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17 juin 2013

Coeur saisi .

Je c'est le début de l'Univers
La première phrase du désir
De l'angoisse et du rire
C'est moi
Moi au moment de pousser la parole
Hors de mon corps
Ce corps, blasphème.
J'aime les putes
aux grands yeux de carnage
Les filles pleine des brûlures
Amantes des miroirs

Au rire si vite changé en eau
D'un geste d'amour pur.

 

Le grand néant de l'Univers
c'est à dire
Le regard des femmes
et leur sexe.

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13 juin 2013

Et la bouche des blasphèmes

Déjà j'ai sacrifié à l'au-delà du miroir, une ligne de trop. J'en reviens au pouls de l'Univers. JE infect et beau comme l'amour trempé d'Avril.

Mon narcissisme, plus courageux que toutes les choses béates dont on pare les héros, suffoque et désespère HEUREUX (il est trop facile d'avoir de grands gestes sur le champ de bataille, au rebord de l'abîme, dans la chute des falaises et il est autrement moins aisé de s'arracher à la tourbe, au monde lent, enfin, d'aller gesticuler dans la poésie, quand le ciel est si bas. Dans un monde de carnage, de cendres et de bombes, de choléra et d'infection, l'infini tombe de lui-même dans les paumes du dormeur. Le ciel se dresse comme un condor, s'éploie gigantesque.
Aujourd'hui tout le monde nous assomme d'écologie, de réchauffement climatique, de couche d'ozone raréfiée, mais le ciel dans sa clôture, l'infini à l'asile et l'enfer au ban ah, ça personne ne s'en soucie, même on est soulagés. On a des guenilles de ciel, de manuel scolaire pour en parler).



Je ne crains pas l'obscurité des hommes, cette grande solitude au bout de toutes les nuits, quand chacun déjà somnole d'avoir cherché -en vain, toujours- son âme. Cherché dans l'alcool, dans les regards étrangers, au terme d'une caresse, au nadir d'un baiser, au zénith d'une parole, dans la haine du désir. Cherché nulle part et tout figure pourtant au même lieu prisonnier des songes, reflet tranquille, mer démontée des images. 
Je me fiche des cages, des prisons, des solitudes terribles, des grandes pestes physiques et des incendies humains, si me demeurent les miroirs. Peuple de verre, de quartz brisé, de roches transparentes, peau des morts, un monde de moi-même ; de moi-même mis en miettes, en cendres, en poussières, moi rayé, violé, brisé, fendu, entier, double et triple, moi poussé à toutes les extrémités, brûlé à la bouche, enflé jusqu’à l’enfer, rompu à la première neige. Univers de mon âme en souffrance, galerie des «JE» sensibles, palais des enfances mortelles.
Je ne m’enferme dans nulle case, je m’en vais dans les miroirs, derrière les paupières. Je suis libre pour toujours si je peux fermer les yeux, parler à moi-même à l’instant fragile de sommeil, à l’instant de la longue peur.

Puis je sens la haine, le corbeau malade

 

Et la bouche des blasphèmes, pria

24 mai 2013

La nuit du boxeur

Je viens ici hisser mes hurlements
Très anciens et fameux jadis
(prisonniers de missels hérétiques
on les murmure encore parfois
aux bûchers prisonniers des 
Songes)
J'ai été habile crieur (écumes, morves et pitié)
et piètre rieur
Arrachant à l'infini les
Pourrissantes fleurs d'agonies
Aux parfums de pluie et de rimes
Piétinées.

Je reviens depuis très loin, depuis derrière la nuit très amère. Ma mère peut-être ou mon enfant mort-né, la nuit. Je viens exposer mes lèvres brûlées, mon langage saccagé de bonheur (couleur des matins d'hiver, de la bûche trop vite dévorée par le feu de la Noël).
Depuis un an, je vis dans la lumière, la lumière fameuse du Gel (l'ombre) et de Dieu (le corps). La lumière calme, pâle murmure de la mer insomniaque.

Je viens ici pour retrouver ce mot minuscule, imbécile : écrire. Je viens le trouver avec toutes ses chaînes, ses boulets, la fureur, le chagrin, l'alcool jamais assez.
Je viens ici vous prendre votre part de nuit, votre couleur de cerne, votre goût de manque.

Je cherche la nuit où mon âme (yeux crevés, crucifiée à la grande ourse, lueur impossible du cauchemar) se tord et gémit.
Je cherche la nuit, la nuit immense, sans espoir. La nuit des sortilèges manqués, des amants trompés, la nuit impatiente (vierge de soleil). 
J'avancerai, craintif mais heureux jusqu'à atteindre le point le plus sombre, le plus cruel de la Nuit, fut-elle la Mort impudique. 
J'avancerai dans la nuit oubliant le matin.
J'avancerai dans la nuit à la recherche de l'obscurité, des ténèbres de la légende
J'avancerai dans la nuit jusqu'à mon anéantissement.
Je suis de ceux dévorés par les dessous de velours
De la nuit.

22 mars 2013

L211-1

Aujourd'hui l'on guillotine avec des mots
Mais on ne trouve plus de vivants nulle part
Pour tromper leur ennui les bourreaux jouent entre eux
Le rôle des fantômes Le rôle des victimes
Assis sur le billot, dans le panier de Mort

Quelquefois on entend se débattre le Temps, la Nuit
On devine
L'Aristocratie du crime et quelques gueuses
On reconnait croit-on la République
Non, dit l'Amour, ses souliers sont trop propres.
Sa bosse trop exemplaire
"C'était le Vice, son demi-frère."

Et éclatent de rire les guillotines
Peuple de ce désert Etrange
Nommé jadis La Vie
Ou Le Sang.

 

Nous allons être avocats
Toi, tu seras -comme il faut toujours en droit et dans la vie- notre témoin.
Toi, désigné par mon Toi, tu es le ciel mourant ; un monde d'algues inquiètes.
Toi ce sont toutes les heures alentour de moi
Paniquées de ne pas parvenir à me briser.
Les heures fauves étranges
Aux dents ébrechées
Aux rugissements éventrés
Aux crinières brûlées par la cire des bougies (au XVIIème siècle quand tant de chefs-d'oeuvre se firent par les flammes ; je ne dis pas à la lueur des mèches, mais en Enfer, ainsi est devenue bien plus tard une oeuvre d'Art la main de Van Gogh cette immense brûlure trempée dans la lumière)

Nous allons être avocats.
Il faut chaque fois une sainte, demie-traînée (demie signifiant ici "pour rire" car on y entend glisser par on ne sait quelle ruse le même air qu'il y a en disant "Dieu") très ébouriffée et ce sera toi. Prends, si tu veux jouer bien ton rôle dans cette grande scène sans lumières, ces gueunilles, ces baisers. Je veux dire alors par tous ces mots étranges, prends la marque, fissure de mon coeur, cet éclair tombé à l'endroit du désir, toujours à courir et toujours revenant sur ses pas. Interminable routine de l'orage.

Les concepts et les mots trouvèrent ma Chair Infaillible close à double tour, marquée par les caresses du diable
Je suis l'Intact aux yeux purs ; les étoiles un jour d'Enfer -ces jours où tu pleures, toi, et où toi aussi, et où toi tu meurs parce que tu ne savais pas durer- vinrent me les crever de leurs "NOIRS BRASIERS" (ici tintent les éperons d'une homophonie étrange)


Trop pur hélas, je ne puis te donner tout ce que tu mérites, le pus d'un destin, les maladies vénériennes (le mariage, la pire de toute). Ces armoiries de l'amour.
Ni la vie ni la mort ne tournent plus autour de moi leurs doigts ensanglantés.
Un temps où "je" se disait de toutes les syllabes du mauve, une main creusa dans moi jusqu'au refuge d'ambre de la vie et de la mort (traquées me dirent-elles par les religions, et on entend derrière elles remuer les ombres inquiétantes, les torches de la Saint-Jean et les mains iconoclastes de la Mecque). Main si belle je ne pus m'en défendre. Et les lèvres de la vie et de la mort pour la première fois se délièrent, articulant l'Homme, le Mal toutes les gargouilles qui depuis Dix Mille Ans hantent le monde et les cimetières ( à l'entrée desquels on aura peint à l'encre sympathique : sortie de secours)

Nous allons être avocats.
Epuisé, dans cette forme solennelle de l'Homme aux yeux cernés, je dis : MERDE.
Je me prépapre au jour des serments à réciter cette prière des regrets. A prononcer ce sédiment de vie et de mort ; les injures de vivants, des bruits de foudres (qui sont des bruits d'invasion), de feu refleurissant.
Merde dirai-je devant ce peuple de disparu qui ne me fera pas face.

Mes lèvres ce jour là peintes en presque soleil
Où l'aube revenant de sa promenade des bords de Seine
Se promènera encore.



10 mars 2013

Les Majuscules

Ainsi par exemple parce que nous sommes poètes et poètes exclusivement de tout autre genre (citoyen, ouvrier, condamné), nous n'avons ni Patrie ni Nation nous avons la Majuscule. VINGT SIX quand nous sommes éveillés, plein de l'alphabet législatif et cent-soixante-dix-neuf au plus profond de nos sommeils stupéfaits

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1 février 2013

Et cet enfant dans le ventre du mot stérile

Il faisait ce matin en moi un temps de verglas et de miroir ; temps d'oubli et de mémoire.

Et le givre fredonne l'air prisonnier de la glace. La chanson muette des reflets.

Chanson muette


Et cette vie au vitrail, m’en souviendrai-je
J’étais le carreau en mille morceaux Le
rêveur désasoiffé aux eaux de mirage
A la croix se reconnait ce temps d’effroi
d’avant toi
Mon double de neige et de froid
Mon martyr.

Temps avant les miroirs


J’ouvrai les chambres où le plaisir
Sur le corps de femmes inertes
s'offrait contre quelques baisers


Ma voix

Mes baisers,
Femmes brutales
Pâleurs de ma bouche
Mes baisers
Cendres innocentes
Et tièdes
Baisers, mes poèmes sans rythme
Mes rimes de cyanose
Baisers
Mes vers mutilés
Mes paroles sans destin
Baisers
Mon vent des falaises
Ton prénom tracé dans l’écorce

Randonnée


Coeur où j'avançai
Petit à petit
De peur de briser la mince couche de glace
De peur de ces eaux de mémoire de nuits
De regrets
De peur des fantômes affamés
Sous la fine couche d’oubli
J'avançai petit à petit dans le dédale
De mon coeur
De peur des baisers


La nuit


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins au mois étrange des décombres
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

 

Je

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée
cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Ton corps ton ombre ton reflet
Tes doubles d'incendie, tes martyrs et tes saints


L’insomnie

 

Huit heures du matin, je te trouve au prieuré, fixant ta montre
Tu es venu jusqu’ici, et tu vois la lumière du jour, ton sauveur croyais-tu,
à l'instant mise en croix
Tu croyais t’échapper, en parcourant à vitesse d’insomnie la nuit
Tu te cachais dans tes cernes
Les paumes de tes yeux, les phalanges de ta tête
Les chansons, les airs bien connus
ce qui ne sert à rien


Savez-vous les insomnies comme une pleine saison d’hiver
les chemins de silence
dans un décembre de cendres
Ni houx ni sapins dans l'étrange mois des coutumes
la neige fondue sous le pas de l’année enfuie
la nuit épaisse, les pièges, le grec ancien
Savez-vous

moi
J’ai connu cette saison de pierre
Cette saison d’horreur
La Pâques du Givre
J’ai connu
ma toute puissance d’enfant
Face aux quatre lettres de
VIOL
Piétinée

cejour
As-tu
haï tes dents
As-tu
haï tes ongles
As-tu
Haï les baisers les caresses
Les tiens
Et puis les tiens que crois-tu
Ce sont les mêmes partout
Que veux tu que je te chante
un corps c’est un corps
Regarde les
La haine et l’amour et tes songes
Toutes tes faiblesses
Oui et tes songes
Où les quatre lettres de VIOL
Te battent dans ton sommeil
Toi, ton reflet ton ombre
tes doubles d'incendie tes martyrs

L’insomnie

 

L'alphabet obscène
Les quatre lettres
La couleur du jour
Regarde-les mourir



Je suis cette ville en sueur
Où le coeur prenant forme d'Eglise
Grava en place de devise
Les quatre lettres de mon sang de ma peur
V I O L
Et cet enfant dans le ventre du mot stérile
Aujourd'hui comme jadis oublie le ciel d'août
non je ne dirai pas les noms antiques le passé des autres gens
et je me souviens
il faisait en moi
un temps de miroir et de verglas ;
mon reflet tremblant toute ma mémoire
Je reconnus
les quatre lettres
l'ombre
et le givre
les portes fermées
Je reconnais
cette nuit
ces yeux bleus
Ma tragédie mon péril
Pour l'enfant que j'étais
Portez le deuil, baissez vos paupières

7 juin 2012

Parfois, je termine la nuit avec un café noir.

Si vous voulez une toise ne cherchez pas mes mains pour outil, je ne donne par elles que tendresses, déchirures et miracles, vos précisions malades et forcenées allez les traquer dans votre codex, vos casernes, tout votre état civil du réel. Ah, vous en avez fait de générations en générations des petits génocides marrants, des papillons à crucifier et pourquoi? Il fallait absolument classifier, ordonner la nature, vous ne pouviez pas la laisser vous bouleverser il fallait qu'elle soit profitable, rangée comme une chambre d'enfant docile. Que tout soit à sa place et même la peur ! Dans vos cinémas, vos légendes minuscules. Partout où il y avait de la nuit vous allumiez des torches effrayantes, vous avez fait la lumière très petite pour oublier qu'autour de vous c'est l'abîme, l'abîme, l'abîme rauque et incorruptible. Je me souviens de terreurs nocturnes formidables, de cauchemars qu'aucun éclairage public n'aurait pu diluer. Quand nous sortions la nuit nous promener en forêt sans autre lueurs que nos pupilles dilatées, sans autre vigueur que notre effroi. Chaque bruit, chaque pas, chaque mouvement était l'impensable ! Laissez la nuit tranquille. Arrêtez de la vouloir apprivoiser, l'incroyable laissez le tout seul, il ne sera jamais au calme, jamais en paix, c'est un tumulte incessant, un grand ouragan de violence et d'éternité.

4 juin 2012

Qu'est ce que tu vas faire maintenant ?

 

  • Qu'est ce que tu vas faire maintenant ?

  • Continuer, forcément, continuer. Autrement, moins bien, moins fort, mais continuer. Comme toi tu as pu continuer quand elle est partie, quand tu as compris que c'était de l'amour indélébile mais que quand même il fallait se poursuivre soi. Que mourir c'était une façon trop vulgaire de dire au revoir, un geste trop définitif, pas assez épique. Le poète c'est celui qui refuse tout ce qui est définitif et malgré nous on a toujours eu cette barbe d'inadaptés lyriques...

  • On continue pas, on essaye, on ment, on truque, on joue aux cartes. On a compris c'est un casino miteux. On a bien appris toute la vie les bons gestes, on les reprend, on se découvre une grande qualité de tricheur et d'acteur ! Et puis c'est le même métier de toutes façons. Qu'est ce qu'on imite bien. Ce texte ridicule qu'on a appris toute notre vie d'un œil las on lui trouve soudain une utilité. Ce vieux parchemin illisible. Regarde les, tous à chercher le chaînon manquant, mais le chaînon manquant c'est l'amoureux brisé quand il est réduit à ce chimpanzé mimétique. Alors oui, on va continuer à porter haut sa voix, et puis on a assez ri, la bouche s'en souvient. Le corps a plus de mémoire qu'on croit, il faut juste le plier, et le tordre. Allez on va être ce morceau de métal. Je suis content que tu me rejoignes dans la grande fonderie des désespérés. Dans ce pays de reflets sales.

  • Continuer. C'est tout ce qu'on peut faire. C'est tout ce qui nous reste. Je ne veux pas croire qu'on va devenir des êtres restreints, qu'on va toujours regarder ce paysage englouti avec regret. La vie nous en a banni, et ces collines, ces souvenirs sont partout sous nos cris, partout sous nos poings. On ne peut rien y faire l'eau est montée jusqu'au cou, alors on va se rendre dans des ailleurs plus viables. Parce qu'il faut continuer.

  • Tu n'écoutes pas. J'ai marché partout où tu as marché et j'ai cru entrevoir la même voie que tu comptes emprunter...Si tu crois que se résoudre c'est aussi facile qu'une démonstration mathématique, qu'il suffit d'appliquer le théorème à cette géométrie que ton cœur forcément insoumis, tu es encore crédule. Le sentiment partout a semé des pièges contrariants. Son algèbre est pleine de retenues que tu ne remarques pas et tu arrives à son bord, à sa falaise, privé de toute ta force. Même pas assez pour t'en mettre au bas. Tout ça tu l'as perdu en chemin et tu te croyais immortel et tu te croyais immobile...Ça te met à genoux pendant des nuits et des nuits... tu vas découvrir cette position improbable qui va défier toute la logique dont les hommes sont si fiers : à genoux allongés. Un jour tu arrêtes parce que tu n'en peux plus, et quand tu reprends tu es tellement changé que ce n'est plus vraiment toi. Tu ne continues pas, tu recommences, voilà, avec ce toujours goût de cendres qui te hante, et cette tête que tu ne peux pas t'empêcher de tourner sur ce bonheur dévasté. Tu as gardé ton état civil exact et précis, mais tu te reconnais mal sur les photographies et quand on t'appelle, quand ce n'est pas sa voix qui t'appelle jamais tu ne te retournes. Et parce que tu vas espérer ce sera souvent douloureux. Chaque fois que ce surviendra l'abîme te reprendra, toujours égale, pas méchante, constante comme une femme mariée qui connait son affaire.

  • Continuer, c'est tout ce que je peux croire, que cette vie là ne va pas cesser pour se recommencer ailleurs en moins formidable, en plus mesurée. Je ne veux pas que mon âme trouve sa température stable et basse aux alentours de 37,5 degrés celcius, je veux toujours lui connaître sa chaleur de volcan perturbé. Non, non, non, comment ce qui doit tant nous élever peut autant nous écraser. L'amour c'est une presse sans pitié, on croit toujours que le malheur a réservé son ardeur à tous les autres, qu'à nous les grands champs de dorés, le plaisir infini, les soleils compactés des baisers. Et soudain. Ce drame. Soudain on entend ce qu'on a cru des étoiles s'ébouler en un fracas mortel. Tout l'infini qui tombe du ciel pour nous aplatir ! J'ai l'impression depuis que c'est terminé pour de vrai que je quitte, misérable et trempé, un pays d'infortune. Que toutes mes économies je les perds dans ma fuite pour arriver dans le lointain démuni et informe. Tous les jours je prends mon cœur dans ce chiffon de ma peau pour le mener à cette berge incertaine et décevante des lendemains. Ce continent où se préparent toutes les défaites.

  • C'est toujours le même air connu et on l'apprend comme une chanson étrangère à l'école, on n'écoute pas les paroles avec assez d'attention et toute la sagesse véritable qui les imprègne. On l'a fredonné mille fois pourtant sans y toucher vraiment. La mélodie triste est passée sur nos lèvres mais on était trop insouciants avec ce pouvoir illimité de notre jeunesse. Ça semblait d'un temps lointain, mythique ces tragédies-là. Des contes pour enfants ou pour croyants. Nous on avait toute la saison de notre immortalité. On était trop modestes pour croire que le destin s'emploierait à nous briser d'une aussi méthodique façon. Que souffrir nous empoignerait avec toute sa force antique et tout son cortège légendaire. Ah les bourreaux.

2 juin 2012

Cheveux couleurs de forêts sauvages

Comment un fantasme si solide, une idée si constante, si furieusement dessinée ne peut réaliser un corps tangible? Il faut que les pensées restent dans leurs cloisons d'imaginaires... et qui enfin trouvera la clef pour les libérer, pour déverser tout son penchant, tout son monde intérieur dans le pays des formes ennuyeuses ? Animez vos pulsions. Faites tomber en cascade vos yeux d'incendie. Donnez leur des paupières, des mains, des gestes si vous ne trouvez rien pour les arranger aussi bien que vous même. Greffez votre délire à ce réel infirme.

2 juin 2012

La valse des vingt ans forcément

Qui comprend que le REVE c'est d'abord un foyer. Qu'on le bâtit de la Pierre de nos ongles, du précieux de nos voix Que vivre se débouche à vingt ans et se vide d'un coup. Garçon encore à boire ! Toujours à voir. Vingt ans ça ne s'entretient pas comme un meuble de vestige. Ça se gâche dans des batailles épiques. Ça ne soupire pas. Vingt ans. Ça halète comme une mer jalouse.
Changer. Changer de corps de visage. Changer par le maléfice de vieillir ? Rien n'est forcé ! L'amoureuse dans le miroir choisit son fard et bien à mon tour je décide la lumière qui tombe sur ma vie ! Vous en gênez l'exploit, le parfum ! Allez garçon apporte moi de quoi aimer ! Vingt ans Ça s'exprime avec une voix d'excès et qui veut en faire des paragraphes bien argumentés dans une coiffure est un imbécile. Qui se coiffe, se prépare n'a rien compris à sa jeunesse, à son devoir impérieux de désordre. Vingt ans ça subjugue tout et pour toujours. Ça sent toutes les fleurs, toutes les patries, c'est sont quant à soi, ce moment parfait où j'existe pour être -enfin- terrible. C'est ton âme que tu dois porter en loques pas ton jean, délaisse le conforme et l'inconforme ce sont des souliers trop serrés qui donnent mal à la fureur. TA COURSE ! J'ai balayé les mentions inutiles, préfixes, suffixes, terminaisons, racines, tout ce qui n'est pas crier je l'ai mis dehors de mes lèvres, à l'extérieur de ma bouche. Alors j'embrasse et si je crie forcément moi je chante, parce qu'à vingt ans ma vie ne peut pousser rien d'autre qu'une canicule de baisers Ah. J'aime l'hystérie de mon âge, cette hyène affamée qui ressemble à un enfant mal-élevé et fait ma voix. Il y a dans mes mains un sauvage qu'aucun alcool ne viendra avilir, il y a dans mes pais ce primitif contagieux qui va vous dévorer la peur, qui va vous rendre les maladies perdues. Ecoutez la folie quand elle va bouger.

2 juin 2012

Je me souviens...

Je me souviens en couleurs. Plus précisément : en gris et en saison. De grands moments de ma vie sont une déclinaison de tous les automnes possibles. Ma jeunesse je l'ai passée à éclaircir la tristesse du ciel, à tenter d'y faire émerger un soleil. Quel dommage qu'il faille vieillir pour enfin connaître le bleu du ciel. Voilà qu'enfin la lumière y geint mais je n'ai plus mes yeux d'enfant, les seuls capables de s'en émouvoir.

31 mai 2012

Avec mon coeur je peux tout brûler.

Qu'on me reproche enfin de mentir souvent me paraît une chose aussi grotesque que ridicule, voilà mon maquillage à moi, mon travestissement de somnambule. Si toi tant tu aimes la vérité, allez, va lui faire des petits, des baisers comme des fruits secs, et tu verras tu te retrouveras tout seul avec elle, dans cet hospice glacé d'amoureux austères. Comprenez ! Mentir c'est rendre à la vie son fantastique, c'est ne pas accepter la brique triste de l'exactitude, ses édifices prévisibles et précis, mentir c'est faire revenir Dieu de sa tombe de matières prétentieuses : la philosophie et la science, dures comme des matières inertes. Le soleil ? C'est une croyance, et si ça te plaît d'imaginer le ciel assez malade pour l'y peindre c'est ton affaire, moi je te dis recrache toute ta cosmogonie imbécile, désapprends tes théorèmes prétentieux. Le soleil c'est ma bouche que je suspends au ciel pour le décorer un instant d'un chant de muet. Mon coeur n'est pas ce mortier vulgaire dont on fait l'algèbre et les prisons, mes mains ont la couleur primale du cosmos. Mentir c'est mettre la poésie à chaque seconde dans sa vie, articuler le désastre, la démence, c'est ouvrir son ventre comme on force la porte d'un asile. Que tous les furieux de moi-même filtrent vers vous, vous touchent, vous empoisonnent, que leurs mains pareilles aux dents des enragés vous rendent malades. Toi, laisse tomber ta sagesse odieuse, tes raisonnements démodés.
Mentir c'est ne plus s'occuper de cette chose commode et imbécile que la réalité et mieux l'ignorer comme un amant débile.
Je ne veux m'occuper que du merveilleux, que du miracle ces très chers rois martyrisés.

Jamais on ne devrait faire de nos gestes comme s'ils étaient périssables et fragiles, jamais on ne devrait les peser pour en être mieux économe. Délaisse tout l'état civil du réel, le codex, les casernes, les toises et les balances. Démesure avec l'amplitude de tes yeux, avec la fragilité de tes mains. Ne garde rien, gaspille tout. Gâcher c'est ta richesse. Le prodige c'est ta fortune illimitée. Le ciel est une paume calleuse, la mer une pierre insensée. BRISE-LES, avec ton chant, avec ton cri. Pour aimer use tout le feu du ciel et Dieu même y passera. Quand tu devras un baiser, embrasse avec la langue froide de tes ongles, ta fougère à toi.

Je voudrais vous rendre malades du beau, du vertige et j'avais ce plan élaboré dans la fabrique de mon imaginaire de déposer sur chaque portière, à chaque entrée trop sérieuse, à chaque visage grave comme un portique de banque un peu de LSD pour obliger partout le délire, dans toutes les vies qui ont barricadé leurs sens, qui ne croient qu'en de faux-dieux avec pour cantique les verbes désuets, austères. J'ai toute ma force à gâcher sur un corps, sur des mains, sur des yeux. Je peux tout salir avec mon cœur.

22 mai 2012

Inadapté lyrique.

Et quelles extrémités cette année je n'aurais atteintes ? Partout où il y avait des bordures, des corniches, des falaises, je me suis rendu. L'illimité... C'est le vide. Je l'ai appelé Diane, poèmes, catastrophes Tous les gouffres me sont des amoureuses. Je me suis jeté dans l'amour et pourquoi ? Pour l'allure de falaises des yeux bleus, des nez imparfaits. Je me suis effondré dans des vertiges, j'ai supplié l'abîme de me prendre et de me garder comme fait la mer de ses désespérés. J'ai cherché le traumatisme sur tous les visages, à tous les embranchements, dans les jungles lointaines même qui tant ressemblaient à des mains.. Partout je les ai suivis comme une rumeur, comme on veut un pouvoir quand on les épuise déjà tous de son orme. Ah, j'ai tant chanté, tant promené la vie sur mes lèvres, et c'était un immense chemin pour la vie, comme elle n'en avait jamais vu. Mon baiser...cette terminaison des éclairs. Et un matin, j'étais guéri, la forêt orgueilleuse m'avait pris mon éternité.

Partout où il y avait du désastre je suis allé, pour moi me compléter de tout l'Orient de la légende, de tout l'infini qui me ressemble comme une soeur, un reflet. Alors désormais, je vais aller à la vie normale, la vie rangée, la vie avec sa natte prétentieuse et couarde. Voilà. Je vais retourner cette coutume du geste pour le défaire de tout son impossible lointain. J'abandonne le miracle de mes ongles, je délaisse ici la saveur comme on abdique. Ramasse la toi si tu veux, elle a cet aspect des fougères gisantes, des femmes qui n'aimeront plus jamais, des comme partout tu en vois quand elles ont fini d'avoir vingt ans. Vingt ans, quel âge trop poli, âge sournois, âge comme on a un matricule. Tu reconnaitras l'ardeur, c'est tout ce qui ne te ressemble pas, c'est l'ombre parfaite que je laisse et qui ne suivra plus aucun corps. Je remplace mon corps par la robe d'avocat et plus aucun soleil ne me fabriquera une ténèbre. Je veux être toute ma fonction. Un minuscule comme partout il y a des minuscules et cette dernière perversion, celle qui me manque, celle qui ne m'a jamais hantée pourtant, celle que je goûte dans vos yeux ennuyeux et dont je vais vous dire le nom effrayant et barbare : banalité, celle-là désormais j'en ferai mon destin. J'ai déjà appris vos dos d'esclaves, vos rires utiles, j'ai déjà retenu la leçon de vos cœurs paresseux, il y a longtemps j'ai appris vos versets de l'abandon, toute votre résignation moderne. Votre religion, votre liturgie d'impuissants. Allez, baptisez moi ! « Vivant » demain ce ne sera rien de plus qu'un mot et c'est tant mieux. Allez désespéré lyrique, range tes strophes, tes façons, ton adresse, deviens vulgaire c'est comme ça qu'on réussit.

21 mai 2012

Vieillir ce n'est pas vivre et vivre ce n'est pas si peu que vieillir. (hahaha)

Parce que je ricane de vieillir, que je le prends dans ma paume dérisoire pour en faire ce tout petit que ce n'aurait jamais du cesser d'être ?

Quand je devine qu'on célèbre vieillir parce que vieillir engendrerait la sagesse je ricane. Hé, donc, c'est la sagesse cette moisissure ? Je crois la morale cette chose particulière, presque privée, ou plutôt d'abord privée, et qui est cette sorte de nouvelle fertilité des vieillards. Ils ne peuvent plus enfanter de choses vivantes ? Ils feront partout des choses mortes, des interdits, des impossibles, des limites. Des mains, mais des mains usées, des mains à la couleur de grenier, des pleurs fatigués.

Br. Vingt ans c'est le goût de la révolte imbécile mais tellement heureuse, tellement puissante. Mais c'est tout ce qui change en ces quelques ans, en ce crépuscule insoupçonné parce qu'il resterait selon tous assez de lumière pour vivre encore, quand la dérision devient de l'ironie et qu'à tant se ressembler on les croit jumelles, ironie et dérision, alors même qu'elles sont aussi dissemblables que le corps et son reflet au miroir. De n'avoir en commun qu'une apparence. La colère est un privilège de jeunesse. Appelle ça comme tu veux, puérilité, inconsistance et puis ? A ma bouche je garde ce rire tout entier, jamais défait, invincible. Oh, oui, il manque de maturité, et si peu de moustache en vient brûler son tour. Et puis ? Et puis ? Refuser de vieillir c'est le goût du désordre, de mon coeur agrandi par de grandes caresses, de ma bouche au délire illimité. Oui, ce n'est pas grand chose vivre, ce n'est pas grand chose mais malgré tout ce n'est pas si peu que ce que vous semblez en faire avec vos usages, vos manières. Oh oui, je n'ai rien dit, j'ai tout dit, c'est incompréhensible, c'est tant mieux. LALALA

8 mai 2012

lalala

Le miroir est un amoureux objectif, un mauvais photographe qui te rend ta beauté comme d'abord il te la prise. Ses mains d'ennui, sa figure polie, ses lèvres pales qu'il passe sur toi dans son soupir mesquin. Il a la façon d'aimer des petits bourgeois. Toujours le mot comme il faut, comme une bise aux filles jolies. Toujours le geste appris, la main bien dressée, quelconque et en définitive, parce qu'il l'adresse au merveilleux de tes yeux, le geste vulgaire. Le miroir te rend ordinaire. Son éclairage te force a ces parures de fausse indolence, ces précieux imités, ces débris de lumière insolente.


Mais ! Tu es née grand morceau d'eclair ! tout le feu du ciel, tout l'orge de la nuit c'est ta vie, c'est ta faim. Ne te laisse pas apprivoiser par le faux-pouvoir du poudrier. Puise au soleil ce qu'il te faut d'ambre et de brulures. Ne te prépare pas les lèvres du rouge menteur qu'on met aux mariées. Tu as des yeux d'abime. Le fard que peut il ? Ajouter à la nuit, l'ombre ?
Montre moi tes ongles couleur d'angoisse quand l'insomnie les taille, montre toi quand tu inspires, montre toi quand tu expies. Je veux te voir dans tes bas troués, je veux te voir dans le péché du verbe aimer. Montre moi tout ce que tu peux faire, dire, mentir. Je veux ton visage habillé de la fine lingerie du baiser, les joues massacrées par la peur, les yeux creusés du désastre. Montre moi la vérité de la panique, la vérité de ton corps amoureux, le cruel de ta faim quand elle blesse le jour comme un rossignol. Casse cet aquarium de la logique, laisse toi faire s'il te plaît par la déraison, la déraison de mes mains.


Montre tes dents en entier sans la gêne d'un sourire récité. Mords ! Déchire ! Comme la Diane du poème.

4 mai 2012

L'ennui

Je veux te faire des choses bizarres,
hisser le soir jusque dans tes yeux
te montrer mon visage des jours d'offense
quand j'y plie, quand j'y casse les amandes maladroites
Je veux te montrer la couleur d'orphelinat de ma voix
Quand elle va pleurer, qu'elle ne sait plus bien la forme des fleurs
si elles sont mouillées, si elles sont carrées

Je n'ai plus jamais chaud depuis que l'hiver est venu dans mes mains
Qu'il est venu pour moi, me chercher, me mettre dans son grand pays rond et dur comme une pierre effritée, comme un visage sans profil.

Je veux dire des bêtises à toutes les filles parce qu'elles ont les yeux bleus, les autres n'existent pas, les autres sont fabriquées avec ce qui restait. La douleur, la tragédie et aussi beaucoup l'ennui. Les yeux marrons, les yeux d'écorce m'embêtent et portent sous leurs paupières toutes les fins du monde, tous les bois pénibles. Je ne veux pas être menuisier demain, demain, je veux faire l'amant, je veux mendier tous les visages, toutes les étreintes.

L'été m'oublie depuis le premier jour et je garde au ventre ce teint maladif, ce teint d'enfant prématuré. Ma peau tousse, suffoque, depuis toujours et l'été ne vient pas, l'été m'évite, l'avenir m'évite. Je ne sais pas encore vieillir, j'ai tous les fruits fragiles, les fruits précieux qui retiennent encore leurs voix de sucre. Je veux coller, je veux briller alors je vais suer, sous tous les soleils, dans tous les midi. La journée s'escalade. Maintenant je vais dormir. La journée a été nulle, à peine colorée.

5 avril 2012

De ton frémir, frémir.

J'ai perdu dans tes bras deux ans de rides, d’études inutiles, de gens infréquentables / J'ai perdu dans ton rire tout l'ennui des gens trop sages / J'ai trouvé dans tes yeux les silex du merveilleux / les yeux de l'enfant sauvage / la brûlure préhistorique /

Désirez / Résistez / En un mot // Libérez la vie, tous, libérez la vie / libérez vos voix de leurs prisons de gorges / de leurs cages de bonjour / Dans les signes de main trop parfaits soyez comme je suis à ce miroir de paumes / soyez comme je suis à ce miracle de vivre // un barbare /

Venez demain dans cette grande salle de noir / Venez avec vos robes de chambre / de salles de pleurs / Venez vous offrir le corps des merveilleux / Arrachez le rêve à la prison des ronfleurs / Il est l'heure de devenir votre inconscience / vos gestes de buées / vos gestes de bruine / Temps d'enchanter le monde de vos travestissements /

Partout le traducteur écrivant "INFINI" s'est trompé de graphie, "amoureux" il voulait inscrire "amoureux" / en minuscules /

Vivre ne m'était que noyade ; noyade ; noyade ; noyade et noyades quatre fois pour remplir deux fois chaque poumon de marécages pour ne battre que de ce pouls là qui va s'inonder

////

Je ne marche que du soutien de ta voix / Que pour le rivage de ta vie /

A mon front la lumière ne ressemble à aucune lumière diurne, c'est la marque de tes baisers /

Mon ambition c'est d'avoir vingt ans ; j'ai vingt ans ; je les ai cette fois ci pour de vrai ; je les ai pour toi ; je te les tends // bois son jus furieux / mords sa chair heureuse / PrENDS son crin / son rire / sa douleur vermeille / Prends y tout ce qui change de couleur en changeant de saison /

je veux sentir le métal de ta vie // carénage de tes dents / réacteur de tes muscles / hublots de ta force / Je veux trouver un tailleur de pierre qui n’utilisera que le textile de ta voix pour t'habiller // la flanelle de tes ongles / le coton de ta peur / l'algue de ton cou / la lavande de tes yeux / Je veux sentir l'infini que tu expires / l'infini que tu inventes / l'infini du miroir quand la nuit te présente la solitude /

4 mars 2012

lalala

C'est fou ce bonheur d'où ça chute cette joie toujours là comme une majuscule
Tout ce bonheur comme le fou qui trouve sa certitude enfin dans son reflet
Comme le bruit d'une amante délaissée qui remonte le parloir de sa jupe
Tout ce bonheur comme tous les frémirs de première fois au sortir des lycées
Tout ce bonheur d'un baiser qu'on ferme mal avec la langue
Ce geste d'amoureux enfin égaré dans les rues de Paris
Ces cheveux de noyés qu'ont les forêts en flammes
Je suis heureux comme le poète qui fait rimer tes yeux heureux comme qui atteint l'adieu en disant "je t'aime" très tard

Et tu avais aujourd'hui les yeux tristes et beaux comme des bijoux volés, tout frais comme un jus pressé. J'ai retenu mes mains pour ne pas mordre tes lèvres de mes gestes insolents. Ne pas te dire je t'aime tous les jours c'est un prodige. Mon joli désastre j'ai les jambes usées comme de t'avoir cherchée toujours. LaLaLa

26 février 2012

La mort est un exil

J'ai chanté chanté et pour aimer usé tout le feu du ciel et dieu meme y est passé.

 

Je ne m'intéresse plus aux filles après vingt ans. Elles ont au coin des yeux de minuscules rides. C'est pas des yeux d'amoureuse ca. Ca dit pas "je t'aime"Ca ne sait plus rien dire que des habitudes séniles, des politesses.. Et cette bouche comme une barque jamais détachée. Ca n'a plus faim que de nourritures périssables. L'infini est devenu loin. Une denrée insaisissable. Ca ne se bat plus un corps après vingt ans, ca se laisse faire et ca attend.

 

Rentrer ? Pourquoi faire Paris est vaste comme un coeur amoureux et j'y vais dans cette rue où deja Aragon gagnait sa misère. Ah. Je retrouve un ami que j'avais perdu. Comme la nuit parfois fait la mer et vous rend ces corps là qu'on croyait bannis pour toujours. Exilés dans un silence hideux

 

Toujours je me suis représenté le bonheur comme un condor. Un condor dressé.

 

Avant j'étais amoureux, maintenant je suis fatigué.     

 

Un amour qui débute est un monde au delà des ténèbres.

 

15 février 2012

lalala

Je reviens, ça fait un joli bruit, et puis après j'irai me mettre dans un cri, dans une langue très bizarre qu'on ne dit qu'une fois comme on fait un râme, comme on enlève de ses yeux les pleurs pour les poser à ses lèvres. N'avoir plus de langage que les larmes.

Je ne t'aime plus et combien c'est terrible cette impuissance du coeur qu'on s'y découvre et sa poitrine qu'on croyait un trésor et je t'aimais quand moi même je ne croyais plus pouvoir aimer. Et à midi il faisait déjà nuit. Tes yeux sont redevenus des yeux.

Comme tu étais belle avant, quand je te pouvais mettre comme vêtement le songe, quand pour maquillage mes mots. Mais voilà, il faut que tout passe, tout parte, que mes névroses quittent tes épaules rondes, que ton ventre s'ouvre à d'autres mains que les miennes.

 

Je ne t'aime plus
De là ce goût de cendre froide dans ma bouche
J'ai fumé cette cigarette jusqu'au filtre
Entends moi tousser, c'est comme ça que je te dis adieu petite fille, initiale jolie comme il y a longtemps.

 

22 mars 2012

Rossignol au chant de sang

Je boirai de mes yeux matières Le rossignol égorgé à minuit Les soleils fusionnés Au creuset de ta fièvre Je ferai de mes mains la métaphysique  De l'amour De tes reins l'engrenage de la littérature  Te toucher, t'aimer, c'est te profaner Vertige, Insomnie de tes yeux de vitrail La couleur des fleuves amaigris Si seulement aimer pouvait être un acte Ce serait le plus courageux Le ciel est émouvant maintenant qu'il est un miroir. 
29 juin 2011

Marianne a les yeux bleus pour que je l'aime.

Andrew a des yeux bleus, c'est pour imiter le rire des oiseaux.
Andrew fait danser du verre sur ses lèvres pour boire le sang du matin, au lieu du stick ordinaire qu'on dit à lèvres, elle choisit des trombes luisantes de ronces. Sa trousse de beauté, elle la prend au paysage, dans les fleuves, les forêts, les aubes et les couleurs, les parfums des genêts, le chant du rossignol. Andrew, voit tourner des petits enfants sur ses pommettes, qui lui chantent les berceuses d'antan. Souffle dans ses cheveux le vent juvénile aux doigts maladroits. Il se jette dans son front, et la décoiffe quand elle se rend dans la ville pour le plaisir obligatoire d'une robe à fleurs. Le parvis se souvient bien, des gestes machinaux pour remettre le désordre à son front de sacre. Les empereurs y sont venus à genoux pour espérer un baiser qui les ferait dignes. L'hermine, c'est sa caresse. La couronne sa bouche offerte. Elle a la peau d'une neige pénitente de Canossa.

Andrew a les yeux bleus, où se perdent les matins ratés de la mer, braconne le roulis des vagues en froufrou, et dans ses yeux, on croirait la houle froissée tandis que le monde y entre, impoli brusque comme un garçon méchant.

Elle fait danser sur le pont de sa voix des matelots hagards, elle tremble de silence, quand la liesse l'enlace ; quand les bonshommes de salpêtre la salue du « je t'aime » qu'on répète en foule le dimanche. Andrew, a les yeux de brumes qu'on dit peureux, ils fondent dans la main d'un poète comme une nuit mal formée. Le jour dans son corps, la lumière dans sa gorge, éclosent les boutons de joie. L'absinthe est en crue pour décorer son ventre de miracles oublieux, le soleil sèche la gloire sur ses cils. Jules, en a fait ses lauriers.

Andrew a les yeux bleus, ils sont faits pour des vérités paresseuses, pour des nacres sans l'effort de la carrière, et quand elle ouvre les yeux, le matin y vient. Des insomniaques de vingt ans patientent à l'argent de sa fenêtre, les premiers balbutiements de lumière qui l'étouffe. Ses yeux pèlent le jour.

Sa voix c'est le secret sous la vapeur des fumeurs d'opium, et la même ritournelle savante se fredonne par la nuque, sans qu'on en devine le cratère. Il n'y vient que sa silhouette. Son relief.

Ses cheveux blonds, s'ils sentent encore la nuit, tombent en grillage devant ses yeux, et plutôt que les ranger dans la petite boite bourgeoise d'une natte, elle secoue la tête. Ses yeux s'y plissent comme de l'encre sèche.

Son corps est timide comme sa voix, il ne s'échappe de lui nulle poitrine, pas de formes. On se demande encore, si elle casse la boite à tumultes quand sur le pavé son pas déclame la litanie immobile, sûrement sa pudeur lui offre des silences de fantôme malade. On dit que son ange gardien a un bâillon sur la bouche, qu'il veut la garder des ricanements des hommes, mais qu'il n'a pas les muscles formidables pour défaire le lien ) son brouhaha.

Andrew a les yeux bleus qui boivent des fées toute la nuit. Et sa voix, je la connais, c'est celle du verre qui casse quand il est vide, une voix à l'allure de l'alcool qui saccade dans l'invisible et bondit dans l'estomac, plein de son danger, plein de ses visions.

Andrew a les yeux bleus qui gonflent de cotillons et regardent les garçons pour leur engourdir les bras. S'ils ont une amante, leurs nerfs se fatiguent, leurs liens se défont. Autour de la taille de l'amoureuse d'alors flotte le vide d'une étreinte oubliée. Andrew a les yeux pour la solitude des autres, dans le fond de la pupille, dans ce désert de sombre, des voix décroissent jusqu'à trébucher de silence, ce sont les vies de tous les amoureux aux poitrines muettes, tous les membres de ces faillis de la juxtaposition déposés dans son creux, dans la seule tâche d'ombre qui s'abandonne en elle.

Andrew a les yeux bleus qu'elle pose sur ses amoureux plein d'angles morts.
La tristesse dans la calomnie bleue et jaune de son crépuscule crache des printemps solides, des blocs épais de saison qui ne tiennent pas au ciel. Dans ses mains on peut jouer l'été à plusieurs, elle fera toujours les astres. Elle laisse aux garçons le rôle des algues mortes et les filaments de lumière qui s'accrochent à ses yeux en la coiffe d'une Méduse de Soleil.
Elle va parler, demain, et vous verrez le bruit grimper, monter, pour s'achever en un souffle iridescent, concentré, du râle exquis que fait le silence déniaisé.


[i]Il est six heures moins la pluie. La lumière vient, sûrement ouvres-tu les yeux.[/i]

25 juin 2011

l'Univers tient dans une strophe mais pas mon cri.

J'ai visité le crépuscule, les lèvres compactes d'une enfant-pie baisaient sa lumière. La lune tapie dans le nid de paille d'un automne, se croit l'oeuf du soleil. Le compagnonnage des muses enseigne la folie. La cathédrale des loups a bavé dans son sommeil le symbole rond d'une vierge enceinte. L'enfant viendra demain, les paumes en sang. La table du menuisier ne croit pas en Dieu.

Le prieuré se fâche avec la liturgie.
 

L'aube nouvelle me disait « Jeune homme, tes boucles à ton cou, on croirait de la nuit qui mousse. Le gloussement des vagues insolentes contre la gorge opaque de la nuque transparente. Mal'heur de vingt ans, tes cheveux sur ma bouche gisent avec les restes d'une femme par l'amour déchiré. Le vent sur toi se devine quand la musique bondit, quand la masse des noirs qui te teint le front tressaille. Tu as à la bouche un peu de cet éclat des baisers qui ne savent que resplendir ».

 

La rosée a les yeux de mon silence, et me regarde passer en riant.

De mes mots je fais des poèmes, des chants, des échos d'ombre de lumière. Leurs failles au désespoir secrètes. Nul bras pour la mélancolie dans la crue de ce fleuve. Ni par le bruit du torrent, ni par le saut des saumons. Et le désespoir ne sait quel pan de ma robe déchirer pour percer l'aurore.

 

J'ai dans le ventre la littérature des fleurs sauvages, des minéraux gercés, des astres immobiles, et des mensonges du ciel.

 

J'ai mis dans mes livres le désert des hommes. On y entend ruisseler le chant d'oiseau qui gonfle les cactus, et rien que le silence d'eau d'une ville habillée par le deuil. Si vous y croyez sentir une voix humaine, méfiez vous, ce sera celle d'un fantôme laissé là par le sommeil. Si les fleurs en bouton éclatent, paraissant un murmure, si des voix de fillettes vous prennent par les doigts, fermez les sens, c'est l'ourlet marin des muses qui s'assigne. Il entre dans la peau, il entre par la main, fait de la fierté du matelot l'impotence du poète. Plutôt qu'épuiser la vague, l'allonger dans l'encre...

Tout l'Univers peut tenir dans une strophe, mais il manque de place à la rime pour nos deux silences. Paul Celan, nous attend en haut du pont au change, il a deux tickets de théâtre qu'il n'utilisera pas cette nuit. Tu peux tendre tes mains pleines de pleurs et de pluie, il ne craint plus l'eau depuis avril soixante-dix et le vent mortel dessus le pont Mirabeau. Méfie toi des bourrasques, un soupir vient si vite de la voix d'un poète.

 

Je ne serai pas Nina A. ni Charlotte D. à coller mon visage sur le papier à musique pour composer avec ma peur des sonates et des berceuses, je préfère jouer de l'ongle sur la corde d'horizon, attacher à mon luth les efforts de la mer. Dans ma voix vous pouvez deviner l'humeur d'un Océan strié de morts. Parfois y gronderont les monstres d'antiquité. Souvent montera la plainte de l'animal mythique qui pouvait renverser des continents, mais qui pourtant voulait boire aux étoiles. La littérature est une échelle de songes, elle fait visiter les signes invisibles, goûter des nectars sans parfum...Voilà une misère, pour les heurtés du vrai. Un monde soulevé de jardins à l'odeur de papier, les fleurs y brûlent bien. Et ignifugé fond dans la flamme du briquet. L'étymologie n'a pas de sève. Le sens sécrété de l'encyclopédie n'a pas fait bouillir le coeur.

 
Ma poésie avait les veines pleine d'un peuple on aurait dit les fleuves d'une capitale. J'ai coupé la membrane, et dans le susurrement de blessure, les voix se sont penchées comme le blé de la moisson. Vous ne trouverez personne dans mes pages que des jonquilles malades : la mélancolie de Narcisse est mon pays. J'habite un vertige bleu. Faites attention en soulevant les paupières, vos yeux me sont un soleil navrant.

23 juin 2011

Le départ parfait.

Bien sur, vous attendez, le poing qui s'en va fissurer le miroir, la pluie qui vient effaçer le prénom inutile, la peau qui vient vous expliquer. Non. Non. Elle vous explique. C'était calme, c'était doux. C'était. Ca n'était pas comme ça. C'était sous terre. Sous peau. Je ne sais même pas si c'était. Taisez-vous. Je ne veux plus de questions. Les pierres par la fenêtre, ouvrent grand leurs oreilles. Il n'y a rien à entendre, il n'y a pas de bruits, il n'y a que des murmures, que ses murmures "Si je te laisse seule, maintenant, je me laisse seul aussi". Il n'y a que des nuits sages, des lumières faibles, ses cheveux qui coulent le long de mon épaule, ma main qui cherche son front, l'odeur des filles, il n'y a pas. Taisez-vous. Ce que vous attendiez. Le plafond laisse dégouliner ses curiosités. Non, retiens-tout, je ne veux pas, de ton liquide curieux, impatient. Il n'y a pas de violence. Retiens ton humidité, je n'ouvrirais pas la bouche la nuit, tu ne m'atteindras pas. Rien de ce que vous attendiez. Juste son sourire derrière ces petits airs de petite fille, des petites mains qui regardent les miennes, juste un silence poli à travers les draps, juste un baiser pour la nuit, juste des yeux qui ne sont pas perturbés par une frange trop longue et insolente. Il y'a juste, des choses qui s'ajoutent, qui se déplacent. Il y'a juste, son amoureuse, et son sourire que j'imagine se mélanger sous les doigts de Doriane Il n'y a pas. Elle dit peu. Elle a le silence épais. Il n'y a pas. Jusqu'au départ. Il y'a le départ. Taisez-vous, laissez moi finir. Il y'a le départ. Là, je dois réussir à l'écrire. Il y'a juste la violence du départ, caché. Pourquoi. Je ne comprends pas pourquoi. Laissez-moi l'écrire. Laissez-moi me dire que vous ne me lirez pas. Je ne comprends pas pourquoi, partir. Partir comme ça. Non, je ne peux pas. La gare est inondée. Les visages sont en attente. Les vitres du train nous regardent. Les costumes des hommes se déchirent. Les souliers des petites filles ont les lacets défaits. Les rouges à lèvres s'écaillent. Les salives retournent dans leurs gorges. Le ciel passe son œil à travers des gouttes de pluie d'argent. Les braguettes s'ouvrent. Les mains se cherchent. Les corps sont en attente, haut perché, ils nous scrutent. Les ampoules se cassent, en silence, leurs débris s'écoulent dans les décolletés. L'hiver s'éteint, s'installe, tranquillement, il attend, le moment venu, il attend, c'est son film, son histoire, son manuscrit, son scénario. Il prend son temps, il nous regarde, il s'impatiente de son moment. Les parfums sont brisés, les amoureux se séparent, les ventres se tordent de nervosité, le vent suit notre mouvement, inconscient. Pourquoi je suis parti. Pourquoi je suis parti comme ça. Les hanches se brisent. Les trains attendent de démarrer. Les valises se vident. Inconscient, je suis inconscient, de partir, comme ça. Non, je ne peux pas. Laissez-moi, attendez, je n'ai pas fini. Je dois pouvoir l'écrire. Je dois pouvoir retrouver. Partir, comme ça, pourquoi, je ne peux pas, c'est impossible, je ne peux pas m'oublier à ce point, je ne peux pas nous oublier, je ne peux pas. Alors pourquoi. Qu'est-ce qui me prend. Qu'est-ce qui me prend de partir comme ça, avec ce sourire, avec ce calme. Avec ce sac sur mon épaule qui s'attarde lourdement, ses cheveux décoiffés, ma frange qui ne se met pas en place à cause de l'humidité de la pluie, ce manteau sage qui tombe, mon parfum qui ne se remue pas. Partir, comme ça. Calmement. Pourquoi. Je ne connais pas mon rôle, je ne reconnais pas mon texte. Je ne devais pas. Je ne devais pas jouer ce rôle là. Moi, je devais jouer la force, je devais recevoir la gifle, je devais ouvrir les bras. Comment ça se fait. On s'est trompés. Pourquoi. Rendez-moi, mon texte. Je ne suis pas dans mon jeu là. Le décor va tomber. Moi, je devais. Alors pourquoi je ne le fais pas. Pourquoi je pars comme ça. Il y'a un problème, on s'est trompés. Revenez, donnez moi les mots, les phrases, donnez-moi l'ivresse, donnez-moi les pleurs qu'il faut, donnez-moi le visage qu'il fallait. Pas celui-ci, pas celui de l'indifférence, pas celui du départ indifférent, pas celui que j'ai en ce moment. Donnez-moi les gestes, de la puissance. Ceux qu'on m'avait réservé. Attendez, ne partez pas, et vous, les trains, ne démarrez pas, attendez, je vais trouver, quelqu'un qui pourra me donner, mon rôle. Mon rôle qui m'était réservé. Attendez, non, ne partez pas. Je n'ai pas encore fait ce qu'il fallait. Redonnez-moi les baisers qu'il faut, l'événement que j'avais inventé. Restez, ne partez pas, je vais trouver, faites-moi confiance. Pourquoi je pars comme ça. Ça ne fait pas partie de la scène. Je suis peut-être trop dans le désamour. Je suis peut-être trop dans la politesse. Je suis peut-être trop dans la politesse. Pourquoi. Vous, Madame, tendez-moi un texte qui bout dans les entrailles, une phrase, un geste. Venez. Partir comme ça, ça n'était pas pour moi. Partir, comme si, j'allais la revoir demain. Comme si, je ne l'avais pas aimé. Comme si. Alors partir, dans un rôle qui n'est pas le mien, avec un texte vide, partir, la regarder, savoir qu'au fond, on ne nous a pas enseigné, ce qu'il fallait, mais savoir qu'au fond, on savait, que le calme était déguisée, et dire ensuite "ce qui me manquait c'était le départ parfait

16 juin 2011

Peu importe les révolutions, les comme vous ça saura toujours refaire des habitudes.

     Je ne suis que roses, chants, pétales et paroles dans un siècle sans émoi. Je passe dans mon vêtement de fantôme, sous ces narines bouchées, ces oreilles mutilées et ces yeux crevés. Ne vous retournez pas, je me rends à la nuit, les mains liées d'un bourdonnement des fièvres passagères.

     Parce qu'un jour certainement, dans les débris de soufre de ton ennui tu repasseras ici. Tu repasses parfois, et ce fait des respirations très lentes à déployer chacun des gaz qui occupent les poumons et se compriment dans la bouche, tu mets du temps à les développer et les embarrasser de signes et de certitudes. Entre deux de tes respirations, j'ai le temps de m'endormir dans le repas de mes libertés, et de redécouvrir dans les chambres mouvementées qui m'accueillent d'autres visages, d'autres races, d'autres rages. J'ai longtemps cherché comment t'écrire, tandis que je n'étais plus capable de te voir, que toute ta réalité s'était dissipée sous l'encre. De t'avoir écrite je suis devenu aveugle à tes nerfs, insensible aux contours matériels de toi, et en disant de t'avoir écrite, je ne veux pas dire "m'être adressé à toi", mais aussi grammaticalement correct qu'est ma conjugaison, c'est à dire t'avoir résorbée en langage, t'avoir mis plus ailleurs nulle part que dans mes mots, dans la tanière d'un chant, et la devanture d'une rime. Ta matière est devenue inaccessible à la mienne, nous n'évoluions plus dans la même galaxie, sous le même ciel, nos corps, nos enveloppes ne sont pas régis des mêmes lois. A tout je désobéis, et aux ordres même des yeux clairs, clairs, clairs aux angles imprécis. Quand il arrivait ensuite que nous nous vîmes, j'étais insusceptible de t'apercevoir, j'avais la gêne angoissée de celui-là qui fait face à une morte et dont personne ne sait que la morte est à table, parce qu'elle a des gestes et des manies identiques à ceux-là de tous les autres. A ceux-là de nos souvenirs. Les mots ont des douleurs d'hiver quand je dois te parler, parce que ce n'est pas facile de s'adresser à une morte dont on a aimé les gestes, dont on s'est amusé à décrire les hiéroglyphes angoissants. Pas facile, le tard, au rentrer d'une soirée de croiser sur le XV ème le suicide ton geste sur la surface d'une route, et la gomme d'un taxi exhalant encore le regret de t'avoir déposée.

     On pourrait croire assez facilement que je t'ai aimée, que je t'ai mise dans ma poitrine et qu'après tout l'encrier, le lexique, et le coeur sont semblables pour qui se prétend du sommet et de la lie du poème. Qu'entre ces objets, ces muscles, et ces fantasmes, rien n'est différent que leur dégradation chimique, que la quantité de lumière qu'ils absorbent. Hélas, je t'ai plus méprisée qu'aimée, et s'il est vrai qu'il me manque de toi une étreinte, quelque chose solide, c'est que, mignonne, j'aurais voulu m'assurer de ta réalité pratique, du périmètre de tes os, de la souplesse de tes muscles. Cette étreinte remuait dans moi en tant qu'action physique ultime, geste d'amour, et de débandade, l'étreinte c'est tout ce que je peux consentir au corps en dehors de la poésie, je parle d'une étreinte sans pudeur, qui n'est pas litote de sexualité timide, c'est une étreinte en vêtements, une étreinte qu'on fait l'hiver sous la neige, sans dévêtir son corps de tout ce qui fait sa chape, son voile, son masque et finalement son symbole. Parfois, en me tournant, sur l'herbe sèche de Bordeaux, et trouvant ma ménade, je l'ai appelée de ton prénom, pour voir comme ce fait, des yeux bleus qu'une passion invoque.

     J'ai voulu t'écrire souvent quand, au sommet des tours, très profond dans les heures nocturnes, je balançais dans le vide mes jambes. Je voulais t'écrire "il est impossible pour le poète d'imaginer, quand il est minuit, qu'une clarté obéïssante puisse venir ronger ce ciel mutin ; je dois veiller pour m'assurer d'entendre scander les trompettes d'aurore et saccader ces nuages violacés de l'habit du bagnard, de voir cette bouche de paupière boire ces taches de vin, et ce jus d'étoiles".

     Il faut être toujours improbable, et à ta façon, sans que l'ordinaire ne le voit, sans chagriner le quotidien, tu es improbable, ton visage est improbable, ta folie est improbable. Radiguet répétait à Cocteau « il faut être précieux », et je sais assez bien être précieux, je vis sur la pointe des pieds, je ne courbe pas le dos, et j'ai le sourire qui proclame le refus. C'est quelque chose suffoquant, pour les nerfs sensibles que les miens, quelque chose qu'ils ne peuvent pas isoler, mutiler, et diminuer, et folie est là, avec ses serpentins de visage dont personne n'imagine les mains froides de répétition. Folie est là dans tes yeux que la géométrie trouble, et que tu ne regardes qu'avec détours, tu as été un objet amusant à manipuler dans le langage, un objet touchant et lumineux comme un jouet d'enfant qui dégage des bruits de guerre et des lueurs de phare. Mais je t'oublie, vraiment, et tu t'effaces, je ne me souviens que de ta voix...

     Mes jambes balancent toujours entre le vivre et le mourir ; cri et silence métaphorisés. Poésie silencieuse aux pas arqués dans le sable ; et chant révolutionnaire scandé sur le boulevard de l'amertume.

     Je ne cesse de m'effriter, les hautes falaises boivent le vent par leurs blessures. Les rivières qui coulent dans moi feront naître demain des jonquilles plus belles que le soleil. Ces visages inconnus auront changé mille fois d'âge, et l'on se souviendra d'un jeune homme élancé, qui n'a jamais pu dire oui aux obligations civiles, morales et athlétiques, qui a tressé sur sa bouche du silence pour le faire semblable à l'hymen pur du soir. Sur mes os je veux que des mains jouent du piano, et qu'avant de brûler de mon dernier soupir, que le ciel déplie des vagues abîmées par l'écume des nageurs. Si en rentrant, le pas ivre, de la fenêtre du taxi tu vois dans la nuit une tâche plus sombre que les autres, ce sera moi enfreignant les obligations du sommeil, du silence et de la mort, moi qui aura traversé ces strates d'une géologie imparfaite pour me manifester dans ma parure d'étole sombre.

      Je croyais tenir dans mes veines le discours de cent mille suicidés, et offrir à ces fragilités de la vie, à ces précieux fendus par le centre, un destin à hauteur de leurs cris. Et seulement, je suis un de ces échoués, la figure enduite de sable et d'argile, je suis pareil à leurs famines, pareils à leurs limites. La fêlure me vient dedans, je m'entends rompre, soyez attentif, le dernier poème arrive quand la voix rompt.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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