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boudi's blog
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2 mars 2011

Secessionnaire.

Je voudrais t’inventer une langue méchante, pleine d’aspirations cruelles. Je voudrais te la mettre dans la bouche comme une lèvre que tu mâches, et qui te gémirait dedans, avec tous ses souvenirs d’antique métal, une chose unique, un diamant pris du fond de l’âge, une goutte d’un vin captieux, prisonnier de l’ambre agréable. Le rubis des précaires. Parce que je t’aime, je voudrais écarter la réalité comme un vieux souvenir, comme l’impiété que le prêche du pèlerin fend, comme la blessure que le baiser amoureux diminue. Il y a des bouches que l’on sait faites pour l’amour, où l’on voudrait ôter tous les bruits, tous les sons, où la parole est un artifice, une exagération de l’amour, ces lèvres comme les tiennes fines comme des caprices que l’on voudrait isoler des dialogues, retrancher à la conversation. Ta voix je veux la mettre en prison dans mon corps d’enclos. Tes lèvres d’aube, où le crépuscule cent fois est venu tenter sa chance avec ses désespoirs, mais trop de joie, trop d’amour, trop d’une rage stupéfaite d’avoir vu ta rétine se décoller de larmes, s’est noyé à la vision de tes berges. La crampe amoureuse. Cent fois, le glouglou de tes eaux dignes, cent fois les digues lacérées de tes paupières coulaient dans la glaise souple les habiletés de la nuit, ses lisières, ses sapins, ses tombeaux. Tu as tout enterré. Tes lèvres tu les fais luire d’un autre baume que le malheur, d’un baume qui m’étonne toujours quand je le vois faufiler comme la peau d’argent des vipères de légendes, ce fluide de lianes, de violences, ce baume qui s’enflamme comme l’alcool des naufrageurs dans le sein gris du récif. Tu as des lèvres dans un visage construit autour du silence cruel, dans les yeux roués d’intelligence. Tu me bouleverses. Je parle beaucoup, mais je ne dis rien, je n’aime pas délivrer ces choses de moi qui sont plus de l’orgie du métal souple des fleurs carnassières que de la parole molle, légère, citadine même de tous les civils. Mon dedans est militaire. Je fais semblant. Semblant, pour la normalité, pour l’usage. Semblant pour simplement me permettre moins de vivre que de durer. Ce n’est pas se confondre, se mélanger, je suis d’un caprice insensible à l’alliage, répudiant toute fusion, je demeure absent à la plupart des réalités extérieures, je suis toujours d’une étrangeté malade que je rends –souvent- supportable. Je déborde comme un fleuve boudeur, je ne suis pas le Styx encore pour mordre neuf fois les visages. Je tempère les chaleurs de moi, et si je converse c’est comme une usine qui recrache sa fumée pour refroidir ses rouages blessés d’effort. Mais je n’échange pas. Je ne suis pas parmi eux. Je propose une idée de moi. Mon ombre. Je parle pour suer, pour redonner à ma peau la couleur pâle des tolérés, pour qu’on admette ma forme irréelle, prise dans le déambulement des cauchemars, des crises de nerfs qui me paralysent. Il arrive, que mes paniques me dominent, et quand les gens me font face, je dois mimer des habitudes. Ma parole hésite, bégaie, je résiste à la douleur. « Ne rien laisser voir de mes nerfs de ciseaux ». S’il fallait un langage pour moi, ce serait un mot animal, un cri remuant les odeurs du ciel comme des pinceaux virtuoses dans les déclinaisons du noir, dans les tintes des clochers. S’il me fallait une voix de logique, s’il me fallait être l’écho de mes demeures souterraines, de ce que je crois dans moi qui trébuche comme une procession mortuaire, ma voix aurait la teinte étrange des chapelles ardentes. Je voudrais te faire, un langage qui se comprendrait dans le plan cosmique, où périssent, sans souffles les astres, où leurs museaux de feu crépitent et éclatent comme des fleurs de pépinière. Je voudrais inventer des mots que tu ne comprendrais pas, et que je dirais à genoux, qui feraient des soumissions dans le plus noble des corps, dans la plus rigide des lois, des mots comme du latin dans une bouche impitoyable, des conjugaisons pleines de nerfs et de muscles qui tiennent en équilibre les eaux en crue des lèvres savantes. Quand je sépare mes deux mains, quand j’écarte les orteils, un pays violent s’étonne de naître, il n’a pas d’Histoire et se sent le ventre chargé de plein de glaires et de combats. Il n’a pas de frontières, pas de géographie, et devine dans le périmètre de ses excitations un appétit cruel, une force de satin. Il n’a pas de membres, pas de visage, pas d’organe, et douloureusement en lui, douloureusement ouvert comme une serre devine un instinct, une force qui écrase les vitraux figurant les scènes des baptêmes. Ce vent qui fredonne des rimes, qui claque les portes des Eglises, ce vent poète malade qui t’entre dans la bouche quand tu sépares tes deux lèvres pour les bavardages, ce vent, c’est l’ultime matière de moi. Je me sens un élément. Je me sens un élément qui s’entrepose dans un corps. Je suis le sédiment de la chair.
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2 mars 2011

Tache moi si tu peux

Mes yeux cherchent quelque chose à regarder. Mets-toi de travers. Penche-moi. Les yeux cherchent encore quelque part où poser le paysage de leurs fougères. La folie, la folie, elle est dans moi, la colère je ne fais pas exprès, les mots durs, je ne les entends pas, mon langage est indépendant. Je suis captif, à l’intérieur il y a des bruits de pas, des évadés, il y a des gens plein d’histoires cruelles, ils ont des blessures plein les bras. Je suis pris dans une démence qui me réveille la nuit, dans la lumière jaune des phares qui capturent la nuit. Donne-moi de quoi respirer sans trembler. Ma bouche regarde une tendresse qu'elle ne comprend pas, mets-toi devant moi, protège-moi du soleil écoute mon cauchemar au ralenti donne-moi une hache pour faucher le temps faucher l'argent faucher l’orgueil donne moi une raison, pas une raison pour faire, pas une raison comme ils veulent tous pour l’égoïste, une raison, une raison pour raisonner, pour ne plus voir ces hurlements, ces hurlements avachis sur moi, sortir du ventre de la bête, des raisons pour ne plus me forcer, le jour. Le jour je suis contrit, je dis « comment devenir comme vous, comment vous faites vous avec vos yeux plein de joie comme de la salive sèche, comment vous faites vous, avec vos âmes de plâtre immobile pour continuer à sourire, avec vos visages en argile, avec vos peintures de plomb. Comment vous faites » je veux aussi imiter la joie, j’ai des cernes si profondes, si profondes, que Marion y croit une lisière. Je vois des choses, si vous saviez, que je ne peux pas dire, quand je me tais, je vois des choses qui n’existent pas. Sur le rétroprojecteur, il y a une bête sournoise qui me regarde et que je dois ignorer, je vois les tables qui bougent, je sens des frissons, c’est le sol qui chante, je vois les images graves, tremblantes. Tous les jours mes yeux boivent des fictions qui incubent dans mes nerfs comme des songes malades, pas des comme on fait quand on s’endort, des hallucinations comme des rêves malheureux, qui tapent dans les orbites, les font rouler jusque dans mon organisme. Je suis empoisonné. MES SENS SONT EMPOISONNES. Je lis Dostoïeveski pendant les cours pour ne pas voir les bêtes aux dents jaunes qui me parlent, sur l’épaule du professeur. Je lis et l’on s’étonne « Tu peux lire malgré tout le bruit d’une salle de cancres ? » Oui, je peux, parce qu’autrement je vois des choses, des choses étranges comme la nuit dans moi, des choses qui balancent leurs yeux liquides partout, qui viennent annoncer leurs haleines de limites dans mon cou. Je ne peux pas écouter, je ne peux pas regarder, la réalité est un pays ennemi où j’émigre clandestinement. Je résiste, je résiste. Jonathan ces disparus que je continue de fréquenter ces trous blanc dans ma tête Dis les formes étranges Ce qui se passe derrière et le goût du drame derrière moi Ces visages sans bouches J'ai pleuré ça ne guérit pas endormi dans des crises d'épilepsie Perturbé je t'en supplie ce coeur que je penche vers le vide Retiens je t'en prie une main qui caresse un abandon Et ces bâtons que j'entends frapper les murs Explique moi ces ecchymoses ces blessures rouges l'ambiance esclave Jette-moi sous les trains fais moi comprendre j'ai scié mes reins aux tiens et la littérature fouette le maitre de l'univers j'ai plongé ma tête dans les mots me suis évanoui dans ces gaz inquiétants J'ai craché entre des lèvres dont ne sortait aucun bruit, excité le sens du vent vers un éclair un éclair de fureur, un éclair tourmenté dans une flaque Mélange l'esquisse de l'odeur des faibles Jonathan. La difficulté de la gorge mon ange ma force pâle On ne quitte rien on ne fait que tourner le dos et l'énorme naissance entre mes nuits me montre son visage c'est un enfant plein de sang il lui manque une bouche il lui manque une bouche et JE RECULE en plaquant mes mains sur ma bouche je ne sens plus mes lèvres je ne sens plus de chair mon visage est un grand trou blanc qui aspire mes mains ECOUTE ecoute-moi mon visage est un grand trou blanc quand je me recule et la panique la panique personne ne la voit j'entends les paroles de bonheur qu'il est beau cet enfant comme il TE RESSEMBLE PUTAIN Regarde sa bouche comme il est beau comme il te ressemble et la panique la panique solitaire personne ne remarque je n'ai pas de visage que l'enfant n'a pas de bouche que je n’ai pas de prénoms. ALORS je plonge ma main dans mon sexe blessé ouvert VICTIME et je sens une bouche et je sens de la chair et je sens les formes d'un visage et je n'ose PAS je n'ose pas regarder je sens un visage qui me rentre à l'intérieur un visage énorme et j'ai mal et la panique la panique si tu savais la panique "Qu'il est beau cet enfant qu'il est beau regarde comme il est beau" et mes cuisses me brûlent jusqu'au sang Je m'évanouis Montre-moi les significations mon ange montre-moi glissements de terrain Ecris les démangeaisons Tâche-moi si tu peux.
1 mars 2011

J'ai mis des têtes dans un corps d'osier

Je suis outrageant, je n'aime pas les endroits ténus, les couloirs attenant des salles étroites et suffocantes comme des étuves, les mille portes qui claquent sur encore des minceurs, des bavardages silencieux. Je suis rationnel et je m'oppose à ce monde étroit comme un labyrinthe, à ces murs soutenant des plafonds carcéraux, de plans impossibles où le ciel ne se mêle que de déchirements, d'orages et de pleurs.
Je veux des cris, des rages, je veux des forces qui me jaillissent comme la main de Lazare hors de la terre qui le gardait. L'on m'a dit « l'habitude est venue, elle portait une robe granit, et des yeux gémeaux, elle est venue pour toi, elle a dit, tu es un fugitif, tu la fuis, elle a dit tu refuses avec tes yeux insolents, avec ton étonnant visage qu'on croit fait pour le malheur et qui pourtant abaisse toujours sa bouche sur des yeux bleus, bouleversés de ciel. ». Cent fois je me disais « renonce » et je ne renonçais pas, quelque chose dans moi se raidissait comme une loi, quelque chose dans moi refusait, insoumis comme une origine, comme une nature, un caractère antique tout abrité de mes gènes. J'ai voulu me confondre, dire « je serai beau, je serai idiot, soumis, je baiserai une terre fétide, j'embrasserai des usages, je dirai, il faut travailler, s'incliner, baisser la tête dans les conventions, se mettre le coeur dans le tombeau du couple ». Mais je n'ai pas pu, quelque chose dans moi volait haut comme un oiseau dangereux, quelque chose comme des serres déchirantes qui poussaient vers les astres, où les comètes crachent leurs crêtes en flammes, où l'étole brûle.

Il y a partout, des fleurs maussades aux couleurs étonnées, qui disparaissent, qui se laissent absorber par les tintements des rivières, dans l'intermittence du courant on y sent des odeurs lointaines, qui parviennent en vagues sussurées, qui se secouent, et grelottent aux vibrations des saisons d'hiver; S'entendent leurs reflets s'ébattre dans la lisière des rires, s'entend le coeur irrégulier d'une fleur merveilleuse, où les filaments gris des matins, où les châtiments violets d'un crépuscule abîmé viennent sucer leurs miels bourdonnants. Il y a partout au bord des villes, ces fragilités aux parfums mécaniques, qui ahanent plus qu'elles n'exhalent les invisibles saveurs de tes paupières de vierge. Roulent à leurs os des vins frelatés, des ivresses maigres comme du désespoir. Les senteurs amusées, volent comme les jupes froissées des feux-follets. Toute la nature s'éveille, les loups borgnes, dangereux menacent la sueur aux poils Ce sont, ce sont, les foules amassées. Et les fleurs continuent immobiles, courbées de rosée, qui plieront plus encore sous le zénith midi. Il est, des cris qui habitent dedans les pétales, et les tiges fendues, vulgaires, des fleurs malades toussent des pollens, comme le poumon taché de gaz nocifs. Il y a partout des fleurs maussades qui fument des odeurs invisibles, des cigarettes couleur morne du bonheur, et leurs mines de pavillons ordonnés, les cernes violettes des lavandes, les oeillets du matin qui le tachent, qui le dispersent; Il y a des jours, qu'on ne devine que dessous le ciel des factices faïences. Ces fleurs se nourrissent de l'oubli des fleuves enterrés, Léthé y mâche leurs racines de ses deux boucles de fillette mauvaise.
Des fleurs encore, pleines du bruit de la nuit, encombrées des amours qui s'y glissent, qu'on y souhaite et qui y dérape. Des fleurs sur lesquelles on joue des musiques mortes, et qui grince comme des violons brisés, dont les cordes gémissent en plaintes d'orphelin. Il y a ces fleurs, ces fleurs bouleversées de matin, qu'on croirait même qu'elles y brûlent, et dans la ville, dans les couloirs étroits où les gens se frôlent, sans se toucher, s'effleurent sans se fêler, les brûlures du néon vous font passer la tête sous de blancs incendies, sous ces jours de synthèse et les pendus balancent leurs corps de pailles au bout des cordes du nylon. Il y a des condamnations à mort qu'on rédige sur du papier à musique, des petites bulles policières saisissent les cous de poussière. Sous ces colères raides, et les torsions des fatigues. J'ai su ma bouche faire avancer des mots de menace, des pouces tendus, injurieux, des félicités dans la langue bachée, j'ai tout entretenu au dedans, j'ai fait vivre le monde des rebellions à l'heure où les tyrannies étendent partout leurs dehors de regards affamés. J'ai refusé toute la scélératesse du monde, l'on me regardera mourir, je ne me défendrai pas tandis que les armes victorieuses baiseront mon front comme le baiser de l'amante celui de l'amoureux éploré, j'aurais au cou la même marque fatale que le baiser vainqueur de la courtisane sur les draps vicieux du prince naïf. Je serai superbe de mon chagrin, beau de ma mort de juste, et mes yeux, éteints même, sombres encore, jetteront plus loin leurs lumières blessées que tes yeux bleus et vivants

 

 

Que l'on me loue le tombeau pâle des yeux ligneux. Que l'on me prête ce corps lugubre où ensevelir toujours l'âme, les lumières des phares qui capturent les pluies dans leurs orbes , les regards poudreux où les rivières sèchent comme des eaux salées, brisées d'écume. J'ai vu un visage où les bords de rives semblaient des reins allemands, des tourbillons en lieu de paroles, furieux, j'ai vu un visage où les eaux meurent, où le sable des berges mélange les regards au bleu incertain des horizons. J'ai vu des yeux chercher la lumière pour qu'elle leur crève les yeux de ne savoir endurer l'éclat vrai du désespoir.

Qu’on me loue enfin ce gisant, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief comme des lignes de main—très loin sous terre.

28 février 2011

Volutes.

 

Tu portes un dos-nu.Je ferme les volets.Quand je t'entends tousser, c'est l'odeur du raisin qui étouffe au fond d'un oeil.Je t'en prie, ne tousse pas.J'ai l'impression de te perdre.Je préfère quitter la pièce.Pour ne plus entendre.Le silence lâche.Mais le silence.Tu connais l'amour.Tes yeux ont déja transpiré bleu.Apprends-moi.Tu porte un dos-nu et des jambes blanches.L'air ne passe plus dans le salon.La pluie.Dehors.On ne fait que l'entendre, on ne la voit pas.C'est une menace l'amour.Dis moi que non.Ne sois pas malade.Apprends-moi encore.J'entends le rythme de ta gorge qui suffoque.Comme une musique violente et arrachée.Comme un noeud.C'est une panique l'amour.Je suis mon propre étouffement et je me tisse.Battant.Battant fin.Comme les gouttes.Gouttes d'enfant.Gouttes de Feu.Gouttes de lumière.De coton imbibé de toi.Goutte d'Adieu.De sueur.De limites.Comme la dèche.De la lune.Qui s'émiette.Sur ton visage Tu es Dieu.Tu es Dieu.Va t-en.Va t-en.Repousse-les.Tu sais, pour plonger, il faut mourir.Respire sous l'eau.Tu vas t'étouffer.Tu es.Comme le siècle nu.Je ferme les volets.Dans le noir, tu t'endormiras, et j'irai poser mon oreille contre ton épaule, pour écouter les baisers, que ton amant a du déposer.Pour apprendre l'amour.En fermant les yeux.Pour ne pas voir sortir de ta gorge, l'ennui des années qui passent, quand tu tousses J'ai l'impression que l'amour est une chute. Dieu, la lettre majuscule, c'est le cryptage à décodage facile.

25 février 2011

Toute une nuit

Il ne faut pas que tu t'approches des yeux bleus, il y a des vides dont tu ne soupçonnes pas la force, il y a des vides sur les rues, des vides au bord des fenêtres, des vides dans les têtes. Ne t'approche pas des hommes vides, ne leur ouvre pas ta bouche, il y a des vides aux entrées des lèvres dont tu ne devines pas un seul instant le goût. La traduction, elle se fait dans le ventre. Je traduis les vitres, les morts, et les revolvers d'acier. Je laisse en paix quelques visages que je ne veux pas comprendre. Le visage des soumis. Le visage de celui qui se noie dans son verre, tellement il y a de ciel. Le visage de celle qui accepte, elle accepte tout, les honneurs, le sommeil, qui s’infiltre. Comment on fait pour admettre dans soi le sommeil, cette fleur extérieure qui pousse sa moisissure en vous. Je connais des ensommeillés, ils ont un visage en couleur et moi je suis blême. « Tu as dormi ». NON. J’ai visité, je me suis rempli de la nuit, j’ai le ventre rond d’une ivresse et d’un scandale, les montagnes je les vois dans moi, la nuit, la nuit m’abîme le sens, me jette contre des récifs dérangés, la nuit et son frémissement de femme soumise. La nuit, elle vit dans moi, mes yeux vous l’expirent. Ericka me dit « Au lycée, je te détestais, chaque fois que tu me regardais je me sentais méprisée ». C’était mes yeux d’amoureux. Je suis en colère contre les filles que j’aime, je leur en veux beaucoup d’obséder ma nuit, de coller leurs visages sur sa vitre teintée. Un peu plus haut, le désert rangé dans une face de clown. Je sais que vous souffrez. Je sais que vous souffrez et que vous n'arrivez pas à le dire. Dans les toilettes du Georges, une fille peut bien se faire égorger avec une ceinture de cuir, le sucre des bouches se transformera en alcool. Tous tombés. Je sais que vous dansez, je sais que vous souffrez et que vous danser. Comment peut on dire « Je suis heureux » ou « Je suis heureuse » toujours, et boire. Pourquoi boire des liqueurs, pourquoi morfondre ses sens. C’est une poésie pauvre l’alcool, une poésie d’indigents, de misérables de l’émotion, l’alcool, ceux-là qui visitent la liberté qui rumine des mots et des actions dans leurs veines. Je garde la tête à mes pieds. Je sens les tâches qui montent en moi, je sens le sang qui se glisse sous vos cigarettes. Je sais que vous avez peur du ciel. Je sens l'air qui se rallume, dans vos maquillages endormis. Je sais que vous ne savez pas vous réveiller. Que les fleurs du désaccord tremblent à vos pieds. Comme l'immense stratagème, je sens l'action s'approcher de moi. Tiens, prend ton violon, et joue sur ton ventre, lambeaux d'images. Je sais que vos regards sont craintifs. Au sous-sol, un homme tient un drapeau noir dans sa main droite et un revolver dans l'autre, il dit qu'il est prêt. "Ne t'approche pas trop de cet homme, s'il faut qu'il tire, qu'il tire sur lui, qu'il nous laisse en paix. Je suis ce type. Je ne respecte pas vos lois, je me glisse derrière elles, et j’agis dans leurs angles morts, je me joue de la norme. Je sais que dans les couloirs de vos hontes, vous le regardez, vous n'arrêtez pas de le regarder. La nuit je l'entends crier, qu'il est prêt, prêt à tirer, vous entendez, tellement prêt que vous en avez peur. Je sens les papillons affolés se cogner sous mes cuisses. Et vos villes, à quoi elles ressemblent, et vos villes, vos villes, des vides dont on ne soupçonne même pas l'existence, vos villes. Et les amants, dés le premier regard, c'était les ruines. La tradition qui se fracasse, quand on dépose une poignée de vie dans le corps de l'autre. Faîtes grincer vos guitares bande de trouillards. Le Christ a des bleus sur les bras, il a voulu dépasser le modèle, sortir du moule, allez gouter le lait des pucelles. Enfermé dans une cage, tenu en laisse, et qu'est-ce que vous imaginez. Est-ce que vos prétentions vous grignotent ? Il dit qu'il va tirer. Et j'entends encore, la femme dire, « qu'il nous laisse en paix, qu'il nous laisse en paix ». Plonger l'index dans vos bourrelets, vous crachez vos complexes sur la feuille. La fièvre est un mot qui témoigne, que l'existence se falsifie. Je donne une bonne part du verbe et dans le plat, juste quelques rimes, qui disent adieu au monde. A pleine bouche le souvenir d'une liberté, lacérer un mot comme un poignet, l'angoisse se dilate. Je sais que vos drogues vous allongent. Je sais que dans la chambre d'au dessus, deux filles tissent des caresses comme une conclusion. Je n'ai rien en moi qui pourrait finir dans une suite logique. La mort c'est tellement petit. Au sol, j'ai un devoir à remplir : comprendre sous vos jupes, les montées de rage. Je monte, je monte, il y a des meurtres dans vos ennuis. Il y a des phobies dans vos conseils.  « Ne t'approche pas de la fenêtre. Dors la nuit. Aime le jour. Travaille. Soumets-toi. » Des épouvantes dans vos recommandations. Vous ne me ponctuerez jamais. Il dit qu'il va tirer, je l'entends, et, la voix fragile dit "qu'il nous laisse en paix". Tu auras grandi désespérément, et dans tes sanglots des continents drogués. Je sens le prénom se saigner en moi. Je sais que vos lames ne coupent pas. Je sais que la mer se rétrécit sous vos poèmes. Laissez-là donc danser sous la lumière, protégez là de vos idéaux. Hécatombe, est-ce que vous connaissez, c'est une femme qui n'a jamais existé, demande-t-elle en allumant sa cigarette, elle croise les jambes, remet une jupe droite en place, juste au bord des genoux, pour que j'aperçoive tout de même le galbe des deux bosses rondes épilées, renverse la tête en avant sans faire attention aux longs cheveux bruns qui trempent dans mon verre, laisse se dresser deux seins blanc sous une robe insensible, passe sa langue sur ses lèvres et. Hécatombe, est-ce que vous connaissez, c'est une femme qui a inventé l'éternité, et elle n'a jamais existé, dit-elle en s'évanouissant sur mes genoux pendant que la foule se précipite sur nous, pendant que je ne réagis pas, que je regarde cette nuque morte sur moi, que je sens cette cigarette brûlée sur ma main gauche. J'entends l'homme dire qu'il est prêt, cette fois ci, il se sent prêt, j'entends une balle de tirer, une deuxième, j'entends des bruits sourd, je pense aux prisonniers qui s'échappent, je pense à l'exil, à l'évasion, je pense aux fuites, aux échappements, je sens d'ici le sang, qu'il nous laisse en paix, non, c'est sur moi qu'il est venu tirer, l'homme qui était prêt. Et si vous y songez, pensez à sauter des fenêtres non recommandées. Pensez à tordre vos politesses, à refuser les lois. Je n’aime pas les inflexions, je n’aime pas les arrêts. Je suis plein de vitesse, tellement plein de vitesse que je m’écroule toujours derrière la ligne, derrière les frontières. J’ai couru, tard, derrière les heures, derrière le sommeil. Tellement de vitesse que j’ai déjà dépassé le silence, la fatigue, je suis déjà devant vous, je suis un point lumineux qui s’en va atterrir de l’autre côté. Je ne vous raconterai pas, je reviendrai muet, usé, je reviendrai silencieux et je me rangerai dans une de vos vies, n’importe laquelle, je sais tous vous imiter.
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23 février 2011

Les musiques galbes

Je n’ai jamais su me rendre dans le sens de la norme, jamais su éduquer ma langue. Je porte l’Afrique et son dos de victime dans mes yeux. Je suis un sauvage. J'ai les gènes en présence libre dans tout l'univers rendez-moi mes origines Je suis sans nom propre juste un nom sale Vous comprenez Orphelin et je laisse des malaises à chaque coin de rues coin de bouches bouche cousue Mademoiselle sur l'accélération des souvenirs vous devez fermer les yeux et laisser l'âme en ébullition la Bombe mentale c'est dans votre tête d'accord ? Toi sur mon miroir Regarde comme le coup de poing offre le vertige sens la violence que je respire Qu'un désastre à digérer « Et sinon le crime tout ça, ça vous fait quoi qu'est-ce que vous en pensez Vous croyez qu’il est déjà fou ? Qu'il s'est évanoui en lui-même On ne sait même pas s’il est déjà né ou déjà mort. Il attire les coups un jour il va tuer c'est sur Ou c'est lui qu'il tuera Pour le plaisir »  Mon ombre s'impatiente et voudrait me surpasser Croche-pied à mes angoisses Le grande salle des visions j'ai coupé la corde des pendus Entre vos os épais j'ai construit des labyrinthes et la nuit c'est moi, qui vient récolter vos larmes Maman tu ne comprends pas la liberté n'est pas donné elle est à prendre J'irai avec mes mains J'irai avec mes hallucinations mes armes mystérieuses j'irai la prendre la coucher sur mes voyelles Est-ce que mes griffes l'ont émue quand je regarde le ciel dans les yeux j'ai toujours mal à la tête Les phalanges fragiles dans l'irritation d'une pétale de rose tu ne comprends pas je deviens aveugle j'ai les yeux qui se renversent à l'intérieur, j'ai les larmes qui coulent dans le visage l'odeur de la drogue dans les veines intacts vierges Sarah me dit « C'est ça qu'il ne comprennent pas les hommes tout ce sang qui coule sans que blessure ne soit faite c'est la vulve cette peau ingrate si fragile qui attire la brutalité  c'est le rouge à lèvres qu'elle met sur les mauvaises lèvres. Et toi, de ta douleur coule le même sang. Tu se comme une fille » J'avais hurlé dans ma tête en m'appliquant sur chaque vers le poème était ensanglanté L'inspiration tremblante Mon objectif silence Harmonie des silences Non je ne parlerais plus maman de mes 65 kilos de mes cadavres étranges dans ma chambre l'odeur de la cigarette dans mon sexe, je confonds les lèvres, je fume par les trous pour y mettre le feu Non je ne parlerai plus Le mur du silence Il y'a eu une accumulation de peuples barbares dans mon bégaiement, tellement de langues qu'elles ont fourchées sur le silence C'est la science normale tu comprends à force de trop de guerres ton armée devient euphorique L'effondrement du système solaire se fait attendre je l'entends le funambule me dire que L'audace tu sais l'audace de mon cœur se lit sur mon corps Non vraiment l'émotion a surement dérapé quelque part Je ne sais plus parler On me bat à l'intérieur depuis l'éternité Ma légèreté. Je veux être insupportable
23 février 2011

Rose de plaisir ; épines de mélancolie

Lettre au tourment J'ai étouffé le jour, désiré la nuit pour t'écrire cette lettre, j'ai fermé les poings, ouvert les yeux. Ce n'est pas facile d’écraser les lettres sans avoir envie de vomir de douleur à chaque point. Oui. Je suis comme D..  Je vis au bord des larmes. Sans cesse. Dans des feux qui changent de volume. Je ne maîtrise pas l’explosion. Le matin, je vais à l’Université, ou au bourreau, avec la ferme intention d’assassiner la première idée qui me passerait devant les yeux, or compte tenu de la fréquentation réduite des intelligences ici, je tire sur moi-même. Le désir est organique dorénavant, je me traite  avec sévérité. Quand l’ivresse me submerge, je suis à deux touches de t’épeler. J’oublie la voix, j’oublie les êtres. Je ne sais plus rien, les hommes ont la silhouette de mes nerfs. Tu es entrée dans moi. Tu fais voler en éclat. J’aime avoir peur. J’aime les plaies agenouillées qui gardent le silence et  ferment les lèvres aux goûts de sommeil. Je n'ai pas dormi. Sous le ciel blanc, le désespoir a tremblé. Combien de temps que je ne dors plus ? Par peur de te voir arriver. Par peur des images graves, tremblantes. La lune est gercée à ses sutures, à force de l'avoir menacé de mes cernes. Je n'ai jamais fermé les paupières la nuit. J'ai décapité ta lumière. A voix basse j'ai récité des prières aux effluves d'ombre. Le matin encore arrivait, sans se soucier, du sens sauvage. C'est vrai D., je me suis évadé de Dieu. Mes prières ont côtoyé le diable. Mais que pouvais-je y faire, quand mes muscles se sont blottis à la surface ? Je n'ai pas peur de mourir, j'ai peur de ne pas y arriver. Laisse moi le temps d'aller vite. De te surpasser. De te dépasser. Toi, le sommeil. Avec mon attente. Nocturne. J'ai toujours éteint les lumières, je n'ai jamais dormi. Un jour je prendrai tes yeux. Je n'ai pas retenu la dose et j'ai suffoqué. Tu comprends, ce que ça veut dire ? Trop de noir dans la tête, trop de bougies qui ont mis le feu au mental pour tenter de ne pas sombrer, d'y voir encore clair. Parfois, le matin, je ne me lève pas. Je reste en suspens. « Tu t’absentes beaucoup Jonathan ». Oui. Je m’absente de moi-même. Je ne sais pas lire les notices. J’avale une boite d’épuisements. Les gélules me compriment. Me coincent. J’ai vomi le sommeil. Et je ne me suis pas levé. Dix heures immobiles, dans ma chambre. Sans un bruit pour remuer les odeurs de bois mort. Dix heures, et dire en souriant « je ne voulais pas venir ». Alors la nuit, je me suis battu, j'ai résisté. Le sens est devenu fou, un électron à l'air libre. Il fait tourner la terre comme une bille en verre, j’attends l'éclatement, la nuit, les milles morceaux de l'univers que j'irai ramasser avec mes mains de songes arrachés. L'haleine des limites m'ont bercés, ont tenté de rentrer le sommeil par la bouche, par la gorge. Sirop de messe. Le ciel peinait. J'écris avec le poignard des dimensions. Le déchainement des émotions. Tu comprends, tu le sens, le long de tes yeux, l'insomnie qui grimpe, l'insomnie qui ronge, le lierre de la fatigue, tu le sens, l'insomnie puissante qui vient épuiser tes yeux avec mes mots. Tu sens le regard grand ouvert de la vengeance qui se noue dés la tombée de la nuit. Je ne tombe pas avec elle. Je ne suis pas comme elle, je ne suis pas comme eux, pas comme toi. Je vous résiste. Je me fais peur. J'invente ta menace. Je fais comme, si je ne savais rien. J'imite, l'ignorance. Je sais. J'aime le danger. J'aime le vent des abîmes. Le risque. Rien ne peut m'arriver, je suis absent. Vous touchez mon absence, vous parlez à mon silence. Je suis un écho. Je veux sentir. Le souffle rare des poumons ras. Les pluies du ciel n'ont pas mouillé mes rêves, au bas de la plage, tes lèvres témoigneront : extrémité. Là haut, dans la grotte des nuages, ils ont confondu envol léger et suicides. J'ai retenu les secrets cruels, ça gémit depuis des années. Un jour, j'écrirai ce que la nuit dit derrière votre dos quand vous dormez. Aux environs du sommeil, il y'a des forces qui ruminent, j'ai la puissance de l'insomniaque, j'ai les os lumineux de la lumière que je capture pendant que vous plongez dans le noir. Je ne te parle pas de poésie. Je te parle de déviance. De déviance intellectuelle, sensorielle, sexuelle. Dans le sang noir des cicatrices, les gémissements ne m'échappent pas des mains. J'ai tout vu. J'ai disséqué la prononciation. Toi, mon écœurement, mon affection sourde. Toi, l’absente. Toi, la silencieuse. Lis-moi dans ton silence qui tremble. Le crépuscule a pris l'électricité, les fusibles ont grillé dans le paysage intime, la lumière s'est crispée autour de mes poignets, les nuits se sont éloignées, je n'ai jamais dormi. Je les ai défiées. Les minutes ont traîné dans les cendres que j'ai fumées, brûlant les jours manqués. Tu vois, je suis d'une lettre dont on ne parle pas. Les marges secouées des feuilles quadrillées. Clarté des peurs sous les astres projecteurs. Rendez-vous dans les airs. Ouvre les yeux, femme, vertige ou émotion ridicule ? Ta tête pleine de réduction, D. Je pourrais me faire éclater la cervelle pour l'allongement des phrases, le monde a une fin, les mots n'en auront pas. Je marche dans les rues qui ne m'appartiennent pas, je vis dans ce monde que je n'ai pas construit, j'écoute des bruits que les autres font à ma place, je n'ai que mes nuits, qui m'appartiennent. Ta surdité s'enfonce, vomis dans les oreilles du monde, qu'il entende tes entrailles. J'ai aspiré la corde des pendus, dans le noir, la blancheur qui sèche. Ô cordes, défoulez moi de mes images ma température déconcentre le monde. Mon déséquilibre a été murmuré, mon encre coupe le sanglot. Ne dors plus, la respiration gémit dans le tourment. J'ai éteint la lumière pour t'écrire cette lettre, j'ai fermé les yeux, ouvert les poings. Il y'a trop de nuits en moi pour supporter celles du monde. Je t'aime, quand tu ne le sais pas, quand tu t'endors, derrière les poumons lents du songe.
22 février 2011

L'angoisse de tes mains d'aube fine.

Tu sais Amour, Dieu est entré dans la chambre.

Il a déposé ses valises sur le palier. Et il m'a déshabillé ses rêves. Là, j'ai serré mon poing dans le fond de ma poche. Et je le faisais tourner. J'ai mis ma peau en miettes. Tu sais Amour, j'ai retenu la phobie.

Dieu est entré et il avait une carapace. J'avais de l'orage dans la bouche, et toutes les feuilles sont tombées sur la parquet de ma chambre. J'avais une tempête dans le coeur quand Dieu est entré. Des toits d'espoir se sont envolés. Je ne sais pas s'il y a eu des morts Amour, mais mon linge de nuit est tâché. De flaques.

    Dieu est entré, il était sec, il avait chaud et soif.

J'ai le ventre viril Amour, j'ai pas eu peur, j'ai reçu le coup de poing. J'avais le parfum liquide, et je l'ai laissé passer. Dieu est entré, il a regardé le plafond, et des muscles serrés pendaient au ciment. Mais tu sais Amour, je maitrisais l'agression. Je maitrisais ce qui entré, et qui s'installe.

    Il a ouvert les fenêtres, et des bouches gluantes frappaient à la grille. Il avait 10 jours Dieu. Il avait 10 jours.

Je respirais l'épreuve. J'ai le siècle rouge, qui perle Amour. Mais j'ai retenu, tout retenu. Il m'a déballé ses espoirs, sur ce lit, là, dans cette chambre. Je suis tombé sous ma peau. Dieu disait les hommes, les femmes. Tu sais Amour, je suis riche, Dieu est entré, j'ai perdu mon lait, j'ai cogné ma phobie contre ses os cassants. Dieu est entré. Il a défait les draps. Il a plissé mon coeur. Je t'en prie, regarde, regarde, Jérusalem sous le sang. Et la crèche qui frotte la poitrine. J'ai retenu le fauve Amour.

    Il a troué mon lit de lumière.

    J'ai caché mes cuisses bouleversées. Il a cuit mes envies Dieu, et j'ai une écrivaine dans le miroir. Une écrivaine avec les mèches blondes sur les lèvres, quelque chose qui empêche. Amour à l'odeur de novembre est entrée, et j'ai voyagé Amour. C'est vieux l'histoire du monde. C'est précoce, mon histoire par rapport au monde. Et je roule, sur sa langue, intime, intime, intime. Oppression. Intime haleine Amour. De Dieu, l'haleine merle J'ai retenu mes tremblements, j'ai mordu la queue d'Adam, j'ai tressé les cheveux d'Eve. Il demande du sucre dans le café, il demande du feu pour réchauffer, il demande de ne pas abîmer, il demande d'éteindre la lumière pour tuer. Dieu. Avec un grand "D", avec un grand chapelet avec un grand trajet. Dieu qui vient de loin, qui est si prêt. Il a enlevé sa peau Dieu, il avait trop chaud, il insiste. Étouffé. Étouffé. Brûlant. Étouffé. Il insiste et il enlevé sa peau. Il est sans chair. Ca brûle tellement en moi, que j'ai fait honte au Sinaï. Dieu est assis sur mon lit, sans chair.

    Je me suis assis à côté de lui Amour.

J'ai mis des religieuses dans son café. Il parle du mâle, de la guerre, il parle du mal, et des prières. Il commence à s'ennuyer Dieu, il baille. Il tousse. Étouffé. J'ai retenu la phobie. Il est resté une nuit, sur le lit. Il a dit "déconne pas".

    Il a déballé le monde comme un chien qui s'agite.

Il s'ennuyait. Il s'étouffait. Il est venu Dieu. Sans frapper, il est entré. Et j'ai retenu, la phobie de la vie Amour. J'ai retenu, la mort qui voulait m'emporter. Maintenant, il est reparti, comme le Petit Prince, comme un oiseau qui piétine les amantes et le corps méprisé. J'ai retenu, la terre brûlée des morts.

Dieu est entré, il est reparti, j'ai éteint la lumière, fermé les rideaux, découvert ma peau, je suis sensible.

Comment te dire. Je sais qui tu es. Quand tu fredonnes ici. Ce que j'ignore, ce sont tes pensées. Si tu te moques, si tu t'étonnes, si tu viens ici comme pour épier à travers les soies du bordel les vices qui s'y entassent. La différence. Je ne sais pas. Les habits que tu mets. Avant. Je crois. Dieu m'a dit. Les comtesses, mettaient, des guenilles en ruban pour imiter les rouées. Je ne sais pas. Si tu viens ici, pour te glisser, dans la palpitation de mon cœur anormal. De mes artères gorgées. D'urine. J'ignore si tu le partages à d'autres, en des moqueries, j'ignore ce qui se déroule à l'intérieur de toi. J'ai cru entendre une rumeur ? Je ne suis pas sûr. Elle tombait, en grésillant, sur la nappe. Elle tombait, la rumeur, et je crois l'avoir vu dormir, dans des yeux. Perfides.

Je sais comme ton corps se plie la nuit, au sommeil, comme il se paralyse soudainement, je tes doigts qui appuient sur les yeux de la peur, je le sais. Je sais toujours, qui sont les gens. Malgré les kilomètres je lis une âme humaine, j'en tourne les pages, je lis à la vitesse des morts. Je déballe les mots. Sous le silence, je te devine, sous la gaze de la distance je sais l'entêtement de ton parfum. Il se dépose, s'accroche, sédimenteux, douloureux. Tu froisses ma paranoïa, c'est extrêmement douloureux, mes inquiétudes. Tu te transformes. Tu deviens, l'obsession. L'obsession, et tu jettes dans le même regret que Dieu son fils, dans moi de la peur. J'ai peur de toi. Je ne peux rien dire. J'ai le nez fier.. Ta coutume est de tout déchirer.

22 février 2011

Insomnie amie.

 

On tombait, la première fois qu'on se retournait, dans l'insomnie, des nuits entières, car la fatigue, dans la solitude de la pièce, survenait toujours en fin d'après-midi, ou tôt le soir avec le crépuscule. D'autres ont déjà raconté l'insomnie : comment, à la fin, elle détermine même la vision du monde de l'insoumis, au point, qu'avec la meilleure volonté, il ne peut plus voir l'existence que comme un malheur, toute action comme dénuée de sens, tout amour comme ridicule. Comment l'insomniaque reste étendu là, jusque dans la lumière blême de l'aube qui pour lui ne signifie que malédiction, malédiction qui le dépasse, lui, seul dans l'enfer de son insomnie, malédiction d'une espèce humaine manquée, reléguée sur une plan te qui n'est pas la bonne...Moi aussi, j'ai été dans le monde des insomniaques (et je ne cesse d'y être maintenant encore). Les premiers oiseaux dans l'obscurité encore, juste avant le printemps, et déjà on entend Pâques avec le timbre, cette fois, sarcastique, suraigu, vrillant vers le lit de la cellule, ce « unenuitsanssommeilencore . Les cloches qui sonnent l'heure, tous les quarts d'heure, même les plus lointaines, nettement audibles,annonces d'une nouvelle mauvaise journée. Les cris et les miaulement de deux chats, l'un sur l'autre dans l'immobilité,signe sonore et net du bestial au centre de notre monde. Les soupirs ou les cris, prétendument de plaisir, d'une femme, soudain surgis dans l'air fixe, comme si, juste au-dessus du crâne de l'insomniaque une machine démarrant produite en série, en appuyant sur un bouton, comme si tout à coup on faisait tomber tous ces masques de sympathie et faisait apparaître au grand jour un égoïsme panique (ce n'est encore une fois pas un couple qui s'aime, mais chacun qui s'aime lui-même, à gorge déployée) et toute méchanceté. Périodiques états d'esprit de l'insomniaque – mais ils peuvent être définitifs pour ceux chez qui l'insomnie est constante, devenir des états réguliers.

22 février 2011

J'ai du soleil au coeur



Quand vous en serez au temps des cerises, Si vous avez peur des chagrins d'amour, Evitez les belles ! Moi qui ne crains pas les peines cruelles Je ne vivrai pas sans souffrir un jour...

Il y a une solitude dans l'écriture qui vous rapproche des autres.

J'invente une prière qui dit : " j'achève les enragés "

Je suis une fuite organisée. Hitler dit qu'il a les parties sexuelles si fragiles que mon corps qui le frôle le rend fou. Je n'ai pas le langage humain. Je dis "vous devez confondre" à une dame qui perd sa peau sur des toilettes. Je rencontre une fille qui pleure de rire, dans la nuit, je l'imagine mourir. Il y a un gardien de musée dans mon crâne. Les oeuvres sont intactes. La grande table ronde d'un bleu nacré. Les coupes de champagne qui se brisent sur mes gencives. "Tu ne bois pas ?". Non, je m'offre. Je m'offre aux sourires bourgeois, à des femmes aux âges de mère. Je veux de la tendresse. Je n'aime pas les sexes éventés, je n'aime pas l'argent. Papa Je pense qu'un jour il ne sera plus là. Alors je serre plus fort, je retiens le parfum, la peau, le gôut, l'assurance et la fragilité. Je retiens tout de Papa, comme un souvenir qui se consruit sur le moment. J'ai eu raison hier. A elle aussi. Je dis que j'ai le sang de mes origines, les yeux noirs, les cheveux sombres, la peau mate, tout écarlate de douleur. Oui, mais ça reste dans le sang. Ce qui recouvre mon corps c'est le vent du Nord, sa pluie sur les visages exacts. Moi, je suis fait de l'odeur de la mer agitée. Mon amour. Mon. Amour. Là-bas. Je suis serré dans l'air chaud. Dis moi la neige qui grelotte sur tonparvis. Des chansons berbères je ne comprends que Béjaïa. Des sourires de mamans je ne retiens que la douceur de mon prénom. Dans la glace, je caresse le ventre plat de ton reflet, je l'imagine rond comme la langue amoureuse accessible. Mon amour, il faut apprendre à tout perdre. Là bas, je dis "je déteste les regards". Je suis sans réel désir. Je suis une décoration. Si on me laisse un message. Je ne rappelle pas. Il est loin, il manque. Si l'on m'écrit, je prends mes doigts,et je réponds, automatique, j'ai toujours le dernier mot, un dernier mot de politesse. Je veux être insupportable, je veux être en dehors des autres. Je veux être ce sordide que l'on épie, qui nous menace. Je veux être insupportable, que personne ne m'approche trop près, que mon souffle reste avec moi. Et puis, la maman de Lisa lui dit "tu as une lettre de Jonathan qui t'attend à la maison". Je ne résiste pas, à l'écriture, aux mots. Elle pense "il est très fort, il a deviné. Alors il a écrit, il sait que je ne contrôle pas". J'imagine les corps dansants, là bas je nous ai vus. Toi défaire l'anémone de tes cheveux, le noeud des paysages. Je déteste l'attitude des filles qui veulent séduire. La forme de leurs corps quand elles s'apprêtent à aimer. Elles grandissent, prennent de la place comme un coquillage géant, gluant, salé, puant, et délicat. Fruit de mer. Elles germent, dans les petits désirs, les petits amours. Moi,je voudrais me cogner. Je voudrais qu'on me prenne le bras, dans le fond d'une rue et qu'on me tire les cheveux en me criant "voilà, c'est ça l'amour". Tu le ferais, un jour avec tes mains d'été ? J'attends que tu m'appelles le soir, je me dis "elle a du boire, elle le fera, elle le fera indignée, en me disant arrête, arrête tout ça, j'ai tes images dans la tête et je ne les supporte pas" .Sourire tendrement. Hitler aurait pu le faire, s'il n'était pas aussi bête. Je dis toujours "laisse, ils sont tous cons". Je souris et je pense : dire que je l'ai tué J. L'odeur des douches publiques, et le bruit des moustiques fatigués, quand les cheveux blonds animaux se collent à moi sur Waters. La musique est bonne. Quand la musique est bonne. Il dit "j'ai trop saigné ". J'aimerais voir. Je veux toucher. Moi aussi, je saigne souvent, j'ai les gençives fragiles. Je ne veux pas être comparé à mon écriture. Je ne vis pas encore comme j'écris. J'inspire N. Elle me dit "tu m'inspires". Je l'inspire. Je me demande, comment, et où. Je croyais que je suffoquais. Et puis, je ne pose plus de questions. Que la nuit me pardonne. Les gens sains m'ennuient, les gens sains sont vides, moi je suis pur. Je suis le tout de ce qu'on lit de moi. J'aime ce qui dit "je suis timide, mais sauvage". Le téléphone explose, je ne réponds jamais, le téléphone raconte. Les boîtes. Les filles. Les baisers. L'intime. La virilité, les urines. Puis le renversement du coeur. Le désenchantement. Les regards vulgaires. Il raconte. Elle, elles, eux. Mais jamais toi. Les mains sur les hanches comme des pierres sur un arbre. Tombales, évidemment. Il dit "Marie, le surf, la plage sous la pluie, les rues du Nord désertes sans toi, les nuits blanches à danser, la musique, l'alcool, je prends jamais comme toi, je prends pas de limonade moi, je veux vivre ma jeunesse". Ma mère, a un rire étranger au téléphone. Je déteste Cergy. Je n'ai rien à dire à leur dire. Ils disent toujours "parle moi, écris moi". Moi je n'écris plus qu'à une, un peu sourde, elle a des nymphes dans les cheveux, de l'hiver au regard. Mais je ne lui dis pas, parce qu'elle s'en irait si elle savait tout. Je me dis qu'elle sait, et ça m'amuse. Ca m'amuse parce qu'elle n'en parle qu'aux autres, autour de moi j'entends le frottis de la rumeur, j'entends ses habits de fantôme et ça me fait sourire. Elle en parle, et la voix me traverse comme une intention. Personne ne comprend, tout le monde est sourd, ce n'est pas avec les oreilles qu'on écoute. Cons. Je fouille le vil plomb de mon corps abandonné qui ne transmute pas d'or Tout se bouscule dans les plumes de serpents. Je suis incendié. Précieux. Tabou. Sûr. Racine. Je tombe de la chaise en éclatant de rire. Je suis une fuite organisée.

E dit "je pense à toi". Elle le dit souvent. Mais je ne réponds pas. La cambrure de son dos c'est N. pourtant. M. D.. Zurich. J'ai brûlé mon passé avec nos coeurs unis.
Elle, toi qui part, revient, ma marée, mariée, son sourire, ses silences, c'est moi. Parce que son odeur. Haute-décousue. La forme de ma bouche qui aspire la fumée. Un indice. Le corps anonyme.

C'est violent le sourire du désir.
Quand je parle, j'éjacule de la mâchoire.

22 février 2011

Quand ils lisent, je vois leur éducation, et je regrette déja d'écrire.

Loin.

 

 


Il y'a un conseil taillé au marteau : tu ne devrais pas lire de poésie dans la nuit. Les femmes qui se regardent dans les vitrines, en inspectant leurs cheveux. C'est que le ciel je peux le prendre entre mes mains, le secouer, et vous le balancer à la figure. Je trouve ça ridicule et pourtant, je fais de même : je me regarde. Est-ce que j'espère me trouver laid ? Plus j'entends Baudelaire entre mes lèvres quand je regarde tes yeux, plus je commence à trouver qu'il est tard. Je n'aime pas la poésie, tu comprends. Je n'aime pas les femmes qui se regardent et je n'aime pas la poésie. Si l'on me demande si j'aime les mots, je répondrais que oui, mais ça, c'est une réponse instinctive. Par instinct, j'aime les mots, par principe, je ne les écris pas. Les mots que j'aime, je ne les ai jamais écrits. Je te les dirai, à toi. Les mots. Je les dis avec la gorge nouée. Les yeux, tes gifles, ton impatience visible. S'il fallait que j'écrive un livre, ce serait un scandale sous la forme d'une silhouette, que vous croiseriez dans les couloirs sombres : on sentirait la présence mais on ne distinguerait pas ses formes. Il y a notre différence. Quand j'hurle, c'est sur mes plaies. Parce que tu es avec moi, en pensées, je te sens dans le froissement des pages. Je ne suis dupe de rien. J'ignore ce que tu cherches. Moi je n'attends rien. Je n'ai jamais rien attendu. Même la partie manquante. Toi. Alors quand Maupassant dit "L'homme s'approche", je ris, la littérature m'ennuie. Je n'ai que faire de votre intelligence. Je n'ai que faire de savoir si je suis un homme ou une femme. Je sais que je veille sur toi avec une hache en bois, attendant la sentence. Je sais, la plus belle des destructions  La construction, ton existence. Je veux admirer tout ça de loin. Je veux raconter, raconter le lac en moi qui noit les orages. Si je les croise, je leur plante un revolver mou entre les deux yeux. J'attendrais que vous pleuriez. La Vie se taira, et je descendrais dans le ciel pour y retrouver les trains que j'ai raté. Avec toi. Un homme, c'est un assemblage cosmique. La sagesse, est une maladie un peu sombre. Dans les pharmacies, on ne vend pas de médicaments pour les prudents. Prudence, reste anéantie dans ta tâche, moi je ne veux plus me regarder dans les glaces pour savoir si je suis beau, je veux savoir que je suis laid.

A partir de ce moment là, je ne perdrais plus de temps, je cours, en frappant dans le dos des beautés immobiles et grossiéres, j'enmènerais dans ma course, les lamentations fades.

Défais toi de ton éducation. Arrête de te tenir droite, comme si la courbe de ton dos ne devait pas se casser, sois avachie, courbe tous les os, casse-toi en deux, défais ce que tu peux de noeuds, mange avec tes mains et mets de la terre sur leurs tables propres, mets ton nez dans ton verre, et jette ton assiette à terre, casse, arrête de poser gentillement tes mains sur tes genoux sous la table, met-les dans ta bouche, lave-les après manger, dans la bouche des autres, ne sois pas si fièrei, jette-toi des ponts, trouve-moi misérable, trouve-toi merveilleuse, continue de ne pas idôlatrer ces gens qui sont rentrés dans leurs épaules droites, "arrête de fermer les portes par politesse laisse-les grandes ouvertes" c'est ce je te dis. Qu'on entende tout, arrête de te taire, et parle, parle, dis-ce que tu as à dire, et même, le reste.

Quand ils lisent, je vois leur éducation, et je regrette déja d'écrire.

A l'envers, ça donne :

Vivant il-croit se, mais, probléme de pas pose me ne ça, mort sois je Que. dire rien veux ne je que et mort suis je que dit qui celui c'est, j'enmerde que un bien a en'y il's Et.

22 février 2011

"La brume en baisers".


C'est facile de devenir celui dont tout le monde parle. On dit dans la rue que je suis l'ombre de F. Qu'il était la lumière. Et quand je tiens le manuscrit dans ma main, tout me revient.
L'échelle de l'abandon. Le sous-sol interdit. La racine sous la pierre. Le ventre sous langue.
Tout me revient. J'ai treize ans et je connais déjà. Les origines de la peur. Le calme de mon corps. Les femmes sont cruelles. La musique est mortelle. Je suis déjà dans le corps humide. Le fond sec. Le corps suant, rivière musical. Je suis déjà l'enfant qui coule. Transparent. Blanche prière. A treize ans, pas encore percé d'ordres, la seule force dans la faiblesse. Je suis déjà, une cachette infinie. Je suis une fille à la fente close. Verrouillée. Une tentation dans le miroir. Maman disait que j'étais dangereux quand je vomissais Rimbaud devant la glace en pleurant, comme pour atteindre mon corps. Tu es dangereux. Dangereux et transparent. L'enfant sans peine. Dans la richesse de l'harmonie. Un coquillage pétrifié qui respire sous le sable. Sans bouleversements. Un muscle indien
Et puis, il y a eu la confidence. Celle qui agrippe au cou. La première. Je te garde sous les ongles dans un verre de liqueur. Mon début de nuit. Ton visage doux. Où tout se passe. Un lieu où il faut tout construire. Un visage colérique et calme. Un alcool. Un visage qui vient loger dans le corps. Tu diras plus tard, avec le recul "tout se passait dans la mâchoire". C'est que je ne sais pas écrire, c'est que je n'ai rien à raconter. C'est qu'il me faut une scène, qui gronde en moi. treize ans, le pouls acéré. Le sommeil paisible. Le coeur obèse. L'haleine tiède. Nuque. Course. Pieds. Route. Bruit. Tu ne t'effondreras jamais. Tu partiras loin, dans ta vie, et je penserai à toi, je te mettrai dans mon ventre, je te ferai circuler de mon cœur à mes muscles. Et je défile, devant toi, sur la place de l'enfance. Carnaval, je suis plein d'étages. L'enfant armé qui ne sait pas se servir des fusils. L'innocence effrayée par elle-même. Tu aimes, confidence. Mes bras aux blessures, et quand je saute dans l'eau qui n'existe pas j'éclabousse quand même. Je ne laisse rien sur le passage. Je ne frappe sur rien. Parfois les vitres, le plexiglas, parfois mon ventre. Je fonds en moi. Je vais: je vais te, maintenant que j'ai vingt ans, maintenant que je sais l'impact de la peau, maintenant que mon parfum colle aux arbres, maintenant que ma violence est dans le secret. Maintenant, que j'ai les yeux profonds et inutiles,un corps grand comme le monument, la tristesse dans la crèche, l'enfance en miettes dans les creux. Tu as les cheveux si longs qu'on dirait mes cris. Je tire. Dans ma chambre J'entends encore maman dire non. Aujourd'hui les gens prennent comme maman la même voix apeurée et timide. Ceux qui me lisent, me regardent avec des yeux méfiants. Bonjour, tout ça se passe dans mon corps. Voyez ma vie, la blessure reproduite, la parodie des joies. Mais je suis heureux, je jure, sur la tranche d'un sacrifié, que je suis heureux. Je fais le rapport. Confidence. Tout me revient. On va te reconnaître, ma confidence. Tu étais inquiète. Tout me revient. J'aime ton rire. Maman dit non, et nous sommes juste à côté. Tout me revient, quand je tiens le manuscrit dans mes bras. Et c'est trop brusque. Je dois placer mes idées. Je cherche le corps de l'écriture dans toutes les rues. Aucun ne correspond à ce vertige. Je dis ton prénom. Tout me revient. Mes treize ans. La proviseure qui croise les jambes et ma tête qui tourne. Hier soir, j'étais dans les draps, et je me laissais faire par le sommeil. Et là, il faut que je fixe mes idées. Brouillon. J'ai l'écriture brouillon. Comme un raz de marée. Rien ne se fixe. Je dois fixer mes idées.  Tout me revient. Ton heure et ces murs qui tombaient lentement, lentement. Pardon si tu lis ça. Je sais que tu lis. Tu vas te reconnaître. J'avais déchiré mes collants en laine de treize ans, et ouvert la porte. Je suis arrivé, j'ai ouvert la porte et je suis entré, ton parfum est venu dans cette chambre. Je le connais. Il a déposé ton odeur. Tu me fais peur quand tu as un regard de poupée de plainte.. Hier soir, j'étais dans ces bras, à deux heures quarante sept minutes, je crois. Monsieur, sortez, je ne veux plus écrire, laissez-moi tranquille. J'arrive avec un corps comme une adresse. Aujourd'hui, je suis presque propriétaire. J'entends une voix à l'intérieur me dire "je n'ai pas mes propres pensées, parce que je n'ai pas mon propre corps". C'est à ce moment là, que je loge en moi. Que je m'installe dans cette peau. A treize ans. J'entends encore les autres dire « il est dérangé, il me fait peur, avec ses yeux, ses yeux, ses yeux ». Dérangé. Non, occupé. Oui. Pas dérangé. Rien ne me dérange. Tout m'occupe. Je suis occupé. On m'occupe. C'est si simple d'être celui dont tout le monde parle. Je refuse. Je suis arrivé brûlant comme un soleil timide. treize ans. Je disparaissais à trois heures vingt-cinq sous le sommeil en avance de Lara. Tu apparaissais en ombre. Je veux. Je suis si gros. Tu es si mince. Tu es l'eau du bain trop froide. Je suis entré. J'ai jeté des poupées sur mon lit. Et je suis monté dans mes souvenirs. Je suis monté. Monsieur, je veux allez jusqu'au bout de l'écriture, ce qu'on imagine pas encore. J'entends encore Maman expliquer « non ». Je te grifferai si tu venais un jour, contre les couvertures de ma bibliothèque. Ce n'est pas dans la violence. Non, c'est autre chose. Une panique. Et je te dirai, là je te dirai, la confidence. Là, oui, je te dirait, sur toi, sur l'étouffée : « je veux t'arracher la peau ». Je te dirai, et je ne voudrais plus que tu sortes des draps, je m'allongerais sur ton ombre lucide. Pardonne-moi. C'était avec toute la violence de l'enfance trop mouillée. C'est si facile, d'être comme tout le monde veut. Monsieur, laissez-moi allez au bout de l'écriture. L'enfance glissante. Sans matière. L'enfant pendant sous les mains. Je veux t'arracher la peau. Tout me revient. Et c'est ça ma confidence. Tout me revient quand je tiens le manuscrit dans les mains. Il me faut une scène. Ne pas publier, ne pas dire, je publie depuis que je meurs. Je dis ça. Toi et moi l'écriture secrète. Il y a des débuts partout, sur mon corps. Pardon d'ouvrir la scène. Ca aussi c'est ma confidence : la naissance de l'écriture. Ne pars jamais, depuis j'ai 20 ans. Je serai là, encore, dans la répétition, des choses qu'on lit déjà. Des terres qui nourrissent comme ce que je tiens dans les mains. La louve sans pattes.

J'entends aujourd'hui ma mère qui me lit et qui dit « non ». Mais ça elle ne sait pas, tout ce qui me revient. Tout ce que tu m'habites.

 

21 février 2011

Frémir Frémir.

Ca doit être l'été. Le bel été. Aujourd'hui je confonds, "ça ne peut plus durer, ça ne peut plus durer". Je confonds les gestes et les crimes. J'ai la peau sur l'os. La peur sur la chair. Dur. Je suis un jus frais, je t'épouse, ferme les yeux. Ferme les yeux. Ferme les yeux. Ferme les yeux toi, tu me retrouveras dans le noir, silencieuse, sous ta mâchoire qui efface. On ne peut pas récupérer, un souvenir amoureux, sous une pleine lune indifférente, sous les traces sportives.
Je ne me montrerai pas. Les enfants se noyaient dans les flaques. Ton coeur coule à travers les barreaux d'une grille. La grille verte à l'entrée de mon jardin. Le coulis empêche les passants de monter sur le trottoir. Empêche les hommes de venir me tuer une seconde fois. C'est l'hiver qui fait son effet. Il barricade. Il protège du bonheur. Il claque mes dents sur les digues du Nord, et les arrêtes des poissons me fendent les côtes. J'arrache ton écorce pour la grande occasion : l'été.Il ne faut plus, l'hiver, le froid, la neige, les lumières, le noir. Il ne faut plus, que je pense à ça. Vite l'été. Tout doit revenir. Le bruit des marteaux sur le chantier au goudron suant. Tout doit revenir, la trace des pas quand on court, la terre qui gratte de sécheresse sur les cuisses, le tee-shirt qui colle sur le dos des filles en été, les marins qui s'embrassent sous le tunnel en secret, les gares qui ne tiennent pas leur promesses, le calendrier qui se défigure, les couloirs de l'Université qui se dérobent sous le bruit des rires, suivre sans réfléchir, attendre de voir son ombre approcher par la fenêtre du troisième étage, tout doit revenir, les insomnies éteintes, l'alcool sous le lit pour violer la gorge avec mon rire nerveux, le Lac là bas, la nuit, le jour, l'été, avec le son de mon violon, et le gôut de mes pleurs dans la gorge, à l'intérieur, l'intérieur, d'une maison, d'une poche, d'un livre, l'été c'est l'intime, le gôut des larmes dans l'assiette, les moustiques qui s'enfuient les ailes gonflées de sang volé, c'est revenir en cercle et humilier, toujours, en profondeur, humilier un paysage qui dégouline de chaleur, qui dégouline de beauté, une peinture fondu. Vite vite, va t'en hiver. Tout doit revenir, la café de faune qui s'arrête de respirer en me voyant approcher, les coulisses d'un amour perdu, la capuche de mon sweat qui recouvre mon visage entier, l'étouffement, le corps qui s'allonge sur l'herbe mouillé en fermant les yeux sur ce qui se prépare, ma voix : "c'est dangereux dans le noir" "oui mais il fait jour" "dès que tu fermes les yeux, c'est la nuit, tout est toujours dangereux, toujours, dans le noir, avec mes yeux sombres". Tout doit revenir, la peur dans le train des mains qui agrippent, l'odeur des cigares indifférentes à mon chagrin, la cloche de l'église qui sépare ma nuit de ma journée, mon amour de mon regret, ma raison de mon visage, tout doit me revenir, même la vague qui t'arrive dans le nez et que je ne sais pas arrêter à temps. Tout doit revenir, ton sommeil qui bave dans mon corps, mes bras qui ne savent pas t'encercler pour la nuit, le froid qui coupe ton désir, ta fidélité belle, tonéducation.
Vole en éclat, achève ta violence sur moi, rends-moi mon visage. Va t-en hiver épais bombé d'essence, je suis le gosse humide qui cache tes cadavres sous ta neige sale. Je suis ton vestige. A l'intérieur, il y a ta destruction, l'été va réparer ma censure. Tout doit revenir, ton poing contre la fenêtre, les bouts de verre si lourd que je retrouve entre mes reins, tout doit revenir, le secret des maillots de bain salé, le souvenir d'une main qui ne touche pas, qui ne touche plus, déjà. J'ai la main incapable de toucher. Rends-moi mon visage toi, je sais que tu es là, ici. avec tes yeux de noyée. On voit mes os. Je suis la misère fragile que tu glaces avec un vent amoureux qui ne tient pas entre les branches. La nature me protège, la balcon se fend. Je perd mon visage, je fouille, dans l'eau glacée, dans la sueur de tes promesses, je cherche mon visage dans mes souvenirs. Je me souviens pourtant, pourtant je me souviens, d'une bouche, des yeux, bleus, la bouche était pâle, perdue, elle savait parler, c'était mon accusation, la langue de massue. Je cherche, j'avais un visage, où est-il. Rends-le moi. Avant que le soleil ne grille mon sang. Le sang qui monte à la tête. L'hiver me prend par les pieds, la tête en bas, je perds mon visage, comme un chapeau, il tombe, il vole, il s'enfuit, à quatre pattes, avec le vent, avec la tempête, mes bras dansent dans le vide, je le cherche, le sang me monte aux joues. L'hiver est irréel. Tout doit revenir. La lumière qui se noit, qui se concentre. Tout doit revenir de la neige, ton odeur, tes paroles. Et tes cuisses, tes cuisses. Arrachées. Arrachées. Je les vois, arrachées du corps, en dehors, les cuisses. Tu vois, je délire. Je vois les cuisses arrachées du corps. Je vois un couteau dans le bas-ventre qui gesticule encore, sous les boyaux passionnés. Vite, reviens je perds. Je perds la raison, comme j'ai perdu mon visage. Je me souviens d'une nuit dans un cri, alors tout doit revenir. La réalité. Je dois retrouver, ma vérité. Les montagnes qui se décomposent en poussières, l'enveloppe qui ne s'ouvre plus, le bal des accidents. J'ai perdu mon visage, dans la nuit de janvier, sur le quai. Sous un train, le soleil est né Ses rayons ont transpercé mes yeux, j'ai perdu la vue, j'ai pas vu mon visage qui partait. Il est tombé. Hiver, rend-moi l'été. Ces souvenirs, mon souvenir. Toi, rends-moi ma précipitation, ton geste. Rends-moi ce qui m'appartient. Ma mémoire.

Ils disent "amoureux".
Je réponds :
"Mais amoureux, ça veut dire quoi. Ca veut dire stupide, ça veut dire non, non non et oui. Ca veut dire chaque nuit, chaque nuit ça recommence, ça veut dire se souvenir, ça veut dire vide, seul, amoureux ça veut dire adolescent, ça veut dire 20 ans, en plein dedans, ça veut dire, manquer."
La nuit me demande, quand j'écris sur toi, dans mes cahiers de feutre: "Que deviendra l'amoureux ?"
"L'amoureux, se souviendra de l'amoureuse. J'aurai la racine amoureuse. Une racine fraîche, sans eau pourtant. Une amoureuse en apprentissage, une algue en volupté".

18 février 2011

Lanternes, lents ternes.

Pauline, à midi, à l’heure de nos déshabillages bavards, quand je monte au 12 de la rue Balzac, dans l’appartement où elle s’impatiente, prononce cette prière « je suis amoureuse tu sais, ça ne veut rien dire ce que l’on fait. On se donne du temps qui prend l’apparence du corps, on se donne nos muscles, on se donne nos fatigues, on les mélange, mais on ne les unit pas, elles restent toujours étrangères, se voient sans se comprendre, ton langage n’adhère pas sur ma peau, il a perdu sa propriété de magie visqueuse. Toi tu ne m’aime pas et moi je te déteste. Tu ne m’aime pas parce que tu vis dans un monde plein de pensées, de choses étranges, de couleurs invisibles. Quand tu m’appelles, parfois, sans t’en apercevoir tu me dis Anne, et tu continues, à parler d’yeux bleus que je n’ai pas, je suis pleine, moi, je n’ai pas eu l’éclat décoloré de ces filles translucides que tu aimes tant, de ces défaites du pigment, de ces peintures d’échec, de ces brouillons de saveurs. Une blonde aux yeux bleus est une précipitation délayée, effacée, elle est faite dans l’urgence, le soleil inattentif les oubliait, ce sont des machineries de l’ombre, c’est de l’argile mou, ce sont des pâtes crues ces filles que tu aimes tant. Tu me disAnne, et tu parles de l’abîme de ses reins, tu n’écoutes jamais l’autre, c’est à peine si tu le vois –j’ai les yeux myopes. Tu es dans ta tête, tout le temps à l’intérieur de toi-même alors que tu m’entres dedans, c’est toujours la mystique du pays de toi que tu visites, toujours cette absence douloureuse dans tes traits crispés qui me fait te haïr, et te rendre si indispensable à ma solitude. Qu’est ce que l’on partage ? Rien ? Mutualiser nos détresses ? A peine, on disperse dans la même direction notre temps, on vérole notre jeunesse du même silence, de la même transe mécanique qui ébaubit toutes les pucelles que tu aimes défaire. ». Je circule sur des tas de scène, par pitié ne me pardonnez pas, je traîne mes décombres, mes membres et mes cendres, j’allonge mon ombre sur des tas d’amour composites, qui jaillissent moitié de la forme que la réalité a bien voulu leur consentir, moitié de ce que le fantasme leur colle au visage. Je suis amoureux de petites invisibles que je me maquille des couleurs chatoyantes de mon estomac, de la peau des fruits miteux que j’expire, leur chevelure est faite de l’éponge molle des pensées. Les nuages qui les couvrent dans la nuit abritent l’eau matricielle des mers de demain, toutes ces larmes contenues dans l’œil immense du ciel, qui se tient suspendu en l’air comme un couperet sans mécanisme. Je m’abreuve en moi-même dans vos lèvres closes comme des yeux. Etre heureux, c’est être aveugle, et j’en crèverai les yeux brûlés, je m’en dénouerai les paupières si elles coulissent jusqu’aux silences. On ne vit bien qu’éblouit. Le bonheur ne vaut pas l’amour, ma petite Pauline. Anne, c’est autre chose que toi, Anne c’est dix-sept ans douloureux qui lui tordent le nez pareil à un crime qui se tiendrait au milieu du visage des innocentes faïences, tu imagine la fêlure d’un vase d’antiquité ? Son nez est cette blessure qui se tient dessus sa bouche comme un avertissement pour tous les faillibles du verbe, littérateur, tous ceux-là, adorant, ses jambes de compas, ne comprenant rien des poisons de sa lèvre mycélinienne; mortelle parure que sa beauté de scandale. Anne, est de ma race d’ignoble, de son corps parfait de déïté malfaisante, de ses dix-sept encombrants elle me menace, ses dix-sept ans sont dangereux, ils brûlent et suffoquent, s’étendent partout comme des ailes d’utopie. Ne respirer que son parfum vénéneux, cette fleur expirant souffle par souffle une buée d’accidents. Je meurs cent-dix fois par nuit dans l’étreinte de ses ormes, l’écorce de sa peau déchire les tissus fragiles. Parfois elle me dit, le soir de nos sordides émois  « Je crois que l’an prochain je partirai avec toi, ce sera la Pologne, ou la Hongrie, ou ce que tu voudras qui nous donnera l’excuse de nous tenir chaud, on partira en hiver, et on ne se laissera pas. Nous boiterons d’avoir trop d’hideur, d’être trop lourd de nos corps unis par le scandale et la cruauté. Si tu as faim, que ma peau ne suffit pas à te nourrir, si tu as faim, j’irais voir ceux-là qui payent pour la chaleur humaine. ». Anne, veut venir à Paris la semaine prochaine, et elle me dit « Je dormirai sur un banc, avec un couteau et ma poitrine belge, je dormirai sur le banc, avec mes seins de clochers et mes yeux bleus. Si tu veux me voir, on baisera dans les toilettes publiques, on y entrera à deux, en gloussant pour que les passants se tournent, et s’indignent en se bouchant le nez. Mais tu devras me payer, si tu veux me goûter. Je me suis assez offerte, maintenant je tarife, je mesure, je répartis, je suis une part sociale précaire. Je te vends la tendresse, l’étreinte, les bras, tu peux payer de ta détresse, de tes rimes de muriers, tu peux payer avec de grandes bouchées d’or, tu peux me payer de l’argent que tu volais à Georges dans son sommeil interdit. Mais je veux quelque chose de ce moment, quelque chose de sale, de bas, je veux quelque chose qui me rapproche de l’enfer où tu rugis tes certitudes malfaisantes, je veux moi aussi pousser ces hurlements qui m’ont glacé tant de nuits, que tu pousses sans pouvoir les retenir comme l’eau d’un fleuve qui rompt son barrage de bois. Ces cris, ceux-là dont tu disais qu’ils sont tes nerfs nécrosés, tendus, recroquevillés comme des billes de plomb, tes nerfs abominables déformants ta bouche, et ton langage, murmurant des prières aux condamnés ». La vie je veux la mener en pointe, tendue vers quelque chose d’excessif, quelque chose comme l’Art, qui ne souffre que mal les contraintes, qui balbutie dedans ses paroles révolutionnaires, qui va abandonner toujours les mornes normes jusqu’à descendre les barricades des rimes. Je veux construire des salles cassant l’harmonie des architectures, vivre au milieu d’un paysage saccagé de bombes, creusé de guerres, et au milieu dans les lits de boue trouver vos caresses à vous, mes petites que j’aime, que je chéris et qui me détruisent. Si vous saviez toutes comme les yeux bleus me mettent en miettes, combien je n’ai jamais su résister que par fierté à leurs suggestives poussières. Ils n’en sont aucun à ne pas m’émouvoir du profond des notes graves qu’ils chantent, aucun iris qui ne me fassent pas passer au corps les eaux tièdes de la désespérance, aucun yeux bleus face auxquels je peux me tenir sans ternir, aucun vers lesquels je n’ai pas la caresse qui arme mon bras, et si la politesse en interdit l’expression je meurs en moi-même de cette flamme interdite. J’ai fait feu en moi, de ces absentes, disparues, rangées dans leurs vies. Tous les yeux bleus qui parsèment les visages ont hérité cette politesse de sommeil, cette douleur profonde, à laquelle on ne peut se soustraire, et c’est mon visage en elles, dans les bains malades de la pupille dilatée que je crois observer. Mon reflet ascète, fendu en deux, dans vos beaux yeux. J’aime les yeux bleus, et quand ils incrustent un joli visage comme les opales un collier, quand l’intelligence qui les porte et qui les vivifie s’ancrent dans ma peau, je défaille tout entier, et j’écris les promesses rieuses avec des mains d’enfant. A la nuit, je grimpe, ma sœur les doigts mangés de gouache pour la teindre de la parure heureuse de ce que me font ces yeux là. La contamination de leurs mélodiques stupeurs. Yeux bleus venez à moi, étudiez ma nuit, scrutez mes dépits, guérissez moi pitié des hurlements qui me façonnent un monstre. J’hésite au crime encore, et j’y tends, j’y tends mes muscles d’enfants ne sauront pas tenir encore, j’entends les voix dans moi qui ordonnent déjà, qui structurent l’occupation, me vendent, et me féodalisent. Mon âme et ma chair pour deux royaumes, à l’âme l’évêché ; à la matière la châtellenie. Guérissez moi de la brume de vous, venez, venez mettre vos lueurs dans la nuit au ventre violet, érigez vos torches de papier qu’embrasent vos éclats bleus de lumière. J’ai mal à toi, et à vous. Aux cheveux blonds, brûlés de jour et ma solitude. Je vais visiter des mondes de couleurs, et de mélancolie, je veux tes baisers mouvementés, et la reliure de cuir de ton corps, que je frotte jusqu’à la flamme. Je brûle de faim pour vos images, pour vos yeux de maximes. C’est ainsi, on ne s’en remet pas
18 février 2011

L'algorithme de ta peur

« Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes » La Mer changeante des secousses qui se brisent en tempête, et son écume malade fait à la malice un soulier de vairs, à la parole légère jusqu’à la transparence. Le bruit des corps brisés fait les premières tonalités du concert requiem, celles livides des désespérés et le son animal sauvage, dompté par le flutiste, enfermé au zoo de l’instrument, les cordes du piano sont des fleurs d’émaux grillageant l’insoumise bête de bruit. Sur les récifs taillés en larmes immobiles, sur les récifs figés dans des postures d’Andromède viennent se jeter dans leurs chaînes tous les crevés de l’espoir, qu’on dit dans ces contours sans vie amoureux de tes yeux. La nuit, souvent, marchant sous les débris du jour, dans ses restes maigres réfugiés, tremblant, sous les lumières fragiles des réverbères, il en est un qui hurle son agonie-Verdi à la recherche de ton corps où briser le sien de la note finale des valses tristes, j’en vois un, et c’est toujours le même, qui se jette dans les effluves de toi que tu laisses comme des souvenirs colorés pour y mourir, un, et c’est encore le même, qui te souhaite psalmodiant la tragédie de ses os rompus. Les pleurs sèchent vite en entrant en amour. Frisonne les vagues au rythme doux d’un rictus, sur la pâleur dessinée dans les draps plissés en visage du sable à poils ras, se recouvre lui des mirages du désert que la mer dépose, sédimenteux ; les naufragés sont des demeures de désert, des détachements éclaireurs des fictions, ces abris à songe, qui portent en eux les images de délire que délaisse la folie apeurée. Leurs cheveux d’algues tâchées d’actinies tombent froissés sur leurs haleines de rhum et les peaux ivres de souvenirs démontés s’effacent comme la trace sur la plage de ces corps meurtrissant, découvrant, rassemblant, sonnant et dissonant l’outrage des sérénades, tout l’outrage des amours vrais, dont on ne revient pas. Je traîne deux corps aux gravités distinctes, le corps céleste plongé sous les courbes de l’enfer, dansant sous les pièges tendus partout et sur les chaleurs mortelles mais qui ne peut plus mourir, je traîne ce corps-âme dans des pays suffoquant où brûlent les poumons de chiffon, dans l’étuve sèchent l’argile des souvenirs en la figure du cri. Je traîne un corps tout de matière absente, tout étranger aux autres corps de réalité qu’il croise et frôle, celui-là soumis aux gravités physiques qui expriment en tout son consentement, qui se laissent faire. Souvent, je regarde passer les gens et avec surprise, dans le cœur du débit ininterrompu, je vois passer ma vie qui s’en va de moi, ma vie que je regarde m’échapper sans la retenir, comme une femme adultère. Je la regarde passer, et toute cette foule de plâtre en réalité ne bouge pas, c’est moi, c’est moi qui dérive loin de toutes leurs usures. Mon orgueil d’être jeune et vivant. Et ce corps de matières, de chairs, de plaisirs et de désirs, échappent à tous les autres corps – sauf les trois nuits par semaine consacrées aux libations idiotes, aux sacrifices séminaux où des vierges à l’hymen mille fois flétri me fusionnent. Je suis en dehors de la réalité, je me tiens à l’écart de toutes les considérations, de l’ambition, et du futur. Déjà je suis ailleurs, à survivre aux vacarmes de l’enfer, le diable joue toujours le même air obsédant, langoureux et sous leurs habits de soufre les damnés le contemplent. Le chagrin du vin ne vaut pas le chant triste de la Mer bordée de liberté, aux bras de continents où s’endort le jour, quand sa vaisselle d’aube y plonge le fracas de porcelaine de ses couverts de lave. L’enfer existe ; j’y pourris, et mon délabrement y répand des odeurs nouvelles d’invention, des exhalaisons d’une idée qui brûle, d’un sens d’émerveillement, les fleurs tirent de moi la sève qui les colore. L’enfer morcelé de ses eaux miraculeuses, à la confluence de Styx et de Léthé, sous la bave des cerbères, dans les pleurs des puretés déchues, se forment ses mers aux plantes vives et cruelles, aux algues de mains désenchantées. La Mer je la sens dedans l’être, dans le miracle des blessures, dans la déchirure où tu danses et t’infiltres en pensées, ô la mer, ô l’amour, les poisons dilués, tapis, sévères me rongent comme la digue saure des Pays-Ras, sous le glou-glou de l’Océan de menaces et les blondeurs allemandes m’occupent les pas. J’ai cinq Mers mortes dans mes paumes qui n’en finissent pas de somnoler. Sous ton souvenir qui passe ici, sous tes multiples factures, dans le prisme craquelé, fracturé, fissuré de tes yeux bleus, gonflent des paniques, c’est le vent des voiles, et des voyageuses figures soufflant des étendues de sel brillants. Tu ne dures pas sous la peau, comme la pensée sacrilège dans le corps du saint, tu t’en vas en belle dans les pâleurs horizon railler ce fou qui vous suit. Ton double, la lumière, plonge dans son scaphandre de nuit tout au fond des eaux troublées, à la recherche de ton corps comme la géométrie cherche son théorème. Je reviens vers toi de ces pays étranges que nul n’a vu pleurer, que nul n’a su exister dans le repli du temps, dans la courbure de la lumière réfractée par l’obstacle de mon corps, dans ce monde dedans moi sans clôtures, où les loups jaillissent du jour à la façon de sources heureuses, leurs poils gris entassent en aiguilles les faims humaines. Mes nerfs émoussés mettent un froc de marin à leurs sensibles décadences. J’irai mendier ton être de charité ; tes yeux d’être plus tristes que le vin me font ému. Les enfants des cités Baisent comme les Voyous des chansons. « Et pourtant je vous dis que le bonheur existe. Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues. Terre, terre, voici ses rades inconnues
18 février 2011

Je meurs de ma petite mort.

Mignonne,

Les couleurs sont le voyage de la lumière, elle ivre, ouverte en bouche et en baisers qui déploie ses plumes de barbarie, ses sucres tropicaux, ses couronnes rancies, ses fleurs d'alcôves, la rancoeur de la mandragore que l'on avale et qui pousse dans soi ses racines de doigts sorcières. Souvent j'écris sur une belle que je ne dis pas, qui est toi, un amour du loin vociférant ses pitiés. Je dis, il est une fille de silence que j'aime et qui ne s'en doute plus, et c'est toi que je concerne, toi que je concentre. Tu es dans mes doigts, le plaisir muet, et dedans ma parole, dedans mes rescrits aux yeux vérolés de plombage. Tu bouges dans moi comme une corde tendue où tu secoures l'état de mes nerfs, où mon être est pays habité de séismes vigueurs, petite.
Je voulais te dire, ma nuit, la nuit usagée comme un vieux corps fatigué qui me traîne et me soumet, la nuit vulgaire, et ses jupes courtes et noires sous laquelle les genoux jouent des sonnets maquerelles. Je voulais te dire ce que fait le temps pour celui ivre des sons et des paroles, qui s'en va récitant, les vers limoneux. Lorsque je me lève, que je devance de rire le jour collant de ses outrances, je sens le temps qui rétrécit son débit, parle plus lentement sa voix à vieillir les peaux humaines. J'échappe aux ans de tressaillir sous les caresses aux mains de lampe. Autour les berges, toutes les berges s'entend, s'abaissent et semblent des plages, des grèves surmontées des calottes moqueuses. Le fleuve rugit dans la mer calme et figée, et dessus le miroir des eaux immobiles, l'éclat bleu de tes yeux de deux fois quinze ans plonge le ton entêtant de ses corolles rigueurs.
Je me souviens, les nuits où nous nous découvrions, défaits par la semaine, purge de la fatigue que ton étreinte longue à venir, que la nuit lente à dépérir, réfractait. Je me souviens les nuits où nous dépecions les plaisirs, affamés de leurs peaux de fanfare.
Il flottait dehors, dans des langes de notre intime, le refus du lucre et du stupre, et la seule musique pour faire au visage le fard qui déplace les montagnes cris. Que de cristaux qu'une bouche abrite, la moisissure tintante des lèvres, et le baiser vrillé comme une nuque de morte, tentateur comme tes boucles un jour blondes, hier brunes.
Tous les jours tu changes, tous les mercredi à l'heure de dîner ensemble je déguenille mes forces, je me mets en vrac d'attente devant le restaurant de la rue Saint-Jacques où chante sous nos êtres la vapeur. Tous les jours tu changes, et je ne te vois que le mercredi, dans l'angle incertain, nomade, de la lumière qui se presse et te bouscule, qui te bleuit de passer sur toi avec entrain. Dans cette césure semaine, où riment les mains, et les couleurs, où se font de criardes chansons, des babioles aux fenêtres verrouillées , monte, monte, monte ta voix sur ma voix avant nos promesses coalescentes. Quand je me tais, je m'en vais répétant le mouvement sans bruit de tes lèvres de serge, qui se closent sur ton éveil comme le rideau sur la chambre du malade. Qui se balancent comme le soleil à la cime du ciel, et les arbres frémissent sous ton pas qui précipite l'éveil des natures, le chant des bêtes, et la grande chasse des oiseaux de proies. J'entends le tonnerre de tes rires jusque dans mes sommeils. Je ne veux de nous qu'un amour mortel, de jouer sur cette scène tendue pour nos infinis qui se répondent, le lierre de nos caresses et la maladie incurable des gens brisés. Je ne veux pas d'amour sage, bien éduqué, ce doit toujours être taillé en flèche, que nul baiser jamais ne me guérisse de la blessure de toi. Ces entailles que je me fais comme des anathèmes sur l'épaule saignante. Dans tes bras je veux croître jusqu'à briser, et mon corps mis dans le tien, d'expirer jusqu'aux noyades suffocations. Tu es ma mer, la grande mer aux parures changeantes, aux habits de nacre et de jaspe, que jappent les chiens d'écume et les brimades des poupes navires que sont tous les amants que je ne suis pas.

Je t'aime, petite fille, ma plaie d'où s'écoule le chant des sangs.
Je t'aime, petite fille aux yeux de piège et mes mains de voyous
s'y prennent comme des loups.

15 février 2011

"Strophes pour se souvenir"

Au vingt-huit de février l'on me cherchera en vain, et ma vie se sera télégraphiée jusque de l'autre côté du langage, dans la glace et l'immobile blancheur que fait l'hiver du corps, la saison attachée en amour à vos pupilles sèches et mortes. Je serai gercé des grandes musiques, gercé de leurs sabots enfumant le ciel. Au vingt-huit février, le reste de la gente humaine, ira s'occuper, bricoler ses emplois, ses amours, ses ruses, ses ambitions et ses soupirs, apprendre, et espérer des futurs curieux et inquiets, et je serai tout figé du sourire des voyageurs. De ceux-là qui vont dans tes terres vierges de souillures, qui vont où personne ne peut abimer, aucun guide touristique, aucun hôtel, rien de ville et de climat que l'inconnu. Nombreux s'y rendent mais aucun revenants, nul cartographe pour la topographie du terrain, des rues de noms anonymes et des avenues obéïssante de silence. Je me rends sous un paysage d'ombres et de mystères, dans les reliefs peinturés d'une eau-forte. Tout figé de la beauté supérieure de celui parti d'en pouvoir encore et de sentir tout le mal de lui, débordant comme un royaume, gonflé comme une source de torpeur. J'ai bu les eaux empesées du drame ou du givre et le vingt-huit février j'ai tout organisé ma noyade jusqu'aux bulles de marécages de ma gorge. L'on me cherchera vingt-cinq heures, dans les foyers, dans l'Université, chez les amantes on murmurera ma fin comme une rumeur pleine de croupissures et de mots. Au vingt-huit février, je serai moins que je n'étais déjà. J'aurais fait mon dernier pas dans la grâce, collé au front d'un amour mon dernier baiser. Je ne verrai pas la Hongrie, je ne verrai pas mon moi diplômé, cette photo de renoncements sera à d'autres que moi. Je meurs déjà comme une intention courbée, je meurs déjà comme un souhait lent à murir, et qui ne se boit que d'avoir patienté dans son propre corps, ces futs de chênes et de peaux. Au vingt-huit février, je n'aurai rien dit que des silences, et ma voix aura décru à la faveur du bruit, ma voix aura décru comme devant le printemps les rivières apaisent leurs cours et se cherchent des eaux immobiles pour réfléchir les jupes des filles qui dansent dessus eux leurs parfums suspendus. Le vingt-huit février, on pleurera un peu, puis on se souviendra ma mine de torture, et mes petites manies scélérates. Je n'en dirai à personne que je succombe déjà, et que j'achève l'ivresse d'être, un vingt-huit de février au moment des sursauts de l'hiver, des tentations de printemps.

Ayez pitié de ma vocation de silence, d'être des fibres qui s'enflamment une dernière fois dans le souffle lent des condamnés à mort et de filtrer entre les globules firmaments de choisir la danse dans les tissus de ce luth gravé de noms et de sanglots. Ayez pitié de me vouloir répéter les fiançailles de révoltes qui me remontent jusqu'aux doigts, ces récifs perçants la cale des bateaux négriers. Ayez pitié de ce chant mourant d'agonie, comme une dernière promesse, et qui va arpentant toute l'étendue de cette lande bénie, à l'intérieur de moi, fraudant son excès, resquillant d'une brisure jusque l'autre voyage la sinusoïde des fêlures. Dites vous surtout que ma mort prolonge vos vies, qu'à demeurer ici j'aurais fini par en agonir quelques uns de vous de ne plus savoir où porter mes coups ni où jeter mon écume. Tendez moi un corps, et je le meurtris, et je le brime. Je meurs d'avoir un combat tenu dans cette larme sèche, et permanente de mes déceptions. Tous les jours je pleure le sable de la défaite.

A la fin février, comme ceux de l'affiche rouge, j'irai m'écrouler libre et résistant au Mont-Valérien, sans crier de la France, je dirai une parole d'infini, éclairé de ce lacet de joie qu'il y a à réveiller la part moqueuse, ténue réfugiée dans ma vie. Mon pas titubant de son ultime ivresse. A mon insolence je donnerai alors des frissons et des ailes et l'air de reproche des oiseaux de nuit invisibles. La nuit dira au jour qu'elle vit passer une bête curieuse, libre au profil de condor, elle dira que ses plumes étaient noires de terreur et son bec menaçant comme la littérature, qu'il poussait de sa gorge des fièvres de nouveau-né et un dernier chant triste sortait de lui, une sorte d'ode à tous les malheureux pour les réunir dans la  plainte que laisse un homme devenant fantôme, un homme demeuré ombre qu'on ne distinguait qu'à demi dans la mosaïque scrupuleuse des aurores.

J'irai assis, la nuit, sur le tertre des incertains m'inonder le visage de souvenirs puis de regrets et laisser ce petit mot à mon amour, mon orpheline qui mélange avec ses coudes mon prénom, je lui laisserai ce petit rien à mon Hélène« Je te lègue un peu plus tôt que prévu ta part d'enfer pour qu'après même que mes bras auront desserré leur étreinte d'odeur tu te souviennes de ma chaleur». C'est qu'ironiquement je m'en irai sans amis, sans confiance, mais avec des lecteurs, vous-là. Camarades et voisins de mes vociférations. Je meurs, et c'est un événement heureux, l'angélus tonne je l'entends à ma fenêtre, il entre dans la chambre avec son murmure cantique.

Partir, hurlait Minetti sous la neige hirsute de Salzbourg, et j'entends avancer la fanfare qui annonce les péris rares renoncer aux boucles de solfège et les paroles de sable qui étrennent les solitudes, maudissant les salants de venir si tard enflammer la bouche de goût, et les poivreuses figures d'enfin apparaître sous le nuage mâché de l'adieu, le souffle tardif mais l'inquiétude ponctuelle.

Je jure qu'en me jetant de ce vitrail de plumes et de feuilles, de cette petite butte qui regarde du canon Paris et tend comme un menton son Fort intérieur, je jure que je ferai dans l'air une cabriole pour laisser aux ciels la trace d'un bonheur innocent et paraître, dans le suaire triste des jeunes adultes suicidés, la pointe déchirante d'une étoile. Le suicide n'est pas un sujet grave ou sérieux, je meurs pour me distraire.

Pardon, pour ceux qui vont rester. Pardon pour les indifférents auxquels les funestes honneurs iront mendier les larmes en souvenir, et les deuils en partance, pardon pour les lentes processions obligatoires, l'on réquisitionnera vos tempes et vos yeux, le temps perdu et les muscles blêmes, les misères s'enterrent tout de même, les pauvres ont droit aux tristes hélas, et se consolent de fruits mauves et de lèvres déchirées. Les peaux pourrissent moins vite sous le double voile de la honte et de la mort.

Je pétrifierai l'assistance de laisser sur mon corps brisé et serein, un sourire et une lettre de joie d'avoir vécu ma vie toute entière, d'un bout à l'autre, et conquis des publics jusque ces deux ans fatals qui me firent serrer le noeud coulant des paresses et des ennuis. Les mornes bavardages des fortunes ; des dents qui claquent de froid comme des monnaies au comptoir ont fini de m'écœurer. Deux ans de dégoût figent au dessus des yeux gris un torse de potence. Deux ans à vouloir entrer partout, épiant, notant tous les gestes de mes attentions et de ma mémoire pour savoir comment bien briser les corps contrits et les meutes bourgeoises. C'est un échec rigolo que celui de mes luttes d'avoir cédé aux joies, aux filles, aux vins et au plaisir, il n'est pas comme à Lorenzaccio de figures de la tyrannie à terrasser, pas de dragon à pourfendre du bras animé, purifiant de Saint-Michel. Lorenzaccio n'avait de vertu plus que celle que fait dans les mains le crime brutalisant l'injustice, essuyant la dague empoisonnée jusqu'à la pointe de son vice dans le corps tyrannique du Laurent de Médicis et l'injustice nébuleuse aujourd'hui d'être partout, étalée dans le monde répandue comme atmosphère sinueuse qu'on ne peut chasser sauf à cesser de respirer, n'offre aucun mortel repentir, nul mortifiant réconfort. Ne me reste que d'avoir trahi, de m'être mêlé du sort de petites filles jolies, d'avoir sacrifié ma poésie pour des tendresses faméliques, des  comme au bordel qui vous durent juste le temps de vous user l'âme, et à cinq heures la rapiécer avec les ongles, avec la peau, troqué toute ma fatigue et ma nuit contre un peu de monnaie courante d'avoir dérobé à la cause des sacrifiés deux ans. Deux longs ans, plutôt que faire le complot, passée à jouir entre les cuisses d'aube, et les liqueurs vertes de mes almanachs amours, deux ans de trahison, se payent de son propre corps et de ne pouvoir retrouver la grâce gênante que celle de mes dix-sept ans enduits d'éclats, ne me reste qu'à me jeter de cette belle tour de songes, et de demeurer inerte jusqu'à ce que les promeneurs m'y trouvent, méfiants de cette dépouille d'un si jeune dépassé par la vie, qui ne le retenait plus, et coule tout autour sans plus le tremper, ce garçon aux lèvres sèches et au front délaissé, dépassé par la vie qui se pressait, se pressait, et bousculait en le déshabillant, lui délabré mais le teint satisfait d'avoir vu l'extrême des défaites, d'avoir visité toutes les caves de la terre, bu le vin à la racine des ceps, étudié les spéléologies du monde, fouillé les vestiges enterrés dans les reins de filles. Je vous parle de la petite mort qui rit, et je m'en vais heureux, d'avoir tout su d'ici. Mes yeux sont gais, je meurs sans pleurs dans moi pour le futur aux yeux crevés qui vous attend avec sa gueule de torture et les grouillantes masses d'insectes qu'aucun entomologiste ne peut classer. N'en voulez pas à mon ombre de demeurer encore un peu accrochée à ma peau et vous railler, c'est moi qui demeure en attendant un peu que mon visage de victime disparaisse d'entre les mémoires. Je laisserai assez d'insultes pour que tous m'oublient sans peine. Dernière geste de ma bonté, tige supérieure du lierre d'émoi et ses griffes sans fin. J'ai trouvé pour l'adieu une fille à la pâleur de morte, qui si elle se tient au dessus de moi, gisant, me ferait un beau marbre tombal à l'épitaphe changeante selon l'humeur de sa bouche, elle parle deux langues comme pour dire deux royaumes, chacun d'une berge à l'autre de la Méditerranée. Ma stèle aura trente ans vieillissants ; ma jeunesse je la reprends elle qui faillit se morfondre cent ans encore dans l'usage et la politesse. Voyez mes bras ouverts au destin, accueillants, voyez je suis une auberge pour les Moires.


Je vous offre pour mon dernier moment un baiser de brume qui ne colle pas, ne tient pas, ne se fixe pas et qui, tout comme nos existences, ne fait que passer sans user. Au vingt-huit février, j'en aurai fini d'ici, dans un dernier éclat de rire, de moquer l'incurable vie. Ce n'est pas triste mourir, ce n'est pas triste trouver refuge dans les siens, comment pourrait-ce être triste de devenir une ombre parmi les reflets comme Cocteau, Marais, Genet, comme Chatterton, Villon, Gary, comme tous ceux là, asphyxiés d'avoir brûlé si fort que les vapeurs exhalées de leurs fins exaltées en devenaient toxiques. Mieux vaut être mort qu'égaré. Je m'en apercevais ce matin, lorsque l'on me disait « Tu pourrais mourir, toi, demain ? ». Ma réponse est timide, je préfère le vingt-huit février, d'être en bordure de quelque chose, à la falaise des mois, me va mieux. C'est une mort sans détresse que la mienne. Si j'ignore tout, je sais assez pour agir.

 

J'ai rencontré une fille pâleur lugubre pour mes derniers moments, j'ai vu sa peau blanche de morte, pour m'aventurer déjà dans les sentiers qui mènent aux trottoirs de mars que je ne verrai pas fleurir de giboulées. Je serai déjà bien plus loin que tout ça, à rire en fumant des dédales. Ce qu'il y a de l'autre côté, je n'en dirai rien, je serai clos comme un secret, comme un jardin.

18 février 2011

Lanternes, lents ternes.

Pauline, à midi, à l’heure de nos déshabillages bavards, quand je monte au 12 de la rue Balzac, dans l’appartement où elle s’impatiente, prononce cette prière « je suis amoureuse tu sais, ça ne veut rien dire ce que l’on fait. On se donne du temps qui prend l’apparence du corps, on se donne nos muscles, on se donne nos fatigues, on les mélange, mais on ne les unit pas, elles restent toujours étrangères, se voient sans se comprendre, ton langage n’adhère pas sur ma peau, il a perdu sa propriété de magie visqueuse. Toi tu ne m’aime pas et moi je te déteste. Tu ne m’aime pas parce que tu vis dans un monde plein de pensées, de choses étranges, de couleurs invisibles. Quand tu m’appelles, parfois, sans t’en apercevoir tu me dis Anne, et tu continues, à parler d’yeux bleus que je n’ai pas, je suis pleine, moi, je n’ai pas eu l’éclat décoloré de ces filles translucides que tu aimes tant, de ces défaites du pigment, de ces peintures d’échec, de ces brouillons de saveurs. Une blonde aux yeux bleus est une précipitation délayée, effacée, elle est faite dans l’urgence, le soleil inattentif les oubliait, ce sont des machineries de l’ombre, c’est de l’argile mou, ce sont des pâtes crues ces filles que tu aimes tant. Tu me disAnne, et tu parles de l’abîme de ses reins, tu n’écoutes jamais l’autre, c’est à peine si tu le vois –j’ai les yeux myopes. Tu es dans ta tête, tout le temps à l’intérieur de toi-même alors que tu m’entres dedans, c’est toujours la mystique du pays de toi que tu visites, toujours cette absence douloureuse dans tes traits crispés qui me fait te haïr, et te rendre si indispensable à ma solitude. Qu’est ce que l’on partage ? Rien ? Mutualiser nos détresses ? A peine, on disperse dans la même direction notre temps, on vérole notre jeunesse du même silence, de la même transe mécanique qui ébaubit toutes les pucelles que tu aimes défaire. ». Je circule sur des tas de scène, par pitié ne me pardonnez pas, je traîne mes décombres, mes membres et mes cendres, j’allonge mon ombre sur des tas d’amour composites, qui jaillissent moitié de la forme que la réalité a bien voulu leur consentir, moitié de ce que le fantasme leur colle au visage. Je suis amoureux de petites invisibles que je me maquille des couleurs chatoyantes de mon estomac, de la peau des fruits miteux que j’expire, leur chevelure est faite de l’éponge molle des pensées. Les nuages qui les couvrent dans la nuit abritent l’eau matricielle des mers de demain, toutes ces larmes contenues dans l’œil immense du ciel, qui se tient suspendu en l’air comme un couperet sans mécanisme. Je m’abreuve en moi-même dans vos lèvres closes comme des yeux. Etre heureux, c’est être aveugle, et j’en crèverai les yeux brûlés, je m’en dénouerai les paupières si elles coulissent jusqu’aux silences. On ne vit bien qu’éblouit. Le bonheur ne vaut pas l’amour, ma petite Pauline. Anne, c’est autre chose que toi, Anne c’est dix-sept ans douloureux qui lui tordent le nez pareil à un crime qui se tiendrait au milieu du visage des innocentes faïences, tu imagine la fêlure d’un vase d’antiquité ? Son nez est cette blessure qui se tient dessus sa bouche comme un avertissement pour tous les faillibles du verbe, littérateur, tous ceux-là, adorant, ses jambes de compas, ne comprenant rien des poisons de sa lèvre mycélinienne; mortelle parure que sa beauté de scandale. Anne, est de ma race d’ignoble, de son corps parfait de déïté malfaisante, de ses dix-sept encombrants elle me menace, ses dix-sept ans sont dangereux, ils brûlent et suffoquent, s’étendent partout comme des ailes d’utopie. Ne respirer que son parfum vénéneux, cette fleur expirant souffle par souffle une buée d’accidents. Je meurs cent-dix fois par nuit dans l’étreinte de ses ormes, l’écorce de sa peau déchire les tissus fragiles. Parfois elle me dit, le soir de nos sordides émois  « Je crois que l’an prochain je partirai avec toi, ce sera la Pologne, ou la Hongrie, ou ce que tu voudras qui nous donnera l’excuse de nous tenir chaud, on partira en hiver, et on ne se laissera pas. Nous boiterons d’avoir trop d’hideur, d’être trop lourd de nos corps unis par le scandale et la cruauté. Si tu as faim, que ma peau ne suffit pas à te nourrir, si tu as faim, j’irais voir ceux-là qui payent pour la chaleur humaine. ». Anne, veut venir à Paris la semaine prochaine, et elle me dit « Je dormirai sur un banc, avec un couteau et ma poitrine belge, je dormirai sur le banc, avec mes seins de clochers et mes yeux bleus. Si tu veux me voir, on baisera dans les toilettes publiques, on y entrera à deux, en gloussant pour que les passants se tournent, et s’indignent en se bouchant le nez. Mais tu devras me payer, si tu veux me goûter. Je me suis assez offerte, maintenant je tarife, je mesure, je répartis, je suis une part sociale précaire. Je te vends la tendresse, l’étreinte, les bras, tu peux payer de ta détresse, de tes rimes de muriers, tu peux payer avec de grandes bouchées d’or, tu peux me payer de l’argent que tu volais à Georges dans son sommeil interdit. Mais je veux quelque chose de ce moment, quelque chose de sale, de bas, je veux quelque chose qui me rapproche de l’enfer où tu rugis tes certitudes malfaisantes, je veux moi aussi pousser ces hurlements qui m’ont glacé tant de nuits, que tu pousses sans pouvoir les retenir comme l’eau d’un fleuve qui rompt son barrage de bois. Ces cris, ceux-là dont tu disais qu’ils sont tes nerfs nécrosés, tendus, recroquevillés comme des billes de plomb, tes nerfs abominables déformants ta bouche, et ton langage, murmurant des prières aux condamnés ». La vie je veux la mener en pointe, tendue vers quelque chose d’excessif, quelque chose comme l’Art, qui ne souffre que mal les contraintes, qui balbutie dedans ses paroles révolutionnaires, qui va abandonner toujours les mornes normes jusqu’à descendre les barricades des rimes. Je veux construire des salles cassant l’harmonie des architectures, vivre au milieu d’un paysage saccagé de bombes, creusé de guerres, et au milieu dans les lits de boue trouver vos caresses à vous, mes petites que j’aime, que je chéris et qui me détruisent. Si vous saviez toutes comme les yeux bleus me mettent en miettes, combien je n’ai jamais su résister que par fierté à leurs suggestives poussières. Ils n’en sont aucun à ne pas m’émouvoir du profond des notes graves qu’ils chantent, aucun iris qui ne me fassent pas passer au corps les eaux tièdes de la désespérance, aucun yeux bleus face auxquels je peux me tenir sans ternir, aucun vers lesquels je n’ai pas la caresse qui arme mon bras, et si la politesse en interdit l’expression je meurs en moi-même de cette flamme interdite. J’ai fait feu en moi, de ces absentes, disparues, rangées dans leurs vies. Tous les yeux bleus qui parsèment les visages ont hérité cette politesse de sommeil, cette douleur profonde, à laquelle on ne peut se soustraire, et c’est mon visage en elles, dans les bains malades de la pupille dilatée que je crois observer. Mon reflet ascète, fendu en deux, dans vos beaux yeux. J’aime les yeux bleus, et quand ils incrustent un joli visage comme les opales un collier, quand l’intelligence qui les porte et qui les vivifie s’ancrent dans ma peau, je défaille tout entier, et j’écris les promesses rieuses avec des mains d’enfant. A la nuit, je grimpe, ma sœur les doigts mangés de gouache pour la teindre de la parure heureuse de ce que me font ces yeux là. La contamination de leurs mélodiques stupeurs. Yeux bleus venez à moi, étudiez ma nuit, scrutez mes dépits, guérissez moi pitié des hurlements qui me façonnent un monstre. J’hésite au crime encore, et j’y tends, j’y tends mes muscles d’enfants ne sauront pas tenir encore, j’entends les voix dans moi qui ordonnent déjà, qui structurent l’occupation, me vendent, et me féodalisent. Mon âme et ma chair pour deux royaumes, à l’âme l’évêché ; à la matière la châtellenie. Guérissez moi de la brume de vous, venez, venez mettre vos lueurs dans la nuit au ventre violet, érigez vos torches de papier qu’embrasent vos éclats bleus de lumière. J’ai mal à toi, et à vous. Aux cheveux blonds, brûlés de jour et ma solitude. Je vais visiter des mondes de couleurs, et de mélancolie, je veux tes baisers mouvementés, et la reliure de cuir de ton corps, que je frotte jusqu’à la flamme. Je brûle de faim pour vos images, pour vos yeux de maximes. C’est ainsi, on ne s’en remet pas
9 février 2011

Toi.

Le silence je l'aime, il parfume, c'est le chant monotone de ta belle voix qui tonne, et qui module le sens, c'est là que se forme mes mains, celles deux qui promettent des cris à tes reins et menacent tes creux, failles puissantes, de l'extase. Parce que tu n'aimes pas, tu as peur, seulement, peur des voix en toi, celles dans ton ventre qui gémissent, qui grincent, qui se remuent, des voix qui ont des dents qui font vibrer les hommes, et trahir les filles, peur de ces voix qui te jettent dans la nuit avec à peine de chaleur pour tenir dans le jour. Je sais tes yeux où se sont faufilés des mystères couleur d'écume, au goût amer de la dispute. Je sais la solitude blême qui habille ton regard, la nuit à l'heure du sommeil et des couvre-feu moribonds. Je sais tes molles passions, je sais ton cou incliné de fatigue qui se tend vers je ne sais quoi de futur, vers je ne sais quel ordre. Toute l'organisation sociale, ton corps étroit est la société, plein de cases, de mythes, plein de peurs aussi et de renfoncements.
Je sais la tristesse qui enveloppe ton coeur comme le désespoir les yeux du poète et tes mains fines et précieuses qui font jouir les amours et pleurer les fillettes. Je sais par coeur tes courbes de Rhin, taillées en arc, pour abriter les creux,lesabsences et les bleus,les jalousies que ton pas trop noble fait mirer dans les yeux conquis, et je sais surtout, surtout que tu n'aimes pas, que tu te rassures seulement derrière des épaules calmes et larges comme le ciel aplati d'un compagnon. Le couple, ce sordide atermoiement de l'amour. Pour tes souvenirs qui se perdent dans le matin qui fait ta nuque, je saurai faire mon corps unique, rassemblé en un désir, une impatience que l'on nomme du terme vulgaire de fidélité, je mettrais dans le ruisseau mes genoux pauvres, mes mains de guenilles, à la révolte je mettrais un bâillon déchiré dans la couverture de mes romans, aux yeux je frotterai l'ombre pour qu'un peu d'aurore la traverse, et éclaire la nappe de nos dîners. Ah les yeux bleus, ce poison de mes sensibilités. J'aimerais arracher de moi un peu de cette défaite qui me fait le parfum délicat, obstiné, rassurant, qui plait tant à mes vieilles comme si léchant ma sueur elles s'imprégnaient d'encre et de littérature. N'est-ce pas que l'on ne peut pas tenir toute son existence à vivre dans l'intensité, mon corps cette forge sans repos où remue le métal brûlant.
Je t'y attends, c'est de l'autre côté du mensonge que je me tiens, dans le fracas et la danse des astres vierges.
De mes lèvres secrètes comme des parchemins
Je t'embrasse dans la nuit qui me délaisse.

4 février 2011

Artémis

Inspire moi les choses belles et cruelles qui pendent comme des lumières d'Opéra au bout des doigts salis des innocents. Raconte moi comme les mots vont te chercher au fond de toi avec leurs mains crochues, quand ils lèvent sur tes lèvres bosselées, des draps semblables à des drames. Inspire moi ce qui craque dans la peau quand les larmes retenues forment sous le visage un masque et un territoire où personne ne sait plus rien du visage que son immense barbarie. Raconte moi, dis moi que tes yeux ce sont deux gouttes de rosée que l'hiver a surprises en haut de tes cils et te les as offerts comme deux perles myopes d'où voir pour demain les offensés du monde. Inspire moi les mots qui débordent du crime que l'on soudoie avec des gestes pirates, et les manivelles qui se tournent avec ferveur comme des prières de charlatan et des superstitions. Raconte moi encore pourquoi tes yeux ne battent qu'avec lenteur, ce qui recouvre ton coeur plus que la peau, plus que la flanelle et le velours de tes paupières de Versailles, dis moi le souvenir qui y mordille tes sens et te fige le sang en un liquide transparent et silencieux. inspire moi, sois Lo s'il faut ou Lou si c'est trop court, mais soit celle contre ma langue là où le vocabulaire pousse comme dans un champ humide, sois la terre fertile mais jalouse qui réclame des semences de douleur pour jeter dans les cimes les écorces brunes et douloureuses de l'écrire. Sois la belle puissance qui tonne de mots comme la peau du tambour, sois avec tes yeux la nuée où s'abrite la sauvagerie des orages vibrant de peur dans les courbes rondes comme des joues du très haut tressaillis. Donne moi tes yeux que j'en fasse des mots.Toi oui, dont je sais le froissement et les mains qui dansent, et qui jouent de ces instruments d'Afrique, je t'imagine le corps facile des danseuses.

C'est que je ne suis pas un être définitif, c'est que je ne suis pas un être des stabilités et des subtilités ; des mesures, des contentements et des ruses, c'est que l'on ne bâtit rien sur moi. Ma vie dure le temps d'un fruit sucré. Je suis une parcelle infime de l'été. Je suis ce refus systématique des suggestions, cette colère perpétuelle qui s'est mise un voile islamique à la crinière cruelle.
Que je me fiche du bonheur, que je me fiche de la joie, je veux la chaleur dedans, passer tes mains sur moi et que tu sentes dedans les saisons réunies, ce mélange des quatre moments du temps qui ont fait de moi des mains de givre, et des yeux jaunes comme un foie malade ; et les mots dessechés d'été et la plaine découverte de printemps. J'ai tiré la terre aux morts, pour faire pousser des mots, et les voir luire. Ton manteau, ton hermine, voilà de quoi je les taille : de la mémoire et de l'Histoire. Dix mille ans se tiennent sur tes épaules de songe, mon infortunée, mon ignorée. Tu me rends le goût, et les sens. Mais je n'ai pas guéri de la nuit.

Ma voix d'affecté, quand je me penche au dessus-du silence, et que je fais remuer ton prénom comme une braise qui va lancer sa couleur. Tu ne le sais pas, comment pourrais-tu. J'ai mille amantes irriguées de ma solitude. Je joue des nerfs comme du violon, chatouille les cordelettes, le musicien sait faire hurler toutes les bouches, de l'écarquillée du violon à la charnue des fillettes.

Je veux que l'on dise de mes baisers qu'ils sont l'enfer, l'enfer en plus froid. C'est qu'il existe bien ce pays aux falaises abolies, aux tours monstrueuses jetant dans le noir, dans les sinuosités de l'ombre, dans ces rigoles de hasard quelque chose impossible. Comme aimer. J'ai fait tout un poème, qui est une ode, qui brûle bien entre mes doigts. Voilà ma lumière la nuit, pour supporter l'affront de son sépulcre. Voilà mon alcool pour oublier l'outrage de la femme-sommeil qui toujours se dérobe au désir abandonné ô sommeil J'ai conquis tes soeurs, bien sûr. Litanie de prénoms. Je vous oublierai.

Cette nuit, j'avais jusque deux heures, enroulé sur la bouche l'odeur mesquine de Francesca, qui avait les mêmes yeux clairs que toi, cette nuit j'avais son humeur vacillante contre mes doigts indifférents. Je l'ai déjà dit cent fois, je n'ai de virilité que mon écriture. D'ambition que mon cri.

J'aimerais te mettre aux oreilles, plus tard, de lourdes boucles en argent qui tintent comme des cloches d'Eglise pour te faire tout à fait céleste, pour qu'avec tes yeux très parfaits, très prisés, tu sois et tintement et lumière comme une messe.

15 juillet 2010

aube.

Je suis dangereux parce que je ne sais pas moi, qu'on peut abandonner. Je crois encore que la misère, quand elle laisse voir la peau, la tache de beauté et que la suie n'est rien que la rousseur amère des belles. Je suis dangereux parce que d'être brisé comme je le suis je sais ce qui peut me tuer, et je sais avancer dans les blessures.

Je reconnais les ennemis, je sais les armes, le tranchant, je sais aiguiser le mot et émousser la bouche, je sais ce que vous croyez voir dans la nuit : le vieillard qui se trâine en guêtres avec sa mine blême et blafarde, qui jette des respirations dorées sur la neige, le vieillard que vous applaudissez comme un danseur de cordes, que vous célébrez quand il se lève. Ce vieillard c'est indistinct l'aube, le jour, c'est tout ce qui est lumière. Lumière pâle qui ahane dans le ciel, poumon tuberculeux qui expire des miettes.

12 juillet 2010

Qui êtes vous.

Je n'écris plus beaucoup ici. Je tente de vivre, et avec moi ça ressemble à un acte de profond désespoir : vivre. Probablement cette chose en moi, ce pseudo-talent dont j'ai fini par me convaincre, ces petits prix que j'accumule anonymement et que je refuse publiquement, sont le tribut à payer à la liberté.
Il faut savoir que j'ai les os fragiles et que mon dos de ne se voûter sous la gloire, ploie sous la liberté. Il est étonnant de se dire que la soumission peut incliner l'être moins bas que la révolte.
J'écris ici, parce que je m'étonne de voir ces visiteurs qui me sont des inconnus, je vois des gens qui viennent de partout me lire et ne rien dire. Je ne sais pas qui sont ces anonymes. Qui vit à Clermont (ou dans sa banlieue) et passe ici sans un murmure échappé. J'entends les ferronneries qui vrombissent, j'entends la houille qui se tord dans l'usine, et je sais la poésie ouvrière, je sais  le soufflet qui maugrée et ces choses qui appartiennent au domaine de la pure technique.

Je ne cherche personne, mais des gens viennent à moi et mes bras ainsi clos les laissent demeurer loin. J'aimerais, simplement, que vous m'écriviez, que je devine sous ces chiffres et ces villes, des humanités, des prénoms et des voix. Me contacter est chose aisée, il y a un formulaire alors que l'on clique sur ma photo qui vous est tout destiné.

Merci.

4 juillet 2010

Winchester

Nous sommes unis du même délit, tu as mon sang sur la bouche, comme j'avais le tien sur la langue dans nos transes d'alors. Il faut bien que tu comprennes que je ne peux pas être seul dans la chute, qu'il y a toujours des ailes froissées qui ne méritaient pas de dévaler les dimensions mais les dévalent tout de même. Si je me rends, que je dis "menottez-moi" il faudra leur faire savoir qui est complice, qui a le même amer dans la gorge, dans l'estomac.
Nous digérons le même viol.
J'ai encore un peu faim.

Je t'.

14 juin 2010

Et l'on voudrait crier Mais l'on ne peut que fuir.

Quelque chose était au milieu
Entre nous
nos deux solitudes
Qui ne se rencontraient pas
Qui ne se saisissaient pas
Et se cherchaient
En vain,
Paroles.
Et entre nous
Nos deux solitudes.
Entre nous
Cette chose
Noire, Grise
Onyx ou Mauve
Cette chose
nuit, jour
Qui ne s'éveillait pas
Et entre nous
Nos gestes, tendresses
Ne pouvaient plus se voir
Et cette chose que l'on veillait
Ne sursautait plus
Elle était là
Chose
Inorganique
Pierre
Minéral
Bleu
Brun
Métal
Et on ne voyait pas à travers
Et on ne se trouvait pas
A travers cette chose
Qui était le temps
Le temps posé au milieu de nous
Le temps invisible
Qui nous absente
Le temps
Qui forme
Des jardins
Avec des cils
De sable
Et des paupière
De roche
Monte
Des fleurs
Des parfums
Mais on ne voit pas
L'étoile ambulante
Sur son corps
La plaie que font mes ongles
Sur les cuisses des filles
Et la suture, le fil
Qui tient
La cloche des jours
De cuivre
D'iguane
On ne voit pas
Et cette chose
Entre nous
Qui nous empêche de nous saisir
Et ma bouche ne rencontre ta bouche
Que sur les lèvres
Tu ne sais plus
La langue
Tu oublies
La parole
L'herbe nous monte sur le corps
La peau doucit
Au milieu le langage
S'efface
Le silence
Les cris
Les deux
Unis
Le silence et puis le cri
Qui font une même voix
Qui font une même absence
Sur la parole coincée sur cette chose
Entre nous
Qu'on ne libère pas
Cette chose qui gémit
Qui devient vivante
Cette chose
Qui sont tous les amants
Tous les amours
Cette chose qui est
Tous les souvenirs
Qui nous éloignent
Mais ne nous séparent pas
Qui est le jour qui ne deviendra plus la nuit
La pierre d'où l'on arrachera
Le mot
De loyauté
l'éclat du marbre
Qui formait la superbe
De la morale.
Et l'on voudrait crier
Mais l'on ne peut que fuir.

29 avril 2010

Au revoir.

Je sais que tu es là, et quand je froisse un prénom, que son odeur de lys blanc coule des pétales qui éclosent sans bruit, comme un trait de chiffon, je sens le poison de ton existence. Est-ce que tu m'épies ? Pourquoi traines-tu ta misère sur ces pages vierges de sons ? Il n'y a pas de musique, plus d'érotisme, il n'y a plus que moi -et moi vide, campé sur mes genoux qui ne grincent pas. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui te tient éveillée la nuit. Il y a un peu d'ivresse, des gouttelettes qui roulent en rosée sur l'herbe lasse du matin, sur les branches éployées que secouent le vent. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui fait sur la peau une armure de soif et une cuirasse de pus, je n'ai que des silences et pas ce qui dirige le monde les ordres militaires. J'ai un fusil, certes, dans les bras, un "tue-cheyenne", et je me balance sans bruit, en attendant que la clenche descende, en attendant qu'un souffle y pénètre, qu'un égaré y tâtonne, pour faire feu sur l'étranger.

J'ai chassé ma vie hors de mon corps. Je ne veux rien. Je ne veux personne qu'A.

Soyez célébrés dans les salons ; je vous vomirai aux latrines. Il y a dans mes intestins des couronnes de laurier qui vous sertiraient la vertu que le monde aura usé.
Aussi, quand je parlerai de vous, et je dis vous tous les artistes, et je dis vous tous les penseurs qui rêvent d'une stèle de présent, ce sera pour vomir.
Dans ce vous je dis toi, mais je dis aussi lui, je dis aussi elle, je dis Lara, je dis Carole, je dis Christophe, je dis O., je dis N. je dis tous ceux qui ont la gloire à portée de souffle, qui vont bientôt la planter, la gloire, avec les dents, avec les ongles, avec l'haleine affamée qui laissera voir de l'émail, de la salive, enfin une bouche quoi qui aura un corps, qui aura des mains, qui aura des doigts pour replier contre son torse blêmi par la vanité toute la gloire accumulée. Et tout ça, tout un individu de défauts en une haleine, en un souffle, en un soupir. Ce sera votre amante la gloire, et vos yeux, plaines de cendres, la veilleront. Et je vous cracherai dessus. Vous avez un appétit trop commun, une faim épuisée de vie, une faim d'où le monde, le bruit, la gloire auront exorcisé le génie.

Moi j'espère qu'un de mes amis antisémites écrira un livre, et que je dirai "il a eu la bonne idée d'écrire un livre contre les juifs et la mauvaise de le publier"

Je vous abomine.
Ne viens plus ici.
Plus jamais
Va-t-en au fond dans des sources pâles et étroites
Ces torrents qui sont des sexes de femme
Des cuisses entrouvertes, et le filet d'eau rageur, chaud
Qui se promène sur les doigts du marchand

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