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boudi's blog
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17 mars 2011

Les progrès

Je t'aime en idée ; j'ai peur de t'aimer en personne. Ton idée ne rencontre jamais ton corps.  Je maîtrise l'entrée des orties dans le corps. La chute des sirupeuses fillettes. . Je pourrais les rattraper avant qu'elles ne tombent. Leurs corps de petites filles, crémeuses. Le corps de petites filles, avec la cruauté. Moins de délicatesse. Aujourd'hui. Marion a posé ses mains sur moi. Aujourd'hui je lui ai dit « je suis amoureux, c'est une idée, mais c'est une idée importante, et tu sais, je ne peux tromper les idées, je suis trop fidèle ». Et je suis parti. J'ai dit adieu à Hervelyne, au téléphone. Je ais quitter Loriane. J'ai supprimé les numéros de téléphone. Lucie me dit « je ferai tout ce que tu veux mon amour » et je lui réclame un adieu. Je ne veux que ton silence oppressant, que la certitude brisée de ton soupir. Je suis fatigué. De toutes les autres avec leurs figures d'empires. Inspire moi. Je ne te croiserai jamais avec mon corps. C'est tant mieux. J'ai peur quand j'ai le corps amoureux. Je ne sais vivre qu'entièrement. J'ai dit adieu à toutes les filles. Et c'est comme si j'avais nettoyé la crotte de mes semelles. Je marche mieux, dans la solitude, l'air n'est plus compliqué par des ombres bêtes. S'il te plaît, prête moi un peu ton regard. Un oeil distrait ce n'est pas assez pour étendre tous mes cauchemars. L'expérience de la vie. Je voudrais te rencontrer plus tard, juste avant de partir très loin dans la vie. Puis dire. "Voilà, je t'ai aimée". La fin de l'amour. Ce qui s'enterre, petit à petit, ce qui continue à courir, crier, trébucher derrière. Je pleure des nuits par les dent. Les mères cinglent le chiffre"Lâchez le". Les petites filles. Qu'il faut lâcher. Oublier. Qu'il ne faut pas retenir. Les petites filles sont inondées. Humidifiées. Mes après-midi ne s'ouvrent plus. Merci de me lire. Merci de continuer. Merci de me brusquer. La peau des rêveuses qui nage dans le fond de la gare du Nord, est calleuse. Comme un cerf d'Asie, tué par une mâchoire de poisson. Evitez mon regard. Parce que je ne saurais pas le placer. Il va trébucher. Sur votre morale, sur votre bouche, sur le vide de votre corps. Il va mentir. Non, evitez. Je vous en prie. Je vais pleurer des oreilles. Un serpent de corail. Evitez mon regard. Papillon à queue fourchu. Il va s'éprendre de la chauve-souris coincée entre vos jambes. Je ne pond pas mes rires. Je les éclabousse. Leur jus coule contre ma poitrine. Evitez. Je pourrais tuer. Hier, j'écrivais. C'est une préparation. Dormez. Sur mon orchidée géante. Je suis la profonde plongée qui se perd dans les rails de la gare. J'accélère la soif. Poignarde. Poignarde. La délicate violence. Mon écriture est une délicate violence. Les cafés se ferment dans le ventre, et continuent leurs ventes, dans mes départs. J'ai dit adieu à toutes les filles. Toutes les filles accumulées depuis 2006. J'ai l'impression d'avoir dépensé toutes mes économies. Je vous en prie, compensez-moi. J'ai la couleur du corps. "Je ne vous aime plus". Les petites filles dansent, en dessous du train, qui a une vitesse folle, écrasent leur poitrine de verre. Mon corps s'est déplacé chez vous. Appuyez. Appuyez. Là. Paris se tait. S'étouffe. Paris beauté. Je suis un duel. Les oeufs m'éclaboussent la peau. Leurs jaunes me rentrent dans les yeux. Je pleure des bouts de coquilles. L'oeuf et la petite fille, sont complémentaires : je casse les deux pour mieux vivre.
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17 mars 2011

Tous les jours j'arrête d'écrire ; tous les jours je reprends, quand je me souviens que l'écriture nous éloigne.

 


"monstre de mer aux décorations de fer d’autruche
scies de paquebot chatouillent les os de porcelaine
scènes d’ensemble de toutes les sensations en fête
en éventail de verre pour les douceurs exprimables"

Triste An
Tza-Rat.

 

Si je n'écrivais plus qui t'apporterait la dose de tragédie ! Il se joue plus de drames en moi que sur une scène grecque. Il y a plus de morts parfaits dans un de mes cris qu'au cinquième acte valeureux. Mes muscles sont cassés des outrages commis sous la nuit. Je porte à l'intérieur de mes gestes des désirs assouvis par les filles qui me dessinent comme des fleuves. Je suis idiot à ma façon, cacheté par l'angine du soir. Je suis beau si l'on s'arrête à mon ombre, quand on évite la journée de mes yeux. J'ai le visage compliqué d'ombre. Je ne mets pas de préservatifs, j'aurais l'impression de mettre de la morale et de la loi à mon obscurité. Je range dans tes matins les cauchemars que ta nuit évite. Quand je fais la grève de la vie, je trouve que je vous ressemble. J'ai peur de ce qui ne fonctionne pas chez moi, ce qu'il y a d'étranger, ce que je reconnais comme incompatible. J'ai peur de ce qu'il y a sous ma peau. Ce que je n'ose pas montrer. L'écriture vient de là. De cette peur sans nom, légère et profonde.

L'amour me ressemble, parce qu'il n'ose pas. Je suis en train d'arrêter. L'écriture. Je la laisse à Marion. Je ne lui réponds plus, elle n'existe pas. J'ai assez des monstres de ma tête pour ne pas pencher l'obsession sur les fantômes. Marion est un fantôme. Toi je t'aime. J'ai donné une nouvelle forme au mot, j'ai creusé avec des silex dans le dictionnaire. L'étymologie, je la décide avec mes caprices.

L'amour me ressemble

Et de cette façon nous rassemble tous.

Plus tard j'aurais des mains fines et fortes, des mains de victimes, des mains d'assassins, des mains inondées, des mains pour écrire. Je suis un pays inventé pour les esclaves.

Je perds l'haleine dans les baisers. C'est une course dans l'amour. Une course sur une pente.

J'ai les cheveux mouillés par le soleil, et le coeur embaumé par tes yeux. Je pourrais vous dire aussi, que j'ai la peau comme un jour intime.

La douceur est un orage. La liberté n'appartient pas à l'homme. Le génie est dans le reste. Les princes sont pervers et c'est bien mieux comme ça, si toutes les petites filles le savaient, elles seraient charmantes. La terre glisse, les corps chutent, et je ne pourrais pas te rattraper. Je vous vois ; je ne vous regarde pas. L'idée est un homme qui court plus vite que les autres. La violence du corps est si douce que je l'écris. Je suis si arrogant qu'on le croirait vraiment. Je suis fragile. Je me suis brisé. Sur des rochers miraculés. Je me suis brisé. Je ne veux pas que l'on entende. Le bruit du viol, dans mon rire. Je devrais faire ce que je fais. On dit des choses, et un roi marche sur les pieds, pendant que les dents saignent le pigeon égorgé

 

J'aime les gares. Les pas pressé d'où grouille la vie dans toutes sa vitesse. Il prend la caméra, il filme, je me recule. Il me sourit et dit "non, c'est vous que je filmais". J'aime cet homme, dans la gare de Lyon, qui essaie de fixer le mouvement, rapide et invisible. Je me demande ce qu'on trouve au fond, toujours au fond, d'une poche, ou d'un corps, le détail qui dit, qui donne, qui prend. Plus que le tissu ou la peau. Le détail qu'on oublie ou qu'on cache.

Là, maintenant, je suis lucide. Là, tout de suite. Alors vite, je dis : Ravale. C'est la première chose qui me vient. Ravale. Mes mots ne savent pas atterrir. S'ils t'atteignaient, je serais en morceaux.

Ce qui était émouvant, c'était de voir l'ombre de ma grand-mère derrière les grandes vitres du Manoir. Un ombre qui surveillait, les bras croisés. Qui nous regardait, monter dans la bouche des filles. Je me retournais. Ce qui était émouvant, c'était cette ombre. Comme un petit quelque chose de mon enfance que je laissais derrière moi, pour rouler vers une autre sorte d'amour.

Et là, elle dit : "un visage d'ange, un petit monstre à l'intérieur, un monstre gentil, incompatible, surprenant". Et moi, je pleure. Je frappe les vagues avec les pieds, elles ne réagissent pas, silencieuses, dures, elles ne réagissent pas aux corps, moi je peux frapper toujours plus fort, elles ne réagissent pas aux coups.

Je suis le risque. Qu'on finit par oublier de pendre.

23 mars 2011

Dans tes bas j'ai rangé l'odeur de la nuit, et tu ne le sais pas.

 


"Protégés de Diane que nous sommes, jeunes filles et garçons intègres, chantons Diane, garçons intègres et jeunes filles."

Catulle -

 

C'est quoi l'odeur d'un arbre ? Celle de la peau morte.

Reste concentrée. Le travail ne se fait pas tout seul, il te faut tisser des articles de lois, des fusions, des modèles, tu n'as pas le temps de lire, tu dois user tes jolis yeux ailleurs, c'est trop petit un écran de téléphone pour se fatiguer ici, c'est trop court un trajet de métro pour illustrer toutes mes folies.
Quand j'écris c'est comme de plonger la main dans le bol de lait, de laisser couler le jus des fruits écrasés jusque dans les épaules, mes cheveux qui y survivent, sont des fruits amers. Tu peux croquer si tu veux, ce n'est pas intéressant une ortie, ça brûle. Je glisse sur tes lèvres, sur la peau mouillée du cou, quand je pleure les illusions vieilles. Celle qu'on aime, D. La mine de crayon, sous la peau du ventre, la langue dans les pains de sel, et l'eau fraîche, les limonades, et tous les gens incarcérés dans leurs existences. Je ne connais pas bien la définition de tendresse, je ne sais aimer qu'à en mourir.

Il y a de très belles maisons au dessus de chez moi, des maisons qui ont le porche luisant au soleil, et ça ne vaut pas tes yeux qu'on dirait de grandes émeraudes taillées par le marteau de la nuit, tes pupilles je les appelle des caves aux grandes fenêtres. Sur la façade brune d'aurore, j'aime voir les ombres minces, et les corps corps sombres passer, je me dis que tu pourrais y passer comme aujourd'hui, quand je t'ai aperçue. Comme je t'ai haïe, la musique jouait dans ma tête, et puis rien qu'à mon oreille, ton reflet et ta voix. Je me suis senti occupé, occupé, sans maquisard. Ma peau est froide et lumineuse, c'est le soleil dans son écharpe, l'hiver. Je n'aime pas le violet, c'est de la nuit de pollen, je préfère le mauve qui dessine sous les yeux des impressions de folie, le mauve que l'on retrouve si l'on mélange mes yeux dans les tiens, si on les fait des injections liquides. La couleur de l'herbe humide, la couleur du ciel, quand le jour résiste encore aux crachats de la nuit. J'aime les couleurs réservées, celles qui fascinent comme tes cheveux tout en restant retenues. La couleur de ta peau.
C'est plus fort que moi, le silence, je dois me taire, retenir tous les bruits, je voyage dans un bateau souterrain, je franchis des deuils, et des frontières, je suis un clandestin, je pleure des noyades, et je me retrouve étouffé sous mes propres rires. Je sens que le silence vous met mal à l'aise, quand j'y rue, que je m'y réfugie, son coton, sa douceur. Je esens que je dois finir des phrases fatiguées, que je dois les faire remonter la longue pente de l'usage comme un cheval de trait le cercueil du damné. Je ne sens pas le garçon, je ne sais pas pourquoi, j'ai les muscles silencieux, et la colère absente. Tu voudras bien finir mes phrases, plus tard ?

J'ai besoin de quelqu'un pour me protéger de la vie, pour me défendre.
Je n'ai trouvé que des avocats.

16 mars 2011

It's Cloudy

 

Ecrit en cours, jamais relu, en automatique, en dispersant mes pensées tout alentour. Sur le visage tragique, voisin, dans l'obsession bleue de mes angoisses, sur le crâne chauve ployant de reflets neufs, sur le ciel en crépit de la salle pleine de professeurs, longeant les étagères d'études sérieuses. Les yeux sur le commutateur, les lampes blanches, les nuages.

 

et tes cheveux collent dans mes yeux quand je te fixe trop longtemps. Ton parfum remue dans ma bouche avec les saccades d'un homme dans les bras d'une femme. Tu as la colle des bielles, les noeuds serrés autour de tes poignets de blanche. Tu as cloué l'horizon à une idée fixe et pleine. Tu as le trousseau des absentes. Le mouvement d'horloge de tes pieds qui perdent le rythme, et l'harmonie. Je ne sais plus les serrures que mon corps ouvre, ni les endroits où la position de ma muqueuse devient la force des Arts. Je suis une oeuvre en suspension, je pends à des ballerines mes hampes mouvementées. J'agace le visage tragique. Je frappe à des portes modernes. Avec les coudes, je râcle les cauchemars. J'ai ouvert les bras, et la nuit est venue jusque dans le propfond lac silencieux. Les choses se sont mêlées de moi, elles ont parlé autour de mon sommeil comme d'une bête morte qu'on touche sans faire xprès, contre lequel on trébuche.
Je veux etre la chute de tes paumes, la larme qui glisse sur ton menton, le sang de ton enfance qui bat encore dans tes tempes; Il y a des gens vieux pendus dans les arbres, et des barons s'y perchent dans des langues gigantesques. La littérature est trop pleine d'idées denses, étouffantes, suffoquées , qui entravent, qui délimitent. L'odeur. Qui. Vient. Se. Figer. Sur. Le stylo jaune, l'encre verte bue à la première stance, les déclarations écrasées, es fruits secs, les peaux argentées, les petites filles aux stores cassées, les manches gisants, les portes rouges qui s'ouvrent par le milieu et la poignée sur laquelle dérapaient tes peurs. Des coquillages engouffrés du bruit de la mer, tu avais la bouche salée comme l'Océan, et tes lèvres font des vagues consciensieuses.

La dictée des émotions accrochées par la barrette noire de tes premi-res fois, tu déchres sur ma peau des chignons de Chinon.

 

Cent fois des cris sont venus se livrer, cent fois je les accueillis, ils spont à l'étroit, et parfois, quand ils n'en peuvent plus de se marier avec les douleurs de ne voir de plaisirs qu'en liège, ils s'évadent par les plaies des filleules. et quand je me déplace, je porte en moi tous les cris que vous avez refusé, toutes les colères que vous ne comprenez pas. Ta peau est enfoncée de mains, tes cernees ont giclé en la liqueurmauve du vinJ'ai la nausée des yeux sombres; Monsieur D. je vous embrasse, vous êtes 15h15 au rendez vous d'un Marignan d'adolescents.Ton gilet noir pend sur ton col blanc, on dirait l'anarchie soumise, la reddition de l'espoir. Au porte-manteau il y a un poète que personne ne peut voir, à la pomme ronde, enflée de sacifces, encore un cri tiède que j'avale, et je m'habitue au poison délicat qui file entre les rides des appétits. Ton visage est une tragédie, tous les drames que tu n'as pas vécu tu le suppportes dan s tes yeux, ton rire a la tristesse des malheurs inconnus, des songes épurés, aux ondoiements de danseurs.Quand tu vas être heureuse, que tu t'apprêtes à l'être, que tu tu t'y destines au bonhuer, une ombre te passe sur les cheveux, te tombe sur les épaules, tu as une cape, et un voile de gaze dans tes joues, je ne sais pas pourquoi, dans tes yeux percés de gris, tes iris gorgés du chant des mouettes, je te trouve belle, quand je t'imagine en larmes. Autrement, tu es noyée par le paysage, et j'entends tes poumons en miel s'agiter comme des ruches. La vie absente.

Je t'embrasse. D'avoir essoré ma nuit sur ton innocence.

Depuis dimanche, j'ai dormi trois heures, mangé une demi-crêpe, je fais des essayages de mes nouveaux vêtements d'écrivain, ils sont lourds, sentent mauvais de vin frelaté. Font fuir les habitudes, c'est un habit hyperallergenique. Je n'arrive plus à retenir les excès qui hennissent en moi, leurs reflets s'en vont en morceaux. J'ai le corps décrêpi à force de baiser des imbéciles. Mes excès. Qui débordent de moi et giflent ta bouche voisine. Et je me moque des silences graves. Je sus indifférent. Bien trop. Je suis né avec la peur des cauchemars, avec les images longues à attendre dans ma chambre la respiration monochrome du sommeil. Je pense à la nuit qui viendra me chercher à l'endroit de l'habituel rendez vous, à mes mains déformées de poésie qu'elle prendra sur ses sains, et mon corps capturé dans le filet étroit des ombres maillées. J'étouffe dans l'épuisette mes ouies rouges déchirés à l'hameçon du frisson. Je ne sais plus retenir ce que je brimais. La douleur a des vertus de femme méchante. Douce les tendresses apoliniennes. lames rieuses qui brsent ma bouche et mes doigts. J'ai du sang dans les arbres touffus de mes vitres. Tout un alignement de baies sucrées qui divisent la lumière en rectangle transparents. J'ai des manies d'irrévérent quand je parle. Je suis une insulte qui se déploie, j'ai des parfums de pamphlet bien sûr qui meurent dans le jour. On ne voit plus rien que mon silence.

 

15 mars 2011

La première puissance

 

Ton visage est bleu, rouge, vert. Je voudrais être le départ. Le visage que tu ne touches pas. Le visage que tu crains. Celui qui n'est pas encore tout à fait exact. Pas encore tout à fait dessiné. Sans ombres encore. Sans "oui", sans naissance amoureuse. Sans eau qui coule entre les yeux. Être le premier que tu fuis. Entre nous il y a quelque  vide. Ce quelque chose c'est l'abîme qui siffle. L'irréconciliable distance. Je crois que c'est ce que j'aime. Nous sommes distants d'un vide insurmontable. Une obsession dans le sommeil. Le bruit du verre qui explose. Le bruit du baiser qui claque entre les deux murs de ta chambre. Être le grand pays de l'unique fois. Etre les gestes de bandits sur le corps. Un jour je porterai un masque. Et une robe déjà fendue Une robe fendue au couteau. Une robe sans doigts qui la froisse. Une robe déjà fendue, pour être la première pierre qui ruisselle au fond de l'abîme, tout de suite. Sans visages. Tu diras "monstre" comme j'imagine le soleil en pente libre sur ton menton, comme je tends les doigts pour récupérer les miettes de ta lumière. Le soleil qui coule sur tes lèvres. Tu diras. Tu verras. Tu arrives à l'heure du corps. Tu arrives à l'heure des oiseaux. A l'heure de l'erreur. Et quand tu partiras, je t'aiderai à me fuir. Amour. Amour fendu sans visage. Vite, va t-en. Fuis-moi. Je dirai "Fuis-moi". Ca te fera rire. Pleurer de rire. Je ne remettrai pas ma robe. Va t-en. Quitte tes draps de pudeur. Quitte tes nuits sur ton toit. Va t-en. Descends. Il y a le grand escalier que tu connais par coeur. Tu me portais sur ton dos, robe fendue, tu posais tes mains. Descends. Et surtout, sors à droite, l'air est plus léger. Il va falloir savoir respirer après la salle de classe. Gonfler la poitrine. Respirer sans se brûler la gorge. Tu pourras courir. N'aie pas peur. Fuis. Cours dans la normalité, sous les gouttes de l'eau usée. La pluie tu la connais. Je balancerai tes pleurs par la fenêtre, ils iront jusqu'à toi, fatigués et délicieux, pour te rattraper, dans cette course. Cours avec les bruits. Avec mes bruits. De tissus qui se fendent. D'os qui se cognent. Cours dans la mer. Cours dans la fente de ma robe. J'ai pris tellements de femmes que j'ai jusqu'à leurs formes. Je t'aiderai à ne pas patauger. Tu disais "tu entends ? tu entends ? Tu es un enfant". Souris-moi et fuis, s'il te plaît loin. Va-t-en derrière le brouillard. Fuis mais souris. Ton visage est de toutes les couleurs. Tu aurais dit, peu importe, je t'aurais offert ma couleur de somnolence. Cueille les jeunes corps parfumés qui seront troublés par mon cerne. Par ton sourire, par mon sourire, parce qu'il restera de mon désespoir sur le tien, mon sourire dans le tien. Il restera la trace de ma pensée entre tes dents. Cueille les. Tu devras fendre leurs corps trop lourds. Tu reviens vers moi, et tu dis, mais je n'entends pas. Mais je ne suis pas celui qui fait les choses, je suis dans l'incapacité, je voudrais être, mais je ne peux que devenir. Tu auras le visage soudainement large. Large comme ton coeur. Je tire sur l'élastique. Je t'éclabousse de vide. Un miroir entre deux autres qui empêchent les reflets de s'apercevoir. Cours et si tu ne sais pas pourquoi, je lâcherai un oiseau qui se confondra avec le vent en liberté, pour que dans ta course, il puisse se perdre dans tes cheveux, et te voler celui que j'ai failli être. Le premier oiseau, la première course, la première fuite, le premier visage qui file à l'allure du vertige vers le port anglais.

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14 mars 2011

La paupière chaude.

Il y a des gens qui ne savent pas. Qui ne peuvent pas. Déceler dans le langage l'autre degré, l'autre chaleur. L'ironie c'est le faux-fond du langage. C'est le secret, la cachette pleine d'esprit. C'est là que se terre, le sens. Secret. Avec son chignon de crêpes. Avec son visage qui continue dans le noir. Il y a des gens qui n'entendent pas les genoux indécents du songe. Le quartz de ses yeux d'horloge. Qui se tient, qui soutient, le temps passé. Je tiens toujours deux langages, il en est un qui se menace, la face cachée. Derrière la représentation brune de la lune, avec ses yeux de perdreau, avec son cou tout noir qui prolonge la nuit jusqu'au delà de la panique. L'esthétique des phrases que l'on force, qui marchent dans la neige, les pas plein de sang; Qui laissent leurs veines comme des tirages dans le fond de la boue. Il y a des puits secs, où dans la terre humide, des visages d'argile meurent sur les routes. S'éteignent avec les lampadaires grésillants. Il y a deux langages dans une grammaire, il y a une hésitation qui poursuit, dans la nuit, une certitude. L'assurance de la folie, c'est de continuer sans fin, d'avoir un corps qui ne s'arrête pas, partout, qui peut se blesser contre tous les objets, toutes les planètes, qui s'écorche dans les cils de barbelés froncés de neuf. Celle qui se digère, avec l'absence, celle qui y plonge avec des noeuds de marécage, celle qui y dort avec des scues. J'entre dans des salles secrètes, où le langage n'a pas encore tiré le vin. Il tirera pour mettre le feu au mental, il se tient dans la salle sombre, dans le double-sens, il va jaillir, le sens, il va jaillir plein de placenta, il va jaillir comme un foetus de la mère avortée; IL va jaillir. Violet; Dangereux. Dans un habit de tankiste noir. Ca ne s'arrêtera pas. Ca ne s'arrêtera pas la nuit, de faire vibrer les rails du délire, où s'envoie la prunelle. Il y a mon reflet qui se tient dans la vitre, dans un monde plein de lumières et vidé de sons. IL n'y a pas de musique là-bas. Ca ne filtre pas. J'ai des paupières brûlées par l'insomnie.

J'entends. J'entends. Revenir. Des souvenirs. C'est la mer, Saint-Michel. C'est son pas fou. C'est le cheval malade, cabré, l'étalon sauvage qui sabote mes yeux. S'y tiennent deux impurs qui se débattent, j'ai des yeux de tourbière. Qu'on y ramène de l'enfer des flammes. Des montagnes hautes comme des bustes, que l'on coule dans des bronzes des idées changeantes, que le cuivre du visage se déforme sous la main audacieuse des passions. J'enfonce les doigts, avec mes dents je creuse dans l'absence un visage. Montre moi une photographie ratée. Une photographie de la nuit. Montre moi. On y voit mon absence, toute mon absence. De mon corps qui ne s'arrête pas; de mon corps qui plonge jusqu'à la mer, qui afflue, de mon corps qui se prolonge partout. Je suis toute la nature douloureuse, tous les espoirs réunis, qui cèdent en cascades, qui rugissent des fumées, le centre du moyeu, le cri souterrain de l'eau qui cherche la faille terrestre pour faire une source d'eau nouvelle. Pour surprendre dans son reflet le jour, pour surprendre dans son ombre de flache les oiseaux, les faunes, les flores. Pour. Créer avec des idées, pour les réunir, sur des corps, sur des objets. J'ai rendu vivant des pensées en recouvrant d'un manteau noir d'idées les pierres inanimées, les poussières de peaux mortes, j'ai dressé des souvenirs comme des animaux sauvages, j'ai fait des mots, des serviteurs dociles; Dans moi se sont réunis des complots prêts à écraser les villes réelles; Je veux remplacer l'âpreté du vrai, la rigidité d'une loi par un monde de pensées, d'idéaux, je veux féconder les images viriles qui se produisent dans ma tête, les multiplier, les faire mettre leurs filaments d'ombrelles, leurs tiges d'angoisses plonger jusque dans l'inverse des moiteurs. J'ai chaud dans la violence des violencelles, où les doigts jouent sur les nerfs à l'archet du plaisir, pour faire jaillir la bordée suffoquée et douce de couleurs. Ces fleurs peintes de parfums, prêtes à déborder, qui roulent et éclatent comme la beauté au milieu d'un visage, comme l'amour qui jaillit des vagues du sommeil qui vous étouffait pourtant. La nuit il y a des menaces qui prennent position dans la misère, que s'érodent en attendant des genêts aux pistils de soufre, des morts ouvrières compostées comme un ticket de tramway. La page blanche dessine le bouillonnement des lustres, la lumière coule dans les fenêtres qui ne peuvent pas la retenir en entier, la lumière déborde des surfaces réfléchissantes, la lumière qui tombe en grosses gouttes humides dans les cheveux de D. dans la bouche, sur les reins que personne n'arrache au silence. Mon corps et moi écrit Crevel. Son corps et lui, c'est le long drame, c'est la tragédie sur les pavés humains. Ton ombre de store, rayé par la lumière, tu es blessée par le jour qui t'entraîne de son pas plein de métros. Plein de gravité. Il y a. Une chanson qui prend puissance sous le pas. Je disais. Sous ma course le bitume pleure, l'écho des pas qui s'approchent, qui me suivent, qui m'enlacent, c'est la terre gémissante sous mes pieds. Mes plantes. Sous ma course. Inarêtable. Je suis inarêtable. Ce qui me pousse ne s'arrête jamais. Ce qui m'écrase, un prénom. D, ne s'appelle même pas D., D. est une cachette, le double fond. Ajoute un barreau à la prison du prénom. Pour former le nom. B. C'est de B. que je Cause.. Il y a. Des idées. Partout. Autour de moi. Des idées; Je ne connais personne. Je connais des endroits. Je les réduis de la matière jusqu'à la pensée; Je les diminue. Je les écorche, plus loin que la chair, plus loin que les organes, plus invisible que la lymphe, plus profond que l'humeur, l'instinct, je me plonge mes mots jusque dans l'âme irréductible, tapie, secrète; L'âme tendue comme une fuite émondée. L'âme méfiante. Qui est cette fleur, l'âme, qui roule et qui perce la terre gonflée en libérant son odeur dangereuse sur son chemin, sur sa route, sur sa voilure de pétales, sur ses tiges nerveuses prêtes à entrer en crise. Qui entrent en crise. Regarde le visage des natures regarde les statues marquées dans les arbres, regarde encore les tables lustrées où sont passées maussades les désirs des hommes, des pauvres, des fauves.
Il y a un pigment en dehors de la peinture. Il y a un pigment qui saute de la lumière. Qui résiste à la pression du pinceau, qui résiste encore à l'enchantement de l'Art. Un pigment bleu qui ne se laisse pas faire par mes doigts d'écrivain. Un pigment comme un visage, qui se tient en dehors du miroir. Un pigment. Juste un pigment en conflit. Un pigment courbé. Un pigment aux hanches femelles. Un pigment au corps moulé par les robes parfumées. Ce pigment de couture. L'aiguille des huiles.

14 mars 2011

D'être amoureux, j'ai tous les soupirs de l'habitué.

 

La vie est arrivée en retard. S'est déposée en moi comme une surprise. La vie m'envahit. C'est une amante distraite qui attend sous ma douleur violette l'amoureux. Elle se dépose en moi. Elle regarde l'heure à l'horloge de mes cils. Le lieu, c'était au dernier chagrin avant la mort. La vie déposée en moi ne m'appartient pas. Elle est une expérience. Elle s'est glissée là. Pour voir combien de douleurs pouvait endurer. Jusqu'à treize ans je supportais tous les tremblements. J'ai eu tous les regrets en un prénom.

 

Quand j'ai dit à Marina :"Qu'attends-tu de la vie ? Peut-être un baiser". Elle a répondu "exactement". Et puis j'ai pensé à ce rendez-vous avec cette fille. Cette saison renversée. Elle m'avait dit "attends-moi". Rue du Soucis. Devant le couloir. Près de la gare. Je suis la bordure. L'enfant tétanisé. Un rendez-vous. Avec la vie. Avec cette fille. D.. D. et sa peau séchée. D. que je ne connais pas. Je suis protégé par ma fièvre. On complimente un talent. Un monstre. Un monstre d'écriture. Je rêve de S. Dans mon rêve, je lui frappe le ventre avec ma langue. Elle a des moustaches qui lui poussent autour des yeux. Son menton fait craquer mon nombril. Dans mon rêve, je ne maîtrise plus, je perds mon abri, je perds mon corps. Dans mon rêve, elle portait 3 culottes. 3 étages. Dans mon rêve, S est divinement laide, parsemée de dieux comme des puces sanglantes et collantes qui lui aspirent l'humidité de sa langue. Un bout de viande. Dans mon rêve, je dis à S "tu me décomposes". Aujourd'hui S m'a dit "Au revoir, je ne veux plus te parler". Moi, j'apprendrai à vivre sans elle, sans la trace de son corps, toujours trop violente. Donner rendez-vous à la vie. Je rachete mon invasion. Il pleut des accents britanniques. Je vais devoir attendre D.. Dans mon attente, abuser des corps qui passeront devant moi. Les manger du regard. Mes yeux peuvent tout engloutir. Mon foie le plus propre. Je suis en plein délit. J'attendais D.. J'attends la vie. Je suis comme la rumeur de l'amour, on me désire sans me voir. Je vous en prie. Un otage. Faîtes de moi, un otage. Mes cheveux ont tellement de fois cogné mes lèvres bleues, gelées, cinglées, bandantes. "Ne te baigne pas Jonathan, c'est trop dangereux les yeux bleus". Le danger de la mer, qui prend le corps. Le danger d'attendre D. qui prend l'envie. Le danger d'attendre la vie qui prend le reste. Vous, Monsieur, emportez-tout. Dîtes à D. que l'oiseau est mort hier soir, au bord de mon lit, qu'il sentait l'essence et l'égout, que j'y ai trempé mes lèvres et mes envies. Dîtes-lui. Que j'ai enfanté l'oiseau. Que je ne suis plus vierge. Que j'ai enfanté un cadavre. Que l'enfant lui ressemblera. Quelque chose qui n'existe pas. Dîtes-lui. Je m'en vais attendre la vie. Je charrie un amour. Mes yeux transpirent l'eau de Cologne ou de Francfort. La danse des corps en lambeaux dévale la forme de ma silhouette comme un galet lancé à grande vitesse sur une falaise abîmée. Dîtes à D. que j'aimerais ne pas l'attendre. Que je suis un incendie. Je ronge. Je fais fondre. Il fait chaud rue du Silence. Un vent tiède qui rend mal à l'aise. Qui glace et chauffe. Je sais. Je sais écrire. D. arrive. Je la vois. Je vois sa mince sensation qui se précipite vers moi. J'ai eu envie de courir dans le sens inverse. Monsieur, dîtes-lui de ne pas m'approcher. Ravel aime danser avec moi "on dirait une femme sa musique". D. arrive. Comme un risque. Les battements de mon cœur ont écrasé le sang sur mon visage. Pincer. Pincer. Le blanc des yeux. Lui extraire la vie. D. s'approche. D. ne peut pas et quand elle repartira je ne dirai pas "tu étais si jolie". Alors, je vais détester D.. Mon été est une maladie. D. va souffrir d'insomnie. Je suis léger. Seule la rue est lourde. Les pas réguliers de D. retentissaient sur les murs, faisaient échos aux centaines de corps de la ville. Tout se heurte à D.. Mon rendez-vous est une puissance. Deux jeunes gens. Mon corps m'invite. J'ai envie de gifler. Gifler. Ecrire. C'est un peu la même chose. D. est électrique. Elle est là. Mais elle passe à côté de moi sans me regarder. Le pas pressé. Je ne la connaissais pas. D., un paysage perdu. Un corps qui me brutalisait de l'autre côté de la ville. Un corps choisi au hasard, qui ne s'appelait même surement pas D.. Quand je pense au rendez-vous de la vie, je me dis aussi qu'il n'existera peut-être lui non plus jamais. Et je dirais : Monsieur, allez-vous en, je m'en vais mourir.

 

Maman me dit "tu iras ?". j'ai dit que j'irai. J'oublie Marion. Je n'ai pas de nouvelles et je n'en donne pour l'agacer. Au téléphone, la dernière fois, elle me disait "Je fais des projets avec Mathieu, c'est la première fois qu'on ne me fait pas souffrir". Je n'ai rien de garçon en moi. Tout est au sexe différent. Au sexe de l'enfant. J'irai à Annecy. Marie m'y attend. Marie déplace sa salive sur mon bassin en riant, avec élégance. Charles est adorable, quand il dit "Pardon Jonathan", au bord du Lac des souvenirs à 17hOO. Quand le soleil tue. Pardon j'ai 10 ans. Je prendrai le train. Je tiendrai la main de mon frère et lui dirait "tu vois, c'est pas si impressionnant que ça". Et je chercherai un secret. Tu pars ? Oui, je pars. Je chercherai un secret que je trouverais sur le quai quand Marie s'exclamera "Viens !". A St-Malo. Plages. Digues. Villas. Béziers. Anaïs dit "on prendra plein de photos!". Marie répète "Viens!Viens!". J'aime suivre l'enthousiasme des corps qui veulent vivre. Je partirai, avec Marie.

Elle regarde les vagues. Les digues sont rompues. Les plages abandonnées. La nuit m'embrasse. Berce le bruit du sable. Les bateaux ont faim. Les parkings, la nuit, sont remplis de requins aux regards jaunes. L regarde les vagues. Alexandre se noie. Derrière moi, le pays éclate de rire.

J'ai souvent peur de perdre mon grand-père. Alors je lui répète souvent "c'est doux la vie", comme pour ne pas qu'il l'oublie. Un jour, il n'a pas répondu, alors j'ai dit "embrasse moi grand-père".

Et puis, je dis "j'écris jusque tard la nuit", alors là, je me sens comme un assassin. Doux assassin, qui discrètement s'avoue coupable.

C'est Jane qui chante "fuir le bonheur de vivre, de peur qu'il ne se sauve". C'est mourir pour mon père. Ecrire à Amélie "je serai écrivain, ou je ne serai qu'a moitié". Quand j'étais petit, je disais "je veux être une légende". Je voulais être une légende avant d'être écrivain. Je crois que l'écriture est un pont, une carte, un chemin secret.

Cent-soixante six points.

 

13 mars 2011

Appels anonymes.

Il y a dans l'écriture une impuissance à etre parmi les hommes. L'impuissance transformée en refus. L'impuissance des rois.

Quand tu appelles, sans ne rien dire, que le téléphone sonne deux fois et qu'aucun numéro. Je n'ai pas le temps de répondre. J'ai raté des sortilèges. Mais je connais ton odeur.

Parfois, quand je ne suis pas au rendez-vous, c'est que j'y suis depuis trop longtemps déjà

Tu te souviens, Héloïse, de cette jupe fendue, ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai, tu disais "j'ai tout abandonné". Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. On me cache. On ose pas me parler. On ose pas. Tu te souviens comme tu dansais. En contre-jour. On me cache. Comme je cachais les formes de ton visage dans mes mains. On ose pas me parler. Ce n'est pas vrai. C'est l'écriture qui fait ça. Je le répète : c'est l'écriture qui fait ça. Je suis l'écriture cernée. Tu te souviens comme nous étions jeunes. Elle dit qu'elle a le vertige de la terre. Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai. Je suis l'écriture. La tienne. J'ai le baiser qui se renverse. Il ne t'atteint jamais. J'écris pour toi, D. J'écris et je te dis que je ne supporte pas les pleurs de Baudelaire, qui éclaboussent de gras, de solitude, de vide. Alors je passe ma langue sur les lèvres, pour nettoyer ce qu'il restait de ce sanglot. Je te parle d'une attirance. Comme celle de Loriane. Loriane est dans ma course, dans ma vitesse. Les muscles, le sang qui monte aux cuisses. Dans cet essoufflement là. Là. Je suis dans la vitesse, et je te reconnais. Tu es dans la même allure que moi. Dans le même rendez-vous, de l'écriture. Je te reconnais, à toute volée. C'est notre course éperdue sur les racines pour apprendre à disparaitre et arriver à écrire. Ce souffle que je reconnais, c'est le souffle de l'écriture qui obsède. Je soupçonne Marion d'être moi même. Héloïse tu demandes si j'aime. Je dis que je veux ta main dans mon dos, sous les habits. Et ça, ça ressemble à l'écriture. Là. Maintenant. La répétition d'un geste interdit. Ce n'est pas vrai. Tu devrais t'énerver. Tu devrais. Je veux que tu t'énerves. Je veux que là, maintenant, tu t'énerves. Sinon, tu seras comme Baudelaire, tu ne comprends rien. Tu te souviens, comme j'ai besoin qu'on m'épate. Après mon corps, il y a l'écriture. Après l'écriture, le cadavre du corps.

Au Rendez-vous, je regarde et je dis : quand j'entends son prénom, je pense à une obsession

11 mars 2011

Perso - Faites le mur.

« M'habituer, m'habituer
Si je ne le puis que l'on m'en blâme
Peut-on s'habituer aux flammes
Elles vous ont avant tués
Ah crevez-moi les yeux de l'âme
S'ils s'habituaient aux nuées »

Louis Aragon



Dans l’anodin, dans la marche qui mâchait les pas du mercredi
généreusement éténdu aux gazouillis crépusculaires du jeudi, avec le talon
gris dans le par terre dénié des gémir, les breloques d’arrondissements «
fracture du seizième que le quatorzième » ruisselaient de mélancolie, je
tirerai –bien plus tard- un plaisir étonnant, quelque chose doux, d’une
conversation où toute tension, écroulée, défaite, vague comme cette brume
dont les bas filés dissimulent aux visions myopes les crêtes des
montagnes, et voilent, même dans la gaze condensée de leurs tenues
friponnes, aux matins gras, sous les ailes blanches de papillons énormes,
les vallons étroits et les coteaux rugueux. Cette marche où le corps lassé
des passions –nom coloré des disputes- dans lesquelles me piégeait Loriane
n’était plus qu’à la tiédeur du temps, il était douze degrés de 23h54 à
00h30, et Loriane était bien trop loin, dans son cinquième arrondissement,
pour meurtrir mon corps de ses doigts de phénomènes chimiques. Je
marchais, je parlais, nous n’échangions pas, des mots par accidents
formaient des pensées qui s’heurtaient et dans l’agrégat de leurs cahots
menaçaient la torpeur indolente du soir d’un échange –affreux frisson,
avoir à me mêler de choses terrestres, à lester l’âme fragile du poids
inconsidéré des plastrons racés. Quand ces quelqu’un (ces quelconques ?)
emploient à mon adresse des mots et des concepts, j’y entends quelque
chose vieux, défraichi, austère, jouissant d’une autorité hiératique, d'un
titre de com(p)te. Vieux principes tendus comme quelques vieux forts
bordants la Normandie rendus inutiles par la molesse des civilisations,
mais butés là, souvenir inorganique, dont on admire l’architecture
complexe et les nœuds glacés. Ces gens là vivent dans ce principe de
frimas comme certains nostalgiques dresseraient leurs lits sur les dalles
froides des forts de pierre. Mes camarades vivent en retard.

Le paysage sous le pas grésillant avait quelque chose cartonné, chiffonné
du vent léger, timide qu’expirent les fleurs de béton toutes semées en
dentelles approfondies, en invisibles serrures, autour des désordres
semblables de mon marcher déraisonnable. Il était très amusant de devoir
retenir ce que je voyais nous entourant, les merveilles dans le ciel, la
hyacinte qui couvrait mon départ, le lierre entravant le mouvement de mon
ombre, le limon déposé sous l'eau sèche des trottoirs. Je ne disais rien.
Même de ses yeux bleus qui me terrorisèrent, une fois, me jetant un éclair
d'une rage édentée. J'aime malgré moi tous les yeux bleus, mais je
n'allais pas dire « montre comme ils écument de menaces tes yeux. Sais-tu,
les yeux bleus, je ne les vois pas comme des orbes de couleur délimitées,
si je les aime ce n'est pas par vieille habitude parresseuse, mais parce
qu'ils exhalent un anathème libertaire. Je les vois s'extraire de l'orbite
qui les range, et qu'aucune loi ne peut réintégrer dans leurs places
précises. Les couleurs vives m'assomment d'idéaux, flambant comme les
lumières de la Noël. Les yeux bleus -et tes yeux hélas n'échappent pas à
l'outrage- résonnent chacun comme des rimes amplifiées par un visage ».
J'avais le souvenir douloureux encore, du regard terrible qu'elle me jeta
tandis que je méprisais je ne sais quelle chose commune. Que je m'agaçais
d'un raisonnement mal fait. Vraiment. Un regard de la nuée qui couve les
séïsmes et les foudres cruelles. J'en ai été physiquement saisi. Trop
grande sensibilité à toutes les choses. Ce regard se dégrade dans ma
mémoire, il rejoint tous le reste de mes cauchemars, et tinte mes
nocturnes fièvres d'un pigment de Klein. Amusante peur, merci à ta menace
immaitrisée dont tu ne t'apperçus même pas.

Le plaisir m’est apparu - vers deux heures- sous la peau, circulant
invisible comme l’eau phréatique au bas de l’écorce, incapable de se mêler
à la sève de l'arbre, à la pression hydraulique impuissante à traverser en
rugissant les failles de mes muscles, de découvrir dans l’arrête de deux
articulations disjointes le bât. Ce plaisir, cette eau, ce sang
cristallisé en vin, en baiser de roche calcaire, a duré. Il s’est impliqué
en moi. M’a entraîné dans sa valse, partout, sur les méplats recoins de
moi, sur leurs vaillances du jeudi. Je suis heureux de mon jeûne chanoine,
où le café noir construit des intempéries furieuses, des mers boueuses
jetant des corps illicites, à la mâchoire en or. Je disais « Je ne sais
pas quoi faire l’an prochain, et je suis vide d’inquiétudes » et
lorsqu’elle me répondait « c’est de l’inconscience » je souriais en
silence. J’imaginais le propos tenu par Loriane sur le même tempo «
Jonathan, Jonathan, Jonathan, le futur, définitivement, ne te ressemble
pas ». Non, ce n’est pas de l’inconscience, c’est de la foi, mignonne.
J’ignore pourquoi, mais toujours, en toute situation, la plus dangereuse,
la plus instable, surtout la plus mortelle, j’eus de la chance. Lorsque
nous étions immobiles au milieu de la Scandinavie, sous les fjords
craquelés de froid –ce sont des vierges butinées d’hiver disais-je-
qu’Arik pleurait de ce cimetière de glace, de périr vierge encore, dans
nos seize ans liquides, me reprochant de graver dans la glace des poèmes
furtifs à l’heure de se chercher des subsistances. Son imagination
formalisait des détresses, organisait mille déceptions, contrefaçons
d’exister et je sentais venir, de l’angle mort de la mort, ma chance. Ma
chance, lente et ponctuelle, traînant son grand corps maternel, tendant sa
main prophète, gantée de sortilèges, dans les angles osseux de la mienne
incroyante. Un plaisancier de passage nous tirait de notre crique-prison.
La chance est inconscience, diront-ils. J’aurais pu tout être, c’est
entendu. 146. 146. Le nombre de mes folies qui côtoient névrotiquement mes
intelligences, tout comme au Mexique où la fête est voisine de la mort et
les confiseries brillantes de sucre inanimé ont la forme d’un crâne.

Nous marchions ; le bonheur alors seulement armait son geste :

J’avais la hâte, de trouver la rue où me détourner de la civilité, où
détrousser le chant malléable des oiseaux de papier, aux sifflets gais,
dans tel square, sur telle bouche. C’était au choix de mes capricieuses
envies, Maude près d’ici trainait ses cernes capricieuses au rebord ourlé
de son visage, je l’imaginais écrire sur sa Remington de poseuse
indisposée, tapant dessus avec le même snobisme que ces apprentis
photographes (Romain, c’est pour toi) avec leurs argentiques à deux
balles, d’où leurs doigts gourds ne peuvent pourtant pas immobiliser le
poil ivre de la passion, son contour burlesque, sa chair brûlée, sa bouche
de satin, le fil ras de ses membres écorchés, et tout le corps désuni,
fractionné en autant d’éléments qu’une apparence humaine compte
d’ornières, de villosités et de replis.

La « conversation » que j’eus alors, par son contraste, me recentrait sur
moi, je me suis privilégié au-dedans, sans me réinventer, j’ai rapproché
ma pensée de cette matière impénétrable, inviolable, quasi-sanctuarisée où
rien n’entre d’éléments extérieurs, où l’organisation des veillées
salutaires, des tours de garde interdit d’accès même par le plus faillible
des pores : mes principes. « Je suis très fidèle, je n’ai jamais trahi une
idée ». Dans le mouvement inversé, consonant, involontaire aussi elle
contribuait à me préciser, à grossir chaque angle mien, des instruments
d’optique, je devenais cette lumière isolée par les trois lentilles de la
logique –vertus théologales de la science-
La contradiction vous fait mieux qu’autre chose accoucher votre intimité.
Au toucher, ses mots charnus, archaïques étaient doux mais de la douceur
d’une étoffe usée, effilochée, prise dans un corset de dogmes et d’hivers
rigoureux. Une douceur résultant de l’ivresse, de la peau ridée des
vieilles âmes tendres.
En creux se dessinait l’affirmation de ma modernité résolue, moderne en
ceci que je me tourne vers quelque chose qui n’existe pas encore, dont les
frontières restent à nier –ce pays d’avenir que je m’espère, aux pourtours
parsemés de glaise, ne devrait se connaître aucune limite- à l’inverse, le
« présent », se cherche à imiter, à reproduire, sans l’instinct
mi-créateur, mi-destructeur de l’avenir. Les vies mornes, inutiles, les
bégaiements amusants. J’ai toujours trouvé terrible de pouvoir prévoir les
humanités, de sentir l’exacte disposition de leurs intentions, et d’éviter
les coups de les avoir vus cent mille fois déjà portés. « Tu es trop dans
la littérature ». « Certes. Parce que la littérature rehausse tout ce qui
est insuffisant. Pense, gamine, ce sont les talons aiguilles du réel »
A toutes ses affirmations, la voyant agiter sa nuque radieuse d’entorse,
je ne pouvais que sourire, du sourire vaincu du sauvage. Je ne parlais pas
sa langue. Entre nos deux lexiques tout un mur sordide d’impossibles
compréhensions, le geste ne suffisait pas à rapprocher nos idées. Je suis
un barbare. Véritablement. Un barbare. Ce que la plupart appellent
civilités, concessions ou cordialités, je les réunis sous le même dôme, je
les classe avec le même tampon indifférent du fonctionnaire :
compromission. C’est toujours se compromettre que se céder par méfiance,
sans raisons, au prétexte de l’irrationalité adverse, étrangère, celle
dont l’on doit s’accoutumer pour se préserver du dommage. Je n’ai pas peur
de la faim, du froid, tant que je reste près de moi, il y aura toujours un
refuge inviolable, toujours une ultime retraite. « je ». « je » fragile,
mais « je » déjà. Toute ma joie c'est ma différence. Tout mon bonheur se
fait alors qu'en écoutant une voix changée, j'entends bien que nous ne
sommes pas semblables.

10 mars 2011

Le sens du réel.

Chaque matin, en me levant en vie, en me souvenant que je fais du droit,
une envie de pleurer m’étourdit. Chaque matin, après avoir usé mes trois
heures de sommeil cauchemars. Je ne trouve plus mes larmes, pour les faire
couler de mes yeux. Je vais, sec, comme une brindille d’été dans mon
désordre.

Il y a des censures dans les lits des filles. Il y a des censures. Quand
ce soir, je retrouve, le sens en désordre, sur les cheveux laqués de
Loriane, je sais, déjà, le cours, du mot. Je sais sa bouche heureuse, et
son déshabillé. Loriane, porte une robe fendue de nudité. Le soir de mes
grimaces elle donne la main à l’enfant volé. Donne, donne, coupe sous les
pas les visages beaux.

C’est un autre corps que je désire. Un corps. Qui louche. Tes gestes ont
la symétrie sympathique. Et tes doigts portent un monocle à ta bouche. Tu
rêves flou et tes cheveux biaisent dans l’or sirupeux. Blonds ou bruns.

Il y a un corps contre le mien qui ne fera aucun bruit. Je l'écris avant
de le trouver. Annette. Ton souvenir, vois, m’envahit.

Je m'appuie sur Dieu. Il tombe à la renverse. C'est un miracle ordinaire.
Une journée est née.
J'entre dans la chambre d'amour. Je suis dans la façade, dans le Droit, le
modéré, je n’y ferai pas carrière. Le déguisement commun. La chambre
d'amour. Loriane revient. Crédit Agricole. C’est loin. C'est toujours
cette même angoisse qui prend. Etre dans la chambre d'amour, et les pas
s’émiettent comme ceux de Marguerite. Regarder les murs. Garder le corps
fermé. Caresser le bord du lit. L'angoisse de la présence, dans la chambre
d’amour. Je suis l'amour. Je manque à l'appel. La vie s'éteint en moi,
dans la chambre d'amour. Je deviens mon propre adversaire, ma propre
lutte. Dans cet endroit. Je baisse le sexe à toute allure. Je noie le
monde dans cette chambre d'amour. L'espace s'ouvre sur une colline qui se
fond dans la bouche d'une danseuse. J'ai mal aux mots. Je me lève et le
matin ne m'appelle plus. Les nuits sont inaccessibles. Le soleil brûle
dans un tiroir vide. Trop vide. Comme moi et cette chambre d'amour. Je
n'arrive pas, vraiment, à m'évanouir, mais j'aimerais. J'ai l'air
d'écouter. J'ai l'air tellement attentif, que je me fais mal. Tout ça
c'est un précipice que je saisis rapidement. Le vide des salles de
classes. La chambre d'amour. Une vitesse exagérée. Tout se déroule
ensuite, quand Loriane ferme la porte à clé. Quand je suis en accord avec
ma violence, avec la violence qu'on me propose. Je suis seul avec mon
propre corps, mon propre sang dans la chambre d'amour. Là, où tout doit se
dérouler. L’hurlement. De la peau. Je suis aménagé pour diminuer mes
actions. Tout est dans la démesure. J'annonce que le soleil brûle et que
c'est une puissance que vous ne connaissez pas : la puissance de l'intime.
Quand elle ouvre la bouche, j'y dépose quelques mots en silence pour mieux
respirer. L'amour soulage de l'écriture.

Je sais que mes camarades me détestent, alors je les appelle camarades,
parce qu’ils n’aiment pas ça.
E dit "montre-moi ta chambre d'enfant" et j'ai envie de lui ouvrir mon
ventre.
Je rêve souvent d’une fille à qui dire "je ne rentre pas ce soir, ni
demain, mais peu importe puisque tu m'accompagnes". Une fille comme Marie.
Quand L dessine je me demande si elle souffre. Si ça parle de tristesse.
Elle dessine des fleurs mais elle a les mains moites comme si elle voulait
atteindre quelque chose. Je crois que la beauté est douloureuse parce
qu'elle est incapturable.
On peut vivre sans écrire. On peut écrire sans vivre. Finalement, l'on a
besoin de rien.
Carolz dit "on m'a parlé de toi, tu commences à être connu, personne ne
pense que tu es un garçon. Ce pseudonyme, vraiment".
Je sais que l'écriture prend toutes les positions du corps. Et que je
cherche celle qui m'empêchera d'y laisser toutes mes traces. Il y a cette
phrase qu’un professeur pourrait me dire "tu es trop dans l'écriture". N a
écrit "dans mon cas, il faut écrire pour se faire aimer". Je suis
semblable.
S’ils savaient, ils diraient : "tu n'es pas dans le réel, ni ailleurs, on
ne sait pas d'où tu viens".
Quand je parle à Amandine, je retire ma peau sous des projecteurs timides.


Quand elle met son manteau en cuir je pense à une peau qui attend d'être
brûlée.
Loriane habite un appartement, avec une petite chambre et des petites
fenêtres. Je me sens chez moi comme d'un amour qui prend trop de places et
qui déborde chez le voisin.
Le soleil est une flaque d'eau malheureuse parce qu'il n'y a pas plus
enroué que lui.
Les bruits de la nuit ressemblent à ceux qui manquaient au jour. La nuit
devient une consécration.
Un homme tombe d'une femme et mord dans sa poitrine comme il se
rattraperait à la dernière branche.
Les diamants s'éloignent à quatre pattes. Pendant que les femmes à genoux
récitent des poèmes. Je regarde les lits dans l'obscurité. Et mes yeux se
transforment en cygne baignés d'encre. Le joaillier frappe du talon la
tête des rubis. Les poèmes sont nés dans les draps masculins. Pendant que
je cherche les images, les bijoux se font d'eux-mêmes et je les rate.

Marie et moi. Presque. Malgré ses caprices. Est-ce que je suis infidèle.
D’aimer tant de filles, en même temps, de faire des vagues avec les corps,
des sculptures graves. Quand je dis « ma copine », je ne dis jamais
la-même. J’ai dit comme chiffre à mes voisins « trois » et c’est plutôt
trente, qui se bousculent dans l’étroite laideur de mon corps. Trente
jolies. Sublimes. Eloi disait « je ne comprends pas » je disais « c’est le
mauvais goût des filles qui les fait tendre vers moi, le mauvais goût des
filles vulgaires, pense, je suis de l’art moderne, je suis un discours ».
J. est mannequin, et je lui dis « tu es comme mon écriture, tu prends
toutes les positions qu’on te dit, tu es une actrice de cinéma muet ».
J’ai trente amours changeants. Je disais, quand il en était sept « c’est
un almanach, sept jours de semaine » aujourd’hui, c’est l’Atlas, l’Atlas
de l’Europe. Trente Etats indépendants, voisins, jaloux. C’est l’Europe de
1900.
Julia. Je suis dans mon plaisir incapturable. Dans un secret tellement
connu. Une réelle recherche. Sans fanatisme. Comme quelqu'un que j'aurai
connu il y a longtemps déjà et que je tentais de retrouver. J’écris "nous
prenons la peau des autres qui nous envahissent".J'écris pour ceux qui
laissent leurs corps derrière eux en me lisant. Je n’imite pas la douleur,
nous parlons avec la même voix


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10 mars 2011

Lettres aux absinthes.

La première étreinte que j’eus avec Annette me fit m’heurter avec quelque
conception orthodoxe du corps, tout le sacrilège qui se bercerait sous la
pâleur de ses lèvres, l’anathème imprimé à son cou ophidien si elle ne se
refusait pas à cette caresse indigne de sa chrétienté, pâle, malade,
anachronique, qui abandonnait mes gestes pour se mêler des siens siens. Le
lien du mariage ne faisait pas qu’unir dans son idée deux situations, deux
civilités, ne se contentait pas d’agréger socialement –sous le regard
religieux d’un dieu lointain, perdu dans les circonvolutions des étoiles-
les êtres étrangers au corps voisin, il était plein d’une autorisation,
d’un permis de commettre les actes frappés auparavant d’impiété, de
purifier le vin du poison ordinaire et rendre l'ivresse ainsi diminuée,
honnête. Le mariage, dans sa vie de moraliste (de celle qui traite des
mœurs et non de l’habituelle confusion que l’on fait de ce mot avec
moralisateur, celui qui s’occupe des choses de la morale), portait à la
même autorité que la majorité dans la vie légale.
Les actions méfiées, diminuées, illégales sous les lois policières, dans
l’ordre privé, sous la mue des dix-huit ans, fanaient soudain, les casinos
s’ouvraient, les bouteilles d’alcool se débouchaient, tout l’illicite par
ce pas dans le temps ouvrait ses cuisses vénériennes. Annette, ne tolérait
pas que l’étoffe de mon pantalon, à la proximité de sa poitrine radieuse
débordant du peignoir de mousseline, au sortir de la douche fumante
encore, se soulève. Lorsque je l’heurtais ainsi abîmé de désir, elle
courrait, horrifiée, pleurer dans la bibliothèque religieuse, récitant des
excuses cyrilliques, des superstitions de croyance en vieux plâtre
défraichi, toute la magie maléfique d’une fille trop éduquée, à l’âme
endolorie par les psaumes stupides de ses parents absents. Son habitude
des corps fantomatiques, sa répulsion –cette phobie artificielle revêtue
du linge de la morale- tenait à son enfance, elle ne vécut ses parents que
comme des ombres, à la tendresse désincarnée, à travers les présents
multiples, des distances, les maquillages, les tenues de soirée. Ses
parents étaient deux absences, et le choiement, s’exprimait pour elle dans
des délicatesses lointaines, son amour partait de l’âme, et ne rencontrait
aucun corps, aucun corps qui n'eut à être perturbé, gêné de la barbe
piquante d'un père hirsute de nuit, de la douceur de conte de la voix
d'une maman.
Nous étions de deux radicalités férocement ennemies d’être trop
symboliquement proches. Nous nous considérions tous deux hors du corps.
Tandis qu’elle croyait son âme un héritage divin, où brillait dans de l’or
blanc les organes de Dieu, à commencer par le foie, je me sentais une
chair difficile, mon derme en tant que coagulation du sang de mon âme, de
l’extrême sensibilité de ma douceur que la lymphe caillée avait formé en
une croute communément appelée "corps". Une peau à percer de la violence
farouche des baisers fainéants, pour atteindre les nerfs opaques de moi ;
percer sa peau, c’était atteindre, et souiller son âme pure, blanche,
russe, c'était venir se mettre face à Dieu et le regarder dans les yeux.
Nous nous aimions, malgré tout.

Il n’était pas à dire qu’elle refusait toutes les caresses, ma douce
Annette, mon petit caprice aux vertèbres, lorsque sur ses côtes je jouais
de la harpe, que sur sa bouche brûlante, je tapais du doigt de la geste de
la baguette du tambour, que je serrais son cou de mes larmes en fusain,
son âme ronronnait de prières. Le rythme de sa tendresse se brisait
brutalement lorsqu’elle faisait face à la rage de mon désir, aux
soubresauts de ma main violette de congestion et nos deux corps brièvement
indistincts, rendus complices par la peinture, par la musique que nous
assemblions sans nous regarder, se rompaient en deux atomes sans valence,
jetés de chaque bord des barbelés blonds de sa chevelure de reine berbère.


Je me souviens de sa peau de voile, baignée par les lacs italiens –Lac de
Côme, ton souvenir m’enchante encore-, de son corps tremblant, et de la
chaleur qu’elle traquait, animale, près de moi, de sa bouche frémissante
de neige, de ses dents découvertes, mauves d’un vin sucré. Cette nuit,
près des nuages rabaissés par les orages, suspendus en menaçantes rayures
de détenus, crispés dans l’immobilité de leurs gels, ses bas descendirent
jusqu’à la croûte terrestre et quittaient ses jambes ruisselantes de peur,
son corps tout entier jouait la cadence des effrois, l’entrechoc de ses
genoux en verre tressaillait de la mélodie du désir, je la voyais se
crisper comme un coquillage plein de marée visqueuse, je la voyais
supplier mes membres de garçon cruel dérouler l’hurlement amoureux elle
disait avec tout le corps « déchire moi, mon amour, déchire moi comme tu
fais aux autres que tu aimes.», je la voyais invoquer les choses
insoupçonnées d’elle, venues des rocs vibrants qu’enchantèrent les flutes
des dieux païens, elle criait une voix d’herbe jaune, neuve, d’un alcool
hérétique, se couvrait la nudité d’algues dédiées aux temples paganistes,
cherchait la langue de chocolat chaud, la gorge blême du souffle rauque,
le ventre porté jusque l’incandescence, suppliante de ses yeux
bleus-vierges dont les paupières ne pouvaient pas arrêter le flot des
musiques vertes, elle portait son corps dans la forme de l’abandon, enfin,
enfin, au plaisir prête, enfin, enfin, la reddition de sa morale, au coin
de ces roseaux hauts dont elle put croire que l’entrelacs audacieux
dissimulerait à son dieu haut-perché nos offenses à ses commandements
stupides. Je me souviens de tous nos gestes, de la promptitude de ses
caresses, de ses mains à la forme de plaisir, aux adresses saintes. Je
n’imaginais pas les forges mystérieuses d’où tout son savoir se sauvait,
se faufilait, me déchirait. Nos cris brefs, et répétés, avait l’intensité
d’un cantique de dernière foi, d’abandon des sacrements, chaque part du
plastron qu’elle ôtait de sa peau trébuchait dans la poussière vaseuse des
berges, se mélangeait à sa morale sans cesse plus corrodée. Sa bouche
était pleine de cris retenus. Elle apprit l’amour qui n’est qu’un
hurlement, qui ne peut être à la douceur, et se doit toujours de trouver
refuge dans la strate suprême du cri, dans son excès, dans sa flamme si
brûlante, que la réalité alentour, rendue labile, s’effaçait comme l’air
autour de la flamme du briquet tempête. Le reste des éléments était chose
vague, inutile. Nous bûmes l’eau claire, sous le chant des pies dont les
yeux noirs, plein d’appétits pour les choses brillantes, nous scrutaient
avec envie.

Annette. Mon souvenir. J’espère que tu portes bien ta Russie. Que tes yeux
bleus et trop clairs ont cessé d'admettre la curiosité indignée des
religieux en toi, que tu les as voilés, comme fait une religieuse, du
fichu crêpée de mensonge.

Tu me manques.

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9 mars 2011

Perso - Les contours amoureux

Souvent aux amours que j’évite, souvent aux filles qui s’interrogent dans
le secret de la rumeur d’où elles se croient à l’abri de mes sens,
lorsqu’elles évoquent à distance de mes nerfs émus cet amour mystérieux
que je pourrais leur porter, j’aimerais leur écrire une lettre, leur
porter dans les vertèbres la parole légère. Une lettre très simple, aride
d’images, une lettre craquelée de sécheresse nomade, de fuite habituelle.
Pour leur préciser ce qu’elles sont quand je les aime, dans ce qu’elles
croient un amour de logique, tissé avec des fils de désir ordinaire, avec de
la peau, du muscle, de la chair et des muqueuses. Quand elles imaginent
qu’aimer sent le professeur, l’habitude, l’usage rassurant auquel
j’échappe avec l’éclat grotesque d’un rot impie. Expliquer simplement à
ces fantômes comme je les aime à façon d’idées et de pensées, comme je
tire d’elles une matière que je fixe ensuite dans des statues de cuivre
plus vivantes encore que leurs peaux enflées de cosmétiques :

« Quelque chose de toi que je t’ai arrachée, dont je te prive sans que tu
ne sentes nulle part sous tes paupières maquillées la déchirure, ce que je
te prends c’est ce que tu négliges, ce que tu ne sens pas, c’est le muscle
inutile, atrophié par la paresse, la force mutilée de ce qui ne « paye »
pas, ne vaut pas, ce qui ne se marchande pas et de ne l’avoir jamais plus
négocié s’est dissout dans le mécanisme indifférent des respirations.
Cette chose étrange que l’on possède sans la supporter qui coûte sans
rapporter, qui n’est qu’à la douleur furieuse. Ce muscle qui ne produit
rien que l’ineffable respiration des fleurs ; la chair fardée des fruits,
l’amer des écorces, le sucre des jus frais, tout le monde invisible,
répandu si largement dans la déconcentration qu’on n’en boit plus les
décoctions. Mes mains habiles –le reste de ma courte carrière de
monte-en-l’air, se sont glissées dans nos échanges, et tandis que nous
nous énervions, tandis que tes doigts agaçaient tes cheveux, je pêchais de
toi ces frémissements dont tu faisais peu de cas, ces choses sans force,
sans matière, glapissantes qui ne produisent que des douleurs, ces choses
que le siècle honnit, que la modernité ignore, une forme de misère, de
mendicité écartée par la morgue bourgeoise, ce qu’on pourrait dire
l’exaltation censurée. Tout le liquide incroyable, beau, écumant, dérangé
par des mâchoires impitoyables, ignoré de n’être pas mesurable, de ronger
tous les brocs, tous les bocks qui tentent de peser, de mesurer. Ce que je
te prends, ce à quoi je bois de toi, c’est l’étendue, plus loin que tes
cinq litres de sang, que tes deux de lymphe, plus que la pulsation
céphalique, que le lit des veines brisées en deltas verts, ce que je
prends c’est l’étendue dans laquelle baigne l’horizon égaré.
Tu l’ignores, tu ne peux pas comprendre que grâce à toi je suis ému tous
les jours que je traverse dans la vie, dans ces endroits dont j’avais
barré l’entrée, ces voûtes souterraines où je ne passais plus déguisé que
d’une fausse élégance de paresse véritable, que je me rends à nouveau sous
les plafonds voûtés des vieillards de légende, j’habitue leurs corps à la
déchéance des vigueurs, je me souviens le poids des profondeurs, leurs
ligaments limés d’amour, les salles de torture où pendent du plafond des
lanières de rimes, des pioches d’alexandrins, des niaiseries opalines, des
chevelures aubrunes. Dans mes paumes, habituées de sécheresse, j’ai senti
la rosée des pommes neuves, des pêches heureuses, j’ai senti des caves
grelotter, le frisson des nappes phréatiques aux paroles voilées des
timidités de leurs envies. La gêne qui tirait l’élastique de la pudeur. Je
t’aime autrement que l’on aime d’ordinaire, je t’aime dans un flacon que
tu n’as jamais vu, plein d’odeurs tourmentées, plein des voix ramassées
après que tu te réveilles, tremblante encore de cauchemars suffocants. Je
respire à ta gorge tes répudiations, figure-toi ainsi que l’air que
j’inspire réunit les molécules de dioxyde relâchées d’entre tes lèvres
usées de grisaille, tout ce que tu nies, tout ce que tu refuses, je
l’absorbe dans moi, j’en fais des toiles et des poèmes, des particules
dont tu ne veux pas –à tort- je sais arracher des astres noueux aux
racines délirantes à la figure insatiable de chansons.
Tu ne le sens pas, mais je t’ai pris quelque chose, quelque chose que tu
voyais si peu et qui, pour survivre à ton indifférence, s’était greffée à
ton ombre, rangée dessous tes coutures attentives, dans le pigment
malheureux, tenu, à l’extrême de tes lèvres colorées, cette chose où je me
glisse, où je m’invite, là avec cette part de toi, cette part immense,
fragile, malade jusqu’à la transparence cette passion refusée cette
religion expurgée de ta brusque apostasie, mes mots en font des salons
intimes, des boudoirs où écrire, je te réunis avec moi. Tu as banni de
toi, quelque chose immense de la forme d’un continent invisité, plein de
sauvages mœurs, d’arbres à musique, réclamant d’être traits pour ruminer
des sonates. Mais je ne t’en parlerai pas. Jamais, de l’amour que je t’ai
pris, je n’en parlerai pas à ta matière inutile, salie, nauséabonde, je
n’en parlerai pas à tes sens paralysés, à ton cœur gainé de rires polis.
Ce que je te prends tu n’en es pas plus maitresse que gardienne. Tu ne
peux agir pratiquement dessus, cette matière est intangible –et
négligeable- comme l’âme et l’aura. C’est dessus la nuit, à l’heure où les
clochers expirent les sommeils pesants, que je laisse un pétale fané dont
on dit, par-delà la raison, qu’il exhale la saveur répétée du regret. »

9 mars 2011

Square rue du commerce - 2h33

Dans le square de la rue du Commerce, avec les touches de mon téléphone aphone. J'écris. J'écris, ici, comme pour calquer les impressions du dehors sur un matériau irréel, je prends l'odeur de muguet, la fragrance d'aubépine, le tissu déchiré de la lavande, je prends le sanglot d'encens qui coule à mes pieds et je l'imprime dans un flacon sans bord, dans un goulot froissé comme des lèvres juteuses de pardon. Dans les rues où le silence prend sa voix d'instituteur sévère, tout en noir 1905, je cherchais un parc, un banc, et juste assez de lumière pour envelopper les mots dans une chrysalide blanche, dans un suaire pâle. Dans le monogramme de fils tissés par l'angoisse, dans l'excessive douleur. J'adule mon angoisse, au point de peindre dans ma chambre avec le violet de mes paupières, avec le fard lourd que je pioche aux lèvres ivres d'une Elsa délabrée, des toiles immenses, incrustées de cette unique sensation casquée d'ombres. L'angoisse. Je la dépose comme une fleur mourante sur la tombe d'un vivant, je dépose des chrysanthèmes en germe sur la possibilité de la mort. Ce que j'adresse aux hommes, ce à quoi je converse, c'est la part à mourir; gargouille immobile de l'existence, cet ajout qui se tient dans la fragilité du regard tétanisé d'une larme au bord des yeux de verve. Je suis trop sensible, trop plein de caprices nerveux, sensoriels pour passer sans me froisser une émotion dans leurs courses de honte, trop lourd de pulsions pour ne pas m'enfoncer dans le marécage d'habitude. « Tout est gris, nous sommes heureux » Mon ventre, ô tombe ouverte qui but tant de larmes, dont les muscles cent fois salis de larmes sont venus refleurir les gorges des moineaux de ce chant innocent, éclatant d'aube nouvelle, de rosée vivifiée. Mon corps, pauvre fragilité, papier à musique à la mélodie unique du cri agoni, où s'entend résonner les rêves prophètes du diable Desnos. Ta destinée tu la pleures de ne la voir que trop nette dans tes songes de cristal.

Disparaître, disparaître, encore faut-il apparaître, et sur cette corbeille de fantômes, dans ce vase où les fleurs se noient, où les tiges s'amaigrissent des sons prodigués, on ne pense pas même. Disparaître. En marchant jusqu'à ce parc je me demandais "pourquoi ne pas me jeter sous une voiture, là tout de suite, et seulement entendre le bruit de déchirement d'un homme qui s'en va, l'écrasement impitoyable de la modernité, ce sabot métallique de la justice sur le corps innocent, décharné, bientôt décharné. Mourir qu'est ce donc ? Se mettre l'âme à vif". Je me disais. Que le crime. Est pour les autres. Le crime est de faire peser à d'innocentes et frêles épaules une disparition, de  faire un être étourdi de questions, d'enquêtes d'investigations. Non, définitivement aucun de mes condisciples ne mérite de porter mon cadavre. Parce qu'il est trop digne dans son éther immaculé ; parce qu'il est plein de secrets et d'une odeur de mystérieuse : la même sueur que des amoureux pendent à leurs cous vierges comme des religions, parce que surtout, je ne pouvais me laisser au débarras, au milieu de débris, de morts prochaines à accrocher du même clou usé. Je n'ai qu'une ambition disparaître comme décroit dans la nuit le pas de l'amant qui délaisse la belle, je ne veux pas demeurer, en pensées, en souvenirs ou en regrets. De moi, il faut garder une odeur, une voix, un peu de la musique insupportable du talon qui tourne à l'angle des carrefours Invalides. Que l'on évoque sans la mélancolie du vin, mes yeux lointains, mon cheveu fou, mon visage si étrange que l'on avait pas vu pareille horreur depuis la peinture expressionniste. Je ne pouvais pas m'être abandonné  d'un dernier sourire négligé, je ne pouvais pas donner l'illusion d'avoir enfermé toute ma mort dans une couverture de cuir reliée, dans le "Maître et Marguerite". Ma mort vaut quelque chose, mieux que la vie des insignifiances. Je ne pouvais pas mourir à cet instant, sous cette voiture où la nuit prisonnière des phares me suppliait pourtant de la rejoindre, parce que je n'avais pas été au contact frénétique de la bonne personne, parce que les soirées anodines, méritent des fins anodines, un sommeil, l'écriture dans un parc. Cette normalité aux voix enregistrées, sans émotion, sans stupeur. Avec ce qu'il faut de distance mutuelle. Cette mort injuste, cruelle, illogique n'aurait eu alors aucun sens. Si la même nuit m'avait été un délit, si cette nuit là, mes pensées s'étaient faites en désir vers je ne sais quelle amoureuse oubliée, vers une Wendy au front terrassé de mon imbécile cruauté adolescente, vers Marianne impatiente à l'attente multipliée. Peut-être me serai-je jeté sous les roues couardes du véhicule soûl, que je l'aurais empourpré de cette couleur d'amour comme font les femmes sans vertu. Je ne pouvais pas mourir, sans une émotion lourde, sans perdre dans le fracas du corps violenté, un enfant douloureux. Une soirée anodine, et sa fin quelconque, qui se perd dans le brouhaha des fins quelconques. Les soirées qui ne laissent pas de souvenir. Un siège rouge, une condisciple, une salle bleue, une marche, un square. Je veux mourir d'amour. Pour Margot, Héloïse, Marion, Hervelyne, pour l'Art, peut-être, sournois, perfide avec sa bouche blessée par les coups de savate du temps. Mais je ne peux pas abandonner ma dernière pensée en indifférence, je ne peux pas la jeter là, et punir par hasard l'individu qui se suspendait alors à ma présence. Qui qu'il fut par ailleurs, même justement un condisciple. Je dois mourir en formulant l'adieu du baiser au front d'un être chéri, je dois sceller ce précieux caprice dans l'écrin pâle d'une lèvre vidée de langage. Si je meurs, tout de même, il faut un sanglot. Celui de la belle que je me serai choisi.

S. m'est venue en pensées. S. qui me disait "tu me fais peur Jonathan, tu me fais peur, avec tes yeux où la mort se repose, j'ai peur de la voir jaillir, peur qu'elle vienne pour moi". Les mots embrigadés se défaisaient, insoumis, de la conscription dans ma bouche, se décomposaient, le temps, le temps, toujours le temps pressé qui les entrechoquait pareilles à des dents dans l'hiver. Je ne pouvais pas dire. C'est idiot, la mort n'est pas en dehors de soi. Ce n'est pas une armée, ce n'est pas un tueur que le temps soumet à ses caprices, qu'il soudoie avec les dépits qui chiffonnent toutes les identités mêlées, chargées. La mort c'est dans soi qu'elle prend corps, et si tu la vois dans mes yeux, c'est qu'elle y est plus libre, plus avancée, c'est que je la laisse mieux aller, je ne lui interdis rien de son pas léger et fredonnant, je lui dis "visite tout, prends ce que tu veux, ça ne compte pas, je suis ailleurs, je suis déjà plus loin que ça, tu fouilles des souvenirs, de vieilles chambres abandonnées, tu jettes tes sorts sur des photographies, des pantomimes, tu abîmes, tu uses ce qui est déjà flétri, ce qui s'est déjà passé. Tu peux. C'est à ton mauvais choix. Moi je suis déjà ailleurs, je suis dans des mondes plus profonds, où la lumière ne perce que comme un radium par degrés interposés, avec des filaments de chaleur, avec des pigments dérobées à la mer, avec la détresse des crépuscules, éplorés dans le jour". Non, je ne meurs pas. J'imite, seulement le mourir, quand je m'allonge dans ce square étonnant, tout étroit. J'écris, comme les choses viennent, sur ce téléphone pénible. J'écris comme les choses se font dans moi, comme elles s'assemblent et s'amusent à se rompre. Je suis disloqué, à la façon de ses idées mal-conçues, de ces horloges qu'un rien de maladresse met dans les lambeaux miséreux, aux décharges du désordre, dans les mécanismes annihilés.

D'être ainsi figé, de crier sans lumière, me laisse du froid entrer à travers ma geste d'écrire. Je suis exalté d'un feu blême. Maude si près et ses caresses courtoises, pleines de velours bourgeois...

Il y a dans ce jardin aux odeurs courbaturées, il y a dans ce jardin plein de feuilles coupantes, de sable volant, d'idées en gestations, des pensées multicolores aux seins roses, aux yeux de muse. J'ai vu un songe, alerte, aux mains de violoncelle à l'abdomen de colophane, au pas guindé, fuir à mon approche. Des pensées je n'en ai jamais vues des véritables, j'ai su des ombres d'elles dans les amphithéâtres, dans les livres, dans les discours, j'ai entendu à la télévision des voix qui semblaient venir de leurs corps invisibles. Mais je ne voyais pas. Ces pensées brunes comme les idées poisseuses des cinémas, grises de la poussière que la nuit pourrit dans les étoiles, luisantes à la façon d'énigmes que punaisent des doigts sauvages. Dans ce jardin, il y a des cauchemars, comme ceux-là que je fais la nuit. "Je ne dors pas non". Quand je dors, je sens que quelqu'un m'arrache, me prive. Que quelqu'un me brusque. Me tire des nostalgies qui définissent mon corps et mes senteurs pour m'en offrir d'autres, quand je m'endors, quand les images pleines de bruits saccadent dans mon esprit, s'agitent sous mes paupières brûlées de la soude des délires, et bien, et bien, des choses atroces m'arrivent. Des choses comme vous faites dans vos vies incestueuses, tous, des choses banales. Quand je rêve, je suis avocat, chien, commercial, je suis soumis, éduqué, j'ai les cheveux courts et le museau dressé. Je vous hais. C'est terrible. Je vous hais tous.


Je pense. A Maude. La chaleur de son oreiller plein de traces de dents, à son visage volé dans l'or antique. Je pensais à Pierre qui me présentait Loriane, qui lui affirmait "Jonathan, au contraire de Paul, est vraiment charismatique". Je pensais, à ma condisciple dont les tentatives gravaient dans la mémoire cette affirmation que je retiens comme une douceur, comme un cadeau qui me tient chaud dans ce square éteint : "Charismatique ne te va pas", et je l'entendais comme un couturier devant l'essayage pénible du gueux dans quelques habits que son échine voutée ne pouvait pas supporter, comme une insulte trop voyante dans la bouche des prieurés. Je me disais, en souriant, "je suis polysémique" je me disais, je suis les débris de la lumière claire qui passe dans un prisme de civilités, de sociabilités, d'habitudes, je me disais, je projette selon les tailles des choses diverses, ma personnalité est cubiste, mon identité diffractée". Je suis la perspective abîmé, je suis les écoles aux briques ridées. Je m'amusais beaucoup d'être si en retrait de moi, à l'Université, que mes traits saillants s'étaient figés en une colle honnête. Demain j'apprendrais à être ordinaire, comment fait-on, des passions molles qui ne vous usent pas les nerfs, d'où aucun poème ne vient danser sa coutume russe, comment fait-on des cinémas de gestes et de manières, des poses mortelles de paresse où l'on conclut par des rires gênés tout ce à quoi l'on est sourd. Je serai demain, tout ordinaire, je dirai bonjour, et je dirai merci, ce sera comme à table le Bénédicité, et je pensais à Pierre "Jonathan est charismatique" et ma condisciple "ce mot te va si mal", et j'avais un habit brodé de deux tisseurs rivaux pour faire mon "je" hétérogène, pour dédoubler ces deux prénoms si profonds que je n'ai vu le fond d'aucun. Je me penche au bord de l'abîme, et un reste de peur me suspend, me soutient, m'interdit d'y plonger l'oeil trop longtemps. Je suis instable, ma matière change, se bouleverse, ma couleur diffère, vieil habit chinois, portrait aux repentirs multiples.

Ce n'est pas que je cherche à mourir, mais seulement à me pencher au plus proche du précipice sans craindre jamais d'y pouvoir défaillir. Le vide j'y suis habitué, n'oubliez pas, deux jours par semaine je suis à l'Université.

 

8 mars 2011

Les chats ont la grâce violente

Je suis la toute-puissance que tu cherches, qui se souvient de tout sans n'avoir jamais rien vécu. Je suis l'Histoire des drames, les fleurs sauvages couvrant la défaite d'un traineau doux.

Il y a dans tes os, du vert, de l'herbe coupé, et neuve. Mais ce qu'on voit, ce qu'on sait, c'est l'herbe sèche, morte, jaune, veillie, celle qui reste dans les ongles. Tu fais un trou dans ma joue gauche. Et tous les mots tournent. Ils tournent. Je veux que tu les vois tourner. Je veux que tu les rattrapes. Je veux que tu tendes la main. Que tu tendes les muscles vers moi. Allez. Je veux que tu tendes tes lèvres, ta peau, ta langue, ta poitrine peureuse vers moi. Aide-moi. Rattrape-les. Ils tournent. Tous. Ils tournent et se fondent comme la neige ensanglantée de ta buée. Comme le feu des rues qui se mélange à ta démarche. Quand je te vois passer. Devant eux. Que je ne supporte pas. Tu m'appartiens. Tu m'appartiendras. Quand tes jambes bougent, provocantes, et que les vitrines cassent. Quand tes cheveux tombent et font éternuer la terre. Viens les rattraper. Quand tes muscles se lèvent vers les ciels anciens. Et qu'ils sont, eux, rampants dans la vie. Trop de vie simulée en eux. Fausse. Trop de vie parjurée, imitée, de la vie synthétique, de la vie qui sent l'ambition, l'orgueil, qui a les bras croisés sur des espoirs en nylon, qui ont des ciels de tissus. Qui parlent. Regardent l'étoile, c'est la grève au plafond. Je veux dans le soir, agrafer les papillons d'étoile. Clouer des sangs de Christ. Saigne. Les étoiles sont des stigmates. Viens les rattraper. Viens nous rattraper. Ils tournent, les mots, ils tournent. Comme ma tête. Comme ton corps. Dans les rues que j'imagine. Que je ne connais pas encore. Et qui m'obsèdent. Mais deviens. Deviens je t'en prie. Le vrai corps qui me rattrapera. Ma joue se fend et tout les mots entre. Tiphaine Interdit. Ton prénom que je ne sais pas prononcer. Ton prénom comme une balle de fusil qui danse avec les oiseaux sans ailes. Les oiseaux aux dents plus longues que tes bras qui se balançent le long de tes hanches de sable, qui s'évapore. Je te vois passer. Dans ces rues. Partout. Rattrape-les mots. Je suffoque. Je perds haleine et liqueur. J'ai l'abricot au poivre qui se penche. Je suis étranger, regarde-moi. Je simule. Rattrape-les mots. Allez. Je simule. Dans un coin. Je ne sais plus respirer. Les rues se font l'amour. L'une en dessous, l'autre en dessus. Plus rien. Je ne veux pas les voir. Peau contre peau. Pavés contre pavés. Les rues s'accouplent quand tu danses en silence, la tête baissée, les mains sans fin, qui traînent le long de ton ombre. Je ne supporte pas. Et toujours ces mots, ces mots qui me remplissent la joue gauche. Certains chutent sur le bord de ma langue. Je suis l'incendie que tu n'oses pas approcher. Et tes yeux se fendent sur ton nez, quand je te giflerai, plus tard. Tes cheveux entre les pavés comme des restes. Tu es belle quand ton pendentif serre ta gorge de vierge. Regarde comme moi aussi, je suis absent. La seine vide coule entre mes yeux. Et quand je tends les lèvres pour t'embrasser, des mots s'envolent et comme des chauves-souris vont piquer les crânes voisins. Ne les écoute-pas. Ne les écoute-plus. Je suis la toute-puissance que tu cherches. Rattrape-les mots. Tu auras besoin de moi. Je glisse sur ton nez, comme un enfant qui lance son lasso. Ne me laisse pas plein de cette odeur. Ils m'envahissent. Les mots. Certains se cognent maintenant contre mes dents blanches comme ta peau du dos, où le sang ne circule plus quand je laisse ma main glisser le long de l'échine. Je suis l'aventure qui t'attend. Retiens-les. Mon palais suffoque. Quitte tes berges pleines de normes. Abandonne ta tranquillité. Viens dans les soubresauts. Viens me voir danser dans la nuit, gémir le corps dans le soir. Gémir avec des mots. Les mots me font hurler comme une enfant a la voix cassée. Et mes amygdales couchent dans tes draps. Baignés de phrases absentes. Regarde comme je simule. Regarde comme les mots prennent toute ma gorge. Comme j'ai le visage fissuré de mots. Des mots partout. De toi. De moi. D'eux parfois. Rattrape-les. Je suis la toute-puissance que tu cherches. Tends vers moi ta main de lierre sans feuilles. J'ai les bas qui font brûler ma peau, qui taillent dans le sang. Je ne sais plus courir. Je suis la beauté paralysée. Et je te vois passer, dans cette rue, dans ces rues, dans ma gorge, comme une amante qui ne se rend pas compte. Et je reste là, à avaler ta langue. Devant les yeux indifférent. Et mon visage d'inscription. Les yeux ouverts comme des sexes inconnus. Et les mots qui coulent, le long des joues troués. Ne me rattrape-pas. Je veux fondre sur le pavé, comme les soumissions molles de nos débris étroits.

Je suis la toute-puissance que tu cherches, qui se souvient de tout sans n'avoir jamais rien vécu. Je suis l'Histoire des drames, les fleurs sauvages couvrant la défaite d'un traineau doux.

 

8 mars 2011

5h36 les désespérés heureux.

 

Le matin. Mes nerfs traversent une douleur. J'entends. Des basses qui résonnent dans la salle de classe. Je demande « Tu as entendu l'orchestre sonore ? » On me répond « non, de quoi tu parles ». Je ne retiens pas les mots étouffés, congestionnés. Je sens. La crise. Qui monte. Au milieu des élèves. Je sens le débris de folie qui va scintiller. Qui s'incruste. Viens tâcher mes cernes, petit vin miraculeux. Vieux noyer éclot tes fruits dans ma bouche. J'entends. Un son. Qui n'existe pas. Je dis « hallucination auditive ». Il faut que je lise. Il faut que je lise. « Mon corps et moi ». Mon corps étranger, pour me cacher. Dissimuler. Bonjour, je suis pieux, j'ai mis à ma folie un cantique. L'hallucination auditive. Qui prophétise, qui dit « tu vas tomber ». Je lis. Crevel. La solitude. Je fais disparaître les contours de la salle, du rétroprojecteur, des images, des étudiants. Je me retranche. Je ne parle plus, j'ai le regard qui lutte contre les images graves, contre les nerfs cruels. Je résiste. Je résiste à la crue. L'inondation. La peur des bêtes miséricordieuses qui vous dévorent la moitié de l'intelligence. Je me dis. Rappelle toi. Souviens-toi. Je dis. 1999 « L'enfant est doué. Jonathan, 146 de Quotient Intellectuel ». Depuis. Il faut un futur, un futur qui ne prend pas de place, qui se range. Qui s'oriente. Un futur. Sur des étagères pleines de poussière. Je dois. Résister, à cette folie qui grice. Je fais des calculs, je lis « Mon corps et moi », j'essaie de me souvenir. Le médecin dit « surdoué », je dis, je ne veux pas, je dis « pourquoi je ne peux pas dormir la nuit, pourquoi des images m'attendent comme à un rendez-vous que je n'ai pas commandé ? ». Je pense. Aux amours, aux passés. Je pense aux soirs. Je suis dans la chute. A Loriane, à l'alcool. Les portes de secours, l'étroitesse d'un goulot, le sexe féminin. Je pense.

Je pense, à toi amoureuse sans lendemain. Que je délaisse dans des draps à l'odeur de mots en relief, un matin. Toi, amante sans visage, que je délaisse dans cette chambre froide avenue des Infidèles. Toi, à qui il me reste un peu de cheveux sous les ongles. Toi, amante retenu par des fils de mixture de rimes. Toi, que je caresse avant de frapper, dans le fond d'un lit sans lumières. Toi, que je n'ose pas approcher quand tu t'endors parce que tu as le silence de ces petites filles. Ces silences qui à toute vitesse suent dans la nuit. Toi, qui a mes yeux dans la bouche. Le bruit de la mâche amoureuse. Le bruit de ton palais qui presse mes pupilles pour en retenir le jus. Toi qui éclabousse mon visage douloureux. Toi qui partage l'incompréhensible avec ta bouche qui enroule la mienne. Toi, qui a sursauté quand j'ai claqué la porte comme on referme le sexe. Tu as le cou rival. Et j'ai pendu notre aventure. Comme une ombre qui s'envole. J'ai laissé les matins. Je laisserai les matins. Tous les matins. Au creux ta chute.

La nuit silencieuse comme une voix de fillette qui lit l'avenue prosternée dans mes reins. Rue Mouffetard, j'embrasse la bouche de Loriane. Couloir rouge. Je regagne Suresnes.

Tes bretelles de soutien-gorge jouent aux funambules sur tes épaules. J'imagine que tout est minuscule. Les fenêtres ouvertes. La table de chevet. Le lit. Les miettes. Je suis le silence intimidant. Celui qu'on déteste et qu'on redemande.

Je te laisserai faire. Minuscule. Ton corps sur le mien. Les draps deviennent une ombre qui suent nos cadavres. Tu es le fond de l'air qui fouette le silence. Tu es le fond de l'air qui dépose la poudre d'or sur les morts. J'ai une petite fille qui gît sur ma poitrine comme une pierre tombale. Toi, ton geste qui fait fuir les chats haletants et fatigués. Toi, l'amante glacée qui se givre dans le ventre. J'ai des poches sous les yeux. Tu es la fatigue. Tu es la lutte. J'ai un duvet de poudre glacée sur les cuisses. Tu as éternué ta violence. Je te laisserai faire. Je suis l'observation anodine. Le manque qui déstabilise. Je me mets dans ta peau. En silence. Avec violence. Effacé. Je ne suis pas concerné par moi-même.  Je te décrirai. En silence. Le silence de l'éclat. Que nous attendions.

J'ai la langue d'hier.

Je veux la marque de tes genoux sur mes lèvres. Je veux voir gonfler ma langue sous les coups. Je veux que tes épaules cognent sur ma poitrine alcoolisée. Je veux te voir te baisser pour ramasser mon corps en miettes. Une femme se voile les yeux avec des mains trouées. Je veux sentir tes doigts nerveux tirer sur mes racines. Les rues s'encombrent des corps bruts qui tombent les uns sur les autres. Et des passantes à la robe légère marche au dessus des cadavres, en tressant leurs cheveux à l'odeur de peaux brûlées. Je veux sentir ta langue se débattre sous mes mollets. Une cloche gigantesque se soulève du ciel. Je veux te sentir suer de l'or fin dans ma bouche. Je suis l'écarté. Tout en moi s'écarte. Tout en moi secoue. Je suis le corps du silence. Je veux l'empreinte de ton auréole humide sur mon nez. Je fouine dans les coins, à la recherche de l'odeur des pierres tombales. Je suis collé contre mes jambes pendant qu'une femme monte sur mon dos pour planter le drapeau des capitales salies. Je suis un mâle mi-clos en déplacement. Et mon mouvement est féminin. Je frotte mes gencives contre tes dents et j'enfonce mes doigts dans une ampoule. Je suis le corps qui cherche les lumières. Je suis mon anonyme. Une silhouette mordue jusqu'au sang par mon ombre. Je dissèque mon visage. Avale mon menton. Je manque de moi. Je suis sombre comme un matin sans pluie. Je voudrais tes mains qui prennent mon cou et le gorge de sauce timide. Des cadavres glissent sur la neige. Je suis ce que je veux de moi. Je suis des yeux, ma colère asexuée en brandissant les poings vers le ciel pour crever les abscès des bouches masculines. Je veux ta bouche qui dérape sur le goudron quand je te frôle. Je veux des bouches dans mon corps. Pincées. Des bouches qui s'essoufflent dans mes yeux. Des bouches aux vitrines. Des bouches dans l'assiette. Des bouches qui dansent sur des rasoirs. Je suis ton gardien, ta prison.

[ Je dépose mon foie sur l'oreiller. Une femme écarte mes côtes. Une mer me noie. Je n'ai pas la folie. J'ai son idée. Je dessine l'empreinte de mes doigts sur les murs. Et des milliers de langues lèchent le papier peint veilli. ]

L'entre-ouverture est acide. Sous mes doigts, les corps se décomposent. Dans les rues, on annonce que j'ai perdu ma virginité. Un train s'élance vers le ciel. Une pluie d'étoiles me tombe dessus. Je lève les bras pour protéger mon visage. Le poussière vole autour de moi. Je me débats et le sang couleur d'argent se mêle aux miettes d'astres. Mon cou se fend. Les étoiles sont des pierres. Les hurlements de la rue deviennent des chants de guerre. J'aimerai ne jamais revenir. Demain. Tout commence tard. Je suis dans mon salon. Je me rappelle, la chanson de mon corps qui s'abîme, de mon corps qui disparaît. Quand je te demande « est-ce que j'existe » et que tu m'embrasses sur le ventre pour me dire « je ne sais pas, mais tu désires »

Je pense parfois à une mère qui brûlerait les cheveux de son mari en pleine nuit, et irait les mélanger au lait dans la tasse des enfants au petit matin orphelin.

Ma langue tombe en liqueur dans ta bouche. Je ris. Je ris. Je ris. J'attrape une crampe aux amygdales. Ta bouche est tombée dans ma main. Je ris. Tout ça est si banal.

[ Les mots se déhanchent sur mes cuisses. Ils n'atteignent jamais le sommet. L'arbre sans tronc dépose ses branches baignées de solitude dans ma gorge. Je dois supporter. La cadence est érotique. Mais le fond ressemble au début. A la première lettre. A la première feuille. J'ai en moi tout le talent du monde. Mais mes doigts n'écrivent pas assez vite. Le chef-d'oeuvre m'échappe. ]

J'ai l'haleine nue des milliers de fleurs malades. J'ai le cancer des images. Je suis bourré de mots à quatre pattes. L'imagination sucrée de perles de virginité. Le vice des femmes contre celui des hommes. Parce que tous se ressemblent. Tous ici rêvent de là bas . Là bas où je suis déjà. Et quand je tends les lèvres, une insomnie vient me frapper par derrière, me rappelant à l'ordre.

Je suis au théâtre et c'est mon propre personnage qu'on joue. C'est une scène comique sur des planches courbes. Je suis un désespéré heureux.

 

6 mars 2011

Le bruit de mon corps, dans le froid des nuits.

 

J'ai les cheveux mouillés de soleil, et le coeur embaumé par ma vie. Je pourrais vous dire aussi, qu'en quittant Maude j'avais la peau comme un jour intime et que la route de sa bouche à ma poitrine est bossue comme mes pieds usés. Trois kilomètres sept cent. De la rue Blomet à Issy.

 

Je mettais une écharpe autour de son bassin, et je serais très fort, je disais qu'il ne fallait pas attraper froid, surtout pas, non. Ne pas attraper froid. Ne pas attraper les sales maladies. Je faisais un noeud, qui étouffait sa peau. Je plaquais mon corps contre elle ensuite. N'attrape pas froid. Et je mettais un préservatif sur nos gestes. Protège-toi. Je lui disais "Protège-toi". Et je l'embrassais. Surtout, se protéger. Ne pas attraper froid.

 

Si vous aviez vu, Monsieur.

 Les femmes qui lâchent leurs ombres dans l'égout en chantant que les visages sont dans la nuit, vous leur auriez demandé si elle avait un premier étage d'où je regarde la vie. Donnez moi des yeux bleus.

Si vous aviez vu Monsieur. Vu.

Le crime est heureux, quand j'écris. Je suis léger, léger, sans prénom, avec toutes les voix du monde.

Elle perd son haleine dans mon cou. Je suis avec la danse des angoisses. Contre elle J'ai les muscles qui tapent comme une hache. J'ai la peau fondu dans la salive. Mon sexe est une chanteuse rauque sans cigares. J'ai demandé qu'ils se taisent. Tous. Qu'ils me laissent faire quelques pas, vers le coeur sexuel qui piétine dans mon piano pudique. Je n'ai pas de dentelles, et je leur ai écrit une lettre, sur un papier peint tâché de sang, que je n'étais pas un mâme. Regardez-moi, je ne suis pas un garçon. Je suis une idée.

 

Je monte sur sa poitrine, comme sur une montagne en clou. Qui a mon visage ? Est-ce que quelqu'un à vu mon visage ? Et s'il est au bout des draps, frappe avec les pieds, frappe et pousse-le, que son bruit lorsqu'il tombera sur le parquet, nous fasse rire.

Qui a vu mon visage ?

Quand je m'en vais, je chatouille ton silence. Elle ne disait rien, quand je m'en allais. Elle disait ensuite "c'est comme un plateau libre tu sais, un plateau libre, une scène de théâtre sans comédien, un endroit creux pour l'inspiration, sans corps, sans brique, j'ai les yeux qui piquent".

Laissez-moi faire trois pas et être le premier enfant à dire que je ne suis pas un homme Je ne pourrais pas vous le prouvez. Il aurait fallu voir le vertige qui mord la pupille, qui gifle les dents. Comme les mots. là. Ceux-là, et d'autres là bas qui courent vers vous. Comme les mots et leurs démangeaison. Je suis démangé. Oui, je suis démangé. Je sors de la chambre, je la quitte, haletant, enceint de mes énigmes, je fais trois pas, je claque la porte comme je referme ma bouche,qui a laissé entrer un cortège public vers un champ brûlé.

 

"Jonathan est élégant, plein de tensions, de fragilités".

Une chouette morte au fond du jardin.

Je dis "J'ai l'impression d'être sous ma peau".

 Elle a dit : "Aujourd'hui dans le métro, aux vides-greniers. Le mots sont sales. Ils ont la texture du sang de ton adolescence, cette odeur intime de page voilée, la moiteur del'argent, et la douleur obsédée. Tu es torturé, dans toi j'entends tous les mécanismes moyennageux de la question."

  

j'ai continué : "Je n'arrive pas à comprendre la déviance, ceux qui disent homosexuels. le corps, c'est l'ambivalence, de partout. la liberté. Ne pas clore. ne rien clore. Les cuisses timides, le lait sur la peau froide. J'ai souvent peur de mes amoureuses, parce que j'ai connu une fille, sans cette douceur que l'on attribue aux filles, je l'ai connue avec la violence, la fulgurance de l'amour avant toute chose. Je me suis cogné et il fallait que l'un de nous meurt. Je suis toujours là. "

 

Mets ton manteau, défaista capuche, et si les yeux sont chauds, va brûler ta peluche.

Allez Jonathan

Allez Jonathan. Si tu traverses sans regarder, j'irais jeter ma tasse de thé. Je mettrais tes cendres, dans le Nil des draps. Allez Jonathan, tu verras. Tu diras au revoir au lit défait, et j'irai cracher sur les violons dans la rue, qui te faisaient tousser et qui sanglotent.

Tu me dis : fais moi des rimes et tu trépignes.

 

Je te dis "je veux de belles paroles", tu deviens folle.

Tu diras au revoir au lit défait.

Je te dis "une chanson qui fait de l'effet", ça te fait tousser.

Jonathan, Najib, faut pas faire attention,c'est un méchant petit garçon.

Tu m'as proposé que j'effile tes collants, j'ai dit "attends, attends".

J'ai pas de mélodies pour le moment.

Je te dis "allez on va composer", et je me mets à t'aimer.

Allez Maude, ton père est un musicien.

Attends attends, je retiens.

Tu dis "j'essaie j'essaie vraiment j'y arrive pas"

Je te dis "tremble pas comme ça, c'est que toi et moi".

 

Tu peux laisser mes lèvres dansaient sous la pluie,

aujourd'hui je t'ai dit "pas de folies, pas de folies",

t'as pas compris t'as ouvert le parapluie.

 

Tu pourras me montrer la blessure,

Je te dirais que j'ai le temps j'ai le temps,

avant avant, de t'aimer ta bouche au goût de carambar d'antan.

 

4 mars 2011

Appelle moi.

 

Ca durera une minute tes coups dans ma tête. La minute du majeur qui se lève, malgré lui pour toi et. On retrouvera mon âge dans l'eau, dans le feu, dans l'élément qui nous échappe. Nous pousse le ventre en fleurs mauves. Nous essoufflés, et je ne veux pas, dire ce que les autres ont déjà dit.« Vous ne pouvez ouvrir votre oeil que dans la nuit, quand l'angoisse descend à pieds », les escaliers de leur bêtise, là vous pouvez ouvrir les yeux. Pour voir les bêtes, étendues par terre, celles qui tentent en vain de s'envoler à quatre pattes, tête élancée vers le ciel, les lunettes se casseront, le verre par terre étendra mon sang superficiel. On a dit "intellectuel". On a dit. On dit toujours. L'on ne fait toujours que dire. L'on dit . Nos âges sont des muscles dont on ne comprend pas le fonctionnement. Et mes mots, sont des bruits étouffés par d'autres mots. Ne sont que des mots de mots d'autres mots. Il y a une rumeur qui grince, une rumeur qui dit « tu es passé à côté de ta vie » et s'affichent des silhouettes. Le portrait d'Elodie plein de larmes, et ses seins beaux comme des yeux bleus. Il y a Marianne, que j'échoue toujours à retrouver. Qui me dit « vendredi, à l'hôtel, à Cergy » et j'annule à la dernière minute. Je ne lui ai pas dit « il y a trop de Marguerite dans Marianne, pas assez de liberté, je ne peux pas ». Je veux le corps, la peau, la tienne qui ruisselle de monts. J'aimerais savoir dire, comme eux. Comme lui, là, avec son oeil de guerre. J'aimerais savoir dire. L'esthétisme de la panique. La bousculade. L'échauffement. La sueur qu'on perd dans les couloirs, le sang qu'on récupère dans leurs porcelaines. Comme lui. Savoir dire que je suis. Nos confidences nagent au dessus de leurs têtes. J'aimerais savoir dire, parce qu'en disant, on dépasse les murmures. Et je suis trop fragile pour la main qui se courbe sous vos horloges. Comme eux, ceux qui parlent trop, ceux qui disent l'exhibition, la vulgarité, la banalité, la perversité. Ceux qui parlent trop. J'aimerais ta présence. Parler aussi. J'aimerais parler. J'aime le trop de nos veines. Et la fibre de tes nerfs. De quoi parle t-on. J'aimerais avoir l'idée de la violence. J'aimerais ne pas être si éloigné de toi. "On parle de toi. Là bas. Derrière les portes, derrière les volets, derrière les langues. Dans la bouche, on parle de toi. On dit que. On dit qu'on te. On dit des mots. On parle de toi, bon sang. On fait des mouvements derrière toi." Derrière leurs ombres, leurs corps existent, et leurs corps parlent de toi. Ils disent. Mais écoute-les. Arrête toi. Tu perds tes jambes, à trop courir. Tu éclabousses de terre. On dit, tu ne sais plus ton âge, ton âge moite, ton âge dans la nature, tu le perds, comme Il perd son chapeau, comme son crâne saigne. On dit que tu supprimes ce qui te dérange. Et un homme, dit devant d'autres hommes "Vous avez la couleur du coupable". J'aimerais dire, l'épuisement. « Vos gueules ». Le jour, il te faudra fermer les yeux. Pour voir les bêtes qui sont en eux, accroupies sur leurs peurs, les coudes qui s'enfoncent dans le ventre, la tête dans les mains, qui s'émiettent comme du sable mou. La seule hâche qui atteindra les murs ce sera ma langue cognée à tes lèvres. Comment faut-il faire. Comment ? Je vais sortir. Je vais bientôt sortir. J'attends. J'attends toujours que les rues vident les passants, que l'artère des cités se tarissent. J'attends. Il y a Tara. Qui patiente. Il y a Tara. Qui fait sonner mon téléphone, et j'aimerais tant que ce soit toi. Que je surprenne ta voix ivre, hésitante. Qui ne dise rien. Mais qui m'appelle, que ça me fasse comprendre, que tu penses à moi. Je cherche tout ce qui peut nuire à ma solitude. Je cherche le microbe qui la fera s'étouffer. En attendant, que tu appelles, je dois voir Tara. Je dois me consoler dans ses bras. Alexis disait « Quand je vois les filles de Jonathan, je ne comprends pas ». Il ne comprend pas. Les traits, la figure, il ne comprend pas mon odeur, il ne comprend pas mon visage, il ne comprend pas ce que l'insomnie colore de l'âme. Que ce qui m'embarasse c'est le vide, qu'Elodie, que Loriane, que toutes les belles aiment l'étranger dans moi. Je suis l'exotisme de la douleur. Mais appelle moi. Je t'en supplie. Appelle moi, en secret. Quand Tara me peindra les yeux. Appelle moi. Quand de l'autre côté du périphérique, ta bouche sera mouillée des billes d'alcool où tu les trompes, où les autres trempent. S'il et plaît, viens faire dire à la solitude, qu'elle est n'a pas à me tordre comme un père soûl. S'il te plaît. Embrasse moi, avec des pensées. Je crois, que je te dérange. Je crois même que je te fais un peu peur. Parce que, tu n'avais jamais senti ce parfum avant, ce parfum qui dure. Qu'on ne tire d'aucun flacon. Qui vient directement de l'essence, de la mer, et qui prend feu dans la caresse. Tara m'attend. Je dois y aller. Appelle moi. Rends moi la liberté, le goût du jour qui lève comme trop de levain dans le four du soleil. Sors moi des corps trempés, des ventres numides, du jus qui grince avant qu'il soit trop tard.

4 mars 2011

Une idée, juste une idée.

 

Avec ta chemise bleue et les fines céramiques blondes qui chutent dans ta nuque, délaissée. Tout ça est trop petit, tout ça ne va pas, tu comprends. Je me mets à guetter, le foulard à ton cou, ta paupière qui tremble avant de s'endormir. Le dernier souffle qui réchauffe la langue avant que tu ne retires ta bouche. La dernière goutte avant que tu passes ta main sur ta faim. Je guette quand tu tousses, la dernière raclée qui t'étoufferait. La dernière mèche qui tombe et t'embête quand tu attaches tes cheveux dans une tresse parfaite. Le pavé moins droit sur lequel tu butes. Je guette, l'oiseau qui pourrait griffer ton crâne dans les rues et te faire saigner. La trace de maquillage imparfaite sur tes yeux. Le trou dans les collants au niveau des genoux. La dent qui s'apprête à tomber, balançant entre les gencives ensanglantées. La veine qui bout au poignet, et dont on devine la forme, celle qui s'apprête à éclater. Je guette, les doigts moites qui s'approcheront de sa braguette. La photo qui se déchire avec le temps sur tes murs. Le cheveu qui reste dans ta baignoire. Le vernis écaillé. La griffe recouverte d'un pansement dans le bas du dos. Je guette, le pansement sale, et le sang femelle. L'arme qui resterait au fond du sac à main. Je guette la berceuse qui déraille dans tes cauchemars. La tâche que tu essuierais. Ta peau lunaire qui fondrait comme la bougie qui sue. Les bulles de champagne qui s'apprête à piquer tes yeux quand tu ouvres la bouteille. La marche sur laquelle tu vas déraper dans les escaliers. La porte qui va se refermer sur ton nez. La sonnerie qui va raccrocher. La lumière qui grillera ton ventre dans ta chambre. Je guette la clé qui n'arrivera plus à ouvrir ta cage. La babine qui se retroussera. La prison d'un emploi. La pluie qui mouillera ton front. Le manège qui te fera vomir. Je guette le tissu de ta robe qui s'apprête à craquer. La page du journal intime qui te fera honte. Le petit lit en or blanc qui se fendrait en deux. Les traces dans le fond des draps. Je guette la lettre que tu pourras déchirer. La cheminée qui s'apprête à cracher son feu sur ton visage. L'auréole sur tes yeux bleus, tachés, liquides. Le jus que tu avaleras de travers. Tes oreilles percées qui saigneraient de tes bijoux trop lourd. Ton cou qui se casserait dans la colère. Je guette, tu vois, je guette. Je guette sans cesse. Sans cesse. Cesse. Sans. Vraiment. Je guette, ce qui me permettrait de t'aimer.

 

4 mars 2011

J'ai monté la nausée jusqu'à la dignité du sentiment.

 

"Tu n'as pas le droit." C'est une première phrase. "Tu n'as pas le droit." L'hôtel est bondé de monde, les femmes marchent sur les bouts de robes qui traînent comme une queue inachevée des autres femmes, les hommes cognent leurs gencives sèches sur la coupe de champagne de leur voisin, ils échangent, elles dramatisent. C'est un préau réservé pour les gens riches. Les lumières ouvrent l'élégance sur leurs visages graves. Comme des cuisses qui ouvrent le point sensible. Madame est belle, un haut noir s'accroche à sa nudité, ses cheveux souples frottent son dos, un maquillage violet alourdit ses paupières, violet comme un ciel d'hiver qui n'en peut plus, et sanctionne les yeux d'été. Son corps long et douloureux recouvre ses pensées timides. Tu n'as pas le droit. Fermez les rideaux. Oui, comme ça. Un homme arrive vers une bouche, il tend une allumette en feu, une cigarette se décompose, un sourire tombe en cendres dans un décolleté déjà conquis. La facilité me fait signe de la fenêtre. Je lui souris. Oui, il ne pleut plus depuis des années. Hier j'attendais dans les couloirs, j'ai dit, tout dit. "Tu n'as pas le droit." On m'a répondu "tu n'as pas le droit". Alors, conseiller de donner, des mots, comme ça, qui ne veulent rien dire pour les autres. Déplaire, parce que tu es l'absent, l'arrogant, celui qui va vite, alors déplaire, être insupportable pour fixer le miroir en se déshabillant. "Je te déplais. Tu n'as pas le droit." On en est à la deuxième phrase. Te déplaire. La première page d'un roman qui commence par "Le premier mot, c'est quoi déjà ?". On en est là. Dans les couloirs, il est arrivé, il a soulevé la foule, il a dit "urgence". Et puis après, dans le bureau, un autre a dit "tout commence là". Urgence, je ne le veux pas pour troisième mot. Sous le préau, ils miment mes muscles. Quand je danse, on danse. Quand je tape des mains, on tape des mains. C'est comme si j'étais sans âge et que je me précipitais. Précipice. Urgence j'accouche de moi-même et c'est une solidarité vulgaire. C'est horrible, c'est horrible, c'est horrible, viens, viens, pour s'endormir je vais te raconter une histoire, mille fois. Mille fois je te la raconterai cette histoire, mes lèvres vont devenir blanches, il n'y aura plus de sang, elles vont devenir limpides, claires, et molles, elles couleront comme de la gelée, elles vont pourrir dans la narration. Et la nuit, la nuit, ça sera à cause de. L'autre mot, la nuit, qui fait gercer mes lèvres, mon quatrième mot. J'accouche de moi-même, et à travers la fenêtre, la lune tombe sans bruit, ma place se fend. La place que j'avais, dans les cimetières à treize ans entre les tombes à jouer à cache-cache avec ma tristesse, la place que j'avais, sous le lampadaire de Paris, dans l'intimité des gestes. La place que j'avais sur les genoux de mon père le 23 Juin, non non je ne peux pas quitter les bras. La place que je devrais avoir dans ta bouche. Je voudrais voir comme tout revient, comme tout est un cartilage froissé. Je voudrais voir, mes muscles concentrés qui vont broyer ta langue où je suis déjà passé. Je voudrais, augmenter le son des bruits gluants. J'ai l'âge que me donne l'écriture, je l'ai déjà prouvé. Je te parle d'une robe qui danse seule. Tu n'as pas le droit de partir. J'ai le bout des doigts abîmés par les couloirs qui se referment sur moi. Qui se referment sur Londres. Alors il fallait que je frappe à la porte, que je passe le premier, qu'il y ait urgence, il n'y avait que mon corps, qui n'était pas un corps. Qui était ce quelque chose fragile et qui se soumettait à la pierre. Ce quelque chose à demi ouvert, sans armes, et qui s'étalait sur le mur. Je peux entrer. S'il te plaît. Je dépasse le monde, je ne respecte pas la foule polie, je bloque le passage, je bloque ta porte, j'arrache la patience de l'abbé. Moi, avant. Moi, ils ne savent pas. "Tu n'as pas le droit. Retourne là où tu étais. Tu dois attendre ton tour, tu me déplais, il n'y a pas d'urgence, même si tu dois attendre jusqu'à la nuit." Voilà, c'est là que la première phrase s'écrit. Tu es belle. Marion est morte. Sali son petit haut blanc, de rouge vilain. Sali. Sali. Et le préau gronde de crise. Mn, je l'ai vu. Laissez moi vous raconter, avant tout le monde. Laissez-moi vous raconter, la soirée aux couleurs d'or, ils ont tout caché dans les bouquets. Dieu, les pavés dans ta gorge, ils ont tout caché, Tu es belle, tes yeux bleus je ne peux plus, c'est un visage privé d'oxygène. Laissez-moi vous dire, avant que les murs ne veuillent écraser le secret. Tu n'as pas le droit. Avant que l'on ne vous dise "cette vie là, c'est pas du vrai". La vraie vie s'endort avant minuit, sauf quand elle boit. Qu'on me dise "il faut grandir, tu es un enfant". Je suis vivant. C'est un état rare. Je suis le dernier, des vivants.

 

3 mars 2011

"Et si je t'aime prends garde à toi".

 

Je prépare afin que je puisse dire "tu vois, je peux t'accueillir". Tu vois, tu peux venir, je suis prêt. Le dos rond qui se fend sous les caresses à toute volée. Moi je ne suis pas comme eux, moi je ne suis pas comme vous. Mes nuits sont pleines d'impatiences, de figures étranges à la peau de vase. Je ne supporte pas d'attendre, et j'attrape tes lèvres avec ma main pour te les envoyer à la figure. Moi je ne suis pas comme vous. Papa dit "si petit, si petit, si petit". J'ai de la violence partout sur mes murs. Trop fragile cette fois. Quand je traverse la rue avec ce pantalon trop serré, qui fissure mes cuisses comme on taille dans de la glace flamboyante. Il y a cette lecture, devant la classe, mes 13 ans, et puis il y a cette phrase du professeur "Ce jeune homme est fou". Tout dire, simplement. Faîtes simple. Posez des mots, comme on pose des fleurs sur une tombe, et allez-vous en, ne vous retournez pas, continuez à marcher, en tirant sur votre jupe et en vérifiant votre chignon décousue, dans les coins, les recoins, rattrapez les mèches qui font négligé, essuyez votre maquillage qui date et coule au coin de vos yeux. cent ans. cent ans que vous portez ce fard à joue. cent ans que vos talons se prennent dans les pavés. cent ans que votre poche est pleine de graviers. Alllez faire vos ricochets à la rivière du Mont, respirer les airs frais qui s'enroulent dans votre chevelure. Allez émietter votre odeur sur d'autres terres. Faîtes simple Madame, vivez dans un sourire intact. Un mariage. Tout commence là. Tout commence dans les rapports qui n'en sont pas. J'ai appris l'amour avec ses doigts. Une corde, cachée derrière les toilettes, après l'amour. Pendez-vous petite fille, j'ai attrapé ta bouche. Cacher les couteaux sous l'oreiller, s'endormir avec l'odeur de la lame en argent qui respire sous le tissu. Avoir un sommeil animé, et découvrir dans le bidet, que ce que vous perdez, c'est du sang, c'est l'enfance. Un animal de charme. "Ce jeune homme est fou". Défier du regard les hommes que vous croisez avec maman le samedi après-midi, et planter une main assassine dans l'entre-jambe en secouant ta jupe trop courte, pour les inviter à regarder les lames de couteaux. Le spectacle féminin. Crier, crier, crier, quand votre mère vous demande d'arrêter, ploiement, sans trop de bruit, pour éviter le scandale, et se débattre avec sa haine, en se jetant aux pieds des hommes pour y déposer une salive fraîche sur des souliers cirés. Achever un travail, toujours, un travail sur soi. « Redresse-toi, qu'est ce qui t'arrive, t'as pas honte ». Défaire les boutons d'un corsage en récréation. Désobéir à la propreté. Etre la colère. Mon enfance m'a appris à devenir la colère. Ta féminité m'a appris à la cacher. Etre la colère et ne pas le révéler. Ne pas réagir, quand le professeur dit "Ce jeune homme est fou". Quand un adulte arrive dans la cour, pour vous rhabiller. C'était mon réveil heureux. Mettre des plumes dans son sac pour ne pas casser. Trop fragile cette fois. Quand dans les tiroirs, on coupait aux ciseaux les vêtements, quand on mettait le feu aux voitures dans le quinzième. Et attendre patiemment, dans le coin, prêt de l'armoire, à quatre pattes, les gestes de colère de maman quand elle arrivera, les cernes sous les yeux qui gonfleront, et essayer d'empoigner son bras pour lui demander de se calmer. Calme-toi maman, il fallait que je le fasse, calme-toi, il fallait que je vois ta colère. Il fallait descendre sous la table pour se traîner comme un chien Il fallait avoir dans le ventre, un prénom d'écolier, sur une liste de victime. Avoir un tempo calme et suave sur des musiques extraverties. Moi je ne suis pas comme vous. Je n'ai rien su, j'ai tout vu. La niche qui prenait feu, et les premières jupes qu'on ne redressait pas. Caresser l'écorce avec les pieds et frapper, frapper dans l'arbre quand maman arrivait en courant pour me demander de ne pas me salir. Frapper avant, avant que ça ne se sache. Pour les autres. Le secret de la colère. Tout commence là, dans cet enseignement. Quand les petites filles du voisin frémissent d'ennui l'été dans le jardin, et qu'elles m'invitent pour se divertir. La solitude héroïque. L'apprentissage. Les faire rire sous des nuques carnassières. Faîtes simple, Mademoiselle, faîtes simple. Tenir dans sa paume un bout de verre peureux, Toi, quand tu marcheras dans le cimetière décoré de ton appartement dis-toi que ce qui te servira de miroir sera déjà le marbre final. La grande brune marquée de traces de freins sur le front. Faîtes simple. Regardez-vous et trouvez-vous jolie. Céline dit "si pur, si pur, si pur" en parlant de moi. Le lacqui reste collé à ton ombre, pour garder en mémoire, cette histoire là. Margot dit "de l'amour, de l'amour, de l'amour". Monte sur les toilettes de la petite école, accroche la corde et y pendre mon désir. Ouvrir le ventre d'un renard avec l'orteil et le plonger dans les boyaux comme dans du sable blanc. Cette lecture à 13 ans, qui me ramène à mes origines. Colériques. Et au lieu de ça, au lieu de déposer ses fleurs comme des mots sur la tombe, et de partir, serein et calme comme la victime accomplie, au lieu de ça. Déposer les fleurs, monter sur la tombe, les piétiner avec des talons convoités et propre, tirer sur cette jupe, toujours trop courte, essuyer un rouge à lèvres sang honteux avec la paume de la main, se retourner plusieurs fois en repartant, serrant les poings pour ne pas se mouiller les yeux, renifler une pluie d'or fine et si lourde qu'elle abattra la première rose sortie des eaux, jeter les ricochets sur les passants parce qu'il est quand même là l'effroi, parce que je l'ai dans les veines cet amour, révéler l'histoire, le rythme grand ouvert, cent ans que je suis prêt pour toi. Cent ans que je ne suis pas comme elles. Ma bouche trébuche sur les pièges de tes yeux bleus et louches. Tu vois, je peux t'accueillir, quand je tire sur la jupe trop courte, ce n'est que le souvenir d'une main qui n'a pas su l'enlever. J

Trop fragile encore. Trop silencieuse

réalité.

Je ne sais pas comme vous faites

vos petites vies, vos petits gestes

c'est trop étroit pour moi

la normalité sentencieuse

je suis la colère et l'émoi.

7 mars 2011

Aux absentes.

 

Il est des corps qui me volent l'envie, comme certains me volent l'écriture.

"Est-ce que tu peux venir sur Lille, il faut que je te vois ?". Emilie. Tout à coup me revient comme une cliente. Cliente de mon corps. Secret. Secrète. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Oui. Comme un souvenir Emilie. Je suis là. Sur Lille. Et nous pourrons nous voir. Nous croiser. Nous aimer. De haut. En bas. Nous aimer secrètement amour. Parce que les mots. Tu sais, tu comprends toi, les mots Emilie. "Tu te travestis dans l'écriture". Oui, tu me l'as dit ça aussi. Je te dépasse maintenant. Depuis le temps. Ma tête est plus lourde que la tienne. Mon circuit intime est plus tranchant. Je pourrais presque te dire "je ne t'aime pas". Presque. Je trébuche devant les fenêtres de tes yeux. Je les ai toujours trouvés trop grands. Tes yeux bleus. Emilie, ma belle Emilie. Mais pourtant, comme des excès, comme des ignorances, comme des yeux de femmes embuées. Les femmes ont mal, souvent. Emilie. Tes yeux pour compléter l'envie des femmes qu'ils ne comprennent pas. Tes yeux pour donner forme. Tes yeux qui jouissent et m'essoufflent. Ah, tu n'aimerais pas, que je fasse, Littérature Littérature. "Si je n'avais plus d'hormones, je n'écrirai plus". J'écris avec la rage, le désir, avec ta hampe clitoridienne, ta nymphe, ton utérus, avec mon foie, tes muscles vaginaux, avec mes boyaux, ma chair. Je n'écris pas avec mon esprit Emilie. Je ne sais pas écrire pour dire je t'aime. Alors oui, je vais te retrouver. Comme une hystérie après l'effort. Vous. Vous. Vous. Obsédés textuels. J'ai la chair gâtée quand je te vois. Tu es comme le flux, le sec mouillé, on ne t'oublie pas, mais on te perd. Comme j'aime te perdre. Parfois, je pense à ta mort. Que tu m'as volée. Tu coupes, le bonheur, les portiques, les terrasses. Quand tu voyais, Anne B. Quand tu riais. Quand tu me faisais signe "ah voilà le connard". Je t'aurais tuée Emilie. Je t'aurais tuée à cause de cette ironie . Ton sourire qui ramène le vent dans les poumons, qui gonfle, ton sourire, qui s'empare du corps. "Tu violes". Ne ris pas. Les fruits séchés rebondissent. L'odeur de ta chambre. L'odeur de ton corps, qui se froisse, quand tu t'assieds à côté de moi. Malade. Ton corps est malade, il me guérit. Tu es le sommet. Ton odeur est prétentieuse. Elle peut tout exiger. De moi. D'eux. Regarde, la langue charnue. C'est la mienne. Qui te gifle les cheveux. Ma langue aux tâches de rousseur. "Est-ce que tu peux venir me voir sur Lille ?". Oui, je pourrais même t'aimer. Quand tu me dis « Tu es beau Jonathan, beau autrement, tu es beau de douleur, beau de carnage, tu as la beauté de ceux qui survivent ».

[ Il y'a des choses que je n'ose pas écrire. Ces choses se cachent derrière ce que j'ai déjà écrit. Ces prénoms que je fais avec des initiales. Mais je sais, que les yeux sont trop petits pour voir ]

[ Chaque fois que j'entre dans mon ombre, c'est l'odeur du velours sucré. Je n'ose jamais y passertpit entier, dès le premier instant. J'ai toujours peur, des idées abandonnées, mortes. Mais je suis bien élevé, aux morts même je dis bonjour. ]

La mer sent fort. Son bassin est large. Je la capture d'ici. Du Nord. Du vent violent. Des coeurs généreux. Mon humeur se tourne dans la mer. Depuis la naissance. J'ai mille ans de rires. Je la sens me tourner dans le blanc des yeux. Avec un effroi qui m'échappe. Oui, je sens la mer. D'ici. De la ville. Elle vogue en moi, partout, dans tout le corps. La mer qui s'éclabousse, contre les rochers, des autres corps. La chaleur du sel. Il faut tuer Jésus. Pour la glande des raisons intimes. J'échappe aux surveillances. Tout ma vie, je me veux tempête.

Tandis que le père déclamait Eluard. L'enfant fouillait la terre, pour la faire jouir

6 mars 2011

L'écriture impatiente.

 

J'ai vu des amours finir mal. J'ai entendu des oiseaux chanter sans comprendre leurs timbres de prophètes, j'ai avalé des flocons délicats, j'ai vu des gens s'absenter, je les ai sentis me manquer. Est ce que ça dure toujours l'absence ? La douleur m'est égale.Je passerai les saisons. Maude a dit que j'étais vierge.Elle n'a peut-être pas tort.Je pourrais repousser, me défendre, pétrir.Je pourrais cogner avec mes genoux.Subir les yeux et les statues, subir ma structure, ou encore séparer mes mains.Mais mon innocence me fait peur.

La fête des idiots..Dans la rue, il y'avait un homme qui dessinait au fusain des portraits, pour quelques euros.Les filles buvaient comme des hommes.Je m'éloignais des corps vulgaire.S me dit "je ne te déçois pas hein ? Je ne me le pardonnerai jamais".Puis S vomit.C'est l'alcool qui monte à la tête.Moi, en rentrant, je dis toujours "je n'ai pas bu".Je ne bois pas, je ne fume pas.Je joue le rôle de l'adulte.Parfois, on me le reproche "tu es un garçon déséquilibré".Je manque de m'évanouir à chaque fois.Equilibre.La beauté des corps puis le dégoût."Vous êtes un garçon malade".Le dégoût. Puis l'éclat de rire.Alors, je suis passé à côté de cet homme qui dessinait.Il a léché du regard mes yeux d'adulte.Il a caressé du regard, l'ondulation de mes cheveux à cause de l'humidité de l'air.Son haleine chaude.Il était seul.C'est un chien sauvage, une biche blessée.J'aurais pu m'asseoir en face, sur le tabouret.Le regarder me dessiner.Immobile.J'aurais pu.Pour la grâvité avec laquelle il m'a regardé en passant comme pour me dire « je sais tes pensées, je sais tes yeux ». J'improvise.Je baisse le regard.Je ne veux pas."Monsieur, je peux ?".Non, je n'ai pas d'argent, et puis vous savez, je n'aime pas assez la forme de mon visage pour ça.Vous savez, je suis porté par les sens, et mes lignes sont infinies, irréfléchies.Menacées.Vous pourriez m'offrir une de vos pages blanches et vierges, je pourrais vous prouver qu'il y résidera mon visage : la transparence.

 

 M. dit que je suis un peu spécial. : "c'est à cause de l'écriture et de tes yeux noirs". Chaque fois que quelqu'un d'autre apprend que j'écris, je me maudis. Je le dis, je l'annonce, mais je ne veux pas qu'on le découvre. Je veux que ça paraisse un mensonge. Ne voyez pas mes folies, elles sont sincères.

Les lettres de Marine sont longues.Marine.Marine chez les Hednin.Marine et ses examens.Je connais tout.Ou presque.Marine écrit : "Je ne veux pas grandir, mais ça, tu le sais déja, je l'ai remarqué au Manoir, quand tu es sorti de table pour prendre Marion dans tes bras".Marine ne veut plus aimer les garçons qui ne l'aiment pas.Marine veut voler.Profiter de ses 20 ans.Marine veut couper ses cheveux avec des couteaux de cuisine."Apprends moi à devenir une femme". La déshonorer de ma tristesse. La nuit. Dans son appartement. La nuit. Sur le trottoir. Où j'ai écrit, tellement de lignes, que j'ai eu peur des passants, et des figures qui s'y assemblaient.

J'ai souvent le vertige.Comme ça.Pour rien.Parce que j'ai peur de tomber de moi même.

Quand je me mets à lire, j'entre en apprentissage. C'est autre chose que celui que je fais. Officiel. Trois jours par semaine. J'apprends le frisson.

J'ai déjà oublié le lycée.Les rires.Les mains, ces ventouses.Mon pére est partout.Partout, il m'a appris à aimer.Pas à apprécier. A dévorer.Cette envie.Je suis mon pére.Sous la forme d'une fragilité cruelle.Je protége.Mon père.Je souris.Je saute au cou.Je ne veux pas écrire pour me prouver.Je ne veux pas écrire pour être lu.Je ne veux pas d'une écriture mensonge.Je ne veux pas me vendre aux yeux.Je veux être ma propre écriture.Je veux l'essentiel.Je peux tout partager.Tout offrir.On peut me tuer.En aimant.Je veux offrir les mots.Sans laisser de trace.Sans laisser d'empreintes.Simplement les jeter.Aux visages.J'ai toujours rêvé de baigner mon corps de mots.Et d'éclabousser les passants.J'ai toujours rêvé d'être dans le mouvement du vent.J'aime beaucoup ma barbe, mes cheveux longs. J'ai l'impression d'être en retard. De n'avoir pas compris quelque chose comme un meurtre. Un rasoir. Vous savez. Un rasoir sur la différence..La ville la nuit.Les jardins.Les amours qui oublient.

Le sourire, de l'ancien amour qui vous dit :"je ne sais plus où j'en suis", est comme le coeur qui vous arrive dans les tempes : l'envie soudaine de l'aimer à nouveau pour lui redonner sa place.

Tzara a dit :"Nous ne voulons pas écrire, nous nous laissons écrire".

En errant près de Convention, hier après-midi, il y avait un garçon qui me suivait, le pas pressé. Il m'arrête dans les couloirs du métro..Me demande où se trouve la Rue de l'abbé.Je réponds que je ne sais pas, qu'il a inventé ce nom.Il dit que oui, c'était un prétexte. Je lui réponds que c'est dommage, que ça aurait pu être plus original.Il me demande si je'ai déjà tué, je réponds « presque ».Il me demande si j'ai deux minutes pour le suivre.J'aurais pu répondre que j'avais toute la vie pour suivre, ramper, siffler.Lui dire que mon enfance est une grande liberté.Lui avouer que mes 8 ans se cachent.Lui dire que je suis censuré.Lui apprendre que là bas, les poètes transmettent la chute, qu'ils m'apprennent à fuir, qu'ils ont des plumes dans le ventre, qui leur permettent de voler.Mais non, je me suis contenté de dire "Non, je n'ai pas le temps".J'aurais aimé qu'il me réponde que personne ne possédait le temps, que ça ne nous empêchait pas d'aimer, de donner, de s'offrir.Mais non, il s'est contenté d'un bavardage,timide..J'aurais aimé lui dire "ça doit être étrange de draguer, de te contenir, de paraître, qu'est ce que ça fait ? Tu te sens intimidé ? Pressé ? Pourquoi tu ne voudrais pas seulement m'accompagner en silence le temps de finir ce couloir ? Tu sais.Juste pour dire d'être là.D'être entré dans ma vie.Sans infraction.Le silence est une politesse.Une marque d'éducation.Pourquoi tu ne m'aurais pas porté mes idées ? Ca m'aurait enchanté, des tonnes d'idées.Pourquoi ne pas me donner de consignes.Pourquoi ne pas disparaître après m'avoir rendu le coquillage ? Qu'est ce que ça fait de draguer ? Est-ce que j'étais positif ? Est-ce que c'est mon parfum ? Mon allure maladroite ? Parce que je cours, je provoque ? Est-ce parce que je suis l'apprenti ? L'animal des mers chaudes ? Est-ce parce que je parle une langue de sel ? Mais non, je me suis contenté d'un "ah..." et d'un sourire timide.Il m'a demandé si j'aimais les garçons. J'ai répondu j'aime D. Je ne sais pas pourquoi.

Et je suis parti rejoindre Marine.

3 mars 2011

il y a mille maladies dans une rime.

 

J'ai entendu les nuances d'un talon qui se déboitait. Je vide mes muscles dans un visage fantôme, qui traine derrière les murs, comme une ombre peureuse. Normalement, tout va bien. Normalement, je prends ta main, je t'emporte, je t'embrasse, et la mémoire repousse. Normalement, il y a des indices cent, un peu partout sur nos peaux. Ce sont des preuves, pour les détectives, quand, je disparais, la nuit, derrière tes soupirs, quand je t'agace, tous les jours, que je te vois. Il faudrait séparer la maladie et la Valise amoureuse. Comme je m'écorche avec le voyageur. Viens. Normalement, je passe tout ce qu'il y a d'obstacles sur moi. Les cheveux, le menton, et la poitrine. Les obstacles osseux. Ne pars pas, je t'aime. J'obéis aux pensées, qui recommencent toujours, après les lèvres délicates, après la mer qui se déchaine, après la mer qui cisaille nos corps en deux. Tout s'enchaîne. Je te vois, tu la vois encore. Tu la verras. Toujours. Il y a la mer, l'océan, il manque la sécheresse. Tu la vois « belle ». Je suis derrière la fumée. On m'appelle le tyran amoureux. « Tu es une larme » Le processus murmuré, couché, indomptable. Je demande à la peur de s'asseoir. De croiser les jambes, de renverser la tête en arrière, et je crache dans une gorge sans fond. Tout s'enchaîne. Je place la peur sur la chaise en bois, le désir sur la table en brume, et je lui demande de s'allonger, d'écarter les jambes, et je plante la flèche dans un sexe sans fond. La peur sur la chaise, le désir sur la table, je demande a la colère de rester par terre, je lui demande de s'accroupir, de plonger la tête dans ses mains, de ne pas me montrer ses yeux, je tire ses cheveux sans fins, et m'épuise sous son ombre nocturne. Tout s'enchaîne. La tendresse, elle, je le mets sur les paumes, au rebord des fenêtres, je la caresse dans le dos, et je la pousse discrètement du genou la colère, vers un vide sans fond. D'accord, la pièce est immense, le reste des peaux des sentiments, sur le parquet. D'accord, normalement, après minuit, il fait trais chaud. Va mettre ta robe d'avocate. C'est l'heure. Tu dois plaider, le sort du ciel, tu dois plaider, la vie des amoureux. Mais qu'est-ce que vous croyez. Que c'est ici, que tout va s'étaler, que tout va dégouliner. Je trempe ma fièvre dans un incendie mouillé. Et toutes ces images, ne sont que des images. Je peux bien prendre votre main, la faire danser dans le feu, et vous dire, que. Cramée, là. Dégage la. Je sais respirer, Je ne souffre pas, la douleur est dans le cuivre de ta ceinture. Ca ne reste pas les marques, je te le dis*, ça ne reste pas les marques, de ta ceinture, sur le dos. Tu pourrais me les montrer, je ne les verrais pas. C'est comme le vent qui serre mon ventre, qu'aplatit ma poitrine, qui plaque ma bouche, c'est comme. Une force. Je voudrais une force. Ca s'achète dans les paumes de mains. Allez, frappe le visage, n'ai pas peur de mon enfance, des restes de fragilité. Je suis un petit garçon, j'ai treize ans, et j'ai déjà connu une femme, une vraie, avec la poitrine lourde et les mains dangereuses, elle disait à mes parents « il est brillant » et depuis je ne veux plus être brillant, je veux être sombre, je veux être la nuit, je veux imiter les instincts des méchants. J'avais treize ans, c'est loin, un sexe de treize ans dans la bouche d'une dame. Qui dit, fait comme ça, ne te recroqueville pas. J'ai mis mon innocence entre deux lèvres. Je ne savais pas. J'étais sage, je n'avais pas encore des images dans les narines. J'avais treize ans, elle m'a dit « ce n'est pas un viol ». N'ai pas peur de brusquer. Offre-moi une force, comme un masque puissant. Offre-moi des marques sur le visage, que tout le monde verrait, que tout le monde craindrait. Je sécrète une lutte dont je ne comprends pas le fonctionnement. Je t'aime. Je demande au voyageur de s'en aller, va-t'en voyageur, dégage, reprends tes valises déformées, tu ne connais pas l'endroit où je veux aller. Tes bras, seule destination. Je fais craquer une pression, sous le soleil, quand j'imagine ta main. Ta main qui. « Tais-toi. » Tu peux bien sauter sous les trains, voyageur, tout en moi est privé. Ma vie est privée. Privée de vie quand je nous tue. Je n'irai pas chercher, le sang, pour lui prouver que je l'aime. Je n'ai pas d'amour évalué. Je n'ai pas d'amour qui leur ressemble. Je n'ai pas d'amour écrit. Je n'écris pas. Je n'écris plus. Mon histoire empeste dans les rues. Je laisse derrière moi, des gouttes, des miettes, des ruines, de mon histoire. J'ai tendance à être fou, à dériver complétement, obsédé, sur un point fixe, jamais tranquille, j'agresse les autres voyageurs, légers, et sûr d'eux. Mon voyageur, commence par trouver que le sol est déséquilibré, et finit par ramper, rapide, sur les rails imbibés de pleurs. Le point fixe. Ses yeux. Le bleu de toutes les couleurs. Le point fixe. C'est. Le point, à fumer. Fumer le bleu. Ca y'est, j'y suis presque. Fumer le pansement de tes yeux. S'enfoncer dans la rue qui abuse d'elle. Tu as une rue pleines de réactions, d'agressions, de peuples, dans les yeux. Et je m'enfonce. Je m'enfonce parce que je te connais et que je ne te vois pas. Je marche, je pleure. Oui, je tombe loin de toi. D'accord, je n'irai plus chercher les aveugles dans leurs sauts en l'air. Je n'irai plus critiquer un public immobile, leur dire, que. Pauvres langues, essoufflées. Ma grossièreté s'échauffe dans le ventre. Elle égorge des mots, que je n'arrive pas à entendre. Je pourrais dire, bande de. Quand le paradis n'est pas très loin. Je ne crois pas en Dieu, et je vais faire pleurer ma mère. Tu sais quand j'y pense, je pense à. Souffle, poitrine, treize ans, langue. Tu sais ce qu'elle fait la langue ? Elle tourne. Elle cherche. Elle caresse. Elle rachète la Vie qu'on a oublié, dans l'indifférence. Je ne suis pas une fille. J'ai la tête qui tourne. Je n'attends pas une parole correcte pour partir. Je suis décousu. Mes fils ne sont pas résistants, je suis traîné par la terre, dans le fond d'un bois qui n'existe pas. Regarde je suis allongé, je suis calme, tu apercevrais à peine les battements de mon coeur sur ma poitrine, j'ai la main droite posée sur le rebord du lit, et l'autre main, moite, sur mon ventre, comme une main morte, j'ai ouvert les fenêtres, je n'ai ni chaud ni froid, je ne suis ni triste ni gai, mes cheveux ne me tombent pas sur le front, je les ai mis en arrière, j'ai les jambes à demi écartées, dans une position que je n'ai pas calculée, j'ai les yeux ouverts, je ne regarde pas le plafond, mais je regarde dans sa direction, ça n'est pas le plafond que je vois, pourtant. Je ne vois rien. Je suis calme. et puis, au bout d'un moment, tu t'approches de moi, et moi je reste immobile. Tu me demandes pourquoi je pleure. Je n'avais même pas remarqué que je pleurais, je ne l'avais même pas senti. Je te dis des choses à l'intérieur, sans te les dire, silence. A l'intérieur, ma salive s'échauffe. Je te raconte tout. Le voyageur que j'étais en train d'imaginer, les sentiments qu'on peut placer, tu sais, les sentiments qu'on contrôle, je les plaçais, dans une pièce qui aurait été comme, la pièce intime, la pièce dans la tête, à l'intérieur j'use mes paroles à te raconter, j'imaginais ta bouche sur moi, le soleil qui tape trop fort, à travers les murs, dans cette chambre, les muscles qui ne répondent plus, j'imaginais un talon qui me fracasserait la mâchoire, m'empêcherait de parler, de raconter, des rails, des traces de lumières dans mes souvenirs, j'imaginais, fantôme, une ombre, une ombre, qui ne ressemble à aucune autre, et j'imaginais la maladie, d'un homme qui porte une valise, j'imaginais un coeur tremblant, gonflé de sang, dans la valise, la maladie, avec l'idée fixe, de la peinture bleu qui me piquerait l'oeil, j'imaginais, crever la goutte de couleur pour y déverser la mer sur moi, la mer pour cacher que là. Là je pleure. J'imaginais, le mot "Normalement", qui tanguait dans mes bosses. Normalement, je n'ai aucune raison de pleurer là. J'imagine que tu l'aimes et qu'il n'était pas là, c'est tellement bête, tellement, j'aimerais que tu ries de moi – et sûrement le fais tu quand tu viens lire ic, que tu me dises que je suis un petit sot, que j'imagine n'importe quoi, que je devrais dormir, ou danser, que la folie, ma chérie, la folie. Dis-moi que ça n'existe pas. Dis-le. Dis-moi que la folie de ne pas être entendu ça n'aveugle personne, que d'aimer ça ne fait de mal à personne, que chaque matin, tout est normal. Dis-le, normal. Tout est normal. Que l'histoire est normale. Qu'il n'y a pas de cliniques où l'on soigne les obsessions. Que c'est ridicule d'imaginer tout ça parce que. Parce que tu l'aimes et qu'il est là. Pourquoi je l'imagine. Normalement il est là. Dis-moi que normalement, toi tu restes. Que tu es derrière la porte, que tu entends ce que j'imagine à l'intérieur, que tu vas entrer, là, en souriant, et que tu vas me dire que tout est normal. « Normal Najib ou Jonathan, ou personne ne sait, arrête d'imaginer que je ne suis pas là, puisque je suis là. Touche-moi, je suis là. Arrête de pleurer, arrête d'imaginer que tu crèves mon oeil, puisque je te regarde. » dis-moi que tu vas rentrer, que normalement, puisque je t'aime, tu es là.
« Pourquoi tu pleures ?. » Parce que je ne suis pas dans ma vie quand tu n'es pas là.

3 mars 2011

Toute ma vie je te la tends.

 

Je n'ose pas. J'hésite. Là, ça touche. Je pourrais le dire. Je pourrais le dire. Dire que là, c'est l'obsession. Je suis dans le point de mire. J'ai la flèche qui éjacule son poison dans les veines. Là, maintenant, à ce point précis, le corps danse sur la terre inconnue de l'écriture. Celle qui obsédée, tourne. Tourne. Le sujet du monde. Je me répète. Le sujet du monde. Là, à ce moment précis. Je pourrais le dire. Je te le dis. C'est comme la nuit dernière, quand tu as craqué tes mots, dans le noir. C'est comme cette sensation, qui supprime la lumière, le corps se craque, sans bruits, le corps cède. Le visage en plastique, je deviens nouveau. Et toute ma vie, j'essaierai de poser les mots, sur cet amour, qui prend les yeux pour les laisser baignant de ciels ouverts. Toute ma vie. M, je te le dis. Tu ne comprends pas. C'est comme te mordre l'ombre blanche de ta lèvre inférieure. Jusqu'à la faire saigner. C'est ce mouvement que tu as eu pour me faire reculer. C'est ce silence de la honte. C'est ce sang qui coule, sucré et amoureux. C'est ta gifle à toute volée ensuite. C'est moi, qui te retient violemment par le bras, c'est la vulgarité de ma grimace. Çà ressemble à ça. Là maintenant. C'est cette brûlure sur la chair fine des lèvres qui gonflent sous les dents qui mordent, et serrent, serrent. Toute ma vie, à décrire ce moment là. Je te le dis M, c'est comme cette enfance qui met la main sur moi, c'est comme cette violence, et cette douche que tu prends ensuite pour te laver, c'est cette lutte contre le désir, et cet évanouissement du nœud qui bave. C'est l'émotion allumée. Toute ma vie, vraiment. Toute ma vie.

3 mars 2011

sublime : syncrétisme de l'ignoble et du beau.

 

 Ce qu'il faudrait dans les manuels, c'est l'explication du désespoir et de la douleur. La douleur ne peut rien sur moi, je veux dire rien de façon définitive, elle ne peut pas altérer ce qui est déjà brisé, elle ne peut pas brûler celui qui n'a jamais guéri de la fièvre. La douleur ne peut pas m'atteindre, jamais. Il faudrait, des lions qui ont mal dans leur savane prête à fondre comme les vieillards qui posent leurs bouches ridées sur les deux seins de la mort. Moi, je connais une dame qui habite au dessus de nos têtes, et qui n'a peur de rien. A midi, il y a un processus de libération enclenchée. A l'heure où le soleil trempe sa queue dans nos verres d'eau. Ce qu'il faut boire, ce ne sont pas les paroles. Quand le miroir sort de la fragilité, regarde-toi, qu'est-ce que tu bois, il dit qu'il t'aime, il c'est moi timide, l'émotion rouge, gonflée de sang, qui t'arrache les dents, à midi. A minuit, tu m'arraches les cheveux. Les gencives se défilent. Il y a des reflets, obsédés par la douleur qui ne m'atteint pas. Derrière la vitre. Je t'aime. Tu sens l'herbe te pousser entre tes omoplates, les fleurs qui plantent leurs racines dans ton dos. Quand il dit je t'aime, c'est moi, des mots comme ça, des mots qu'il te faut boire, tu te souviens que dans les manuels d'histoire, il était écrit, que la douleur était désespérée. Inventée le 4 juillet 1765. La douleur est vieillie, la douleur va mourir. Et ça, tu t'en souviens, quand je dis je t'aime. La douleur traîne dans un lit d'hôpital où les infirmières passent, pressées. Nous on s'en fout. Tu te penches pour le paysage, pour que le tronc de l'arbre grandisse sur ta bosse. Sur la poitrine que la main attrape. Les amoureux ont des horizons plein le dos. Les vérités c'est moi La liberté c'est de refuser de boire les paroles des autres.A midi, la queue se fend, le soleil se noie.
Dans les bouches, on a éteint les lumières, l'obscurité, cherche à te perdre. Elle ne t'aura pas. N'avale pas les raisonnements séculaires. Des raisonnements littéraires, raisonnables, scientifiques, pré-pubères. Des raisonnements qui pourrissent sur une étagère en verre, des syllogismes de juriste. Si A est Riche, que B l'est moins, alors A est innocent. Il y a plein d'adolescence dans la révolte, parce qu'il y a plein de cette pureté désespérée qu'on y trouve. A onze je refusais déjà d'obéir, je ne faisais pas mes devoirs, je jouais du violon, et je l'avais appelé « Vlad » parce qu'il me suçait tout le sang. Je jouais du violon, et les voisins n'en pouvaient plus ils disaient « toutes les nuits quelqu'un meurt dans un cri chez vous » et je faisais gémir le violon, je lui arrachais les derniers sanglots, tant que le coude allait encore. J'ai lu, je suis passé, à douze ans dans la taïga, j'ai visité les pays de légende, à treize contre les seins du crime, contre les seins de cette douce violeuse, de Marguerite ma douleur, je découvrais l'enfer. Cherche à pâlir. N'ai pas peur de pâlir, à te confondre avec la fondue de la lune. Ne ressemble pas aux autres, ils ont des visages d'incestes. Il n'y a aucune parole qui mérite d'être bue, mais celles-là, Celles qui disent, je t'aime je te les renverse dans la bouche : un coup de pied dans leurs étagères qui puent le professeur. Ne protège pas le verre comme ça, laisse-moi le casser. Casser les espérances misérables, confortables des autres, des quelconques, ceux-là qui ont des projets, ce sont des astronomes du vide, leurs météores sont des billes de poussières. La peau, on peut la couper, l'argent, on peut le voler. Rien ne tient en place. Ne sois jamais tranquille. Nous sommes le torrent Dans leurs étagères, des limaces pleines de sang qui se recroquevillent dans les coins. C'est la réussite qui s'obstine. Anéantir, rater. La victoire leur pend au nez. La Victoire, ça n'existe pas. Il faut pouvoir casser le mur, faire saigner la plaie, mettre les doigts dans la prise, rompre les fils de la peur au ciseaux, il faudrait pouvoir se prendre, et redescendre avec toute l'eau du monde dans notre ciel. Avoir toute l'eau du monde à déverser sur la terre. Le vrai lecteur c'est celui qui ouvre la fenêtre, se penche, et saute en éclatant de rire. Le vrai auteur c'est celui qui va le ramasser ensuite. Ca n'est pas une réparation, c'est une destruction, des choses plates, des univers fades, des cours d'ennui. Affronte tes peurs avec tes crocs, avec tes doigts, ne les bloque pas avec tes amygdales blessées, tes poumons peureux. Prends. Avale toutes les peurs du monde. Le ventre est un sac d'émotions, perce-le. La vie dans notre amour, l'ennui dans mes études, le feu dans ta bouche. Tu me dis « Rampe dans les classes où les autres restent sagement assis ». Je brûle leur poèmes prétentieux et lourds comme la pierre boutonneuse. Toi, tords-leur le bras, quand ils veulent regarder l'heure. Nous, si calmes que toutes les guerres du monde se taisent. J'aime t'imaginer ne pas faire attention de l'endroit tu marches quand les autres mettent du temps à traverser le pont. Mais tu es trop sage. Ton bonheur est sage. Bien élevé. Il n'a pas de voix. Si je trouvais le philtre, je le renverserai comme un oisif, si je pouvais être heureux je le dépenserai d'un coup, j'en payerai à tous les malheureux jusqu'à l'épuiser, et quand il sera bien maigre, je le ferai boire dans mes yeux noirs, dans mon visage laid tout le malheur, ça lui fera des muscles de crime. Renverse la jeunesse dans les quartiers froids. Je détourne la tête quand les autres surveillent leurs vies. Je vomis dans leurs mains, quand l'odeur de savon règne sous leurs ongles, dis-leur de se taire avec leurs conseils grossiers, tu me dis « descends de ton siège, descends de ton estime, descends de tout. Retire ta veste et jette là au vent, dis au monde qu'on pas le temps, qu'il faut vivre ». La dame qui habite au dessus de nos têtes, à midi, renverse ses pleurs sur nos épaules qui s'attachent...

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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