Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
boudi's blog
Publicité
boudi's blog
Archives
Newsletter
1 abonnés
17 octobre 2023

A tout le monde l'asile

Chapitre asile 

Les crises d’angoisse, Sélim ne les connaissait plus depuis longtemps, depuis la thérapie qui se déroulaient dans d’autres locaux. Avant, pour lui, tout le soin psychique se déroulait dans le même immeuble, sur deux étages. Au troisième, la psychologue et la psychiatre. Au quatrième, l’hôpital de jour, la TCC, le lobby de l’hôpital de jour, sorte de point de départ des activités fournies du soin ambulatoire, puis le réfectoire où lui et ses compatriotes de folie et de perversion se trouvaient nourris. 

 

Aujourd’hui, il ne se rend plus jamais à l’hôpital de jour, Sââna ne l’admettait pas, inquiète pour sa santé à lui, ne mesurant pas ce que c’était, aussi, cette forme d’alitement dans une structure psycho-sociale. Il a rendez-vous ce matin avec le psychiatre et la psychologue, à 10h30, il doit prendre le métro, tôt, l’habitude du réveil perdu mais là, l’urgence le saisit, le médecin — Sélim ne pensait pas user de ce droit — lui signalait, après chaque rendez-vous de ne pas hésiter à appeler.

 

La crise d’angoisse violente de la veille, la colère éruptive maintenant qu’il sait, que certains mots, certaines assignations, certaines exclusions, il ne les méritait pas, ça a fait comme un contre-choc et la réplique des tremblements de terre impressionne autant que les premières secousses.

 

Devant le bâtiment du CMP, il trouve deux ouvriers en train de fumer leur cigarette, Sélim se dit qu’il pourra peut-être entrer dans le bâtiment sans les gesticulations d’usage, taper les chiffres 002 — il a mis du temps à comprendre avant — puis presser le pictogramme cloche avant que la secrétaire n’ouvre la porte. Raté, la porte est close. Il compose les trois chiffres puis presse le bouton d’appel. En vain. Le bouton fonctionne mal et le panneau d’affichage le renvoie à l’écran initial. Sélim recommence, enfonce plus fort toutes les touches — y compris les 0 0 2 fonctionnels. Enfin. Il appelle l’ascenseur après avoir parcouru le hall. L’ascenseur ressemble à celui d’un film d’horreur, des bâches jaunes le recouvre comme si un tueur préparait ici son crime et, par ces protections, éviteraient de répandre le sang et donc les preuves. Sélim ne trouve pas les touches pour employer l’ascenseur. Il ne peut pas utiliser l’escalier à cause de la porte verrouillée par un badge. Il déchire une partie de la bâche. Il trouve finalement, sous l’opaque transparence du plastique jaune, les commandes de l’ascenseur. Le psychiatre, comme toujours, aura du retard.

 

on te croit

c’est marrant, ça, parce qu’il ne pense pas sa situation identique — à peine ressemblante — à toutes celles semblables qui croient du besoin aussi d’être crues. Moins que cru : entendu. Pas. Ecouté. Le drame, depuis un moment déjà, il provient du silence imposé, de la part injuste de ce silence imposé. Maintenant, il faut traiter. Progresser. Parler. A Sélim on reprochait, par tous les côtés, d’exprimer publiquement ce qu’il traversait, de déblatérer de haine et de bave. Expression conditionnée par le silence imposé. Chacun parle d’où il peut et sans interlocuteur alors demeure la tribune. 

 

Le médecin emploie le mot dissociation est-ce qu’on peut dire enfin. Il explique que si certains gestes redondants provoque l’amnésie décrite il s’agit de dissociation. Le mot déplaît à Sélim, il lui paraît trop grand. Mais ce n’est pas un mot, c’est un diagnostic, un commentaire clinique d’une situation rapportée. Alors, il marche. Pourquoi, au contact d’une certaine partie du corps — les longs poils du pubis par exemple — une décharge le traverse, le déréalise, l’éloigne de la situation. Il vit ces instants à distance, comme si un autre les effectuait, comme dans un souvenir, dans un malaise.

 

Le médecin permet de franchir un pas, de, enfin, provoquer en lui une action. Il lui parle, à l’évocation terrifiée des cauchemars, du Cataprecan, qui sert, en ces cas, à les abolir. Le médecin l’exprime contourné, gêné. Le remède semble violent. Il appartient à la classe des alpha-bloquants, le médecin donne aussi d’autres caractéristiques du médicament, Sélim bloque sur alpha-bloquants, parce qu’il connaissait, par usage répété, les bêtas-bloquants — et il paraît logique que, bêta n’existe que parce qu’alpha le précède. Alpha, ça sonne effroyable, une paralysie centrale, plus en amont que celle provoquée par les bêta ralentisseur du système para-sympathique, alpha comme s’ils atteignaient l’âme ou son siège moderne, le cerveau, les fonctions les plus nécessaires à ce qu’un être humain se distingue de ses homologues primates.

 

Lorsque Sélim lui déplie sa situation, ce qu’il qualifiera, le médecin, de dissociation, le médecin lui reproche, malgré tout, l’envoi du message, dans sa situation — juridique et psychique — il eût mieux fallu choisir, pour l’instant, un traitement différent du problème. Le médecin vise juste, ici, Sélim souffre, de ce que le médecin nomme, des obsesssions et ces obsessions se doublent de compulsions. D’abord il y a l’obsession, le besoin de voir fait droit à ce qu’il estime mériter — ici le dialogue, pas la reconnaissance — et que cette obsession aboutit — il l’exprimait déjà à Sââna ce qui explique pour partie son silence, il le sait — à de mauvaises décisions, à de mauvaises formes. Le médecin, d’autres le lui dirent, lui rappelle que la raison, ici, n’a pas prise, n’aura, chez ces gens là plus jamais prise. Pourtant on te croit, s’il déplie calmement, objectivement, biffant les noms, dépassionnant le débat, les faits, personne ne peut lui dénier le droit à une explication et, éventuellement, à des excuses. Sa question est-ce que tu te rendais compte et sinon comment as-tu pu pour ne pas te rendre compte ?

 

La psychologue qui le suivît, pour la TCC, auparavant, n’exerçait que dans le cadre des soins ambulatoires qu’il recevait et qu’il a quitté. Le médecin lui indique — c’est comme si devant l’abîme toujours une main le tirait du néant de justesse il aimerait que la main n’attende pas si longtemps — qu’il va proposer des heures à la thérapeute au sein du CMP. 

 

Ce qui intéresse Sélim, dans l’affaire, maintenant qu’il sait, comme depuis le début de cette année maudite, que toute justice lui est désormais close — il réclamera son dû — c’est de s’apercevoir combien les causes sociales et environnementales se superposent et s’enchaînent. Sélim, peut-être, n’aurait pas (re)vécu ces actes avec autant de gravité placé dans un contexte social changé, que, parce qu’il dût se concentrer sur les violences sexuelles, sur l’omniprésence de celles-ci, sur, même, lui surtout, accusé de telles choses, les choses réémergèrent, le sens se réactualise, le récit se recompose. Il y a d’abord eu les cauchemars, le bassin écrasé. De l’autre. Il y a longtemps. 

Plus tard, surtout, il se rend compte qu’il suit un processus analogue à celui de Sââna, il réécrit une histoire, sans mentir ni truquer, en pondérant autrement les éléments passés. La décharge contemporaine n’en est pas moins vraie, notre passé porte toute sa vérité dans nos réactions présentes — elles demeurent mobiles. Sââna, par exemple, savait depuis le début, dans toute son extension, ce que Sélim avait fait. Aucune nouvelle information ne la frappa pourtant son opinion changea, elle réécrivit qui il était. Plus encore, plus avant, elle considéra, Sââna, que le contexte excusait que les promesses cessent. En réalité, l’intérêt, la seule chose importante. Pourquoi ? Parce que l’important pour Sââna aujourd’hui, au-delà de se perpétuer, c’est de ne pas reconnaître, de trouver, absolument toutes les diversions possibles, extérieures à elle — concentrée en Sélim — qui rendraient nul son récit. Elle y parvient, Sââna, accompagnée de mouche à merde, traiter l’autre de fou ou de pervers ne change rien, en réalité, à la réalité des faits. Leur nature, elle, de ces faits, se conçoit après, à deux, la qualification n’appartient à personne en propre. On y peut déceler, au mieux, des indices. Pas davantage.

Le pire des déments, la plus grande des ordures, une sainte peut le blesser. Sââna se protège, parce que si elle devait faire droit à la possibilité du récit de Sélim, alors son système de valeurs ne tiendrait plus, du moins, son inscription dans ce système, alors elle doit trouver une autre raison, un motif sordide et pernicieux, pervers ou fou. Selon, elle, il faut croire, se reconnaître, moins qu’une faute même, une responsabilité, reviendrait à la nier. Il se souvient, maintenant, quand Sélim subissait des hordes, des hordes réelles d’harcèlement, des incitations au suicide elle se déclarait, auprès des autres, une victime, parce que Sélim exigeait que la promesse soit tenue. Mais, comme elle lui expliquait le contexte avait changé et avec lui les devoirs associés. Le contexte a changé. Encore une fois. Cette fois-ci à son détriment.

 

En réalité, conserver sa place dans ce système lui était possible — l’est encore — il eût suffi d’admettre la possibilité du récit de Sélim. Là. Maintenant. Devant l’explosion de douleur qui domine tout. Pas après, pas comme V. le préconisait, en faisant de l’hypnose. Sélim réclame parce qu’il croit en l’honnêteté de Sââna, qu’elle adhère, vraiment et absolument à ce qu’elle prône, ne s’excluant pas, déglutissant, péniblement peut-être, devant ce qu’elle, aussi, joua dans la partie un rôle qu’elle voulut toute sa vie s’éviter. Ce qui épate Sélim là-dedans c’est combien, Sââna rendit l’ensemble grave, collectif, violent, en mobilisant ses amis, sa tentative de briser, en amont le miroir et demander aux autres de décrire les images véhiculées par lui. Alors, Sélim, aussi, demanda aux amis « suis-je fou, ne vous ai-je fait des déclarations comme quoi je me forçais ? ». Il n’est pas fou, pas, du moins, de cette folie là. Il n’a pas demandé s’il n’était pas, comme mouche à merde l’a déjà décrété, pervers. Son refus, comme tout déni, raidit les positions, c’est que, se dit Sélim, si elle nie à ce point, si elle cherche, absolument à éviter, ce n’est pas tant par peur (parce que cette peur ne suffit pas lorsqu’elle la rapporte à ses valeurs déclarées) ou alors, plus justement, parce que la peur en question revient à se voir comme elle ne voudrait pas se voir. Pourtant, les faits, indubitables, se présentent à nous. Des années. Est-ce possible pendant des années d’ignorer ? Si oui comment ? Et il eût suffit de répondre à ces questions pour tout aplanir. Sââna, comme trop souvent les gens désormais, n’imaginent pas combien Sélim accepte de les croire. 

 

S’il continue de remonter le fil du récit, dans la crise récente, Sââna pensait ceindre Sélim d’un privilège en l’excusant, comme en droit pénal est irresponsable le fou, à cause de sa démence tandis que, se faisant, elle lui ôtait toute agentivité, ses actes, entièrement, prenaient la couleur de la folie, de l’hystérie, il agissait en possédé. A ces qualités, aujourd’hui, s’ajoute, mais c’est de la même logique, la perversion. 

 

Il s’aperçoit de ça, qu’aujourd’hui, il vit ça avec tellement de douleurs parce que les actes portent en eux ce degré de gravité que, surtout, ce qui leur donne sur la psyché cette action, c’est leur qualification sociale actuelle. Tant qu’il vivait avec Sââna il pouvait les diluer dans le noeud complexe de tous les rapports les unissant. Après la rupture, dans les conditions horribles de la rupture, la complexité s’estompait, laissant place à des faits, plus bruts, plus clairs. Dans l’embrouillamis nodal les faits, les actes, sont une masse compacte, indiscernables, fonctionnant comme une totalité. Une fois défait les noeuds deviennent des lignes autonomes, indépendantes, et certaines de ces lignes, supportables dans le tout deviennent, surtout sous cette lumière sociale nouvelle, ignobles, douloureuses. Ou, du moins, le semblent. Ce qu’il demandait Sélim, à Sââna, c’est, tu avais remarqué, ça, ces fils là ?  

 

Heureusement il a parlé, avant, Sélim, à ses amis, il peut brandir, au moins pour lui-même, pour sa propre raison, ces paroles rapportées, fermes, indiscutables. Sélim sait que, autrement, sa parole jamais ne comptera. Sélim s’arme, le diagnostic, dissocié, à partir de quoi, en plus du mot de Sarah, il avance, il raye. 

 

le pervers celui qui dit pervers se dit « j’aurais mieux fait de le laisser crever ». Sélim est presque d’accord puis il entend le film d’horreur espagnol qu’elle regarde près de lui, il est heureux de vivre. Il avance. Il avancera. 

Publicité
12 octobre 2023

S'exciper

Lorsque je rencontre de nouvelles personnes J. pense que je veux coucher avec elles. Parce que, depuis plusieurs années désormais, je ne supporte, exceptés les vieux amis, que les femmes. Détestant, maintenant, les façons viriles d’exister, ces histoires de coudes et d’épaules, tout ça me lasse ou me répugne. Souvent répété, de ceci moi nullement excepté. 

 

Drôle d’allure, il dit, Finkie quand J. lui montre les photographies de notre voyage en Sicile. Drôle d’allure, dit-il, J. l’imite, avec l’accent chevrotant de son âge, quand il voit en photo mes costumes colorés. Un air que j’imagine de surprise sans courroux et, J. me détrompera - je ne lui demande pas, allongée dans le lit, à cause de son jour douloureux des règles, regardant un film - une certaine forme d’assentiment étonné. Drôle d’allure, suspension, aussi-déjà, d’un jugement, une affirmation de forme interrogative, miscibles, ici, les … et le ?

 

J. parle de sa voix tranchante comme un rasoir - qu’à son goût ne rencontre pas assez souvent ma barbe - lorsqu’elle prononce cette phrase. J. croit, à raison, en son instinct et je me demande, alors, pourquoi ici elle fait erreur comme, à d’autres moments, quelles régularités dois-je identifier pour comprendre le point nodal de son instinct. Y réfléchissant la nuit, hier 

 

tu boudes me demande J. ? tu es fâché Miaouss ? Désolé Miaouss — sa contrition plus faite d’indifférence quant à ce désir qu’elle me suppose qu’à une remise de son jugement

 

je découvre. J. excelle pour déterminer des situations advenues ou, éventuellement, en train d’advenir, ce qu’on dit du flair or ne se sentent que les odeurs réalisées, que les parfums déposés. J. se trompe rarement quand elle décèle un mensonge, une pratique révolue, elle se trompe, cependant, accordant trop d’assurance à son acuité, lorsqu’elle croit découvrir un lien entre un discours et un acte. Pourquoi ? Parce que, très souvent, sûrement, certaines prémisses produisent des faits similaires. Ici, J. pèche, parce que - rare faille de sa fine psychée - elle projette sa psychologie dans le discours de l’autre - ou le sens habituel qu’elle observe - si moi je disais ça alors ça signifierait ceci ou version amoindrie lorsque les gens disent ça (elle ajoute je les connais - à raison) ça signifie ceci. J’échappe, depuis toujours, à ces catégorisations, mon discours traduit ma pensée, bien entendu, mes récits correspondent, jusqu’à un certain point, à une réalité banale, mais ma psychologie, comme mes notions de bien/mal, ne se confondent pas, loin s’en faut, d’avec celles ordinaires. Ce que me dit J., alors, me pénètre, puisque, si elle pense ça alors je dois faire attention aux signes attentif aux signes pour faire attention à elle, danger permanent des homonymes doublé de ma graphie maladroite. J., fait partie des rares personnes, à dépasser ma curiosité, qui, avant même, hors de ce qu’on dirait amour ou désir, maintient à son endroit mon plus grand intérêt, une excitation permanente, joie, évidente, surtout, surprise. 

 

Ecrivant, alors, depuis tout à l’heure, je l’admire, dans le lit, le pyjama la belle et le clochard (me montre-t-elle en permanence un miroir ainsi parée pour la nuit ?) sur le corps, la forme sinueuse de son corps, ses membres opérant de brefs virages à chaque endroit articulé, les images clignotantes de l’écran sur son visage, réfléchi dans le verre de ses lunettes (que je n’aime pas, les grandes lunettes Dior, rayées, qu’elles portent si bien pourtant). 

 

 

7 septembre 2023

Lucky Strike

texte commencé hier :

Sur le présentoir de la librairie La Régulière, rue Myrrha, sorte d’avant-poste des transformations bourgeoises de Barbès/Château-Rouge/Goutte d’or (Mehdi parlait de Bobonobos pour qualifier, lorsqu’il vivait parmi elle, la population d’ici, affreuse, rétrospectivement, cette dénomination), un livre Le  Kumquat et dix façons de le préparer. Cette nuit de peu de sommeil et de beaucoup de sport, suivant une nuit de peu de sommeil et d’un peu d’activité sportive, exalte mon imagination, je n’entends pas encore, contrairement à Virginia Woolf (Virginia Woolf n’est rien à côté de toi dit Jeanne, dans le jardin de la rue de Linné, ton ironique et sévère à la fois) les oiseaux chanter en grec, je sens, à la place, le goût du Kumquat que, d’abord, à cause du dessin de la couverture (entraperçu), je confonds avec un litchi, je sens en premier, la peau granuleuse du litchi, l’écorce, ouverte, dégage l’odeur fraiche du fruit, la texture lisse et humide du fruit, puis, je me souviens du vrai (je m’approche du vrai) Kumquat, la couleur orangée du Kumquat tire vers le jaune (ou l’inverse), l’air perdu (un indien dans la ville) du Kumquat ici, en France, au milieu des baies minuscules de toutes les ronces (ronciers) et les mirabelles (souvenir des mirabelles que Marie-Anaïs achetait chez le primeur de la rue des Martyrs, 15 euros le kilo goût sublime et prix exorbitant, plus tard, elle ramenait, fière, des mirabelles du bas de la rue des Martyrs, 50% moins chères, heureuses d’avance de la bonne affaire, mais fades, dures et, donc, mille fois plus onéreuses).

Du Kumquat je ne connais que la primitive façon — toujours la meilleure, comme en amour, éructer vaut mieux que pérorer — de les ingérer comme de petits bonbons (je ne mange plus de bonbons depuis samedi parce que j’ai trop déconné) discrets et sains — mon application de comptage de calories ne connaît pas le Kumquat, je demande à Google, 55 calories les 100 grammes (équivalent de 3 fraises tagada ou 15 grammes de fraises tagada). Le goût du Kumquat, le fruit, texture d’abricot, peu juteux, le goût du café (le troisième de la journée) interfère avec les sensations — je continue le texte une heure et demie après — la grande fatigue et ses sensations aberrantes se dissipent, le goût imaginaire du fruit s’efface derrière celui réel du café (ajout du lendemain : très bon, d’ailleurs là-bas, café Lomi ouf, échappant à l’immonde café richard qui vend sa camelote partout dans Paris, café Lomi, aussi, souvenir, 2012, Marie-Anaïs à Paris, nous cherchons les bons cafés parce que nous nous découvrons, alors, une passion du café)

 

hallucination sensorielle mais

absence du chant grec des mésanges je ne sais si due à mon insensibilité aux roucoulements des oiseaux d’aujourd’hui, surdité si partagée ou à ce que les oiseaux, folie ou pas de l’humain, eux, aussi oublient le grec et le latin. Ou alors, moineaux seuls capables d’antiquiser et, eux, dans les grandes villes éteints presque tout à fait, souvenir, ému, de l’enfance, lorsque, ne comprenant pas le grec alors, je pensais, à cause de leur communauté d’ailes et leur disparité (petit/grand) physique que les moineaux deviendraient pigeons. Les moineaux disparurent.

 

Je n’ai pas mangé depuis 14 heures et quelques comme me l’indique l’application Yaizoo, je dois perdre du poids parvenu que je suis à force d’excès et beuveries, à un IMC de 22,8 (avec graisse viscérale), je pratique le jeûne intermittent malgré les incertitudes quant à son efficacité 

la science réserve son jugement, penche plutôt vers le oui.

Il n’empêche, à l’instar de la biodynamie qui ne sert à rien ou de l’homéopathie para-science, qu’elle produit des effets réels de, seulement, nous faire nous impliquer.

Qui pratique le jeûne intermittent, déjà, en réalité, en réalise — dès sa décision de jeûner — les effets, indépendamment même de tout processus chimico-physiologique liée à (jargon scientifique mobilisé ici par les thuriféraires de cette mode) :  cétose ou autophagie. Il ne s’agit pas ici de décrire par périphrases l’effet placebo. Je parle de causes réelles et objectivables, au-delà de, comme on le décrivait, ce que chaque personne qui pratique le jeûne intermittent structure déjà sa vie autour de la bonne santé, la contrainte temporel que fait peser le jeûne intermittent sur l’absorption de nourriture élimine toutes les ingestions dispersées (grignotages, je déteste le mot, petit, pauvre, il rogne, souris timide, j’entends les petites mains du mot, les petites dents peureuses) qui contribuent à l’obésité. La saveur du vin cultivé en biodynamie récolte les suffrages (spécialistes compris) tandis même que les principes qui commandent à sa production relèvent de la superstition ; danse de la pluie davantage qu’agronomie.

 

blablablabaya 

 
Le vin est bon de ce que les vignerons y consacrent, du fait de leur croyance, un soin attentif, une vigilance qui, par tâtonnements, reproduit les méthodes les plus fiables, les plus éprouvées empiriquement et scientifiquement. Il en va de même pour le intermittent fasting, qu’importe sa réalité scientifique, il fonctionne.

 

(deux femmes entrent dans la librairie, une jeune femme, grande, habillée en cool, style Salomé Saquée, une autre, plus âgée —beaucoup — maquillée — beaucoup— comme les femmes qui se pensent élégantes des mondes pauvres, cheveux crépus, dont on ne sait si la permanente a échoué ou si c’est le lissage, elle parle de son origine tizi-ouzou comme Maman, la Grande Kabylie, elle parle de Matoub Lounès, l’idole des indépendantistes Kabyles, assassiné par le régime algérien, elle dit, la jeune fille, je ne veux pas qu’un gros mec dise aux gens de se mettre en rang … contraire à mes valeurs … je ne veux plus … toutes les deux semblent appartenir à une association de distribution de colis solidaire — les droits dépendent de coupons de couleur remis aux allocataires — dont l’unité de mesure est le carton —, les bénévoles se confondent, aussi, avec les bénéficiaires, la femme kabyle, appartient à cette double catégorie. Au début je pensais j’aime la voix de la jeune fille cette voix à demi fêlée et toute assurée, puis, à la réflexion, j’aime cette voix parce qu’elle me rappelle celle d’Aline sortie de ma vie, injustice de plus de cette cruelle année. La jeune femme insiste, parce que la femme Kabyle parle d’un certain Farid qui assure plusieurs tâches au sein de l’asso. C’est lui sûrement le gros mec qu’elle évoquait, avant, dont l’autorité contrevenait à ses valeurs. Je ne veux pas qu’un homme dise quoi faire à des femmes. Bizarrerie que, ici, l’homme se contente pourtant seulement de transmettre à des individus, hommes ou femmes, des règles d’organisation. Comme si la forme homme dominait et effaçait. Le symbole. La jeune femme parle mal à son aïeule, j’entends qu’elle ne peut s’empêcher de la toiser, malgré elle, d’occuper, de fait, une position de sachante qui se double en une fonction d’enseignante. Voit-elle alors, reprenant sa typologie, ce qu’elle reproduit ici de domination classiste, raciste et âgiste ? Elle ne le peut pas, je veux dire ne le peut pas ici, en actes, le soir, revenu dans son deux-pièces (meublé de récup et de tirages originaux d’artistes queers et autistes achetés sur Instagram, entre deux cagnottes inclusives) elle méditera abstraitement en conscience mais sans cas de conscience, ne jugent jamais que ses pensées, que ses théorèmes sans voir que, avant tout, elle devrait réformer son comportement.

je souffre mal l’écart, toujours renouvelé entre les postures morales et les pratiques réelles, j’aimais chez Marie-Anaïs ou chez Romain, la conformité, réelle, entre le croire-dire-faire — que l’intérêt personnel ne dépasse pas, en aucune circonstance, la règle fixée, sujette, évidemment, à des ajustements — sur le sujet je ne considère pas Marie-Anaïs tout à fait exemplaire — qui peut s’en prévaloir ? mais, disons, que l’amour, peut exciper de certains devoirs — autoproclamés — que la limite, en elle, il faut du temps, me disent les autres, vient d’une sorte de reconnaissance, de sa part, dont, pour lors, je la sais incapable — vivant dans des discours qui avalisent sa croyance. 

 

La jeune femme s’exprime, toujours avec autorité et supériorité, si je devais le lui signifier, je deviendrais, le gros mec qui dit quoi faire aux femmes.
Ennui.

Si je comprends bien les enjeux, lors des distributions, certains bénévoles-bénéficiaires, profitent de leur qualité de bénévoles pour voler. La jeune femme cherche à empêcher ce phénomène. Elle dit, devant le regard médusé de la femme kabyle (parce qu’elle sait), oui, je vois ce qui se passe, ce n’est pas parce que je ne dis rien, que je ne vois pas. La jeune femme, je comprends son agacement veut rétablir l’ordre sans brusquer personne. Elle institue une nouvelle règle : seuls quelques bénéficiaires pourront participer à la distribution des colis, sous prétexte de rationalisation quand, son objectif, réel (rationalisation, aussi, non avouable, source de conflits, vexations, mauvaise foi) est d’assurer la juste répartition de l’aide (la CAF : tous vos droits, seulement vos droits ; ici, très injuste comparaison).

La jeune femme veut préserver l’activité de cette institution. Son énergie va toute entière aux statuts constitutifs de l’association, son légalisme — je suis moins moqueur que je ne parais — constitue en même temps la condition du fonctionnement de l’association (que j’imagine, comme toutes, fragile, sous-financée et pourtant affreusement nécessaire en cette période de misère). Certains, en effet, parce que nécessiteux ou quelque autre raison qui les commande (je crois autant à la common decency qu’à la common indecency), ne se soucient pas des règles ou les ignorent et, de ce fait, brisent le contrat social (il y a tant à dire sur les limites de ce pseudo contrat). Je ne crois pas, d’ailleurs, leur distribution dépendante du statut social, la visibilité, seule les distingue, pas la nature.

souvenirs : Wittgenstein s’exile, après le tractatus, après avoir épuisé la logique — souvenir, moi, les truffes Amsterdam, la vision noire, 5 heures du matin, au terme de la logique, je dis à Yan, ne comprenant plus même comment je pus tant m’amuser quelques heures avant, qu’après la logique, le gouffre, la mort — en Norvège, parmi des pêcheurs et montagnards pour trouver des êtres purs, un langage remis à zéro — y tendant — Wittgenstein découvre un peuple de menteurs et de voleurs.  

 

Le texte se dirige je ne sais où, haché, hier, commencé à la librairie, puis, la chaleur m’en chasse pour retrouver mon appartement, la climatisation, ouf, écrire, désinstaller Heroes of Might&Magic III, retourner chez Jeanne, le métro la ligne 9, le message 21:00 quand arrives-tu moi, dans dix minutes

 

(écrit hier :)

 

j’envie des fumeurs la coupure que la cigarette apporte à leurs journées, coupures multipliées — je ne parle pas de la cigarette écrasée multiple précédant obsession douloureuse parfum néfaste dents jaunes mains parcheminées pas cigarettes tremblantes Craven A de Charlotte élégantes pour le geste pas cigarettes tassées inquiètes fumer comme Jeanne le geste sûr le cendrier plein mais elle c’est de grâce — découpage de la journée, la cigarette, la cigarette assignée à un rôle de séparation-distinction auparavant les cools les élégants les ringards les clodos les anar eux des roulés l’odeur de vanille du paquet souple le coup de langue sûr — la cigarette comme signe selon le visage l’accent la cigarette parle une langue. J’envie de la cigarette ce qu’elle permet au fumeur, dans sa journée, la pause imposée, la dépendance ou le plaisir ou la confusion des deux comme quand le bas-ventre démange — cette nuit rêve érotique — 

 

cendrier mental les idées écrasées une à une inachevées très noires 

 

j’envie le tu as une clope oui non c’est ma dernière désolé le on va se fumer une clope porte ouverte clac fumée dehors attends je m’en grille une tu peux m’acheter un paquet de Rothman Bleu s’il te plaît tu peux aller au bar acheter des clopes ils prennent que les espèces tac je dois fumer désolé pour mettre fin à une conversation je t’accompagne ah le merde silencieux quand même la clope fumée vite haha hihi au secours langage comme les Sioux de collines en collines communiquaient

 

je voudrais fumer demander du feu aha au café tu en as la blague etc etc

etc

 

 cigarettes qui passent du blond au noir comme si vendue la cigarette or, d’abord, puis devenue, charbon comme les mages voleurs transmutent un instant seulement — pierre philosophale des escrocs, vérité maquillée — Lucky Strike longtemps la publicité vantait le doré, presque du blé, presque l’aliment primordial de l’humain si, l’être humain, lui fonde son alimentation sur le blé, le gentilhomme (d’abord, l’homme, masculin, puis extension du marché, la femme, le porte-cigarette, yeux fardés, Mina-Linda), l’homme de qualité, lui, l’être civilisé, disons, se choisit autre blé, autre pain, son levain le tabac. 

 

 

 

4 septembre 2023

Jours étranges

Depuis des années, maintenant, à cause de mon addiction aux écrans, je ne regarde presque plus jamais de séries. Aujourd’hui, avec Jeanne, le soir, avant de dormir, dans l’état deux fois antérieur au sommeil, nous regardons Stranger Things. Série originale Netflix comme l’écran précédant l’épisode l’annonce. Je me demande, alors, s’il existe, entre ces différentes séries, une cohérence esthétique, un lien qui les unirait, déterminé par des producteurs en vue — évidemment — du plus grand profit pécuniaire. Ceci, en soi, n’exclut pas la qualité, l’âge d’or d’Hollywood comptait, outre tous ceux que nous oublions, les grands, King Vidor, Capra, Cukor et la liste n’en finirait pas.

j’entends, dans le même temps, Jeanne au téléphone, organisant sa semaine de travail en même temps qu’elle mélange — je veux dire touille — dans la poêle les poireaux qui, si elle n’y prête garde, brûlent vite, elle verse — je le suppose à cause du son — de la sauce soja dans l’une des poêles — dans l’autre cuisent des champignons. Je vis presque chez Jeanne ces dernières semaines sans pouvoir me rappeler la dernière nuit où nous dormîmes séparés sans que, pourtant, je ne ressente quant à ça, le moindre poids, la moindre entrave. Jeanne « qui a son caractère » comme l’on — Jeanne déteste l’emploi de ce on — dit des gens assurés — le disant avec un brin de malice — fait absolument tout chez elle et, si elle délègue peu, ne reproche jamais — ni explicitement ni, ce serait pire, implicitement — l’inaction. Je suis ici plein de gestes suspendus, disséminés dans l’appartement qui, le jour qu’il plaira, petits boutons, s’ouvriront parfums divers et peut-être quelques orties brûlantes.


Je ne me renseigne pas quant à la direction artistique de Stranger Things, souvent, en matière de séries, à l’envers du cinéma (d’auteur au moins) l’ordre d’importance va du producteur au(x) scénariste(s) puis au réalisateur. Le producteur, après un brainstorming, soumet une idée qu’il demande aux scénaristes de transcrire en histoire et le réalisateur en assure l’exécution en images — ceux-là choisis surtout pour leur capacité à respecter (se soumettre?) à un cahier des charges (ce qui n’obère pas une future carrière, seuls, purs, les artistes : héritiers, clochards et quelques un de ceux qui, escrocs, par la pipe ou l’opium sidéraient de riches — et cléments — mécènes).

Nous nous étonnons, alors, de voir que presque tous les épisodes de Stranger Things soient réalisés par le même réalisateur, étonnement prolongé de ce qu’il s’agit, même, de deux réalisateurs, deux frères : Duffer Brothers. La réalisation de toutes les séries varie d’un épisode à l’autre.

 

parce que j’oubliais leur nom, je tapais sur google « brother stranger things » et, au-delà de ce nom, j’apprends, à mon grand regret qu’ils créèrent la série— non que le contenu de l’information me déplaise mais que j’acquiers une connaissance qui maintenant détourne la direction de mon texte, supprime les hypothèses mentalement formées, la vérité, aussi, comme toutes les définitions, moins qu’une naissance est un meurtre — celui qui fait émerger la vérité — comme aiment à dire les juristes — condamne l’imagination et, sinon dans les palais de justice, mérite a taste of his own medecine.

Les Duffer Brothers réalisent et scénarisent la série leur série.

produisent, peut-être, je ne sais, je ne veux pas moi-même produire encore une vérité et, après avoir établi le barème des sanctions devoir moi-même me placer à quelque niveau du supplice

La série, en effet, possède une esthétique forte, singulière et cette esthétique ne se limite pas, ce serait la chose la plus banale, à la photographie, comme on dit, il ne s’agit pas que d’une identité visuelle. Chez eux l’esthétique concerne la mise en scène qui, mise en scène, s’apparente à une chorégraphie. Je ne juge pas ici la qualité de ce choix, je remarque un parti pris que je décris.

Chorégraphie. 


J’exprimais à Jeanne mon étonnement, de voir que, tout apparaissait, comme l’on dit, téléphoné, c’est à dire attendu et donc privé de toute tension dramatique puisque je peux devancer la scène, elle ne peut m’étonner et donc m’émouvoir. Seulement ce téléphoné se maintient, constant, tout au long des épisodes, il s’agit d’un style qui, alors, relève — d’où chorégraphie c’est à dire découpage spatial et temporel — d’une perfection, d’une exactitude minutieuse.

Tout se déroule sur des temps,où ça doit être comme au théâtre et plus particulièrement au théâtre de boulevard. La série, elle, tragique — ou qui se veut-t-elle — ne joue pas sur le ressort de l’humour, du cabotinage, de la bouffonnerie, leurs temps sont le récit.

…puis, écrivant ceci, immédiatement je me reprends, le personnage du chief, celui qui dirige la police locale, au fil des saisons passe d’une sorte de super héros viril, à un papa niais, aux expressions exagérées et comiques…comme au théâtre, comme pour faire montre de son caractère. Les réalisateurs, ce faisant, ne prennent pas les spectateurs pour des imbéciles incapables de discerner, si plus subtilement montré, cette personnalité. Cette monstration révèle leur choix esthétique, au-delà de ce comptage parfait, l’histoire tient par ses personnages, non, comme chez Racine où ils seraient fonction du récit, mais en tant que moteur et, eux-mêmes récits. J’avais lu, à propos de Games of Thrones, une analyse qui expliquait l’écart - qui alla grandissant - entre la série télévisée et la saga littéraire qui, si elles reprenaient la même histoire, la déployaient pas sur un mode différent et presqu’opposé.

 

J’aime ce soudain, je parle, sans me rendre compte, avec abondance, de la controverse de Vallaloïd avec Jeanne, du néfaste du positivisme et, avant lui, de la philosophie des Lumières, comme, sûrement un homme — quoi que M. eût pu elle aussi vivre le même emportement — nous buvons la tisane et le contraste entre ce liquide chaud et mon excitation m’amuse, j’aime entendre le froissement du journal qu’elle lit, l’article sur Hawaï qu’elle me décrit, le journal qu’elle plie et déplie, déplié elle lisse la page pour aplanir la page, rigide, sinon quand, froissée, la page va à sa guise, je regarde — Jeanne croit toujours que j’exagère Bartok elle dit comme le personnage vil flatteur voletant autour du Raspoutine de Pixar (?) — avec émerveillement ses gestes, ce qui accompagne, aussi, dans cet instant, dans le repos de cet instant, avec la tasse rose fumante encore — je ne peux boire moi aussi chaud qu’elle — les doigts qu’elle passe sur son visage, toutes les pensées, là, qui la traversent, toutes inconnues de moi et, si fantômes denses, ne m’effraient pas, me touchent, si j’ignore leur savoir, savoir que ces pensées là, la maintiennent, me les rendent — elle murmure, c’est ma pensée là, à moi, Bartok — précieuses.

 


je dis cette fois Bartok vraiment

que l’air même qui la soutient

devient adorable de
.

 

J’écris comme ça vient, mes interruptions, reprises, illisibilités, flux de conscience, certes oui, banalité, maintenant, flux d’écriture aussi, entrées brutales d’éléments du réel, s’il survient, ne pas le laisser échapper, Jeanne la robe violette, moi mon amour, le bruit du clavier, les suggestions des mots — jamais choisis, à peine regardés — (soleil et vous était étrange) sur la touchbar. 

 

L’histoire dans la série télévisée, pour des raisons culturelles, c’est à dire de médium — les deux saga et série issues des Etats-Unis d’Amérique — progresse par à-coups et par événements, dramaturgie classique, elle existe de lier ensemble une succession de faits. Ce qui permet une progression fluide, un visible début, milieu, fin, qui, défaut congénital — reproche adressé à la série — fluidité confondue avec précipitation que tout devenant fugace, à peine habitué au drame précédent nous voilà déjà transportés ailleurs, à des centaines de kilomètres or l’émotion, lente à mûrir, réclame son temps au lieu de quoi sa vitesse empêche la mémoire. L’accumulation, sur une trop brève période, d’événements, les aplatis.

La saga quant à elle se concentre sur les interactions entre les personnages, ce sont eux qui animent le récit et, corolaire négatif, aboutissent, aussi, à son enlisement. Ca n’avance pas, ici, la tension dramatique disparaît derrière l’ennui, l’attente de l’évènement, si elle peut être excitante un moment, finit par agacer celui-ci, même, à cause de sa brièveté nous jette déjà dans l’attente prochaine dont nous savons, pour l’avoir souffert, qu’elle durera un quart d’éternité.

Nous ne nageons pas mieux dans le fleuve déchaîné que dans le marécage.

je passe sur instagram, rapidement, les réels de S. m’apparaissent et me désolent toujours autant dans ce que sa survie, je trouve, porte aussi de mort, que, pourtant, cette survie, au-delà de la poésie, l’arrache vraiment à la mort qu’elle aura tout le temps, après, de simplement avoir duré, de s’incarner autrement puisque ses mises en scènes actuelles ne lui offriront aucune carrière.

Les séries télévisées se concentrent sur les événements, leur dramaturgie repose sur des actes qui, en matière de sitcom, genre autrement codifié, s’incarne dans les blagues, punchlines ou qu’importe le mot. Stranger Things échappe à cet ordre de, probablement, ce que les réalisateurs sont en même temps les créateurs de la série qu’ils ont toute autorité pour la mener. La série vit de ses personnages et ses personnages eux, excessifs sans être loufoques — Wes Anderson choisît, quant à lui, le loufoque plutôt que l’outrancier — pour situer. Je pense au chef, sa moustache, l’air de Nietzsche qu’il affiche, d’un Nietzsche qui descendu de sa montagne régit les amours de sa fille adoptive. 

3 septembre 2023

Une histoire d'oeil

Camille, je me souviens, tenait une sorte de journal dans lequel elle retranscrivait les gens de sa journée, elle appelait ce recueil d’instantanés, les gens que je croise, si je me souviens bien.

Je ressentais, toujours, un grand embarras à cette lecture parce que, surtout, les gens devenus objets de ce journal, occupaient des positions sociales disons dégradées :

personnes en situation irrégulière, femme noire revenant de ses ménages, exilés en attente, comme si le regard de cette caméra-sensible ne capturait que les éléments infra de ce spectre humain. De ce que, même, elles menaient en lumière, parce qu’elle les extrayait du silence et de l’invisible, ces fantômes.

Léna, elle, parle, d’espaces liminaux, sans que je ne saisisse exactement ce à quoi ils réfèrent tout en sachant, pourtant, appartenir à ces mondes, ces quarts de ton

 

la première définition google de liminal : 

Qui est au niveau du seuil de perception, qui est tout juste perceptible.

 

En effet, j’y appartiens moi le pourtant spectaculaire, les chemises en soie virevoltantes, la chemise blanche où se mélangent parfums, salives et toutes les impuretés nocturnes. Parce que, socialement, liminal plutôt que lumpen. Dont, lumpen, je lus un jour, sous la plume d’un marxiste italien, une traduction singulière lumpen prolétariat ou prolétariat en haillons. Ce que le liminal, lui, ne comprend pas, de guêtres, de restes. Il est une lumière. 

 

Tous les écrivains se servent dans le réel et du réel. Pourtant, lorsque ce tri, pour écrire, ne s’opère qu’en la faveur (défaveur?) des déjà relégués, je sens, intensément, le pillage. Pillage moins ressenti si ces vies excavées possédaient sur l’avenue de Breteuil d’un Duplex avec vue panoramique et baignoires (trois salles de bains) sur pieds. Quelque chose qui, utilisant, le moins, les infériorisés, réhaussent en splendeur, la si clémente qui les convoque. Je crois que je n’aime pas ce salaire tiré, cette fois, de la surdouleur. Parce qu’à quelles fins ? Parce qu’au fond, oui, vraiment, Camille parle en effet, à cet exilé afghan dans la Gare de Lyon, qui, attend, à la fois de rejoindre l’Angleterre et de manger quelque chose ce soir. Le relater, pourtant ? Ce questionnement moral, évidemment, la frappait, elle choisissait, pourtant, après débats (quels termes ?) de transcrire.

Je dis ceci, longue introduction à ce que moi, souvent, je retins, de ces pauvres hères, jamais rapportés. Si j’évoque, parfois, Marcel qui tend la main, comme il dit, sur la Rue des Martyrs, c’est parce qu’il a construit sur le bout de trottoir qu’il occupe, contre le Crédit Agricole, un monde, des bougies, des sucettes multicolores et des proverbes écrits à la craie, parce que Marcel est un monde sans misère, le symptome, triste, certes, d’une époque qui finit par rendre l’artisan un nécessiteux, mais lui, mange tous les soirs, dort chez lui toutes les nuits. Récemment, parce que c’était le mois d’août, pour la première fois, il m’a demandé un brin de monnaie, parce que dans ce chassé-croisé, comme disent les médias, qui voit les villes vides de ce que départs et retours se croisent et créent dans les villes de grands trous noirs, personne ne lui portait secours. 

 

J’écris ceci parce qu’aujourd’hui, toujours, règle morale, fixe, je parle à tous ceux qui cherchent à parler si je ne peux pas les aider financièrement. Elle impose, cette règle, d’autres règles, inutiles à décrire. J’écris ceci parce qu’aujourd’hui, devant chez J., une odeur nauséabonde, putride, se dégageait du trottoir, une odeur de merde, de misère défoulée, c’était le clochard du coin, anéanti, que je ne voyais pas même, ni assis ni allongé, effondré, plutôt. Que, le voyant, après, je ne pus ni écouter ni regarder, composant à la hâte le code de l’immeuble pour chasser de ma mémoire ce que je voyais, là, qui dépassait les mots, qui dépassait ma règle morale. 

Publicité
9 août 2023

brouillon

Entre tes mains, souvent ça se voit, tu menais toutes les vies, pas, comme voudrait l’expression par le bout du nez, tu les menais, les tiennes, après la nuit passée je passe en revue, ces existences multiples, toutes tes tenues, ton corps, chaque année, changé comme s’il s’adaptait à de nouvelles réalités intérieures, il ne signifie pas le temps qui passe ou quelque imbécilité de cet ordre, il traduit le mouvement intime ce qui se passe non ce qui passe. 

Hier, je te disais, qu’à ton contact, mon intelligence devenait, si je reprends son expression, exponentielle, qu’aussi, très étonnamment, mon langage, si peu ordinaire, se colore d’expressions et de dictons, parce qu’il t’arrive, sans que ce soit la langue des autres, d’employer toi aussi ces formes avec, toujours, ce léger décalage, ces suffixes en -ax qui viennent, si j’ai bien compris, d’Yves Adrien, ton idole de jeunesse qui t’envoya, récemment, une lettre tapée à la machine, l’homme ne possède ni téléphone ni computer. c’est la caillante, c’est un suicide, c’est une tannée, elles t’appartiennent en propre ces expressions, entrent dans le langage des autres, nous les reconnaissons, bientôt, une fois prononcée comme ces espèces figées, héritées d’argots à moitié, pourtant, ces expressions ce sont les tiennes, cristallisées, oui, par toi. Ces expressions, je le découvre écrivant, portent un charme exotique, ce décalage, cette fois, plus géographique - le Sud où tu passais tes premières années et dont l’alcool, comme dans une chambre noire les photographies, en révèle le souvenir par l’accent revenu - que temporel.
Tu me transmets certaines de ces façons, parfois, je m’en indigne parce que me voilà, moi, en partie dépossédé de ma langue, de ma propre vision…adhérer à la tienne, peut-être aussi, c’est enchanter le monde.
Tu me transmets, surtout, une façon, moi aussi, alors, il m’arrive de récupérer ce tour de pensées, cet emploi d’expressions qui me précèdent toutes formées avant moi, sans aucune composition réelle et, chose étonnante, mes expressions diffèrent des tiennes, et, au lieu, elles, d’appartenir à notre présent ou à ta géographie, elles viennent d’il y a longtemps, pas de la littérature mais comme d’un parler populaire disparu, la charrue avant les boeufs, qu’aucune personne de notre milieu n’emploierait, ni ironiquement ni tout court. 

21 juillet 2023

Dix femmes.

La sertraline augmente le degré de réalité des rêves jusqu’à des points, parfois, affreux. Lors de ma sieste de cette après-midi je rêvais, d’abord, d’une conversation WhatsApp de groupe où maman formulait à l’encontre des enfants des reproches et moi, de venir, après cette lecture, la voir pour, contre elle, enrager de lorsque que, au collège, mes notes ne la satisfirent pas, elle me punît en m’ignorant pendant plusieurs mois. Puis, dans le rêve, relisant la conversation, je m’apercevais qu’elle exista à l’initiative de Myriam qui, donc, énonçait les reproches.
Elle nous reprochait à mon frère et moi (ainsi qu’une dénommée Sofia ?) de ne l’avoir soutenu, il y a des années, lorsque, vivant à Toulon (où elle s’installa en effet il y a dix ans), elle nous supplia pour de l’argent ce dont, dans le rêve et dans la réalité, je ne possède aucun souvenir, pire, presque, dans le rêve du moins, tant cela signalerait la légèreté avec laquelle, jadis, je pris son malheur. Elle attendait un virement, à l’époque, qui, de ne lui parvenir, l’empêchait de régler son loyer. Dans la conversation du rêve, elle s’indignait d’avoir du - en vain qui plus est - supplier pour une somme à la fois dérisoire et objet d’un remboursement ultérieur. Le drame vient après, dans la conversation elle nous écrit que, à cause de ça, elle dût loger dans la chambre d’un ami, dans le rêve les mots changeaient tantôt « ami » et « meilleur ami », écrits, ces mots, en italiques, puis, à l’encre bleue sur des plaques en verre. Ca ressemble à un mélange des premières oeuvres de Soulages, quand il couvrait d’encre noire le verre des serres et de Marcel Broodthaers qui écrivait, en se filmant, sous la pluie, l’encre coulait et les mots devenaient illisibles - jamais lisibles. Dans le rêve ma soeur nous rapportait, de l’écrire je souffre tant je crus ceci vrai alors, que, douze jours durant, alors, « l’ami » la viola. Et c’était horrible de se réveiller avec cette sensation, de ne pas même avoir besoin de vérifier l’information, déposée en moi, par la réalité du songe, comme un fait établi, la conversation en constituant l’aveu ayant eu lieu avant. L’affreuse sensation ne se dissipe qu’à peine.

Je rêvais, aussi, d’une conversation avec Marie-Anaïs, nous étions dans la chambre de la plus jeune de mes soeurs, assis sur le lit, je portais des bagues, beaucoup de bagues, elle, elle se tenait en retrait, un foulard de coton autour du cou

 

(dans la nuit de mercredi à jeudi, en courant follement dans les rues de Montmartre avec J., après le dîner, après les cocktails réinventés, je faillis perdre le plus cher de mes foulards en soie, le carré Hermès que Marie-Anaïs, m’offrit il y a plusieurs années, je ressentis l’absence du foulard au milieu de ma course, rue Lepic, et je revins sur mes pas en hâte, demandant à un groupe de gens s’ils avaient trouvé un foulard, l’un des mecs, en scooter, le tenait à la main, roulé en boule, prêt à le garder, après l’avoir récupéré, J. me demanda d’acheter des bières chez le traiteur chinois, elle me tendit un billet de 50e, je pris trois Tsing-Tao, en continuant la descente de la rue Lepic, à la recherche d’un taxi pour nous rendre chez elle, nous rencontrâmes une personne sans domicile, endormie sur un matelas posé au sol, avec toutes ses affaires, J. sortît un billet de cinquante euros et avec la discrétion de l’ivresse voulût le glisser sous son oreiller, lui, vigilant même dans le sommeil, se réveilla en sursaut, dans une position de prêt à lutter, habitué à ces combats, la nuit, le vol constituant, aussi, le deuxième plan de la misère des gens dormant dehors, quand il comprît l’intention réelle, il nous embrassa de loin, déposant sur sa main un baiser qu’il nous souffla, joignît ensemble ses mains en signe de remerciement, j’ignore s’il pût se rendormir ni à quoi il employa la somme, une femme, elle aussi mendiant, nous sourît, nous l’avions croisé une heure auparavant, lui donnant, alors, le peu de monnaie dont nous disposions. Quand J. sortît son billet, quelque chose en moi se contracta, mon premier geste allait vers je ne veux pas qu’elle remarqua sans le dire explicitement, répétant juste ça rendait fou M. quand je faisais ça - agacement plus légitime s’il en est de ce qu’ils formaient un couple - j’aime J. pour ceci, aussi, qu’elle interroge en moi un certain construit social, légitime ou non qu’importe, elle me met face à lui et, elle, surtout, me met face à bien plus grand que la société, elle me permet, par diverses voies, d’affronter cette peur de manquer. Je le dis souvent, J., depuis toujours, m’a appris à ne pas me contenter, à ne pas vouloir petit dans le monde matériel, si, dans l’ordre poétique - ordre et poétique ensemble la blague - et amoureux je me réclamai toujours de l’absolu, dans celui des possessions terrestres - lâcheté et éthique ensemble - je me privais bien plus que je ne renonçais. Ces vers d’Aragon me reviennent en mémoire : 

 

J'ai tout appris de toi

Jusqu'au sens du frisson

 

Elle déteste ce mot de « jouir », elle m’y mena bien, dans des acceptions plus vastes que celui des simples sens séminaux. 

 

Maïeutique de la magie, et c’est pourquoi c’est elle et pourquoi c’est moi, elle ne déposa pas en moi le germe absent, elle lui offrit le climat nécessaire, combla une plaie depuis toujours ouverte, celle de la peur, cette peur de manquer, à cause, enfant des cris, des pleurs, du découvert, du banquier.

Le 14 juillet, dans la journée, avec Maman, dans le métro de la ligne 12, en allant chez Monsieur Caramel, Maman donna un billet de cinq euros à un mendiant, seule monnaie dont elle disposait alors, il nous remercia, quelque chose qui, en même temps vous gorge d’orgueil et vous fait honte aussitôt, il a dit
vous êtes ma chance je crois que, au monde, c’est ce que je veux être, une chance, la mienne, aussi.)

 

Dans le rêve, je demandais à Marie-Anaïs de ne pas faire quelque chose et elle refusait de s’y engager, quelque chose qui, si elle ne le faisait pas, ne changeait rien à son présent ou à son futur et touchait éventuellement à sa mémoire, je lui demandais de sacrifier ce savoir éventuel puisqu’il s’agissait, alors d’une source de stress. Elle refusait, refusait, refusait, et je m’énervais et je pleurais, et je lui disais chaque fois que tu m’as demandé quelque chose je l’ai fait et ça m’a tellement blessé quand tu es passé par la modération de canalblog au lieu de me demander j’ai toujours fait ce que tu m’as demandé toujours etc etc etc. Dans le rêve, après, M. - sa compagne - devenait la fille aux cheveux bleus, Marie-Anaïs la présentait ainsi alors que M., n’a pas les cheveux bleus, l’étrange, en ceci, est que le titre de la BD, d’où est tiré le film La vie d’Adèle, est le Bleu est une couleur chaude, couleur des cheveux de la femme dont tombe amoureuse l’héroïne. Le bleu s’est-il déposé en moi comme la couleur signifiant symboliquement l’homosexualité ? Marie-Anaïs maintenait, obstinée son refus, ce dont je souffre encore à l’état de veille puisque son non possédait une dimension comminatoire. Pourtant, en réalité, si je me calme - or à cause du rêve je ne suis pas calme du tout - elle, comme moi en réalité, nefera jamais rien sans me le dire et, sauf à ce que ce concerne ses intérêts vitaux, ne me refusera rien de ces choses, au final, dérisoires. 

 

Souvent, de mauvaises pensées habitent mes textes, ces textes dont je commence la rédaction, je ne les poste pas parce que très vite j’en vois le contenu vil, méchant cette sorte de bassesse qui, au prétexte de dire la vérité ou de rapporter des faits, blesse et dont on ne peut ignorer la conséquence purulente. Alors je m’abstiens, je m’abstiens dans un bizarre paradoxe puisque je me promets, aussi - seul remède en ce moment - de tout dire tant que ce tout me concerne avec un très haut degré de vérité ; or, une fois que j’ai pensé et mis au brouillon ces basses-choses elles deviennent vérité et dignes, alors, sans me trahir - puisque la mocheté ne les motive plus - de publication. Je m’en abstiens pourtant. Le même texte non-publié, alors (plus ou moins arrangé selon l’humeur), change de statut. Dans le premier cas je réfrène une pulsion mauvaise, geste éthique qui retient sa mauvaise action ; dans le second cas je m’empêche quelque chose de légitime, me mettre en récit dont la violence ne devient qu’une conséquence involontaire. Dans les deux cas, seulement, je donne à l’autre la prééminence. Toute sa grâce.

J’apprends aujourd’hui que la diffamation non seulement privée mais aussi publique est caractérisée et donnera donc lieu à des poursuites.

13 juillet 2023

Walkyiries

La guerre en Ukraine m’obsède, il n’est pas une nuit, depuis désormais longtemps — exceptée celle passée sous zolpicone un jour d’insomnie — que je ne m’endorme sans écouter le replay d’une des émission de LCI qui, seule parmi les médias français, La Chaîne Info première chaîne d’info en continue française, filiale du groupe TF1 (donc Bouygues), consacre chaque jour plusieurs heures de programme à la guerre en Ukraine. Quand je dis plusieurs heures je veux dire, les 3/4 de sa programmation. Le colonel Michel Goya, que je suis depuis des années pour son blog, la voie de l’épée devient, désormais, spécialiste de la chaîne, c’est à dire que, contrairement aux autres intervenants occasionnels, il participera désormais à titre salarié. Lors des discussions télévisuels, les experts, le plus souvent, sont sollicités à titre gratuit, pourtant, la crédibilité et la valeur du sujet traité dépend, essentiellement, de leur présence. Tout comme la recherche en France offre, au mieux, un défraiement tandis que, pourtant, aucun colloque ne pourrait avoir lieu - et donc aucun savoir se constituer collectivement - sans leur présence.

K., russe expatriée à Paris depuis sept ans (ou 5?), s’étonnait de cette obsession, ma consultation frénétique des canaux Telegram associés à telle ou telle branche russe, ceux diffusant l’idéologie de Prigozhine (prononcé Prigojine comme Rogojine), le chef des voyous de Wagner, ceux critiques du régime comme Girkin et ceux plus généralement nommés les milbloggers, sorte de trolls nationalistes et radicaux, régulièrement partisan de la bombe atomique auxquels, parfois, arrivent des bricoles comme celui qui, en pleine séance de dédicace, décède à cause d’une statuette piégée.

Nous discutions récemment, avec K., du récent putsch tenté par Wagner qui suscita, en elle, des sentiments contraires, l’excitation, d’abord que quelque chose change, l’excitation tout court devant l’événement comme aurait pu écrire Rancière, la culpabilité, aussi, de ressentir ces sentiments d’exaltation tandis que le drame couvait et les morts s’abonnaient.
Les actes de Prigozhine, le nervi chef des Wagner, reçoivent des qualifications différentes selon les points de vue et les idéologies de chacun, pour les occidentaux, comme on dit de nous, il s’agissait d’un coup d’Etat manqué parce que nous désirons ardemment la chute du monstrueux Poutine et que, ce faisant, son pouvoir s’effritait et sa déposition s’approchait ; d’autres, plus mesurés et sûrement plus justes, parlèrent d’une mutinerie il ne s’agissait pas de changer de régime, Prigozhine, malgré quelques ambiguités, ne prononça jamais une parole visant directement le maître du Kremlin comme l’appelle les médias d’ici. Mutinerie parce qu’il visait, essentiellement, la destitution de ceux qu’il juge ses ennemis Shoïgu, le ministre de la défense, russe non ethnique, c’est à dire non caucasien, et Gherasimov, chef d’état major aux brillants états de service, non fondés comme, le conjuré de Prigozhine, Soukourouv (désormais aux arrêts, en vacances comme l’on appelle, publiquement, les salles de torture pour les traitres) sur la violence, mais, dans le cas de Gherasimov sur une vision stratégique poussée. Il mît au point une doctrine à son nom visant la conquête d’Etats tiers par un mélange de soft power c’est à dire d’influence interne et d’une présence militaire menaçante aux frontières, faisant, par cette double poussée, installer des régimes favorables à la Fédération de Russie. Cette stratégie politico-militaire s’étendait plus loin que des territoires à conquérir, que ces sphères d’influence comme on appelle ces Etats à demi-dépendants comme la Biélorussie, elle visait aussi, pour obtenir au moins leur abstention, les pouvoirs politiques de pays rivaux de la Russie. D’où l’immixtion dans les élections locales françaises, allemandes ou etats uniennes et si même ces interventions ne permettent pas d’établir un régime ami ils permettent, à tout le moins, de développer, dans la population de ces pays, un sentiment d’amitié envers la Russie et rendre plus complexe toute politique à celle-ci. La guerre en Ukraine a tout changé, puisque l’armée russe entrait vraiment sur le territoire d’une Ukraine pourtant déstabilisée, parce que la violence de l’agression paralysait - par décence - les soutiens russes (sauf les pourris jusqu’à la moëlle par le pétro-rouble) et provoquait, dans les populations occidentales, un vif élan de solidarité. La nullité de l’armée Russe paracheva, un peu, ce déclin des amours russes.

La doctrine Gherasimov a vécu, l’invasion la rend nulle, mais, général intelligent, il emploie, à l’avenir, une autre stratégie en collaboration avec le ministre de la défense, celle-ci, vise, entre autre, à mettre au pas un Prigozhine de plus en plus menaçant, en mettant sous l’autorité de l’armée régulière -c’est à dire de Shoïgu et Gherasimov - toutes les milices privées (PMC pour Private Military Company, comme Black Water, jadis, et ses exactions en Irak). C’est, prétenduement, en raison de ce qu’il estimait le démentaèlement prochain de son pouvoir que Prigozhine fit marcher sa troupe sur Moscou, abattant des hélicoptères russes (entre douze et quatorze morts). La réalité est plus compliquée, l’agon, entre ces deux pôles, repose sur un conflit antérieur. Déjà, ces trois personnes diffèrent en tout, Prigozhine l’ancien détenu, cuisinier et voyou faisant fortune par la violence démesurées, le spectacle des coups de massue envers les déserteurs qui n’a rien à envier aux horreurs de Daesh, Gherasimov, militaire brillant, Shoïgu, intrigant de talent, ayant su flatter Poutine et les industriels de l’armée, afin d’asseoir un pouvoir reposant moins sur la compétence que sur la flagornerie et la diplomatie politicienne. Tout les sépare, Gherasimov et Shoïgu au service de l’Etat, avant tout, Prigozhine au service de lui-même, puis de l’Etat. Un conflit public/privé de nature politique et philosophique.

Aussi, et surtout, un évènement justifie la haine inextinguible du voyou pour les deux autres. Tout le monde se souvient des massacres commis par l’armée russe suppléée des Wagners, durant le soulèvement en Syrie contre le régime autoritaire de Bachar el Assad et l’apparition de Daesh. Daesh, à ce moment là, occupait un champ de puits de pétrole qu’un oligarque russe souhaitait posséder, il négocia avec Prigozhine l’assaut et l’expulsion des terroristes. Evidemment, il ne s’agissait pas pour Wagner d’agir gratuitement, au prétexte fallacieux, de la liberté, nous pouvons au moins lui reconnaître une honnêteté dont les américains se trouvent fort dépourvus. Pour assurer cette mission qui ne servait que des intérêts privés, il demanda l’appui feu de l’avion russe à Shoïgu et Gherasimov qui la lui accordèrent. Le moment de l’assaut venu, malgré les appels répétés des troupes engagées au sol, l’armée de l’air russe n’apparût pas, entraînant la défaite cuisante de Wagner et une diminution de son prestige et de ses moyens. Prigozhine ne digéra jamais l’humiliation, prétendit pleurer ses morts, tandis qu’il pleurait, essentiellement, les dollars perdus et le symbole abîmé de sa tête de mort, son emblème. Gherasimov et Shoïgu, l’accueillirent goguenards quand il vociféra contre eux. Pour Gherasimov, militaire grave et sérieux, employer les moyens de l’Etat pour quelques desseins - fussent-ils, de façon accessoire, à même de diminuer la menace de Daesh - privés. Prigozhine crût que les échecs répétés de l’armée régulière mis en rapport avec ses succès - sa milice seule permit la conquête de nouveaux territoires au cours des derniers mois - lui permettrait de, à sa guise, déposer ses ennemis. Il n’en fut rien. Poutine ne le soutînt pas. L’affaiblissement de ce dernier reste à prouver, la contestation intérieure ne semble pas prendre de l’ampleur. La question démocratique, telle que conçue philosophiquement en Occident, n’importe pas ni en Russie, ni en Chine, ni dans les royaumes du Golfe ; importe, du libéralisme, celui économique, exclusivement, et non politique ; il ne s’agit pas, cependant, de régimes aussi brutaux que ceux de Pinochet, la violence s’exerce, rarement, non comme un principe général de domination, mais comme une menace dont on sait, pour que régulièrement on l’expérimente, qu’elle s’exécute. C’est bien notre trouble et l’ironie suprême étant de voir, malgré nos institutions déclarées démocratiquement toutes pures, l’autoritarisme exercer sa répression féroce sur les contestations intérieures. 

 

Pour promouvoir le libéralisme économique ses thuriféraires nous expliquent qu’il a été la condition du libéralisme politique et de l’érection de la liberté comme valeur sacrée ce que, en réalité, peu de gens contestent mais, désormais que cette liberté est découverte rien ne nous empêche de la maintenir sans libéralisme économique. Si la liberté trouve bien sa cause dans la liberté économique elle en devînt, à n’en pas douter, autonome. Il en va de même pour ces pays autoritaires et libéraux. Nous pensions que l’expansion du capitalisme amènerait, par le plaisir de la consommation de masse, la démocratie, or, la liberté économique n’engendre pas forcément la liberté politique tant qu’elle permet le plaisir. Ces Etats connaissent, évidemment, leur contestation interne mais elle demeure à l’état marginal, cette frange qui, partout, sera tout le temps mécontente. Voulant davantage. Qui n’est même pas une avant-garde, qui est une armée en haillons. 

13 juillet 2023

Bo-Zinc

Liberté retrouvée, en quelque sorte, de moi, vivre ainsi délié qui, en mon cas, ne signifie ni sans lien, ni sans responsabilités, qui réfère, plutôt, à une expérience du monde légèrement amorale ; se souciant, certes, immensément même, des autres, sans, adhérer, pour autant, à aucune règle non énoncée, patiemment, par moi.

Ceci, me fait du bien, retrouver, comme avec J., cette nuit-là, une heure du matin, au Bo-Zinc, les pas hasardeux sous l’iridescence des alcools fiévreux, sous le regard d’Alexandra, Bostonienne, d’origine italienne, vivant en France, et de Bonnie, styliste de mode, d’Afrique du Sud (Johannesburg ? Pretoria ?), de 68 ans et qui se prit de passion pour moi d’abord - cheveux fous chemise bariolée - pour J., ensuite - incandescente, joyeuse, gracieuse. Bonnie and J. échangent en italien - qu’elles maîtrisent toutes les deux - parce qu’elles parlent lentement, je comprends à peu près et, par brèves syllabes, réponds parfois, avec un semblant d’accent. Lorsque je me suis assis, après les premiers éclats de Bonnie, Alexandra remarquait que je saignais de la main - veste orange tachée de sang, chemise tachée, pantalon jaune Saint-Laurent taché - parce que chez elle J., de son chant irrésistible, me fendit le coeur et brisa du même éclat aimant, une bouteille de Campari - ou bien l’ivresse y commandait ? dont je ramassai les ultimes débris, l’un d’eux, pour me faire mémoire de ces ivresses évaporantes, se ficha dans ma peau et saigna abondamment. J’enserrai le pouce dans la pochette en soie bleue et jaune 100% soie, Saint-Laurent, aussi. Perdue depuis. Alexandra se prit de passion pour ce pousse sanguinolent interpella les serveurs, trouva des compresses et des pansements et, en même temps qu’elle serrait ma plaie dans sa main, nous parlait de ses aventures, jadis, de secouristes, Alexandra a cinquante ans, et semble plutôt de mon âge, elle a de beaux yeux gris, étonnant, et un visage où les pommettes, comme j’aime, saillent, serrant le pouce palpitant, souvenirs pour elle, sûrement, comme cette nuit, en entier d’une jeunesse. Mais je lui dis, je ne sais même plus pourquoi, flatteur, peut-être, automate des politesses, en toi elle ne passera jamais la jeunesse.

De la soirée je conserve quelques photos et les vidéos qu’Alexandra, tandis que nous dansions sur le trottoir avec J., prenait. Nous parlons, par WhatsApp avec Alexandra qui reviendra, me dit-elle, fin juillet à Paris, en vacances actuellement, elle cite Joseph Roth et m’envoie de sa bibliothèque les quelques livres de lui qu’elle lit. Elle propose un rendez-vous, plus tard. Pour nous deux. Eventuellement avec J. - J. et ses fortunes de vertu eût bien aimé, pour la poésie ou le désir, ça je l’ignore, que Bonnie, la plus âgée des deux, nous rejoigne, la nuit, pour dormir à trois, dans le lit Queen Size (160*200) Emma qu’elle possède.
Alexandra travaille dans l’événementiel, travaillait et travaillera, plutôt, malade, actuellement, de la maladie que Marie-Anaïs, crût, un jour, à cause de ses douleurs articulaires, souffrir : polyarthrite rhumatoïde. 


Sur sa photo de profil WhatsApp, Alexandra porte un chapeau de paille, derrière elle, un coucher de soleil sur la mer ou l’océan, elle marche, la peau toute bronzée, qui semble douce, au milieu de rochers, elle porte des sandales nouées à la cheville et fendues au niveau de l’hallux - le gros orteil - elle porte un short en jean, très court et délavé, probablement issu d’un jean usé, coupé pour l’été, un chemiser blanc noué à la taille, les cheveux longs et bruns tombent en deux masses sur les pans du chemisier. Je me demande voyant sa peau si pleine de soleil comment elle sent, si elle sent l’été, le monoï et le baume, j’ignore qui a pris la photo, son bras droit - que je vois à gauche - cherche l’équilibre, sa main, ouverte et les doigts repliés semblent s’accrocher, dans l’air, à une rampe imaginaire, l’autre bras, lui, pend le long de la jambe, la main à peine recourbée, les deux manches relevées, soigneusement, en de plis réguliers, d’hauteur semblable, sa jambe gauche, au moment de la photo, suspendue, tient dans l’air, on ne voit pas ses yeux - que je sais gris, lorsque je lui demande, au café, la couleur de ses yeux, elle me dit, ça change, je me demande, au coucher de soleil, comment ils sont, si la lumière extérieure commande à la couleur ou si l’humeur intérieure, cette obscurité souvent, en dirige les phares - sa tête inclinée vers le bas, le chapeau les masque, on devine l’air concentré et patient, tout obsédé par l’envie de ne pas chuter.


Délié, ainsi, moi, dans le brouhaha des villes, retrouvant, cette liberté dans le rejet, total, de la honte, l’expérience du spectacle et ce qu’il frôle aussi de scandale, fait pour le grand air, moi, grand air aussi, bien entendu, celui des foires, plus tard, de la galerie, avec J., qui hier progressa, sembla-t-il par bonds.

J. m’arrache à ce poison là, la honte, parce qu’avant tout, en moi elle brise la retenue, cette digue érigée pour d’autres, insoucieux, quant à moi, des dégâts provoqués à moi-même, je me risquais à bien des périls que je dus, par souci de l’autre réprimer, ceci, faisant, me nier. Il est à croire qu’anges et démons à cause de leur origine commune partagent des ailes semblables et qui condamne, à cause de leur teinte, celles des seconds, bannissent, en réalité, le vertige.

Je déploie, à nouveau, ce que je croyais, perdu, honteux, même presque et coupable, à tout jamais. Parce que là, J., quand, posé au café, elle se mit à danser, enlevant ses talons inconfortables, mouvante, dans sa robe blanche de gitane, premier geste moi - en ceci moi mutilé, apercevant cette circoncision dedans - de retrait, d’embarras, de désolé, comme si cet avant m’empoisonnait encore ces réserves si, tellement non moi puis, me percevant ainsi, détournant les yeux, je me repris aussitôt, se reprendre, drôle, ce mot, encore, dans la polysémie en entier m’attrape, reprendre ses esprits, se retrouver dans se reprendre, se récupérer, se reprendre, aussi, comme se recoudre, je m’étends dans toute l’aire du verbe. Alors dépassant la honte j’entrais à nouveau dans la vie, je franchissais le seuil, les joues chaudes pour la rejoindre, ces quelques mètres de la chaise du café à sa compagnie dansante. La vie. Je ne crains pas le scandale mais je redoute le ridicule, le second ne me vient que dans les faux semblants, quand je triche ou je mens, suivant J., je ne truquais pas, je me glissais avec elle, dans ce vrai scandaleux, et, les gens, autour, quand ils dirent, même des autres tables, que nous étions beaux, ça m’a fait plaisir, moi, parce que je craignais, vraiment, qu’ils se moquent. Encore un peu de chemin, à n’accepter désormais que les éloges et des tomates pourries ou des pierres, ignorer la dureté.

Dans le manga Seven Deadly Sins, le roi des forêts et des fées, King ou Harlequin, ne possède pas d’ailes, contrairement à sa race, ce qui, malgré son titre et son grand pouvoir, lui fait ressentir grande honte ces ailes, par culpabilité, comme des dents qui refusent de pousser à cause de ce que ça voudrait dire devenir enfant puis adulte - se perdre nourrisson puis mourir encore de se perdre enfant - réprima la pousse de ses ailes. Un jour elles sortent. Le voilà complet. Il sauvera, de ce pouvoir retrouvé, le monde. A commencer par lui-même.

La drôle de soirée, l’appartement de papa comme elle dit, et l’immense jardin attenant, la lumière qui baisse jusqu’à minuit, les bougies envahissant la table jusqu’à ne plus suffire.
Puis, nous quittons la rue de L., pour aller au Flore comme J. aime m’y emmener, avec j’ignore quelle quantité de rire et quelle quantité de plaisir sincère, elle tient, toute entière, dans, justement, ce dédoublement,. Sur le chemin, au feu rouge, de grands éclats de voix, le vrombissement d’une moto et des hurlements, on va voir ? je dis à J. qui, pourtant, jamais avare de secours, se sent pour une fois une grande flemme - rôles habituellement inversés - bête dispute, un type s’énerve, avec un accent de racaille, contre une automobiliste en Smart, qui aurait rayé sa voiture. Il hurle, elle panique, panique totalement. Nous intervenons avec retenue. Elle qui pleure. Lui qui hurle. A un moment, on ne sait pas pourquoi le mec enlève son casque. Il montait une grosse et belle et chère moto à la peinture bleue métallisée. On s’attendait, avec la façon qu’il avait de parler, à un arabe de cité, en colère, avec le coup de couteau facile. Il découvre le visage d’un bourgeois à peine fini, portant au dessus de la lèvre le duvet incommode à l’élégance, J., s’exclame mais c’est un bourge puis je me retourne, le vois, son duvet minuscule qui, symboliquement dévore tout son visage, et je reprends son exclamation c’est un bourge. La situation, sorte de racisme social ou racisme tout court, se calme immédiatement pour nous, une méfiance retombe, nous pouvons le dresser, ce que, effectivement, nous faisons. Jeanne me cite François Damiens, l’humoriste belge génial, qui refuse de vendre à de jeunes gens bourgeois, des pass des skis, et s’exclame un moment Ludovic tu te calmes, après notre départ, elle regrette de n’avoir employé la même expression. J., se montre…persuasive, devant l’insistance du duvet, désormais qu’il ne représente aucun danger, nul grand frère, nulle lame. Il finit par déguerpir, le soulagement de la jeune fille, je suis jeune conductrice les larmes lentement séchantes. J’espère qu’un thread sur Twitter nous sera consacré. 

 

au flore on croise Marie-Lucile qui parle comme dans un film de Varda, toute petite, habillée en propre, elle mendie, porte sur ses épaules de gros sacs, dont deux en cuir (un très ample, un petit à main), très bon état, elle ne semble pas dormir à la rue, elle porte, aussi, parmi son fatras, une petite cage en toile percé de trous, celles pour les petits animaux, elle me fait remarquer que je suis beau que ma chemise est trop ouverte J. approuve elle me trouve obscène ainsi décolleté, je n’aime rien que plaire de ce déplaisir, elle me dit que je suis trop poilu, J. s’en agace, elle va trop loin, je lui demande si elle a un chat dans la cage, elle me dit non, c’est mon pigeon, nous réagissons, avec un air, justement, hébété, roucoulant, oui mon pigeon, il a dix ans, je l’ai eu à Marseille, J. veut s’approcher du pigeon qui, à travers la petite grille, lui donne un coup de bec.


J’envoie à J., la chanson de Johnny, l’envie d’avoir envie parce que, tout à fait, en moi, elle dépose ceci, retend en moi la corde que je croyais brisée, la renoue peut-être et la lie. Ensemble, aussi, nous tâtonnons, fixant tour à tour l’autre et soi-même - ce qui en nos cas, êtres si semblables, nous fait perdre quoi reflet quoi corps. 

11 juillet 2023

Sublime Passion Majestueuse

Mon rapport à l’engagement il arrive qu’il me gâche moi-même. Le dédire vaut, souvent, pire que la menace ou le refus haineux. Qui se rétracte donne prise, sur lui, à une déception difficile à compenser et moins encore - ce qui l’aggrave en vérité - en revenant sur ce retrait ; qui retire sa rétractation, au lieu de nous faire revenir au statu quo ante, double (ou quadruple ?) les effets déjà très délétères de notre première hésitation.
Aux demandes que l’on nous formule, jamais nous ne devons répondre un peut-être, un je ne suis pas sûr, mieux vaut, alors une franche réponse. Le Oui, ou le Non, qui, contrairement à ce que l’on croit, le refus, donne assez peu de place à, du quémandeur, ses arguments.

Le oui, par ailleurs, qui suit, une hésitation, un peut-être, une réflexion quelque part, faite à haute-voix près de notre solliciteur, au lieu de satisfaire celui-ci, l’encombre, son désir pourtant réalisé, au lieu de nous remercier de notre accord (mais céder est-ce consentir ?), laisse peser sur nous le coût de son attente, la fatigue de la bagarre. Dans la vie, l’important, dans l’échange avec les autres, c’est tenir bon, ne pas changer de cap ce qui, bien entendu, n’exclut ni souplesse ni adaptation. Comme le courage ne se confond pas avec la témérité, la souplesse ne se compare pas à la mollesse. S’adapter ce n’est pas renoncer et moins encore se soumettre. Je me souviens, je lisais un article sur deux basketteurs dont un autre commentait les caractères. Le premier, par nature, disait non mais finissait par agir comme un oui, le second, à l’inverse, toujours s’extasiait et acceptait tout mais réalisait peu. Le second, pourtant, était plus aimé. Il ne revenait pas en arrière, il avait de bonnes raisons, et le plaisir de son oui initial (comme la première impression souvent dure plus longtemps que toutes nos preuves) ne condamnait pas (avant longtemps, avant que l’on s’aperçoive que cette façon constituait un trait de caractère) la déception. Yan, jadis, agissait encore autrement - avec en partie de la sincérité - lorsqu’il voyait d’autres que lui s’atteler à une tâche il, le travail presque fini, s’exclamait, l’air désolé, mais vous auriez du m’appeler. Et, cet engagement rétrograde l’engageait dans l’acte collectif, il l’accomplissait de sa déclaration ultérieure et presque, nous honteux de ne l’y avoir convié, le célébrions comme le plus héroïque - puisque privé de la joie de l’effort il paraissait normal de compenser notre odieuse prédation. J’ai décidé, un temps, de ne plus dire que oui, ou un non ferme. La clarté simplifie la vie, le doute, l’hésitation, entraînent une certaine méfiance qui, en plus de peser sur la relation, obscurciront, aux yeux des autres, votre personnalité en entier. Dites oui. Dites non.

Ne revenez pas en arrière, allez de l’avant, ce conseil, les armées et les artistes martiaux, toujours, vous le formuleront - ordonneront ? y-a-t-il une grâce dans le dandinement ? ce pas qui hésite ? Non, assurément, allez, allez toujours, de l’avant, par l’avant, ruez, même, vous vaudrez mieux que le pas, trop prudent, qui s’éloigne ; si prudence vous commande, n’en sentez aucune honte, mais que prudence ne vous dirige qu’à l’avant de vous si vous ne ruez pas, avancez, débrouissaillez, mais avancez. Je disais, pour rire, ce qui ne la fît pas rire, que, les bègues créent le malentendu, la syllabe répétée ou celle retenue, engendrèrent, je lui disais, des conflits mortels, les millions de mort de la première guerre mondiale, un cri inabouti.

De façon identique il faut être économe de ses je te demande pardon, excuse moi etc quant aux choses dérisoires ou quand la culpabilité, incertaine, ou la faute mineure ou celle grave mais partagée. Parce que, d’en être trop dispendieux le cours en chute, leur faisant souffrir une telle inflation elles perdent en valeur, devenues monnaie de rien, nous paraissons, alors, plus fautifs que nous ne le sommes vraiment, nous aggravons, par ces excuses, le fait auxquelles elles se rapportent. Pire, même, l’autre, celui qui pour faute dérisoire ou partagée, reçoit des excuses se sent, de ce fait là, souvent moralement surélevé de les accepter avec réserves ou non. L’excuseur prodigue, revenant au foyer de sa faute, se reçoit avec fourche et pierres. De s’excuser beaucoup nous rend plus fautif encore, notre faute, détachée de notre acte, se mesure désormais à l’intensité du pardon réclamé et des excuses présentées. Moraux, excusez-vous, mais toujours avec mesure, n’attendez pas que ses excuses, par défaut, se voient accepter, ne le réclamez pas, n’insistez pas, et, surtout, ne tentez pas, à force de répétitions, de les faire accepter. Cette multiplication les anéantit. C., jadis, parce que je lui disais étendue de je t’aime, me reprocha d’en diminuer l’intensité par le répété infini ; ce à quoi je répondais, rhéteur génial, le rosier vaut-il moins que la rose ? Je ne crois pas, sincèrement, que le je t’aime se diminue par habitude, il perd de valeur, saveur et sève de devenir mécanique, comme le bisous avant de raccrocher, au téléphone, qui, forme plus tendre de cordialement, n’en est pas moins industriel.
Je tends à m’excuser moralement, d’abord, mais aussi, excessivement, ce qui est mal. Certaines personnes refusent, catégoriquement de s’excuser et, si, à force, ceci passe comme un défaut, avant l’insupportable répétition, ils ne sont comme jamais perclus de défauts - et se vivent ainsi. Une amie, pire que moi, s’excusait d’abondance, et, moi-même, conscient pourtant de ce que les excuses destabilisent les relations et faussent le réel et les rapports, me sentît, autant que je le vis chez les autres, pris par ce vertige de supériorité morale. Ce n’est pas bien. Pour autant ne cédez pas aux gestes infâmes de celles ou ceux qui jamais ne présentent d’excuses (je ne parle pas de M-A ici, qui, pourrait se reconnaître mais n’est pas concernée, son refus d’excuses, la concernant, ne repose pas sur le refus d’avoir tort, mais quelque chose de plus rare). 

Je dois ajouter, qu’en mon cas, parfois une sorte d’ivresse du pardon me prend, ne le répétant que pour le plaisir de moi flagellé, purifié par la douleur ou le mépris engendré. Mais cette ivresse est un plaisir et celui-ci fragile coûte cher, il déforme, aux yeux de qui reçut ces abîmes de pardon, son regard sur vous. Il vous verra, désormais, toujours la bouche foulée de ses pas ou, parfois, pire, la croira, moitié difforme de la botte et moitié difforme du mentir faux. 

 

là, de son je suis soûlée, je demeure fixe, devant l’ordinateur, espérant que de cette immobilité, quelque chose, quoi que ce soit, naisse, je lis V13, Carrère rapporte les témoignages des victimes des attentats du 13 Novembre - abusivement, souvent, on dit « attentats du Bataclan » omettant « les terrasses » - parmi ceux-là, ceux du Bataclan rapportent la viscosité chaude et malléable du sol et découvrent, après, quand leurs yeux se désembrument, qu’ils prenaient appui sur des cadavres, des montagnes de cadavres, qui, aujourd’hui, après les avoir soutenus, les hantent et les écrasent. 

Je mêle à ce récit, mon récit, ce livre qu’elle me prêtait, je le mentionne pour cette raison, je crois, tant mon analogie paraît démesurée et, diraient les pénibles, les « abrrrrutis » dirait-elle (abruti qu’elle prononce en raclant les rrrr, pour chaque r c’est le r de Rêche, de Roche, de Rude, mais, surtout, celui-ci, plus discret, miroir d’elle, de Ravissante)

 

 - je reprends, après -

 

(en même temps que j’écris ce texte, je reçois sur instagram un message de C., que je n’ai pas vue depuis longtemps, qu’elle nous adresse à V. et deux autres personnes que je ne connais pas, elle me rapporte les violences qu’elle subît et les conséquences, dramatiques, légales et psychiques, de sa relation récente. Son message me glace le sang, le noue, par l’étrange sensation, celle, sûrement, mixture de sensibilité et d’empathie, avec V13, mettant au loin, je crois, cette douleur, plaie superficielle, d’avoir, aujourd’hui déçu, blessure d’ego forcément, de se regarder soi imparfait, de se désoler, surtout, d’échouer, tentant de prouver, que la faille s’étend moins qu’il ne semble, et à force, d’arguments, prétendre, presque, que de faille il n’est point, au mieux, une crevasse. Ce message de C., me fend le coeur, elle qui, déjà, trop souvent, vécût les plus affreuses, éprouvantes, offenses. Des trucs que je n’écrirai pas ici parce que le détail, pour l’instant et à mes yeux du moins, relève du gratuit, de l’horreur pour l’horreur, ne s’offre pas, point de départ, d’une réflexion plus large. J’écris ainsi, à partir de, puis je déploie une pensée qui se trouvait dans les replis des événements.) 

 

Ce message me fait perdre le fil. De cette immobilité, dont j’appelais de mes voeux la sortie, jaillit ce message. Je ne veux pas être une gêne, je lui répète souvent parce qu’elle répète, souvent, que les hommes sont dans s(m)es pattes, alors, je tente, exemplaire, de trouver la bonne distance, en permanence, disparaître et m’effacer à temps. Echouant. Nous mimons, alors un autre que soi-même ce qui signifierait, alors même, que nous en soi, tel qu’en nous, ne serions qu’insuffisamment aimable. Pouvons nous durer ainsi ? Agissant de cette feinte perfection - impossible pour qui maladroit comme moi, définitivement fait de travers, mais c’est de biais ainsi que les profils bizarres dévoilent leur beauté la plus jolie - - celle-ci se maintiendrait-elle lorsque l’autre, assez convaincue, s’ouvrira à nous ? Feindre, exagérer, ce n’est pas duper, c’est vouloir, en mon cas, sincèrement, agir plus haut que moi. Perdant le naturel moi si déjà je vise une hauteur distincte de la mienne, étendant la colonne, profitant de ma souplesse, mais dans une direction éloignée de ma pousse naturelle, pour regarder dans les yeux, celle que j’aime(rai-s?-). Lorsque je la fais rire, fou joueur, du rire qui retrousse ses lèvres et fait tomber sur son nez ses lunettes - cassées - alors c’est moi tel qu’en moi ma lumière propre déviante parfois justement réfléchie par elle, là, comme avec personne, c’est moi qui suis moi-même, dans des profondeurs, je ne saurais dire, si, confortable, ou simplement, à ma mesure, personne d’autre n’y pourrait s’y étendre avec plus d’aisance. 

 

Ce texte, je tarde à l’écrire, son je suis soûlée, passe et s’efface mais, de l’écrire, encore, quelques heures après le début de son texte et son annonce, lui redonne de la vitalité, celle-ci, malgré le froid qu’elle passe à mes membres, s’estompera, bientôt. 

7 juillet 2023

a

mai 2023 archives

 

Le flux de conscience, je me demande si, abandonné lui, dans sa forme, disons primitive, lorsque j’écrivais, par exemple mes, poèmes minutes, révélais-je, alors, les pensées, le langage inadmis ou, cette expérience ne produisait un propos que lié à la situaiton 

 

Le café du père Tanguy, sur la place Toudouze, juste en bas de mes fenêtres, incarne parfaitement l’idée de Pigalle devenue SoPi. Le lieu est joli, élégant, raffiné, même. Le motif des chaises en (faux?)osier s’accorde à la couleur des tables, un beau vert émeraude ; accord répété sur les parasols et la carte, redoublé par la végétation qui s’échappe de pots situés en hauteur, entremêlés à des cages de chanvre où les lampes projettent une douce lumière orange.
Il existe, à Paris, de nombreux lieux en toc, qui se donnent l’air, ces restaurants qui ajoutent quelques poussières de paprika sur le poulet surgelé, les petites billes de sauce au chocolat sur la Tarte Tatin industrielle. Le Café du Père Tanguy ne correspond pas à ces lieux là, il ne correspond pas non plus, à ces endroits qui imitent, le cool, le contemporain, le moderne. Ce lieu, au final, ne fait pas semblant, cependant il dupe. Sa profitabilité limite son élégance, sa mauvaise foi et sa truquerie, il la tire de son bilan comptable. Ils servent le café dans d’élégantes tasses au liseré doré, à la soucoupe d’une couleur chaude et cassée (tasse couleur veine, souscoupe jaune aujourd’hui), au-delà des apparences le café à 2,5 euros (prix moyen du quartier) ne vaut rien, le comptoir richard qu’on ne sait être du café qu’à l’amertume qu’il dégage. Le café résume le lieu qui, lieu, ajoute sans cesse à la réalité de ma description. La carafe d’eau imite les cruches à vin de l’antiquité romaine. Les cocktails vous parviennent dans les verres - le contenant - propres à satisfaire les barmans les plus exigeants. L’alcool employé, quant à lui, appartient à ceux sans saveur, grand public, malgré le prix, pourtant, des cocktails égal à celui du Sister Midnight où la création côtoie le luxe.

7 juillet 2023

(avril)

avril 2023 : je publie les textes écrits il y a longtemps, il s'agit d'archives

 

Lorsque je suis, récemment, entré dans la pire crise de mon existence, après avoir reçu, de certains, un soutien celui-ci s’est étiolé parce que, un mois durant, et pas davantage, un mois terrible, certes, mais un mois seulement, la rage habitait mes mots sans jamais rejoindre ni mes actes, ni mes gestes. Entre dire et faire il existe, souvent, un pont, en mon cas, ce pont, j’en coupais les cordes.

A longueur de pages, j’écrivais, pourtant que dire prévenait le faire et tout le monde entendait, en ceci, une menace, tandis qu’épuisant, verbalement, l’éventail des possibles atroces, je les expulsais de moi, leur rédaction valait, justement, absolument leur neutralisation. Or, tandis que, pourtant, l’abstention réelle eût du témoigner en ma faveur, tout le monde s’exclamait que, non, définitivement, avoir dit, déjà, c’est avoir fait. Comme si, dans l’état de crise qui me parcourait, cette épilepsie de la raison, me retenir moi moi-même, seul moi me retenant, n’épuisait pas mes forces et, plutôt que de m’attirer les récriminations, eût du appeler les félicitations soulagées de ce monde qui me conspuait.

Je le répète, encore, le catalogue de nos inactions n’est pas celui de nos ambitions, les écrire les nie. Il ne me restait que ça, parce que, je me retrouvais face à des décharges gigantesques d’injures et de mensonges et, personne, plus le temps passera, ne pourra le nier. Personne.

Il me semble, pourtant, que cette barrière étanche édifiée entre ces deux façons, dire et faire, m’élevait, que son érection me coûta une énergie folle, il me fallût trouver assez de satisfaction dans l’expression verbale qui, rappelons-le, demeure mon art, pour me distancier de tout acte concret. Qu’on ne me rapporte pas la performativité d’un dire, parce que, je vous assure, dire que l’on aurait pu casser la gueule d’un type et effectivement la lui casser fait autrement mal au nez.

Au pire, vous eûtes à en souffrir l’exposition publique de vos noms sans, jamais, qu’aucune publicité n’exista, AUCUNE. Je ne nie pas l’angoisse éventuelle que certains ressentirent, je leur dénie, par contre, le droit de se dire harcelé quand je subissais des déferlantes de haine. Encore, lorsque j’écrivais je n’ai payé aucune régie pour accroître le trafic de mes pages, je ne menaçais pas, je répétais que, vraiment, je me contenterai de ça. Vous preniez un engagement pour une prétérition.

Des choses insupportables, la primeur d’autres récits me blessa, ils gagnaient en raison de se voir exprimés les premiers et, pourtant demandant parfois que leur existence demeurât exclusive aux interlocuteurs, furent répétés. Tout déplacement, la poésie nous l’apprend déjà, change le sens et l’altère.

J’apprenais de nouvelles choses terribles, la première, douloureuse le chantage au suicide. Comment, celui qui faillit effectivement se tuer, qui porte ça en lui depuis sa naissance pouvait le mettre réellement en jeu.

L’autre, tout aussi triste, voulait que je vivasse mal la rupture tandis que je vivais mal l’abandon et la trahison, qu’importe les motifs, aucun, à mes yeux ne les eurent pu justifier. Aucune raison, à mes yeux d’escatologue, ne pouvait tenir.

Comment pouvais-je, par ailleurs, vivre mal, quelque chose qui ne me fût jamais, en soi, annoncé. Le deuil pour, commencer, par un certificat de décès. Cette faute, pourtant, n’entraîna aucune excuse. Depuis le départ, pourtant, je n’avais besoin que de ça.

Lorsque L. ou Y. me demandèrent si je voulais rester avec Marie-Anaïs après ses errances, je leur répondis, sans peine non. Sans acter, ici, le rompre, qui ne peut exister sans, disons, concile. Ce me rendît d’autant plus insupportable ce je ne supporte pas la rupture, parce que ma révolte se situait ailleurs, que la fixer sur la rupture empêchait de penser le reste et une éventuelle culpabilité ; cette réflexion ne réclamait pas une condamnation, elle réclamait, comme tu me l’exigeais des mois, une méditation franche et douloureuse. Tu ne t’y essayas pas. Comment pouvais-je le voir comme autre chose qu’une fuite. Qu’une trahison de plus. Je cherchais à réaccorder le réel. J’y avais droit.

Je ne supporte pas les rumeurs, les paroles rapportées et déformées, je ne supporte pas le dédit et les justifications de celui-ci. Je ne supporte pas, aussi et surtout, que, si un mois, je devins fou, encore, il ne s’agissait que d’un pauvre mois quand, dans la figure, je me prenais un tel déchaînement, que j’en mourus, littéralement et que, ce mourir, se voulait aussi soulagement des uns et revanche contre les autres. J’ai craqué un mois. Et, vis-a-vis de Marie-Anaïs, j’ai compté, dix jours au maximum. Sans reconnaissance, jamais, de ce que je me pliais à toutes ses exigences. Ni pardon, de sa part, de n’avoir su leur accorder, alors, la dignité que je méritais.

Les violences psychologiques prennent des formes diverses. Le silence et l’évitement, ne provoquent pas moins de dégâts que le cri. Le second subit seul les admonestations en raison de son existence publique. Nous ne condamnons que ce que nous voyons. La parole du fou, à cause de ses exagérations réputées, ne vaut rien. Je ne m’en fiche pas. Je ne m’en fiche pas parce que, voyant les réactions autour de moi, parlant aux gens, je me rends compte de ce qu’un récit unique et exclusif s’est désormais installé. Le tien. Lorsque je mettais en lignes nos échanges il s’agissait, pour moi, de montrer que, oui définitivement, tu avais bien dit ce que tu avais dit.

Marie-Anaïs, lorsque je lui exprimai que la disqualification qu’elle faisait subir à mes propos à cause de leur violence, s’apparentait à celle subie par une femme déclarée hystérique, elle se révolta disant c’est moi la femme donc c’est indécent, or, l’analogie reposait sur ce que, ici, le fou, puisque cet état m’était rappelé, se voyait renvoyé à sa condition de fou, disqualifié par elle.

 

Je garde profonde amertume de ces faits, de ces paroles rapportées, de l’absence totale de considération pour un être, qui en quelques mois, vît, son monde s’effondrer, ses liens avec le réel se distendre.



(R., la seule fois où le dire - et ce jour là je n’avais pas dit justement - allait se changer en faire, l’en empêcha. Tout ce que je savais, à ce moment là, je le connaissais de M. ou de A.).


7 juillet 2023

lol

Pathétique jouisseur tu te jettes dans le feu où
tu crois trouver ta patrie toi fait sans rien retourne

à la cendre cadavre au trou perdu l’ascension 

plate tu ne démérites pas pourtant

 

au plaisir toujours pris écrivons

toujours prêtre

ces offices païens les mains 

marquetées les ridules petites

soi narthex comme le long

poème de celui fou bientôt

ou déjà tout en paresse la folie

avec lui impatiente le dévora 

de grandes bouchées dès

l’aurore 

 

pauvre feu où tu te jettes de bouche en bouche

tout est affaire de décor / changer de lit changer de corps /

à quoi bon puisque c’est encore moi / qui moi-même me trahis

cette joie brusque soudaine la main posée sur la taille la sensation

des muscles attachés aux hanches 

le grain de beauté s’agitant sur le sein au rythme de la respiration

 

tu ne démérites pas j’écrivis j’écris 

tu ne démérites pas tes doigts bougent

suivent tu ne sais plus quel chemin 

peu visible 

ainsi aveuglé tu le parcours quand même

la bouche sa forme taillée dans l’étoffe lointaine

 

pathétique jouisseur je me dis la bouche pleine 

à la table voyant au loin tous les désastres engloutir

puis il y a la beauté après bien après avant ou pendant même

l’orgasme

le grain de beauté

qui bouge comme un plaisir fuyard

au rythme de son souffle

4 juillet 2023

Onlyfans

 

En ouvrant Snapchat, je vois que S. a posté une story où elle redirige vers un linktree sur lequel je ne clique pas. J’ouvre rarement, sauf pour me cultiver quant à Bassem, cette appli. Nous n’avions plus, avec S., depuis plusieurs années maintenant, qu’une relation distendue et, regardant la date, nos derniers messages remontent à trois ans.

Je lui écris, elle m’apprend qu’elle vient de se marier que de justesse nous nous ratâmes parce que son voyage de noces en Europe la fit passer Paris qu’elle adore tant. S., vit aux Etats-Unis, à Atlanta, adore la France et les chiens, adopte les plus abîmés par la vie. Son dernier chien, j’oublie son nom, il me reviendra (je croyais me souvenir, j’allais écrire Chico, sans certitude, en remontant notre conversation WhatsApp, Chapo, il s’appelait Chapo), avait été abandonné et maltraité. Elle le recueillit avant qu’un cancer ne le dévore. D’abord une jambe puis la vie. 

 

S., m’émeut, je lui avais offert les poèmes de Carver et le paysan de Paris traduit en anglais. Nous conversons toujours en anglais, elle écrit de la poésie, que j’aime assez, peut-être à cause de ce qu’en anglais tout résonne miraculeusement. Cette langue est un instrument de poésie. Elle parle, pourtant, français. 

 

Elle me déclare que, sa famille is struggling, je ne sais, si en français, nous avons un équivalent pour décrire les galères financières. Si le sens précisément de ce mot ne tire pas sa couleur du rapport protestant, de destinée manifeste, à l’argent. 

 

Son linktree compte plusieurs liens, son snapchat, son instragram et son OnlyFans. La souscription à son OF coûte, je crois, 9,99e. Son Instagram, s’il lui permet de garder contact avec ses amis, lui sert avant tout de vitrine publicitaire, redirige, souvent, vers son OnlyFans, par ses stories elle laisse entendre des promesses de rapports virtuels, plus tard et ailleurs, contre autre chose que du temps d’écran. Elle propose, parmi les services d’être online 8pm-2am, pour discuter en français, anglais et espagnol, ratissant, par là, le plus large possible, l’important, pour son interlocuteur, demeurant, essentiellement, de s’exciter - érotiquement, amoureusement ou sensuellement - avec elle. Nous sous-estimons, de façon générale, le profil des clients des travailleuses du sexe, une part d’entre eux y recherche une forme complexe d’affection et d’illusion amoureuse, ce jeu de dupe s’entretient de chaque côté de l’écran, le rôle, ici, de la TDS étant de suspendre, au maximum, la crédulité de son client, de dissimuler à lui-même (se prenant aussi au jeu?) que le spectacle est bien un spectacle. Que, leur rapport se situe - quoi qu’en disent les théories de la domination - dans un équilibre toujours changeant, le pouvoir n’appartient pas toujours et définitivement à celui qui dispose du moyen économique, cette dépendance, parce que la TDS dispose de plusieurs clients, ne correspond pas à celle des maîtresses ou des lorettes, surtout, et les maîtresses ici, plus dépendantes, certes, plus puissantes aussi en disposent avec plus d’abondance, les TDS jouent, à leur guise, de l’amour, titre précieux, bien davantage monnaie que métal précieux, ne possédant de valeur que, exclusivement, celle qu’on lui agrée. La subordination économique, la première dépendance, se renverse quand l’amour, bien joué, c’est à dire, en quelque sorte, investi, s’étend irrésistiblement.

J’ignore si Sarah parvient, aujourd’hui, à produire ces formes de dépendance, ce qu’elle vend, marchandant sa personne, est du travail et pas de chirurgie, une ode au naturel (c’est à dire pas de chirurgie du corps tandis, qu’en réalité, elle s’offrit une rhinoplastie). Le rapport maintenu par ce biais là, celui d’Instagram entre elle et moi m’interroge puisque, par nature, je ne suis pas le destinataire de ses stories qu’elle adresse à ses prospects tandis que moi, son ami, ne les emploie, les stories, qu’à des fins phatiques, un moyen de conserver du contact, par des réactions, coeur ou flamme, et quelques mots parfois, donnant à ces stories une double dimension, celle du contenu - l’adresse aux clients - celle de l’usage abstrait et jamais déclaré des stories : maintenir le lien. J’emploie essentiellement Instagram à cette fin, maintenir le lien sans me lancer dans les laborieux ça va quoi de neuf haha. 

3 juillet 2023

Créma-torium.,

(samedi)

 

Complètement apathique, le corps penché sur la chaise du bureau, une pile Energizer, de travers, une seule, s’y tient immobile. La peinture de C., qui ressemble à un loup ressuscité par un nécromancien, se nourrissant de miasmes, les bijoux répartis, en désordre, la télécommande de la climatisation d’origine allemande (fabriquée en Chine), éteinte, le logo Suntec, le bouton rond, orange, de la mise en marche, la nouvelle lampe dont C. dit qu’elle ressemble à une lampe de vampire, j’ignore si les vampires s’éclairent à l’électricité ou s’ils préfèrent dans leurs châteaux des Carpates le charme désuet des bougies et des chandeliers, la base de la lampe est ronde, je ne sais quel métal la forge, la lampe, plutôt petite, pèse assez lourd, depuis sa base le métal s’affine en une fine tige simulant une branche, deux feuilles taillées grossièrement, inamovibles, y poussent — ont fini de pousser — puis la branche se recourbe et plonge, alors comme un entonnoir renversé, l’abat-jour, jaune et transparent, prend la forme d’un polygone aux surfaces clairement délimitées, à droite et à gauche, deux petites pierres rouges, transparentes, comme une goutte de sang figée ou des rubis — du sang ou des pierres chères nous ignorons quoi le plus précieux — des veines entourent les pierres de quatre côté donnant l’illusion de les tenir et non que ces pierres sont serties, le téléphone charge sur l’ordinateur avec le câble USB-C, mon câble USB « normal » — parce que j’ignore s’il possède un autre nom — USB-B peut-être — mais que serait l’USB-A — malgré les promesses faites par Amazon, ne fonctionne plus, je ne possède pas non plus, radinerie quant aux choses que l’on ne devrait payer, comme les tubes de lubrifiant ou les capotes, de dépenser 30 euros pour ça, un adaptateur USB-C, 17h29 chargé à 92%, deux barres de Wi-Fi sur trois, les clés, celle de la porte parallèle au bureau, celle de la boîte aux lettres, plus distraites, un peu plus haut, le boîtier des AirPods, chargé, lui aussi, par le câble USB-C directement sur l’ordinateur, batterie à 75%, le MacBook Pro M1 possède une longue autonomie grâce à son architecture parfaitement intégrée, Apple conçoit, symbiotique, le software et l’hardware, comble de l’optimisation, en face de moi, une punaise enfoncée dans le mur, halo jauni, autour de son rond blanc, une page des Caractères, arrachée ou perdue, la carte postale envoyée par Julia de Cuba, où, elle reproduit par dessus la photographie que je décris : l’écran d’un iPhone, 22:42, mardi 23 août, 37% de batterie, la petite flèche qui signifie que la localisation est active, les 5 barres du réseau CUBACEL, le petit trait, en bas, qu’on doit balayer vers le haut pour déverrouiller le téléphone, l’icône, en bas à droite, de l’appareil photo, la carte tient par deux stickers GL, des Galeries Lafayette, quand j’y achetais mes gants en daim gris, perdus dans le RER A depuis, un jour que j’accueillais les Airbnb de Mehdi, un couple de russes, en venant de chez Marie-Anaïs, le chapeau Stetson, conservé, poussiéreux, sa plume perdue, si charmante pourtant, ce couple russe qui, pour commenter leur séjour dans la chambre de Mehdi, écrivirent — lui surtout — que c’était l’appartement de bachelors — ce qui agaça Mehdi, le maniaque, parce que, surtout, je m’étais déplacé, le jour de la perte des gants, pour aider ce couple à solliciter un médecin anglophone ou russophone pour la femme russe qui se sentait malade, il y a longtemps, au début de 2017, avant que l’on soupçonne toute toux d’être mortelle, je finis le texte avant mon départ, au café en bas de chez moi, puis je quitterai Paris, la tasse jaune et ronde, son liseré dorée, le café tout bu, la tache sombre, au fond de la mousse — crema disent les italiens — séchée, la soucoupe rouge, le sachet de sucre jamais ouvert sans sucre je dis toujours à cette propositon, pour accompagner mon café, le verre, trop pettit, avec son faux-fond loupe qui donne l’impression d’un contenant plus grand, un peu, comme tout ici, paraissant mieux que ça n’est, la table verte où j’achève ce texte, tout est de bon goût ici, délicat et, comme je l’écrivis déjà, creux, sans vie, ici, ça ne sentira jamais la merde, l’iPhone posé, son verso fendu, à cause de la chute, dans l’escalier de chez Hannibal, samedi, ses escaliers glissants, parce que chaque marche alterne du carrelage et du parquet, ce qui, bizarrerie, me semble piège à tous les maladroits, c’est à dire à ceux qui, ethylisés comme moi, et élégants, en talons, l’ordinateur bientôt fermé voulez-vous vous connecter à l’iPhone de J., il me demande, pour pallier l’absence de Wi-Fi, je me connecte, pour poster ce texte

1 juillet 2023

INSEE

Puisque j’écris sans plan tout en m’animant d’une intention, mon récit s’éloigne toujours de la proposition initiale, écriture de digression, d’idées surgies, cet aventurier bohémien, marchant vers un emploi promis par je ne sais quel oncle d’une ville moyenne, distrait par l’insecte aux couleurs étonnantes, le suivant, prenant pour emploi, les chemins de traverse et les trous de verdure. Je rate alors le rendez-vous d’importance, celui concédé par pitié et devoir, créant de l’embarras.
Tout à l’heure je voulais écrire à propos de mon ex-belle mère qui, dans la rupture, constitue la plus grande consolation ; dans Eumeswil Junger, parlant des plantes venimeuses, classe, la mandragore, je crois, comme la seconde espèce la plus venimeuse après les belles-mères. Cette femme empoisonne les existences différentes, brutalise dans ce qu’elle imagine une rectification. Cette femme s’exprime par sous-entendus et double-sens qui ne dupent pas et, souvent, mêlent à l’embarras la colère. Elle possède le don de vous arracher vos moyens, elle touche des zones hésitantes en chacun, ces décisions, ardues et âpres, d’une vie différente de celle obligée et conseillée. Parfois, par épuisement, nous pourrions nous rendre à ses raisons ici, il ne s’agit pas de se rendre, comme je le disais à la morale de Marie-Anaïs que j’estime juste et que je peux choisir, qui me donne la possibilité - au prix de la dispute peut-être - de m’en détourner ; l’ex-belle mère, à l’inverse, commande une reddition sans condition, traité inique puisque ne dépendant que de sa raison, banissant le reste par un mélange d’injures et de disqualifications morales, de convocation de toute une masse spectrale — qui nous répugne au dernier degré — les jeunes collègues qui pour nous représentent plus ou moins de la brique sale. Nous discutions avec C., fille très riche, possédant un grand appartement dans le VIème, de ces pressions sociales, de ces vies, si peu enviables, gluantes et pathétiques. L’ex-belle mère, ne voit pas ceci, elle ne mesure la réussite qu’aux tranches d’impositions, aux statistiques de l’INSEE. Irrésistible Normalité Souhaitable Et Enviable.
Longtemps, parce qu’elle épiait ce que j’écrivais ici, et le jugeais — qualité consubstantielle de sa personne —  je m’abstenais, je me censurais, à son sujet, évidemment, sur le reste de ce que moi je vivais, oeil malfaisant de Sauron.

Lorsque le frère de Marie-Anaïs prospectait avant l’achat de son appartement, elle le mentionnait publiquement, sans que ceci n’intéresse personne, pour, par contraste, signifier combien Marie-Anaïs et moi ne correspondions pas, pensant, par là, nous anormalisant, tenter de nous redresser. Au mieux Elle dresse. Marie-Anaïs, longtemps, ne rétorquait rien à ces implicites parce que, le miracle de qui maîtrise vicieuse ces manières, permet, de se dégager, de prétendre que l’interlocuteurice a mal compris ; qu’elle est parano. Désormais, plus encore maintenant, Marie-Anaïs n’hésite plus à le signaler. A raison. Butée, auparavant, refusant de se rendre à sa mère, elle répond, désormais et contre-attaque. Elle se fait sa place. L’ex devra s’y faire. 

 

butée, marie-anaïs, propriété réversible, la protégeant des assauts trop violents et négateurs, lui empêchant, dans des moments critiques, toute remise en question, avec des conséquences, lorsque la tragédie exploite toute l’âme, excessives ou mortelles.

Je n’écriai (je voulais écrire écrirai) jamais à cette femme parce que, tout mot reçu de moi, qu’importe son fondement réel et antérieur à la rupture, se verra par elle disqualifié. Alors, je me permets ici d’élaborer ce théorème d’elle. Il y a deux ans, à la Norma, à propos de mon roman tortueux, où je souhaitais faire, comme conclusion, une place à Marie-Anaïs — c’est à dire à l’espoir — je n’omettais pas de mentionner l’ex — Marie-Anaïs bien moins ex que sa mère — qui ne pouvait voir en sa fille autre chose qu’un prolongement, comme si au-delà du seul patrimoine génétique, l’ex — désormais ex référera à l’ex belle-mère — elle partageait le même utérus, la même capacité de gestation et d’engendrement, un cordon ombilical, attaché pour toujours. Sa fille la continuait et la dédoublait ne mesurant pas, alors, combien par là, elle la torturait mincis, mincis, mincis, ai un vrai travail, trouve toi un autre mari (quelle ironie aujourd’hui). L’exx t ne vit que par injonction, son être commande, elle irradie sans, pour autant — amusant — s’espérer la place suprême, elle accepte son sort, j’ai un bon salaire admire sans l’envier Bernard Arnault, il valide son système, sa place, dans la hiérarchie, ne tient pas aux triomphes les plus purs, à la gloire ni même à l’espoir. Elle convoite un ordre qu’elle ne saurait définir puisque, mise à la question, elle ne cesse d’éluder, sans pouvoir jamais, pour autant, varier.

30 juin 2023

Le ?

Douloureux, ces textes, gardés sur l’ordinateur, retenus, parfois, au dernier moment, considéré, soi-même, du dehors, pourtant, comme la crapule sans pitié, retenant, retenant disant retenant accusé de dire retenant de menacer quand dire là encore c’est ne pas faire et maintenant même dire ne pas dire des mots là présents, ces dizaines d’onglets sans-titre lorsque j’ouvre Pages. J’enrage de devoir tenir et tenir pourtant sous des huées, dégueuler, faudrait-il ? La rage, passe, je la polis, je me divertis.
Ces derniers jours, sinon ces problèmes d’argent à cause de je ne sais quelle horreur, me dénonçant, en vain, puisqu’aucune illégalité, suspendant, toutefois, l’arrivée d’argent sur le compte. D’où ce billet, d’où la rage, dans la sécheresse soudaine, ce dimanche de canicule étendu jusqu’au RIB. Le calme, tout de même, quelques mots échangés, de purs échanges administratifs, avec Marie-Anaïs, avoir de ses nouvelles, savoir que l’amour lui vînt, deux semaines durant, me réjouit. J’ignore, encore, si, écrivant, ici, je peux dire davantage. Avec K., au nouveau café grec de la rue des Martyrs, nous discutions de ce pouvoir dire, qui, chez moi, entretient un lien avec mon impudeur, déplacé, étendu aux autres, dans impudeur, entre le concept de scandale, comme dans pudeur, celui d’une prude réserve. La vie bien vécue, socialement la plus juste, se situe entre les deux. Probablement. Je me soumets toujours aux avis de Marie-Anaïs, je dis soumets parce qu’ils n’emportent jamais mon entière conviction, qu’ils relèvent de la croyance, comme dans la religion nous suspendons, croyant une vertu nous échappant, les voies du seigneur sont impénétrables. Dans ce cas, je choisis, à quoi je me rends, ce terme, emprunté au langage militaire, dit bien ceci, une forme de renoncement. Marie-Anaïs me disait c’est mieux de pas être un connard. Disons que ma situation actuelle indique que, probablement, connard véritable, sans retenue, cruauté toute entière, je serais bien plus heureux. Or, je ne le peux ni ne le veux, je m’épate moi-même, conversant avec n’importe quels tiers, de ne faire varier en rien mes opinions féministes, par exemple, et, exposant ma situation, je ne reviens sur rien. Si j’y apporte une mesure, elle provient de la raison, à laquelle Marie-Anaïs adhérerait tout autant. Marine exemplifie moins une dérive, ce serait grotesque, qu’une idéologie. Je le déplore sans considérer ceci tellement important dans la gestion collective des rapports de domination actuelle. 

Ne pas insulter François B., lui envoyant mes déjections, se situant au niveau N+1 de son art, pour contenter Marie-Anaïs m’embête encore aujourd’hui. Si au niveau moral et individuel, sûrement, elle a raison, au niveau personnel, de mon déploiement intérieur, elle a tort, or, ce je compte, compte, en la circonstance parce que ce n’est pas si grave. 

Cette question de la morale par le truchement d’un tiers peut déranger, qui maître nous orientant mal, engendre un monstre soi-même. Nous demeurons responsables, quand perdus ignorants, de notre loi. Maître, je m’amuse de ce mot qui ne se mobilise sans éclat de rire.
Je me sens, aujourd’hui, particulièrement bien, le désir, ce guide de toute ma vie, me revient, comme une vague violente, le baiser, un autre, celui-ci, dans le salon avec P., qui mannequin gracieuse, bouge dans le salon, comme un spectre défilant, prenant, dans la tendresse, des poses réelles, de statue profonde, le baiser avec K., quand notre désir brûlait, mutuel, sobre cette fois, de chaque côté de la table, la mousse de l’es(x?)presso passant, révélant le noir liquoreux, l’arbre factice, olivier forcément, d’où pendent les bouteilles blanches et jolies, de l’huile Kalios du nom de la boutique, nos corps gênés par les poteaux. Le ventre, mon ventre, qui brûle, ces retrouvailles avec la flamme, l’amnésique homme préhistorique, qui perdant, le souvenir du feu, de la fabrique du feu, trouve, loin de ses mains, hors de lui, la foudre répétant tapant autour de lui, embrasant. Puis, le départ, je ne peux aller ce soir à la signature du livre de O., sa directrice de thèse, nous marchons ensemble jusqu’à la station de métro Notre-Dame de Lorette, K. doit s’arrêter à Saint-Sulpice. Mon corps dénoué, ce corps, si souvent maladroit, que je sens en ce moment, souple et précis, qui dans le prolongement du désir, sait à nouveau s’animer, l’au revoir d’une bise, glissante ou gisante, dans le cou, après son début, la joue, avant l’oreille, où ça frémit, entre le frisson et l’amour, puis le contact des lèvres, le rouge, troublant son teint, moi jeune homme passé je ne suis plus comme à son premier rendez-vous, qui y ressemble. La douceur de la bouche qui abrite la langue, l’incertaine prochaine fois.  

26 juin 2023

découvert

Je vais mieux, malgré le périple administratif où je me trouve, la question du logement pèse, en chacun de nous, par quoi la société, toujours nous tient. Il faut se faire aux changements, dit-on, je peux garder l’appartement, calculs effectués, mais à quel coût social. Vivre avec un inconnu, de temps à autre, pour la première fois dans cet appartement que je n’ai jamais occupé qu’avec des personnes que j’aime.
Je dois garder cet appartement parce qu’au vu de ma situation administrative, de mon absence de revenus actuelle, je ne pourrai, en région parisienne, rien trouver. Revenir chez les parents, à mon âge, me tuerait. Le monde y est doux mais d’y passer quelques jours, parfois, me tue, me ramollit, m’expulse, aussi, de toute sensualité de toutes possibilités d’ivresses maisons, de fêtes, de retours baroques.
Alors, je dois tenir, inventer ici, parce qu’il n’existe pas d’ailleurs, pas d’autres villes sauf, peut-être, Marseille où je connais des gens, assez de gens pour me refaire une existence sociale. Là-bas, même, se loger devient difficile sans dossier solide, or mon dossier ne présente aucune solidité, il est l’avant dernier grade de la fragilité. Si j’ai pu emménager ici, c’est grâce à C., qui se portait garant, parce qu’à l’époque, Mehdi et moi possédions une carte d'étudiant, la loi ELAN, qui visait à limiter le pouvoir des bailleurs sur les locataires, interdisant l’exigence de garants pour le locataire en CDI/fonctionnaire, entraîna cet effet pervers que, les bailleurs, préfèrent que leurs locataires, pour de petites surfaces (studio/deux pièces) disposent de garants - soient donc étudiants - plutôt que de salaires.
Mickael en fit les frais, cherchant à se loger à Paris, malgré son statut de fonctionnaire et le « 3x le montant du loyer » ne trouva jamais rien et dût s’exiler à Saint-Denis.
Aujourd’hui, non étudiant, je ne peux donc me réclamer d’aucun garant et, en conséquence, ne trouver nulle part, aucun logement. Sauf à envisager un trou à rats dont personne ne voudrait parce qu’insalubre autant que trop cher. 

Je ne vivais pas au-dessus de mes moyens comme certains, courageusement, y parviennent. Le découvert du père de X. is over 9000.
Simplement, je fais les frais de mauvais calculs, de retards, de rattrapages, nulle incurie de ma part, une cruauté à rebours. Inattendue et, comme tout ce qui me survient aujourd’hui, à contre-temps. Nous n'échappons pas aux serres des vautours institutionnels, même quand nous ne trichions pas ou que nous ne pouvons assumer, aujourd'hui, sans drame, les conséquences de notre maladresse ou, même, ici, de notre incompréhension.
Je pourrais dire que, oui, et c’est vrai, nous avons profité de la vie avec MarieA, c'est vrai, que Mickaël, quand il apprenait notre rupture, me disait, parce que ça lui importait (que désormais, pour une raison…administrative) ça compte, mais c’est toi qui payais tout. Nous faisions, chacun en fonction de nos moyens et, moi, à ces moyens j’ajoutai, depuis des années, la ruse.
En cette matière, nous fîmes de notre mieux, à la limite, dans un plaisir partagé. Rôdait, en secret, muette et stricte, l’administration. 

Je vais tenir le coup. Puisque, désormais, je décide de ne pas mourir. Pour quoi faire ? Je l’ignore encore, j’ignore même si je trouverai, jamais, quoi que ce soit.  

21 juin 2023

Dés-Insta.

Curieuse mise en scène permanente, de moi, lorsque, sur Instagram, je poste les tentatives de vie, ces minces respirations, au milieu de sombres marécages. Je ne me débats pas, à intervalles réguliers, de moins en moins fréquents cependant, une espèce d’aspiration me mène au monde puis, me rejette, plus loin, cette fois. Les choses administratives m’échappent et se délitent, je ne peux plus en régler aucune. Elles m’asservissent sans qu’aucune d’aide ne me porte le moindre secours parce que, la réclamer, encore, s’apparente à une chose administrative. Je parle et je dois, à chaque mot, me défendre, me justifier, argumenter. Force dont je suis dépourvu, alors, au lieu d’assurer cette existence pratique, je la condense, quelques instants, dans la fausseté virtuelle, quelques éclairs temporaires aussitôt dissipés, appelant, déjà, les suivant, plus coûteux. La foudre se tarit, le ciel se vide. Depuis dimanche, je ne peux plus rien poster sur IG, la fatigue même de cette fugue me domine. Parce que ma vie même en vitrine m’épuise trop. Les documents non lus s’accumulent sans que le seul important ne parvienne jamais, le bientôt qui, de plus en plus, s’associe à un ‘?’.

Mes mises en scène jouaient le double sort de rassurer et de prétendre. Le premier m’épuise, le second m’ennuie.

Les factures me débordent, leur ombre écrase, elle piétine moi, moi-même dix fois, le pilon qui broie dans le creuset cette force vaine, elles tombent, pluie acide, par surprise, les dépenses imprévues et vitales, nécessaires, les courts-circuits, l’air hébété que tout casse. D’hoquets en hoquets je survis dans ce désordre, le regard vitreux que rien n’éclaircit. La comédie, je la joue, encore un peu, jusqu’à…jusqu’à quoi ?

La colère, aussi, elle me quitte, tout s’y apparente. Pourtant, si j’admets calmement, plus calmement les choses, de grands espaces s’ouvrent parfois. Mais la vie administrative m’emporte, ressac de nuit comme de jour. La marée sans repos brise le corps fatigué.

Je relis une phrase, écrite il y a onze ans, que facebook me montre,  Est poète le tricheur aux cartes qui, couvert de plumes et de goudron, parvient á faire croire qu'il est un aigle ou un ange.

Epoque, de moi, le génie, quand la littérature, les mots, la poésie me couraient dans les veines avec aisance, sans lourdeur, aérien, puis je me suis érodé, par peur, fatigue, maladie.

 
Le désespoir, lui, refait jour. Il a pris son temps pour monter son embuscade. Les cauchemars me quittaient, ils reviennent. Chloé, à nouveau, obsédante, à cause d’autres souvenirs. Une main. Un poing. Je me demande, à nouveau, si elle ne me confond pas avec Pierre-Adrien. Parce que tout me demeure, avec elle, incompréhensible. Que la courbe des incompréhension commence par elle, continue par Margot. Après ? Après j’attends d’entendre.

Je rêve, parfois, de Marie-Anaïs chaque fois que j’en rêve, elle entre par surprise dans le lieu où je me trouve ou bien elle rejoint un évènement où je suis déjà présent et, souvent, sa famille avec. Avant, je me disais souvent, que ma vie serait parfaite à deux conditions : si la mère de Marie-Anaïs nous foutait la paix si, ensuite, je pouvais vivre mes amours libres sans contrainte. Ces deux conditions, aujourd’hui accomplies, ne le sont que celle qui les conditionnaient ne se maintienne. J’imagine que, par ailleurs, cette situation a pu rapprocher la mère et la fille parce que l’amour de la mère, pour tortueux, malade et mutilant, n’en demeure pas moins total, ce qui écrase souvent, ici, peut se faire plus léger. Par le drame, sûrement, aux yeux de la mère, un instant au moins, Marie-Anaïs devient plus autonome, plus indépendante, tout paradoxalement, qu’au moment où, elle réclame le plus d’attention. 


Ce que je me dis, aussi, après le tragique soubresaut, que, pour elle, au final, c’est mieux, je veux dire que cette violence, même, permet de justifier sa relation nouvelle, malgré tout ce qu’elle portait d’obstacles sociaux évidents, qu’elle rend, pour un temps, impossible toute critique, l’important étant, pour sa famille, qu’elle aille bien, qu’elle se repose. Cette crise court-circuite toute protestation, toute inquiétude, ou, disons, nous sommes, elle et moi, dernière curieuse union, le coeur interprétatif des événements ; elle pour l’inquiétude suscitée par qui l’aime moi comme le responsable du drame.
Deux points qui par leur radicalité émotionnelle excluent tout autre terme, tout autre commentaire du moins, des tiers termes. Je me demande si Marie-Anaïs s’aperçoit de ceci. Probablement que oui, malgré l’immense fatigue qui la saisît. 

18 juin 2023

Point, à la ligne .

Récemment, A. fêtait son anniversaire et je m’abstins de lui souhaiter, parce que, pour espérer que des liens brisés se ressoudent, il faut attendre. Nos liens, brisés, par un en dehors de notre relation, par un récit et des impressions qui lui vinrent de l’extérieur. Rien de moi à elle, au contraire presque. La douleur, la douleur vraiment immense quand, peu après le suicide, elle se proposait, dans une attention qui me toucha, de me consoler. Alors, je ne compris pas, le brusque changement, le gel autour de moi né du rejet soudain, brutal, qui, sans explication portait tous les possibles, trop des possibles. Ne pas lui souhaiter son anniversaire, voyant ses stories sur instagram, sa joie manifeste, me blessait, que les personnes décevantes s’éloignent, voilà bien peu de colère, que d’autres, à l’attachement sincère, s’éloignent, que leur vie nous apparaisse sans que l’on puisse dire un mot, abîme et nie. Je me suis tu. Pourtant. Parfois, je ne peux m’empêcher, vieille habitude ou tentative, de liker ses stories, dire un petit j’existe.

Attendre, me conseillait L., attendre pour…prouver que je ne me confondais pas avec le récit fait de moi qui effara tant A. Attendre, donc. A raison, probablement, parce que les êtres humains fonctionnent ainsi mais qui sent la terrible injustice et la proximité constante de la mort, j’allais écrire la mort, j’ai écrit la mort, non alors de la finitude plutôt, du non-futur, ne peut supporter cette abstention. Attendre, oui, comme espoir, donc bientôt, donc futur, donc temps, toutes ces choses par moi ignorées, inconnues, douloureuses.

Cependant, récemment, je lui écrivis un long message, important pour moi, pour faire le point, à ses yeux, sur moi que, plus tard, si plus tard peut exister, ce message en forge le premier mouvement, le dépôt qui, germera ou gèlera.

J’ignore comment elle le prît. Mon affection pour A., que rien n’éprouve, ressemble à peu d’amitiés par moi ressenties.
Elle ne dépend pas d’une longue histoire, c’est à dire d’une habitude et du devoir de fidélité que l’on se croit envers ses vieilles connaissances, elle ne relève pas non plus d’une répétition fréquente et intense d’aventures et de bombances communes.

Si elle ne trouve son origine et sa force ni dans l’espace ni dans le temps alors à quoi tient-elle cette affection ? Je dis, douloureusement, affection ici, retenant le mot amitié, parce que, ce dernier, implique une réciprocité pour le moment, au moins suspendue, au pire disparue. Elle tient, probablement, à un moment particulier de mon être, de mes changements intérieurs dont, malgré elle, elle pût être le témoin en même temps que l’amitié naissait. Je l’adore, sincèrement, sans rancoeur dans ce rejet que je comprends, que j’admets, qui blesse malgré l’accord de la tête. Avec elle, tout ce que je portais de sordide en moi, près d’elle, du moins n’existait pas, si elle me vit bouillonnant parfois ironique et non sans cruauté (ah, le club des poètes), elle ne me vît pas sordide, elle me connut débarrassé de l’horreur, cette fripe pourrie, galeuse.
Perdre A., étrange pour qui ne vit pas en moi, appartient au pire, me retourne moi contre moi. Quand elle m’écrivit de durs messages je restais sidéré, je me souviens, je marchais (arpentais ?) sur le boulevard de Rochechouart, je ne sais plus ce que j’y faisais, si je sortais du Louxor ou de chez Valentin ou, plus simplement, d’une balade. Je me souviens que le soir tombait, je me souviens, aussi, que je voyais sur le chemin, les petites affichettes apparaissant régulièrement d’un écrivain cherchant sous pente une petite chambre qu’il réglerait en cash.

Je pense souvent à A.

Ca m’a fait mal, quand elle n’a plus voulu me parler parce que, je croyais, envers elle, avec elle, toujours je me montrai très exemplaire. Sans affectation.
J’aime, chez A., la façon d’avoir envie ou, parfois, de s’indigner avec exagération, comme ce soir où elle tombait presque déjà amoureuse de L., en entendant le mot sous-continent indien, croyant, à cause de l’ivresse, que le préfixe sous établissait une hiérarchie ethnique et non une position géographique. J’aime, qu’elle aime s’amuser que, bien sûr, en elle le règne poétique ne s’achèvera jamais. J’aime, en elle, le sens naturel de la fête, une pente que le travail n’a pas entamé. Nous ne manquons pas de différends, quelques uns profonds, nous ne manquons surtout pas d’un espace commun, d’une façon assez semblable d’aimer. Je termine avec difficulté ce texte commencé il y a plusieurs semaines, je le veux exact, il se gâche. La dernière fois que je l’ai vue, c’était après sa rupture, elle m’a dit, je risque de pleurer, on parlait de polyamour, des formes divergentes prises par lui, du conflit qu’il implique. J’avais trouvé, par hasard, son profil OkCupid, il y a toujours une étrangeté à croiser nos amies sur ces plateformes, observer leur mise en scène, je me souviens, j’avais souri, quand, dans ce qu’elle cherche, elle énoncait, du sexe.


Et puis elle m’avait promis un resto. Et ça, je boude quand même. Elle me disait, qu’elle gagnait trois mille euros et plus, alors j’étais content pour elle. Et pour moi, ahah. J’allais, avec ma situation difficile, peut-être lui demander des sous. Pour, m’amuser peut-être, pour survivre plus certainement, pour alléger le véritable sacrifice de Marie-Anaïs, en ce moment.

Je souffre, dans l’écriture de ce texte, parce que ça remonte, ce que je ressens pour elle. Que, ma folie, ma folie d’un mois, un mois, je trouve, après ce que je subissais, franchement, ce n’était pas tant, ça demeurait dans le permis, dans l’excusable, même dans l’affection maintenue et l’attention. Imaginez, maintenant, une seconde recevoir des discours mélangés, changeant sans cesse, pour, à la fin des fins, en recevoir la version la plus atténuée possible. Mon frère, après avoir lu, le contenu de la réalité des reproches ne ressentit aucun soulagement, il entendait encore la menace, la condamnation, sans saisir, que, non, parce que ce que l’autre dit, ça en est la version la pire, celle à partir de quoi le débat se noue, si, si faible alors, moi mon récit, mes preuves, viennent en contrepoint. J’ai mal, A. me manque, ma folie me brisa, brisa des liens précieux, le sien, le nôtre, sa singularité, étoile polaire désormais moi me gelant. Oui, j’ai mal, quand C. m’invitait, pour mon anniversaire, à privé de dessert, je pensais à A., que peut-être nous aurions du y aller ensemble, que privé de dessert, punition des adultes aux enfants rebelles, que, oui, ça dit un peu.

6 juin 2023

Du sens.

Lorsque j’ai voulu mourir, la première fois en 2023, que j’ai amorcé le geste avant que maman ne m’appelle, c’était, je crois en février. Marie-Anaïs se trouvait à Saint-Egrève, je crois. A ce moment là, je laissais derrière moi quelques lettres adressées à chaque personne, celles que j’estimais coupables, celles auprès de qui je devais expliquer mon geste. Cette fois-ci, je ne prévenais personne avant, je programmais un envoi, d’un petit film de moi ingérant les médicaments, à l’adresse de Marine. La vision de certaines choses, me disais-je, peut crever les yeux.
Aujourd’hui j’ai jeté les comprimés préparés pour le moment, ils demeuraient encore sur l’étagère de la bibliothèque, entre les livres, la poussière, le hand spinner bleu acheté en 2017. Aujourd’hui, j’ai jeté les cachets dans le sac poubelle de la salle de bains, puis je l’ai fermé. Le sac poubelle contient un paquet de M&M’s vide que j’avais acheté 2 euros dans un distributeur automatique, mort de faim, avant d’aller au Silencio des Près, beaucoup de cotons démaquillants, pas trop sombres, maintenant, je me maquille en smoky eyes, brouillon, comme à mon habitude, j’étale la poudre sur mon oeil en tapotant le pinceau, puis, approximativement, j’arrange le tout, deux brosses à dents toutes noires parce que, dans un accès maniaque, elles servirent à brosser les recoins sales de la cabine de douche, des mouchoirs utilisés pour le rhume des foins de C. et maintenant des comprimés non usagés, non utilisés. Le sac en plastique se zippe, je le laisse ouvert, très plein il baille. Pour l’instant, il reste dans l’appartement, pour signifier je ne sais quoi encore, son sens progressera, hors des discours faciles, au fur et à mesure que je le regarderai, le temps, ma vue y déposeront du sens. J’attends le chemin que, par là, j’emprunterai. Répétant, consciemment, les mêmes gestes, observant, consciencieusement, les objets, nous pouvons leur établir un sens, les faire agir en nous. Comme des mots. 

6 juin 2023

Shenron

La réunion des sept Dragon Balls permet l’invocation du dragon Shenron, capable d’exaucer n’importe quel souhait. La Terre se trouve souvent la cible d’indivuds voulant la détruire ou en dominer les habitants. Ce projet ne s’accomplit jamais sans pertes humaines voire, même, pertes d’un ou de plusieurs héros. Une fois les antagonistes vaincus, les personnages invoquent Shenron pour rendre la vie à ceux qui l’ont perdu. Dans l’un des chapitres, je ne me souviens pas lequel, Krilin, au moment de prononcer le souhait, demande à Shenron d’exclure de la résurrection les méchants, disant méchants il ne signifie pas, ici, les adversaires des héros et leurs séides, il vise les êtres humains « mauvais ». Je me demande, alors, quelle règle morale s’applique à ce souhait, quelle loi détermine la culpabilité de ceux péris. Shenron ne nous donne à ce sujet aucune indication, nous ignorons, alors, s’il s’agit de juger l’âme humaine, excluant par anticipation les individus susceptibles de commettre le mal ou bien s’agit-il de celles et ceux condamnés par la justice. Mais alors quelle loi appliquer ? Celle du Japon, de l’Iran, de la Somalie ? Peut-être l’exception souhaité par Krilin n’exclut, en réalité personne, Shenron s’interrogeant ainsi que moi-même se décidant à ne pouvoir trancher les méchants. Il réalise, sans que Krilin ne le sache, son souhait, il exclut les méchants de la résurrection mais comme il n’y a pas de méchants par essence..  

5 juin 2023

Guér(ie)r

J’ai pendant des années, c’est à dire des dizaines d’années, dissimulé à maman le harcèlement scolaire subi. Ces derniers jours, sous l’effet de la sertraline, je rêvais sans cesse de lui révéler. A force de vivre, en songes, avec le degré de réalité des rêves sous AD, je ne pouvais plus le cacher. Deux réalités se superposaient, en moi sans violence, sans douleur, mais m’encombraient, ne me permettaient plus de distinguer, le vrai du virtuel.
Le lui dire ne soulageait pas mon moi adolescent, il dissipait mon rêve. Ce rêve ne me pesait pas, je l’expérimentais sans douleur, seulement, il demeurait, occupait des coordonnées répétitives dans cet espace mental, un point, dans le cerveau, appuyé comme ces points noircis à l’infini sur les cahiers d’étude.
Depuis toujours le rêve me sert de dérivatif, j’y exprime ma violence sourde et frustrée, mes désirs contrariés, mes espoirs ou, ici, tout simplement, mes envies. Le rêve, comme l’écriture barbare d’ici, me retient, m’empêche, me console. Ce rêve protégeait maman qu’évidemment le récit affecterait, aucun parent ne reçoit ces témoignages sans pitié et, même, culpabilité, celle de n’avoir pas vu.
Longtemps, je m’abstins, dans le monde entier, d’en parler, refusant de me confondre avec ces événements, les taire, je le croyais, les niait. Ce silence donnait libre cours aux interprétations des autres, je prétendais, sans dire pourtant, qu’il existait une continuité avec ce moi au monde et celui antérieur. Un être, toujours du côté des forts, je croyais, que c’était les forts quand il s’agissait des brutes.
Je le cachais aux autres à cause de la honte, à cause de l’orgueil, ce faisant j’étais, au-dedans, un être disloqué, irréparable et contradictoire qui ne savait pas vivre. Maman, de lui cacher, jusqu’à aujourd’hui, valait de la protéger elle.
Mehdi, je m’en souviens, lorsque nous évoquions, en des termes généraux, le harcèlement scolaire s’imaginait, qu’à tout le moins, loin d’en être victime, je participais plutôt, plus ou moins activement, à la génération de ces dominations. Ma soeur, lorsque je le lui révélais, récemment, s’en étonnait aussi, puisque, disait-elle, tu ne dégageais pas ça.
Être dédouble, rendu duplice et falsificateur. Héritage invisible dont nous acquittons, toute la vie, les droits de succession. Servage infini.

La vie, elle me coûtait, onéreuse, payée, ma vie de ma substance, comme, je crois, tous les autres projetés dans cette condition. Ce mélange de haine, de détestation de soi-même, de lutte à la surface. 

Voltaire écrivait, nourrisson prématuré et rachitique, je suis né tué. Les adolescents harcelés, eux, se perpétuent, ainsi, longtemps du moins, tués. Les victimes de violence, de touts celles-ci, aussi, vivent tués.

Leur rapport au monde, longtemps, demeurera vicié sinon, même toujours, il s’agit moins, même, ou non pas seulement, de quelque chose de cassé mais plutôt d’un lien jamais formé. Il ne faut pas chercher la fracture dans la vie de ces individus il faut trouver l’absence, le non né et, parfois, ce qui fut mon cas, l’avorté. 

A l’inverse d’autres enfants harcelés je me suis, presque chaque fois, battu sans saisir que cette bataille n’aurait pas du se mener tête contre tête que, affublé de la honte, alourdie par elle, leur meilleur complice, je n’avais aucune chance. Je partais perdant parce que je ne fixais ni les règles, ni le lieu. Il s’agit ici moins d’un élément consubstantiel au harcèlement scolaire que d’un trait de personnalité. Lorsque, parfois, il faudrait renverser la table, ne plus respecter les règles, je m’en abstiens, je tente de tirer le meilleur de mon désavantage. Nous devrions, alors, nous abstenir de jouer.

Mon année de troisième, je découvris, la peur, la vraie peur terrible, interne, à l’époque, je redoutais le début de semaine sachant que, toujours, la torture recommencerait. Cette année là, la seule de ma vie, je cessai de lutter. La torture la nuit, le jour, à l’étude, tout devenait reproche, tout portait la négation, ma négation.

Le harcèlement empêche de se construire parce qu’il interdit au lieu de se former, la ligne naturelle où la personnalité s’affirme, où l’enfant devient adolescent puis adulte s’inscrit, au mieux, en pointillés. Nous ne mourrons pas. Nous ne naissons pas.

Moi, d’abord, ça a été la séduction qui m’a consolé, une séduction cruelle, une revanche générale sur ce qui affirmait, dans la règle des brutes, la véracité de l’homme. Si je possédais des femmes alors je valais quelque chose et mes douleurs antérieures n’étaient que la préface illisible de ma vraie vie. Je me trompais parce que je m’exprimais, alors, encore non comme un chef, un violent, mais comme celui, alors, brisé. Je me fabriquais sur de la poussière d’être. Marie-Anaïs, ensuite, me permit, lentement, de débuter mon être au monde, avec les affres, forcément, de toute naissance, tout commencement, surtout celui qui nous arrache de l’obscurité, aveugle et foudroie. Le Lamictal, ensuite, parce qu’il apaisait mon état mental, qu’il me donnait du calme. enfin, à nouveau, la séduction, plaire, plaire absolument aux filles très belles aux filles que moi je trouvais très belles et auxquelles je plaisais. Ca, oui, ça a été le terme de mon apparition au monde. Guéri ? Je l’ignore. 

31 mai 2023

Trauma

Eprouver le suicide, sa mort proche, reste une expérience traumatisante comme d’autres déclarations qui ne furent pas des faits. Ma recherche du bon quai, la découverte du E et F où les trains ne s’arrêtent jamais, les allers-retours pour m’assurer, en descendant les marches de la gare, de ce que les trains ne s’arrêteraient bel et bien pas. L’écran tout blanc des quais E et F que je pris d’abord pour un dysfonctionnement avant de comprendre que, cet aspect livide, désignait l’absence d’arrêt, pâleur du mort.

Je revois, souvent, le visage du cheminot entrant en gare de Clichy-Levallois, ce train, que je savais être celui sous lequel me jeter. Celui-ci, précisément, le téléphone en mode avion pour que personne ne puisse me déranger. Déconnecté. La mort avançait, elle semblait avoir des yeux, ceux de personne. Je me souviens du froid qui passait en moi, ce froid que je reconnais encore, la nuit, lorsque je me réveille en tremblant, à 5 heures du matin, incapable de me rendormir, les rêves clairs, prosaïques - un suicide prosaïque réaliste - que donnent la sertraline. Les premiers trains, je les laissais passer, comme au base-ball, le batteur, souvent, pour jauger son adversaire et mesurer son adresse, laisse filer le premier lancer. Les premiers trains, j’évaluais à travers eux, la réalité de ma mort, je mimais le passage sur les voies, je feintais la mort, certain d’y venir, plus tard. Le désir devenait plus urgent à mesure que le courage décroissait, le geste sortait de son mode abstrait et entrait là. Violent. Noir. Je ne voulais plus vivre. Puis il y a eu ce train, la chemise blanche, à carreaux verts, je ne distinguais pas si bien, tout allait au ralenti, comme si le temps ainsi appesanti me donnait une ultime chance de réfléchir (c’est à dire d’avoir peur plutôt que de me raviser), la coupe de cheveux très classique, ses mains sur les manettes du train. Puis il est passé devant moi. Je n’ai plus pu.
Je rallume le téléphone pour le airbnb mais les pompiers et le SAMU me géolocalisent et me traquent et la peur de l’hôpital psychiatrique prend le pas sur tout, sur la détestation de la vie, la douleur, sur tout, cette peur d’un endroit où, plutôt que nous tuer, on nous annule. 

2.

La mort, ce jour là, je me dis que je la choisissais mal, qu’elle exigeait, celle-ci, de sous les trains un courage dont je ne disposais pas, voir arriver cette grande machine de métal face à vous, vous donne la certitude d’un combat perdu. Nous souhaitons, pensez-vous, cette défaite. Nous ne la souhaitons pas en ces termes, vouloir la mort et redouter la douleur, la douleur, encore, c’est la vie, une forme intense de celle-ci, que nous voulons quitter et non, ne fut-ce qu’un instant, accentuer.

Le train semble rouler trop lentement, il porte, dans ses phares, l’incertitude de notre mort et la possible et l’affreuse agonie, la peur, la peur qui monte, cette peur que je ressentis, la première fois, en faisant de l’escalade et que je devais me jeter dans le vide, attaché, que je ne le pouvais pas. Cette peur là, décuplée, métastasée.

Les suicides médicamenteux offrent l’avantage de vous endormir, la substance ingérée, lentement la mort se dépose en vous, elle pousse, vous n’agissez plus, elle rampe tandis que vous vous endormez, irrésistiblement, sans douleur. Trop inquiet de me rater, je me renseignai sur Internet pour assurer mon succès. Si je choisissais, par exemple, le train plutôt que le métro, c’est en raison de la vitesse de circulation de l’un et de l’autre. Les données lues demeurent abstraites, je sais que le métro entre en gare à une vitesse approchant les 40 km/h et cette vitesse d’un vecteur d’acier me paraissait porteuse d’agonie plus que de mort. Les trains, quant à eux, circulent plus rapidement, surtout, les transiliens, ne ralentissent pas à chaque arrêt parce qu’ils ne les desservent pas tous. Je crois, aussi, que le plein air de ces trains me plaisait davantage.

Le suicide médicamenteux, j’y renonçai quand j’appris, moins mortel que je ne le concevais d’abord, le risque de se réveiller, nauséeux, des jours après. Nauséeux parce que vivant ? 

Le compromis, celui à quoi je pensais, après l’échec ferroviaire (que j’avais envisagé), c’était de louer un appartement au sixième étage sur l’île de la cité. Je montrais à L., en riant désormais, que je négociai le prix avec le loueur qui, loueur, m’exprimait combien déjà sa proposition, pour un logement situé là-bas, dépassait tout espoir. Je n’osais lui dire que, moi, je manquais d’espoir. Je lui précisais, comme s’il pouvait y prêter le moindre intérêt, que je devais, pour la nuit, quitter mon appartement à cause de travaux, ils existaient, alors ces travaux, en moi-même, une démolition que j’espérais.

Sur le quai, comme une fronde, s’entrechoquaient les pilules des médicaments, si je devais sauter du sixième étage, je prévis de combiner le saut à une prise de médicaments et d’alcool pour me traîner, à demi-ensommeilé, au rebord du vide et tomber.

J’ai été hanté, longtemps, par cette phrase de Sarah Kane, dans 4.48 psychose je crois où, elle prévoyait son suicide (ce qu’elle finit par accomplir) par la prise de médicaments, de lacérage de poignet et de pendaison, tout ça en même temps pour bien signifier que, non, elle n’appelle pas au secours. Elle déclare, je veux mourir par la répétition des signes de sa mort, se couvrant de cette sursignification elle indique, clairement, je ne veux pas être sauvé, être sauvé dans vos termes ce n’est pas ma salvation. 

25 mai 2023

Mektoub

J’entends, à certaines heures, les récitations de mon père depuis sa chambre.
Lorsque j’y entre, en son absence, je remarque le tapis toujours déplié et la large pierre brune à l’endroit où il pose son front. Cette pierre est exclusive aux chiites, elle symbolise la terre que foulait l’imam Hussein, le fils de l’imam Ali (sws?) que les chiites révèrent presque - malgré le péché d’association - autant que le prophète Muhammad (sws) - malgré le péché d’association - et que Allah (pas de péché d’association.

Cette pierre, j’opère une rapide recherche, s’appelle la turbah (je ne le savais pas), si le clergé chiite préconise certains matériaux pour élaborer cette pierre, la recommandation ne vaut pas obligation, la pierre importe pour ce qu’elle symbolise, elle devient terre de Karbala - où se déroulait le martyr d’Hussein (je le savais) - transubstantuée par la foi du croyant.

Mon père (papa?), comme je l’écrivais déjà - et ceci codé dans je ne sais quel gène m’est passé - spectacularise ses pratiques, celles qu’il considère légitimes et, au sommet de toutes, la pratique religieuse. Il laisse longtemps le tapis déplié et la pierre longtemps, lourdement posée, elle pèse dix fois son poids, le poids de celui qui voudrait croire assez. Dans la chambre de maman, le Coran est toujours ouvert, elle le lit chaque jour, un peu. Je ne l’entends jamais psalmodier quand elle prie, sauf, parfois, au moment impératif du murmure avant de saluer les deux anges. Elle prie avec sa voix intérieure.

 

Dans la chambre de papa, depuis sa crise cardiaque, trône un vélo elliptique (j’entend à l’instant papa dire « j’ai été à la mosquée de - je ne discerne pas le nom - ils sont gentils là-bas, il y a des travaux »), son usage réside, essentiellement, dans sa possession, toute utilisation s’épuise dans l’acquisition. Je fus, longtemps, semblable avec les livres, les accumulant comme autant de possibles, de plus tard, espérant, par contamination, en connaître les effets.
 
Hier (avant-hier, je finis ce texte le lendemain de son début), j’ajoutais sur l’iPhone de Maman de nouveaux podcasts à sa demande. J’y découvre celui en cours de lecture, une récitation du Coran. Elle s’imprègne, j’aime ceci, du texte, si, cette façon de faire, consacre un pouvoir magique au texte initial, diffusant par sa pureté même, la religion.

Papa s’instruit en Islam mais je n’aime pas le savoir théorique, sur le sujet, la foi d’un enfant ne comprend aucune cruauté, son évidence, tout en reconnaissant une transcendance à Dieu, entretient un rapport horizontalisé.

Aujourd’hui, dans cette mise en scène de la croyance, le grand spectacle de soi, de jeunes gens, lycéens et jeunes vingtenaires, se filment - sur TikTok ou sur Snapchat - le front marqué. La marque atteste de la piété, ce stigmate n’apparaîtrait que sur le front du très saint qui pria tant qu’Allah le distinguât du reste des hommes par cette trace. Dieu signe leur front. J’écris hommes parce que cette trend ne concerne que les garçons, les filles, elles, se mettent en scène autrement à travers un surinvestissement du voile islamique. Surinvestissement qui ne se comprend pas, seulement, par une subversion du stigmate, il s’agit, réellement, d’une mode, justiciable de likes et de followers. De nombreux influenceurs, par ailleurs, mettent en scène l’Islam, leur pratique, l’omrah, c’est à dire le pèlerinage à La Mecque, acte le plus spectaculaire et le moins coûteux spirituellement, nous sommes plus proches du tourisme que de l’expérience mystique. Les reconvertis, comme l’Islam les désigne, fleurissent sur les réseaux sociaux, la marque de l’Islam fonctionne comme un gage et un signe et ce signe est double, s’il crédibilise les influenceurs aux yeux de leurs fans, il déculpabilise aussi ces derniers, conjuration de dupes. La consommation d’un contenu trivial, voire obscène devient permis, la religion irradie, voilà le placement produit nimbé de Dieu.

Dylan Tirry l’exposa de bien piètre manière lorsqu’il se rendait en Turquie, après le tremblement de terre qui ravagea le pays, en prétendant s’y rendre pour aider. Habillé en Gucci il paradait sur les débris et, conclût son voyage, en filmant sa chambre d’hôtel, la baignoire en marbre noir d’une suite d’un grand hôtel.

 

Ces hommes, au front marqué, feignent, lorsqu’ils se mettent en scène, de ne pas remarquer ce signe d’extrême dignité.

Les commentaires, souvent, encensent ces garçons, et, toujours, le critère premier, du moins conditionnel, demeure la beauté. Aux yeux de ses followers, sa dignité religieuse ne devient crédible que du désir qu’il suscite. Nous sommes bien loin de Karbala.

 

Publicité
<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 > >>
boudi's blog
  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 52 424
Publicité