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17 avril 2009

Drapé

Draps qui ne sont plus là à, force s'épuiser en mouvements inconséquents. Des qui liquéfient l'insomniaque fatigue. Froide cruauté floute le regard, abrège le décor, rétréci à mesure que la nuit avance sur ses échasses. L'anesthésie ne prend pas. Recroquevillé. Appétit démembré. Tapis prison qui déverse ses ombres sur vos craintes. Panique au silence embué de fatigue. Bourdonnement frileux. Des coups de crosse au fond des refuges. Ornières de secours : bouchées ; tanières enfumées; criques englouties. Le jour a tout bu. Toute avalée la liqueur amère de la nuit. Dans les pays où elle ne vient plus la nuit, le jour s'étend de toutes ses ombres, de tous ses millions de membres, son corps chauffé aux aurores éternelles. Dans les pays là-bas, où il n'y a plus de noir, plus de direction que du sud, les femmes brunissent leurs peaux pour digérer l'été, et le jour. C'est la nuit qui les vient voiler, dessiner des traces courbes et éphémères sur leur pâleur céramique. La nuit qui attend là que les corps pétris d'artifices se découvrent. La nuit là bas qui fait craquer le ciel en d'infernaux orages, la nuit qui guide, le ventre bas, la marée blanche et grise du ciel autour des pudeurs délestées. Tout s'épuise en deux saisons, en deux jours de six longs mois. Une nuit hémiplégique qui cherche son jour au travers les mille tons ambrés du whisky. C'est l'alcool de la nuit, le whisky. Rien que  pour remplacer le ciel en deuil de beautés fanées.

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30 décembre 2023

Le poème, un roseau.

 Lorsque, désormais, j’écris de la poésie — je veux dire des vers — elle s’expose violente, dure et rêche, jadis, amoureux de Diane ou, avant, déjà, amoureux de fictions plus spectrales encore, une tendresse naïve et douloureuse en ressortait. En ces temps là, si je me remémore convenablement, je souffrais d’emphase, mon écriture ne se vivait que portée, poussée, venue d’un souffle, pouvoir, jadis, assimilé et assimilable à celui du voyant, du chaman, dans les parages de la transe, dernier représentant d’une race en extinction, qui, elle-même, à son commencement, se prétendît une héritière d’autres mages. Ils commençaient, Rimbaud, Baudelaire ou Chateaubriand même une lignée qu’ils prétendaient perpétuer. 

Mensonge banal de qui, renaissant, se réclame de glorieux aïeux, aristocrates ou artistes, qui légitiment, aujourd’hui, un droit, un titre, un trône. 

 

je me dis, même, là, après coup, des années et des années après coup, suivant la longue interruption d’entre 2014 et 2017 où je n’écrivis presque pas, jusqu’à ce mois de meurtre lyrique, où je commettais la littérature en scandale — que certains crétins ne discernant jamais bien y lurent des aveux et des revendications quand à rebours je raillais une forme la mienne passée une outrance à dégonfler— je me dis (passé simple) le morceau célèbre de Rimbaud, « Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux – Et je l’ai trouvée amère. – Et je l'ai injuriée » et, de même, moi, avec le lyrisme (moi-même) pareil. 

 

Puis, je veux dire, hier nous discutions avec Jeanne de nos anciennes, jadis, cruautés, l’indifférence au monde, pour elle, la poursuite du plaisir, disait-elle, mot, aujourd’hui, qu’elle réprouve, parce qu’il sent les fluides organiques que, depuis toujours, l’écoeurent, moi, une haine, plus encore, justifiant tout puisque le monde, a priori, un ennemi, une torture, qui, parce qu’il me causait des souffrances, ne méritait de moi aucun égards et s’il me sollicitait n’obtiendrait de réponses et d’hommage que la rage. Aujourd’hui, ceci, que nous réprouvons cette ancienne colère, indifférence, cruauté qu’aucun de ces termes, exactement, ne recouvre, j’ignore s’il s’agit de défaut de langue ou de ma maîtrise parcellaire de celle-ci. Alors, ces choses-actes-egotismes, assis sur nos genoux, nous les avons trouvés amers et nous les avons injurié ; pour, aujourd’hui, regarder ces vies, ces tours, avec un effroi sans culpabilité, nous jonchâmes notre vie, l’apprentissage de celle-ci, de ce que nous pûmes, charnier et débris, sans manquer, jamais, y compris dans le tragique, de goût vers le sublime. Nous nous demandons parfois si, après l’amertume et l’injure, nous ne perdîmes pas aussi du sublime que celui-ci, pour nous, les gens de notre sorte, se couvre toujours d’une mince pellicule de sang caillé comme ces diamants ensevelis au Congo qui, mines, charnier aussi d’enfant. 

 

 

Ecriture que je craignais, récemment, de relire effrayé à l’idée du trouver quelque superflu ou autres manières tordues. Or, en ces temps, d’écrire constamment, je développais une aisance, les mots, dans mon souvenir, coulaient facilement et si, à distance, j’en vois les quelques trucages, excès, imitations imberbes, j’y découvre surtout un feu réel, une grâce, elle, aussi, en principe, venue de ceux bien nés. Je, à mon tour, naissait/s, de répéter le geste d’accoucher. 

 

Les poèmes que je tente de produire, aujourd’hui, simples ou complexes, ne relèvent pas ou rarement de ce style. Une gamme d’eux, intellectuelle, se déploie, que je poste rarement, cette poésie recherche, poésie-recherche, sans tomber juste résonne gravement, inutilement. Elle manque de simplicité sans compenser celle-ci par une évidente émotion, elle se traîne, presque, je posterai, plus tard, de ceux-là, ces enfants reniés, non voulus ou pas comme ça, avec cette sale gueule et merde c’est la sienne. 

30 décembre 2023

Coq de combat

le ? Octobre 2023 - continué 20 décembre - puis 24 décembre - puis 27 - puis 30

 

Hier, je marchais sous la pluie depuis chez Jeanne jusqu’à la bibliothèque Germaine Tillion, protégé par le parapluie Franprix orange qui pend au patère, parce que, le mien, payé 10 euros chez HEMA (racheté, depuis, entre les morceaux d’écriture de ce texte, le même modèle), je le perdis au changement de la ligne 6 à la ligne 2, sans, en réalité, passer de la 6 à la 2 parce que je me dirigeais du mauvais côté et, m’arrêtant à Pasteur pour prendre la 12, évitant, de justesse, négligence supplémentaire, d’opérer le changement à Montparnasse-Bienvenue où, si les lignes 6 et 12 y passent toutes deux, elles se trouvent séparées par une longue distance, parcourable à pieds ou nus ou à l’aide de tapis roulant automatique, de bringuebalements de valises, de stress de voyageurs et d’hébétude des touristes.

Dans ma marche (je pense, de ce verbe mouvement, à l’hymne autrichien, la marche de Radesky, changé, je crois, depuis par autre chose, maintenant les désirs impériaux patinés jusqu’au démodé) m’apparaissaient les (i)mages de **, le déploiement, tendre, de son existence dans la mienne, ce qui l’anéantissait, la dispersait, la rendant, elle, matière. 

 

J’écrivais, marchant, sous cette pluie molle, une qui ne tranche pas, celle, la pluie, précédant les batailles lyriques, cernant les duels mortels quand ceux-ci ne se déroulaient pas sans que le sang, a minima ne gicle ou, mieux encore, que la mort invitée d’envergure, ne s’étende, seules, aujourd’hui, les dites racailles, encore, conservent, le sens du duel, c’est à dire, dans la langue de l’ancien monde chéri, de l’honneur, que, dépourvus, sauf jours de massacres et donc non de duel mais d’expédition punitive, vendetta etc, d’instruments de morts, nomment, de leur corps, d’une partie de celui-ci, un tête, pour qualifier l’affrontement, la partie osseuse de la tête, le crâne qui abrite à la fois l’os le plus dur et le siège de l’intelligence, eux, les racailles, conservant l’honneur, le tête, un contre un, dans un lieu sombre, aux heures désertes, avec, témoins, des amis et, surtout ou parfois, la caméra, pas toujours, certes, pourquoi se priver, aussi de la gloire du vainqueur autant que du risque, César défilait, des années après l’écrasement des Gaules, dans son char triomphant, Vercingétorix, traîné à sa suite, comme moins qu’une bête, eût, aujourd’hui, le goût vain. Risque, quand, excédant le cercle minuscule des défis, la vidéo se retrouve entre les mains des enquêteurs surpris de ce que la vanité leur offre avec tant de facilité, la preuve et l’aveu, que, la volonté d’humilier même porte en elle la condamnation à venir, comme si les auteurs, ceux-là vaniteux, se pensaient vivre en deux mondes étanches, celui de leurs gloires et de leurs colères et celui-là séparé du monde légal, comme si en dehors, l’image, SnapChat, en dehors de la juridiction ordinaire, jouissant d’une extra-territorialité, followers et viewers viertuels, dé-citoyennisés, alors, plus sûrement, une suspension pour les auteurs de ces considérations, ne pensant ni ne pensant pas à l’impunité ou à l’incurie de la justice, agissant mus d’autres impératifs, le triomphe, la gloire, la virtualisation, étonnés, parfois même de ce que ceux-là, policiers en uniforme, juges en robe, vieux, blancs, connaissent l’existence de leurs plateformes comme si eux les inventèrent, comme si eux, qui en éparpillent largement, sans filtre le contenu, en assuraient une diffusion restreinte et confidentielle, comme, plus encore, dans la jeune et moins jeune génération, l’inconséquence quant à nos données, la circulation, fine, détaillée, de nos attributs individuels dont, pour la gloire, la haine, le risque, les violences en lignes ne constituent qu’une manifestation, aujourd’hui, s’en saisissant, PHAROS, surveille les contenus en ligne et, surtout, manquant en soi de moyens, Pharos, cette plateforme de la police virtuelle, se saisit après dénonciation, comme si les contenus criminels et délictueux, ne reprenaient leur épaisseur légale qu’après ce qu’un follower se transmutait à nouveau en citoyen où abolissait pratiquement cette séparation fictive, transmutant en contenu pénal un contenu que l’on croyait impalpable. 

 

Quoi d’autre, il ne s’agit que de ceci, d’autres formes des pugilats clandestins, à la fin, les combats de coq où pariaient toute la société, des éleveurs aux ouvriers, des propriétaires terriens à leurs exploités mal payés, seul lieu, peut-être, où récupérer le propre fruit de leur travail à eux, par le pari, par le hasard, obtenaient ce que le travail ou la loi ne leur offraient pas. 

 

 

 

20 décembre 2023

Des figues urées.

Sous le figuier celui aventurier tenait dans sa bouche une brindille qu’un jour il prît pour le maillet d’un juge et, ses arrêts, inflexibles tous, tout avant, il se les adressait, secouait, c’est à dire mordillait, l’instrument des sanctions, régulièrement sa langue se prenait dans la confusion de ses considérants et, au moment décisif du prononcé des conclusions s’empêtrait dans des contradictions susceptibles d’appel qu’il ne manquera pas de solliciter à l’encontre de lui-même, le figuier toujours intact, comme le pin égal à lui-même durant l’été, l’hiver et les inter-saisons, encore, ce figuier immémorial, à inventer dans le monde de l’extinction de masse, la sixième, ou au sein de celui des poètes, lui, aussi, l’aventurier, prenant racine, se confondait avec le sentiment unique de la mélancolie, ne vivant plus que dans les seules modulations de celle-ci pour l’imaginatif, le généreux et le cruel, ces variations porteraient d’autres noms, ici, nous contentons d’objectivité, nous maintenons ceci, l’aventurier mélancolique ou le juge et la guêpe, juge lui comme une figue toute pénétrée de la guêpe figée, une justice le mince habit rayé, un prisonnier bardé de jaune et de noir, une goutte de venin, ce juge, comme  l'amour captif, il, le juge, un père aussi, sous le figuier assis, un long été, une torture de chaleur, regarde passer son enfant, le sauvage à trois quart, l’engendré des fumigènes, le moyeu du cyclopède tordu, sous le figuier, le juge-père se condamne à l’exil d’un des titres il accole, sanction ultime, mauvais à ce titre rassis, né de l’héritage de faire naître, de père, sous le figuier, toute la mélancolie du monde, poussera, plus tard, serons-nous vivant encore, un arbre neuf, plus que la guêpe dans son cercueil de fleurs et son uniforme de bagnard, le grand végétal et, sereine, la culpabilité, sa vestale, une sève, les fruits seront amers et doux, un lointain parent des griots, les derniers conteurs, les seuls juges valables, l’ombre projetée du mancenillier, son fruit vénéneux, la tisane, tard le soir, du dernier des repos pour le dernier des repas, sous le figuier, le mythe d’un juge père et poète, assis, attendant, la résurrection d’un autre qui, pourtant, nulle part jamais, ne naquît, parce qu'il n'attendait, sort de chacun en vérité, que de lui la propre naissance, la seconde, celle de l'aveu enfin, délicat et douloureux, n'existe que sa carcasse, belle, la carcasse

10 décembre 2023

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Nous sommes, le plus souvent, jugés non à nos actes mais à l’apparence de ceux-ci. Pour compenser, à cause de ce que ma mienne apparence, c’est à dire mon attitude, aussi, mon air lorsque je discute d’évènements, de sensations, je mobiliser des éléments extérieurs et objectifs ou des témoins, de moralité ou non, ou, le plus souvent, archiviste maniaque, les échanges in extenso, que je peux avoir connu. In extenso pour éviter que, la partie adverse, ne prétende à une décontextualisation. Ici, je crois que souvent, c’est le plus tragique ces éléments, malgré leur indiscutabilité, ne suffisenr pas, les gens préfèrent se fonder sur leurs premières impressions et leurs préjugés. Cette phrase, odieuse, les preuves fatiguent la vérité, semble, depuis le départ de l’humanité, depuis le premier grognement devenu parole, depuis la réunion au coin du feu et les premiers récits mythologiques, en activité féroce sans connaître, jamais, de décrue. Ne dites pas la vérité, prononcez vous bien. Question de port et de réputation. Les deux, je les ignore.

 

Hier (déjà il y a deux semaines, textes toujours en stase), nous dînions à Meudon, chez G., avec Milana. G., critiquait, gentiment, Mehdi, d’une façon injuste parce que, lui aussi, Mehdi, concerné par ces apparences, souvent, qui ne le révèlent pas ou, du moins, pas au point que G. supposait. Il déplorait que Mehdi parlait de tout ce à quoi j’objectais qu’il ne discutait presque jamais de ce qu’il ne connaissait pas. Si G. a pu se créer cette représentation c’est que Mehdi, et je ne le juge pas comme un travers, mais comme une attitude au monde, prend souvent la parole d’autres, se réfère à d’autres. En ceci je veux dire que la sonorité de son propos pour qui a l’oreille fine - mais moins fine que le fin ne croit - tombe fausse parce que, justement, inapproprié.

 

Ce qui, contrairement à ce que Mehdi lui-même crût ne signifie pas qu’il ne dispose pas en propre d’une échelle de valeurs ou de convictions personnelles. Cette délégation lui évite des engagements superficiels mais, lorsqu’il les prend discursivement à son compte, leur donne l’accent du faux qui, je le disais à G., ne relève que d’un problème d’élocution pas de conviction. 

Mon frère, à la soutenance de Mehdi, lui prétendit qu’il était, désormais, sous la domination de Louise après avoir été mon assujetti. Au-delà de ce que je n’emploie pas cette terminologie de domination, puisque je ne pense pas, de façon générale, en ces termes, à l’exception, peut-être, de conflits armés ce que, je crois, malgré les étendues et frontières intimes de chacun, ne concernent pas nos rapports amicaux et sociaux.

Or, dedans, il y a quelque chose de vrai. Que le mot, domination, occulte tout à fait — en dehors même de n’appartenir pas à ma pensée, que ces mots, produisent un réel étranger à mon propos — Mehdi, longtemps — ce qui la dernière fois que je le vis, au Sister Midnight ne se maintenait plus — ne parlait plus en je mais disait — et ici, encore, heureusement, des Témoins, Milana, d’une part, F. sinon, G., aussi, un soir sur les bords de Seine — Louise pense, Louise dit, Louise a dit. Ce que je ne pris jamais pour de la domination, par ailleurs, qui supposerait une volonté contrainte, un exercice, de la part de Louise, d’une force verticale appliquée à un Mehdi peureux, répétant, asservi.

Ce n’est pas le cas, c’est le rapport de Mehdi aux paroles auxquelles il adhère. Ce constat ne le nie pas, ce constat ne le diminuerait que s’il devait penser, absolument, comme trop — moi non exempt, m’en éloignant —que nous formions dans le monde des unités autonomes et indépendantes, sans admiration jamais, que toute admiration, même, dissolvait l’être contenu dans le JE (le je totalitaire), cette chose supposément la plus précieuse. 

L’extrémisme de sa posture, alors, la rend agaçante, il est pénible de parler avec une tierce personne, absente qui plus est. Je déteste ceux qui convoquent une foule imaginaire ou rapportent des paroles prétendument dites au soutien de leur opinion. Comme il est insupportable qu’une rumeur nous soit rapportée tout le monde pense ça bidule a dit ceci. 

Mehdi, n’agissait pas comme ça, il ne convoquait pas Louise comme autorité générale et régissante du monde entier, il confondait sa parole avec la sienne, je disais, hier, à Milana, qu’il semblait la convoquer comme les paroles rapportées du Christ, un évangile. Prendre mon agacement pour un jugement, voilà la triste erreur, ici, Mehdi, sujet, me permet de penser quelque chose qu’il illustre, l’exemple, c’est à dire la saillance dans le monde, me révèle un objet de réflexion. C’est parce que Mehdi le représente comme exagération qu’il m’intéresse ici sans que Mehdi, jamais, ne se réduise à cet aspect de lui que, plus encore, je comprends ce qui donne à ses paroles cette forme qui, justification de moi à moi encore de crainte d’être incompris tandis que compris je ne le serai pas, semble le dépourvoir d’agentivité. Or, ce n’est pas le cas. De façon plus ou moins claire nous sommes inspirés, agis, habités par d’autres sans que, d’ailleurs, ces autres n’exercent cette action (la mécompréhension encore, quand Yannis en parlait à Mehdi de ce qu’il composait — je suppose — une Louise gourou active et volontaire. Sottises.)

 

Si je poursuis, ici, cette réflexion, c’est qu’elle excède largement Mehdi, qui, par sa radicalité — la radicalité de Mehdi — quelque part, me permet d’explorer une forme d’être au monde, que, extérieur à lui, je n’aurais saisi qu’en surface. 

Je me déplace en lui, mon exploration se situe sous le derme, expeauration. 

sous-peau

ésie.

 

 

Ce phénomène migre à travers lui, carte où se déploie ces évènements, prélevés, carottés donc fantasmés, pensés et conçus comme tels. 

 

De le déplacer ici, à travers lui, me permet de saisir, à moi, qui manque d’esprit de généralité —besoin de l’exemple pour découvrir la règle —le fonctionnement du monde. Mon cerveau, j’ignore pourquoi, paresse, ne s’active que lors d’une activité, d’un contexte. J’ai besoin de palpable, de chair, de tiers. 

 

Lire son prénom est déplaisant parce qu’on se sent trahi, mutilé, déformé que je ne suis pas ça, que bien entendu, écrire à propos de quelqu’un c’est si peu parler de cette personne. Ecrire sur quelqu’un c’est, avant, tout déclarer cette personne intéressante, singulière, âpre. Si tout le monde, à un moment de son existence, peut, quelques lignes ou initiales apparaître, s’y maintenir révèle l’intérêt, froid ou chaud, intellectuel ou sensible, à l’endroit de cette personne. Que, le plus triste, c’est toujours ignorer — ou croire prétexte — la réalité de ma tendresse, j’aime pour toujours qui j’ai aimé une fois. Lorsque je parle de ces êtres, la plupart du temps, j’en parle avec amour et, surtout, comme quant aux parents, je ne supporte pas que d’autres les critiquent. Je déteste entendre dire du mal de Mehdi de Marie-Anaïs et, même, étonnamment, de Marine.

 

Je m’appuie sur les êtres, mes souvenirs, les biographies pour produire mon monde et comprendre celui des autres. L’exposer publiquement ne vise jamais à humilier, insulter ou faire mal. Lorsqu’il s’agissait de Marine, Yasmine etc, publier palliait le silence imposé, entretenait une conversation qui, même fictive, me donnait accès à la réalité. Il faut comprendre que le silence, et les sourds en témoignent, les sourds d’avant l’abbé de l’épée, rend fou, délirant, idiot. 

 

Considérant le droit à l’expression comme fondamental, y compris le mien, je trouvais, là, un espace qu’on ne pouvait censurer. Le psychiatre, lui, préférerait que je ne sois pas à la recherche de justice. J’entends, moi, par justice, non pas la défense de mon intérêt ou la déclaration incontinente de mon immunité, mais l’application par les autres des valeurs qu’ils profèrent et des buts qu’ils visent. Je ne me permets au final que ce qui se déduit de leurs revendications. Il m’arrive, parce que la colère me prend, de déborder, et, aussitôt, de le reconnaître, d’en accepter, même, la remontrance à condition, évidemment, que celle-ci se place au juste endroit — c’est à dire décidée abstraitement hors des passions— sur l’échelle des sanctions. 

 

 

Je m’étonne, réellement, tristement de ce que des suppositions psychologisantes dominent, tout entières, des éléments objectifs, manifestes, répétés. Lorsque Romain me traitait de pervers ou de fou, faisant, passant par la folie, une sorte de concession purement formelle, un doute de cordialité auquel il ne croyait pas et dont il exprimait, d’ailleurs, la dubatibilité, il agissait, encore, de cette manière là, quoi que je pus objecter de réel, de fondé, d’archivé, de vaste, je me trouvais réduit à mon apparence, à sa croyance que rien ne pouvait ébranler, que rien, surtout, ne devait, ébranler. La psychologisation sincère eût voulu que, s’il ne pouvait s’abstenir, il s’assure de mon mouvement intérieur, des mes retenues — encore retenues — au moment de parler à Marie-Anaïs. Par l’assaut des mots il imaginait, je pense, la prémunir, la protéger, se garder d’un pire. Parce qu’encore une fois, au-delà même des suppositions psychologiques, c’est à dire de fondements antérieurs, ces façons de penser, se projettent dans des situations futures tout aussi hypothétiques. Et, moi, je me retrouve, murs rapprochés comme dans les labyrinthes, dans cet étau. Toute parole accuse. Y compris la parole tierce, la parole rapportée, celle indépendante de moi. 

 

Il m’a fallu du temps pour comprendre le mouvement, là, celui de Marie-Anaïs à mon endroit, les gens, proches, de sa compagne à Louis, par exemple, soutiennent que elle n’a jamais dit du mal de toi ou elle s’inquiète pour toi. Ce qui, de fait, lui donne l’apparence — elle ne ment ni ne triche se soucie vraiment à ces instants — de la compassion. Or, dans le même temps, elle écrit au monde entier, se défendant, que je la harcèle, que je ne supporte pas la rupture ce qui, objectivement — parce que ça m’est rapporté ce qu’elle ignore — m’insupporte par, comme je l’exprimais avant, un orgueil mal venu et un souci, dans mon cas, de justice, c’est à dire de traitement objectif, le plus objectif possible, des données. Les valeurs ne peuvent pas varier à cause d’hypothèses douteuses. Ceci me rend tout à fait malade, la conception du harcèlement, de la manipulation, de l’agression sexuelle. En bref, chose la plus ordinaire et barbare, le double standard. 

 

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28 avril 2023

au dd

Appel involontaire vers Maman, tout à l’heure, en même temps que je revenais du pressing, je déposais mon costume trempé de la sueur de la nuit passé. Je lui envoie un rapide « pas fait exprès » pour qu’elle ne s’inquiète pas de cette sonnerie et du long silence qui s’ensuit. Nous tendons, dans la famille, à surintérpréter les signes et leur donner, souvent, une couleur tragique. 

 

Je remonte la rue des Martyrs, j’annule le dîner avec I., besoin de solitude, pour entrer dans la librairie Vendredi, discuter. Hier, avec V., nous ingérâmes quelques verres de Campari à la Fourmi puis, redescendant la rue des martyrs pour nous rendre au Castel, nous croisons le jeune libraire de Vendredi attablé au café avec des amis. Nous discutons, une demie-heure avec eux, je récupère la carte d’un agent immobilier, puis nous disparaissons, remontons rapidement à l’appartement pour nous servir un verre de Cointreau.

Aujourd’hui, le libraire me demande comment elle a été la soirée, elle a été, folle, gaie, joyeuse. Nous discutons, une cliente entre et je me mets un peu en retrait, facilement, nous pouvons, étrangers, avoir l’air de déranger, la faconde des habitués et des gérants de cette librairie. Maman m’a envoyé un vocal sur WhatsApp, je profite de ce que J. et sa cliente discutent pour l’écouter. Ce message me fend le coeur, Maman me dit qu’après Octobre, quand Marie-Anaïs ne paiera plus le loyer, elle pourra me donner de l’argent, que surtout elle ne veut pas, vu mon état mental, que je doive quitter l’appartement. L’argent a toujours pesé, dans ma vie, dans la sienne, et, très jeune, je m’étais promis d’en gagner pour que ma mère, jamais, n’ait à s’en soucier. Qu’aujourd’hui, à ce point dramatique de ma vie, maman, pas riche, qui se tue la santé, me propose, comme chose naturelle, de m’aider me brise le coeur. 

 

Ma première pensée, à ce moment là, absurde pensée, tant l’argent peut sembler dérisoire, me tuer. Me tuer si je devais ne pas moi, moi-même m’en sortir. La dure difficulté de demander moi des secours.
 

Cette pente naturelle de penser toujours à mourir, de voir le suicide comme une réponse appropriée et, bien pire, comme, trop souvent, trop facilement, la plus appropriée ne me surprend pas, elle m’interroge, encore un peu. Puis, je réfléchis à ces derniers mois, à ce que Marine Simon et cie, imaginaient bien plus grave de lire écrits ici leurs noms que de me voir mort, que leur nom trop précieux valait infiniment plus que la vie que leur inscription protégeait. Je crois bien que le cours de la valeur s’est effondré. La vie, y compris pour qui m’apprenait à la chérir, s’est vite dévaluée. Une vie, un équilibre mental, nous le savons, peut chuter jusqu’à ne pas valoir plus que quelques caractères d’imprimerie. 

27 avril 2023

le vide

Marie-Anaïs redoutait, souvent, lorsque je m’approchais des fenêtres, en période de crise d’abord, puis tout le temps ensuite, que je ne me jetasse dans le vide. Sa peur m’interpellait, je la trouvais excessive, inadéquate, devançant de beaucoup mes intentions ou les inventant mêmes. J’ignore ce qu’elle pressentait à ces moments, si je peux l’entendre, lors de mes moments de détresse, puisque ceux-ci projettent une telle douleur, que je sens le suicide, souvent, la seule réponse possible pour faire taire ce qui ne se tarit pas, je ne comprenais pas pourquoi cette inquiétude s’étendait à toutes mes proximités avec le vide.
Son instinct, pourtant, je m’en rends compte en m’approchant à nouveau du vide, ne la trompait pas entièrement, j’éprouve une étrange attraction, pour le vide, le saut, le vent qui envahit la pièce à ces moments là, une sorte de liberté comestible à ce seul endroit. L’oisillon ressent-il, la peur dépassée, cette même sorte de vertige et de pulsion ? Suis-je un mal né et un mal compris ? De l’extérieur je peux sembler chercher la mort quand je souhaite l’envol, heurté, seulement, par l’horrible syntaxe du monde, sa règle révoltante, de ce que le poids humain, se trouve, sauf déformation technologique, incompatible avec l’envol concret.
Ou bien, prenant littéralement, mon appétit pour l’abîme, cette pente évidente, elle s’imaginait que passant de la métaphore au monde, le poète pouvait basculer, là, à flanc de vers, dans le vide funeste ?
Son intuition ne la trompe qu’à moitié, à cet endroit là, je ressens une urgence, vitale étonnamment, de basculer dans le vide, sans croire, quand je suis saisi par cette poussée intime, en mourir.
Le résultat, pourtant, du souhait d’envol ou du souhait de mort, donne au monde le même cadavre. Sourirai-je dans l’un des cas ? Dépité ou ravi ? Quel bonheur étrange posé là sur le parapet, ni oisillon, ni ange, je ne saute pas, me contentant au lieu d’ailes, de ma bosse. Elle pèse, comme un boulet. 

27 avril 2023

le plaisir

Hier, nous dînions chez le père de J., rue de L. dans le 5ème. Nous devions parler de la galerie en même temps que de fêter son anniversaire. La fête a pris rapidement le pas sur le reste. Je ne connaissais pas cet appartement
Pour son anniversaire J. a reçu une oeuvre, elle reçoit régulièrement des oeuvres d’art et possède, à 34 ans, une collection variée d’oeuvres contemporaines, elle les dispose avec goût où qu’elle vive, dans son grand appartement, aujourd’hui, du XVIème autant que dans son petit studio, avant, à Montmartre, de la chantante rue Gabrielle, où l’on entrait par la fenêtre. Elle disperse beaucoup de noms, avec facilité, de ces artistes, ne s’aperçoit pas toujours, disons, des privilèges attachés à son être. Parce que, G., son père, devenu galleriste sur le tard, né dans une famille de gitans, manquait d’argent jusqu’aux douze ans de J., mais, rapidement, il s’inscrivît dans le monde intellectuel et parisien, il fréquenta et s’installa plusieurs années Marcela Iacub, le couple recevait Didi Hubermann à dîner, puis, G. rencontra Sonia Kronlud, l’animatrice et productrice des pieds sur terre, avec qui ils eurent un enfant, le demi-frère de J, charmant révolté du IXè. Personne ne mesure jamais ses propres privilèges, chacun ne se voit jamais que comme du neutre, comme l’étiage, comme la base parce que l’on se compare toujours avec son voisin et, de ce voisin, nous ne percevons que, surtout, et avant tout, ce qui nous manque. 

Vins sublimes, une bouteille de Pauillac et une de Saint-Estèphe, ça m’a ému, je buvais de très bons vins rouge, moi aussi, avant, quand gratuitement, les Margot et les Julien, me tombaient dans le gosier. Dans cet appartement, finesse fin sans sagesse -- c'est à dire flagornerie, M., la compagne de G., est aussi galleriste, en design, elle, et les oeuvres peuples (peuplent) aussi l’appartement. Au mur du salon était accrochée une masse grise, épaisse, imposante. Elle semblait minérale, charbon laissé trop longtemps à l’air libre, avec ses cratères, le vent use, la poussière déposée. Elle semblait solidifiée par les éléments imaginaires.
J’aime, en art, le volume ce qui dépasse du support comme si, ce faisant, l’oeuvre trouait la réalité, le monde ordinaire, cassait une insupportable et scandaleuse séparation dans le monde. Le volume, je le vis, je le vois, comme un espoir, une porte de porte sortie, un trou où se glisser dans le rigide et l’organisé, du réel -- l'art désorganise. Et qu’importe que cette porte soit un trompe-l’oeil, qui meurt de soif dans le désert vous dira toujours que le mirage aperçu, l’a désaltéré aussi. Le mena à l'oasis.


Hier, nous avons beaucoup ri, comme toujours je me suis montré très spirituel, un bon causeur, bon buveur, je suis fait pour ces moments suspendus, sans profondeur, un demi-mondain, je suis charmant. Si le projet de galerie aboutit avec J. et F., ces qualités serviront, J. y excelle plus encore que moi mais J., aussi, me rend génial, quelque chose de sa compagnie, m’entraîne, m’engendre, me pique. Elle m’élève, cette élévation est mondaine, elle sert des instants, ne nourrirait pas une oeuvre, elle permet la vie. L’accomplissement, peut-être, de moi, moins artiste que je n’imagine, mais faisant artiste.

 

J. m’amuse, la conversation est fluide, tout le monde à table est très de gauche. J. porte des Prada et fréquente de très beaux hôtels avec des hommes fortunés qu’elle néglige. Son amant du moment devait la récupérer à minuit, arrivé en avance il l’appelle pour lui signaler sa présence, elle refuse de l’inviter devant l’embarras général, elle ne m’embarrasse guère, ce faisant, j’y suis habitué, ça fait partie d’elle et si demain nous devons travailler ensemble, ce appartiendra à ce qu’elle est, avec quoi nous devrons composer. L’amant attend jusqu’à minuit trente, dans sa petite voiture décevante, responsable de je ne sais trop quelle banque d’affaires, je l’imaginais rouler dans autre chose qu’une Fiat qui pour rutilante fait pitié. Il doit dire « c’est une citadine » parce que, sûrement, oui c’est plus pratique, je dédaigne ce manque d’élégance, la praticité m’embête, elle porte du vide. Je préfère, encore, l’inconfort à « ça ».

 

Comme je suis fatigué, comme je me lève et me réveille, depuis des années maintenant, dépourvu tant de force, ne m’agite, comme depuis toujours, que le plaisir et celui-ci dur à trouver, dur à garder, il est comme une ressource fossile, maître de mes forces, j’en disposais en abondance, jusqu’au gâchis, jusqu’à l’éconduire, parfois, d’un geste las, princier, celui que je garde encore au fond de moi, une grâce-réflexe. Mais le plaisir se raréfie, la terre qui le garde devient roche, devient dure, coûteuse et la force manque en même temps pour la récolte. Les mains s’usent et le plaisir plus coûteux brûle moins longtemps. Econome du pétrole de la lampe ancienne.


Je me réveille fatigué, tous les jours cette fatigue, une lassitude, un ennui fin de siècle. Moi, contrairement au chant d’Aragon, ni fait pour être libre ni fait pour être heureux, je suis fait pour le plaisir, la grande joie acide qui danse sous l’orage. A vivre sous la blessure, je deviens la plaie purulente, je m’écoule ainsi pâle, défait et putréfié. (j'avais écrit cette phrase, que je ne retire pas, je l'italique, fossile, rendant plus visible encore, comme une croûte sur le genou grâtée, laisse plus visible son souvenir par la cicatrice créée)



Je préfère, souvent, ne rien faire, pour éviter d’attendre. Si quelque chose survient, un événement, il doit pénétrer brusquement dans ma vie, la secouer sans que je ne m'y mêle en volonté.

De quoi je me plains ? Ne suis-je pas en plein événement ? Disons que, je ne sais, il me donne à écrire, me force à survivre, je voulais l’événement, voilà l’apocalypse contre quoi geint-il le poète ? pouvait-il se rêver plus modeste destinée ? Je ne me croyais pas digne du millénarisme, ma corde est riche, l’orfèvre la couvre d’émeraudes, tout un artisanat de la torture s’y réunit.

Oh, comme je vous hais.

Si j'avais plus de poésie en moi, je prendrais les journaux d'écrivains et d'intellectuelles d'un siècle en arrière pile, et je vivrais leurs journées à l'identique, je me poserais dans les cafés même où ils s'étalaient même si aujourd'hui ces cafés sont devenus des postes de police, quoi de plus normal qu’en ces lieux de création, comme le Sacré Coeur, soient déposés aujourd’hui, les signes de leur répression.

A nouveau, je ne veux plus vivre. 

26 avril 2023

Eh bien

Parce qu’il y en a elle quelque chose de cristallin. Si, jusqu’au dévoiement, nous nommons parfois êtres solaires les personnes lumineuses dont la présence dissipe autour d’eux l’angoisse, Marie-Anaïs, elle, appartiendrait à cette espèce plus rare, parce qu’infiniment plus fragile, de ceux cristallins. Les êtres solaires, auto-suffisants, en quelque sorte, irradient, ils dégagent leur lumière, ils offrent leur chaleur, généreux et sans compter, ils dispensent, leurs yeux mêmes sont prodigues et leurs bouches fertiles, les êtres cristallins, eux, travaillent la lumière qu’ils reçoivent et qui en eux se déposent, ils ont besoin de temps avant de promulguer, à leur tour, la lumière condensée, la leur est complexe, invisible parfois, elle porte loin ou non, inonde, grande mare ou, mince et long fil de multiples couleurs.
Les êtres cristallins, du fait de leur matière même, manquent de souplesse, leurs corps biseautés coupent et résistent, il n’y a bien que la lumière qui les atteint sans peine. Cet air perdu de quand elle digère le soleil.

J’aimais cet air, perdu aujourd’hui, où partout elle semblait égarée, sans conscience d’elle-même, les yeux levés au ciel et un doigt sur la lèvre. Elle pense. Allégorie, dans ces instants là, de la pensée, bien moins ennuyeuse que celui, tout grave, dogmatique de Rodin, celui-là, ses pensées, les aurions nous dessinées, analysant par machines post-poétiques les cerveaux des sculptures, il en serait résulté tout un monde rigide comme le bronze où il est coulé.
J’adorais la regarder, ainsi, étonnée, un air, longtemps qu’elle eût et qui lui aussi passa presque. Il arrive que la pensée ou l’étonnement lui reviennent, l’été dernier, en regardant ses fleurs pousser, l’émerveillement des cosmos à naître et, aussi et encore, le désespoir boudeur, ses yeux de biche contrariée comme je disais avant, quand la biche, la pour de vraie celle-ci, la contrariante pas contrariée, en faisait bombance. 

J’aimais la regarder, souvent, se brosser les dents, personne ne le fait ainsi, aussi consciencieusement, précisément, dans un mouvement idéal. Ainsi, elle m’a toujours ému;

La vie râpe, ce n’est pas vieillir, pas les années qui passent, en jeu ici, c’est bien de s’user, de se blesser, et si l’on dit que les os brisés, lorsqu’ils se ressoudent deviennent plus solides, il faut le concevoir sans joie, la perte, à cause de la violence, de sa toute première fragilité, voilà une forme bien singulière d’infanticide. 

Pour ceci, aussi, alors, je suis heureux qu’une joie nouvelle, une enfance lui revienne, que cette lumière pousse quand on croyait la vie devenue stérile ou, plutôt, qu’il fallait entretenir le lopin de terre assigné, ses fruits, on ne s’en accommodait pas seulement, on les aimait, mais déjà, ils poussaient un peu trop mûrs. Aujourd’hui ce sera vert et verdure, le fruit dur à croquer acide et gai, l’apprentissage comme la première fois des saveurs, tous les sens à découvrir.
Moi, j’ai eu la chance de vivre davantage, plus, à ma manière, de me débrouiller, toujours dans la douleur, bien sûr, dans une douleur, parfois, inimaginable à qui ne sait pas.

Ca me remplit de joie de savoir qu’autrement ou pareille elle posera encore et à nouveau sa main sur sa lèvre en regardant au ciel, toutes les naissances sont miraculeuses et même si, soi-même ici, comme je ne sais pas mourant soi en couches, moi-même, tout cet être de toi à naître, cette vie que je sens palpitante, gorgée de soleil et de sucré. Cette volupté, la tienne, la vôtre.

Moi, eh bien moi, je trouve, je crois et je dis, qu'un jour, j'ai prélevé en elle quelque chose que je n'aurais pas du. Ces mots toi le plus beau sur la terre qu'un jour j'ai sali. 

25 avril 2023

Haïe.

douleur qui mal se dit
de si peu trouver son partage
singulier sans commun ni
mesure
douleur sans nom qui
tambourin une peau de bête
tendue
d’une bête écorchée
venue
moi-même

la bête

cette bête moi

tambourin la bête
rit

cri son chant

la peau tendue dégage
une musique ses nervures

mon cri

rampe fin serpent

un sillon fendu il laisse

sa mue une
douleur entretenue
si peu 

la peau

elle foisonne dans

l’antre où pousse
comme houx
ton malheur une serpe
coupe

sans manche

 

tu sens dans la caverne une odeur d’humidités et de moisissures, ici doivent pousser des champignons, tu devines, parce que leur odeur te répugne, qu’ils se consomment sans danger, ils tentent par cette haleine de repousser le prédateur, ils aboient de cette façon là comme les petits chiens craintifs qui hurlent et qu’un coup de bottes assomme.
ce lieu tu le reconnais, tu l’as arpenté, déjà, dans quelle vie, voilà l’oubli, sur les murs tu vois la trace que des mains ont laissé comme des signes, tu dois déchiffrer, en même temps que tu mâches les champignons, ils ont un goût de terre et de plastique comme de la pourriture végétale, sur le mur les empreintes ont des tailles différentes, toutes nettes, ces empreintes, tes mains sûrement, une succession de testaments, ici, à toi destiné, tu n’y comprends rien, au fond, tu es comme les autres toi pas plus qu’eux tu ne te comprends

 

ce que tu sais l’appétit féroce

cette envie d’incendie de brusquer

de rosser tant sans paix du feu

supplique du peu une pythie

toute divination donne donne

dans la grotte froide un tic-tac

une source d’eau

un décompte

voilà un décompte

 

je veux mourir. 

24 avril 2023

durer

Parce qu’à la fin de la journée, demeure la même chose encore en suspens, je ne veux pas vivre comme je n’ai jamais voulu vivre.
Je me maintenais pour les autres, à la surface, à la limite d’une disparition.
A force de s’agiter le spectre se couvre de poussières, cette fine couche, sa peau, il s’habille de débris et de restes, son envie de durer ne provient que de là

je ne veux pas

n’ai jamais voulu

n’ai jamais voulu vraiment

 

si souvent j’espérais ne jamais me réveiller

devenir désuet

quel dommage que cette vie ne puisse comme en régime capitaliste

se vendre comme un organe à ceux qui meurent sans vouloir mourir

ma vie je te la vends

le produit de la cession

tout mon héritage elle ne m’était pas précieuse

l’était pourtant

 

je ne souffre pas tant que ça, pas à ce point

fait pour le plaisir bien davantage que pour le bonheur

il me coutait cher ce plaisir

si je vendais ma vie peut-être elle sera comme une sorte de viager 

à terme

le diable quand il achète une vie pour une damnation éternelle

l’échange aussi contre le plaisir

moi plus profane

corps résiduel 

je n’en demande pas tant et m’offre moins longtemps

cinq ans de plaisir contre toute une espérance.

je ne veux pas vivre

sans douleur pourtant 

la quête du plaisir ne me procure

aucune douleur

la frustration ne me tord pas les boyaux

je ne veux pas de toutes ces années à venir

je vivais pour les autres

ou mon bon plaisir

lui un tiers aussi quelque part

une peau exultante

la passion des salives des peaux

les semblants d’amour tout ça compte pour moi

ces quelques heures plus que tout le reste

 

je ne veux pas vivre

sans souffrance

je connais

l’ennui

la déception

je connais la colère

sans porter en moi

fruit amer ou fruit vert

je ne veux pas vivre

fleur rétractée 

 

je voudrais que l’on m’annule

fermer les yeux cette fois ce serait pour toujours

ou m’épuiser dans le plaisir

la débauche ou le monastère

tout le reste pour moi

toujours sera insuffisant

la croix peut-être aussi

brûler d’un coup sec

j’ignore si le bois mort

brûle bien

suis-je bois mort ou fatigué

sec peut-être

je crois bien brûler moi

longtemps

la matière est vaste

 

je ne veux pas vivre

ce qui n’équivaut pas à 

je veux mourir

entre les deux le même écart

qu’entre qui jeûne et qui 

mort de faim dans le désert

périt de sa soif

 

je ne veux pas vivre

cette fatigue sans vacances

cette existence

 

il écrivait vivre est la chose la plus difficile

la plupart des gens se contentent d’exister

eh bien moi je me trouve en-deça de ça

je dure

24 avril 2023

rôder haut.

La mort continue de rôder


J’ai cru un moment que je tirais certains droits de cette mort lente

à venir
Je me trompais.
Je croyais aussi que la douleur extrême 

conférait 

comme une tolérance

que qui crie sans morphine

on le pardonne

on ne le pardonne pas

dit l’assourdie

je n’ai pas à endurer ou après tout pourquoi

les tympans brisées

si dehors, dehors entendez

les oiseaux chantent le printemps naît oui

s’il y a la grande lumière dehors

pourquoi pourquoi vivre recluse

 


Ca fait mal.
Ca.
Je crois c’est la chose bizarre, un peu

 

Le rapport bizarre à l’engagement qui ne devient pas, plus inconditionnel.
Que la vie

la survie

la douleur

ne rendent pas inconditionnel
Là ça heurte, cet endroit où il y avait comme une clause

elle ne savait pas du genre les clauses en petits caractères

dans la langue contractuelle

que si ça changeait par trop alors l’engagement précédemment pris ne tenait plus

alors que même justement c’est à cause de ce changement

que l’engagement devrait durer plus devrait 

le changement une grande bourrasque près du vide

une grande bourrasque 

alors j’heurte les récifs la falaise 

mail

s’affermir

mieux

 

Marie-Anaïs distinguait entre les femmes et les hommes que les premières tendaient à se sacrifier davantage quand les crises survenaient, que les devoirs envers les autres les fragiles auxquels elles étaient liées, elles les tenaient à leur propre détriment

moi je croyais que mourir presque ou quasi c’était assez

avant qu’on me dise

c’est du chantage

je me demande si sur la pierre tombale on peut écrire ceci

chantage. 

 

à la fin moi je tiens mon devoir envers moi 

mal

ça fait

mal

 

je croyais moi je sais pas que si à la fin vraiment ta douleur elle naissait de quoi

un mensonge un grand mensonge et un peu de vérité celle ci comme vérité bien connue d’avant de loin avant

tu croyais que tu avais des droits

parce que tu les employais pour la survie

mais ce n’était pas le cas

puis les excuses

la litanie d’excuses

je ne veux pas dire

des excuses présentées

du pardon demandé

non

les prétextes

 

je ne savais pas que dans la douleur la pire au fond de la nuit torture

encore il fallait faire attention aux autres si l’on voulait être protégé

si la bête torturée

le lion captif

dans sa cage étroite

mord la main qui le nourrit

le lion la bête mal dressée

il faut la laisser

à sa cage

à sa mort

 

oui

il n’avait qu’à être sage le lion 

qu’on voulait aider

le sale lion avec ses plaies partout

qui sentent mauvais

22 avril 2023

Mohammed

J’avais découvert avec toi la saveur umami quand on essayait plein de restos différents et qu’on tâtonnait en cuisine. La cinquième saveur, avec sucré, salé, amer, acide. Aujourd’hui, la vie, un peu toute entière, a une sixième saveur, un goût d’algues très sucrées, jusqu’à l’écoeurement.


Ca doit avoir le goût un peu pareil le dernier repas du condamné à mort.

Je me souviens de cette phrase de Nicolas Sarkozy à Dakar je crois quand il était président « l’homme africain n’est pas entré dans l’Histoire ». Je pense à mon grand-père, Jedi, comme on dit grand-père en arabe, il s’appelait Mohammed et je ne l’ai presque pas su et de lui comme de ma famille là-bas je ne sais rien. Ca revient souvent, ça, chez les descendants d’immigrés, l’obscurité de leur passé. Chez les plus européens c’est plus facile, même quand on sait pas, on peut faire les arbres généalogiques, retracer, retrouver un peu les gens, tisser les fils, trouver une branche et des cousins, la colonisation n’a pas mis tout ça à sac.
Pour nous, y a la honte, ça bloque déjà, cette sorte de pudeur, elle se retrouve aussi chez les pauvres, c’est un truc de non-classé.
Parce que la colonisation elle écrase la mémoire de façon bien vicieuse, il y a la honte déjà, bien sûr, on a dit, puis il y avait la pente naturelle des pudeurs et des réserves, mais y a aussi l’écrasement des institutions antérieures, l’état civil avant, les logiques de village. Ils ont dissous les autorités et les registres parce que ça correspondait pas à la civilisation, alors, ce passé il s’est perdu, il s’est tu, il a plus eu des lieux où s’exprimer, les griots ont déserté la place, la mémoire elle était vivante.

Je pense à mon grand-père décédé à l’été de 2013, j’arrive pas trop à y penser, il s’est beaucoup occupé de moi, à sa façon, j’ai rejeté un peu le deuil, ça me ressemble bizarre ça, remettre à plus tard la douleur. Quand j’entends parler du pays ou du bled de ceux venus depuis le Maghreb qui traversent la Méditerranée et se noient en France je pense aussi à mon grand-père. Avant la guerre d’indépendance, je crois, il appartînt à ce bataillon de damnés qui vinrent ici crever de froid, de faim, d’insalubrité. Les dates, je ne suis même pas sûr, ça se dit comme ça vague. Ma mère je ne crois pas qu’elle était née, elle est née en 1963, Mouloud, l’aîné, lui je crois que si. Il était parti travailler en France, seul, avec un tas d’autres comme lui. La ville, je ne sais plus ce qu’elle. Saint-Etienne me vient en tête, j’ignore pourquoi.  Il a regretté d’avoir rejoint l’Algérie libérée maman m’a dit parfois. Ce rêve il en a déçu beaucoup. Moi, je ne sais rien. Il touchait un peu d’argent en France, sur un compte à la poste, je me souviens, tous les ans quand il venait, il en faisait le compte, une sorte de bout de retraite de ses années de labeur ici. Dans quoi travaillait-il ? Je l’ignore. Qu’en pensait-il ? Je ne sais.
Sûrement c’est mieux d’être rentré au pays, il a pu acheter un appartement, quitter l’habit de forçat pour un petit travail d’employé à Air Algérie. 

C’est mieux, comme ça.
Moi je ne sais rien, elle est bizarre cette mémoire toute obscurcie quand moi je laisse sur ces pages, toute ma vie, des forêts et des forêts d’archive. 

 

22 avril 2023

cashmere.

(16h32)

 

Dans l’appartement il y a les haricots blancs, les muffins parvenus depuis le 10 avril à leur date de péremption, il y a des oignons, de la sauce worchester encore de la mélasse noire, des tomates concassées, il y a les rouleaux de papier toilette qui durent trois fois plus longtemps qu’avant.

Le thermomix souvent silencieux.
Les nouilles épaisses et gluantes pour préparer à une autre les nouilles udon achetées pour un jeudi pass.
Décompter les produits, la bouteille de mirin, son bouchon perdu remplacé par celui du Campari, les filets de poulet au congélateur.

Dans l’appartement je n’éprouve aucune mélancolie, le temps y coule, le soleil entre pareil par les grandes fenêtres. 

 

je vais mettre à griller les muffins que je tartinerai de beurre, peut-être un peu de confiture, dommage l’absence de lait, j’aime quand ça ramollit et que ça dégouline tendre et dur un peu comme les gyozas. J’aime quand la confiture tient en équilibre fragile, on dirait un glacier en fin de vie, cette gelée.

Depuis que les plombs sautent dans la cuisine, le grille-pain repose sur la table du salon. Je ne l’utilise jamais que par gourmandise, toi tu l’utilisais par nécessité, les deux tranches de pain, du beurre, la sertraline, le café long. Parfois je les beurrais, je n’aimais pas quand c’était difficile de séparer les tranches de pain congelé, qu’il fallait forcer et que je me retrouvais avec comme des tablettes brisées et inutilisables.

Récemment je me suis débarrassé des restes qui s’accumulaient dans le ramasse-miettes, on le faisait pas très souvent, ça fait curieux, ça, d’écrire miettes, de jeter les miettes, ça fait même un peu mal, c’est comme se jeter dans le vide.

Elles traînaient les miettes dès qu’on bougeait le grille-pain, elles débordaient comme si trop à l’étroit elles voulaient s’exprimer ailleurs. Elles s’expriment loin ailleurs. 

 

En ce moment, je me nourris peu et mal, à cause de Novembre et du début de la sertraline, mes muscles se sont atrophiés, j’ai pris du poids. La balance chez J. affiche 76, je ne m’étais pas pesé depuis longtemps, je regarde mon ventre dans le miroir, il est rond et doux, la douleur y palpite elle grossit sans fin, tendrement. Je ne peux pas chérir trop longtemps ce que j’avorterai. Je la chéris quand même un peu. 

 

Je suis beau alors que je suis gros, les gens me disent que je suis beau alors que je suis gros et désespéré comme ; ça doit donner l’air charmant des ténèbres, tous les déshérités, les baisers des filles c’est comme un impôt acquitté à la douleur.

 

Je déteste prendre du poids et mon absence de muscles depuis deux ans.

C’est amusant, la confiture de framboise sur les muffins chauds et beurrés ça fait comme de la boue sucrée, je tache mes habits comme les enfants, quand ils remuent la terre, et que les parents grondent. Personne ne me gronde quand j’essuie mes mains collantes de gras et de sucre sur ma robe de chambre.

 

Le plus bizarre c’est le silence et aussi le sommeil, ça se ressemble. Chacun il est un peu comme l’autre. Les cauchemars, toutes les nuits.


Elle passe vite la semaine, dans le brouillard les jours deviennent indistincts, un gros bloc de brume une semaine. M.V me rappelle toutes les semaines que c’est vendredi quand il m’envoie sur WhatsApp le message : 

 

❤️‍🔥*À ce soir* ❤️‍🔥

 

*Tu fais partie des vip célestes * de la Santa Maria , alors s’il y a la queue tu m’appelles quand tu es devant l’entrée et je te fais passer devant tout le monde 😎

 

DJ guest tonight : *Leo Werner & The Jost *

 

Chacha club : 47 rue b* paris  

 

Horaire : minuit à 5h 

 

A toute 🙏

 

Le mot pelisse ne résonne plus nulle part, la couette blanche est pleine de taches rouges, je saigne souvent du nez en ce moment à cause des émotions, m’a dit le docteur, ça et les muqueuses fragiles. Au collège, période honnie, ça m’arrivait souvent. Derrière la peau, ça saigne beaucoup chez moi.  

 

(02:02)

 

Là, je rentre de l’anniversaire de V., dans un bar l’Everest, il est à dix mètres de l’extrême contemporain, un jour de signature, je nous avais pris des shots là-bas. Je cherche mon manteau quand je dois partir. Je ne le trouve pas. V. et G. me demandent si je suis sûr de l’avoir pris, j’en suis sûr. Je me revois rue Montmartre, la déambulant, le manteau, parce qu’il fait chaud, sur le bras. Le patron me dit la même chose. On regarde les caméras de surveillance puis on voit la fille toute bourrée qui le prend, elle fait pas exprès, c’est son amie plus sobre qui trouve le manteau sur sa chaise et lui enfile. 

 

J’espère le retrouver. On partage un uber avec N., on échange les numéros puis elle remonte jusqu’à la rue D.

La faim enfle, il reste deux muffins, le carrefour du bas, comme je te disais, offre à - 50% des tas de trucs, j’y ai acheté des steaks hachés charolais, je me fais des muffins avec, un peu de mayo, un peu de ketchup, du fromage. J’aime bien ce sandwich.

 

Les trois kilos pas besoin de chercher bien loin d’où ils coulent. Ca et les fraises tagada, le plaisir en ce moment, ça donne des boutons, moi qui avais toujours eu la peau si nette. A part sur le nez ce petit cratère, je me souviens, un jour à la montagne, tu voulais brûler une verrue, on savait pas que c’était pas pour le visage. J’ai comme un coup de soleil pour toujours, avec une petite crevasse, ma vision de l’été. C’est beau qu’une saison toute entière nous laisse une cicatrice.

13 avril 2023

A propos de mourir

Au moment du suicide je visais deux choses, en même temps, de me libérer moi, déjà, de tout ce poids qui me semblait injuste et, mort, obtenir la réparation qui m’était due en divulguant toutes les preuves à ma disposition, je voulais mourir, aussi à ce moment là, parce que je sentais en moi la déviance monter, la folie hanter et qu’il me semblait important de faire le moins de mal possible. Je m’étais contenté d’envoyer aux malheureuses éprises de justice mon ressenti profond, sans aller jusqu’à souiller leurs réalités matérielles. Je sentais le pire, la vengeance, grimper en moi il me paraissait, alors, essentiel de préserver ce que je pouvais et, à ce moment-là, particulièrement et précisément Marie-Anaïs. Dans la lettre laissée chez moi, après un SMS affreux, j’expliquai, en circonstanciant autant que possible, pourquoi et comment je ne l’avais jamais aimée. Lettre à l’équilibre périlleux, qui devait être assez horrible pour être crue et donc soulager de ma disparition et, en même temps, sans excès qui gâcherait le reste de sa vie.
Je voyais, à ce moment, le suicide comme la seule issue possible, pour faire au mieux auprès de tout le monde, y compris de moi-même, y compris pour Marine qui passa très près du boulet. Chose qui, de l’avoir récemment révélée à mon avocate, me valût une gentille colère parce que, disons, qu’il existait encore, jusqu’à peu, des traces. A défaut du canon, flottait encore une odeur de poudre. Je suis content de, finalement, avoir repris ce geste comme, je suis content, de n’avoir pas, sur Marine, excédé les aspects théoriques de mon petit traité (qui m’a amusé).
Pour continuer de durer, je dois tracer des limites claires pour les élaborer j’ai besoin, d’évidence, de parler. Aujourd’hui, si je retombe de mes démences, c’est parce qu’une amie m’a grondé, inquiète et fâchée. Bien entendu, je trouvai injuste ses reproches parce que je me suis attardé, d’abord, sur le contenu qu’elle visait (je reste d’accord avec moi quant à ce que je dis), or, surtout, elle dénonçait une logique dans quoi je m’enfonçais et où je perdais pieds. Ce système infernal, répétitif, enragé, cette forme de survie qui paraissait, à force de répétitions, résulter d’une pensée raisonnable. 

 

Cette discussion m’a rendu au monde. Je le revois avec vos couleurs, si ma colère ne diminue pas, elle ne sortira pas, maintenant, hydre à mille têtes devenant dix mille. Je souhaitais mourir de bien me sentir - je l’écris à longueur de temps ici mais ce n’est pas ce que vous retenez je le sais - incapable de comprendre les frontières du permis et du proscrit, aucune de mes suppliques, admettez-le, ne reçoit en vous aucun accueil favorable. Je fais de mon mieux. Je voulais mourir même dans un acte de justice double, celle obtenue avec pour argument suprême mon cadavre et le google drive et, celle de ne pas blesser.

Affreux ce périple, y survivre demande plus de trésors que ce maigre viatique dont je dispose, l’immense silence qui tombe sur moi, d’une parole lasse ou indifférente. C’est dur. 

13 avril 2023

Bougie

Vu, cet après-midi, la pièce Nuit du collectif le petit travers de mon ami Nicolas, éclairé à la bougie, dans un noir tendre. Il me fallait bien ceci pour sortir de la rumination atroce, le drame ce matin, corrigé heureusement. La trahison, la suivante, petite pierre de ce rosaire sans fin qu’elle égrène.  

 J’écris, aussi, que je ne connais plus les limites entre le permis et le proscrit, que toutes les valeurs, en même temps que ma vie, ont décru, ont déchu. Monnaie de singe, je m’en vide les poches.

D’où les débordements incessants, d’où ce chaos sans cesse qui n’attire plus vraiment, avouons-le, de pitié, ni même de crainte, c’est l’effroi devant le fou - auquel on s’habitue - de Béjaïa, le fou qui agite ses bras dans la rue, qu’on nomme, en kabyle, chasseur de mouches, à cause de ses gestes qui semblent écarter un essaim tenace. 

Hélas, cet essaim figure sa folie, rien ne l’épouvante surtout pas le fou.

Je suis devenu ce dément ridicule, je le sais, lucide par malheur, aux yeux du monde qui, monde, si par amour s’apitoyait ou s’effrayait, aujourd’hui, surtout se désole. Quelques éclipses d’angoisse se manifestent parfois quand le délire semble au paroxysme, à l’un de ces endroits où tout à nouveau, redevient possible, ce tout, qui par malheur, comprend, aujourd’hui surtout ou exclusivement, le pire. Dans ces moments là, un frisson passe, il passe vite, comme les giboulées ce jour d’avril. Lorsque je suis sorti pour assister à la représentation, les grêlons tombaient je me maudissais de l’oubli de mon parapluie. A peine le temps de la récrimination que le soleil revenait dans un ciel tout bleu. 

 

Je parviens à me percevoir, bien sûr, comme de l’extérieur, sans parvenir, lucidité paralytique, à infléchir mes actions, actions purement verbales, non pour lors mais pour toujours, le fou, contrairement à ce que l’on croit, perd le corps bien avant l’esprit, le faire avant la pensée.


Qui peut dire, aujourd’hui, qu’autrement d’avoir vu son nom sur ces pages, subît le moindre retentissement dans son existence ? Cette vision du dehors m’horrifie, bien entendu, je comprends toutes les réactions - et certaines des miennes devraient être admises - face à qui s’enferme dans ses récits, dans sa logique. De mon dedans, il s’agit de survie, ce cri, ces lignes, cette rage me prouvent à moi-même ma survie, vos passages, ici, vos lectures, me montrent, que j’existe dans ce grand silence écrasant.

La pièce de Nicolas se joue, en partie dans le noir, elle oscille entre le cirque et la danse, de très jeunes écoliers, en maternelle je pense, y assistaient. Lorsque l’un d’eux riait, parce qu’il y a matière à rire, tous, riaient et criaient ; riaient et criaient pour habiter l’espace de leur présence. Je suis ainsi qu’eux, j’aimerais rire mais le spectacle, avouons-le, manque de comique, je colonise autrement, avec ce dont je dispose, cette bile noire, corrosive juste pour mes entrailles. Vous en souffrez l'odeur. Souvenirs de ces enfants de deux ans que ma mère garde à la maison, qui joignent, ensemble, leurs cris, des cris gais, vivants, dès lors que l’un commence. J’hurle seul. De là vient beaucoup de la tristesse et tout le reste de démence. 

 

Ce mien regard extérieur (ce dedans-dehors) posé sur moi terrifie plus que vous n’imaginez, je vois moi moi-même me défaire, je vois, me voyant, aussi vos yeux et vos jugements que moi, aussi, celui du pas de côté, voit et juge aussi, pareil. Mais je n’y peux plus rien. Il y a cette phrase de Nietzsche qui va contre Descartes, quelque chose pense en moi, ce quelque chose, en moi, version avancée ou régressive, agit en moi.


Fou, je le suis aussi, surtout, de ce silence de rumeurs pesantes ou de silence tout court, qui le brise, me ramène de mon exode. Le fou, sachez-le, l’est d’abord de son exil, qui, long cet exil dans le vide, lui donne cet air hirsute, celui que j’affiche maintenant dans la barbe mal peignée des imprécations dispensées. Il effraie ce Diogène des caniveaux, sorti d'on ne sait quel malheur, parlant le borborygme, l'air agressif. Il a faim. 

Je l’ai vu, aussi, avec M., dément, sur son profil facebook, plaignant, geignant, répétant, machine infernale, emballée, incontrôlable, qui de l’intérieur de lui, mécanique fluide, lui apparaissait parfaitement sensée. Je le sais, le savais, il survivait par là, dans cet engrenage, le monde s’en éloignait, le prenait en pitié, voilà un homme perdu semblaient dire les smileys larmes sous ses publications facebook. M. devenait lui fou aussi du silence, M. se vivait aussi trahi et crevait de ce que ses tortionnaires ne se reconnaissaient pas ainsi. M. tente régulièrement de se tuer, j’ai rêvé l’accompagner, déjà, parce qu’à notre point de démence, de refus, de rejet, la mort semble la seule parole audible, le seul contre-propos dont, hélas, nous ne pourrons jamais entendre la réponse, tant désirée pourtant. 

Je sais. C'est bien le pire. Je sais aussi ce dont j'ai besoin pour secours. Ce qui ne m'est pas offert. Qu'importe les prières, qu'importe les anathèmes. Ni le Dieu, ni le Diable, ni rien ne répondent. 


La distance, devenue trop grande, ne peut plus être parcourue par la raison. Elle se trouve trop loin de moi, pantin de métal dur à remuer. Il s’effondre et son poids gigantesque d'avili lui donne l’air d’un mouvement conscient. Il chasse, lui aussi, les mouches. Voyant son effondrement, l'ombre gigantesque qu'elle professe, tous et toutes, lui prêtent une raison sensée, une conscience claire. La conscience, dans la boîte de métal a perdu le contact avec les nerfs. Au mieux, je parviens à orienter la chute. Je l'oriente pour abîmer le point, en passant par le récit, par le discours, sans jamais aller au-delà du réparable que je frôle parfois, peut-être. Je ne sais pas. Seul, seul, seul face à ces poussées intérieures, seul, seul, dans la lutte face aux marées, abandonné, toujours, dans le raffut des vagues, il faudrait, dit-on, encore diriger droit. Qui dévie dans l'orage de sa trajectoire doit être jeté aux galères. Voilà l'hymne de cette marine. 

J’observe avec vous le naufrage, de chaque côté du plateau, pour chaque grappe humaine, qui l’effroi, la peur, la pitié, l’indifférence qui monte. Il y a le suicide, ce voisin ignorant, qui à force d’être crié perd toute vigueur, comme Pierre hurlant au loup. Oubliant rapportant ce propos que le loup pénètre vraiment le village et que Cassandre s’égosille dans le vide. 

 

Monnaie de singe, qui le chasseur de mouches de la ville de Béjaïa dérangeait vraiment, les enfants le craignaient avant de le moquer, adolescents, de s’apitoyer adultes, il n’attenta à la vie de personne, ainsi que moi, parfois, la nuit, il dérangeait un peu le sommeil et quelqu’un, de sa fenêtre, lui hurlait de fermer sa gueule soussem. Puis un jour, il a disparu sans que nous ne le revoyions jamais. Les mouches l’avaient vaincu. Ou bien le monde.

 

Vous excuserez, alors, je l’espère, le triste héritier que je suis, continuant, à troubler au mieux le sommeil, que votre regard mûrisse et s’amuse comme devant ce burlesque malgré soi, je chasse les mouches imaginaires. Le givre ne laisse aucune trace. 

11 avril 2023

Lèpre.

Dans la ville des chasseurs solitaires, une jeune adolescente se pend dans la grange familiale. Lorsque je pense à cette mort, que je me souhaite en ce que, bien exécutée, elle tue, je m’inquiète toujours de mon habileté. La perspective que cette corde, d’un noeud mal coulé ou d’un support trop fragile, me verrait m’effondrer plutôt que mort, la nuque douloureuse, la position ridicule d’un pantin sans ses fils, couvert de plâtre, travaux d’une vie échouée, blanc, romain sous Néron, l’orgie en moins. 

 

Savoir mourir requiert un art saltimbanque, qui pouvait le deviner avant sa première aventure, la traversée de ces jungles, la machette aiguisée, le compte exact et tout prodigue des comprimés, l’eau dure, le pont haut, le train rapide. Il faut filer à toute allure. 


Le premier suicide, je le comprenais aussitôt que j’y renonçais, entraîne tous les autres. Une porte que l’on ne savait pas s’entrouvre, un jour, bayant, nous patientons, devant, attendant d’y entrer.

 

Il en va ainsi de la plupart des transgressions, la première des tentatives offre un permis de recommencer, elle déleste, cette première traversée, de tout ce que l’acte possédait d’imaginaire et de fantasme, il trouve, alors, sa forme pure, dure, que, désormais, nous façonnerons à l’image de notre vie, de notre désir. Il en va ainsi du meurtrier, de l’adultérin, du tricheur aux cartes ou aux jeux-vidéos. C’est la première fois, aboutie ou non - et dans le cas du suicide la première fois ne peut être que la dernière, qui permet les suivantes. Le terme en est l’abolition, le meurtrier l’arrestation, le tricheur le goudron et les plumes, l’adultérin le divorce, le suicidé la mort, singulier, celui-ci, que sa transgression, menée au bout, l’accomplit et ne l’en détourne pas sauf, si, happé par les méchants, on le met aux fers chimiques de l’hôpital psychiatrique. Le suicide est la transgression la plus juste parce qu’elle concerne son propre corps.

 

Le suicide, je le pensai toujours calmement, à ce calme, aujourd’hui, s’ajoute une véritable mesure, un professionnalisme technique, breveté, que jusqu’alors j’ignorais. Il ne se présente plus seulement comme avant, carrière possible avec son degré d’abstraction qui le confond avec le rêve, le fantasme et donc le non-faire, il se présente comme futur permis. Il existe un écart, inconnu avant, entre le permis et le possible, découverte ajouta,t à l’acte une dimension de justice qui, auparavant, n’importait pas. Ce qui, nourri par un égoïsme indifférent, apparaît aujourd’hui légitime et alors plus sûr.

Je sens, en moi, comme un cancer ou un buisson ardent, les suicides monter, je les sens sans les redouter, ni résigné ni impatient, attendant la prochaine impulsion, la mauvaise nouvelle qui suivra, la déception ou la trahison. J’attends un événement, ici, parce que la gravité du geste demeure, je dirai l’événement. Désormais, d’ailleurs, comme pacifié ou indifférent, ne me centrant que sur la pousse de ces fleurs, métastases ou tournesols, je ne souhaite plus briser. Dans ce qui, auparavant, s’apparentait à un meurtre et aurait entraîné dans la tombe, les autres, au sens, parfois juridique (Chloé  qui, elle, devra rendre des comptes), rendant leurs vies impossibles ou presque, par l’humiliation qui en aurait résulté, pour Esther, H., Marine Simon. Les gens oublient, trop facilement, leur passé et les marques que celui-ci laisse, se croient, à cause de ces amnésies, protégés. Terrifiante, la vie, parce que des actes - je ne parle pas de moi - innocents peuvent, déplacés dans d’autres contextes, présentés à qui devrait les ignorer, briser de honte. 

 

Dans le manga Kingdom, dans la Chine féodale, le personne de Shou a vu son visage, enfant, brûlé par un aristocrate pervers, il dissimule, en permanence son visage sous une cagoule pour s’épargner le regard des autres. Pourtant, lui, innocent de l’immonde blessure, la porte avec honte, et, chaque fois qu’il expose ce visage, déplore, tristement, que les réactions, jamais ordinaires, soient de répulsion ou de pitié. Or, pourtant, cette honte de ce qu’il est une victime le force à cacher, ce visage défiguré, son passé qu’il porte. La marque. Nous devrions briser la honte. Je repense avec un peu d’effroi à ce que la première inquiétude de Marie-Anaïs ne fut pas pour moi ni pour l’autre, qu’elle fut pour la réputation et la crainte que tout ceci soit porté à la connaissance de sa mère. Ce premier réflexe, ce premier mouvement racontait déjà la suite, ce n’en était pas le prologue mais la chute. 

 

Aucune vengeance ne m’anime plus, cette route, nouvelle, ouverte, avec ses cordes ou ce vide, saut à l’élastique sans l’élastique, s’est vidée du reste du monde. J’y vis, côtoyant l’acte en suspens, l’événement a déjà eu lieu, c’était le 1er mars, ce décret qui n’attend plus que son paraphe, sa pompe, son rite.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 avril 2023

Noyé

Lorsque je relis ce que j’écris, depuis quelques semaines, je trouve les textes assez pertinents, parfois fins, psychologiquement pertinents lorsqu’ils traitent des individus. J’y vois aussi, c’est le tragique, l’expression d’un fou, fou, celui-ci, qui perd-ît le contact avec la réalité à cause de tout ce qui, auparavant, lui semblait juste et bon et droit, tout ce qui avait un nom et non un autre, que tout ça, en même temps s’est aboli et comme cet effondrement ne suffisait pas, un monde, par dessus, plein de figures voraces, s’y substitue. 

La parole du fou, soudain, fou, oui, celui qui traverserait les siècles, gardant les mêmes yeux, les mêmes gestes, la même langue et qu’on déclarerait fou du dernier registre parce que ses propos, démodés, ne correspondraient plus à l’époque.

Fou, paroles du fou furieux, s’agitant, comme dirait on sûrement jeté dans la fosse aux lions, le condamné s’agitant, fou, oui, celui qui face aux monstres tente de ruer. Son sort promis, cet arrêt, que n’aurait-il dû s’y plier. Or

Je me relis, un fou, qui se débat, lucide dans tout le vain des gestes. M, je le sais, se débattait pareil, dans la vie, dans la Loire. 

10 novembre 2023

Cantique des Pataphtisiques.

texte de juillet continué novembre. 

 

J’accentuais, ces dernières années, si je dois suivre une ligne rétrograde - tous ces chemins pris à l’envers composent une réalité partiale, distincte des moments réellement vécus, offrent, moins qu’un souvenir, une modalité interprétative - mon goût - devenu obstiné et donc morbide - pour la fête, l’excès, la suspension de toute découpe en travail du monde, créant, alors - le récit a posteriori renforce, s’il ne la produit pas, cette impression - une distance (ici italiques aux mots « une distance » de ne me pas me souvenir du mot que je voulais employer, le déduisant du propos général) m’éloignant de ce groupe, alors, des gentils bolosses, comme R. les nommait. Un malentendu, qu’il m’ennuyait de dénouer - que je n’aurais su peut-être - venait de ce que Marie-Anaïs croyait mon goût du cool relever, seulement, de l’état hébété des ivresses et des boîtes de nuit quand il recouvrait, en réalité la brutale intensité, la forme et la couleur de ma vie. Dénier - ou plutôt avoir l’air de denier - dans le même temps, l’intensité de celle de Marie-Anaïs n’était pas juste, en rien elle ne manque de ces…aberrations, d’autres contours, d’autres lieux, seul le mode d’action nous distinguait, pas la nature de l’impulsion.

Ce que je retrouve, aujourd’hui, avec J., réside dans cette concordance entre toutes les parts de moi, moi, être au monde tout à fait éclaté, dirons nous, distinct, ce mot là éclaté, de celui de brisé par trop employé héritage d’anciennes luttes lyriques. Eclaté, même, encore, le mot éclaté résidu de ce passé, des luttes, émiettement. Exprimer la diversité du soi, sa multiplicité, par, avant, tout, la division, comme si je ne naissais jamais qu’après blessure, foulure, drame, je me débute après, au moment du trouble. Du louche. 

 

paragraphe incompréhensible laissé, malgré tout, j’imagine avoir trouvé agréable l’idée de coupe horizontale. Le reste..eh bien le reste. 

 

les strates, la coupe horizontale de nos êtres, ne se mesurent pas dans une cohérence globale de toutes ces couches, sans être autonomes ces strates fonctionnent selon des logiques propres et distinctes. Sans aller jusque dire que nous vivons, étanches, nous pouvons ici reprendre l’esprit scientifique dont parle Baudrillard et, ainsi, banalité suprême en réalité, nous connaissons nombre d’individus qui, occupant leur emploi, y exerce une rare finesse intellectuelle, une précision épatante dans la maîtrise de concepts complexes et qui, éloigné de ce rôle, ne nous en montre plus aucun signe.

Nous ne portions pas d’intérêt aux mêmes choses. Je crois qu’un autre texte en suspens, dans mes brouillons, concerne aussi les gentils bolosses, je ne le trouve pas dans mes fichiers (les 33 brouillons, ouverts à côté de ce texte-ci, quelques-uns finiront à la corbeille précédée d’une moue de dégoût précédée, elle-même, d’une moue de regrets) — ne le cherche pas — idée, à l’époque, non écrite peut-être, brouillon mental et neuronal, à l’état d’électricité statique.

L’injustice faite aux gentils bolosses qui, malgré tout, portent la vie, la grande vie avec ses intérieurs richement décorés, le choix des étoffes nous distingue et nous hiérarchise peu.

Je crois que, mon rejet d’eux, provenait, surtout, de leur absence de corps. De leur façon, souvent, lorsque s’essayant (pas le cas de R. par exemple) à des arts non littéraires, de faire moche c’est à dire « joli » c’est à dire « poli » c’est à dire non art. Avant-hier (déjà avant avant hier), avec Jeanne, nous discutions d’art et plus spécifiquement d’art contemporain, elle possède, du champ, une connaissance extensive, qu’aucun des gentils bolosses n’atteint et c’est cette méconnaissance qui les fait produire du « joli » c’est à dire du moche, de l’inutile, des formes plates parce que déjà connues, donc usées, et naïves. De la même façon que lorsque, par ailleurs, les artistes, s’emploient à la poésie, le résultat, toujours le même, lyrisme gaspillé. 

Je me souviens d’avoir pesté, discutant avec Marie-Anaïs, de ce que les « poètes youtubeurs » y compris le plus éminent, François Bon, agissaient avec dix ans de retard et la recherche les concernant avec dix ans de retard sur leurs dix ans. Parce que les usages manquent d’instinct, ils résultent d’une appropriation lente, intelligente mais dépourvue d’art pratique.

Même ceux, comme Marc J., dont ces techniques constituent à la fois le lieu d’étude et de pratique, y parviennent en retard, ils récupèrent des usages qu’ils détournent. Quoi qu’ils en disent, ces gens, dépourvus et éloignés de l’ironie comme ils le prétendent, ne peuvent s’empêcher de prendre de haut parce que, en réalité, ils prennent de loin. 

 

marie-anaïs ou romain ne comptent pas dans cette critique d’ailleurs ils s’approchent, eux, de la performance, art mixte, public, comme celle écoutée aujourd’hui de Gorge Bataille.

 

Marc J. par exemple, au fait des nouvelles technologies et des supports, pourtant, parle aussi en décalé, ne saisit pas, tout en étant le plus proche, l’instant présent parce que les chercheurs et les vidéo-poètes, vivent dans une temporalité plus lente, ne saisissant pas de la vitesse celle de la lumière, c’est à dire du scrolling.

 

Mon agacement, alors, manquait aussi son point, je détestais, au-delà, de la forme, les corps, la forme absente des corps — et toutes les sexualités moribondes ou excessives qu’on y trouvait ne change pas le propos —qui n’était pas une absence de corps ni une ébauche, qui en était le tracé en déficit de certains organes que je jugeais important. Juicy dirait Jeanne et je crois que c’est exactement ça, il y a chez eux, à la fois un extrême sérieux — une capacité hors du commun à s’indigner — et un humour gnangnan. 

Marie-Anaïs, lorsque je le lui exprimais, comprenait mal — je le signifiais mal de le pressentir sans le nommer convenablement. La faille réside en ceci, l’absence de légèreté et de jus. La fête, la pratique de la fête, alors, s’apparente à un signe, à un indice, pas à la règle ou à la cause. C’est ceci que j’aurais du dire, et, m’étendant sur le sujet, je remarque que C., par exemple, qui continuait de pratiquer la vie avec largesse, que je désignais, alors, près de Romain, comme plus cool que moi, parce qu’assistant à des concerts, beaucoup, demeurant edgy (ce qui peut suppléer le juicy) garde sur le monde un regard présent, de praticienne. 

 

Je m’égare. Mais je crois que je parviens à dire pour taire. Que, Jeanne, rassemble de moi le séparé. Demeurent, suspendues, des particules, forcément, celles, privées, qui ne s’accueillent par les autres, qu’en les ignorant. Je ne peux les nommer parce que les dire, c’est à dire les chercher, me les rendre à moi-même visibles, les tuerait. J’ignore ce qu’elles sont si même elles sont et que peut-être, moins chose, qu’espace de la chose, elles vivent, possibles, ces forces.  

8 novembre 2023

Gueguerre Asimov.

(bergame, déjà, plusieurs mois, texte pas fini, jamais)

 

ce texte, je le commençai longtemps en arrière, deux semaines au moins, j’apporte, comme en-tête, depuis la chambre du palais bergamien où nous logeons avec Jeanne, cette précision sans, pourtant, assurer sa finalisation. Cet exergue, peut-être, je l’ignore en commençant - continuant - ces lignes se trouvera suivi d’une autre introduction comme, parfois, vous savez dans les livres - mais ceux là sont publiés - nous trouvons l’avertissement au lecteur, suivi de la première préface puis de la seconde préface, puis de la première préface à la seconde édition.  

 

Gerasimov (quelle orthographe choisir dans ces cas de translittération ?) m’obsède encore un peu, lecture, il y a peu d’un article de deux pages en anglais exposant safameuse doctrine celle du sharp power ; comme il existait le soft power, force diplomatique et d’influence des Etats ; PENDANT 

 

depuis l’offensive ukrainienne dite contre-offensive ne parvînt pas à atteindre ses objectifs déclarés pire Gerasimov fort des millions d’obus offerts — haha — par la Corée du Nord reprend l’initiative, le rapport feu, qui s’équilibrait, repasse à 6:1. C’est à dire que pour un obus tiré par les ukrainiens les Russes en tirent 6. Qu’importe, alors, l’imprécision des tirs, lorsqu’on sait qu’un obus provoque des dommages sur un périmètre de 300 mètres. 

 

— j’écris ici ce mot de pendant — je l’écris plus haut, souligné, majuscules —et je pense à Gleb qui, parce qu’il passe par un outil d’automatisation de traduction, risque de manquer le sens du mot à cause de sa polysémie, pendant, ici, ne signifiant pas at the same time ou during mais plutôt the other side of the same thing, yin and yang 

 

cette mention du Gleb de Kristina devenue parfaitement obsolète, depuis le commencement de ce texte Gleb est venu à Paris, il entretient avec Kristina une liaison dont je connaissais les soubresauts et dont j’ignore désormais les mouvements.


du pouvoir (sans qualificatif, le pouvoir étant la simple force) armé, c’est à dire la capacité à mener une guerre. La doctrine Gerasimov hybride les deux - influence diplomatique et force militaire - qui forment un ensemble dynamique autant que complémentaire.


Le soft power anesthésie les sociétés étrangères et permet d’installer, par un mélange de corruption, d’influence diplomatique, d’excitations des passions, des gouvernements favorables à la Russie 

 

destabilisation dont la Russie se montre experte, après l’Afrique où elle excita les passions tristes à l’endroit de l’ancien colonisateur français, elle tente aujourd’hui de semer la discorde dans une France divisée. Russie commanditaire des tags d’étoile de David comme échos difformes des nuits de cristal. 

 

le hard power,  permet, quant à lui, de renverser par la force des gouvernements établis - sous des prétextes variés (terrorisme comme en Syrie, oppression des minorités russophones en Ukraine ou en Transinistrie) ; mais les deux s’entrenourrissent, le soft power simplifie, s’il se montre insuffisant, l’emploi de la force armée, une société anesthésiée se défend peu et mal et ses alliés, malades du même sommeil, n’interviennent pas ; là où le soft power endort et immobilise ainsi, le pouvoir militaire, lui, paralyse par la peur. Imbrication redoutable de cette doctrine. Le hard power supplée, aussi, le soft power, lorsqu’un gouvernement favorable à la Russie parvient par manoeuvres - ou parfois grâce au jeu électoral honnête - au pouvoir, la Russie l’aide à s’y maintenir et empêchera tout changement de régime et toute transition. La Russie embrasse bien et beaucoup mais n’offre de baisers que les mortels.

L’erreur, lors de l’invasion de l’Ukraine vient de ce que la Russie a, en même temps, surestimé son soft-power, c’est à dire son influence politique en Ukraine et sous-estimé la motivation des pays occidentaux ; surestimé, autant, sa puissance militaire. Cet échec ne remet pas en cause l’efficacité de cette doctrine du sharp power seulement une lame, à double-tranchant même, rouillée ne pénétrera pas jusqu’au muscle de sa cible. 

 

lorsque je débutais ce texte Prigo vivait encore. 


Comme je l’écrivais dans un précédent article, je trouve au visage de Gerasimov quelque chose d’émouvant, de russe et en même temps de soviétique. Lorsque je lis sa biographie je découvre que cette dignité hiératique ne provient pas uniquement de ce que ses yeux bleus et profonds intimident la critique. Qui ne s’inclinerait devant la beauté ? Jean d’Ormesson, lui, aussi, criminel d’une autre sorte, se trouvait souvent sauvé par ses yeux.

Il ne s’agit pas que du visage que je trouve, moi, beau parce que, avant tout, émouvant. Sur les photos de groupe, souvent, la posture de Gerasimov le distingue des autres pas comme de ces officiers de cavalerie issus des aristocraties montées, il sort du cadre, baisse la tête, semble ailleurs. Aujourd’hui, en raison de tous les contrôles automatisés, les photographies pour les pièces d’identité exigent un certain comportement : pas de sourire, la tête bien droite, le visage dégagé ; dans les cabines de Photomaton les photographies, une fois prises, sont recouvertes d’un tampon conforme en cas de réunion des conditions ou non-conforme dans les autres cas ; Gerasimov, militaire de la plus haute stature, est non-conforme. 

 

photo-maton le nom, déjà, nous préparait à la discipline, surveillé par la machine, maté, prisonnier de cette cage, ne sortant que conforme. C’est à dire corrigé. 

 

 

J’apprends, continuant à m’instruire de lui que lors du pire conflit qui frappa la Russie moderne — les deux guerres de Tchétchénie — il se montra le seul à conserver aux Armées la Russie leur dignité. 

 

un soldat, boudanov, viola et tortura des Tchetchènes et s’en sortait, acclamé comme un héros.

Cet acte dont la seule qualité extérieure, finalement, serait la common decency n’est pourtant ni dérisoire ni banal. En temps de guerre la violence non-martiale et le viol appartiennent à l’arsenal terrible — armes non-conventionnelles et sordides — des armées, ces actes servent à terroriser la population et obtenir, de l’adversaire, sa reddition. Gerasimov, comme le dît, pourtant, cette opposante au pouvoir russe — assassiné par ce même pouvoir — a su garder son honneur d’officier. Il ne se contenta pas de blâmer le tortionnaire, il agît afin de le traîner en justice permettant à tous les autres, ceux de sa bonne volonté partagée, les officiers honorables, d’agir de la même façon. Acte, encore, difficile, tant le bourreau trouva, dans toutes les instances étatiques, dans toutes les couches de la société, des soutiens. Gerasimov n’est pas comme les autres. Le premier procès militaire innocenta le bourreau. Il fallût bien des actions et à n’en pas douter Gerasimov compta parmi les initiateurs, pour voir condamnée la brute. Accueuillie, la brute, en liesse lors de sa sortie de prison.

 

Boudanov reçut un traitement plus conforme à ses actes. Une Tchetchène l’assassina. Sang pour Sang.

 

 


Shoïgu, le ministre russe de la défense actuel, intrigant génial puisque relativement incompétent, écrit de lui : 

 

 

je ne sais pas ce qu’il écrivait, tee interrompu, là, à Bergame, clignotant le « Sans titre 187 — Modifié » comme l’appelle par défaut Pages. 

8 novembre 2023

Impératrice dite Sur-Reine.

texte de juillet. 

 

Je passe un peu de temps à Suresnes, la ville où j’ai grandi et où mes parents vivent toujours. Ville devenue bourgeoise après une longue période oscillant entre communisme et socialisme municipal.

Les cité-jardin y naquirent, destinées, originellement aux couples d’ouvriers ou de petits artisans, fabriquées en briques oranges, caractéristiques des immeubles d’habitation des années 20 

 

1920, désormais que le temps passé nous place dans un nouveau siècle, que 20, aussi, c’est 2020 que pour qui dans 70 ans discutera de la pandémie dira — si maintenue la possibilité du dialogue, que le langage non rapetissé au crissement des cafards sur des éclats de carrelage — la pandémie des années 20. Peut-être d’ici là, si langage demeuré, d’autres catastrophes dignes d’Histoire, réduiront la pandémie de COVID à un épisode marginal (quoi que triste) de l’Histoire récente, symptôme, le moins grave, de toute une dégénrescence à venir — advenue. Tout deviendra l’accident des c(C?)onstitutions fragiles. 14-18 la grande guerre, le combat enragé de la France et de l’Allemagne accompagnées de leur séides. 14-18. Si le football maintient son empire — empire étendu aujourd’hui le championnat saoudien se rêve déjà rival des championnats européens —l’évocation de 14-18 de la France et de l’Allemagne, à cause de l’empilement des tragédies, rendra compte, peut-être, des victoires successives aux coupes du Monde de Football, de l’Allemagne (2014) puis de la France (2018). Qui peut dire ? 


Sur la page wikipedia des cité-jardin de Suresnes on peut lire : 

Elle compte environ 3 300 logements, dont 170 pavillons, ainsi que de nombreux équipements (théâtre, établissements scolaires, bains-douches, résidence pour personnes âgées, logements pour célibataires, lieux de cultes et commerces)

La ville, dans les années 80, alors que le socialisme pour la première fois conquérait l’Elysée, bascula à droite et, depuis les années 80, la mairie s’efforce de chasser des HLM les plus démunis. En proportion, d’abord, en détruisant les anciennes petites maisons de ville - sans rapport avec les ignobles pavillons de banlieue - d’un étage, charmantes, modelées par des générations et des générations, d’acquéreurs, maisonnettes bigarrées, ensemble hétéroclite composé presque comme une jungle toute laissée au hasard.

La mairie remplace ces maisons par des immeubles sans charme, annoncés avec la pompe et les clairons des grandes affiches des promoteurs immobiliers « ICI VINCI CONSTRUIT » ICI BOUYGUES DU DEUX PIECES AU CINQ PIECES TROIS DUPLEX » « NOUVEAU QUARTIER » etc. su

Nous aussi ils voulurent nous dégager de Suresnes quand Maman cherchait (avec Papa, Maman, surtout, à l’initiative des démarches toutes.) un logement plus grand pour nous accueillir tous. Je me souviens, la proposition faite par la mairie, dans une ville voisine, Nanterre, la trop connue, l’appartement, nous ne le visitâmes même pas, l’immeuble répugna à maman, une Tour sordide, dressée au milieu de rien, je m’en souviens comme d’une journée grise et l’immeuble le centre et la source de tout le gris. A-t-elle été détruite cette tour ? Je pense à P.N.L 

Une chance qu'ils aient pas détruit mon bâtiment (…)

Grâce à Dieu y zont pas cassé ma première tour

 

Attachement à cette cité, la première, avant l’exil hors du 91, en Franche-Comté je crois, puis le retour à Paris, dans le Val-de-Marne, Virginie m’écrit que la cité (Ivry ?) où ils vécurent cette deuxième fois en RP, se trouve-ait derrière chez elle. Parce que, cité détruite, aujourd’hui, sur les toits de laquelle, ils tournent le clip du morceau Deux Frères, 

sans éprouver envers elle, cette cité détruite, un attachement aussi viscéral qu’à leur 91, et plus encore, aux Tarterêts dont ils rêvèrent tant que, adultes, au sortir de prison pour l’aîné, au cours de ses études pour l’autre, ils réinvestirent. Tout, chez eux, se dédouble, la mère algérienne mais absente le père corse et présent et bandit. A l’envers des structures familiales connues. 

 

Suresnes : 

Le prix d’achat des (ces) nouveaux appartements dotés de tout le confort moderne (jadis, lorsque les HLM sortirent de terre et firent sortir des bidonvilles ou des maisons insalubres, les indigents, l’argument du confort moderne primait sur tous les autres) est exubérant, excessif. Mais, ce faisant, remplaçant trois maisons par 30 appartements - qu’importe le niveau de vie - fait mécaniquement baisser en pourcentage les plus pauvres. Le vrai grand remplacement. Autre, encore, que la gentrification, la bourgification. 

 

hier, cherchant à acheter un livre, je demande à José quelque chose de simple, pour offrir, il me désigne Rue des Pâquerettes, devant le titre, je chavire oh non parce que fou connaissant le nom des fleurs, j’éprouve pour les pâquerettes une inclinaison particulière, vertige de ce que la cité des Pâquerettes renvoie à celle voisine et identique où mon père vécut la cité des Marguerite(s?) (cités dites de transit et l’on sait la lenteur de celui-ci quand il digère le mauvais sort des immigrés — papa né en France pourtant). Immeubles construits à la hâte, signe de bonne volonté prétendue des pouvoirs publics pour arracher aux bidonvilles ceux qui y vivaient (il faut lire le gône du chabah qui nous expose combien le bidonville valait, au début, mieux aux yeux de ses occupants, que ces cités de transit). Appartements sombres, sans toilettes, sans fenêtres. Il parle de Nanterre, de la misère, de la boue. Idée de lui écrire, à l’auteur, arrivé en France en 1962 à dix ans (Papa, naissance 1957, 5 ans en 62. 62 année de la fin de la guerre d’Algérie. Harki l’auteur ?) pour entrer dans les détails de cette vie, par un autre côté, moins douloureux pour moi. Toujours eu envie d’écrire sur sa vie, la vie de Papa, lui, assez volubile pour  m’en donner un aperçu, renforcé, l’aperçu, par ses cousins, d’autres récits. Maman, elle, autre histoire, muette, celle-ci, sinon quelques évènements appris par surprise dont le souvenir me dessèche la bouche. Toute la place, dans sa famille, occupée par les récits masculins, mes oncles, la guerre, l’art, l’athéïsme. La plus jeune exceptée. 

Papa, entendre son histoire, par cet autre, proposer une rencontre. Est-elle seulement possible. Y assister, moi, pour recueillir ce qui demeure embrouillé dont je ne parviens à faire le récit. Témoigner, à travers les enfants, les intégrés, les détachés de la culture d’origine, et moi presque délavé, délavé et habité, en même temps, d’un mouvement de reflux, d’un mouvement d’implication. Yannis me racontait se sentir captif de ces vies, j’ignore, s’il concevait, ces vies, celles de nos parents, comme leurs récits ou, plus clairement, leur vie biologique, leurs soucis actuels. Un peu des deux, probablement. Entre nous un silence. Le silence, aussi, entre les générations. Un classique, banalité. 

 

 

 

Suresnes : effacement des pauvres en valeur absolue, aussi, puisque, profitant d’un codicille légal, la mairie rénove, avec succès, et je l’admets, réussite esthétique, les immeubles HLM délabrés (ou non), ce qui lui permet d’en augmenter le loyer de plusieurs dizaines de pourcents, inaccessibles aux anciens locataires, en toute légalité, à l’expiration du bail, non renouvelé en conséquence, mais, parce que droit au logement opposable, la commune, avec l’idée de cette communauté de communes et l’assistance du conseil départemental, exfiltre vers les villes voisines, les désormais inaptes aux exigences financières et sociales de la Ville. Qui, toutefois, conserve, souvenirs et reliques, quelques pauvres spectaculaires qui, parfois, se retrouvent, lors d’émeutes, en Top Tweet, au grand ricanement des utilisateurs des RS voyant Suresnes associée à ces expressions de colère, et, devant ceci, les artificiers suresnois s’indignent, revendiquant, que si, Suresnes ça craint, tirant, fierté, bandidos, d’évoluer dans la jungle, les dangers, la bicrave. 

8 novembre 2023

Miaousseline

Levé pour une fois au premier réveil. 6h30. Angoisse de me réveiller, seul, à ces heures trop tôt. Préférence pour s’enfoncer dans le sommeil fatiguant. Le sommeil tout empreint de rêves bizarres, inquiétants, torturants. Excès de sommeil. Fuite. Sanction. Jeanne ne parvient plus à dormir à 6h30 non plus. Rhume. Elle, le rhume. Moi rhume incertain. Hier soir. Picotements des yeux, gorge gênée. Les premiers symptômes. Ca a commencé comme ça. Désolée. Jeanne dit ceci. La mélatonine, hier, avant le coucher. Sommeil paisible. Toujours radiné à cet achat. Le médecin me le prescrivait. Plus remboursé. La pharmacienne me dit. Pas d’argent à cette époque. Argent. En invité. De Kurzsek en lecture. Francfort. Pas chez lui. Cagibi. Pas chez lui. Le cagibi. Mot qu’emploie souvent Jeanne. Le cagibi. Pas chez lui. La mauvaise adresse. Trop connu à cette adresse. Expulsé de chez lui. La femme, la fille, dans l’ancienne maison. Les clés tintent dans la poche. Peter n’ose pas les utiliser. Peter. L’autre Peter. Le père de Domi héberge Peter. Le premier Peter. Le premier homme. Il dit le deuxième quand il parle de lui-même. Peter. L’auteur. Autre. Anagramme d’autre. Le U surnuméraire. La sonorité d’autreu. A la fin. Le suffixe en U. 

Il dit le père de Domi à sa fille qui s’enquiert de lui. Plus le cagibi. Carina ne sait pas. Fini le cagibi. Ne savait pas. Pour le cagibi. Ne comprendrait pas. Le domicile conjugal évanoui. La séparation. Le cagibi. En invité dans cette misère de cagibi. En invité. Chez Peter. Viens quand tu veux. Même longtemps. Il dit l’autre Peter. Autre pour moi. Pas pour Peter. Pour peter lui l’autre, lui l’invité. Comment. Quatre ans et demi. Les peluches embêtent Carina quand Carina doit se doucher, quand elle doit porter son anorak, quand elle doit mettre son écharpe. Les peluches. Laquelle choisir pour aller à l’école. Le kindergarten. Sans vexer les autres. Peter. L’autre Peter rencontré au Kindergaten. Avant. En invité. Tu peux utiliser le téléphone. Peter craint de déranger. Hospitalité. Hospitalisé. Droits réduits. Jamais signifiés par les hôtes. Pas pensés pour l’instant (30 pages). Par les hôtes. Instinct de l’invité. Moins je dérange plus je reste. En invité. Moins de soucis d’argent. Le Cagibi trop cher. Intrus. Peter compte avec inquiétude les pfennings. Les marks l’intimident. 100 pfenning. José. Le libraire me lisait des extraits du premier livre de la trilogie. En invité le second. Cécile Wasjbrot. La traductrice ne considère pas l’ordre chronologique des ouvrages comme indispensables à la compréhension. José lisait un passage. Peter. Notre Peter. Achetait du savon. Achat au passé. Passé plus antérieur que En Invité. Un bon savon. Plusieurs pfennings. Peut-être des Marks. En invité il oublie le savon chez lui ? Le Cagibi ? Si non l’extrait lu. La mention du savon moins savoureuse. L’extrait retenu. La préciosité du savon. Le PRIX. Le savon oublié. Une ancienne vie. Le savon, l’oubli, du savon, détache. L’argent. Toujours l’argent. Le café. Les cigarettes. L’alcool kaput. Pas lu le premier. L’alcool rejeté. La cause de la séparation. La formule cruelle de Sibylle. L’ancienne compagne. Epouse ? Divorce ? Pas précisé dans le deuxième tome ? volume ? Désordre de cet ordre de lecture. Informations lacunaires. Lecteur invité. Au-delà du quart d’heure de retard des politesses. Comme trompé de jour. Comme une montre demeurée à l’heure d’hiver. Je pourrais t’interdire de la voir. Sibylle déclare. Ca effraie Peter. Carina qu’en pense-t-elle ? Carina je veux te voir tous les jours. A Peter. Crainte. Déranger. Partir. En invité. Exclu. Dehors. Peter, l’autre Peter, je dois accéder au bureau parfois. 

Moi. Le moi physique. Ici. Envie de prendre un bain. Je guette les périodes du bain de Jeanne. Le nombre de fois. Eau coupée. Eau rétablie. Jet du pommeau ou écoulement du robinet. Fin. Jeanne finit. Troisième période. Rinçage. Jeanne qui sortira. Au futur. J’écris. Après les derniers mots. Ici. Peut-être Jeanne sortie. Déjà ? Enfin ? Pas tout à fait fini le bain. Quand l’eau évacuée. Jeanne peignoir et coiffure sikh appliquera des crèmes. Cinq minutes. Elle prononce. Souvent moins. J’aime regarder son corps dessiné par le peignoir. Les petits pas au sortir de la salle de bains. L’eau relancée. Une période de plus. Je comptais. Le bain rempli d’eau chaude. L’ajustement de la température. Première période. Le shampoing. Rincé. Deuxième période. Le démêlant. Troisième période. L’après shampoing. Quatrième. J’avais mal compté ? Quatrième seulement maintenant. Cinquième. Le jet bref. Exclu du compte. La baignoire rincée. Pour les suivants. Par souci de propreté. Impatient. Le peignoir de mousseline qui s’ouvre en donnant des idées. 

3 novembre 2023

Baraka Obama

Il me paraît toujours étrange, entrant dans une pharmacie, de voir, partout, les remèdes de rebouteux étalés, à libre disposition des clients, compléments alimentaires en tout genre dont, la plupart, ne prouvent pas leur efficacité. L’argument, avancé, par mag 2, de ce que tout le monde en France manque de magnésium, en plus d’être partiellement faux, ne propose une solution que faillible. Lisant, la documentation scientifique sur le sujet, j’apprends que boire de l’eau enrichie en magnésieum (Hépar, par exemple), eaux dégueulasses au goût, constitue la meilleure façon de traiter une carence en magnésium. Tout le reste de l’argumentaire est un charabia de bonimenteur. Je me souviens que, me rendant dans la grande pharmacie de la rue du Four, demandant à l’une des assistantes d’officine, quel magnésium correspondait mieux au besoin d’êtres carencés, elle dédaigna le Mag2 (le moins cher) parce qu’il était low cost, me dirigeant vers d’autres comprimés, quatre fois plus coûteux, qui, entouré d’une membrane de protéïnes se trouvent mieux assimilés par l’organisme. Billevesées fondées sur, à la fois, la confiance en la scientificité d’une pharmacie tenue par un docteur en pharmacie, et la méconnaissance, logique, de chacun quant au fonctionnement du corps humain. 

A n’en pas douter, les herbes soignent, la quinine guérit du mal de tête et du scorbut, les orties ou d’autres plantes, connaissent des vertus que j’ignore et que je sais cerrtaines, le miel ou le citron sont de bons antiseptiques mais profitant de la méfiance (légitime) envers les traitements chimiques, d’habiles marchands, s’enrichissent dans ce confusionisme. Certains, la plupart même, y croient sincèrement. Je pense que la préposée tentant de me vendre du magnésium quatre fois plus cher croit sincèrement que 1) le magnésium sous forme solide solidifie l’organsime que 2) le prix se justifie par le bien-être subséquent. 

La para-science, partout, triomphe, je n’élaborerai pas une pensée de sociologue sur le sujet, me contenant, poète, demeurant à fleur de choses, d’observer, commentateur aigu, percevant, ici, la plus grande des banalités, forant, tout de même, dans celle-ci, à travers les individus qui y accroient, leurs discours et l’esprit de collectif qui s’en dégage, l’observation d’un continuum, écueil où tout le monde tombe plus ou moins profondément, ainsi que la baraka, à quoi Mehdi consacrait un article, je me souviens, qui, veut que le don à un mendiant accroisse la baraka, cette sorte d’augmentation de la chance, sans, que vraiment, les charitables n’y croient entièrement, ici, le doute conduit à l’action, le ça ne peut pas faire de mal et pourquoi pas du bien. 

2 novembre 2023

Niais nié gné - onoma-pas-tapé

J’aime ta façon de rire de moi, jamais à mes dépens, comme plutôt me prendre par un côté ignoré, l’endroit dans le dos invisible à soi, même contorsionné devant le miroir. Les petits cris que tu pousses, par surprise, toujours la même syllabe, plus ou moins longue, désignant, selon sa longueur, sa hauteur, sa durée, des émotions ou des désirs différents. Le long Miiii aigu de quand je rentre, les mains que tu attaches autour de mon cou au moment où je franchis la porte de chez toi. Les gestes qui me mènent là, le code composé 3857 en attendant que je dispose du badge, sonner là où figure ton nom et celui de ton ex, monter deux à deux les marches de l’escalier qui ne grince pas, un épais tapis rouge couvre le bois.

La porte, après que j’ai sonné, tu la laisses ouverte, je te trouve, toujours différente, selon l’heure et les activités de ta journée, mais toi, toujours la même, toujours la même surprise, aussi, de ta beauté immuable. Le petit cri Miii, mon absente sursaute, elle se barre. Nous reprenons d’autres gestes, en suspens, peut-être, pour certains, les lèvres brièvement jointes, toi qui te déplaces dans l’appartement, comme tu marches bien, à mon goût, pieds nus ou les talons Ernest portés. Parfois, ton vernis sèche, le noir, souvent, que tu préfères je crois, pas parce que tu le trouverais le plus beau — tu n’en dis rien —que tu préfères porter.

Miii, tu le prononces aussi, plus bref, quand tu désires quelque chose, le désignant de ton joli petit nez, ce langage, intelligible — comme nous finissons de l’autre les phrases ou mêlant récit en quinconce nos histoires—par miracle, par élan. Le Mi, plus bref encore, accompagné d’un geste de la tête exprime, lui, ta satisfaction tu as remarqué j’y pense en même temps que j’écris comme j’aime plongé dans une eau trouble ressemble si fort à ton prénom ? Dans la langue chinoise le même son peut, selon l’intonation, prendre des sens différents, il en va ainsi de ton mi, langage ramassé, condensé, toi, ton esprit de synthèse remarquable, visible dans chaque chose que tu écris lorsque tu te décides à écrire. Ca t’ennuie, ça, que tout le monde te désigne écrivaine, élue malgré toi, ne te présentant à aucun suffrage, les recueillant tous. Il en va ainsi, aussi, des charges héréditaires, débats inutiles, tu te trouves prise dans des rêts qui te dépassent. Ecrivaine, la plupart de celles ou ceux qui en revendiquent le titre le justifient de ce qu’une nécessité vitale les agite et les tend, que, destin malgré eux, elles se trouvent condamnées à ce sort — accepté avec orgueil ronflant. Toi aussi, la prise au piège, d’un destin venu du dehors, d’une poussée extérieure, tous les autres, trop des autres, Gilles, pouche comme tu le nommes, Viktor, moi. Tu peux te dérober à ton destin toi qui t’évades à ta guise de toutes les contraintes, je dois gagner ma croûte comme tu dis souvent, m’amusant follement, alors. 

J’aime les tenues que tu portes, les négligées que tu rends distinguées, le vinyle aux reflets glacés. Tu me débordes, quand, allongée sur le canapé jaune, quelque chose de toi, muet, infra-mi, m’appelle, tu enlèves tes lunettes, tu tends les bras, tu m’embrasses. La vie recommence. Après de longues absences, c’est à dire de cinq ou six heures, puisque notre temps nous le passons, coalescents, en notre compagnie, je marche derrière toi, dans l’appartement je te suis partout, ombre mécanique, me levant, parfois, sans m’apercevoir de ce que je me lève à ta poursuite, comme si d’invisibles fils attachés de toi à moi, me conduisaient à toi, mon corps dégingandé, traquant malgré lui, dépassé par un destin, à tes côtés, infiniment plus précieux que toutes les sortes d’artistes.

24 octobre 2023

A la douche

Journées un peu étranges à la suite de deux nuits de quadrilles et de soûleries. Hier, ni douche ni café, pour expérimenter sur moi-même ces variations de l’habitude. Ordinairement, y compris les lendemains de soirée, je me douche et prends mon café. Hier, avec Jeanne, nous trainâmes au lit, somnolents et sursautants, faisant l’amour dans le premier réveil, de sept heures du matin, l’orgasme partagé, elle d’abord, moi ensuite — si ne suivant cet ordre son plaisr nous échappe. Jeanne aussi change d’habitude les lendemains des alcools béats, elle qui fume un paquet ou un paquet et demi — amusante forme de comptage, celle par paquets, demi-paquets etc — ne fume pas du tout alors. Bukowski, lui, ivre de bière, toujours, s’abstenait un jour par mois que, moins grâcieux que Jeanne, il passait à vomir et trembler. Un journaliste, je ne me souviens pas lequel, français je crois, racontait avoir voulu intervieser Bukowski et devait, chez le poète, naviguer entre les canettes de bières vides et écrasées, comme des bouées dans une marée de crasse. Le journaliste y voyait, avant tout, une mise en scène de la part de Bukowski, une volonté de ce que les biographes, se fondant sur l’article de ce journaliste, plus tard, le décriront comme ce naufragé, accroché à mille éclats rocheux, les cadavres de canettes de bière, des Bud’s, je crois, je me dis, sûrement, ajoutant cette ligne mystique à celui très tricheur, qu’il se choisissait la marque légère et la plus homonyme possible. 

Deux jours consécutifs sans me doucher, lorsque je ne me douche pas, moi qui alterne entre l’eau chaude et l’eau froide, et, dans le mouvement de ce dernier jet glacé, chantant, hurlant ou dictant, je me sens doucement engourdi et que, moins excité par la vie, collant d’une matière qui n’est pas un résidu de sommeil, je deviens calme. J’écris ce texte, à jeûn, sans douche depuis deux jours, après un jour d’abstinence de café — comblé aujourd’hui par l’expresso chez Jeanne et, chez moi, le doppio+ à quoi j’ajoutai un expresso simple. La lecture, dans cet état, me calme, je la pratique lentement, sans urgence, sans perdre le sens, les mots se succèdent, linéaires, mon regard, moins fou, ne se disperse pas sur la page, découvrant, dès la première ligne, quelques grappes des paragraphes plus lointains. Cet état me change, m’étonne, bientôt je prendrai ma douche, brosserai mes dents, avalerai je ne sais quoi. En attendant, j’écris ce texte, après avoir fini la lecture de la seconde nouvelle de Sciscia — Jeanne se moque de ma prononciation de l’auteur palermitain. Les oncles de Sicile, s’intitule le recueil, la nouvelle tout juste achevée, raconte le sort d’un soldat italien dépêché en Espagne, du côté des phalangistes, pendant la guerre civile. D’un soldat qui quitte, chômeur et mineur, son île pour se battre contre d’autres chômeurs et mineurs, du côté des propriétaires, des flics honnis. Il se bat, pour la solde, parce que c’est comme ça, et la colère monte au fur et à mesure de son récit, récit a posteriori, récit où la langue, où la colère, où le style, évoluent, au fur et à mesure du déploiement des souvenirs. Il parle, lui reproche son oncle, comme un avocat lui qui, quittant l’Italie, connaissait à peine le ba-ba. La prison réputée école du crime trouve une étrange jumelle ici, la guerre université des révoltes. Quand cette guerre lointaine, pour d’autres, un autre peuple, d’autres intérêts, aussi. Qui ne combleront ni sa faim, ni rien. 

Ecrire contribue à exciter mon esprit, le corps, toujours, délicieusement endolori, celui, d’une odalisque peut-être, à quoi me comparait, il y a longtemps désormais, Jeanne, dans le lit du Normandy. Lascif, ici, devant l’écran, sans désir, animé d’une pulsation mystérieuse, un battement de la peau, perdant, toute vigilance, c’est à dire, dans mon cas, toute inquiétude. Le monde, parce que l’eau chaude puis froide n’y ruisselle pas, glisse sur moi, ne s’emmêle guère dans les poils, couchés, calmement. Je délaisserai bientôt ces sensations qui, sensations, s’érigent à hauteur, de sentiments, de pensées, de perceptions, que, le monde, brutalement, dans le jet activé de la douche, changera, me changera. Mon corps tout plaisir, lent, très lent orgasme, différent, ici, de mon corps maniaque, peu reposé, dévorant, ces fois là, le manque de sommeil, excite mon appétit, ma bouche avide engendre les longues canines des vampires, Dracula ce cher insomniaque, commença ainsi sa carrière hémoglobite. A quoi comparer cette mollesse, elle s’approche des tapis persans, épais, chers à nos opiomanes du début du siècle passé, tous morts, à plus ou moins longs termes, intoxiqués ou d’âge vieux. 

L’étrange calme des mers d’huile, que je ne vis jamais autrement qu’en pensées, mers d’huile, je crois que je vois, ce calme là, seulement, lisant le mot, écrit, et, plus qu’écrit, condamné dans les dictionnaires, c’est pensant à ce mot, dans le Larousse, que je perçois, enfin, la mer d’huile, ennuyeuse à crever. Or, je ne m’ennuie pas ici, calme, à peine heurté, moi même, par le tac tac tac du clavier USB, ses touches profondes, bruyantes, que je ne vois que comme, le cornet grossissant du mouvement intérieur. Pas même la prémisse de mon moi à venir, inéluctable. Il faut bien en société se laver, avant, ce soir, de dîner dehors, Jeanne a réservé, un restaurant italien tout fraichement ouvert. J’y sentirai bon, je changerai de chemises, celle qu’avec plaisir je porte depuis trois jours, moi qui ne porte jamais deux jours consécutifs la même chemise. Temps d’exception, le soleil brille, la météo annonçait les grandes dépressions. Valentin, en ce moment, pour se défiler de toutes invitations, ne m’exprime pas son mal être, à travers les mots des psycho-pathologies, il m’envoie une carte du ciel, les dépressions atmosphériques. Pourtant il n’a pas une gueule d’atmosphère. Allez, à la douche, après avoir posté ce texte. 

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