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23 mai 2023

Place à l'éclair

J’écris régulièrement, en ce moment, à la terrasse d’un café de Suresnes, Place du Général Leclerc. Je m’y rends en après midi, avant la cohue que le printemps amène, pollen à quoi je demeure allergique. Dans cette ville bourgeoise, les personnes âgées fréquentent abondamment les cafés, les cheveux de riche couvrent les crânes des hommes et les femmes, cheveux teints et nets, semblent toujours quitter un salon de coiffure.

Des groupes, d’individus plus jeunes, allant de 30 à 55 ans, squattent, pour des déjeuners tardifs ou des collations anticipées cette place. Ces gens parlent fort. Leurs conversations, toujours, mises en scène de leur position sociale (en réalité de leur fantasme de cette position), sont banales et comprennent un je-ne-sais-quoi de vulgaire. Ce grotesque, s’il se trouve à Paris, ne se rencontre pas tant chez les parisiens, cette vulgarité sent la propriété sans charme, sans aucune sciure d’ébéniste, leurs vêtements sont propres, les chemises boutonnées jamais comme il faut, un bouton de trop (attaché ou détaché).
Les femmes possèdent davantage de style, non qu’elles y prêtent plus d’attention, les hommes aussi y consacrent du temps. Il s’agit, pour elle, d’une ancienne nature, sa mère en constitue, par ailleurs, un criant exemple. Les marques féminines dédiées à ces catégories socio-pro, habillent mieux leurs consommatrices. Voilà tout.  

Ils rient et s’amusent rarement. Quelques uns dominent la conversation, les autres attendent.

L’argent, sous toutes ses formes, occupe l’essentiel du bavardage, sous toutes ces formes ou presque parce qu’il élude, en le laissant deviner, le revenu. Il se déduit des vacances à venir ou passées, il se déduit des travaux annoncés et des acquisitions prochaines, il se comprend, aussi, par ce qui est trop cher. Ces personnes sèment des indices qui, bien assemblés, reflètent leur tranche d’imposition, leur parole est une déclaration fiscale biffée.

Leur assurance me fascine, celle des hommes surtout, en ce qu’ils ne la feignent pas. Elle les déborde, strates et strates additionnées jusqu’à cette perfection de morgue, de capacité à décider et ordonner. Ils s’expriment en questions rhétoriques sans point d’interrogation. Aucune réponse ne peut dépasser ces paroles, leur mode d’existence est le présent de vérité générale.

A Suresnes je les vois plus nombreux que lorsque j’y vivais plus jeune. La ville, auparavant, comptait une plus grande diversité humaine, des historiques, ceux qui ont vu la ville changer, sa bascule, dans les années 80, à droite. L’édification des bâtiments - j’y reviendrai dans un prochain article - fonctionnels de cadres sup, d’un moderne en toc.
La ville rase son histoire et remplace les vieux immeubles ou les petites maisons de ville, par des logements, tous clones les uns des autres, habités par des clones, aussi.

à côté un homme parle d’une bague de 25 (?) carats, parce que je porte mes écouteurs à réduction de bruit et son blanc, je n’entends pas davantage.

Leur assurance continue de m’épater, une assurance sans intérêt, parce qu’elle ne porte pas assez loin comme ces hommes ou ces femmes, violents, durs, affirmés qui n’emploient leur pouvoir qu’à de médiocres ambitions. Ils vivent dans un petit monde et prennent le plafond de deux mètres cinquante - la norme - pour le ciel et ne s’étonnent pas, voyant la lumière tomber du plafonnier, de n’y trouver aucune constellation. Aux nuits vides désormais accoutumés. 

 

Lorsque je squatte les endroits chics de Paris, les grandes brasseries, Chez Castel, les grands hôtels, ou le Raspoutine, je ne trouve pas ça. Pour, peut-être plus répugnants en apparence, les êtres humains y possèdent une forme de complétude. Entiers ou tentant de l’être. Certains, dans ces lieux, seront submergés, bien entendu, mais, au moins, auront tenté d’échapper à quelque chose dont ils ignorent - ignoreront toujours - même le nom. Les autres ceux de Suresnes ou n’importe quelle bourgeoisie moderne, celle de la province, appellent ambition ce qui relève d’un conformisme inquiet. Ils se reproduisent à bas étage. Certains diraient, avec joie, que s’ils composaient, depuis toujours, l’humanité entière, la Tour de Babel n’eût pas été seulement imaginée, ni l’Amérique envahie. De petites chefferies.

Quitte à survivre autant survivre avec panache. 

 

je pense à ce garçon Simon Collin, dingue du dernier degré, alcoolique drogué au benzo que je croise parfois, qui flotte, il organise des interviews chez lui avec des « personnalités » suivies d’un dîner. Il n’y invite, à l’exception de ses amis proches, que de jolies filles qu’il trouve sur instagram, celles-ci acceptent, voulant bénéficier de l’exposition apportée par ce garçon et, s’aimant, il faut le dire, ainsi sollicitée. De nombreuses filles - ma compagne - déclinent l’invitation, la curiosité et la petite ambition ne comblant pas la suspicion. Pourtant, il parvient toujours à remplir sa table et les filles sont jolies, et les invités étonnamment connus. Ces filles, qu’il invite, justement, tentent, sans réel danger, je crois, mais elles tentent de débuter quelque part puisque le bal, celui jadis des de-débutantes, ne les peut admettre. J’ai plus d’estime pour elles et même pour ce bouffon haïssable de Simon Collin que pour le monde entier. 

 

 

Oui, je déteste, chez ces gens là, leur platitude extrême, tout d’eux peut se deviner, ils dessinent une ligne droite, qui traversera tout, y compris les autres, voilà leur crime, cette ligne ne s’élève pas, ni courbe, f(x)+1. Je ne les nomme pas médiocres non plus, leur cruauté les distingue de ce mot, une banalité. 

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7 juillet 2023

histoire de la violence

Je me souviens de Guillaume, en 6e1, qui, pendant les pique-nique, choisissait toujours, après le premier, des chips saveur bacon, pour éviter que Mohammed, surtout lui, n’en demande et de devoir vivre avec la pression du refus, l’insistance de Mohammed. Cette stratégie, en réalité, eût pu s’avérer inefficace si la nomination bacon n’excédait pas la réalité matérielle - jadis - de ces chips qui, en général, ne contenait pas une once de porc. Guillaume, j’y pense, est le premier garçon que j’ai blessé en le frappant, j’ignore, le motif, je me souviens que nous nous tenions dans la partie boisée de la cour de récréation, que quelque chose avec Alexandra se déroulait, et que, serrant mon poing, je l’abattais sur le front de ce garçon bien plus grand que moi. Il en résulta une énorme bosse sur son visage, et, après un bref échange, il me précisa je te dénoncerai pas. Je ne me souviens pas des exactes circonstances qui retinrent sa délation, je sais, par contre, qu’il ne s’agissait pas de la peur. Il me tenait, je crois, et ce coup me servit à me défaire de son emprise. Je sais que je l’ai frappé, avec le poing, parce que je voulais connaître ce que ça faisait. Plus jamais je ne frappai quiconque au visage, si, depuis, je me suis battu de nombreuses fois, il s’agissait plutôt d’empoignades et de bousculades, violentes, parfois mais qui n’attentèrent jamais à la face. Ou bien, alors, seulement, dans cet art brutal, du krav maga, mais, jamais mon poing nu ne s’abattît sur aucun visage. La sensation, d’alors, ne m’a pas quitté, la résistance du front, le choc sourd des phalanges. Ce coup, j’ai détesté le porter. 

 


Je liste, ici, les ingrédients des chips carrefour bacon : 

 

Pomme de terre déshydratée 52%, huile de tournesol, amidons (blé et pomme de terre), sirop de glucose, farine de riz, sel, dextrose, arômes, émulsifiant: mono - et diglycérides d'acides gras, huile de colza, paprika, oignon en poudre, ail en poudre, arômes de fumée, colorant : extrait de paprika.

 

Je me demande quel est le statut jurisprudentiel, de ces aliments présentés comme contenant du porc et n’en contenant pas. Si en Islam, sans contrepartie rédemptrice, la consommation involontaire ou par méconnaissance d’un aliment illicite, n’entraîne aucune sanction est-ce que, en miroir, la consommation d’un aliment réputé et présenté comme impropre, doit être, à ce titre considéré comme tel, indépendamment de ses qualités réels ? Un interdit putatif pesant sur l’aliment ?


En droit français, par exemple, dans son aspect théorique du moins, la vente d’une substance présentée comme stupéfiante et qui ne le serait pas en réalité est sanctionnée de la même façon qu’une substance classée à ce titre. Ainsi, pourrait être jugé pour trafic de stupéfiant celui vendant des fraises tagada en les présentant comme de l’ecstasy. Gérald Darmanin et ses troupes, d’ailleurs, démantelèrent récemment, un trafic de fraises tagada pensant abolir un trafic d’X, qui, hélas, ne permirent pas la protection de la jeunesse, mais satisfît Haribo ravi de voir cette concurrence déloyale s’achever. 

 

Ainsi, certaines substances consommées pour leurs effets psychotropes sont vendues, sans que l’acheteur ne soit dupe, bien au contraire, comme de l’encens. Il en allait ainsi, du moins dans les années antérieures, de la sativa, herbe à fumer, ou plutôt, lorsque vendue à par-fumer. 

 

Puis-je, musulman, consommer, sans faute, un aliment qui imite le porc sans en contenir si je sais cette absence ? Ou bien, la présentation domine la réalité, comme si, celle-ci, portait un risque trop grand. Existe-t-il, alors, un principe de prudence, excédant, une stricte lecture des exégètes musulmans ? Se donner le plaisir de l’arôme porc c’est déjà s’engager dans la voie du péché, les vegans, eux, ne souffrent pas de pareils complications, leurs produits qui dédoublent (viande, nuggets etc) les aliments animaux servent, en effet, à compenser la perte de qualité de vie qu’induit leur éthique. C’est que, en ce cas, le vegan est le seul à choisir son éthique tandis que le musulman, lui, se soumet à une croyance établie par d’autres, une vérité absolue qui n’admet, sous peine de l’enfer, aucune contradiction.


Je pense, continuant sur ce registre, à Tristan, en 4e2 qui, las de donner, sans recevoir, élève trop parfait, des copies doubles pour les devoirs sur table, les proposait à la vente. J’ignore si cette initiative lui venait en propre ou si ses parents l’encouragèrent pour ne pas dire l’y contraignirent ? Il me semblerait toute fois curieux qu’un adolescent exprime, auprès de ses parents, son immense frustration de donner sans fin des copies doubles à ses camarades. Je crois qu’il indiquait, aussi, sur son bureau, sur une feuille de papier (se la paya-t-il ?) dressée en pyramide, comme lorsque nous affichons, au début de l’année, nos prénoms pour les faire plus vite apprendre à nos profs, n’être pas distributeur de copies ou quelque chose de cet ordre.
J’imagine, il est vrai, l’immense lassitude de se voir, sans cesse, interpellé à cette seule fin.

Je rêve, souvent, quant à moi, de rapporter à ma mère le harcèlement scolaire violent dont je fus l’objet au cours de ma scolarité et, surtout, en 3e8 à Passy, interne, en ce temps là. La déformation, comme je l’écrivis, des résultats scolaires autant, surtout, plus grave, du rapport aux autres. Un manque de doigté, une forme certaine de brutalité. 

 

Je rêve, souvent, de cet aveu que je ne confesse au monde que depuis quelques années, depuis ce moment, à l’été 2019 où je me refusai, radicalement, au mensonge. Ce principe se délaie, évidemment, avec le temps, non parce qu’il s’userait au contact de la réalité, mais, bien entendu, parce que la vie, plastique et mouvement, nécessite toujours des ajustements. Comme je l’écrivais, auparavant à propos de Marine, un principe exercé radicalement porte, paradoxalement, sa corruption. Qui ne s’adapte meurt, voilà au moins une leçon de Darwin à ne jamais oublier. 

 

j’ai depuis confié à ma mère cette époque

Je pense, étendant, me souvenir de ce que Chloé me rapportait, quant à elle, n’avoir jamais eu à souffrir de harcèlement parce que, notamment, les personnes les plus populaires, s’y refusaient. J’admettais, jadis, comme possible son énoncé avant de me raviser, elle n’existe nulle part cette absence, elle est consubstantielle à tout groupe. Qui l’ignore ou bien joue l’aveugle ou bien, pire, participe au massacre. Je ne pense pas que Chloé y participait ou, bien sinon, par cette abstention, qui, reconnaissons-le, y contribue.

De Chloé, c’est bien la chose curieuse, encore, qui me remonte ici, je ne comprends pas le blâme, au point, à force de tourner dans ma tête nos conversations, imaginer qu’elle me confonde avec Pierre-Adrien dont elle mJ’ignore s’il s’agît, alors, d’une sorte de principe mis en oeuvre aujourd’hui, pour mal me colorer ou m’assimiler à Pierre-Adrien, j’ignore, aussi, si, considérant son âge d’alors, elle refuse toute entente possible. M., pourtant, peut confirmer, qu’à ce sujet elle me mentît. 


Je m’interroge, vraiment, à cause, aussi, de ce que trouble toute résolution de ce qui aujourd’hui compte, compte vraiment.

Si de Margot, il s’agit, bien entendu d’une revanche des deux mots qui la hantèrent pour la vie, et, quoi qu’injuste, est au moins intelligible. Disons, qu’avec elle nous sommes à 2-1 en sa faveur. Sa volonté, très cruelle d’adultère, ma réponse des deux mots, aujourd’hui son attitude.
Je me souviens, aussi, des excuses que je lui présentai, en 2014, à ce sujet, à cause de la disproportion entre ce que je souhaitais faire et ce qu’elle endura. Je me souviens, aussi, qu’apprenant alors ma relation avec Marie-Anaïs, me demandait de l’embrasser de sa part.

J’ignore, aussi, de quoi il en retourne totalement, in fine, alors, son copain, suivant, avec lequel elle souhaitait me tromper, et au final, pour qui elle me quitta, la ruina à peu près dans l’appartement qu’ils occupaient ensemble et dont elle assumait toutes les charges.

J’ignore, oui, vraiment, si, de leur part à elles, je ne me trouve pas comme le concentré, d’autre chose, le représentant, d’un mal plus général. Pourquoi pas, après tout ? Mais, demeurant un individu, et non un principe, il semble tout aussi normal de ce que je veuille me défendre.
Marine ou Esther, par exemple, appartiennent, aussi, à cette catégorie. L., lorsque je blâmais Marine - la faisant elle aussi représentante de toute la part injuste - me reprochait d’aller trop loin, que, toutes mes prolepses de menaces valaient quand même menaces.

Si, j’ai renoncé, grâce à R. (et je l’en remercie) à ce véritable projet funeste, il ne me semble pas incongru, d’aussi, expliciter, pour moi-même et le monde, les motivations de certaines qui ne correspondent pas seulement à la vérité. Que, j’en suis sûr, ces personnes doivent aussi, et pourquoi pas grâce à leur union actuelle, obtenir et réclamer la justice qui leur est due. Je refuse de porter sur moi, Marine, Esther, Chloé, ceux que d’autres vous firent. Parce qu’il est aussi question de ça.

Marine, par exemple, utiliserait, pour me jauger aujourd’hui, des actes très anciens, si elle peut considérer - je ne lui reproche en rien - que ceux-là trop infamants ne peuvent jamais être séparés de l’humain, elle ne peut pas, pourtant, nier celui que, maladroit, changeant, mauvais et bon, je fus aussi pendant ces douze ans. Parce que, quoi qu’elle dise, elle me vit changer. 

23 mai 2023

Toi et toi

Mes premières grandes joies, je les trouvai dans les objets, dans la possession d’objets outranciers et à jalouser, entretenant, cette chose, une correspondance d’avec mon envie de spectacle, si tout ce qui brille n’est d’or, tout ce qui brille attire et dupe. L’observatrice, aveuglée, confond l’éclat de la chose avec celui de l’être. De la tromperie nous devenons précieux.

J’éclatais de la sorte et pouvais posséder les êtres par extension des choses, ils en devenaient la dépendance, j’attirais moins en moi-même que par le truchement du costume serré et du verbe haut lui aussi, possédé en propre, appris par ruse et par aisance, emprunté ou volé, ajusté au costume, tantôt, le verbe, mouchoir de poche ou foulard en soie qui ne m’appartenait que par le noeud singulier que j’inventais.

Mes premières grandes joies, je les trouvai moins dans l’amour que dans les beaux habits, mon accomplissement tenait dans l’avoir, une reconnaissance de dette et celle-ci je l’exigerai comme un fonds vautour exige le principal et les intérêts. Jamais ce goût des artifices ne me corrompit puisqu’il me définissait, j’ambitionnais l’orgie un Des Esseintes moins la particule.

Si tu savais comme l’on marche mieux sous la pistoledade excitante des yeux s’exclamait Cyrnao, je n’ai jamais cherché que cette pistoledade, le moment où, contre les murs des je t’aime ou celui du bateau ivre - Rimbaud, un autre qui voulait posséder, de l’or et de beaux habits - j’embrassai E. pour la première fois, qui m’offrit, peu de temps après, sa bague et la topaze que sa mère de Russie lui offrait. E. me plaisait parce que belle, parce que son nom résonnait comme un vers chantonné, parce qu’elle fut la seconde fille sportive avec laquelle je faisais l’amour, après, J., la femme toute brune l’interlope qui me racontait, la première, son métier inconnu de moi, celui, de travailleuse du sexe. Trouver, sur ces corps fins et agiles, la saillance des muscles qui découvraient ou couvraient les os selon leur contraction. Le toucher inconnu, tantôt souple tantôt dur du dos.

E., à notre premier rendez-vous, lorsque nous nous embrassâmes, ferma les yeux et trembla puis, alors que nous allions nous séparer dans les couloirs du métro, elle revînt rapidement vers moi pour me proposer d’aller chez elle. Le matin, je me souviens, je ne trouvais plus mon t-shirt et dus rentrer, à moitié nu chez mes parents.

Je n’ai jamais aimé que ceci, au fond, les jolies femmes et la gloriole, mais aucune femme comme aucune gloire, je ne les réduisis à l’état de fonction, je désirais les deux, pour aussi ridicule que de loin il semble, en entier et pour elles-mêmes. Si j’ai aimé avec passion nager dans la piscine du Ritz et m’exposer y être, j’adorais pour lui-même le séjour, dans un monde déserté, j’y eus pris un égal - ou presque - plaisir. Le luxe, sans aucune contradiction me réjouit et, tout autant, m’en priver ne me poserait aucun problème

 

je jouis de peu. 

 

Aujourd’hui, plus vieux, j’aime toujours les belles femmes, que, par étrange miracle, je séduis, mon désir, seulement, s’est déporté assez loin du sexe tel qu’habituellement il se définit, c’est à dire dont l’orgasme constituerait l’objet et le terme.

J’aime leur peau, le sommeil contre elles, la diversité des corps, leur plaisir à elles. Aujourd’hui, à cause de la sertraline, l’anti-dépresseur que je prends, jouir, au sens convenu du terme, c’est à dire éjaculer, se heurte à une impossibilité fonctionnelle. Je n’éprouve aucune frustration et ceci s’explique difficilement tout en vexant les femmes parce qu’en chacun et chacune une forme de la sexualité s’impose l’homme, surtout doit, jouir sans quoi quelque chose rate.

Je bande, d’un désir complexe, qui ne s’épuise pas et ne me blesse pas, il devient direction et possible, répétition.

Lorsque je rapporte aux femmes que je fréquente aujourd’hui les tristes méandres dans lesquels je suis pris elles s’étonnent ou s’indignent tant ma personne aujourd’hui semble incompatible avec ces marécages.

Notre présent pourtant ne présume pas de notre passé les conversions transforment et toutes ne se déroulent pas dans les rites officiels, les ruptures biographiques aussi, changent la nature du je.
Jamais je ne justifierai de mon maintenant pour me défendre de mon passé mais, celui-ci, je ne le reconnais qu’à sa mesure et chaque millimètre d’excédent, je le battrai comme blé parce que sa taille réelle, pour chaque personne réellement concernée, permet seule d’obtenir la vérité que pour l’instant tout le monde ignore, y compris, nous-mêmes.

(ici je consacre quelques lignes encore à Chloé et Margot parce que je ne tolère pas, et ceci avec absolument toutes les rigueurs, leur place dans ce champ, les autres, bon, vous savez vous ce qui vous arrivera)

Il m’apparaît toujours aussi curieux de plaire ce grand mot vague et ample que j’habite avec plus ou moins d’adresse. Rare mélange, moi-même, mon aisance que tempère toujours les restes de mes maladresses adolescentes. L’instant, souvent, m’échappe. L., qui me dit, tu cèdes, en buvant à l’hôtel Clermont une quantité délirante de Jack Daniel’s et moi qui me détourne de cette invitation obscure, l’hésitation, ici, casse le désir de l’autre. Il réclame une force, une audace que souvent j’oublie, remisée dans la chambre de ce jeune homme aux lunettes rétrécissant les yeux.

Le plus souvent, j’abandonne à l’autre initiative, toute incertitude me fige, j’ignore pourquoi et j’ignore pourquoi à certains points de mon existence, je ne connaissais pas, amnésique je crois, ces paralysies brutales. je ne peux pas mon impuissance réside ici dans l’avant-scène, le premier geste, le coup ; la porte close le sang circule sans limites.

J’ai perdu, jadis, un amour à cause de cette retenue et la pose de feinte certitude que j’affectais alors. Aujourd’hui, dans de plus tragiques circonstances, comme si un arc de cercle de douze ans se dessinait dans l’espace, je la retrouve, celle-ci, étrangère, pour une autre intensité, une que nous aurions aimé nous éviter.

là-bas, elle n’existe pas. 

22 mai 2023

Acta est fabula

Ce que je déteste, je crois, dans ce que les gens, parfois, veulent vous détourner du suicide c’est qu’ils s’imaginent, chaque fois, que, plus tard, nous (leur) serons reconnaissant d’être demeurés en vie, que, toujours, il s’agirait, se suicidant, d’une mauvaise réponse apportée à un réel problème.
Comme si la sanctification de la vie devait, également, se déposer en chacun, comme si le rapport entretenu avec elle ne résultait pas, aussi, d’une fabrication en partie sociale et, qu’à ce titre, l’intellect et les affects pouvaient nous la faire refuser.
Combien de fois ne me suis-je endormi espérant de tout mon être ne pas me réveiller, dans la mort, à mes yeux, l’effrayant ce n’est pas elle, mais le geste qui y conduit. S’il fallait se contenter d’une formule magique à prononcer, d’un sésame ouvre toi, dix mille fois elle me saisirait. Sans passion, sans étreinte, froide et administrative.
Ce n’est pas tant que je veuille mourir, ce souhait accorderait encore à la vie une trop grande importance, une rivalité et donc un intérêt ; je ne veux pas vivre.

Je déteste, ceci, que l’on ne considère, à la fin, jamais le suicide que du point de vue des survivants ou de celles et ceux qui, y ayant échoué, rapportent leur soulagement. Comme si les témoins produisaient la vérité exclusive d’ailleurs, chose ironique, nous ne pouvons jamais entendre celui, par définition, de ceux qui y parvinrent.

Je témoigne, à mon tour, de ma position de durable, j’aurais autant aimé mourir.

Je hais d’appartenir, aujourd’hui, à cette statistique de ceux qui tentèrent sans parvenir et si je devais, calmement, me pencher sur cet échec, je m’y penche amer, sans regret ni satisfaction.

Mon rapport à la vie n’a pas changé ou, peut-être, pour, du point de ceux qui la défendent comme un bien inviolable, le pire, parce que, convaincu, cette fois par expérience, de la solidité de mon envie de mourir. Le seul apport de cet échec relève de la peur du geste pas de l’intention, certains sauts dans le vide réclament un exercice, une déshabituation de la peur du faire, non du résultat.

Je déteste cette certitude, cette insupportable certitude qui voudrait faire croire que la vie, parce que trop précieuse, nous ne pourrions jamais décider de vraiment  y renoncer, or, parmi ceux-là nombreux doivent être celles ou ceux, avec des réserves bien sûr, que j’appelle de sottes pudeurs, à soutenir le droit à l’euthanasie.

La vie ne m’importe pas assez pour que, la traitant avec déférence, j’interroge plus longuement mon rapport à celle-ci. Je ne veux pas vivre, c’est mon crédo et, me convaincre d’autre chose, ne relève que de l’égoïsme de ne vouloir affronter sa propre survie. L’humilité, ici, conviendrait, le courage, aussi de savoir le rendre, pour tout le monde aussi peu douloureux que possible. Admettre ceci, de façon générale, qu’un travail collectif s’opère sur le sujet, la mènerait à la mesure des autres morts, avec la nécessaire douleur. Comme celui atteint d’un cancer terminal et dont la connaissance du mal prépare le deuil. Mieux vaut ceci que les lames de rasoir sous la douche, que la découverte trop tardive du corps verdi comme par une chaux malade.

Je n’espère jamais, que depuis toujours, comme seul secours que ma propre extinction. Mon existence ne se déroule pas loin de toute joie, au contraire, elle rayonne, soleil complexe, à sa façon, le plaisir et le bonheur même me cernent souvent. Pourtant, ça ne suffit pas, ça n’a jamais suffi, si, être heureux signifie considérer la vie comme la suprême dignité et de ne vouloir, pour rien au monde s’en voir privé, alors je n’ai jamais été heureux. Je peux dire, j’ai possédé, j’ai joui, j’ai ri, je peux dire que j’ai été et même que je me perpétue ainsi sans, pour autant, soutenir jamais trouver dans l’addition de toutes ces choses un goût pour la vie. Je ne ressens à son endroit aucune inclination positive, au mieux elle m’indiffère.

je suis si las
 
Il y a quelques années, lorsqu’à Tours, chez C., mon bras gauche s’engourdissait et que C. dormait, je sentais la mort venir, une lente crise cardiaque, slow heart attack comme les médecins des urgences me la décrivirent, je sentais mon coeur devenir douloureux, battant fort, à rompre, se serrant comme, si fort serrant, broyant lentement ma vie, effritant ma vie.
 
Au lieu, tout de suite d’appeler à l’aide C. qui dormait à l’étage ou le SAMU, j’empruntai son ordinateur pour naviguer sur Internet et jouer à Hearthstone espérant, par ces activités ludiques et distrayantes, parvenir avec le moins de douleur possible à la mort. Si je finis par appeler les secours qui dépêchèrent, alors, une ambulance, me faisant rater mon train de retour, seul l’ennui m’y incita. Je n’en pouvais plus d’attendre cette mort paresseuse qui semblait s’entretenir avec ma vie comme ceux, aujourd’hui encore, tentent, par les mêmes raisonnements, de me détourner de la mort.

Ma colère, récente, débordante, que d’autres ne comprirent pas ou refusèrent parce que ce refus, plus simple que toute compréhension, me détournait, pourtant, de cette mort dont, sans cesse, on m’expliquait, qu’elle n’était pas la solution. La colère, semble-t-il, non plus, or, le malheureux, qu’importe son désespoir saisit autour de lui ce qu’il trouve, ce qu’il voit.

Manifestement je ne puis donner que de mauvaises réponses. La culpabilité, le plus souvent, ne me frôle qu’à peine, or, à ce moment j’en ressentis vis-à-vis de R., qui ne méritait pas, encore, de voir peser sur lui les conséquences de cette colère. Aujourd’hui, avec la froideur nouvelle qui m’habite, je ne considère pas juste non plus de punir Marine quoi que je puisse légitimement lui en vouloir, lui en vouloir non, en soi, de sa prise de position, je l’admets sans peine et, quelque part, me rends sans réserves à elle, je lui refuse d’avoir contredit le but recherché par ses actes à cause de ses abstentions. Je n’en démordrai jamais, ça, c’était mal.

Je mentirais si je disais ne posséder pas une certaine appétence pour le suicide, vague héritage adolescent, des lectures torturées de Lautréamont et des écoutes de Damien Saez. Mais cette inclinaison, pour exister, ne se contente pas d’une parodie romantique et ses poses séduisantes, il lui faut, pour se maintenir, une prise et celle-ci, en moi, n’a pas passé malgré les ans. Comme certains atomes, irrésistiblement, malgré la distance, s’affectent mutuellement et finissent toujours par se rassembler.

 

La pièce finira.

 

19 mai 2023

Les résédas.

Lorsque je vois le rapport à la religion de mon père, je m’amuse autant que, plus jeune, encore moi croyant mais déjà distancié de sa religion, je m’agaçais de ses contradictions.
Me révulsent, l’hypocrisie autant que l’incohérence, depuis toujours et plus encore affecté de la pureté adolescente d’alors et plus encore quant au sacré, sensément la chose la plus importante parce que touchant à l’âme, à l’éternité, au secret.

Plus tard, j’imagine, j’attachai à l’amour la même dignité et les mêmes indignations

puis, cette foi là, aussi, a vieilli, je l’ai aménagée, j’imagine, or l’amour comme la religion pour qui comme moi poète ne peuvent être que jungles et pierres au hasard. Si demain j’édifiais jamais un bâtiment religieux je le fabriquerasi avec les pierres que tous les autres croyants croyant me lapider jetteraient à mon endroit. 


Aujourd’hui je vois mon père pratiquant sa religion comme un enfant ou un jeune adolescent pensant duper ses parents, visibilisant à l’extrême les signes de sa dévotion.
Nous affichions, chose commune, à ces âges, ostensiblement nos pratiques, ne nous laissant observés que consacrés aux tâches légitimes - c’est à dire scolaires - avec nos livres ouverts sur le bureau, l’air concentré - mais pas rêveur - qui traduisait non l’attention portée à l’apprentissage mais à la proximité des parents. Tension relâchée dès lors que les pas, ah ces naïfs, s’éloignaient.
Puis nous pouvions nous adonner à la vie, console de jeu portable ou téléphone mobile, scrolling et même lectures (hors programme) ou n’importe quoi qui ne ressortait pas de l’enfer.

Mon père agit ainsi, il laisse sur le sol de sa chambre, toute la journée, son tapis de prière déplié comme un cahier ouvert, prêt aux implorations si Dieu devait entrer dans la chambre ou, nous, témoins de sa dévotion, la rapportant à un Dieu trop occupé pour surveiller chacune de ses ouailles.

Le contraste avec maman me saisit, elle prie, depuis toujours, discrètement, j’ai déjà écrit à ce propos sans pouvoir épuiser cette foi parce que cette foi me dépasse. Maman, lorsqu’elle prie, nous ne la voyons que rarement, nous le devinons parce que l’appelant, elle, toujours si présente, trop présente, ne répond pas, ce silence signifie deux choses, ou bien qu’elle dort, ou bien qu’elle prie. Elle noue - je ne l’ai jamais vu le nouer - son foulard, le même depuis toujours j’ai l’impression, marron, neutre, consacré à ce seul usage et, si alors j’étends mon amour, je dirai saint de cette exclusivité. 

 

quatre mille répétitions font une vérité écrivait Orwell ou Huxley, dix millions de prières peut-être du foulard un saint-suaire.

Le lien que maman entretient avec Dieu relève d’une verticalité ténue, un lien invisible entre elle et lui, nourri d’une expérience personnelle, de tâtonnements, loin, bien loin de toute intellectualisation et de tout prosélytisme.

sa foi est restée simple comme les hangars de port-aviation.Elle nourrit sa religion qui en retour la nourrit, elle confronte sa croyance à son expérience avec les naïvetés inévitables - superstitions diraient les oulémas - mais, à coup sûr, une grande part, une part décisive de la foi, se niche ici, dans ce lieu maladroit, cette faute qui est de vérité, l’Eglise ou la Mosquée véritables, leur première pierre, justement, j’en suis certain, repose sur l’erreur et ses coordonnées incorrectes en sont le porche et la porte.

Si j’écris maman et mon père c’est, reproduisant par le langage, l’intimité que je sens de mon rapport à elle et si, je dis maman, lorsque je l’appelle dans le monde, je dois écrire, lorsque je la nomme, maman. Mon père, j’inscris, ici, alors, la distance, une distance non absolue mais relative, une distance liée à l’extrême proximité que j’entretiens avec ma mère et si même mon père devait occuper, ici la seconde place, cette place se trouverait à des milliards de kilomètres.

puis je pense à ce que mon père, parfois, regrettait que maman ne portât pas le foulard, comme s’il déléguait, alors, l’exemplarité de sa foi à une autre et, encore, ne la forçant - c’est heureux - jamais, échouant encore dans sa pratique

Mon père, pendant le ramadan, jeûne avec sérieux et gravité. En ce mois sacré, les croyants, supposément, se nourrissent l’âme aux heures d’inanition. Mon père se purifie, aussi, se nourrit de son verbe, sa foi devient comestible parce que visible. A lui-même il peut se dire, je crois, et le tapis de prière - il ne prie pourtant pas tellement - devient miroir mon beau miroir dis moi qui croit le plus.

lorsque nous allumons la radio attendant la parole du muezzin, avant l’heure autorisée de rupture du jeûne, deux bip sonores retentissent, ils ont toujours été pour moi plus précieux et plus attendus que la prière, en arabe, que je ne comprenais pas et qui ne m’intéressait pas. La rupture du jeûne intervient quelques trente secondes après cette tonalité. Lorsque je pense au ramadan, je pense à ces bips, aux dattes, aux bricks, à la chorba que je n’aimais pas, au coca-cola sur la table et les jus de fruit réservés à cette période de l’année, celle de grande abondance, je ne pense pas à Dieu, je pense à orangina, à coca cola, à la vache qui rit. Finalement presque comme déjà un occidental (et les pays musulmans subissent exactement la même chose). Nous le savons, toutes les fêtes religieuses, même celles d’abstinence, le capitalisme les digère. La tradition n’en demeure pas moins belle et, aujourd’hui, loin de toutes mes croyances, je jeûne avec plaisir me rendant, à cette période de l’année, chez mes parents. 

 

Papa (ici par je ne sais quel étrange pivot, il devient papa, d’écrire sur lui et d’écrire maman sans cesse, papa se rapproche de moi, je le sens, comme, enfant, jusque treize ans, je lui demandais de dormir avec moi, je sens, écrivant, cette chaleur d’alors, toute une explosion d’amour)prolonge le jeûne, chaque nuit du ramadan, poussant le zèle à ne le rompre qu’après l’heure commune, appliquant une autre règle, plus rare et plus difficile, après la récitation du muezzin à laquelle nous, affamés, pensant au ventre plutôt qu’à l’âme, nous suspendons, attendant l’autorisation que sa prière nous offre.

Chiite il imite, ici, en version polie, les flagellations de ses corréligionnaires qui, une fois par an, défilent, se flagellant, pour revivre le martyr de leurs saints, Omar et (?) enfants d’Ali, l’imam qu’ils reconnaissent comme l’héritier légitime du prophète (sws). Le conflit entre chiite et sunnite repose sur un conflit de succession. Les chiites considèrent que les liens du sang priment sur tous les autres, Ali doit succéder au prophète (sws) parce qu’il en a épousé la fille, les sunnites considèrent, au contraire, le calife Abû Bakar comme successeur légitime et chef des croyants parce que jugé, par eux, le plus compétent et le plus pieux, il est élu par une assemblée de chefs.

Ali, par ailleurs, finit par atteindre le rang de calife, le 4ème, après quelques bains de sang et d’autres bains de sang suivirent et les liens du sang dynastiques reprirent leurs marches ordinaires le pouvoir finit toujours par ruisseler dans le même patronyme

 

MC Jean Gab1, dans sa chanson j’t’emmerde, dans laquelle il rafalait tout le rap français, se moquait de Kerry James et sa foi

 La première qualité d'un muslim c'est d'être humble, et tu l'es pas

Et sache que la religion n'est pas un sprint, mais une course de fond


Le ramadan, parce que bref, est un sprint alors mon père peut s’y adonner et contempler dans son effort la pureté de sa foi.

Mais quand j’entre dans sa chambre ou que je vois par la porte entrouverte, le tapis de prière déplié, vigilant ou suppliant, je n’éprouve aucun mépris pour papa, une immense affection me surprend. Dans cette exubérance maladroite une pureté synonyme de la retenue de maman doit exister, elle existe j’en suis sûr. 

et le sprinteur parcourt avec sérieux son couloir. 

 

addendum : j'ai demandé en rentrant chez mes parents à maman "avec quel foulard tu pries en ce moment ?" et, elle m'a dit "ah, tu parles du marron ?" elle pressentait que je l'associais à celui-ci et, me décevant presque, me dît "non, je ne prie plus avec depuis peu" "ah" "mais je l'ai gardé précieusement, c'est ta grand-mère qui me l'a donné quand je suis venue en France". Puis, tristement, je me souviens de cette couverture, aussi, qu'elle m'avait donné et de laquelle elle m'avait demandé de prendre soin parce que cette couverture aussi yaya, ma grand mere, la lui avait donnée, qui s'est abîmée, hélas, que nous avions jeté, Marie-Anaïs et moi. Elle m'a dit, là, "c'est pas grave" mais je voyais bien que c'était triste quand même

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12 mai 2023

Au plaisir pris et toujours prêt

J’éprouve souvent et parfois, face à mes parents, une certaine forme de culpabilité de pouvoir, difficilement soit, joyeusement souvent, jouir le plaisir, même s’il me coûte, je le dévore ; mes parents, quant à eux, vie de labeur, de sacrifice ou de regrets, ne le connurent que peu ou, autrement, à travers la joie - hélas toute relative - de leurs enfants.

Hier, ce contraste s’accentuait. Je me rendais, 25 rue du Jour, à une réunion d’élégants, dans un bel immeuble parisien, nous y étaient servis whisky de 12, 14 ou 16 ans d’âge, vieillis en fût de rhum, de pineau des Charentes ou plus simplement tourbés, des champagnes, puisque ces événements ne peuvent jamais en manquer. Les bulles signent et marquent, elles distinguent, leur présence tient moins à leur appréciation qu’à leur sens. Elles produisent, hors proscription religieuse, une échelle de valeurs, l’évènement est d’autant plus réussi, mondain, mémorable, que les bulles y furent précieuses, c’est à dire chères.

La soirée se déroulait dans une de ces caves souterraines aux pierres apparentes et aux lumières tombantes, ces lieux où le réseau téléphonique ne passe pas. Je riais aux éclats, je tournoyais, jouissant de petits fours et de pétillements, voilà la vie, celle, presque, des romans russes, ces fêtes, sans intérêt au fond, où l’alcool, seul, brise la monotonie et la distance. Pour que les gens cessent de se regarder pour commencer à, mutuellement, se voir, il leur faut le brouillage de l’alcool, on voit mieux le regard ainsi troublé, certaines brumes acèrent l’oeil.

A., souhaite fumer une clope et le lieu, congestionné, donne chaud, alors nous l’accompagnons, sortant, réflexe, mon téléphone qui peut respirer lui aussi enfin la frâicheur des ondes, je découvre de nombreux appels de maman, par whatsapp et par le réseau ordinaire. Un message qu’elle me laisse de 5 secondes, sans que je ne comprenne le motif de cette inquiétude. Il se trouve qu’avant de pénétrer dans le plaisir, comme écho de cette culpabilité atavique, j’appelai maman sans m’en rendre compte. Regardant mon téléphone, je vois que l’appel dura 15 secondes, 15 secondes durant lesquelles maman n’entendit rien qu’un brouhaha avant que l’appel brutalement ne cessa. De 19h05, heure de l’appel involontaire, à 20h43, heure de l’appel de réassurance, ma mère s’imagina le pire. Elle ignore tout de mes tentatives de suicide récentes, à l’inverse de mes soeurs, la plus jeune, qui vit toujours avec mes parents, s’inquiéta d’autant plus lorsque maman lui demandait de mes nouvelles, lui expliquant que, après l’avoir appelé, je demeurais injoignable. Instinct, d’une autre forme, maternelle, sentant, de loin, le mal-être de son enfant comme elle devinait, avant moi, que quelque chose entre Marie-Anaïs et moi se brisait. Maman, accaparée par les autres tandis que je m’adonnais pourceau à la pourriture inutile de mon siècle sans valeur - de la même que moi.
Une heure et demie d’angoisse, pauvre maman, qui, lorsqu’enfin je l’eus au téléphone, m’exprima un soulagement immense, comme une mère voyant son enfant sauvé des eaux et qui, jamais, n’aurait ressenti pareille crainte pour sa propre vie. Ca fait mal. A moi. Ce plaisir pour rien, une heure d’angoisse dans le pétillement des bulles et des petits fours, ah le plaisir ridicule, toujours celui-ci vient avec son ombre, ce coût là, l’amertume tourbée de la vie et du whisky. Maman s’apprêtait, avec ma plus jeune soeur, à venir chez moi, paniquée, elle demandait à ma soeur, qui conduit, de l’amener chez moi et toquer de tout son désespoir à ma porte et qu’aurait-t-elle penser de n’y trouver que l’écho froid et mort ? Ma soeur, sûrement, lui aurait rapporté ma récente tentative et, elle, effondrée, hurlant contre la porte, cette image, je la porte maintenant, qui enserre ma vie, la nimbe d’une nouvelle couche protectrice, un feuilletage léger d’amour, il préserve, préservera.

Voilà cette culpabilité mise en acte, une scène, elle aussi, de romans russes ou d’histoires ordinaires du début du XXème siècle ou du nôtre même, cette époque dégénérée et moi son bel exemple, son représentant le meilleur, c’est à dire le plus inutile.

Je l’ai dit et écrit souvent, le bonheur m’intéresse moins que le plaisir, à cause que le premier demande le temps long et l’effort permanent, un travail au résultat incertain quand, moi, me sentant proche du péril ou promis à l’abîme, enfantin en quelque sorte, ne sait se plonger que dans le second, ce moment d’immédiat. Qui fait pour l’éternité, qui fait pour l’instant. Ces deux religions, plus semblables qu’en apparence, s’ignorent ou s’haïssent. 

10 mai 2023

Les Casinos.

J. ne manque jamais d’éclat, il lui arrive, au milieu de la nuit, après que le vin se distingue mal du sang en elle, de commettre un acte insensé. Ceux-là, actes, de natures variables, dérisoires dans l’absurde ou, au contraire, calamiteux, convocation, malgré elle, de puissances la dépassant de beaucoup. Cette nuit, avant le lever migraineux du matin, elle écrivit à un avocat, spécialisé en préservation du patrimoine, en vue de poursuivre le groupe Barrière à cause de la déformation qu’il commit des Casinos de Deauville et Trouville.

Parce que J. possède un pouvoir magique, don ancestral qui agit en elle, malédiction et sortilège en même temps, reçoit le matin un appel de l’avocat, tout enthouasiaste, semble-t-il quant à l’affaire. Croit-il entendre une vieille dame millionaire qui, ennuyée, se repassant le fil de sa vie, de ne pouvoir retrouver les casinos de sa folle jeunesse, croyant, que leur rendre leur ancien lustre, le lui rendra à elle aussi ? Se frotte-t-il les mains de ce combat contre des casinos à vent ? Ou bien, ensorcelé déjà, il trouve enfin un but à sa vie, il s’apprêtait ce matin à se jeter de Fourvières et J., le sauvait, il ignorait, aussi, que tout baiser de J., s’il réveille l’avocat au cabinet dormant, le maudit aussi, ah précieuse succube.

J., parce qu’amoureuse du scandale, commande, aussi, ces lendemains de vin, si elle ne vomit pas, des macandcheese (que j’écris tout attaché comme la bouillie qu’ils sont), ces sordides créations américaines, qui semblent des organismes vivants de pâtes venus d’une Italie dégénérée.

Après tout, les immigrants, qui accostèrent là-bas, en vue de la fortune, rassemblaient les criminels, nous négligions, alors l’étendue de leur crime, mafia new-yorkaise et assassins gastronomiques.

Au milieu de l’alcool les mutilations des Casino lui paraissaient intolérables, mille Vénus de Milo, mais cette fois volontairement brisées, des Hermocopides recommencées sur la côte Normande, ces statues, jadis grossières, que le glorieux Alcibiade, celui poète et philosophe, beau et courageux, mort dans la bataille, brisa un jour d’ivresse.

L’alcool, en J., à l’inverse de son glorieux prédécesseur, veut rétablir en l’état ancien ce qu’elle estime précieux. Mais n’est-ce pas, encore, en une période, dirait-elle, où le laid domine tout, où le défiguré s’appelle beau et sans vergogne exile le beu, d’une destruction semblable à celle dont, épigone en beauté, Alcibiade se rendait coupable en son temps ?

Personne ne possède la réponse, elle-même non plus. Les lendemains d’alcool, J. perd la mémoire de tout. 

J. promeut les Dieux archaïques, hélas, le religion du monde appelle au Dieu hideux, échappé de l’ancien testament, un immigré lui aussi, un autre dégénéré, qu’on appellera évangélisme. La bible trempée de Fiorello ou Guardia. 

 



J., hérésiarque, qui, attendant peut-être, l’audience judiciaire, s’espère, lèvres pincées (bouche, sa bouche, très douée en tout, imprécation et le reste, possède les lèvres les plus fines de la Terre), défendre l’Histoire, dans un de ces palais de justice boisé, aux beaux lambris, à l’odeur de cire, se retrouvera dans ces nouvelles salles tout en verre et en plastique, les matériaux composites, ce siècle quittant le bois, la pierre, socle de l’humanité, pour l’artificiel.

Elle, alors, se révoltera encore, poursuivra, pour un nouveau crime, cette déformation, ici pire que celui architectural, celui commis à l’encontre du concept, c’est à dire ici de la Justice. Comment pouvoir la rendre dans le lieu où on l’assassine ?

Doigt tendu, les cheveux agités comme son ancêtre Médusa, voulant changer, sans succès, en vitrail le verre sans vie. Alors, pour retrouver le plaisir perdu, la beauté engloutie, elle se métamorphosera poussière, au plus proche des ruines qui lui sont chères.

La beauté, aujourd’hui, dans un dernier souffle, dit-elle, n’existe qu’à l’état de souvenirs.  

 

J. est déboutée de toutes ses demandes et condamnée en vertu de l’article 700 du code de procédure civil aux dépends. A titre accessoire elle s’engage à regarder douze heures par jour les oeuvres de Jeff Koons en poussant à intervalles réguliers (à la discrétion de l’artiste) des cris émerveillés. 

5 mai 2023

quimporte qui martyrs

A nouveau, ça remonte, comme si, chaque fois que, le mieux, l’après, se présentait, du pire devait ressurgir, des geysers, discrets, éclaboussent d’eau malsaine.

 

Réapparition de la corde, en rêve, la réalité affinée, dans la nuit, nouée au fur et à mesure des secondes. Cette image, tressée, tombante du toit, m’obsédant malgré moi. La corde, souvent la même, très lourde semble-t-elle, je la vois de près, sous elle, un tabouret, celui, rouge et haut, quelques traces de peintures et des éraflures, le même qui me sert à atteindre sans effort les étagères les plus hautes de l’appartement. En rêve je vois la fente du tabouret, plus large, large comme un homme, le tabouret qui mène à la corde, qui laisse ouverte, la fuite. Mais d’abord il faut monter, c’est à dire faire face.

Cette poussée, dedans, celle du non-vouloir, du plus-vouloir, du, à quoi bon, cette corde, le chas de l’aiguille, la tête passe, puis se contracte autour du cou, la déjà mince ouverture. Il se brise. Le cou. Irréparable, comme moi.

du repos

Le repos, maintenant, viendrait du sens, la réalité, le réel rétabli, enfin, dans sa forme concordante, qu’importe au désavantage de qui, qu’importe d’en soi-même périr, j’accepte tout. A tort, je croyais, mon récit possible et audible, sans mesurer combien la souffrance et cette forme de négation que j’exudais aux yeux du monde, ne le rendait non pas seulement impossible mais tout à fait intolérable. Je l’admets avec difficulté, ce récit, son lieu se circonscrira aux instances officielles, aux règles établies, strictement ; en dehors, dans le monde, c’est à dire dans le reste tout entier de l’existence, son intercession demeure proscrite. Bavard au moment le plus grave de la cérémonie funéraire, ce que je fus.

Juste ou pas, il en va ainsi. La corde prend cette forme en rêve, quand elle tombe du plafond, elle serre au niveau de la gorge, à l’endroit où la parole devait, devrait naître, ne devait pas. La corde ne tue pas, en rêve, elle conseille. Je la croyais littérale quand symbolique, elle voulait prévenir.


Jamais, je ne soutins que nos actes ne portent pas en eux leurs conséquences, pesantes, douloureuses ou désagréables. Pour les assumer, seulement, il faut comprendre et pour comprendre, parler et plus que parler, discuter. Pas dans l’affreux écho où les paroles réverbérées semblent toutes échappées de la bouche des diables infernaux.
Ca aussi, je ne l’intégrais que mal, il ne m’appartenait pas de fixer les lieux et les moments de cet échange. Me tenir à disposition, voilà ce que je devais. Que je dois.


Recevant le silence obstiné et l’injure, je me révoltai, à tort, proclamant moi aussi mes droits. Ils existeront plus tard, pour l’instant, suspendus, il faut, pour leur exercice futur, les remiser avec la parole.

je ne comprenais pas, centré sur moi, ma propre défense, trop tôt, infiniment trop tôt.

Dès le départ de tout cet éclat, je me livrais entièrement, tentais de me livrer entièrement, tout en parlant, sans comprendre, à ce moment encore, déjà, combien j’agissais trop tard, combien, alors, décence voulait silence. Il y a un temps pour tout et ce n’est pas le mien, ça aussi, je ne pouvais pas le comprendre, pas aidé, ça c’est sûr, par les mensonges colportés, ça, faut le dire, de la corde, le noeud ces déformations. Forcément. Personne ne le niera. 

 

je montrais aux proches, à l’avocate aussi bien sûr, les centaines de mails reçus, la panique dedans.

Moi, je voulais parler, parce que je croyais, alors, que parler, puisque parler forcément compromet, me vaudrait écoute, participerait à la réparation. Je me trompais. L’enjeu ne se situait pas là, ne situait pas non plus exclusivement en une résolution judiciaire.
Cette préparation, je ne devais pas y pénétrer. Il faut admettre, aussi, que mêler à l’affaire qui y était étranger brouilla par trop. Au lieu d’opacité il y eut brume et liquide troublé qui n’engendrèrent que davantage de troubles. 

 

mais la mise à mort, ça non plus, je ne pouvais ni ne devais le tolérer, la limite, celle franchie, maintes fois, cabre la bête qui ne devient plus que sa rage.

J’ai compulsé, avec satisfaction mauvaise parfois, cinq ans d’archives vidéos et textuelles, pensées comme des preuves indiscutables. Aucune vérité ne résidait dans cette vérité de papier et d’image, l’enjeu se situait ailleurs, un enjeu dont je ne pouvais pas poser les termes.
Je plongeais dans cette archive et me recouvrait de ces centaines de pages, comme d’une armure impénétrable, je perdais, ici, de ma bonne foi, même, certaines choses, les vidéos surtout, je m’apprêtais à m’en servir comme, dragon, sabre au clair, chargeant. Sauf à mourir, je m’en abstins.
Je me fiche de ce qu’on appelle, ici, innocence, m’importe bien davantage la justice, la vérité, la réparation. Je devins fou de ce qu’on ne me crût pas prêt à tout abandonner, ne comprenant pas que c’était fou de vouloir être seulement entendu. Trop tard.

La rage remplaça ce premier mouvement, trois mois, tout de même. La rage.

 

La plupart des gens firent ce qu’ils purent, avec difficulté et angoisses. Certaines firent n’importe quoi, de façon absolue, incompréhensible. J’en accusai injustement, je ne contrôlais plus rien, ni moi-même surtout. Quand il eût fallu la retraite en bon ordre, je chargeais à toute hâte. Insatisfait, toujours, poursuivant l’horizon, le nommant ennemi, la distance impossible à parcourir et l’endurance, infinie hélas, qui permettait la furie de cet élan.


Je ne saisissais pas, non plus que bonne foi ou pire foi importait peu, moi, centré, obsédé par moi, par la certitude que, m’exposant, les choses s’arrangeraient. La douleur diminuerait pour atteindre sa juste mesure. Mais il n’existe pas, ne peut exister, ici, aucune mesure. 

 

Qu’importe qui martyr, je débordais.

4 mai 2023

bas-fonds

Je ne comprends pas, cependant, pourquoi d’autres que moi se trouvent aussi mêlés, prétendus et désignés complices. L’un voulait et sauvait ma vie, peut-être n’aurait-il pas dû, mais la sauvant, il épargnait aussi bon nombre d’autres. Je ne comprends pas, mes relations, ma vie sauvée, avec tout le monde cessèrent. L’infirmier ou le médecin sauvant le condamné de son suicide deviennent-ils son complice ?
Ce qui reste de relations, au mieux, le médecin qui s’enquiert une fois par mois de la santé de son patient. Sans affect.
Ne prétextez pas une supposée passivité qui, d’abstention, vaudrait je ne sais quelle complicité, jamais personne ne cite ces moments de silence, c’est à dire ceux, réels, d’une plainte demeurant non-instruite. 


Je suis le seul concerné, j’espère que vous l’entendez, il me semble que lentement vous l’entendez, personne, je dis bien personne ne m’apporta de soutien autre qu’à ce moment du suicide. 


Par pitié, foutez leur la paix, par pitié, maintenant, ou à votre rythme.
celui qui ici écrit, douloureusement, heurte, c’est moi et personne d’autre, et ceux-là, même, s’ils m’écrivaient ne le faisaient que pour me supplier d’arrêter, pour vous. Pour moi aussi certes.

Voyez bien, il n’y a que moi qui même mena ce chaos jusqu’à faire souffrir celle que j’aimais, à la mener dans la peur, l’inquiétude, qui se tut et partît.
Faites au mieux. 

4 mai 2023

Une place

Je m’ennuie moi-même avec cet abîme, j’échoue chaque fois que je tente d’inscrire, ici, l’après, que ce texte devrait, laisser-passer, accompagner ma sortie de ce territoire effrayant, la forêt maudite des contes où l’on se perd parce que les directions, toujours, changent.

J’y ajoute de la raison froide, des lambris de palais et de parquet, la rancoeur se glisse, tâche noire s’étendant, dans l’acte d’amour encore. L’intelligence, disons, le refus, involontaire, de suspendre sa ruse.

Si je devais vivre, un jour, un deuil, un deuil véritable, maudirai-je aussi le ciel, vide pourtant ? Non, probablement pas, mourir entre dans l’ordre des choses, à cette douleur, je saurais me résigner, j’en suis sûr.

Ici, je n’y parviens pas, accepter, que, désormais, l’ordre du monde sera celui-ci. Me dépouiller moi, d’une forme d’orgueil, cette sensation d’intolérable qui brûle chaque seconde, ce feu extensif et invasif, qui me semble tout devoir engloutir. Même qui j’aime, ai aimé. Tout ressemble à un hérétique quand on devient le feu. 

tout brûle.

Lorsque j’écris un de ces textes, une de ces tentatives de sortir, par le haut ou le bas, le côté ou la diagonale, j’aimerais fermer les yeux, mais, dans cet enfer, Orphée orpailleur, je ne peux m’empêcher de tourner la tête, briser ce que je veux sauver des enfers, moi et le monde.

Enfant, jouant à ces jeux aux yeux clos ou bien, attendant un cadeau secret, impatient et tricheur, entrouvre les paupières, les ridant, contractées, il gardera, toute la vie, la cicatrice de ceci, l’une des premières entailles.
Je n’ai toujours pas appris à garder les yeux fermés, si quiconque me guide, me disant, de me laisser aller à sa suite, je ne le peux, ne l’ai pu, récemment, déchaînant, jusqu’à, moi bête sauvage, effrayer celle qui tentait de me sauver.


Je dois retenir la petite phrase, la pique, l’ironique remarque, cette soif de dire dire dire sans voir que l’eau s’use même qui se désaltérerait bien évaporant ? Tenir, retenir. Après, après.

Alors.
Un gouffre.

Je pense, à cet exercice, un jour, littéraire, pratiqué avec Marie-Anaïs, nous devions décrire la même scène. La mienne, fade, presque sordide. Des enfants jouent sur la place. Le soleil tombe. Elle, lumineuse, évoque l’éclat et la joie.

J’aimerais trouver, ici, cette source. Je pense, aussi, à ce titre du film de Despleschin Roubaix une lumière et le nom du documentaire qu’il reproduit Roubaix, commissariat central. Cet, écart, encore, entre nous. Permettre, en moi, à cette lumière de prospérer comme, la sienne, prospérera encore et plus, loin de mon ombre qui, ne servit pas à rien, donna un peu de fraicheur, aussi. La nuit fait son temps. Voilà l’été boréal. 

 

4 mai 2023

CAFé.

Lorsque je rentre, à trois heures du matin, et que je passe les devantures allumées des boutiques parisiennes, je ne pense pas, contrairement à la plupart, au désastre écologique.
Je pense à mon père, agent de sécurité, jadis, qui effectuait, comme il m’apprenait le mot, sa ronde. Alors, je fantasmais ce métier, avant l’invention des smartphones et de leur distraction, imaginant qu’il suffisait, assis dans une salle pleine d’écrans réfléchissant les caméras de vidéo-surveillance, de surveiller celles-ci. que toute la nuit s'offrait ainsi pour lire ou écrire. 
Le capitalisme n’est pas si gentil, il attend de chacun, même inutilement, qu’il s’éprouve dans sa tâche, même payée au salaire minimum. Les agents de sécurité ne lisent pas, le métier d’agent de sécurité, contrairement à ma croyance d’adolescent, ne vous isole pas, la nuit, du monde. Ce métier vous y plonge, plus cruellement encore, ajoutant la solitude et la fatigue au salaire bas.

Mon père apprit l’informatique tout seul, avant google, avant codeacademy, avant les MOOC. Il l’apprit dans les livres, achetant et bidouillant, des ordinateurs, sans cesse, le premier ordinateur, dans le petit deux pièces de la cité de l’Europe, arriva dans l’appartement à mes 3 ans, l’année de naissance de mon petit frère. Deux événements joyeux la même année. Il existe une photo de moi devant l’écran cathodique. Mon père apprit l’informatique et exerça ce métier durant des années, jusqu’à sa retraite même.

L’année 2003, je crois, les problèmes d’argent s’aggravèrent, j’ignore comment mes parents nous le dissimulèrent assez, l’école privée continuait, je pense, d’être payée ou, alors, un arrangement secret nous préservait du renvoi, les repas étaient servis, tous, nous ne manquions de rien. Cette année mon père se retrouvait sans aucun revenu à cause d’une démission et d’un réemploi avorté. Une année, il ne reçut rien, ni chômage ni salaire. Je sais, aujourd’hui, que pour les familles nombreuses, ma petite soeur, la quatrième enfant, naissait quatre ans auparavant, la Caisse d’Allocations Familiales, contribue. Ca, avec le loyer HLM, et l’habileté gestionnaire de maman, permit de tenir, miraculeusement.

L’année d’après papa, trouva un travail dans l’informatique. L’année d’après papa trouva un travail dans la sécurité de nuit. Il travaillait deux fois. Des dettes, dont je ne connus jamais le montant, durent s’accumuler pendant cette année terrible. Terrible, cette année, parce que la pire de ma vie aussi, celle de l’internat, des coups reçus, sans cesse, des moqueries, des pleurs, de l’échec scolaire. La pire année celle passée. Je me souviens que maman et moi allions sur le lieu de travail nocturne de papa pour, tous les soirs, avant le coucher des enfants lui apporter son repas.

J’ignore comment il tînt le coup, quelle force le conduisit à ne pas céder, un matin, dire, je n’en peux plus, comme tout humain, moi-même sûrement, aurait pu. Quand je vois ces devantures allumées, c’est à ceci que je pense. Le Renault Scénic rouge que conduisait maman, papa qui attend sur le perron de l’immeuble qu’il surveille.

Ces lumières, à trois heures du matin, me rassurent, elles sont comme des veilleuses du passé, des lanternes qui palpitent, tous les trois numéros. Je pense à ces hommes, la nuit, qui guettent, je pense à maman, femme de ménage dans les hôtels, je pense alors à ces femmes qui relaient ces hommes vigiles, le matin, quand il fait encore noir, pour nettoyer les bureaux bien gardés.

3 mai 2023

arrêtons là

texte à retoucher

(à parler à chanter)

 

demeure cet immense pourquoi, le drame de l'incompréhensible, comme si, naissant, bouches cousues, nous devions aux autres avant tout l’aiguille sans le mot.
au commencement était la rouille. 

j'ai débuté trop bas, il y a longtemps, qu'importe que ce fut il y a longtemps, cette bassesse, toute son horreur, inaudible, aujourd’hui
tout le monde ignore la vérité
sans elle
nulle justice
sans elle
nulle réparation
ce champ de ruines
peuplé de douloureux
équarris
qui voulait assister à cette scène
de bataille personne ne gagne
quelques uns meurent.

moi, après le bas, il y eut le loin un mois de narration infernale
trop loin

disent nombre d'amis.

hier L., aussi, épuisait, me l'écrivait, résigné.
dans ce noir complet
du trop loin
au-delà de la lumière où vivent les poissons
spectres troglodytes
je bougeais mal
violent

Tout casse
réduit à l’état de brute
il ne me restait que ça
je promulguais

loin, trop loin, trop de l'infinie litanie m'hypnotisant moi-même d'inscrire ici

des noms sans terme ces noms

murs fragiles où monde horrible

je vivais

lieu insalubre

toiture percée les noms,

joints rafistoleurs à changer

toutes les heures

apparaissant vos noms trois fois par jour parfois

M., la non aquatique, se demande encore sûrement ce qu'elle foutait là

le sait aussi un peu 

le méritait tout aussi peu
personne ne méritait rien
de ce qui advint
ni moi.

 

un oeil pour un oeil et le monde finit borgne

Je crois le dicton rapporte

la violence je le vois

n'appelle que plus de violence

et quelques uns, quelques unes

tentent de mettre fin à la folie
et paient de leurs nuits la tâche
inutile
ceux là presque les plus fous
ces sages exorcistes

cette hallucination toujours pire

trop moi aussi embarqué par survie

c'est vrai moi vigie montant en haut du mat

puis
voulant apercevoir la terre loin là-bas je croyais voir
la terre
quand j’appelais la boue
le marécage
toujours plus
du bourdonnement gluant
meurtrier
un essaim affamé

je croyais rendre
la monnaie de la pièce
sans rien rendre que
du pire me mettant
plus bas nous ne savions plus
qui maintenant
entraînait dans la chute l’autre
et la chute continuait

tous les films tous les contes

savoirs populaires

posent la même morale

la vengeance ne sert personne

ni celui qui l'exerce ni celui qui la subit

elle réduit un peu plus en miettes
la vie
après elle il ne reste rien

vengé, sûrement, perdant tout sens à cette énergie gaspillée nous trouverions tous d’autres proies à cette violence pratiquée maintenant avec trop de savoir pour ne pas être employée à de nouvelles fins voilà bien l’horreur de la vengeance laissant, comme un mauvais plaisir, frustré douloureusement, celui qui croit la satisfaire, le tuant ou le faisant tueur
les deux
il faut les fuir également
je tuais
sans savoir
que je tuais
m’aveuglant
dans cette nuit noire et muette
où je m’enfonçais
d’abord où je me sentais poussé
où de mon pas sûr et inquiet
ensuite de mon propre chef j’avançais
recueillant dans l’obscurité
un pouvoir malheureux
ici dispensé avec rage
d’abord je l’admets ce ne fut pas avec rage
désespoir commandait
nécessitait aussi
je survivais par ce cri poussé
mais comment guérir d’une plaie
par le hurlement continu
j’écorche ma voix

j’assourdis
on entend plus que la haine
à quoi on répond
par un mélange aussi
de haine
et
de peur

 

vengeance

 

je tente de l'abolir en moi

à votre tour aussi d'emprunter cette voie

pour la sauvegarde de tous
je n’y attends personne, ce n’est pas à ma rencontre
qu’il faudra venir
mon sort solitaire exilé je l’accepte quand il n’est que mon sort
que la sentence prononcée corresponde
à ce qui est sus
ce qu’elle a dit

les excuses que je croyais mériter je n’en veux plus
voilà ce que je cède jusqu’où j’abandonne
pour vous je le sais ça ne vaut toujours rien
celui là qu’est ce qu’il exige vous dîtes
la justice celle que vous pensiez incarner
quand vous l’écorchiez
oui je renonce à ce dont pourtant je suis sûr
j’avais droit par réciproque

il me faut le silence pour accueillir cette parole que j’attends
en 2020 je l’ai dit dans ma langue tortueuse insuffisante
je le disais déjà

le pardon ne peut s’encombrer de fioritures

sans quoi il ressemble encore

comme celui rédigé 2020

à l’ironie

 

j’aimerais tant que chacun et chacune maintenant médite et le fasse seul
sans ce que néfastes les autres pénètrent et perturbent ce recueillement sans quoi
comme un feu mal éteint le mégot jeté en plein été
dans la forêt fausse des landes
pourrait reprendre l’incendie malgré toutes les prudences
je ne demande rien pour moi
trop de souffrances inutiles et les sauveurs
caillassés ne comprenant pas pourquoi
sous leur lance d’incendie
pleuvent les pierres
foule aveugle lapide
tout

si j’écris encore désormais ce sera le deuil ou plus que le deuil la guérison ce chemin emprunté j’écrirai la purge sans violence ni colère les coups secouant l’outre empoisonné pour la vider de son mauvais poison je ne l’abandonne pas au hasard il faut le courage de l’expugner.

je vais mieux.

certains m’aident
certaines m’aident

pitié à vous pitié pour vous mêmes et aux autres vous mêmes.

il me reste quelque chose à endurer
qui me regarde
la regarde
j’attends
depuis le début
j’attendais
avant
le massacre ce carnage inutile
de noms répandus comme sur le champ de bataille
des cadavres toujours remisés
sortant de terre pour retourner mourir
au secours cette horreur quelle horreur

 

s’il y eût des méchants je vous laisse bien me jeter parmi le foin et le fumier.
ne m’y jetez pas sans décompte
vos mots vos gestes vos faits
tout ce qui empirait

 

personne ne doit marcher à ma rencontre

mon sort, ce sort, je l'accepte, depuis le début

je l'accepte lui en entier je ne l’accepte pas au-delà

pas dans le trop
ce loin
que d’autres parcoururent à mon côté
se bousculant
qui encore demeure dans ce noir
il est temps d’en sortir

pour que le reste
la seule chose importante pour elle
enfin puisse s’accomplir
j’attends
surtout
j’entendrai
je l’avais jurée à M-A
de cette parole je ne me défie pas. 

2 mai 2023

Tu gagnes la réalité

Je déteste lorsque des gens disent du mal de Marie-Anaïs, un peu comme, la plupart d’entre nous, détestons que d’autres critiquent nos parents. Ce privilège nous est réservé parce qu’il contient tendresse et profondeur. Notre lien singulier avec ces personnes permet l’expression acrimonieuse parce qu’elle ne se limite pas à ces protestations. Les pires, même, parents, nous détestons souvent que d’autres se mêlent à notre haine ou, plus petitement, moins rare heureusement, à nos colères.


Il en va ainsi de Marie-Anaïs pour moi, si moi je peux pester contre elle c’est en raison d’une histoire passée, d’une connaissance mutuelle, de tout un monde muet, presque, minuscule pour les autres que je le peux. Quiconque s’y aventure, transgresse, selon moi, disant à côté, disant mal. S’aventurer dans ces critiques jamais ne me réjouit et, chaque fois, qu’importe que la réduction suive une mienne diminution, je m’insurge et la défend. Toujours, ça commence par, c’est plus compliqué et s’achève dans un demi-éloge ou, même, jusqu’à l’élégie. A ces moments là le pénible s’efface, comme une coque dure se détache, comme la bogue piquante délaisse la châtaigne sucrée. Elle réapparaît dans sa forme plus complète, composée, aussi, de ce qui en elle périt et fait périr, elle s’étend, humaine, humaine…triste pensée tant cette qualité, depuis longtemps maintenant, m’est déniée par qui agit inhumain.

Lorsque je sais, aujourd’hui, les choses, impies disons même, qui lui sont adressées, une colère, une autre sorte de colère, monte en moi. Froide et triste, elle porte le massacre. Ces intrus, mauvais, boiteux, handicapés, qui de leur inaptitude à vivre, à jouir, à sentir, se crispent sur leurs chaises immobiles, parce que désormais, après réflexion, je sais que, l’horrible personne, m’envoyant ces mails horribles, trop bien documentés, c’est toi la mutilée, en Inde nous dirions que les dieux t’ont maudit ou que le diable investissait ton être, je veux bien me faire hindouiste une seconde.
 
Dire, pour nuire ou me préserver, du mal de Marie-Anaïs, a ceci de sain, qu’il arrache les inutiles lambris, les dépôts poussiéreux de cette vie, en ce moment, effondrée, ces fantômes qui coulent de toutes les toitures. Elle se rétablit au lieu de perdre sa réalité, la regagne. Ceci, c’est mon terrain privé, défense d’entrer, jonathan méchant mord mort.

D’une façon étrange, je déteste, aussi, moins bien entendu, que l’on critique Marine devant moi. R. s’en étonnait à cause des mots durs à son endroit ici. Comme déjà dit, mais l’amnésie est devenue religion et celle-ci pratiquée par des intégristes, elle se trouve la cible de ce qu’elle est la messagère que je connais et, celle-ci, toujours subit les foudres du récipiendaire. Ce dont je la blâme est plus fin, plus complexe que ce que les autres entendent. Des gens que nous aimons nous ne pouvons endurer les défauts vils, ici, la lâcheté qui pourtant, comme je l’écrivais avant, se justifie millement, chez elle, et qui seulement, cause tant et tant de dégâts, qu’elle devient insupportable. Pourtant, ma colère contre elle, n’appartient pas au régime qu’il semble, je ne la méprise pas, elle ne se place pas en-dessous de moi, dans mes représentations. Alors quand M. me dit je l’ai toujours su que c’était une connasse mais vous m’écoutiez pas je ne le supporte pas et me surprends, moi-même, à expliquer, son pourquoi qui, étonnant, est un pourquoi légitime. Je me tiens sur un fil complexe, une toile d’araignées où chaque fil menace toujours de céder sous mon poids et mes mouvements de pestiféré.


Il n’empêche, que Marie-Anaïs, jusqu’au bout la veuille protéger, quand l’abîme par elle ouvert, sa part trop violente de mensonges, me blessait. Elle seule pouvait la conspuer, pour moi, pour acter, ensemble, que, définitivement, entre ce que je disais et ce qu’on rapportait, ce que je disais était la vérité.

Mais personne que moi n’en peut adresser le reproche à Marie-Anaïs. 

 

J’aurais aimé, pour tous les gens qui n’y pouvaient rien, faire quelque chose et, faire, pourtant, encore et toujours, au mieux, c’était se taire et attendre, ce que je ne pouvais pas par nature, par folie. 

2 mai 2023

enfance du drame

Enfantin, enfantin avec la force de l’adulte, avec les dents dures, définitives, les miennes toutes tordues, un vampire, celui-ci, penché, la mâchoire bossue, enfantin, enfantin le cri, tambourine sur le sol écoutez écoutez il dit l’enfant adulte avec ses mains dures la cicatrice au majeur gauche écoutez écoutez sans se rendre compte que le cri rauque paralyse et brise tympans écoutez écoutez il dit croit pouvoir dire voix fluette encore celle qui durait jusqu’à ses seize ans, son mètre soixante jusqu’à 16 ans sans s’apercevoir que maintenant déployé sauvagerie adulte cheveux désordre il terrifie monstre sorti du bois enfantin enfantin croit-il dans son rugissement de bête ne voit pas qu’il sort de la forêt comme un dément depuis longtemps ce n’est plus le parc municipal mais la grande forêt primordial où logent toutes ensemble les bêtes les loups enfantin enfantin louveteau passé pas dressé sauf si la colère est la maîtresse au secours au secours à quoi bon alors ça enfle encore une tumeur cet âge adulte une méchanceté inconnue du pas exprès l’acte involontaire au secours au secours comment s’en tirer je ne sais plus les noms balancés ici au secours au secours parfois je m’aperçois de ma démence au secours au secours moi même je me terrifie un miroir tendu par mes mains mes propres mains je vois les dents je vois les yeux grands ouverts le noir tout dur impénétrable des lames de nuit s’en échappent personne n’en réchappera la terreur je comprends maintenant la terreur de cette voix de ces mots sans limite ce cri qui semble ininterrompue sauf si quelqu’un devait mourir je vois le billot la hache virevoltante au secours au secours enfantin je croyais le cri le caprice tu tapes du pied sur le sol mou la gomme des cours de récréation mais mon gars c’est l’âge adulte c’est pas l’enfant c’est le fou dans la cour de l’asile il secoue le grillage aux fines mailles merde merde merde vos noms là je vois la peur que ça inspire moi même jonathan boudina j’écris ce nom avec terreur de pouvoir retourner contre lui les mots écrits mon dieu mon dieu mes pauvres nous tous les pauvres nous tous pas le droit personne ne devait personne ne pouvait pourtant tout le monde fait tout le monde impatient il faut agir enfantin enfantin avec ton corps voûté sur la chaise où j’écris tellement de malheur ici tellement de douleur les cauchemars les cauchemars tout ce que je retiens ces tonnes de déchet retenues recyclées pour rien pour rien tellement ça déborde quand même la décharge merde les larmes pas d’enfant d’adulte comme un cauchemar éveillé sans réveil possible parce qu’éveillé déjà je ne sais plus quoi faire si les mots ne sauvent pas ne sauvent plus mince mince mince la peur je ne voulais pas faire peur je voulais dire voyez comme je fais de mon mieux écrivant vos noms pour ne pas cogner la vie la famille le lycée l’appel d’offres l’internat pourtant ça fait peur comme si je le vois maintenant comme si je disais en vrai que ça arrivait mon dieu mon dieu vous voyez un poing levé dans ce poing retenu le coup délaissé la violence abandonnée qui pour vous se présente encore violence moi je n’en peux plus je n’en peux plus et je n’avais pas compris non plus que vous considériez à tort ça je le dis que je devrais vraiment crever j’ai voulu j’ai voulu pour faire au mieux ça oui mourir et si je dois périr j’emporterai en enfer quelqu’une parce mince on dirait encore une menace pas une menace parce que l’injustice fait trop mal qu’elle nous cerne en vain en vain

 

 

puis en  même temps que j'écris ceci apparaîissent encore les tentatives de suppression, ce qui, relève un peu de la bizarre et folle folie parce que, ce faisant, au lieu de vouloir contenir, ici, dans cet espace clos, limité, quelque part, à nous, je suis incité à déplacer, sur une autre plateforme, celle-ci, autonome et non régulée, tous ces noms, fou, mauvais, monstre affirmé à force à l'horreur converti, me voilà capable de prendre chaque nom, si le coeur m'en disait, et le coeur ne m'en dira PAS, pour montrer et exposer combien la lutte peut être vaine quel paradoxe ceci d'écrire ce dernier texte là haut juste avant les 10 signalements en trois jours, qui justement voulait, ce texte passer à autre chose, il franchissait enfin une frontière, alors soit, vous savez que l'on peut payer pour sur google afficher les noms des gens en redirigeant sur un site excipé de toute régulation ? Pourtant, je ne le ferai pas, pourtant, parce que pour moi moi-même, je dois passer à autre chose, s'il y a des hoquets les voilà liés aux manoeuvres, les dernières, vous êtes bêtes que comme je le disais dans la décision de justice que je copie encore, ce n'a rien d'illégal, vous rendez vous compte de ce qu'en croyant interrompre par censure vous pourriez entraîner dans le pire, dans le plus, apprenez à serrer les dents comme je les ai serrées ? Les noms auraient pu retentir décuplés ailleurs mais, justement, de n'avoir pas exactement la couleur que vous prétendez, je retiens le coup, j'ai promis de limiter à ce lieu mes gestes, j'y tiens. 

 

https://www.legalis.net/jurisprudences/tgi-de-paris-ordonnance-de-refere-du-19-juillet-2017/

Dans ces conditions, il y a lieu d'estimer n'y avoir lieu à référé, Monsieur X. ne pouvant contourner le régime instauré par la loi du 29 juillet 1881 pour faire sanctionner les écrits publiés sur le blog de Monsieur Y., aussi virulents et désagréables que soient les propos incriminés à son encontre.

 

 

31 mars 2023

Marée Salée, Calvaire Liquide, Monstrueux Zoo,

Récente découverte de la série Malcolm in the middle dont j’apprends que le titre, en entier, n’est pas, contrairement à ce que je le croyais, le simple éponyme, qu’il y ait ajouté, in the middle. 

Loïs, la mère de Malcolm et de ses frères, me fait un peu penser à la mienne, dans le caractère, certes, dans l’allure surtout, et ce très léger strabisme qu’elles partagent.
Reese, l’un des frères de Malcolm, d’un an son aîné, vient de subir une humiliation terrible au lycée, des filles, sadiques, lui firent croire que sonnerait à sa porte une jeune fille sublime nommée Cindy, jeune fille qui admirait en secret Reese, qui l’adorait de loin.

Reese, au bruit de la sonnerie, se presse pour ouvrir la porte et découvre, devant l’entrée, sur le seuil, un porc aux lèvres peintes, avec autour du cou, un encart cindy, derrière le porc, quatre ou cinq filles, hilares, toutes jolies, jolies, pas forcément absolument, jolies comme ces filles populaires du lycée, toutes emplies de cruauté et d’aisance. Les filles le prennent en photo avec leurs téléphones portables, les premiers téléphones avec caméra intégrés, bien avant les smartphones. 

Loïs assiste à la scène, révoltée, interdite. Loïs se rend au lycée espérant obtenir l’intercession du principal qui, hilare, se propose de ne rien faire. Enragée Loïs quitte le bureau du proviseur et tombe, dans le couloir, accrochée sur le mur, une large affiche avec les photographies de Reese et du porc. Reese ne peut plus revenir au lycée humilié, le coeur brisé.
Alors Loïs se venge. Se vengera. J’ai arrêté, pour écrire ce texte, l’épisode au moment où Loïs repère l’une des malfrates et, la voyant remuer la tête, replacer sur son crâne - d’où germent les idées malfaisantes - sa longue chevelure, Loïs, murmure, l’observant par la fenêtre de sa voiture alors comme ça tu aimes tes cheveux. 

Loïs ne supporte pas, ma mère aussi, que l’on heurte les gens qu’elle aime, ne supporte pas l’injustice et que les méchantes ne trouvent pas, conséquence à leurs actes, le châtiment, n’importe lequel dès lors que, refusant la médiation du pardon, ces méchants s’exposent à tout déluge, à tout ce qu’on peut, à tout ce qu’on trouve.
Loïs se venge parce que l’injustice doit faire, pour elle comme pour moi, sentir dans la chair ou dans l’esprit - assez de la dichotomie ancienne partageant les deux - la conséquence de sa faute.
Loïs trouve dans la colère des ressources d’amour comme moi, dans la haine et le goût de la vengeance, un trésor d’amour, celui-ci, propre, qui me protège du calvaire, des perfusions, des quais pratiqués poétiquement, trop, peut-être.
Je vois cette femme se venger, venger une injustice et, non pas comme le proclamait les grecs et leurs catharsis, m’inspirant moi, mes propres drames à venir au lieu de m’en purger par la fiction. Rasséréné, encouragé, voilà mon être ici, joué à ce moment là, dans cette ville d’Amérique, qui, transatlantique, parvient, l’idée du moins, le principe, jusqu’à moi. Le câble sous-marin.
La vengeance. Vengeance venue des profondeurs et des distances.
Attention 

30 mars 2023

moustiquaire

Vu le docteur C. ce matin, en rade de médocs depuis vendredi. 

RDV obtenu par Marie-Anaïs mardi. Ordonnance faite. Recompé Le fil de la vie chimique

Fil. 

Vie chimique 

mort chimique

chi mi que


Une centaine de comprimés éparpillés dans la bibliothèque.

 

Vestiges. Ruines d’une mort ratée. Rome de meurtre. 

Ici. Une Rome de briques.

Dix par Dix.
Désordre des cachets.
Désordre l’appartement. 

Entre deux. entre-deux. 

La vie.

soi au milieu. 

La mort

 

Le docteur C. dit. vous êtes ancré. Vrai. Lucide. Il dit. N’importe quoi. Vous faites n’importe quoi. Tenir. Contenir. Il dit. Je dis.
Oui mais.

Dit

Mais oui. 

 

Je dis Marie-Anaïs

Je dis les classeurs.

Je dis Marie-Anaïs

n’a pas

dit

dédit

dit

dédit

dédit

dédit

dédie

 

Il dit. Oui.
C’est tuer. Ses mots à lui. Il dit.
Sens commun.
Dit il dit. Parano. Oui. Parano le bruit.
Les cachets qui coulent. Comme la neige fausse.
Dans les boules en verre.
La vie. 

Tuer. Je dis oui.
La réalité.
La réalité. 

L’erreur. Quand. L’ascenseur s’ouvre.
Le mauvais étage.
L’inter-étage

Interstice. Léna dit.
Les fous vivent.
Quand ils vivent.
Parfois. Souvent non.
Vivent dans l’interstice. Liminal. 

Il dit tuer oui tuer.
Je dis. Victoire. Quand lui même il dit.
se dédire. Tuer. Quand je dis

tu m’as tué. 

Au passé. Soi ombre. La folie
Ombre ombre.
De l’homme antérieur. Celui avant.

avant.
Que.
Qu’on.
Quoi.

Cou.

Beh.

Le docteur C. dit. Je voudrais lui parler.
Tout pâle. Moi. sous le masque. Le masque bleu.
Je dis non.
Il dit. Il faut.
Je dis non. Elle non.
Comprendra pas.
Peut pas. Deux siècles.
Rendez-vous plus tard.
Regardez si

dans deux siècles dans l’agenda

une date.

petit piètre moustique 

meurt le petit moustique

dans la lanterne électrique

meurt le petit moustique

un jour d’orage

30 mars 2023

cripple

Je me souviens le jour que je voulais me tuer et que je me suis ravisé à cause de la forme des quais le mouvement silencieux du train. 

 Je n’y pensais pas, tiens, à ce moment là, que la retenue vint aussi du mouvement quasi muet de ces transiliens modernes. L’isolation phonique leur donne une allure de lenteur et, au moment de la mort ferroviaire, la lenteur semble substituer la torture à la mort. 

 Parce que, dès le départ, incertain de ce mode de suicide, je m’étais préparé à d’autres éventualités. La location d’un appartement sur l’île saint louis au sixième étage et à peu près deux cents pilules diverses, lysanxia, xanax, aripiprazole, voilà pour le requiem ce soir. 

Je gardais dans mon sac de toile toutes les pilules, avec leurs boîtes ça faisait comme un caillou dans le sac, une fronde, ces toutes minuscules pastilles certaines blanches, certaines bleues, qu’on compte, si légères, en milligrammes. Comme une fronde fatale, ces quelques milligrammes, abattre la vie, la vie, ce Goliath toujours perdant. 

 Pourtant, j’ai du me raviser parce que plus effrayé par l’hôpital psychiatrique que par la mort comme je fus, sur le quai, plus effrayé par la torture que par la mort, parce que Marie-Anaïs avait prévenu le SAMU et que les opérateurs avaient, après m’avoir (terrifiant) géolocalisé, prévenu les pompiers que je savais me cherchant dans la gare de Pont-Cardinet. Alors, j’ai sauté dans un train, pour rentrer à la maison, parce que j’avais promis à Marie-Anaïs de rentrer.

28 mars 2023

Taire n'est pas tarir

j’écrivis, taire n’est pas tarir, quant à l’enfer en moi que M-A me fit éteindre et qui, enfer, ne se réfugia que dans une cavité lointaine, jusqu’à l’oubli. Les bêtes des légendes, vaincues et blessées, se réfugient loin, loin plus loin que les récits, que la mémoire des enfants inquiétés par leur mythologie. Pourtant, dans ces confins, dans l’obscurité, goutte à goutte, ces bêtes soignent les plaies. Ce recoin refuge de la haine exilée, appendice aujourd’hui saturé, voilà qu’en moi l’enfer éclate brusque rayonnant chaud, malade aussi, une péritonite je deviens tout blême quand la rage engeôlée dévoile sa force gardée. Taire n’est pas tarir.

 

Des nuits entières, je voulus contenir ce déferlement, je le sentais bien sûr à force de coups portés, là, au point douloureux de moi, à force de ces coups qui bêchent et sèment en moi, tous ces plants de massacre. Oui. Puis. La force m’a manqué. Sans que je crus alors que s taire n’est pas tarir, détarir je ne l’imaginai que lente montée des eaux, irrésistible seulement, je ne l’imaginai pas éruption de dix vésuves sous-marin, la lave et sa course folle qui recouvre ma vie et les vôtres. 

 

Voilà que s’achevant en moi le silence, la plainte de la bête ferrée prend le pas, voilà le cri du monstre captif, voilà aussi celui-là qui, mis au pain et à l’eau, qui prisonnier du donjon s’arrache à la pierre pour ne vivre maintenant que de vengeance. 

Les remparts éventrés, abattus d’un seul coup, un boulet, ce poing serré qu’on retournait contre soi, des nuits et des nuits entières à se frapper soi-même, comme une viande dure, comme attendrir la haine, à force de cauchemars. Puis, ça cède. 

Ne reste rien en moi pour me défendre de ces gestes lourds, graves, définitifs, rien pour retenir à mes doigts le meurtre qui y pend, nul gant, nulle bague alourdissant le geste, toute grâce des violences désormais dansante sur la vie, je ne peux pas retenir, je ne peux plus même alentir.

Nul au secours poussé ne trouva autre chose qu’en écho un dédain, un peu d’inquiétude. 

je n’ai plus aucun devoirs envers toi.

J’en fis le compte, hier soir, étrangement reposant le 

zéro.

Effondrement, cet effondrement engendre le néant, la disparition de toutes les règles. Pour moi, pour retenir les déluges de démence, il fallait bien plus que des digues, il fallait des herses, des mines, il fallait des armées, des blocs de béton peints aux visages de vierges suppliciés, des trésors de pitié, mais tout a fondu.

Je m’avance toujours plus loin, toujours plus loin, l’horizon me fait horreur, cet horizon de drame, où toutes les vies finissent, pourtant son appel, sirène cruelle, s’obstine et me traîne. Irrésistible avancée, qui sait ce qui en moi sans cesse veut tenir et ne peut pas, l’abandonné comment s’étonner qu’il dérive, dans les eaux tonitruantes, une main se tend

 

la main te jure dans un signe promesse qu’arrivé à ce point, mettons dans le fleuve un jeudi, tu pourras la saisir, alors tu gardes jusque là, ta bouche hors de l’eau, prenant en même temps qu’un peu d’air, de grandes bouffées d’eau limoneuse, alors tu tends la main et la main se retire, parce que tu ne sais pas, une écharde lui fit mal, ou que derrière, je ne sais quelle biche des bois, poussa un joli cri. 

 

Trop loin, au-delà de ces pays anciens, poivrés et détrempés jadis, heureuses contrées, parce que cocagne et jeunesse, parce que lait d’ânesse et extases cruelles, qui aujourd’hui, d’avoir renoncé au mal, y replonge, il y tombe comme celui intoxiqué toute sa vie qui crut s’évader de la substance assassine, mais un jour, de force ou de faiblesse, de hasard ou d’injustice, s’y retrouve et alors…alors c’est tout comme avant moins le plaisir qui en faisait, de justesse, la vertu et la valeur.

Tout comme avant dans la figure hideuse et astringente, tu vis aujourd’hui dans un bouquet d’orties, le mot bouquet pour faire joli, ne demeure bien que ça.

Mais aujourd’hui, tu ne veux pas mourir. La haine te garde. Drôle d’ange gardien le diable. 

26 mars 2023

Majin Vegeta

L’un des topos de la chanson de geste et de tous les récits martiaux est le sacrifice


Le sacrifice constitue l’un des topos majeurs de la chanson de geste et de tous les récits, qu’importe leur support, martiaux. Dans ses versions les plus contemporaines et accessibles, dans le manga nekketsu par exemple, l’un des protagonistes pour vaincre un adversaire invincible, utilise sa propre vie pour anéantir l’antagoniste. Dans Dragon Ball, San Goku, pour vaincre Raditz, s’accroche à lui, et demande à Piccolo, de les tuer ensemble. Plus tard, dans le manga, chose plus intéressante quant à la consomption de cette vie nue, Majin Vegeta, pour détruire Boo, adversaire insensible à toutes les attaques, utilise sa vie comme catalyseur d’énergie. Il brûle, littéralement, sa force vitale pour dégager une énergie largement supérieure à toute technique qu’il aurait pu, autrement, employer.
Ainsi, lorsqu’il ne nous reste plus rien, nous pouvons, pour un objectif noble ou scélérat, brûler jusqu’à notre propre vie. Plus rien, parfois et toujours, à cause de notre impuissance, que, vie nue, demeure maintenant, notre seul moyen. Insoucieux du reste des conséquences, ce but doit être atteint, y compris au prix de sa propre vie.

25 mars 2023

Une vie nue.

Parce que soudain tu parviens à ce point où parvenu tu déclares n'avoir plus rien perdre. 

 Nous revenons, souvent, parce qu’elle porte une puissante évidence, un grand trouble, à cette phrase si dieu n’existe pas alors tout est permis. 

Supposant, forcément, que la promesse de l’enfer - non même la récompense du paradis - nous détournerait, par peur, de nos actions immorales, plus encore que de celles criminelles. 

L’exégèse de cette phrase a permis toutes les platitudes de la Terre, j’y ai ajouté mon petit écot. 

 

 Je revisite, aujourd’hui, cette phrase, un pas de côté, dirons-nous, du royaume du ciel au royaume terrestre - qui l’eût cru qu’un seul pas de côté mais du bon côté séparait ces deux là.

Un tout est permis en dehors, justement, des rétributions post-mortem et du regard, toujours jeté sur soi, depuis ciel, ou quelque dimension où se juche le dieu-s-il-existe, je dis donc, le point du plus rien à perdre version, peut-être, mondaine de la mort de Dieu. 

 

Disparition, qui est un péché, de la valeur théologale première l’espoir. Sa négation, vaut, je crois, apostasie. Renier l’espoir c’est tuer Dieu en soi, c’est jeter l’hostie aux loups, couvrir d’eau bénite la tête du veau d’or, et noyer un enfant dans le sang de messe.


Parvenu à cet endroit de sa vie, la vie telle qu’on appelle, en société la vie, s’est éventée, demeure seule la vie nue. Parvenu, à ce point de soi-même pour qui, comme moi, déjà, ne couvrait sa peau qu’à peine d’une épaisseur de soie, il faut l’admettre, un tout petit pelage me séparait de la vie sociale, ordinaire, tout est permis. Déjà, dès le départ, à cause de la mince pellicule seulement de vie, je me tenais tout près du néant et con corollaire vivant : tout est permis. 

 

Je ne peux plus rien perdre. R., lorsque je lui énonce ceci tente de me convaincre de l’inverse parce que la raison raisonnable, nous opposerait, avec sa froideur inutile, que, jamais, nous ne perdons tout, tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir, y compris si demeure seule cette vie nue. A mon tout est permis, abolition de tout triomphe d’un éternel présent inconséquent, il préférerait sûrement un tout est possible. 

 

Nos visions convoquent des présupposés distincts. Le premier, sur quoi je reviendrai plus longuement, repose sur l’idée que la vie, en soi, vaut quelque chose, que ce quelque chose rien ne le dépasse. Repose aussi et surtout, en un rapport singulier - ou du moins distinct du mien - à l’avenir et à la durée.

Cette logique implique que le futur, puisqu’il peut s’investir, est un champ de possible, un lieu habitable que l’on pourrait semer, qu’importe si la terre est dure et salée. Jamais, alors, tout ne sera définitivement perdu, il existe, là, dans le champ désolé, un immense peut-être qui donnera, chêne immortel, ses fruits. 

 

 

Je ne mesure pas le temps de cette façon, mon temps n’est qu’un éternel présent, doté d’un peu de mémoire. Lorsque ce qui me reste me paraît trop peu alors je déclare que tout est perdu et si tout est perdu alors tout est permis. 

 

Dénué, aujourd’hui, parce que dépossédé, je déclare, j’ai tout perdu ou on m’a tout pris. 

Je n’ai pas joué ma vie, durant mon sommeil, une foule de spectres, entrée par la fenêtre, me prit tout. Leurs mains, la bave de leur mains, l’ignoraient-ils ? déposa en moi le bacille de la rage, dans mon organisme rapide palpitant, la fine couche de vie-non-nue, d’un coup sec a brûlé, la soie toute écarlate, voilà l’expression de ma haine, la forme, de mon permis de chasse. 

24 mars 2023

Fendu

Je suis coutumier des crises nerveuses, des grands drames synaptiques, ces cessations de paiement de l’ordre ordinaire des logiques, des gestes admirables et bien tenus qu’on fait, disons, administrativement, afin d’obtenir, au guichet des existences, son salaire convenable, son allocation d’au-secours. Moi, souvent, je craque quand ça déborde, barrage fragile quand sourd le typhon, quand la mousson monte sanglante à mes yeux.

 

Souvent, en ces cas là d’exaltation douloureuse, je me mets en danger. En danger physiquement quand tout malingre je grimpe une statue et, pris de vertige à mi-hauteur, ignore maintenant comment redescendre, où se trouve le chemin inverse si aisément pourtant, cabri de surprise, parcouru. En danger, surtout, autrement, faisant feu comme si seule cette seconde existait, comme s’il n’y avait pas d’après, un monde affreux, quand tout devient permis parce que chaque seconde se consomme comme l’ultime…si plus rien, ensuite, ne demeure, alors l’instinct, celui de survie, de vie tout court même, qui ne se projette nulle part, la dernière, la primitive inconséquence. Tout est permis, non pas si dieu est mort, tout permis parce que non plus de futur, seulement l’expression de la rage antérieure, de l’explosion des intestins, nous pourrions jeter par là, puisque rien ne suivra jamais, ses entrailles, ses organes, prélever à soi-même le rein gauche tout gluant et palpitant avant de le jeter, lapidation toute charnelle, ceci est ma pierre, sur tous les ennemis.

Souvent, ma raison se fissure, alors, plus rien ne compte que l’expression de ma rage, mon goût presque obscène de la justice exacte qui ne peut se rendre qu’éclatante, procès pressé, le parquet lustré, la haine lustrée, les cordes tendues, feu, feu, feu, un poleton d’exécution.

Puis, ma raison revient. Parce que je reçois un appel, parce que la rage se tait, parce que le sommeil, enfin sans rêve, me console. Alors, je me rends compte ma démence, l’immense champ de ruines semés, les blessés, les autres, celles ou ceux qui d’abord me blessèrent, je retournais les balles à coup d’obusiers, je vois la terre dévastée, toute vaine devenue, dans les trous d’artillerie, où l’acier fond encore, s’élèvent de nouveaux fruits, des plaintes vertes qui préparent à leurs branches, les nouveaux poisons de folie.

Ma raison revient, je ne regrette qu’à moitié parce que je devais, parce que je voulais survivre, ne disposant alors que de ma folie pour me faire entendre, si ma bouche ne permet pas à la parole de s’imposer, alors j’ouvre mon estomac en deux, de chaque côté de la plaie, dans l’estomac digérant, sucs, les injures, une bouche ce trou de grisaille. Une bouche.

Ma raison revient.
Je me suis encore moi-même abîmé.
Me voilà passant devenant le fou affolant

Celui fou bouffon disant pourtant

comme tous ceux couronnés de breloques

la vérité pourtant


En attendant, la prochaine fissure. 

24 mars 2023

Epilepse

Parfois mon monde, hors tout épisode particulier, tremble à ses extrémités, semble, se contracter et à la fois s’étendre, en tous les cas, changer, changer, parfois, absolument, comme si de vibrer aussi indéfiniment, la vie entière pénétrait un état épileptique avec ses décharges électriques qui vous saturent les yeux d’images nouvelles, épileptiques et dangereuses. Le monde tremble, la raison, suspendue à un fil, et ce fil c’est la corde même, semblable du pendu, la raison s’y trouve, attachée ainsi la raison, à cette mince potence, au chanvre ténu, qui cassera le premier, la corde ou le cou, qui suffoquera d’abord, la potence ou la raison. 

 

Mon monde, régulièrement, tremble ainsi à son extrême, tout perd sa valeur usuel, son cours comme d’avoir, dans son sommeil, franchi une frontière mentale ; d’abord, la langue, nous étonne, son accent sans joie, ni les visages, d’ailleurs, un autre port de tête, une autre couleur. Nous ne reconnaissons plus rien et plus personne ne nous reconnaît. Ailleurs, malgré soi, pourtant tu croyais, tu crus depuis le départ, que tu étais partout hors d’ici et, pourtant, dans ce pays changé, fou parmi les fous, encore et tu n’es, en vérité de nulle part. Ni d’ailleurs ni d’ici. Tu seras au moins de toi-même, voilà ce que tu te dis, quand tu remontes de ton délire, tout collant encore, de la crise antérieure, celle qui faillit comme souvent, te laisser de côté. Tu sors, en permanence d’un mauvais rêve. Celui de la vie vécue, parfois, la mémoire. Tu revis en songes, les mensonges de C., son sexe appuyé sur ton visage. L’image te hante, te hantera longtemps jusqu’à je ne sais quel exorcisme. « Désolé » je crois que le spectre qui t’infecte s’il s’excuse disparaît. Alors tu attends, tu attends ici. Dans la veille ou son contraire. Ces mots là. « Pardon ». Tu attends ces mots, qu’elle ne dira jamais.

23 mars 2023

M.

Les événements tragiques se succèdent. On ne s’y fait guère. Hier, appel reçu de la mère de M. me demandant s’il m’avait, récemment, donné de ses nouvelles. Depuis deux semaines, inquiet déjà, je ne parvenais pas à entrer en relation avec lui. Parce qu’il vit dans un grand dénuement sa mère, régulièrement, lui porte des courses, qu’elle dépose sur le rebord de sa fenêtre ou sur son palier. Elle entend, signe de sa vie, de la musique classique ou voit de la lumière. Au cours des deux derniers jours, elle n’entendit plus rien, ne vit aucune lumière et s’inquiéta de ce que M., décida, d’éteindre sa vie. Alors elle m’appela et, parce que je ne savais rien, appela les pompiers pour qu’ils s’assurent de l’état de M. Il va mal, allait mal, son appartement était verrouillé de l’intérieur pour éviter toute intrusion salvatrice. Les pompiers, lorsqu’ils défendent la vie, s’indiffèrent, comme d’ailleurs les cambrioleurs, des portes et des serrures. M. va mal, allait mal, il fut transporté d’urgence, un transport, sans fin et je me sens, moi, dans cette ambulance, un autre lui, m’approchant à  mon tour du véhicule gyrophare tentant d’éviter celui qui de plus en plus près le suit, le beau cabriolet tout noir, ce corbillard.

18 mars 2023

A vue.

D’abord il s’agissait

modulo modulant

la crise

cette pointe dans la tête

comme une corne érigée

jaillissant inspirée

du trident marin 

d’abord il s’agissait

sauf suspension un moment

de faire au mieux puis

aujourd’hui

après tout

ce sera faire au pire

après les efforts

de soutier 

souquant ferme 

dans l’océan des plaintes

maintenant la rame s’abattra 

désordre sèmera épée de bois

la rame s’abattra indistincte

tournoyante joli moulin aux pales 

d’assassins

empruntés à celui pal des bourreaux 

la rame de métal d’acier renforcé

baigné

trempé comme Siegfried 

nageant adulte dans le sang du dragon

terrassé

au pire après au mieux

le langage aquatique

de la fosse marine

là un peu encore

une fraction de vie

la lueur dans cette nuit sans fonds

où je m’enfonce à pas lents

la lueur le geste barbare moi

de la rame souquez dur souquez dur

la bataille dans la vase qui j’abats

au pire

m’extraire

diamant

du sable mouvant

la mine étrange gluante

au pire 

du pire

le mieux

 

en la guerre d’Ukraine, Xavier revenant, rapporte que les fusils à force de faire feu contre l’envahisseur russe, rougissent et se déforment, feu, feu, feu, jusqu’à la fusion de l’acier trempé, mes doigts aujourd’hui pareil, les phalanges rouges, rouges, à force de faire feu, recourbés aussi, griffes d’assassin, rougissent, rougissent,

feu

feu 

feu

 

 

17 mars 2023

Fukuyama

Comme une mécanique infernale

ce moi en moi-même

répétant revenant revenant répétant 

devenu moi devenu

Une phrase

la phrase de

Thomas Bernhard la phrase amplifiée sans cesse

retournant à son point de départ enrichie cependant

par la centrifugation

un pas de côté

une phrase la phrase de Thomas B.

enrichie à l’uranium 

verte brillante

la phrase

puissante

semblable non semblable

à moi la phrase de T. Bernhard

une danseuse 

en moi celui-ci uranium

par retour

rétrograde

chargé un uranium d’ordures

un uranium malheureux celui peut-être

des bombes sales

celles échouant au mauvais port

du cancer contagieux

mon uranium vert moi livide 

la figure pâle et verdâtre

du mort

transparent un peu

usé

le compteur geiger tremble devant

la phrase

de gêne d’embarras 

de peur

dans l’aller-retors des douleurs

l’écho, ce rebond

si la phrase de Thomas Bernhard augmente

la vibration le sens

au fur et à mesure du glissement

dans la répétition

la mienne

de phrase

si phrase veut dire vie

puissance désir

de départ en retour

s’amenuise il

n’en restera plus rien 

cette phrase de Jonathan B.

que la haie du bête clos

hé-

rissée

la bombe sale salement 

abîme celui vacillant là

moi ma phrase c’est à dire

la tenant toute proche

la phrase

comme sa vie salie

au contact de l’abdomen

la bombe sale au-dessus

de l'estomac

le diaphragme bat comme

le coeur

voilà l’endroit où se mesure

le pouls de la douleur

l’hoquet étrange

une respiration incontrôlée

la noyade aussi dans l’étang petit

un trou de boue disait rimbaud

putride pour sur la vase

la boue

du bois de boulogne

ou quelque coin d’herbe

et de pluie tu t’y rends

comme péri minuscule

nain devenu noyé dans la marre

tout devient crise et tout de go 

tu plonges dans l’eau rafraichie

les centaines de milliers de litres

où refroidit le petit soleil électrique

de Fessenheim

petit volcan endormi 

pour toujours

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