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9 février 2011

Je suis une hyène - Henry Miller Tropiques du Cancer

Demain, il pourrait y avoir une révolution,une peste,un tremblement de terre ; demain, il pourrait ne pas rester une seule âme vers qui tourner sa foi à la recherche de sympathie ou de secours. Il me semble que la grande calamité est déjà manifestée,e que je ne peux pas être plus véritablement seul que je ne suis en ce moment. Résolu à ne plus tenir à rien, désormais, de n'attendre plus rien, de vivre comme un animal,comme une bête de proie, comme un pirate,comme un pillard. Même si la guerre était déclarée, et si mon destin était d'y aller, j'empoignerais la baïonnette et je la plongerais, je la plongerais jusqu'à l'âme gardée, vociférante. Et si le viol était à l'ordre du jour, eh bien, je m'en abstiendrai, ce serait mon jeûn moi qui ne mange pas. Dans l'aube tranquille du jour neuf, la terre n'est elle pas toute vacillante de crime et de détresse ? est ce qu'un seul élément de la nature de l'homme a été changé, changé de façon fondamentale, vitale, par le cours incessant de l'Histoire , l'homme a été trahi par ce qu'il appelle la meilleure partie de sa nature, et c'est tout ! Aux limites extrêmes de son être spirituel, l'homme se retrouve nu comme un sauvage. Quand il trouve dieu, pour ainsi dire, il a été nettoyé ; il n'est plus qu'un squelette, plus qu'un fantasme. Il faut de nouveau creuser dans la vie afin de refaire de la chair autour d'une intention. Le verbe doit devenir chair , l'âme a soif de salut. Je veux bondir sur toute miette à laquelle mon oeil s'attaque et la dévorer.. Si vivre est la chose suprême, alors je veux vivre vivre, dussé-je devenir cannibale. Jusqu'ici j'ai mis en péril ma préciseuse carcasse pour mes amours, je me suis brûlé les membres dans ces flammes aux yeux bleus, qui m'ont fait des ravages jusqu'aux poignets, de celles-là dont les baisers malsains viennent encore rembrunir mon sommeil. J'ai essayé de préserver le peu de chair qui recouvrait mes os. Ah s'ils savaient tous ceux là, toutes celles là qui m'embrassent, qui me payent pour mon étreinte, qui m'offrent le gîte, quelques fringues pour une lettre écrite avec la rage et les pleurs de ce que mon enfance crevait de faim, ce que c'est que l'habitude d'un gamin au ventre vide qui par fierté, par orgueil n'en laissait rien voir, qui se tient bien droit dans l'appartement exigu qui courbe tout, ah s'ils s'en doutaient n'est ce pas des misères que les miennes, de l'enfance répétant les poèmes pour éviter la crevasse de l'appétit jusqu'à tout à fait la nier et le désintérêt de toutes les choses de l'avoir, du détenir, de la possession, s'ils savaient ce qu'il est inutile lorsque l'on sait lire d'avoir longtemps à manger, il suffit de se tenir droit et de n'en laisser rien voir. J'ai faim depuis que j'ai six ans, et cette faim est une alliée, cette pauvreté un rire qui effraie tous les autres, qui m'a effrayé moi aussi, on m'a tant répété que dehors, dehors, sans études, sans diplômes l'on meurt. Mais on oubliait de me dire que l'on crevait de vivre tandis que dans ces cloaques, ces salles empestées, entouré que je suis de mes indifférences de camarades répétant les mêmes mots usés au milieu de mes souvenirs troués, bariolés, ici l'on crève d'ennui. Je n'imagine pas un baiser de leurs bouches, de leurs langues, je m'en voudrais de les sentir se décomposer dans mes matières, de savoir ce que c'est que leurs silences, que le tamis de l'argent, ce péché originel sans baptême, cette souillure à l'âme qui s'étend, qui s'attache. Ma misère, ma faim sont un peu de moi, ils tressent ma mémoire et voilà la vacance que la mienne, mes silences à midi et mes reves de plus tard, vivre, au bord des désespoirs, dans les bras d'un amour aux yeux bleus comme j'en vois un que j'aime dans le rouage muet des rimes que je voile, qui n'en lira rien. L'impossibilité, quelle falaise abrupte, délicieuse, aux pentes de sucre, quel paysage fantastique, recouvert d'une mousse blême comme la cendre d'un cigare, une jungle pleine de menaces, et je laisse trainer mes acrostiches comme des sentences, et des dangers. J'en crèverai qu'elle l'apprenne. Bien sûr j'aime, mais de loin, j'aime comme l'on maudit, j'aime sans en rien voir paraître et je m'amuse de mes amours de misère quand je vais massacrer le flanc de Marie sainte au prénom ; putain à la morale. Je ris d'hurler les syllabes de cette belle que je frôle toujours et qui ne sait rien de l'agonie de mes yeux ni de l'horreur malsaine de mes nuits encombrées de vices et de terreurs. Elle dans ses sommeils doux ignore tout sûrement du puits profond que peut-être la nuit. Cent huit pouces de plis à aplanir, d'eau noire à boire. Et je vous jure, je ris, moi de cet amour que je trace avec les doigts pris dans le talc du soir et qui colle au prénom que j'embrasse comme la litanie que l'on fait au diable.
J'ai atteint les limites de l'endurance.Je suis acculé au mur, je m'y appuie- je ne peux pas battre en retraite. Historiquement je suis mort. S'il y a quelque chose au delà, ce sont tes yeux, mais je n'en veux pas, j'aime trop l'ardeur, trop la fougue, trop le désastre de mes mains et les nuits invariables, infondées, les nuits sournoises, indépendantes qui poussent sur le talus de mes cuisses. Dans tes yeux j'ai vu Dieu, vraiment, premier émoi quelque part dans janvier.  Mais il est insuffisant, dieu. Je ne suis mort que physiquement. Spirituellement, je suis vivant. Eloïse vous dira combien mon fantôme baise bien, et comme ma pensée seule lui procure mieux d'extase que l'entière réalité de ses amants coutumiers.  Moralement je suis libre. L'aube se lève sur un monde neuf. le monde que j'ai quitté -le vôtre- est un zoo. Je me couche dans une jungle dans laquelle errent des esprits maigres aux griffes acérées. Si je suis une hyène j'en suis une maigre et affamée ; je pars en chasse dans vos pensées pour engraisser l'enfant affamé que je suis demeuré.

La vie m'amuse trop pour que je la laisse tomber.

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3 février 2011

Aux nuits impossibles.

Il y avait longtemps que ce cœur noueux, aux artères noircies de fureurs, n’avait pas frémi d’un souvenir humain. Qu’un visage tout centré dans le réel, sans les trucages de l’alcool, sans les audaces incertaines d’un corps tendu de vilenie, n’avait pas ému ma fatigue, n’avait pas débordé ma torpeur. Si longtemps qu’il me souvient mal mes conjugaisons, le temps y a creusé des morsures clapotantes comme la pluie au pavé des visages.
 
Si longtemps que mes lèvres ne fredonnaient plus que des habitudes, jusqu’à, jusqu’à ce que toute l’infernale machinerie, émue, se dissimule et tapisse ses rires dans les rimes qui se marient à la nuit qui les fait naître. Yeux bleus, j'aime les rivières qui chantent dans vos iris. J'aime d'avoir le corps promis à une destination de l'écho de félicité. De vous chasser vous, souillures, vous étrangères, inconnues, demie-femmes, fioles et folles. J'ai un amour qui ne le sait pas, qui ne le devine pas, et qu'il est bon le sang qui chauffe avec entrain dans l'artère, et son concert qui remue. J'ai un amour de loin, que je frôle avec la voix. Toi.
 
Je suis de ces maisons indolentes, qui flottent sous les arches que sont les tropiques, qui ceinturent à trois moments du monde les routes d’aubes. Qui découpent l’eau en part scélérates pour former océan et mers.
 
J’ai passé du temps à dériver d’esquifs en esquifs répondant selon des reins féminins, les bateaux d’aventuriers remuent toujours de l’œil bleu et souverain d’une belle. Deux mains dans l’écume ont creusé l’Amérique, Collomb et son corps de matière et son odeur de musc ; Santa Maria pleine d’échardes à l’haleine ivre de rhum. L’aventure prolonge le corps des hommes et débute à l’ombre des femmes. Je dérive dans le rein fragile, sur la côte taillée en presqu’île de mes amantes. L’amour est chose unique et réunit tous les délires, toutes les ambitions, ce frémissement que c’est qu’être en une passion, en une violence. C'est aimer qui barre le souvenir du reste, et éboule sur la mémoire le miracle du présent.
 
Qui me nourrit, qui m’inspire, qui réveille la faim en moi, qui donne à la soif l’envie de puiser dans les mirages l’eau soudaine et vive, n’est ce pas la rupture entre les fictions ; la fusion dans mes nerfs des  yeux pâles et de ma colère chaste? N’est-ce pas de savoir défaire avec les doigts qu’il y a dans la voix les ronces de mes cheveux où les images dansent comme des pendus ? Qui lève en moi la douceur insoumise et chasse l'indifférente d'un baiser brisé ? Je ne peux plus toucher d'humaine matière, un temps, le temps que tout mon être convergeant d'une audace n'aura pas apaisé son cri d'aimer. Le parler sentencieux au prieuré. C'est que je t'aime toi, dans tes voiles pudiques.
 
J’ai aimé les yeux clairs de croire toujours que ceux-là m’attendent de l’autre côté de mes nuits insoutenables, où dans mon corps le crépuscule se purge et le jour se tarit. Je les ai souvent rêvés les yeux bleus et gris tendus dans la nuée, avec toute la promesse du sursis et le sommeil ne venait pas. Je ne remuais pas, et j’attendais qu’il roule dans ses doigts indifférents toutes mes usures, que sa bouche panse mes nerfs vifs, aigus comme des psaumes. Je ne peux devenir que depuis la lumière qui gronde, tumultueuse, dans le roulis capricieux du jour qui taille dans la nuit les meurtrières de l’aube. N’est-ce pas ces chemins emplis de mystères, dans le creux d’une forêt, que moi ? Où les mythes mordent la terre et la foule. N’est-ce pas moi, que le silence la nuit, d’entendre le clairon des villes un à un tituber dans l’ombre jusqu'au néant? J’ai vu le visage humain du jour se lever du tombeau du soir, vu ses guenilles et ses épines. J’ai vu le visage du jour qui ne me ressemble pas disperser les restes de la nuit dans des vêtements chinois de deuil. J'attendais que le silence en finisse de moi, qu'il achève de railler mes fragiles scansions, que son rythme de soldat taise, taise, taise le sommeil ennemi. Celui-là qui me fuit, qui se trouve un complice pour le masquer. J'ai toqué à des portes, cherché dans les sexes des filles un peu de la part du sommeil qui me revenait. J'ai trouvé l'ennui dans les bras des amantes déguisées en feu. Je crois l'avoir cédé, le sommeil, confondu avec de l'âme. Je l'ai cédé une nuit de mars, il est longtemps, j'ai oublié. Oublié sa forme, oublié sa voix, oublié ses hymnes. Je ne sais pas. Je retourne le nulle part.
 
Que ce corps fragmenté en dix corps et sept prénoms que sont les amantes se trouvent une retraite. Qui sont des remèdes à la nuit ronde, amère, que j’avale comme un cachet d'aspirine. N’en faut-il pas des anesthésies pour bander le délice d’être ? N’en faut il pas des entraves au cri, en attendant d’aimer il fallait déjà brûler. Ne m'en voulez pas. Les yeux noircis comme des craies.

20 janvier 2011

Mignonne allons voir si les chaînes ont fâné.

          

        Je t'écris, parce que c'est la nuit, la nuit est son manteau de soie livide qui permet toutes les audaces. Je t'écris parce que c'est le tard qui commence à gonfler mes doigts de ce liquide opaque et dangereux qu'est l'outrance.
Quand je dis j'écris il faut entendre tout ce qu'il y a de musique dans un mot, celui-là qui du tiret casse en deux, libère trois odeurs distinctes et pourtant siamoises, mêlées dans un creuset ; tombes des corps ennemis et promesse de l'alliage.
L'amour sert de ce petit récipient d'argile, il unit les matières réfractaires, et mêle deux chairs-fictions qui vibrent en un sentiment béat, imbécile comme le serment des messes, qui rend les yeux beaux et les mains grises ; les doigts crochus de la caresse retenue et les cils courbés de la joie demeurée.

Une fois je t'ai vue, et la Loire coulait, elle coulait comme un crachat sur l'offense, elle y roulait, grouillante de vagues insensibles, on aurait cru le Rhin noir buvant aux flaches sombres qui mouillent les fauves des forêts, on les dit loups ou poètes, selon s'il fait assez noir dans la vie pour ne rien distinguer que leurs yeux d'éclair remuant. Il y avait la Loire, et la ville sentait le début de l'hiver, il y volait bas quelques signes de décembre, un cantique, un chant clos et le ciel pâlissant de son éternité. Il y avait toi quelque part, qui te tenait là, dans un murmure. J'ai le souvenir de ta voix ; une part mangée de ton reflet dans mes ivresses. Je n'offre pas de miroir pour les ombres de couleur, je mire les visages beaux comme des Pomone de velours dans les bouteilles vides de l'ivresse solidaire d'un partage : voilà mon pain chrétien, c'est du verre parfumé et sa mie recourbée, extrémités coupantes des brisures, boit à mon sang ce qui lui manque de rivière.

Je ne sais rien que les rimes insensées, retroussées comme des diphtongues ou des bijoux glissant le long des berges d'un corps éclot par le minuit. Fleur pâle gémit ses parfums, ta bouche s'ouvre, on entend la senteur impatiente qui brise ses longs doigts sur la peau d'un homme, et l'haleine de son envie te peint les reins, d'un zénith.

Je ne sais rien que les tourbillons qui brunissent les peaux, comme un soleil douloureux, comme un chant de Nerval qu'on harponne du fer d'un oubli, trois dents qui chacune représentent un espace, une dimension. La première est le ciel,d'où dévalèrent les premières lueurs, s'il lui faillait un nom ignoble on la dirait aube, la seconde ce seront tes yeux, il y peine deux amours du nom d'inconsolés, le dernier enfin, c'est mon ventre froid comme du marbre, il s'invoque d'enfer et demeure sous l'épaisse voilure des pas humains. Ces trois espaces, au bout de la harpe des musiques, forment l'Univers, l'auge bête où boivent les vies. Voilà la route des chutes, se meurtrir des trois dents de l'oubli, se couper de chacun des poisons qui s'y figent

Je ne sais rien que la nuit qui fume sur le bord du jour deux cigarettes comme les aiguilles d'une horloge, que le jour rétrécit comme des ombres dans le soleil cramoisi d'un midi qui grogne.

Le crépuscule se démonte comme une mer et les vagues qui montent, dans leurs crêtes d'encre ont des regards d'hypnose.
J'ai ajouté au langage les zones érogènes
Pour que l'on ne sache de mes mots
rien que le cri
Sans pleurs.
Parfois je veux dire "je" mais rien que le mot "déchirement" jaillit, comme dans ces terres que l'on creuse des ongles pour voir jaillir l'eau claire et chantante des amours et des soifs et cette terre fatiguée de doigts ne crache rien de pureté, et vomit des glaires : pétrole noire de cette nuit, belle endormie des croûtes terrestres. C'est comme un pus qui roulerait des yeux en place de la larme précieuse et funeste de l'oeil bleu comme une Loire guérie de la foule.

Mes yeux abritent comme des dômes les souvenirs plaisants.
Cette nuit
Dans la fatigue pleine de trous, de vides et de mots, c'est ton ombre qui y demeure, à la jointure d'autres ombres, proches de la cassure qui laisse voir ses sutures. dans ce dôme de paupières, où les yeux curieux sortent de leurs orbites voir le monde, gargouilles de la pierre flexibes, aux mouvements secrets, mamie crenelée.

Lucie, c'est un prénom dans ma bouche
délicieux comme la mûre sauvage
Du souvenir dont la liqueur
Parfume mes muscles.       

20 septembre 2010

Margot

De Margot j'espérais un enfant et elle n'allait accoucher que d'un personnage, dans les mêmes contorsions, avec le même cri épais comme de la boue qui s'ôtait de sa bouche, dans le même rictus inquiet. Elle ignorait que bientôt elle aurait à s'étonner de ne voir, arraché à ses cris, de ne voir rien qu'une impression douloureuse. qu'il n'y aurait rien à élever, aucune tendresse à adresser qui émane d'elle et qu'un corps douloureusement violacé recevrait. Les personnages ont des membres sacrés qui n'acceptent aucun des amours charnels et filiaux. Les étreintes se font avec l'âme, dans des intentions qui s'élèvent et font des pays aux parfums captieux. Les personnages ne supportent pas les insuffisances de la réalité.

Margot était en prison bien sûr, elle y était né pour ne faire du geôlier que la clé mystérieuse, dont on ignore les portes abouchées qu'elle peut ouvrir, mais on la polit chaque soir, on la tient accroché aux trousseaux au milieu d'autres clés invisibles.

 

Il faudra être un complice pour faire céder les barreaux qu'elle apprit à adorer.

 

« Je suis toujours un chêne »dit au roseau le chêne brisé par l'adversité.

Ensemble nous serons une forêt.

 

Tu crois être amoureuse, tu n'es qu'occupée. Occupée par une puissance étrangère, affreusement terrestre quasi boueuse. Il y pleut des pointes de flèches et d'argile durci. Tu crois être amoureuse et tu ne fais que supporter l'outrage d'une armée mystérieuse, inconnue, qui se jette avec l'habileté d'un espion dans les rouages d'un gouvernement. Tu es infiltrée. Toute entière, il ruisselle en toi des eaux croupies qui remplacent lentement le sang et murmurent de leur écoulement fragile la même prière désespérée. Oui, tu crois aimer, tandis que tu es occupée par des ombres inquiètes et menaçantes qui ne savent pas le répit et ne veulent qu'à s'étendre et recouvrir jusqu'aux avortons de lumière.

Tu étouffes, tu es de lumière, pâle, étonnante, et alors l'ombre t'occupe de sa bouche livide, on croirait les froids métals qui ont fait tant de stylets assassins. J'imagine, en haut de toi, dans cet abîme qu'est ton coeur, profond comme mille ans de guerres où les blessés concurrencent les hommages, une Penthésilée nerveuse, affammée par la revanche qui voit s'élancer de sa gorge les traits fatals aux amours cruels. Il faut tuer avant de pouvoir s'étendre, repu de ces délits que l'on nous infilge. Certaines bouches sont des déïcides et il faut offrir à leurs mains l'arme mortelle qui s'enfoncerait dans le flanc d'un dieu et l'on verrait les muscles gonflés par le vice éclaté sous le poids du crime. Margot, tu es une victime, transparente, quasi informe, et le temps agit sur ton visage comme un acide, tu as des déséquilibres et tu ne peux pas supporter le mot d'aimer quand il ruisselle d'autant de pus.

Sur ta peau j'ai écrit des poèmes que tu ne sais pas, que tu ne peux pas savoir qui se sont épanchés comme de l'encre intense, noire, que tu ne peux pas avaler parce qu'elle forme un bloc épais. Il y a des mots où brûlent dix mille soleils et d'autres secs comme la branche morte du sureau. Oui, où les pas des ombres occupantes, de celles qui ne font que piétiner, craquent et oppressent.

Tu n'es pas obsédée, tu n'es pas malade, ce n'est pas de microbe dont il est question, tu es occupée. C'est à dire qu'il suffit de résister, d'avoir en soi un maquis plein de secret et d'espoir pour échapper au pas des bottes en caoutchouc qui tuent.

28 juillet 2010

Fulgurances.

L'on croit, à tort, que le mariage relève du droit civil tandis qu'il est du droit international. Il ne s'agit pas de s'unir sous l'empire d'une législation fiscalement favorable, d'acquérir un statut civil qui donne aux galantes la gravité des Madame. Il est, en réalit, sujet d'annexion, d'Anschluss, c'est toujours l'Autriche que l'on intègre de force à l'Allemagne pour d'obscures raisons chimico-historiques ; c'est la création d'un nouvel Etat dans le pire des cas, c'est une révolution en concessions où le nomade devient peuple, sédentarise ses joies, conditionne sa liberté à la liberté d'un autre.

***

Ils se pensent peuple et ne sont que foule. Dans peuple il y a la noblesse, la communauté des destinées, la grande aventure humaine, pleine d'alliage et de dissensions. Dans peuple il y a le sein rond et la hanche dure, il y a les arrêtes morales, les falaises d'évidence, il y a des vaux tendres et des monts rêches, il y a les chemins altiers et les ports à la bouche d'écume. Il y a des villes et des déserts, il y a des révoltes et des passions. Des haines, des religions, des temples, des chateaux, des herses, des pauvres, des joyeux, des tragiques, des théâtres et des musées. Mais, dans toutes ces adversités, dans tous ces envols, dans toute la distance opérée demeure ce coeur commun qui, sous l'écorce, sous les craquelures, derrière le visage, au bout de l'être, donne au pays un fonds, une cave secrète que l'on nomme Histoire. Le pays est cette sangle de veines et de racines qui s'enfoncent et qui ramifiées forment les peuples.
La foule ne sait rien de la noblesse, ne sait rien de l'altérité, la foule se satisfait, immobile, elle résume l'humanité à son champ de vision et renouvelle ainsi l'humanité à chaque pas. S'étonne de tant d'individus neufs qui émergent de la brume, qui se tendent et s'éloignent de ces bras, elle s'étonne la foule de tant de naissance, de tant d'anonymes disparus. Le monde lui semble une immense matrice qui accouche et avorte. L'angle des rues est une nouvelle mystique, l'éclipse du présent. Il faut l'entendre dire "ça fait longtemps" et qui dit "je croyais avoir participé à ton enterrement".

***

Le désespoir est aussi mortel que la maladie ; il est seulement plus lent.

***

Il n'y a pas pire mensonge que celui rêvetu des propriétés du vrai.

***

Tu es un homme politique lancé en poésie : tout ce qui est beau, grand, tu le ravales et le rabaisses.

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2 juillet 2010

Chapoline

***

La première fois que je t'ai prise j'ai failli bafouiller des excuser, dire "pardon". Parce que je n'avais pas l'impression de te pénetrer, mais celle de te percuter, de frôler ton corps en tôle et tes yeux en plastique. De déranger cette lente communion que tu avais fini par réaliser, ce dialogue avec ton corps où tes bras étaient des langues et tes mains des bouches. Je voulais dire "pardon", d'avoir éteint tout le calme qu'il y avait dans tes draps, pardon, d'avoir dérangé les habitudes, pardon d'avoir été une urgence.

Il aurait fallu que je sois un cadavre, que l'on jette alors qu'on l'a sucé jusqu'à la mort.

J'ai fui des chambres et des appartements qui étaient là trop tôt dans mon existence, je sais que le cimetière m'attire, que je suis une ferraille et qu'il est l'aimant irrésistible. J'y marche. J'ai toujours parlé légèrement de la mort, comme on raconte des histoires, comme on imagine un monde sous le monde. Dire "La vie n'est qu'une écorce, le tronc est autre chose".

Wendy, je suis une vipère qui grandit contre le sein des amours.

Vendredi 02/07/2010

J'ai quitté Bruxelles. Ville en fête, peinte aux couleurs de l'Amérique le temps d'une après-midi. Je suis parti à trois heures cinquante sept de l'hôtel où Charlotte dormait encore. Je lui ai volé 250€. Elle se souviendra de moi. Nous dormions sur Louise. Parce que Louise est mon amour d'enfance. Louise est actrice aujourd'hui et elle est aussi belle que son souvenir. Depuis elle, je n'aime que les filles aux yeux bleus, et toutes les autres filles sont d'autres Louise. J'ai besoin de la tendresse de l'enfant que j'étais alors, des baisers secrets et des grands rires qui n'ont pas peur de bondir dans le corps. Charlotte a les yeux bleus, et elle est à Bruxelles. Je lui ai laissé la carte magnétique sur le lavabo. Pour l'écho d'une autre voix, d'un autre souvenir. Charlotte habitera bientôt là-bas, et il fallait que je lui fasse visiter la ville, "Simonis" me disait-elle comme un psaume que la bouche répétait dans le même mouvement frénétique celui du dervish.
J'abandonne toujours les filles dans les villes qui leur sont inconnues pour qu'elles soient un peu moi, qu'elles sachent la douleur de ne pas savoir s'approprier l'espace et d'être partout un étranger, de voir même son propre corps en géographie d'incroyable, comme un désert qui n'en finit pas de s'étendre en virages et en horizons de poussières.

J'ai quitté Bruxelles en achetant à la librairie des Bozarts un moleskine pour raconter cette histoire. Toute ma vie est un immense départ que je prépare. Ma tête est une valise où j'entrepose en vrac les souvenirs, les passés, les odeurs. J'appuie sur les boutons et d'ingénieux mécanismes m'ouvrent le crâne.

Je lui ai dit d'acheter de grosses lunettes, des énormes pour que ces yeux soient une marchandise, un objet de consommation, qu'on verrait à travers ces deux immenses baies de verre et où les hommes agglutinés désireront, léveront la main en quête d'achat.

Charlotte doit s'être réveillée depuis, et elle se tourne comme Wendy dans les draps, elle me cherche dans la salle de bain, elle me cherche sur le pallier, et elle me maudit dans toutes les syllabes que peuvent moduler ses lèvres. Elle a en fait des malédictions, elle les a laissées germer d'elle, ont grimpé les malédictions, ce sont des jardins plein de ronces qui semblent un chemin de rédemption, viens, marche, saigne camarade, ça lancera au plafond des lacets de couleur et des tiges de foudre.

Je ne suis pas son amour, je suis son amant, je suis un truc machin, assez chouette qui ballade ses nerfs sur toutes les capitales du monde et les étends, tentacule. J'ai cherché Louise à Bruxelles, j'ai croisé des rues riches, j'ai vu les seins de Charlotte, et le cul de Wendy, j'ai vu la bouche d'Alex et les linéaments de Po.

Oh.

10 juin 2010

Eaux pâles

Tes yeux sont les opales
Que blanchit l'eau bé-
nie du crépuscule.
Eaux pâles et profondes
Que boivent la terre
Glissent sur sa surface
D'argent
De fragments ; et
Dessinent tes traits.

Ton visage parallèle
Au mien
Semblable aux rails
De la nuit
S'y tient comme celui de la flamme
Epuisée
Qui
Constelle dans le ciel
Ton corps fracassé
(Mon envie)
En poussières de noir.
J'embrasse les miettes d'étoile
Pour trouver le doigt béni
Que je suce
Ton sexe d'homme
Que tu as pris des amants
Me va au fond de l'abîme
Je ne vomis plus
J'avale
Avec ma bouche de femme
Que j'ai apprise
D'un amour.



7 juin 2010

W.

Et mon amour se tient dans la pièce voisine, et ses yheux ne peuvent plus me voir,les yeux c'est quoi, c'est ce qui reçoit la lumière et quand on est un corps d'ombre, de satin livide, qu'on est doux comme une disparition, qu'on est tendre comme l'absence, et bien, et bien son amour même e voit plus, il a des exigences pour vous, et il n e voit pas que votre peau rouge ne peut brunir quedans l'eau basse et claire de ses yeux, qu'avoir échappé aux souffleries de l'enfer c'est déjà beaucoup mais qu'il faut maintenant sur ce corps brûlé et marqué de plaques de fers, de plastrons de cuivre, de breuvages profanes, mettre les maisn.
J'en ai baisé  
J'en baiserai encore
mais c'est quand la dernire caresse, la femme qui était une femme et pas un corps, qui était une présence, et pas une chose, objet, décomposition, vomissure, tache de vin qui me coulait du corps, et me vidait les sens. Quand, la dernière lmain qui passait dans le dos comme une ceinture d'amour, qui y t attachait des tendresses et vous mettait des baisers aux fers qui vous ont toujours agenouillé, j'ai mon amou r à côté qui ne m'aide pas à chercher mon corps, mn amour qui dort sûrement et qui a poublié que je pouvais avoir un corp,s une chair, un matière. Enfin, quelque chose qui souffre, et que la nmusique seule (cest Grieg là) peut soulager peut vider, peut purifier, je suis une eau sale, malade, que la musique tamise, que la musique éclaire.

 

J'ai mon amour qui exige que je me tempère, mais j'ai déjà si froid mon amour et tu ne poses pas tes moans pur me tenir chaud

30 mai 2010

Walkyries.

J'aimerais déposer mes mains sur tes hanches qui y feraient comme une hanse ou un vase d'où s'éleverait ton corps en fleur magnifique, en rosier bleu et blanchissant dans le jour. J'aimerais y poser les doigts qui feraient dix griffes, dix marques aux tailles différentes, dix traces de peau et de muscles où s'abandonneraient, brisés, mes abîmes sur ton abîme.

Quand la nuit tombe au hasard sur ma peau, qu'elle masque mon visage, qu'elle y fait une capuche aux allures de cataclysme, quand les garçons me parlent et que les filles -comme la nuit- se coulent sur ma peau et y durcissent, je pense à toi. Quand A. me prend la main, et la fait pleuvoir sur ses cuisses, et remonter en vapeur de paumes, qu'elle érige entre le monde et nous des murs et des serrures, je prends peur. Soudain. Quand sa peau brunit sous la lumière d'un lampion mon corps y disparaît, j'ai la main qui la touche sur ses vêtements, et la main qui sue son crime, sa haine, et sa honte, j'ai la main qui tremble de peur plus qu'une fille qui jouit.

Hier, quand tu m'écrivais ton drame, quand tu m'écrivais l'immonde que la nuit avait gémi près de toi, j'allais coucher avec une fille, et sûrement la faire plus jouir que toi, et sûrement y être maladroit, avoir le corps du marbre des statues, des tombes ou de palais, enfin le marbre dur, viril, agressif, qui brille, réfléchit où sémillent des lumières pâles et tremblantes où s'y découpent les extases à venir. Je n'ai pas pu, parfois c'est comme d'avoir une morale en plus de toi, une morale qui serait un autre être de moi, une entrave, une maladie qui enraye le geste, qui le stoppe avant qu'il soit définitif. J'ai eu peur, ou j'ai eu honte, et je suis parti, alors qu'elle me tendait de quoi protéger nos vices, de quoi ne pas trop les répandre, de quoi en faire un peu de l'immobile d'où grimpe l'odeur que j'associe au drame. Je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais le sexe encore plein de ton odeur, je ne pouvais pas la baiser alors que j'avais sous les ongles des restes de peaux mortes, des carcasses de cheveux qui s'y dégradaient en paix.

Tu m'as rendu impuissant, et de cette impuissance j'ai un rond de latex comme souvenir et le mépris de ces yeux. J'aimerais savoir te faire l'amour comme je baise les autres, comme Lucie me rappelle l'éternité que sont mes instants de rage, quand elle m'écrit « baise-moi le temps d'un film » et que je la baise le temps qu'Hamlet meure, ou que le vent se couche sur Londres. Je n'ai jamais su avec toi, je ne saurai jamais, mais tu m'as rendu impuissant, alors j'aurai des excuses pour les extases moyennes, pour ne pas me sentir et jouir, et venir. Quand j'éjaculais en toi, hier, je ne jouissais pas, il y avait moins de cri, de parfums, de vie, que de soulagement dans ce liquide, c'était comme de saigner, de fuir en toi, sans contrôle, mon corps n'était pas mon corps, et je n'ai rien senti de sexuel, j'ai senti ta peau contre ma peau, j'ai senti ta chaleur et un peu de ta déception, mais c'était bien, et c'est tant pis pour l'orgasme pour le tien, pour le mien, ce sera dans une autre dimension, où mon corps est mon corps.

Quand j'écrivais la nuit et que tu visitais les caves de ton inconscient -mer de la conscience, qui recouvre la grève- je finissais par « réconcilie mon corps et mon être » et je croyais que te faire l'amour y suffirait pour les rassembler, pour défaire l'immortelle blessure d'où je me perds. Ce sera un peu plus compliqué.

27 avril 2010

Meurtre en moi.

Je suis un cliché.
Un tueur en série avec toutes les règles du tueur en série.
Son intelligence.
Ses misères.
Ses manies.
Ses douleurs.
Ses hontes.
Je sens remuer en moi ce monstre de pierre et de vices. Que je croyais être le talent, qui n'est que du meurtre.
J'ai peur de tuer.
Ca arrive.
Je l'entends qui monte
Le meurtre.
Sur la soie de moi
Comme une odeur
Sainte
Comme l'onction des baptêmes
Qui engloutit
La puanteur
De la raison
et
De l'athéïsme.

Bientôt je ne serai plus, tout comme mes victimes.

J'ai peur et mon ventre friable, mon ventre inquiet.
Peur.
De ce que ces mains faibles peuvent faire.
Des respirations qu'elles peuvent capturer
Des fleuves qu'elles peuvent enfanter
pour noyer des passantes.
J'ai peur de raréfier sous mes pas
L'oxygène des filles de joie.
Un, deux, trois
Et je compterai les miasmes
Qui se mélangeront au vin
Je nouerai les crimes
A l'esthétique.
Pour faire
Naître des germes
Incendiées, des racines
Enchevêtrées
Un poème

J'ai ce monstre de pulsion, de gestes, d'envies, cette veine, ce sang qui bout, et bientôt je ne serai rien d'autre que cette pulsion, ce geste, cette envie, cette veine et ce sang qui bout. Ce jour là, gardez vos filles et, puisque  je suis un cliché, dites leur de ne pas couper par les parcs que le jour oublie. Et vous, mères, n'oubliez pas, dans vos ivresses, les sandales qui vous écarteraient de la foule. Je serai là, indistinct des ombres, sous les lampadaires qui ne s'allument plus. Je serai là, dans le creux de la ténèbre ensommeillée.
Je le sais, que je tuerai. J'aime tellement qu'on me supplie d'arrêter.

Je suis un cliché.
Qu'on arrêtera
Puis qu'on violera
Qui se pendra.

Je ferai des morts qui seront comme les alexandrins d'un sonnet, je choisirai leurs prénoms pour qu'ils fassent des rimes françaises, qui s'embrasseront, qui se répondront, qui s'entremêleront. J'en ferai quatre le premier mois, j'irai à la ligne le second quatre le troisième,  et je respirai le quatrième, trois le quatrième, et je dormirai le quatrième, trois le cinquième. Mes morts seront une oraison.

J'oublie qui je suis.

Je suis hanté par un crime.

Je ne peux le dire à personne que le plaindre sur un blog, que l'articuler ici, péniblement. Sans images, sans couleurs. Je dis, que je tuerai, parce que je le sens en moi avec le sac ouvert des vipères qui enveniment mon être, avec les rameaux de la folie qui barbouillent d'ombre la toile de logique.

Je ne peux pas en parler ni à mes amis, ni à ma famille, je ne peux rien murmurer de ce qui occupe mon coeur, de ce qui leste mes humeurs, je ne peux rien dire de la couleur que je vois à la nuit. Qui était brune, qui était tendre, qui a transmuté en possibilité. Quand je vois les passantes, je veux me déguiser en façades, je veux surgir de l'indistinct pour leur mordre les paupières.
Je les déchiquetterai, et j'ai peur de cette voix qui le dit, j'ai peur du métal qui enroue mes cris, qui fait jaillir ma peur et puis leur sang.

Je vais tuer.
Quand ?
Un jour.

Mes ruptures amoureuses étaient des brouillons de crime
en brisant des amantes, je m'habituais aux remords et à la peur. Je ne tremblerai pas, au moment d'abattre sur le cou mes mains mortifiées, gantées par l'usage de briser en pleurs, en eau, des âmes.
Je m'habitue à la culpabilité pour que le jour où le sang tâchera mes mains, où la mort envahira leurs yeux, ce soit doux  en moi comme une larme tiède.

Putain.



J'aimerais que tout ça ne soit que pour rire.
Que ce soit une farce.
Que je cherche de la folie dans ma raison.
Pourtant je sens cette vague brutale qui m'envahit.
Cette marée qui ne sait plus descendre de mon corps devenu grève devenu plage recouverte d'un voile d'écume séchée.
Oh, cette mer qui monte me chausse le pied.
M'habille de crime
Oh.
Je vais tuer.

Comme je suis intelligent mais pas trop je me ferai avoir, un jour, parce que je parle beaucoup, aussi. Parce que j'ai besoin de savoir que l'on sait qu'entre mes doigts roulent les péries amoureuses.
Le procureur dira de moi des choses, des trucs, avec des rires, et des éclats de voix, il se fera briller, grâce à la lumière de ma cellule à venir. Pauvre procureur que les plaidoyers ont usé, pauvre procureur dont l'habitude a fait une ride à l'émotion. Ride primordiale, sillon d'où rien ne germe que l'ennui.
J'aurai le corps luisant qui se réfléchira dans ses yeux éteints par la compassion. Il n'y a de lumière que des cyniques, lumière sombre, offrant au crime le repos.
Je prendrai mon temps. Je déglutirai comme on se prépare à rentrer sur scène. Peut-être ferai-je des vocalises pour bien donner de la contenance à ce corps qui ne m'appartient plus.
Lui, mon rival, celui qui veut l'assentiment du jury, ten,tera de lui donner des larmes, il énumérera les victimes, il leur donnera un nom, un corps, une famille pour qu'elles ne soient pas des taches de sang anonymes, quelconques, pour qu'ils en sentent le souffle finissant que j'arrachais, avec mes petits doigts, avec mes petits yeux.
Il dira qu'il y avait douze victimes, s'il y a douze corps. Alors je tousserai pour le reprendre. Je n'objecterai rien, je dirai simplement qu'elles sont treize, que cette chose qui grandissait dans mes poumons, qui y prenait la place de l'oxygène, fit de moi, de mon corps, de mes muscles, de mes facultés la première victime. Je dirai, que je suis le corps du crime. Que je n'ai rien souhaité. Rien voulu. Rien bandé. C'était un autre, un fantasme, avec mes traits, avec moncorps, avec ma voix, qui abattait les corps de filles. Ce n'est pas que je veux ; c'est que je dois. Et, sur le pas de ma cellule, sur la paillasse de pierre, se tiendront douze crimes pour me tenir chaud. J'entrerai dans ma cellule grave comme un roi et j'en sortirai souillé comme une pute.

15 janvier 2010

Fulgurances.

le temps est le plus pur des acides que dans le bassin, celui des hanches des filles et des métaux de ma gorge, il trempe la mémoire pour la réduire en parfum, qu'on nomme souvenirs.


Nous sommes, à accepter la société, des prisonniers volontaires, outre leur morale -dépouillée de la noblesse des actions- nous avons ceci de commun avec les bourgeois de Calais d'être des otages acceptants.


Le style c'est l'odeur de l'écrivain.


Les femmes portent des chaînes qu'elles appellent bijoux, et de les asservir suffit à leur prouver qu'on les aime.


"Combien ça coûte" est la seule problématique de l'art moderne.

La rosée du matin c'est la Terre qui mouille après que je lui murmure à l'oreille mes obscénités.

Pardon aux morts haïtiens : c'est la terre qui tremble jalouse que je sois plus attendri par tes yeux que par ses mers.

27 novembre 2009

Narcisse s'il avait vieilli ou salut à la déchéance.

Narcisse qui cherche sa figure dans tous les passés, les photographies, Narcisse qui ne voit pas sa face odieuse, marquée de blessures gercées,, qui ne voit pas qu'il a le cou ensanglanté. Pauvre, pauvre beauté infirme, pauvre enfant toi qui d'amour trempait la main dans les sources claires et profondes, te voilà t'agitant au milieu des cascades, secouant la tête chauve dans l'eau profonde, soulevant les pierres qui font saigner tes mains. A la recherche de quoi Narcisse ? Narcisse bel enfant, où es tu mort, où te noies-tu ? Ces fleurs ont déjà ton odeur qui poussent et s'élèvent comme des fumées inclinées. Tu es là, et ta main crochue où pend la pourriture tremble dans l'eau pâle à la recherche de toi. Il espère que les feuilles qui tombent - parce que c'est l'automne parce que c'est l'heure pour les beautés de faner- viendront faire de la peinture dans les flaques régulières. Y tracer à traits fins comme des doigts de musique son visage d'hier. Tu étais beau, et tu n'es plus que rides.
Il ne sait plus bien qui il poignardera demain. Si ce sera le parfum de cette femme qui danse sur les rivages, si c'est le reflet qui meurt incessant,, c'est c'est lui même ce corps-carcasse qu'il traîne et sape. Il se sent une âme, soudain, oui un Âme. qui traine un corps, voûté, qui se sent Atlas à porter dans ses cernes toutes l'horreur du monde. Sous les paupières il a deux tombes profondes où se blottit la nuit. Pauvre, pauvre enfant.

2 octobre 2009

P

Pas envie d'écrire. J'ai tout un carnet de sensations, avec des chiffres, des dates, des femmes qui font ployer les lignes de leurs trop lourdes poitrines. Ouais. Pas envie d'écrire, je tiens ma vie dans un journal étroit. Je fais plus trop dans le glauque. Demain je danse, un peu, le chacha, contre des miroirs immondes, dans un souterrain où l'on vit bien. Alors je m'abandonne moi, je me tais, beaucoup. Je peux dire quoi. Je peux dire ça :
Si tu doutes de l'enfer viens faire un tour dans ma tête

La beauté excuse la médiocrité. Le talent excuse la laideur.


Pour s'endormir certains hommes baisent, les moins chanceux et les mariés se masturbent. Moi j'écris. Mais je n'écris plus, alors je ne dors plus en conséquence.


Je rêvais de mettre l'humanité à genoux pour qu'elle -rampante, toujours- prenne un peu de hauteur.


3 septembre 2009

Romançons.

Chaque fois que j'entrepris de conquérir le corps d'une femme je lui suggérai que son coeur recélait d'insoupçonnés trésors, de sortilèges que seuls mes yeux hyperlucides pouvaient leur révéler. Je plongeais la main contre son sein pour en retirer de fabuleuses images, des à la faire danser contre sa propre imagination, à faire corps avec son propre corps ! Elles n'en pouvaient plus, les pauvres, de ce visage neuf qu'elles crurent voir dans mes doigts agiles qui bientôt, descendant plus bas, leur montreraient d'autres extases.

Chaque fois, j'agissais avec sournoiserie, probablement bus-je enfant à la même coupe -empoisonné par le christianisme- qu'Eros. Me voilà aujourd'hui rendu vicieux, avec les membres durs comme le coeur. Mon verbe qui se cognait à leurs lèvres n'avaient qu'un dessein, les violer, leur jouir à la bouche et pour se faire je sapais leur identité, la confiance qui tremblait déjà dans leurs yeux. Les lettres de fièvre que je leur envoyai ne se destinaient qu'à les engourdir par la poésie à la manière des meurtriers antiques qui plutôt qu'assassiner par de violents poisons l'Empereur à déchoir, lui suçaient toute énergie par de légères aspirations pile contre les facultés -les courtisanes excellaient en la matière. Si bien, que l'Empereur ainsi affaibli, débilisé, incapable de tenir en main son sceptre métaphorique, tremblant en évoquant cet Empire qui s'étendait de frontières toujours renouvelées, finissait par être chassé du trône et du Panthéon.

Mes femmes, ces femmes, toutes qui pareilles à Narcisse cherchèrent à se mirer -et donc à s'aimer- dans le reflet de mes pages finirent frappées d'un aussi triste sort. La marée du verbe est plus surprenante que l'on peut supposer, et il s'y déchaine parfois la fureur d'un torrent qui engloutit tout, toutes les forces, tous les espoirs qu'elles réunirent en vous, cette peau neuve qu'elles admirèrent, que j'avais aimé chez d'autres. Elles ne nommèrent que les fleurs qu'elles perdirent.
C'est ainsi que je guidai mon existence, de corps en corps, comme des barques stygiennes, avec des manières d'escrocs à faire passer les écrivains américains pour sincères, à faire passer leur style immonde et vénéneux pour l'expression de la plus pure émotion.
Voilà, ma vie, elle débuta contre le sein d'une femme, ma mère, pour toujours errer contre la pâleur d'une autre. Mon corps glacé, de ce sang-froid qui me prive d'énervement et n'offre à mes ennemies que des colères sobres et méthodiques comme le canon d'un pistolet, pour se réchauffer devait chercher la chaleur de ces corps. J'allumai des brasiers, deux flammes rougissantes aux pupilles, juste pour que la nuit soit moins effrayante, que j'y trouve le réconfort d'un foyer, d'un foyer qui changeait de formes de jour en jour, qui changeait selon l'appétit de mon ventre. Chacun se fie à la boussole qu'il peut, la mienne était taillée dans l'excitation et la pulsion, elle me guidait de femmes en femmes, de corps en corps de décadence, toujours la décadence, en orgie. Je l'appelais ma bite.

Je goûtai tant de charmes, tant de délices répétées, identiques que ma bouche pleine du sel et de l'Océan des femmes finissaient par vomir, par vomir de son propre désir. Ma bouche gonflait, rassasiée, prête à rompre de séduire de si infâme manière.

Chacune se crut unique, et j'enfilais avec le même étonnement -feint- le même masque sur dix milles visages. Les hiérophantes de l'étique médicale, eux qui babillaient sur les travers du clonage, ne surent rien de mes sauvages manipulations. J'offrais un corps impalpable à des femmes qui réclamaient d'exister ! Elles devenaient l'Univers toute une nuit et ma bouche, ma bouche chantait la formation des planètes, les explosions stellaires, elles sentaient la gravité leur remonter du bas-ventre, et leurs seins se gonfler d'envie, elles y voyaient des galaxies jusque dans leur nombril tandis que de cette cosmogonie s'échappait des râles, mes râles, les râles de mon extase, de mon sexe que j'enfouissais partout, qu'elle suçait pour en retirer des mots, encore des mots, pour se voir belle, d'une beauté puissante, d'une beauté qui leur faisaient tomber amoureuses d'elles mêmes. Elles ne couchèrent jamais avec moi ; seulement avec mon verbe -et ce corps que je leur prêtais. Le verbe eut droit à toutes les faveurs, à leurs vertus salies, vendues pour entendre un mot, un phonème sauter de ses hésitations. « Une virgule pitié » que je les entendais supplier pendant qu'à genoux je les immaculais.

Ces femmes ignoraient le calice qui me contaminât, elles ignoraient ma solitude et les dents de loup qui garnissaient la bouche du poète. Toujours prêtes à marquer, à enfoncer chaque millimètre de leur envie dans les chairs féminines, à les soumettre. La poésie est bondage. Je les assassinais à chaque minute qu'elles passaient réfugiées contre mon torse adolescent, désespérément adolescent. Je tatouais mes souhaits enragés sur leurs seins. Je les rangeais : classées, comme un éleveur organise avec fierté son cheptel. J'étais fier, moi, avec mon visage unique, imaprable, inchangeable, de mettre des belles à quatre pattes, de les faire sentir le parfum de mon vice, de ce vice qui hante toutes mes nuits sans elles.

Je voulais échapper à tout ça, à ces nuits qui m'arrachaient des sanglots silencieux encombrés d'un corps inutile -et je ne parle pas du mien. Je parle de celles-là, des rages que je partageais avec elles sans qu'elles surent grimper aussi haut que moi dans la haine. Elles n'avaient que des défauts, c'est à dire un vice sans ambition, un tout minuscule vice à la voix d'adolescent en mue ! Je voulais échapper, moi, à ce trou noir qu'ont les femmes, aux mensonges. Mais la solitude, la solitude, celle qui ferme votre porte à clé la nuit, celle qui vous colle du silence artiste dans les yeux pour vous empêcher de les clore, qui vous permet de suffoquer plutôt que de respirer, celle là est terrifiante. Elle est hantée de fantômes, de démons geôliers. C'est d'un enfer véritable dont je vous parle. Elles n'y crurent pas, elles, quand mes yeux perdus, ivres, tournoyant, jurant que j'avais vu le Styx, que j'avais vu des monstres cousus de blasphèmes. Alors je devais dérouler ma langue, les inviter dans ma tête. Et quand je le fis, chaque fois que je le fis, celles qui n'étaient alors que des victimes innocentes devinrent folles compulsives prises de soubresauts, elles hoquetaient de douleur à chaque seconde, elles crachaient, éructaient contre ces images que nous partagions désormais. Je n'offrais pas d'alliance à mes femmes seulement mes cauchemars. Pour les subir il fallait être vide d'âme. C'est contre elle que leur appétit se jetait le premier, farouche, ardent, il dansait avec ses fourches, avec ses têtes cent fois réinventées, avec la peur carnassière contre l'âme acculée, contre l'âme effrayée qui avait clos ses yeux déjà, qui se savaient bientôt gésir à l'intérieur du corps ennemi.

Je peux l'écrire. J'ai tué pour de vrai, juste avec des mots et mon sexe. J'ai tué pour de vrai, juste pour éjaculer dans la gorge d'une blonde.

La solitude, celle que je fuis dans leurs yeux d'automates -mes automates- m'effraie. C'est une hydre changeante, qu'on ne peut risquer de décapiter sous peine d'être assailli de milles peurs nouvelles, puissantes d'autres facultés, de légendes que vous ne saviez nommer et qui vous tue malgré tout.

La solitude, la nuit, me laisse les traces de nos combats sur les doigts. Mes mains sont pleines de cicatrices, de celles que je lui inflige avant des les arracher. Je n'ai jamais perdu contre la nuit, je me garde d'elle méfiant, avec des corps étrangers, des corps inconnus qui irradient la pièce de leur pâle luminescence. Je me protège, ainsi, avec de la chair nue. Je ne baise que des blanches aux yeux clairs, pour qu'elles chassent toutes les ombres qui m'envahissent. Ce sont mes briquets, mes lucioles qui virevoltent interminables contre mon ciel, le ciel très bas, voûté de ma chambre.

Je n'ai jamais pu dormir la nuit. Quand la paupière tremblait, je sentais les pas de la nuit menaçante, je la sentais avec son odeur d'agression, je respirais le sang de ses victimes déjà. Alors je sais, je sais tout d'elles, l'heure de son lever et celle où le jour lui succède épuisée de n'avoir su m'emporter.

24 août 2009

Camé à l'esquinte.

Ca ne peut pas marcher indéfiniment de se camer à l'esquinte, il faut des drogues plus souples, plus femmes qui viennent mettre de la poésie dans la gorge. Je sniffe, je cherche à m'injecter directement dans la plume quelque saloperie poétesse, des muses en poudre à avaler comme une posologie. Soigner la médiocrité qu'on appellerait ce traitement fait de petite mort. Il m'en faudrait moi, des semi-remorque pour tout évacuer, tout cracher aux latrines ce talent nonchalant. Je suis un musicien sans instrument, je joue des mots, je les fais divaguer, ils sont là puissants, rageurs, s'élevant en fracas. Mes mots marquent chaque porte contre laquelle ils se griffent. Mes mots copulent de substantifs en adjectifs, ils muent, émergent, de l'un en sort un autre, c'est une rime interne, une meute hurlante, c'est une musique personnelle, tout est enfoui, tout est intestinal quand j'écris, quand je parle. Ma poésie n'est qu'un gargouillis. Mes yeux sont la braise éteinte, noirs, noirs comme la foudre que je vois se renverser dans ma bouche, noirs, noirs, comme la répétition qui grince avec ses cheveux fous attachés, séparés de chaque côté du mot. Une raie de milieu. Je crois, qu'ici, systématiquement, je vous mets à la vue des palindromes translucides et vous êtes surpris d'entendre les mots bruts ainsi chanter, ainsi danser. Le prélude de Tristan, encore lui, qui fait donner ses gammes, qui ordonne aux Walkyries, les Walkyries puissantes et enragées, de mettre le feu au théâtre, de mettre le feu aux rideaux. Ils ne tomberont plus ! la pièce doit à jamais être jouée, acteurs essoufflez-vous de déclamaisons -et ça m'appartient-, actrices mourez violées du verbe de vos amants. Et ça je le pique dans des veines d'ombre déguisées de lumière. Je vole, je suis un escroc poète comme Lacordaire en était un meurtrier. J'ai jamais eu le cran, moi d'enfoncer mon verbe dans l'omoplate de sentir le sang gicler comme l'encre du poète. Je jouis, je me cherche une muse, moi, désespérément je la traque dans les rues. Ne l'oublions pas c'est là le sex-toy du poète. Et pour construire il doit d'abord jouir, répandre homogène sa semence sur des carreaux imaginaires, la planter sous la peau des femmes au sourire de verre. J'en ai connu et je m'en fous, je m'en fous et c'est tragique de n'avoir de cœur que fossilisé, pourri, complétement vendu à la seule littérature. Je n'ai pas d'amante, que des objets, des jolis objets aux yeux pâles. Pas clairs, jamais, pâles et abîmés c'est ainsi qu'elles sont mes muses, abîmées, froissées, et je tente, moi de leur faire disparaître les plaies originelles, je tente moi de les guérir de mes mots thaumaturges pour ouvrir au coeur un nouveau cimetière où mon verbe gerfaut plongera ses serres, où mon verbe vautour pillera leurs trésors ignorés. Les femmes me suffoquent des fumées brumeuses qui s'échappent de leurs corps. Je suis malade, je suis camé, je VOIS le parfum, je ne le sens pas, ça n'a pas d'odeur mais une couleur, grise, veloutée, qui danse et s'enflamme. Je vois le parfum qui s'arrache des boucles et des croches il a la couleur des matins calmes, je le sens goutter, tomber, s'effondrer et se relever comme une pluie qui passe à l'envers. Je vois le parfum que les femmes crachent à chaque respiration et je m'étouffe. Je suis amoureux de tous les jolis corps, je suis amoureux de toutes les lignes que je vois dans leurs yeux pâles. C'est ainsi que je sens, c'est ainsi que je vis, je vois sur vos ventres plats des lignes, des milliers, des centaines de milliers de lignes qui me font bander loin. Et je me touche, je me touche pour écrire, je sens vos odeurs qui m'envahissent, je vous sens vivre en moi, mes enfants, mes victimes, mes disparues déjà. A peine aimées déjà oubliées. Je suis ainsi tragique qu'après vous avoir écrit je vous tue, sans sursaut, sans remords. Comme un avortement. Clinique. J'essuie de mon visage l'encre qui gicle de vous et je me rends dans la vie indifférent, costume rayé mais serviette remplie de nos traces nocturnes, de nos rages intimes. Vous toutes. Je n'aime pas, personne, ni toi, ni toi et toi encore moins que les autres je vous possède, vous êtes A MOI, et que d'autres glissent leurs organes dans les vôtres je m'en fous, que d'autres viennent s'ébattre petitement, vous arracher des sanglots d'extase, ne me touche pas, vous m'appartenez autrement, dans un corps impalpable et désincarné que je vous prête et vous reprends selon mon besoin, selon mon désir. Je te jouis dans la bouche, chérie, quand je sors de ma poche le stylo aux dents d'encre, je te jouis dans la bouche à chaque seconde que je pose la première majuscule de mon génie malade. Je suis navré, vous autres, amants fades, personne ne peut prendre ce corps que je façonne, cette armure sans chair que j'offre aux muses. Personne ne vous eût avant moi, personne ne vous aura après, je vous ai faites, je vous ai construites, chimères, homuncules, vous sortez des doigts alchimistes du poète, des forges biologiques de mon ventre vous n'avez de demeure que mes latrines. C'est terrible à dire, encore plus à hurler, mais je vous ai, pour toujours, pour toute les nuits à venir, vous n'échapperez pas aux cellules que je vous dessine, vous ne quitterez pas ce masque que je vous greffe. Qu'un visage, celui que je vous prête, qu'une voix celle du silence. Je suis navré, vous toutes, de vous oublier, de vous promettre le temps et de déposer à vos yeux le silence. Je suis navré de n'être que d'une autre dimension que vous, ma chair, mes sangs vivent à l'envers, autrement, je dessine avec des mots et j'ai l'Univers entre les mains, l'Univers bille de verre que je lance contre les murs. Qui se brise et qui me coupe la langue. Je saigne, je crois, je saigne sur l'Univers décapité.

16 août 2009

Des larmes à la mer.

Je suis en larmes de savoir que je ne lirai jamais tout, qu'en littérature on se trouve facilement des parents mais pas de père. Je suis en larmes en pensant aux charniers d'hier, et je ne comprends pas, je ne comprends pas pourquoi l'Art n'a pas dit non à l'horreur, je ne comprends pas pourquoi les pages de Nietzsche n'ont pas pâli devant l'horreur à s'en rendre invisibles, pourquoi Bach, pour rendre la pareille à Beethoven, ne s'est pas brutalement rendu muet quand la barbarie hurlait ? Pourquoi la musique et la poésie ont chanté à Auschwitz ? Vous savez, les gens talentueux pillent, volent, et tuent. Le génie c'est d'abord être un criminel, les autres, les petits pouilleux, les écrivaillons empruntent effrayés. C'est de la littérature émasculée qu'ils vous servent toujours. Je suis en larmes devant ces monts infinis, je suis en larmes devant cette injustice "la droite écrit mieux que la gauche, et la droite frappe plus fort, aussi". C'est ignoble, mais les ignobles ont du style. Il me reste à apprendre, beaucoup, pour être infâme, écrire mon petit Décombres à moi, mon école des cadavres. Je viserai qui ? Les pédés, je le sens bien, ça de me faire -c'est ambigu- une bande de tantes au marteau piqueur, de leur vomir dessus, de les recouvrir de verbe comme de pourriture, cette vermine. Ouais, ce sera ça, je serai Yahvé, dieu jaloux, pleurant mes larmes d'encre sur les villes que sont les pages. Beaucoup de cités à chaque ligne bientôt noyées. Mon déluge à moi, et pas de Noé pour sauver cette humanité miteuse. Je pleure de savoir que j'ai du talent, finalement, plus que vous, et ça m'attriste de vous voir minuscules, transparents et délébiles ou plutôt même de ne pas vous voir. Je vis entouré de spectres et je n'ai pas peur.

11 juin 2009

Pleure Mon Fils.

Aux impétueux une vie entredévorée. C'est que le sablier n'égrène pas ses secondes de la même manière pour toi et pour moi. Je n'ai le temps que d'aller vite, et ce ce qu'Einstein dénommait "relativité", le temps qui circule aléatoirement de mon corps à ton corps, qui est un frimas dans le sang que l'été fait fondre. Voilà, le temps, il passe lentement.J'ai l'intelligence qui décompose ses mouvements, ses rotations, ses plates révolutions. Je le vois tomber, silencieux, le temps quand il trône dans les salons, en salle d'examen, quand l'attente le fait couler, 1,2,3,4,5,6... les bergers ont tué tous les moutons et le sommeil ne viendra pas cette nuit. Je me mens parce que je suis en verve mais qu'aucune fée verte n'est venue m'abreuver de lettres saignées, extra-territoriales. J'étouffe ici, et c'est la France occupée, c'est mon Paris ruiné aux frontières serrées. Ma vie est une poitrine de femme corsetée, étouffée, étreinte et bien camisolée. Nous sommes fous en suspens, sans images. Je déblatère, des bonjour au revoir. Je suis un muet de la poésie cette nuit, un MUET, m'entendez vous, j'ai le verbe qui me coule sous la peau mais qui ne sort pas. Je suis hermétique à la parole, et mes doigts ne figent rien, ils sont des mouvements que le temps laisse filer, le temps relatif qui traîne sur la vie courte ses spliffs, ses ivresses. Moi je suis sobre même à 4h37 c'est gentil de demander, et si je m'injecte de l'interdite substance c'est que mon imagination l'a créée, elle donne des rêves à deux sous, des pavés et des creux à faire des farandoles à Moscou. Tu t'imagines, en moi, dans mon écriture il y a de quoi faire danser la Crimée et les îles Sakhalines, dans ma tête il y a cette substance visqueuse qu'on appelle rêve et temps, qu'on essuie avec le papier buvard de la nuit. C'est moi la NUIT, elle se gorge de moi, et quand je suis épuisé, quand je suis livide de m'être essoré l'intelligence sur mon droit des sûrétés, civil, administratif des biens, que je suis gardé à vue par mes libertés publiques, que je manie l'oxymoron comme le sabre qui découpe en égales parts les saisons. Quatre allant deux par deux s'occupant de trois mois par année. C'est de l'équité, de la pure comme on dirait cocaïne. C'est gentil, mais ma paille ne plonge que dans des verres sucrées à m'en pourrir les dents. C'est la vérité, j'écris les crocs rouillés, bouffés. Ma plume est cariée, elle me lance et j'en jouis moi, de pouvoir écrire sous la contrainte des douleurs. Je sens que je virevolte, il faudrait transmettre l'étoile qui me passe dans les yeux, la faire descendre de la langue à l'écran. Et puis non. Je la garde, mon étoile-faucheuse, vous ne l'aurez pas, ou qu'en creux, qu'en silence obscurci. J'ai mis le feu à tout ce que j'ai fumé. Et je fume du papier à lettres rosi par les flammes et noirci par la cendre. J'aime faire que les souvenirs vous restent sur la peau, mes poignets sont brûlés, c'est un souvenir comme un autre. J'ai des traces sur le corps, tout le corps sculpté de maux et de joies. Il y en a des filles à m'être passées dessus, des Hélène, des Wendy, des Millie, des Elises, des Marion, des Elo, des quelconques et des encore là, parce que je suis irréstitible, mes doigts sont agiles. Je suis le virtuose des extases secrètes, des dénichées sur des trèsors de laideur, des grasses et fines, des sur qui je sniffe l'odeur de pays oublié. Elodie en a un sur ses seins, elle, des pyramides à vous faire trembler de penser que l'Egypte s'est éteinte, elle en a des histoires romaines, des Cléopatre sous Antoine et des Antoine sous Auguste. L'Histoire est une partouze, ne l'oubliez pas, ma prose un bordel. Tu payes et je te suce la moelle, puis tu te casses. Ici je prends et je ne donne pas. Tout fluide et tout liquide. Séminal et fiduciaire, je suis comme ça. C'est que mon temps passe lentement, et mes journées font trente deux heures. On m'a dit étranger à moi même, je dirai que je bois la corde des pendues, celle qui a durci sur les tables en verre, la blanche poudreuse, la neige des oubliants. Je dirai que je la bois, et que mon sang éternue. C'est comme ça, je suis né le sang pâle, blanc, et j'aime qu'il coule. Ce sont mes menstruations à moi, de le voir couler, saigner, pleurer, rager, pester, mon sang, ce sont mes règles, et c'est là que j'enfante. Quand je ne saigne pas de fièvre et de textes, que tout est retenu, que les veines gonflent comme des tempes douloureuses, quand je sens la saturation du venin, alors j'éjacule à l'intérieur, pression sur le sexe. Et j'enfante, j'enfante des royaumes désenchantés, des pleurs de jeunes filles voilées, j'enfante moi des pays de sucre, de miel, des Israël christiques et vous savez pourquoi ? Parce que baignée de Mer Morte il l'a ressucité, lui, il s'en fout, tout le monde c'est Lazarre maintenant, et tout le monde a la lèpre, alors il est là avec ses mains thaumaturgiques, il est là pour tout guérir la sclérose en plaque qui est la lèpre moderne et le reste. Il s'en fout, lui, quand il voit la partouze de l'Histoire il fera pas dire aux nuages qu'il faut cracher le feu du ciel, il s'en fout, il est apostat Jésus, il a renié Dieu quand le clou lui filait le tétanos.
-  C'est terminé cette histoire, mon dieu ?
-  Oui mon fils. Paradis ? Mais c'était là bas, il fallait jouir et vivre pour le mériter toujours. L'enfer ce sera pour ceux qui n'ont jamais joui du cadeau qu'était la vie, l'enfer ils l'ont vécu au paradis, d'avoir privé sa chair, ma chair des délices terrestres, des femmes et des hommes, du sucre et de l'ivresse. Le crime originel, mon fils, c'est d'avoir fait de la Terre une vallée de larmes."

3 juin 2009

Aux Inconnues Avenue des Invalides.

Ca fait des siècles que je marche sur la corde des pendus. Je t'écris à toi, toi qui t'en fous avec tes yeux de tristes océans, de marées noires endormies. Je vais mourir, je veux mourir. C'est parce que tu t'en fous que tu flottes légère que je te l'écris, que ça ne parasite pas les organes. C'est d'un étranger à une étrangère. Sans charmes, comme un accident, une rencontre sur un bateau qui tangue. Voilà, le propos liminaire. Mourir, c'est un peu comme abréger les phrases, casser la ponctuation introduite par la morale des autres, mourir, périr, c'est s'en aller au bout du mot, juste derrière la nuit. C'est vraiment ça, et tu t'en fous alors ça me plaît, à moi, de te l'écrire, de montrer que je mets mes points de suspension à la place des virgules, qu'au lieu de bégayer mes envies je me jette dans les fosses. J'y aspire. Je l'inspire. Ce n'est pas de la C. Je ne meurs pas comme les adolescents vivent, dans l'idiote déchéance. Faudra autre chose qu'un corps piétiné par la poudre. Je te l'écris. J'y vais en même temps. Je fume un pétard au vide qui a des saveurs de nulle part. C'est agréable, ça retourne le dedans, la fumée qui s'enfonce dans les os. Je te l'écris parce que tu t'en fous. Que quand même dans tes yeux j'ai vu de tristes espoirs, la lassitude qui est la grâce des gens désordonnés. Je l'ai vu, ça m'a suffi. Tu t'en fous et c'est heureux. J'ai vu des bourreaux, sur tes pommettes, la généalogie des assassins conventionnés. On peut pas vraiment dire que tu sois belle, avec ta tristesse qui t'effiloche le regard, mais t'as ce truc, cette came à l'esquinte qui me rend dingue quand en hiver je peux imaginer la couleur de ton souffle dans l'air glacé. Y a cette chose silencieuse, c'est le mal, le bien, le cul, le coeur qui respire dans un autre univers à vingt-six dimension et demi. Et demi. Parce que c'est l'art de l'équilibre. Tu vois, moi je m'en vais et je te le dis parce que tu t'en fous, je suis fatigué de jouer le funambule sur la même corde séculaire, fatigué de la voir rétrécir sous mes pas usés. T'es pas vraiment l'extase, parce que dedans ça pourrit, on a la gangrène de l'époque, toi ce sera la solitude, la solitude meublée. Comme un musée baroque qui abriterait de l'art romantique, tu vois, ta vie c'est une antithèse. Ce n'est pas du langage prophétique c'est parce que moi aussi je m'en fous. La dernière volonté des mourants, de ceux qui épuisés traversent des fleuves asséchés c'est de s'en foutre, aussi. C'est agréable la destination, la mort ça peut être un voyage, avec ses étapes, ses ivresses, ses déceptions aussi. Je cartographie la mort. Tu crois qu'on y voit quoi ? Des souvenirs en attendant qu'on se tarisse dedans, que le sang s'en aille pour nous assécher de saveurs, de pensée ? J'aimerais croire être autre chose qu'un agrégat de molécules savantes, c'est faux. Je péris. Tu vois je t'écris et je disparais. Comme un fantôme, un prénom délébile, avec le jour toute ma peau phosphorescente s'en va. On ne me voit plus, je me laisse gorger de noir, de nuit, d'ombres et d'abstrait. je m'en vais et je te le dis parce que tu t'en fous, que ça ne pèsera pas sur tes yeux aphtiques. Nous sommes tous en sursis. Je suis le soufflet et la joue, la tête et la hâche, le bourreau et la victime. C'est ça le suicide, l'autolyse. Pfuit, disparu à l'heure du poète...Je m'en vais. Je mettrai bien un billet à Saint Pierre pour ta solitude, que quand même, dans tes yeux passent autre chose que des fantômes, des disparitions et de l'ennui sinueux, qu'on roule et qui s'effrite, s'en va et s'expire.

Adieu camarade.

7 avril 2009

Verte et mûre.

L'insomnie ça vous colore les sens. Ca met du vacarme là où y a que silence. Du délicat et du puissant. Pas un cornet râlant de vieillard croupissant. De l'orgue agacée. Dix mille tubes à symphonie, des érectiles, droits, fûts à ivresse, vin berceuse. Des matrices à génie. Bartock qui pisse des notes. Mille millions de tuyaux qui vous survolent les veines, s'enfoncent. Ca vous colore la vue l'insomnie, ça barbouille de turquoise la mer noire de l'Univers. L'océan profond, ses fosses, comme autant d'intimités invisibles, toutes couvertes d'eaux. Ca renverse des peaux peinturés. De la colère ignorée, effluve confuse qui vous viole d'artistes symphonies. Les Walkyries qui montent faire la guerre dans ma tête. Cherchent Wagner dans les sillons, des petites tranchées mentales pour sabots intenses. Prince des nuées. Il vit sur la foudre en attendant qu'on vienne le prendre, Wagner. Après sa musique toute froide de mathématiques, de cris endormis, il a couché sur Thor, il a voulu goûter la Scandinavie close comme un sexe animal. Les guerres en conquête. Les putains en chaleur. Grimper des fjords tremblants, des monts, des vaux. La Scandinavie éternelle, insomniaque. Celle qui l'été veille sur monde, vigie au soleil de minuit. Chapelet de lumière, aurore jamais digérée, à peine déglutie. C'est déprimant Paris l'été. Ciel bleu dégagé, ronronnant. Les pôles c'est de la poésie, de la littérature boréale. Du noir au blanc. Du dichromatique barbiturique. La littérature en quadricolore. Un jour de six mois qui se lèvent pour hibener. Ouais. C'est là bas qu'il est coincé Wagner avec la musique fatiguée d'avoir veillé sur les tranchées du monde.

30 mars 2009

Vertige

L'écriture m'excite. Mon aphrodisiaque. Mon extase. Ma masturbation. Je crois que. Ouais. C'est ma langue, mon verbe que je branle au lieu de mon sexe délaissé. C'est comme si j'éculais de la littérature. Et attends. Pas de l'uniforme blanche visqueuse. De la polychrome, absurde de teintes et de variations, d'effluves et de saveurs. En phase primaire. Amorcée. La littérature maladie qui fait vomir des arc-en-ciel, des arches assassines, de "je" sournois. Trois mille six cent couleurs. C'est moi le bleu de Klein et les autres ciels qu'on a pas pu découvrir, là bas, de l'autre côté de la lumière, parce que que je n'ai pas encore pu les vomir. Tellement de glaire, de bave, de gerbe,et une seule bouche étroite pour tout dire. C'est ça la frustration, d'éjaculer par des conduits creusés pour des vers. Tu vois, ils se trompaient les antiques, les Gatien, les médecins. C'est pas noire la bile, c'est primitif, bleu jaune rouge, et même violet desfois. Ca laisse des traces merveilleuses sur le corps la littérature. Des poèmes en prose qui se lisent en braille. Si tu passes ta langue dessus, tu sauras toi aussi les histoires formidables et les hideurs insoupçonnées, tu pourras ouvrir des portes condamnées, et découvrir des coffres cachés par Picasso pour nous en éloigner. Il faudrait des photographes à délire, des qui capteraient les minutes, l'heure, qui tourne incessante, studieuse. Comme des chronomètres. Des pour prendre le pouls de la fièvre plutôt que des néons obstinés de lumière quelconque. On peut rien contre l'habitude même la colère ça suffit pas à la disperser, ou pas longtemps. L'habitude c'est un fracas, et le génie un silence. On est trop bavards pour être géniaux. T'es ma muse. Ca vaut ce que ça vaut. Y a pas pire, là. Parce que je pense à t'écrire ça me gicle des doigts. L'orgasme littéraire on t'apprend pas à le retenir. Tu sais pas où il se verrouille le perinet du verbe. En un mot. T'es l'invisible main onaniste, l'accoucheuse de mon verbe sinueux. Avec toi je prends des chemins en terre meuble. Des fragiles qui font des estuaires de boue. Pose toujours ta main délicate, libre d'alliance trahie, sur ma langue impatiente. Tu vois. Je crois que j'ai l'écrit érotique. Que de membre long, rigide, effilé, je ne suis doté que d'un stylo malingre. Faut le faire baguette. Pas magique, mais à musique. Faire sortir du fracas de l'habitude un silence qui pense. Des murmures hantés, des fantômes décapités, des légendes effrayantes. De la musique !  Merci d'exister. Tu es dans mon mental. Tu chuchotes à mon intuition. Merci M. d'être. M...use. Belle. Délicieuse. Discrète. Colère. Talent. Merci. Quand. Je. Ponctue. Je. Crois. Que. Je. Commets. Un. Meurtre. Un. Génocide. Comme. Un. Spermicide. J'avorte. Embryon au cachot. Tu me fais suer de mots. J'en ruisselle d'écrits frustrés, de bouche écartelée, de langue tendue, cracheuse asséchée. Une longue prise de courant, et de risques, qui ondule dans mon corps. J'veux pas lâcher les doigts de dans l'électrique stimulation. Périr d'écrire. Oxymoron de momies giratoires, ferrés d'habitude. Crever de vivre. Ecrire. Pour de vrai. Dans mon identité pas compromise. Mon petit talent bien égoïstement caché. Ca bourdonne. Ca ne doit pas se taire l'écoulement, le bruit. Que je doive en crever de déshydratation à vomir les mots, que ça me laisse muet de déverser ma folie. Il y a tout. Un concentré. Furieux. Courroucé. Un peu qui peut tout dire, il a déjà tué l'interdit, cette habitude des hémicycles. Pauvre demi-jouisseurs législateurs. "Je", c'est la plénitude. J'ai déjà dit. Magellan. Voilà. Des cycles entiers, des menstruels saignants, des solaires brûlants, des cycles, des saisons quatre par quatre déréglées. "Je". Comme une flèche lancée à pleine vitesse. Cette fois c'est l'arc qu'est bandé. Trop tard. Ne dîtes rien. Elle est déjà partie la flèche. Je peux tout écrire, elle arrivera. Tout crier. J'ai l'univers qui craque entre mes doigts. Je le sens fébrile. Je peux dire. Ta bouche. Tes seins. Ton ventre. Je peux les habiller d'ombre et de soie livide. D'obstinés fantasmes, d'asservissants désirs, de maquerelles certitudes. Je paye tout ça en larmes de chiens, en encre noire, bien dense comme la nuit qui nourrit le crime. Tu m'épuises à deux heures. J'ai un port qui pousse dans la tête. Des grecs colonisants. L'accent aussi fort que le poisson qui pourrit dans la cale. C'est Marseille et des souvenirs, des cris, des mouettes, des plages microbes. Bientôt ce sera Amsterdam pour la chanson, les petites vertus, les étendues, Amsterdam on dirait que rien ne peut s'y finir, que les trains meurent dans la mer. Bientôt. L'Ouest qui fera une histoire sur des menhirs, pour dire les bardes et les druides, les serpes et les remèdes poisons. Singapour et ses cargaisons bridées de normes internationales. Je peux dormir sur la mer. Boire l'océan. M'allonger sur ton corps. Ses embranchements. Jambes qui divisent le torse en affluant de beauté. Delta doux et calme, irrigue mes pulsions. Deux jambes pendues, légères comme la marée qui remonte, tressaillent. C'est de l'obsessionnelle écriture. Je guette derrière le réverbère éteint -il y a rêve dans réverbère- ta sortie. J'attends que le jour taise ses tempêtes d'habitués. J'attends, de te faire peur avec la nuit vivifiant le sordide, abreuvant les créatures de cauchemar. Faire peur. C'est comme un viol qui répond au désir qui claque. Ca salira les ballerines que tu ne portes pas. Tu ne danses pas dans la vie. T'y voles, toi. Des mots d'horreur. Dépossession. Je me fais femme. C'est sucer l'âme dans les mots terribles. Sans contrôle. Je suis drogué à quelque chose ça me fait des petits meurtres confidentiels dans les reins. D'ulcères timides qui se révèlent malins. Faut toujours se méfier des timides. C'est les pires. Ils osent pas, alors ils réunissent en fantasmes toutes les bassesses de l'imagination. Si un jour le courage vient -aidé par la fin du monde, ça vous assassine un timide. Planté, tu pourras pas dire que je t'avais pas prévenu. Les timides ça espère, ça fait que ça. C'est bien pratique pour éviter de mourir. Parce qu'ils écoutent les dictons populaires. On se maintient à la surface avec nos lâchetés, nos concessions. Les yeux baissés, mais le nez à flot. Faut juste pas cesser. Disparaître. Ca peut trop effrayer quand on attend pour vivre la bonne minute. Y a même plus de guerre pour s'inquiéter. Que du maintien de la paix, asphyxiée la paix qu'on s'occupe tellement à la maintenir. Ca frise l'acharnement thérapeutique. T'inquiète pas. Tout arrive. Une météorite ou les américains ou les chinois ou les russes ou ton père ou ta lame. Y a plus qu'une question de temps. Tu vois. Faut des photographes-chronomètres. Pour quand tu te seras évaporé sous la chimie d'une drogue ou d'une bombe. Le temps lui il s'en foutra de vous. Nous restera des voyages au centre de la terre. Et ça c'est secret. Les cadavres qu'on y déposera vous les connaissez pas. Des anonymes glorieux. Des déserteurs inconnus. On célèbre ses héros. Nous. Des fuyards. Ceux qui tenaient trop à la vie pour la laisser tomber. C'est bien facile de se résoudre quand on a pas de fièvre, c'est bien facile quand on accepte la nuit de l'Univers. Nous on a jamais su.

18 mars 2009

Je vais t'appeler Magellan.

Je vais t'appeler Magellan. Magellan alors. PMagellan qui à l'aventure, au dos des tortues centenaires parcourt le globe incertain d'être globe. Reviens sur tes navires avariés, tes soutes ivres de trésor suant. Reviens. La Terre est ronde, c'est pour ne jamais fuir loin. On revient toujours au point de départ à courir dans la paume de l'Univers. Je vais t'appeler Magellan. Ramène moi de la soie de Ceylan, des épices de Bombay, des pierres de temples de Phnom-Penh.  Des femmes et des esclaves aux dos courbés, aux langues indigènes. Les faire passer sous les bites caudines de nos onanistes échoués. M, masse moi l'imagination. Voyageuse, drague au fond des océans tout l'or coulé hier, toutes les tempêtes, les colères, les grimoires, toutes les batailles navales, les pirates, les barbes rousses, bleues et les corps décapités. De ton voyage circulaire autour de ton crâne fiévreux imaginatif. Marche droit dans le noir marri de la nuit. ?Nos noce d'ombre. Colle du miel à tes seins nus. Du sucre à tes lèvres paiennes. Oh, découvreuse, découvre toi de tes habits de lumière.

28 mars 2008

Rumeur.

Dans les yeux toujours, je reconnais mon jour, je redécouvre ma flamme, comment entendre le bruit de la cendre qui tombe de poudre, qui s'estompe sur vos pas, dans l'étoile bergère qui ne guide que le désespoir. C'est très beau le jeunesse mais elle porte surtout les regrets de ces soleils dissous, des nuits éternelles. A vous bonheur des paillons, à nous riches de vertiges qui vivons de la prodigalité des ciels. Il s'est tant perdu de minutes à pleurer contre les pleintes que j'y reconnais des mirages, que je cherche une partance hâtive. L'impatience qui vous épuise les reins ne s'explique pas, elle ne se dit pas, et s'exprime d'un mutisme de chambre noire. Doué de non-parole, d'un astre à la crinière entre les jambes, de lune révolue et un baiser qui cherche toujours ce cou lointain. Le théatre a brûlé, et je sais attendre à porter ma croix, à ne plus trahir, tromper, souiller les draps de sentiments acides. A quoi bon ? Quand la passion vous fauche vomir de nouveaux corps, piller de nouveaux lits. Je ne disloque pas cette âme, et je cherche dans les bras disparus un continent. Le coeur est lourd de suie et de charbon, des larmes qu'on fait glisser de fierté et d'orgueil. Brûle tes apparences, et jette tes nuits, et jette tes jours. Je ne m'éteins pas, je le laisse à la rumeur sans demeure. N'oubliez pas, à chercher dans les bras des filles un pays on s'éparpille. Parce que le poète a toujours raison.


    
21 mars 2008

Ombres improvisées.

Les ombres qui grossissent contre mon reflet, savent tout, sapent tout, et me répètent. La nuit est à lier. Folle alliée. Allumée, clair, éclair, lacets de foudre qui embrasent le ciel, sortent des tranchées militarisées d'un ciel sans nuage. La nuit sait tout, et anesthésie, s'écoule les secondes, les heures haut par mots et monts. Tic, tique, je tique, dans la poitrine moussante. J'ai le mal au coeur qui glisse la nuit dans un rayon de lune, qui tait, tait. J'ai su coudre ma bouche et ma colère. La nuit m'injecte sa couleur dans un bain de morphine, d'antalgiques, je soupire. Le sommeil me fuit. Le sommeil est l'ennemi. PLANTE UNE AIGUILLE. PLANTE UNE PETITE AIGUILLE CONTRE LES HEURES QUI HEURTENT. Silence, silence, il faut faire silence, de la rumeur grondante, de la déclamaison des oraisons. Passe l'obole auréolée, et tais toi, réprimande, tais toi, critique, je m'ennivre d'une crique tête de mort, qui craque son os tissulaire. J'ai des larmes pénétrantes, moi, j'ai des larmes qui tachent mes joues, s'enfoncent, l'acide je le digère, le régurgite des yeux brillants, noirs. Jais. Jais. Jais mais d'ivoire, j'ai le jais des ivoires noircis, comme des dos d'esclave, comme des noblesses abolies. Je sais survivre aux poignards, sous ma peau, le fer. Dans ma poitrine prison, cage-thoracique, dort un coeur affamé, se nourrit d'eau croupie. Révolte, révolte, il se tait, sait, et se tait, saute, tressaute, vibre. Il y a des interférences radiophoniques, il y a des interférences qui ont des dents larges, noires. Se tirent, s'étirent, mes dents sont des ombres qui luisent aux larmes, faites attention, faites attention à la prochaine nuit, quand mon coeur de loup sauvage déchirera mes vêtements gris, ma chemise gitane. Gardez près de vous une balle d'argent et un pistolet précis, gardez près de vous de quoi tirez sur la lune dont l'opulence gave mon foie, folie. N'oubliez, pas serrez autour du coeur que vous n'avez plus un chiffon rouge à l'odeur de vie. Les charognards ne prennent que les carcasses pourries. Bourreau de minuit, j'ai une corde serrée au poignet, des kits de pendaison bohèmiens. J'écris, la hache à la main, j'écris, je découpe. Des lettres retranchées d'un alphabet endormi, je viens sortir des réserves les belles endormies, les presque disparues, la hache trouve le z du rire, aux zigomatiques envapés, des X d'interdits qui crachent la douleur que vous ne comprenez pas. Qui font rire dans la pâle adolescence la foule qui cache son odeur derrière les arômes synthétiques. Je pèse votre ennui qui m'écrase la poitrine. Je signe un acte de décès. A votre nom. Une pierre tombale qui brûle. Je sais tout, je suis le confident de la nuit qui vous habite, de toutes ces nuits en vous qui noircissent mes yeux et mes boucles rebelles. Je suis la lumière crispée du réverbère qui souffle, près de votre fenêtre, le chant de l'oiseau invisible qui s'éveille avant l'aube du crépuscule, je suis l'odeur fraîche qui vous réveille le matin, le parfum de brûme et le goût de rosée qui trempe dans votre chocolat. Je suis, dans l'intime, dans la prospection. Une pioche qui s'enfonce, laboure, je suis votre sang qui coule sans blessure. La nuit brille comme un souffle de chacal et me répète vos écarts, vos mots, entiers dans des baquets vomis. N'oubliez pas, la nuit sera encore pleine demain, et mes dents ont faim, ma langue de fourrure a soif. Faites attention, ne dormez que d'un poumon, je sais tout de vos yeux de verre qu'on brise de vérité.

11 mars 2008

L'horizon aux yeux bleus.

Mon feu aux yeux ne s'explique pas, il n'y a pas de définition, pas de formules pour résoudre l'inéquation égalitaire, la faillite du cerveau qui s'écoule, tombe en une trombe humides petites opales. Une vision de braises sanguines, un découpage en rythme violent, et toc, toc, ma tête se balance, invente un chemin d'étoiles. Rythmique de l'insensé, cogne tes pas au sol, martèle un cri organique, un bras animal sort de la bouche, méfie toi de ses ongles tigres, méfie toi des animaux édentés. La sauvagerie est une strie sur leur fourrure fauve, la sauvagerie est la marque sur ton corps que tu évites, en reculant la griffe porte des dents qui viennent morde ton dos. Un fruit, une aspirine amère. Sort de la Terre, j'ai un prénom des terroirs inconnus, vierges de souillures, de piétinement, personne ne sait, ça rime, ça se suit, c'est une suite à l'avril-mai qui tire. J'écris à la fatigue, pour rechercher la mystique qui manque quand deux allumettes ne se connaissent pas et mettent le feu au foin des rhumes. Tu fais éternuer l'Univers mon amour, quand, tes yeux s'entrouvrent aux premières berceuses du matin, des notes qui flottent, du corps qui réclame, qui réclame l'interdit. De soif. Sortir son fusil-tue-cheyenne, canon d'argent, la flute Winchester qui danse, et tourne. Faire glisser les doigts contre la peau laiteuse et l'oeil brillant, frémir. Hisser des barricades le long des bras, près des veines tendues, fortement, saccagées du sang. La voix. Me fait vaciller, quand elle ravale des larmes piquantes, brillantes, qui tranchent facilement les deux grands rocs qui abreuvent les terres brûlées. L'onde fugitive nous capturera sous la voilure épaisse de la brume, le temps de s'aimer, le temps éternel de s'aimer contre le mol mat de la barque, qui tangue, dérive. Nous dérivons, c'est fonction mathématique pour étudier la croissance au dos. Voilà ! La vie, se balance sur des airs d'espoir les ombres semées, plantées en grains de pénombre que nourrira la crue de nos partages, bientôt. Nous dodelinons, sur les flots joyeux, du bonheur, et nous traquons la douleur, cette proie exterminée sous le voile sombre de la nuit. Une nacelle, attend de délier ses rames pour nous baigner le corps, et les hanches dans le sable figé. Viens, montons, dans les ascensions folles. Les tours interdites qui enferment les maudits, les mots camouflés, envie de l'extase permanente, des bulles bleues pour les hématomes. Je veux voir un nouvel été briller, dans le corps resplendissant, dans des yeux de naissance. Tout à corps naît, la flamme qui éveille l'être, à des transports neufs et étranges, nous parfume de ses vapeurs brûlantes, les corps fumants des feux de la passion qui souffle ses joyaux jusqu'à nos bouches exaltées...Et dans un post-scriptum j'ajouterai les senteurs de la lettre, l'exhalaison heureuse qui vient emplir chaque parcelle de la peau. Je peux le dire, ici, à la face du monde que je ne vois pas. Je t'aime. Un coup en l'air, du fusil pour que ça s'entende bien loin.

7 mars 2008

Surtout dis que je suis fou.

Je suis enfermé dans un rire qui dérange ma nuit, je suis le prisonnier d'une voix grasse et longue qui vient amputer mon sommeil d'heures. J'ai besoin de quoi respirer pour réveiller mon matin, j'ai besoin d'une bouteille qui se boit sans trembler et de ma ma bouche qui recouvre la tendresse qu'elle ne comprend pas. Que quelqu'un vienne devant mon éclispe me protéger de l'aveugle, que quelqu'un se range devant moi, pour me protége de la lune. Tendez vos yeux à l'écarlate lueur d'un matin qui déssoule, tendez votre corps à la rosée mutine et écoutez mon cauchemar qui s'écoule les yeux larges, qui s'écroule au ralenti des paupières qui battent. Des armes, une hâche, une épée, de la fumée, un tison, que quelqu'un m'offre un poignard des dimensions pour faucher le temps, faucher l'argent et ces hurlements, ces hurlements, ces disparus que je continue de fréquenter, ces trous blanc dans ma tête. Je vous offre mes bouts de miroir, mes fins d'histoire pour que vous puissiez lire dans le cristal mes formes étranges, mes os saillants d'irrévérences, dites les folies nocturnes qui se repassent puis se froissent, dites ce qui se passe derrière et le gôut du crime dans mon intestin grêle qui pleut, qui tombe, qui crève. Ouvrez vos gorges. Guettez ces visages sans bouches. Pillez les spasmes de la nuit achevée des braises. Je pleure. Ca ne guérit pas. Endormi ? Endormi dans des crises d'épilepsie. Endormi le crâne brisé contre un gargouille de fer. Toi, reste, là, perturbe je t'en supplie ce coeur que je penche vers le vide. Retiens je t'en prie une main qui casse l'abandon. J'ENTENDS. Mes sens, mon sang. L'ouïe animal, je suis une impulsion grande, je suis l'impulsion, l'instinct des bêtes. J'entends ces bâtons qui longent les les murs dans un bruit de coups, allez expliquez moi les murs crevés, expliquez moi ces ecchymoses ambivalentes, schyzophrènes, expliquez moi ces blessures rouges. J'a l'ambiance esclave quand la nuit est un cri perpétuel, quand la nuit est une plainte de loup piégé. Captif. Fer des forêts de monstres en plâtre. Jette-moi sous les trains de l'absence, dis le. J'ai scié mes reins aux tiens, je suis le loup qui fait la forêt, les neuf queues du renard jamais rassasié. L'agonie fouette le maitre de l'univers. Plonge ma tête dans un évier de mots, répands moi dans l'égoût, je m'évanouis dans ces gaz inquiétants. Le bruit intérieur ne sort jamais des lèvres. Excité le sens du vent vers un éclair un éclair un éclair. CLAIR. Tourmenté dans une flaque. Fais l'esquisse de l'odeur d'une force, d'un tour. La difficulté de la gorge étranglée, d'un canal pendu, mon ange, ma pâle écorce. La disparition et tourner le dos et l'énorme vie entre mes poumons a un visage de sang dégoulinant, a une bouche de cendre qu'il lui manque, il lui MANQUE UNE BOUCHE. JE RECULE en plaquant mes mains sur ma bouche, je recule, mais on ne peut pas reculer de soi. Je passe mes doigts sur la bouche je ne sens plus mes lèvres, je ne sens plus de chair, mon visage est un trou noir qui aspire mes mains. ECOUTE ecoute-moi, entends l'enfant batârd qui hurle rauque dans ma poitrine, entends et regarde. La panique ne se voit pas, la panique se sent, alors respire, respire la fleur d'agonie. La panique, j'ai le visage de la panique, et comme je suis beau, et comme ça me ressemble d'être un trou noir. Ma voix me recrée des muscles, des orbites, des galaxies, du cosmos. Visage rentre dans visage blême. La panique me fait mal, la panique d'une voix rauque au rire gras, au visage INEXISTANT, une voix sans bouche, une voix qui ne remue pas, mais qui parle, qui parle, et tue. Mes cuisses me brûlent jusqu'au sang
Donne moi les signification, mon ange dis moi les glissements de terrain qui ensenvelissent la raison. Ecris les démangeaisons de ma peau, dans les catacombes du docte.
Dis le que je suis fou.

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  • une fleur qui a poussé d'entre les lézardes du béton, un sourire qui ressemble à une brèche. Des pétales disloqués sur les pavés à 6 sous. J'entends la criée, et le baluchon qu'on brûle. Myself dans un monde de yourself.
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