Tache moi si tu peux
J'ai mis des têtes dans un corps d'osier
Je suis outrageant, je n'aime pas les endroits ténus, les couloirs attenant des salles étroites et suffocantes comme des étuves, les mille portes qui claquent sur encore des minceurs, des bavardages silencieux. Je suis rationnel et je m'oppose à ce monde étroit comme un labyrinthe, à ces murs soutenant des plafonds carcéraux, de plans impossibles où le ciel ne se mêle que de déchirements, d'orages et de pleurs.
Je veux des cris, des rages, je veux des forces qui me jaillissent comme la main de Lazare hors de la terre qui le gardait. L'on m'a dit « l'habitude est venue, elle portait une robe granit, et des yeux gémeaux, elle est venue pour toi, elle a dit, tu es un fugitif, tu la fuis, elle a dit tu refuses avec tes yeux insolents, avec ton étonnant visage qu'on croit fait pour le malheur et qui pourtant abaisse toujours sa bouche sur des yeux bleus, bouleversés de ciel. ». Cent fois je me disais « renonce » et je ne renonçais pas, quelque chose dans moi se raidissait comme une loi, quelque chose dans moi refusait, insoumis comme une origine, comme une nature, un caractère antique tout abrité de mes gènes. J'ai voulu me confondre, dire « je serai beau, je serai idiot, soumis, je baiserai une terre fétide, j'embrasserai des usages, je dirai, il faut travailler, s'incliner, baisser la tête dans les conventions, se mettre le coeur dans le tombeau du couple ». Mais je n'ai pas pu, quelque chose dans moi volait haut comme un oiseau dangereux, quelque chose comme des serres déchirantes qui poussaient vers les astres, où les comètes crachent leurs crêtes en flammes, où l'étole brûle.
Il y a partout, des fleurs maussades aux couleurs étonnées, qui disparaissent, qui se laissent absorber par les tintements des rivières, dans l'intermittence du courant on y sent des odeurs lointaines, qui parviennent en vagues sussurées, qui se secouent, et grelottent aux vibrations des saisons d'hiver; S'entendent leurs reflets s'ébattre dans la lisière des rires, s'entend le coeur irrégulier d'une fleur merveilleuse, où les filaments gris des matins, où les châtiments violets d'un crépuscule abîmé viennent sucer leurs miels bourdonnants. Il y a partout au bord des villes, ces fragilités aux parfums mécaniques, qui ahanent plus qu'elles n'exhalent les invisibles saveurs de tes paupières de vierge. Roulent à leurs os des vins frelatés, des ivresses maigres comme du désespoir. Les senteurs amusées, volent comme les jupes froissées des feux-follets. Toute la nature s'éveille, les loups borgnes, dangereux menacent la sueur aux poils Ce sont, ce sont, les foules amassées. Et les fleurs continuent immobiles, courbées de rosée, qui plieront plus encore sous le zénith midi. Il est, des cris qui habitent dedans les pétales, et les tiges fendues, vulgaires, des fleurs malades toussent des pollens, comme le poumon taché de gaz nocifs. Il y a partout des fleurs maussades qui fument des odeurs invisibles, des cigarettes couleur morne du bonheur, et leurs mines de pavillons ordonnés, les cernes violettes des lavandes, les oeillets du matin qui le tachent, qui le dispersent; Il y a des jours, qu'on ne devine que dessous le ciel des factices faïences. Ces fleurs se nourrissent de l'oubli des fleuves enterrés, Léthé y mâche leurs racines de ses deux boucles de fillette mauvaise.
Des fleurs encore, pleines du bruit de la nuit, encombrées des amours qui s'y glissent, qu'on y souhaite et qui y dérape. Des fleurs sur lesquelles on joue des musiques mortes, et qui grince comme des violons brisés, dont les cordes gémissent en plaintes d'orphelin. Il y a ces fleurs, ces fleurs bouleversées de matin, qu'on croirait même qu'elles y brûlent, et dans la ville, dans les couloirs étroits où les gens se frôlent, sans se toucher, s'effleurent sans se fêler, les brûlures du néon vous font passer la tête sous de blancs incendies, sous ces jours de synthèse et les pendus balancent leurs corps de pailles au bout des cordes du nylon. Il y a des condamnations à mort qu'on rédige sur du papier à musique, des petites bulles policières saisissent les cous de poussière. Sous ces colères raides, et les torsions des fatigues. J'ai su ma bouche faire avancer des mots de menace, des pouces tendus, injurieux, des félicités dans la langue bachée, j'ai tout entretenu au dedans, j'ai fait vivre le monde des rebellions à l'heure où les tyrannies étendent partout leurs dehors de regards affamés. J'ai refusé toute la scélératesse du monde, l'on me regardera mourir, je ne me défendrai pas tandis que les armes victorieuses baiseront mon front comme le baiser de l'amante celui de l'amoureux éploré, j'aurais au cou la même marque fatale que le baiser vainqueur de la courtisane sur les draps vicieux du prince naïf. Je serai superbe de mon chagrin, beau de ma mort de juste, et mes yeux, éteints même, sombres encore, jetteront plus loin leurs lumières blessées que tes yeux bleus et vivants
Que l'on me loue le tombeau pâle des yeux ligneux. Que l'on me prête ce corps lugubre où ensevelir toujours l'âme, les lumières des phares qui capturent les pluies dans leurs orbes , les regards poudreux où les rivières sèchent comme des eaux salées, brisées d'écume. J'ai vu un visage où les bords de rives semblaient des reins allemands, des tourbillons en lieu de paroles, furieux, j'ai vu un visage où les eaux meurent, où le sable des berges mélange les regards au bleu incertain des horizons. J'ai vu des yeux chercher la lumière pour qu'elle leur crève les yeux de ne savoir endurer l'éclat vrai du désespoir.
Qu’on me loue enfin ce gisant, blanchi à la chaux avec les lignes du ciment en relief comme des lignes de main—très loin sous terre.
Volutes.
Tu portes un dos-nu.Je ferme les volets.Quand je t'entends tousser, c'est l'odeur du raisin qui étouffe au fond d'un oeil.Je t'en prie, ne tousse pas.J'ai l'impression de te perdre.Je préfère quitter la pièce.Pour ne plus entendre.Le silence lâche.Mais le silence.Tu connais l'amour.Tes yeux ont déja transpiré bleu.Apprends-moi.Tu porte un dos-nu et des jambes blanches.L'air ne passe plus dans le salon.La pluie.Dehors.On ne fait que l'entendre, on ne la voit pas.C'est une menace l'amour.Dis moi que non.Ne sois pas malade.Apprends-moi encore.J'entends le rythme de ta gorge qui suffoque.Comme une musique violente et arrachée.Comme un noeud.C'est une panique l'amour.Je suis mon propre étouffement et je me tisse.Battant.Battant fin.Comme les gouttes.Gouttes d'enfant.Gouttes de Feu.Gouttes de lumière.De coton imbibé de toi.Goutte d'Adieu.De sueur.De limites.Comme la dèche.De la lune.Qui s'émiette.Sur ton visage Tu es Dieu.Tu es Dieu.Va t-en.Va t-en.Repousse-les.Tu sais, pour plonger, il faut mourir.Respire sous l'eau.Tu vas t'étouffer.Tu es.Comme le siècle nu.Je ferme les volets.Dans le noir, tu t'endormiras, et j'irai poser mon oreille contre ton épaule, pour écouter les baisers, que ton amant a du déposer.Pour apprendre l'amour.En fermant les yeux.Pour ne pas voir sortir de ta gorge, l'ennui des années qui passent, quand tu tousses J'ai l'impression que l'amour est une chute. Dieu, la lettre majuscule, c'est le cryptage à décodage facile.
Toute une nuit
Les musiques galbes
Rose de plaisir ; épines de mélancolie
L'angoisse de tes mains d'aube fine.
Tu sais Amour, Dieu est entré dans la chambre.
Il a déposé ses valises sur le palier. Et il m'a déshabillé ses rêves. Là, j'ai serré mon poing dans le fond de ma poche. Et je le faisais tourner. J'ai mis ma peau en miettes. Tu sais Amour, j'ai retenu la phobie.
Dieu est entré et il avait une carapace. J'avais de l'orage dans la bouche, et toutes les feuilles sont tombées sur la parquet de ma chambre. J'avais une tempête dans le coeur quand Dieu est entré. Des toits d'espoir se sont envolés. Je ne sais pas s'il y a eu des morts Amour, mais mon linge de nuit est tâché. De flaques.
Dieu est entré, il était sec, il avait chaud et soif.
J'ai le ventre viril Amour, j'ai pas eu peur, j'ai reçu le coup de poing. J'avais le parfum liquide, et je l'ai laissé passer. Dieu est entré, il a regardé le plafond, et des muscles serrés pendaient au ciment. Mais tu sais Amour, je maitrisais l'agression. Je maitrisais ce qui entré, et qui s'installe.
Il a ouvert les fenêtres, et des bouches gluantes frappaient à la grille. Il avait 10 jours Dieu. Il avait 10 jours.
Je respirais l'épreuve. J'ai le siècle rouge, qui perle Amour. Mais j'ai retenu, tout retenu. Il m'a déballé ses espoirs, sur ce lit, là, dans cette chambre. Je suis tombé sous ma peau. Dieu disait les hommes, les femmes. Tu sais Amour, je suis riche, Dieu est entré, j'ai perdu mon lait, j'ai cogné ma phobie contre ses os cassants. Dieu est entré. Il a défait les draps. Il a plissé mon coeur. Je t'en prie, regarde, regarde, Jérusalem sous le sang. Et la crèche qui frotte la poitrine. J'ai retenu le fauve Amour.
Il a troué mon lit de lumière.
J'ai caché mes cuisses bouleversées. Il a cuit mes envies Dieu, et j'ai une écrivaine dans le miroir. Une écrivaine avec les mèches blondes sur les lèvres, quelque chose qui empêche. Amour à l'odeur de novembre est entrée, et j'ai voyagé Amour. C'est vieux l'histoire du monde. C'est précoce, mon histoire par rapport au monde. Et je roule, sur sa langue, intime, intime, intime. Oppression. Intime haleine Amour. De Dieu, l'haleine merle J'ai retenu mes tremblements, j'ai mordu la queue d'Adam, j'ai tressé les cheveux d'Eve. Il demande du sucre dans le café, il demande du feu pour réchauffer, il demande de ne pas abîmer, il demande d'éteindre la lumière pour tuer. Dieu. Avec un grand "D", avec un grand chapelet avec un grand trajet. Dieu qui vient de loin, qui est si prêt. Il a enlevé sa peau Dieu, il avait trop chaud, il insiste. Étouffé. Étouffé. Brûlant. Étouffé. Il insiste et il enlevé sa peau. Il est sans chair. Ca brûle tellement en moi, que j'ai fait honte au Sinaï. Dieu est assis sur mon lit, sans chair.
Je me suis assis à côté de lui Amour.
J'ai mis des religieuses dans son café. Il parle du mâle, de la guerre, il parle du mal, et des prières. Il commence à s'ennuyer Dieu, il baille. Il tousse. Étouffé. J'ai retenu la phobie. Il est resté une nuit, sur le lit. Il a dit "déconne pas".
Il a déballé le monde comme un chien qui s'agite.
Il s'ennuyait. Il s'étouffait. Il est venu Dieu. Sans frapper, il est entré. Et j'ai retenu, la phobie de la vie Amour. J'ai retenu, la mort qui voulait m'emporter. Maintenant, il est reparti, comme le Petit Prince, comme un oiseau qui piétine les amantes et le corps méprisé. J'ai retenu, la terre brûlée des morts.
Dieu est entré, il est reparti, j'ai éteint la lumière, fermé les rideaux, découvert ma peau, je suis sensible.
Comment te dire. Je sais qui tu es. Quand tu fredonnes ici. Ce que j'ignore, ce sont tes pensées. Si tu te moques, si tu t'étonnes, si tu viens ici comme pour épier à travers les soies du bordel les vices qui s'y entassent. La différence. Je ne sais pas. Les habits que tu mets. Avant. Je crois. Dieu m'a dit. Les comtesses, mettaient, des guenilles en ruban pour imiter les rouées. Je ne sais pas. Si tu viens ici, pour te glisser, dans la palpitation de mon cœur anormal. De mes artères gorgées. D'urine. J'ignore si tu le partages à d'autres, en des moqueries, j'ignore ce qui se déroule à l'intérieur de toi. J'ai cru entendre une rumeur ? Je ne suis pas sûr. Elle tombait, en grésillant, sur la nappe. Elle tombait, la rumeur, et je crois l'avoir vu dormir, dans des yeux. Perfides.
Je sais comme ton corps se plie la nuit, au sommeil, comme il se paralyse soudainement, je tes doigts qui appuient sur les yeux de la peur, je le sais. Je sais toujours, qui sont les gens. Malgré les kilomètres je lis une âme humaine, j'en tourne les pages, je lis à la vitesse des morts. Je déballe les mots. Sous le silence, je te devine, sous la gaze de la distance je sais l'entêtement de ton parfum. Il se dépose, s'accroche, sédimenteux, douloureux. Tu froisses ma paranoïa, c'est extrêmement douloureux, mes inquiétudes. Tu te transformes. Tu deviens, l'obsession. L'obsession, et tu jettes dans le même regret que Dieu son fils, dans moi de la peur. J'ai peur de toi. Je ne peux rien dire. J'ai le nez fier.. Ta coutume est de tout déchirer.
Insomnie amie.
On tombait, la première fois qu'on se retournait, dans l'insomnie, des nuits entières, car la fatigue, dans la solitude de la pièce, survenait toujours en fin d'après-midi, ou tôt le soir avec le crépuscule. D'autres ont déjà raconté l'insomnie : comment, à la fin, elle détermine même la vision du monde de l'insoumis, au point, qu'avec la meilleure volonté, il ne peut plus voir l'existence que comme un malheur, toute action comme dénuée de sens, tout amour comme ridicule. Comment l'insomniaque reste étendu là, jusque dans la lumière blême de l'aube qui pour lui ne signifie que malédiction, malédiction qui le dépasse, lui, seul dans l'enfer de son insomnie, malédiction d'une espèce humaine manquée, reléguée sur une plan te qui n'est pas la bonne...Moi aussi, j'ai été dans le monde des insomniaques (et je ne cesse d'y être maintenant encore). Les premiers oiseaux dans l'obscurité encore, juste avant le printemps, et déjà on entend Pâques avec le timbre, cette fois, sarcastique, suraigu, vrillant vers le lit de la cellule, ce « unenuitsanssommeilencore . Les cloches qui sonnent l'heure, tous les quarts d'heure, même les plus lointaines, nettement audibles,annonces d'une nouvelle mauvaise journée. Les cris et les miaulement de deux chats, l'un sur l'autre dans l'immobilité,signe sonore et net du bestial au centre de notre monde. Les soupirs ou les cris, prétendument de plaisir, d'une femme, soudain surgis dans l'air fixe, comme si, juste au-dessus du crâne de l'insomniaque une machine démarrant produite en série, en appuyant sur un bouton, comme si tout à coup on faisait tomber tous ces masques de sympathie et faisait apparaître au grand jour un égoïsme panique (ce n'est encore une fois pas un couple qui s'aime, mais chacun qui s'aime lui-même, à gorge déployée) et toute méchanceté. Périodiques états d'esprit de l'insomniaque – mais ils peuvent être définitifs pour ceux chez qui l'insomnie est constante, devenir des états réguliers.
J'ai du soleil au coeur
Quand vous en serez au temps des cerises,
Si vous avez peur des chagrins d'amour,
Evitez les belles !
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour...
Il y a une solitude dans l'écriture qui vous rapproche des autres.
J'invente une prière qui dit : " j'achève les enragés "
Je suis une fuite organisée. Hitler dit qu'il a les parties sexuelles si fragiles que mon corps qui le frôle le rend fou. Je n'ai pas le langage humain. Je dis "vous devez confondre" à une dame qui perd sa peau sur des toilettes. Je rencontre une fille qui pleure de rire, dans la nuit, je l'imagine mourir. Il y a un gardien de musée dans mon crâne. Les oeuvres sont intactes. La grande table ronde d'un bleu nacré. Les coupes de champagne qui se brisent sur mes gencives. "Tu ne bois pas ?". Non, je m'offre. Je m'offre aux sourires bourgeois, à des femmes aux âges de mère. Je veux de la tendresse. Je n'aime pas les sexes éventés, je n'aime pas l'argent. Papa Je pense qu'un jour il ne sera plus là. Alors je serre plus fort, je retiens le parfum, la peau, le gôut, l'assurance et la fragilité. Je retiens tout de Papa, comme un souvenir qui se consruit sur le moment. J'ai eu raison hier. A elle aussi. Je dis que j'ai le sang de mes origines, les yeux noirs, les cheveux sombres, la peau mate, tout écarlate de douleur. Oui, mais ça reste dans le sang. Ce qui recouvre mon corps c'est le vent du Nord, sa pluie sur les visages exacts. Moi, je suis fait de l'odeur de la mer agitée. Mon amour. Mon. Amour. Là-bas. Je suis serré dans l'air chaud. Dis moi la neige qui grelotte sur tonparvis. Des chansons berbères je ne comprends que Béjaïa. Des sourires de mamans je ne retiens que la douceur de mon prénom. Dans la glace, je caresse le ventre plat de ton reflet, je l'imagine rond comme la langue amoureuse accessible. Mon amour, il faut apprendre à tout perdre. Là bas, je dis "je déteste les regards". Je suis sans réel désir. Je suis une décoration. Si on me laisse un message. Je ne rappelle pas. Il est loin, il manque. Si l'on m'écrit, je prends mes doigts,et je réponds, automatique, j'ai toujours le dernier mot, un dernier mot de politesse. Je veux être insupportable, je veux être en dehors des autres. Je veux être ce sordide que l'on épie, qui nous menace. Je veux être insupportable, que personne ne m'approche trop près, que mon souffle reste avec moi. Et puis, la maman de Lisa lui dit "tu as une lettre de Jonathan qui t'attend à la maison". Je ne résiste pas, à l'écriture, aux mots. Elle pense "il est très fort, il a deviné. Alors il a écrit, il sait que je ne contrôle pas". J'imagine les corps dansants, là bas je nous ai vus. Toi défaire l'anémone de tes cheveux, le noeud des paysages. Je déteste l'attitude des filles qui veulent séduire. La forme de leurs corps quand elles s'apprêtent à aimer. Elles grandissent, prennent de la place comme un coquillage géant, gluant, salé, puant, et délicat. Fruit de mer. Elles germent, dans les petits désirs, les petits amours. Moi,je voudrais me cogner. Je voudrais qu'on me prenne le bras, dans le fond d'une rue et qu'on me tire les cheveux en me criant "voilà, c'est ça l'amour". Tu le ferais, un jour avec tes mains d'été ? J'attends que tu m'appelles le soir, je me dis "elle a du boire, elle le fera, elle le fera indignée, en me disant arrête, arrête tout ça, j'ai tes images dans la tête et je ne les supporte pas" .Sourire tendrement. Hitler aurait pu le faire, s'il n'était pas aussi bête. Je dis toujours "laisse, ils sont tous cons". Je souris et je pense : dire que je l'ai tué J. L'odeur des douches publiques, et le bruit des moustiques fatigués, quand les cheveux blonds animaux se collent à moi sur Waters. La musique est bonne. Quand la musique est bonne. Il dit "j'ai trop saigné ". J'aimerais voir. Je veux toucher. Moi aussi, je saigne souvent, j'ai les gençives fragiles. Je ne veux pas être comparé à mon écriture. Je ne vis pas encore comme j'écris. J'inspire N. Elle me dit "tu m'inspires". Je l'inspire. Je me demande, comment, et où. Je croyais que je suffoquais. Et puis, je ne pose plus de questions. Que la nuit me pardonne. Les gens sains m'ennuient, les gens sains sont vides, moi je suis pur. Je suis le tout de ce qu'on lit de moi. J'aime ce qui dit "je suis timide, mais sauvage". Le téléphone explose, je ne réponds jamais, le téléphone raconte. Les boîtes. Les filles. Les baisers. L'intime. La virilité, les urines. Puis le renversement du coeur. Le désenchantement. Les regards vulgaires. Il raconte. Elle, elles, eux. Mais jamais toi. Les mains sur les hanches comme des pierres sur un arbre. Tombales, évidemment. Il dit "Marie, le surf, la plage sous la pluie, les rues du Nord désertes sans toi, les nuits blanches à danser, la musique, l'alcool, je prends jamais comme toi, je prends pas de limonade moi, je veux vivre ma jeunesse". Ma mère, a un rire étranger au téléphone. Je déteste Cergy. Je n'ai rien à dire à leur dire. Ils disent toujours "parle moi, écris moi". Moi je n'écris plus qu'à une, un peu sourde, elle a des nymphes dans les cheveux, de l'hiver au regard. Mais je ne lui dis pas, parce qu'elle s'en irait si elle savait tout. Je me dis qu'elle sait, et ça m'amuse. Ca m'amuse parce qu'elle n'en parle qu'aux autres, autour de moi j'entends le frottis de la rumeur, j'entends ses habits de fantôme et ça me fait sourire. Elle en parle, et la voix me traverse comme une intention. Personne ne comprend, tout le monde est sourd, ce n'est pas avec les oreilles qu'on écoute. Cons. Je fouille le vil plomb de mon corps abandonné qui ne transmute pas d'or Tout se bouscule dans les plumes de serpents. Je suis incendié. Précieux. Tabou. Sûr. Racine. Je tombe de la chaise en éclatant de rire. Je suis une fuite organisée.
E dit "je pense à toi". Elle le dit souvent. Mais je ne réponds pas.
La cambrure de son dos c'est N. pourtant. M. D.. Zurich. J'ai
brûlé mon passé avec nos coeurs unis.
Elle, toi qui part, revient, ma
marée, mariée, son sourire, ses silences, c'est moi. Parce que son
odeur. Haute-décousue. La forme de ma bouche qui aspire la fumée. Un
indice. Le corps anonyme.
C'est violent le sourire du désir.
Quand je parle, j'éjacule de la mâchoire.
Quand ils lisent, je vois leur éducation, et je regrette déja d'écrire.
Loin. Il y'a un conseil taillé au marteau : tu ne devrais pas lire de poésie dans la nuit. Les femmes qui se regardent dans les vitrines, en inspectant leurs cheveux. C'est que le ciel je peux le prendre entre mes mains, le secouer, et vous le balancer à la figure. Je trouve ça ridicule et pourtant, je fais de même : je me regarde. Est-ce que j'espère me trouver laid ? Plus j'entends Baudelaire entre mes lèvres quand je regarde tes yeux, plus je commence à trouver qu'il est tard. Je n'aime pas la poésie, tu comprends. Je n'aime pas les femmes qui se regardent et je n'aime pas la poésie. Si l'on me demande si j'aime les mots, je répondrais que oui, mais ça, c'est une réponse instinctive. Par instinct, j'aime les mots, par principe, je ne les écris pas. Les mots que j'aime, je ne les ai jamais écrits. Je te les dirai, à toi. Les mots. Je les dis avec la gorge nouée. Les yeux, tes gifles, ton impatience visible. S'il fallait que j'écrive un livre, ce serait un scandale sous la forme d'une silhouette, que vous croiseriez dans les couloirs sombres : on sentirait la présence mais on ne distinguerait pas ses formes. Il y a notre différence. Quand j'hurle, c'est sur mes plaies. Parce que tu es avec moi, en pensées, je te sens dans le froissement des pages. Je ne suis dupe de rien. J'ignore ce que tu cherches. Moi je n'attends rien. Je n'ai jamais rien attendu. Même la partie manquante. Toi. Alors quand Maupassant dit "L'homme s'approche", je ris, la littérature m'ennuie. Je n'ai que faire de votre intelligence. Je n'ai que faire de savoir si je suis un homme ou une femme. Je sais que je veille sur toi avec une hache en bois, attendant la sentence. Je sais, la plus belle des destructions La construction, ton existence. Je veux admirer tout ça de loin. Je veux raconter, raconter le lac en moi qui noit les orages. Si je les croise, je leur plante un revolver mou entre les deux yeux. J'attendrais que vous pleuriez. La Vie se taira, et je descendrais dans le ciel pour y retrouver les trains que j'ai raté. Avec toi. Un homme, c'est un assemblage cosmique. La sagesse, est une maladie un peu sombre. Dans les pharmacies, on ne vend pas de médicaments pour les prudents. Prudence, reste anéantie dans ta tâche, moi je ne veux plus me regarder dans les glaces pour savoir si je suis beau, je veux savoir que je suis laid. A partir de ce moment là, je ne perdrais plus de temps, je cours, en frappant dans le dos des beautés immobiles et grossiéres, j'enmènerais dans ma course, les lamentations fades. Défais toi de ton éducation. Arrête de te tenir droite, comme si la courbe de ton dos ne devait pas se casser, sois avachie, courbe tous les os, casse-toi en deux, défais ce que tu peux de noeuds, mange avec tes mains et mets de la terre sur leurs tables propres, mets ton nez dans ton verre, et jette ton assiette à terre, casse, arrête de poser gentillement tes mains sur tes genoux sous la table, met-les dans ta bouche, lave-les après manger, dans la bouche des autres, ne sois pas si fièrei, jette-toi des ponts, trouve-moi misérable, trouve-toi merveilleuse, continue de ne pas idôlatrer ces gens qui sont rentrés dans leurs épaules droites, "arrête de fermer les portes par politesse laisse-les grandes ouvertes" c'est ce je te dis. Qu'on entende tout, arrête de te taire, et parle, parle, dis-ce que tu as à dire, et même, le reste. Quand ils lisent, je vois leur éducation, et je regrette déja d'écrire. A l'envers, ça donne : Vivant il-croit se, mais, probléme de pas pose me ne ça, mort sois je Que. dire rien veux ne je que et mort suis je que dit qui celui c'est, j'enmerde que un bien a en'y il's Et.
"La brume en baisers".
C'est facile de devenir celui dont tout le monde parle. On dit
dans la rue que je suis l'ombre de F. Qu'il était la lumière. Et
quand je tiens le manuscrit dans ma main, tout me revient.
L'échelle
de l'abandon. Le sous-sol interdit. La racine sous la pierre. Le
ventre sous langue.
Tout me revient. J'ai treize ans et je connais
déjà. Les origines de la peur. Le calme de mon corps. Les femmes
sont cruelles. La musique est mortelle. Je suis déjà dans le corps
humide. Le fond sec. Le corps suant, rivière musical. Je suis déjà
l'enfant qui coule. Transparent. Blanche prière. A treize ans, pas
encore percé d'ordres, la seule force dans la faiblesse. Je suis
déjà, une cachette infinie. Je suis une fille à la fente close.
Verrouillée. Une tentation dans le miroir. Maman disait que j'étais
dangereux quand je vomissais Rimbaud devant la glace en pleurant,
comme pour atteindre mon corps. Tu es dangereux. Dangereux et
transparent. L'enfant sans peine. Dans la richesse de l'harmonie. Un
coquillage pétrifié qui respire sous le sable. Sans
bouleversements. Un muscle indien
Et puis, il y a eu la
confidence. Celle qui agrippe au cou. La première. Je te garde sous
les ongles dans un verre de liqueur. Mon début de nuit. Ton visage
doux. Où tout se passe. Un lieu où il faut tout construire. Un
visage colérique et calme. Un alcool. Un visage qui vient loger dans
le corps. Tu diras plus tard, avec le recul "tout se passait
dans la mâchoire". C'est que je ne sais pas écrire, c'est que
je n'ai rien à raconter. C'est qu'il me faut une scène, qui gronde
en moi. treize ans, le pouls acéré. Le sommeil paisible. Le coeur
obèse. L'haleine tiède. Nuque. Course. Pieds. Route. Bruit. Tu ne
t'effondreras jamais. Tu partiras loin, dans ta vie, et je penserai à
toi, je te mettrai dans mon ventre, je te ferai circuler de mon cœur
à mes muscles. Et je défile, devant toi, sur la place de l'enfance.
Carnaval, je suis plein d'étages. L'enfant armé qui ne sait pas se
servir des fusils. L'innocence effrayée par elle-même. Tu aimes,
confidence. Mes bras aux blessures, et quand je saute dans l'eau qui
n'existe pas j'éclabousse quand même. Je ne laisse rien sur le
passage. Je ne frappe sur rien. Parfois les vitres, le plexiglas,
parfois mon ventre. Je fonds en moi. Je vais: je vais te, maintenant
que j'ai vingt ans, maintenant que je sais l'impact de la peau,
maintenant que mon parfum colle aux arbres, maintenant que ma
violence est dans le secret. Maintenant, que j'ai les yeux profonds
et inutiles,un corps grand comme le monument, la tristesse dans la
crèche, l'enfance en miettes dans les creux. Tu as les cheveux si
longs qu'on dirait mes cris. Je tire. Dans ma chambre J'entends
encore maman dire non. Aujourd'hui les gens prennent comme maman la
même voix apeurée et timide. Ceux qui me lisent, me regardent avec
des yeux méfiants. Bonjour, tout ça se passe dans mon corps. Voyez
ma vie, la blessure reproduite, la parodie des joies. Mais je suis
heureux, je jure, sur la tranche d'un sacrifié, que je suis heureux.
Je fais le rapport. Confidence. Tout me revient. On va te
reconnaître, ma confidence. Tu étais inquiète. Tout me revient.
J'aime ton rire. Maman dit non, et nous sommes juste à côté. Tout
me revient, quand je tiens le manuscrit dans mes bras. Et c'est trop
brusque. Je dois placer mes idées. Je cherche le corps de l'écriture
dans toutes les rues. Aucun ne correspond à ce vertige. Je dis ton
prénom. Tout me revient. Mes treize ans. La proviseure qui croise
les jambes et ma tête qui tourne. Hier soir, j'étais dans les
draps, et je me laissais faire par le sommeil. Et là, il faut que je
fixe mes idées. Brouillon. J'ai l'écriture brouillon. Comme un raz
de marée. Rien ne se fixe. Je dois fixer mes idées. Tout me
revient. Ton heure et ces murs qui tombaient lentement, lentement.
Pardon si tu lis ça. Je sais que tu lis. Tu vas te reconnaître.
J'avais déchiré mes collants en laine de treize ans, et ouvert la
porte. Je suis arrivé, j'ai ouvert la porte et je suis entré, ton
parfum est venu dans cette chambre. Je le connais. Il a déposé ton
odeur. Tu me fais peur quand tu as un regard de poupée de plainte..
Hier soir, j'étais dans ces bras, à deux heures quarante sept
minutes, je crois. Monsieur, sortez, je ne veux plus écrire,
laissez-moi tranquille. J'arrive avec un corps comme une adresse.
Aujourd'hui, je suis presque propriétaire. J'entends une voix à
l'intérieur me dire "je n'ai pas mes propres pensées, parce
que je n'ai pas mon propre corps". C'est à ce moment là, que
je loge en moi. Que je m'installe dans cette peau. A treize ans.
J'entends encore les autres dire « il est dérangé, il me fait
peur, avec ses yeux, ses yeux, ses yeux ». Dérangé. Non, occupé.
Oui. Pas dérangé. Rien ne me dérange. Tout m'occupe. Je suis
occupé. On m'occupe. C'est si simple d'être celui dont tout le
monde parle. Je refuse. Je suis arrivé brûlant comme un soleil
timide. treize ans. Je disparaissais à trois heures vingt-cinq sous
le sommeil en avance de Lara. Tu apparaissais en ombre. Je veux. Je
suis si gros. Tu es si mince. Tu es l'eau du bain trop froide. Je
suis entré. J'ai jeté des poupées sur mon lit. Et je suis monté
dans mes souvenirs. Je suis monté. Monsieur, je veux allez jusqu'au
bout de l'écriture, ce qu'on imagine pas encore. J'entends encore
Maman expliquer « non ». Je te grifferai si tu venais un jour,
contre les couvertures de ma bibliothèque. Ce n'est pas dans la
violence. Non, c'est autre chose. Une panique. Et je te dirai, là je
te dirai, la confidence. Là, oui, je te dirait, sur toi, sur
l'étouffée : « je veux t'arracher la peau ». Je te dirai, et je
ne voudrais plus que tu sortes des draps, je m'allongerais sur ton
ombre lucide. Pardonne-moi. C'était avec toute la violence de
l'enfance trop mouillée. C'est si facile, d'être comme tout le
monde veut. Monsieur, laissez-moi allez au bout de l'écriture.
L'enfance glissante. Sans matière. L'enfant pendant sous les mains.
Je veux t'arracher la peau. Tout me revient. Et c'est ça ma
confidence. Tout me revient quand je tiens le manuscrit dans les
mains. Il me faut une scène. Ne pas publier, ne pas dire, je publie
depuis que je meurs. Je dis ça. Toi et moi l'écriture secrète. Il
y a des débuts partout, sur mon corps. Pardon d'ouvrir la scène. Ca
aussi c'est ma confidence : la naissance de l'écriture. Ne pars
jamais, depuis j'ai 20 ans. Je serai là, encore, dans la répétition,
des choses qu'on lit déjà. Des terres qui nourrissent comme ce que
je tiens dans les mains. La louve sans pattes.
J'entends aujourd'hui ma mère qui me lit et qui dit « non ». Mais ça elle ne sait pas, tout ce qui me revient. Tout ce que tu m'habites.
Frémir Frémir.
Ca doit être l'été. Le bel été. Aujourd'hui je confonds, "ça ne peut
plus durer, ça ne peut plus durer". Je confonds les gestes et les
crimes. J'ai la peau sur l'os. La peur sur la chair. Dur. Je suis un
jus frais, je t'épouse, ferme les yeux. Ferme les yeux. Ferme les yeux.
Ferme les yeux toi, tu me retrouveras dans le noir, silencieuse, sous ta
mâchoire qui efface. On ne peut pas récupérer, un souvenir amoureux,
sous une pleine lune indifférente, sous les traces sportives.
Je ne me montrerai pas. Les enfants se noyaient dans les flaques. Ton
coeur coule à travers les barreaux d'une grille. La grille verte à
l'entrée de mon jardin. Le coulis empêche les passants de monter sur le
trottoir. Empêche les hommes de venir me tuer une seconde fois. C'est
l'hiver qui fait son effet. Il barricade. Il protège du bonheur. Il
claque mes dents sur les digues du Nord, et les arrêtes des poissons me
fendent les côtes. J'arrache ton écorce pour la grande occasion :
l'été.Il ne faut plus, l'hiver, le froid, la neige, les lumières, le
noir. Il ne faut plus, que je pense à ça. Vite l'été. Tout doit
revenir. Le bruit des marteaux sur le chantier au goudron suant. Tout
doit revenir, la trace des pas quand on court, la terre qui gratte de
sécheresse sur les cuisses, le tee-shirt qui colle sur le dos des
filles en été, les marins qui s'embrassent sous le tunnel en secret,
les gares qui ne tiennent pas leur promesses, le calendrier qui se
défigure, les couloirs de l'Université qui se dérobent sous le bruit
des rires, suivre sans réfléchir, attendre de voir son ombre approcher
par la fenêtre du troisième étage, tout doit revenir, les insomnies
éteintes, l'alcool sous le lit pour violer la gorge avec mon rire
nerveux, le Lac là bas, la nuit, le jour, l'été, avec le son de mon violon, et le gôut de mes pleurs dans la gorge, à l'intérieur,
l'intérieur, d'une maison, d'une poche, d'un livre, l'été c'est
l'intime, le gôut des larmes dans l'assiette, les moustiques qui
s'enfuient les ailes gonflées de sang volé, c'est revenir en cercle et
humilier, toujours, en profondeur, humilier un paysage qui dégouline de
chaleur, qui dégouline de beauté, une peinture fondu. Vite vite, va
t'en hiver. Tout doit revenir, la café de faune qui s'arrête de respirer
en me voyant approcher, les coulisses d'un amour perdu, la capuche de mon sweat qui recouvre mon visage entier, l'étouffement, le corps
qui s'allonge sur l'herbe mouillé en fermant les yeux sur ce qui se
prépare, ma voix : "c'est dangereux dans le noir" "oui mais il fait
jour" "dès que tu fermes les yeux, c'est la nuit, tout est toujours
dangereux, toujours, dans le noir, avec mes yeux sombres". Tout doit
revenir, la peur dans le train des mains qui agrippent, l'odeur des
cigares indifférentes à mon chagrin, la cloche de l'église qui sépare
ma nuit de ma journée, mon amour de mon regret, ma raison de mon
visage, tout doit me revenir, même la vague qui t'arrive dans le nez et
que je ne sais pas arrêter à temps. Tout doit revenir, ton sommeil qui
bave dans mon corps, mes bras qui ne savent pas t'encercler pour la
nuit, le froid qui coupe ton désir, ta fidélité belle, tonéducation.
Vole en éclat, achève ta violence sur moi, rends-moi mon visage. Va
t-en hiver épais bombé d'essence, je suis le gosse humide qui cache tes
cadavres sous ta neige sale. Je suis ton vestige. A l'intérieur, il y a
ta destruction, l'été va réparer ma censure. Tout doit revenir, ton
poing contre la fenêtre, les bouts de verre si lourd que je retrouve
entre mes reins, tout doit revenir, le secret des maillots de bain
salé, le souvenir d'une main qui ne touche pas, qui ne touche plus, déjà. J'ai la main incapable de toucher. Rends-moi mon visage toi, je sais que tu es là, ici. avec tes yeux de noyée. On
voit mes os. Je suis la misère fragile que tu glaces avec un vent
amoureux qui ne tient pas entre les branches. La nature me protège, la
balcon se fend. Je perd mon visage, je fouille, dans l'eau glacée, dans
la sueur de tes promesses, je cherche mon visage dans mes souvenirs. Je
me souviens pourtant, pourtant je me souviens, d'une bouche, des yeux,
bleus, la bouche était pâle, perdue, elle savait parler, c'était mon
accusation, la langue de massue. Je cherche, j'avais un visage, où
est-il. Rends-le moi. Avant que le soleil ne grille mon sang. Le sang
qui monte à la tête. L'hiver me prend par les pieds, la tête en bas, je
perds mon visage, comme un chapeau, il tombe, il vole, il s'enfuit, à
quatre pattes, avec le vent, avec la tempête, mes bras dansent dans le
vide, je le cherche, le sang me monte aux joues. L'hiver est irréel.
Tout doit revenir. La lumière qui se noit, qui se concentre. Tout doit
revenir de la neige, ton odeur, tes paroles. Et tes cuisses, tes cuisses.
Arrachées. Arrachées. Je les vois, arrachées du corps, en dehors, les
cuisses. Tu vois, je délire. Je vois les cuisses arrachées du corps. Je
vois un couteau dans le bas-ventre qui gesticule encore, sous les
boyaux passionnés. Vite, reviens je perds. Je perds la raison, comme
j'ai perdu mon visage. Je me souviens d'une nuit dans un cri, alors
tout doit revenir. La réalité. Je dois retrouver, ma vérité. Les
montagnes qui se décomposent en poussières, l'enveloppe qui ne s'ouvre
plus, le bal des accidents. J'ai perdu mon visage, dans la nuit de janvier, sur le quai. Sous un train, le soleil est né Ses rayons ont
transpercé mes yeux, j'ai perdu la vue, j'ai pas vu mon visage qui
partait. Il est tombé. Hiver, rend-moi l'été. Ces souvenirs, mon
souvenir. Toi, rends-moi ma précipitation, ton geste. Rends-moi ce qui
m'appartient. Ma mémoire.
Ils disent "amoureux".
Je réponds :
"Mais amoureux, ça veut dire quoi. Ca veut dire stupide, ça veut dire
non, non non et oui. Ca veut dire chaque nuit, chaque nuit ça
recommence, ça veut dire se souvenir, ça veut dire vide, seul,
amoureux ça veut dire adolescent, ça veut dire 20 ans, en plein
dedans, ça veut dire, manquer."
La nuit me demande, quand j'écris sur toi, dans mes cahiers de feutre: "Que deviendra l'amoureux ?"
"L'amoureux, se souviendra de l'amoureuse. J'aurai la racine amoureuse.
Une racine fraîche, sans eau pourtant. Une amoureuse en apprentissage, une algue en volupté".
Lanternes, lents ternes.
L'algorithme de ta peur
Je meurs de ma petite mort.
Mignonne,
Les couleurs sont le voyage de la lumière, elle ivre, ouverte en bouche et en baisers qui déploie ses plumes de barbarie, ses sucres tropicaux, ses couronnes rancies, ses fleurs d'alcôves, la rancoeur de la mandragore que l'on avale et qui pousse dans soi ses racines de doigts sorcières. Souvent j'écris sur une belle que je ne dis pas, qui est toi, un amour du loin vociférant ses pitiés. Je dis, il est une fille de silence que j'aime et qui ne s'en doute plus, et c'est toi que je concerne, toi que je concentre. Tu es dans mes doigts, le plaisir muet, et dedans ma parole, dedans mes rescrits aux yeux vérolés de plombage. Tu bouges dans moi comme une corde tendue où tu secoures l'état de mes nerfs, où mon être est pays habité de séismes vigueurs, petite.
Je voulais te dire, ma nuit, la nuit usagée comme un vieux corps fatigué qui me traîne et me soumet, la nuit vulgaire, et ses jupes courtes et noires sous laquelle les genoux jouent des sonnets maquerelles. Je voulais te dire ce que fait le temps pour celui ivre des sons et des paroles, qui s'en va récitant, les vers limoneux. Lorsque je me lève, que je devance de rire le jour collant de ses outrances, je sens le temps qui rétrécit son débit, parle plus lentement sa voix à vieillir les peaux humaines. J'échappe aux ans de tressaillir sous les caresses aux mains de lampe. Autour les berges, toutes les berges s'entend, s'abaissent et semblent des plages, des grèves surmontées des calottes moqueuses. Le fleuve rugit dans la mer calme et figée, et dessus le miroir des eaux immobiles, l'éclat bleu de tes yeux de deux fois quinze ans plonge le ton entêtant de ses corolles rigueurs.
Je me souviens, les nuits où nous nous découvrions, défaits par la semaine, purge de la fatigue que ton étreinte longue à venir, que la nuit lente à dépérir, réfractait. Je me souviens les nuits où nous dépecions les plaisirs, affamés de leurs peaux de fanfare.
Il flottait dehors, dans des langes de notre intime, le refus du lucre et du stupre, et la seule musique pour faire au visage le fard qui déplace les montagnes cris. Que de cristaux qu'une bouche abrite, la moisissure tintante des lèvres, et le baiser vrillé comme une nuque de morte, tentateur comme tes boucles un jour blondes, hier brunes.
Tous les jours tu changes, tous les mercredi à l'heure de dîner ensemble je déguenille mes forces, je me mets en vrac d'attente devant le restaurant de la rue Saint-Jacques où chante sous nos êtres la vapeur. Tous les jours tu changes, et je ne te vois que le mercredi, dans l'angle incertain, nomade, de la lumière qui se presse et te bouscule, qui te bleuit de passer sur toi avec entrain. Dans cette césure semaine, où riment les mains, et les couleurs, où se font de criardes chansons, des babioles aux fenêtres verrouillées , monte, monte, monte ta voix sur ma voix avant nos promesses coalescentes. Quand je me tais, je m'en vais répétant le mouvement sans bruit de tes lèvres de serge, qui se closent sur ton éveil comme le rideau sur la chambre du malade. Qui se balancent comme le soleil à la cime du ciel, et les arbres frémissent sous ton pas qui précipite l'éveil des natures, le chant des bêtes, et la grande chasse des oiseaux de proies. J'entends le tonnerre de tes rires jusque dans mes sommeils. Je ne veux de nous qu'un amour mortel, de jouer sur cette scène tendue pour nos infinis qui se répondent, le lierre de nos caresses et la maladie incurable des gens brisés. Je ne veux pas d'amour sage, bien éduqué, ce doit toujours être taillé en flèche, que nul baiser jamais ne me guérisse de la blessure de toi. Ces entailles que je me fais comme des anathèmes sur l'épaule saignante. Dans tes bras je veux croître jusqu'à briser, et mon corps mis dans le tien, d'expirer jusqu'aux noyades suffocations. Tu es ma mer, la grande mer aux parures changeantes, aux habits de nacre et de jaspe, que jappent les chiens d'écume et les brimades des poupes navires que sont tous les amants que je ne suis pas.
Je t'aime, petite fille, ma plaie d'où s'écoule le chant des sangs.
Je t'aime, petite fille aux yeux de piège et mes mains de voyous
s'y prennent comme des loups.
"Strophes pour se souvenir"
Au vingt-huit de février
l'on me cherchera en vain, et ma vie se sera télégraphiée jusque
de l'autre côté du langage, dans la glace et l'immobile blancheur
que fait l'hiver du corps, la saison attachée en amour à vos
pupilles sèches et mortes. Je serai gercé des grandes musiques,
gercé de leurs sabots enfumant le ciel. Au vingt-huit février, le
reste de la gente humaine, ira s'occuper, bricoler ses emplois, ses
amours, ses ruses, ses ambitions et ses soupirs, apprendre, et espérer
des futurs curieux et inquiets, et je serai tout figé du sourire des
voyageurs. De ceux-là qui vont dans tes terres vierges de
souillures, qui vont où personne ne peut abimer, aucun guide
touristique, aucun hôtel, rien de ville et de climat que l'inconnu.
Nombreux s'y rendent mais aucun revenants, nul cartographe pour la
topographie du terrain, des rues de noms anonymes et des avenues obéïssante de silence. Je me rends sous un paysage d'ombres et de mystères, dans les reliefs peinturés d'une eau-forte. Tout
figé de la beauté supérieure de celui parti d'en pouvoir encore et
de sentir tout le mal de lui, débordant comme un royaume, gonflé
comme une source de torpeur. J'ai bu les eaux empesées du drame ou du givre et le
vingt-huit février j'ai tout organisé ma noyade jusqu'aux bulles
de marécages de ma gorge. L'on me cherchera vingt-cinq heures, dans les
foyers, dans l'Université, chez les amantes on murmurera ma fin comme une rumeur
pleine de croupissures et de mots. Au vingt-huit février, je serai
moins que je n'étais déjà. J'aurais fait mon dernier pas dans la
grâce, collé au front d'un amour mon dernier baiser. Je ne verrai
pas la Hongrie, je ne verrai pas mon moi diplômé, cette photo de renoncements sera à d'autres que moi. Je meurs déjà
comme une intention courbée, je meurs déjà comme un souhait lent à
murir, et qui ne se boit que d'avoir patienté dans son propre corps, ces futs de chênes et de peaux.
Au vingt-huit février, je n'aurai rien dit que des silences, et ma
voix aura décru à la faveur du bruit, ma voix aura décru comme
devant le printemps les rivières apaisent leurs cours et se
cherchent des eaux immobiles pour réfléchir les jupes des filles
qui dansent dessus eux leurs parfums suspendus. Le vingt-huit février, on
pleurera un peu, puis on se souviendra ma mine de torture, et mes
petites manies scélérates. Je n'en dirai à personne que je
succombe déjà, et que j'achève l'ivresse d'être, un vingt-huit de février au moment des sursauts de l'hiver, des tentations de printemps.
Ayez pitié de ma vocation de silence, d'être des fibres qui s'enflamment une dernière fois dans le souffle lent des condamnés à mort et de filtrer entre les globules firmaments de choisir la danse dans les tissus de ce luth gravé de noms et de sanglots. Ayez pitié de me vouloir répéter les fiançailles de révoltes qui me remontent jusqu'aux doigts, ces récifs perçants la cale des bateaux négriers. Ayez pitié de ce chant mourant d'agonie, comme une dernière promesse, et qui va arpentant toute l'étendue de cette lande bénie, à l'intérieur de moi, fraudant son excès, resquillant d'une brisure jusque l'autre voyage la sinusoïde des fêlures. Dites vous surtout que ma mort prolonge vos vies, qu'à demeurer ici j'aurais fini par en agonir quelques uns de vous de ne plus savoir où porter mes coups ni où jeter mon écume. Tendez moi un corps, et je le meurtris, et je le brime. Je meurs d'avoir un combat tenu dans cette larme sèche, et permanente de mes déceptions. Tous les jours je pleure le sable de la défaite.
A la fin février, comme ceux de l'affiche rouge, j'irai m'écrouler libre et résistant au Mont-Valérien, sans crier de la France, je dirai une parole d'infini, éclairé de ce lacet de joie qu'il y a à réveiller la part moqueuse, ténue réfugiée dans ma vie. Mon pas titubant de son ultime ivresse. A mon insolence je donnerai alors des frissons et des ailes et l'air de reproche des oiseaux de nuit invisibles. La nuit dira au jour qu'elle vit passer une bête curieuse, libre au profil de condor, elle dira que ses plumes étaient noires de terreur et son bec menaçant comme la littérature, qu'il poussait de sa gorge des fièvres de nouveau-né et un dernier chant triste sortait de lui, une sorte d'ode à tous les malheureux pour les réunir dans la plainte que laisse un homme devenant fantôme, un homme demeuré ombre qu'on ne distinguait qu'à demi dans la mosaïque scrupuleuse des aurores.
J'irai assis, la nuit, sur le tertre des incertains m'inonder le visage de souvenirs puis de regrets et laisser ce petit mot à mon amour, mon orpheline qui mélange avec ses coudes mon prénom, je lui laisserai ce petit rien à mon Hélène« Je te lègue un peu plus tôt que prévu ta part d'enfer pour qu'après même que mes bras auront desserré leur étreinte d'odeur tu te souviennes de ma chaleur». C'est qu'ironiquement je m'en irai sans amis, sans confiance, mais avec des lecteurs, vous-là. Camarades et voisins de mes vociférations. Je meurs, et c'est un événement heureux, l'angélus tonne je l'entends à ma fenêtre, il entre dans la chambre avec son murmure cantique.
Partir, hurlait Minetti sous la neige hirsute de Salzbourg, et j'entends avancer la fanfare qui annonce les péris rares renoncer aux boucles de solfège et les paroles de sable qui étrennent les solitudes, maudissant les salants de venir si tard enflammer la bouche de goût, et les poivreuses figures d'enfin apparaître sous le nuage mâché de l'adieu, le souffle tardif mais l'inquiétude ponctuelle.
Je jure qu'en me jetant de ce vitrail de plumes et de feuilles, de cette petite butte qui regarde du canon Paris et tend comme un menton son Fort intérieur, je jure que je ferai dans l'air une cabriole pour laisser aux ciels la trace d'un bonheur innocent et paraître, dans le suaire triste des jeunes adultes suicidés, la pointe déchirante d'une étoile. Le suicide n'est pas un sujet grave ou sérieux, je meurs pour me distraire.
Pardon, pour ceux qui vont rester. Pardon pour les indifférents auxquels les funestes honneurs iront mendier les larmes en souvenir, et les deuils en partance, pardon pour les lentes processions obligatoires, l'on réquisitionnera vos tempes et vos yeux, le temps perdu et les muscles blêmes, les misères s'enterrent tout de même, les pauvres ont droit aux tristes hélas, et se consolent de fruits mauves et de lèvres déchirées. Les peaux pourrissent moins vite sous le double voile de la honte et de la mort.
Je pétrifierai l'assistance de laisser sur mon corps brisé et serein, un sourire et une lettre de joie d'avoir vécu ma vie toute entière, d'un bout à l'autre, et conquis des publics jusque ces deux ans fatals qui me firent serrer le noeud coulant des paresses et des ennuis. Les mornes bavardages des fortunes ; des dents qui claquent de froid comme des monnaies au comptoir ont fini de m'écœurer. Deux ans de dégoût figent au dessus des yeux gris un torse de potence. Deux ans à vouloir entrer partout, épiant, notant tous les gestes de mes attentions et de ma mémoire pour savoir comment bien briser les corps contrits et les meutes bourgeoises. C'est un échec rigolo que celui de mes luttes d'avoir cédé aux joies, aux filles, aux vins et au plaisir, il n'est pas comme à Lorenzaccio de figures de la tyrannie à terrasser, pas de dragon à pourfendre du bras animé, purifiant de Saint-Michel. Lorenzaccio n'avait de vertu plus que celle que fait dans les mains le crime brutalisant l'injustice, essuyant la dague empoisonnée jusqu'à la pointe de son vice dans le corps tyrannique du Laurent de Médicis et l'injustice nébuleuse aujourd'hui d'être partout, étalée dans le monde répandue comme atmosphère sinueuse qu'on ne peut chasser sauf à cesser de respirer, n'offre aucun mortel repentir, nul mortifiant réconfort. Ne me reste que d'avoir trahi, de m'être mêlé du sort de petites filles jolies, d'avoir sacrifié ma poésie pour des tendresses faméliques, des comme au bordel qui vous durent juste le temps de vous user l'âme, et à cinq heures la rapiécer avec les ongles, avec la peau, troqué toute ma fatigue et ma nuit contre un peu de monnaie courante d'avoir dérobé à la cause des sacrifiés deux ans. Deux longs ans, plutôt que faire le complot, passée à jouir entre les cuisses d'aube, et les liqueurs vertes de mes almanachs amours, deux ans de trahison, se payent de son propre corps et de ne pouvoir retrouver la grâce gênante que celle de mes dix-sept ans enduits d'éclats, ne me reste qu'à me jeter de cette belle tour de songes, et de demeurer inerte jusqu'à ce que les promeneurs m'y trouvent, méfiants de cette dépouille d'un si jeune dépassé par la vie, qui ne le retenait plus, et coule tout autour sans plus le tremper, ce garçon aux lèvres sèches et au front délaissé, dépassé par la vie qui se pressait, se pressait, et bousculait en le déshabillant, lui délabré mais le teint satisfait d'avoir vu l'extrême des défaites, d'avoir visité toutes les caves de la terre, bu le vin à la racine des ceps, étudié les spéléologies du monde, fouillé les vestiges enterrés dans les reins de filles. Je vous parle de la petite mort qui rit, et je m'en vais heureux, d'avoir tout su d'ici. Mes yeux sont gais, je meurs sans pleurs dans moi pour le futur aux yeux crevés qui vous attend avec sa gueule de torture et les grouillantes masses d'insectes qu'aucun entomologiste ne peut classer. N'en voulez pas à mon ombre de demeurer encore un peu accrochée à ma peau et vous railler, c'est moi qui demeure en attendant un peu que mon visage de victime disparaisse d'entre les mémoires. Je laisserai assez d'insultes pour que tous m'oublient sans peine. Dernière geste de ma bonté, tige supérieure du lierre d'émoi et ses griffes sans fin. J'ai trouvé pour l'adieu une fille à la pâleur de morte, qui si elle se tient au dessus de moi, gisant, me ferait un beau marbre tombal à l'épitaphe changeante selon l'humeur de sa bouche, elle parle deux langues comme pour dire deux royaumes, chacun d'une berge à l'autre de la Méditerranée. Ma stèle aura trente ans vieillissants ; ma jeunesse je la reprends elle qui faillit se morfondre cent ans encore dans l'usage et la politesse. Voyez mes bras ouverts au destin, accueillants, voyez je suis une auberge pour les Moires.
Je
vous offre pour mon dernier moment un baiser de brume qui ne colle
pas, ne tient pas, ne se fixe pas et qui, tout comme nos existences,
ne fait que passer sans user. Au vingt-huit février, j'en aurai fini
d'ici, dans un dernier éclat de rire, de moquer l'incurable vie. Ce
n'est pas triste mourir, ce n'est pas triste trouver refuge dans les
siens, comment pourrait-ce être triste de devenir une ombre parmi
les reflets comme Cocteau, Marais, Genet, comme Chatterton, Villon,
Gary, comme tous ceux là, asphyxiés d'avoir brûlé si fort que les
vapeurs exhalées de leurs fins exaltées en devenaient toxiques.
Mieux vaut être mort qu'égaré. Je m'en apercevais ce matin,
lorsque l'on me disait « Tu pourrais mourir, toi, demain ? ».
Ma réponse est timide, je préfère le vingt-huit février, d'être
en bordure de quelque chose, à la falaise des mois, me va mieux.
C'est une mort sans détresse que la mienne. Si j'ignore tout, je
sais assez pour agir.
J'ai rencontré une fille pâleur lugubre pour mes derniers moments, j'ai vu sa peau blanche de morte, pour m'aventurer déjà dans les sentiers qui mènent aux trottoirs de mars que je ne verrai pas fleurir de giboulées. Je serai déjà bien plus loin que tout ça, à rire en fumant des dédales. Ce qu'il y a de l'autre côté, je n'en dirai rien, je serai clos comme un secret, comme un jardin.
Lanternes, lents ternes.
Toi.
Le silence je l'aime, il parfume, c'est le chant monotone de ta belle
voix qui tonne, et qui module le sens, c'est là que se forme mes mains,
celles deux qui promettent des cris à tes reins et menacent tes creux,
failles puissantes, de l'extase. Parce que tu n'aimes pas, tu as peur,
seulement, peur des voix en toi, celles dans ton ventre qui gémissent,
qui grincent, qui se remuent, des voix qui ont des dents qui font vibrer
les hommes, et trahir les filles, peur de ces voix qui te jettent dans
la nuit avec à peine de chaleur pour tenir dans le jour. Je sais tes
yeux où se sont faufilés des mystères couleur d'écume, au goût amer de
la dispute. Je sais la solitude blême qui habille ton regard, la nuit à
l'heure du sommeil et des couvre-feu moribonds. Je sais tes molles passions, je sais ton cou incliné de fatigue qui se tend vers je ne sais quoi de futur, vers je ne sais quel ordre. Toute l'organisation sociale, ton corps étroit est la société, plein de cases, de mythes, plein de peurs aussi et de renfoncements.
Je sais la tristesse
qui enveloppe ton coeur comme le désespoir les yeux du poète et tes mains
fines et précieuses qui font jouir les amours et pleurer les fillettes.
Je sais par coeur tes courbes de Rhin, taillées en arc, pour abriter les creux,lesabsences et les bleus,les jalousies que ton pas trop noble fait
mirer dans les yeux conquis, et je sais surtout, surtout que tu n'aimes
pas, que tu te rassures seulement derrière des épaules calmes et larges
comme le ciel aplati d'un compagnon. Le couple, ce sordide atermoiement de l'amour. Pour tes souvenirs qui se perdent dans le matin qui fait ta nuque, je saurai faire mon corps unique, rassemblé en un désir, une impatience que l'on nomme du terme vulgaire de fidélité, je mettrais dans le ruisseau mes genoux pauvres, mes mains de guenilles, à la révolte je mettrais un bâillon déchiré dans la couverture de mes romans, aux yeux je frotterai l'ombre pour qu'un peu d'aurore la traverse, et éclaire la nappe de nos dîners. Ah les yeux bleus, ce poison de mes sensibilités. J'aimerais arracher de moi un peu de cette défaite qui me fait le parfum délicat, obstiné, rassurant, qui plait tant à mes vieilles comme si léchant ma sueur elles s'imprégnaient d'encre et de littérature. N'est-ce pas que l'on ne peut pas tenir toute son existence à vivre dans l'intensité, mon corps cette forge sans repos où remue le métal brûlant.
>Je t'y attends, c'est de l'autre côté du mensonge que je me tiens, dans le fracas et la danse des astres vierges.
De mes lèvres secrètes comme des parchemins
Je t'embrasse dans la nuit qui me délaisse.
Artémis
Inspire moi les choses belles et cruelles qui pendent comme des lumières d'Opéra au bout des doigts salis des innocents. Raconte moi comme les mots vont te chercher au fond de toi avec leurs mains crochues, quand ils lèvent sur tes lèvres bosselées, des draps semblables à des drames. Inspire moi ce qui craque dans la peau quand les larmes retenues forment sous le visage un masque et un territoire où personne ne sait plus rien du visage que son immense barbarie. Raconte moi, dis moi que tes yeux ce sont deux gouttes de rosée que l'hiver a surprises en haut de tes cils et te les as offerts comme deux perles myopes d'où voir pour demain les offensés du monde. Inspire moi les mots qui débordent du crime que l'on soudoie avec des gestes pirates, et les manivelles qui se tournent avec ferveur comme des prières de charlatan et des superstitions. Raconte moi encore pourquoi tes yeux ne battent qu'avec lenteur, ce qui recouvre ton coeur plus que la peau, plus que la flanelle et le velours de tes paupières de Versailles, dis moi le souvenir qui y mordille tes sens et te fige le sang en un liquide transparent et silencieux. inspire moi, sois Lo s'il faut ou Lou si c'est trop court, mais soit celle contre ma langue là où le vocabulaire pousse comme dans un champ humide, sois la terre fertile mais jalouse qui réclame des semences de douleur pour jeter dans les cimes les écorces brunes et douloureuses de l'écrire. Sois la belle puissance qui tonne de mots comme la peau du tambour, sois avec tes yeux la nuée où s'abrite la sauvagerie des orages vibrant de peur dans les courbes rondes comme des joues du très haut tressaillis. Donne moi tes yeux que j'en fasse des mots.Toi oui, dont je sais le froissement et les mains qui dansent, et qui jouent de ces instruments d'Afrique, je t'imagine le corps facile des danseuses.
C'est que je ne suis pas un être définitif, c'est que je ne suis pas un être des stabilités et des subtilités ; des mesures, des contentements et des ruses, c'est que l'on ne bâtit rien sur moi. Ma vie dure le temps d'un fruit sucré. Je suis une parcelle infime de l'été. Je suis ce refus systématique des suggestions, cette colère perpétuelle qui s'est mise un voile islamique à la crinière cruelle.
Que je me fiche du bonheur, que je me fiche de la joie, je veux la chaleur dedans, passer tes mains sur moi et que tu sentes dedans les saisons réunies, ce mélange des quatre moments du temps qui ont fait de moi des mains de givre, et des yeux jaunes comme un foie malade ; et les mots dessechés d'été et la plaine découverte de printemps. J'ai tiré la terre aux morts, pour faire pousser des mots, et les voir luire. Ton manteau, ton hermine, voilà de quoi je les taille : de la mémoire et de l'Histoire. Dix mille ans se tiennent sur tes épaules de songe, mon infortunée, mon ignorée. Tu me rends le goût, et les sens. Mais je n'ai pas guéri de la nuit.
Ma voix d'affecté, quand je me penche au dessus-du silence, et que je fais remuer ton prénom comme une braise qui va lancer sa couleur. Tu ne le sais pas, comment pourrais-tu. J'ai mille amantes irriguées de ma solitude. Je joue des nerfs comme du violon, chatouille les cordelettes, le musicien sait faire hurler toutes les bouches, de l'écarquillée du violon à la charnue des fillettes.
Je veux que l'on dise de mes baisers qu'ils sont l'enfer, l'enfer en plus froid. C'est qu'il existe bien ce pays aux falaises abolies, aux tours monstrueuses jetant dans le noir, dans les sinuosités de l'ombre, dans ces rigoles de hasard quelque chose impossible. Comme aimer. J'ai fait tout un poème, qui est une ode, qui brûle bien entre mes doigts. Voilà ma lumière la nuit, pour supporter l'affront de son sépulcre. Voilà mon alcool pour oublier l'outrage de la femme-sommeil qui toujours se dérobe au désir abandonné ô sommeil J'ai conquis tes soeurs, bien sûr. Litanie de prénoms. Je vous oublierai.
Cette nuit, j'avais jusque deux heures, enroulé sur la bouche l'odeur mesquine de Francesca, qui avait les mêmes yeux clairs que toi, cette nuit j'avais son humeur vacillante contre mes doigts indifférents. Je l'ai déjà dit cent fois, je n'ai de virilité que mon écriture. D'ambition que mon cri.
J'aimerais te mettre aux oreilles, plus tard, de lourdes boucles en argent qui tintent comme des cloches d'Eglise pour te faire tout à fait céleste, pour qu'avec tes yeux très parfaits, très prisés, tu sois et tintement et lumière comme une messe.
aube.
Je suis dangereux parce que je ne sais pas moi, qu'on peut abandonner. Je crois encore que la misère, quand elle laisse voir la peau, la tache de beauté et que la suie n'est rien que la rousseur amère des belles. Je suis dangereux parce que d'être brisé comme je le suis je sais ce qui peut me tuer, et je sais avancer dans les blessures.
Je reconnais les ennemis, je sais les armes, le tranchant, je sais aiguiser le mot et émousser la bouche, je sais ce que vous croyez voir dans la nuit : le vieillard qui se trâine en guêtres avec sa mine blême et blafarde, qui jette des respirations dorées sur la neige, le vieillard que vous applaudissez comme un danseur de cordes, que vous célébrez quand il se lève. Ce vieillard c'est indistinct l'aube, le jour, c'est tout ce qui est lumière. Lumière pâle qui ahane dans le ciel, poumon tuberculeux qui expire des miettes.
Qui êtes vous.
Je n'écris plus beaucoup ici. Je tente de vivre, et avec moi ça ressemble à un acte de profond désespoir : vivre. Probablement cette chose en moi, ce pseudo-talent dont j'ai fini par me convaincre, ces petits prix que j'accumule anonymement et que je refuse publiquement, sont le tribut à payer à la liberté.
Il faut savoir que j'ai les os fragiles et que mon dos de ne se voûter sous la gloire, ploie sous la liberté. Il est étonnant de se dire que la soumission peut incliner l'être moins bas que la révolte.
J'écris ici, parce que je m'étonne de voir ces visiteurs qui me sont des inconnus, je vois des gens qui viennent de partout me lire et ne rien dire. Je ne sais pas qui sont ces anonymes. Qui vit à Clermont (ou dans sa banlieue) et passe ici sans un murmure échappé. J'entends les ferronneries qui vrombissent, j'entends la houille qui se tord dans l'usine, et je sais la poésie ouvrière, je sais le soufflet qui maugrée et ces choses qui appartiennent au domaine de la pure technique.
Je ne cherche personne, mais des gens viennent à moi et mes bras ainsi clos les laissent demeurer loin. J'aimerais, simplement, que vous m'écriviez, que je devine sous ces chiffres et ces villes, des humanités, des prénoms et des voix. Me contacter est chose aisée, il y a un formulaire alors que l'on clique sur ma photo qui vous est tout destiné.
Merci.
Winchester
Nous sommes unis du même délit, tu as mon sang sur la bouche, comme j'avais le tien sur la langue dans nos transes d'alors. Il faut bien que tu comprennes que je ne peux pas être seul dans la chute, qu'il y a toujours des ailes froissées qui ne méritaient pas de dévaler les dimensions mais les dévalent tout de même. Si je me rends, que je dis "menottez-moi" il faudra leur faire savoir qui est complice, qui a le même amer dans la gorge, dans l'estomac.
Nous digérons le même viol.
J'ai encore un peu faim.
Je t'.
Et l'on voudrait crier Mais l'on ne peut que fuir.
Quelque chose était au milieu
Entre nous
nos deux solitudes
Qui ne se rencontraient pas
Qui ne se saisissaient pas
Et se cherchaient
En vain,
Paroles.
Et entre nous
Nos deux solitudes.
Entre nous
Cette chose
Noire, Grise
Onyx ou Mauve
Cette chose
nuit, jour
Qui ne s'éveillait pas
Et entre nous
Nos gestes, tendresses
Ne pouvaient plus se voir
Et cette chose que l'on veillait
Ne sursautait plus
Elle était là
Chose
Inorganique
Pierre
Minéral
Bleu
Brun
Métal
Et on ne voyait pas à travers
Et on ne se trouvait pas
A travers cette chose
Qui était le temps
Le temps posé au milieu de nous
Le temps invisible
Qui nous absente
Le temps
Qui forme
Des jardins
Avec des cils
De sable
Et des paupière
De roche
Monte
Des fleurs
Des parfums
Mais on ne voit pas
L'étoile ambulante
Sur son corps
La plaie que font mes ongles
Sur les cuisses des filles
Et la suture, le fil
Qui tient
La cloche des jours
De cuivre
D'iguane
On ne voit pas
Et cette chose
Entre nous
Qui nous empêche de nous saisir
Et ma bouche ne rencontre ta bouche
Que sur les lèvres
Tu ne sais plus
La langue
Tu oublies
La parole
L'herbe nous monte sur le corps
La peau doucit
Au milieu le langage
S'efface
Le silence
Les cris
Les deux
Unis
Le silence et puis le cri
Qui font une même voix
Qui font une même absence
Sur la parole coincée sur cette chose
Entre nous
Qu'on ne libère pas
Cette chose qui gémit
Qui devient vivante
Cette chose
Qui sont tous les amants
Tous les amours
Cette chose qui est
Tous les souvenirs
Qui nous éloignent
Mais ne nous séparent pas
Qui est le jour qui ne deviendra plus la nuit
La pierre d'où l'on arrachera
Le mot
De loyauté
l'éclat du marbre
Qui formait la superbe
De la morale.
Et l'on voudrait crier
Mais l'on ne peut que fuir.
Au revoir.
Je sais que tu es là, et quand je froisse un prénom, que son odeur de
lys blanc coule des pétales qui éclosent sans bruit, comme un trait de
chiffon, je sens le poison de ton existence. Est-ce que tu m'épies ?
Pourquoi
traines-tu ta misère sur ces pages vierges de sons ? Il n'y a pas de
musique, plus d'érotisme, il n'y a plus que moi -et moi vide, campé sur
mes genoux qui ne grincent pas. Tu ne trouveras pas en moi, dans mon
chaos, dans mon fracas, le bruit qui te tient éveillée la nuit. Il y a
un peu d'ivresse, des gouttelettes qui roulent en rosée sur l'herbe
lasse du matin, sur les branches éployées que secouent le vent. Tu ne
trouveras pas en moi, dans mon chaos, dans mon fracas, le bruit qui fait
sur la peau une armure de soif et une cuirasse de pus, je n'ai que des
silences et pas ce qui dirige le monde les ordres militaires.
J'ai un fusil, certes, dans les bras, un "tue-cheyenne", et je me
balance sans bruit, en attendant que la clenche descende, en attendant
qu'un
souffle y pénètre, qu'un égaré y tâtonne, pour faire feu sur l'étranger.
J'ai chassé ma vie hors de mon corps. Je ne veux rien. Je ne veux
personne qu'A.
Soyez célébrés dans les salons ; je vous vomirai aux latrines. Il y a
dans mes intestins des couronnes de laurier qui vous sertiraient la
vertu
que le monde aura usé.
Aussi, quand je parlerai de vous, et je dis
vous tous les artistes, et je dis vous tous les penseurs qui rêvent
d'une stèle de présent, ce sera pour vomir.
Dans ce vous je dis toi, mais je dis aussi lui,
je dis aussi elle, je dis Lara, je dis Carole, je dis Christophe, je dis
O., je dis N. je dis tous ceux qui ont la gloire à portée de souffle,
qui vont
bientôt la planter, la gloire, avec les dents, avec les ongles, avec
l'haleine affamée qui laissera voir de l'émail, de la salive, enfin une
bouche quoi qui aura un corps, qui aura des mains, qui aura des doigts
pour replier contre son torse blêmi par la vanité toute la gloire
accumulée. Et tout ça, tout un individu de défauts en une haleine, en un
souffle, en un soupir. Ce sera votre amante la gloire, et vos yeux,
plaines de cendres, la
veilleront. Et je vous cracherai dessus. Vous avez un appétit trop
commun, une faim épuisée de vie, une faim d'où le monde, le bruit, la
gloire auront exorcisé le génie.
Moi j'espère qu'un de mes amis antisémites écrira un livre, et que je dirai "il a eu la bonne idée d'écrire un livre contre les juifs et la mauvaise de le publier"
Je vous abomine.
Ne viens plus ici.
Plus jamais
Va-t-en au fond dans des sources pâles et étroites
Ces torrents qui sont des sexes de femme
Des cuisses entrouvertes, et le filet d'eau rageur, chaud
Qui se promène sur les doigts du marchand