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20 mars 2010

Cartographie

Le corps humain est la géographie de l'individu.

Qu'on se moque des primitifs, derrière l'océan pacifique, qui vendaient leurs terres pour un peu de verre soufflé.

En.

Vendant.

Sa propre géographie.

Ses cartes.

En descellant ses mystères.

En ravageant ses domaines.

En laissant.

A l'abandon.

Son corps.

Pour une pièce d'argent.

Pour un diamant taillé.
Qui n'a pas de reflet.
Je ris.
Parce que.
Je n'ai pas d'or.

(J'aime le verre soufflé.)

Qui rendait au visage.
La vraie couleur des vendus.

J'ai mis.
Sur mon corps.
Des tatouages.
Comme des croix.
Sur une carte. Une carte.
Qui redevient secrète.
Une carte qu'on enterre.
Qu'on celle.
Au fond.
Des mers.
Derrière les ciels.
QU'on fait descendre les nuages.
En dénouant les cravates.
Qui nous étranglent.
Comme des laisses.
Qui.
Nous laissent entrer.
Là où le monde tourne gravite.
Et.

Danse.

Danse.

Le monde gravite, autour de la musique qui les fait tournoyer, mon amour.

C'est dommage. Sarah.C'est dommage.
Parce que pour être si belle. Sarah. Mon amphore.
Sarah. Anaphore.
C'est dommage. Parce que pour n'être plus qu'hanches, plus que corps.
Pour te délester même de l'esprit.
Du souffle.
De l'être.
Tu as du apprendre à vomir.
C'est dommage.
Qu'il te reste entre les dents. des morceaux d'éducation.
Peut-être qu'il faut cracher. Et pour cracher il faut avaler.

Je t'apprendrai.
Sur un autre continent.
Comment on fait.
Comment.
On.
Se suicide.
De.
Sa.
Propre.
Morale.
Et tu pourras dire.
"j'ai fait des deux doigts qui me font vomir le monde, les deux doigts du plaisir"
Et tu sauras. Comment crier.

Tu auras des larmes dans la gorge.
Tu auras dans la bouche des rages.
Des colères.
Quand je te toucherai, tu guériras.
Tu diras "je suis guérie".

Et demain tu auras de la fièvre.
La belle fièvre.
La fièvre.
Qui.
Enflamme le ciel.

On volera un pays.
Avec un prénom de fille.
Qui avait le regard de la mort.
On l'appellera Anne.
Anne.
Parce que c'est le prénom des solitudes efflanquées.
Qui ont oublié d'avoir des seins.
Qui ont oublié la matrice dans le corps de la mère.

Faut tuer le père et la mère quand ça suffit plus.

Anne.
A vu s'etouffer le père.
Sans voir ses seins gonfler des souffles désespérées.
Anne.
A sanctifié la mère.

A vif.
On s'aimera.
Sur les barbelés.
On s'aimera.
Au coin des grilles.
Mais ce sera pour de vrai.
Comme des soldats qui désertent.
Et qu'on attache.
Comme des soldats qui s'en vont.
Et qu'on tatoue.
Comme des bandits qu'on menotte.
Et qui trahissent.
Comme des amoureux qu'on délie.
Et qui se perdent.
Sur la géographie.
D'autres corps.
D'autres vies.

Je t'aime.

je t'aime.

Je t'aime.

"Et c'est à jamais".
Un jour j'aurai la moustache.
Qui te fera me croire.

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6 mars 2010

Mes vers.

Narcisse, bel enfant, fouillait l'eau claire et basse
Pour puiser de l'ondée le reflet parfait de ses nuits
Et, je, Narcisse défiguré, sans vertu ni grâces
Me mire dans la pisse froide qui innonde les ruelles à minuit.

La religion est l'enfant matricide de la pensée
Qui de ses désirs moisit vos désirs, insensé
Christianisme qui te crut phare dans la nuit de la vie ;
Et qui fut holocauste ou bûcher dressé aux parvis.

3 août 2009

Le vertige furieux

LDeux sphères. Des distantes empoisonnées qui se rencontrent, bien hermétiquement closes qui se communiquent par delà silence clivé, c'est-à-dire qu’il y a de chaque côté de ces milliers de bulles rupturantes des émotions, des sensations de désespérés en cloques. Des putains en chaleur prêtes à mouiller de chagrin. C’est ainsi. Des sphères qui se rencontrent et qui ne doivent pas converser sous peine d’infuser dans l’autre, dans la veine de l’autre de l’eau bouillante courant, circulant à toute vitesse, passant, passant, dépassant, transmutant en magma, en lave brûlante. Quand deux sphères étrangères, translucides mais hermétiques se causent, se délayent, passe un venin que je sais respirer, que mes bronches savent encore digérer . Dedans, quand deux sphères étrangères se métissent,  que les reins se courbent, que les corps se dressent. J’observe. Je suis un grand silence bavard et bavant. Je suinte le verbe et ma sphère, ma sphère hermétique, jamais poreuse le distille. J’aime, constater, triturer, racler avec le verbe et les dents les cervelets étrangers. Ouvrir un abîme secret sous chacun de mes pas. Parce que je me perds d’expérience en déshérence. Parce qu’à l’émotion, au vécu je sacrifie le sens rationnel, le tout bien organisé, l’algorithme régissante, tutélaire.  La mathématique furieuse qui sort des sphères justement, le rapport social, quand l’interaction se noue, c’est du calcul, de la statistique, du pour cent d’échec. Tout se quantifie. Se mesure. J’ai une règle dans la tête, un compas, et un sécateur. Je sens vos arrêtes poindre, et je parlais de sphères, de rencontres et de grincement. Parce que voilà, moi, ma sphère grince, se souvient et s’en moque. Que les autres craquent, que la membrane se distende, que d’un plop définitif et fatal ils s’en aillent. Je m’en moque j’ai le verbe qui m’habite, c’est ma schizophrénie à moi, la littérature. Mais je voulais dire nous sommes des sphères des millions en englobant  des millions.  Dans un rapport hiérarchisé que je balaie. La pourriture recouvre l’or. J’ai le vertige facile en face de jolis yeux, ce sont des escalades, de la varappe sur le nez, que je balance l’imaginaire contre le front, il y a une prise aux pommettes. J’ai le vertige facile, ça m’a joué des tours à force de vivre comme ça, moi, au dessous d’abimes scélérates qui s’ouvrent sous mes pieds Je ne trahirai pas, je ne dirai jamais « vous ».  C’est au marteau que je broie la politesse. Tout ça n’est qu’une farce. Une bouffonnerie. Parler c’est déjà apprendre à ne rien dire. Mettre la cravate c’est accepter d’être en laisse. Les étrangers savent parler  la langue de l’estomac, celle qui digère, qui broie, violente de sucs. IL faudrait faire comprendre à la jeunesse que son avenir c’est de vieillir, qu’elle n’a pas de révolte que le temps ne sache éroder. Il y souffle contre ses parois, et la falaise, la falaise immense, la vertigineuse falaise s’effrite et rompt, bouffé par le sel de la mer et le vent de l’habitude. Alors c’est ça. Et moi je suis une sphère solide.  La poitrine en berne et le sourire étendard. Je me marre parce que les autres errants sont ridicules, qu’ils tremblent d’incertitude, de petites émotions factices. Oh les illusoires commotions, oh les petites blessures, et je suis mort, et toi aussi, et dieu pendu à mes couilles.  Je suis la potence et le gibet. Mais ce n’est pas la discussion ! Ce n’est pas le sujet ! Le sujet ce sont les sphères et les rencontres, la soumission de la bulle à l’autre, du désir endolori. Oh les jolis yeux sont des gouffres dont je m’écarte. Dans curieux il y a du suicide assisté.  De l’entraille  loqueteuses. Ma bouche périssable, mon court instant ici. J’en ferai sortir des éclairs, j’éjaculerai de la bouche le tonnerre, je cracherai les flèches venimeuses. Ce qu’on ignore, c’est que la foule est vénéneuse, l’approcher dissout les facultés . Je reste à côté, dans une autre perspective. Dans ma vie il me faut de la puissance, des individus forts, furieux, des comme machin qui sont là aux mots de rage autolyse. C’est à croire qu’elle finira dissoute par son même acide.  Que son corps carié, noirci de suie désespérée se fermera sur lui même. C’est un corps cancer dont l’on parle. Je crois que je penserai toujours à ses jolis yeux.

8 juillet 2009

Capharnaüm !

Je suis un impotent, j'ai le rapport social sous tutelle ET curatelle. Tu vois, moi, si je suis un bookaholic c'est que les gens ne me suffisent pas dans leur immense médiocrité qui tinte dans le vide. J'ai besoin de personnages, d'individus forts de résolutions et faibles de spasmes, qui sont là, tremblants, lâches mais puissants. Que les mots, les mots les circonscrivent, les dessinent en pleins et déliés, en creux et en entiers. Ce sont des chiffres qu'aucun comptable ne peut retenir sur sa calculatrice, qu'aucune mémoire arithmétique ne peut convenablement identifier. Tu sais pourquoi ? Parce que la littérature, ses héros, ne sont jamais JAMAIS des code-barre qu'un programme saurait évaluer, et stocker en rayon. C'est fou. L'humanité, la matérielle, celle abjecte qui traîne son âme en guêtres sur les pavés de l'existence, se range, s'évalue, se négocie. Elle a une valeur, un "potentiel marchand" pour le dire publicitairement correct.
Chérie, t'es une cible toi et tous tes potes, vous êtes des cibles, des larges idéalement le pouvoir (d'achat) inversement proportionnel à l'intelligence.
Et ! Je veux les voir les amantes, les filles noyées, les chaloupes chavirées et les pères impuissants, je veux lire moi des destinées funestes gravées sur du mûrier en scierie. Ce pourrait faire un jeu de mot explosif, un à moustache, bombes atomiques en devenir et même recouvert d'un voile -d'une burqah- d'antisémitisme. C'est facile, ouais, de les voir les coptes ensanglantés et les cooptés ? Ca va bien pour eux !
Oh, j'ai le rapport social camisolé, corseté et pas pour rehausser mes attributs. C'est davantage de l'étranglement esthétique, du bandé sévère autour du cou à vous faire jouir d'agonie. N'oublions pas que chaque pendu, comme dernier repas, goûte à la suprême extase. Donc, je raconte une histoire et je me perds, mon écriture est un delta, qui fuit dans tous les sens. L'eau, l'eau de mon visage, de mes lèvres qu'aucune éternité ne saura jamais assécher, retentit quand elle choit. Vous entendez, dans la nuit, ce frisson de solitude ? C'est mon coeur qui tombe sur la pierre, c'est mon être qui retourne la terre inutile et saccagée qui vous engendra, c'est ma plume qui vient déterrer vos précieux morts et violer vos lignées chéries. Je pisse contre tous les arbres généalogiques, j'en scie toutes les branches, qu'il n'en reste jamais que des aristocrates décapités, des "têtes au bout d'une pique".
Oui, je suis ça aussi, un barbare juriste sans loi.
J'aime le livre, le personnage qui se crée, et c'est avec lui, Werther ou Jean-Jacques, Faust ou Bardamu que je converse. Leurs ombres et leurs dépouilles silencieuses et immortelles ont infiniment plus -et mieux- à dire que le bruit dont se rassasie la foule, et qu'elle colporte. C'est la bonne nouvelle du siècle le bruit. Hé !? Il faudrait l'annoncer sans l'avoir jamais crucifier, le bruit ? Oh. J'aime ce "Oh" qui est une contemplation, des points de suspension sans cordes, sans ponctuation. Je ne veux pas vivre, moi, dans un monde enrubanné de coton, rembourré de poussière d'os, et de satin, je ne souhaite pas transformer chaque immeuble en cercueil, chaque cinéma en cathédrale. J'aime le mugissement des éléments, le pas furieux de l'amant qui vient de retourner Paris pour arracher à sa belle ses yeux, pour jouir de chacun des soupirs qu'elle expirera. J'aime, la musique de la vie, j'y danse. Je suis élégant et gracieux, naturellement, sans effort. Ma démarche suit le rythme d'un clavier bien tempéré malgré ma détestation de Bach cet "ennui symphonique". Je ne refuse pas, moi, à la Terre de trembler, aux plaques de s'heurter, aux corps d'exulter, aux bêtes de se meurtrir en hurlements, que la plume rugisse, que l'homme clame son existence, que le "Je", le "Je" unique, individuel et précieux sorte étourdissant de fracas de chaque faille terrestre, qu'il s'échappe en sanglots des mille abîmes laissées inertes par la foule trop légère pour s'y enfoncer. Chaque montagne doit accoucher d'un volcan en colère. Je l'aime moi, cette musique de la vie, infinie de tons ! Le bruit, lui, est mathématique, il se conjugue à l'impératif, à l'ordre, c'est militaire. La techno, est une marche militaire ! Deux temps, trois maximum. Une Deux, Une Deux, Une Deux. Qu'on ne s'étonne pas demain des instincts de mort dans les yeux des foules, qu'on ne s'étonne plus jamais des vies régies par des chronomètres et des trompettes synthétiques. "Feu". Infortunés que nous sommes à subir le déluge bruyant d'une armée qui se croit civile mais porte l'uniforme. Celui de l'originalité commune. Du bruit commun. La marque. Général, D.J, même combat.
Nous sommes des soldats pas des potentiels, pas des en puissance comme l'on est toujours au milieu d'un roman -ce ferait une belle mise en abîme, mais l'évoquant plus haut je craindrai de provoquer la bête couverte de blasphèmes-, nous sommes une armée sans campagne, à peine courroucée des manquements à l'étiquette. Nous sommes tous, commandés au bruit, aux impératifs. Lever. Coucher. Nuit blanche. Du festif organisé, enfermé. La boîte de nuit mais chérie c'est une caserne ! Alors la foule sort, conscrite inconsciente, titubant d'ivresse programmée. La guerre est ECONOMIQUE, c'est le champ de bataille du marché ! Il n'y a qu'à errer Boulevard Hausmann en période de soldes pour s'en convaincre. Le libéralisme c'est la guerre. Sus aux résistants, aux maquisards, que l'on enfume Tarnac, que l'on (vili)pende les résistants. Et. Moi j'ai besoin de livres, de romans, de génies à tutoyer chaque jour. Leur dire, moi, que dans mon ventre je crée. Bonjour je suis Dieu et aujourd'hui j'ai décidé de faire la nuit. Que l'ombre du bois recouvre la terre, avec ses carnassiers jamais rassasiés que sont la peur et la mort. Mon premier vertige me frappa alors que je gravissais le mo(n)t "extase". De son altitude je sentis le sol se dérober, l'Univers se fondre avec le vide. Ma tête tourna, mes joues s'empourprèrent et je divorçai alors du monde. C'est consommé, je suis hors d'un mariage forcé avec le monde. Excommunié. Le monde se décompose en trois strates : la famille, les adversaires (qu'ils soient amicaux ou non), les vagins. Cette dernière catégorie s' est estompé depuis que ma plume aiguisée me châtra.
Je suis sauvage, je me lèche les plaies où court de l'eau bouillante. Et mon corps grave, mon esprit lourd s'enfoncent dans les marécages sur lesquels vous autres passez sans les voir. Tous ces sables mouvants, tous ces pièges qui ne se déclenchent qu'au delà d'un certain seul de gravité et que vous ignorez, légers sans grâce. Je dois déployer mille efforts et recourir à des trésors de prévenance pour seulement vivre quand vous passez vous pareils à des feuilles mortes dessus sans qu'ils vous sentent. La vie est un champ de mine et vous êtes un poids inerte, comme le bruit qui vous agite les sens. Si l'on peut encore parler de sens. Vos bibliothèques sont des étals, et vos musées des déchetteries. La littérature me file le vertige ; vous me filez la nausée. Les personnages, les héros, sont grands, immenses, le corps percé de flèches ils ont toujours plus de sang et de lave que vous, dans vos êtres pansés, pansus de lieux communs. Oui, eux, ils vivent avec en travers du coeur des flèches qui traversent la nuit, des flèches serties de plumes grises aux pointes en acier. Et ils vivent mieux, ils vivent plus libres dans les geôles de leurs pages, quand enchaînés au chêne qui les enfante ils osent s'exclamer !
Déclamez, êtres humains, déclamez, faites sortir vos intestins et hurlez. Le langage peut, doit être grossier, violent, vulgaire, façonné dans le sperme et la merde. Crachez vos organes quand vous causez, d'un cri, que vos poumons essoufflés, que vos gorges assoiffées se répandent ! Je veux vous voir saigner, voire autre chose qu'une pale lueur vous sortir des veines. Et merde à la fin, il est où le cri de l'humanité, dans quel bois sommeille-t-il que j'aille violer cette belle endormie, que je lui enfonce les dix-mille sexes de la littérature dans la peau, sous la chair vulgaire et tremblante. Je veux ça, que tous les bassins débordent d'extases, les féminins et les géographiques. On ne dira plus "tu" mais "T APOSTROPHE' " que tout se contracte à commencer par les corps des femmes. Et. Me voilà pris par le tourbillon, par la fièvre, la flamme. Je l'écris déjà, mes veines sont pleines d'azote je remonte brutalement de vingt-mille lieux sous les mers, j'ai fait un tour dans la littérature un profond. Et ça remonte, les petites bulles, la pression dans mon crâne, j'explose, je fuis de partout. Monsieur, regardez mes pages sont rouges comme un drapeau noir. Je suis écarlate, et si ça bout, que je transpire la littérature, que j'en couche des lignes de poésie sur des lignes non tracées, si j'attache aux marges invisibles tous les collabos que je croise, toute cette foule immonde et vendue, c'est un peu que je suis en vie. N'oubliez pas qui je suis, je suis la violence faite verbe, la nuit faite homme. Je descends, moi, et c'est mon ombre qui dégaine. Je la presse pour en sortir un jus de noir, un poison fatal. Buvez mes frères. Ceci est mon sang, ceci est mon corps.

8 juillet 2009

Capharnaüm

Je suis un impotent, j'ai le rapport social sous tutelle ET curatelle. Tu vois, moi, si je suis un bookaholic c'est que les gens ne me suffisent pas dans leur immense médiocrité qui tinte dans le vide. J'ai besoin de personnages, d'individus forts de résolutions et faibles de spasmes, qui sont là, tremblants, lâches mais puissants. Que les mots, les mots les circonscrivent, les dessinent en pleins et déliés, en creux et en entiers. Ce sont des chiffres qu'aucun comptable ne peut retenir sur sa calculatrice, qu'aucune mémoire arithmétique ne peut convenablement identifier. Tu sais pourquoi ? Parce que la littérature, ces personnages, ne sont jamais JAMAIS des code-barre qu'un programme peut évaluer, et stocker en rayon. C'est fou. L'humanité, la matérielle, celle abjecte qui traîne son âme en guêtres sur les pavés de l'existence, se range, s'évalue, se négocie. Elle a une valeur, un "potentiel marchand" pour le dire publicitairement correct. Chérie, t'es une cible toi et tous tes potes, vous êtes des cibles, des larges avec des gros culs et des petits crânes. Et ! Je veux les voir les amantes, les filles noyées, les chaloupes chavirées et les pères impuissants, je veux lire moi des destinées funestes gravées sur du mûrier en scierie. Ce pourrait faire un jeu de mot explosif, un à moustache, bombes atomiques en devenir et même recouvert d'un voile -d'une burqah- d'antisémitisme. C'est facile, ouais, de les voir les coptes ensanglantés et les cooptés ? Ca va bien pour eux ! Oh, j'ai le rapport social camisolé, corseté et pas pour réhausser mes attributs. C'est davantage de l'étranglement esthétique, du bandé sévère autour du cou à vous faire jouir d'agonie. Donc, je raconte une histoire et je me perds, mon écriture est un delta, qui fuit dans tous les sens. L'eau, l'eau de mon visage, de mes lèvres qu'aucune éternité ne saura jamais assécher, retentit quand elle choit. Vous entendez, dans la nuit, ce frisson de solitude ? C'est mon coeur qui tombe sur la pierre, c'est mon être qui retourne la terre inutile et saccagée qui vous engendra, c'est ma plume qui vient déterrer vos précieux morts et violer vos lignées chéries. Je pisse contre tous les arbres généalogiques, j'en scie toutes les branches, qu'il n'en reste jamais que des aristocrates décapités, des "têtes au bout d'une pique". Oui, je suis ça aussi, un barbare juriste sans loi. J'aime le livre, le personnage qui se crée, et c'est avec lui, Werther ou Jean-Jacques, Faust ou Bardamu que je converse. Leurs ombres et leurs dépouilles silencieuses et immortelles ont infiniment plus -et mieux- à dire que le bruit dont se rassasie la foule, et qu'elle colporte. C'est la bonne nouvelle du siècle le bruit. Hé !? Il faudrait l'annoncer sans l'avoir jamais crucifier, le bruit ? Oh. J'aime ce "Oh" qui est une contemplation, des points de suspension sans cordes, sans ponctuation. Je ne veux pas vivre, moi, dans un monde enrubanné de coton, rembourré de poussière d'os, et de satin, je ne souhaite pas transformer chaque immeuble en cercueil, chaque cinéma en cathédrale. J'aime le mugissement des éléments, le pas furieux de l'amant qui vient de retourner Paris pour arracher à sa belle ses yeux, pour jouir de chacun des soupirs qu'elle expirera. J'aime, la musique de la vie, j'y danse. Je suis élégant et gracieux, naturellement, sans effort. Ma démarche suit le rythme d'un clavier bien tempéré malgré ma détestation de Bach cet "ennui symphonique". Je ne refuse pas, moi, à la Terre de trembler, aux plaques de s'heurter, aux corps d'exulter, aux bêtes de se meurtrir en hurlements, que la plume rugisse, que l'homme clame son existence, que le "Je", le "Je" unique, individuel et précieux sorte étourdissant de fracas de chaque faille terrestre, qu'il s'échappe en sanglots des mille abîmes laissées inertes par la foule trop légère pour s'y enfoncer. Chaque montagne doit accoucher d'un volcan en colère. Je l'aime moi, cette musique de la vie, infinie de tons ! Le bruit, lui, est mathématique, il se conjugue à l'impératif, à l'ordre, c'est militaire. La techno, est une marche militaire ! Deux temps, trois maximum. Une Deux, Une Deux, Une Deux. Qu'on ne s'étonne pas demain des instincts de mort dans les yeux des foules, qu'on ne s'étonne plus jamais des vies régies par des chronomètres et des trompettes synthétiques. "Feu". Infortunés que nous sommes à subir le déluge bruyant d'une armée qui se croit civile mais porte l'uniforme. Celui de l'originalité commune. Du bruit commun. La marque. Général, D.J, même combat. Nous sommes des soldats pas des potentiels, pas des en puissance comme l'on est toujours au milieu d'un roman -ce ferait une belle mise en abîme, mais l'évoquant plus haut je craindrai de provoquer la bête couverte de blasphèmes-, nous sommes une armée sans campagne, à peine courroucée des manquements à l'étiquette. Nous sommes tous, commandés au bruit, aux impératifs. Lever. Coucher. Nuit blanche. Du festif organisé, enfermé. La boîte de nuit mais chérie c'est une caserne ! Alors la foule sort, conscrite inconsciente, titubant d'ivresse programmée. La guerre est ECONOMIQUE, c'est le champ de bataille du marché ! Il n'y a qu'à errer Boulevard Hausmann en période de soldes pour s'en convaincre. Le libéralisme c'est la guerre. Sus aux résistants, aux maquisards, que l'on enfume Tarnac, que l'on (vili)pende les résistants. Et. Moi j'ai besoin de livres, de romans, de génies à tutoyer chaque jour. Leur dire, moi, que dans mon ventre je crée. Bonjour je suis Dieu et aujourd'hui j'ai décidé de faire la nuit. Que l'ombre du bois recouvre la terre, avec ses carnassiers jamais rassasiés que sont la nuit et la mort. Mon premier vertige me frappa alors que je gravissais le mot "extase". De son altitude je sentis le sol se dérober, l'Univers se fondre avec le vide. Ma tête tourna, mes joues s'empourprèrent et je divorçai alors du monde. C'est consommé, je suis hors d'un mariage forcé avec le monde. Le monde se décompose en trois strates : la famille, les adversaires (qu'ils soient amicaux ou non), les vagins. Cette dernière catégorie s'estompe depuis que ma plume aiguisée me châtra. Je suis sauvage, je me lèche les plaies où courent de l'eau bouillante. Et mon corps grave, mon esprit lourd s'enfoncent dans les marécages sur lesquels vous autres passez sans les voir. Tous ces sables mouvants, tous ces pièges qui ne se déclenchent qu'au delà d'un certain seul de gravité et que vous ignorez, légers sans grâce. Je dois déployer mille efforts et recourir à des trésors de prévenance pour seulement vivre quand vous passez vous pareils à des feuilles mortes dessus sans qu'ils vous sentent. La vie est un champ de mine et vous êtes un poids inerte, comme le bruit qui vous agite les sens. Si l'on peut encore parler de sens. Vos bibliothèques sont des étals, et vos musées des déchetteries. La littérature me file le vertige ; vous me filez la nausée. Les personnages, les héros, sont grands, immenses, le corps percé de flèches ils ont toujours plus de sang et de lave que vous, dans vos êtres pansés, pansus de lieux communs. Oui, eux, ils vivent avec en travers du coeur des flèches qui traversent la nuit, des flèches serties de plumes grises aux pointes en acier. Et ils vivent mieux, ils vivent plus libres dans les geôles de leurs pages, quand enchaînés au chêne qui les enfante ils s'exclament ! Déclamer, êtres humains, déclamer, faites sortir vos intestins quand vous vous exprimez. Le langage peut, doit être grossier, violent, vulgaire, façonné dans le sperme et la merde. Crachez vos organes quand vous causez, d'un cri, que vos poumons essoufflés, que vos gorges assoiffées se répandent ! Je veux vous voir saigner, voire autre chose qu'une pale lueur vous sortir des veines. Et merde à la fin, il est où le cri de l'humanité, dans quel bois sommeille-t-il que j'aille violer cette belle endormie, que je lui enfonce les dix mille sexe de la littérature dans la peau, sous la chair vulgaire et tremblante. Je veux ça, que tous les bassins débordent d'extasent, les féminins et les géographiques. On ne dira plus "tu" mais "t'" que tout se contracte à commencer par les corps des femmes. Et. Me voilà pris par le tourbillon, par la fièvre, la flamme. Je l'écris déjà, mes veines sont plein d'azote je remonte brutalement de vingt-mille lieux sous les mers, j'ai fait un tour dans la littérature un profond. Et ça remonte, les petites bulles, la pression dans mon crâne, j'explose, je fuis de partout. Monsieur, regardez mes pages sont rouges comme un drapeau de mort. Je suis écarlate, et si ça bout, que je transpire la littérature, que j'en couche des lignes de poésie sur des lignes non tracées, si j'attache aux marges invisibles tous les collabos que je croise, toute cette foule immonde et vendue, c'est un peu que je suis en vie. N'oubliez pas qui je suis, je suis la violence faite verbe, la nuit faite homme. Je descends, moi, c'est mon ombre qui dégaine.

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27 juin 2009

Lina

Tu me files pas que le vertige, tu pends à mes yeux de délicieuses images, des dansantes. J'ai la rétine qui marche à carte mémoire, alors je renvoie, là, sur les bâches du cerveau les images de ta divine nudité. J'ai la mémoire en hyperaction, qui retient, te retient, te capture, toi, avec tes yeux dansants de tristes marées, avec ta bouche qui regorge de. De quoi déjà pour éviter la vile flatterie qui n'est jamais qu'une excroissance de la bite du demi-poète qui l'emploie. Alors pour le dire avec emphase et excès mais sans fausseté intéressée par les méandres de ton corps. Y a ta bouche qui regorge de mille souffle, mille souffle qui gonflent les voiles, les côtes, qui excitent les marins qui crèvent et qui pissent dans mon ventre. Je suis un peu dégueulasse, moi, avec des marins qui sont là à pisser dans les ports de mes côtes, qui s'apprêtent à les quitter, les côtes de l'anatomie pour l'Anatolie. Mais t'es belle, avec tes yeux qui s'effilent et tranchent dans ma chair. C'est que ce n'était pas assez, moi, mon regard lourd de cernes naturelles qu'il te fallut y ajouter, discrète, les poisons de tes vertus. Tu me coules déjà dans les veines, je suis innondé sans qu'aucun des seaux troués ne puissent écoper ce grand cadavre que tu me fais devenir. Je suis plein de creux partout qui dessinent des dents prédatrices, des crocs animaux pour te dévorer, toi, tes yeux, tes seins, ton ventre, te bouffer toute la nuit d'une chambre qu'on ne connaîtrait pas, ni toi, ni moi, parce qu'il faut bien ça, pour moi. T'emmener sur des voyages au toit du monde, dans une place anonyme où nous pourrions nous allonger l'un près de l'autre au rythme cardiaque de mon ventre amoureux. C'est sans sexualité, je suis un être quasi-castré, c'est posséder avec tout le glauque, tout le miasmatique, une chambre d'hôtel, toi et moi. Un endroit que l'on façonnerait la nuit, à causer, comme ça pour faire tomber des perles sur les cuisses. Parce que t'es belle, ce n'est pas affaire de petitesse, de justesse, de visage bien ordonné, poli et broyé par les codes. T'es belle, parce que dedans j'entends les bourreaux hurlés, parce que dedans j'entends des cris, que dans tes yeux, tes orbites ça cherche des bras aimants. Les miens frêles t'attendent, qu'on exulte sur la nuit, tous les deux, toi et moi. Avec nos origines communes qui mêleront comme des chênes voisins leurs profondes racines. Je te serrerai toute la nuit, moi, si j'ai cette chance, dans une chambre affreuse qu'on dira hotelière, passagère. Deviens mes fers pour la nuit, asservis moi, avec tes yeux tremblants de délicatesse, et moi, ma rage, ma colère qui dévore tout, le monde et sa médiocrité. Je t'attends, farouche, je t'attends avide. T'es belle de dedans, t'es belle inversée, si l'on sent ton coeur palpiter, que ton foie dégorge de trop d'alcool déprimé. Ouais, t'es belle là, dans les organes qui chialent, qui crient, qui digèrent. Lina, toi. Et moi qui disparait, je ne suis pas à la hauteur malgré mon mètre quatre vingt, tu es là, haute, sur des cimes que j'aime. T'es l'Art auquel je fais l'amour dans ma tête, avec un sexe métaphore. Je suis châtré, ça m'évitera de t'attirer coller entre mon ventre et la rue, la douleur et l'horreur. Je t'embrasse sur les yeux, sur les reins. J'ai la langue qui ne sait faire que ça, glisser sur les corps des filles trop belle. Je dérape. Qu'un mur m'y attende. Que tes yeux encaissent mon nez crochu.

Je n'ai besoin de rien pour flirter avec la nuit. Mais faut dire. Ta présence me rend insomniaque. Tragiquement. t'es une femme vertige. Une femme colline. C'est que tu n'es pas kabyle pour rien. Tu es haute est abrupte. Ca me fait penser à Bougie où cette montagne ressemble à une femme ensommeillée (tout le contraire de moi, à cette heur-ci donc). Gouraya. Disons donc que dans ma tête ce sera le pseudonyme de ta beauté. L'attentat dans mon ventre que mon coeur doit ignorer. De ton ventre sur lequl je dévore un nuit de couleurs et de lumières empruntées.

3 mai 2009

J'aime pas les gens heureux.

J'aime pas les gens heureux. Le bonheur fait perdre aux gens cette lueur, cette quête, ce désir. Cette gravité surtout qui seule les rend intéressants. C'est fade le bonheur. Ça veut que la terre entière, en plus de l'immaculer -et le bénir-, en soit confident et confesseur, frère et parent, associé et envieux. Il faut faire attention à ne pas le souiller. Rester bien derrière les bandes de peinture qui délimitent le périmètre accessible. C'est détestable en plus d'être temporaire. C'est de l'éternité périssable, de la gélatineuse éternité. Un heureux ça bave les mêmes phrases, les mêmes promesses déjà salies par tant de corps, de bouches, d'envie, de dictionnaire, d'infirmes littérateurs. Le bonheur c'est une putain qui se met horizontale pour pas grand chose et qui s'en va les poches pleines des rêves, envies, désirs, passions. C'est une putain qui met la mort à l'âme comme toutes les belles prostituées qu'on aime. Ça vieillit d'être heureux, on se ride dedans, on a les viscères qui pourrissent bien vite, le foie qui ne supporte plus aucune ivresse et l'estomac, l'estomac qui hurle d'une faim vide. Ça fait même mourir les plus tremblants d'être heureux. Ceux qui ont cru qu'il y avait un bonheur ailleurs que dans les pauvres secondes de l'orgasme sont morts de trop espérer. Les autres, les comme moi, sont des curés athées. Des qui vivent au nom du sublime, du seul sublime littéraire.

1 décembre 2007

blêmes lueurs

Mon amour. Parce qu'aux blêmes lueurs du matin naissant, j'ai senti la vie glisser des mains à la rétine, un spasme incontrôlé, des pieds à la tête quand les derniers lampadaires lumineux s'éteindront où seras-tu mon amour ? Et puis moi, ma vie, je la scelle dans un tombeau, en même temps que mon corps. Nous sommes condamnés à l'éternité, au mal et à la douleur. L'éternité en est la fille, de ces pales journées au ciel exsangue. Ah mon amour. Qu'on s'excise, qu'on s'excite, qu'on se crève. Encore. Que la vie parte en des éclats bruyants jusqu'à faire des cicatrices au parquet, jusqu'à imprimer les souvenirs dans la colère d'une nuit inaboutie. Ah, il faut se pardonner, s'oublier pour se retrouver. A chaque nuit suffit sa peine. Mais moi j'ai faim du mal. Et de toi.

30 novembre 2007

Schyzophrénie

J'ai une explosion dans la tête. La bombe humaine. Des couleurs, du noir, le long ourlet du noir, ses plis, ses replis. J'entends des voix, un brouhaha indistinct. Impossible de penser, d'éjecter la moindre réflexion. Ou seulement comme une ombre sur une toile. C'est comme une diapositive parlante, je peux projeter une ombre, mais pas partout, juste sur partie. Je me tiens devant le projecteur. Pas tout à fait devant. Alors les extrémités restent lumineuses donc bruyantes. J'appuie sur le bouton, sur la tempe, donne moi ton flingue, la gâchette. Que je change d'image en mouvement. Que je change l'immobile. Brumeux. J'ai la pensée opaque. Les extrémités sont visibles, mon ombre, mon ombre, ma réflexion rend le centre inaudible, le centre cerclé de l'ombre de ma pensée, comme un géant sous le soleil, qui se projette par terre. Mais qui ne peut tout recouvrir. Parce que la terre est immense. Comme ma folie. J'entends leur tapage, le tintamarre, le vacarme, le tumulte. Il ne se tait pas. Ils ne se taisent pas. Qui sont-ils ? Mon émoi. Mes moi, indistincts. Je ne sais pas. Que disent-ils.

30 novembre 2007

la pluie de souffre qui recouvre l'espoir.

Je me brode l'âme de mille folies soûles et de bohèmes chimères sur les étals d'un marché aux puces. Le coeur rapiécé des soubresauts timides se cousent nos nuits blanches et noires insomnies pour offrir une danse sur le lac gelé et scintillant. Charrie mille chariots de joyaux, et deux belles opalines flottent à la surface du tumulte. J'avale le naufrage de nos artères au goulot du désespoir. Je tousse la fumée douce de nos rêves cadenassées, de la clé perdue des illusions mortes de n'avoir pas vécues.
« Mon amour j'offre aux princes charmants, les charmes que l'enfance m'a dérobé, maintenant on m'a appris à écarter les jambes, comme il faut, pour un corps d'homme au gras bleu ».

« Mon amour les songes envapés de nos premières lueurs se sont évaporées sous la chaleur de son armure »

« Amour j'irai tuer le prince, pour devenir princesse du crime, pour t'offrir dans le ventre un royaume de terreur et de désespoir »

- Reine de tristesse cherche prince du désespoir pour couple de tueurs nés.
- Roi clandestin recherche Reine de bohème contre éruption volcanique.

Ils seront Pompéï et les poupées de cendres, nous serons la pluie de souffre qui recouvre l'espoir, la pellicule de poison photographe de la folie. Deux fils le long de tes yeux pour pendre l'amour à nos corps défendus. Le vacarme égaré par le roc ensanglanté. Notre tristesse humide et les larmes sèches de détresse qui offre voyage à nous empailletés de fabulations. Et le bûcher crépite de leurs corps caverneux, vide de n'avoir su donner...

Tu laisseras mon souffle broyé sous le cadavre de tes mots. Frappe moi, donne moi des coups plus violents, des coups plus lourds. Par charité. Qu'on m'enterre. Qu'on ment terre...

30 novembre 2007

Lambeaux.

Une idée triste qui se danse. Je me brode dans l'âme des chimères rapiécées. Ma bohème, papillon noir de mes rêves envapés. Soyons sombres milords des nuits blanches

Tu comprends moi je n'ai pas de profondes blessures en dehors du code génétique ou de la mémoire. Je n'ai le mal qu'en héritage détaxé. Celui de mon père. Je souffre par procuration. Je vis dans ses douleurs noires, vieilles, un peu poussiéreuses, décomposées souvent. Véritablement, je meurs par procuration, je suis mort une fois. Il y a 2 ans. On ne souffre plus quand on est mort croyait Epicure. S'il savait comme il s'est trompé. Les longs sanglots n'abritent que papa. 4 lettres. Comme fini. Comme nous. La souffrance m'est interdite, je me barricade de mots, pour lui interdire l'accès, je repousse des murs d'enceintes pour qu'elle n'entre pas. « Non madame, je vous aime, mais je suis interdit. J'essaye d'arrêter. Oui, vous voyez. Moi je ne peux pas. Je vous laisse à d'autres ». Si seulement elle m'écoutait. Je n'ai pas le droit, juste pas le droit. Pas après lui, pas après ses maux qu'il a broyé en serrant la mâchoire. Tu dirais toi, à un séropositif au sablier vide qu'à 12 ans t'as eu l'appendicite et que ça t'a fait super mal ? Mon père était sensible même que ça l'a tué. Pour s'affranchir de sa mort et des chaînes du fantôme ils ont poussé un murmure en commun « Tu sais N. (N.... mon fameux prénom en 5 lettres que personne ne sait) il y avait quelque chose qui claudiquait chez lui, comme des douleurs d'ailleurs ». Tant mieux j'ai la même chose. Mon oncle aussi. Mon oncle qui se détruit à l'alcool qui regarde si la douleur est solvable dans le cognac. Il la voit effervescente mais elle ne fond pas. Je suis comme eux. Moins le lourd passé. Moins les jambes brisés par un père connard. Moins les absences passées en boucles qui écrasent le canapé. Mon père m'a tout donné. C'était sûrement un peu trop pour moi. Je suis un chêne qu'on abat.

Je suis trop empathique. Je ressens trop la souffrance des autres. Je ne suis pas méchant. Vraiment pas. Ca m'écorche de l'être. Mais c'est le seul moyen de montrer qu'on est pas dupes. Qu'on a compris. Que la vie c'est de la merde. IL n'y a que le silence qui n'en soit pas. Le silence et toi.

29 novembre 2007

Pour une reine de feu.

Ses yeux qui se balancent dans le vide, tels une balançoire sur laquelle les enfants ne rient plus et où je rêve de m'étendre. Ses yeux dans lesquels se lit mon destin. Qui s'avance. Que bientôt je pourrai entrevoir. Perdu dans l'océan de quiétude qu'ils m'offrent, je reste là, sur ces trottoirs trop foulés. Avant de plonger, ou plutôt de sauter, pour laisser couler nos douces craintes et qu'enfin jaillissent la profusion de nos sentiments, la chaude farandole de nos mouvements timides imités des heures entières. Viens me rejoindre. Viens que je t'emmène nous balader, viens. On mourra de rire, on se jettera dans nos discussions insensées desquelles nous seuls avons le secret. On se percera nos secrets, on se laissera aller dans nos illusions, on se laissera bercer par la fraîcheur de la nuit tombante. On oubliera les autres, un peu. Pour une fois.
Tu courras dans l'immensité de cette pleine noire de notre absence, de nos folies, de nos cris. La bouteille de nos vies nous saoulera de nos rires assassins qui tuera nos plus vieux démons, nos plus vieux doutes et on laissera éclore le coquelicot de l'amour qui se présentera à nous. Un coquelicot au milieu de ce champ de blé. Un coquelicot au milieu des larmes...

.
.... La vague d'espoir semble lutter contre le rocher de nos douleurs passées. Erosion. Et les cailloux s'enfuient, attirés par les profondeurs de l'abîme. Qu'ils s'entrechoquent lorsqu'ils auront touché le fond. En attente. J'ai pris mon ticket, je peux être tranquille, mon tour viendra. Tu le compostes, dis ? Toi contrôleur de mon avenir ? Que le train nous berce, ta tête dodelinante, anéantie sur mon épaule. La file diminue et s'accélère. Farandole illuminée, tes yeux derrière le comptoir, comme une promesse d'un rêve oublié. Que flotte le drapeau de ton amour brûlant sur la peau, qu'il m'éblouit, qu'il m'oublie. Qu'il claque comme nos corps exultants. Je ne me lasserai pas de me baigner dans tes cris indécents et tes mots entendus. Laisse moi vivre dans tes sourires, juste entre les deux lèvres, juste là. Maladresse d'un facteur, je transporte mes mots d'amour sur une bicyclette crevée, qui transperce les idéaux et qui a oublié de te poster mes mots. Les entends-tu ? Sans crier gare, tu les égares. Dans tes poches se trouvent des cailloux que tu jettes dans cette rivière insolente, rivière scintillante aux milles joyaux dont le plus beau est ton reflet, troublé par le courant qui la traverse...Toi l'ondée...Toi beauté.


Moi qui t'aime. Encore. J'aimerais te chanter des mots, des mots doux comme l'air du temps. Mais je chante faux d'aimer trop vrai.

5 avril 2023

Baiser.

Nuit étrange et tourmentée, solitude, sentiment de solitude. S. m’a demandé si elle pouvait passer. Alcool en abondance et à jeûn. Distance étonnamment bien tenue d’elle à moi. Puis, l’accès de S. qui veut baiser et pas moi, qui insiste pour baiser et moi je ne veux pas ce qui l’énerve. Les mots étranges, pas entendus depuis longtemps, maintenant, le défonce moi, qui toujours, au-delà des mots, dans la littérature - champ d’expérimentations bien plus fécond, pour moi que le lit où je vanille - me surprend. Une langue étrange à mes oreilles celle-ci, de la violence verbale. S. insiste, très soûle et moi autant. Deux bouteilles de vin, chartreuse jaune et verte, genepi, whisky. Dans la cuisine quand je m’affaire aux moscow mule, S. mate mon cul, elle dit, qu’elle mate mon cul. L’alcool la rend lubrique, folle de désir qui, frustré, se muera bientôt en violence sourde. Violence du désir, d’abord, celui des mots exigeants, du baise moi, du défonce moi, elle veut, dit vouloir être prise. S. me plaît mais je ne veux pas baiser tandis que S. insiste jusqu’à la crise, jusqu’à devoir lui dire, à six heures du matin, de partir, elle hurle et tempête dans l’appartement en cherchant ses vêtements. Je voulais dormir, elle, allongée près de moi, nue, ne voulait pas dormir. J’enregistre, pour lui exposer demain, sa crise, dix-sept minutes d’un audio coupé en deux. Deux crises successives. Alors S. part. Je connais son tempérament, après son départ, sans mes lentilles, je tatônne sur la table, l’appartement pue le tabac, elle fume vingt cigarettes, en partant elle prît la bouteille de chartreuse. Comme ça. Par vengeance. Comme signe de mécontentement. Comme protestation. Puis, sommeil, moi, quelques messages échangés pour dire que je ne suis pas fâché, S. qui venait pour me secourir de solitude et qui, malgré la fin étrange et bizarre, par sa présence, me protégea de ces nuits infernales, répétitives et mécaniques qui m’agonisent depuis des mois. Sommeil sans rêves, coma de quelques heures, le réveil sonne une première fois à 10h57, je le règle pour 11h30. Un expert passe à midi pour évaluer l’indemnisation du dégât des eaux de l’appart’. Café, douche, je range rapidement, des cigarettes partout, le briquet d’adolescente de S., oblongue et bicolore, une odeur tenace de tabac, mes cheveux empestent, je me débarrasse des mégots, main tremblante des grosses cuites, pas de gueule de bois. Je pulvérise dans l’appartement la bombe aérosol d’huiles essentielles, l’odeur de tabac, la cendre, cette ombre de la soirée d’hier, se dissipe. S., suce bien, sait faire jouir, y compris les garçons compliqués comme moi, par là et, tentait, hier, pour négocier le défonce moi, de me sucer jusqu’à jouir or, je ne voulais pas, malgré la promesse de ce rare plaisir pour moi et ma mutilation génitale. Je bande sans effort, le moindre frôlement m’excite, mécaniquement, je bandais sans vouloir baiser, mon corps réagit sans concerter ma tête.


S., en gueule de bois, crise, j’en ai l’habitude depuis des années, toute la matinée reçue une salve d’injures, le feu roulant que, chez elle je redoutais tant, jadis, qui aujourd’hui m’indiffère, parfois je me laisse prendre et commence à me défendre, tandis qu’il suffit d’accueillir ce désordre des nerfs, puis ça passe. Elle débonde, ici, j’évacue. A cette heure-ci pas encore reçu ses excuses qui, je le sais, ne manqueront pas. Avec S. il ne faut jamais se défendre parce que, comme dans toutes les situations sociales, nous trouverons toujours des reproches d’apparence légitime, d’eux elle se saisit pour justifier sa colère et ses caprices. Les raisons se contentent de les habiller d’un peu de raison. Se défendre revient à les accréditer et tomber dans la spirale sans fin. S., dramatise à l’infini, aime les poses dramatiques, vous dira que, par exemple, j’ai parlé de ça avec F. qui dit que, Même X pense que. Cette nuit elle ne manqua rien de son rôle éventail.

Dans l’appartement, les vêtements roulés en boule, de S., son pull rose, sa jupe (?!), son châle 30% cashmere son parfum puissant. Je lui écris tu as laissé plein d’affaires elle répond je sais, je suis rentré cul nu. D’où la présence de la jupe. Sa bouteille d’eau évian. J’imagine S, rentrer chez elle, en uber, cul nu, la bouteille de chartreuse dure, qui défonce comme moi je ne voulais pas. Etrange le pull la jupe, un fantôme de la nuit, le corps sans matière ni violence, trace ou essence, de S.
S. dit je ne veux plus jamais te voir. Caprice commun de S. 

14 décembre 2023

Asthme

Cette expression, souvent en usage, tu seras toujours que l’on adresse à des proches, souvent parents, plus rarement vieux amis, éloignés par les motivations de la vie. Qui, expression, signale, presque nostalgie, ce qui fut et qui, d’une certaine façon, trace davantage que ruine, demeure. La plupart ne mériteront jamais cette mention ni une analogue, moins phénotypiquement liée, ce c’était pour, au-delà de la rupture, amicale ou amoureuse, attester de l’absence de regrets que, après les douleurs naturelles qui s’en suivent, demeurent, surtout, une sorte de fierté ou de joie. Nous nous sommes appartenus, compris, entendus. Une seule chose peut le passé tout biffé, l’infidélité, Jeanne partage avec moi ce rapport au monde et aux relations. Jeanne et moi à sa suite — elle énonce, je reprends, me réapproprie, je lui dis, souvent, je t’imite en tout, et, parce que j’aime la provoquer j’ajoute, inutile et injustifié, le suffixe en mieux — nous tenons droits derrière, pour moi, soutien, mais, comme qui dirait, dissimulé, elle, plutôt, aux côtés. Leur devise, celle de M., son ex, et elle, toujours à tes côtés, toujours de ton côté, ce à quoi j’accrois, s’il s’agit, de, du moins, afficher publiquement ce soutien qui, dans l’intimité, ne dit rien des futures remontrances, si nous employions un terme de l’outrange - outrance et outrage mêlés en un seul mot. 

 

Si je frappe la plupart des entretiens d’une grande indifférence, bien davantage que de mépris, comme longtemps je l’imaginai, la colère point en un cas et unique cas : si je me sens trahi. Au-delà, même du déchaînement des foudres ou de j’ignore quelle expression intérieure, rattachée aux éléments antiques, l’autre n’existe plus que dans une grisaille indifférente. Qui me trahit ne meurt pas, qui me trahit n’a jamais existé, êtres frappés de nullité, cases creuses habitées d’un sentiment imprécis. Une odeur de pisse presqu’entièrement déjà dissipée sous les ponts de quelque grande ville latine. 

 

Il y a, en contre point à ces tu seras toujours un tu n’as jamais été. Rarement les êtres, heureusement, tombent dans la seconde catégorie. Je pense, alors, à tu seras toujours que, souvent, je voulais adresser, y compris — et peut-être surtout — après la crise, à Mehdi. Que je ne fais pas. Le lien, aujourd’hui, le seul me rattachant à lui, ce virement mensuel pour l’abonnement RED by SFR de l’appartement qu’un jour nous occupâmes ensemble. 

 

tu seras toujours. 

28 avril 2023

castel

4:00 

 

J’arrive à la maison après une soirée chez Castel, boîte chic et prétentieuse du VIème arrondissement, je m’enorgueillis d’y pouvoir entrer, avec Valentin, deux garçons, quand il faudrait la nuit normalement, dans ces lieux bourgeois et débauchés, trouver à son bras une fille-produit.

Cette femme, Florence, dix ou quinze ans de plus que moi, de ces visages sans âge, la chirurgie esthétique l’inscrit dans une autre temporalité, les marques du temps s’impriment comme un glacis sur son visage. Ces opérations, j’ignore pourquoi, m’excitent depuis toujours. A dix-sept ans, en revenant de voyage avec Cyril, j’avais croisé à la station de Neuilly, sur la ligne 1 pas automatisée, une femme au visage pareil, je portais un jean déchiré aux genoux et courageux en ce temps, je lui demandai son numéro sans jamais l’appeler, ensuite. Mon courage n’excédait pas l’excitation du moment. Des années plus tard, nous rencontrions, avec J., dans un bar, deux américaines, L. et J., je ne me souviens pas de leurs prénoms, J., son prénom sonnait français, quelque chose comme Jacqueline, ces noms datés que l’on trouve fréquemment dans la Louisiane qui fut française, où les prénoms s'héritent, glacis, témoignage du temps ancien. J., ma J., me reproche souvent la suite de cette rencontre parce que, prenant le numéro de ces deux filles, je les rejoignis quelques jours plus tard, dans le bel hôtel qu'elles occupaient vers Opéra, avec de la M et toute ma grâce. J.(usa) possédait la taille la plus fine que je ne vis jamais et une poitrine énorme, refaite, dont la forme excite autant que le toucher révulse, le corps de L. ne connaissait aucune modification chirurgicale, à l’inverse de son visage, malgré son jeune âge, les pommettes refaites, le nez aussi, une apparence de poupée. Ces apparences uniques, retravaillées par une main humaine, pour satisfaire un désir humain, me donnaient alors une excitation rarement ou jamais ressentie. La chirurgie esthétique me fascine, recommencer cette sorte de brouillon de matière que tous nous sommes. Elles.
Ma première fois avec deux filles. Plus tard, récemment, deux filles me proposèrent aussi de les accompagner chez l’une d’elles, réfugiées ukrainiennes, je déclinais l’invitation, V. m’annonçait la même nuit, après une petite indignation de n’être convié à ces libations charnelles, qu’il commençait une dépression.

Florence, se frotte à moi, souvent, si je disparais elle ne s’inquiète pas mais, sereine, me retrouve et recommence à remuer, je lui demande son prénom, pour écrire ce texte curieux. J’ignore ce qui la motive. V. me dit, elle doit avoir de l’argent, la curiosité ne me pousse pas jusque là, devenir moi objet à, peut-être, éconduire, après usage. Plus jeune, je connus expérience semblable avec une femme, C., chirurgienne, qui à trois heures du matin, après avoir baisé, me donnait de l’argent pour le taxi. Je me souviens bien, d’abord on a baisé avec une capote, mais comme je pouvais pas jouir, on a fini sans, d’abord elle voulait pas, parce qu’elle ne pourrait pas aller au bloc, elle me disait, ce qui me paraissait bizarre et sans rapport. Puis on a baisé sans capote. C., je me souviens, me suçait comme dans un film pornographique, pratique toute étrangère à moi, je n’aime le sexe qu’improvisé, si l’on peut dire, naissant du moment propice et non résultant d’un programme. Son appartement était beau et grand et plein de fautes de goût. Sur son frigo elle collait plein de magnets qui réjouissent les enfants et désespèrent les parents à cause des marques qu'ils laissent, définitivment, ces magnets, sur la porte toute blanche.

Bizarre, cette soirée chez Castel, une première heure vaporeuse, le London Mule dégueulasse, sans bulles, avec un angostura sans goût, à 22 euros parce que je demande du Hendrick au lieu de leur Gin générique, une salle bondée, des garçons, tous la même coupe de cheveux angoissante, lisse et ondulée. Puis, quand ça se dépeuple, je croise D., que je connais de vue, ami de Marien, nous parlons de Marien, D., me parle de sa vie actuelle, de sa revue, de Jawad qu’il a interviewé, de Nabe, aussi, puis, quand je m’exclame, me montre, à la table voisine, Nabe, présent, qui discute tout hilare, Beigbeder à ses côtés. Ca m’amuse, ça. De voir ces gens, ici, parmi nous. Un type, quand je pars, me dit que je suis le meilleur danseur de la soirée, je l'agrée. Nabe est un un tout petit homme d'un mètre soixante dix. J'ai en permanence envie de me battre.

Il faut dormir. Je ne continuerai pas plus tard. 

J'aimerais tant ne pas me réveiller. 

25 avril 2023

Sexe Cul Suce

Je pense souvent à cette photographie appartenant à ma mère au dos de laquelle, peu de temps après son mariage, elle griffonnait, « je suis tellement malheureuse ». Cette phrase, ainsi que d’autres, me hante, me heurte et m’inquiète. Cette vie, sa vie antérieure, celle passée en Algérie je l’ignore toute entière, elle n’en parle pas, ne l’évoque que par bribes, dans la famille nous sommes d’étranges êtres taiseux et volubiles, démonstratifs et plein de lieux inaccessibles.


Ma soeur me demandait, quand je lui rapportais ce qui m’arrivait, si je m’étais excusé, ça m’a interpellé qu’elle y pense, qu’elle me le demande. Elle pressentait que je m’étais excusé et c’était le cas, en 2020, à ma façon, en cohérence avec moi-même, sans culpabilité, comme je l’écrivais à H. parce que je n’étais pas coupable, pas coupable du moins de ce dont aujourd’hui je suis accusé et qui m’empêche d’entendre la parole de la première concernée.

Le douloureux dans l’affaire de l’excuse c’est qu’on veuille se servir de ça comme s’il s’agissait d’un aveu, de ça ma soeur aussi avait l’instinct, elle me disait que c’était ordinaire, aujourd’hui, que les types qui s’excusaient se voyaient accabler. Ca ne change rien, il fallait s’excuser, il eût fallu le faire avant ou ne pas faire du tout, diraient les maîtres en morale. 

Avant, tout ça paraissait normal, de ce côté là du monde, coucher avec une fille de quinze ans à vingt-trois, ça choquait pas forcément de ce côté des gonades. 

 

je relis nos échanges H. m’écrit pute

dès lors qu’elle veut m’interpeller me rabroue quand je moi la rabroue

nous nous amusons

alors après

après j’ai besoin de savoir comprendre

parce que jamais je ne l’ai diminuée dans aucun de nos échanges

j’ai tout relu de nos discours des années après je fais encore un éloge

intact

de ce qu’elle écrivait. 

 

Je pense que si ce genre de types, un peu comme moi, se trouvent ainsi pourchassé malgré leurs excuses ou, aussi, du fait de leurs excuses c’est qu’on craint qu’ils se rachètent à peu de frais, qu’on craint qu’ils puissent se présenter au monde comme des êtres devenus exemplaires, aussi, et surtout, que l’écart entre ce qu’ils sont et ce qu’ils furent (ou firent) devient trop insupportable, injuste. Que le paradoxe réside en ce que si le type continuait à défendre la légitimité toute parfaite de ses actes passés il n’offrirait pas tellement de prises sur lui.

Celui qui s’excuse se met toujours en défaut, quelque part, il expose une faute et, cette faute révélée, sort de l’ombre tous les inquisiteurs, les imbus de justice et ces êtres particuliers comme Simon qui, je l’ai déjà dit, se trouvent à des intersections particulières de tous ces défauts, de toutes ces qualités. 

Je m’excuse toujours mal, parce que je m'excuse trop, mal parce que je m’aplatis lorsque je m’excuse, l’acte ne s’achève pas en lui-même, laissant à l’autre la libre disposition de l’action dévoilée, je souhaite obtenir le pardon et pour son obtention je m’avilis au-delà, bien au-delà de l’acte en cause. Or, à force de s’incliner si bas, nous ne sommes plus jugés à l’aune de notre action mais à l’aune de notre soumission. Alors, toujours, j’agis très gravement tant je me ratatine si je demande pardon. Oh, il n’y a pas que du beau là dedans, on y trouve un peu de cette passion hérétique de bonnes soeurs épouses du Christ charnelles avant tout. Le flagellé trouve du plaisir à cette ivresse et, quelque part, s’excuser à ce point au-delà de ce que l’autre l’admet ou non, c’est aussi se donner, soi soi-même, le rôle du juge, le châtiment infligé à soi-même ressemble furieusement à une absolution.
Je me suis trop humilié pour que ton refus de mes excuses soit juste ou pire, je me suis trop excusé pour même que ton jugement puisse porter quelque poids, tu deviens, toi, autre, la coupable.

 

Marie-Anaïs ne peut, ne sait s’excuser ou qu’avec quelque chose qui ressemble à la négation d’elle-même, je ne le comprends pas et le comprends d’autant moins lorsque l’autre, en face, demande ces excuses parce que sa vie psychique en dépend. Comme si, pour elle, s’excuser valait forcément s’avilir autant que s'abolir, que toute reconnaissance de faute morale valait pour elle édification, à sa destination, des grands bûchers or il y a ici, dans ce refus là, une sorte de narcissisme, le bûcher a déjà pris feu en réalité et la fumée de la paille enflammée obscurcit le regard.

L’obstacle, en elle, précède la calme interprétation des gestes en jeu, le refus de l’excuse fonctionne comme un principe, une présomption qu’il faut d’abord renverser, condition de la reconnaissance de la faute. Marie-Anaïs se trouve à un stade que j’ignore tout à fait, ce qui la fait se refuser de s’excuser c’est que ce que ça impliquerait pour elle, son estime d’elle, sa conception d’elle de demander pardon, lui est à ce point intolérable, qu'elle en meurt déjà d'y penser.
Je n'exagère pas, le disant, quiconque pourrait croire que je verse dans la carricature ici, pour diminuer, ou, comme on le croit maintenant, "nuire", alors même que je suis aussi exact que possible, je ne juge pas.

Elle affecte au pardon demandé une valeur trop grave pour seulement le considérer comme Simon refuse de s'exposer à des discours qui remettraient en cause ses édifices théoriques, Marie-Anaïs refuse de se confronter à la possibilité de la faute (j'emploie ce vocabulaire de ne disposer de rien d'aussi précis que celui hérité des baptêmes). Or moi je me trouve presque à l’autre extrême, déjà, je suis dans l’après, déjà je suis dans la punition de la faute, devenue faute de ce qu’elle fît souffrir même, de ce qu’elle demandait pour être consolée sa reconnaissance comme telle. Je suis avant l’analyse. 

 

 

Je ne sais rien de ce que H. vécut vraiment cette nuit, rien parce que son discours, avec le temps, les palabres, les années, le cattinarisme catalysant concassant, l’a aggravé, déformé, jusqu’à ce qu’il ne ressemble à rien ou une forme si incompatible avec la mémoire, le disque dur, les images, que ce en devenait intolérable. Puis, aujourd’hui, je connais l’intégralité de ce qu’elle a dit. Alors…d’autant plus injustes, douloureux les propos rapportés, truqués, alors…d’autant plus cruel de vouloir sortir contre moi cet acte qui s’espérait décent, qui au moins résultait d’un devoir, de l’employer comme s’il s’agissait d’un aveu alors que sa lecture tranquille ne parle jamais de rien d’autre que de formes littéraires d’amour. Sottises. S’il y a aveu c’est d’avoir, moi, souffert.

 

J’ignore comment elle le prit ? Est-ce que ça a ravivé ou allumé quelque feu douloureux ? 


Je ne laisserai personne dire que je concédais des « pratiques perverses » comme le prétendit Yasmine. J’évoque, désolé, des tortures morales, loin, bien loin, à des milliers de kilomètres de toutes horreurs incompatibles avec un quelconque âge.

Le douloureux, aussi, c’est ceci, aucune de mes pratiques actives, c’est à dire à mon initiative (coucou chloé ) n’excède ni n’excéda ce qui relève de la plus totale banalité.

Parfois, pour me retenir d’agir d’une manière ou d’une autre, les camarades invoquent l’aspect légal de mes actions ou de mes écrits, ils ignorent mon indifférence quant à ceci parce que je tente, moi, de me maintenir en vie, par ces choses dérisoires, et quand  Marine ou Marie-Anaïs même, pestent de voir leurs noms écrits ici, ou qu’Esther s’émeut de ce qu’on évoque à mots couverts ce que fut sa vie de merde, je m’excuse de les trouver tout à fait immorales, je ne crois pas que l’on puisse jamais remettre en cause le moyen de survie d’un individu. Sauf à dire, je vous laisse juge de cette égalité, que le nom écrit sur un blog «  Marine » vaut davantage bien que « Jonathan Boudina » gravé sur ma pierre tombale.

Après tout, avec cette morale plastique dont, depuis quelques temps, vous vous rendez maîtresses, toi,  Simon, tout particulièrement, parce que les autres, tu vois, Yasmine est dingue (coucou la diffamation privée d’ailleurs, Esther basse, vile, L'agée…eh bien.- Il suffit de connaître ses effusions de pauvre fille. 


Parce que Marine demeure, à mes yeux, les seuls qui comptent aujourd’hui, un être humain. 

27 avril 2020

Je ferme les yeux ; j'ouvre les yeux.

Consigne 2 : Je ferme/j'ouvre

je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je recommence je finis
le réveil sonne il m’ennuie
je regarde par la fenêtre le bus électrique passe
je ferme les yeux
mon coeur bat avec la régularité d’un jour sans effort
j’ouvre les yeux
la porte du micro-ondes est ouverte
ça m’agace
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je ne sais plus ce que j’ai fait hier
mon cou me fait mal
je ferme les yeux
mes articulations me font mal
l’enceinte bluetooth déconne
j’ouvre les yeux
je ferme l’écran du MacBook air
J’allume l’écran HD BenQ
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
la lumière se rainure se creuse
il y a du givre dans le congélateur
j’appuie sur le bouton une tasse
de la percolateuse
je ferme les yeux
le café ne coule pas
la pompe produit un bruit sourd
j’ouvre les yeux
je ne trouve pas de tournevis cruciforme
je ferme les yeux j’ouvre les yeux
je soupire les grains de café ne sont pas moulus
tout se casse la figure dehors le volet grince
j’ai mal au poignet droit
je ferme les volets
j’improvise une tendinite
c’est le diagnostic malade
je balaie l’écran de l’iPhone
20% de batterie restante
je ferme les yeux
je suis aveugle
j’ouvre les yeux
je suis soleil.

 

20 avril 2020

R.

Jeu littéraire : imaginer ce qu'un ami fait plutôt qu’écrire avec notre groupe d’écriture. Le je du poème c’est lui.

 

 

J’ai ouvert la fenêtre pour laisser entrer le printemps. Il se pose sur le rebord, oiseau blessé, et tombe, roucoulant dans l’appartement. Il heurte le cadre en bois. Il entre dans la chambre comme cette photographie de moi, imprimée par Julie. Après l’avoir montée sur un bout de bois ; elle avait glissé cet énergumène de papier glacé et de cèdre par la fenêtre.


C’était un drôle de corps, mon corps ce jour là. Je donnais un cours de philosophie à mes élèves par l’intermédiaire de Zoom et de ma webcam. Corps doublé, transmis par la fibre optique. Mon corps de peau et de muscle assis sur la chaise. Triplé. 

Ce corps là, surprenant, inattendu, imprévu, glissé derrière moi ; bougeait malgré moi.


J’entends Julie, en bas et le parquet qui grince, la porte du micro-ondes qui claque.
Ce sont les bruits de la vie. Celle qui me reste, encore, à vivre ici. Chaque bruit s’écoule comme le grain du sablier ; comme ce fleuve, ici, tumultueux seulement en imagination. Je ne suis pas triste. Je ne suis pas pressé. Il y a quelque chose de doux à l’inéluctable.

 

Dans le dossier « brouillon » de mon ordinateur je regarde les différents plans enregistrés à l’aide de mon téléphone portable. J’ouvre Final Cut pour tenter de les aménager en une histoire.

J’y ajoute du texte et des commentaires audio. Cette couture m’amuse, m’excite et m’inquiète. Produire du sens a toujours ceci d’angoissant qu’on ferme le monde dès l’instant où on le constitue. 


Faire récit. Je ne sais pas l’étendue de cette expression ni sa densité. Pourtant j’en pressens l’intérêt. Nous faisons récit. Ecrivant, filmant et vivant. Ceci, même c’est faire récit. Eux, qui m’attendent pour écrire font récit.

 

Le printemps entre. La brise souffle à l’intérieur de la boule à neige. La poésie l’agite comme ferait la main radieuse d’un enfant. C’est encore Pâques pour moi ;  la rondeur de verre ; l’oeuf translucide.

 

Messenger, clignote. Sur le téléphone une petite pastille rouge s’affiche à côté de l’icône de l’app. Un visage apparaît à droite. Jonathan m’a écrit

Il m’arrive de ne pas vouloir répondre. De ne pas savoir répondre. De devoir répondre pourtant. Ce n’est pas une torture. Le pal choisi ne peut être un supplice. Il est une modalité d’existence, une forme de vérifiction. 

 

J’aimerais qu’il soit plus simple de détricoter les impératifs. De couper ce qui me dépasse et me disconvient. Je modère une séquence de mon film. Par défaut, je souris, le logiciel intitule mon film l’objet indéterminé que je constitue et duquel je n’ai pas encore choisi la catégorie.

 

Lorsque je réduis une séquence ou que j’en délaisse une ; je ne me sens obligé par rien ni personne. 

Dans la marge, les lignes, la page blanche je me sais une liberté qui ne réclame aucune philosophie. Aucune système moral.

 

Parfois, c’est comme si entre le monde et moi une fine couche de latex transparent se tendait et que je devais remuer et lutter, sans en laisser rien paraître, contre elle. Cette espèce de pellicule entrave et intercède. Par elle j’établis un certain régime de rapport social. Contraint et possible.


Je me tais.

Je crois que j’aimerais jouer du piano, faire traîner la main maladroite sur les graves et les autres extrêmes ; y voir comme le frottement du printemps.

Les notes tombent, il ne grêle pas.


Sur le discord jeanlebaptiste me cite, un 12 apparaît à côté  du salon général. Comme autant de citations de mon pseudonyme. Je ne sais pas si plus jeune j’appelais l’ami qui tardait trop à descendre de chez lui. Si, ce cri là, sonnait comme ces 12 notifications là.

 

Dehors, le printemps inspire B. qui finit courageusement une canette de bière. Je ne sais, le voyant boire avec cette vivacité, s’il se donne du courage la buvant ou si la canette de 50 cl bue en 3 gorgées constitue le dernier terme du courage vrai.

 

Sa voix résonne et complique la brise. Je ne saurais pas boire aussi vite. Je n’essaie pas. 

 

Les vitres ne tremblent pas. Je m’installe au piano pour jouer plus fort qu’il ne crie. Concerto d’un quatuor fendu en deux ; sa voix grelotte. J’accompagne le hurlement, je m’accorde au hurlement, le hurlement me dirige. De là naît le rythme, la musique. Quelque chose de primitif ou de tout à fait contemporain, d’exactement d’ici et de maintenant, se joue, est en jeu. Voilà le présent. Hic et nunc. 

 

Le ventilateur de mon ordinateur portable souffle très fort en assemblant les séquences de mon film que je n’ose pas encore nommer autrement. Il y a quelque chose de grandiloquent à ce titre : mon film et quelque chose plus grave, c’est certain, serait de le titrer moi-même.

Que se passerait-il si j’effaçais ce titre générique, mon film, pour le réécrire à l’identique ; réécrire mais de ma main et de mon choix, mon film.


Je lis ce titre mon film qui sonne avec beaucoup de douceur et d’affectuosité. Aussi, j’y entends une part d’incrédulité. Mon film. Ce quelque chose que j’ai fait.

 

B. continue de vociférer et c’est désormais le souffle puissant et monotone du ventilateur qui accompagne son chant artaudien.

 

B. a une peau, une amoureuse et une canette vide. Il a une gorge que je crois puissante mais je ne sais pas ce que signifie cette expression de « gorge puissante » pour moi, dans ce contexte, c’est à dire qu’il hurle. Peut-être hurlerai-je à même intensité si je me le permettais. Je ne saurai jamais. Ai-je la gorge puissante ?

 

Je double-clique sur le bureau et j’arrive devant tous ces textes achevés ou pas. Ils sont comme un parterre de feuilles mortes. Confiné, le printemps ressemble à l’automne.

 

Je rejoins l’appel skype où chacun m’impersonate. 

7 décembre 2023

Tralalavail

16 novembre 2023

 

La mauvaise saison commence, les yeux se gonflent, les cernes se creusent. Voilà le début, irrésistiblement présent. Jeanne, lumineuse, en freine les montées brusques divertit, même, certains jours, l’irrésistible torrent. L’accélère, aussi, parfois, subissant, pour d’autres raisons, d’autres saisons, elle autant, les écoulements brusques de la vie, des glissements de terrain dont la boue, comme parfois lors des inondations, emporte tout. 

 

7 décembre, deux semaines presque de crise dans un mois de fatigue et de fièvre non-métaphorique. Deux semaines où rien ne se brise parce que nous n’en sommes plus rendus à ces mots, ni, même, ne s’effrite ou ne s’abîme, deux semaines de fatigue. 

 

Les 5 et 6 décembre je travaille — ce texte que j’achèverai peut-être le 6 décembre aux alentours de 00:22 —que je continue le 7 à 10:53, avant de retrouver Virginie chez Xi’An pour déjeuner maintenant qu’elle bosse près de chez moi

 

je travaille et, maintenant, au jour de clôturer ce texte j’ai travaillé  ce qui me réjouit (16 novembre) moi si hostile au travail — moins réjoui à cause des heurts avec Jeanne (7 décembre) —, à tous les métiers de tous ces siècles à mains. Un jour, je me souviens, Mehdi croyait, pendant une lecture commune de nos textes, que je le raillais, parlant, pour moquer les laborieux, de paysans à lunettes, des sortes d’Himmler, parce que, lui, se vivant laborieux et lui portant lunettes, s’imaginait désigné par ce vocable.

 

Cette catégorie de paysans à lunettes ne le visait nullement, des paysans à lunettes, êtres, pour moi, bêchant, butant, dans le travail de la terre, toujours sur des pierres, possédant piètres instruments, on en trouve des brouettes de siècles en siècles. Mépris, jadis, pour tout ce qui sentait l’effort, tout ce qui, même, résultait de l’enfer et j’élisais la pirouette sans intérêt plutôt que la chorégraphie sophistiquée pourvu que la première résulta d’une grâce naturelle, d’un don, et la seconde d’un travail déclaré. 

 

Cachez ce travail que etc etc.

 

De ces jugements, comme de beaucoup d’autres, je suis revenu, par lassitude, surtout, maturité, diraient d’autres, qui probablement, n’en constitue que la modalité ridée. Peu importe. 

 

Je ne juge plus, d’ailleurs, à mon grand désespoir, quelque part, me tenant comme en retrait d’une façon d’être, prenant parti avec difficulté excepté en cas de crise, c’est à dire d’hystérie, ce qui ne se confond pas avec la force l’ancienne force qui fut la mienne, rigueur et exigence. En cas d’hystérie où faire droit alors aux droits aliénés de la folie et d’elle exceptée, dégagée de moi, l’être civil(isé?) et social, ne défendant aucun de mes intérêts objectivement définis par d’autres. Intérêts, pourtant, objectifs puisque condition de la survie et donc de tous ceux à venir. 

 

au final perdre Louis, Aline, Romain, Marie-Anaïs, Mehdi déçoit plus que ne blesse, je méprise, éliminant par là les raisons, avalant — c’est de travers — le sentiment d’injustice — faire droit, toujours. 

 

 De l’indifférence au monde, sûrement, naît une certaine rondeur, une acceptation de celui-ci comme il est, sans résignation ni révolte, comme une vache dans le train qui le mène à l’abattoir regarde défiler le paysage, tout son monde.

 Force, ici, au passé, celle que je convoque, correspond peu, je m’en aperçois aujourd’hui, d’avec la Force, force, jadis, confondue, avec violence, oppression, dureté, choses, aujourd’hui, après maints efforts, détours, introspections, dispersées. Force dont j’espère parfois le retour de l’ancienne forme, cette violence inouïe que je retournais contre moi aussi souvent que je la destinais aux autres comme d’expérimenter sur soi la potion ou le sortilège avant de le répandre. Moi consommateur test et nouveau burger McDonald’s.

 

Aujourd’hui (16 novembre), je le rapportais à Jeanne, que, à son contact, ce que j’avais à la fois de lâcheté et de dureté, s’abolissaient, remplacées, ces deux-là, par de la sérénité, elle, la mieux apparentée à ce qu’on pourrait dire, la force, c’est à dire, un calme, une gestion, sans violence, des conflits, c’est à dire, du jeu des intérêts contradictoires. Plusieurs exemples illustreraient la pratique concrète de Jeanne dont je m’inspire elle y ajoute, certes elle, une violence parfois, dont, moi, devenu incapable, je n’exerce pas. Jeanne ne considère pas, chose rare, que le monde lui doit quelque chose, Jeanne considère, chose plus rare, que le monde devrait être autrement, Jeanne exige une justice — l’autre monde dans celui-ci —qu’elle ne suppose pas devoir tomber de l’obscure clarté des étoiles, elle se le doit, Jeanne se le doit. Jeanne, je l’ai déjà exprimé auparavant, a arraché de moi quelque chose d’un résidu de l’ancienne pauvreté, cette volonté de vivre juste à hauteur de mes moyens sans chercher à conquérir, dans le monde concret et matériel, d’autres, si j’obtins, bien avant elle, quelques atours luxueux, ceux-là résultaient de la filouterie, je savais jouir et ne pas jouir, Jeanne, me conservant le premier, m’apprît — tout en détestant ce mot de jouir trop apparenté pour elle à celui de pourcelle — et me rendît insupportable ce privatif c’est à dire, aussi, la privation. Prédation.

 Lorsque je commençai ce texte nous vivions, Jeanne et moi, dans une sorte de léthargie heureuse, malades, ensemble, elle d’abord moi ensuite — moi toujours à la traîne d’elle, secouée récemment. (3 décembre ?) Jeanne, avec ses amis, dispose d’une conversation de groupe, lorsqu’elle m’évoque les discussions qu’elle entretient avec eux, dit aux potes. Après nos débats mouvements, elle me dit, qu’elle en parlait aux potes, qu’elle leur disait s’attendre à être grondée, qu’elle détestait ça parce que, surtout, elle était — se jugeait — en tort. Petit chat mignon et éprouvant, qui, sinon confort et réconforte éconduit (ça jarte) le dispensable. 

 

 (16 novembre) Je demeure, ce que je n’étais pas, et m’étonne, alors, d’employer un verbe de la permanence et de l’immobilité, un être de compromis et de discussion, je suis prêt à débattre de mon intérêt si ce débat, cette minoration, permettent une accalmie. Transiger si, de ce fait, la situation globale, non exclusivement la mienne, s’arrange. Or, si je sais rogner sur mes droits et mes intérêts je ne sais les délaisser entièrement, cette position trop médiane, trop hésitante, me rend faible, fragile. Il faudrait renoncer —la charité se juge à ce qu’on garde non à ce qu’on donne— ou exiger. 

 

4 novembre 2023

Souviens toi le 27 mars

(texte zcrit il y a plusieurs mois)

Il m’a toujours manqué dix kilos (depuis un an, mais de gras, de paresse de bourelets, j'ai pris dix kilos déjà devenus cinq) pour être tout à fait courageux parce que, pour moi, le courage dépend, aussi, de l’effet que je me sens capable de produire et de la possibilité d’agir qui en découel.


En matière de menaces, contrairement aux idées reçu"s, je suis nul. La menace, contrairement à une croyance ordinaire, ne réside pas seulement dans la peur ou dans l’expression d’un acte malveillant à venir. Cette parole, lorsqu’elle survient, doit se faire rare. La cruauté, la barbarie, la manipulation et, ici, la menace ne s’exercent que dans une retenue, ce qui en fait la force, c’est leur rareté. Volubile comme moi, les hurlements proférés tiennent davantage de l’exercice de respiration, désagréable pour qui le reçoit, que comme une menace effective. Menaçant, réellement, j’aurais conduit à l’abstention des autres, au refus de s’impliquer. Il existe, innomé pourtant réel, un écart entre la peur qu’inspire le fou et la peur qu’inspire le méchant réellement méchant. 

Je parle de mes dix kilos de plus et je pense à Yan qui, lui, pouvait semer la terreur malgré son pectoral manquant, malgré son mètre soixante cinq. Parce que, justement, sans cesse, il faisait peser la possibilité de tout.
Ma violence n’existe pas réellement, elle ne s’exerce pas, si la parole agit dans le monde, elle se dissipe plus vite qu’un acte.
Dire j’ai brûlé ta garde robe le lundi pour, finalement, la révéler intacte ne revient pas au même, le choc, réel, s’estompe en portant la jupe provençale — J. mais c’est horrible les jupes provençales, qu’est ce que c’est plouc.

Je me souviens, un jour, d’une dispute, avec Marine, à Nanterre. Nous rentrions, avec Marie-Anaïs dans la maison qu’elles louaient toutes les deux, et sur la table des mouches dévoraient les restes de plusieurs repas, l’évier débordait de vaisselle à la saleté durcie. Ce jour là, nous fêtions l’anniversaire de Marie-Anaïs, je rentrais les bras chargés de denrées et de cadeaux. Agacé par cette vision, fréquente mais atteignant ici son pire, j’écrivis à Marine pour le lui signaler. Sa réaction, évidemment, ne fût alors pas d’excuses mais de justifications, de vous aussi vous faites etc. Si j’emploie cet exemple c’est de bien montrer que, contrairement à ce que l’on prétend, je ne fais pas peur de la façon que l’on décrit. Aux personnes réellement terrifiantes personne n'ose s'adresser de la sorte ou, le faisant, avec des excuses et des regrets immédiatement exprimés. Ces gens, même coupables, appellent à la contrition générale, la compoction la forme de leur accueil. Plus encore, dans ce genre de cas critiques, je tente, volubilité idiote dissolvant toute autorité, d’expliquer. Marine, alors, pour exposer combien je me montrais affreux demanda son opinion à son petit-ami et, de sa réponse, en conforta son avis premier. Comme si, lui, devant le chagrin, la peur de sa copine, ne prendrait pas son parti. Par amour, par paresse.


La seule fois où j’allais, véritablement agir, par exemple, le 27 mars, je ne m’épanchais pas. Je ne me défendais pas. Je le faisais, rien d’autre. Prévenant, probablement parce que je souhaitais, aussi, être empêché, m’abstenant, de justesse, à l’extrême limite, de l’irréparable. La parole rare mais pas absente permis le secours.  

15 octobre 2023

All play means no sex

Au lit, après la longue soirée d’hier, terminée à 6h du matin, avec Le Moine, électrisant jusqu’au matin le groupe, les lèvres parées de rouge, les sourcils madrés, nous discutons avec J., le rideau tiré, des gestes de séduction entrepris par les hommes, les certitudes qu’ils affirment devant le moindre signe d’intérêt d’une femme — politesse, gentillesse, crainte. Cassandra, aujourd’hui, ma très belle et douce ancienne amoureuse, ajoute Etoile sur Instagram qui, devenu fébrile, demande par DM « qui est cette charmante fille », J. répond, je synthétise, « l’ex de Jonathan ». Après ma sieste, je reçois de la part d’Etoile « c’est quoi ce bin’s avec Cassandra » J. « ils ont échangé, elle l’a bloqué ». Etoile, à qui je réponds « ? » s’étend, gentil laïus inquiet, persuadé, en réalité, ne me le rapportant que par détours, l’exprimant plus clairement à J. « on n’ajoute pas un compte privé par hasard (…) je suis doué pour repérer ce genre de choses », se persuade que cet ajout traduit un intérêt sexuel que, parce qu’elle le bloque, le motif vient d’une sorte d’embarras de sa part à elle — parce que nous la connaissons — et certainement pas de ce que lui a été relou, de ce que, son profil Instagram lui a été suggéré par l’algorithme et, elle, accomplissant le geste banal et distrait de l’ajout. De bien connaître Cassandra l’explication d’Etoile de la supposer retorse, inquiète d’entrer en relation avec des connaissances de son ex. 

 

Si je réfléchis à ceci c’est d’observer, régulièrement, ces processus étranges — accentués jusqu’à la démence ici par Etoile - de ce qu’une femme échange avec un homme que cet homme, de là, imagine un intérêt immédiatement sexuel. Récemment, nous buvions vers 23h, près de la librairie, avec Valentin, des verres avec José le libraire et Césarin, près de nous, deux filles inconnues, Louise et Anastasia, se trouvaient, l’une d’elles, Louise interpella Valentin de boire un café ce qui lui fit s’exclamer, de son regard joliment étonné « mais tu bois un espresso ? » qui amorça folle soirée, dialogues intempérés, mouvement jusqu’à la fermeture des troquets, puis passage, ensemble chez Valentin, le doux appartement de Valentin, l’émerveillement qu’il suscite, chaque fois, l’appartement. Les vagues accrochées à nos pas, moi, qui à 5h30 rejoint J. en Uber, Valentin, à 6:17 m’écrit « ils sont partis ». Le parallèle entre cette situation et celle d’Etoile c’est que passant moi à la librairie, au retour de Palerme — j’y avais laissé un livre pour Louise — José me dit « Césarin était sûr que Louise passerait à la librairie lui demander son numéro » ce qui m’interpellait parce que, d’être demeuré en rapports assez serrés avec Louise — Valentin de même — jamais elle n’évoqua Césarin — à qui elle fit lire ses poèmes, au café, mais Louise, son enthousiasme trouble les jugements plus encore ceux des maladroits en amour et en séduction — non par un embarras devant ses sentiments naissants à elle —elle ne dissimula ni ne retint, ultérieurement, son affection pour Valentin. José me dit « Césarin, allait, après que Louise l’aura contacté, couper court » se projetant, dans un scénario tout complexe de noeuds, d’une relation non-née dans laquelle, empereur, il baissait le doigt pour l’exécution. Amusé, je le rapporte à Louise qui, s’en agace, passant à la librairie, pendant mon séjour à Palerme, elle ne réclama pas le numéro de Césarin et trouva plutôt irritant sa manière. Disposant désormais de l’intégralité des éléments, je vois le système déployé — maladroit parce qu’incompétent — de Césarin. Convaincu, au cours de la soirée, d’une attirance réciproque il entreprit un jeu qui, croyait-il augmenterait le désir de Louise et par là son empire sur elle. Lorsqu’elle lui demanda son numéro, lui il faudra passer à la librairie le demander. Le Mystère se dit-il, il se dit le mystère, le charme poétique — il reproduit mon geste de tu récupèreras un livre à la librairie qui ne portait pas, le mien, de volonté mystérieuse ou de séduction, pur don — je comprends à l’instant qu’il reproduit parce qu’au moment du présent lui : t’es parisien…t’es parisien depuis toujours ? cette sorte, pour lui, alors d’aisance spontanée, de charme. Louise, je lui parle, plus tard, autour d’un Moscow Mule de ce que Césarin racontait à José et elle, à moitié décomposée et irritée, ah bon ? C’est que non, qu’elle trouvait sa démarche ridicule, que ce jeu de pistes ne présentait aucun intérêt, elle le trouvait sympathique — comme nous tous — et parce qu’enthousiaste se trouvait là de nouveaux amis, une plus grande diversité, pliure agrandie de l’éventail. Lui, prêt à couper court, imaginant, à cause d’un bonjour, une forte inclinaison, croyant, dans le vent d’automne qui empourpre le visage, peut-être, les premiers signes d’un amour, les rougeurs de l’amour. Au lieu de s’inquiéter devant le visage grêlé d’une adulte à la varicelle, il se suppose un grand triomphe, prêt, hélas, devant la pâmée à l’écarter d’un signe désolé. 

 

alors moi je me souviens, on parlait avec M., par Instagram, je n’avais pas de visage et elle je la trouvais jolie, ne souhaitant pas — constatant tout de même — couchant bien plus tard avec elle — entrer dans un rapport de séduction — de séduction sérieuse puisque je demeure toujours charmeur. Je, tout différent en ceci de Césarin, lui déposai, la prévenant, un livre Mary Calloway, dans un endroit secret, près du cabinet d’avocat où elle exerçait, le dissimulant, dans les fourrés, un mot inscrit à l’intérieur, un post-it collé sur la couverture noire suppliant qui le trouvait de le laisser s’il ne s’en sentait pas le destinataire — rendant plus visible le livre discret par cette excroissance colorée. Lorsque j’en parle à J., qui n’aime que les choses simples — à condition qu’elles soient belles — elle me dit — je le sais — « ah ça m’aurait soûlé » lorsque j’en parle à d’autres, femmes et hommes, ils en sont séduits. Souvenirs, aussi, pour faire mon intéressant certes là cette fois-ci, au premier rendez-vous avec Cassandra, au Andy Wahloo, apportant des fraises de chez mon bon primeur (ou Berrie’s?), dans un petit mouchoir, pour les étaler sur notre table, geste splendide parce que rare et précieux, parce qu’écho gourmand à celui plus banal des fleurs, s’y rapportant, en déviant — moi maladroit tout de même oubliant dans le uber qui m’y menait mon sac — courant à sa poursuite — arrivant suant au rendez-vous, mais digne, divertissant de mes cheveux humides par l’apparition miraculeuse des fraises juteuses. Revenant, sans réciter, à la légère improbabilité proférée par le poète. Avec mon corps de faon comme J. m’appelle depuis toujours. 

 

Je voulais dire, les hommes prennent toute curiosité pour promesses de batifolages, suçage de bites dans les toilettes les plus proches.

26 septembre 2023

Miroir mon beau mouroir.

Lassitude du jour (hier, maintenant, texte commencé hier), Marie-Anaïs, avec son oncle, hier récupérait ce qui lui restait de notre vie commune, sa part. Son oncle, qui l’accompagnait, exigea d’elle qu’elle prît le miroir Maison du Monde, les verres en cristal Villeroy&Bosh, les casseroles Marc Veyrat, le wok Marc Veyrat — abîmé c’est moi qui précise - parce qu’il les lui avait offert et que, donc, une valeur sentimentale s’y attachait, valeur sentimentale, expression ici toute faite et toute contrefaite. comme s’il pouvait, lui, juger de la sentimentalité ou non d’un objet, trivial, encore, d’ailleurs cet objet, morceaux de laiton assemblés, valeur sentimentale, bien davantage pour moi, tous les gestes superposés sur le revêtement du wok, les taches de brûlé, la pellicule brune, parfois, tous les plats cuisinés, réussis, les ratés, mes souvenirs, ma sentimentalité. Qui, pour lui, vient, lointainement, de ce jour, un Noël passé, une dépense au milieu des autres dépenses (entre la Ferrari, l’iPhone de P., sa fille et la pompe à chaleur de la piscine) Marie-Anaïs s’en fout. Valeur sentimentale, oui la bibliothèque verte fabriquée par son grand-père décédé, moi, attaché à cette bibliothèque, forcément, aussi, tout compte de cet aussi qui n’est pas un autant,  aussi qui, s’incline, largement, devant le sentiment réel, clair presque douloureux. Comme, de la même manière les Pléïades, seul héritage vivant de qui voulût léguer davantage — trésor perdu dans les naufrages administratifs —Marie-Anaïs attachée, pour de vrai, parlant de sa propre voix, de son propre désir, de son plaisir personnel.

Pas l’Oncle qui se mêle et me blesse, introduit ici je ne sais quel narcissisme pour parler de lui, voilà l’attachement ; marie-anaïs sent an attachment ; la pièce jointe : un lien vers le miroir sur le site de Maison du Monde 

https://www.maisonsdumonde.com/FR/fr/p/miroir-rectangulaire-a-moulures-dorees-77x120-altesse-164888.htm?cq_src=google_ads&cq_cmp=19198991891&cq_con=&cq_term=&cq_med=pla&cq_plac=&cq_net=x&cq_pos=&cq_plt=gp&gclid=Cj0KCQjwvL-oBhCxARIsAHkOiu095XBUX6mEEKZAb51Ao9oxnFOEs0GGbBm2jFLcVE5I_lMDV55Er8kaAmUqEALw_wcB. 

Comment expliquer que je n’aime pas n’importe quel miroir, non fongible en ceci, j’aime le miroir briqué récemment, les marques noires déposées sur le papier peint par lui, les guirlandes emmêlées qui lui faisaient comme une coiffure lumineuse, croire que le modèle Altesse à 179,99 Euros suffit quand je tiens, dans ce miroir, à retrouver mon image incrustée, ce dont, gai ou honteux, il fut témoin, ce reflet là, de cette lumière ci. L’Oncle en a décidé autrement et je ne lui pardonne pas de décider pour moi, pour nous, pour, plus encore, un lieu, il s’attaque à ici, appartement chéri, déjà, par moi, par les amis, par les amantes, passagères des derniers mois, honni par sa mère — autre titre de gloire. 

 

Le téléphone sonne : 

 

Maman c’est vraiment un truc de gwer … je ne pensais pas Marie-Anaïs comme ça  Moi : c’est pas elle, je le sais, son oncle, elle fatiguée, pas envie de lutter 

J. elle manque de cojones…faire intervenir des adultes

Maman : déjà pourquoi il est rentré chez toi, il aurait du attendre sur le seuil (vrai)  c’est son oncle riche ? en plus …c’est pour ça qu’ils sont riches. 

 

après la rupture, quand maman me demandait le motif, avec l’embarras de sa culture, je lui dis, schématisant, que, simplement, une de mes crises déborda le supportable et que Marie-Anaïs ne la souffrit pas. Mon mécontentement envers elle tenait — tient encore — à la forme partielle de lâcheté qui l’habita, qui habita tout le monde, moi excepté, en ces matières, je le suis peu. 

 

Ce miroir, pour moi, comptait parce que, plus que son miroir ou que notre miroir, il appartenait au lieu, à l’appartement, chez moi en enlevant l’objet on arrachait tout autant la mémoire. Je l’acceptai hier, mécontent, je l’acceptai, après tout le prix parce qu’il nommait valeur sentimentale, surtout le prix, la valeur monétaire et le geste, le seul pour lui qui comptait - le moins nécessaire comme le donneur de sperme ne fait pas l’enfant - de son don, sans voir combien dérisoire, peu nécessaire, en réalité, on se serait débrouillés. Ce que je dis, souvent, voilà, je me serais débrouillé. 

 

Puis, aujourd’hui, l’envie de faire bouillir de l’eau, où sont les casseroles … puis je prolonge la réflexion où sont les verres ? je n’ai plus verres ni casseroles à cause de leur valeur sentimentale. Ici, j’appelle mesquinerie, petitesse le comportement de son oncle. Parodie de sentiment. Avec l’emménagement nous distribuâmes les livres en double et en triple dans toutes les directions, les passant par rimes et profits, j’agissais de même concernant la vaisselle, 

 

certitude de ce que Marie-Anaïs n’y est pour rien : les assiettes demeurent ici, l’écran offert par sa tante demeure sur le bureau etc

 

douleur, Marie-Anaïs a emporté toutes les sciences humaines, ce que Mehdi appelait livres de connaissances. 

 

Alors, je déborde, encore, toujours, alors, j’imagine, devant le flot de messages, je redeviens aux yeux de Marie-Anaïs fou. Tandis que je n’exprime rien tant que le choc intérieur, que celui-ci, choc, tout ordinaire devient indiscernable de la folie, se confond entièrement ou presque avec la crise, semble, même, pour qui mal intentionné, un prétexte, quand, la déchirure, réelle, la déchirure dans le réel, celle qui, depuis des mois, me détruisit le plus. 

 

18 septembre 2023

Paysage dans le brouillard

Je découvre que cette sensation de brouillard cérébral, décrite depuis des années dans l’incompréhension générale, correspond à une réalité médicale connue et non-expliquée. Si nous en ignorons la cause nous pouvons la supposer, puisque partage d’un grand nombre, commune quand même innomée.

dans la fiction souvent se trouvent représentés des individus à moitié bannis de la société à cause de l’emploi qu’ils occupent. Le bourreau, jadis, charge héréditaire — les fameux Sanson qui après avoir exécuté les décisions des cours de justice monarchiques exécutèrent les rois au nom de la justice républicaine — se voyait réservé, chez le boulanger, son morceau de pain ; réservé parce qu’alors exclu, séparé du reste des êtres humains lui qui, pourtant, se contenter d’être le visage et la main de la justice et des lois ; c’est à dire de la société en entier. L’équarrisseur, lui aussi, découpant les carcasses des chevaux dépecés ne jouissait pas du demi-prestige du boucher, l’équarrisseur, lui aussi, trouvait sa pitance distinguée de celle des autres. Le boucher, quant à lui, alors, ceint de sa charge — héréditaire encore — d’officier de bouche bénéficiait des largesses symboliques, occupait dans la hiérarchie sociale la première place après les nobles, le sommet des bourgeois — à qui se joignirent-t-ils les douze bouchers officiers de bouche au moment de la Révolution. Les officiers de bouche, métier de sang, autant que l’équarrisseur ou le bourreau, traitant la mort à pleine mains, ne dégoûtait personne. Il en fût un même qui — tout vulgaire — pût épouser Olympe de Gouges, La Olympe de Gouges, nous ignorons, encore, si, entre deux découpes, l’officier de bouche épousé, je crois, en 1755 — je regarde wiki, 1765, erreur — rédigea la déclaration des droits des bouchers et charcuteries. Il faut savoir — il faut le savoir — qu’en ces temps troublés toutes les proclamations ne parvinrent pas à la postérité ni à leur entrée en vigueur — la plus belle Constitution, celle de 1793, qui permettait au peuple — mais le peuple nécessite-t-il une autorisation ? de se révolter si les tyrans prenaient le pouvoir, cette Constitution scellée dans un coffret de bois sous l’arbre de la liberté.

Personne, d’abord n’y croit, la plupart s’imagine pouvoir comprendre de concevoir les symptômes pour les avoir — fugacement — éprouvés ; je ne les éprouve pas, fuyards, ceux, là, ils, les symptômes, me surprennent, s'installent, sans départ. Après son apparition, aucun couteau assez aiguisée n’écorche ce brouillard, l’alcool, peut-être, feu curieux, s’il ne me plonge pas dans l’abîme pire, peut m’en arracher un instant, trouée de lumlière. Au prix, le lendemain, d’un brouillard décuplé, augmenté, celui-là, de la nuit noire, de l’épuisement, du couteau retourné contre soi. Ne s’en faut-il pas de peu qu’il n’entame la jugulaire ? 

 

Ceux, donc, les bannis malgré eux, ces ancêtres, en quelque sorte, des éboueurs — travaille bien à l’école sinon — traitant, pour le reste des êtres, de la fange humaine, ceux-là, déclassés au-delà — en deça — de l’humanité. Je pense à ceux, les gueules cassées, comme on les appelait, ceux de retour de la guerre, la Grande Guerre, la Der des Der —Mdr MdDer — qui, revenant vainqueurs, eux, le glaive de la victoire eux qui sauvèrent de la sauvagerie allemande — on saura leur brutalité un peu mieux encore quelques dizaines d’années plus tard — tout un peuple, eux, donc, ces sauveurs rejetés par le monde, leur visage qui devait les placer au-delà de l’humanité, les situait, soudain, à côté, ou, du moins, si au-dessus, quelques mois, vite dégringolèrent avant que, mauvaise conscience forcément, ils se voient déplacés, médailles et carte d’invalidité, mis sur le côté devenant des autres, des fossiles, le mauvais souvenir, ils se mirent alors à se cacher, ils craignaient de transmettre à leurs enfants — les femmes craignaient aussi ceci — cette gueule nouvelle. Ils revenaient héros et finissaient rebuts. 

 

Les jeux-vidéos accentuent — ce n’est pas normal — cet état de brouillard, quelques recherches me montrent la communauté de nos symptômes, à nous, les joueurs, occasionnels mêmes. Pourquoi ? D’où vient ce que de nous, pour nous, s’élève, après les quelques minutes de rosée — le plaisir — cette brume terrible, épaisse, suffocante, pareille à l’air des montagnes mais ces montagnes, alors, incinèrent des déchets.

 

Souvenir, le film Rambo, ta-ta-ta-ta, ce n’était pas ma guerre, Rambo le premier, quand Rambo à demi-exilé dans son propre pays, pour qui il fit, qui portait, lui, la défaite, qui inquiétait — le stress post-traumatique le sien celui d’une société. 

 

Est-ce une sorte de défaillance de l’oreille interne, un mal des transports, une malcompréhension de mon cerveau de ce que le mouvement de l’image ne correspond pas à la réalité des translations de mon corps ? Que lui, le cerveau, suivant à son gré, par imagination, ou, dit-on, pénétration — ces traversées épineuses comme dans le rêve — un chemin de traverse souhaite abandonner le corps. Le brouillard alors, ce conflit, cette résurrection des dualités, celles passées, chassées par des siècles douteux de philosophie et de science mécaniste ? 


Je relis le manga Claymore. Des monstres, capables de prendre apparence humaine, envahissent les villes et massacrent les populations, pour se défendre, les être humains créent des êtres hybrides. Après avoir prélevé les cellules de ces monstres, elles sont incorporées à des individus. Seules les femmes se montrent assez compatibles et incorporent un ordre, celui des Claymores, du nom de l’épée qu’elles portent toutes. Leur hybridité leur permet de repérer les monstres dissimulés et, parce que dotée d’une grande force augmentée par un entraînement rigoureux, de les terrasser. Les services des Claymores — des hommes organisent leurs missions et en touchent les subsides qu’ils redistribuent —se monnaient. Les Claymores accomplissent leur devoir, sauvent la vie des villageois et ceux-là, villageois, après l’exécution du contrat, chassent celles-là, les méprisent, les conspuent. Ces femmes qui, pourtant, jamais ne choisirent ce rôle, elles, enfants enlevées, torturées, qui, aujourd’hui défendent le monde, elles, pourtant, rejetées, demi-bannies, vivant, autarciques entre elles, pures fonctions, bourreaux malgré elles qu’on priva de tout sauf du meurtre — si meurtre encore l’élimination des monstres.

Je dois me tenir à des rigueurs inhumaines, pratiquer des activités sportives à haute intensité — du cardio — lire, beaucoup, écrire un peu, pour échapper à ce brouillard, comme une course, un horizon à l’envers qui me pourchasse — ou moi l’horizon et le brouillard le poursuivant plus vainqueur, plus habile que les garçons ou les fillettes pourchassant les arc-en-ciel — une vie non-humaine, coupée de toute plaisir pour s’épargner cette sentence de brouillard épais. Ce paysage encombrant comme une immense suffocation, les poumons, ceux dans la tête, ni branchies, ni appareil proprement humain, une petite cavité, le cervelet, la folie. Par là. 

 


Naruto, lui aussi, jadis, au lieu de recevoir la pitié de tous, en subissait le rejet, lui en qui fut scellé un monstre sacré qui ravagea le pays, décima le village et, surtout, tua ses parents, le rendant orphelin, lui, le torturé, traité en monstre quand son existence même et toute sa douleur, au lieu d’en faire l’enfant maudit eût du en faire le saint. Au lieu de l’autel ou du plus simple respect, le voilà humilé, ithyphalliques et pioupiesques leurs quolibets l’ont dépravé.

 

Comme s’il fallait couper le corps, le soumettre, le foutre au ceps sans réduction possible de peine, perpétuité, j’ai lu, que, parfois, les cristaux d’oreille, causaient ce déséquilibre, que, peut-être, moi, voilà, je porte, au lieu de cristaux, paillettes, cristaux écrasés, la meule, la vie, ou le cerveau, le poids des soucis, comme dit J., 



Alors ceux-là, les plus nécessaires, les plus décisifs, toujours les plus rejetés, ceux-mêmes, je veux dire avant les impératifs économiques qui mettent dans les mains du misérable la boue et la merde, ceux qu’on projette dans la boucherie humaine, ceux défigurés par les maîtres fumant cigares, décidant, eux encore, des prochains crimes, des nouvelles humiliations ceux-là, oui. 

 

 

 

Et moi. Le poète. 

 

Je me souviens, soudain, la soeur de Marlène, des années en arrière, à propos d’une de ses amies, jeune amie, dans les seize ou dix-sept ans, qui utilisait Tinder, au début de Tinder, une fille d’une laideur, l’amie de la soeur de Marlène, inouïe, quelque chose de rare qui n’entrave pas le désir, qui ne peut freiner ce qui remue — la vie — que la honte n’abat pas encore — elle sait résister — la fille, avant, picassa, avant toutes ces applications ajoutant à la trahison des images, se corrigeait un peu, sa laideur apparrente, pas à ce point, peut-être, assez pour ne pas attendre beaucoup, cette fille qui rencontrait des mecs, des mecs plus âgés, tous railleurs, la question venait après, ce que c’est cette moquerie, si elle se passe après l’avoir baisée ou sans l’avoir baisée. Que le sort, le doute, ne résidait qu’ici, s’il se vidait les couilles ou pas, s’il lui reprochait de mal sucer ou s’il venait le garçon avec d’autres garçons pour tendre le doigt déformer la bouche.

je ne sais plus rien. 

17 août 2023

L'oiseau lyre

Dans l’appartement de J. les objets perdent leur univocité parce que le métier — maîtresse — qu’elle exerce dédouble certains d’entre eux — le métier même, maîtresse, se distancie du sens usuel, celui d’institutrice —. Tout peut devenir autre chose ; je pense à ceci en quittant les toilettes, la lunette y manque, cassée jadis, à côté de la cuvette, on trouve des outils destinés, de prime abord, à la réparation ; je dis de prime abord, parce que, ces outils comprennent, entre autres, des pinces, et, dans cet appartement, les pinces servent aussi — et surtout — d’autres usages ; des pinces, lorsque j’en parle à J., les plus vendues du marché, à accrocher aux tétons, peu douloureuses, plus objets de fétichisme que de masochisme ; d’autres pinces dites crocodiles, douloureuses, celles-là, dont le nom familier me laisse entendre qu’elles possèdent, ordinairement, un autre usage.

 

Wikipédia : Une pince crocodile est un organe de connexion électrique rapide et provisoire. Elle tient son nom de sa ressemblance aux mâchoires d'un crocodile.

 

 

Tout à fait professionnelle, aujourd’hui, excellant, même, ainsi que sa réputation, halo favorable l’entourant, elle dispose d’instruments exclusivement dédiés à sa pratique de Domina, fouets, cravaches, martinets, godes variés. Ces objets, eux, destinés, très officiellement — lorsqu’on les trouve au domicile d’une personne — à la sexualité s’adjoignent, serviables acolytes, des produits auxquels, d’instinct, nous ne penserions pas, les lingettes désinfectantes, par exemple qui, dès lors que nous en prenons connaissance, nous paraissent, en effet, comme la stérilisation des instruments du chirurgien, une nécessaire exigence.  

 

 

le dernier des martinets, excessivement douloureux, ne servira, à terme, que d’objet purement décoratif, d’apparat, éventuellement, comme ces épées serties de diamants et d’or témoignaient, jadis, de la force du conquérant sans, pour autant, ne s’employer plus jamais au rôle antérieurement dévolu à l’épée. Ou, j’y pense écrivant, déjà, dès le départ, même employée à l’épreuve de la force physique, l’épée portait en elle sa force de symbole, excédait sa seule valeur d’usage, sa valeur, seulement, reposait aussi et encore, dans son utilité martiale, fil de l’épée, maniabilité de l’arme et même valeur du forgeron, il se distingue, le forgeron, lui, pour qui il forge, qui reconnaît, son maniement de l’eau, de la pierre et du feu.
 

Seule avec J., j’aime les séries ; en ce moment nous regardons ensemble Stranger Things, où, étrange hasard ? Le monde, aussi, se tient, réversible le upside-down, comme cet appartement où, noircis — tous les instruments de sa pratique semblent extraits d’une mine de charbon pur — les diamants aussi —, les objets portent la marque du revers de, ce mot que j’oublie souvent, l’interlope. Revers, ici, des désirs, du non-exprimable, du recours, systématique à la professionnelle, parce que, en ceci, plus que dans le rapport avec la prostituée, ce qu’on entend d’habitude par prostituée, une expertise rare, introuvable s’attend (il y a eu ce vieil homme, cette momie tu disais, qui, après la séance — tu dis séance j’aime beaucoup comme en psychanalyse ou en cours de sport — te reprocha ton manque de sévérité contraire, et c’est un mensonge, à ta réputation. Disant ceci je me montre presque injuste envers les aptitudes des escorts qui, sur leurs annonces, affichent leurs pratiques comme autant de compétences à un CV  oridinaire ou à la maîtrise de la suite Office se substitue celle de la Gorge Profonde. Si je peux, moi, ne pas les trouver, hors du commun, c’est que, comme beaucoup de personnes des grandes villes, elles appartiennent à mon répertoire de gestes amoureux et sensuels, deepthroat, anal et cum in mouth perdent en extraordinarité face à uro, gode-ceinture, massage prostatique. 

 

 

Est-ce qu’alors l’épée sertie de rubis, celle la plus fragile, la plus inutile à la victoire, ne témoigne pas de la toute puissance de qui elle ceint ? ou, annonce-t-elle, cette inutile et bruyante beauté, la décadence à venir, le gâchis. La conversion, pour forger cette épée inutilisable en terre virile, de toute la fortune accumulée des victoires

 

n’est-ce pas aussi alors une façon d’intimider son peuple et celui des autres, alors si à ceci ressemble son palais et son arme, quelle force doit-il avoir, mais cette rhétorique des éclats d’or ne s’énoncent qu’aux philosophes et aux délicats, les armées, ceux-là, les réforment, jurent par le meurtre et tuent du plat de l’épée ou de la baïonnette si la lame trop émoussée ou le fusil déchargé, manquent à leur but. 


Brutalité des conquêtes inutilement convertie en art. 

 

Lorsque j’évoque le métier de J. à mes amies, certaines, aveuglées par l’argent — n’entendant que le tintement de l’argent —

 

200 euros de l’heure, on dit, offrande dans cette langue, sur le site sixannonces, destiné exclusivement aux escorts, on parle de roses, si les premières, cette fois, ne prennent pas à rebours le monde, les autres, clairement, euphémisent, tout y est atténuation comme s’il fallait, par un langage mimant le romantisme, atténuer la violence ou la honte, les clients ne notent pas des pratiques sexuelles, ils évaluent des massages, l’une des 4 catégories à évaluer par les clients. 

 

Les autres imaginent, parce que ceci demeurant dans de l’abstrait discursif, dans un monde doré — dorée sont les douches —, qu’il ne s’agit « que de ». Ce « que de » les veut imaginer les voir se lécher les pieds, donner des ordres, en bref exclure le sexuel de la pratique, croyant que, si la domina n’est pas pénétrée alors il n’y a pas de sexe, la réalité comprend, uro, face sitting, gode ceinture, massage prostatique, nudité du client. Certaines des amies de J. qui s’essayèrent à ceci, attirée par l’argent et la sensation classiste que l’absence de pénétration (d’elle pénétrée) les distinguait du reste des travailleuses du sexe, finirent par pratiquer une prostitution telle que plus ordinairement entendue, la difficulté tient, à la fois, à poser les justes limites aux clients et, ceci toutes le sous-estiment, l’immense difficulté à commander, pendant une heure, parfois deux, un homme, deviner ses désirs, alors, comme on disait avant, dans la littérature romantique - qui l’est si peu dans le sens commun - elles s’abandonnent. En effet, alors, elles abandonnent quelque chose.

Beaucoup, par ailleurs, je pense à N., ne se figurent pas possible une telle rémunération sans baiser - entendant baiser comme un rapport pénétrant-pénétrée -

erreur et préjugé. 

Erreur parce qu’elle suppose que tout le monde pourrait le faire or, ici, le coût se mesure à la rareté de l’offre et à une de ses conséquences - qui en est aussi une cause - la honte. Honte que J. dépasse en parlant abondamment de son métier, la honte ne vient jamais que de, surtout, ce que l’on cache —honte ne devient honte que lorsqu’elle peut se muer en reproches et en condamnations.

Le préjugé, lui, vient d’une sorte de sacralisation du sexe hétérosexuel —viriliste en ceci—sa valeur supérieure, excédant toute autre pratique et ne pouvant penser un homme prêt à s’acquitter de telles sommes que s’il peut la baiser, comme, si alors, pénétrer devenait surtout pratique d’un pouvoir, que le plaisir tarifé ne pouvait jamais résider ailleurs que dans cette possession. Disant ceci il nous renseigne, lui, sur la motivation de son désir. 


J’ignore si Lacan qui facturait plusieurs milliers de francs ses séances de psychanalyse suçait et léchait les sexes de ses clients. Je lui demanderai si je devais jamais retourner en enfer. 

 

17 août 2023

L'innée

La vie s’apprêtait à devenir l’enfer et, même, déjà, aventurée bien loin dans l’enfer, si l’enfer se compose, disons, de cercles multiples, je demeurais, en mouvement encore, à la frontière de l’avant-dernier et du dernier. Puis, ton surgissement, toi la jamais vraiment évaporée, la moins disparue de tous les gestes perdus alors, plus, bien davantage que effacée tu, autrement, résidais, pas cachée, refoulée, plutôt, comme ce mot, qu’aujourd’hui, la psychanalyse renvoie à toutes les figures.
L’enfer, si certain de sa victoire sur moi-même, et comme il passa proche l’enfer, l’enfer définitif de dix tonnes d’acier. Puis, je ne sais quel fil, entre nous, se démêla et, avant de se démêler même, nous apparût, comme, tu vois, ces liens invisibles parce que, pour se deviner, réclame une quantité de lumière - et qu’importe alors que lumière provienne du feu des géhennes - alors, devant l’écheveau, quelque chose en moi, quelque chose en toi, redoutait, redoutait mais le noeud ne valait rien, embrouillamis de magicien, il suffisait de tirer pour nous re-lier.
L’enfer allait commencer et là, me voilà écrivant, dans le jardin de ton père, on dit, autour de nous mais qui a un jardin dans le Vè à Paris, lui parce que toi. Dans le transat je relis l’Amant de Duras, je lis Hamlet-Machine de Heiner Müller, l’Oubli, ce recueil de nouvelles de Foster Wallace, je ne le lis qu’à l’intérieur, sur les canapés inconfortables ou le fauteuil d’osier, très cher comme tout ce qui réside ici. Avant de partir, ton père te laisse deux instructions, traiter Monika, leur chatte, comme la déesse Isis - j’ai parcouru Paris pour lui trouver la pâté Royal Canin qui ne se trouve que dans une quantité restreinte de boutiques agréées - et de ne pas consommer les vins entreposés dans le frigo toi et tes amis n’auraient pas les moyens de les racheter. Connaissant ta propension à l’exagération je l’imaginais, aussi, appartenir à ton père, me figurant que les vins, allez quoi, entre deux cents et cinq cents euros, si un caprice nous disait…je sors le Ptrus, déjà, je vois Petrus, d’instinct je sens, sur vivino je le scanne, note incroyable et prix, 6000 euros. Ah. 

Au-delà du jardin je ne sais - et toi non plus - quoi penser de l’appartement et des objets qui s’y trouvent - y trônent - toutes les lampes ou presque proviennent de designers connus, les meubles, aussi, même si certains, et nous ne savons les différencier, prétendent venir de chez Habitat. L’étonnant ici, réside ailleurs, les objets du quotidien, les objets utiles, tous, sont vieux, inconfortables, mal-aisés. Le frigo-congélateur a trente ans, le lave-vaisselle aussi, la machine à café, une machine filtre Moulinex, le lave-linge, récent, un proline, le plus bas de gamme du bas de gamme, marque distributeur de Darty, je crois, à ouverture par le dessus, comble de l’inélégance. La cuisine mal fichue, la gazinière, vieille aussi, d’où le gaz enflammé sort bleu et disproportionné.
Ici, me voilà, heureux, avec dans la tasse « Miami » mon troisième café filtre, la bouche pâteuse parce que le Zoloft produit, je le lisais cette nuit en te demandant l’odeur de mon haleine un peu mauvaise, les fait défaillir. 

L’enfer allait commencer, puis tu me menas en Italie, je ne dirai pas c’est le paradis, je n’aime pas ces idées outrancières et improbables, dans plus précieux, oui, parce que plus fragile encore, dans la vie où je demeure.

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