sommes les fracturés de cette modernité, et si la sociologie commençait par nous inclure dans la même représentation que ces êtres distribués en deux existences conflictuelles d'avoir reçu une éducation secondaire mordant méchamment dans la socialisation primaire, eux décrits comme scindés en deux être complets, qui n'ont rien à voir entre eux qu'habiter le même corps : celui-la social (participant des études et de l'emploi) ; et celui la familial. Où les deux mondes ne se répondent plus dans la même langue, ne se vêtent pas du même tissu, perdent leurs accents comme des dents de laits, entendent et répètent des hymnes et des normes distincts, celui qui rassemble dans lui cette antinomie doit amorcer ce mouvement dialectique particulier, celui du fou. Il contient le maitre et il contient l'esclave selon le contexte d'emploi du corps qui les recouvre.

Encore, il paraît un truisme d'aller répétant que l'on ne peut jamais se détacher tout entier de son éducation, et plus justement de « ses éducations », nous ne recevons jamais une éducation cohérente, toute éducation, parce qu'elle est contrainte, « je suis éduqué malgré moi » disait Foucault, entraine une violence, et toute violence crée son traumatisme et sa névrose. Mon éducation me marque, je peux résorber les ecchymoses, maquiller les souvenirs, j'en conserve en dépit de mes efforts les conséquences, à commencer par la première « moi ». Ces individus là, donc, sont en guerre entre deux existences, guerre lente, guerre de tranchées, guerre froide, guerre de tous les épithètes, mais guerre totale.

 

Ces deux blocs qui sont réunis pour s'affronter sur un champ plus étroit dans le corps déjà décrit, ces deux façons c'est à dire les dominés et les dominants s'opposent en tout ce qu'ils sont des « formes », ne développent de commun rien parce qu'ils ne sont pas dotés des mêmes facultés, de la même capacité à croître dans un sens déterminé. C'est du même sac de graine, de la souche identique qu'ils sont pourtant. Leurs apparitions réelles sont toutes distinctes et reconnaissables, cependant ces deux cercles qui font l'étirement, la tension de « l'héritier méritocratique », prennent naissance depuis un limon commun, une inspiration unique. Celle-là qui joint le « bien », le « juste » au « pouvoir » et donc au posséder. Il s'agit pour eux, chez eux, de faire correspondre sa capacité, son adaptabilité, sa souplesse à la concrétisation de ce but : « avoir ». La tension n'est jamais étudiée en ce qu'elle peut être un refus général, massif, de cet accomplissement de l'avoir. Il est toujours admis comme un préalable, parce que chez ces tuméfiés l'éducation primaire n'infirme pas ce but : « être riche », elle constate, chez les « pauvres », ne pas y être parvenu. Le code socail qu'ils transmettent, est un code lacunaire, qu'ils complètent, ce sont ces ajouts, ces « préjugés » qui, potentiellement, entrent en conflit avec l'éducation secondaire celle qui doit permettre d'être riche. Celle dont on a, exagérément, déterminé qu'elle était condition de réalisation de l'objectif social. S'il y a bien une inspiration commune, une aspiration commune entre ces deux « strates » sociales, les manifestations pratiques en sont différentes, et celui qui vient de la plus basse pour atteindre la plus haute (telle que considérée dans cette forme hiérarchique) est occupé du basalte d'en bas, doit feindre partout, parce qu'il est devenu une complexité inattendue. C'est une existence contrariée.

 

Si je dis, nous sommes des déchirés, c'est pour n'être pas embrassés par ces lèvres là d'écartelés, pour ne pas avoir à me rassembler dans ces autres qui ne sont pas moi, qui ne sont pas nous, ceux de mon espèce, de mon genre (genre qui n'est pas performatif, qui est descriptif).

Nous ne sommes pas de cette extraction, de cette sorte d'adversité, s'il arrive que nous soyons en conflit avec le cercle familial de ne partager aucune des idées qu'il déploie, ce n'est pas de là que nous tenons notre blessure invincible, cette déchirure qui est notre partage.

 

Nous sommes des déchirés d'être apatrides. Ceux là ont deux pays, qui se confrontent, qui se refusent et se rejettent, et nous ne sommes d'aucun à confondre. Voilà, nos intelligences ne peuvent pas se mettre au service de l'ambition commune, normée, calculée et protégée par des lois, des ordres et des hiérarchies, nous sommes des déchirés parce que nos pas n'ont pas d'empressement à se calfeutrer dans des habitudes hygiéniques, parce que nous aimons à ralentir nos marches jusqu'à faire du mouvement sa propre fin – tout comme la danse – sans qu'il ne soit plus véhicule d'une intention sordide, d'un moyen d'ordinaire pour se rendre en un lieu déterminé, nous réconcilions dans notre déchirure, par le sang caillé, fatigué qui fait brûler nos veines comme du caramel, la contemplation et la modernité. Nous aimons à vivre autrement que comme l'on nous commande, nous sommes des déchirés, parce que nous disposons des facultés objectives pour être des puissants, ou pour au moins pencher du côté des dominants, mais que nous nous dérobons à cette obligation, à ce destin forgé par des mains étranges, étatiques, lépreuses. Nous ne savons pas obéir, parce que nous ne comprenons pas les raisons profondes qui nous y commanderaient et devinons les seules qui nous indignent, dans nos nappes phréatiques, dans nos hymnes souterrains, dans le secret de nos motifs particuliers, nous chantons, nous écrivons, nous rions, nous avons des feuillages qui scrutent et filtrent l'ombre, nous avons nos douleurs que psalmodient le long des murs vierges nos gestes, nous avons des bibliothèques dont nous tournons, avec l'avidité d'un banquier ses créances, toutes les pages. Nos iris sont fragiles, et ne supportent la lumière que naturelle, précaire, dans la nuit nous fuyons les brumes fausses, les reflets électriques qui pataugent dans les verbes mous, nous abandonnons ces lieux où nous crûmes trouver un pays, où nous ne reconnûmes qu'un désert surpeuplé, perdant même sa seule vertu. Nous avons pour nous nos aspirations propres, singulières, nous avons les fleurs à respirer, les champs à semer, la faim à oublier, l'amour à suffoquer et surtout, surtout la vie à épuiser partout où elle se trouvera, et ce n'est certainement pas attaché à la menotte en plastique d'un bureau, aux vociférations d'un supérieur, aux formules comptables d'un argent à venir, aux montages fiscaux que nous trouverons nos subsistances. Notre bonheur n'est pas dans le travail, il ne réconcilie rien, et plutôt que nous découvrir des passages forcenés, il recouvre de sa ténèbre l'existence, il n'est même plus une peau satisfaisante à exhiber, un paraître suffisant pour en supporter l'agression. Voilà un vêtement laid qui gratte et que l'on nous vend à prix prédateur. Le travail, le travail salarié s'entend, le travail absurde, trop long, obsédant, obstiné, n'est plus rien. Pas même une hantise, pas même une crainte, l'objet des mépris. Voilà le travail, si vous pouvez encore le voir dessous nos crachats constellés. Nous sommes des déchirés, de pouvoir nous mélanger partout, sans nous reconnaître dans aucune fonction officielle, dans aucun acte pré-rédigé, de n'être reconduit dans aucun procès-verbal. Nos existences sont imprévisibles ; nous n'avons rien à avouer. Si des lois nous jugent coupables, c'est que ce sont de mauvaises lois parce que nous sommes innocents, nous ne pouvons être qu'innocents. J'ai écrit « nous commettons le crime que nul n'ose plus commettre, devenu crime par désaffectation, vivre ». Nous sommes insusceptibles d'être de ces « éléments productifs » nous refusons de négliger nos sensibilités, mutiler nos membres fébriles, gangrénés de génie, pour nous assurer des orgueils de confort, pour nous plonger dans ce bain de sénescence.

Nous avons des âmes d'artistes et plus rarement hélas le talent qui leur va, qui les coiffe, et permet à cette fièvre sauvage, ruisselante au dedans de nous, de faire durer nos écorces.

 

Nous sommes les déchirés qui ne refusons pas la modernité , soit le monde, mais les hommes qu'elle dessine. Nos souhaits ne s'éternuent que tard, et au dehors de nos sommeils rares, nous pouvons nous exclamer plutôt que : « j'ai bien dormi » « j'ai bien vécu ».

 

Nous sommes des déchirés parce que mus par une ambition plus grande, plus impérieuse que celle d'être riche : être libre.

 

21 avril 2011

"Où etes vous"

quand je reçois le mail de mon supérieur, auquel je ne réponds pas, qui m'interroge sur ma localisation géographique, me prends l'envie d'y rétorquer sous un joli tour "Là où vous n'irez jamais, là où vous n'avez pas été, dans la vie, sous le soleil, dans les promenades, dans le tard, et l'absence de peur, je suis dans tous ces endroits que vous avez caché, voilé, privé, je vous sais vous êtes un geôlier, comme D., comme tous les autres, vous gardez les cellules bienétroites du monde."

 

 

20 avril 2011

Statistiques : autre

- A quoi tu joues - A etre vivant. Je reprends la vie famélique entreposée dans les voyages. Dans les fêtes. Dans la foule. Je reprEnds la vie maigre, fragile que je cédais pour quelques joies douces. J'ai épuisé ce qui glosait ici. J'attends autre chose, plus loin, plus dangereux. Je n'ai pas besoin de courage pour retourner à mon esclavagisme ; j'avais besoin de courage seulement pour m'en départir.
30 mars 2011

Les mensonges de l'aube

« Seul peut devenir un homme, celui Qui est orphelin de coeur et de corps, Qui sait que la vie déposée en lui Est un simple supplément à la mort » Attila Joszef Je suis l’annonce des saisons, le printemps, et tu t’en vas, au loin, dans la toiture dorée et repentante de tes cheveux. Les astres parfois se penchent et oublient de se relever. Leurs poitrines brûlent, on appelle le matin la crémation des dieux ; la nuit la moisson de leurs cendres. Hier soir je t'ai aimée, puis je me suis giflé, c'est horrible, c'est comme une évidence qui nous passe sous le nez, c’est trop ordinaire, trop facile, d’aimer avec des songes les prénoms vivants. Je ne peux pas me mettre dans le danger ordinaire. Dans le danger d'usage. Je ne peux pas me fondre avec les mains. Je ne peux pas essayer. Quand mes yeux regardent la nuit qui gazouille dans les plantes je me dis : je serai allergique à l'humidité. Partout où il y aura de l’eau j’inventerai un désert. Partout où les éléments mouilleront, il y aura un cri. Le cri d'une femme peut-être. J'avais 6 ans. Je suis tombé dans l'eau. Je ne savais plus en ressortir. Maintenant que je vérifie les gorges des filles, je vois cette même humidité qui glousse. J’ai passé souvent des journées sans lumière. La nuit mange dans ma main. J’ai écrit une lettre, elle est dans ma poche, elle tressaute à chaque pas, c’est un petit monstre. Cette lettre, est écrite au stylo bleu, illisible. Elle a des mots petits, qui caressent la nuque, et mordent derrière les oreilles. Quand on me pose une question, j’aime répondre en dansant, avec des gestes, dans le langage bruyant du corps condensé. La vapeur du sens. Quand je m’exprime, je suis un enfant dans une écriture d’adulte. C’est ma réponse, il se pourrait bien que mes gestes crachent des cratères de lune, il se peut bien que ça se fonde avec la lumière. A cinq ans, je ne savais pas que la littérature existait, je ne savais que les femmes en pierre des montagnes, je savais Gouraya et ses flancs de granit, ses cheveux de vagues. Je ne savais pas que des hommes se cherchaient un endroit où naître ; une terre à accaparer. Je croyais que ma Montagne, c’était le monde entier. La littérature est un insecte qui me chatouille la gorge, qui ricoche dans mon palais, qui éclate en parfums, c’est un peu comme le serpent de ta langue qui se gonfle de soleil. Ton souffle, je l’entends jusque dans mes frissons. Il se frotte à mes oreilles, il y fait des étincelles. Je sens que je supporte mal les voix nocturnes, ce brouhaha de paroles étrangères. Quand je dis « j’entends des voix » je veux dire je n’entends pas des propos, je distingue un fracas, un mélange de paroles humaines où les tiennes se glissent parfois. J’entends ta voix à l’intérieur de moi, pour les choses de toi, j’ai fait des cellules. J’ai peint les fenêtres avec des chants d’oiseau, des hymnes de révolution, j’ai dessiné une porte. Quand tu vis en moi, il y a une bouche qui s’éventre, une bouche qui ne parle que d’infini. Mon imagination est une garce. Et je ne la contrôle pas. Dans mes rêves tu joues avec du feu, et tu me dis « C’est une partie de ton corps, le feu ». Je ne ressens pas la brûlure. Tout me retient. Le bruit d'un crayon de bois qui grince sur la feuille de tes songes. La voix de dragées des enseignants. Les ongles mordus des étudiants. Quand tu es proche de moi, j’entends le mouvement de tes cheveux, ce coquillage qui grince. Ton rire. Le pied qui se cogne frénétiquement à la chaise. Mon visage qui prend l’eau. Tout retient mon attention. Il faut qu'elle soit retenue. Qu'elle ne se sente surtout pas libre. Désastre. Dans cette odeur d'haleine fatiguée, la vie a la couleur du zinc. J’effondre ton souffle dans mon regard suppliant Je n'y suis jamais allé, tout entier dans le sommeil. Mais il faut bien se préparer. Depuis quelques temps on me dit que ça approche. J’essaie d'oublier dans les accords des violons de Francfort. J’essaie d’écrire dans les fenêtres allumées des maisons en pleine nuit. J’essaie de parfumer dans la peau gluante des nuages. J’essaie de coiffer dans tes cheveux inconnus qui chatouillent mes pensées. J’essaie d'apercevoir tous les prétextes de l’écrire. J’essaie de perdre dans les doigts penseur des hommes. J’essaie d'échapper dans le bruit du papier peint que l'on arrache. J’essaie d'aimer dans le reflet de ma poitrine sur le carrelage blanc de la salle de bain. J’essaie d'essayer dans ces détours milles fois traversés et maintes fois dévorés. J’essaie d'oublier. Partout et nulle part. Je ne te connais pas. Ton visage est une autre langue. Ma voix crie "je suis libre", mon menton qui pend sur mon visage, mes yeux de tristesse joyeuse, tes pommettes de musicienne fanée : ton sourire peint, et tes mains qui fuient comme la lumière blanche des sorties de secours. Je ne connais plus rien. J’essaie d'oublier ton ombre qui danse sur la mienne. Je ne connais plus mes repères. Je ne sais plus la place de mon bouquet de tournesol sur le bureau. Je ne connais plus la couleur de ma chambre. Ton odeur de village quand tu reviens du ski, mouillée et heureuse. L'odeur de ma peau après la douche, et la forme de ma bouche quand je me vois partir dans le miroir. J’oublie, les premières paroles, les premiers mots. J’oublie, les cahiers de mes chagrins. A la première détresse, j’ai écrit « ça fait aussi mal la mort ». J'oublie la présence de tes yeux dans cette cour grise et ambre qu’est Paris. J'oublie ton sourire gêné quand je te dis que je sais, et que je ne comprends pas. Que l’écriture trace une frontière invisible, une ligne infranchissable. Les états. Le lecteur ; l’auteur. Ca ne peut pas se toucher. Ca ne peut pas s’attacher. J'oublie ton regard quand j’évite le tien. J'oublie la peau veloutée de ta main, quand elle tremble dans la mienne. J'oublie les dents qui mordent de tes yeux monomanes, j'oublie que je suis sauvage. J'oublie la moitié de mon corps dans les regards de la vie. J'oublie la violence de mes haines. J'oublie le dos vouté de mon écriture qui nettoie la nuit avec tes larmes d’amoureuse déçue. Je pense à mon sourire salé et sage le matin quand je laisse le passage à la joie. J'oublie mes doigts qui tremblent quand tu me frôles, et mes gestes de fille ratée, quand je marche le pied bot. J'oublie les mots que je n’ai pas dit. J'oublie les peurs quand je brûle une lettre, parce que c’est comme si c’était moi. Le brasier intérieur. J’oublie que je ne tends plus mon corps, je tends mes mots, « c’est comme si c’était moi ». J’oublie mes lèvres de papier, mes pupilles de marge, j’oublie mon teint blanc et mauve. Je ne suis jamais allé à l’enterrement, mais il faut bien se préparer à mourir, alors j’apprendrai à dormir. Pour tout oublier. Jusqu’au bout, ton sourire qui étouffe l’air autour de toi, ton sourire, c’est toute ma joie.
26 mars 2011

La nuit baisse son pantalon, on y voit rien, il fait trop noir.

 

Tu sais la nuit a la même caractéristique que la vie, on s'y ennuie si on y contrôle tout. Dans la nuit,contrôler, ça veut dire mettre de la lumière dans tous les recoins, doubler l'ombre des chênes d'un lampadaire naïf. Moi je préfère, quand je reviens de mes promenades, imaginer que ce chat au pelage strié de rêves, c'est toi qui court, jusqu'à t'essouffler. La poitrine haute, gonflée du jour à venir les pieds pas tout à fait bien droits, la marche de plus en plus rapide, et tes cheveux nageants que tu essaies d'attacher dans ta course, pour ne pas qu'ils te brûlent la nuit.
Tu étais jolie, cette nuit, tu sais, une petite fille jolie, qui rugit dans la récréation humide de la Seine. Mais ensuite, je t'ai vue trébucher. Je pense que je suis le seul, à t'avoir vu, peut-être t'es tu prise les pieds dans un des corps invisibles de la nuit, sous le décor translucide de nos scènes d'insomnies. Je t'ai laissée te relever, reprendre ta course, tes genoux neufs, ta peau pas tout à fait maquillée. Ton soir. Tu sais, ce week-end je m'absente de l'écriture, j'ai des activités à dissimuler, j'ai des gens à recevoir, des habitudes à peigner avec des rosaces de crème. Je n'écrirai pas, samedi, je n'écrirai pas dimanche, ni lundi, ni mardi. Je mettrai du silence, dans la littérature. « L'art est un cri ; l'époque aphone ».
Je tombe deux fois, trois fois, je joue à la marelle avec la chute, je ne sais plus faire un pas autrement que dans la chute, qu'en dévalant, je tiens tête aux hauteurs, je brusque le béton avec mes genoux. Je ris. Je ris toujours quand le sang frissonne sur ma peau. Je remonte mon visage, et j'ai l'impression de rehausser un buisson, je déguste chaque feuille que la nuit permet de tenir, en haut de son grillage de bois, je goûte ces feuilles, elles ont le goût du sureau, le goût de la folie douce. Quelle est la raison de la course des gens ? Je crois que c'est l'odeur de ces buissons, le parfum du fruit vert qui trébuche de la branche du mancenillier. Je tourne, autour, d'une idée, d'un corps en éther, que j'absorbe jusqu'à l'idiotie. Tu sais, je vais faire quelque chose que je n'ai plus l'habitude de pratiquer, quelque chose qui va me sembler une douloureuse apnée après la noyade. Je vais dormir,pour voir le corps que tu prendras dans mes rêves,pour savoir l'espace que tu y occuperas, si je peux t'aimer avec tes dents bien formées, et ton regard qui efface l'objet que tu suspends. Je vais dormir, je t'avoue, je n'y vais pas gaiement. J'ai l'impression de me rendre à une guerre, où je vais perdre des copains, parce que je sais que je vais rêver d'inconnus, que j'aimerais ces inconnus, mais que le réveil sonnera le deuil, le crépuscule de ces existences démentes et solennelles. Toi tu dureras, après, tu conserveras le matériel de pierre de ta vie. Tu peux vieillir, je crois que tu as plus que ma part de bonheur, tu as aussi ma capacité à vieillir, à flétrir, à pouvoir passer. Je suis sûr d'être invincible, j'ai refusé le temps, et il est parti vendre ses particules ailleurs. C'est un marchand de fleurs ambulant, c'est un marchand qui entre dans le restaurant, et je dine avec la vie. Toujours avec, sur, jamais, dans la vie. La vie et moi, sommes des confidents, mais nous ne nous confondons pas. Je la porte, je lui montre des directions, je tire sa manche d'adultes. Tu sais. Je ne vais pas écrire, et c'est à dire que tu ne pourras pas rire, et pas avoir peur, dans ta journée de samedi, tu ne pourras pas te dire « oh, il n'écrit pas sur moi » ou « ouf il n'écrit plus ». Je voudrais apporter à ton ombre qui trébuche sur la céramique peinte un ballon multicolore. Il ne faut jamais accepter les cadeaux plein d'air, on ignore toujours les cris qui les gonflent. Je ne comprends pas, certaines choses. Je ne comprends pas ces gens qui s'aiment avec des gants. J'aime par en dessous, j'aime en dessous de la peau, j'aime avec les roucoulements poussifs de la terre, j'aime depuis le nerf, depuis le frisson, j'aime avec ce qui est dangereux. Chaque fois que je suis amoureux, ce que je mets au péril de la fusion, de l'acclimatation, ce que je risque, c'est toute ma vie. Bon courage camarade, je vais essayer de savoir ce que tu dis dans mes rêves. Est ce que nous y aurons des voix ?

25 mars 2011

Les reins du rhin.

 

 

"Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux sont dans les miens,
Elle a la forme de mes mains,
Elle a la couleur de mes yeux,
Elle s'engloutit dans mon ombre
Comme une pierre sur le ciel.
Elle a toujours les yeux ouverts
Et ne me laisse pas dormir.
Ses rêves en pleine lumière
Font s'évaporer les soleils,
Me font rire, pleurer et rire,
Parler sans avoir rien à dire"

Paul Eluard - L'amoureuse

 

Lundi, nous serons à Francfort et j'ai peur de trouver la même frustration qu'à Bruxelles, de ne pas trouver de quoi écrire. Je peux écrire avec n'importe quoi avec l'eau, avec la peau, les larmes, ou encore tout ce qui pourrait se montrer comestible sur une page blanche, une feuille, un mur, ou encore tout ce qui pourrait se montrer comestible pour les mots.

Je vais passer une nuit assez étrange. On me dira tu as mal dormi ?
Non, je n'ai pas dormi. J'ai peur de trouver quelqu'un dans mes rêves. D, ou moi, et c'est un peu pareil. Après tout ce que j'ai pris de toi, après tout ce que j'ai mis de mes forces en toi. Les rêves nous confondent.

A Francfort si je n'écris pas, ce sera comme à Bruxelles, je devrais boire beaucoup, pour ne pas sentir le manque. A Bruxelles j'ai eu chaud, j'ai eu froid. Puis je suis reste au stade où mon corps paraissait tiéde. Aujourd'hui encore, je nage dans cette bulle de tiédeur moite, et douce.
Je crois qu'à Francfort, ce sera difficile de parler.



D.
Majuscule. Je vais aux séances de dédicaces avec le sourire. Parce que c'est mon tour, de signer dans un déguisement de pseudonyme. Je renifle dans la librairie, le samedi, un succès qui ne devrait pas exister. J'écris alors tout m'est permis. A l'exception de mourir. Et comme le sommeil ne veut pas de moi, je trouve des créanciers de l'existence dans les choses humaines.

J'ai le sexe des enfants, D. J'ai peur de perdre, peur que tu dises non, ou oui, peur de poser la question, parce que toutes les réponses m'effraient. J'aime écrire et m'inventer une beauté, remplacer un visage. Il ne faut pas me détester. C'est peu la littérature, l'écriture, je suis de ceux là qui gémissent les sensations, qui suent des hurlements, qui sourient des caprices. Je suis un enfant qui grandit dans un corps en décalage. Mon corps lui voudrait des choses, des vigueurs, des femmes, des matins, de la chaleur, et je ne donne que des monstres. Mon âme n'est pas comme mon corps, elle se détend partout, elle veut jouer, pousser, tomber, se relever. Je voudrais t'embrasser sans que personne n'en dise rien, je voudrais te déposer un baiser sur les lèvres, sur le front qui ne soit pas sérieux, qui ne propose rien, qui ne demande rien, un baiser tout simple, tout pâle, un baiser d'enfant, qu'on retient à peine, et qui ressemble à un bouillonnement, qui ressemble à une première vague absorbée par le ressac de la nuit. Je voudrais que nous nous aimassions mais sans être réglementé, je voudrais que l'on puisse être inquiet de l'absence de l'autre, je voudrais poser ton doigt dans ma poitrine, comme un marque-pages, et que nous lisions ensemble mes cris. J'ai peur, toujours, peur. Et je fais face à ma peur, mais je ne peux pas te dire ce que tu sais déjà. C'est fou, la vie est absurde, elle m'inspire et ne veut pas de moi.

24 mars 2011

Perso - Rue Saint-Jacques, les critères sacrés.

Un jour l'on me dira "je veux que tu arrêtes d'écrire sur moi" et j'ai
répondu "je n'écris pas sur toi, j'écris après toi, je capture ton ombre.
Mon écriture est depuis toi, la traîne que tu laisses, le scrupule que tu
engages". J'espère que ce ne sera pas toi, mais une autre, qui me dira ces
choses. Toi, j'aimerais que tu continues à faire semblant de ne pas lire,
de ne pas savoir. Tu as les yeux beaux, beaux comme des yeux aveugles.
Trop de lumière dit le soleil. J'essaie d'éclaircir les miens, de les
faire tousser, je regarde le soleil à la place des Etats-Unis, je le fixe
longtemps, et je suis ému, je crois, mes yeux sont plein d'émotions
claires.

Le jeudi, je sortais, dans des bouges, boire, pendant deux heures, chez
Maxim's, à l'Ice Baar, à la French. Puis je suis fatigué, des gens que je
trouve partout identiques, des gens évadés de la cire. Alors, ce soir, à
vingt et une heures, j'irai ailleurs, j'irai à la rue Saint-Jacques dîner
de silence. J'irai tout seul, à la rue Saint-Jacques, et ce sera pareil
qu'avoir écrit adieu au bas d'une lettre de rupture. Je leur dis au
revoir, à ces corps qui se croient plein d'esprit, et moi, comme Crevel,
je suis un esprit déguisé avec un corps. Quand je le dis à un inconnu, il
me frappe. Et c'est comme de me dire "c'est comme ça qu'il faut se servir
du corps". Je ne sais pas. D. j'aime ta voix de clown faussement
agressivse, et qui déraille vers la tendresse des jours sans pluie, où les
enfants rient d'eux même. Tu as une voix petite comme tes mains qui
bourgeonnent au bout de tes os. Je ne m'approche jamais assez -je déteste
la bise, la tentation des lèvres est trop forte- mais je devine l'odeur
d'églantines de ton cou. Tu as une nuque de jardin, tu en as l'odeur de
lavandes sèches.
Aujourd'hui, je me suis levé avec un mal au poignet assez étrange. Comme
si l'on m'avait tordu les mains toute la nuit.
Je me demande où va ma vie.Je me demande avec qui elle va partir cet été.
Je me demande, si je te recroiserais, plus tard. Je crois aux signes, et
de t'avoir vue hier, place des Etats-Unis me terrifie encore. J'ai très
peu dormi cette nuit, parce que j'avais peur que tu sois là, encore, prête
à surgir.
Je me demande si, au Pont du Bois, il y'aura encore cette dame penchée au
rebord, qui répondera aux passant :"qu'elle sautera un jour".Je me demande
si le vent l'emportera avant sa chute.Je me demandais si j'aurai le temps
de l'aimer avant. Je me demande si je finirai par t'écrire les mots
élégants, dans des chemises capitonnées. Je ne sais pas bien. Ton prénom
est court. Je le prononce et il a déjà fondu sur toute ma longue. Il rime
avec Anne, il rime avec mes souvenirs. Si je t'attache des perles au cou,
est-ce qu'elles tonitrueront comme les vagues accrochées dans Pâques au
clocher des Eglises. Si j'appuie sur ton dos, j'ai l'impression que de la
musique va sortir, mais je n'ai pas de corps, alors je ne peux pas
appuyer. Je passe. Comme une note close.
Je me demande si les corps que je croise peuvent être à moi. Remplacer les
idées. Je cherche le corps que je pourrais m'accaparer pour venir t'aimer
convenable. J'ai déjà trouvé le corps où je veux faire brûler mes venins.
D. C'est tout chaud, ton prénom, ça sort du four, c'est croustillant,
doré, c'est le matin qui a dérapé de l'horloge pour tomber dans ton teint.
Et je me fiche de savoir.
Je n'invente pas ta beauté. Je la trouve en toi, et je la retrouve, chaque
nuit. Je la retrouve, dans les murmures que je prie, dans le murmure de
ton prénom que je récite en entier, que je n'écris qu'en mystères. Je te
retrouve, dans les yeux ouverts d'un cri sur la table du salon.
Je ne veux pas d'avenir.Je veux mon destin.Je ne veux pas de compliments.
Je ne veux pas être flatté. Je veux être pris en flagrant délit .Je veux
qu'on m'interdise, qu'on continue de censurer ma vie. Je veux que tu me
gaspilles.
Je ne veux pas te faire peur, et pourtant j'effraie. Quand je passe devant
un miroir, avant de rire, je pleure. J'arrache les cheveux du reflet. Je
ne supporte pas. Ni le bruit, ni la vue. J'appelle les hommes "mes
automates". Depuis tout petit, dans le chant gras du jour kabyle, qui
semait par carrés son jour, une sorte de peur et d'angoisse énorme me
prend, quand j'aperçois le moindre éclat bleu d'un oeil. Le spectacle de
ton regard est terrifiant et je ne peux pas m'en détourner, quand tu me
regardes, tes yeux finissent par partir dans leurs propres silences, et
moi, je prends des poses victorieuses mais mon esprit vibre de
peur.Parfois, mais plus rarement, je me mets même à en pleurer. Mais tu ne
peux pas voir, je pleure avec mon esprit. Avec mon silence. C'est une peur
énorme. Mes parents n'ont jamais su l'expliquer. Et moi, je n'ai jamais su
le comprendre.
Je me demande pourquoi j'ai aimé voir tes yeux croiser. Je me demande
pourquoi, je ne supporte pas la laideur dans ta bouche.Pourquoi je trouve
ça vulgaire. Pourquoi, chez les garçons, ça ne me surprend plus. Je me
demande pourquoi je ne suis pas parti dans les terres froides de la
liberté.
Je me demande si tu sais que je fixe tes yeux parce que mon écriture est
altérée. Je me demande si lorsque l'on veillit, on aime toujours autant la
jeunesse. Si l'on devient envieux.
Je me demande si c'est logique de tomber amoureux d'une idée. Si c'est
important, que toi, D., tu ne puisses qu'avoir peur de moi. C'est étrange.
Je ne sais pas si j'aime déranger. Mais je dérange. En seconde la
professeure avait écrit "vous êtes dérangeant".
Marguerite avait dit "tu es érotique quand tu t'allonges sur la table"
C'est la position de l'écriture. Sa position amoueruse. Si tu me voyais,
dans la nuit, tu aurais autrement peur. La peur du visage dément, les mots
qui partent par la bouche et qui gemment l'univers. Tu n'es banale pour
personne, mais je t'offre différente.Tel que je te vois. Avec mes yeux
décharnés, avec mes côteaux versés. Chaque jour. Oui, D., je te fais
exister autrement que tu peux être. Sous une autre forme. Les corps
humains sont des ombres, dans mes mots, avec le grain de tes yeux je veux
te troubler.Je trouble. Tu n'entres pas dans ma vie, tu entres directement
dans les souvenirs. Je ne sais pas si je pourrais jouer avec tes cheveux
toute ma vie comme s'ils étaient des minutes, je ne sais pas s'ils sont
longs assez pour que la vie qui sépare les aveux silencieux les laisse
s'égayer dans mes doigts. Laisse moi les transformer encore, j'ai une
dernière mélodie à jouer, la mélodie du regret lâche. Je ne peux pas dire
ces quelques mots vulgaires que tout le monde dit "je t'aime", je ne peux
pas les adresser. Ce serait un déshonneur, ce serait comme t'offrir au
mariage l'alliance désuète des divorcés. Je me demande pourquoi l'on m'a
éduqué. Pourquoi, quand l'on me bouscule, je ne le remarque pas. Je me
demande pourquoi, je tombe dans les escaliers, quand je suis la voix, qui
légére, me gronde des sons inaudibles et attendrissant, des rires, de
lycéens. Et aussitôt, je comprends, pourquoi, j'ai mal au poignet, et
aussitôt je comprends : l'on m'a attaché.

J'ai envie d'écrire encore sur toi, puis je n'ose plus. Je me souviens que
tu me lis.

24 mars 2011

Perso - L'aube roule dans les doigts des prisonniers jusqu'à la braise des cigarillos.

J’аim’ pаs lеs gоnzеss’s à lоrgnоns
Qu’y z’оnt dеs guеul’s d’institutricеs.
Jе vоudrаis pаs qu’еun’ pаr cаpricе
М’оbligе à lui sucеr l’ trоgnоn.
Lеurs pаrеnts quаnd qu’а z’étаiеnt mômеs,
Lеur оnt pаs fаit d’fеssеs еt d’nichоns
Маis lеur оnt fоutu dеs diplômеs.

Jehan Rictus - Les gonzesses à lorgnons


J'ai l'argent en ennemi alors je vole, je dérobe, je dérobe avec mes
manières de galant celles qui ont des gravités de Madame. Je fais des
politesses humides, je fais ricocher mon corps comme les verres à
cocktail, je dis oui, oui, je ne dis que oui, et je cache mes vols sous
mon sourire. Quand je parle on m’écoute, tout le monde murmure "regardez
comme ça parle un incapable, un fou, regardez" et quand je reçois des prix
ils trébuchent sur ma peau comme des crachats, des aumônes, je suis un
porteur de blé flamand qu’on endommage.

Plus tard j'irai dans les couloirs de Paris hurler de grands poèmes
inspirés par ma misère. Je dirai à la foule "Je suis le XIXème siècle,
avec sa faim, son froid mais aussi sa révolte, je déclame ici pour ne rien
perdre de l'éloquence des Révolutions. Faites attention à vous, tous les
pauvres s’y mettent, ils sont dans tous mes gestes"

"J'irai tailler des roses de marbre, et souffler des fleurs de verre. La
première sera un palais que les barbares pilleront sans percevoir de
senteur ; la deuxième sera un miroir où Narcisse se blessera et tachera
les pétales; la dernière aura les corolles des jupons fébriles et invitera
les mains d’homme entre ses humides rosées"
Les forgerons d'éclair pleureront les saveurs de fer quand ils graveront
des fleurs de cuivre, à nouer à ta boutonnière, à fondre dans tes ailes en
morceaux.


J'aimerais leur dire "Regardez comme un poète meurt aujourd'hui"
Mais les poètes ne peuvent plus mourir, ils n’ont nulle part où naître.
Mon talent est accroché dans le ventre de ma mère. Je sais, il mourra,
comme moi, avec elle, cette vermine adorable, dans le ventre, et je sais,
qu'il ne sera pas plus grand écrivain que moi, que vous tous, et moi.
J'aimerais être simple. Parfois. Pour voir. Tu vois, je ne dis presque
plus ton initiale, tu es toute entière dans le tutoiement. Je m’adresse à
toi, encore comme si tu étais là, voisine de la ville.


Je pense tout à coup à la création. Ton visage en bois ou en granit, à la
saveur d’ananas que je mords par inconscience dans mes rêves, ô D., les
rêves sont courts, dans mes nuits précaires, qui tiennent en équilibre sur
le pouce de Dieu. Je n’ai pas retrouvé la raison, j’ai soulevé des pierres
raisonnables, des pierres d’Eglise, j’ai soulevé des livres, des pages.
Nulle part. Comme la liberté. C’est une hallucination. Je pense à mon
visage même, qui lorsque j'avais onze ans, m'avait été offert par un
miroir. Je m'étais arrêté sur cette figure ridicule et effrayante, en
pointant le doigt vers le ciel et en éclatant de rire, tout en tendant mon
corps, de plus en plus vers le haut. Quand arrivé sur la pointe des pieds,
je ne tenais plus, surpris par la douleur, je lâchais l'effort, et me
laissais tomber à côté de mon reflet étendu que je me perssais
d'embrasser. Je repense à toi, quand le soleil me couvre. Je repense à ces
moments où je me dis que je suis bien plus ivre que le reste du monde pour
commettre ce genre de suicides permanents, pour m’imposer des
humiliations. J’ai trop peur de moi, trop peur des jeux que je peux
entreprendre. En écrivant ici, je les prive de force.


Je fais mon chemin, je le gratte, dans mon propre corps. Il faudrait que
l'on m'explique comment ne pas s'essouffler. Je me trouve beau après
m'être essoufflé. Parfois, je me souviens de ces étés, où je courais dans
les graviers de l'allée Carnot, pour ensuite fouler les escaliers à grande
enjambé, et m'admirer dans la glace, essoufflé, rouge, suant, les cheveux
maladroits, le sourire frais des fruits défendus. Je crois que c'est à peu
prés l'image que j'ai de moi après l'amour. Après mes nuits. Après mes
attentes. Je me souviens des miroirs, gigantesques, que je scrutais en
contemplant ma bouche humide qui s'ouvrait et se refermait, s'entrouvrait
à intervalle régulier pour observer mes pommettes comme des abricots pas
encore tout à fait mûrs, et froids, mes cils subitement mouillés, comme
des gouttes de pain que l'on appliquerait sur le ventre visqueux de
l'hippocampe. Pour regarder ma poitrine haletante, et mes cheveux
sauvages, cette buée, ce souffle, lorsque l'on s'approchait un peu trop
prés pour admirer la beauté de mon corps fatigué et essoufflé. Il n'y a
d'ailleurs que dans ces moments là, que je me trouve beau. Qu'après avoir,
creusé l'effort dans le ventre.

J’ai crié, un cri si pur, si violent, si douloureux, si amoureux, que
toute ma jeunesse est passée avec lui. Quelqu’un devrait partager les
mêmes idées que moi, entendre les mêmes voix intimes que moi. Quelqu’un,
ailleurs que sous l’écorce de mon crâne pour prendre ma part de fièvre qui
me brûle le sang.

Je suis en colère. D'une colère d'un calme enviable. Je suis la colère
même. Je suis la colère sous la forme d'un corps. Une rivière endormie.
Une ombre dessinée, délirante et muette. Un jour je verrais passer devant
moi, tes formes animales. Comme quand tu m’infirmes. Je suis la colère
perturbée. Je crois en la beauté. Je l'ai vu passer. Depuis, je l'aime.
J'ai entendu la voix de ma silhouette. On m'a demandé "mais tu n'as pas
peur de devenir fou ?". Martyr volontaire. Je suis ma calme colère. Je
suis la couleur du sexe différent. Je suis l'épiderme de l'hérisson. J'ai
besoin d'une révolution en moi, chaque jour. Je suis le voyageur immobile.
On m'a dit que j'étais. Et je dis "je fais seulement semblant" Mais la
lumière de la voisine lorsqu'il éclate de rire, m'éclabousse de bonheur.
Je recule ma langue dans les oreilles d'un arbre. Je suis la colère
délicate. Je crie "Non, non!". Je suis les corps de mon propre corps. Je
suis les amours de mes propres colères. J'aime dire "Je suis affamé" après
avoir jeûné. D'où vient cette fascination des sentiments, le goût de
l’amour qui tue, abime. J'ai le silence gonflé des saintes dansant sur les
mains, dans une salle de prières à l'atmosphère légère du début d'été qui
aspirent mes deux lèvres fines et qui entourent mon visage. Souvent, je
pense que l'écriture est une forme de folie.

"Il faut un cri, un cri amoureux pour vivre, je vais me marier avec mon
écriture, avec mon écriture qui aura des yeux d’aquarium. J’aime toujours
dire que je suis coupable. J’aime toujours qu’on me regarde inquiet, que
les yeux qui passent remuent, ce n’est pas possible, ce n’est pas
possible, j’imagine qu’on se détourne de moi, que la vie soit la mer
rouge".


Il faut le savoir, je ne peux aimer vraiment que dans l’écriture. Entre
deux poèmes, deux rimes, deux textes, je cesse. L’espace entre un point
final et une majuscule a une taille de tombe. Mon amour a la pulsation
lente, a chaque battement de silence. Je n’aime plus.


Quand j’écris des lignes de rupture, je la signe "L'amour est un jeu" et
je l’envoie en huit morceaux j’ajoute "j’espère que tu y trouveras les
morceaux absents de ton coeur". Je sais que c'est en voulant éloigner les
gens de ma bêtise, qu'ils me trouvent génial et fascinant. Maintenant je
voudrais ponctuer mes phrases par Adieu. Adieu. Pour dire la stance
muette. Le même silence que la vie sur ma peau, le silence que je retrouve
après l’amour sur ma peau moite. C’est fou comme c’est facile de porter un
masque. En vérité j’ai l’œil de la nuit. Souvent, à l’Université, on me
déteste pour ce que je ne suis pas. Pour ce que je pourrais être. Quand
je veux consoler un corps, je le fais pleurer à nouveau.


Je peux creuser l'imagination. J’aime trop avoir des regrets, je le jure,
et en écrivant ici ces deux derniers jours, je les ai tous mis à ma
couronne.
Je veux effacer les secrets, je veux que l’on me retienne quand je tombe
de travers dans le sommeil.

24 mars 2011

"Qui chante son mal enchante"

"C'est à voix basse qu'on enchante
Sous la cendre d'hiver
Ce coeur,pareilau feu couvert,
Qui se consume et chante."

Paul-Jean Toulet - Qui chante son mal enchante

 

J'entends les murmures, c'est la couleur de cruauté. Que les choses soient fragiles, de la délicatesse de ma peau qu'on m'enlève, mes nerfs grelottent. Je n'aime pas les habitudes, en écrivant ici, c'est elles que je veux déranger, éviter que les salles de classe me soient un confort où allonger les jambes, je hais la torpeur de la vie et l'inquiétude m'absorbe, me concentre, me réclame, son corps d'étoiles qui resplendit, qui projette son rayon, qui rétracte sa lumière, le double sens d'un sourire. La complicité qui bout au geste, et le feu pétillant comme l'épine des glaïeuls, je n'aime rien tant que risquer mes sens à l'orient de la raison, à l'extrême de la marée des moqueries, à la crête de la vague qui va juguler le flou des visages et la bouche encore incertaine sous l'écume du jour. La brume des matins, où mes pas claquent leurs rires. Je cherche des prétextes à l'écriture, des prétextes à la vie,des prétextes à la souffrance, mon sang est une encre de qualité quand il est teintée des mystérieuses angoisses, qu'il coule en grinçant comme la porte d'un secret. Oui, tu es là. C'est très agréable. Je veux attirer les quolibets, les toutes minuscules rimeurs. Mon amour n'est pas un jeu. Mon indifférence n'est pas un pantomime.

 

Toutes les nuits je sors écrire quelques mots dans Paris, et je reviens à pieds, les cernes chargées de vie comme des hottes de Noël. C'est peut-être insuffisant. Des mots ne te feront peut-être pas rire. Des gestes te feront peur, pas trop, je ne suis une menace que pour mes raisons, pour le reste, je suis tendre, délicat, je regarde, je ne touche pas, je n'aime pas toucher, toucher c'est le dégoût, c'est ressembler, c'est correspondre. Et tout ce dont j'étais capable tombe à l'eau. Tombe dans l'huile de la nourriture. Tombe dans le vide de ton regard. Tombe dans l'humidité de ton sourire. Tombe dans la terreur que tu me procures. Je passerai la soirée avec Y.. Je passerai cette journée de la culture Néerlandaise avec cette blonde aux cuisses lourdes et à l'odeur de tabac jaune. Je ne l'embrasserai pas, je lui parlerai de toi. On ne se comprendra pas.
Le film est long. Les visages s'endorment. Et moi, je regarde, d'un oeil discret, dans le noir, comme si tu étais un jugement. Comme si tu ne t'adressais qu'a moi. Comme si tu étais de la même colère immobile que moi. Comme si je t'embrassais les mots. Comme si tu me disais de ne pas avoir peur, que toi tu n'avais presque plus peur de moi, qu'au début, quand tu me lisais, tu croyais que je sortirais d'entre mes phrases un poignard, mais qu'à la fin, au milieu de la nuit, quand tu avais froid, tu venais chercher une bûche dans mes cris pour te réchauffer quand ton amoureux était en absence. En sortant de la salle de cours, j'aimerais te crier : " que les hommes, sont plus fort que moi, que la vie, que toutes les filles aux cœurs oubliés au fond d'une cabane mauve et de feu ". Je me retournerai vers toi, et tu ne comprendras pas. Ce n'est pas grave, je ne demande à personne de comprendre. Quand je refuse une gloire, c'est comme si je refusais un baiser. Je dis "ma religion me l'interdit, je suis dans les ordres, mon habit est noir, et ma défroque blanche". Voilà. J'ai les doigts bleus d'encre. J'arrête d'écrire pour un moment. Tu ne me détesteras pas trop ? Je te laisse le reste. Les souvenirs, les bavardages, je n'ai rien d'autre à donner que mes mots. Un peu d'ironie, parfois, qui se fatigue aussi.

23 mars 2011

Perso - Dans le jour je creuse encore la nuit. Et je dis "j'aimerais que ce soit le soir"

Mercredi, Il suffit toujours d'un détail, et peu importe lequel, il suffit
seulement d’un pigment pour que mon cœur s’empourpre, pour que mes bras se
crispent, pour qua ma tête tourne. Ma sensibilité est dérangée, complexe,
contradictoire. Dans des veines indifférenciées coulent un sang fragile,
venu d’artères vénéneuses. Dans mon corps s’affrontent le silence rieur et
la douleur sèche pour former ce visage de paradoxe. J’ai l’indifférence
amoureuse. Je sais que rien, ni personne, ne sent ce que moi, je crois
ressentir. Un jour, j'aurai mes propres mots, j'aurai mes paroles, j'aurai
mes cheveux, qui frotteront les séismes. Un jour, on comprendra, que ce
n'était pas des hallucinations, mais qu'il y a bien un renard, qui gémit,
dans le coin droit de mon œil gauche, qui gémit sur la poitrine de mes
cils, et qui se met à perdre l'équilibre à la moindre larme. Un jour, on
comprendra, peut-être pas n’importe qui, après tout.

Je ne sais rien des corps de l’Avenue de la Grande Armée. Parfois, j'en
croise un, qui m'est familier. Et alors, je l’évite. Les corps connus
m’embarrassent. Ils demandent toujours si mon coeur va bien. Mon coeur se
met parfois à s'agiter, à glousser, alors je comprends qu'il rit. Et je me
mets à rire aussi. A mon tour. Quand, certain que mon cheveu est défié, je
me mets à jouer. Je joue, je suis comédien, costume, je suis l'été, je
suis malade. Je me mets à jouer de cette couverture, et je souffre,
parfois, que l'intérieur de ce corps, soit orageux, affamé, calme, secret.
Je me mets, pour les regards de ce corps inconnu, à faire danser mes
entrailles dans un calme paisible et tragique, à sourire, timidement, à
faire des signes, à embrasser, à vivre, aimer, je me mets, à faire toutes
ces choses, en laissant, un soupçon du parfum qui règne dans mon ventre.
Quand, enfin, je sens, que le corps inconnu, se met à détourner les yeux,
je sais alors, qu'il a compris. Je sais qu'il a vu. Et je sais, qu'il a
su, qu'il ne pouvait rien y faire. Que c'était moi. Je sais, que je l'ai
découragée par mon silence, quand on m'écrit et que je fais celui qui n'y
comprend rien, qui répond sérieusement à des mots qui demandent, qui
attentent. Il y a des mots difficiles à prononcer. Facile à écrire. Il y a
des mots, horizontaux et immobiles. Mais aucun ne sont inoffensifs. Tu
vois, D., je ne t’écris pas, j’aurais trop peur de pouvoir t’atteindre, de
pouvoir me rendre, si je t’écrivais vraiment, que je te montrais, que je
disais, regarde maintenant, c’est ça une agonie, regarde encore, c’est ça
une douleur. De te dire, la guerre elle se vit tous les jours dans ma
peau, loin des livres d'Histoire, j'écris une alternative. J’aurais trop
peur de t’écrire, trop peur que tu puisses un jour où tes sens seront
fragiles, céder à la littérature et son corps d'angoisse. Je ne veux pas.
Tu sais être heureuse, ça se voit dans les baisers qui gercent dans ta
nuque, dans l'alcool qui sèche ts yeux t'empêche de mettre tes lentilles.
La littérature c’est l’interdit, la barrière rouillée où les ballons
d’enfant se percent, les ronces, la littérature, les chemins hors-piste,
on en revient différent. D. Je ne t’écris pas, je me contente de t’aimer,
et c’est déjà beaucoup de feu, de flammes, beaucoup d’incendies à regarder
défaire le monde, je te protège de moi-même. Si je t’écrivais, sûrement,
tu ne verrais rien, tu sourirais, tu dirais, c’est beau, mais tu
n’entrerais pas dans la littérature, tu continuerais à marcher toute
droite, toutep etite. Mais peut-être que si, tu entendrais le chant triste
qui entre dans les figues, et c’est ce peut-être insupportable qui
interdit à mes mots de franchir le store des conventions. Je ne veux pas
que ma lumière te tache. La lumière du risque. Ma lumière douloureuse,
épaisse comme du sang. Sûrement, tu ne peux pas m’aimer, mais peut-être
peux tu aimer les mots, et nous confondre les rimes et moi, nous sommes
presque jumeaux. Ils sont à peine plus vivants que moi. Alors, je ne
t’écris qu’ici, je tutoie ton absence, je déshonore ta présence. Je t’aime
toute entière, je te garde de la littérature. Mon silence-gantelet est ton
mantelet. J'ai le goût de l'arme cirée dans la bouche. C'est ta voix douce
D. "Ce sont les autres qui inventent nos peurs". J'apprends à tout voir,
j'apprends à tout entendre. J’ai peur que tu me dises "Tu fais vivre ta
propre vie en l'écrivant". Je cherche la forêt. Où embrasser tes
agissements. Je pourrais me mettre à genoux, et je n'en ai pas honte. Oui,
je te cherche. Mais quand tu approches, je veux partir, très loin, sous
d’autres ciels, quand je te vois dans tes habits noirs et que je
n’attendais pas, que j’avais donné rendez-vous à la musique à place des
Etats-Unis, et que tu arrives toute habillée de soies sombres et de
garçons amoureux, je veux partir hors de l’imprévu. J’espère que tu ne m’a
pas vu. Mon corps est recouvert de villes écarquillées de révolutions. La
colline sainte, où la révélation se fait, je sens l'archange Gabriel
piétinant mes rigueurs. J’espère que mon silence t’a faite détourner le
regard. Je suis un enfant, ce n’est pas pour rire. A 13 ans Marine était
l’amoureuse, Marine qui demande à Cyril, si je peux venir la voir,
derrière les algecos. A 13 ans, Marguerite m’avait appris l’amour, l’amour
adulte, vieux, l'amour des manies, des intentions, des gestes, des
colères. Je ne voulais pas voir Marine, je me disais "comment peut elle
vouloir les mêmes images, comment peut elle vouloir un corps, des yeux, un
regard dévissé, comment, pourquoi, veut-elle me faire crier, me faire
peur, mettre encore des cauchemars dans ma tête. Il n'y a plus de places
dans ma nuit pour les accueillir, les cauchemars en plus, la nuit n'est
pas assez longue pour souscrire à toutes mes larmes. Non. Non. Non.
Marine, je ne t’aime pas, c’est laid comme ils font les amoureux. Laiss-
moi retrouver des cris innocents comme des genoux écorchés, rieurs, où le
sang brille de graviers. Des cris de jeux. Je ne veux pas que tu vois ça"
Et pourtant, D. quelques minutes après, en te croisant dans le couloir des
arbres, j'ai aperçu dans un sourire des ailes de renards qui s'ébranlaient
dans la gencive du ciel. Une dent de lait.

Il y a des gens, qui en lisant, ce qui se passe ici, ont dit : "…" je n’ai
pas entendu. Pourtant, je sais que je peux porter à confusion, mais mon
coeur, est certainement, bien plus, du côté des cratères vivants. Et bien,
que je ne puisse écrire autrement, que je continue à parler de silences,
de D., ou des douleurs, de cette manière, que je continue à vivre dans
cette marre, et bien, qu'il soit bien clair, que je ne pense pas avoir de
maladies. Et que ça ne regarde personne.

J'aime bien profaner les bruits intérieurs de mon corps. Parfois, je me
bouche les oreilles rien que pour les écouter résonner.

Je pense qu'il y a des corps, qui peuvent prendre la forme folle de pleine
lune, et qu'il y'en d'autres, qui sont fous de nature.


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23 mars 2011

Perso - Les jardins secrets, l'Uruguay

« J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche
sans manger je vais par les rues, et je me tais
sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi
je cherche dans le jour le bruit d'eau de tes pas.
Je suis affamé de ton rire de cascade,
et de tes mains couleur de grenier furieux,
oui j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,
je veux manger ta peau comme une amande intacte,
et le rayon détruit au feu de ta beauté,
je veux manger le nez maître du fier visage,
je veux manger l'ombre fugace de tes cils,
j'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule
et je te cherche, et je cherche ton cœur brûlant
comme un puma dans le désert de Quitratué. »

Pablo Nerruda


Je crois que l'on peut se déshabiller comme on s'écorche. Je le sais,
parce que je l'ai senti.
Il pleut des bonheurs sauvages dans les rues de mes membres qui volent
près –trop loin- de ce corps blond. Je préférerai ne pas me souvenir de la
dangereuse amourette d’échec lâche, des nuages mous et des arbres sans
fin, des fruits tors qui transpercent la tête des petits vieux, qui,
fatigués, s'endorment au dessus de leurs corps d’avocats. J'ai dit :" je
ne peux pas accepter le refus amoureux ". Je garde pour moi, cette tempête
d'espoir qui soulève ma poitrine. Et je laisse mon menton danser, sur la
musique entraînante de son souffle ; D. sa voix qui se brise en millions
de fragments, j’imagine son cri devenir la voix, la voix devenir la
pulsion, et sa pulsion amoureuse, la rivière de son sang gonflé dans son
ventre, sous la main tendue de son amoureux. "Je n'ai pas peur, je n'ai
pas peur, et je tremble tout entier". Mes deux genoux dévorés de noir qui
s'entrechoquent, et le bruit de ces deux os qui se caressent, me
chatouillent la langue. Sous la table, je caresse le muscle de l’abandon.
Je pense à la littérature, à D. son visage de grâce barbouillée par les
gouaches flamandes. L'abandon, cet être rusé et puissant. Il a la peau
jaune. Il a trop bu. Et sur la pointe des pieds, ensuite, je m'en irai,
t'attendant à vie, dans la chambre inondée de pluie, attendant que
l’abandon abonde en moi. Attendant, par-dessus le muret, ton bonheur
passer, et sourire, en reprenant mes pas. J’attends. L’heure du déjeuner,
pour écrire à la minuscule place de l’Uruguay, les mots. J’attends midi
trente, pour tacher mes doigts de turquoise. Quelques arbres qui empilent
des ombres compliquées dans mes cheveux d’orties. Midi trente, pour sortir
du bureau, et respirer l’odeur des chênes poilus, des gorges de soleil,
des chants de la lumière qui passeront sur mon carnet. J’écrirais sur D.
Tout près d’ici, ses grands yeux de terreur.
J’écrirai les mots qui permettent d’atteindre les corps.

J’étais souvent avant de t'aimer sous une couverture, mais je n'étais
jamais chez moi. J’écrivais chez des filles la rage douloureuse. Je les
abandonne. Il n'en reste aucune. Mon pas trébuche, c'est le noir, les
veilleuses des pupilles brûlent dans d'autres sortilèges. Délicieuse
solitude que celle qui t'approche de moi. Etrange, abandon. L’abandon.
J’aime D. Comme une religion pleine d’exigences réversibles, de passion
invisible, je l’aime comme la puissance céleste. J’ai quitté ma peau
d’idiot fiévreux de toutes les filles, j'ai quitté mon corps vengeur et je
me suis fait ordonner. Vraiment. Ordonné. Plus de prêches que de péchés.
Je lis, j’écris, et je pense à elle, je la loue sur l’autel des pages, et
des pages. D'en haut, j'entends des rires d'adultes. Des pelotes de laine
chatouillent les insectes noirs à l'odeur de vanille. Je caresse les
draps, et je sens sous mes doigts, des grains de sable se confondre dans
le tissu, se fondre avec un bruit minuscule qui me donne envie de vivre.
J'entends des rires. Et j'attends tes yeux que j’aime en en tapissant ce
lit de mots aveuglement dessinés. Je remarque qu’en t’aimant j’oublie très
facilement des syllabes dans mes phrases, le cœur bat trop vite, la pensée
est trop fatiguée.
Chaque personne qui m’évoque ta présence, ton prénom, devient tout un
instant important. Qu’il évoque, sans le faire exprès, le bleu roi qui
roucoule pareil qu’à tes yeux. La déesse latine du timbre prénom. Ton prénom mythologique. Il devient un instant, le temps
que ton visage s’imprime sur leurs langues, et que ta grâce s’imprime dans
ses gestes comme le fruit mur qui peint les murs sacrés. Le bruit de la
passion.
<
23 mars 2011

Silence, j'aime.

 

Demain, Je sais D. Tes petits gestes, comme de petites attentions. La clé qui reste dans l'ouverture de la porte. Je sais les secrets que tu expires en rires d'enfant. Je sais ta fragilité. C'est mon drame contre ton initiale. Je sais ta vie, contre la mienne. Perturbée, mélangée. Ma provocation. Provoquer la colère, le déplaire, et j'ai la figure pleine de suie de l'enfant qui a joué parmi ses rêves, qui a trainé une bête mythique de pardelà le rêve. Celle qui rougit. Qui assassine. Tu m'attendris tant, que je ne peux pas cesser d'écrire sur toi, sur ton prénom qui dans mes cahiers déplient le reste de ses ailes. D. C'est un profil. Je sais ta légèreté, quand tu danses avec les doigts dans la musique, ta jeunesse hagarde, égarée dans les ruelles, dans les taxis, tu as sur les côtes un gyrophare de voyage. Ecrire, pendu, mais t'écrire tout de même. J'admire la forme de ton regard, j'admire quand tu dessins les manies la position que prend ton corps. Même usé, même dégouté, même mort la forme de mes lèvres murmurera ton prénom, ton renom, ma toute puissance. Je t'aime. Le mot de sang qui continue à sillonner les tempes. Toujours. Encore. Comme les vies qui défilent, sous l'ombre de midi. C'est la voix de ton départ, quand tu diras tu aurais du, et moi qui répondrais, je n'avais pas la force, mes cordes vocales ne sont pas assez musclées pour trainer toute la grandeur du mot. Je suis ébloui par toi, tes yeux m'intimident. C'est la voix de la nuit, des vies qui s'en vont, et de toi restera le regret incendiant mon ravage. Tu seras mon rire, mes dents, mon ivoire précieux, je jouerai sur le piano de mon frère la note race des paniques. J'ai bu l'obsession dans tes yeux. Tu ne m'as jamais dit comme tu trouvais ce que j'écrivais, mes mots guindés, leurs cheveux d'accordéon. Tu ne m'as jamais dit. Je me lève péniblement quand je sais que tu n'es pas là. Je fais des crises agréables. Au bout d'un instant, j'ai des morceaux de toi qui me reviennent, qui te forment, qui t'assemblent, et tu es là toute entière, interdite, tu ne me vois pas, et le film de tes manières avance, avance, jusque dans le soir et les gobelets d'alcool, les urnes de la joie. Tu as une vigueur de prière. Mes gestes supplient les tiens, on dirait des gestes de croyants. J'abandonne facilement mes rêves, qui coulent comme une eau froide de douche sur ma nuque. Et je comprends, tout ce qui se passe dans ta nuit silencieuse, quand tu te lèves entre trois et cinq heures avant de te recoucher, quand tu tournes le mitigeur pour que l'eau soit chaude sur les vallons délicats de ta peau. Je sais l'eau qui rumine dans ton visage, l'eau timide qui évite ton regard, honteuse de n'être que du blême des remèdes. Tu as la rage dans les joues des rois élégants, et ma violence est trop lourde pour mon ventre. Quand ta douche a fini de couler, sur la céramique blanche, qui tressaille par endroits, se dressent des labradors transparents et des colliers de chmies. Tu les laisses dans ce panier de songes, et tu sèches tes cheveux longs qui roucoulent comme le jour. C'est beau un matin qui passe dans tes cheveux compliqués, c'est plus beau que la nuit qui se dépose sous mes yeux dans son baiser arrogant, mauve. Quand tu sors, et que nos vies s'évitent, j'ai toute la colère qui grimpe sur moi d'avoir les muscles ficelles, et m'étouffent le fond de la gorge. Mes cordes vocales sont étranglées par un poing serré. Un poing de révolte. Un poing d'angoisse. Un poing d'enfant. Je n'aime le théâtre que dans les salles qui s'y réservent, quand je sais en avance la pièce que je vais voir et pas l'ordinaire parodie qui se jouent dans les rues, et que les gens ordinaires jouent quelconquement. Il en est certain qui la jouent depuis si longtemps qu'ils croient que c'est la vie, sur leurs bureaux en formica, sur leurs écrans d'ordinateur où passent des courbes moins élégantes que celles que la mer fainéante te porte et te brode, petite D., ô charme indigène et tes yeux bleus d'inondation. J'ai dit adieu à Camille, Marie, Lucie, Hervelyne, Loriane, pour ne pas blasphémer ce mot que j'éduque pour toi, que je dresse et qui viendra racé lévrier déposer sa salive amoureuse à tes souliers inquiets. Je ne veux pas être le monstre ordinaire, celui qui change de forme pour figurer dans la nuit.

Parfois, quand je sais que tu me lis, D., par dessus mon épaule, je me sens suffoquer agréablement, la caresse érotique de l'amante furieuse. J'attends, ton silence, pour me mettre du bonheur. Ta lecture est vive, et je vis comme j'écris, beaucoup et violemment. Je finis chaque ligne avec le sentiment exalté qu'il en reste dix millions à vivre, dix millions d'odeurs à trouver dans ce que la pudeur me permet de saisir dans ton cou. D. D. D. et ton prénom se répète, et tourne, tourne sur le phonographe de mon fantasme. S'il fait trop de jour pour ton sommeil, prends à mon baiser, la paupière manquante, je t'offre des lèvres qui de t'avoir tant récitées peuvent devenir toutes les fonctions à tes douleurs, tous les baumes et les pardons à tes parjures.

Demain, Je sais D. Tes petits gestes, comme de petites attentions. La clé qui reste dans l'ouverture de la porte. Je sais les secrets que tu expires en rires d'enfant. Je sais ta fragilité. C'est mon drame contre ton initiale. Je sais ta vie, contre la mienne. Perturbée, mélangée. Ma provocation. Provoquer la colère, le déplaire, et j'ai la figure pleine de suie de l'enfant qui a joué parmi ses rêves, qui a trainé une bête mythique de pardelà le rêve. Celle qui rougit. Qui assassine. Tu m'attendris tant, que je ne peux pas cesser d'écrire sur toi, sur ton prénom qui dans mes cahiers déplient le reste de ses ailes. D. C'est un profil. Je sais ta légèreté, quand tu danses avec les doigts dans la musique, ta jeunesse hagarde, égarée dans les ruelles, dans les taxis, tu as sur les côtes un gyrophare de voyage. Ecrire, pendu, mais t'écrire tout de même. J'admire la forme de ton regard, j'admire quand tu dessins les manies la position que prend ton corps. Même usé, même dégouté, même mort la forme de mes lèvres murmurera ton prénom, ton renom, ma toute puissance. Je t'aime. Le mot de sang qui continue à sillonner les tempes. Toujours. Encore. Comme les vies qui défilent, sous l'ombre de midi. C'est la voix de ton départ, quand tu diras tu aurais du, et moi qui répondrais, je n'avais pas la force, mes cordes vocales ne sont pas assez musclées pour trainer toute la grandeur du mot. Je suis ébloui par toi, tes yeux m'intimident. C'est la voix de la nuit, des vies qui s'en vont, et de toi restera le regret incendiant mon ravage. Tu seras mon rire, mes dents, mon ivoire précieux, je jouerai sur le piano de mon frère la note race des paniques. J'ai bu l'obsession dans tes yeux. Tu ne m'as jamais dit comme tu trouvais ce que j'écrivais, mes mots guindés, leurs cheveux d'accordéon. Tu ne m'as jamais dit. Je me lève péniblement quand je sais que tu n'es pas là. Je fais des crises agréables. Au bout d'un instant, j'ai des morceaux de toi qui me reviennent, qui te forment, qui t'assemblent, et tu es là toute entière, interdite, tu ne me vois pas, et le film de tes manières avance, avance, jusque dans le soir et les gobelets d'alcool, les urnes de la joie. Tu as une vigueur de prière. Mes gestes supplient les tiens, on dirait des gestes de croyants. J'abandonne facilement mes rêves, qui coulent comme une eau froide de douche sur ma nuque. Et je comprends, tout ce qui se passe dans ta nuit silencieuse, quand tu te lèves entre trois et cinq heures avant de te recoucher, quand tu tournes le mitigeur pour que l'eau soit chaude sur les vallons délicats de ta peau. Je sais l'eau qui rumine dans ton visage, l'eau timide qui évite ton regard, honteuse de n'être que du blême des remèdes. Tu as la rage dans les joues des rois élégants, et ma violence est trop lourde pour mon ventre. Quand ta douche a fini de couler, sur la céramique blanche, qui tressaille par endroits, se dressent des labradors transparents et des colliers de chmies. Tu les laisses dans ce panier de songes, et tu sèches tes cheveux longs qui roucoulent comme le jour. C'est beau un matin qui passe dans tes cheveux compliqués, c'est plus beau que la nuit qui se dépose sous mes yeux dans son baiser arrogant, mauve. Quand tu sors, et que nos vies s'évitent, j'ai toute la colère qui grimpe sur moi d'avoir les muscles ficelles, et m'étouffent le fond de la gorge. Mes cordes vocales sont étranglées par un poing serré. Un poing de révolte. Un poing d'angoisse. Un poing d'enfant. Je n'aime le théâtre que dans les salles qui s'y réservent, quand je sais en avance la pièce que je vais voir et pas l'ordinaire parodie qui se jouent dans les rues, et que les gens ordinaires jouent quelconquement. Il en est certain qui la jouent depuis si longtemps qu'ils croient que c'est la vie, sur leurs bureaux en formica, sur leurs écrans d'ordinateur où passent des courbes moins élégantes que celles que la mer fainéante te porte et te brode, petite D., ô charme indigène et tes yeux bleus d'inondation. J'ai dit adieu à Camille, Marie, Lucie, Hervelyne, Loriane, pour ne pas blasphémer ce mot que j'éduque pour toi, que je dresse et qui viendra racé lévrier déposer sa salive amoureuse à tes souliers inquiets. Je ne veux pas être le monstre ordinaire, celui qui change de forme pour figurer dans la nuit.

Parfois, quand je sais que tu me lis, D., par dessus mon épaule, je me sens suffoquer agréablement, la caresse érotique de l'amante furieuse. J'attends, ton silence, pour me mettre du bonheur. Ta lecture est vive, et je vis comme j'écris, beaucoup et violemment. Je finis chaque ligne avec le sentiment exalté qu'il en reste dix millions à vivre, dix millions d'odeurs à trouver dans ce que la pudeur me permet de saisir dans ton cou. D. D. D. et ton prénom se répète, et tourne, tourne sur le phonographe de mon fantasme. S'il fait trop de jour pour ton sommeil, prends à mon baiser, la paupière manquante, je t'offre des lèvres qui de t'avoir tant récitées peuvent devenir toutes les fonctions à tes douleurs, tous les baumes et les pardons à tes parjures.

22 mars 2011

Magie allemande.

"Le peignoir de mousseline
Qui s'ouvre en donnant des idées"

 

 

A l'heure où la liberté m'est offerte. Se fait don, se fait grâce. Quand tes mots approchent leurs lèvres. Je sens les eaux noires de l'abandon qui remplissent le poumon. J'étouffe et les mots foncent le cahier de ma voix. Je les rature. Avant. Que tu ne puisses me briser : Je n'aime pas l'obsession de la nuit. Je n'aime pas qu'elle prenne la forme de l'écriture. L'écriture qui m'empêche de m'endormir. Je préfère celle qui sourit, que celle qui assassine. C'est fou, comme il y a deux écritures en moi. Deux écritures que tu réconcilies, D., et que mes lâchetés interdisent. C'est terrible lâche, ça veut dire non, lâche, ça veut dire en attente, ça veut dire sans risque, ça veut dire trop de plaies ouvertes, trop de cascades au lieu des dents.

Mardi j
e prends les regards. Je les prends, les tourne, les fait sursauter, et les jette en l'air parce qu'ils ne sont pas le tien. Chaque regard est une paire de jambes qui courent sur le corps lumineux et visqueux de l'inspiration, en t'attendant. Je n'ai pas besoin de t'écrire, je t'inspire, et dans les mots, dans la phrase je te relâche, comme une destruction, ma bête sauvage. Ma Douleur. Initiale.
Infirmité des voix, les mots sont trop amples, trop larges, les mots qui aiment, trop ordinaires.
J'ai beau la voir chaque jour, je ne la connais toujours pas par coeur. Quelque chose dans l'oeil qui dérange, quelque chose dans le regard trouble qui se perd au loin, et qu'elle recoiffe, vite, avant que les gens ne voient. Les images. Quand elle écrit, je ferme les yeux, je n'ai rien vu.
Le sens concret. Arrache moi la bouche.
Je trouve ça élégant d'écouter ses yeux qui battent la cadence des horloges. Sans mettre en travers de son existence mes gestes catastrophiques, la maladresse de mes tristesses. J'ai le visage despotique du tyran ruiné. Et je n'ai pas grand chose à dire. Je n'ai plus de montres depuis quelques années. Je remarque que le temps passe, en croisant chaque jour, la poussière qui s'incruste dans mes cernes, qui comme des fruits, se fragilisent au moindre mouvement.
Etre le repère.

Je voudrais dire à D. "tu es le seul corps qui m'empêche de mourir. Tu m'as rendu du courage, alors je ne peux pas te le dire, que tu es le seul corps entre le vide et moi. Le seul"
L'entendre me lire. Lire pour. Ses yeux étranges, ces deux blocs de soleil madrés, ce corps imperceptible que je ne sais pas embrasser, qui glisse, sur le parapet. Etre là, pour ta pensée qui du bout de la rue, cherche sa raison de vivre. Pour D., qui traverse ses saisons en soufflant sur ses jours.
Etre le silence, qui veille ton bonheur. J'ai de multiples fractures à des os invariables.
Quand je dis "je" je ne suis pas certain de dire "Jonathan" je crois dire "Najib" et les rimes kabyles de mes souvenirs.

Je voudrais, D., être la main invisible qui t'empêche de trébucher, quand tu ne comprends plus rien, que les gens passent autour de toi comme des autos de course automobiles, être la voix qui rassure, silencieuse, la bouche sans corps, le baiser sans lèvres.


Avant de respirer discrètement dans les corolles de ta nuque, j'avais vu quelque chose à travers la vitre de l'existence ordinaire, et je ne voulais pas y entrer. Mes yeux brillent, on croirait presque les tiens si je les ferme et que s'y faufile une rivière d'argent. Je voudrais pleurer et mes larmes se désagrègent dans mes couronnes flétries. Je suis un sale gosse, arrogant, distant. Je cherche tout ce qui me sépare, toutes les frontières, les craies, les charbons, les langues. Je suis un colonisé. Tu m'envahis, et je me laisse faire, tu ne le sais pas, tu étends ton regard à l'intérieur qui me brûle du même geste d'aube sur le rebord des abîmes. Je suis l'abîme que tu inondes. Ta lumière.


C'est comme si je ne savais rien mais qu'on m'avait soumis à une force agréable, qui faisait de moi, une corps qui comprenait sans vivre, un corps qui aimait sans toucher, ça n'est pas moi qui écrit, c'est toi qui me guide, qui m'entraîne. La différence est telle que personne ne la voit.

 

L'amour ne se pense pas, tu m'as emprunté le cœur et si tu défaillais, tu en aurais un second en relais. C'est terriblement niais, mais je suis hors de la vie, quand tu n'y es pas. Je suis en instance. En attente. Ma vie se déroule dans un corridor étroit et bas. Mets tes dents sur mon cœur, mords le avec les colonnes de tes cils. Marque moi. D. mon vertige, j'habite une grange pleine de rêves et de mystères. Je n'aime pas les gens, ils rient. Quand je parle je suis caustique. Leurs visages mentent,trahissent. Je veux ta main, D., mais je ne peux pas la saisir, j'ai deux prénoms et aucun geste. Ta main, cet animal fougueux. L'animal qui se veille. J'aime tes doigts chauds. Regarde par la fenêtre, il y a un vieil homme qui tremble et qui vit à la fois. Ça va ensemble, murmure-t-il aux angoissés de l'heure. Je n'ai plus de montres d'avoir toujours le temps. Plus tard, très loin, la route aura fini de tracer sa courbe improbable, je graverais dans un cahier de brouillon où se consignent tous les brouillons d'amour trop forts, trop hauts, pour être vécus, je graverai ces mots "merci pour les sourires de cette année, merci pour tes mèches blondes qui se secouaient comme des astres pris dans une mer d'oliviers". Les arbres, par ta fenêtre ont une voix, j'aimerais que tu la saches. Une voix de miel défendu, une voix posée sur la tête des codes. S'il faut je trouverais d'autres mots. Mais aucun n'apprend le courage. Mon corps fragile, fragile, craquelé. Je sors souvent, le soir, le matin, je sors du cinéma, de l'obsession, à genoux, par en dessous, depuis la brume ou le nuage. Je sors souvent du repos quand je vais écrire à la place de l'Uruguay. Tu es mon sortilège, le charme qui en moi rompt toutes les limites, toutes les haleines. J'ai dit adieu à Loriane. Enfin. Je suis seul avec ton idée. Je la chéris fidèlement, je t'aime avec la dévotion religieuse, tu es une icône, mon icône. Je serai le gardien fébrile.

22 mars 2011

Ma primitive éclipse.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu'un coeur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.  
J'ai tout appris de toi sur les choses humaines
Et j'ai vu désormais le monde à ta façon
J'ai tout appris de toi comme on boit aux fontaines
Comme on lit dans le ciel les étoiles lointaines
Comme au passant qui chante on reprend sa chanson
J'ai tout appris de toi jusqu'au sens du frisson.

Louis Aragon – Que serai-je sans toi

  1. ma puissance, mon fleuve, ma Joconde, ma rime allemande.
    Le bruit de la chaise en bois qui craque quand le corps de ton souvenir se retire, et ta robe se déchire, il y a un fil qui s'évide, s'évide et reste le corps nu. C'est peut-être ce bruit que je retiendrai des la fin de mes études. Un temps qui ne passe pas vite, qui déchire. Un temps doux. Une odeur de pain. De pain pas encore tout à fait cuit. Et le racisme des peaux. Les décolletés de ma défaillance. Cette odeur de la tiare chevelue La magie des corps. ce qui est faux. Superficiel. Un décor, une chaleur inaccessible. Cette odeur de secret. C'est l'émerveillement du compliment. Le faux cil des filles et ta beauté évidente, dérangeante, ta crevasse folle. La faille de ta folie par où je plonge, par où j'apprends, ton goût de début d'été. Le délire. Celui qui sonne comme un amphithéâtre. Celui qui réveille les anonymes et la profondeur de la nuit. Les nuits d'été. Le bruit des corps qui se frottent dans le jardin. Les corps d'adulte. Les bras qui collent, qui regardent. Mon teint bronzé toute l'année. "Tu as des origines ?". La montagne L'annonce de la vie simple. Faire pousser des fleurs dans ma chambre ensoleillée. Le début d'été. Les nuits de pleine lune et celles que l'on invente avec mon frère. Ma peur quand je te parle, les jambes qui tremblent. Le folklore de ta bouche rieuse. La plage de tes cheveux avec ses galets gris et sa mélancolie. Chercher un problème parce que dans le bonheur simple, je ne sais pas écrire. Le silence, quand je vais te dire, je t'aime, la voix calcaire. Tourmenter.


    Je peux devenir, le désordre ordonné.

    Petite, D., et ta bouche au loin s'émerveille d'autres bouches, je n'ai pas de jalousie, j'aime ton bonheur. Je te donne ma part s'il s'en trouvait en moi, tu la porteras mieux que moi. J'ai les vertèbres brisées. La liqueur d'outre mer te rend amoureuse, ma fièvre. Approche tes dents, qu'il n'y ait plus d'odeur de canne à sucre volante entre nous, approche donc, n'ait pas peur. Dégouline.
    La mer se creuse. Je vient du vent des Sud. Et tous les corps qui m'ont aimé, l'ont senti, les gifler.
    Les chats de gouttière seront coincés dans ms mots dans moins de 3 jours, tu n'as plus de crainte à avoir, jamais je ne naîtrai hors de toi. Dans mon sommeil je te trouve, c'est effrayant. Tu es pareille.
    Et les lecteurs ici sont innocents. Généralement, on dit que les gens ont peur de la mort.
    Ta force est dans ma nuit. Tu te tiens comme un désert. Approche donc mon fleuve. Rien n'est tout. Tout est rien. Souviens toi que je peux t'apprendre le goût des arbres. Dans la famine. Ton oreiller est tiède. Ton goût du voyage est assez classique.
    Tu traverses les pièces où les gens vivent accroupis. Ne te préoccupe pas de leur mauvais goût.
    Je me raconte à toi.
    Mon élixir de glaçon. Costume de mon enfance. Que ton prénom sache briser les articulations des robes, les écrivains ne m'ont jamais dérangé.
    Approche dans ma nuit, par la porte secrète des voix malades.
    "Mon fleuve", c'est peut-être donc comme ça que j'aurais du t'appeler pour que tu me recouvres.

    Dans ces endroits, ces rues, ces magasins, je m'égare et je délire. La solitude d'un soleil trop fort. Je croise des vides. Je les suis. J'appelle le vide Jeanne. Elle me regarde, me sourit "Je m'appelle Jeanne". Elle pourrait devenir Jeanne en forêt. Jeanne dans mon coeur. Jeanne entre les corps. Jeanne entre les reins de ma faiblesse, de ma lâcheté, quand je regarde D. et que je souris en pensant à la nuit. Jeanne qui chatouille. Jeanne qui parfume. Jeanne a la bouche hurlante. Jeanne immortelle. Jeanne figée dans mon écriture. Un visage terne dans mes mots. Qui vous regardent. Qui grimacent et se moquent de vous :"Je m'appelle le silence". Je sue ces mots d'amour. Je gémis dans mes lettres. Regarde ça, D., la phrase qui caresse les sous-entendus. La phrase qui égorge les chats. Qui promet des lettres. De longues lettres parfumées. Fantôme. Ecrire. Ta beauté. Ta vie. "Je m'appelle Najib". Tu pourrais être mon flegme. S'approprier son propre prénom. Peindre ton visage. Je pourrais prendre tous les corps, dans la boucle de mes mots. La phrase qui vous regarde. Qui danse entre les lignes. La parole qui tombe. Les mots d'amour qu'il ne faut pas aider à se relever. Laisser durer, la chute, pour écrire. Tu ne dois pas le lire en entier. Encore. Les solutions au sommeil lourd. Mes cris ont trois yeux. "Je m'appelle Najib, et je t'aime". Des guêpes. Des forêts. D., ton regard joue à travers mes mots. J'ai besoin de tes yeux pour écrire. Tu me le confies encore. J'ai besoin d'encre, ma Douceur.

    A force de ne pas dormir, la fatigue me tuera. J'ai l'air usé. Dire que oui, avouer. Mes cernes. C'est une patience. Tu peux t'y ranger, quand tu voudras.
    Je flâne.

    Mon corps pourrait devenir des tonnes d'autres corps.
    Je peux appartenir au monde et m'en défaire
    Je peux courir ou bien tuer.
    J'aime et je pourrais partager.

    La peau fine. Les courbes pleines. Chaque jour pour me remplir. Mon corps est introuvable. Ma bouche impalpable.

    En pure perte. Je t'aime, comme un souci, je t'aime toute lourde, et c'est beau dans moi, c'est éclatant. Belle couleur ta pulpe, ta saveur.

21 mars 2011

Du regret j'ai tiré un pétale de Dipsacus, aujourd'hui j'aime, et c'est sans espoir. Ma croix a le prénom des dieux latins.

 

Ma petite Marion, ma douce Marion, mon souvenir de camphre, est ce que je te mélange avec la rigueur du droit. est ce que je m'imprègne de ta misère toute pleine de lâcheté ordinaire. Tu tintes dans demain avec un cri sombre de ta nouvelle parure brune. J'ai entendu ton murmure chuchoter dans les ombrages de mes mains, entre les stries de mes doigts où le monde cesse de battre. J'ai des ancêtres dont je sens encore le sang remuer, que mon existence naïve avive. Né en mai, je porte le printemps dans mes petits sanglots. Dans la tristesse en gris qui immobilise mes lèvres en l'ivresse saccadée. Quand je tourne une page d'un album photo de ma Kabylie native je sens une veine de ma mémoire qui claque comme un pas sur le pavé des révoltes. Oh, ma petite Marion, comme je m'en veux. Je n'ai pas su te détourner, je t'ai arrêtée, j'ai retenu la marée de ta vie et je croyais la changer, la réinventer, je me rêvais des pressions de Lune, des cratères astraux. Je ne suis pas même un barrage, l'écluse que la vie baisse dans le sanglot des rouilles oranges et qui remonte pour laisser bas les niveaux de tes pleurs. Je donne l'illusion de faire grossir les cours, ah le tumulte d'algues de mes manivelles hirsutes, dans les madrépores illusions, dans les circoncisions des vagues acronymes. Je te dis pardon Marion, pardon de t'avoir laissée à ton vide, d'avoir délaissé la vie de toi et de m'être pendu à tes silences, d'avoir balbutié des salives en or, à broder sur le corps du reste des filles-animales, l'adultère caustique. Les rescrits fusillent les lexicales brutalités, et ma petite Marion, je sais la pulsion qui soulève ton coeur, et la lenteur du sang qui bouche le port de tes cris. Ma petite Marion, tu es le silence qui craque sur la chaise en osier, le mouvement du mancenillier , égorgeant les rouges-gorges et qui rosit tes oreilles de deux perles irisées. Il y a le quartz d'une date imprimée sur tes reins, et quand j'embrasse les photographies de nous, les sangles de mes muscles ralentissent le mouvement de leurs brutales vigueurs. Ma petite Marion, je suis passé dans ta vie comme une intention qui ne change rien, comme un discours politique qui promet tout et altère ce qui va, et j'ai ouvert dans ton ventre la plaie des voyages, j'ai mis contre ton palais ma langue impatiente qui offrait le goût de la liberté. J'ai repris l'aliment dont le parfum t'empoisonne encore. Et je suis parti, parti dans les bras différents, des filles-hymnes aux corps de ricochets contre l'eau tendre et boueuse de mes yeux. Oh, Marion, j'ai trahi, comme à Margot, le loin là-bas, écorché les silos de l'habitude, sous les sillons profonds comme des tombes creusées par les manches des fellah. Ma petite Marion, je t'ai laissée dans la nuit noire sans te donner les torches du jour, sans t'offrir la carte du dehors. J'ai délassée le nœud de tes cheveux longs, dans des salles atroces, les portes bougeaient plus vite que tes petites jambes, et la liberté s'éloignait dans mon pas. Moi je partais, j'allais en dehors, j'allais retrouver le jour et le feu des fleurs, j'allais absorber les tiges des filles, et boire aux bouches des vierges l'eau neuve de leurs hymens fontaines, et tu débattais dans le noir ta vertu, tu te débattais et tes yeux bleus s'usaient, ma petite Marion, dans les chambres sans lumières où ton corps crispait les muscles jusqu'à la tétanie. Ma petite Marion, je t'ai oubliée dans la nuit de ma vie, et tu es devenue la nuit, ses sucs de couture te confondaient dans mon tard, et tu es devenue les heures finales de mes calendriers, tu es devenue la note ultime de mes tristesses, la dernière goutte de liqueur qui tachait mon pantalon de coutil. Ma petite Marion, je ne t'ai pas arrachée au gris de ton ordinaire, j'ai teinté ton ciel de ma salive sombre, j'ai couvert tes nuages des mèches aveugles qui me tombaient devant les yeux. Pauvre de toi, tu vivais dans un monde de brume, où tout se devinait sous les suaires amarrées aux voix, et je t'ai abandonnée dans le silence terrible, violent, brutal des crépuscules sévères. Tu peux tout tenter, tu es prisonnière et ton cri ne rencontre que d'autres cris, tu vis en absence, et je ne te trouve plus dans le noir où les mains des juges me poussent à retrouver l'innocence, les yeux de ma petite Anne n'éclairent plus assez loin la miette de notre regret, l'amour chétif qui nous reste encore sous la peau se dissout, se dissout, et déjà plus rien à nos oreilles que la douleur muette des deuils.

Je t'ai aimée, tu dois m'en pardonner.
Je t'ai aimée, et tu n'as pas pu y survivre.

Aujourd’hui je suis un amoureux sans espoir, d'une toute fragile qui a les yeux forts et le port grave, les ambitions sérieuses, je l'aime de tout mon être retranché de la voix, je l'aime de toute la force de mes silences. D., une toute belle, toute unanime dans moi, dont j'entends déjà le vivat s'en aller sous les allées d'autres ormes, d'autres gloires. Au dernier jour de notre communauté, avant qu'elle se range loin de l'horizon que mes regards accaparent, je lui glisserai sous le porche du front, un baiser parfumé de souvenir. Je lui dirai, c'est de ma lâcheté que je te ceins le front, le laurier du couard te baptise de sa triste audace, n'essuie pas s'il te plait mes lèvres sèches comme l'aubépine, dans dix ans, quand tu ne te souviendras plus comment l'on aime, quand tu auras oublié jusqu'à la profondeur d'un cerne, tu pourras sentir de ce germe que je glissais entre les rides à naître, de ce frisson cavalier, que quelqu'un loin ici, loin depuis le temps, loin depuis sa figure adolescente, sa laideur si particulière, que quelqu'un t'aimait différemment. Petite D., je t'aime de mes impossibles mes manières, de mon aveu incréé. Je ne peux pas m'heurter à la digue forte de ton refus, alors j'écris mon roman et mes poèmes imbéciles, et je t'en dédierai la gloire que je refuserai. J'ai dit adieu à toutes les solitudes, je ne conserve de caresses que l'éloignement douloureux de Loriane. Je me consacre à ton idée. C'est jusqu'où mon courage peut me porter, jusqu'où mes encres peuvent écrire. A la lisière de toi, juste derrière tes sens, sous l'imperceptible. Je t'aime comme un espion. De ce souffle ne retiens que ceci je t'aime comme on ne peut plus aimer. Quelqu'un qui t'aimait au péril de lui-même. Avec des gestes démodés et puéril. La lâcheté qui muselait le verbe, ce n'est rien, c'est la littérature, l'incapacité à vivre. C'est un geste pieux, tu ne m'en voudras pas, quand mes mains assembleront un dernier cri à l'odeur de figue sous la palmeraie de ton futur. J'ai été piégé par l'idée d'un destin, je ne m'en suis jamais remis.

 

Je t'aime petite lueur.

21 mars 2011

La camphre

Aragon disait « comme je ne sais pas parler, j'écris ». J'ajouterai, bientôt, comme je dois écrire, je ne parle plus vraiment.

L'été est bien lent à venir me mettre en vacances. Comme la vie heureuse dans les boucles blondes de Wendy, l'isolée de mes délinquances.
Mes muscles se fondent. Mon corps se révulse. C'est un oeil crevé.Mes mains versent l'eau, dans la terre, dans la peau, dans le sable mouillé, dans la gorge, dans le lait, dans la vie. Entre dans la vie. Ma voix biologique. Mes phrases courtes. Mon corps végétal. La nature protège. Mes nerfs coupants. La nature cache sans se soucier. Je ne sais plus rien. Je peux tout savoir. Depuis que Margot est parti. Je respire à contre-sens. Ma poitrine est un danger. Trop neuve et trop fragile. Ma pâleur s'absente. Ma peau devient rousse. Sable roux. Je sens la forêt. Le soleil tourne autour de moi. Kidnapper. Kidnapper le moindre mouvement des astres. Pour l'incruster sur le corps. Je suis une empreinte. Une preuve. Mon corps est une preuve. Marie m'a dit qu'un groupe de fille parlait souvent de moi. Que l'une d'entre elle me lisait chaque jour ici, et qu'elle tournait la tête chaque fois qu'elle passait devant mes cheveux.
Je suis hors-d'atteinte. J'ai la sensation d'être « mort ».
Incapturable. Silencieux. Impénétrable. Fermé. Enigme. Sentencieux. Mes courbes sont négligées. Ecorce. Mains aveugles. J'ai le visage amoureux. Jeunesse d'un genre ancien. Je suis un disparu, il faudrait demander la nouvelle adresse, je voudrais retrouver ma peau.
Il n'y a pas longtemps, il y avait
"la marche des soûls" dans toutes les rues de mon corps. Plus de cent corps de femmes qui se bousculent contre les lois des hommes, contre les volontés des hommes, contre la marche brusque des hommes. J'aurais voulu y être. Je peux passer inaperçu. Des délégations venues de 159 souvenirs. Une vague de corps hurlant. Un océan. Toutes les femmes élégantes m'absorbent. Une création. Les garçons aiment les femmes, moi je les connais. J'apprends les hommes, doucement. Quand les femmes se soutiennent, elles sont plus fortes que toutes les créatures célestes. C'est beau un corps tragique, ça demande du silence, que je n'offre qu'en scandales.

Je me souviens tout à coup de ton corps blanc, de ta bouche de morte collante, et noyée. Odeurs d'eau de javel. Le corps de l'autre côté de l'avion, qui me regarde. Tes mouvements lents sous l'eau des nuages. Tes cils lourd et humide. Ton nez de panthère. Tes jambes fines comme des queues de pie. Des cheveux qui ondulent comme des pétales de roses crevées. Les doigts pâles comme la pierre qui étouffe. Des pieds de désert contaminé qui gesticulent. L'air froid du dehors. Le chaud brûlant de l'eau. Tu es tout ça quand j'écris. Le contraste avec la couleur de la peau, plus blanche que toutes les peaux gelées et insensible des morts et tes yeux de clairière, dégagés. La peau de neige qui fond dans le bleu des marées. Des lèvres biseautées qui tremblent. D. Ton odeur de sauvage, ton odeur d'orange amère. La langue étranglée dans la bouche de S. Tes sourcils dessinés de miel. Mon air stupide, comestible. Ce corps à l'autre bout de la vie.

le "Bonjour, tu veux faire un tour avec moi ?" que je ne dis pas. Mon corps comble la solitude.


J'ai accès aux plaisir simples. J'ai fini le salon du livre plein de tache rousses. Je me lave de la gloire, ça colle, c'est visqueux. Et j'efface quelques pages du roman. La pastille rigide entre les lèvres. Je te reverrai peut-être, dans très longtemps, après que j'aurais échoué mon talent, et que tu auras conquis tes usures. Tu me montreras ta robe, je la dégraferai avec les yeux. Alors il faudra que je retienne. Tout. Je pourrais être en exil. Je lutte contre la sévérité du monde, on peut me voir, mais les mains ne peuvent pas m'accrocher. Ne me touchez plus, je reste sur vos doigts, comme la colle visqueuse du désespoir.

21 mars 2011

Mon silence a plus de dents qu'une nuit de guerre.

 

 

Chère D., ma peau


Il faut écrire. Toujours écrire.

Je n'ai jamais été amoureux comme ça. Ton rire est un pays qui m'est étranger. Tes dents y forment des barbelés fouineurs. Je m'y déchirerai bien un jour. En idée. Tes yeux m'ont ravi une part intime comme je te ravissais un recoin sinueux de secret. 'ai délaissé les joies, elles nourriront d'autres appétits que les miens. Je voudrais poser sur les lèvres un baiser comme une fleur de froid qui éclaterait sur la bouche, au milieu du rire. Je ne peux pas montrer de photos.

Mais elle a un visage très heureux, très tragique, un visage que je n'ai pas même sans sommeil, même vidé de joie. Je pourrais lui dire que sur ses pommettes Caligula faisait pleurer le peuple, et la tragédie inventait sa première tombe. Je l'aime d'un amour désintéressé, d'un amour qui ne souhaite pas tendre à des réalisations ordinaires, un amour où je refuse même l'exercice pratique du corps. Elle sait que j'écris, alors je ne lui écrirais pas de belles lettres anonymes, dans des caractères brûlés de mon stylo froissé. Je dois écrire, toujours. Sur elle, petit silence qui lit ici avec ses doigts jolis comme des siècles décrochés du temps. Je dois écrire.
Sur le mouvement. Sur l'immobile. Une obsession. Le vent froid du corps qui s'éclate contre l'air brûlant des rues d'été. Tout est sujet.
Sans fin. Sans fin.
Interminable. L'écriture. Les vitraux de cette cathédrale qui s'infiltrent dans le miroir des yeux. Vivre pour écrire. Le temps. La liberté. Cette chose gaie. On peut s'y égarer. On s'y égare.

Il y a tant de choses à dire sur les clients de mon corps. Une histoire, une vie à venir, une vie absente, des ongles manucurés, du rouge à lèvres abîmés, des manières bourgeoises, des fantasmes cachés, des cochonneries évitées, des enfants qui attendent, des corps suspendus, s'attardant devant une peinture, suant leurs talons, des "Bonjour" qui n'en finissent plus, des sexes qui meurent, des mains qui ont tout vu, des rêves qui éclaboussent les murs.

Le corps se froisse. Dans mes mots, mes regards, que je dépose dans les endroits comme des traces. Étrange. Geste inconnu. Je veux être haï de toi, d'une femme, d'un homme, d'un enfant. Je veux connaître toutes les sortes d'amour. Je sais être poli et patient. Je sais être ce qu'on veut de moi. J'ai plié mon corps à toutes les exigences.

Je pourrais entrer dans ce bar aux effluves de velours rouge. Me fondre dans les gouttes de thé resté au coin des bouches. Plonger mon corps dans l'odeur de café. Je pourrais rentrer, et m'asseoir à une table. Puis attendre. Attendre comme sait le faire le corps. Heureux. Attendre. Me diluer dans les bouches vulgairement bavardes. Je pourrais ensuite m'installer à une table et demander "Qu'est ce que je pourrais attendre ?".

Avant, je n'aimais pas mon visage, mon corps, c'est depuis qu'on m'a dit :"j'existe quand je caresse". Avant, je ne savais pas m'imposer, c'est depuis qu'on m'a dit :" j'existe quand je crie". Avant, je ne savais pas les corps des femmes, c'est depuis qu'on m'a dit :"j'existe quand je cherche". Maintenant, j'accepte tout ce qui me permettrait d'exister. Mon corps ne refuse plus. Il apprend. Marguerite, mon assassine. La vie s'écoule de ton souvenir. Gouttes à gouttes. Douloureuses. Epineuses, gouttes.

Quand j'entends le bruit de mes pas dans une ville, ce sont les garçons en vélo qui dérapent en moi.

Comment peut-on se plaindre d'un coeur qui bat trop vite quand on pense qu'un jour il ne battra plus ?

Margot dans la neige qui n'est plus que souvenir. Margot qui n'existe plus. En moi. Margot, que je retrouve dans mes lettres. Margot, pourquoi ? Pour rire. Toujours pour rire. Parce que le temps passe, les saisons nous abîment, parce que ma jeunesse est fleuriz, de bras et de jambes. Elegante. Elegante. Mouvement de l'impression des soirées qui restent là, à vous murmurer, que la vie est un rire hurlant qui grouille immense dans les drames des dames. Margot qui m'empêche de l'aimer. "Il n'y aura plus d'hiver".

Un peintre, Jadnov, peintre d'art brut, a dit : " Croyez-moi / vivez-moi / Je vous rénoverai ".

Je sais grimper. Je sais jouer. Je saurais écrire. Je peux tout entendre. Je peux me perdre. On me perd. Je rentre de mon corps. Je rentre de ce feu. Je me réfugie dans mes silences.De ce mouvement étrange. On me regarde. Je le sais. J'ai la peau étrangère, sans prénoms. Je ne sais plus. Je ne réponds pas. "Comment tu t'appelles ?". Je pourrais m'appeler semi. Moitié. Peut-être. Je pourrais m'appeler profond. Immense. Gouffre. Douleur comme ta jolie initiale. Eté. Automne. Hiver. Tout ce qui passe, éphémère. Toutes ces peaux. Sauf le printemps. Le printemps est éternel. Le printemps est partout. Dans tes bretelles qui tombent sur les épaules. Dans la moisson des corps. Le froid des pierres. La morsure des rues. Je ne m'appelle pas printemps. Je ne pourrais pas. Il faut crier, bouger, sauter, frapper et tendre. Tendre parfaitement son corps vers l'autre, vers la liberté, vers la vie, vers les cris hurlant de l'air, et la virginité de la nature. Je suis puissant, fragile. Immense. Immense. Immense. Je recouvre. Tout. Le décor. Cette obsession de la grandeur, de la profondeur. Je m'appelle Vertige. Mais je ne réponds pas quand on dit Jonathan. J'attends celle qui dira Bonjour Najib.

 

19 mars 2011

Tsunami.

 

Aux japonais j'aimerais dire "regarde, c'est ça ta modernité, c'est pour cette fragilité que tu te lèves tous les matins." Laissez tranquille mes adolescentes ambitions moquer les agonies.

J'aimerais que les futurs cancéreux qui y bossent

Quand on leur aura diagnostiqué la mort. Se lèvent

Comme des condamnés à mort qu'on relacherait en pleine ville.

Des gens condamnés pour un crime qu'ils vont commettre.
Dire.

"J'ai sauvé dix millions de vie et mieux, plus précieux, j'ai sauvé vos habitudes"

je vous arrache dix vies.

Laissez moi tirer dans la foule. Je vous donne le crime à vous qui m'offriez le châtiment.

Voilà, j'applique vos lois, je protège jusque dans le vice vos moeurs.

Comme l'effroi qui stoppe le baiser de l'amant d'entrevoir sur la lèvre famine de l'amante le souvenir d'un amour.

"Si nous tenons tant à être artistes c'est qu'à l'image des esclaves d'avant, nous cherchons désespérement à posséder un nom".

Les riches ne peuvent pas comprendre. Et à deux pas d'un prénom tout entier à moi, j'ai fui dans la cachette d'un pseudonyme. Je suis une fille. Violez moi.

18 mars 2011

J'essaie d'abandonner les filles et j'ai l'impression d'abandonner la vie.

 Est-ce que tu viendras lire à 04h51? Comme une vessie qui arrache du sommeil ? Je suis l'orage d'hier soir. Cette pluie fine, humide et tiède. La pluie après la sécheresse. La pluie pour combler. Si tu savais, tu me dirais « tu prends les choses trop à cœur, ce n'est pas normal, avoir du cœur c'est passé de mode ». Marion demande "tu dors mal ?". La nuit est angoissante. Parce qu'on connaît sa fin. L'été prochain, je te proposerai mes lèvres, en pleine nuit. Comme ça. En sous-vêtements. Je suis ton ombre. Je suis toujours. Je ressemble à un garçon. J'ai des traits un peu vulgaires, des cheveux mi-longs qui tombent sur les épaules. Je sens les femmes que je triche. J'ai le visage du Christ, c'est vrai, du Christ au moment de son agonie. Le cri exact de sa douleur. Voilà ce que je ressemble. Toi, tu sens le garçon de 8 ans. Plastique. Elle disait toujours "je m'ennuie". Et puis, D. regardait le derrière des livres comme un corps défendu. J'ai toujours suivi tes gestes, parce que tu émets des grandes tragédies dedans, qui mettent du temps à se montrer, et je ne veux rater leurs éclaboussures. Tu vois, je te parle comme si tu étais là, comme si tu étais mon amour, que tu mijotais au fond de la tasse de café qui me tient vif sur la nuit. Je te parle comme si je pouvais me tourner pour te saisir, mais que je me frustrais de toi en écrivant tes yeux. Je passe de toi, au vague de ton initiale. Je passe de ce tutoiement léger, qui ne me va pas. Tu vois, je t'entends. Tu as des pas de danseuse. Je ne peux pas te regarder trop longtemps. Je n'ai pas de paupières pour filtrer la lumière de tes songes. D. était toujours sur la défensive. "il suffirait d'un signe, un matin". Tu ressembles au premier soir qui m'émouvait, tu balances tes tous petits doigts dans la vie, comme le ciel mélangeait les nuages. Je te regarde de biais, et j'attends, j'ai l'impression que tu mélanges un pot de couleur quand tu trempes tes doigts dans les lettres de ton clavier.  On est descendus dans la cuisine. Marion a ouvert une bière, a bu une gorgée, et m'a tendu la bouteille. J'ai trempé les lèvres, et j'ai dit "j'aime pas". Alors elle a tout fini. Elle m'a dit "la nuit commence à peine". Et je suis parti quand elle a approché son haleine. Parce que je dois être fidèle à des idées, et tu es une idée. Si tu me redemandais, je dirais « j'ai beaucoup de mal à dormir en ce moment, parce que j'ai perdu mes couvertures et ma veilleuse qui ronronnait de bleu ». Je suis sorti, libre. J'ai complété la nuit Merveilleuse. Marion aurait pu être un témoin. De ma vie. De mon écriture. Elle pourrait parler, aussi bien de ma vie, que moi. Je pourrais mourir. Elle pourrait me remplacer. Me devancer. Continuer mes gestes et finir mes mots. Elle pourrait reprendre ce pseudonyme que j'ai emprunté à la vie, de ne pas assumer que mon nom figure, imprimé, dans les librairies. A la fnac des champs-elysées, je me tiens à côté de mon livre comme si j'étais en dehors de mon identité. Et j'écoute le vendeur le conseiller. Je souris très fort. Il dit « c'est une poétesse, c'est son premier ouvrage, c'est merveilleux ». Je ne suis pas vraiment un garçon. Il dit « elle ». Parce que je signe avec des initiales de prostituée. Parfois, je me mens. Me tais. Je tais ce que je pourrais offrir. J'ai peur de vendre. Je ne le dévoile pas. Je m'adresse aux petites idées, pour taire le grand bonheur. Je me suis assis, à la fenêtre de la rue Bassano. Il y a un square entre les champs et l'avenue Kléber, tout petit, ou je viens accroupir mon silence et écrire. Ecrire et lire. Pendant une heure trente. Je vide un gobelet de café. Les gens qui me regardent écrire murmurent avec les yeux « quel drôle d'encrier ». Le sommeil creuse la ville. Un jour j'ai dit "parfois, au bord de ma fenêtre, avec une cigarette, je veille sur le sommeil des habitants". Je crois que je ne comprends pas. J'aperçois la maison en pierre, d'en haut. C'est étrange la solitude. Quand je tends un peu le cou, j'entends des bruits qui reviennent des souvenirs. Le premier cri d'horreur quand Lucie me disait « j'ai trouvé ton recueil », quand Marguerite m'envoyait un mot « Bravo pour ta nouvelle ». Quand tout le monde trouve mes livres que je cache. Je les range sous mes vêtements. J'écris. Et puis. Je te respire, D., ça me donne de la couleur au visage. J'ai respiré. Maintenant, je t'étouffe. Maintenant, quand je te croise, mon pouls s'accélère. Ma peau devient osseuse. Tes cheveux de fille. Ta langue gelée. Ton menton qui frappe le sol. Tu es concentrée sur ta façon de vieillir. Je crois qu'il m'arrivait de murmurer ton prénom, dans l'intime blessure de Loriane. Je surveille les leçons de mon corps. L'œuvre du temps. Magma. Chasse. Ma vie pourrait être forte. Mes épaules plus fières. Ma mâchoire plus féroce. Couvre ma maigreur s'il te plaît, mes nerfs n'ont pas de soutien-gorge. Quand tu passes à côté de moi, tu me sépares en deux mouvements. Je veille sur ton sommeil, où d'ici, ta maison ressemble à un regret. Pauline avait dit : "je n'aime pas savoir, que ceux dont je parle, me lisent". Moi non plus. Je voudrais qu'on me lise sans le remarquer. Que ce soit une pause. Un secret. Je voudrais que l'on me laisse tranquille. Que l'on me protège. Qu'on emprunte le couloir sans faire attention à l'issue de secours. Qu'on m'aspire sans m'avaler. Je voudrais être une huitre je crois. Quand je lis Tolstoï. J'ai la gorge séche. J'ai fait toutes les guerres. C'est terrifiant d'aimer à ce point une idée. Tu transperces mes amours. Loriane est belle, je crois, je ne sais plus. Tu sues dans mes lignes. C'est une révélation. Regarde mes mains, il y a des stigmates.
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