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18 mars 2009

C'est combien ?

Prénom. Photo. äge. Date de rencontre.
Combien de préservatifs à prévoir. De pilules à ingérer. D'escalier à grimper. De bouteilles à descendre. De peurs à attendre. Combien de millions de spermatozoïdes à étouffer. D'enfants à taire. De centilitres à éjaculer. Combien d'obsessions à bailloner. De fantasmes à altérer. Combien. Combien d'ennui à crever. Combien.

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23 juillet 2010

Lettre de suicide n°4

Lettre n°4

Toute mon existence a été un exercice de long dépérissement, une flexion dans le processus du pourrissement, dans la fouille de la profondeur le long pelage des pays obtus, dans des villes qui passaient et que la vitesse dissolvait dans un air de décomposé.

J'ai pris la foulée de la détresse, le rythme des tristes, j'ai reflué comme fait la marée, j'ai suivi son mouvement et je me suis calé dans la respiration des noyés, j'ai parlé comme ils étouffaient, et personne n'entendait plus la voix qui descendait, l'écume qui avait mué sur les lèvres.

J'entends des gens qui me parlent de toi, et sur Bruxelles j'abandonne les filles comme j'abandonnais ton cœur sur Paris, toutes ces villes sont faites pour l'abandon, toutes les capitales concentrent des orphelines.

Je suis ces plantes d'eaux qui viennent envahir toutes la réalité, s'y immiscer en tout et la parcourir, faire à la Terre, des veines bleues et rouges. En toutes choses je parcours, et autour de moi se dressent des poisons frémissants, des qui vous font passer tes caresses pour un remède et qui au moindre contact éteignent la vie.

Moi je suis lancé dans mon processus de dépérissement que rien ne peut arrêter, c'est un véhicule sans frein, et mon existence une grande machine dans laquelle j'ai cru me glisser et qui me broie, qui me broie et me laissera descendre par le bas comme à travers une usine, un grand tamis, les milles percussions, les fracas, les bruits et les buées, les vapeurs et les marteaux, je serai le corps déformé qui passe dans la forge et sort meurtri, frappé mais droit. Je sortirai ébréché par le bas de la machine infernale.

Un avenir, tu comprends, pour obtenir un avenir il faut faire preuve de concentration, il faut plisser les yeux, raidir les membres, il faut durcir l'apparence. L'avenir c'est l'extrême concentration de l'intelligence, c'est la vigueur

Tu es l'épygée, tu seras toujours l'épygée qui s'écrit avec le y grec et fier.

17 février 2024

Où sont les gros

(novembre 2023-février 2024)

J’éprouve, pour les corps des autres, une grande fascination, corps, souvent, que j’espère réussis.

Réussite distincte de la perfection formelle des attendus de beauté des injonctions médiatiques. J’y admets, certes, avec exceptions nombreuses, l’un des critères les plus actuels : la minceur. Ma typologie de la réussite admet difficilement un corps gros. J’accorde, avant toute réflexion, une plus grande mansuétude aux trop maigres qu’aux trop gros. Si je condamne les seconds je m’indiffère vite des premiers, admets, même, leur possible salvation. Ils entrent, encore, dans ce quelque part humain, la porte étroite.

 Jeanne, si elle me lisant, empruntant ce ton autoritaire et démiurgique, se moquerait de moi, elle s’amuse, souvent, riante ou mécontente, de cette manière définitive que j’ai de m’exprimer qu’elle, non moins dépourvue, exerce aussi.  

 

Je peux projeter les trop maigres, hypothèse de beauté.

 Les gros suscitent, chose très ordinaire contre laquelle je lutte, une répugnance tenace, répugnance jusqu’à moi accolée lorsque de mon corps le ventre pend, distendu, plein d’air et de rien. Si je m’amplifie de la sorte je ne vis qu’espérant, hypothèse à nouveau, la disparition à brève échéance de cet excès.

 La réussite des corps se confond avec l’idée de leur grâce, c’est à dire de leur légèreté. Je la trouve, le plus souvent, c’est à dire le plus aisément, dans les corps sportifs, taillés dans l’effort. Cet effort, comme Jeanne le remarque judicieusement, ne se déploie pas dans les salles de sport, les corps qui s’y fabriquent, plein d’air comme elle mentionne (des années le mot gonflette avant le pullulement des coachs sportifs et influenceurs fitness donnant à la gonflette sa noblesse, une noblesse de Pire cela va sans dire), sentent la pauvreté, le prolétariat, ils sentent les peaux tannés des paysans chinois ou japonais, le dos courbé, la faucille à la main, polluant les marais de leur selles.

 Le culturisme, comme bien des pratiques, valait en tant qu’il résidait dans la marge, la bizarrerie, la curiosité, c’est à dire le spectacle et l’élite. Ces corps, laids, s’imposent, laids lorsque, surtout, corps masculins qui, s’ils se découvrent des critères d’évaluation, ne se mesurent, les uns aux autres, que par le volume, en dernier terme…par le volume. Celui-ci s’apprécie, le volume, bien entendu, comme en tout art, c’est à dire pratique cristallisée et codifiée, avec des subtilités qui m’échappent tant esthétiquement que scientifiquement.

 Les femmes, elles, pratiquant ces activités, à quelques exceptions, ne visent pas ces extravagances hideuses, elles se dessinent, elles soulignent, rien de leur corps ainsi décuplé ne contient de hâte virile et conflictuelle. Elles dessinent. 

 Elles découvrent d’elles, la silhouette d’une danseuse puissante ou d’une gymnaste paresseuse. Leurs corps demeurent corps véritables. Ce n’est pas à dire que leur ego, en raison de leur sexe, ne les entraînerait dans aucune lutte, aucune concurrence, aucune, même violence, celle(s)-ci se déroule(nt) sur un autre mode, une autre scène, par définition, presque, moins brutale parce que plus désarmée. Le massacre dépend aussi de l’arsenal à la disposition des belligérants. Arsenal, ici, systémique. De ces femmes la minceur, elle encore, demeure l’horizon, le point nodal et matriciel : la finesse de la taille. De Kim Kardashian à Jujufitcat. 

 Je touche, aussi, beaucoup les gens, comme un aveugle tentant de comprendre, avec ses sens exclusifs, le corps. Revenu, ici, à un principe pré-social, pré-esthétique, de nature, si j’en crois la primitivité de mes mains, cet héritage inconscient, ce qu’on nomme je crois instinct. Longtemps, tout social, non animé de la puissance reproductrice, je n’aimais que les visages, les corps, la tenue du corps, m’indifféraient. Aujourd’hui, pour moi, l’excitation, toujours, ma main, sur la taille, la forme que ma main ici posée prend, elle évalue, malgré moi, en dépit de moi, la durabilité de mon désir, son envie de recommencement. J’ignore comment décrire cette forme, je peux citer, simplement par exemple, qui y convînt jamais, un nombre d’or.

 Pour moi, le corps, il est là encore dans sa perfection regardant les gestes maladroits du jeune serveur du Bo-Zinc, sa coupe de cheveux, travaillée, le chignon haut, un catogan, je crois que ça s’appelle ainsi, à quoi il ajoute, latéralement, un liseré, une frise simple, faite d’un ensemble de triangle. Maladroit, de jeunesse, juste et empoté dans le même temps. Il dit, m’apportant mon deuxième double amaretto, après mon remerciement, avec plaisir. Depuis le commencement de ce texte, ce jeune homme s’emporte d’assurance et squatte en bas de chez Jeanne avec les derniers clients devant le bar fermé, tous parlant fort, malgré nos protestations qui à force de répétitions chassent les importuns. Nous ouvrons les volets dont la vibration métallique fait comme un échauffement de voix avant notre demande puis notre exigence. Premier geste poli dont nous espérons, vertu toujours prêtée à la politesse, qu’il suffise. 

 

Je n’aime pas ce au plaisir qui devient, chez lui, dans sa maladresse souriante, un plaisir. Diane, je me souviens, jadis, me racontait un quasi-amour de vacances, dans je ne sais quel coin du monde, ça devait être une sorte de village de vacances criblé de petits appartements pour jeunesse fortunée.

Un garçon, resté quasi, avec qui elle passa, non sans joie ni désir, la journée, après l’avoir raccompagnée au seuil de chez elle et pour préfigurer le rendez-vous à venir, la quitta d’un au plaisir, qui la figea et la conduisit à l’éconduire pour toujours. 

 Le corps de Julien lavant avec plus de science que de soin les verres des clients, il y a aussi la serveuse, qui lui ressemble, je me demande s’ils sont frère et soeur, le même mouvement dans l’espace, des coordonnées trop voisines pour n’avoir pas été toujours à proximité, évoluant côte à côte. Les gens se reconnaissent entre eux, comme autre soi, comme me disait Cassandra avant de me rencontrer, la première fois, m’avoir lu seulement. Ceux là, Julien et qui je suppose sa soeur, se ressemble au-delà d’un quelconque aspect physique, ils se superposent et se décalquent.

Elle, la soeur supposée, porte un ensemble rose fushia, je cherchais la précision de ce rose, ça ne pouvait pas être pâle ou thé qui réclament un autre passif, une autre disposition, son corps, et par là son être, rend fushia tous les rose. Elle prend soin d’elle, ses cheveux roulent sur ses épaules, ils sont blonds et probablement éclaircis (je ne saisis pas ces choses là comme je ne remarque pas, Jeanne s’en amuse, la chirurgie esthétique sur les visages des femmes lèvres, pommettes et qu’en sais-je encore ces subtiles manigances plastiques). Ils finissent, ses cheveux, comme les gros rouleaux des vagues, presque des anglaises. Chloé, elle, porte de la même façon, presque, ses longs cheveux blonds, Chloé, parce que comédienne et artiste, en change le signe, le bascule dans le spectaculaire. La serveuse l’est-elle tant moins ? Spectaculaire ? Captivant mon regard, lui consacrant, consacrant à sa chevelure, dix fois plus de lignes qu’à celle de Chloé, plus apte, pourtant, à entrer dans mon esthétisme. 

 Dans les grandes villes, les mondes se chevauchent en de brèves rencontres, certains lieux en forment les intersections, à cause de leur géographie, de leur prix, de leur histoire. Ici Chloé, la comédienne, l’artiste, la somme sensible, comme elle nomme son collectif, croise par le hasard des cheveux débordés, cette femme avec qui elle ne partage rien d’autre qui ne soit visible. 

 Je me demande souvent à quoi ressemblent les gens déshabillés, les hommes, plus particulièrement dont le corps surprend, qui l’on imaginait maigres ou transparents, se révèlent tout de muscles parés, qui l’on imaginait mince se révèle gras, qui l’on imaginait gros se révèle de muscles garnis. Josef, lors de notre randonnée dans les Vosges, m’illustra absolument cet écart entre qui ne développe de muscles que volumineux et qui en possède des pratiques, sollicités pour le seul effort, il marchait devant moi, grimpant la côte, je voyais ses mollets tripler de volume, ses biceps, lorsqu’il écartait les branches nous barrant le chemin, tendre le t-shirt. Voilà ce que c’est la force.

 Enfant, dans le Nord de la Norvège, sur l’île d’Ilgness précisément, où je passai avec mes cousins des vacances sans nuit — l’été ces endroits du septentrion comme mon amour ne connaissent de crépuscule qu’un prêt à se changer aussitôt, sans pause, en aube — un garçon, habitant de l’île, de notre âge ou plus jeune, jouait avec nous sur un bout de vallée, il se nommait quelque chose qui sonnait dans le voisinage de triplhamburger pour moi et je le nommais alors ainsi, tentant, invitant dans la lutte mon cousin, à le faire rouler à cause de ce que nous avions vu (ou, plagiat d’anticipation) le film où Robbie Williams joue un Peter Pan adulte et dans lequel un des personnages, gros enfant noir, roule comme une boule de bowling pour faucher les pirate hostiles.

 Avec Jeanne, malgré nous, nous sommes grossophobes, nous nous trouvons toujours trop gros, tandis que, rapportés aux métriques et aux classifications objectives, nous nous trouvons très largement dans la norme. Mais la norme à Paris est une norme déformée. Je compte, pour m’amuser, le nombre de gros apparents, dans mon quartier ou celui de Jeanne. Nombre faible, moins d’un pour dix. A la bibliothèque où je finis ce texte au lieu de préparer mon cours de demain, je ne trouve que peu de personnes en surpoids, malgré la disparité des âges. Les bibliothèques municipales accueillent une population curieuse, des vieux, des lycéens, des enfants avec leurs parents, des sans-abris ou des égarés. Mais, à Paris, pas de gros. 

26 janvier 2024

Singe

Signe réversible le

singe

référent

juge dans l’habit hiératique

des lianes des jungles des savanes

selon son humeur

dicte le bien dicte le mal

sans souci de toute légalité

la prévisibilité 

ce n’est pas une affaire de singes. 

son bon plaisir ainsi le guide 

à donner couleur ou valeur

à l’advenu ou au supposé

fouillant singe des signes

les jugements hésitants

31 décembre 2023

Pas que.

Courses de Noël, j’écris, Courses de Noël au lieu de dire du Nouvel An comme si un réveillon valait les autres que, le premier, celui de Noël, dominait les autres, en devenait le référent substituable à tous. Courses de Noël avec Jeanne, sur l’Avenue Mozart. Lorsque, des années auparavant, je me rendais rue de l’Assomption pour travailler avec J. et P., je m’arrêtais à Ranelagh, station de la ligne 9 située à une dizaine de mètres de l’appartement de Jeanne, je m’y rendais, alors, sans connaître son adresse exacte de nos contacts distendus à ce moment-là et la détestation plus ou moins nette et affirmée qu’éprouvait son mec à mon endroit. Un jour, je le vis, lui, qui ne me vît pas, marchant, élégamment, dans un joli pantalon rayé - que je trouvais joli - pour se rendre à la boucherie, je crois. Il portait, Jeanne me le dît après, un pantalon de pyjama, accentuant le chic pour lui humiliant (peut-être?) mon sens des élégances. 

Courses de Noël, je dis, maintenant, répétant la fête, faisant bégayer l’Histoire et l’année 2023, lui offrant une semaine, fictive de répit. Un faux espoir. Jour de grande joie, la matinée, un morceau de celle-ci, un double expresso au Bo-Zinc, Jeanne travaille à midi. A la boulangerie, une baguette tradition, une baguette aux céréales, deux tartes, une citron, une framboise. Puis, je disais, le Bo-Zinc, en attendant le retour de Jeanne. Ecrire, lire. Le double-expresso, ce bonheur suivant le premier bonheur, le café, le matin - mon matin plus tardif que celui de Jeanne - quand Jeanne m’interroge, je te fais ton café ? moi, toujours, oui, parce que j’aime sentir ses gestes dirigés vers moi, l’imagination déployée en moi où je compose, jusqu’à l’arrivée de la tasse chaude, ses gestes, sa façon, j’ignore l’ordre exact, la cuillère dédiée, en plastique, plongée dans le café moulu, le café déposé dans le filtre, le café poussé avec l’extrémité plate de la cuillère, l’ensemble installé sur la machine, le bouton tourné quand le voyant vert allumé signifie que l’eau est assez chaude, le tremblement de la machine, le bruit qu’elle fait parfum synesthésique. 

J’aime. 

Les emplettes aujourd’hui, ensemble, après que j’ai déposé les baguettes, la tradition et la céréale, sur le plan de travail et rangé les tartelettes au frigo, les deux étages descendus, un rire flotte, le boucher, pour commencer, deux tranches de cruauté à 120 € le kilo, le fromage, après, un dem-cheddar au whisky, dans sa coque de cire orange, un autre fromage, un chèvre mi tendre mi ferme, au nom bizarre, gribouillette ou une approximation de ce nom, une olivette, pour un chèvre frais coupé par le milieu pour y insérer une confiture de cerise ; le traiteur grec, pour le tarama, pas de saumon, hélas, et l’autre, à l’aneth Jeanne n’aime pas, le tarama simple du traiteur grec avec les blinis maison beaucoup trop cher, le reste, ensuite la Grande Epicerie j’eus voulu écrire pour le chic continu, Monoprix, parce que plus proche et mieux rempli, la bouteille de Ruinart à quoi Jeanne tenait et moi aussi en conséquence — j’aime suivre ses désirs, je lui disais, tantôt, qu’on ne changeait pas les gens que, si j’avais voulu, moi, imposer dans l’existence ou le couple mes désirs, ça n’aurait pas fonctionné, pas avec ma façon irritante de dire non ou de sembler toujours agacé — une autre de Laurent Perrier Cuvée Prestige, la même que j’apportai chez Guillaume, lors de notre dîner là-bas, avec Milana, puis, le reste, les oeufs de saumon, les florentines, les crackers pour les casse-croûte ce mot, lorsque Jeanne le prononce, me rend amoureux un peu davantage, le mot, l’expression, c’est l’heure du casse croûte puis c’est le dernier casse-croûte quand, trop ambitieuse, elle imagine pouvoir se priver du casse-croûte de minuit +, nous nous trouvons, en amour, surpris de ce que l’autre porte en lui de charmant et désirable, les grands yeux bleus, les seins et ce mot, cette entaille impromptue, casse-croûte. Qui demande des attentions, dans les placards toujours des biscottes (ou des crackers), du fromage dans le frigo, fondu, de préférence, frais — du Madame Loïk — lorsqu’elle compte ses calories. 

L’impossibilité pour Jeanne de dormir sans casse-croûte, ou, alors réveillée tôt par la faim, forcée de se mouvoir jusqu’au frigo pour saisir n’importe quel apaisement solide. J’adore lui préparer le casse-croûte, déposer sur la petite assiette deux biscottes recouverte chacune d’une tranche de fromage, passer le tout au micro-ondes, voir le fromage buller et savoir qu’aux extrémités il croustillera, voir, ou deviner, son air accompli. 

De la truite fumée. le grand cabas Monoprix, les chips à la truffe Jeanne j’aime trop ça, les torsades au beurre, qu’elle sort à l’instant du placard, j’entends l’aluminium qu’elle froisse c’est tellement délicieux elle dit, j’entends le crunch-crunch.

Au congélateur, les pains au chocolat Picard que j’adore à demi-cuits. 

Jour de grande joie, aujourd’hui, d’excitation, pas d’alcool depuis une semaine et avant, depuis 4 jours. Mois de décembre éthyliquement raisonnable pour moi, difficile pour Jeanne, mois affreux vécu par elle, qu’elle dépasse, grande force de caractère, pas surprenante pour moi, elle (prétendument?) étonnée. 

Bonheur, écriture, aujourd’hui, lecture. Retour des achats, des livres déposés, un Sagan et un Genevière Dormann Je t’apporterai des orages, ne connais pas l’auteur (je dis, masculin neutre, parce que elle, hussard, de droite, élite, respect des volontés et dispersion des cendres de la morte récente) écriture élégante, de droite, intérêt à la sous-Nimier sa page Wikipédia « un écrivain méchant ». Des photos sur Google Images, la classe, une façon de fumer, un grand regard bleu, une fermeté, ça ne se bouge pas facilement, une femme comme ça, elle sourit sur la quatrième de couverture, pas femme souriante au monde, pas souriante comme ça, un air de Sagan (en plus jolie), le port. Le charme ça fait vraiment tout comme Jeanne aime à dire en c(han)-i-tant Christophe. 

Corps agité, Sertraline baissée à 0,25 mg, divisée par 4 depuis notre amour, à Jeanne et moi, désir violent, qui monte, quand je la vois, hier, se déshabillant, avant de se glisser sous la couette sa couette couette à part, ventre, le mien, agité, papillons, aigles, guêpes ou frelons, qu’importe la faune, la dévoration, pourquoi non félins ou canidés, herbivores, lézards. 

 

J’ai hâte de ce soir, la bouteille ouverte, le minuit que nous deux au Troca, peut-être, Vendetta, après, ou Hannibal, ou nous. 

 

A voir. 

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8 février 2011

Saint-Augustin

 

Deux lèvres ont fait deux destins aux rides voisines. Et quand l'une faisait le silence l'autre inventait le murmure. De l'union des deux au lieu de la parole, se formait le baiser. Ce baiser parcouru du frisson qui se tient dans le chuchotis, ce baiser plein de l'ombre présente au silence. Ce baiser qui détache des lèvres les squames de la torpeur, ce baiser aux rigoles de larmes enfièvre le front.

Deux lèvres ont fait deux pays aux tombes bienheureuses et quand l'une faisait le chant l'autre jouait la musique. Dans les bois de la jungle se levait l'hymne et la révolte. Dans des arbres creux coulaient tes yeux de rivière et des cordes des forêts montait cette mélodie.

Deux lèvres ont fait deux matières, de l'une de brume et de l'autre de gypse pour faire du corps humain, le paysage des émois. Tes deux lèvres me sont l'étang au contour d'estampe où se désaltèrent mes envies ; où penchent dessus le vide des cils de sapins.

Deux lèvres ont fait deux rails tendus vers l'orient de ton cou.

5 février 2011

Frissonne le remords

Je ne sais vraiment qu’une rime, qui débute au baiser
Frémit de silence, et joue sur deux lèvres accordées
Tes dents, ce cri, qui mordent dans la nuit
Et jouent cette sonate,

Tous les monstres, les bêtes, les mythologies, je veux bien céder ma nuit, je veux bien dessecher le plaisir si tu m’offres un peu de ta prière. Je veux y boire, dans ces grands cris.
Littérature de la première personne, insupportable.


Et la lumière ridée joue des castagnettes
Contre mon corps endolori, coule comme une rumeur
Et gonfle sous ma paupière à la façon d’une source
Lointaine.


Ce pays lointain, te souvient-il sa gloire, et ses hommes qui couronnaient des femmes
Rue Kahina, souviens-nous, s’il te plaît ton prénom, ta cour de musique et ton drap de pierre.
Souviens toi peuple de la soumission que l’on fit à tes membres, et la laideur à laquelle l’on forçat tes femmes. Peuple, vois sous la soie, sous la pudeur de tissus les beaux cheveux d’une mère qui roulent et frissonnent dans le bruit de la mer qui avance et odore le paysage. Regarde le cou de ta voisine, tachée de blonds, de noirs, c’est la nuit qui s’y défait lente et immuable, la marque de dents que laisse la marée sur le sable frémissant de nos grèves. Je rentre tard toujours, pour l'écrire, raconter à ces pages l'outrage petit que je laissais aux flancs d'une brune aux yeux bleus. Je sors visiter ma voisine à minuit et je pars à deux heures, dans le fredonnement de l'eau qui ruisselle de sa douche où je ne la rejoins pas. Au revoir mignonne, je suis amoureux de l'étrangère mais il faut bien que la nuit se passe et se partage. Deux moments comme deux ventricules au crépuscule qui palpitent et se fendent. Salomon divise mon soir en deux parties. Yeux bleux ; encre noire.

Sommeil tu ne venais pas. Je t’attendais, je veillais. Je tenais, et il n’y avait que la nuit, la nuit dans mes nœuds, dans mes colères, la nuit engluée dans mes boucles, la nuit infernale, et je l’ai su par cœur de t’attendre sommeil qui ne venait pas apaiser mes effrois. J'aime les yeux bleus et la lueur incertaine, tremblotante, poignante pour ma panique. J'ai peur de la nuit invariable, de la nuit obstinée, butée sur mon corps, arquée sous ma nuque. Quel rire, qu'écrire dans les draps à demi-inconnus, sur cette intimité déflorée d'ennui.

Je lis Rilke. Un autre insoumis du sommeil. Un de mes frères agonisé.

 

16 janvier 2011

Aux endeuillés - le mépris

Je suis rendu au cynisme.

J'imaginais, moi, que les cheveux blonds qui percent

De douceur, dans la chair faible que la mienne feraient assez

De failles à la tendresse, que la cruauté toute sèche s'en émouvrait.

Il y a des algues dont on attend le parfum grimpant comme le lierre à la grève

Des sens. On entend bien, qu'elles chantent, les algues, quand l'eau se retire

De leurs pelages fibreux dans le cri incertain des marées qui écrouent

Les solitudes blêmes.

 

Oh.

La mort, frappe tout autour

De mes rires

Dans des habits de neige

La mort en décembre

Est gaie, elle porte

Aux décombres

Des jasmins, des odeurs

Des sirops d'orgeats

De l'aubépine

Des jardins

Tout entierLes tombeaux

De décembre

Ont la forme

D'une fleur-e

Innocente

Et les morts

Sont tout graves

Dans leurs peaux

De marbre.

 

La mort, attentive, quand elle ballade à ses cimes les crimes de l'hiver, veille à faire les cercueils de verre et d'odeur, ce sont de gigantesques serres où l'on éduque les miasmes discrets que l'on nommera alors fantôme.

ô la puanteur qui visite tard l'éplorée est celle du souvenir.

 

Les orphelins pleurent des langes de veuve, qui demain, seront les pétales des printemps.

En attendant ils toussent des allergies nouvelles, c'est la joie des saisons qui étouffe leurs généalogies opaques.

 

Quelle belle idée, décembre.

 

 

Ma joie semble le débris

D'une balle taillée

Dans l'éclat

Funèbre.

13 janvier 2011

Fragments

[...]Dans mes bras je la sentais changeante, muer femme, devenir cruauté, ses cheveux cassaient, subtils d’odeurs retenues, comme des fioles de saveur fendues à la moitié, elle semblait la nuit qui abrite des aubes tranquilles. Des aubes à laquelle le temps, avec le soin de l'archéologue, dépoussière la cendre qui l’entrave la lumière. Nos caresses n’abimaient que moi, gerçaient mon torse si tendre que ses doigts à peine nubile le pénétrait, de sa part elles étaient tributs de l’admiration qu’elle me vouait, salaire généreux à mes délires la nuit sur la vie, la bourgeoisie et les révoltes[...]

25 août 2010

Les cuisses de Tania étaient la plus solide des

Les cuisses de Tania étaient la plus solide des prisons, prison d'impressions et de jais ; de sensations et de vapeurs ; prison chimique et nécessaire. Plus bagne encore que prison : je l'appelais Cayenne. Elle me laissait voir le ciel, ciel parcouru d'ombres et de voilures noires, sevré d'étoiles, comme les forçats : d'un côté la jungle, de l'autre l'océan. Au cœur l'enfer du bagne brûlant et la main du bourreau suspendu, luisante de sueur, éblouissante de crime…Tania ne connaissait aucun évadé. Cayenne avait jadis joué de la musique, en taillant des cithares dans le bois de balata avec des cordes tressées d'une chevelure indigène. Elle avait pendu des hommes, cette Cayenne, aux cordes de marin qui se balançaient encore, les chairs bourdonnantes de miasmes, à ce qui était devenu étoupe.

Je suis amoureux.

20 avril 2010

Fleurs de cuivre

Dans la pierre des remparts poussent des fleurs de cuivre aux tiges sauvages de corde et de lin qui, au contact brûlant des cigarettes, s'embrasent en vomissant la mort. Elles poussent dans le terreau des meurtrières, ces petites fenêtres, que les ongles d'alizées creusèrent dans le béton des villes, devenant parfois des serges de pierre pour servir d'habits aux péris. Ces fleurs d'écarlates y gisent, souvent, la bouche éventrée de trop d'odeur, quand les bras pressés des tempêtes en arrachent les pétales de cendres, et que leurs mains précoces les terassent.

Ces fleurs lourdes –qu'aucun vent n'incline- aux pistils de poudre, aux arômes carminés, ont des boutons de plomb qui montent de leurs ventres et creusent dans la boue des lits pour les amoureux. On y voit les soldats, habillés de ciels de flanelle ou de matin gris, rougir sous les parfums vénéneux qu'elles exhalent. Certains, même, se touchant le flanc, pâlissent en retirant de leurs côtes une main tachée de vin.

Quand leur corps se fait pluie et se gante de trépas, quand leur corps de bruine et d'ombre se met à sangloter comme une femme on les voit qui, entendant les cailloux de fer s'enfoncer dans la terre,  viennent y verser de gros flots rouges et espèrent voir sourdre de l'immortelle blessure des rosiers bleus et malades.

Pourtant, de ce crépuscule de balles et de reins brisés, de faims et de vide, de ces corps agenouillés, fuyant comme des tonneaux d'eau et de vie, fleurissent des arbres d'argent.

Quand les fleurs de fer fanent on entend pourrir, dans les plaines barbares, des douilles déformées dont on devine la voix de tumulte.

Les soldats immobiles –allongés- tiennent dans leurs mains éteintes ces gerbes de cimetière et de fracas, et dans le noeud de leurs bras forment avec l'étreinte terrible des cuirasses rouilées les racines des batailles.

Quand le bruit finit de décroître, en même temps que le jour s'en va, en même temps que la nuit enveloppe les carcasses, on voit, répandu autour des agonisés, des plombs ronds formant un enclos et des médailles tressées en couronne mortuaire. Les guerres ont leurs tombes de hasard où des fantômes aux mains de vent sèchent les pleurs des parents et murmurent dans le bruit de leurs loques qui passent sur leurs yeux "Ne pleurez pas sur ces marbres de boue ; je n'y dors pas"


Les murs des cités s'ébrèchent en fumées mortes et se brisent dans le ciel pour y pendre, aux aiguilles des nuages barbelés, des larmes de brume et des cris d'assassinés.

Dans la ville assiégée –qui va tomber, qui tombe, qui est tombée-, où les femmes cherchent, dans les bas des mégères, des pièces rondes où se mirer, les enfants dansent au bruit du feu, et s'amusent des canons qui s'animent ou s'épuisent. C'est une musique sauvage, mal peignée, d'un rythme décomposé comme les corps qui veillent de l'autre côté de la vie, dans la mélodie de laquelle les voix naïves embrassent les ordres des généraux. De son front où glissent des gouttes de poison, où Antchar étend l'ombre de ses rameaux, s'agitent des rides qui, semblables à la terre, sont le logis des balles.

Les enfants dansent, et ne tombent pas. S'ils tombaient ce serait à jamais. Ils sont trop petits pour que les glaives des adultes frôlent leurs cous que la misère noircit. Trop petits pour que les boulets leur entrassent dans le ventre et les déchirent.

Pourtant, à leurs lèvres, où perle la liberté, se massent déjà en buée blanche des baillons de chiffon. On entend leurs voix vieillir, leurs rires s'espacer comme entre l'amplitude d'un pas d'enfant devenant un pas d'adulte, comme une ombre qui se promène sur un cadran solaire à midi. Il y aura dix jours de deuil ; dix jours de fête.

Ces villes voient dans le soir brûler au ciel des lys blancs, qui montent et se répandent en lumière pâle. Il y a mille lunes de fer qui se désagrègent pour prendre dans leurs éclats froids la couleur du soleil.

Une ville en guerre est un jardin de métal.

16 mai 2010

Troué de foule.

Aujourd'hui tu es trop petite pour moi.
Il y a trop de gens qui font la cour humaine, et qui te saluent, d'un geste, d'un regard, d'une voix.
Je ne sais pas votre langue de ne m'exprimer que par parfums, que par l'odeur de désespoir qui s'élève de mon corps alors que je me sépare d'un autre corps.
Je suis trop vieux pour toi, aujourd'hui.

Il y a la nuit qui tombe en morceaux sur le trottoir
et qui baignent mes pas et chaussent mes pieds
De la pantoufle d'ombre qu'elle croyait mettre au ciel
Assoupi.

Tu es un précipice, et ton pays d'être si bas, si plat, ne connait que des vallées, la terre n'y monte pas, mais elle y descend, c'est comme voir un monde qui décroît.

J'ai besoin de ces dépendances, de savoir qu'il y a quelqu'un dans cet univers qui peut m'inspirer le geste, qui peut, alors que je froisse les draps -et je n'en froisse presque plus, j'ai perdu tout magnétisme, apparaitre en mouvements, en parfums, en expressions.
Je revois Elodie aux reliefs parfaits, aux traits de fusain, à la peau brune et à la voix sombre que fait sur les corps le soleil du Sud. Je la vois, et je l'embrasse. Il y manque la coalescence.
Tu es là, dans le cou des blondes qui transpirent, et transpirant abandonnent mon corps, mon être et ma saveur.
Ma haine est toute ma grâce, et je deviens poli. Je sais dire merci à la fin des phrases, je connais la ponctuation mondaine, les manières, les courbettes et les flexions qu'on peut trouver dans le langage.
Je n'adhère pas au reste des être, elles s'échappent, elle passent comme des fantômes vaporeux, des êtres immatériels que j'étreins et dont je replie les mains de tulle sur ma poitrine. Tu n'es pas là.
Quelque part, en toi, doivent surgir les même pensées, que le minuscule prestige de tes vingt ans écarte. Tu entends un toussotement qui est un pleur enragé et tu n'entends pas le bruit des fleurs qui éclosent, de ma main qui s'ouvre, de mes doigts qui s'allongent, tu n'entends pas mes ongles qui enlèvent la peau d'une plus grande que toi, d'une plus fine que moi.
Tu entends, les cahots des corps quand ils s'affrontent, quand leurs transes s'écoulent lentement en toi ; quand leurs liqueurs -tiédis de l'abdomen- s'écoulent lentement en toi et qu'ils viennent, ces corps, d'être ainsi vidées nous empoisonner le coeur.
Tu sais pleurer ; je suis sensible.
Je suis celui qui voit dans la couleur des membres, dans le bruit que fait l'extase par courte saccades, le venin qui passe dans la peau.
Les sexes qui se dressent sont beaux comme des lys vénéneux qui d'en trop approcher le nez nous souillent les lèvres.
Je voudrais qu'il y ait mes doigts qui jouent sur ta peau, la mélodie psalmodique qui s'en échappe.
Tu as sur le vent la note du chant des damnés, celui qu'on récite en balançant le corps comme sous un prêche.
Tes bras m'ont allumé les yeux.
Ils ne s'éteindront pas.
 
Avant que tu meures dans les bras d'un autre que moi, avant que l'on t'enseigne un nouveau corps de douleur, j'aurais du t'aimer comme tu me le demandais, en douceur, sans t'assassiner contre les murs des chambres d'hôtel qu'on fréquentait -combien d'écumes, de baves, de pleurs, de voix, de sang, y avons nous abandonné- mais te prendre sur mon corps nu qui serait l'ilôt dont tu espérais qu'il te fasse respirer. Au lieu de ça, je secouais ton corps, fragile esquif, contre les rochers barbares du mien.
Tu as coulé dans mes bras.
Tu coules dans ceux d'un autre.
D'autres coulent dans les miens.

J'aurais voulu encore savoir me replier autour de toi comme le filet de pêcheur abandonné au milieu de la mer et qu'habille une algue violette. Mais je ne sais pas faire, pas supplier, pas protéger, j'ai le corps trop frêle et les épaules transparentes. J'ai la nuque raide que la brise légère brise.
Je n'apprends qu'à disparaître, à m'échapper. Rendre ma peau incolore, inodore, insipide, pour que les gens me traversent sans frissons, qu'ils passent et ne sentent rien d'avoir pourfendu un être vivant. Je fais des armées d'assassin. Un régiment entier. L'on peut mourir mille fois.
Ma chair n'a plus que les apparences de la vie. Je t'écrivais, que nous nous croisions sans nous rencontrer. Nous n'évoluons pas dans les mêmes dimensions, chez moi, chez moi tout est odeur, musique, couleur. Il y a le bruit des sifflets et des hourras, le même quolibet qui est le vivat d'une foule, et je n'ai pas peur. Je n'ai pas peur, mon corps ne sue presque plus de peur, il ne connait plus la froideur de l'effroi qui roule en gouttelettes fragiles, en bruine glaçante sur la peau. Je ne connais que la tiédeur des gens qui me passent dedans. Je ne suis pas de leurs dimensions qui indolents me transpercent.
Je suis troué d'une foule.

Nous ne sommes qu'un orage.

9 mai 2010

Mon bateau ivre.

Je voudrais que le soleil se couche dans tes yeux, qu'il y charge ses teintes. Dans l'océan des couleurs, sur le cercle chromatique au centre duquel tu danses, j'imagine une main qui vient les secouer, les disperser et mélanger l'aurore au crépuscule, les lisières aux grottes obscures. Je voudrais toi, dans mes bras, et ta peau de soie, ta peau blanche comme les foulards qu'on attache aux cous des veuves pour absorber toute ma tristesse. Je veux la voir qui sèche et bleuit sur ton cou, ma tristesse, mon malheur. Les taches de vin.
Je t'ai envoyée loin de moi, plus loin que les kilomètres qui déjà faisaient entre nous une citadelle imprenable de distance, plus loin que ces douves, ces herses, ces piquets, sentinelles meurtrières qui jonchent nos deux états "léthargie et transe". Tu es derrière mon monde, en-bas de la réalité.
Pourtant.
J'ai la poitrine lourde comme une bouche d'enfant, j'ai la poitrine lourde de dents qui vont pousser dans les gencives, les muqueuses, qui saignent et qui cassent. J'ai la main qui tremble. Je suis encore malade de toi.
Je saisis mon téléphone, et je compose les chiffres de ta voix.
00324956...et ma mémoire oublie les autres, les autres chiffres sont bien cachés, bien masqués, bien voilés. Alors tu me manques, et je ne t'appelle pas. Je n'entends pas ton murmure plaintif, je ne te récite pas les poèmes que je brûle pour toi, je ne te raconte pas la forme d'arabesques de mes mains, ni les voyelles qui s'y plient, ni les coups de l'enclume sur le fer des bouches ennemies, non, je ne t'en dis rien. Je suis un silence.
Parce qu'il faut tenir cet adieu, il faut lui donner un poumon, une force qui ne soit pas qu'une rage, il lui faut de la puissance pour passer dans les reliefs du monde, pour survivre aux laves et s'enfoncer dans les sables. Il lui faut des mollets d'ivoire et des souvenirs qu'il tiendra dans un serge de poussière. Afin de les garder du temps, je les isole en bouche, ils y murissent comme des acides.
Alors je ne compose pas la fin de ton numéro.
Je vois des 4 qui y dansent, je vois 5 et 6 qui valsent et je ne les adjoins pas, je me dis que si je les empruntais, que si une minute j'avais la faiblesse d'entendre la musique qui les fait bouger dans mes yeux tu me tueras.
Je voudrais qu'il y ait, dans mes bras, toutes les larmes de toi qui s'y épanchent et forment des routes, des voies larges comme tes reins quand la passion les ouvre. Je me souviens de ton corps qui avait la forme d'une agonie croquée dans la nuit, je me souviens de ton corps que je faisais, comme tant d'autres avant moi, trembler contre les murs de nos soirs. Je me souviens, de ton abdomen comme d'une géographie d'échecs, comme une accumulation de reliefs impropres, de côtes mal dessinés, de phares aux miroirs fendus. Je me souviens de ton corps qui brisait le mien, je me souviens de l'écume salée de ta bouche et la lumière de sémaphore qui, délicate, y courrait. Je me souviens de toutes ces fleurs empoisonnées qui germaient de toi quand tes vêtements fanaient à tes pieds. Je me souviens de mes mains qui s'ouvraient comme d'autres fleurs sous l'orage de tes larmes, de tes cris, sous le plomb de mon indifférence, je me souviens de mes mains sauvages dont chaque doigt était un pétale vénéneux.
Je ne sais plus qui a empoisonné qui.
Mais je crois que tu as gagné. Je crois qu'il y a dans ce chapelet de perles indiennes, dans ce chapelet qui te fermait le ventre et t'ouvrait les cuisses une perle de pacotille dont les rayures forment mes initiales. Je suis quelque part dans les cicatrices de ta verroterie.
Un jour, il faudra que je ferme la bouche à cet adieu, que je la ferme si fort qu'on entendra ses dents se briser, qu'on verra ses lèvres coupées cracher un sang bleu. Ce sera les vins que nous ne bûmes pas, et qui nous attendaient, ce sera les bougies dont il ne reste rien que la cire durcit sur des parquets de bois vieux.
Je suis malade.
Il ne me reste plus longtemps à errer, à calculer la trajectoire de mon corps qui s'écrasera dans son tombeau. Je veux viser juste, tu sais. Mais je ne peux pas sans ton souffle qui me gerce les yeux, je ne peux pas sans tes mains qui montent, et qui descendent.
Mon bateau ivre.

4 mai 2010

Tu sais qui.

Elle croit encore en des dieux tapageurs, en un salon bruyant qui engendrerait de ses sons, de son vacarme et de son fracas des arts, des mélodies et des sonates. Elle ne saura pas se garder silencieuse au milieu d'une foule et n'aura jamais ou l'intelligence ou le talent de soutenir le "non" qui y enfle ou le "oui" qui s'y éteint. Elle espérera mille fois plus du bourdonnement des mouches venimeuses, avides de sang, qu'en l'esprit qu'il y a dans la pluie. Elle ne créera pas avec son sang et n'en connait la couleur que de le perdre de son "immortelle blessure" trois jours par mois. C'est un fleuve impur et sans profondeur qui s'abîme contre les quais de pierre. Quais de pierre qui sont des hommes et qu'elle croit "amours". Oh, la pauvre pauvre petite chose, qui se cogne sur le béton des corps de garçon, sur les muscles et les os qui font des barreaux. Il faut lui dire que ça ne suffisait pas que sa vie soit une prison il lui fallait aussi la cellule. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toute la nuit où elle arrête d'être une artiste bruyante, elle entend tomber de son plafonnier des voix d'affamés, elle entend comme un lustre de cristal que le vent secoue et qui de se cogner contre lui même, devient un bruit, un murmure, enfin une parole. Et c'est trop bas pour elle, c'est trop bas le silence qui s'habille de nuit. Alors toutes les nuits où elle ne sort pas, toutes les nuits sans corps masculins à étreindre, elle a peur. Ce n'est pas souvent. Mais ça arrive. Elle a la main vague qui déchire des mouchoirs dans ses poches, elle fait des petits bouts de carte avec ses larmes. Des chemins d'eau, de cendres, enfin quoi de son fard qui se délaye et durcit sur ses joues.
Elle a le masque des invivants.
Elle croit au tapage, au vacarme, elle croit qu'il faut du désordre dans le pas du danseur pour qu'il soit danseur. Elle s'imagine toujours sur son cou que surmonte sa vanité qu'une bouche d'amant deviendra une bouche de passion. Elle ne sait pas qui ils sont, ceux-là, qui peuvent d'un baiser laisser une brûlure qui dure l'éternité. Elle ne sait pas les garçons, mes frères, mes soeurs, qui n'ont pas deux lèvres mais deux morceaux de fer que les forges de l'enfer tordent et modèlent. Elle ne sait pas de ces baisers qui continuent d'empoisonner les vies. Moi je ne veux plus je ne veux plus ouvrir mes mains qui sont comme des fleurs vénéneuses qui éclosent, sur les hanches des amantes dont je n'aimais que les yeux ; dont je n'ai pris que le corps.
Je refuse d'être un fantôme, une apparence de la vie qui sera un écho, une loi de la mémoire pour asservir la faiblesse de l'autre.
J'ai une morale mais pas la vôtre, mes lois sont des jardins où les fruits ont la chair humide, où les peaux s'éffeuillent où les bouches dechirent avec la langue le parfum. J'aime regarder mourir la rosée dans l'herbe neuve, ça me rappelle toutes les filles éplorées, toutes les larmes primordiales que leurs yeux de matin clair abandonnaient.
Les jeunes filles en pleurs sont des fleurs que la rosée vieillit.

3 mai 2010

Solitude.

Marianne veut coucher avec moi mais sa morale lui barre le corps. Je lui ai dit que je la libérais de moi comme j'ai libéré toutes les autres. Mes bras ne sont pas d'étreintes ils sont des chaînes qui pendent et oxydent le corps pâle et invisible à demi.
Je lui ai dit à Marianne que de moi ce qu'elle cherche avec ses sens aveugles c'est un visage de rage. Le visage qu'elle sent prisonnier de ses reins, contenu dans son corset qui déborde de vertu. Tu cherches ma face ou la colère a embrasé les yeux.

Je l'ai embrassée sur la bouche pour lui dire adieu d'un pieux baiser, un qui n'a pas de langue, en soupirant d'entre mes lèvres "Tu sais que je brûle mais de mon feu tu veux la fumée et non la flamme".

J'accumule les adieux ces jours. A travers des mensonges bénis. A travers de l'indifférence sans corps. J'en ai un monticule qui s'agglutine sous mes doigts. Encore combien d'amantes à briser ; d'amours à oublier. Combien de corps à voir se mélanger aux spectres des souvenirs.
En voilà une étoile morte de plus qui s'échoue dans mon ciel, en voilà une constellation qui compte un poignard de plus.

Je veux
La solitude.

25 avril 2010

Wendy.

Je suis soucieux des balances sentimentales ;  je t'interdis d'en jouer.
Ma quête d'équilibre quand elle aura fini de couler au fond de ce godet
de cuivre et d'or, de remplir ce graal de mon sang,
tu n'auras de moi que les silences
que le vide, l'air, le vent
tu entendras
murmures
entre
les
feuillages
du crépuscule
la voix de l'abandon.
Se faufilant indolore
entre les miettes de toi
Je tiens à ma mémoire ;
Pas à ma vie.

11 mars 2010

Extraits

J'ai couru, enfin, pour fuir les ombres casquées, les ténèbres gantées de lois et de crépuscule.

Tout à l'heure ils viendront. Tout à l'heure ils surgiront comme ça, pendant que je ferai couler ses cheveux sur mes doigts, comme si le ciel fuyait dans mes mains. Ils arriveront. Dans la rue, ça fera un bruit de milice, ça fera un bruit de métal et de caoutchouc.

Et quand le peuple se taira de n'avoir plus de cris dans la gorge, le dictateur posera ses pieds longs, ses semelles cloutées sur le pays, comme le directeur financier sur son bureau.

8 mars 2010

Le jour

Cette petite tâche d'or qui te monte des yeux
Cette petite tâche de lait qui te démangeait hier
C'est le jour fier qui brûle en toi, pieux
Chaud, comme un matin de lierre
Qui amoncelle les pierres
De feu, sur les nerfs
Obtus de la Terre,

..........................

.............................................................................  Et des loqueteux de l'enfer


................................................... Tu es mon ciel.

 

19 juillet 2009

Je

Je ne crois qu'en l'émotion syntaxique, dépossédé du sens, je dois écrire pour toucher avec le verbe intrinsèquement mortel. Histoire, passion, mort ? Au feu, je n'écris que pour tuer, moi, je n'écris que pour mettre le feu au mental, c'est de la musique qui jaillit des doigts, des notes, croches, double croches, écorchés. Rien d'autre, l'émotion verbale est contenu dans le mot. Vous voyez ses veines saillir, se gonfler de jus d'ombre, prêtes à céder, chacune, j'écris "grégaire" et dans ta tête l'anévrisme explose. Boum. Je n'écris plus parce que je n'ai rien à dire, que je ne cherche plus jamais à allonger sous la plume des corps de femme, et des yeux envieux, et jaloux, je n'écris plus parce que je n'ai rien à dire, aucune rage, aucune haine bien captive de mon ventre, fauve, un peu puante prête à surgir vous faire saigner l'aorte. Rien. Je suis creux.

5 mai 2009

Luit la Nuit.

Et la nuit descend sur le bruit de la ville, elle enveloppe les murmures et les cris. Elle emporte le mouvement du jour avec le soleil dont elle se rassasie. La nuit descend brumeuse sur la ville qui bruisse encore. Elle imprime le sommeil sur les visages burinés d'ennui. La nuit qui descend lentement, avec ses habits de neige, recouvre très loin la ville. Elle commence par ensevelir les toits des Eglises et glisse son ombre pour étouffer les buildings. Dans les villes la nuit est violette, pâle et malade. Elle recouvre de son obscurité délavée les tous petits et les  clochers, les mairies et les écoles. Dans la ville la nuit est blême et sage. Elle attend devant les vitrines du bruit et de la fête. Elle n'engloutit plus rien, et sa brume affamée, son corps engourdi, se penche sur les gouttières. La nuit n'a plus de royaume, que des mares d'ombre. Elle attend que la lumière s'épuise, que la danse s'essouffle. Dans la ville la nuit n'attend qu'août qui éteint le bruit, et tait la lumière. Elle attend la nuit, avec sa patience et son meurtre entre les seins. Elle attend. Et alors il n'y a plus d'écrivain, plus de nuit. Que des plumes sèches de bile, la nuit génitrice meurt en couches et rien ne sort. Que des embryons avortés. On le dira pas au pape.

30 mai 2009

De Anne à Wendy.

Tu as les jambes si courtes qu'elles s'usent sous tes pas. Et quand tu tentes le grand écart par delà les frontières tu t'arrêtes toujours à Lille. En bordure. Tu ne peux pas descendre plus bas où tu te claques ta fragilité. Tu as les jambes abîmées qui dansent sur les murailles sans les franchir. Tu as les jambes courtes qui fondent sur les pistes. Dis moi combien c'est triste de voir s'en aller les points de l'horizon fuyant ? De s'être rêvée étoile quand on est que ciment ? Ton acide c'est le monde qui dissout tes guiboles. Un jour peut-être que tu auras pied au fond de l'Atlantique. C'est pas demain NYC. Peut-être que tu as une ville à ta mesure, sans grands écarts, cernée de barrières linguistiques ? Ne dépasse jamais. Tu n'aurais pas pied. Je sais bien que tu ne sais pas nager. Ni dans tes yeux ni dans tes boucles qui sont des vagues de blé. Tes jambes suent la peine. Tu voudrais aller plus vite. Le dernier tramway est parti. Tu arriveras trop tard dans la vie. Tes jambes se désagrègent, elles ne franchissent plus aucun pont, elles sont pendues sur des canaux secs. Tu soulèves ta robe et tu mouilles de terre ton collant troué aux cuisses. Tu as des marques sur la vie et des jambes qui s'éteignent. C'est une lumière qui s'en va, une allumette finissante. Ou deux. Deux fines jambes blessées. Les lassos sont rongés. Tu ne pleureras pas. Ta peau disparaît, c'est un squame. Tu fermeras tes boutons à pression, tu noueras tes lacets et tu feras, au bruit du déclic, du blouson qui se ferme, la ponctuation entre le jour et la nuit. Tes jambes sont des solstices d'hiver, le soleil le plus terne, le plus bas, le plus court de l'année. Tu as quatre jours de retard. Tu es un vingt et un décembre née le vingt cinq. Il n'y avait plus de tramway, plus d'horloge accrochée au placenta. Tu auras toujours quatre jours à rattraper. Tes jambes sont courtes comme des journées d'hiver, et tu es la seule ici à chasser ton ombre. Elle a les jambes que la lumière et le contraste grandissent. Elle te montre la suie, le monde, en silence. Faut bien l'écouter pour savoir. Qu'est ce qu'elle chuchote quand ses pas bruissent contre le sol ? "Tes jambes s'épuisent, suent et se dissolvent". Tu es un météore dans l'atmosphère, un diamant forgé en périphérie des astres, et quand tu tombes sur terre, tu es poussière et carbone. Tes jambes sont trop courtes, les taxis pour les galaxies sont en panne de mercure. Un jour, j'irai avec toi visiter des tombes, tu monteras sur mon dos, on attrapera ton ombre. T'es bien Wendy l'échappée belle de chez Barrie, tu sauras la recoudre. T'as appris ça dans les livres à images.

13 mai 2009

Papa est mort.

Papa est mort. Il a avalé cent huit somnifères. Le réveil est éteint. Papa les a accumulés au fond du verre. Le whisky ne dissout pas la solitude. Ni la douleur. Papa est mort. On m'a appelé. Je buvais soutenu par la nonchalance, un peu de légèreté. J'ai demandé cinq verres de fête, pour infuser la nuit dans mon corps, qu'elle recouvre la surprise et l'étouffe. Cinq petits verres à renverser mettant un bandeau au regard de la douleur. Je n'ai qu'un permis pédestre. Une autorisation d'errance. Ok, Papa est mort. Et après. Cent mille licenciements prévus. Cent mille morts à crédit,  cent mille désespérés et combien de pendus à dix huit pour cent taux variable selon la conjoncture économique, dans nos châteaux blindés, nos coffres tremblés. La rue s'allonge et le soir grogne. C'est le crépuscule qui s'annonce dans le ciel délayé, les couleurs affadies, la foule vomie, étourdie. La nuit enveloppe déjà tous les bruits de la ville, déploie ses divertissements au néon dans les cafés et les bars. La musique gronde. La lumière compense On ne s'entend pas, se voit pas à peine. Les gens s'endurent et ne se supportent pas, s'effleurent sans se toucher. Les contacts sont gantés, hygiéniques. Je m'assieds. Pour capter le bruit. Ce sera ma cartouche. J'écoute. On formule du bruit à gauche. A droite aussi. Le langage c'est un bruit qui ne pense pas, une excuse pour meurtrir le silence, qui effraie. La musique s'interpose. Juste au cas où. Mauvaise. Mes jambes en terrasse. Chauffée. Faut bien entretenir toutes ces petites usines humaines qui fument, expirent. Ca rassure sur l'état économique. Demain on aura qu'à titre "La relance en terrasse". Je suis tout seul, à vomir des lettres. J'aurais aimé voir à quatre yeux, autour de moi que du bruit. Mes lunettes sont perdues. Merde. Peignons myope. On danse je crois. Une vieille croute montmartienne, musette en mini-jupe. Les solitudes ricochent, pas de deux, l'oubli se ménage. Il faut bien vivre. Je suis rue Descartes, maintenant. Pour causer aux grands hommes. Chacun son tombeau. Rousseau. Il en a des choses à raconter depuis l'enfer. Maman veut savoir où je suis. Sur répondeur. Dommage, ici le parfum de l'Histoire, du bois pourri. Personne pour fouiller le creux de la nuit. Quand elle remonte sa braguette, qu'elle éjacule ses flèches argentées, personne pour voir. La nuit tien des prisonniers. Les gens passent sans les voir, les meurtris. La symétrie est la beauté des architectes. Faut croire qu'ils sont tous un peu oeuvres, bâtiments, tous parallèles à coïncider. Sourire, maquillage, jupe, jeans, pantalons. Ce doivent être des esthètes, pas moi. Je garde le cheveu fou. Ca évite de se confondre, de s'esquinter. Ca préserve un peu de toutes les renonciations commodes, de toutes les habitudes à l'échec.

1 mai 2009

Nitroglycérine.

Je pleure des souvenirs. On me chahute, dehors. Ça les bouscule, ça réveille tous les cris endormis. De sale humeur. Je suis un boulversé. Un qui a des larmes autour du cou, et pas pour faire du merveilleux collier ed perles, du chapelet brillant, du séduisant mondain. On est plutôt en apparât de potences, le collier et moi. Je déborde d'émotions frustrées, d'insatisfaites émotions, des abstraites. Qu'est ce qu'il y a de pire que de ressentir abstrait ? D'avoir des objets de désir flous, cubistes, perdus en conceptualisations, en mathématiques logiques ? Voilà ce que je ressens. En intangible. Je ne peux délirer de la peine de vouloir parce que je ne sais rien avoir. OU en abstrait. Des bouts d'air. De l'imaginaire. Inconcret. Comme si le désir et la chair qui pourrait satisfaire ce désir s'était dissociés pour se répartir deux univers hermétiques. Deux royaumes sans amour. A celui du ciel, le désir. Au terrestre, la souffrance. Je suis évadé de moi même. Et c'est terrible. Terrible cette fuite d'un asile inconnu. Oh, ses murs capitonnés, ses parois fines ou rigides, osseuses ou charnues. Découvrir les recoins puants et les asseptisés. Les meurtres et les pénitents. Les complots, et les coups du maton direct sur l'estomac. Savoir le charme d'une bouche étrangère, captive d'elle-même. Faire se joindre les deux îles que sont deux corps étrangers, les réunir à marée basse par un chemin de terre, de chair érectile. Compter sur le doigt unique du désir la couleur de ses charmes. Un, deux, trois. Elle aura les yeux bleus. Des qui sont comme la couleur de l'abstrait peinturé. Oh, faudrait que ça traverse bien des grillages avant d'être du quadriceps merveilleusement froissé, polychrome et tout. Que ça crochète toutes les inventivités entre le ciel et la terre, entre deux monde qui ne se parlent qu'en hoquets, en bave, en pluie, larmes, sourires. Qu'en un seul langage, celui du sens, de l'émotion, du patient clandestin de l'asile. Il y a bien des voyages à faire encore, des océans à éclairer. Il y a bien ça encore. Des navires à couler, des trésors à engloutir. Il y a bien ça, des icebergs à chialer. Secoue-moi que j'en plante un dans l'orbite terrestre.

20 avril 2009

La fuite

Elle a pas su comprendre que j'avais le goût du voyage, de l'Aventure majuscule, pas des aventures, des petites tronquées, sexuelles et désespérées. J'ai le besoin de l'ailleurs, de l'infiniment continu, de courir sur la face de pays qui finissent dans la mer. La fuite. C'est de la génétique, de l'indélébile chromosome, tout à fait vissé à l'âme. Une inclinaison naturelle, se répartit en uniforme glue sur la longueur de la peau, recouvre le courage, le moule entièrement. La fuite. C'est le départ des obligations sociales et nationales, refuser qu'on vous cloisonne dans des frontières déterminées, qu'ici c'est de l'économie meurtrie, de l'usine en déroute, du licenciement hygiénique, qu'ici la poésie accouche dans des geôles étroites de mort-nés, de rimes affamées. Et. Elle a pas su comprendre mon désir de faire claquer le vent sur les vagues, de diriger de plus haut toutes les destinées matricielles, voyager. Voyager dans les terres égoïstes, brûlées de mille assassins cagoulés, des manifestants agglomérés le cœur dans la fente verte. C'est qu'ici, dans nos frontières dessinées à la craie on masse la servilité en tunique verte pour préserver des périmètres imperméables à la poésie. La poésie, c'est une fuite, un partout sauf ici, c'est la télévision du riche. Oh, pas riche cravaté, laisse dévolue au grand monde, au riche solitaire, à l'étranger du monde misanthropique. La poésie c'est l'ineffable qui remue dans les veines gonflées. La poésie, cette physique éventrée, ces cent mille aruspices qui auscultent les débris, les vestiges, ces voyageurs du passé qui vivent là au rythme du pas lourd des gardiens. Et. La poésie, c'est le voyage dans ma tête, les multiples personnes, les bonjour-au-revoir, les salut-je-meurs, je-me-meurs. J'ai la vie en transit. L'hésitation manifeste et le bonheur qui bégaie. C'est à dire que la poésie est une certitude, une rectiligne, c'est de l'invariable géométrie, elle dit, alité(rée) l'inaltérable, la césure de toutes les faims. La poésie, elle a le goût du majeur qui retombe. Elle peint et chante. C'est un orchestre-sculpteur qui taille des marbres de vent, qui taille avec sa gorge vide des blocs imposants de verbe, d'invisible. Je l'ai dit, c'est un voyage dans l'inconséquent, un petit tour dans l'éther. Riche. Il faut bien comprendre, et pour bien comprendre il faut bien voir. Bien voir les millions de torrents qui font des éclats sanglants. L'épée qui vient séparer le profane du sacré, diviser le monde entre poésie et matière. De l'au-delà, c'est du métaphysique direct, de l'Olympe sur le char du soleil, de l'Egypte antique et divine, le corps mutilé d'Horus, c'est ça la poésie. Un accès privé.

17 avril 2009

Je suis un voyage.

Je n'ai pas besoin de voyage. Je suis plein de cartes dans la tête. Des Historiques, des dévastées, du Constantinople qui pèse sur Byzance. Pas besoin d'aller, j'ai cartographié le monde sur ma peau. Des rivages dans les yeux. On a pas besoin de naviguer quand on est plein de terminus, de pistes, de ports et de gares. Écoute. J'ai vu le Pérou sans images, des empires fantasques qui jurent, ritualisant, de ne pas s'effondrer, qui jurent à la face de l'Histoire. Les fous. Je les ai vus se noyer. Barberousse en armure. J'ai entendu François Damien gémir du fond de Foucault, je le jure, j'ai mémorisé tous les supplices coincés dans l'éternité. Un cri qui vous traverse les siècles. J'ai avalé un bouillon de géographie à la naissance, j'ai nagé dans l'Atlantique inconnu avec Amerigo. Prisonnier d'une cale. Où deux siècles après j'ai rencontré cent esclaves transitant, les même qui allaient inventer le blues le dos courbé, ruisselant déjà de musique. Il faut l'imagination, savoir qu'on est plein de départs dans le crâne, de voyages dessinés sous la peau. Savoir lire ! Lire des cartes à l'encre indigène. Sur les côtes de filles idiotes j'ai vu la Chine mêler le salpêtre et le souffre dans un vase Tang. J'ai su. Des vertèbres comme des tas d'archipels enchantés, de petites îles coulées sur de petites filles, un bout d'Atlantide. De la légende. Des rois barbares qui étranglent les régicides dans la nuit. Elle est perfide la nuit alliée aux assassins. J'ai vu, l'Univers se perdre dans ma paume, l'Histoire se raconter, faire un maquis dans ma bouche pour dire « merde » aux occupants. Allez. Quoi faire moi, des feux d'artifice quand on a vu la poudre à canon naître du désir d'immortalité.  Je vous laisse ma part de sucre pour oublier. Vos petites frontières autour des cages microscopes. Casse. Les barrières de bruits et de sons. L'oubli en mousse.

J'ai vu la nuit durer. La nuit perfide et éternelle, cyclique et infernale prêter son bras aux assassins. Pas la nuit perfusée aux néons et au bruit. La nuit silencieuse qui attend le crime et sa jambe de bois pour le soutenir.

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boudi's blog
  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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