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12 décembre 2014

mon coeur à moi

mais le noir sec aux extrêmités de dentelle
racle le Coeur
néfaste on y a enfermé des amoureuses aux pas de rebours
on a bu des liqueurs
un peu de ciel renversé au fond d'une bouteille
la nappe tachée les baisers semés

pour retrouver le chemin de moi-même
ce passé du temps que j'étais
Je remonte les battements de coeur 
cailloux de bruits ploc ploc ploc
ils font musique d'enfance hahaha
le coeur dans ma poitrine bientôt mort

l'horreur vous imaginez à vingt-cinq ans à peine savoir que le coeur qu'on porte s'use trop vite
silex trop souvent frotté on l'a vidé du feu

demeure surface ronde inutile à ricocher sur l'eau
ce Coeur qu'on avait à soi précieux

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11 novembre 2014

Incendie têtu

Le noir triomphant du feu

L'ombre calme
Najib Jonathan ou qui que je sois fus serai
Jamais avancé ici en péril
L'image de moi
Ce visage d'occasion et les mains tricheuses pour à la fin la cendre vendue et la poudre mouillée 
Comme feu et fracas 
Rien de moi mené jusque là
La farce des bras et la comédie de ma force
Et mes lèvres d'illusion moi toujours je suis demeuré etranger 
Comme une bouche condamnée 
ne sait plus que des mots de théâtre et des cris d'opéra. 
Oui 
Et la vie a quoi bon 
Le soleil en moi effrité
Et la nuit s'allonge dans mon corps 
ne méprisez pas le sombre que je porte 
Ne méprisez pas 
L'ombre haletée 
Et l'aube défaite 
J'ai traversé à la hate mon passé 
Pour me présenter au présent 
C'est moi 
Le soir faible 
La lumière percée de trous
Le peut-être des jamais
Le peut-être des toujours 
12 octobre 2014

L'amour s'achève avec la pluie

monte en moi chant cruel
soleil du balbutiement où tout recommence

comme tout recommence

aux dents les ténèbres
l'innocence à la lèvre

libre

toujours le même chemin à la fin dans le bois à l'odeur de pluie et de mousse
aux chênes penchés aux feuilles gonflées de vent
le loup imaginaire dévorant les rêveurs
on entend se fendre dans la bouche le prénom ô routine d'amour
comme un geste le soir
une après-midi d'octobre 
les bourrasques d'automne balaient gaiement
enfin on dit enfin en marchant dans la nuit sordide
enfin on dit enfin vraiment enfin guettant le soleil entre les pattes des bêtes
dans le fond de la grotte
dans la terre humide et la rivière étroite
on marche libre léger
triste mais heureux
une vague en soi menace
crie un naufragé
soi-même ou bien le passé

5 octobre 2014

Mon Amour

c'est toujours affaire de miroirs où tu te vois mal et il faudra un jour piller dans mon visage les yeux sur toi penchés alors te rendre au monde ta véritable image voir comme il faut les choses et la lumière issue de toi celle que tu transpires et fais naître ô soleil mouvant ô amour fragile comme l'eau pâle du matin comme le crachin léger que le vent disperse amour amour amour

 

hors de toi le monde gris comme la neige du paris de janvier

hors de toi la gorge toujours enrouée et la lèvre pâle

les jambes tremblantes et les mains impuissantes à broyer l'absence

toute la nuit l'attente de toi

à fixer d'un air dur le mouvement de la trotteuse pour presser les secondes

mais hélas la colère de mes yeux les fige de panique et ta venue plus lente à venir

combien de siècles encore de cette patience

à mordre la nuit comme un baîllon d'ombre retenant le chant d'amour

combien encore de ces rêves de toi que la lumière du jour dissipe

faite cendres aux lueurs de l'aube

poussière mêlée à la rosée

et je te bois dans le matin peureux

dans l'herbe fraiche le lila avanteureux

plus rien n'a ta couleur amour

et la jalousie épine de ces fleurs vrille dangereusement 

te donne des dents cruelles et des mots durs

mon amour obsédant le ventre lourd de toi à pourchasser sous le ciel gris

et la nuit basse l'ombre de toi

mon amour aux cils courbes

mon amour à la bouche d'été

mon amour mon amour mon amour

12 septembre 2014

L'orme du val

 

l'âme éclot en moi le fit par chemins tortueux
Jonchés de ronces brûlantes
d'échardes vénéneuses et de pierres tranchantes
L'âme éclot en moi se fraya route à travers ce maquis d'ombre
cette douleur que fut ma vie pendant un an dur et amer comme un siècle de bataille perdue
dur et amer comme cent nuits d'insomnies.

 

Et je ne puis imaginer désormais votre langage autrement que bave gluante et mauvaise
votre bouche cloaque infâme où les moustiques paludiques grouillent et s'accouplent
comment imaginer désormais votre parole dépouillée de ce bourdonnement là
Dans les "bonjour etc" j'entends désormais ce bruit terrible et votre bave,

bave plus néfaste encore que les marais méphytiques 

coulant

toc

toc

toc

alors j'entends à chaque mot dit

"toc

Bzz

toc

Bzz"

oh le drôle d'Opéra appelons le "les copains d'abord" c'est à propos. 

Pour évoquer la puissance de la descente de croix de Rembrandt, Théophile Gauthier comparait sa vision à l'éblouissement de celui qui sortant d'une pièce sombre tombe sur la lumière vive de midi
et j'utiliserai pour décrire ces quelques mois de mon existence la métaphore tout à fait inverse
la réduction à rien de la lumière du monde
Et cette cage infâme d'obscurité où je me débattais en silence
Mes cris aphones toujours à buter contre le baillon de ténèbres
Le désespoir et l'impossibilité à vivre prisonnier du puits sans fonds
De l'abîme sans joie
Oh l'enfer est préférable à ce creux obscur
Le feu au moins y fait semblance de jour
Pourtant je l'ai dit sans cesse
La terreur en moi
Le janvier glacé dont j'étais hanté
Un janvier cruel
hiver gelé et sombre
A oublier la couleur du jour
A perdre le sentiment de l'aube
La misère et l'ombre enfonçant en moi leurs dents glacées

et moi j'ai traversé ces forêts infernales obscures et bruyantes de danger
à la fin de ce tremblement
au bout de cette nuit, oui j'ai aperçu un trou de lumière dans l'épais feuillage 
Oui entre les ventres gargouillant de faim des loups et les chênes à visage
J'ai vu de la lumière et je m'y suis jeté
Avec une force que je ne me savais plus
Je me suis jeté avec cette énergie qu'on dit toujours du désespoir
Et doucement dans ce corps exsangue la chaleur du soleil recommença son labeur
Doucement la vie et le goût de la vie en moi germant
Et cette florescence de moi
Ces roses ce printemps
Vous crachez dessus comme sur du chèvre-feuille
De vos mots criminels vous désherbez
Ah la bave 
La bave acide qui fane le lilas.

 

arraché au péril c'est de scandaleuse manière selon vos lois nulles
personne ces nuits terribles ne me chauffa de l'espoir même du jour
personne ne vint dans la chambre solitaire
contre les murs peints de noir
personne n'entra avec le souvenir du mois d'août
Alors j'ai survécu
Sans vous

et votre confort moral aheurté vous force à ces robes de juge immaculées et sur votre bureau propre
On ne saigne pas
On ne saigne pas et toutes les nuits une bonne passe son plumeau et débarasse les miettes d'homme assassiné
cet homme tous les soirs c'est moi
Débris de "je"
éparpillé
Et pour la lumière vous avez la lampe de chevet à abat-jour vert (il faut bien interrompre, tout de même ces lueurs, pour juger sévèrement, implacablement il faut pénombre, autrement l'homme apparaitrait parce que l'ami il faut le dire au premier jour du procès on lui arracha le titre et la tête; alors on comprendrait, on chercherait à comprendre).
Mais vous quittez le tribunal par la porte dérobée
et vous atteignez ce point de vous, on dirait, et vous la franchissez la main moite et la bouche sèche
Parce qu'on n'accuse jamais que pour se défendre, parce que 
Toi tu dis "on ne fera jamais comme ça, NOUS" et dans ce nous tu portes un crime immense
un camp d'extermination comme on en a plus vu depuis mes plus affreux cauchemars
et tu as tort.
Et toi c'est autre chose c'est l'indignation morale tu te sens floué par tous les gestes
Alors tu reprends toute mon histoire et tu changes un mot pour un autre tout le long chemin de toute ma vie
je deviens monstrueux
on me voit une moustache sèche et le début des cornes.

Pourtant vous ne savez rien
Drôle de tribunal où l'on invite jamais le condamné à s'exprimer
Drôle de sentence celle muette
Toujours surgissant pour meurtrir le corps absent
Et je n'imagine pas ce double de moi ce reste de mon ombre tant crucifié par vous et sottement
J'aime la croix et ne puis vivre sans son faix
mais ces gibets postiches
Ces imbécilités ennuyées gardez les hors de moi
De ma chair réelle et de mon être fantasmé
Vous n'avez rien compris depuis le début
Et cette histoire inventée me dégoûte bien plus que vous n'êtes dans votre aise morale
Qui d'ici ressemble à un cabinet sale
On a pas tiré la chasse.

Vous avez imaginé, inventé, parce que c'était vraissemblable et possible
Parce que parfois, même ce fut vrai
Vous avez imaginé et c'est barbare 

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3 septembre 2014

je t'écris

je t'écris pour feindre les grands sentiments amoureux et t'attirer la nuit (sans couteau, je préfère le crime à mains nues, une sorte de tradition religieuse) dans un coin d'ombre dangereux. Je ferai de grandes phrases lyriques Des tremblements de coeur Mes mains gémiront de joie à l'idée de toi mais tout sera faux c'est le métier d'acteur échappé de mes gestes et toi, naïve et dupe, tu te laisseras mener dans ces renfoncements mauvais et dangereux Le plaisir te laissera comme une morte puis dans un grand éclat de rire j'oublierai tout de toi les gémissements du soir la peur dans tes yeux et ta lèvre périe

16 juillet 2014

Je suis prêt

Je sens à nouveau la respiration de la brume intime
M. remue comme la nuit ancestrale
et ses mouvements pareils à ceux des messes noires éveillent le volcan obscur
Le souffre d'éternité me monte aux prunelles
Je reprends le massacre interrompu il y a longtemps
de ces gestes là pareils à des pleurs carnivores

Je suis prêt

l'ambition l'ambition de toute ma vie passée

bat en moi comme le galop des orages

et je réapprends le cri de commandement face au miroir
Perdu un matin où le désespoir en moi s'assagissait
Je dormais bien

et les filles ne pleuraient presque plus jamais
les filles de ce temps là précieuses comme des mégots fumés deux fois

mais le soleil aride m'était entré dans l'âme

et je demeurai vivant et absent comme arraché d'une prise d'opium. Ni tout à fait intoxiqué, ni tout à fait éveillé
Nous attendions l'instant du manque Pour retrouver la vieille figure tragique le masque des rites horribles
Cette lèvre déchirée toujours par un cri

(un cortège d'oiseaux de proie)

Je retrouve mon âme et ses cent-dix mutilations, comme j'aime les blessures, comme j'aime les corps coupants

je rêve d'une femme nue et tranchante

statue de verre brisé pour lui faire choses d'amants

ce fut mon péché longtemps d'allumer dans les yeux et les cheveux de gamines inertes de grands brasiers pour m'y jeter

ah le délicieux bûcher allumé dans sa propre ombre

le feu qui partout vous poursuit comme un miroir d'abîme.

Le vertige dans toutes les courses

c'est toujours mordre et crier

 

Je me souviens de mon goût jadis pour la gloire et l'envie que j'avais de la faire toute petite contre ma poitrine pour la déchirer en tous petits morceaux et sur chacun de ces petits morceaux écrire "MERDE".

 

Je vois :

Un lac
S'y décomposent des plantes d'eaux à mille feuilles
elles tourbillonnent dans l'espace aquatique.

13 juillet 2014

Danse des poètes

Je porte en moi un volcan affamé 

une lumière de tumultes bleus

toute la foule du monde

et sur nous la nuit avance semblable à un grand mât

j’ai senti parfois mon âme se fendre comme un glacier

dans un bruit d'orage

et la plaie immense

la béance articulée chaque jour de sa vie

la béance, chaque jour de toute sa vie

la douleur et la plainte

par où l'on dit "JE"

et la couture à jamais visible

et le poignard d'alors tremble encore dans le coeur

membre fantôme

il remue

ô ma douleur

ô ma mémoire

2 juillet 2014

Une morte

Ton visage la nuit crispée ô ton âme déliée flamme

Grinçait dans ma nuit

Le miracle la vie sortie de torpeur, salive épaisse de la lèvre ocre

Blancheur à la crête du Je

Le vent piégé par les algues et le crissement du sable

T’appellent là-bas ; tu ouvres les bras, c’est l’horizon.

Vertigineuses absences

Au loin les paysages, miroirs étreints de feu ;

La nuit gonflait comme un lac, hésitante

Les doigts tendus, dans la gorge roulait la mélodie transparente

Sur la peau calcaire, des larmes

L’ombre d’une femme

Ton visage dessiné dans les linéaments de la terre

La lumière et le drap et ta peau écumes pâles

De cette aube morte

La main jetée de tous côtés ton absence, ma vie

Les paupières pareilles à des ongles sales,  yeux noirs

De la boue sèche, grattée par le regard

L’odeur d’au revoir de la route fraiche

Des arbres creusés de sang

Et des près mûrs de

Plus rien ne te ressemble ô chère morte

Tous les fragments de toi retrouvent leur air de tous les jours

La lande n’est plus ta peau ni lavande ta bouche

26 juin 2014

soi même le monde.

Hier, prisonnier d'une insomnie sans délivrance je me raccrochai à tous les visages de ma vie ; alors à toi je murmurai les paroles que voici. 

il y a en moi un murmure qui dit la trahison

l'infini desséché que je porte en moi

mais

c’est mensonge

je ne me suis pas résigné à la forme attendrissante du réel quotidien

des jours de la semaine

l'etc du monde

Un matin de mes mains somnambules j’ai déchiré l’absolu

de mes doigts sévères 

les yeux hallucinés

j’ai déchiré l’infini

pour arracher le vacarme en lui

le vacarme en lui

travestissement

duperie

maquillage d'une femme vraiment laide

rouge et obscurité dans la lumière des soirs

trompant le désir. 

 

Un mouvement dément, une nuit, où les dents tremblent jusque dans le coeur

et l’on entend soi-même

pénétrant dans le temple

avec des pas bruyants comme des épées

une haleine de vandale

tordant les vieilles idoles

et sous la pierre de ces croyances mortes

une forme éclôt

neuve, inconnue

ô l’étrange miracle

les statuent elles aussi muent

alors

alors

un miroir

soi-même

le monde

l’infini.

16 juin 2014

Psaumes brisés

Le feu prend dans des coins de ma mémoire
Comme j’ai besoin et comme je réclame mes nuits ser-
-ties de plaintes
Ma chère douleur
Ô ferveur
Ô endroits d’ombre
fraiche et mure
Contre ta pierre absente, je me jette,
Bouche sèche, mains amaigries
Yeux agenouillés

Et la foi comme un volcan tu
Crachant une lave couleur d’alcool bouilli
La foi sortant d’un lit où le vin sacrilège
tache les draps


Dans la lumière nocturne, naît l’abside
Eglise, de souffle et d’haleine ;
Diable et dieu hachés
Dans le fleuve de ma gorge

Je prie
Les poings serrés, durs, à s’en briser les psaumes

23 novembre 2014

Bijou d'écume

Mon amour a les yeux bleus pales et les cheveux du frisson 

Des lèvres destinées le cou lourd bijou d'écume 
Mon amour Ce sang comme une mer âgée 
A force de naufrage De
Tout ce qui crut mes lèvres périlleuses 
J'ai retrouvé ma vieille légende
Mon héros 
Ce moi même que je me racontais le soir 
De cette vase qu'on dit le coeur et l'âme mêlés
et je suis traitre comme une promesse de femmes
parfois je tremble c'est le délinquant à son premier forfait
et l'amoureux la nuit qui se retrouve au bordel pour oublier
le feu parti de sa vie
se réchauffer à ces femmes-cendres
oh 
comme la surprise est vaste
on m'a dit la nuit dernière 
dans un de ces mirages de fumée ocre
"tu fais douter de l'existence du jour"
je suis rempli d'ombre et le soleil derrière moi ne reparait jamais
que pour former ombre (et donc nuit) plus vaste Que
L'Univers
je tremble de froid dans ce temps sans sommeil
la drôle de buée sortie de mes lèvres
ce soupir d'aimer
ce corps brûlant dans le lit
la morsure tout à l'heure
creusant la chair et le givre
cet appétit du feu jamais rassasié
mes lèvres toutes courbaturées de baisers
dehors les cris délaissés des chattes 
le chant des oiseaux réclamant à la nuit une minute ou deux
comme un amant chassé exige un dernier baiser
ou bien le scandale
et n'obitent jamais rien.
18 avril 2014

un soleil devisé

toujours étrange le parcours encore du fil de sa vie. On le suit la nuit, en rentrant de très loin, de si tard. et remontant le noir, évidant l'obscurité les orages etc etc etc c'est le jour retrouvé et l'aube d'abord et les roses la première fois (avant la menace des gestes et des amoureux)

Toute la journée je la passe dans des éclats de rire, sous ce soleil tendre et à moi seulement;
Au balcon, je dis je et encore je
je suis l'amoureux de ce peut-être et
souvent je m'obstine mentalement à etrouver la nuit à laquelle je ne parviens pas 
tu es ombre buée sur les vitres
mais déjà l'hiver passe
et le prénom s'efface
quelle tragédie
chaque fois je voudrais t'écrire comme on converse
dire bonjour comment ça va l''été passé je passai comme une ombre
un soleil devisé
une dent fendue
12 décembre 2013

La lumière à la croix

mais lorsque je me mets à dire

je sens bien la lumière revenir la lumière de là-bas et alors peu m’importe quel là bas : la bouche du diable, ses yeux sa langue son rire ou l’aile défaite d’un ange l’éclat du soleil (l’inverse : l’aile défaite du soleil et l’éclat de l’ange) la larme d’une fille ou la tache de sang sur les draps d’une vierge violée (et peut-être la larme de la fille tout à l’heure c’était la larme de la vierge abusée mais on ne sait si elle pleura jamais on refuse d’approcher à ce point ces douleurs là, tout ceci appartient aux commissaires et aux juges et nous ne les laisserons pas -jamais- entrer dans la littérature avec leurs bottes crottées et leurs robes noires (lire à ce sujet le mémoire de M. Charles H), mais des juges pour juger quoi, nous sommes dans la fiction domaine du non-droit de l'invivant de tout et du contraire comment faire avec des mots soudain un tribunal une police -on nous dit vous faites bien des personnages et des douleurs et des crimes alors pourquoi pas le criminel et la proie de son mal mal, ah même dans la littérature vous délaissez les victimes (c’est un jeune homme tout juste adhérent au front national, sa carte n’est pas encore froissée qui entre, je suis peut-être cet adhérent, enfin, je l’ai dit— comment retrouver celui qui viola, personne ne sait et les témoins les preuves, oui c’est joli on sait il y a des larmes des images et du sang sur un drap, mais est-ce encore un crime ici? avec tout ce qu’il faudrait inventer pour l’occasion, c'est à dire un univers où tout se ocomplique :  où mettre le condamné, il faudrait en plus d’avoir fabriqué le commissariat, le tribunal les jurés les témoins les preuves ériger dedans une prison nous découvrons au hasard des mots jetés et recommencés une ruse une ruse formidable il nous suffit de BARRER ; ah la rature et son apparence de barreau nous permet en un signe, de reproduire les hiéroglyphes d’avant quand le mot image vénérable de la chose lui ressemblait comme une photographie)

je sens bien et peu m’importe alors si je dois ma brûlure à l’enfer ou au ciel 

je ne crois en rien qui soit sorti des livres où l’on dit le bien le mal le juste l’injuste

(le code pénal hahaha)

je réclame la poussière des ombres

et les forêts intérieures quand elles se mettent à sentir bon le bois pourri (on en fait les églises) et la fuite des loups

pourchassés par leurs propres rêves 

et parce qu’ils sont des loups

des sauvages

des fauves

comment pourraient-ils séparer

le réel de leurs songes

quand on a des yeux de loup

(imaginez le loup aux yeux vairons

rencontrant au milieu de sa chasse

-il a entraperçu, là-bas, avec son oeil

ou son nez, une biche blessée

sent l’odeur de sang ; voit

la plaie profonde-

un loup albinos à la peau blanche

aux yeux rouges

imaginez cette vision pour lui 

qui dans l’eau des lacs apercevait

ses dents

ses dents à lui

après avoir déchiré

la biche blessée

le faon peureux

le sanglier barré

et il se dit alors

celui-là

celui-là avec son regard

ensanglanté

déchiquette

la réalité)

tout a la forme d’un rêve d’homme

avec son angoisse 

les pas perdus tard dans la nuit

(dont on ne revient pas

souviens toi tes gestes brisés

au petit jour

quand le crépuscule n'avait pas encore -allait, presque-

dit son premier mot

pleuré sa première larme)

 les désirs inavoués

M-A qu’on déshabille avec les dents et c’est encore cette histoire de sang sur les draps et la peau nue sent le brûlé, le mal (et pourquoi pas une histoire de diable, on nous suggère) et une prochaine fois

5 décembre 2013

C'est joli

c'est joli tout ce que j'ai mis ici, la poésie pour de faux, cette sorte de chant en toc mais qui quand même brille lorsque la lumière d'été s'y force

C'est joli je ne croyais pas à ce point, ouvrir la bouche et laisser voir pareils éclairs tachés de roux

 

J'ai besoin du public pour écrire un corps de femme muet même une sorte de scène un visage et ma foi même des jambes enfin quelque part ah chasse de ta tête cette pensée idiote non je ne suis pas seul mais qui supporte le cri il y a déjà tant de métros et de pluie déjà tant de verres brisés

j'ai besoin de vos corps muets vivants de vos corps incertains sous tous les fards toutes les glaces (vernis mensonges alcool) j'ai besoin de vous réunir en moi, de vous accumuler comme le noir dans le ciel quand il faut faire la nuit

 

mais on ne peut pas comprendre cette parole là

elle brûle pour rire et gémit pour la même chose le temps c'est long on se retrouve ici pour fuir l'habitude (c'est le nom de la bouche des fiancées) les regards toujours les mêmes et c'est comme si la vie fuyait de toutes les choses

la vie avec sa plaie de crucifiée les paumes trouées les larmes et la lèvre sèche la vie et des rides au coin des yeux

j'aime écrire ici je m'y sens à l'abri de la pluie sous de grands arbres mâle dans une forêt pleine de loups

je me sens retiré du monde et sa fausse furie sa bouche cramoisie ah il croit par le feu mais c'est un mauvais vin, un bourgogne mélangé à de la cendre

 

je reviendrai non pas pour toi mais tu l'as compris depuis le temps

je reviendrai trouver la voix qui est la mienne ici qui ne ressemble pas à ma voix réelle

au tonitruement de mes mains sur un corps

le craquement dans la gorge

la scène qui cède je crois 

et le ticket de métro composté

ou bien non le portillon sauté

la fraude

15 octobre 2013

Un poème nul

Vous dites :
"Je veux l'infini les grandes images les vertiges les abîmes"
Et vous aplatissez de vos paumes dures l'idée même des rimes
vous vous contentez du trois fois rien imité
une pièce de musée rapportée
une étoile ratée
Vous dites 
et vos gestes à contre-courant de votre parole
vous mènent en ces endroits du monde
vastes comme des déserts épuisés
vous mènent à ce point insensible du ciel
et c'est toujours l'hiver
la glace, la boue mêlée
tout un pays de mensonges

Je dis

soyons capricieux
renversons toutes les choses humaines
Les concepts les phrases les figures

sur la table de vivre :

(une cigarette neuve
la fumée intacte
les assiettes vides
les couverts propres
l'absence)


Soyez malades de cette drôle de maladie des chiens, des loups et du soleil
attrapez la rage mentale
du coeur
des mains
du baiser
et tremblez toujours comme si c'était le premier jour
une naissance l'interminable courroux
d'exister enfin

27 septembre 2013

Le vent, le vent sauvage

Il est très difficile d'écrire sous ce ciel changeant, cette lumière pleine de caprice (une lumière féminine, un regard tremblant de fillette) où rien, jamais -un peu comme le pouls de ta poitrine- n'est définitivement à sa place. Tout remue, et le soleil est un coeur humain, agoni, si pareil au tien qu'on me surprend déjà à lui murmurer les paroles infâmes et toute ma force
J'aime les choses fragiles
Les baisers imperceptibles
Déjà effrités 
Comme les pierres sèches
Antiques
Qu'on retrouve dans quelques légendes
Celles là même lues dans tes paumes
Alors s'ouvrait un abîme chantant
Une faille gigantesque où des oiseaux sensibles
(d'ombre, de peur, de rire)
Hurlaient une musique inhumaine
Cela commençait je crois
Par des mots de fête
Et des verres d'alcool
semblables
au geste à l'instant
fait
Des portes s'ouvrent
Toujours les mêmes
Sur l'absence
Le sommeil
L'angoisse
Après tout...
J'aimerais dire 
J'aimerais te dire 
Mais sitôt écrites, c'est à dire sitôt arrachées au songe
Au terreau humide des images
les choses
paraissent fleurs fanées
Porcelaines débrisées
Monde en miettes
Et je dois en hâte
plonger
dans la terre primordiale
dans le feu étrange où tout renait
jungles de sang
lianes des voix
(les vertèbres de ton dos
pareilles
aux dents du couteau
déchirent le coeur)
J'aime l'idée d'approcher de toi, par le langage, de t'attraper par des mots étroits, maillés finement, brillants, coupants
et fragiles comme
Des dents d'enfant.
Te prendre au piège sensible
Toi
Doux refrain
Filant dans la mémoire
Et tu cherches à te faire oublier
A n'être qu'un air sur les lèvres
Des paroles à moitié sues
pour les jours de panique
humide
pour les jours
de noyade
d'océans 
de ravages
et la flamme 
la
première flamme
te passe sur le front
te brûle comme une bougie
Tes yeux alors
prennent la couleur
des plantes étranges
tropicales
ont cette couleur
amoureuses 
dans l'incendie
Tu me manques de cette drôle de façon
familière de mes matinées
Tu me manques comme ces mains inventées
Tendres, douces
Captives douloureuses de mes rêve
effacée par le réveil assourdissant
Comme si la rosée tendrement
Broyait leurs os
 d'encre
Je pense à toi
A ta bouche mutine
et ton regard à la fois,
je ne sais comment tu fais ça
le ciel et l'enfer en même temps
ton regard fier et inquiet
et c'est comme si alors on devinait dans tes yeux
Le monde, le monde infini
des gestes recommencés toujours par les mêmes gens
et les phares des métros
et le bruit de la ville
comme si le monde infini
était pour toi en même temps
mort et naissance
mers et périls
tendre douleur
et 
joies furieuses
Je pense à toi 
à mes doigts tremblants autour de toi
et je ne parle pas encore
je ne parlerai plus même
de ta peau mortelle
de ton dos de ton ventre
de tes seins
je ne parlerai plus de tes baisers
et du désordre de tes cheveux
et quand j'écris mes doigts tremblants autour de toi
c'est autour
de ton coeur nu
déshabillé
offert
gigantesque et fuyant
comme un soleil désolé
de s'être trompé d'heure
de saison
et s'écarte humilié
par la nuit
la pluie
la neige
c'est de ta mémoire
le grand minuit logé en toi
et les aiguilles éternellement figées
à l'heure des désastres
où je vins peut-être
te rendre visite, et pousser de toute la force de mes hurlements
de ma cruauté de gosse insoumis
les heures immobiles
et nous sommes arrivés au matin
Jusqu'à quand ?
Ne t'excuse pas
Ne t'excuse plus jamais s'il te plaît
Devant personne 
Ferme ton oeil soumis
Garde ouvert la moitié fière du regard
Et dévore le monde
De tes cils violents
Comme le vent du nord
L'aquilon les mauvaises nouvelles
oublie moi même
ignore moi
en te moquant
ris aux éclats
de mon souvenir malade
de mes mots
de mon désir d'enfant
étrange
de tous mes gestes ratés
peureux
le mal de mer
à l'approche de tes côtes 
Tremble et sois plein de cette force sensuelle
qu'à minuit tu prends à ce je ne sais quoi
invisible à mes gestes (des farces) d'enfant
Avance et durcis tes cuisses, quand tu marches à la rencontre
de ce drôle d'infini libéré par toi quelques minutes par jour
emprisonne le sous tes ongles courts
dans tes bras durs
Ecorche le
Et ris, ris, ris toujours de ce qui ne vaut rien
les promesses des hommes
l'ennui de leurs souffles
tout leur corps parfois si semblables à un immense
Ronflement
Ou
Bâillement
Selon qu'ils ont joui
ou pas.
Je veux te voir pour te dire
Comment bougent mes mains dans une mémoire
Et comme il faut se méfier de la pluie imitée
De la salive des étoiles
Je veux rire
et lire
avec toi
Tout ce qu'il y a de terre stérile dans le monde
et dans un mouvement acharné fabriquer des fleurs de sable
Puisque nous savons aujourd'hui que rien plus jamais ne poussera

 

13 septembre 2013

Quand le vent dans la neige

Je veux toutes les choses au fond de vos yeux au fond de vos bouches au fond de vos veines

Le chemin calciné de vos voix

L’iris dilaté par la peur et la langue humide de nuit

La belle angoisse quand tu renverses ton corps et l’alcool

Le frémissement de ton haleine quand tu approches

La buée de tes bras autour de la taille
Toi, drôle de brume d’une saison qui n’existe pas

Je te veux
Toi et

Les cris et les baisers et les pleurs et les joies et l'infini et le ciel effondré des paupières

Les traces du chant dans la peau les ongles dépeints la pierre effritée des lèvres

Je veux le

premier balbutiement

De l’alphabet, la musique

Le saccage des montagnes et les mers calmées

Les bec cloués

les corbeaux gaspillés

Par la foudre et la chasse

Le feu roulant des baisers

Le cri de mitraille quand deux corps

S’aiment se délivrent se perdent, se cherchent

Dans le noir complet, partout

Eclairé par la bouche ouverte

Rouge-rose-pourpre (lumière à la fraise, à la braise, au poivre)

 

J'ai entendu souvent la promenade nocturne

des chauves-souris

accrochées peut-être à des ronces mentales

à des épines de roses prises pour les cheveux longs parfumés des filles amoureuses

 

et je connais le drôle de murmure qu'on dit toujours quand il est la nuit

qu’on a retenu les pleurs en se croyant hier

Sur le calendrier
Je connais le mot dit à l’heure erronée

Le prénom maudit qui blesse la bouche

Brûle la langue

 

Souvent comme dans un rêve passèrent devant moi des amoureuses avec sous les bras une porcelaine en miettes, une sorte de coquillage brisé très semblable à un coeur

Souvent des amoureuses passèrent devant moi

Comme les étoiles du rêve

Pâles déchirées hésitantes

Malades de cette drôle d'angine blanche qu'on attrape

Dans la saison glacée des cauchemars

La sueur crépusculaire

L'effroi la terreur

L'hiver muet

Sans même un murmure de chaleur


Je veux moi l’interminable
Profondeur des pupilles
Le souffle chaud

Dans les paumes glacées

La vie passée comme une insomnie

Toutes les formes étranges du rêve et

les gestes inconnus du veilleur

Trésor indéchiffrable des somnambules

Enfin dehors la lumière recommencée du jour

Et le soleil se lève lent élégant pareil 

Au pas épuisé de l’amoureuse, le lendemain

Du verbe

 

 

La lumière recommencée du jour les yeux fermés le coeur vivant

Je suis amoureux des images et j'irai à travers tous les déserts, ces sortes de miroir, à la recherche des mots dangereux où l'amour se baigne. Je ne crains rien des tempêtes de vivre quand le vent dans la neige trace la mémoire

 

19 mars 2014

l'orphelin éclatant de rire

Quelle étrange voix ta voix, tu entres ici
c'est par le carreau brisé
je t'en prie, ne te coupe pas
garde encore intacte ta bouche
tout à l'heure il faudra la blesser en prononçant les mots d'avant
douloureux comme un souvenir d'orphelin
Tout à l'heure tu diras
les récitations anciennes
et le sens presque perdu
des mots en ruine et
les prières de jadis



5 mars 2014

ô versailles

On se souvient le mot d'amour blasphème au mot d'amour
Tous les matins de tout son passé
Ce n'était avant toi que la lumière changée 
Jetée 
sur la vie
Ampoule blanche bleue mauve
C'était toujours se regarder soi même dans le verbe aimer
Toujours soi-même
Le prénom Diane ou Marion
degré d'inclinaison du miroir et c'était je toujours contre la surface
Du miroir de poche du psyché dans la chambre
Un angle du miroir
Celles qu'on appelait amour
Diane Marion
On aurait pu dire
30° ou 70°
C'eût été même chose désigner
Au mieux l'amour alors
Un palais des glaces
Des reflets partout
Des reflets de je
ô versailles

 

30 janvier 2014

L'ombre s'aiguise

Bizarre le temps passé sur toi

le couteau froid sur ta gorge et ta paupière repliée

pour lui faire comme un parfum de sève

tu ne te ressembles plus aujourd’hui

et comment dis tu « je » encore avec ce visage là

depuis ce visage là

comment oses tu dire « je » avec cette figure ces yeux presque crevés et le violet perdu ah tu as dormi

tu as dormi quelle horreur

au moins quatre heures pendant la nuit

et à l’aube encore un peu même

des miettes

des miettes

 

non vraiment comment devant le miroir en passant tu te permets un geste dans les cheveux

tes cheveux le miroir obstinément répétant « tu toi » à cette paresse de ta vie

comment

je n’admets pas ce mot là sur tes lèvres

ce je

un mot du passé revenant d’une torture

ce je

revenu des routes de la poussière

revenu par ce chemin là entre les ronces et les pierres

et tu le prononces légèrement

en fumant une cigarette en buvant le café brûlant

tu dis « je »

comme on écrit « crime » à la une des journaux

un scandale bourgeois

on dirait que tu as tué

avec ce visage là

et tu es prête à recommencer arrête ce regard là tu ne me pièges pas garde le pour ton miroir effrayé

pour la rue les mots sales 

à force de dire tu à cette bouche déformée d’angoisse

ah tu dis je

comme c’est obscène ce vêtement sur ta vie 

l’horreur

l’horreur tu te souviens ces jours d’avant où les lumières de la chambre une à une cédaient

la misère alors et le froid de la chambre

le radiateur toujours éteint comme si la mort rodait dans les draps comme si

je te disais

dans l’obscurité glacée sur nous

je te disais

peu importe le nom sorti de tes lèvres

peu importe le nom dit

entrecoupé de ton gémir à toi

dans ce noir là était ce encore moi

ce geste sur toi

toute cette horreur vraiment pouvait on dire 

de ceci

« Jonathan »

ceci sur toi mon prénom à moi

dans l’ombre et le rien du tout ce monde pour les aveugles

Tu te souviens 

L’ombre l’ombre

derrière toi s’aiguise s’aiguise

3 janvier 2014

Les lèvres sales.

 

Je ne sais plus bien ce que je voulais écrire, ça a traîné plusieurs fois dans ma tête, chaque fois c’était autrement recommencé

peut-être le bégaiement des po-poèmes d'Aragon et ma la-langue à moi abstraite et tortueuse (delta éclaté c’est le fil bleu sur la carte d’Egypte, on le suit de l’ongle et le Nil brusquement se sépare et le doigt doit choisir son chemin entre tous les embranchements ou stopper sa course ; mon écriture est un de ce doigts qui refusa le choix et poursuivit les routes toutes en même temps, tu imagines l’étrange cohue dans la bouche, tu imagines les lèvres indécises l’étrange accident des sons tu imagines). 

 

Je parle une langue

dans une perpétuelle agonie

en cours d’anéantissement

une langue

de fragment

de théorème

et il faudrait y ajouter les formules mathématiques

la clé

de l’équation

mettre fin au mystère par je ne sais quoi

cette sorte de formule qu’on trouve la première fois en 4ème

le vertige immense (tu t’en souviens peut-être) le premier x mis à la merci d’une méthode et torturé jusqu’à l’aveu sa vérité son chiffre son matricule de BAGNARD

et

la béance dans le ventre quand x

bascule du côté des choses nommées identifiées 1 2 3 4 5 6 7 8 9 

comme

une lumière allumée dans la chambre d’enfant au milieu du cauchemar

la sainte sortie du couvent (visage enfin sans voile)

 

ah ma langue théorique inventée pour le ciel de la nuit

et demain j’en changerai

c’est un habit taillé à la main et ma langue

a des vêtements étranges

peut-être sont-ce des mains de femme

(ongles peints vernis et toute la douceur du monde)

ou un peu de soie fanée

 

Ecrire

(je devrais ici ajouter les italiques  prétentieuses, les italiques du concept inventé, écrire en la langue penchée sorte d’hébreu prénatal et tout alors aurait l’air d’importer on pourrait écrire

pâtes

ainsi

et l’on penserait à autre chose autre chose que le blé tordu dans les machines et l’eau bouillante

autre chose que la faim à peine consolée

autre chose

ce serait

pâtes

mot sortilège

formule

et tout autour serait réduit

à ce mot là

tout alors n’existerait qu’attraction répulsion de ces : 

pâtes

soleil d’occasion

à la gravité insolente

et l’on a encore faim

le soleil ce n’est plus ce que c’était)

 

écrire et pour ceci partout j’élève de petites scènes

un prétexte quelque chose où figer la voix

une cible

c’est une cible, un endroit à viser atteindre percer de cris

enfin un public et le cri le cri tout puissant

on s’en souvient on naquit jadis avec ce cri là

jaillit

écrire face à ce public

fut-il virtuel

une pensée

une image

(déformée par le miroir

un autre moi qui me ressemble

vieille photographie cornée

on ne sait dire le prénom

on bute sur sa mauvaise mémoire

sur les traits changés

on bute

avait-on en ce temps là

-c’était un temps maudit peuplé de jeunes gens baroques-

un frère un jumeau

un autre soi

prisonnier des glaces

l’air encore heureux

la vie c’était une autre vie

qui fit chemin dans ce visage là

la bouche on reconnait le goût des baisers

bientôt

ceux qu’on prononça donna reçut

on ne sait dire

la mémoire la sale mauvaise mémoire

et le passé était-ce un rêve

dérangé par le réveil-matin d’aujourd’hui huit heures)

 

j'écris pour ajouter de l'ombre à la nuit et trouver un refuge de noir un crépuscule étrange un oeil noir de fille ou plutôt son maquille coulé le jour qu'on l'a trompé

c'était il y a longtemps une rue un sourire et le verre vide et la bouteille même déjà, c'était une nuit froide à fuir comment était-ce déjà le nom du cauchemar jadis

Ah l'angoisse, c'était l'angoisse avec ses caractères glacés (rutilants, une guillotine)

on fuyait ceci

avec les mots dans la nuit

avec la bouche ouverte pour y faire de la lumière

(Barthes dit la parole est un langage brûlé, non pas brûlé mais en train de brûler, une consomption si tu veux)

pour mettre le monde en feu

comme imagine, toi IMAGINE

une grande forêt incendiée (et le spectacle retient le pyromane

prisonnier de son geste -crime et oeuvre en même temps- c’est ce peintre anglais insatisfait à la fin de la toile, il y manque quelque chose c’est du sang de la vie de la chair il dit et va chercher dans sa cuisine un hachoir, il tranche sa propre main et l’accroche à la toile « enfin » il dit c’est toujours lui qui parle c’est cette voix de fou et Van Gogh loin là-bas dans son siècle rougit de honte c’est trois fois plus d’audace que je n’eus -étrange comptabilité des peintres et des fous)

le hurlement sauvage du désastre

oui l’enfer

on dit

l’enfer

parce que

 

Je ne parlerai jamais une langue audible

prisonnière des définitions concepts immobilisés

d’une des deux mille cinq cent cinquante sept pages du dictionnaire

JAMAIS

une langue intacte comme une

morgue

jamais

les mots banals

trahis

ceux dont on fait les « bonjour madame »

les « combien ça coûte »

« comme il est mignon »

les mots de tous les jours

fatigués

de passer en hâte de bouche en bouche 

de siècle en siècle

ah tu remâches toi le chewing-gum passé entre toutes les dents

le chewing-gum craché ramassé toujours ce geste là d’horloge

toujours ce mouvement des morts

et moi je ne meurs pas pas

Il y avait cette fille

Diane son prénom c’était Diane et je me souviens elle vivait dans cette langue atroce

cette langue de tous les jours

le parler banal

elle parcourait la peau le corps comme tu fais peut-être d’un digicode

cherchant dans le râle une réponse

le bip

le « d’accord »

et pousser une porte

un corps pour elle 

c’était la même chose

c’est

le vide

toujours

le vide l’absence

derrière ces portes ouvertes avec ces mouvements là

et mon dieu j’avais peur en ce temps et c’était février dehors et les arbres toujours nus et les journées à peine rallongées


J’allais dire les mots comme il faut

j’allais me laisser distraire de moi-même

être pris au piège du langage du papier journal

les « ah c’est ceci cela c’est très intéressant et quand est ce que etc » et puis pourquoi faire il y a la télévision tout l’ennui quotidien les salles de classe avant

alors je continue je porte ma voix à moi

théorique

je t’ai dit je l’invente chaque fois et je ne dis pas

je tente de dire

tant mieux si l’on est compris et autrement

tant pis on a craché du ciel

son ciel son propre ciel

pris à aucun autre

tout est tentative 

tentative de correspondance

entre le dedans et le dehors entre

ces bruits sans pensées

le pouls de la langue c’est :

(le pas des gens rêvés

tu les rencontras je suis sûr

ces gens là

aux visages inconnus beaux comme la fatigue

au coin du rêve

c’était avant les sursauts du matin

avant la sonnerie du téléphone portable

avant le retour de la ville

les vrombissements les moteurs

la pluie sur la vitre

les pas des enfants

et sous la douche

sous l’eau tiède 

-qui ne chante pas-

tu tentes ce visage là

le recommencer avec les gouttes d’eau sur l’émail

tu tentes sa reproduction

choisissant la mèche 

brune ou blonde

et tu ne te souviens de rien

ni les yeux ni la bouche ni la voix

sauf peut-être

la semelle et le bruit

contre le pavé du rêve

de ce pas là

toute la journée dans les sons du monde

tu cherches la trace

le reflet

un débris

rien

)

 

 

La nuit souvent les gens paraissent des ombres

et par quel miracle

atteignent-ils à la densité des êtres humains

un prénom

un mot échangé

un de ces mots décisifs

un mot

en italique

avec la bouche dite

(pensée amusante) 

des éclats de rire et le vin renversé à quatre heures du matin

c’est étrange

les lèvres tachées de voix de ces autres

ombres presque humaines

et le danger là-bas un soir c’était Claire

Un autre c'était VOUS

un soir je veux dire une nuit il était l’heure 

où l’on hésite

recommencer ou pas

croire ou finir

et l’ombre au matin s’évapore

c’est étrange cette rosée de gens

séchée par le soleil

(ou les phares d’automobile ou les bruits de métro

ou toutes les choses là en attendant)

tous ces prénoms de fille agglutinés en moi

ce grand creux d’ombre

et souvent je nomme en souvenir

et c’est la première fois que je fais autrement

souvent je nomme en souvenir

dans mes phrases dédaléennes

souvent en souvenir je les nommes

C.
D.

E.

M.

comme le langage crypté par quoi on désigne 

les stupéfiants

et je me souviens

LSD

c’est

les visions le soir dans la forêt de Rambouillet

(nous marchions Valentin Louis Yan MOI éclairés par les pierres pâles)

et les trois prénoms en désordre de Diane (Diane Sarah Lise)

autant de cheveux décoiffés

le matin après

après les gestes saints

et puis saints encore

et enfin

païens

athées 

débaptisés

crucifixion renversée

les gestes de l’hérésiarque dans l’église

le rire les larmes quand il remplit la coupe de cendres et de salive

les genoux jamais fléchis

libre comme une femme divorcée

 

 

 

 

 

 

Je dis souvent

vieillir ne me ressemble pas

comment pourrai-je devenir moi

avec ce je porté à ce point d’incandescence ce je

comme une flamme toujours refleurissante

c’est le printemps du feu toujours autour de ma bouche

comment pourrai-je moi vieillir et ne plus croire

en l’infini aux soleils convulsés d’aimer

comment pourrait-elle finir la vie avec ses syllabes

impromptues son sens neuf

avec mes cheveux à moi et ma voix à moi

non jamais un regard de vieillard ça ne me ressemble pas et pourtant

je ne crains plus le noir

à quel moment était-ce

les lumières éteintes et l’indifférence

aux formes aux bruits devinés

dans l’espace clos menaçant jadis

ah revenez peur d’enfant revenez pensées effroyables

revenez par pitié rendez moi l’effroi des premières fois

quand

dans ma bouche les dents fragiles mortelles

mâchaient avec difficulté les morceaux de la vie

on se retourne un soir tout à fait 

on refuse de travailler et personne ne nous croit à ce point inapte

aux habitudes (LA VIE MUTILEE 50 HEURES PAR SEMAINE)

on refuse pourtant et le monde le monde entier

l’univers

avec

les barbelés

de toutes les galaxies

et l’étoile la plus lointaine

lointaine au point d’être morte avant d’arriver

te pousse jusque là bas

tu résistes en serrant tes dents d’adulte

tes dents

je dis mes dents de loup

alors il faut déchiqueter la réalité

partout répandre la maladie

la rage qu’on a 

 

et pourtant

on a vieilli au jour où le mot 

artiste nous effraya davantage

que le noir complet

 

 

 

Et après tout ça quoi dire

rien on a gorgé le monde de soi-même

Aragon : « Je suis plein du silence assourdissant d’aimer »

Après

face à ceci

on est le public paralysé

comme devant le spectacle dodécaphonique

cette musique sans faire exprès de la musique

du bruit partout envahissant à ceci semblable ma parole

et ainsi je vis ainsi j’écris

la forme ininterrompue jusqu’au sommeil

ah

je te joins je crois des poèmes d’Aragon qu’on trouve sur Internet

sinon lis si tu veux respirer des fleurs inconnues

si tu veux savoir l'odeur jamais racontée par personne :

la mise à mort

théâtre/roman

lis aussi Aurélien pour pleurer ça fait du bien

et puis ses poèmes :

Les poètes

Le roman inachevé

Le fou d’Elsa

c’est beaucoup

c’est vrai

 

Puis il y a Guyotat à lire aussi le formidable Eden, Eden, Eden

mais il y a une vie à vivre (hélas ?) avec des formes mouvantes là bas

du vin à boire 

et peut-être lire c’est vivre ailleurs

je crois

mais c’est vivre dépeuplé de sa chair

asséché de son double mortel

c’est vivre dans une cave où entre le soleil

pur certes mais à peine aussi et

il y manque les baisers

qui sont aussi des soleils purs

27 août 2013

Le chant et la cendre

Il y a dans le monde un chant

Et pour le dire
Le ciel est comme enroué par le vol des vautours
Des étoiles fanées
Des nuages du mois d'août
Je ne sais si déjà tu fus témoin de ces pluies là 
Quand la lune se courbe
Sous le poids des fleurs
Quand la nuit démesurément enfle et
Dure comme si l'Univers en entier
Fermait les yeux. 
Je ne sais si tu connus tout ceci 
Mais peut être es tu comme tout le monde
Et tu as oublié 
Oublié le froid enfantin
Si semblable à la peur
Qu'on tremblait pour l'un en imaginant l'autre
Depuis l'hiver nous terrifie, par habitude
La neige est couleur de l'angoisse 
Et la vie comme une chanson oubliée
Le seul refrain souvenu
La danse très lente à finir des lèvres 
Les paroles devenues la soif
Le sens perdu des pensées
l'heure du sommeil
Et ses divagations dangereusement désamorcées au réveil
La vie
comme une voix pleine du givre mourant des murmures. La voix, cri , chuchotement peu importe tous deux également bannis. 
Le ciel n'est aujourd'hui qu'un souvenir
Et le cœur se précipite à chaque pas, chaussé de bottes de sept lieux, pour parcourir en hâte toute la mémoire. 
Mais toi ton visage est ailleurs formé et tes yeux me prennent pour cette sorte de dément
Tu imagines peut être mes ongles contre la réalité dure
Tu vois ma vie comme
La tentative insensée d'écailler le sang par dessus toutes les choses 
Alors tu crains de voir
Je ne sais quoi
Un miroir peut être 
Mais désert 
Comme si ton reflet et ta vie avaient mieux à faire que t'attendre ici
Je connais ces images il m'arrive avec elles de rire comme entre petites filles. 
C'est une forêt de songes
Pour les baisers les secrets
Les ruisseaux s'écoulent dans des crues de flammes
Et personne n'entend la foudre tendrement tombée 
Le clapotis du cœur
Le pouls des dessins dans l'écorce 
La vie 
26 août 2013

L'angoisse

On sort de l'angoisse
Comme d'une pièce étroite
Fermée du double-tour
De l'imagination et de l'oubli

On sort de l'angoisse comme d'une cage
et
le gêolier, distrait par l'été peut-être
Ebloui par la foudre, oui,
N'en a pas tiré la chaîne

On sort, un matin, sous le ciel neuf
Et des bottes de sept lieues à chaque
Battement de coeur
Font entrer le bonheur
Dans la vie

On sort de l'angoisse
Comme d'une caserne
Une permission offerte
par on ne sait quel lieutenant
Invisible
Mais on ne s'échappe qu'un temps
de l'uniforme


On sort de l'angoisse
Comme l'agonisant,
Parfois s'arrache à la douleur de son mourir
Et adore ces quelques secondes comme un Dieu

Il
Hurle les mots, les mots du miracle
et des pages déchirées
Jette toute sa force un instant revenue
vers le ciel
Enfin miséricordieux
Et ne se doute pas alors écarter par chaque geste
Les bras
Comme pour mieux retrouver
La croix

On ne sort qu'une seconde de l'angoisse
Comme le rêve n'échappe à la vie
Que le temps du sommeil

19 août 2013

"Que m'importe les délices du monde ; je sens en moi toutes les Douleurs de l'Univers" Jésus Christ

Il y aura bientôt pour moi aussi une
Espagne des miracles

Au monde je suis déjà le spectateur d'un
Guernica moral
Une toile lacérée où
Les visages fument entre-espacés
Par de grands morceaux de vide
Une habitude dit-on, cette mitraille invisiblement
Tombée d'un interminable or-
Age
Toutes les figures ont perdu le sens du mur-
mure.


Je bouge devant la grande grande grande peinture
Cette lanterne magique, le monde
Cette gare bondée
Où sur les écrans publicitaires
la même image; toutes les secondes, reparaît :
Et l'on entend le survol des avions allemands
Les paniers renversés par la hâte
Des femmes raides, belles
Comme des forêts brisées par le

Feu


Les enfants à peau mate
Souriants
En chemin vers la mort
La drôle d'agonie
Pareille à la première extase

La ville transpercée
Le front malade
De l'aube

Et


Le poème mis en cendres
Avant d'avoir été écrit
Comme fermer les yeux
A l'approche des miroirs
Pour ne jamais voir 
Le reflet raté
La rime d'être.

(et d'autres disent
Comme fermer les yeux
A l'idée d'exister)

Il y aura pour moi aussi un
Chili

J'entends dans la mer les R roulés, 
scandés
L'accent souleveurs de jupe des buveurs de mezcal
Le mot amor tourmenté par une vague
J'entends sur la mer
Les pas
De ce Christ pour rire
Ce réincarné du sable et du sang
D'Atacama
(étonné par l'ombre gigantesque d'un Rio Brûlant, il lève la tête et découvre son visage gigantesque, mais habitué qu'il est à se mirer dans le ciel, à peine la surprise passée, le voilà à nouveau dans la poussière du monde)
Ce pélerin des grandes étendues gelées
Ce marcheur dans la toundra moderne
Parcourant le coeur humain, cette
Sibérie de marécage, tremblant
En ses paumes gelées il croit sentir
Les clous de l'an trente trois ressuscités avec lui
Et lui-même charnel encore et mortel encore
Mais à l'instant de la mise en croix
Alors se dit-il
"A nouveau l'immense chemin"
Et la foule revenue 
reconnaissable à cette puanteur toujours la même depuis
Deux mille ans
L'enfer même n'y changea rien.
"Mon père pourquoi m'as-tu abandonné"
Et il ne peut être le sauveur ; il n'y a plus rien à 
Sauver
Pas même moi.

 

J'ai le sens du

Destin

Et

Les boucles du 
Christ

Cette toute puissance étrange que
"JE"
Inquiet seulement devant les miroirs
brisés,
La mystérieuse prophétie
du reflet
Cet autre soi-même
Mis en miettes


Que m'importe le monde
En ce moi-même changeant
Prisonnier du chant et de la fable
L'Univers 
Mue Rampe Reflue
Bouge
Interminable
D'images

Je serrerai les dents cinq ans peut-être et quand l'habitude croira m'avoir pris à son piège, quand le monde entier, ce Guernica comme j'ai dit déjà tentera de me donner un rôle dans la difformité, quand tout sera asséché par tous les COMME IL FAUT du présent, quand tout aura l'air enfin à sa place et que la pièce -cet étroit chemin qui se jette dans une mer d'ordures- débutera, je m'en irai loin là-bas, dans mon
Espagne miraculeusement sortie des flots de l'âme.
Avec la marque solaire des vivants
Le coeur battant.


Cinq ans, j'étoufferai la voix, j'étranglerai le chant, cinq ans durant s'accumulera en moi la haine des plus pures altitudes. Cinq ans, je serrerai les dents aux railleries des copains qui diront "alors, ça y est, tu es là bas" cinq ans j'entendrai ricaner ceux qui diront "alors tu vois, finalement tu es comme nous, viens ici lécher nos bubons infections, partager nos perversions, te repaître de l'horreur confite". Cinq ans durant, oui, je serai exilé de moi-même, cette seule Patrie valable, où tout depuis toujours m'étonne et m'enchante, cinq ans j'irai hors du refuge de solitude, hors mes dents de loup, hors mes ongles de carnage, hors, hors moi-même pour aller au monde dépouillé de ma chaleur. J'irai oui, hors du naufrage intérieur pour accoster ces rivages sevrés de prières, pour toucher les pierres desséchées et inutiles des hautes chose, dans un monde où l'on ne bâtit de cathédrale plus que pour sanctifier les choses banales.


Cinq ans oui, et qu'importe le cérémonial du temps qui passe, le tic-tac, les points lumineux dans les cadrans, les chiffres digitaux, le rituel, les pages froissées des almanachs mais ah on s'est trompé d'époque, les commutateurs célestes -non des pièces au plafond bas!- tournés, je dis cinq ans parce qu'il faut désigner dans le ciel une étoile, je dis cinq ans comme une quantité mesurable et c'eût pu être une quantité de soleils, de précipitations, de cheveux, de larmes, de désespoirs, de théâtre mais quand débute le décompte, je perds l'instrument des mesures sensibles : mon âme. Cinq ans durant, je délaisserai l'âme (et elle ira son chemin profond, raviné, rencontrant peut-être d'autres formes infinies, le Dieu enfui du ciel depuis si longtemps et caché par un long manteau pour regarder les nuages nus -Dieu aussi a ses perversions. L'âme creusera le monde souterrain et muet aussi proche de la mort et du silence que de la nuit, découvrira au rebord de chaque instant des endroits dangereux, découvrira peut-être ce lieu d'obscurité totale imposée par la poésie élémentaire. Et l'âme reviendra en moi la peau brûlée des gemmes du ciel, les mains dures comme une pierre fervente, l'âme reviendra en moi, agrandie, blessée, immense amoureuse) (oui, je laisse à mon âme les yeux où se versent les soleils aux muscles brutaux : où marchent les pluies odorantes ; où la menthe fraiche pousse et rafraichit le rêveur un instant menacé par ses songes).
Le calendrier en voilà une chose comme il faut et sa face de notaire. Lui aussi , je le trahirai, et avec quel courage. Enfin, je trahirai avec le corps présent, je trahirai comme Christ se sacrifia, comme il se jeta sur la croix je me lancerai dans l'abîme, par ma chair vivante, mon hurlement et ma colère. J'imagine, dans cinq ans, la face des hommes contrefaits, lorsque dans un éclat de rire ou peut-être par un baiser sur le front, je dirai Voilà l'Espagne, et pour être compris de tous, j'emploirai les mots officiels selon la religion "Adieu, Démission, Meurtre, Suicide". Personne ne comprendra jamais (sauf, l'AMoureuse, mais elle est dans ce monde intérieur, elle vit en moi, sans aucune parole, et son absence, ah torture sensible, mais cinq ans durant j'aurai une complice muette, une AMoureuse, toujours présente dans le complot immense tracé dans une écorce inexistante) et l'amitié à l'inverse de l'amour ne confond pas les individus en une substance unique, ne les mêle pas en un seul nerf sympathique, ils demeurent déterminés en leurs individualités hostiles, en leurs puanteurs propres, en leurs haleines inutilement différentes, distincts toujours, distants hélas (et cette distance infranchissable est celle qui séparera toujours le juge de la justice ; la distance d'un baiser. Le juge n'a pas de lèvres)
L'amitié s'apparrente à l'entrée d'une pierre dans l'eau calme ; l'ami alors est le cercle concentrique le plus proche du point de pénétration mais sans jamais pouvoir être confondu ni avec la pierre, ni avec "l'endroit brutal du choc" (c'est à dire respectivement l'être du dehors et l'être du dedans). L'ami le mieux intentionné, né d'un heurt ancien dans une source toujours neuve ne comprendra pourtant jamais tout. Parce qu'il ne peut, étant lui-même, pierre, c'est à dire "JE" admettre qu'un autre choc, qu'une autre force, qu'un autre poids, entre dans le monde avec un fracas au moins égal et le produise lui, ami, comme conséquence alors qu'il est convaincu depuis toujours d'être la cause de tout, la pierre dans l'eau. Enfin, l'incompréhension tient à ceci que chacun, même le moins violent des hommes, pénètre dans l'eau à sa façon, avec sa forme sensible et son poids particulier lourd ou creux de toute une Histoire propre. Toute substitution est rendue impossible, par cette seule spécificité, et l'empathie entre des choses si différentes par leur nature, leur force, leurs allergies, devient impossible. Et le baiser, seul apte, à tout réconcilier n'est plus possible depuis si longtemps qu'on se demande si les hommes ne s'embrassèrent jamais.


Alors. Cinq ans durant, les camarades pris comme des soi de rechange (un soir qu'on crut de pleine lune, mais on y voyait seulement grâce aux pierres blanches, semées partout), s'écarteront en mots en gestes, leurs visages s'entrecouperont de ces sortes de rides qu'ils croiront eux des paroles et des gestes, mais que je saurai moi entendre comme la forme concrète de leur incompréhension. Le cercle concentrique le plus lointain fut un jour le plus proche. Cinq ans, je répondrai et se peindront sur leurs lèvres droites tendues (la forme épaissie du mépris) une espèce de dégoût inspirés par ce qu'ils nommeront je crois UNE TRAHISON.
Tandis. Que je n'agis ainsi (le mouvement a débuté en moi, et je vois la couleur tiède des changements envahir le matin, avec son front d'enfant malade) que pour l'infini le plus haut et je trouve des indices de l'infini dans ce monde infect, A SA PUANTEUR MEME, JE TROUVE DANS LES EGOUTS DANS L HUILE USAGEE UNE TRACE DE LA BRULURE PRIMITIVE.
Mais je n'agis jamais qu'en moi-même
Pour moi-même
Afin de satisfaire toutes les images
Oui
Accueillies, offertes, Douloureuses
Quand les Narcisses de Pacotille s'admirent dans les miroirs minuscules du poudrier
Je vais me mirer
Dans l'Océan
vidé
(tout est découvert)

Cinq ans pour fouiller tous les désordres tranquilles, trouver la force incroyable, cinq ans pour arracher à ce désert de la vie le mirage puissant, l'eau du cactus nourri de songes et l'ombre des femmes empoisonnées. Cinq ans, je boiterai comme tout le monde, claudiquant de l'âme, de la parole et du destin. Digne d'Espagne, je m'inspire des pas mortels du toreros et à la fin le sang m'éblouit.
Quand il faut crier, je tremble. Je sens en moi cette révolte du sang, la tension de la force. Cinq ans, oui, je serai un misérable, une de ces formes soldées du vertige, je grimperai par l'ascenseur la falaise imitée pour arriver au plus vite à cette hauteur FALSIFIEE, et au sommet je l'éboulerai sur le monde qu'elle toise. Le néant écrasé par le néant. 


Cinq ans, pour trouver
Mon Espagne
Partisane
Fasciste
Que m'importe
Tant que l'Univers remue encore

Eclate en deltas profonds
Se sépare
En branches chargées
Des couleurs d'amour

Tant que l'Univers dévale les monts calmes
jusque dans le Je, infini
Torrentiel

Mais la jeunesse renaîtra autrement
J'en ai gâché la première forme
Qui me tomba dans les mains
Sans que je ne sus quoi faire
De toute cette beauté desespérée
Mais l'Espagne, dessine doucement
Sur la carte mentale
Ses frontières nouvelles
Et la jeunesse, ma jeunesse
Se forme
Dans cinq ans l'enfant aura la force
Du voyage
A travers le grand désert
Des âmes

 

 

 

 

 

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