Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
boudi's blog
Publicité
boudi's blog
Archives
Newsletter
1 abonnés
20 mai 2009

La seule du planisphère.

Comme si tu savais pas quand même que t'étais la seule du planisphère. Toutes les huit minutes à hurler ton prénom. te chercher Cisailler la terre, le vent, la nuit, la soif, toutes les quinze secondes. C'est que j'aime chiffrer moi. J'ai de la mathématique dans les artères. Quantifier. Peser. Mesurer. T'embrasser. Je crie toi toutes les huit minutes dans le noir. Pour déchirer un peu son voile de femme soumise. Coller de la lumière liquide à ses intestins fatigués. Un peu, oui, trier le feu. Lier mes veines fines et poreuses qui ne filtrent pas le poison de toi. Dans mon corps, j'ai l'estomac en plomb. Ca me rend saturnien. Et pas divin extraterrien. Plutôt camisolé isolé. Je suis fou, de toi d'abord mais tout court déjà. Malade le corps titubant, le manque qui râpe. Ecorche. Dépêche toi, de venir. J'ai envie de décrire la nuit sur ton ventre. De l'écrire les ongles courts sur ta peau. Si je t'aime autant c'est parce que tu me fais penser à la nuit. Délicieuse, fatale. Dangereuse comme une éclaboussure. Une épée fendante. C'est vrai, tu me fais penser à la nuit, parfois malade et blême. Violente comme un accent du sud qui frapperait aux portes de la littérature. C'est à ça que tu me fais penser, la nuit avec ses doigts bleus et sa bouche pétrie de couleurs endolories. Prêtes à surgir quand la mer aura recraché le jour qui s'y est fait dévorer. J'attends moi que les fuseaux horaires, que les fusains célestes te déposent le corps à l'aéroport. Qu'on fasse rimes qui danseraient sur le parvis de tes reins. Un peu comme une farandole de papier qui aurait mis Rimbaud en ombres. J'ai envie de ça, moi. Refaire l'Univers, sur ton sein. Y dessiner les astres dansants d'un lendemain que j'attends. Quand tes yeux de nuit feront l'aube. Que tes cheveux de soir tisseront les lendemains...

Publicité
9 mai 2009

Château à la dérive.

Tu me rends héroïque de l'écriture au fond de mon lit. J'ai l'impression de fendre mille créatures merveilleuses en t'écrivant. balayer des maisons de géants étudiants, d'écraser des hydres resplendissantes. Percer des armures de métaux inconnus. Dompter des porcs qui ont dévoré des pays entiers, des porcs qui depuis l'Amérique mangent et déversent les ordures sur la carte, se repaissent de misère. J'ai tout ça dans les doigts, et ma tribune métaphore pour assaillir, pour étourdir les lettres. T'es un harcèlement sexuel et une guérilla sensorielle. Tu saurais me dire pourquoi je t'ai dans la peau. Tes pas légers. Musique sur mes os. Courent le semi-marathon de Paris près des côtes flottantes de mon anatomie. T'es libre dans la vie autant que captive dans mon imaginaire, comme toutes les femmes que j'happe. On lui permet tout à l'imaginaire, de séquestrer la beauté, la cloisonner, la pervertir, la sévicer. L'imaginaire, il a tous les droits, il ploie l'Univers, efface le code pénal, c'est la toute puissance, l'encrier de la nuit déversé sur les pages neutres de la loi. Dans l'imaginaire j'ai ôté les yeux du monde, pris un scalpel de verre pour opérer les syncrétismes, nouer deux religions, deux religieuses lesbiennes. C'est marrant dedans, on a tous les talents, on hurle debout dans un monde en papier journal, on essore le sel du hareng-sot dessus. Dans l'imaginaire on déploie tout, on déforme à l'infini la flamme qu'on fait devenir humaine "Salut, ça va, flamme" ? Et tu peux lui causer, la faire danser dans ta paume, l'articuler et la résumer, la flamme. Ca rend fou l'imaginaire, c'est une camisole d'images, de rêves, de parfums et de saveurs, c'est joli comme un théâtre d'ombres, ça fait briller des guirlandes colorées, l'imaginaire. Et même qu'on peut y être un peu heureux, neurasthéniquement heureux, dans l'imaginaire où l'on vit d'une solitude habitée et exaltée. L'oeil noir brillant, quasi-anar. On vit dans un demi-tombeau trois quart enfer. C'est qu'on cause avec des morts, qu'on parle à Rousseau de l'infini de sa plume, et de Céline on emprunte le voyage, on se range dans la cale de la nuit, dans l'ombre de Céline. Il nous voit pas, il nous voit plus. Il raconte son Histoire et on voit les gens mourir entre ses doigts. Il a tout dégluti, tous assassinés Céline, alors c'est le plus beau, alors c'est le vainqueur sur l'Univers. Il a beau être enterré, on viendra bien chialer sur la disparition. Une mort à crédit, bien humide le crédit, bien liquide pour sûr. On rembourse avec intérêts quand on chiale clairement, dessus. Ils doivent tous être satisfaits à hanter mon imaginaire. Appelle moi chateau à la dérive...

5 mai 2009

Des rêves en chrome.

Moi je fais des rêves en chrome. Des corps qui se mélangent où les fluides s'entredévorent, glissant le long de ton épiderme. Je vois des images comme ça, symbiotiques. Qui se remplissent la panse de mots et de langueurs. C'est comme la mer qui se courbe et se retire, qui disparait sur le sable et laisse la trace de sa course. Les traces de ces pas oubliés, immaculés et sonores, polyphoniques et nacrés. Une chanson, la mer qui enfle et et ride sous les bourrasques de la fièvre. Dans la mer mentale que je décris, tu vois, la solitude, fait naître des débris, des récifs, des pointus assassins qui sont comme des  bandaisons dans la chair. Le désir il coule tous les téméraires capitaines, il les pend aux figures de proue, avec les amarres enfin déliées. Tous les pontons ont brûlé du même feu, en même temps. L'incendie des désillusions.

5 mai 2009

Les corniches sont des falaises urbaines.

Les corniches sont nos falaises urbaines. Nous tendons notre équilibre sur des fils de béton. Et les yeux des femmes sont les meurtrières de demain. Le jour aspire la nuit expirant. Le poumon de la Terre est tronçonné. La nuit est grippée, elle tremble jusqu'en Italie. Et nos bords de fenêtre désagrègent l'équilibre. Le jour est sous héroïne et les femmes sur les hommes. Le ciment a séché et tous les cœurs du monde sont prisonniers de l'écorce. Il ne reste d'humanité, que des vestiges, des sculptures, des moulages. La poésie est dans l'Océan. Pour faire des rimes marines au fond d'un requin. C'est un peu triste.

4 mai 2009

Camer à l'esquinte.

Je veux bien sortir. Fouiller le bout de la nuit jusqu'à son intime extrémité. Maintenant, je peux l'accepter moi. D'aller retourner des tombes de bruits, et même repeindre l'obscurité au néon morne. Je peux bien tout faire. Je suis largué, c'est à dire que mes veines ont rompu leurs amarres amoureuses. Elles coulent, elles ont le droit de retourner au fin fond des largesses océanes. Ca roule en couleurs indiennes le long de mes principes. Indiennes parce que  primaires, originels. Indiennes parce que c'est le mystique, le sacré en panne qui s'en va en peine. La nature toute puissante gouttant, gouttes à gouttes, à la droite des reins. Je peux bien courir  ma solitude sur des seuils éclairés moi nager dans la cendre qu'offre l'obscurité glissante. Il y a cette brume de lumière qui s'échappe de dessous les portes, un, deux, mille rais de lumière sur le palier qui m'attendent. Moirée, réflechie. Allez, vas-y donc, qu'on se came à l'esquinte.

Publicité
30 juin 2023

Air France

Je me souviens cette fille, la péniche, l’X., une fille, le prénom commençait par S., nous nous trouvions sur le pont, l’eau scintillait à cause de ce que l’X. fait tomber sur le monde une lumière de théâtre, elle ne me plaisait pas tellement, du moins la question ne se posait pas en ces termes, dans la langue de l’X, posée j’y eus répondu par le haussement d’épaules, S., sur le pont, me dit tu es bien entourée parce que des amies m’accompagnaient et que la nuit, pour les garçons, les amies filles deviennent un halo enrichissant, des mots banals, elle parle la langue des autres. S. me dit, j’ai froid puis, après une pause, ah si seulement quelqu’un pouvait me réchauffer. S. répète cette dernière phrase, moi je lui parle des vaguelettes dans la Seine, puis, cédant à son implicite, je l’embrasse, en moi, ça fait comme une tempête, le plaisir insensé de n’importe quel baiser, ici, j’embrasse la substance dans cet éblouissement chimique j’embrase mes synapses qui font l’amour avec mon coeur. Ce moment, qui ne voudrait le revivre ? J’ai envie de t’embrasser encore, je lui dis, elle répond, encore dans sa langue des autres, toujours, pour ça il faudra se revoir, nous échangeons nos numéros de téléphone que nous n’utiliserons pas, ni elle, ni moi. En bas, sous le pont de la péniche, un collègue de S., me dit d’elle c’est une chic fille, ou quelque chose de ressemblant, leur langue, encore, elle. Je lui demande tu me paies une bière tu sais ce que c’est la vie d’étudiant. Lui, travaille à Air France, comme S., il me répond non, je n’ai pas été étudiant. Cette bière, je ne la désire pas vraiment, comme je ne désirais pas S., j’expérimentais, par cette demande, la capacité à obtenir, par le sourire. Pas plus.
J. se moque de moi, en me lisant, dit, tu ne parles que de Marie-Anaïs dans des textes larmoyants ou de sexe. Curieux qu’elle voit, dans ces rapports sensuels ou amoureux, du sexe ou, le faisant commencer très tôt, dès la tension ressentie, même solitaire, étend le sexe, à toute mention du désir. Sacrée J. 

(texte débuté il y a trois mois)

26 juin 2023

Matière

L’appartement sent le propre, les vitres laissent passer un soleil sans tâches. Je déteste laver les vitres, pourtant, je m’y mets. Pour passer le temps, pour changer ce que je vois, sans bouger. Le monde, ainsi éclairé, donne un autre plaisir. Je déplace les objets puis les réinstalle dans leur position originelle. Pas parce qu’elle vaut mieux, les deux se valent, pour transformer deux fois.
En ce moment, pas la force de m’occuper, toujours, des tâches administratives, je reste muet face aux transformations qui m’accablent ici, les relances d’EDF, l’obsédante question du loyer, le contrôle inattendu comme celui, il y a sept ans, face auquel je me sortais de justesse, à l’inverse de Victor, qui connût, alors, les foudres imparables et sourdes des administrations.

Il faudra gérer, après, encore, la répartition des objets, à ce sujet, je ne crains pas vraiment les disputes avec Marie-Anaïs, certaines choses, forcément, feront débat, un débat sans importance. Je redoute bien davantage sa mère, qui voudra, forcément s’en mêler, établir des calculs objectifs, servant essentiellement son intérêt, sans concevoir ce que ça veut dire, cette division, que le sens ne relève pas uniquement de je ne sais quel titre de propriété, que les choses, comme la vie, s’enracinent et s’entremêlent et dépassent les quotités de son (pauvre) imaginaire. Je n’aime pas l’idée de l’arrachement des choses, sans inquiétude ni même angoisse, parce que Marie-Anaïs et moi nous connaissons parce que, il y a cette vérité vraie, toujours cruelle pour moi, matériellement elle se rétablira plus facilement que moi, sa mère, au-delà (ou en raison) de sa conception clanique des rapports humains, lui offrira, un temps, les secours nécessaires. Plusieurs dizaines de milliers d’euros attendent Marie-Anaïs pour, si elle veut acheter ou ouvrir une librairie, ce peut être un viatique. Marie-Anaïs n’est pas mesquine (et je ne doute pas que Myriam non plus) elle connait mon état et agira en conséquences comme, lorsqu’elle vînt par surprise (je cauchemarde encore de ceci, elle le comprend, entrer par surprise chez quelqu’un est pire que claquer la porte, confère de l’insécurité à chez soi, moi, qui, depuis enfant redoute la nuit  et les voleurs) tout en le regrettant sachant que je le vivrai mal.  

Je ne connais pas cette chance des secours parentaux ou au prix de leur sang, je la connais moins encore, maintenant que, prostré, tout travail devient impossible. Je ne réponds pas au dernier mail reçu qui me propose dix jours de travail. Hébété la date limite s’approche, passera, sans que je ne puisse agir. Mon énergie je la dispense, une fois par semaine, à sortir et danser, lorsque je le peux. Pour boire, aussi. L’alcool solitaire, heureusement, me quitte. L’appartement est propre, je ne parviens presque jamais à cuisiner, j’ai pris six kilos moi que le gras répugne tant. Héritage de ce mois de novembre paralytique quand commençait le traitement anti-dépresseur. 


Délitement froid, l’anti-dépresseur me sauve, chaque jour, la vie, il éloigne de moi le désespoir, sa brutalité soudaine qui, auparavant, me jetait la tête contre les murs.

 

Je dois reprendre le sport sans changer réellement mon régime alimentaire. Je déteste les privations. En ce moment, je me contente d’un repas par jour sans mincir pour autant. Par souci d’économies. C., paie nos sorties ou M.

7 juin 2023

Saint-Georges et la grève du Dragon

Je considère, depuis mon emménagement dans le IXè, avoir trouvé, dans le monde, ma place, que cette géographie, dans un appartement que j’adore correspond à mes désirs les plus chers. Le quitter me déchirerait le coeur, tout changement s’y déroulant m’y altère. La fromagerie Chataîgner, en bas de la rue des Martyrs, qu’Yves tient depuis (si je me fie à societe.com) le premier janvier 1958 avec son épouse Annie, a vu toutes les transformations du quartier. Je disais à Marie-Anaïs que, le jour de leur fermeture, quelque chose en moi se briserait, je déteste toutes les faims (je voulais écrire fins mais ma bizarre dyslexie prend le dessus) comme je le disais à M., quand elle et moi nous soûlames à la maison et qu’elle voulait retrouver le VIè, cette année où tout se brise, comme une chose naturelle a aussi vu la fromagerie Chataîgner fermer. Après les vacances d’été, la grille demeurait fermée, longtemps, sans un mot, puis, en début d’année, un petit mot affiché sur la devanture remerciait les clients pour leur fidélité. Ce merci comme une oraison. Dans le quartier rien ne dure longtemps, ces remerciements d’adieu nous les trouvons à toutes les portes, au bout de cinq ans. Dans ma rue, le retoucheur, encore, seul, appartient à un monde ancien, le même en sursis, dans sa boutique ancienne où on ne le règle qu’en espèces ou en chèque bancaire ; lui aussi fermera, forcément. Il en va ainsi de la vie dont, moi, je ne supporte pas le passage. A cause de ceci, et, bien sûr, du sens qu’il a, je mentais sur mon âge, je ne pouvais me résigner à l’usure. Je tentais, qu’importe par quelle ruse, d’en limiter les signes apparents. Un jour, ça ne tient plus.

La fromagerie Chataîgner, après 65 ans d’existence a présenté son grillage clos, sa petite affichette, les passants et les habitués, glissèrent des fleurs et des mercis, comme pour une cérémonie muette. Sophie, La pharmacienne de la Place Saint-Georges, où je ne me rends plus parce qu’un jour elle me parlait mal, vit aussi dans le quarteir depuis, comme elle dit, toujours, et, la fromagerie Chataîgner préexistait à son toujours. La fromagerie où Yves et Annie faisaient le compte à la main. Yves, toujours casquette sur la tête, l’air bougon, la barbe un peu folle, les tâches de vieillesse, l’énergie toujours, Annie, aimable, bien maquillée, sans cesse, profitant de l’absence du mari pour se montrer généreuse, lui, radin, facturant tout, ne faisant jamais aucun cadeau, méfiant, un peu, bougon. Avec ce charme ancien qui, chez n’importe qui, nous paraîtrait insupportable, ici, l’âge, ce dont il témoigne, aussi, l’exotise.

Michel, l’épicier juif tunisien, de Tunis, de la goulette, Tunis centre, il ajoute aussi, lui aussi travaille ici depuis toujours, cette année il fête ses 66 ans. Un an de plus que la fromagerie d’Yves. Michel travaille six jours sur sept plus de dix-huit heures, il ne fait pas son âge, mais il fatigue, forcément et, aujourd’hui, ne trouve pas de repreneur pour son fonds de commerce. Aujourd’hui, aux épiciers tunisiens succèdent des épiciers bengalis ou sri-lankais, il leur cédera probablement son commerce. Je m’arrêtai pour parler avec Michel, récemment, alors que je me rendais au métro et que je le saluais rapidement, écouteurs aux oreilles, comme d’habitude parce que, l’été, il installe sur le trottoir un tabouret de bistro et discute avec les passants. J’ai défait mes écouteurs et j’ai parlé, et il m’a dit, alors tu as changé j’ai trouvé cette phrase amusante, les phrases que, les vieux amis normalement, vous disent, ou les parents, tu as changé, comme le quartier s’altère, sûrement, celui qui me ressemble, ma vie, aussi tout autant changée. Alors nous avons parlé de sa vie de juif tunisien arrivé en France il y a longtemps, je n’avais pas remarqué ses dents, il lui manque des molaires et quand il rit je vois luire un plombage, ceux qu’on faisait il y a longtemps. Maman, qui souffre des dents, compte de fausses dents, des couronnes (les appelle-t-on ainsi pour justifier le prix royal?) qui ressemblent à des dents naturelles. Il me disait, Michel, j’aime bien parler avec toi. Alors nous avons parlé, maintenant je m’arrête plus souvent et plus longtemps. Tout le monde connait Michel (d’ailleurs, je l’apprends, tout le monde me connait aussi), plusieurs générations, de grands parents, de parents et de jeunes enfants. Michel, m’a dit tu n’achètes plus rien puis j’ai bien vu que Madame était partie puis la pauvre puis perdre un beau gosse comme toi puis et tu as retrouvé quelqu’un.

Je peux faire, depuis mon arrivée il y a 7 ans dans le quartier, un petit fil des commerçants à l’ancienne. Il y a le cordonnier portugais de la rue Henri Monnier, son échoppe poussiéreuse, sale, ses prix deux fois inférieurs à la moyenne française, le fonds de commerce à céder depuis des années, en redescendant, il y a Michel, l’épicier, au croisement de Clauzel et d’Henri Monnier, juste avant la rue Notre-Dame de Lorette, si on tourne à gauche, c’est la rue Clauzel, le retoucheur turc auquel je n’ai jamais demandé le prénom. Je sais que, récemment, son fils s’est marié. Il y a, dans la rue, le grand parking marmoréen, un salon de coiffure qui semble de toute éternité et d’autres, eux, plus modernes, où les coiffeurs pour hommes, tous homosexuels, agitent avec talent et mépris leurs ciseaux. troc en stock a fermé, plus loin, encore, dans la rue Clauzel ma rue, deux boutiques, des dépôts ventes, à l’ancienne, vendent des pièces toutes diverses, certaines de collections. La dame blonde qui la tient, Monica, fume souvent sa cigarette sur le trottoir, elle parle avec Maxime, de l’autre côté de la rue, qui après avoir ouvert une boutique de vêtements, a décidé de la remplacer par une salle de sport, un de ces trucs hyper rapides, avec des machines qui ressemblent à des caissons futuristes. Je ne sais pas quelle promesse commerciale il formule. Monica est à l’ancienne, elle parle avec une voix rauque, reçoit de beaux vêtements, qu’elle adore faire essayer à C., parce que sa silhouette, est parfaite lui dit-elle. David, lui, a ouvert, un magasin de vêtements, une sorte de friperie de luxe, rue La Bruyère, il la tient avec son compagnon et sa fille, il l’appelle la débardeuse, a eu, me dit-il, du mal à trouver un local et aurait bien aimé s’installer Rue Clauzel. Ca m’émeut, chaque fois que le nom de ma rue apparaît quelque part, quand il suscite une émotion. La boutique de David, toute récente pourtant, deux ans je crois, m’a l’air d’exister ici depuis toujours. Elle se remarque parce que sur le trottoir un mannequin paré des choses les plus excentriques et toujours changé, se tient. Un peu comme moi, prince du quartier, comme dit Michel.

Michel, quand nous sortions avec C., avant d’aller au Silencio des Près, nous a parlé, nous étions un peu ivres et il s’apprêtait à fermer, pour une bonne nuit de sommeil, je lui demandai. Il était 23h et, me dit-il, le réveil sonnera à deux heures trente, pour qu’il aille se réapprovisionner à Rungis. Encore. 

 

Il y a deux mois, je crois, j’ai vu de la lumière dans la fromagerie Chataigner, et j’ai eu peur que la tragédie s’augmente de la destruction, une boutique de cookie, de madeleine, un lunnetier ou un marchand de saumon. J’entendais, régulièrement les perceuses, puis je n’ai plus entendu aucun bruit. Il y a deux semaines, étonné, j’ai vu la fromagerie ouverte, à nouveau. Tout le monde s’y pressait, tout le monde racontait, au nouveau gérant, l’émotion de voir, le nom intact Chataigner, encore affiché. Augustin, celui qui a repris la boutique, quand je lui exprimais, en mâchant dans la tomme de chèvre laissée à libre disposition, le soulagement (la joie?) de voir, ici, une fromagerie encore et non un marchand de lunettes, sourit, il me dit qu’ils y tenaient, Annie et Yves, à ce que ça demeure une fromagerie, qu’ils vivent juste au-dessus et qu’Annie, dès qu’Yves ira mieux, viendra faire la caisse parfois. Yves a subi un double ou triple pontage, sans quoi il aurait continué, jusqu’à la fin. Pendant, le COVID, encore, quand tous les vieux se terraient, lui, continuait de se rendre à Rungis, nous n’avons jamais autant parlé qu’à cette époque, le monde, rétracté, condensé en quartier, un monde d’un kilomètre sur un kilomètre.


La vie renaît, à Chataîgner, maintenant, est accolé le mot sauvages, les fromages sauvages, Augustin prépare, pour l’entrée un chèvre frais comme une crême brûlée, un peu sucrée, à mon goût, mais très belle. La boutique se ressemble toujours, le carrelage demeure le même. Mais maintenant les fromages ne sont plus exposés à l’air libre, tous se présentent derrière une cage en verre, obstacle transparent. Un geste de plus. Je me demande pourquoi, Yves, en 1958 devînt fromager, ce qui le guida, là, à cette profession. S’hérite-t-elle ? Trouve-t-on ce qu’on trouve comme les commerçants tunisiens de Djerba, achetant les épiceries arrivant en France, parce que réputés commerçants les djerbiens reproduisent ici leur nature ?

Le primeur tunisien de la rue des martyrs, au croisement de (?), vient aussi de Djerba, ainsi que tous ses collègues, nous discutons souvent. Il vivait, il y a plusieurs années, dans le XVIIIè, puis, souhaitant une maison pour ses enfants, en acquît une dans la région d’Auxerre, le forçant à faire plus de 4 heures trente de route aller retour chaque jour. Mais les arabes paressent, dit-on. Aujourd’hui, plus âgé, il lui manque lui aussi des dents, il reeménage dans le quartier, de l’autre côté de la butte, à Marx Dormoy. Ses avocats, à 2,99euros pièces sont les meilleurs que j’ai goûtés, ils sont énormes, deux ou trois fois plus lourds que leurs imitations de piètre qualité à un euro en supermarché. Il vend aussi des herbes fraiches, de grandes et belles bottes à bien meilleur prix que celles sous plastique de la marque florette à quoi je me résignais avant.

La réapparition de Chataîgner donne à la vie la vie. La rend. Différente. Comme la mienne devient. Je l’écris sans rancoeur, aujourd’hui, je vais mieux, je rencontre des gens, mon quartier s’amplifie, je me mets à connaître chacun et chacune. Marie, la serveuse du café du Père Tanguy, qui, pendant des années minaudait auprès de moi, qui, tout récemment, me proposait un verre. Je rencontre. 

29 mars 2023

L'oisillon qui voulait se faire aussi feu qu'un Phénix.

A chaque passage décisif de ma vie chose petite toujours le mauvais choix moi

je disais avant

c’était droite et gauche tu allais gauche

toujours ainsi le pire choix la pire façon

saboteur sabotage diraient-ils diraient-elles

non pas ceci non 

défaut en constance d’une lucidité

pourtant toi poète c’est à dire

l’extra lucide au-delà du concret

extra pour en dehors du lucide voilà

tu te trompes face au drame tu te trompes

de loge de scène tu te trompes de sens

l’affect s’en mêle en travers toujours le même

affecte si j’y pense

l’orgueil appuyé sur

ce présent ultérieur

temps singulier à toi seul conjugué

comme parole conjurée incantation ratée

dont le sort retourné contre toi-même

te brise le sang devenu tout dur lisse

une pierre roule dans tes veines

le présent ultime ce cadeau des fiançailles

le mauvais mariage ces deux là

orgueil et présent

amour de ravage qui enfant moi enfanté

d’eux

tragique mal dressé

mal né né tué

de travers par le siège

orgueil que tout brûle

présent pareil tout brûle

maman présent mamelles lait violent coule

dans les veines orgueil le geste le pire celui trop par trop

fort les vaisseaux brûlés je clame pas de retour pas de retraite

l’assaut à l’avant à l’avant 

ah oui de l’avant

mais ce feu incendie t’encercle si fuite barrée aussi

assaut compromis pareille tu ne peux progresser devant

l’éboulis des flammes ta demeure tu chantais

le monde des flammes toi-même incendiaire

ton métier ton foyer

c’est toi que tu brûles quand tu brûles 

non phénix renaissant diminuant

rapetissant à chaque nouveau feu

oisillon de peu 

à chaque nouveau drame tu t’amaigris

à chaque mauvais choix toi tu toi consumes

le feu avec sa gueule de feu sa mâchoire de feu

repas toi patiemment englouti

tu n’es pas n’importe quel repas, il faut le dire

définitivement la vie toute petite toi même enfant

nain jusqu’à

cerné tu te cernes

épuisé

entouré des flammes des flammes ne dansent pas

les flammes

crépitent 

molles gencives sirènes

indifférentes si sirènes

sirènes au chant las un

métier

des fonctionnaires de la torture

les pires aux horaires de bureau elles

te drainent dans les fonds des flammes

nulle retraite nulle échappée

l’avant garde bute 

en vain tu brûles

le choix le mauvais forcément orgueil présentéïsme 

tu manquais d’absence 

souffle d’asthmatique tu ne savais le retenir

tu ahanes tu tousses tu 

nourriture de ce feu qui t’enserre l’ultime caresse

tu voudrais

caresse la flamme tu te mens à toi-même 

la douleur seulement l’immense gâchis ta vie

parcourue tes joies petites quelques fois le feu te fit du bien

comme une drogue avant la chute

tu te devais une patience

tu te devais un silence

comment l’apprendre

le seul vrai regret de ta vie

29 mars 2023

Banana Bread

Je vois les rayons de la bibliothèque vidée peu à peu

un soleil brisé où domine ce qui manque l’éclipse des pages

la continuité du noir

une nuit inconnue débute

se débat 

moi qui l’aime la nuit la trouve belle comme

l’être maquillé

le coup de stylo bic

avant la maturité

blanche et noire des joues du menton

moi qui l’aime la nuit la trouve belle

même d’effroi peinte celle-ci de nuit

cette ombre des pages

souvenir des peupliers abattus jadis

dans l’ancien temps

du roseau arraché

de la lutte chêne dur brisé

moi l’amant de corps de visage

dans ce noir flambant cette fois

sous l’éclipse soleil noir dit-on

aveuglé comme si superposés soleil et lune

pesaient pesaient nuit violente fard de paupières

fatiguées

vestiges la bibliothèque comme moi

souvenir heureux ou triste

aventures tous les abordages

les taïauts criés depuis l’enfance avec il faut le dire

la distraction de l’amour

de l’écran le geste mécanique du clic 

du défilement

cliquetis des chaînes

je vois vestige les béances à chaque étage 

vestiges nous ensemble d’une blessure pas non

réparable

 

ailleurs

 

les nouilles udon

les bananes mures

presque hantées du temps urgent

pleines de voyages elle forment

dans leur bouquet ce qu’on dit

un régime

un petit groupe de chardons sucrés

celui nourriture des chassés d’Eden

le fromage frais la marque philadelphia comme aux

Etats-Unis, le pays des inventeurs de diabète

gestationnel celui-là ou non

les oeufs frais leur label rouge les poules dites de plein air

inséminées sûrement par le geste mécanique

le clic de la main blasée

les poules 

dans la plaine remuant le cou la tête décrétée

comme des pigeons comestibles

bavards

les nouilles udons moelleuses dans l’emballage de plastique

le prix affiché, encore, après le passage en caisse

les instructions en language des signes

il faut suivre de droite à gauche se repérer avec les chiffres et les nombres

seuls universels ici

comme retrouver dans un pays lointain une inflexion 

qu’on imagine la langue la lande natale

ce n’était que le bruissement d’une feuille

le battement d’ailes d’un oiseau ou le cri

du marchand qui vend à la criée son poisson 

étrange d’une fraîcheur inconnue

pourtant cette seconde

de la langue reconnue

comme un mirage là

te désaltère de ton exil 

l’imagination te revient la mémoire avec elle

ton enfance où tu apprends à marcher

alors

ici

tu peux

tu vas

tu continues

dix mètres au moins

dix mètres toute ta vie

pour l’instant

jusqu’à la prochaine distance

le prochain mirage la prochaine éclipse

le feulement 

 

 

 

29 mars 2023

Repentir

6:10 le sommeil ne vient pas, alors j’erre. 

 

Je me souviens d’une soirée où nous avions rencontré dans la rue Dimitri, le cousin de Joseph. Dimitri se promenait avec son épouse, sa fille et Joseph et, Dimitri, parce que Léah lui plaisait lui dit, cheveux poivre et sel, nous nous sommes déjà rencontrés ? 

Phrase banale qu’il devait régulièrement user pour séduire les jeunes filles qu’il trouvait à son goût. Dimitri la prononçait avec aisance, résultat, à n’en pas douter, d’un exercice régulier et, probablement, efficace.

Joseph était désespéré de nous avoir croisé et lorsque Dimitri nous proposa de prendre un verre chez lui il s’écria, tournant le dos - se joignant tout de même à la troupe - mais je les déteste !

Dimitri et son épouse habitaient dans le 9ème arrondissement bien avant de moi-même m’y installer. Je me souviens, aussi, que Dimitri et son épouse parlaient de leur mariage finissant en termes durs, étonnants, tenus, surtout devant de parfaits étrangers et que la connivence intellectuelle ou l’alcool ne me semblaient pas suffisant pour combler la nouveauté. 

Je me souviens parce que la femme de Dimitri, pour parler du mariage, du mariage en général, employa une curieuse image, elle le comparait à une toile sur un mur, dans un appartement ravagé par l’humidité, et que malgré tous les soins apportés au tableau, celui-ci ne cessait de se délabrer et exposer, ainsi, une image odieuse et déformée.
Ainsi, aujourd’hui, je sens ma vie, mon état intérieur, un état de décomposition avancée, irrésistible, personne ne peut interrompre, encore, ce déluge, la fuite d’eau, où ce qui fait ma vie, ce portrait peint, où la couleur dégouline, me donne cet aspect monstrueux, je crois.
Pourtant, un prix doit être payé, j’ignore combien se vendrait cette toile là, toute une vie écaillée, la peinture toute comme avinée. 

 

Valentin parlait de Malinowski, rappelait cette citation quant au peuple que celui-ci étudiait, trop brillant pour être terni. 

28 mars 2023

Majin Vegeta (2)

Dans Dragon Ball Vegeta, prince des Saiyans, race extra-terrestre redoutée par sa cruauté et son goût du massacre, excellait en sa race même, Wisigoth de l’ultra-espace  tenta, sans succès, d’envahir la Terre, vaincu par le groupe des héros auquel il finit par se joindre. Comme souvent, dans les mangas, l’antagoniste devient un compagnon des protagonistes, un nakama tel que One Piece a consacré l’expression. Le cas de Vegeta a ceci de singulier que, malgré sa nouvelle appartenance, il conserve de son ancienne carrière quelques réflexes cruels. Adouci, certes, disons que pour  lui aussi taire n’est pas tarir. 

 

Plein encore de l’orgueil du prince Wisigoth qui échoua aux portes de Rome sans en perdre tout à fait l’appétit. 

 

Sur Terre Vegeta rencontra Bulma qui devint sa femme et avec laquelle il eut un enfant nommé Trunks. Pour le Saiyan, comme pour le poète, taire n’est pas tarir, il suffit d’un coup mal placé, d’un événement dramatique ou de la sensation d’injustice, pour redonner soif à l’ancienne violence. Vegeta noua une sorte de pacte diabolique avec un sorcier ennemi des terriens : Babidi. Babidi pouvait décupler, en échange de son obéïssance (Vegeta sut résister à cet impératif), la puissance de n’importe quel guerrier. Preuve de la conjuration, un M stylisé apparaît sur le front du damné, marqué comme une bête, oui, mais cette bête a la rage. Ainsi naquît Majin Vegeta, guerrier surpuissant et immoral, tirant, même, de son immoralité sa grande puissance, son immense violence. 

 

dans un épisode antérieur, San Goku, encore enfant, affronta un personnage malfaisant dont le super-pouvoir consistait à faire gonfler la part sombre d’un individu jusqu’à le faire exploser. Il tenta cette technique sur Goku et échoua parce que Goku, trop pur, ne possédait en lui aucune once de mal. 

 

Si le cas de Majin Vegeta m’intéresse ici c’est que sa motivation, loin de ne résider qu’en une quête déraisonnée de toute puissance, vient de son souhait de rompre toutes les attaches morales de ce monde terrien, rompre d'avec cette vie qu’il commençait à aimer et, qui, peut-être, le rend(r)ait heureux. Ce qu’il voulait, lui, à ce moment là, cédant au mal, c’était se retrouver lui, finir de trahir tout ce qu’il fut, toute cette folle vie, 

retrouver, il voulait retrouver le galop, l’extase de soi-même, ne rendant compte qu’à son bon plaisir, insoucieux de toutes les conséquences. La belle farandole des flammes le plaisir de la chair brûlée, enfin, sa patrie de feu, le domicile ne dit-on pas le foyer, un lieu chaleureux ?

 

 Il crie dans le chaos, crie assez des liens harassants je me débarrasse, il 

arrache de sa peau cet habit nouveau, ce costume bienséant pour retrouver sa combinaison de tueur, ses mains de tueur, sa vie à lui même compromise presque jusqu’au bout.

Désormais toute place à la brutalité, il s’agit de rendre au monde sa couleur première, la seule vraie, tout bien réfléchi. Le pigment cruel. Que tout redevienne comme aux premiers temps barbares, des cimeterres, des peaux de bête, du roi singe ounga-ounga le langage devenu onomatopée crève tympans. 

 

Majin Vegeta jubile, il tire sur la foule de grosses boules d’énergie pour ne pas pouvoir revenir en arrière, pour commettre cet acte définitif, ce pacte, finalement avec lui-même, s’engageant sans plus pouvoir se dédire, de sa nouvelle vocation d’incendiaire. Il tire sur la foule avant toute discussion parce qu’ainsi irrémédiable et authentique, cet engagement ne pourra plus être annulé. Il promet et se condamne. 

 

San Goku, son adversaire, ami et héros de la série, tente de le raisonner convaincu que Vegeta ne peut pas vouloir ce que Majin Vegeta fait. Il se trompe, Vegeta a toujours été Majin Vegeta, par accident, erreur, tentative, il mit en retrait cette part de lui qui, en vérité était lui-même, lui confisqua la parole, à ce vrai lui, ne l’exprima plus qu’en une vague mauvaise humeur qu’on croyait le résidu inexpugnable du mal heureusement disparu tandis que, non, cette mauvaise humeur était le coeur palpitant et bien vivant de cette ancienne violence, son expression la preuve de sa bonne santé, couvée dans le plasma chaud des habitudes et qui n’attend que la catastrophe pour percer la tiédeur. Là voilà. La catastrophe, faite place à la haine sans fin.

 

il dit quand il s'extasie combien il jubile de la destruction qui peut comprendre
que qui aima un jour le feu en garde l'hypnotique 
désir tout le reste de sa vie il dit la joie le feu de joie
quand le monde devient bûcher
buffet des horreurs
alors tout brûle
comme du papier

S’abandonner, enfin, à ses pulsions les plus pures. Demander pardon, pardon à soi-même, cette compromission ancienne, ce crime commis contre soi-même, par lâcheté, peur ou amour, pardon ma pauvre vie, se dit Vegeta, pardon ce suicide presqu’accompli de la seule chose précieuse en ce monde. Alors, Vegeta admire en riant la foule éventrée par son beau coeur coeur, son beau sang noir, le sombre héritage, Majin Vegeta redevient prince et moi avec lui. 

 

C'est amusant, à peu de choses près, Majin ressemble à Najib. 

 

 

 

26 mars 2023

Pistoleros

Un matin tu te réveilles, tu es dans un roman picaresque, la nuit tu l’as passée dans une auberge reculée, pour reposer ta monture fatiguée - ton propre cadavre. Tu te lèves sans rien, sans fatigue, d’abord, sans argent, sans vêtements, sans amis, dépossédé, les aubergistes durant la nuit, te prirent tous tes biens, ta rose de personne, la capitale de ta douleur, les herbes sèches, ramassées toute la vie, l’herbier, tout sauf ta vie. 

Ta vie nue. 

 

Alors, tout perdu, dans ce coin reculé, au milieu de jamais, sans retour possible à la vie couverte de soie, sans chemin, goudronné ou vicinal, au monde, tu serres ton poing, l’arme la plus pure, la plus simple, le premier cracheur de feu, avant le silex taillé, avant les pierres des frondes, le poing couvert de la soie écarlate.

 

Tu couvres ta vie nue, fermée, ronde, du sang caillé, élaboré. 

 

Tu n’as plus rien à perdre alors tu te permets tout, tu t’es tout permis. 

Maintenant tu attends, sur un rocher saillant, tu as passé la journée à bêcher, le soleil t’a veillé toute la journée pour que ta besogne s’accomplisse en pleine lumière, tu remarques seulement l’herbe jaunie, il a fait très chaud dans l’été romanesque, au sud de la littérature, tu attends le diable, la mort ou les gendarmes. Les mains rouges comme le canon d’un fusil. Les mains toutes chaudes comme une baïonnette.  

24 avril 2017

Ecriture Blanche - Flaubert

p.p1 {margin: 0.0px 0.0px 0.0px 0.0px; text-align: center; line-height: 37.0px; font: 29.5px Times; color: #222222; -webkit-text-stroke: #222222; background-color: #ffffff; min-height: 35.0px} p.p2 {margin: 0.0px 0.0px 7.0px 0.0px; text-align: justify; text-indent: 28.0px; line-height: 16.0px; font: 14.0px Helvetica; color: #fefefe; -webkit-text-stroke: #fefefe; background-color: #ffffff} span.s1 {font-kerning: none} span.s2 {font-kerning: none; color: #222222; -webkit-text-stroke: 0px #222222} span.s3 {font-kerning: none; color: #feffff; -webkit-text-stroke: 0px #feffff}

 

nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

— Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.

Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là le genre.

Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manœuvre ou qu’il n’eût osé s’y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.

28 novembre 2025

S.

Safia parvient parfois, pour quelque période, à retrouver la raison. La dernière fois le 5 mai, elle se souvient précisément de la date parce que pour la première fois, depuis deux ans au moins, un garçon, elle oublie son nom, plaça sa main dans sa main et la serra, la serra tendrement, fortement, la serra si vraiment - dans une faute de français, de tendresse - qu’il lui transmettait par vagues, par jet de pierres, un chant d’amour, . D’amour elle fut sevrée, se crût sevrée, se dit alors que la folie s’étendit, complexe, rugueuse dans ce manque, que la folie qui voisinait si souvent avec l’amour, l’amour fou, s’insinua toute entière en elle, pour combler d’abord une absence, pour éviter la trop folle attente des êtres aimés. Folie consolante, joyeuse, puis, la folie, toute folle de son appétit nouveau, ne sut s’empêcher, sans conscience, folle de la folie affamée elle prît la place de l’amour, cet espace réservé, voisin d’elle-même, qui forme la part amère du couple. La folie s’engoufra dans toutes les cavités, au lieu de l’espoir ou des choses encore nommées qui ne trouveront jamais ni nom ni fonction. La voilà ce 5 mai, à moins une minute de la main, toute frissonnante.

Vînt Le 5 mai, quand la main la saisit, la main, celle du garçon , définitivement elle ne parvient pas à retrouver le prénom, à la place elle conserve fraiche et sèche la sensation, qui absorba toute la folie, son humidité de jungle, de marécage, de bêtes rampantes, félines ou menaçantes. La main sèche, râpeuse du garçon, sans visage, sans nom, une main taillée dans un argile longtemps séché au soleil, craquelé. Une main pas agréable pour un sou qui la soulagea de tout son mal. Safia se trouvait une raison. 

24 août 2025

Bellegueule - dernier crachat

Brouillon vers début 2025

 

L’heureuse chose le verbe déployé dans son incessant basculement, pourquoi ici la naturelle volonté d’y adjoindre le mouvement sexuel ou répugnant qui habite peu mon désir ou ma façon d’être en dehors du pur discours, de m’orienter moi dans le verbe sexuel, vil, gluant toujours avec à la main une fictive badine en bois rose et à pommeau d’argent — que j’aimerais porter à la main ce bâton fabuleux en tirets cadratins. Par là, nul espoir ni même envie de choquer, pas de croyance en ce que cette façon de dire, ce faire, de la bouche les lèvres léchées, provoquerait un scandale dans la tête abolie des gens. Est-ce que par là, le langage, analogue à celui de Francis Ponge, se déplace, en dehors, bien loin, de sa fausse vibration ? Savoir, pour moi, se révèle impossible, ces mots me débordent, proviennent d’autre chose que du refoulé, de l’inconscient, ils opèrent comme un étrange mécanisme, qui s’observe du dehors, moi, en dehors de moi, voyant, ivre, piégé, expulsé sans tout à fait abandonner les lieux, moi sans titre, sans corps, sans terre.
S’il faut parler alors, l’exclamation toujours s’avérera sexuelle, spermatologue, collante, impossible à détacher ni à gratter, mes ongles à moi n’y changent rien, ça colle.
Plus jeune, parce que ma langue se trouvait à mes yeux sages, petite-bourgeoise — c’est à dire d’un prolétaire en révolte contre son milieu d’origine, montrant la patte propre, ouaf-ouafant — à mon écriture se mêlait tout le séminal possible, la nudité crue, les va-et-vient, sans oublier aucun des objets de la sexualité et disant ceci il faut se rendre compte qu’en réalité s’omettait les vrais (ici nous voulons dire « véritables ») de la sexualité, aucune fois n’apparaissaient les mots gode godemichets cage de chasteté (aurait pu mais trop ignorant ils n’appartenaient pas à mon lexique ce qui dit beaucoup), plug anal ou plug tout court, poppers. Il y avait exclusivement du génital sans employer le mot génital trop laid à mes yeux (jadis et aujourd’hui pareil).
Alors quoi ? Quoi ?
Mon désir aujourd’hui de ce tremblement dans le langage de cette terminologie sexuelle où plug, gode etc se révèlent (peu, moins que d’autres plus ordinaires) s’avère-t-il l’héritier frustré, le puiné refusant d’entrer dans les ordres, lui sans terre aussi, s’armant à la conquête d’un océan ou d’une mer ?
Pourquoi ? Pourquoi sachant, voyant, qu’il s’agit seulement d’une autre façon, 

de nature semblable à la précédente, de dire le monde.

Loin, si loin, de Genet qui martyrisait la langue quand son emploi judiciaire tuait lui et les siens, lui, qui faisait des crachats adressés aux pédés des roses. D’un temps si lointain, lui, d’un risque plus grand, il se déhanchait comme il désirait voir les jeunes hommes eux aussi se déhancher pour bander. Voilà tout le problème, ma langue ne mouille pas, au mieux, elle bave comme bave le bas obsédé ou le trépané. 

 

Je n’aime pas Edouard Louis qui déplore chez Genet ces roses provenues des crachats homophobes, parce que croit-il, il importe davantage de clouer le bec, faire fermer la gueule infâme. Edouard Louis fait de la politique, que de la politique quand Genet élevait par la poésie. Oh, le poème ne sauve que quand tout est perdu, bien entendu, et mieux vaut cent fois aucun meurtre que changer la lame assassine en le délicieux fouet des perversions. Oui, oui bien sûr et autant qu’il le voudra. Ceci, pourtant, ne comprend rien à Jean Genet qui lui aussi clouait le bec, fermait la gueule. 

13 juin 2025

Les textes de dix minutes et deux verres de Campari - Jeanne à côté danse.

Juge ce texte sévèrement en considérant que je l'ai écrit snas le relire en dix minutes. Pour autant n'excuse pas sa qualité par la durée de sa production. Tiens en juste compte en l'évaluant. Il ne s'agit pas de me roast mais bien de l'apprécier en poétique, en style et en sens. 

L’heureuse chose le verbe déployé dans son incessant basculement, pourquoi ici la naturelle volonté d’y adjoindre le mouvement sexuel ou répugnant qui habite peu mon désir ou ma façon d’être en dehors du pur discours, de m’orienter moi dans le verbe sexuel, vil, gluant toujours avec à la main une fictive badine en bois rose et à pommeau d’argent — que j’aimerais porter à la main ce bâton fabuleux en tirets cadratins. Par là, nul espoir ni même envie de choquer, pas de croyance en ce que cette façon de dire, ce faire, de la bouche les lèvres léchées, provoquerait un scandale dans la tête abolie des gens. Est-ce que par là, le langage, analogue à celui de Francis Ponge, se déplace, en dehors, bien loin, de sa fausse vibration ? Savoir, pour moi, se révèle impossible, ces mots me débordent, proviennent d’autre chose que du refoulé, de l’inconscient, ils opèrent comme un étrange mécanisme, qui s’observe du dehors, moi, en dehors de moi, voyant, ivre, piégé, expulsé sans tout à fait abandonner les lieux, moi sans titre, sans corps, sans terre. 
S’il faut parler alors, l’exclamation toujours s’avérera sexuelle, spermatologue, collante, impossible à détacher ni à gratter, mes ongles à moi n’y changent rien, ça colle. 
Plus jeune, parce que ma langue se trouvait à mes yeux sages, petite-bourgeoise — c’est à dire d’un prolétaire en révolte contre son milieu d’origine, montrant la patte propre, ouaf-ouafant — à mon écriture se mêlait tout le séminal possible, la nudité crue, les va-et-vient, sans oublier aucun des objets de la sexualité et disant ceci il faut se rendre compte qu’en réalité s’ommettait les vrais (ici nous voulons dire « véritables ») de la sexualité, aucune fois n’apparaissaient les mots gode godemichets cage de chasteté (aurait pu mais trop ignorant il n’appartenait pas à mon lexique ce qui dit beaucoup), plug anal ou plug tout court, poppers. Il y avait exclusivement du génital sans employer le mot génital trop laid à mes yeux (jadis et aujourd’hui pareil). 
Alors quoi ? Quoi ? 
Mon désir aujourd’hui de ce tremblement dans le langage de cette terminololgie seuxelle où plug, gode etc se révèlent (peu, moins que d’autres plus ordinaires) s’avère-t-il l’héritier frustré, le puiné refusant d’entrer dans les ordres, lui sans terre aussi, s’armant à la conquête d’un océan ou d’une mer ? 
Pourquoi ? Pourquoi sachant, voyant, qu’il s’agit seulement d’une autre façon petite-bourgeoise de manier le langage. 
Loin, si loin, de Genet qui martyrisait la langue quand son emploi judiciaire tuait lui et les siens, lui, qui faisait des crachats adressés aux pds des roses. D’un temps si lointain, lui, d’un risque plus grand, il se déhanchait comme il désirait voir les jeunes hommes eux aussi se déhancher pour bander. Voilà tout le problème, ma langue ne mouille pas, au mieux, elle bave comme bave le bas obsédé ou le trépané. 

28 mai 2025

Toledo - avril ?

(avril 2025 ?)

 

Si seulement tu crevais 

au lieu de moi que ce soit dans la poitrine de quiconque 

ton coeur à toi qui se décrochait

qui le coeur devient une boule de poils

scratchés sur le sternum ou quelque os

mieux professionnellement appelé

suspendus à force de la gravité les trous noirs bileux

qui absorbent la lumière restituée en battements nerveux. 

 

Lorsque je lis, chez Camille de Toledo, la trouvaille de la dépouille de son frère, entre les mains tremblantes de sa mère et de son père, décroché à l’instant, par qui, je l’ignore, de la corde qui le pendît, je pense aussitôt à moi ma mort, l’envie, brutale jadis, de me jeter sous les essieux du train. Il y a, dans ce corps intact parce que pendu, la possibilité du deuil, le support, avant celui de la tombe et de la concession funéraire. 


Je crois que c’était là ma pire crainte d’empêcher le deuil de prendre appui, d’abord sur le cadavre réel. Parce que l’on ne peut pas rendre figure humaine, celle proposant le dernier au revoir. Je me demande comment change la qualité du deuil et, pour me renseigner, afin de ne pas tâtonner comme jadis - mais se produit de ce tatônnement un état de la connaissance puisque nous prélevons des informations que nous n’aurions pas trouvé autrement - je demande à chatgpt de m’instruire des conséquences d’un corps méconnaissable. Comme je le suppose il existe, de façon distendue, sans que ce ne soit un objet constitué de la recherche universitaire, une sociologie du deuil. 


Avant, tout, j’apprends qu’il existe des obligations légales quant à la présentation de la dépouille - nous trouvons toujours des informations périphériques y compris en utilisant chatgpt - et lorsque celle-ci est méconnaissable le code Code général des collectivités territoriales en France, art. R.2213-33 et suivants (je ne vérifie pas la véracité de l’information ni si les articles ou le code visés traitent réellement de ces termes) le procureur ordonne une présentation scellée. Et voilà que la vie perdue voit aussi la mort volée que le pouvoir sous une quelconque de ses émanations décide de ce qui peut être vu ou soustrait au regard, de ce qui se montrera ou de ce qui sera dissimulé, de façon forcée, prisonnier du cercueil.
Le droit ici ne dit rien de la vérité du deuil, de ce que le deuil réclame, de ce que la mort pour passer, pour se rétrécir jusqu’à une taille digeste, qui ne se coince plus dans la gorge comme une grosse pierre effilée. Le droit est tout à fait impuissant, il agit là comme un garant de bonne morale, comme un parent autoritaire décrétant, fort, probablement, d’une longue expérience, de quelques études sur le sujet mais qui ces études ne disent rien des singularités, de la diversité de ces dépouilles méconnaissables.Puise méconnaissable ou pas je peux moi sentir le pourrissement 

puis celui-ci seulement qui connût vivant l’enfer 

peut-être dois-je voir de mon père incestueux

de ma mère violente

le corps putrescent pour me garantir que pour toujours et à jamais

il ne ressortira pas de son amas grossier

qu’intérieurement ou pour de vrai devant cette bouillie macabre 

je puisse pousser mon hululement sauvage une bête libre

Pourquoi ces raisons conduisent-elles à me priver de la vue

comme du temps des cosaques

pour me l’approcher des yeux

poser les yeux sur le cimeterre chauffé

agir en eclipse

me priver pour toujours de la vue

et encore

encore

je veux pouvoir sentir s’exhaler du cercueil 

du coffre en verre ou quel nom donne-t-on 

à ces réceptacles attendant l’ultime geste du rite funéraire

l’inhumation ou la crémation 

l’odeur 

la sainte odeur de la chair passée

mauvaise viande source de mes maux

te voilà bien avariée 

laissez moi donner et demandant ceci à chatgpt il me répond avec son brio usuel 

que la dignité du mort prime sur tout 

et le résume en cette formule que je trouve parfaite

le droit protège aussi le corps du monstre. 

25 avril 2025

Jesutérus.

Baise approximative 

aux détails suspendus

dehors il ne grêlait plus

jamais plus il ne grêla ainsi

c’était le dernier mois de mars que je vécus arrosé de 

ces grosses pierres de givre.
Zeus aux éclairs en grève

changeant d’armes 

basculant pugiliste 

ou frondeur

ou ressemblant depuis l’Olympe à ces singes étudiés par G. au cours de 

ses études ethnographiques d’Ouganda

jetant ustensiles merdes

que oui ces blocs de glace sont la merde solide

d’un repas pris sur l’Olympe

et Zeus un babouin 

comme tous les dieux difformités du monde animal 

à l’exception du Christ difformité déviante d’un utérus qui prît son indépendance

qu’on appela par souci de ne pas déranger l’ordre humain

des traditionnels filiations 

le besoin de han-han-han jusqu’à jouir jouir jouir seul ou à deux selon 

l’état actuel

la mesure

la quantité 

mesurée par le compteur Geiger

des radiations masculines

18 avril 2025

L'homme qui tomba amoureux de la lune

Ca pense

quelque chose en moi pense

Dans l’homme qui tomba amoureux de la lune

Le personnage, un indien métis, cause du bouge-bouge

à la fois fluide-sperme et acte sexuel

précieux à retenir dans son mouvement

son économie et son expulsion 

la vie s’achève quand s’assèche le bouge-bouge

dont ne dispose pas il s’en rend compte quand Princesse

son étalon - qui aussi le nom de sa mère - meurt d’une balle tirée

par Charles Smith indien renégat, pédé refoulé dont toute la contradiction

explosa dans la dispersion mortelle et péruvélente de la chevrotine

le cheval n’avait pas le bouge-bouge

s’aperçoit-il le cheval dans son périr le front transpercé de cette absence. 

ou meurt-il le cheval déjà-avant de ce manque là

ne réalisant la carcasse refroidissant à toute vitesse 

qu’à ce moment là qu’il était-fut déjà mort

le bouge-bouge que son père lui apprend à retenir

jouit sans éjaculer

quand il encule son père

ambigü

comme toutes les choses ambigües dans cette Amérique occupée

de 1894 son père qui ignore qu’il baise son fils

se fait baiser par son pédé de fils

bardache

et les femmes ? Si Princesse équivaut de quelque manière que ce soit à sa mère, son analogie animale et totémique comme chez les indiens - shoshones ou quelque autre tribu Cree - qui se trouvent sur Terre comme des êtres dépareillés, hantés ou, à cause du hululement massacreur de l’Américain le tybo, dé-s-hanté - dés(ench)antés, donc perdus, vidés - est ce le manque encore du bouge-bouge cette fin du fantôme, l’ancêtre et toute la collection du passé trucidé ?
Chez moi qu’est-ce que le bouge-bouge

du ça pense

est-ce le liquide céphalo rachidien dans lequel baigne mon cerveau

si je remue la tête de droite à gauche de haut en bas et dans tous les sens

pour tenter de faire sortir du bécher de ma tête ainsi agitée un nouveau savoir, provoquer par là une réaction chimique d’où aboutirait un nouveau-enfin je. 

Parce qu’il ne me reste à moi dans ce pays-ci que le plus étroit matérialisme, celui, la limite de mon corps

une frontière barbelée puisqu’aucune guerre n’annexera jamais aucun corps

ni même n’en éliminera ni même en les dissolvant dans l’acide en les brûlant dans des fournaises gigantesques

même l’enfer ne suffit pas à effacer un homme.

 

qu’est ce que le bouge-bouge-bouge transmis dans l’utérus plein à raz-bord dans un nouveau-né, Cabane ou - un autre nom retenu qu’il ne dévoile pas de peur que le diable le connaissant le dévorasse - sa soeur jumelle la foudroyée dès la naissance parce qu’il bût lui tout l’oxygène autour de la mère et que la jumelle se flétrit qu’advient-il du bouge-bouge quand un enfant-né une sculpture de sperme-bouge-bouge comme une statue de cire…ah les indiens engendrent Madame Tussaud

 

ma biologie étudiée même au microcosme ou aux rayons X la coloscopie le tube qui remonte par le trou du cul pour explorer ne trouve ici que des organes les mêmes partout plus ou moins aucun double-fond qu’un sorcier, l’homme médecine, ne dévoilerait, révélant ici par la danse ou les paupières closes du typhus qui apparaît enfin, mon animal en moi 

sa technique du sacré 

il aspire dans le dernier souffle de sa civilisation 

la douille fatale

qui percuta ses enfants

devenus aux noms officiels

aux titres de propriétés

tout renoncement

de leurs ancêtres baptismaux

leurs noms faux liés au monde alentour

Sitting Bull 

Big Foot 

tous alcooliques devenus

s’appellerait Cannettes de Bière

bouteille de Whisky

la fin du monde

qu'il est drôle pour moi de revenir ici écrire

habité par ce livre Cabane violé par Billy Blizzard

et moi qui ne connaît l'auteur 

que parce que ma violeuse me le fit découvrir. 

16 avril 2025

Stances à une voleuse

Pour la première fois, cette nuit, je voulais m’endormir sans écouter aucune émission radiophonique pour me laisser aller à mes pensées comme je le faisais, plus jeune homme. Ma poésie provenait de cette mise en mouvement nocturne, dans cet échafaud somnambule où mon écriture se découpait en morceaux.
Dès lors que ma violeuse entra dans ma vie, je perdis ce pouvoir ombrageux, ce monde où la lumière n’entrait que rude et tourmenteuse.
Elle assommait tout, d’ailleurs, de ce qui de moi faisait la particularité, cet accès brutal au réel, elle contribua à m’en détourner. 

 

moi qui me sentis crever sans raison lundi 8 avril à minuit l’arrivée en trombe des pompiers l’ECG anormal tandis qu’à minuit j’écrivais sur l’ordinateur un verre de london mule à la main sans abus de moi à moi même la sensation du coeur qui s’effondre sur lui-même une masse de sang et de muscle tuméfié la rouge pâleur au visage sentir toutes les veines du cou tressaillir parce que le sang perd son sens de l’orientation les yeux exorbités mon dieu je vais mourir dans la douleur. Les pompiers me transportent la nuit à toute vitesse parce que mon dieu je défaille l’infarctus mon dieu et sans encore l’exercice de ma vengeance qui est aussi la justice. 


Oh, la violeuse n’agissait pas elle comme l’acide ou le cyanure flamboyant, c’était de l’eau - eau usée régurgitée - qui s’infiltra en moi pour pourrir les os, la pensée et m’interdire. Si je dois repenser à ma violeuse je repense beaucoup à ceci, ces jalons et barrières qu’elle érigea autour de moi, ce scandale aux yeux que je portais et que je remplaçai au fur et à mesure de son contact par un peu de sexe anonyme, un léger fard aux yeux, moi devenu à petites touches…
Je compensais, c’est à dire que je me niais en me niaisant. 

Ma vie avec elle, au-delà de ces années répétées de mes doigts salis ou ma langue putréfiée - ses horribles baisers son sexe puant - s’éroda.
Souvent, lors de nos disputes, je le lui hurlais

tu m’as volé ma vie. 

un lacanien ici rirait beaucoup 

méchant immoral 

trouvant que le i manquant, majuscule ou pas, dans son triomphe érectile

signifiait déjà beaucoup en ce temps là d’une timide retenue

le i dressé droit l’espace entre la barre et le point 

séminal 

le point qui engendre, la ronde trace séchée d’un plaisir en moi absent 

d’une dureté manquante tout autant

voleuse

heureusement, il y eût en ces temps là ces amantes aux corps souples et minces. 

V. après avoir obtenu de son viol réparation et punition après que je lui raconte ma violeuse en les termes les plus retenus possibles, c’est à dire la citation exacte des termes qui aujourd’hui font entrer les actes dans la catégorie d’elle violeuse et moi victime : 

si on ne couche pas ensemble je me trouve moche

me dit que je dois porter plainte que je dois faire instruire ce cas

ajoute je pensais que c’était une petite fille modèle

moi les mains dans la merde des chiottes récurées le brouillard de la sertraline il faut encore se traîner comme

c’est la femme aux temps anciens d’Einstein

ou Sophie Tolstoï les mains glacées et les doigts raides ramenant du puits l’eau fraiche pour son génie de mari

J’ignore si lui la violait comme la mienne me violait. 

Je sonderai cette nuit si je ne le redoute pas trop

son fantôme il existe une communauté sensible et secrète des victimes 

altérées, conduites épuisées aux puits

Il faudrait écrire encore et à nouveau

sur cette défense du fini

sur son je suis une femme

qui suffirait comme déterminant à s’exciper de tout

puisque 

je suis une femme

j’ai le droit d’avoir peur de changer d’avis puisque de cette qualité même

je ne puis faillir

quand ce femme

omet d’ajouter

bourgeoise 

qui perpétue bourgeoise toute une galaxie de gestes rudes impolis

or tu es une égoïste violeuse. 

2 avril 2025

Orbite

Je lis la production récente de poésie sans pouvoir m’empêcher d’éprouver à son endroit un certain dédain si je ne maîtrise pas, paresse et manque de talent mêlés, à leur mesure la mesure, j’y lis surtout la vanité d’un rien dire en rythme. Je repense à l’expérience lettriste qui se voulût rapport pur au son, au rythme, gardant de la poésie son objet de langage sans lui

Lorsque je m’essaie, moi, aux vers je ne parviens, voilà ma limite, qu’à en dissimuler le défaut sous la brièveté, si j’en allonge la foulée j’en tords la cheville, le boitillement apparaît, sans que le pas ne ralentisse. Ainsi je vais, fredonnant, obstiné, corps blessé des longs membres, aux vers obsédés. 

 

Je repense ici à Beckett à Molloy et Malone eux aussi aux corps meurtris se mouvant toujours en avant indifférent aux cisailles le monde que je vois comme un travail d’usine les gestes mécaniques à force de se répéter charclent nous vivons à distance de nous-mêmes comme le tourneur fraiseur dans la machine nous perdons un membre, dans notre cas, des organes, de la mémoire, prisonniers des machines, le temps qui ne s’arrête. Pas. 


Puis, je lis ces gens sans qu’aucun ne puisse se proclamer Shakespeare, Sophocle, Racine ou Rimbaud, sans qu’aucun ne puisse se dire ni Louise Labée ni Marceline Desbordes-Valmore et pas Monique Wittig je vois passer une cargaison de bêtes de traits mastiquant ces bestiaux l’herbe jaunie, pour rendre le lait identique à celui du sein stérile de la mère affamée, une noire toute livide qui enfonce sa maigreur dans le visage sans vie d’un enfant. Pas le sien. 

Ceux là, sans au-delà de la langue, piètre musique dépourvue du silence qui l’annonce et de l’après où se déploie la mémoire.
Or longtemps, il s’est agi pour moi, dans l’écriture, d’ensevelir le présent, peu soucieux du matériau employé, j’ai tiré des décombres ce que je trouvais, pierres de cimetière et l’acier tordu tiré du béton armé.

 

La morne plaine d’herbes un peu folles et ravies entre elles de se trouver dans la même étendue. Brins contre brins, distinctes simplement de longueur ou d’épaisseur.


Cette poésie me révulse. Rien ne se passe dépasse seul . Quoi qu’amoureux des interstices, ex-voyant revenu de son pouvoir obscur, je n’aime pas, en poésie, ces façons faméliques d’êtres. Le fantôme oui-peut-être, le cadavérique non-jamais. 

 

Et

le miraculeux

Et

dont je cherche, le sachant, en théâtre nommé béquille, son appellation en pragmatique linguistique

dont j’apprends sidéré 

qu’on dit 

tic

qu’il s’agit déjà d’une mauvaise habitude 

comme papa qui hurlait sur mon frère lorsqu’il s’amusait à loucher redoutant mon père de voir Yannis conserver à vie cette mauvaise habitude du coup la lui arracha avec succès

eusse-été si grave…

les bombes peut être se seraient tues déjà 

si Yannis louchait aujourd’hui 

Nous ne saurons pas.
Davantage de poésie

dans son oeil vert - parsemé de bâtonnets jaunes comme du soleil 

jouant dans l’orbite

à l’infini

2 avril 2025

Domotique

(mi 2024)

Toi tu y crois à la révolution, tu te le fais croire en tout cas jusqu’au jour où…c’est même pas le premier mort, le premier autre projeté autrement-ailleurs. Tu redouteras autre chose, c’est au futur sûrement, temps de l’hypothèse, qu’aujourd’hui d’une oeillade tu te permets de chasser. 


Tu redoutes la pluie, le campement de fortune, la lanière de ton fusil d’assaut qui cisaille ton épaule. L’obstacle à la révolution c’est ton corps-confort, confort, les saisons, la météo, le climat tout ça, par rapport à la lutte des classes, jamais vraiment sérieusement ça ne t’importa pourtant, là, tu sens bien, physiquement le climat, le climat bien plus que la météo, parce que…tu te souviens tes lectures sur la vie des révoltés, l’odeur de purin dégagée à en devenir cinglé.

Dormir avec les autres…les baraquements, deux planches pour lit, le matelas…ce qu’on trouve et trouvera. La promiscuité pour toustes. Tu refuses de te mettre nu, mon garçon, ton corps à nouveau te fait honte comme un adolescent pas fini, trop gros, trop gras ou trop maigre les os saillants ou le ventre gonflé reviennent au même, équivalences honteuses du corps.


Tu repousses au loin la révolution, tu freines même un peu, si tu te devais à toi-même la vérité, son avènement parce que dehors la température ressentie s’élève à - 4 degrés Celsius et que chez toi tu pousses sur 7 le thermostat de ton radiateur électrique, tu sens les vagues de chaleur dans l’appartement, elles te rendent heureux comme un bohémien avec une femme. 


Pourquoi t’imagines-tu sur ton canapé, près de ton radiateur qui cliquette parce que le métal se déforme sous la chaleur. Ce bruit t’insupportait, tu quittais nu le lit pour tourner la molette, augmenter à fond sa température parce qu’ainsi.
Si tu entendais dans cette langueur les haro de la révolution, tu fermerais tes fenêtres à double vitrage en espérant que ça passe, tu fermes les yeux, ce futur t’apparaît, tu éprouves un soulagement immense en voyant réfléchi dans l’embrasure des volets un scintillement bleu, tu entrouvres la fenêtre la sirène t’apaise, les gestes que tu trouves élégant maintenant, ces prises martiales, le serflex noir noué bijou fringant aux poignets de tes…camarades. Les voilà bien parés du bracelet anarchiste, ah.

La révolution, tu la laisses en héritage aux générations futures, tu sèmes par ton inaptitude de grandes graines de révolte, voilà ce que tu peux te dire au moment de monter le chauffage d’encore un cran pour te glisser nu dans le lit queen-size, déjà que tu trouves étroit, comme s’il se rétrécissait à l’idée de la révolution, qu’elle, la révolution, s’y glissait misérable engelure, au cortège crasseux. Tu veux les chasser, les révolutionnaires en pensées, de ton matelas 160x200, tu te réveilles en sursaut, suant, un cauchemar, tu te trouvais appelé sous des frusques pour drapeaux…et tu ne cauchemardais que du chauffage trop puissamment allumé. Tu penses, plus tard, bientôt, à installer une sonde à celui-ci pour le diriger directement depuis ton smartphone, entrer de plain-pied dans la révolution domotique. Ah…
 

23 mars 2025

Sainte Therese

Les gestes recommencent à peu ou mal m’appartenir, je me faufile dans moi-même comme dans l’appartement avec ses obstacles augmentés dès lors que nous sommes plus de quatre. Je m’installe, pour le déjeuner, au café dalloyau pour profiter d’un peu de lumière tout en me préservant du froid des bancs publics que, depuis des années et des années, j’affectionne pour la tranquillité qu’ils offrent, l’agrément de leur distribution le long des avenues ou des rues aux trottoirs larges.
Je m’encombre moi-même de moi-même, mon manque de muscles alourdit chacun de mes gestes, j’agis, saccadé et maladroit, trébuchant partout, y compris contre l’air où d’autres invisibles entraves s’étendent ; le monde se tisse maintenant de pièges muets, je me rattrape de justesse, me rattrape à moi-même, les lanières de mes sacs s’enroulent comme des boas autour de mes membres et il me faut un grand effort pour me défaire de leur étreinte.


Lorsque mon corps me dérange de la sorte, ma parole se fait toute pareille, elle sort lente et en grumeaux (grumeaux, je me dis, si Jeanne lisait ce texte elle y découvrirait avec horreur ce mot, certains mots lui semblent antinomiques avec l’écriture) de ma bouche, je préfère éviter toute forme de conflits ou même d’interactions y compris les plus simples.
Hier, je me trouvais, par manque de sommeil et trop longue journée de travail, dans un état similaire, nous nous disputions, de pas grand chose avec Jeanne, une de ces disputes due à la fatigue et à de mauvaises habitudes prises et je ne parvenais pas à m’exprimer, à former ma pensée de façon convenable ni à me défendre très vaillamment. Pourtant, tous deux, nous tînmes bon, aujourd’hui, après cette année d’une difficulté inouïe, nous tinrent, dans cette horreur, en dépit de tout, nous sûmes nous rattraper et je crois qu’il importe plus, dans le déluge, de savoir sur le chavirement sauver sans cesse, chacun son tour, l’autre la noyade, que savoir naviguer assez bien pour s’épargner cyclones et folles marées, c’est que le déluge, lui, vient de forces toutes puissantes qu’aucune agilité n'évite.

je n’en peux plus de ceux-là portant avec leur veste et leur chemise des baskets y compris les Sneakers « Jordan 4 » ou peu importe que la valeur excède le prix des Church’s que je désire. Une détresse m’envahit lorsque les gens discutent « affaires ». Là j’entends une conversation d’un commerçant « épicerie et frais » qui reçoit, de la part de Monoprix ou de leur centrale d’achat, des produits à commercialiser et rapporte à son interlocuteur des problèmes de DLC. Il déplore de devoir surveiller sans cesse ses livraisons — tiens ici réflexe curieux de ma part, vouloir augmenter le son de la conversation comme s’il s’agissait d’un podcast — à cause de ces dates qui mettraient en péril son commerce puisqu’un client s’avisant d’une DLC dépassée ou tout juste échue se scandaliserait de ce qu’il supposerait sa mise en danger. Son interlocuteur observe qu’il bénéficie d’une « surmarque inconnue » l’inverse du « vol » catégorisé en « démarque inconnue » puisque son fournisseur ne lui facture pas ces produits qu’il peut pourtant revendre à plein tarif ou à -50% en cas d’urgence. Il se trouve devoir souffrir d’un travail supplémentaire de vigilance et d’étiquetage.
L’interlocuteur a ouvert « deux monoprix ». J’attends que le terme de « rationnalisation » et de « process » jaillisse. L’interlocuteur ne possède pas ces Monoprix, il souhaite recruter Monsieur DLC pour l’ouverture d’un carrefour à Gare du Nord, surface totale 700m2 dont 300m2 de surface commerciale (limite légale,c omme il le précise). Monsieur DLC gère actuellement le Monop’Daily de la gare Saint-Lazare et se plait dans cet
environnement par là entendre le calme, l’absence de la banlieue ou celle essentiellement policée de l’ouest parisien. L’interlocuteur essaie de le rassurer, il tient absolument à l’avoir, je souhaitais rester jusqu’à ce que la question de la rémunération se pose mais, avant son arrivée, dut-elle arriver, je dois retourner au travail. Vous devez travailler pour nous il dit, je ne me rappelle plus l’expression exacte, je vous forcerai bien. Je m’étonne des réticences de Monsieur Monop daily et m’étonne surtout de ce qu’il soit tellement désirable pour que l’autre, presque le supplie et je me demande si la supplique se traduit en euros.

J’aime ici, dans ce café Dalloyau (expresso à 3 euros) le traitement discret du service, le bienvenue enjoué des serveurs, deux autour du comptoir qui me prient de m’installer. La facilité d’enchaîner, ici, nos gestes aux gestes suivants, à ne se sentir pas ou peu interrompu dans notre continuité sensible.

Ecrire, retrouver ceci, écrire.

Les endroits, la fourmi excepté à cause de son campari à prix néant, sans chic m’horrifient. Avec Léah, après notre verre au rendez-vous des artistes, nous devions assister à un choeur de pleureuses que je manquai, devant satisfaire à mon besoin de traîner, de découper l’existence en séquences distinctes, c’est à dire remonter chez moi pour me verser un verre d’alcool fort et son mixer — je dis mixer comme crâneur au lieu de dire mot abhorré qui rappelle , avant de reprendre la route, de me renouer. Puis, nous devions nous rejoindre dans un bar, près de château rouge, au nom enchanteur dont je ne me souviens guère et que je n’aimais pas. Le Gin-Tonic à 6 euros ne me consola pas, il me faisait me souvenir, le verre dans lequel il était servi, ceux qui ressemblent à des tubes dans lesquels tombent un mélangeur en plastique, de ce long-island bu avec Jeanne, dans un bar-tabac d’Etretat ou de Trouville, je ne me souviens pas avec certitude.
Ces lieux, en dernier terme, m’horrifient autant que m’horrifient leurs semblables, plus laids encore de hipsters, ces zombies cafés où parfois nous pouvons nous délecter de boissons chaudes et bonnes et haïssables pourtant parce que chères et fausses.

Rien ne dure
Dieu seul demeure

23 mars 2025

1513 mots

hier - écrivant hier, je dis autre chose puisque la temporalité d’un début de texte ne se confond pas avec son achèvement. Hier, signifie point de départ de mon écriture, repère temporel déjà évacué — texte du deux août — dont la reprise, encore, le fil permanent de la reprise, ces hachures de sens, le 10 février 2025 pour ne rien dire de ce souvenir d’alors - vendredi 14 mars 2025.
samedi  23 mars.

Depuis, depuis eh bien une pluie, fade ou froide, Jeanne ici, déjà, dans le même temps, se posant sur le seuil, les dents claquent, le roulis des valises, l’installation du monte-meuble. Un jour, si je devais partir une semaine, peut-être retrouver vide. Comme moi, vide, l’appartement, celui où passent et ressassent tant d’êtres.

hier (quand, 2024 déjà) - « jour de tombée » d’un texte remis à la revue québecoise estuaire.

Premier texte poétique écrit depuis bien longtemps, distant du quotidien, échappé du journal.
Ici, le quotidien, trop souvent, remuait la plainte et la protestation. Lieu où la colère sert de prières, agenouillé, moi-même, contre le bois vermoulu d’une pauvre rage, une rage misérable, mendiante de son enfer pour en jeter sur ces avares des gerbes. Mais ceux-là méritent un feu moins digne, des diables moins élevés.
A l’Eglise Saint-Nicolas, les croyants, se préparant à la haine du prochain, s’infligent et s’affligent, leur peau meurtrie les arme. Ils se préparent dans le diable.
Concentrant, contre leurs os, jeunes ou vieux, une souffrance à restituer. Les échardes du bois consacré rivalisent en terreur avec les embarcations maudites de ceux, exilés, qui de l’horrible voyage ne repartiront pas entier, ce peuple de marée qui se cherche un rebord, cet assemblage d’au-secours tanné. Copeaux humains, glacés, pauvres et noyés. Haïs et malades.

Passion à la hauteur de leurs émotions : petite, feinte, spectacle pour les autres et pour eux-mêmes. Images à accumuler pour nourrir les fantasmes, ébats avec leur foi, leurs djiins amoureux comme les musulmans nomment la cause de leurs orgasmes nocturnes.
L’aveu de la peau somnambule, le désir…
Toute foi, pour se maintenir, détourne et rature. Dans la confession c’est le mal d’un autre qu’on avoue. 


Le péché appartient toujours au régime de l’in. In-visible, In-volontaire, In-conscient. Poésie retournée.

Je ne me souviens plus le qualificatif qu’employait Mehdi, pour qualifier ma prose, parce que, d’un texte écrit qui le concernait, mécontent, blessé ou vexé un peu des trois / chacun des trois, voulant rendre la blessure, le mécontentement ou la vexation.

 

Depuis je me souviens, le mot :
insipide.

Il visait à côté, puisque mon écriture, percluse de gromellement, n’est jamais fade. Le mot qu’il emploie, dont je refuse la mémoire, se trouvait à la jonction de fade et de pathétique. Il les agglomérait. Certains mots traits-d’union.
in-sipide. Lui, aussi, in.
l’in obvie
crée

débute

nie

renonce

ce in. 

tout

 


Mon écriture, ma prose ah…que de procès. Le abyrinthe de l’anacoluthe, où la phrase sans entrée, sans sortie, y largue le sens, débrouille toi ici avec ta faim et le faux espoir d’un dédale truqué.
S’échappe l’odeur de pourri d’un Minotaure écharpé, suicidé d’ennui.

Le sens se nourrit du cadavre de celui piégé avant lui
qu’on nomma criminel 

bête cornue

ancêtre de Satan

parce que lui aussi avant

relevait d’une maladresse de style

d’un écrivain insipide. 

Qu’un Mehdi d’alors

gravait sur la tablette de grès

à l’adresse d’un Sophocle

tes vers insipides

d’où le Minotaure 

aujourd’hui charogne 

bouffé jusqu’à la diarrhée 

par mon Philoctète

L’infirme gibois souffre assez de sa difformité que par pitié ne l’appelons cul de jatte. 


Aujourd’hui, je m’épargne les conflits, j’agrée, y compris auprès de proches, les propos qu’ils peuvent soutenir et que je désapprouve. Une grande indifférence, qui précède ou conclue la sagesse, me gagne. Malgré mon obsession de la mémoire — qui me sauve la vie — je supprime désormais tous les messages des conflits avant même de les lire.

Les trois-quarts d’une dispute relèvent d’un malentendu et, de ce qui reste, masse confuse de mauvaises raisons. Frustration des jadis, rancunes minuscules, refus de se trouver failli, je ne me coupe pas les ongles pour faire mal quand je la doigte écrivait étoile, mauvaise foi. Nous croyons, toujours à tort, que d’accueillir le reproche et l’accusation nous situerait inférieur comme si une partie essentielle de nous se trouvait dans notre innocence toute pure, toute propre. La vie, elle, se tient, c’est entendu depuis belle lurette, depuis la naissance dans la pisse de la mère qui nous expulse, la merde coulant hors du sphincter,  depuis Artaud et chez Mychkine, cette beauté, qui sauvera le monde un jour, sentira la merde.

Les inutiles raisonnements rencontrent de nouvelles objections, inutile fatigue…
Nous gâchons notre aptitude à ressentir d’un orgueil qui ne mène nulle part, ni à l’échafaud, ni au trône.
 
Notre existence mérite un autre exercice.

S’il nous fallait à tout prix, pour ne pas garder rancune de relations dont nous ne parvenons à faire cesser le lien, nous gagnerions à établir le dialogue auprès d’institutions dédiées, créées pour l’occasion, neutre au maximum et dont la neutralité ne cesserait de se bâtir au cours du dialogue.
Cette neutralité, peut, à tout moment faillir, le professionnel aussi bien formé fut-il ne peut tout à fait se départir de son humanité, c’est à dire ses inclinaisons et les ruses, involontaires mêmes, hypnotisent. Le boucher attendrissant de sa masse la viande morte peut ressentir pour le jarret une soudaine tendresse. 

Mettre à la surface, le refoulé qui, le plus douloureux, n’appartient pas aux souvenirs distordus dont la psychanalyse a fait sa chasse gardée, concerne les rapports entre individus, les frustrations, la valence différente que l’on attribue à des expériences vécues au même moment, ressenties différemment.
Le regard étranger nous redresse, maison de correction, nous pouvons nous faire face.

Je ne me souviens pas ma réaction psychique au message de Mehdi, à ce moment, j’ai immédiatement supprimé l’application Signal, sur laquelle je recevais ce message que, depuis, je n’ai pas réinstallée - réinstallée, maintenant, dont la seule interaction est avec une « Nancy » qui prétendait s’adresser à « Angela ». Habile arnaque, où, prétextant une fausse manipulation, une femme, à photo de profil affiché - charmante, sans obscénité - vous souhaite manipuler vraiment. Elle s’excuse de l’erreur mais, très habile, poursuit l’échange, se trouve vivre dans la même ville que vous but I just landed. Puis, dans le contact maintenu,n 

 

Mon passé lieu chéri, souvenirs précieux, détachés des émotions de leur survenue, de leur traitement objectif. Ils m’importent, souvenirs, de m’être propres, des extensions à la fois du je et des témoignages, de mon rapport à moi-même, d’une existence continue. Je peine souvent à me rattacher à mes anciennes expériences, me nouant peu et mal à ces anciens maillons parce que, liés les uns aux autres, ils forment une chaîne et toute chaîne entrave. Je mentais, auparavant, beaucoup, pour, au-delà des motifs habituels du mensonge (mise en valeur, excuses, prétextes, lâchetés) demeurer secret. Irréductible à quelque biographie, conservant mon être dans une ombre. Ombre qui, dehors de la vie, est aussi une coulisse, le refus de faire, en soi, de son propre corps déterminé, donc condamné, son entrée parce que celle-ci appelle quelque sortie, quelqu’engagement sérieux sur le devant de la scène…alors, rat courant sous l’estrade, soufflant à qui de passage, le souterrain appétit du rongeur…alors 

Souvent, plus tard, après que l’on me le reprocha beaucoup, j’y mis fin, au mensonge. Voilà le couperet, on y présente le mensonge, on actionne le mécanisme. Fini. Une autre vie débute. Ni plus réelle, ni moins fausse. Mieux dressée.

 

Les autres ne peuvent, comme souvent dans ce qu’ils jugent vice ou défaut, s’empêcher d’y ajouter la dimension morale et religieuse. 

Un devoir être qui n’appartient pas aux rapports entretenus avec les autres mais du rapport entretenu avec soi à qui nous devrions, sous cette forme, une tout à fait extrême fidélité, que mentir, se diverger, vaudrait se corrompre. Perdant, ici, la trace de notre identité, le pas alourdi dans la boue laissant de la botte mise de force les dix linéaments caractéristiques de la semelle.
Eux, surtout, réclament de nous constituer, sculpteurs participant à notre édification. Ce rejet ne se tolère pas, l’accès barré à l’atelier, voilà l’insupportable. Ah, l’ambition de ne savoir se contenter du musée ou de la photographie, l’ombre projetée et le secret tué.
Pour le mal, je ne requiers nul complice. Il faut dire la vérité parce que les conséquences du mensonge, au-delà des ravages au monde, détruiraient le soi, l’empêcheraient de se former, qu’en bref il constituerait un obstacle dirimant à l’être.

Quelle chose curieuse de se croire, soi-même, logeant, derrière la vérité, j’imagine alors un être, soi-même, l’inconscient ou quelque nom donné, marchant de long en large, les cent pas derrière le mensonge, mur ou rideau selon l’intensité de sa pratique, attendant qu’enfin la machine à broyer du monde en rasasse le mur ou la main fluette soulève le rideau. haha. La farce.

Jeanne et moi partageons ceci de commun que nous n’avons pas besoin des autres. Notre solitude nous agrée parce que notre compagnie ne nous désespère pas. Il n’y a rien à fuir. Rien qui ici ne nous pose question. 

Publicité
<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 > >>
boudi's blog
  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 52 424
Publicité