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29 avril 2011

Rimbaud à Bordeaux

Rimbaud chantait déjà, dans les doigts sucrés de poésie de Verlaine, les amours votives. Uranus, dessus leurs gestes tendres d'humus, faisait pleuvoir son ombre fautive. Dans leurs deux sexes, l'urètre s'ouvrait comme une morte, et partout leurs sanglots lumineux et blancs essuyaient leurs détresses sur les pages saintes d'une Bible d'hôtel. Rimbaud, c'est le sexe de matin râblé, c'est le sonnet irrévérencieux, plein d'autant de talent que le rire d'un enfant. Ses yeux embarrassés de bleus, gênés de beauté, ont fait claquer des dents le pistolet de Paul Verlaine, aux mots chauves comme le rythme. Et dans la poitrine maigre, mais vivante de Rimbaud la déchirure s'ouvrait, par là où s'écoule l'âme, par ces deux lèvres d'aube. D'un coup de feu, par la galerie creusée dans la jeunesse, toute la poésie se mettait à crier, à danser, et à suffoquer. Voilà l'arme du crime : l'amour, ci-gît un poème inachevé, ponctué de la poudre d'un adieu ; du sperme d'un bonsoir, sous la nuit-fossoyeur.

Mallarmé, écrivait, du charbon de son regret « le pays de neige » l'éloignant de Rimbaud. Un pays épuisé de toute une époque d'hiver, formé d'hier, d'histoires, et de tout ce que l'ange bot, mit de sang dans la poésie, lorsqu'il écornait cette vierge frivole.

Rimbaud, c'est l'enfant, aux yeux clairs dont l'ombre déborde de couleurs.

Si tard, ont joué les musiques qu'hier ne passait pas sous l'orage juteux du luth vaincu. Hier, ce ressemblait à la nuit sévère qui tient les insomniaques du côté de l'éveil, eux qui guettent encore le matin à venir ; sceptiques comme un juif face à Christ, hirsutes de misère sur le bord de l'aube pour se faire la certitude du jour à naître. Hier, ce semble cette tache qui fulmine dans le ciel, et sous laquelle les éléments se déchaussent, cette béance dans le noir, ce sombre dans l'ombre d'où Rimbaud ne sort pas dire ses audaces. Nous crûmes, que cette tache labile au faîte de l'obscur, dans les planches recourbées des étoiles, bâtiraient l'estrade au fantôme de Rimbaud, pour l'entendre détacher chaque verset de son eau glacée, venir nous montrer toutes les larmes à l'intérieur de sa tombe « Ma poésie fait pleurer même les vers » récite-t-il dans sa retraite enchantée de pourriture.

 

Le sistre embaume la nuit, et rien sur le pavé qu'une idée immobile. Hier, le trou noir a tout bu du jour. Rimbaud n'a pas chanté, les pistolets ne claquent plus des dents. Rimbaud a fermé la bouche et hier le trou noir a résorbé toute la lumière de l'Univers, demeurent les feux minuscules...les phares des tramways.

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5 avril 2011

Le soupir d'aimer

 

De me dire « je suis tout ça » quand j'appréhende avec les mains, l'entièreté de mon corps. Je suis tout ici, ma géométrie vient glisser sur la surface plane du monde, je suis l'altération sensible des ordres, je suis le dérangement dans l'organisation, je suis l'invention des éléments neufs, je compense les cris des morts avec ma vie, je pousse dans le monde, et le reste des fleurs regardent avec jalousie ma vie qui éclate de tous côtés. Je suis le bouton neuf des fleurs invisibles, le parfum grave des dahlias bleus. Je répands mes gestes, en mille tiges, et au bout de mes doigts sans pétales, jaillissent les odeurs santes, la beauté des émois, les timbres à promettre sur les enveloppes placides. Et. Et. Et. Et. Il faut toujours pouvoir hurler, et s'exproprier de sa propre voix, le cri est la réunion de toutes les autres voix, le cri est la réunion de toutes les hontes, tous les gémissements, toutes les retenues, toutes les écritures, se tiennent dans le cri, tous les sens s'arrangent du cri, se mêlent dans le bloc serré de sa flamme régressive, mortelle caresse que la brutalité du cri. Comment dire que la magie d'une étreinte, que la tendresse de l'amour, peut transmuter le corps vivant, aimé, en une figure morte, et gisante, comment, affirmer, encore que l'amour a le geste assassin, et la fatalité d'une destinée est la vibration de la passion, son remous dans la poitrine, les secondes qui tonnent dans l'horloge du corps, les plumes dans l'aorte, et les mésanges aux ailes de papier, qui volent, qui volent quand j'ouvre ma fenêtre je sens des pensées qui s'envolent, quand j'ouvre ma fenêtre les pensées vertes et bleues que j'accroche à mon mur se libèrent, se desserrent, quand j'ouvre ma fenêtre je sens le vent sous leurs plumages aériens, je sens les couleurs sous leurs paupières ourlées de saveurs, mes pensées sont des insectes ailés. Qui viennent gémir dans le ciel qui passe par ma fenêtre, cette morsure des cadres blancs, et plastiques, où le ciel crève son iris.

 

Ce qui est délicieux chez toi, ce n'est pas ton être, pas ton odeur même, mais le parfum que tu laisses quand tu t'en vas, ce regret qui traine dans l'espace que ton corps abandonne. C'est sur cette effluve que j'écris, c'est cette vapeur que je rassemble, c'est par là que prennent effet mes mots. Dans cette intuition sensible du langage, dans ce côté anguleux, sous l'ange mouvant du visage disparu, dans son bord inaperçu, son sourire toujours plein qui encombre tout entier le visage, et ne laisse aucune place aux misères, dans le reflet iridescent de tes genoux et qui remonte jusque dans la perle de tes oreilles, et les mains, les ongles, les yeux, le nez, les choses, tout ce qui habite, occuper un visage, tout ce qui le possède, qui l'entoure et le nimbe, toutes les balles qui passent et flottent, suspendues autour de toi, comme autant d'idées funestes qui se rejoignent dans ta traîne, qui t'accompagnent, et qui t'entourent, sans pouvoir t'atteindre, et au contact de ta peau la mort même se dissout. Ton immortalité est celle des muses de poème. Tu as une odeur de poudre et de plomb, en stase, et dans tes veines, dans l'auge de tes muscles, c'est le sang des victimes qui coule et qu'on boit, c'est le cri de martyr, c'est la laine du condamné à mort, et le vrombissement d'étoupe de la corde qui se colore d'une vie trop amoureusement serrée, les stores bariolées, qui éloignent la lumière dans la chambre du condamné, les dents, trop proches, trop lointaines, et sous mes paupières le jour impotent gueuse des rires, importe le mot qui se dépose et sous la crainte d'un soupir, il y a des impressions de matin raté, des délicatesses en couleur, des huiles, qui se dissolvent, qui se dilatent, et le bleu, le vert, le blond, l'auburn, toutes les myriades, les pluies grises composées par le geste du peintre au fond du puits de ses façons, avant même que son pinceau baigne son action filamenteuse dans le creuset des forges navrantes même la note première étanche de musique, avant que le chant sournois hôte de la vapeur au menton -trois poils de pillards- avant que les halogènes hallucinent des étoffes, avant que des crises ne sortent de l'asile, et s'étourdissent dans le mur capitonné de la chambre malade, dans les boucles farfelues de l'espoir, et les cordons de soie des rideaux, avant même que tous les muscles des doigts se soient détendus pour étouffer l'outil dans la croûte amoureuse de l'artiste, avant même que toutes les couleurs ne se soient accrochées aux fragilités des pigments, à l'anathème du mouvement, dans l'oeil du peintre toutes les couleurs piétinées par l'Art s'assemblent, et ses yeux recrachent lentement tous ses gestes. Eux se dirigent dans la toile, ne ruminent, ne heurtent plus rien que cette grande folie blanche à maquiller de son propre délire, de cette folie publique, la recouvrir de sa colère propre, distincte, de sa chhaleur personnelle, de son ventre en furie, de son pli de voyageur qui passe sur tant de terres qu'aux semelles il y a des indices de langues, des syllabes phonétiques, des phonèmes venus de toutes les jouissances parcourues par l'acte, et la gestuelle, toute création est une danse, un mouvement ondulant dans la grave lueur capiteuse, dans le masque gonflé de bile, dans le poumon dégarni d'air, méché dé cendres, dessus la plaque immobile des eaux buvant aux lèvres de la nuit, dans la coupe de ses fumets, de ses vapeurs, des brouillards insistants qui perturbent le grondement du corps. L'Art, c'est toujours le cri, c'est toujours la réunion de toutes les langues, de tous les chants qui viennent s'incliner, déposer, la lie des boissons de miracle jusque dans la gorge entrouverte, jusque dans le cuivre du godet, où coulent, par petits palliers, par pluvieuses allusions les massacres maugréés. Il y a des héros pleins de notions bouleversées, de punaises, et d'escaliers, de chemisiers déboutonnés, et d'audace en flanelle, il y a des nuisances qui se tendent jusque dans l'enfant apparu, jusque dans le stylo armé, et l'encre écoulée, écroulée, sur la feule de mon visage. Créer c'est d'abord, avant tout, en luisance en premier acte, altérer, c'est transformer l'espace irrémissible, inerte, fini et accompli, et tailler avec ses sensibilités, que ce soit son sexe, son talent, que ce soit sa rage, c'est y creuser, de grandes colères, y forer pour sentir les liquides internes du monde en vagir et brûler dans leurs brumes noires d'une essence enfin mise à feu, d'une pensée embrassée par les briquets de nos consignes, de mon infirmité qui vient écraser le mégot de mes consistances dans le papier de sable, dans la liqueur épaisse, épaisse, que les dents y mordent, y laissent leurs traces de cravate rouge, de noeuds en soie, je me suis pendu aux mains grouillantes d'un enfant formidable, comment la mort peut avoir si beau visage, qu'on la laisse entrer dans soi, comme un acheteur, comme un client dans sa boutique secrète, tu es entrée dans moi comme une prière, une croyance, tu es entrée dans moi comme la foi, la mort qui vous gonfle de son liquide imparfait, et déborde dans vos yeux ,jusqu'à la larme, le pleur, jusqu'à ce sang, et quand tu m'as regardé, je n'ai pas pensé touché mon flanc, et le touchant y portant les mains, y brodant mes gestes, j'ai senti de la plaie s'écouler l'âme douloureuse, et sur la bouche toute ouverte au dessus du rein, les lèvres blanches, blêmes, les lèvres de mort, gémissaient d'hélas. Hélas, la vie est passée, voilà) tout ce qu'il en reste « une blessure » de laisser rentrer en soi, les criminels, les assassins, et le meurtre enflait contre mon foie, devenait un organe supplémentaire, je produisais la mort, son sang verdâtre, je le croyais un copain, qui gargariserait mes veines, qui entraînerait mes gestes sur les autres corps, les autres vies. Et le voilà, ce copain, aux dents traitres et la morsure s'éboule et ma vie se tait. Il y a quelques lumières encore au dehors, quelques lumières et mes paupières les annulent, plus lentes à éclairer, plus lentes à entrer dans mon corps, dans mes yeux, tout est incrusté de nuit. Par foulées complètes, les bougies s'éteignent, et sous mes yeux durent le souvenir de ce qui brûlait. C'est long à soupirer une âme entière.

 

Quand je crois épuiser ton existence, je te découvre deux nouveaux prénoms, deux marches dans la pénombre vive et pluvieuse, quand je croyais avoir tout bu ton parfum, je le vois se mélanger dans deux autres complexes, inventer des théorèmes où ces trois chants se mêlent, dans le rythme insensible des symphonies, se détachent et forment l'infinité des formes qui les unit, les fractionne, les assemble. Quand je croyais ton existence un bois sec d'avoir déjà brûlé dans mes mots moqueurs, je te sens une existence sous le masque calcaire, dessous le carbone visible, et qui au contact des noms propres enflamme mes nerfs, et s'embrase cette nouvelle idée dans moi, les cierges de veillée sont des bougies nouvelles, aux figures arithmétiques, aux vigueurs destituées. Tu es toute présente en moi, dans la pression contre mes muscles, dans le geste fatal où se déploient tes trois prénoms, chacun corrompu de sa douleur propre, altéré de son manque, de son creux, et qui lorsque se superposent trois folies donnent à voir aux autres, un air de raison que trahit un regard qui grince. De tes trois petites folies nouées, tu fais autour du cou une toile vierge, où toutes les couleurs prennent, et ta folie pleine d'appétit, les absorbe, les résorbe, et du songe ne reste rien que l'ombre, et les taches sur la grande figure de la folie douce, qui dévore, avec des petites dents de chatte suave, avec les sueurs mélangées des trois fleuves de l'enfer, mis dans la fiole d'un seul corps, et trois senteurs unies tiennent dans un poing clos, déchiré par les pétales. Tes trois prénoms, sont un seul germe, une seule graine, un seul destin qui entre les failles du poing libère les corolles qui entrave le jour en grammes et devant lui passent en silhouette. J'épuisais un prénom, avec le rire, d'un bonne nuit, je l'épuisais sur un banc allemand, et deux autres derrière nous, indifférents comme toi que j'usais sans que tu ne t'intéresses longuement à mes façons, devisaient. Ton pas ne maltraite pas le sol, ton pas le gracie, à chaque pas que tu fais, les chaînes gesticulent et fanent autour du monde, et la mélodie de ta course, est le chant de la liberté. Tu coures dans le rythme fier. Ton existence rend libre. Je t'aime à nouveau.

25 mars 2011

tu es belle comme la nuit à venir

 

"Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, - heureux comme avec une femme."

Arthur Rimbaud - Sensation

 

J'écris le crime que nul n'a commis. Vivre. Mon écriture n'est pas une écriture qui espère, pas plus qu'une écriture qui réclame. C'est une écriture qui n'attend pas, une écriture qui marche. Mon écriture est vivante, elle a des gestes, des veines, des muscles, un foie,un cœur qui centralise les particules de peste, et les dérive dans les pulsations. Mon écriture, n'est pas une écriture mendiante.

Aujourd'hui je suis ce môme de 5 siècles. L'éternité c'est ma colère, l'Histoire mon caprice, l'amour mon fantasme. Ne t'étonne pas si j'aime le scandale. Parce que je ne fais que l'aimer, je ne le provoque pas, je n'en ai pas la force. Il faut être bien fort pour scandaliser. Quoi que mon visage scandalise les reflets. Quand je suis à la table, avec Julia, quand elle sort d'une séance de photographies, quand elle monte sur le podium que je dis « c'est ma petite amie »les garçons-mannequins, s'étonnent. Quel goût étrange. Je leur dis, c'est le goût du scandale. Pensez, je suis les rimes infâmes, dans les draps, mes doigts remontent des mottes d'enfer, et ma caresse dépose en sédiment la salive du diable.
Je suis un garçon et pourtant je suis enceint du scandale. J'ai regardé par l'entrouverture, la fente des filles, pour espérer savoir le repli des enfants. Tu sais. D., aussi distant que soient ton image et ton corps réel, pratique, celui qui s'exprime dehors, et celui que j'imprime dans moi, aussi irréconciliables qu'est ton ombre que j'éprouve dans mes songes, dans mes textes, et ton existence incertaine, flexibl, j'adore tes yeux, je les adore, parce qu'ils ressemblent aux dents forgées illégalement dans le gypse, aux incisives désaxées d'une bouche orpheline, à des pierres qu'on a voulu distinctes. Ton regard est trouble et je me dis que le tailleur de précieux qui te les enfonçait dans les artères, se disait, «toute cette beauté, je dois la différencier, je dois en faire deux frasques deux vers, deux rimes ». Tu me fais penser aux strophes incertaines, où l'alexandrin précède un hexamètre. Tu as le regard inégal. J'adore tes yeux, si je ne craignais pas d'effrayer tes airs de chatte suave, je les regarderai toujours, avec les miens fatigués d'encre. Sans intention dedans.
J'arrête souvent de respirer, quand je me cache dans mes mains, j'ai l'impression que l'air autour devient de l'eau, que si j'ouvre la bouche pour capter l'oxygène, j'inonderai mes poumons du liquide salé des marais. Je ne veux pas être surpris en flagrant délit, de vivre. Ce crime que nul ne commet.
Je suis plutôt grand, et quand je te regarde, je sens que ma taille écrase, qu'elle est lourde de pierres. Mes talons font cinq siècles. Je connais tout. Je connais tout de ce monde. Plus rien ne m'étonne ; pourtant tout m'effraie, à commencer par toi. La seule façon de survivre à l'année, aux marécages, à la lie, c'était de t'aimer. J'ai eu besoin de courage. Et si je vis, si je continue de commettre le crime de mon existence, là où les gens s'épuisent, rares, je te le dois en partie. Je voulais vraiment mourir, plusieurs fois, une mort négligée, comme ma coupe de cheveux, une mort de celui qui se laisse faire par une voiture, par un couteau, par une violence. Puis j'ai écrit. Depuis que tu as commencé à lire. D'abord je n'étais pas sûr, je savais seulement, depuis le cabinet, entre deux ennuis, puis j'ai su tous les autres moments. J'ai gardé le haut à mal littérature. Un haut de coquelicot. J'ai peur que mes écrits aient une poitrine féminine,alors je fais garder le haut pudique à mes gargouillis.
Je connais tout, mieux que personne, mais ça, jamais on le saura.Parfois, on le devine.
Je suis doué ?
Douée ? Qu'est ce que ça veut dire ? Pourquoi ?
Non, moi, je m'appelle, le désespéré heureux.
Pourquoi ? je n'en sais rien.
Marguerite était nue en bas. Ma littérature gardait le haut.
Peut-être parce que je me faufile, et que je passe inaperçu. On dit des choses de moi, que je suis cruel, idiot, prétentieux. J'ai la littérature prétentieuse. Que je suis stupide, étrange et méchant. Tu le dis aussi, peut-être, et je ne t'en veux pas. Les insultes, je les colle sur moi, ce sont des timbres. Voilà, je suis affranchi. Les autres ? Esclaves.
J'aimerais relever les cheveux sur ta nuque, j'ai l'impression que ton visage est un drame, ou un théâtre, j'aime écrire que je secoue le varech doré de ta chevelure, c'est un rideau d'un ton mat, jaune, qui brûle les yeux, qu'aucun frottement ne peut alerter. Même pas mes cris. J'aime que tu sois inaccessible, que je puisse dire « D. , c'est qui ne s'atteint pas, c'est juste derrière ton ongle le plus long, sous la courbature de ton muscle tendu, c'est la fièvre dans mes coups sur le parquet, c'est les mots sur la feuille timide, c'est la famine de mes paumes, c'est le visage qui abrite mon rêve dans la douceur de son rythme de coquillage enfiévré. D.;c'est le lointain, l'espoir qu'il y a a sa lèvre, sous le maquillage mâle dessous ses yeux, dans ses cils qui donnent à ses yeux la forme d'un oeillet. D., c'est loin, celle que je ne touche pas avec les mots, que je ne veux pas troubler, que je caresse avec des secrets, que je dépose en pensées,dans velours beige de l'aurore. D. C'est la neige qui brûle mes nerfs, et dans laquelle je trace les signes de mon indigénat, c'est l'indignation la plus célèbre du monde, quand mon corps prend l'évidence des caprices, c'est le goût simple et compliqué des fruits de l'automne.

J'aimerais te dire, de ne pas bouger, que la vie, va te frotter la peau, te laver les sens, et te montrer mes souvenirs vieillis. Souvent, la nuit, je voudrais m'assigner un serment, mais je ne sais pas prier, je répète seulement ton prénom. On m'a dit, quand tu dis ce prénom, on dirait que tu portes un pagne de romain, que tu pries des statuettes immobiles. C'est plus que ça, j'adore l'ombre, tu ressembles à la nuit déifiée. Je sens la peau d'après l'amour, j'ai un peu honte.
Parfois, je pense ne plus connaître ce qu'est le froid, le chaud.
Tout résonne tiède.
Depuis quelques siècles les hommes deviennent tièdes.
Pour moi, pour eux. Peu importe. Ce ne sont que des mots. Pour toi.
Je vagabonde.
Je vagabonde.
Je suis un enfant, un peu oubliée, mais ce n'est pas grave, je ne sais pas ce que c'est que d'être vivant, depuis que j'ai treize ans. J'allais dans une école de surdoués, mais ma peau a porté un crime. Un crime d'amour.
J'ai 5 siècles et le souvenir de Marguerite devant moi qui veut se baigner dans la baignoire prend son temps. J'ai cinq siècles, j'ai tellement de temps à lui offrir.
Je voudrais apprendre à prier, je voudrais faire des messes inquiétantes. Je sais, à mon âge je devrais retrouver mes amoureuses, ou penser à des choses sérieuses et distrayantes, à des amours graves avec des gestes de saintes et des morales de putain. Mais je ne peux pas. Quand, je dis « je suis fragile » c'est le seul jour où je ne rigole pas. J'ai l'impression, que si l'on me frôle, on me fêle. Je n'ai pas la barrière du corps pour protéger mon âme. Lorsque l'on me touche -et je te supplie de ne plus le faire- l'on brutalise mes nerfs, mes émotions, l'on secoue, et c'est en désordre après, il faut tout retrouver, les souvenirs, tout retrouver les larmes, et les sourires. Je ne supporte pas l'ordinaire. Pendant un an et demi, j'ai tenté. J'ai fait des stages, eu des amours équilibrés, je suis sorti tout le temps. Et je suis fatigué, je pensais aux livres, je pensais à l'amour et je pensais surtout à l'écriture. Aujourd'hui, si je recommençais à me chasser de moi, même, des pensées j'ajouterai, « je pensais à D. ». J'aime la vie, si fort, que je ne peux l'échanger contre aucune imitation, je suis ce buveur de café à l'hôtel de la gare en 1942, qui refusait de boire l'ersatz, et finissait la journée, tremblant de fatigue « les imitations je les laisse aux poètes ». Tu devrais voir ce que j'ai écrit dans mes carnets, je t'ai fabriquée avec une tresse de princesse troyenne. A la fin, tu brûles de gloire. Tu as des reflets miraculeux, qui te sortent des yeux. A quoi je joue avec mes mains ? A écrire. Personne ne voit ce que j'écris, parce que j'ai voilé mon identité sur la couverture, sur la pochette,depuis cinq siècles j'écris le même mot, un mot amoureux, un décor.
Pourquoi devrait-on faire de moi un petit garçon normal ? Je suis un caprice, une colère, je suis un scandale calme, une passion indifférente, je suis la mer légère, qui parfois secoue les cales qui l'assombrissent. Depuis cinq siècles je suis la marée haute, pourquoi devrait on me faire partir de l'autre côté des réalités, des perceptions. Vos vies ordinaires ne m'intéressent pas. J'ai essayé, pendant un an et demi, je m'y suis abîmé presque jusqu'à vous ressembler. J'aime tâter la vie avec les yeux, je me suis souvent pris le regard dans les portes. Maman dit de faire attention. K'ai besoin de quelqu'un pour veiller sur moi, parce que je ne sais pas le faire. Je vais insulter les gens dangereux, je vais menacer les bandits, traverser où il ne faut pas, m'arrêter au milieu d'une phrase importante parce que ma tête sera secouée d'une idée folle, d'une idée de littérature. Partir d'une chambre d'hôtel, dans la nuit, parce que c'est moite un corps inconnu. J'ai besoin de quelqu'un qui veille sur moi, et ton ombre m'enveloppe et calme mes rages de nerfs. Je t'aime, je t'aime, je ne sais pas prier, et ce ne sont que des mots. Ah. D. comme j'aime le soleil de cette après-midi. Presque autant que la nuit à venir.

23 mars 2011

Perso - Sur la place des Etats-Unis, j'ai vu un Etat, l'état de la folie.

"Il a passé sur moi des heures et des heures
Je ne remuais plus tant j’avais peur de toi
Je me disais je meurs c’est moi c’est moi qui meurs"

Quand j'ai croisé l'Université au milieu de mes folies les fruits ont
cessé de gonfler leurs jus, de tendre leurs peaux, j'ai senti ma peau
frémir de colère. Un être dérangeait la musique bouleversée de dedans mes
artères....
" Que tu me déplaises n’est pas mon plaisir" le mot est charmant, élégant,
presque. Mais je ne me plie à rien que la littérature, mes mots sont
sales, ils roulent dans l’enfance, roulent, roulent, se retournent mais ne
veulent pas résorber, séduire, plaire. Je déteste le mot. Plaire. C’est le
mot des tortionnaires soumis, des équarisseurs. J’aime les clous des
martyrs. J'aime ma solitude. "Déplaire est mon plaisir"
La visite dans le square Thomas Jefferson : C'était une sorte de grande
bibliothèque où je lisais dans des gens toute l’existence couleur pruneau.
Une sorte d'entrée rétrécie comme des yeux usés de livres, avec des lampes
aux abats jours de jupes nègres, et une odeur de partition de Beethoven.
Tu parlais, j’imagine. Sur un ton impressionnant. Avec des mots sans
surprise, des mots que tu refuses au destin tragique de la poésie. Lire
n'est pas une consolation, je ne m'invente pas un monde en lisant ou
écrivant. Je retrouve le mien, qui je le sais, a déjà été un peu bâtit par
des mains fragiles mais belles. Inspiration personnelle, émotionnelle, et
philosophique. L'art de tes yeux, je ne le songe pas, je ne l’hallucine
pas, je suis ballonné de visions, mais ça, ton regard je ne l’invente pas,
je le mystifie, je l’abstrais, je le peins, mais la substance, l’évidence
première, le savoir originel, vient de toi, c’est ta vague que je capture
dans mes mots, l’impatience de ton sourire D.. Je veux reconnaître mon
visage dans la salle sombre de ton ongle peint avec une civilité d’enfant.
On m'a dit : " : "tu dois être possédé par les mots pour écrire en
marchant". Je me trouve stupide. D. n'aime que les voix neuves, et la
mienne est piégée de rythmes d'antan. La mienne rappelle que nous avons
vécu. Je ne lis pas d’écrivains modernes, pas plus que je n’enregistre les
numéros de téléphone des gens, je dis "je ne garde en mémoire que les
certitudes, les gens précaires, ceux qui accidentent la vie, je les
épargne" je ne sais plus la vie d'aujourd'hui. Vous savez, il n'y a plus
aucunes révolution qui vaille aujourd'hui, avant, on savait, et puis, je
suis une jeunesse qui avait beaucoup de choses dans le ventre. On pouvait
faire pousser deux beaux figuiers sans les abattre ensuite. Edgar Poe
avait un joli téléphone, sur lequel il a mis une chaussette noir, et
ensuite, un hibou mort, et depuis, je me suis mie à lire. Je lis, parce
que je ne sais plus. Je ne sais plus d'où vient le ciel. S'il y'a du vent.
L’Abstraction Lyrique et romantisme du suicide, la littérature a été pour
moi, une survie à laquelle j’ai sacrifié ma santé mentale. Le non
figuratif. D. tu sais, je suis malade, je vois des choses qui n’existent
pas, des choses sacrilèges, des dieux païens comme ton prénom, j’ai vu
quelque chose qui n’existe pas : la liberté. Il faut que l'enfant
réfléchisse la couleur. Vous aimez peut-être vous, mademoiselle, les
palettes de couleurs, vous avez une allure à vouloir vous intéresser à ce
qui vous entoure. A l'époque, l'art abstrait n'impressionnait pas.
Aujourd'hui, regardez-moi, j'impressionne car j'en possède. Quand on le
voit pour la première fois, un tableau abstrait paraît n'être qu'un
fouillis de lignes, de formes et de couleurs. Mais il faut se rappeler
que Borduas ne cherchait pas à peindre des sujets concrets. Il
recherchait plutôt un point de vue nouveau, libéré des conventions, sur la
culture et sur la société. Il tentait de peindre une autre réalité, celle
des émotions, des sentiments et des sensations.

"Tu dois te faire une raison". Souvent l’on me dit ça. Oui, une raison. Ca
se forge où ? Je n’ai pas l’outil utile.
Je prends deux lacets, je fais des nœuds, je danse et piétine sur mon
corps. J'écoute la musique des religieuses humides. Puis j'imagine des
guitares endormies qui se brisent contre des miroirs. Je mords ma lèvre
inférieure, en suçant un noyau d'abricot. J'ai l'odeur des matins heureux.
Je mets les lacets au poignet en guise de bracelets. Je plonge mes dents
dans ces fils. Et je me ballade, ainsi, accroupi, voûté, dans la rue. Je
sens que l'on me regarde, je m'en fiche : Je me suis fait une raison.

J'aimerais dire, ajouter, redire, remercier, D.
J'aime sa façon de me lire sans en parler, de se moquer de moi sans que
j’entende son rire, je le sais, parce que j’apprends tout. Il y a une
présence dans mes mots, mon corps est tous les objets inertes de
l’univers. Je décrète les droits de la folie, au square Thomas Jefferson.
C’est une indépendance.

22 mars 2011

La poésie coeur prothèse des impotents.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers, au loin, les suivent
Comme des soleils révolus »

Louis Aragon - Bierstube magie allemande

 

Quelle tristesse que ce serait qu'être réduit à sa nécessité, à son utilité pratique, concrète, sans admettre les qualités de sa réalisation égoïste, celle qui vient nier l'autre, toute sa substance refusée par le catégorique cri, le primitif rugissement romantique ce « moi ». Quand je dis « je » j'occupe un espace dont je prive le reste, je retranche à l'existence du reste, des communs, et des foules un vaste Etat, je mets mes membres dans un désordre de gestes, je saccage tout de cris, je repeins avec mes rages tout le paysage, je rabote les montagnes, j'humecte de salive les cyprès, le temps est au rythme rêveur de mon pas qui soulève les poussières des chemins et enfin, la voix, la voix et la musique que je siffle entre deux feuilles rigides des térébenthines. Mon vagir de Panzer investit la géographie, dessine sur les cartes des capitales. Tant qu'il en est suffisamment dans l'espace pour que chacun y prenne place, y fasse corps, j'épargne des guerres. Mon intransigeance, sévère, divise en invincibles légions chacun de mes déchirements. Mon « je » est une étendue aux progressions de désert, il se porte par le vent de Gobi, des tempêtes de sable, je me dépose en caprice sur les vergers plaints et sur les langes des jungles. Je suis le caprice lâche, qui devise des amours, de très en dessous du risque, je suis sous la mer, sous les roseaux, et quand tu passes, je t'épie, D., je ne supporte aucun silence, aucune violence, tout me défait, me déplace, me dévisse, et mes rivets mal noués, virent au loin passer mon futur, et il fallait quitter la cachette, la mystique, les odeurs, les fragrances de vanille. Je t'aime d'ici, de sous les eaux plates des vallées, avec le goût de café, béquille de mes nuits. Je t'aime, comme ça, sans rien attendre, sans désir ordinaire, je t'aime à l'extérieur de la chair, et ton corps je le croque en pensées, mes pages se mâchent, voilà l'eucharistie. Je boirais demain mon chagrin, pour faire ce vin des noces que nous ne ferons pas. Je suis un couard, depuis que je me sais mortel, que ma vie est fragile, que mes nerfs bouillonnent comme des folies. D, ton pas griffe les rodéos de mes effrois, tu froisses ce petit papier quand tes yeux bleus battent et secouent le vent. J'aime, la tragédie qui se joue en moi toujours. J'attends la liqueur tonitruante, son cri d'orgue quand sa libation vibre dans ma gorge. Je suis mortel, et je t'aime, tout en délire lointain. Ma voix s'en va, c'est un pas qui fuit la guerre. Je suis effrayé par les yeux percés de l'aiguille d'une pupille, et tu me changes dedans, la couleur. Aux dernières couleurs, tu ajoutes l'odeur, et à l'odeur tu couvres le goût, enfin, les dégradés. J'aime dans tes yeux le soupir de mon amour. Je vis très bien de loin, ma solitude est un silence recherché. J'ai des manies de poète, disait Marguerite, et dans ses mots émus, elle disait ça comme une qualité. J'ai des doigts déformés de rimes, et Marguerite ne sait pas, ce empêche de vivre. Je ferai une autobiographie comme un crime contre ma race, comme un suicide. « Ecrire » voilà le titre. Ecrire, pour ne pas voir la vie qui passe et sa carriole d'images, comme certains travaillent et peinent. « Ecrire » sans la peur du songe bariolé. Petite D., tes yeux me seront l'émotion pianiste, la gamme chromatique, et quand tu t'en iras à ton futur, que je serai sorti du destin. Les notes de ce coeur qui battait sans cesse, demeureront gravés par la pédale enfoncée, et se libérera, l'effluve piégée dans les corolles de la fleur ouverte par l'orage. J'ai deux lèvres, deux yeux. Je suis l'indifférente passion. Je t'embrasse avec cette bouche. Cette lèvre de mort, cette lèvre d'enfant. Je ne sais pas le goût de mon baiser, certainement la commissure de mes deux rougeurs prononce la vie. Je te regarde, aveugle. L'oeil borgne de l'indifférent ; l'oeil ébloui de l'amoureux.  

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20 mars 2011

Le scandale est une imitation de mon narcissime

Je t'aime. C'est compliqué à admettre, compliqué à relire. Les mots congestionnés. Je t'aime. Tes yeux bleus consolent ta conversation. Je t'aime. Je t'avoue, c'est un déchirement. Pour ton idée j'ai abandonné toutes les fillettes de mes nuits, je les ai rendues à la grande liberté pleine du vent aux mains gantées de crépuscule. Je me suis cédé, moi, au froid, aux orages, aux cauchemars. Je t'aime, et c'est très beau, très puissant, très profond, ça a des dents animales et des maladies qu'on ne savait plus, qui viennent tirer leurs microbes gigantesques du trou des âges. Je t'aime toi, mignonne, et ton souffle quand il passe et dessine des allures de varechs me gerce les lèvres, tu es le vent des mers décharnées. Le soupir de ces soleils outragés. Tu es la part qui manque à l'écriture. Je rêvais d'écrire cette nuit sur ta peau, avec de petites barrettes invisibles les rimes inaudibles de mes peurs.

Je ne sais parler que par morceaux. Par bribes de phrases. Quelques mots. Puis un point. Trop d'images. Tue la phrase. J'attends des adresses. Je pourrais écrire à Diane et lui dire que l'amour n'est pas facile, que c'est une fuite, une perte, qu'il faut apprendre, écouter, que c'est agréablement atroce. Je crois qu'il y a une impuissance à écrire. Mon corps est moite. L'herbe me pousse sur la langue. Fraîche et humide. Un jour, je saurais parler des loups. Je suis vulgaire et intelligent, j'ai abandonné, toutefois les propriétés de mon être pour entrer dans les salles de classe, j'ai abandonné pour avoir la taille exacte d'une soumission. Si l'entrée des emplois du temps, les tourniquets des métros sont si serrés c'est pour faire diminuer son talent. Certaines filles ne savent pas dire non. Moi, je m'en fiche, de leurs vies, je les connais par cœur. Par les aventures que je commets sur leurs seins. Il y a toujours cette liberté qu'il faut atteindre. Je coupe. Je fends. Les paroles et les envies. Baudelaire, Rimbaud, Dick et Walther. Drogués. Il faut que j'apprenne le sens des mots. Je pense à la guerre de trente ans. J'éclate de rire. C'est toujours comme ça, quand ma réflexion me fait faillite. L'or est d'ombre. Elle m'intrigue. Elle est si calme, si gentille. Il doit bien y avoir une forêt en feu à l'intérieur. Je me suis promis de le vérifier.

Les vallées de Louisiane. Le vertige. Je repense à Marie
:"tu sautes ?" Pourquoi je sauterais ? "Pour rire". Il peut ne pas y avoir de vérité dans les mots. Je peux être comédien. Mais mon poignet me trahit. Inlassable. J'ai presque fini mon manuscrit. Mon héroïne écrit une lettre. Puis la fin. Mon héroïne est dingue, fabulatrice, gauchiste, et perd l'équilibre. Moi, je la vois partout. Je me défoule sur son personnage. Ses traits inventés. C'est étrange. Écrire. C'est revivre. Autre chose. Et finir d'écrire. C'est triste. C'est s'arrêter de vivre quelque part, avec ses personnages.

Je m'effondre de fatigue.
Je voudrais, quand je te regarde, mignonne, que tu me sentes descendre dans tes yeux.

Le Chemin écailleux des cygnes de la nuit. Lent et immense. Aux ailes rougies bouffées par les lèvres coupante des géants qui grimpent les éclipses orthodoxe et sanguinolentes. Un jus de cerise qui parfume entrouverte la pudeur. L'anéantissement de la clarté de l'eau conjugue le verbe tuer à la personne la plus appropriée. Qui grimpe grimpe. Toi. Les branches contre mes pieds pour oublier l'odeur de la peinture qui sue au soleil en été. Soleil tiède. Le lait qui s'égoutte sur les rochers, en haut en haut de ma poitrine. Les cheveux rangés sur le côté, dans l'armoire du politique, donne des ordres à tes désirs de nymphette égorgée par ses ongles trop courts, mal peints. Où sont les hommes ? Ma jeunesse écossaise arrose le balcon de ma peau. Où sont les hommes qui vivaient et aimaient dans un bordel érotique de velours poussiéreux ? Cygnes voluptueux des songes d'une vie synthétique. D'une mort comique. Inventée par les oiseaux étrangers de la rue des Lilas, là où la nuit ne tombe pas.

Un jour, je quitterais le monde. J'abandonnerais tout, ce jour là, je me rencontrerais.


Lettre à une professeur, 2005 :

Cher professeur,
j'ai l'âge blessé, et je me confonds avec les corps voisins. Vous étiez théâtrale cette année, je ne m'y suis pas ennuyé. Vos remarques étaient strictes. Vous avez trouvé mes copies originales, et de fait vous m'avez demandé "d'arrêter de faire mumuse avec les mots". Vous n'aimez pas que l'on danse sur des terrains que vous pensez connaître par coeur. Dommage que vous ayiez remplacé Monsieur G. Sa braguette éternellement ouverte me fascinait, il avait cette ouverture d'esprit que vous n'avez pas. Je ne supportais pas que vous acceptiez de rendre au Réalisme,l'esthétique réaliste, ses avatars et ses dérivés, une oeuvre de pénétration, Zola, vous me demandiez de le relire. Votre excitation intellectuelle. Vous vous êtes sentie meurtrie, lorsque je vous ai avouée que moi aussi, je voulais être professeur de Littérature. Vous êtes magnifique. J'ai confiance en votre beauté plastique et éphémère. J'aurais aimé vous prouver que le statut d'élevé et de professeur peut ne pas exister en cours de Littérature, mais votre conscience obsédante, nous a, à nous élèves, permis de renier toute lecture de plus de 200 pages, refuser toute inscription de nom d'auteur dans notre mémoire, de vous rendre des écrits d'inventions blasés, simples, et sans relief, des copies que vous appelleriez "correctes". Lautréamont n'était pas correct. Il n'était pas au programme. "Vous vous prenez pour Isidore Ducasse avec vos métaphores alléchantes et votre style insolent Jonathan ?". Je m'appelle Najib, souvenez-vous en. Jonathan c'est une parure. C'est une breloque. Jonathan c'est une gloire, et si j'écrivais dans des revues, je signerais de votre nom, je vous le jure. Quelque soit l'usage que j'en fais, les mots, je ne les contrôle pas. Je pourrais soigner vos frustrations Madame. Vous êtes carrée. Tranquille. Vous vous offusquez aux moindre dérangements. Une vertèbre de trop. Le Gréco.Les cheveux tirés. Au fond de la classe, loin de vous, le silence est meilleur. Monsieur G. avait des mots compliqués pour m'impressionner. Impressionnisme. Artaud. Syntaxe. Dans cent jours Madame, je pleurerai votre limite bourgeoise et votre sécheresse qui ruinait les espérances que la littérature pouvait humidifier, au travers les études le mercredi, de ces corps voisins et du mien. Cent jours. Votre ménopause littéraire.
Bien à vous veille peau,
Bien aise que vous alliez vous faire foutre,

19 mars 2011

Où veux tu que je regarde.

Tu sais ma Camille je pense de plus en plus sérieusement à mourir. Je m'imagine écrire sur le deuil de mon corps "Ma jeunesse c'est toute ma vie, les voilà qui prennent fin ensemble". Je meurs sans haine, sans douleur, sans tristesse, je meurs de ne pas vouloir imiter les vies des passants et je devrais dire, pour les qualifier des "gisants". Ils sont immobiles. Parfois, sur un visage tragique, je fais glisser un de mes sourires niais. Parce que j'y vois quelque chose que le visage ignore, une ombre qui se tient là, inquiète, et qui s'en ira bientôt faire ses tragédies ailleurs. La douleur est le clandestin de ce siècle d'infortune. J'ai les nerfs qui dépassent, de partout, lorsque l'on me touche je me sens assassiné, meurtri, abîmé, lorsque l'on me frôle pour la caresse ou la frappe amusée de l'impatience, toute ma chimie se bouscule pour déchirer la chair. J'ai mal, mais ce n'est pas pour cesser d'avoir mal que je meurs. C'est par ennui. Je ne le ferai pas tout de suite. J'ai de menus plaisirs encore à dévorer, j'ai Amsterdam dans la bouche de Wendy le souvenir à faire durer, j'ai un amour à oublier. Je vais préparer autour de moi lentement la foule bavarde, je vais dire "je n'en peux plus de la classe, il faut que j'aille dans un pays étranger, dans un pays froid avec des doigts d'os, où l'odalisque jaillit de l'habitude". Je ne dirais pas "je meurs, je meurs comme un printemps qui s'en va".Je dirai "je m'en vais trouver mon destin". Etroit destin. Tu sais, ma Camille, je suis toujours le même, j'ai ma naïveté d'enfant, et mes rires qui habitent mon visage. Je ne veux pas que l'on voit les dessins de la tristesse sur mes traits religieux. Je veux que l'on ne voit qu'en tant que cynique imbécile. Le reste est trop lourd à porter, le "je" n'a pas la réputation qu'il faut. Trop lour de cuir, trop honnête il faut du synthétique, de la personnalité en nylon qui sort de la même fabrique. Je suis las des images répliquées, las des voix semblables qui n'ouvrent que sur des murs obstinés. Las des ambitions gargouillantes comme des borborygmes. Je polis mon silence, je voudrais faire de mes retraites intérieures des oeuvres. J'écrivais "je cherche le droit de mourir, pas un droit qui serait une prescription légale, mais un permis de trépasser". Ma minuscule gloire m'y autorise, je pourrais faire des miracles en littérature, trouver de nouvelles sources et forer avec mes délires les pierres que l'on croyait invincibles. Mais je ne veux pas. Je sais, je peux creuser l'air et le temps, et je préfère soulever la terre d'une tombe. Ce n'est pas triste, je meurs d'ennui. La bêtise ordinaire. J'ai appris avec regret, aujourd'hui, que je pourrais vivre de mes livres. Avec regret, parce que je n'entendais la littérature que comme le plus ultime des sacrifices, celui qui jette dans la misère des prisons, dans le cloaque infâmant des mendicités. Ce ne sera pas mon cas. C'est comme toujours, j'ai quelque chose de plaisant d'être un individu aussi répugnant. Tu te souviens "je suis très délinquant, très morveux, pas au niveau d'un Genet mais je me débrouille dans l'immoralité". Je m'y débrouille juste assez pour que l'on cherche à prendre un peu de ma voix. J'ai mes plagiaires, mes fans (une page sur facebook pour le pseudonyme qui atteint les mille membres) je suis le petit scandale permis, la petite chose qu'on aime, je dérange autant qu'un rappeur. C'est à dire pas du tout. Je peux gagner de l'argent, et je ne veux pas. Je veux écrire au détriment de moi-même. Tout identiquement, j'accepte avec douleur que l'on m'aime parce que j'écris mais je me refuse à écrire en propre à un individu, à lui adresser sous mon nom des mots amoureux, pour la faire ployer, traité en vulgaire plante fade. J'aime, trop désespérément mes amantes et la littérature pour sacrifier l'une à l'autre.

Ma différence, je la reprends, voilà tout. Je vais dans le sommeil sans cauchemar. Ma Camille. On ne me lira plus. Ni lui, depuis son Arabie ensanglantée, ni elle depuis son BlueBerry, ni toi depuis tes yeux violents. Pas tout de suite, promis. Je ne veux pas que l'on soit triste de mon absence, je veux tout leur reprendre de moi avant, jusqu'à la douleur que j'exhale.

Je suis désolé de ne savoir aimer que comme un torero.
Je t'embrasse sur les yeux
Ton petit feu toi.

19 mars 2011

A boire, la vie m'étouffe

 

 

"Dans un cocktail couleur tango
je buvais les yeux de ma belle :
l’un est vert l’autre mirabelle,
je buvais les yeux de Margot.

Margot mon rêve, au pas d’un tango,
a piétiné l’image frêle,
ses yeux aux couleurs rebelles
troublés par mon chalumeau."

Robert Desnos – Dans un cocktail couleur tango

 

Je suis la sourde séduction. La séduction est un risque qui renverse le verre. Que croyez-vous. Ma peau recouvre tandis que les vieillards jouent à la marelle devant la petite école. J'ai peur de ta foule, animale et solitaire. Quand dans la rue, des pas se rapprochent, mon dos se tend vers le ciel. Emportez-moi. Je ne serai jamais à vous. Mes reins se brûlent dans un intérieur aménagé. On m'approche. On ne peut pas entrer en moi. Mon silence est une protection contre la séduction. Je découvre l'autre, celle qui me ressemble et me tue sous ses peaux d'iguane. Celle que je croise sans regarder. Ceux qui s'aiment, veulent se protéger, s'appartiennent. Beauté nouvelle. La séduction est une histoire qu'on ne raconte pas aux enfants le soir. Pire que le loup qui mange Pierre. Pire que les roseaux qui encerclent la Belle au Bois Dormant. Mon corps se plie dans un vase de boue. Tout en moi est buée, moite, tiède. Enlevez-vos mains, elles vont fondre, je suis une vitre d'eau de pluie. Le livre digère un nouveau plan. Tu me trouves affreux ? Tu as envie de m'embrasser, vieillard primaire caché sous les bureaux de la maternelle, qui suce les pieds des bambins endormis. C'est absurde, je séduis l'autre qui va mourir. Ma danse est langoureuse. Pire. Pire que tout. A cette fin de journée d'hiver, je renverse le soleil dans ta tasse, et les rayons qui coulent dans ta gorge, inondent de lumière ta luette humide. Tu vas me trouver mon homicide. Je vais me taire quand les herbes vont se fendre sous la machine, et j'irai me jeter sous la tondeuse pendant que tu finis ton verre illuminé d'or. Je vais te demander si tu me trouves dans les rues hongroises, comme ça, le visage arraché, et la mâchoire de l'autre côté du visage, quand mes yeux auront coulé, crevé, et que mon nez aura disparu. Tu sécheras mon sang avec le torchon des beautés gâtés, oui tu es belle. Alors tu dois m'aimer, je ne suis pas né pour rien. Ne te gêne pas devant mes roses lisses, plissées. J'ai les doigts prétentieux, ils prétendent écrire. Je ne sais pas déboutonner vos chemises. J'ai l'esprit qui tombe de toutes les chaises comme une jambe plus lourde que l'autre, de toutes les tables comme un plateau en argent qui trébuche, de toutes les cuisses comme une culotte usée, de tous les crânes comme une peur incontrôlable, de tous les balcons comme les suicidés, mon esprit tombe des rochers comme un coquillage résigné, tombe d'un nid comme un oeuf mort-né, tombe de vos bibliothèques comme le livre interdit bien caché, tombe du ciel comme une orange au fond de l'eau, j'ai l'esprit qui tombe comme le mot qui ne vient plus, abandonnant ma pulsion frustrée. Je les déteste, je les déteste tous. Je n'ai pas d'actions. Je ne veux pas leur ressembler, je suis leur absence, les foetus avortés. Je suis le muscle en silence. Je suis la différence qui vient frapper vos visages. Je suis l'ennemi. J'ai tout vu de vos habitudes. J'ai hésité. Mes hésitations ont duré cinq ans dans les amphis. Cette année. J'ai rencontré quelqu'un. Son existence m'a convaincu. Il faut partir. Emilie cognait ma tête contre le mur, et elle disait "défends-toi, défends-toi", elle voulait la force. Qu'est-ce que tu as. Tu as froid ? Tes doigts sont bleus, ils te piquent, tu ne les sens plus. Petite fille chérie, couvre-toi. Le jour. Le jour nous trompe. Demain je parlerai. Je parlerai aux gens de ce qui ne se voit pas. J'écouterai la nouvelle. Ecoutez la nouvelle. Si vous n'êtes pas des hommes, vous y ressemblez. Je suis un jeu, un jeu plus fort que moi. Qu'est-ce que vous voulez manger. Vous avez de l'appétit ? Le ciel croise la terre et vos yeux se fendent dans un fracas plus lourd que toutes vos peines. Pourquoi je n'irai pas là bas après tout, ça a changé. La gare en hiver, ça doit changer. Forcement. Ca ne doit pas être la même chose que la gare que j'ai connu en été, à ces rails suante qui n'attendait que ta peau. Serre le noeud, le chien tire sur sa laisse tellement fort que sa rage dépasse de sa graisse. Je serai souple, pourquoi mon corps ne pourrait pas rentrer dans cette gare, refaire le voyage. Je fermerai les yeux, je sentirai le visage des voyageurs craquer sous mes pieds. J'en suis sur, j'en suis sur, je ne parlerais plus de désir. Ca sera plus profond que ça. J'ai séduis, ta ville, tes bâtiments, tes jardins, et ton portail blanc qui ne se ferme plus. J'ai séduit. J'ai séduit mon voisin dans le train avec mon silence. J'ai apporté ma bénédiction avec un sexe clos de petite fille, j'ai séduit tes pages, tes gôuts, tes peintures. J'ai séduit les vitrines de la rue Latine, j'ai séduit ton histoire, tes 18 ans, tes dimanche, et ton prochain avion. J'ai fabriqué une bombe avec ton calme et ma peur, je me suis appliqué dans mon acte. J'y ai mis l'enfance que je n'ai jamais raconté : la cruauté. Une bombe avec ma pupille frottée entourée de tes veines d'ardoises. Ca n'explosera pas, c'est sur, ça n'explosera pas. Parce que j'ai oublié mon visage, ça n'enveloppe rien. C'est une bombe provisoire. C'est ma résistance. On se rejoindra au café, j'aurai une petite fille chérie dans mes bras, ce sera moi, ça n'est pas très grave, c'est le monde qui attend tout à coup que je pose la petite fille à terre pour m'installer à ta table, à vos tables, mais je ne pourrais pas la quitter, sur son sein gauche, un tatouage en or, j'aurai du feu sur ma poitrine. D. j'ai allumé le gaz, ça chauffe et sous ton tee-shirt, ta poitrine grille. Ca sent la chair familière. Nous sommes de la même faillite. Nous perdons le même sang entre les yeux. Un docteur dira "l'enfant a des troubles obsessionnels", et puis il claquera son sac, tendra la main pour dire aurevoir, et de là haut, par la fenêtre de ma chambre, je balancerai mon sang et mes cris comme des astres sans formes. D. dira "on m'avait prévenu" quand elle me verra partir avec une hache pour couper les roses. Prévenir de la maladie. Tu le vois pas, toi, tu le vois pas, mon coeur qui tombe quand je claque les portes, et qui reste à terre. Tu le vois pas. Et tu dis "pourquoi fermer et ouvrir les portes toute la journée ?". Je peux te resservir, tu as encore faim. Monsieur s'il vous plaît nous allons prendre la commande. J'ai séduit, ton repas, ta bouche qui ingurgitait. Ton pied que je caressais sous la table et le coin des nappes que je chiffonnais d'impatience entre mes doigts. Et j'entends D qui dira "tu es fatiguant toujours pareil, les mêmes histoires, les mêmes mots, les mêmes histoires d'amour". Je te jette mes 10 ans à la figure, avec cette petite fille dans les bras. On se regroupe autour de notre table, on nous regarde, les visages sont en plastique. Tu baisses un peu les yeux, je parle, je dis "regarde là j'ai 10 ans". Je te présente mes 10 ans. Je dis "j'ai 10 ans, je suis impeccable". Et puis je continue "qu'est-ce qui va pas, tu deviens pâle, mais parle-moi. Tu as peur des gens qui nous regarde, ça t'intimide, c'est ça. Les gens qui sont en train de me prendre pour un fou quand j'écris à la place de l'Uruguay là en ce moment, ça te fait peur. Qu'est-ce que tu as. Il faut pas. Regardez-les, se sont des masques, des histoire qui s'accumulent, des mots d'amour qui se répètent. Moi j'ai pas peur, ils fonctionnent tous de la même manière. Approche une bougie, ils vont fondre, c'est du plastique, une matière habituelle, ça fait pas de mal ces machines-là". Je suis l'heure incorrecte. Je dévalise vos pharmacies. Une fois que je suis là haut, sur les montagnes, je me mets à avoir peur. J'ai 10 ans, je prends la main que D. ne tend pas et je demande si c'est grave. Est-ce que c'est grave. Est-ce que je changerais le paysage si je sautais. Est-ce que ce serait grave. Est-ce que l'on entendrait le bruit de mes muscles si je tombais sur ces pierres froides. Est-ce que ma robe serait déchirée. Et ma tresse. Ma tresse serait défaite ? Je reste sur place mais je suis pressé. Maintenant j'ai 20 ans, j'ai des incendies à calmer. Je fais des traces. En haut des montagnes, je me demande plus si c'est grave, je sais que ça l'est pas. Je sais que les histoires d'amours se ressemblent. Je sais qu'en prenant les trains, je vais séduire les quais, et les virages. D. tu peux accélerer ton impatience s'il te plaît, faire crisser les pneus. Je sais que parfois, je ne suis pas content de me croiser dans un miroir, que j'aimerais être plusieurs à la fois, je trouve ça si triste de n'avoir qu'un corps, qu'un visage, qu'une voix, et que c'est pour ça, que je vais tout désirer. Qu'il y aura toujours cette obsession de possession dans ce désir. Les autres se reposent, il y a la mer, la plage, le bruit, l'été, viens avec moi. Je te quitte, je quitte tout, je quitte mon corps et ce paysage, je refuse ce qu'on me donne, je quitte, je deviens le guetteur. Il y a les autres, moi et ce que je quitte. Je mets les pieds dans le dessert. Les autres se reposent et moi je panique, je cherche le sens. Pourquoi je ne quitte pas. Ce serait si simple de quitter Paris, les gens, HSBC. J'entends les gens dire "t'es sans mesure". Quitter. C'est fini, tout va commencer. On se lève, ils se demandent pourquoi je suis comme ça, ils disent "drôle d'état". Je dois quitter. Je dois quitter ma nuit qui arrive et le bruit du mouvement des autres. Laisse-moi, je monte, je ferai tomber la gardienne dans les escaliers, il y aura du sang sur sa nuque et son os aura une drôle de forme, ce sera grave. Ca sera ma raison grave. Ma raison pour tout quitter. Comme il me faudrait une raison grave pour écrire ce que j'écris là. Ce sera toi. Et on ne l'aura encore jamais vu. Jamais vu. Petite D.

 

15 mars 2011

Les scrupules de l'amoureux.

"Toujours si je te vois je tremble
Comme à son premier rendez-vous
Un jeune homme qui me ressemble"

Louis Aragon - L'amour qui n'est pas un mot.

 

J'ai eu peur D. Peur que tu ne reviennes plus. Ta présence, ici. Dans les vagues de mes crises. Sur les tambours de mes peurs qui font une marche où reposent les aveugles. Je suis la chrysalide de la parole. Tu n'as jamais vu naître les insectes aux ailes ridées. J'ai eu peur. Peur que tu ne lises plus. Comment dire. Je ne supporte pas ta lecture. Tu es le bruit de la guerre dans la bouche sourde. Le silence. Comment. Je n'aime pas la paix, mon corps s'est habitué aux batailles. Mes nerfs ont prolongé la vie plus bas, plus bas dans la rivière. D. Je sais. Je sais tout. J'ai toujours su, comment ça pense un corps, comment ça se déplace une colère, dedans, tout en profondeur dirièse. Je ne le dis pas. Que tu es ici. Que je décompose ton parfum dans mes oreilles. Tes yeux m'émeuvent, ta méchanceté m'amuse. Tu es. Le corps fier. Qui rend le baiser faible douleur comme la morsure. Tes mains brûlent. Je n'aime pas que l'on me touche. J'ai l'impression que l'on me traverse. Ne me touche, plus s'il te plaît, c'est comme si tu atteignais le foie. L'organe, le filtre des images. Le foie. Où elles coulent, en gouttes les pensées. Multicolores images, et le pigment de Matisse, qui résiste encore au pinceau, qui résistera toujours. Les hommes dansent, les petites filles ont des cerceaux beiges. Je les regarde. Je te garde. Mes nerfs vont bien. Je suis malade, ça ne se soigne pas. C'est cent-quarante-six, et les mathématiques faciles. Cent-quarante-six jusqu'à l'infini. Le quotient intellectuel, ce qui ne se réduit pas. J'ai tout pris, pour ne plus voir. La sottise. Avec son menton d'animal sauvage, pour ne plus sentir la crinière des chats me gratter l'oeil. Je me suis drogué. Je couche. Avec des filles. Le mardi à minuit. Demain je dirai "je vais à Saint-Michel, je vais faire un tour dans la littérature". Le corps littéraire de Pauline le coquelicot. Le corps de pages, d'histoires, de ravages, de Pauline, la bouche pleine de désirs. La bouche qui fuit sur mon corps. Pauline me revient. Toujours. "Demain à Saint-Michel" je le dirai, "pour la littérature qui ne s'en souvient pas". Et j'irai abîmer mon corps froid sur son corps froid. J'irai. Je dirai la littérature, encore. La littérature, qui oublie. Qui triche. D. tu es le lieu de ma famine, tu dois le savoir, tes yeux bleus chatoient comme les mûres ensanglantées. Mais je n'attends rien. Je n'espère rien. Ce n'est pas triste. J'ai cessé d'attendre, je suis en avance aux rendez-vous depuis la naissance. Mon désir est une suggestion. Mon corps s'est absenté, il a pris la vacance que les 146 bêtes interdisent à la pensée. J'ai noyé les idées sous les vêpres d'alcool. J'ai bu des litres de larmes d'amoureuse. Rien n'a changé. Les pensées obstinées, sévères. Ca ne se noie pas la folie. Ca flotte, c'est en bois. Je me penche avec des mots vers toi, des mots sacrilèges. Ton existence me rend heureux, tu es une figure d'Eglise, tu es sacrée dans moi. La mosaïque cassée. Je te prie. Fixe mes habits froissés, ce sont mes cauchemars qui entrent dans ma chambre à toute vitesse qui renversent tout, et me trouvent, déçus, éveillé. Je ne pense pas à toi. Jamais. Je te sens. Je connais ton haleine suffoquée, je connais les recoins oubliés de toi. Tes reins en brouillons. Si je devais reposer quelque part, ce serait dans tes souvenirs chassés. Il y a un berceau qui grince, une chaleur en osier. Couvre moi de tes silences. J'aime quand tu es cruelle. Je sens tes yeux qui deviennent des lames, le jour s'y dépose, le jour que j'attends, tout l'hiver. Je fais comme si, c'était grave. Comme si dans moi, la catastrophe, les cascades et les noyés. Tu le sais. Depuis le temps que tu lis ici. Je suis changé du reste des gens. Je me disais, dans les cahiers à spirale de mes douze ans "c'est comme si dieu n'avait plus assez de matière pour me faire comme les autres, il a mal recouvert mes nerfs, il n'y a pas assez de peau, de muscles pour me protéger". Quelque chose a échoué dans moi. Quelque chose comme tous les marins aux yeux de varechs phanies. Un jour je t'appellerai, mais pas tout de suite. Je t'appellerai, il sera tard. Tu dormiras. Tu auras la voix collante de sommeil. Je parlerai, sans laisser aux mots le temps de courir. Je parlerai, avec les phrases en farandole je boucherai les fuites dans les canots des désespérés. Plus tard. Seulement. Tout de suite, je te dévore encore avec mes mains de flèche, avec mon indifférence amusée. Pourquoi, suis-je indifférent ? Pourquoi, senti-je l'indifférence qui se jette en moi avec la même rage que l'amour. Qui imite, la fougue des passions, l'indifférente puissance. Tout en moi. Je suis gêné, quand ton regard se dévisse, que l'oeil ne suit pas la trajectoire exacte des paupières éduquées. Il y a l'échec de la norme dans ton regard. Je le recueille avec les eaux vives des tourbes. Tu sais. Quand je te regarde tes yeux. J'ai l'impression d'un soleil fatigué qui dévie de son orbite, le bleu de ta nuque échappe à l'ordre. Ton oeil se révolte contre les logiques. Comme si tes yeux de n'être pas alignés pouvaient se croiser dans l'infini, que ton regard trébucherait sur l'horizon. Le point de mire. La ponctuation des fuites. La lumière des phares. Ce n'est pas de l'amour. Ce n'est pas grossier. Je ne sais pas comment nommer ce tourment. Ce qui me plaît, ce qui m'entraîne, tes cheveux agglutinés de lumière, la masse compacte des astres brûlés, joue encore le Boléro dans mes tempes, D.. Si tu savais. Ma poitrine crépite un songe que je n'ai pas pu faire. J'ai retenu les rêves au bout de la fatigue. Quand je me suis piqué, la première fois, à la drogue dure du temps. Quand je me suis enlevé des minutes de dans la veine, le sang était rouge, translucide. J'ai fui de la mortelle seconde. Je ne peux plus mourir, j'ai visité tous les enfers, fouillé toutes les audaces. Le monde est un plâtre maquillé. L'os fracturé. J'aime, ma distance, j'aime ma tristesse. Je suis profond comme un regret. J'imagine des bouquets de soucis jaunes qui se découpent sous les ciseaux des enfants. Pense au mouvement de ta couverture jusqu'à ta bouche, pense, dans mes draps, c'est la mer qui me remue, la mer qui enfle turbulente, avec ses hélices de Paquebot, avec ses chants de nègres enfuis. Je pense, aux délices d'une femme à la première larme. Dans ma peau je sens des évadés, des histoires. Je suis grouillant de mille existences. J'ai appris tous les mensonges des hommes, et je les distribue aux passants. L'aumône de l'immoral. Je t'aime comme la berge lointaine du péri de la mer. Je t'aime comme la surface du noyé. Je t'aime comme le sommeil de l'insomniaque. Je t'aime dans l'impossible présence. Je hais ta réalité. Petite fille. J'ai bu la coupe de vos habitudes et j'ai vomi le poison. Mon corps la refuse. Tu vois. Il préfère la flamme à la cendre.

Mon amour est chatouilleux. Ce n'est pas une déclaration d'amour. C'est le hurlement du silence. Sa toux animale. Pardonne-lui s'il te plaît, je suis une bataille perdue.

 

13 mars 2011

Quand je me tais, mon silence veille sur vos cauchemars

"Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée!
Toi que j'aime à jamais, ma soeur d'élection,
Quand même tu serais une embûche dressée
Et le commencement de ma perdition!"

Charles Baudelaire - Femmes Damnées

 

Sais-tu, que tu viennes toujours en éclat de quartz usé sur mes lèvres. Sais-tu, à 3h00 quand je sais que tu lis ce que je n'ai pas encore écrit. J'ai peur. Nouer le tard à mes cheveux de cassis m'angoisse. Il y a dans ce geste le pressoir des vendanges. Les mots, je les bois lentement. Comme un vaccin. J'entends tes pas. J'entends tes pas de satin, glissants, sur l'arc de la nuit, avec l'appétit des fauves dressés. Quand les bars ferment sur mes bras, j'écris au comptoir, je parle à la serveuse, qui me dit "je peux lire ?" Je lui réponds "je ne voudrais pas vous faire peur, vous n'en dormiriez pas, je ne peux inviter personne dans mes cauchemars sauf des consentants, sauf des indifférences et des romances, ce qui revient à la même chose, au même silence. Vous ne voudriez pas savoir, mes mots, sont des mots qui s'en vont. Ce sont des mots comme des oiseaux aux bec de matin, leurs chants éclairent avant la lumière les pas des rêveurs. Vous ne voudriez pas savoir, le bruit que fait mon silence quand il quitte une chambre d'hôtel où Wendy dort, où Wendy pleurera bientôt". J'entends des pas, au milieu de ton sommeil, et je crois qu'il se trouble pareil au mien des images sauvages. Je finis d'écrire, dans ce bar ce qui sera ma névrose, le vestige de mes frissons. J'ai ri ce soir. Promis. J'ai ri. J'ai embrassé virilement une brune qui passait par là, et qui me rendait le baiser en me glissant dans la poche son numéro. Et comme tu me lis depuis ton téléphone, je finis de recopier ces lignes depuis le mien. A ceci près que tu lis pour rire comme d'une chanson idiote ; que j'écris pour être parmi la réalité autre chose qu'une odeur. Ma chair commence partout où s'inscrivent mes "je". Les hasards m'amusent. Mes nuits, je les finis sous le crachin de Paris, à l'ombre d'un merisier audacieux de nudité. Les romans tristent ont la peau humaine.

Tout me revient. Les souvenirs, la première fois, mon sourire dans la neige de son corps. Tout redevient, tout reprend. Le regard de Marguerite, et les treize ans en plis froissés. Les mains qui repassent par là. Les mains toutes chaudes de désir. A pas de loups tu glisses. Et si on avait des grands cœurs, des sauvages sur un toit de Paris. N'oublie pas ton chagrin, pense à mes étoiles. L'optimisme de l'évidence. C'est une visite guidée, dans cet amour. La famille qui repose sur les yeux. Ton chemisier plié au col, on t'a aimée trop fort, quand je n'étais pas là. Je ne sais plus aimer. D'un amour je n'ai pas guéri. Vieille plaie malade, ma poitrine siffle comme l'eau chaude du thé. Dans les prénoms usés de ma poitrine, sur mon coeur dur d'écorce, l'un demeure tout vif et douloureux. Il se débute par la majuscule commune de Mal. Par sa syllabe même. Ma---- Tiens moi la main, le corps, les jambes, marche, ouvre et brûle, et toi, offre-moi une petite robe de fête. Demain je suis une fille, j'embrasse les paumes d'un homme. Comment c'est d'être artiste ? Douloureux. Je ne te supporte pas. La présence des mots m'étouffe. Aujourd'hui, je serai très heureux de parler de toi. Tu disais "comme tu t'emportes, tu t'emportes c'est n'importe quoi", je répondais "oui mais la colère c'est moi". Comme la chanson. Comme mes yeux qui se taisent, accaparés par les souvenirs. Comme. Les rues fermées en paupières de silence. Comme l'impatience. L'impatience d'une évidence. L'absence. Tout ce que je sais de toi m'effraie, tout ce que je sens de toi me tue. Ton parfum, ton souvenir et mon oubli. J'oublie les gens, j'oublie les amours, je les mélange à d'autres amours, et l'on me dit "beau personnage, cette Marie". Je prends peur. Je ne me souviens plus, le visage originel. Je ne me souviens plus. Sélimée, j'ai oublié. Le premier prénom. La première larme de la cascade. Je ne me souviens plus. Les yeux vrais.

Il y aura toujours des malheureux. Qui ne savent pas voyager. Qui se déplacent. Il y en aura toujours des coeurs déçus. Il y aura toujours un coin fragile dans une maison. Où il ne faudra pas revenir. Chacun quelque part a ses treize ans gonflés d'horreur. Bubon. Il y aura toujours la première poitrine à embrasser et des lumières qu'on allume trop tard. Des fuites qu'on ne fait pas. Des mots qu'on retient. J'ai été à la meilleure école du crime ; celle des victimes. Des peaux trop blanches qui dégoutent les vagues, des jours qui ne se fondent pas, et les bouches qui annulent des mots. Toujours, la tristesse des mouvements. Il y aura toujours la durée de l'instant qui s'écoule et nous échappe. Les sommeils qui remuent la nuit. Il y aura toujours là bas, mais jamais ici. Ici, on creuse les grimacs et les yeux brûlés. Tu te souviens, de ton enfance à genoux dans le contre-jour, jamais ici tu ne trouveras de garçons comme moi qui pleurent sur la lune en tapant du pied les écarts des oiseaux sur leurs routes. Jamais ici, avec moi, tu ne verras de soir qui glousse, ou de mer sans fins, jamais ici, tu ne fermeras de portes, jamais ici, tu ne te reconnaitras. Il y aura toujours des écrivains pour te rappeler qu'il y aura toujours des malheureux là bas. Votre bonheur est insupportable, petite.

Je supprime les études nocturnes, quand le coeur bat de ses couleurs. Je m'annule dans les rideaux de la vie qui ne s'ouvre que sur le soupir d'une scène trop connue. Les corps rouges sur ton sexe Pauline, ils ont vu le champ d'orgie et de voix libératrices. Je me place devant toi pour t'épargner, ce ballet d'images fatigantes, coeur qui palpite sur le bord d'un éventail sans années, que j'agite pour souffler l'air de tes reflets, parce que mes yeux suent de notre mort. De la sentir remuer en moi, m'a habitué à son souffle tendu de précipices. La mort, je peux vous raconter le cauchemar qu'elle fait. Celui de me prendre. Celui de découper la chimère de mon corps, la mort dit « comment m'habituer à un corps que le sommeil, mon petit frère, ne visite pas ». La mort a dit « Jonathan est un château hanté, une absence, une douleur, c'est un dongeon plein de monstres inconnus ». La mort s'est endormi dans les draps du petit frère. J'attends son éveil, je monte la couverture, je baise son front de mes lèvres trempées de larmes ou d'alcool.

J'embrasse mon enfance à genoux, qu'aujourd'hui je peux toucher du bout de la langue. Position fanée. A part ça, je ne vous répondrais pas. Je suis l'incendie semblable de mon image. Je traîne sur mon pont, des animaux domestiques, qui ressemblent à...toi, petite vierge. L'amour est poli, il s'excuse d'être en retard. Il construit le bruit dans mes mains. Je joue la danse vertébrée qui perd l'haleine sur les cordes lunaires. Je joue et on me regarde avec des doigts de plume. J'aime que l'on se moque de moi. Quand on me dit le refus "je ne comprends pas, tu es un autre". J'entends, l'incompréhension. Je suis malade. Malade. Mais tu ne comprends pas toi, qu je suis dans l'incompatible. Dans l'écriture. En plein dedans. Je suis dans ce qui se dénoue, ce qui engourdie. Ce désir là. Dans cette peau là. Trop tiède. Je te jure, j'essaie. D'arrêter. L'écriture. De stopper sa vague fragile. De mettre des remparts. Des sacs de sable d'amours trépassés. J'essaie. La digue de l'amer. J'essaie. Je veux arrêter. Je redeviendrai l'enfant innocent,je redeviendrai celui que tout le monde dit, je serai la chose commune. Mes nerfs se tairont, mes yeux ne verront plus les folles images que la réalité me montre comme un vendeur à la sauvette. Les horloges de bois, les montres d'osier, et les statues de muslces. J'irai sortir la nuit, sans vous étudier, j'irai sortir dans vos bras sans recueillir vos parfums dans des tubes à essai. J'irai. Dans mes études, j'irai dans les livres sans violence. J'aurai le corps de la réussite. Un corps de femme. J'arrêterai d'écrire, et je vivrai comme vous. Diplômez moi de l'usage. Gâtez moi de l'ennui. Guérissez moi de la nausée. De vos âmes finies. Ne plus sentir. Ne plus savoir. Des pensées en ordre. Oui. Des pensées prêtes à l'emploi, qui se déballent. Donnez moi une épouse, un bureau, donnez moi ce qui me manque, je vous donne l'écriture et la toute puissance des ses images, je vous donne ses lacs de fièvres, et ses joncs de fillettes, je vous donne ses muscles liquides, ses lumières froides, je vous donne son ombre croisée et son ventre de prières, je vous donne toute ma richesse, je vous donne les chromes infidèles de la nuit et les peaux mortes des tambours pour la mendicité de vos nuits berceuses. Prenez moi dans vos mains de grenier, couvrez moi de vos grisailles. J'ai froid ici ! froid d'être, de sentir, de voir des images fraiches et nouvelles. Dans l'écriture, c'est plein de végétations, de forêts élégantes. On regarde les cris sur les draps. On me regarde et je remets la forme de mon visage en place. On me regarde et je fredonne un air qui gesticule vers le soleil indifférent. Celui qui me tourne le dos chaque nuit, celui qui place la lune comme un oeuf dans l'encrier de mon ciel. Je révolte le matin comme un cendrier des neiges. Je révolte les morts par habitude. Je balance mon alphabet au premier qui bat ma mesure. Je noie le feu de mes lèvres qui remuent qu'aujourd'hui c'est solitaire. Je prends le monde par les jambes, je le ruine en public, je suis la muette création, le vestige de vos hontes, et les doigts caressent cette échelle qui valse, du toit de la pudeur Littéraire. J'ai le parfum d'un cigare éteint.

 

Avec mes yeux ronds comme le monde, noirs comme la nuit, D., je te prépare des souvenirs.

 

Par paresse je me suis mis en retard de ma propre vie. Attendu à des quais en lierre, des trains déjà partis. Je me suis mis les pieds au vent, et les cheveux à la goutte de ciel. J'ai dans les yeux, cette attente étourdie. Je me suis mis en retard à la place saint-paul.

12 mars 2011

Avril.

 

L'étrange sensation de survoler, que rien ne peut atteindre, et que malgré tout, je le plus grand obstacle, la plus cruelle volupté, l'ennemi intime à mon éternité.

 

La terre s'effondre dans le désir qui sépare l'homme de l'enfant, le vertige, Marguerite, le lacet fendu sur le corps, qui permet aux langues de s'y cacher. La blessure entre les deux yeux. Comme un oeil neuf. Tu as mal, et je la chante, cette souffrance, cette putain. J'annonce le ciel qui se renverse. Je prends enfin forme, je n'ai plus d'armes. Nez mouillé. Gosse de vent. Essuie les gouttes de perles. Comme des bâtiments sans étages. Je suis assommé par l'amour. Je me penche sur vous, qui flétrissez comme un couteau dans une chair morte. Amours pluvieux. Je rampe. Je rampe sur le dos. Et je voudrais répéter. On crie dans les rues que l'on perd la virginité.

J'écris parce que mon corps ne me suffit pas. Avec les mots, j'ai l'impression de posséder ma propre peau. 

Petite fille, tu coules. Apprends à nager, reviens, au large, petite traînée, pâle saison, comme il est loin la papier que je caressais, ces lettres que tu écrivais, les heures sont tombées sur le sol, dans cette pièce fade, petite fille, tu coules sur le côté de mes sales rivières, comme il est lourd, l'amour qui attend.

Tu entends ? Comme il est lourd le jour qui ne vient pas.

Ma petite frayeur, gifle l'homme qui tombera amoureux, de tes robes d'hiver. Sonne minuit. Petite fille, apprend le Juillet de ton Août, la voix de Camille hurle et tu proposes l'Ouest à l'homme.

Petite fille chérie, comme il est lourd de s'aimer ici.

Peau mouillée, fenêtre fermée, le vent par tes yeux, le désordre te quitte, tu aimes.

Les sirènes ont des noeuds. Et tu bailles ton miroir. Comme il est joli, ton visage. Tout le monde a cessé de t'attendre. Demain sonne déjà dans la ville. Ta bouche est une distance. La cour te dégoute et tu y danses nue, avec les concertos de Bretchen qui tue leurs pâles visage salés. Il serait temps de m'user. Tu as les épaules dans la boue. Elle est si différente. Personne ne rejoins les amis dans la baignoire. Elle a la peau involontaire. Ta langue s'enfuit derrière un buisson. Gifle-les. Le thé beige qui s'échappe, a mordu tes lèvres pour atterrir dans ma gorge. Qu'allons nous devenir ?

Mademoiselle, j'ai perdu votre piste. J'ai jeté les D.

Aucun mot qui ne me fasse plus peur : Viens. Et pourtant, tu ne le dis pas, et j'en pleure

L'élégante femme s'abaisse. Fouille. Fouille. Je deviens instrument. C'est une peau dans le fond d'un atelier. Elle dit "j'allume", et puis les émotions imposent imposent leur funèbre mousse sur le temps. Elle souffle, et je lui dis "Non". On est en parage. Je suis l'instant qui noie. Je suis le corps pendu aux profils. Et je dégoûte d'écrire. Je n'ai aucun égal. Imposez Madame, bousculez. Les crachats sont suspendus, ouvrez votre bouche. Je ne peux pas non, je ne peux pas, écrire comme ça, comme si de rien n'était. Désobéir aux corps. Je suis ma désobéissance. Non, je ne devrais pas. On dit "pourtant". Je me met en boule, et je sais attraper, la prière des sexes. Je ne suis plus rien. Derrière moi, votre sang n'a plus de goût. Les femmes savent, le bois de la forêt, toujours prêt à brûler, toujours en attente, comme le corps qui donne la première leçon. Je suis l'élève. Mais Madame, les hommes ne sont pas prêts. Je suis encore un enfant, qui ne comprend pas comment se prononce le désir du corps, comprenez, ma passion est aphone, sa voix carillonne de jeunesse. On pourrait tout déposer. J'écris salope. Le lait de la terre, et le foutre dans ta bouche, font de moi, un corps qui te surveille, un corps qui écrit. J'ai avalé tes petites porcelaines. Ta peur est celle de tout le monde, la peur connue. La peur du corps qui échoue. Apprends moi une peur qui s'écoute. L'escrime d'une grâce. Je danse partout, allongé. Les passants s'arrêtent : "c'est pour aller où ?". Je suis trempé, il fait nuit dans le fond du corps, ce soir, je suis danseur à Prague. Et ma douleur est une confidence.

J'ai peur de la fille qui me regarde, parce que je voudrais entrer dans sa vie. Je suis attiré par ce qui ne dépend pas de moi, je suis amoureux de l'absence. Mes amours imaginaires ont toujours la forme impossible. La mathématique pâlit en les voyant prendre fiction dans ma réalité.

Ne plus écrire. Je suis en traîn d'arrêter.

Mon écriture est la maitresse de mes amours. L'on n'aime jamais que moi

Elle quitte les draps, n'ouvre pas les yeux, se cogne aux portes, me cherche et hurle " le mot de passe ". Elle retrouve mon corps jeté en bas de l'escalier

Il pleure, il me rend le manuscrit, c'est l'époux de l'éditrice. Il dit " je ne veux pas en parler, tais-toi, je veux faire comme si je n'avais pas lu. Non vraiment. Comment tu fais ? Qu'est ce qui t'arrive ? Tu peux pas. Non vraiment tu peux pas. Ecrire des choses comme ça. Toi qui est si réservé, tu en dis pas un mot, et là, mais enfin ! Où les trouves-tu ? Je comprends pas. C'est pas bien d'écrire des choses comme ça. Ou alors, il faut pas les faire lire. C'est traitre d'écrire comme ça. Range, n'en parlons plus".

Comme il est loin, le temps qui arrive Maman

Je sens l'odeur des doigts qui descendent jouer.

Seule l'écriture se souvient, plus que le corps encore, qu'un jour il a aimé, et qu'il a désiré mourir

Toutes ces hanches, toutes ces cuisses, ces voix, ces rires, ces nuques, autant de terres battues que de branches à tirer.

Quand je pense à elle, je ne me reconnais plus

Je voudrais attendre la nuit, hors d'un corps connu. Hors de Loriane qui monopolise ma bouche, ma voix. Vendredi soir, encore, à boire à ses lèvres de petites musiques.


Je me souviens de la façon de S de me prendre dans ses bras, comme une protection, contre les autres corps.

E n'est pas là, elle est au milieu de filles que je ne connais pas, alors quand elle dit " ça ne va pas ", j'imagine qu'elles se battent avec les mains, et que je ne les retiens pas.

J'entends des cirques la nuit, et le problème est qu'il n'y a aucun cirque près d'ici

le jeu de l'écriture c'est de se défaire jusqu'à se savoir vraiment. C'est ça, vivre, se défaire jusqu'au noyau premier.

Elle va me mettre au coin, la dame qui parle aux animaux si je lui dis que je suis une chienne. Mais Maman, aujourd'hui, les rues sont pleines. Je veux t'entendre parler de jolies choses. Pendant, que je mords la queue. Les morts me manquent, même si de leur vivant, je ne les ai jamais connus. Offre moi un cadeau mon amour : donne moi mes 20 ans.

Le sexe du vide

J'ai envie de lui dire "Frappe-moi. Ca fait trois mois que je fais tout pour que tu me frappes. Je bois, je drogue, j'insulte, je t'insulte, et tu me souris. je joue à la très petite chose, je m'énerve. Tout pour que tu me frappes. Et tu caresses mes cheveux et j'ai envie de pleurer. " J'aime D.

Un malade s'étouffe avec un collier de perle. La femme. Nue. Sous son long manteau. Elle n'a plus de cheveux. Le désert est dans la rue St Jacques, au bord des cris de Loriane.

 

11 mars 2011

Perso - Exquise laideur

« Nous sommes les gens de la nuit qui portons le soleil en nous »


Louis Aragon.


Après que j’ai dit « moi je » tu as tout vu de moi. Mon corps ne va pas
plus loin que ça.
J’ai pris la folie des damnés, leurs yeux rouges de crimes à déposer dans
les gorges vallonnées, j’a ai jeté les regards bitumés, ils ont roulé,
répandant ardeurs et morts sinueuses, bruits sourds et aubes carillonnes.
Le monde est depuis la plaie mal fermée de notre baiser à naître. L’herbe
lente, sucrée, bouchée terrestre en cercle des gencives glycines, mortel
creux des mâchoires en roc. Les blessures neuves. Les cris laqués. Ma
tendresse : Une fureur féroce. Tes yeux ont roulé avec les souvenirs, avec
les musiques iambiques, ils ont fait des gestes les regards, ils se sont
noyés sur des cartes, sur des chemins, et tes souvenirs tendaient des
ponts de mémoire. Ils avaient des aventures plein les orbites, tes yeux
bleus, je les vois, et ils disparaissent, ce sont des pièges, des pièges à
poète, parce que j’écrivais, le poète confond son œil avec le croc du
loup. C’est le même déchirement. Tu claques la paupière pour déclencher le
mécanisme qui déchire la fuite. Regarde moi, je ne peux plus fuguer,
regarde moi, je ne peux plus partir, l’âme dans le marais de ta
pupille-détresse, tourbillon écrasé. Maelstrom pialant. Il y a des images
si puissantes qu’elles aveuglent la nuit, des images puissantes aux rayons
de glissades, à la carie motel les germes s’y reposent, reflet vert,
jaspe, irradie, uranium, centrale. Mon corps je le tends à l’aube d’hier,
sous la croute fossile des pioches nocturnes. Ma tendresse a des plaisirs
que l’enfer vous comptera. Pillez. Larmes de chiens. Marteaux. Fractures.
Prenez. Os bus aux Verts d’un taxi de la marre nœuds. OBUS A VERDUN ;
TAXIS DE LA MARNE.
C’est une écriture qui dépasse, une écriture plein de cheveux fous
cicatrisés, une écriture qui dépasse, on dira l’écœurement de la messe,
baise les pieds au sang caillé de l’abîme périlleuse, trempe tes langues
sacrilèges qui s’inscrivent en personnalité, le dégoût qui se surmonte,
qui prend des positions vivantes dans le miroir. Il étudie. Le dégoût. Il
fait des emprunts, le dégoût, il place. Il économise. Il sait comment
faire, comment orchestrer les veines qui se dessinent sous ses pas, dans
la brume des nues, la sueur qu’il laisse sur son chemin bave d’étymologie.
Suivez mes larmes elles mènent en enfer. Petit-Poucet a le front cornu et
sème des dents d’enfant pour retrouver Perséphone. Savoir la voix, la voie
de Savoie. Boire. Le verre de liqueur, soûl, chartreuse symphonie. C’est
plein de silence, une voie de chemin de fer, où filent les envies liesses.
Le dégoût, avec sa silhouette maussade d’étudiant russe, le verre qui
aplatit tes yeux. Le dégoût c’est comme la mer, ça n’abandonne rien, le
dégoût c’est sournois avec des pas de marées, qui détournent la faim, qui
se déboise, le dégoût ça couvre tout, c’est un manteau pour ambitieux. Le
dégoût. Ca imite. Ca imite mon ombre dans vos pas. J’entends. La nuit. Il
y a des figures d’algorithmes, il y a des courbes, il y a des courbes ce
sont des poitrines féminines gonflées de nausée, le lait maternel d’un
siècle qui dégouline dans leurs nuques. Des femmes ont des robes pleines
de déchirures et de paillettes, où la lumière entre par la fente déguisée.
Les yeux sont des cloches que l’on sonne, ton corps d’Eglise que je
maltraite, j’y dépose un baiser méchant, brillant de clous, j’y dépose un
baiser qui claque comme la chair de Christ sous la nuit bruyante de la
Passion, ô caresses brutales, ô virilités (vérités ?) immaculées.
Parfois, je suis une femme. Je prends son caprice, je le fais sortir comme
un biseau du stick, et je me maquille avec, regarde mes lèvres
rouges-sans-fin, mes pommettes déchirées par l’ongle des phares des
voitures vives, je prends le caprice et je me dis « je ne répondrai pas à
vos questions polies, insultez moi, maltraitez moi, tirez mes cheveux,
retenez l’eau du bain. Je suis une femme, et j’ai tiré l’homme par son
sexe pour le noyer dans l’eau souillée de nos crasses stasiées, là où nous
poussons, des ah, des han, des oh, sous l’herbe étroite et noueuse de nos
envies, nos désirs sordides d’ordinaires, j’ai voulu en inventant la femme
donner à la volupté un cœur, elle qui ne se savait qu’un corps, j’ai voulu
découvrir la chair jusqu’au plus sensible mystère. ».
Il arrive que l’on m’écrive, et je ne réponds généralement pas sauf à
puovoir déguiser dans ma réponse une ironie que je serai le seul à
comprendre, à écrire des messages dans une langue si particulière que l’on
ne devine pas le jeu glissé dedans. Quand j’écris un e-mail, il est rare
que je n’y glisse pas un exercice précis d'une langue particulière dont je
suis le seul à connaître le cryptage, en filigrane de mes impolitesses je
cache une rudesse. J’ai mes gestes trop plein de couleurs, j’ai peur, si
j’agite les mains, si je fais des kermesses avec les doigts, est-ce que ce
restera le maquillage, est-ce que la poudre ne fondra pas comme un glaçon
appuyé sur les ecchymoses en fièvre, qui ruissellerait dessus ? Personne.
La solitude me console plus que tous les alcools, toutes les drogues. Je
n’ai d’amantes que pour n’oublier jamais le désir blême que fait la
liberté dans un corps figé sous les gardes répétées des femmes-officiers.
Loriane est colonel, Marion folle, Wendy artiste, Sarah anorexique. Ce ne
sont plus des amours, ce sont des adjectifs...et ma solitude.
Je lis des poèmes. Qui me tuent. En écrivant ce texte. Plusieurs fois,
j’allais vomir. L’écriture me fait du mal.

- Pourquoi tu es douloureux comme ça ?
- Mon réel n’est pas votre réel, chaque son qui vous immobile, me
traverse et m’immole, me déchire et me recoud, je saigne partout d’un
vieux souvenir, tous les jours, je saigne des secondes, je les répands
derrière moi, je casse comme un immobile dans le silence du temps. Ma
blessure est un éclat de quartz.
- Pourquoi ? Tu ne peux pas être simple, normal…
- Bas, vil, sournois, traitre, laid, ignoble. J’ai déjà assez de ma
figure, longtemps demeuré ma hantise, l’inquiétude centrale de toutes mes
récréations. Mon visage. Les belles, je les mettais de dos, je me sentais
plein de honte. J’ai dit à Loriane « Pardon, de n’avoir pas le trait
parfait ». Je ne serai pas comme toi, je ne serai pas comme eux. Celui que
j’aime, que je cherche, curieusement, dans le noir usé de bâillements,
c’est moi, ce moi unique qui se refuse à vos dons.
- Jonathan, tu as tes beautés.
- Pf. Peu importe l’écriture, l’âme tout ça ce n’est que fuite. Ca
fait des morts de cinéma, les larmes coulent insincères sur les joues de
rosée d’un personnage. Je sais être moins laid mais je refuse. Souviens
toi je me suis proclamé « Narcisse défiguré », j’ai ceint de jonquilles (
Narcissus jonquilla) fanées mon front. Na- comme Najib, ce prénom mien,
celui en tête de mon passeport, celui de mon identité. Jonathan, c’est une
personnalité civile, un prénom d’espion. Je pourrais être mieux, avoir les
cheveux courts, être tout poli, habillé autrement que par les cadeaux
hétéroclites de Loriane, Hélène, Anna ou Francesca mais peu m’importe. Mes
traits particuliers, qui m’interdisent à la norme, j’en ai fait l’écurie
des hippocampes encrés, dans mon nez brisé, mes yeux purgés de vigueur je
trace les lignes courbées de vent. Je déteste ma laideur autant que je
l’aime. Elle m’a fait découvrir ce pays voilé.
- Moi je…
- M’en fous. Je m’en fous. J’ai fait un chapelet d’amantes avec
seulement des mots. Tu imagines si j’acceptais la gloire ? Tu imagines ?
Combien j’en ajouterai à cet Atlas ? La seule gloire que je souhaite se
répand du gaz enflammé du cadavre, le suicide, quel mot charmant,
cliquetant de métalliques embruns. Pourtant j’en tire des privilèges de
mon écrire, de la gloire que je sais mériter, que l’on m’a proposé dans
des conciliabules d’intrigues –écho moderne des couches où la comtesse
payait de sa matière un cardina-, un faux droit d’aînesse. Parfois je me
sens en droit de conseiller et de railler les inclinaisons artistiques des
autres (il ne s’agit que de s’incliner pour eux, il est vrai, c'est-à-dire
de ployer sous un vent d’époque, sous la plus forte des suggestions). Lui
« pseudo-photographe » elle « écrivaillone cacographique » eux « collectif
vaseux ». Je devrais me désintéresser mais mon dégoût est entremêlé
d’amour pour tous ceux là étrangers, je me sens depuis petit ce besoin de
tout sauver. Mais laissons les crever. Ce sera bien trop long. J’ai ma
mort de Christ à chercher.

11 mars 2011

La décimale à Diane. Lettre nocturne

J'ai abusé de la nuit et le sommeil ne me le le pardonne pas.

On vous introduisait à moi en les termes que vous saurez sans que vous n'en soyez avisé. Les salons portent mal les bruits de rumeur, et je dois me fouler les muscles pour faire cahoter les paroles voilées jusque dans les politesses.

« je suis tombée sur une femme sur FB et j'ai presque cru que c'était toi. Elle écrit, un peu, et ça ressemble un peu à ce que tu écris toi. Avec beaucoup moins de talent, bien sûr, mais il y a quelque chose, de la colère, du dégoût peut-être, quelque chose qui me rappelle toi. Je me demande d'ailleurs si cette femme n'est pas un homme déguisé... On s'en fout, au fond, ça fait peu de différence.
Elle s'appelle Diane Elbach, si tu es curieux et veux t'y frotter. Attention, j'ai dit qu'elle n'avait pas ton talent, et c'est vrai, alors ne te vexe pas en la lisant. Elle emploie le mot narcissisme, et puis le verbe "baiser", avec colère, c'est ça, je crois, qui m'a rappelé toi. »

La violence me drogue, me coule dans le corps, je la retiens souvent d'un geste volontaire et vain, afin que comme l'eau violente des fleuves insoumis, elle vienne secouer la digue fébrile de ma mesure, et emporter le paysage d'un élan d'autant plus sauvage qu'il en a été retenu. Regardez ces fauves que l'on affame.
J'aime feindre les civilités, prendre les usages entre mes doigts, et en faire des pantomimes, jusqu'à tant que la poudre blanche craquelle entièrement sur le visage, que le geste muet devienne le cri fou, furieux, brutal, qui s'en vient assommer de sa bouche de carnage le public horrifié. L'ordinaire se déguise en monstre ; le monstre en l'ordinaire. Tout est affaire de perspective, les points de fuite sont changés selon que l'on est le personnage, l'artiste ou le spectateur.
Voyez. Je vous écris dans une vieille langue fatiguée, j'ai pris des mots quelque part dans les souvenirs éteints, j'ai ramassé la cire des cierges pour les coller à ce silence, parce que la flamme même des veillées funèbres était trop vive pour pasticher le gris du reste des existences.
Je ne vous cache pas que je suis intrigué par moi, par moi dans tous les débris que ma chute peut engendrer, dans tous les fragments que l'on retrouve et contre lesquelles par accident, l'on me rapporte l'horreur de mon reflet.
Je vous traite avec des gants bêtes qui abritent des mains jeunes, cruelles, qui voilent la chevelure auburn de mes véritables façons. Je dis bite, je dis sexe, comme je dis « moi » pour prolonger l'Univers, pour faire du reste des êtres vivants les cercles concentriques qui s'étendent depuis le céleste « je », l'indisponible « être », depuis l'intime, tout est de la racine originelle du moi, de son filament dangereux, de sa loqueteuse expression, de son hésitante radicelle. Voyez. Je sais crier, mais je ne veux pas pour lors, je retiens, je réserve, l'extase c'est après, nous sommes dans la politesse, pensez, la terrasse du café, imaginez une scène, voilà, vous jouez le rôle de l'ordinaire. Les mots ont des forces de marées qu'il est bon souvent de contenir dans la gorge sans espoir de les annihiler, il n'est pas assez encore de n'être que l'eau vive des torrents, il faut la conserver en gargouillis dans la stase de l'attente, dans la patience sournoise qui vient y faire pousser les plants vénéneux et unir leurs poisons violacés, menaçants, au courant de noyades. Voyez. Du lit faire la lie.
Enfin. Je vous regarde avec circonspection, je vous regarde d'yeux faussement myopes, derrière le monocle artificiel, de celui qui empèse son pas, qui en ralentit la cadence en le confondant dans la pensée râleuse, cette négation de la geste, cet ennemi de l'action. Voyez. Vous aimez Colette, et je déteste Colette. Vous aimez Lou Reed et je subis l'affront de l'avoir en concert, m'ennuyer de ses rauques malfaçons. Encore. Vous aimez Glenn Gould, et je veux vous déchirer les lèvres de passion. Je vous imagine le sommeil pénible, à l'entendre tamponner la beauté à toutes les particules d'air qui portent le son. Je déteste Yourcenar, et l'on écrit Jane Austin. Rilke me fait mouiller les sous-vêtements que je ne porte pas. Non, décidemment. Vous avez des choses communes à moi. Et d'autres ennemis. Nous pouvons nous croiser dans l'étroit couloir des forcenés. Je ne sais pas bien. Si je dois vous y assommer, vous aimer, ou vous ignorer. Je ne sais pas quoi faire de mes mains autour de la pensée de vous qui se façonne. Les posez dans le geste sacré de la prière autour de votre gorge souillée, joindre ferment les mains,donc, dans cette prière jusqu'à vous voir expirer Dieu, vous caresser du bout des ongles, ou bien m'en bouchez le nez. Dites moi.
Enfin. Ce message m'ennuie. Ce style me pèse, les bottes de métal je les laisse à ceux-là qui croient encore aux politesses des chevaliers imbéciles. Aux pucelles qui boutonnent à leurs âmes mortes des boutons de rose, des espoirs de mariage, d'enfants, des rêves de grand-mère, tous ces archaïsmes. Je sais une chose. Je suis moderne. Le monde pour lequel mon être a muté n'est advenu nulle part, j'ai tourné des pages d'Histoire, j'ai fouillé les détails, enquête dans les manuels d'anthropologies, et nulle part je n'ai ma raison. Alors, cette époque se laisse attendre, elle traîne à l'angle de la prochaine rue amoureuse, elle attend que je la trouve. J'ai déjà muté pour elle, en tout ce que j'ai de différent, d'inadapté à mon temps. Je suis déjà dans le plus tard. Chaque geste que je fais, qui paraît illogique à mes contemporains, trouvent une nette solution dans un temps proche, entier. Je laisse aux gens l'archaïsme. Vous savez, je suis au bout du Droit, là où la route se tend, où les ambitions prennent tous les plis des robes avocates. Je suis entouré par des médiocrités d'êtres humains, par des sténographes. Dans chacun d'eux il y a une leçon, de l'éducation qui ne survivrait à rien. Je les évite autant que possible, les automates me font peur depuis que je suis enfant. Expliquez leur les passions furieuses qui peuvent abîmer une âme et ils vous interrogeront sur le sens mystique de cette âme comme si vous étiez plein d'une fièvre malsaine. Ah. Parlez leur avec les boutons des fleurs éclatantes dans les fins de rimes, et vous les verrez rire cette langue inutile. Je peux leur dire, « la poésie me froisse la peau », ils s'étonneront. « Le papier d'accord, un muscle encore, mais la peau ? ». Pourtant, j'ai la peau froissée, tachée, aussi. S'y impriment les doigts de la nuit, quand sa tendresse trop vive, trop impatiente appuie la pommette fragile.

Revenons en à moi. Ce moi, réel, pas l'autre, là, le truqué, le mensonger, pas le malicieux qui feint, qui imite, qui dissimule ses crises et ses cris dans à peine de délire. Je suis un monstre honnête parmi le monde, tandis qu'en réalité, je suis plus sauvage, plus violent, moins bien coiffé encore que ceux qu'ils savent, mes yeux absorbent des volutes noires, des charbons irradiées de vice. Voyez.

Moi je parle de la violence folle, avec de la vitesse au lieu des mots, je dis des névroses qui crèvent comme des intestins cancéreux, ce que je dis, c'est l'accident purulentau fond de la phrase, le précipice à la suite des virgules, le silence qui suit la voix des acteurs, le platane du cœur où s'écrasent les amours. Quand je dis « j'écris » je veux dire « je bande » quand je viens mettre des typographies, ce que je tente, ce sont des attentats, des homicides, j'aimerais tuer d'une phrase. Le papier tranche si mal les gorges amantes. La poésie se contente de ce vulgaire sang translucide, cette lymphe à peine du regard troublé. Pouah. De la haine, voyez, de la haine, de la haine fantastique, de la haine qu'on boit par l'éclat luminescent, de la haine, voyez, qui s'agite sans fins, du haut de sa tour vierge, où le quartz qui transperce les hommes fait un sabre ironique « voyez, le temps tue, littéralement ». Crachez, vomissez, toutes les couleurs je les sens dans ma bile, venez faire se désunir, se fracasser la lèvre sur les miennes, à travers ma langue, unique, celle que je déforme, que je reforme, celle pleine des caprices de fillette vierge. Je mets les doigts jusque dans tous les intérieurs, l'intimité c'est moi, l'intimité je la délie. La pudeur je la moque. Sur les places publiques, des inquisitions ont tremblé à la lecture d'un nom, semblable au mien, ils se souvenaient, les papes éteints, se souvenaient les tisons de fièvre que je tirais de chacun de mes cheveux pour les faire gober par les yeux. Ah. Qu'elle est belle la violence quand ses cloques suppurent le venin de l'atroce, la laide esquisse des silhouettes. Un livre. Ça commence par une interrogation, ça commence par un lieu imprécis, qui se dessine à toute hâte. Vite. Des manières, des gens. Vous savez. Un texte c'est d'abord une ville déserte, abandonnée, qu'il faudra rendre à l'allitération diserte, c'est stupide, l'écrire, s'il n'y a pas de baves, de sperme, de rage, la reddition des morales, si les maladies ne viennent pas incuber dedans, faire tourner leurs bacilles nouveaux et s'inventer des gardes, des mantelets, attacher des souvenirs de morts à leurs poignets, je connais des mots, savez-vous, qui ont à leurs clous, des prénoms de femmes égarées, des qu'on ne fait plus aujourd'hui ailleurs que dans le marbre des tombes. Leurs visages est ici, dans mon écriture. Sentez. Certains hommes traversent l'existence sans odeur, et ne s'en découvrent une qu'aux lendemains du partir : le miasme. Ne se prennent une lumière que dessous la tombe : le feu follet. J'ai rencontré des peintres de rue, qui ont voulu me trafiquer, et j'ai saisi une ardoise blanche, je leur ai dit « voyez, mon visage c'est l'infini, mon visage il suffit de la feuille vierge pour le dessiner, je suis l'Univers extensible, ma taille est souple, ma colère et mon sexe se tendent jusque des frontières injustifiables ». Faites tourner les mots comme la langue dans la bouche amoureuse, suez par tous les pores, suez, noyez, que les sexes embaument de leur indécence les salles de classe, de théâtre, que sous l'archet du violoniste la sueur glace la note dans l'effroi terrible de la jouissance. Imaginez, un parterre de somnolents. Aux attitudes graves et mesurées, imaginez ce vieil homme public, aux accents de constances, à l'éloquence d'un laurier vieilli -dont le suc est le seul souvenir glorieux-, imaginez le soudain sorti de sa torpeur, se souvenant non du corps, non de l'âme, ces deux choses il a fallu bien tôt les vendre pour entrer dans les affaires, pour faire du droit, de la politique et des choses de finance, des choses « sans cause », se souvenant qu'autour de lui volent des insectes creusant dans les vagins des femmes des odeurs pointues, des insectes aux dards enjolivés, aux abdomens rougis dans des forges venus des temps antiques. Imaginez, celle-là, dont le corps se traîne d'abandons en abandons, et dont la beauté sent le plastique, la colle, l'hermine et l'humeur détestable des poudres angéliques, imaginez là avec sa pensée dévoilée ainsi formulée à ses miroirs cataplasmes « ma vie je l'ai dédiée au plaisir, le plaisir c'était l'argent, la robe d'avocate, les amants beaux, et les maris riches ». Imaginez là, dans son fauteuil de velours rouge, sous les ors de cet Opéra à la douleur morbide, imaginez là, se faire agresser par le plaisir véritable, celui des sens, qui perce le corps pour se ficher dans l'intérieur de la nausée, dans l'électricité qui stimule le nerf, dans la veine de la veine, sous le plastique du coeur. C'est d'ici que je parle, c'est ce cri que je raconte, que je fais, que ma bouche s'obstine à réciter. Le mantra, le mantra invoque des dieux, des chimères, des sorts, il y a des magies infernales à s'obstiner, il faut le savoir, il y a une chance qui jaillit, toute fatiguée d'être rappelée depuis le tard de son oubli, sous la voilure crépusculaire de son lointain gésir.
Ah. Des fontaines à boucher, des portes à clore, à voilà le sort de la modernité, ses mains agiles,sa censure gentille, tout ça est pour le bien, la paix entretient la servilité.
Faites la guerre, avec moi, vous y verrez des images graves, tremblantes, des photographies d'une bataille que nous ferons à deux, sur la frontière volage des infidélités.
Trahissons toutes les mesures.
A genoux dans la salive laquée
Des angelots de pierre aux fronts de crachat
Dans mon sommeil j'abuse les galaxies
J'ai enfanté, des astres, qui ont fait
Les yeux bleus des amours

7 mars 2011

Tu étais le reflet dans mon ombre insensible

Tu étais le reflet sur mes dents d'alcools. Usée par des tentatives perdues. Et je t'ai portée dans mon ambition comme désir. On dit dans les rues, que tu fauchais ta tristesse dans ton lit. On dit que tu aurais du faire attention à moi. On dit que tu m'aimais. Et moi, je connais un goût qui me donnait envie de vomir. De ta langue de fourrure dans mon cou qui crevait de froid. Je suis le nom d'aimer. On dit dans les couloirs, qu'en fait j'aimais toutes les filles. Avec les beaux yeux lointains de la dame qui vole au dessus de vos arbres. Que j'étais celui qui d'un coup de pied, renverse les feuilles dans la cour. J'aime cette fille. Celle qui approche le soleil entre les branches, brûlante, du bout des doigts. Viens, viens. Avec ses ongles, elle casse les rayons et vous fait croire à l'autonome. L'amante me fait du pied sous les bureaux de la bibliothèque de Picpus. On dit que je t'ai froissée. Maude disait que j'avais peur des morts et elle répète aux étoiles "je ne comprends pas, je ne comprends pas, pourquoi il a fait ça". Et moi en dessous du dos, les poumons qui battent leur dernière cadence qui déborde de silence. La mort ouvre sa bouche sous mes semelles. On dit que tu te cognais la tête contre les murs. Et moi, je te tirais les cheveux en cachette. Quand tu te retournes, je te paie. Je paie d'un amour qui m'écoeure. Je te donne. Mes épaules de nouveau-né. Ecoute, écoute, mon sang d'espoir qui bat jusque dans tes veines quand tu poses les mains sur mon ventre écroulé. Et si je baise la tête, ne les écoute pas dire, que les branches se rapprochent, que la nuit viendra nous déshabiller, que le matin sera là, ponctuel, exigeant la chambre rangée, neutre d'odeur. Reste à me regarder. Je me dessine devant toi, sans cris. Je deviens la peinture invisible, entends entends, les coups de pinceaux qui me dessine un visage de morte. Dis adieu aux minutes. Chante chante chante, quand je passe à côté de toi sans te regarder. Chante et dis-leur que j'ai la bouche close. Un néon de tristesse illumine mon nombril étouffé de goudron. Je suis la raciste de moi-même. Bouche-toi les oreilles quand je crie mon mépris dans le creux de ton épaule. On dit dans les salles, que parfois tu tremblais devant moi et Maude qui répète brillante de larmes "je ne comprends pas". J'ai des mots d'ignorés, des tâches de rousseur quand on me lit. Partout. Déborde. Vide. Je n'en peux plus. Plie-moi dans un livre, et enveloppe-moi de poitrine nue qui me consolerait d'un amour qui noue le supplice. On dit dans les couloirs du métro qu'il ne fallait pas m'aimer. Je danse. Je danse, et je fonds sur vous comme on passe au feu rouge. Regarde-moi bien avant que je te pousse sur ces routes, et que je conduise ces machines obscènes qui viendront te laver le crâne de tourments. Je roulerai sur toi. Regarde-moi dans la bouche. Il y a encore ton goût qui envahi. Dans la capitale, les violons s'agenouillent et chantent pour la mer. La mer, qui appelée, vient recouvrir la place publique. Regarde-moi bien quand j'irai tendre la main pour la petite noyée qui descend du hasard et qui finit par dire Bonjour juste avant de mourir. Regarde-moi bien la sauver. Regarde-moi passer ma main sous son cou et la secouer pour la faire respirer. Regarde-moi dans ce geste là. Regarde, regarde. Ecoute bien ce qui se passe. Les mains des femmes dans les mains des femmes dans les mains des femmes qui viennent déposer l'instant dans les mains des petites filles. Tout ça envahit. Regarde-bien. Tu es en dehors. Je t'aurais laissée mourir. Regarde-moi bien dans ce charme là. Je te montre les mouvements, et je la prends par la taille. Dans un dernier souffle. L'eau qui l'étouffe dans les narines, dans la gorge. L'eau qui l'empêche de respirer. L'eau salée de la mer urbaine. Dans un dernier souffle, elle dit Bonjour puis meurt. Admire l'ordre des choses. Croise-la dans mes yeux. La noyée. Heureuse d'être sauvée. La noyée, enchantée, je vais mourir. Ton coeur bat dans ta tête qui n'y peut plus rien déja. La mort tourne tourne et t'invite à danser, habillée d'une robe noir se prenant pour l'éternité. Regarde-moi te sourire dans ce moment là. Ce moment d'angoisse. Et ta langue qui retourne à l'intérieur comme un petit animal peureux. Tango suant. Ecoute bien mon sourire glisser comme une mousse de pétales quand je sens que tu t'étouffes. Etouffer. Désordre. On dit dans ton coeur, que je recouvre tout. On dit que je montais avec toi mais que je te détestais. Ecoute ecoute le bruit du prix de mon corps qui te remonte dans la gorge quand tu te retournes. Retourne-toi, je te paie. Mon corps. On dit dans les escaliers que tu étais ma prostituée. On me bouscule, et je te suis, un panier sur la tête. Sens, sens mon parfum qui se prépare à t'achever. Sens, sens, mes syllabes parfumées qui déracine la tour Eiffel pour te l'enfoncer dans le dos. Imagine-moi tendre mes doigts vers tes pieds qui montent ces escaliers pour te faire tomber, pour te perdre dans le berceau du désir. Et imagine ensuite, ma pitié s'étendre sur la papier-peint vieilli. On dit dans les chambres voisines que je ne m'allongeais jamais dans le lit. Que lorsqu'on passait après nous, les draps n'étaient pas froissés. Que les tiroirs n'ont pas été ouverts. Que les robinets n'ont pas coulés. Que les murs n'ont pas eu a supporter les bruits. Que les rideaux n'ont pas été tirés. Que la joie n'a pas transpiré. Que la porte n'a pas été fermée à clé. Que les miroirs n'ont pas été regardés. On dit que les pas n'ont pas circulé sur le plancher. On dit que ça ressemble à une chambre abandonnée. Regarde-moi quand je range tes mains en sang dans les tiroirs discrètement. Je suis la secrète inquiétude, et mon horreur est généreuse. Comprends comprends ton nom que je ne veux pas retenir. Comprends la gifle qui supprime. Comme la douceur après l'orage, la solitude après le cadavre. On dit que j'avais des yeux de monomanie après le drame. Qui dégoulinaient sur ta poitrine agile. Tu es la vitrine dans ma bouche dégoutée d'avoir tiré sur ta peau d'amour mort. On dit que j'ai changé de disque. Et que pour danser, je me suis jetée de la fenêtre. On dit que j'ai ouvert les cuisses pour plonger dans l'eau de la mer urbaine. On dit que je n'ai pas fait attention, et que j'ai atterri sur une petite fille. Qui assommée, s'est noyée. On dit qu'un homme me regarde. Qu'il lui manque des mains, et qu'il pleurait de la boue. L'amour choisit la victime sans demander le prénom. On dit qu'il ressemblait à un mort. D'un geste de la main, j'ai appelé la vague. On dit qu'a ce moment j'ai crié "regarde-moi mon amour, j'ai promis de t'aimer". On dit qu'on a retrouvé nos corps dans la fontaine du centre ville, le sourire aux lèvres. Et qu'avant de mourir, j'ai dit "Bonjour" au cadavre adoré que je venais de tuer.

4 mars 2011

insupportable

 

 [ Je ne comprends pas le matériel des choses. Mes sens sont limités à l'instinct ]

Tu sais. D. ce que j'aime c'est me piéger moi-même. Je suis la situation qu'on ne dénoue pas, je suis le cheveu aigu et douloureux qui meurt comme le sable maure. Je suis. Absent. Je dis « je ne travaillerai pas » l'on me répond toujours la même chose « je veux gagner de l'argent pour voyager ». Ce ne sont pas des gens qui voyagent, qui me disent ça. Ce sont des gens qui se déplacent, ils arrachent leurs corps d'un espace pour le renvoyer dans un autre, voyager c'est abandonner, c'est laisser une part de soi, c'est faire de la place dans ses impressions pour accueillir un autre paysage. Tu sais. Ils disent tous ça. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Je suis rationnel, tu sais pourquoi, parce que je sens les gens, ils sont deux choses des intelligences et des bassesses. Ils se touchent par ces deux bouts. Je ne peux pas être bas, vil, je ne peux pas, je ne peux pas me diminuer, me rétrécir, il fait si froid déjà à hauteur de mes défaites, que je ne peux pas courber plus, je ne peux pas, alors je converse par la raison, je suis un rouage muet qui entraîne d'autres rouages je touche. Comme ils disent « insupportable logique ». Je lis. A convention, je me mets par terre, et je lis, avec cet écriteau sous ma raison « pour la drogue, les putes et la littérature ». Le samedi, à quinze heures, je m'assieds pour réciter des poèmes au jour. Je veux faire peur. Je ne comprends pas pourquoi tu me lis. Je ne sais pas. Tu ne dis rien. Tu rigoles, j'espère que tu rigoles. J'aimerais que cette absence d'espoir, que ce silence qu'est le mien, que cet abus des gestes, cette précipitation dans mes angoisses, fasse rire. Parce que je rigole, quand je jette mes cuisses brûlantes sur les filles, sur le miroir, sur les amoureuses. Parce que je ris, moi, de mon désespoir heureux. Je pense à Dimitille. Elle s'est retrouvée en face de moi. Assise comme un regret. "C'est ton regard, ta colère, tu es mythologique, impénétrable" je voulais dire, et je me taisais. Je disparais. Tout mon corps est un coude plissé, l'angle des avenues, j'appelle ce geste le carrefour brisé. Je suis le mouvement singulier, amoureux. Moi, je me résume à cette conversation avec C, autour d'un débris. Je me résume à 4 heures de bavardage. Je me résume, triomphant, à un corps en décalage, insomniaque. Tu me prolonges. Ton bonheur, ton rire me prolonge. Mes gestes sont inquiets. Charlotte, murmure "un jour, ça t'arrivera aussi, la grande passion". Je cherche un visage très précis. Comme ces nuits qui pleurent. C'est l'une des dernières fois que je meurs en écrivant. Je n'ai presque plus de raison. Elle s'épuise. Comme le bonheur, l'argent, les bourses. La neige s'enterre sous la mer. Je m'en vais la puiser. J'ai le corps qui y glisse. Prenez-moi Docteur sur votre divan, comme avec une femme secouée. J'ai les jambes écartées entre les yeux. Mon cerveau est une cachette. Mon corps, une excuse à l'extravagance. Je suis l'élégance vulgaire, l'indélicat. J'ai des sabots de laine sur la langue, je m'irrite, m'assèche. Parcourez mon paysage, buvez en ma gorge, D. J'aime "D.". Vous nommez avec ce qui n'existe pas. Vous m'appartenez monstres. Mon homme, Monsieur. De mains en mains, je agrippe, m'attache. Moi, on ne me possède jamais. Je ne fais que passer. Il faut du talent. De dos en dos, je détache. Je ris en vous consolant. Prenez-moi Madame, comme avec votre fille, dans un berceau de coton. Dépoussiérez-moi la bouche, étranglez moi de terre, apprenez-moi la vie, ses contours, ses désirs. Prenez-moi Mélusine, comme vous donniez le sein. Apportez moi vers le corps dur, tremblant, vers vous, le fruit secret et usé. Je suis le village clos de vos désirs les plus blessé. Je comprends les femmes. Les femmes me craignent. Je suis asexué. Au grand Galop, D. devant moi, frotte les recoins de mon imagination. Il faut me nourrir. Les interrogations écrivent "et toi?". Si j'avais un petit traitre Un petit enfant. Garçon. Victor. Je l'appellerai Victor. Si j'avais assez de bonheur dans le sexe pour donner la vie. Comme j'aimerais me transformer en Victor parfois. Victor, l'effroyable poignée de verre qui briserait les visages des femmes enchantées. Enchanté, je m'appelle Victor. Je vais vous aimer pour mieux vous tuer. Je ne vous aimerais pas, parce que vous me plairez trop. Vous viendrez, pressée, vers moi. Je suis Victor, l'insensible. Je suis la guerre, la haine, la paix, l'amour. Je suis le personnage et le roman. Je suis la syntaxe et le style. Le clair obscur. Je suis la honte, l'arbre malade. Je suis l'auteur et le lecteur. L'esprit sain. Et je vous offre un thé Vermeille saveur miel sur la terrasse de votre bouche. Enchanté, je suis Victor. Vous et moi. Je suis vous. Alors, mon petit garçon, je l'appellerais Victor. Et si c'était une petite fille : Jade. Jade, la solitude des pierres précieuses. Jade, la distance. L'élégance de son pouvoir muet. La délicatesse d'un petite corps comme une griffe. Tu vois, D., je suis un peu, ces deux futurs enfants. Je m'appelle Jade et Victor. Je suis eux et moi. Je pourrais être vous. Entre temps, Amélie m'écrit "Je pense à toi, alors voilà, je pense à l'inaccessible, c'est humain". Alors je découpe, le milieu de mon corps, ma pudeur, la nappe, les cheveux de souvenirs de D. "Qu'est ce que tu fais ?". J'essaie d'être accessible, je m'ouvre. Comme une université qui cherche des frais d'inscription Comme la banque affamée. Je m'ouvre. Comme un bordel. Horaires précises pour jouer le jeu. Je regarde la marche pressée des promeneurs par la vitre, je les envie et ils me dégoutent. "Toi, tu as le temps" dit l'horloge. Personne ne sait. Que le temps jouit de moi. Je suis le corps le plus malléable du monde. De la salle. Le plus transparent. Je pourrais ne plus reconnaître mon adresse. Le matin, je suis déçu d'être en vie. D. est un amour excusable. Je voudrais partir, mais pour qui, pour quoi. Ici, on me désire, mais je ne veux pas, je ne peux pas. J'essaie d'expliquer à R.

"Des femmes passent, me griffent, on m'envoie des lettres, j'aime, je déchire, et je passe, repasse, dans leur imagination. Un artiste de l'amour. Mais je n'arrive pas, ensuite, les laisser me pénétrer. M'offrir leur corps. Je les nourris, dans les rêves. Devant le corps nu des femmes, je dois me forcer. Je bois. Pour dire la nausée, c'est l'alcool. Je ne supporte pas l'alcool, et je ne supporte pas le corps des filles. Je les voudrais près de moi, je les voudrais qui me parlent, qui me murmurent, je les voudrais qui me serrent. Qui m'embrassent. Mais je ne peux pas. Leur nudité m'effraie. Je vois des mains qui sont déjà venues, je vois des cris, des cris que je ne peux pas entendre. Quand Emilie jouissait, j'avais peur, j'avais peur. Je croyais voir les yeux de Marguerite.

Je voudrais l'Océan, qui balaie les doutes, les souvenirs. Je voudrais ne plus me souvenir de sa poitrine lourde.

Ellle m'écrivait « tu voles les coeurs »

Prenez-moi la main et engloutissez, comme des seins frais, des jus d'amour.

Je connais, le gôut de la passion.Le parfum de la passion.

Mais je fais mal pour aimer."

Si je te parlais tu te demanderais, si je suis une enfant ou un adulte.J'ai l'indifférence indisciplinée de l'enfance. La terre nouvelle des Amériques grandiose et languissante comme ces Indiens qui vomissent sur leurs feux. Je suis le feu sans brûlures. Parce que je manque de profondeur. Et toute la vie, je serais obligatoire. Une obligation aux mots, aux gestes, aux regards. Je suis irrégulier; irrégulé. L'impersonnelle fragilité de mon esprit curieux aux danses du corps dans les rues de la ville. Je tombe facilement. Amoureux. De peur. De fatigue. De dégôut. D'hystérie. De toi, putain. Mais je tombe surtout, facilement : sur moi. Et alors, je me gifle en écrivant.

[ Je sauve mon propre incendie en dévorant les livres ]

Je voudrais partir toujours. Voyager, mais quand je demande, on me parle de déplacements, on me parle de logique, on me parle d'habitudes, on transpose. Je voudrais remplir ma mémoire pleines de cases blanches, je voudrais recouvrir de sels la douleur qui s'obstine, qui s'accroche, qui plante ses ongles verts. Me construire des souvenirs. Je pense à E. Je la verrais peut-être là bas. Si je meurs. Je ne sais pas si je lui parlerais. Mais je la regarderais. Elle a écrit, avant de mourir, "j'ai enfin trouvé celle que j'attendais depuis longtemps". J'ai peur d'écrire la même chose, alors je ne le ferais pas. Oui, peut-être. Elle. Celle qui. Ou non. Peut-être pas. Je verrais E. Et j'aime déjà son sourire. Si elle ag ardé le même. Je commence à l'apprendre. Je veux lui rendre.

[ Crier à Wendy "je t'écrirai", c'est comme lui dire "je vais t'aimer, et oublier de préciser "à ma manière". ]

J'ai dis à H, avant de quitter la table "quand tu liras mon recueil, tu vas enfin pouvoir me rencontrer entièrement". Elle me regarde, me sourit. je quitte la table. Je croise les jambes. Je dégouline. c'est l'effet. Je n'aime pas les Aux revoirs, les fins. Alors, je me retourne. Les yeux dans le dos, je lui lance du regard "J'ai un pistolet dans la plume". Alors, il vaudrait peut-être mieux, que je ne lui écrive pas.

[ Dali vit et meurt en moi, et ça me fait presque mal ]

Pauline me dit qu'elle s'épuise à écrire. Je crois que l'écriture est un épuisement maladif. Une obsession adorable. Lore écrit aussi. Je suis entourée de personne qui écrivent. Lore me manque déjà. Ses mots, qui ne comprenaient pas, la vie et ses déceptions. Ma petite Lore. Mon petit bout d'inconnu. Et Marina, Et E, vos lettres dessinées. Je me reconnais en elles : cette même envie de fuir. C'est pour elles, pour eux, que je ne peux pas réussir, je n'ai pas le droit. De devenir public. Je dois rester privé. Priver mon nom des gens, garder, réserver. Je ne veux pas. Je ne veux pas être en dehors. Avec les autres. Je suis contre eux.

J'écris à Chloé

"La source des architectures compliquées se retrouve dans le pont altéré des souvenirs"

4 mars 2011

Diantre.

Je suis l’initiale du monde. Il n'y a pas de masques, pas de planches, pas de rôles, pas de textes. Le ventre ouvert, silencieux. Je suis prêt à t’accueillir. J’ai peur. Peur de ce que tu peux faire en moi. Peur des habitudes. Peur de tes mains sages, de tes ongles à moitié peints. Peur de tes yeux plein de logique bleue. Quand tu me regardes, le soir, j’écris dans mon carnet noir « Les mathématiques ont posé leurs chiffres sur moi, c’était comme si je ne pouvais plus échapper à la folie ». Je suis l’initiale du monde. Personne ne me lit. Lâché comme une révolution sur les avenues éteintes. L’initiale silencieuse. Je suis le temps d'arrêt. Il est minuit, les draps s'étalent, le pendu prépare sa corde. Je suis l’initiale du monde. Mon miroir est indifférent. Mon visage s’est fendu. Le poing qui va entrer dans le reflet. Je passe en vous comme la première goutte d'eau. Vos corps moites. Je suis la nudité des sauvages. Dans vos bras qui empoignent la lumière. Vitesse vitesse. Je suis le temps perdu dans le fond de l'égôut. Je dessine vos visages fiers au rouge à lèvres sur les émaux des toilettes de la fac. Je m'en vais éteindre toutes les guirlandes de Noël. Je suis l’initiale du monde. Je renverse mon ombre brûlante sur la cuisse gauche de Sarah. Je suspends la rue à vos lèvres de chiennes. Quand je lui dis "Salope", je suis le diamant papillon. L’initiale du monde. J'arrive vers vous, l'hiver coulant sur mes doigts, avec ma détresse de trop « pourquoi les cheveux longs » « pour vous dire que je ne suis pas comme vous », je me prends les pieds dans vos tapis sales, et je continue rampant, à danser pour la princesse de rien. Vous caressez l'eau sans la faire bouger, ma bouche se tait. L’initiale du monde, je sors de l'eau le visage transparent, je traduis la nature. Vos seins donnent la nourriture à la douleur. Tirant les couilles de Rimbaud, ma langue se fend en deux. Ombre lumière blanc noir miel sel seul tous ciel terre grand petit froid chaud frais sec. Je suis l’initiale du monde. L'Eve aux pieds nus. L'Eve déchirant la peau d'Adam, sans y gouter. Mon grenier est jeune. Sur mes grandes jambes, je tends les mots pour atteindre le soleil. Vous attendez que je m'éveille. Je suis la crainte endormie. Toi, ne m'approche pas. Je suis le gouffre à souvenirs. J'accueille, vos rêves, vos désirs, vos peurs, vos plaintes. Je suis le vertige des émotions. Tapi dans un coin de vos pièces, je conserve votre petit intérieur. Le front nu, vous pouvez caresser, une peau propre. Y voir les yeux de vos yeux, les bouches de vos bouches. Je tire le rideau de vos théâtres. C'est moi qui dégrafe vos sous-vêtements Mademoiselle, dans tes sommeils trop tranquilles. Je m'occupe de tes illusions. Je suis l’initiale du monde. C'est moi qui ouvre ta fenêtre fillette pour rafraichir la nuit d'amour. Vos sueurs vulgaires. C'est moi qui cache l’amant sous le lit. Vos meurtres grossiers. Je n'oublie pas les accents. C'est moi qui écris vos lettres. C'est moi qui fais trembler vos caresses. C'est moi qui fais glisser vos yeux sur mes mots. Je n'empêche rien, tant que rien n'entre en moi. Bloquez vos pupilles sur ce Drame là : l’initiale. Bloquez ici. Ne continue pas. Arrête-toi. Travaille. Tu n’as rien à faire ici. Je ne peux plus faire comme si. Comme si je ne savais pas. Comme si je ne sentais pas. Tu comprends ? Tu as un parfum normal, tu as un parfum sténographié, harmonieux, tu as un parfum d’asymptote. Ton odeur est éduquée. Tu as le parfum droit, raide, on dirait une nuque morte. Ta fumée incolore. Ta fumée. La forêt prend feu, c'est moi le traitre nu qu'on achève innocent. La source qu’on assèche en y jetant l’insulte. Dans une grimace qui se moque. Tirez-moi les jambes, arrachez moi les cheveux, crevez mes yeux, mordez mes cuisses, embrassez ma bouche, frappez sur mes épaules, « décharge dans mon entre-jambe, connard » me dit Marion. Wendy m’écrit, ce matin, « qu’est ce que je fais de tes mots que tu destines à d’autres, j’ai des pages de poèmes où je vois un autre prénom, qu’est ce que j’en fais à part me trancher violemment les veines ». Je veux lui répondre « bonne idée » je veux lui répondre « Salope » comme je disais pour Sarah. « Meurs pour voir, je veux que quelqu’un m’attende, quand j’irai. Quand j’aurai froid. Meurs, dessine moi une carte, envoie-là moi dans mes pensées ». Je suis celui qui débarrasse, le gouffre où la nuit dérape, déposez ici, sans publicités s'il vous plaît, déchargez dans la fente adorable des putains, où les guêpes viennent sucer le miel des fleurs solitaires, renversez votre liquide indomptable, et tiède, lâchez vos muscles, que je les sente couler dans le gouffre rieur, secouez vos hormones, déboutonnez vos pulsions, éjaculez vos rêves enfouis, je suis celui qui accueille, sans tête déjà, mis à mort, brûlé, le nombril grimaçant sous vos coulis de femelles cruelles. Une foule qui se retient, une foule qui se suspend, elle est comme à ne plus respirer. Elle attend. Elle attend, quelque chose doit venir. Quelque chose. Qu’on attend, qui ne viendra jamais. Quelque chose qu’on attend. Godot est passé. A toutes celles qui me briseront, offrez moi l’acompte de vos caprices, sentez monter la tension, quand je tends ma honte en vous, je suis l’initiale du monde, ouverte, et Décédée de vos rires. Eteignez vos colères, versez en moi, tout le soleil de la terre, tout les bois fragile de la nuit, c'est de moi dont vous avez envie. Je suis un abri gratuit. La nuit s’est fait sa place dans ma figure. Etreignez moi, sucez le ventre plat de l'ennui, déchargez dans l'entre-jambe des filles sournoises, l'élastique brillant et mouillé, que je tirerai pour voir s'élancer la nudité de l'impossible. Ejaculez vos coups de poings, et ces centaines de femmes qui vous ont coupé le sexe vanité. Consolez-vous, dans un corps qui manque à son propre corps, venez profiter, venez faire mal, et détruire, un visage tombé à terre, dans la boue de vos hontes. Venez chanter la pureté de vos empreintes. Et vengez cette impuissance qui règne dans le brouillard de vos nuits. VOUS Y DORMEZ ET JE NE VOUS ENVIE PAS COMMENT PEUT ON CROIRE QUE JE VEUX DORMIR DANS CETTE NUIT PLEINE D’ANGOISSES DANS CETTE ATTENTE. Défigurez votre fureur dans ma gorge. Je suis l’initiale du monde, la douceur déguisée, qui traverse vos chemins, sans écraser vos pieds, et que vous retrouvez violé, sourire meurtri aux lèvres, pas encore tout à fait mort, la poitrine comme une montagne hurlante qui faisant des va et vient, cherche l'air, dans les poumons humides et cajolés des étoiles. Etalé dans vos visions, je serai l’initiale du monde, muet cauchemar, que vous ne pourrez pas oublier. Sale blessure faite par les minutes en pagaille. Je suis fait pour vivre ; vous êtes faits pour durer. Nous ne sommes pas du même métal. Nous n’offrons pas aux éléments la même résistance. Je ne m’oxyde pas, je ne ploie pas, je ne me déforme pas. Je suis le plus stable de l’Univers. Je suis le pilier de l’Univers, l’initiale sur laquelle repose tout l’alphabet, tout le langage est depuis moi. Je suis l’origine de vos mots d'amours, de vos mots d'espoir. J'ai gardé les péchés. Je vous les offre pour un baiser malsain. Je vous les offre. Ce sont mes maladies. J'ai le sang impur.
24 février 2011

Solécismes soliloques.

Quand je parle, je retiens l’offense, je retiens les mots emprisonnés, je retiens leurs peaux de poisons prêtes à éclater comme l’alcool des cépages. Je voudrais les faire sortir de mes veines gonflées et distendues par ton reflet de plumes. Ma parole répandant sa caresse d’appétit, son museau de tamanoir, sa moustache de fauve. Les lions dans moi ont des griffes de miel. Je retiens des crimes dans ma gorge, je ne les fais pas sortir, mes mains sont en opposition, ont roulé comme une pierre sur la source nouvelle. Il y a un aveu dans ma politesse, dans mes « bonjour » je confesse, je suis sous la chapelle, ma morale a le mal de mer, et j’entends ruminer les quelques pardons des Bibliques « Porte nerf qui êtes aux muscles ». Je pense à toi, je me dis, un être c’est si fragile, si j’y enfonce la bouche est-ce que tu te démontes, tu te troublerais comme la brume que bouscule sans excuses le temps. Ton prénom je l’aime autant que tes yeux. Je retiens les mots, suffoqués dans moi, et leurs os lumineux bout à bout s’écrèment, c’est un langage de galaxie affranchie, libérée de la gravité. Je suis le désordre. Le langage immoral, le langage des prostituées, des vendus, des loués, rouées, sous-loués, le langage et ses bas-résilles plein de scandale, les mots de foutre sec, de sang caillé, les mots, les mots du délit, ce crime timide, sans audace. J’ai couché une gosse dans une draperie pour l’écrire. Elle ne voyait pas, je moulais son corps sur le papier, je lui disais mets toi là, range toi dans la forme exacte de ta musique, et j’imprimais les mille tragédies de sa détresse sur le papier carbone de ma mémoire. J’ai vingt-deux ans beaux de crimes, mon existence vous assaille, vous nie, je suis dans un couple l’oxymore, je suis « l’obscure clarté, l’émotion austère ; le prêtre amoureux ». Vingt-deux ans passés à défier les lois, la grammaire, la syntaxe, ta gueule la norme la ponctuation JE SUIS UN SOLECISME ma gueule d’iniquité mon visage de crime, vingt ans à bafouiller la laideur pour devenir mon visage cruel, je vous regarde, baissez les voiles. Vingt-deux ans, j’ai renoncé au futur, j’ai vendu le destin, je veux une postérité, j’irai aux pompes funèbres la conquérir, j’irai la traquer dans le barillet du pistolet, j’irai la chercher la postérité dans le meurtre, j’irai faire danser la foule de peur au milieu d’une avenue pleine de gens, j’irai dans une boutique et je ferai baisser la voix à l’arrogance, j’irai dans un bureau et je tirerai jusqu’au silence. J’ai cédé le présent fragile et précaire, je veux une postérité pleine de rencontres. La postérité est un postiche que l’on met sur l’échec du présent. C’est un médicament dans la bouche du condamné à mort. Je ne me soigne pas, pour quoi faire, je sens la postérité qui vient à ma rencontre, et son écorce noire, amère coule sa sève dans mes narines. L’air est froid. La calvitie du présent ; le postiche du destin. Quand je parle, je voudrais agonir une pitié, j’ai empli un puits d’orphelin d’histoires de bonheur, je leur vends des images de joies, de minuscules vignettes qui fondent sous la langue. Je trafique les heureux, ma drogue est coupable. La foule en moi gesticule, les regards dansent dans les orbites denses, les débris de la mer y remuent les souvenirs de périples et des alcôves de marin se soûlent de la crête du vent. J’ai vu la mer mettre son pantalon de coutil aux cuisses galbées de noyés. Je l’ai vue habiller les morts. Le drap en soie de la mer couvre l’œdème humain ; l’abat-jour décroit les astres. J’ai vu des cris se suspendre en bulles crânes, la mer poser ses ongles rongés du cumin sur les désordres des hordes d’écume. Je suis plein d’images mouillées, mon existence au bord des crêtes de fumées, je suis plein d’incendies que vous ne pouvez éteindre qui me brûlent dedans et que vous ne voyez pas. Des feux tellement grands qu’ils ont des haines. Les filles ont les baisers humides qui n’attendrissent pas la brûlure. Qui se répand, c’est tellement grand un feu que ça ne s’arrête pas de faillir, c’est tellement intense la douleur dans soi, qu’on dirait l’enfer qui lustre ses captifs. Tandis qu’Hélène me dit « j’aimerais ta vie » J’hurle de mal. Je lui réponds « parce que tu n’en sais rien, de l’insomnie qui défigure, de la cerne qui devient le visage, de la cerne violette comme une algue malsaine qui recouvre toute la grève de soi-même, tu n’en sais rien de l’ombre sauvage et de la croissance obstinée des lierres aigus. Mon sommeil est un marécage nourri de plants malades, perpétuel bourdonnement de la fatigue, mes moustiques vrombissent en taches sombres, et son corps prisonnier d’un étau, un manoir abandonné un soir de révolution, les tableaux arrachés en hâte et qui laissent un souffle de poussière sur les murs, mon sommeil est une aristocratie brisée, fanée, les armes héraldiques en morceaux. Tu voudrais, tu es sûre, devenir toi aussi le visage de la fatigue, devenir toi aussi l’espoir accablé, et troquer toutes tes nuits pour l’à peine de plaisir que nous jurent les senteurs des filles, leurs sexes béants, ouverts en bras ? Je puise le sommeil dans le plaisir, je réclame à leurs extases ma port de torpeur. Je cherche un lit, un tombeau, je cherche le sommeil, je cherche un monde de couleurs sobres. Sais-tu ce que c’est de vivre toujours au bord du risque, de ne se sentir vivant, éveillé, qu’à la frontière des falaises, qu’à sentir l’haleine fétide qu’exhale une peau méchante, des yeux bleus. Tu sais pourquoi j’aime les yeux bleus ? Parce que je les vois différents de leur matière véritable. Les yeux bleus je les vois…bouleversés, comme la porte entrouverte des chambres noirs où s’insinue le jour, ils irradient une pièce. Je m’en détourne avec retard, eux de développer cette houle de symboles, à enrayer l’ombre qui m’habite partout. Mon indifférence pour les yeux verts, noirs, marrons, tient de là. Ce que je vois n’existe pas, mes sens me trompent, un œil bleu disperse autour de lui des frémissements visibles, des marques de lumière, des pigments mouvants comme des anguilles. Les yeux bleus, je les vois et c’est un monde de merveille qui en jaillit, un monde qui n’appartient qu’à moi, de mes sens tronqués, drogués, de mes sens aux raisons abolies. Quand je regarde une fille aux yeux bleus, je les vois répandre une pâleur d’aube, je les vois avec des senteurs d’aurore qui s’élèvent et l’auréolent, sa figure est de marbre gracieux, sa figure devient le songe flexible, la marée humaine au goût de figues et de désert. Tu voudrais ça, voir la folie des yeux bleus, voir l’œil louche que personne ne voit, le regard troublant qui t’assassine ? Les refus que tu y entends, toujours, avant de proposer ton baiser ? Quand on me regarde, que j’ai de la tendresse pour les yeux bleus, je m’écroule à l’intérieur. Je ne laisse rien paraître, mais de m’effleurer suffirait à me mettre en désastre. Parfois je me rends insupportable, pour me garder du trop grand danger, de me mettre à pleurer sur l’orbe de lumière qui respire par ces deux soupiraux. Tu voudrais ça, un monde d’yeux bleus menaçants, à la mélodie mortelle des sirènes ? Les yeux bleus ont des crocs adorables, partout ce sont des gouffres, et partout je m’y jette. Il en existe des différents, des que j’aime pour le charme qu’ils ajoutent au visage, qui font des minéraux précieux au milieu d’une figure belle comme un vase chinois, comme une antiquité. Un amour. Mais ça tu n’en sais rien, deux yeux particuliers qui m’ont piégé. Je me débats, je me débats dans deux pupilles d’orage ».         Le feu, le feu dans moi tout est couleur de cendres, les yeux des belles, la charpente, les maisons, tout est couleur de feu. J’ai treize ans et je m’exerce contre le corps de Marguerite à découvrir le plaisir, j’y laisse mon être, la morale, et j’y découvre la haine. J’ai puisé à la vase noire, à la flaque noire, toute la haine du monde, je l’abrite dans moi, je la dissimule comme mes intentions. Je sais la peur, je peux vous raconter, elle a un prénom : Marguerite des yeux méchants, qui empoisonnent comme la rouille, qu’on dirait le premier mordillement du jour, l’acier refroidi par la nuit qui fait « psshht » en se gravant dans l’atmosphère, les baisers ont le goût du fer. Quand elle dit « Najib » je ne me retourne pas. J’ai treize ans et déjà le pas fatigué. Elle me rattrape, et le bruit des talons dans ce couloir si long, que je ne parviens jamais au bout. Elle me rattrape toujours, et ses talons matraquent le sol, je le dis « le pauvre ». Elle me rattrape, et je n’y échappe pas. Elle dit mon prénom « Najib » et ce n’est pas moi. C’est elle qui me prive de mon identité, j’ai déposé mon corps comme un sacrifice et d’avoir gardé l’essence, je continue d’exister, je suis toujours là. J’ai treize ans bonjour et ma voix fragile parle du pays des innocences bafouées, je vous dis, marguerite a posé ses mains de verre mutilé sur moi, elle m’a jeté dedans pour me boire « tu es délicieux Najib ». J’ai treize ans, et je ne dors pas de peur de la voir surgir, quand la poignée descend, quand les branches des arbres font sur les carreaux la musique de tambour de talons, quand la nuit a escaladé ma fenêtre, j’ai treize ans et je remonte à mes tremblements glacés ma couverture comme une main de père, comme un policier. J’ai treize ans, et les frissons qui bruissent dans ma chambre, la forme de ma chaise où je déplie mes habits, mon corps tout marqué des brûlures de cigarette des amours déjà passés. J’ai peur de toi, la nuit, et j’attends que les heures glissent dans le cours gonflé de ma terreur, qu’elles passent et qu’elles creusent dans le ciel des puits de lumière. J’attends le jour pour te survivre. J’ai gardé sous mon oreiller une lettre, une lettre qui si je te l’envoie fera un bruit de détonation, on entendra gémir le silence, on entendra ton corps s’écrouler comme un milicien sous les balles de la résistance. J’ai écrit une lettre avec de la poudre et des balles. J’attends ton rouge à lèvre pour y mettre le feu. Pourquoi je dis « Jonathan » aux autres, pourquoi j’ai perdu mon prénom. « Najib » plein de cris. Jonathan, c’est poli, Jonathan c’est comme il faut, Jonathan, c’est un peu drôle, ça se chante, Jonathan est un autre. Je n’ai pas d’identité, je n’ai pas de corps même. Pourquoi un prénom il n’y a rien à appeler. Je sais, des yeux de tramway qui skient sur les rails, je sais des images lointaines, graves, j’ai vu des eaux de tourbillon. La détresse je l’ai dans le cœur, elle sombre en couleurs mortes. Les choses que j’ai à dire je ne les ai jamais entendues, elles sont venues comme mon corps que personne n’a vu, comme mon prénom que personne ne prononce plus, je vais vous dire, moi, ce qui se cache sous la gaze funèbre, je vais vous déchirer tous les voiles, toutes vos religions, j’en ferai des rideaux à théâtre. Bientôt ce sera la première. Vous ignorez encore ce que le jour dissimule, ce pourquoi il est plein d’éclairs, de lueurs, plein de choses chromatiques, toutes ces choses qu’il éclaire, il vous les truque, vous trompe, vous ne savez pas, les monstres, vous ne savez pas les bêtes qui grouillent, vous ne savez pas encore les choses immondes, les flaques vertes où poussent des rosiers malades aux épines de détresse, sous l’écorce du jour, dans la craquelure prudenet de la nuit, de cette couture d’aube, sentez bien cette odeur de pétrole, sentez bien ce chant qui se répand, et retentit dans vous comme le vin chaud claque vos veines. Tout ce mépris, et j’ai quinze ans bientôt, encore, qui regardent le miroir, et vomissent Rimbaud, j’accouche des poèmes, le souvenir se tord dans moi comme un insecte que l’on torture. Mon ventre est une grotte vierge. Ma voix est le murmure du vent. Qui peut dire qu’il me connait sinon le silence et la nuit. Je suis un désespéré heureux. Gardez vos rires de charbon, j'ai des dents de diamant.
24 février 2011

Les crises falsifiées

Je pense à celles qui s'épanouissent dans l'opposition les couleurs dégradées celles qui n'abandonnent pas Les ruines cachées sous vos lits elles sont sublimes si bien cachées tous ces rêves en miettes ces morceaux de hontes ces poubelles d'impuissances Tu trouves pas ça fragile la saleté c'est tellement fragile ça dépend tellement d'un souffle Je pense au sang de l'aigle Ne me demande pas pourquoi je t'aime pourquoi je pourrais t’embrasser sans civilité. Sans mariage. Je pense à celles qui ne se maitrisent pas je pense à ceux qui vont jusqu'au bout Avec leurs doigts Est-ce que t'y pensais déjà à la saleté à tout ça Ce que je ne dis pas encore Je pense à celles qui endure l'amour Je pense à celles qui savent -Camille avait raison- qui savent que c'est impossible Ta bouche tu peux la poser sur d'autres secrets que moi Dans ma tête les métaphores ou alors ailleurs ou bien autre part Autre Part A part peut-être que les métaphores sont autre part Je ne sais pas pourquoi je les sens dans ma tête Elles s'acharnent à briser la vision A transformer les fureurs Je pense aux dos des esclaves à leurs dos suant à leurs dos noir je pense à l'Afrique au sexe dégoulinant de viol. Je pense à une lettre qui commencerait par : je vous écris du futur, là où vous êtes déjà mort L'écrivain sanglote quand il écrit il a tellement peur de mourir avant d'avoir fini fini d'écrire Si ce que je dis vaut pas un clou ? Pas même une lecture oui Comment je voudrais mourir ? De rire Arrête de me toucher tu remues les mains dans le vide, souviens-toi, mignonne, je n’ai pas de corps, pas de réalité. Je suis un songe, je suis une fiction, je viens de vos cauchemars. C’est ce que je crois. Et je voudrais pas je voudrais pas je voudrais pas te faire vomir tu sais comme quand on se penche d'un manège qui va trop vite arrête de me toucher le vertige ça respire le dioxygène mal digéré ça monte à la tête c'est l'opium des amoureux Les caresses Je pense à une lettre qui se finirait par : mais de ce que je viens d'écrire, vous n'avez rien compris Regarde pas à droite à gauche avant de traverser tu risquerais de voir des obstacles à ton suicide Qui pense aux larmes qui est en train d'y penser là dans la seconde. Je ne peux pas m’empêcher d’y penser. Je pense aux enfants, aux tristesses. Qu'est-ce que c'est ridicule tout vos chefs-d’œuvre C'est pas incompréhensible ce que je dis Tu trouves ça incompréhensible ? Alors tu peux partir J'ouvre la bouche J'ouvre l'enveloppe Je te laisse partir si tu trouves ça incompréhensible Qu'est-ce qui te parle à toi Qu'est-ce que tu comprends petite laisse moi donner des coups dans la lumière avec mes pieds Lâche mes bras Je crois que je ne crois en rien et c'est la seule croyance que j'ai Alors à genoux la jeunesse en bande de chiffons Vous êtes plus forts en bande ; bande de con Est-ce que t'y pensais déjà à la saleté quand t'avais huit ans ? Moi oui. Je pense à celles qui sont perdues et qui ont lu tous les livres « Elle a terriblement envie de lui quand elle le lit » Essuie tes pieds avant de rentrer je trouve ça tellement beau les traces à l'entrée ça prévient tout de suite ça prévient tout de suite du danger : je suis libre C'est plus cher la nuit on pourrait pas imaginer que c'est le jour ? Je pense à celles qui sont en asile aux batteries dans ma tête à la musique de dingue dans ma tête ça bourre les yeux ça fait ressortir la rage De qui tu parles De qui tu regardes De qui tu penses Par où ça passe ta tristesse où je dois regarder pour la voir passer Je pense à une lettre qui commencerait par : ma tristesse, regardez-là, vous verrez pas ça deux fois, elle passe derrière mon oreille droite, discrètement, elle voudrait pas qu'on la remarque Elle veut tout tout de suite tout le temps Je pense aux hommes qui ont peur des femmes Je pense à celles qui ont un couteau dans leur sac à main aux éclaboussures de sang dans leurs coeurs Tu me demandes pourquoi je parle jamais C'est pas que j'ai rien à dire c'est que l'on ne me comprend pas Tu comprends rien à ce que je dis Tu me regardes et je tombe en arrière l'aphasie des appétits J'ai pas envie d'avoir un homme en moi maman de sentir un homme en moi j'ai pas envie de la mort ça me fait penser à la mort quelque chose qui éclate et qu'on ne récupère pas Dors dors dors mon angoisse Je suis pas perdu J'ai pas envie d'un homme en moi tu comprends comme la pointe du compas qui passe sur les lèvres sans se rendre compte Est-ce que les hommes se rendent compte qu'on a pas envie d'eux Est-ce que c'est possible tous ces désirs tous ces plaisirs dans leurs visages quand elles croient voir un homme dans moi ? Est-ce que je pourrais te tenir la main quand il viendra en toi pour t’abandonner, ton amoureux. J'ai pas envie de pleurer maman pourquoi tu dis ça les yeux je les ai toujours au brillant c'est à cause des moteurs à explosion qui traînent dans l'air des combustions chimiques qui planent au dessus de nous Je pense a l'expression "fille facile" qu'est-ce qui est facile tu comprends ma question tu comprends ce que je veux dire qu'est-ce qui est facile leurs yeux leurs bouches leurs sexes qu'est-ce qui est facile ? d'y pénétrer d'y toucher d'y gôuter ? je comprend pas montre-moi une fille facile montre moi ce qui est facile la féminité c'est ça c'est facile la féminité Je pense aux putains qui pleurent sur le bord des trottoirs L'espoir c'est un prénom de fille Je sais que c'est douloureux Toi aussi tu sens que c'est douloureux ou tu fais semblant quand tu trembles Elle n'en peut plus elle ne sait pas quoi penser Les fumeurs d’opium qui s'évanouissent dans ma tête les métaphores est-ce que t'es prête La part de femme en moi ça vient surement de là tu comprends ça correspond pas Est-ce que je suis un homme compliqué Dans les salons ma part féminine pleure elle pleure elle comprend que la beauté est absente que la métaphore est vulgaire Tu comprends la métaphore : la féminité mélangée à la violence masculine quand je tiens ta main de pensées Pleure pas rien n'est dit je suis là j'ai encore tout à écrire de ce que je vois
24 février 2011

Dilettante.

A défaut de D. tu seras le journal à la peau de sel pour mes insomnies. Je ne veux plus t'entendre bourdonner, chut, tes bavardages sont de l'ennui, on croirait que d'un même festin les morts se sont éveillés. Ta bouche s'ouvre, c'est une tombe qui baille. Il faut la clouter, la clouter de mots pointus comme des nerfs taillés par la nuit. Elle est une serpe aux effets magiques, capables de tailler dans le vert d'un oeil des géométries d'étonnement. A défaut de mon almanach qui s'est égaré dans des jupes colorées, en l'absence de marbre tu seras la pourriture sur laquelle mes doigts glissent des sons insensés. Tu entends ? Ce n'est pas le galop du jour, c'est le délire de la nuit, ce sont ses boules mauves et mortelles qui roulent comme des nodules. Ta bouche je te la ferme avec des bulles de cire, c'est une voix de pape, ton corps, tu es le papier jaune et muet des iniquités. Assassine, va mordre avec ton visage de plastique vert, avec tes désirs de nylon, dans un étranger. Je veux, je veux ton front terrassé, les poèmes purs, je veux, les baptêmes dans des lacs taris, trois minutes sous l'eau, j'ai respiré l'oxygène des noyés. Mon sang remue en agonie. Et ma vie absente. Suis-je ici ? Est ce que j'apparais dans vos réalités. Je sais, je sais, dehors il y a des secondes qui s'écroulent, et tous les morts dedans, qui pleurent. Je sais, j'entends les cris du temps, l'horloge qui se plaint sur le moyeu de l'horloge aux chiffres froissés. Je sais, les feux iconoclastes, les transes des barbares, je sais, je sais les cris, la furie, et le prénom de l'abandon. Est-ce que j'ai un corps, encore ? A répéter des prières ? Est ce que j'existe ? non. ce que vous voyez à mes pas, c'est un orphelin. je suis un orphelin, sur la scène, je m'adresse à vous. Mais je n'existe pas. Je suis un enregistrement. Je passe en boucle. je suis une tirade qui n'en finit pas, au milieu de la scène, de succomber. Je suis tous les héros morts,toutes les villes défaites, je suis Rome, Carthage, Constantinople, je suis Paris, César dans la trahison de Brutus, je suis Hamlet au sang blême, Rodrigue aux spasmes.
Si je n'aime plus, si je ne suis pas amoureux, je disparais tout à fait. S'il te plaît, toi, toi que je sais, toi qui sait bien désormais que je t'aime, ne m'en veux pas. Ne m'en veux pas des étrangetés du ciel que je rabote, des orages en sucre que je fais décroître comme une vulgarité. Ne m'en veux pas de l'écrire et d'en priver, ne m'en veux pas de t'inquiéter, ne m'en veux pas de te faire revenir ici, dans tes pas silencieux, on croirait que tes yeux me lisant dansent, ou épient. Aimer, c'est ma seule réalité, c'est l'apparition soudaine de mes organes, je me sens des reins de vapeur, je me sens un coeur de friche, je suis prêt à l'éducation, prêt au labeur, je suis prêt, je sens mon être fleurir, et mes narines de coquelicot et mes côtes de Rhône, je sais mes mains d'étamines et mes poumons d'aube. Je suis en train de pousser. Attends, s'il te plaît, j'ai le corps qui se remonte, tout l'amour est ma fabrique, et mes yeux fument.
Tu sais. Je n'ai que deux champs, que deux horizons, les bois, et la mer. Je suis le pin sec et la marée inflexible. Je recouvre. Obstiné comme le ciel. Tu sais. L'aube maline, avec ses teintes amères, vieillies en fut, tu sais son visage de pourpre. Quand il sèche, quand il casse, que c'est le jour tout à fait, je te dis, le bleu de la mer est le vin séché du matin. Qui lui coule dessus. Qui empiète. La marée est une nappe.
A la jointure des deux, les sutures de mes mondes, c'est l'algue, l'algue empoisonnée, l'algue violette qu'on ne mange pas, l'algue aux milles blessures, le mortel onguent qu'on applique aux plaies satisfaites. Je sais mon étrangeté, et mes silences brusques. Je feins des départs. Mais je n'existe pas. Je fais semblant. Ici, mon ombre imite un corps. J'emprunte une attitude. Je me positionne dans le train dans l'angle bizarre de vos désirs. Comment désire-t-on un corps humain ? J'ai fait des amantes un jeu, j'ai fait des amours une guerre. J'ai deux-cent-vingt-huit filles qui m'ont joui dans la peau. Je n'ai rien senti. Le vent. Les caprices. J'ai tout oublié. La mémoire se décompose, c'est un corps usé. Les souvenirs se dégradent. Les souvenirs sont de la poésie écrite à la salive des merles.  Je prends vos formes, j'emprunte à la matière. Quand je couche avec une fille, c'est pour y piller un peu de l'odeur que son cou entrepose. Quand j'embrasse un garçon, je lui dérobe un peu des muscles superflus, tendus au-dessus de l'extase. Je n'ai pas de corps. J'ai une apparence. Ne me touchez pas, l'hiver pâle, grésillant me couvre et me découvre. Quand je souris, c'est que j'ai vu à l'intérieur de vous, des civilités. je suis un acteur. un acteur sans corps. je suis le costume. Tu sais. Toi, jen e parle plus qu'à toi, je n'écris plus que pour toi. J'ai toujours été absent. Mon absentéïsme me définit, me construit. Je n'ai jamais été présent. Ce qui me recouvre est un habit d'Arlequin fait de pièces de toutes les époques, je ne le veux pas joli, je le veux utile. j'ai le corps efficace pour le scandale. La seule chose que je partage avec vous c'est une voix. Une voix que je drogue, le matin, pour qu'elle perde de son influx de cavernes, qu'elle semble de votre époque. Je puise dans vos usures, le sortilège de l'habitude. J'imite bien. J'ai vingt-deux ans de voilures. Je suis une corvette. Avant de monter dans le tramway, pour faire de la place au milieu des empressements, je la fais s'exercer ma voix, suer son arrogance, transpirer sa sauvagerie. Je peux être normal, dit mon sanglot au reflet. Je peux vous imiter, je peux me rassembler, je peux me concentrer, mettre dans une fiole de chair, toute l'essence dispersée de moi-même et en classe y mettre le feu. Toute les nuits j'immole.
Je fais des études inutiles qui sont la fiole de mon existence. Un lit. Je me renonce, tous les jours. Je fais un pas de côté hors de moi-même pour appréhender cette dimension particulière, du faux. Les paroles synthétiques. Comment leur dire. Je sais la couleur du mensonge, je suis synesthète, je ne sais pas ce que vous dites, je ne suis pas intelligent, je comprends la nervosité, je vois en rouge le mensonge.
Ce que je partage avec vous, ce qui nous est commun, ce qui me rend humain, n'est-ce pas d'avoir une voix. une voix qui fléchit, qui décline, à deux heures elle a des allures vermeil et des ivresses de Bordeaux, avant elle est douce, avant ma voix caresse, tord et vrille. Je sais faire vos sourires, je sais faire vos joies, mais je ne sais pas la colère. Apprenez moi les teints honteux, apprenez moi les manies, apprenez moi à être laid, et bas. Ma voix, je l'exerce, je la jette dans une foule, et je regarde comme elle se débat, comme elle pousse, comme elle crie. Je la regarde gesticuler, ma voix. Se déformer, se sublimer dans le contact de vos atmosphères. Tandis que mon corps d'éther suffoque. J'ai des sens, je vous conquiers par les sens, mais je ne suis pas là. Je n'ai pas de corps. Ma mère m'aimait si fort, qu'à la naissance elle a retenu dans ses ovaires la matière, elle l'a retenue, et n'a laissé dehors que l'âme, que l'idée, de moi, la voix, et les nerfs. J'ai deux petites soeurs et un petit frère, et je vois, en rassemblant leurs géographies, mon corps. Je suis absent de moi-même. Je me vois. Les dîners familiaux sont une caverne de miroirs. j'ai trois reflets mais pas de corps.

La bouche de H. recèle mon crime quand elle baise mes lèvres. Elle jouit d'une escroquerie. Je suis imprescriptible. Je dis, elle a la tendresse délictuelle. Mon corps je l'ai soustrait à un mort. Je me suis déterré le visage. Il ne le sait pas, le mort, que je lui dérobais son corps, je lui disais, quand il flottait en jouant des lyres sur son marbre, que j'étais un ange, un ange au visage de tentation. Je lui disais, il faut le laver. Je lui disais, ce corps, j'y ferai une nouvelle onction, la salive des filles. Depuis je cherche les regards bleutés qui vibre comme des électricités. J'aime les yeux bleus, on croirait le vingtième siècle dans la nuit.

Je suis fascinant. Mon absence est fascinante. La lumière disparue, chérie, dessous son mythe d'aurore. Je suis fascinant et je vous vends mon orgueil. Il vaut une fatigue. A la première enchère au goût de sommeil, je me cède. Au premier pas de torpeur, j'abandonne. Offrez moi un corps, vos lits-cimetières. Vos chairs tombales que j'y pourrisse avec vous.

23 février 2011

cette incapacité au sommeil qu'il y a dans l'acte d'aimer

Je me mets à table et je crache du sang. J'aurais voulu te protéger, tu sais, comme on se recouvre de calme, pour passer la nuit. Eviter l'écriture qui suce la vie. Qui la barre. J'ai des ratures, dans l'être, en barreaux. Ton absence est ma cellule. Sur les murs, je griffonne, trois traits tranquilles. Qui se relèvent. Décoiffés.
Il y avait des caméras éteintes, sous les tables. Des chats qui crèvent dans des sachets. J'ai lu, quelque part, dans un corps, qu'il faut arroser l'arbre. Liberté, c'était écrit dans l'invisible. Des prisonniers qui soufflent et qui se tiennent la main. Ce sont des images qu'on t'offre comme du feu. La voisine a beau se concentrer, elle perd son bleu. J'ai dit à Margot « Tu avais les yeux sombres qui ne peuvent offrir que des passions molles ». On t'offre des images concentrées, fantastiquement. On te souffle des tempêtes en plastique, avec des branches cuites et des orages en nylon. Le vrai, ici, à la porte des bras. Et il y a un homme, qui va bientôt mourir, sa peur est grande ouverte, sa panique coule entre ses dents, il va mourir. F. Ce sont les anonymes, qui meurent. Ils sont en miniatures, dans les cadeaux bien emballés, ce sont des jouets de la violence. Des images qui s'échappent, d'un sac poubelle en fer. Froissée dans la salle de bain, la maman aura beau se concentrer, elle perdra son sang. La mer, on te l'a inventée, tu peux passer en dessous, si tu te concentres sur ma main. Il n'y a pas de soleil qui parle aux enfants, il n'y a pas de poésie, il n'y a que de la concentration. Quand je me réveille, il y a du sang sur l'oreiller, des flammes dans les baisers. Il y a la Grande Gueule du ciel, qui avale nos têtes. On te suçe le ventre, et je ne voudrais pas te voir rire. J'aurais voulu te protéger. Il y a une porte au bout de la rue, où il est écrit "la révolution pluvieuse". A l'intérieur, le brouillard, et le plafond, qui pleut. Un bossu qui vous accueille, avec le drapeau de sang planté sur la bosse. La révolution, c'est par ici, Madame. Détendez votre bouche, déshabillez votre peau, fermez vos yeux, c'est dans le fond du magasin. Ici, on ne se protège pas. Ici, c'est la vie dans tous ses états. Une main béante, saignante, puante, pendue en plein milieu de la pièce, à une corde pleine de mouches. Tapez dans la main, faites tomber les derniers ongles de la mort. Gardez vos yeux fermés. Les épées sont noyées, les guerres sont achevées. C'est l'endroit de la révolution. Les moeurs sont humiliées. Vos tabous sont décapités. Est-ce qu'il est temps d'avoir peur. Il était, écrit, liberté, dans l'invisible. La peur, en dehors d'ici Madame, on ne la ressent plus, dehors ils sont morts. Morts. Vous voyez ce que je veux dire. Ils mettent des gants pour faire l'amour. Les mains sont sourdes de ce qu'elles ne peuvent attraper. Le peuple enlève la tête des ennemis, avec un tire-bouchon pourri. Et toutes les têtes, toutes, sans exceptions, même les exceptionnelles, toutes, servent de tapis. Dehors les scènes se répètent sans fins. Et ça, ça, on en a conscience, dehors ils le disent comme des automates, comme des monstres eux, ce que nous ne sommes pas "ce que je vis, je l'ai déjà vécu, ce que je dis, je l'ai déjà dit, ce que je fais, je l'ai déjà fait, ce que je ressens, je l'ai déjà ressenti, ce que j'ai avalé, je l'ai déjà avalé, ce que j'ai pleuré, je l'avais déjà perdu". Et nous on découvre, nous on invente entre nos yeux, les mots, la vie, la paroles. Mais dehors, les morts n'ont pas d'action. Les jours s'accouplent avec les nuits accroupies dans un ennui de morgue. On s'ennuie avec les morts Madame, on s'ennuie. On retrouve leurs bouches dans leurs bières, et les jambes des femmes assises, se fendent quand elles se lèvent. Le sexe des femmes debout se cachent dans des artères en bois. Le sang, il n'y en a plus depuis longtemps déjà en eux. Dehors ils n'ont plus de piles. Ils ont des oiseaux affolés dans leurs usines, des flèches dans leurs cheveux. Ce sont des morts, qui ont vécu cent morts. Ils se tuent entre eux, mais ils sont déjà morts. Des morts, avec des deuils dans tous les coins de leurs pièces. Ils n'ont plus de place, dans leurs lettres. On retrouve des Dieux un peu paumés dans leurs urines. Ils se pendent à leurs canapés dans leurs rêves les plus fous. Ils ont des désirs conçus dans les mystères de l'ennui. Leurs taureaux n'ont plus de cornes. Comment voulez-vous qu'on éventre, leurs vies. Ils se protègent de tout, dehors. Bien sur, ils ont des ivresses minuscules, des esprits souterrains, des foetus haletants dans leurs draps. Ici, tout ça, ça ne suffit pas. Ici, vous êtes dans le magasin de la révolution. Et si il pleut, c'est justement, pour que l'on ouvre pas, les parapluies. Ici, on ne vous surveille pas. Les règles sont sans dessus sans dessous, à l'oeil des exhibitionnistes, sans sens. Les remparts sont fondus à la bougies, et la mort est une bactérie de rien du tout. Sans cesse sans cesse sang cesse cent cesse sans cesse, cessez. On bégaie vos morales, dans une salive masturbée. Ici, c'est écrit. Liberté, dans l'invisible. Tu vois, le bossu, il m'a demandé d'appuyer, sur sa bosse, et une poussière immense est sorti de sa bouche à toute vitesse. La Révolution, poussiéreuse. Celle dont on parle depuis des siècles, celle qu'on retrouve dans les livres, et dans les bouches, mais celle qui ne vient toujours pas. Il y a des remous dans mes genoux qui claquent sous la table. La révolution me fait du pied, dans un monde trop petit pour nous, ils ont filmé, je te protégerai Ma plus grande foire, tu sais, c'est ma révolution intime. Mon plus grand défaut, c'est d'être vivant sans être concentré, sur la vie. Tout ce que je peux offrir, c'est cette vie là-, tendue au dessus d'une rivière qui s'effondre. Je croyais mourir au vingt-huit de février. Je vais retenir un peu ma respiration, l'allonger. Je ne veux pas faire pitié. J'irai mourir au premier novembre, au milieu du reste des morts. Je deviendrai un souvenir. Je te tiendrai chaud, j'espère.  Mon silence.

21 février 2011

LAB-ial.

 

[09:53:35] boudii : LALALALALALALALAA

[09:53:47] boudii : LE DROIT DES MARCHES FINANCIERS EST D ORIGINE PRINCIPALEMENT EUROPEENNE

[09:53:54] boudii : LA DIRECTIVE PROSPECTUS LA DIRECTIVE TRANSPARENCE

[09:54:00] boudii : CEST DES VERS MAGIQUES

[09:54:06] boudii : DES CORNEES DE VIEILLARDS AVEUGLES

[09:54:19] boudii : ILS NOUS FONT BANDER AVEC LEURS MOTS SORTIS DU FOND DES ENTRAILLES DUN MONDE

[09:54:23] boudii : ON DIRAIT DES BOUCLES DE PETITE FILLE SAGE A DEFAIRE. Je t'arracherai toute ton éducation, je la retrancherai par boules comme des nodules avec le scalpel du désordre. Tout ce qui jaillira aura la forme d'une ombre délétère et tu la verras sous les pas des autres, cette ombre que tu n'auras plus, cette tache morbide qui te coule aujourd'hui au pas.

[09:55:31] boudii : C'est à croire que les légalistes chantent, que les traders font sonner des titres virtuels comme du papier à musique.

[09:55:50] boudii : La bourse c'est l'armée, on ordonne, commande, on détruit, fusionne; c'est du rassemblement, des torrents, des affluents de sommes et de folies.

[09:56:49] boudii : Les actions ont des ailes de cristal et planent haut dans la boue du monde.

[09:57:16] boudii : La Bourse a deux grands yeux de carnage, deux grands yeux où quelque chose brille encore, on se demande quoi, c'est un horizon, c'est une ligne qui courbe l'avenir. Braise d'enfer, la bourse, ton oeil trompe.

[09:57:40] boudii : On croirait des tombes ou des fous, enfin quelque chose, vous voyez, quelque chose qui vous tend le ventere comme le voile d'un tambour.

[09:58:03] boudii : Je chante, merde, je chante des sévices d'investissement, je chante avec tous les râles d'un blessé qui ne sait pas mourir.

[09:58:21] boudii : Décliner toute la douleur du verbe, le pendre tout en haut des grandes cimes, des grands chênes millénaires, dont il reste des grâces et des odeurs;

[09:58:40] boudii : Ca flotte, c'est Grenoble, la montagne, c'est être au milieu des formes célestes, un de la cosmognie, un parmi les mythes.

[09:59:17] boudii : Voir, parterre les lumières aplaties de la ville, les lumières en ordre, rangées, mais regarde le ciel et mon doigt secoue l'Univers qui se trouble et se bouleverse, c'est de l'eau le ciel, et mon corps tellurique y ricoche.

[09:59:37] boudii : Je bouleverse des étoiles de terre, de lumière, des yeux de fille, des cheveux roussis de peur.

[10:00:10] boudii : Je secoue l'Univers, c'est une crinière et l'astre immobile, dix mille boules de feux en fusion brillent à tes cheveux.

[10:05:10] boudii : Le régulateur, le régulateur, mais l'aiguille a flanché, et les heures se sont figées; Régulateur, régulateur, mais on ne comprime plus rien, on ne sait pas limiter. On ne sait pas.

[10:08:42] boudii : Tout ça c'est de la chimie vois tu, c'est de la chimie nécessaire, ce sont des corps qui sont déjà des fluides, qui sont déjà des larmes indistinctes. On ne sait plus, on ne voit plus, les yeux se sont rembrunis, ils ont la peste bubonique, tu vois les regards transpirent de maladies, on ne se reconnait plus, on a des corps d'esclave, on a des âmes qui sont des cils.

[10:09:14] boudii : Pardi, Pardi, Pardi, mais ici il y a des références, des règlements comme des saisons imprévisibles.

[10:10:00] boudii : On ne sait plus bien, on étouffe, on étouffe. La Bourse c'est les Tropiques. L'Achat/Vente, dénoué, mais ce sont de grands arbres qui plongent jusqu'en enfer.

[10:10:13] boudii : Ils ont traversé l'HIstoire, c'est à croire qu'ils ont marché, ils ont marché sans mobile, mais ils avaient des intentions, les arbre,s et les fluides, et les larmes, ils avaient des intentions et se tenaient sur des pierres brûlantes. "Le désespoir est mon soleil" dit la vipère, et le venin se déroule sur le croc. "C'est ma littérature" dit le serpent. LES CROCS SONT DES PARCHEMINS.

[10:46:10 ] boudii : Par principe, tout fonctionne par principe, par des organigrammes, des hiérarchisations

[10:46:16 ] boudii : On ne s'en rend plus compte

[10:46:23 ] boudii : les hommes sont devenus des escaliers.

[10:46:39 ] boudii : Des marches, hautes marches et grands abandons.

[10:46:47 ] boudii : Vous avez vu déjà des dents qui brillaient mieux que le fond des âges

[10:47:16 ] boudii : Des écumes et des algues brillantes habillent de lumière visqueuse les absurdités marines.

[10:47:39 ] boudii : Moi je bois, je bois tous les jours avant de baiser pour ne plus savoir d'où me vient ma nausée.

[10:47:48 ] boudii : Pardon, c'est l'alcool qui tousse dans mes veines.

[10:48:00 ] boudii : C'est lui qui écrase le souffle, le tourne le vrille.

[10:48:24 ] boudii : Tu comprends, tout n'est question que de violence méthodiques, d'éducation.

[10:48:42 ] boudii : Déforme ton apprentissage au marteau, retaille, ta gueule, c'est Héphaïstos aux rugissements de forge qui parfume les relents de toi-même. Salope l'éducation, chienne la conformité, toujours se résoudre, toujours s'abriter, ô dôme des lois garde moi du jour, ô redoute du droit protège moi du beau et demeure moi dedans l'habitude, l'usure, tous les bonheurs éclopés meurtris. Leurs rides alcools.

[10:48:48 ] boudii : La foudre est le lacet des dieux.

[10:49:00 ] boudii : ILS SONT TANT A S'ÊTRE PENDUS A DE LA LUMIERE

[10:50:24 ] boudii : La musique est divine, je veux dire qu'elle s'y forme, les cordes d"'un piano sont recouvertes du sang sec des dieux sacrifiés.

[10:50:34 ] boudii : La musique ce n'est que l'agonie des Olympes.

[10:51:06 ] boudii : Tu croyais quoi ? Qu'une si belle voix, si colorée pouvait jaillir d'un corps humain ? Comme l'extase des femmes ne fait qu'imiter la formaton des planètes, leur cri radium, palladium.

[10:51:18 ] boudii : Nos doigts sont des médiums, ils sont le gué entre deux réalités d'obstacle.

[10:52:21 ] boudii : Il y a des femmes qui ont des cheveux de flammes.

[10:52:29 ] boudii : Quand je les vois je leur dis "pourquoi portez vous l'auréole" ?

[10:52:38 ] boudii : A leur sourire je reprends : "Vous êtes tellement morte ?"

[10:53:33 ] boudii : Elles ne peuvent plus parler, leurs yeux sont muets.

[10:53:43 ] boudii : On croirait qu'elles font du droit, ou des études, ou des plagiats;

[10:53:52 ] boudii : Tout ce qui se troque contre la lumière des yeux.

[10:55:38 ] boudii : Bonjour, bonjour foule, ton âme est vairon, on la croirait dédoublée. Tu as le bleu, tu as le noir.

[10:55:53 ] boudii : Mais, femme, qu'es tu ? Tu te tournes, et tournes, pour être la jungle, pour être le froid.

[10:56:04 ] boudii : Cayenne à l'OUest, Vladivostock à l'Est;

[10:56:16 ] boudii : Quelle carte sublime, quelle géographie, tes yeux bicolores.

[10:58:44 ] boudii : J'ai roulé le jour, dans un suaire de nuit, j'ai contaminé la réalité.

[10:59:13 ] boudii : Mais ses dents, ses dents qui se portent dans sa bouche mieux qu'un collier de perles de Tahiti.

[11:00:03 ] boudii : au cou des reines.

[11:01:40 ] boudii : Tu as vu la réalité dit Robespierre ? TU l'as vue perdre la tête ? Chantent les révolutionnaires.

[11:01:47 ] boudii : A paris poussent des arbres de la liberté.

[11:01:54 ] boudii : Juillet les piétine en semaine sanglante. Versailles je te déteste. J'irai mettre en flammes tes emblèmes, dans les galeries d'Art moderne j'ouvrirai la gueule à des grenades de couleur. J'éventrerai le monochrome blanc de Twombly et je dirai, comme il a dit « je vous ai offert la lumière » je dirai « j'ai déchiré la lumière ».

[11:02:05 ] boudii : Saison d'enfer, Rimbaud et un de ses enfants pleuvent leurs prunelles, qui se décolorent dans le jour. Il y a elle, et ses cuisses qui se tendent. J'imagine l'étreinte de ses amours, pour me mettre aux muscles assez de mal. Mes forces sont nourries de la douleur. Ils y puisent l'eau des remèdes. Mes vingt ans sont mortels lorsqu'ils posent leurs yeux dans les siens. Je ne peux pas m'en détourner, ma déchirure.

[11:02:30 ] boudii : Je connais son corps mieux qu'un cahier.

[11:02:36 ] boudii : Qu'un cahier affamé d'encre.

[11:02:42 ] boudii : J'écris, des strophes, entières

[11:02:47 ] boudii : qui la couvrent jusqu'aux yeux

[11:02:51 ] boudii : Ses cils sont dépliés

[11:02:55 ] boudii : Ce sont des lys.

[11:03:06 ] boudii : Que les anarchistes brûlent.

[11:03:19 ] boudii : Dans un grand drapeau noir, noir comme la cendre, noire comme du passé raillé.

[11:07:38 ] boudii : HAHAHA

[11:08:10 ] boudii : Les révolutionnaires ont des humeurs, des humeurs de procédure civile, couleur de grenier

[11:08:24 ] boudii : qui tombent en des morceaux de souvenir.

[11:08:34 ] boudii : Il y a des souvenirs dans la tête d'un révolutionnaire.

[11:08:47 ] boudii : Blanqui ? Blanc qui ? rient les négriers. Où es tu ? Les communards te cherchent ! Ils veulent éventrer des maisons, ils veulent plonger dans des tunnels, poser des bombes qui répandent des idées, qui réparent l'injustice par le meurtre. Le crime est la cicatrice posée sur l'ordre.

[11:08:59 ] boudii : Tu meurs toi ? Est ce que tu meurs ?

[11:09:16 ] boudii : Ah, ces boulets qui trainassent leurs poids de chaînes;

[11:09:21 ] boudii : Le sacré coeur est un cul royal

[11:09:26 ] boudii : qui se pose sur le dos du peuple.

[11:10:59 ] boudii : J'ai toujours travaillé pour mon désastre.

[11:13:01 ] boudii : Je me suis promis de la détresse et j'ai tout voulu pour que cette image corresponde à ma jeunesse. Il n'y a pas de « moi » homogène mais plusieurs figures qui se concrétisent et se réalisent en moi-même. Lorsque je me lève, le matin, à l'heure où l'habitude fait choisir ses vêtements, je regarde dans la loge les masques suspendus. Je mets toute mon élégance, tout mon soin à choisir celui qui ira le mieux à la journée. J'accorde mon masque à l'humeur du temps. Je parodie les émotions communes. Je sais tout faire. Je peux tout faire. J'ai plus de dons réunis en un seul de mes caprices que dans les efforts de toute la foule unie, organisée. Mes désordres forcent la réalité à toutes les positions, toutes les gymnastiques. Soumets-toi réel, incapable, réalité, maquillée de rimes. Mon insomnie te payera le déduit.

[11:13:56 ] boudii : Chaque fois que se dresse un bûcher je l'appelle "mon destin" et j'y plonge, je plonge dans son corps de femme cruelle et affamée. Au matin, mes yeux fardés de chair, de douleur, sanctionnent cette destinée.

[11:14:04 ] boudii : Mon bras gauche est brûlé de restes d'alcools.

[11:14:13 ] boudii : J'ai conservé le droit, pour l'écriture.

[11:24:47 ] boudii : Ce que l'on s'ennuie dans la foule.

[11:24:52 ] boudii : Dans son bavardage inerte;

[11:25:00 ] boudii : On dirait des questions, tous ces gens sont des questions.

[11:25:09 ] boudii : Ils interrogent sans raison, ils interrogent pour faire passer le temps, comme au commissariat, l'inspecteur.

[11:25:18 ] boudii : Les murs sont des fantasmes.

[11:25:41 ] boudii : La réalité est folle, c'est Artaud qu'on drogue.

[11:25:49 ] boudii : La réalité écrit, la nuit me bave dessus.

[11:25:54 ] boudii : Femme de violence.

[11:26:21 ] boudii : C'est à croire toujours que le feu qui brûlait dans les temples de Vestale

[11:26:28 ] boudii : Se sont réunis en une seule force de gravité.

[11:26:30 ] boudii : Qui pèse, qu'on nomme « mon coeur ». MON COEUR EST LA FLAMME INVINCIBLE DES DIEUX INVOQUES DES MALHEURS CHASSES MON COEUR CHAUFFE CHAUFFE SA GRANDE CRISE PALPITE ET POMPE LES DETRESES, SANG NOIR, VENTRICULE, L'AORTE PORTE DANS SA BARQUE LE BONHEUR EPAIS. Je suis un désespéré. Et ma barbe, cette pépinière de la nuit, où les fleurs mordent la terre qui les retient. Je ronge ma prison.

[11:26:57 ] boudii : Sans la gravité des désespérés, je crois que l'orbite terrestre aurait dévié de son orbite.

[11:27:08 ] boudii : L'équilibre de l'Univers a un nom scientifique : mélancolie.

[11:27:30 ] boudii : Ce sont les cordes de Parthes qui tiennent suspendues les étoiles.

[11:27:59 ] boudii : Chaque fois qu'une fille pleure je me dis, quelle actrice sublime, l'émotion me déborde moi aussi. Tout ça ce n'est que du rire. Combien d'années sans une larme ? « J'ai douze ans, je m'appelle Jonathan, mais je ne suis pas sûr, de m'appeler comme ça, à l'automne, sous la couleur enfuie des paysages je pleure. Je pleure, c'est novembre et les dernières larmes qui glorifient mes pupilles. J'ai le regard sec... »

[11:28:15 ] boudii : Le génie est une maladie qui brûle le sang.

[11:28:21 ] boudii : Il y a deux eaux, deux eaux contraires et vénéneuses dont la rencontre forment un tourbillon, ce tourbillon des eaux, de Léthé cognant dans Styx, c'est moi, moi.

[11:28:43 ] boudii : Les veines sont des nappes phréatiques qui absorbent les pleurs des belles.

[11:29:03 ] boudii : Les rires forment le magma interne, la peau des indifférentes c'est de la lave séchée. Je mets mon baiser de toutes ces eaux réunies pour te raviver. Dis moi combien il fait frémir de tes nerfs endoloris. Je crois. Que je t'aime. Petite.

 

19 février 2011

Livre from Amsterdam - Hot Blondie.

De toi je veux de l'intimité silencieuse, aux rideaux de velours rouge couvrant nos teints mouillés des sueurs légitimes de l'excès, nos plaisirs sont des baigneurs au milieu des sentences de nos visages, des fleuves d'une largesse de cils, où dorment les plants sauvages de nos caprices, de nos déclins. Je te tends un pays tout entier, aux frontières prismatiques, je  te tends un pays qui dans moi gémit, la voix courbaturée et craque partout menacé des eaux noires des forêts que l'on nomme les flaches, menacés des braconnages du réel, du fusil de l'impératif. Je te tends ce qui frémit, palpite, ce qui prend l'apparence de deux conques creusant dans la lumière de quoi bénir les muscles. Nous aurions, dans l'intime, sur ces baisers qui séparent du monde, qui nous en cachent et le font écroulé comme une confesse sur la bouche coupable, à l'abri de toutes les réprobations.
Offre moi tes lèvres que le baiser y naisse. Je te tends le moule de ma bouche pour que ta tendresses s'y forme. L'intimité est-ce autre chose, encore, que l'isolement conjoint, de deux volontés tendues ensemble au dessus d'un but ? Qui se fabrique de quatre mains potières. Je pourrais t'en façonner un, de la taille d'un orgueil, je pourrais y punaiser des photos en couleur, les articles du journal, des couvertures de roman. L'intime, c'est ce pas dans une foule qui ralentit deux corps étrangers, qui se bercent assez, soudain, de l'écho rencontré en l'autre, du reflet sonore de sa foulée imitée, reproduite. Je pourrais t'inviter dans l'intime de mes nerfs dans le danger profond de mes yeux où naissait le vertige qui creusait le vide dans les corps des funambules. Je voudrais sentir dans une transe commune, dans nos respirations mélangées, associés en les senteurs nouvelles du désespoir, je voudrais coller l'effluve de toi aux images de toi qui se réunissent à l'intérieur de ma bouche, le parfait frisson de notre distance. Je te proposerai mon ventre ouvert et tu dirais "il y fait froid comme à la tombée de l'espoir"

J'ai l'obsession de toi, de tes yeux mouvants qui enfilent tes orbites comme les mains du joaillier tissent les colliers, tu es lourde à mon âme comme un péché dans le geste du saint, comme le crime dont la justice ploie les innocents. Tu te tiens dans la pliure du regard que fait la fierté aux visages sensibles, ce petit creux où s'agglomère en peaux neutres le pleur suspendu, cassé, gelé. Tu te tiens au rebord de moi, je te sens proche, mais aucun de mes mouvements ne peut t'atteindre. tu es d'une autre réalité. De l'autre côté de cette matière invisible au-delà du visage, au delà des pensées, dans le sens même pratique, physique tu m'es extérieure. Dans un univers nous nous tenons chacun d'un côté distinct de la lumière.
Si mon audace me compose au corps le toucher de ton être, je suis certain de te  passer au travers, de te déchirer sans douleur comme la brume traversée par des processions. Comme le silence redevenu silence après que les voix longtemps chantantes se taisent. Si mes manières sont en capacité de te troubler, tu te reviens à l'état primitif d'avant moi dès lors que je te quitte. L'ondée rare, cette mare précieuse, bleue liqueur, absinthe suisse, où la pierre de mon âme s'enfonce, divise, jusqu'à ce que les eaux se reviennent toutes en ordre comme tes cheveux longs mais dressés. Tu as sur la tête une colonie de serpents d'or, de fougères baignées d'aube, couvertes d'automne, tu as sur la tête une tiare de venin pour doubler la lumière de celle de tes deux beaux yeux de buée. J'y inscris des signes indiens...

Tu es belle dedans moi, belle comme la promesse de la jeunesse, comme une femme muette. Tu es belle dans tes indignations qui t'empourprent en bas ce que ta lèvre a ganté de pâle, cette étrange trace de dignité, cette petite tache invisible, immaculée, ce petit reste de calme que l'injustice enflamme. Il est heureux qu'à l'heure de nos courtes conversations, les images du fantasme se forment directement dans l'obsession, sans prise sur le réel, sans y aspirer ce qui lui manque de couleurs et de laisser la trace résiduelle de lui comme une preuve du crime, comme le sperme stagnant, jaillissant du sexe du violeur. La croute du crime, et le regret trainant là sa laideur coupable. J'ai vu des pantalons de coutil avouer mieux un crime que la bouche des condamnés à mort. J'ai vu les ourlets figures, me raconter toute l'histoire sous l'aube d'un réverbère, dans le crépuscule d'un porche, j'ai vu les braguettes trembler des images rassemblées en un point par le réel. Je sais toutes les choses, tout le pigment insensé de la fatalité.

Tu es trop précieuse pour que je te souille du mot d'amour, pour que je te souhaite rangée dans mon quotidien de désordre, où ma solitude crève les yeux des fillettes, où ma solitude comme une douane jette en dehors de mes secrets toutes ces étrangères, que je dis d'amour ou de passion, qui ne sont que des dégoûts, les ombres-vêtements que je me mets au froid. Je ne peux pas te couvrir de cette guenille, ce vêtement public du verbe dont je sais bien que tu te doutes qu'il te concerne, quand je le sors ici du silence.

Tu es autre, dans moi, et je t'enjambe ruisseau

Du pas leste et brisé des couleurs

Faillies de l'accord

Étrange du vent

Avec le son

Du silence reprisé par les mille bourdonnements

Infernaux. Ce chant révolté des grèves

Aux allures de défaite

Ne suffit pas à disperser tous les parfums

Entêtants, des premières audaces

Les eaux chaudes jettent
La leur du thé
hors de meu

-rtissures du soir




Il me faudra oublier, le chant de tes yeux. Tout ce que j'y vois quand je m'y fixe. Je tiens à toi, de loin, je te veille à mes façons, je m'enquiers de ton état, quand tu es hors de mes visions, à des fées, des monstres, des idées fixes comme des constellations je demande aux hallucinations qui t'ont crue voir dans le délire si tes yeux dansent toujours comme d'éclatantes Lady, et aux songes, que ton sommeil autorise, à me rapporter tes gestes et tes sacrilèges. Je te sens, il est une odeur dans toutes les puanteurs du monde que je sais la tienne, que j'ai affiné jusqu'à me la rendre intime, à l'allonger dans ma chambre pour y transformer l'atmosphère -comprends, je te fréquente tous les jours, en l'ombre de toi. Mon sommeil absent, tu l'enveloppes, le berce, mon lange ou mon suaire. Selon que je meurs ou que je suis mort.
Tu es trop digne, trop précieuse ,trop étrangère pour que je vienne immobiliser le verbe mou, fatigué d'aimer. Tu es trop loin de ma myopie pour que ta forme réelle m'apparaisse, tu es floue, incertaine comme le plaisir. Et de ton bord de la vie le temps s'en va, sans frissonner jamais, de son pas militaire. Tu te tiens de l'autre côté des idées, entre le marbre de celles qui durent et l'acier de celles qui tuent. Ce sont des lois.

Je t'embrasse sur les yeux
Ton petit feu et toi
Passe de bonnes vacances.

18 février 2011

Narcisse défiguré, mon amour.

Je me dis qu'il est bien pauvre le monde intérieur de ces gens là pour se rêver des partances, dans des paysages de piquets, délimités en dehors d'eux même, s'arracher comme des souches mortes de la terre qui les héberge, et les retiens, je me dis qu'ils sont bien pauvres leurs mondes intérieurs pour parler d'ambitions, de carrières, d'orgueils et d'argent. Se calibrer un futur à hauteur d'escalier.
J'ai quinze ans pour toute la vie puisque les gens vieillissent d'être mesquins, cette mesquinerie qui se visse à toutes les innocences pour les défaire, les pourrir, les infiltrer et croupir leurs larmes, c'est une infection de radium, le bacille se niche, il incube avec lenteur dans la révolte, il suspend le temps des cris, des pestes et des rages. On se réveille, en ville, avec 2,01 enfants, et un divorce qui se fait pourtant déjà jour. J'ai quinze ans jusqu'à ma mort, d'échapper à toute les veuleries ordinaires, je suis un cri, haïssez moi. Je voudrais que la bourgeoise qui me lit ne sache pas s'en détourner, nouée là du dégoût visqueux qui émane d'elle, que ses yeux fondent sur le papier. Je veux piéger le lecteur dans la laideur de son hypocrisie, je lui tends le reflet de ses lâchetés, vois ton monde pâle, vois ta soumission et ton écrasement, je t'appelle assassin légal, et assassiné officiel, tu es martyr. Je ne veux laisser aucune chance à qui me dévore.
Tu ne voudrais pas toi d'une autre vie, un peu dangereuse, qui sente l'aubépine, une autre vie pleine de toi-même, de l'enfer et des saisons mourantes, de toute la fragilité d'une existence, comment vouloir se conformer, se confirmer, se valider à travers un cadre d'esclave, comment s'exiger mû par l'instinct bas et réinventé d'une flûte de puissance. Comment, fait on pour se dire "en couple" de façon définitive, jusqu'à annoncer avec regret "je ne suis pas libre". Ta cellule je te la brûle, vois le monde menaçant, vois ses coupoles d'odeur, vois ses fleurs de marbre qui rugissent du sourcil, vois les pistils qui enfantent, et le sexe végétal ouvert comme une blessure, vois, vois ce monde autre que celui de l'habitude usée, des répétitions et vos vies de loques et de guenilles.
J'ai vu vos geôles, visité vos prisons, et je n'en veux pas, à la liberté je ferai un rapport horrifié quant à l'état d'une société carcérale, mécanique, soumise, répétant l'ordre, qui fait quotidiennement ses flexions sages, ses exercices de soumission. Peuple imberbe, je baise ton front nu et grelottant, je baise ta froide nuque de mes vertèbres qui craquent, je baise tes joues froides où je voudrais coucher la terreur, dans son bel habit de deuil, et moi mon ombre dans sa peau de morte, dans son visage drogué t'incendie.
Je me dis comme vous devez être creux, d'avoir besoin de ces attributs, de vous projeter hors du monde, tandis que dans moi j'ai des paysages, des régions toutes entières, vierges de mains, et de salissures où s'entendent encore hennir les cheveaux sauvages aux dents cabrés et dures, je suis toutes ces contrées invisitées, tous ces endroits qui vous manquent au coeur, dans vos géographies vendues, dans vos intérieurs censures. Regardez moi, si je brûle, si je crie, si mon visage s'entend de la défaite n'est ce pas qu'il grouille de vies, de morts, de destinées, et de drames, je suis le coeur de la tragédie qui palpite des deux ventricules, qui renvoie la lumière dorée, et l'ombre de la veine violette, je suis le fantôme de vos retenues, je suis l'ombre de vos mines compassées, celui qui vient le jour durant insulter la mesure qui vous bat les tempes. Vous êtes des métaux mous, quasi-liquides, obsédés de vilenie. Je n'ai d'obsessions que du beau, et mes gestes -sauf dans le commun, des présences imposées, à l'Université, au travail, là où je peux échapper à l'autre, qui est autre qui ne peut non plus m'échapper, où deux impératifs nous mènent à la même auge souillure- s'étudient pour déclamer ces diapositives qui dans la tête de passer si vite brûlent la rétine comme des sabres chauffés à blanc. Je voudrais t'inviter dans moi, que tu vois ce que c'est que vivre sans pudeur, sans politesse, ce que c'est simplement que vivre tout entier, de chaque parcelle de soi tendue vers cette seule exigence que vivre, d'absorber la lumière et les yeux bleus pour ce dessein unique, de vivre et de grandir.
Je les vois toujours, multiples, à dire "nous" et ne font qu'aditionner des singuliers "je" de ces nous sans matière, contours d'artificiels comme des frontières d'Etats neufs, je veux un nous qui mélange, qui fond et confond, de ces nous alliage dont on ne sait les indépendances subtilisées d'Union.
Je les ai dans moi ces pays là aux ramages de couleurs, ces fleuves, ces vallons de songe, ces craquements de banquise, ces chants de sirène, les bêtes mythologiques, le froissement des diables polis quand ils filtrent dans mon foie cancéreux, je les ai dans moi ces senteurs de yeux bleus.
Je suis l'aimant qui les guide et les retient, je suis la flute enchantée qui chasse les folies à dents aigues des villes souricières. Je suis celui qui vient rabattre les couleurs en un prisme de soir, qu'il attache autour de lui en drap sénateur. Je suis le cri, et la beauté jaillit de moi, elle est mon ombre que le soleil m'arrache pour montrer à ses piquets de flamme ce que c'est qu'être feu. Tandis que vous tous, et toi hélas, cherchez le beau dehors, pour le mettre dans vous, vous le cherchez avec des yeux morts, avec des gestes fatigués, et le beau vous ignore, vous passe tout autour, c'est une allergie, l'eau en approchant vos corps se détourne et me nourrit. J'ai bu tous les fleuves du réel, bu tous les fleuves de la pensée, bu ceux de l'enfer et les sources de vin du paradis, j'ai vu toutes ces danses mystiques qui ajoutent à la lèpre la garance des frocs trempés de sang.
Vos inexistantes figures se confondent avec le silence et l'absence, vous ne savez pas la terreur et l'effroi vous ignorez les mains blêmes qui vous suivent pleines de menaces répétant avec vous les grands crimes qui vous jouissent dessus, je suis enceint de tout ça, le monde part de moi, ce que vous vivez est depuis ma lèvre la couleur c'est ce que je vomis,la nuit ce que je pleure, le jour ce que je crie, tout ces noyers sont mes lèvres d'affront douloureux. Et ton front douloureux s'en va, dehors de moi, et je ne te rattrape plus...

16 février 2011

Opales de rescousse



Si tu savais comme il m’est doux ton visage quand il sort des eaux mortes du matin, que je le vois paraître et disparaître dans les hésitations du chant immobile, cette marée des sons lancinants qui jette au silence ses goëmons légionaires ; déclenche leurs trémas, vaporeux, d’absence, le lichen violet des mers ivres, pendues à tes baisers orphelins. Si tu savais comme il m’est doux de te savoir apparaître, tous mes mercredis soirs à tes vingt-trois heures trente précises, toi l’inconsolable aux yeux de veuve, de lins et de sciure, toi et ta chevelure de vallée à laquelle je tresse tous les jours les vers que je peux, avec des toits de chaume et d’hémistiche pour les garder des mauvaises nuits. Il est vingt jours que je t’écris ici, que ton prénom sous le papier carbone des secrets se montre, que ton visage dans le bain mauve de l’insomnie se révèle comme la photographie traînée des chambres sombres où je songe nos émois. Ma petite silencieuse, au teint de césures, dans nos indifférents brouillons bercés des mélodies enflées de creusures, sabotés de violons et

D’iambes figurant les détresses noyées

Roulent leurs fruits de noyers
                                                Dans la rue Saint-Jacques fermentent nos baisers de pêches, je n’ai pas de mois de mars pour les voir fleurir et dorer, mords la chair du fruit sûr, c'est ma peau, ni d’hiver à rester voir les pommiers normands à la peau jaunie des soupirs d'automne, et la berceuse des mers du Nord dont on devine l’horizon mugissant de mon départ, me déchire déjà. La fêlure de février est mon mourir, ces trois jours amputés au bout de son bras fondront mon deuil dans l'alliage creusé aux partitions. Le moignon du meurtre dira-t-on. Il me reste un mercredi depuis cette nuit où voir chatoyer l’écume sémaphore de tes boucles blondes, de ta tresse angelote, qui tombe sur ton front comme une pudeur dissidente. Je n’ai plus qu’un mercredi, pour te confier ce que tu devines de mes gestes alanguis pour toi, entravés de mes nerfs pour le parler muet, quand je te cause, de mon insolence déjouée- cette bombe pleine de rires, c’est toujours en trainant des crampes à mes orteils. A mes tempes les essuies-glaces font le mouvement des heures rythmées, et s’impatientent, leurs deux yeux d’anguilles me pressent de restituer à la mort ce temps que je laisse délabré. J’ai eu assez d’ardeur en vingt ans, pour ne jamais ternir. C’est d’un sommet que je me jette ; d’une brûlure que je meurs les yeux grands ouverts de n'avoir en vingt ans jamais connu la nuit en sommeil. Il n’est que pour toi mignonne, que j’abandonne, mon insupportable parure de caprices et mes cheveux coiffés en révolte, ces piquets noirs de débris. Je dépose les figues et l’été sur le seuil de nous, en dehors de nos paroles d’oiseaux rares, du ramage de ton teint, je laisse mon indifférence sur les yeux pâles de l’Université, mes ergots là-bas, pour te venir la gorge virginale, le ventre ébloui de la même faim que ces gosses de dix-sept ans que l’ivresse, fraudant la lucidité érodée, fait roter d'hommes. J’abandonne sur les sièges du RER la haine polie et les voix mortes, il est de belles figurantes dedans aux voix sèches d’alcool. A mes sens vivants elles sont des trompe-l’œil, apparences humaines épaisses comme de l'ombre. La mort je m’y suis fait en fixant, curieux, les grisailles de leurs yeux, les cils de barreaux devant la lumière captive, gémissante, bêlant comme les loups mis à l'enclos. Mes regards sont de la cendre noire, compostée. Des feux venus de si loin, qu’on les porte précieusement, comme des sacrilèges ou des cercueils, et brûlent sans faillir les orbites hallucinées, répandant largement l'orgueil de ma jeunesse. Vingt ans d’excès se payent d’un vertige, au sommet du Mont-Valérien, où je trébuche bientôt.

 

Ma très légère, mon enfance muette de signes, se répand sur toi la douceur accumulée deux jours dans la semaine à mettre ma défroque de gamin morveux, à bailler des mots ennuyés d’être là, de sortir pour « ça ». Je suis heureux mais impatient et quand mon visage prend ses airs graves, hideux de torture et de serpes, c’est que j’ai mis le masque de mes imaginaires, que tout moi me parcourt, se comprime dans mes reins et m’invente, et discrédite le soupçon des choses poétesses. Si je me tais, la lèvre compromise de tristesses, c’est que je jubile dans ce dédale mouvementé de dans moi, qu’il est ce monde de couleurs froides me frôlant les organes de lave où je vis vraiment avec ta pensée. Je me tais de parler en moi-même aux souvenirs, mon visage est un archaïsme, autres temps, autres joies, se rencontrent dans moi notre histoire et son annexe la mort.

 

Le réel cette chose des parjures.

 

Je n’ai jamais pu coucher une fille sans lui formuler des mots d’amour, de n’avoir rien d'autre à présenter qu’un peu de poésie raclée, aux ongles noirs, de m’excuser ainsi de mes audaces de bientôt, de mettre entre son corps et le mien ce spectateur inerte aux parfums plus lumière que leurs yeux de disparues. Ma poésie est un pardon que je fabrique pour les amantes de ne les pouvoir aimer, de ce bouquet de rimes monte l’odeur de regrets ; mon silence la confession à ces mélanges de prêtre qu’on voit sous les fronts bas des bibliothèques, je dis aux gravures, aux illustrations, les pauvres larmes versées d’elles, ce ventre de moi est un lac des eaux bouleversantes, je suis ce Niagara à la cascade émue. Pardon Marion, pardon Wendy, pardon Loriane, pardon, Marianne, pardon Céline et pardon Elodie, pardon à toutes et pardon à Guillaume et Clément, pardon Emilie pardon à tous les abandonnés, toutes les délaissées, pardon de mes rages et des mes fièvres. D’Eragny à Tizi, de Bruxelles à Genève, de Gand à Quimper, de Jijel à Munich. Je devais pour m’initier du bois sec de celles-là, simuler les passions comme on souscrit les incantations d’entre les proues de l’enfer aux cous tatoués des meurtres. Autorisez moi les plaisirs d’ecchymose de vos yeux.« Ecartez-vous flots venimeux, je dois fuir mon appartenance et mon prénom d’Egypte poursuit jusque dans vos eaux troubles et austères mon autre prénom hébreu ; Je m'appelle Najib et Jonathan. Jérusalem c'est moi ».

Je suis bien plus loin que la réalité.

11 février 2011

Cheval blanc, crinière blonde, iris bleu

Bien sûr, que Mirjam me rend vivant, elle aurait pu être reine, se décida à être putain, de cette condition, résidu des noblesses du jadis. Putain en tout ce qu' éprouve d’accomplissement suprême la déchéance de tapiner, un trône dans la misère, un triomphe dans le désespoir, voilà les hermines en poils bêtes, voilà les couronnes d'acier corrodé, et les châteaux du néant ! Mirjam tapine dans le noir, Mirjam tapine dans le soir, parce que la nuit, dit-elle, « comme ton ombre m’abrite» à la manière d’un porche. C’est dangereux parfois, ça mutile un cri, ça lui pose une main velue de soir, la nuit, quand elle tombe sur des furieux obstinés. Il y a ce type là à l'expression parfaite du corps, aux contorsions étrangères qui avec ses dents lui déchirait les membres et cet autre qui ruait sur son corps comme à travers la peur, qui y faufilait des luttes et des révolutions, dans son pas, dit-elle, vrombissait des usines en grève et la beauté du voyou. Ce danger dit-elle me tient mieux chaud qu’un doigt gercé de réprobation morale. Un coup de poing me va mieux au nez qu'un voile et puis la nuit dissimule les bleus, les pleurs, ce aggrave le visage d'une innocence, ou d'une idée parfois, du hasard des rayons effilés de l'ombre. La nuit ne révèle rien et suggère tout, ses suaires, son sépulcre sont des toiles à peindre de fantasmes, à mettre la couleur que l'on veut aux yeux, d'allonger les cils, de raboter le nez. Elle aime la nuit, dit-elle, parce qu'elle est douloureuse comme la poésie, inquiétante comme une rime hésitante et tremblotant au bout d'un vers. Elle me dit ça, d'aimer la nuit, de se sentir l'ultime syllabe de l'élégie, dans la nuit, au bord du vide, tout près silence, tandis qu'elle jette à la rue des regards mendiants. Plutôt que faire pitié pour récolter son aumône, elle fait envie.
Je lui ai dit que j’écrivais dans le noir « parce que je sais où sont les mots je n’ai pas besoin de les braconner à l’audace d’une bougie, d’une lampe de poche, de quelques flammèches insoucieuses de leurs fragilités, de toutes ces lueurs qui viennent les brûler comme du papier photo en plein jour» elle répond en rigolant qu’elle baise dans le noir, parce qu’elle sait où est le vice. Le reste c’est bien inutile, de se voir c’est de la déception, on est toujours déçu de ce que la lumière révèle, de ce qu’elle pille à l’imagination, de ce visage réinventé sous les doigts qui à l'aube se dessine selon la norme, le canon, le jour qui mange la peau, renfonce les joues, et modèle le fantasme en la triste usure. Le jour broie tout, se répand d'uniforme, la lumière rencontre des géométries qu'elle précise, qu'elle indique, le visage plein du scientifique, tout ce qui est obstiné, incontestable en un mot réel et insuffisant est borné au jour henissant. Elle me dit que, parfois, elle se permet de brûler une chandelle pour les poètes « moi je ne sais pas où sont les mots J’ai besoin de les voir s'incruster le visage, s'inscrire sur la bougie, se poser sur les pommettes, s'instruire de silence.».

Pour mon pleur sauvage,
Une chandelle a frémi.

Mes yeux ne battent plus. Ils se sont habitués à la paupière violette de l’insomnie, le monde je le vois à travers un prisme de sang mauve, deux cerceaux de flammes sans fauve. Je vois le monde à travers un cirque chargé de nuits, de rires et de tours. Je vois le monde comme un clown magicien qui tourne vite le sable de la vie pour en faire des diamants sales mais précieux à fiancer aux solitudes. Je le raconte à Mirjam qui s’esclaffe. Elle aime le mot « cirque » elle me dit que ça lui fait penser à des billes qui roulent en désordre multicolore sur la route les forains, que c’est très drôle de voir leurs longues processions de guirlandes ambulantes traverser les villes et partout tacher le paysage. Ce sont tous des clowns, dit-elle, ils sont tous maquillés pour cacher l’horreur de la vie. En coulisses ils se frottent avec des gants d’escrocs pour faire sauter de leurs visages tous les désespoirs qui font partie des hommes. Il faut plaire, et donc paraître, sous la peau fétide, sur la structure creusée de mitraille.
« Je fais le même métier qu’eux, en plus libre, en plus violent ».
Je ne veux pas savoir ce qui l’a faite se mettre nue pour des hommes. Ce n’était pas le désir pas plus que le vice, l’orgueil, peut-être la faim, la faim qui asservit tout, qui brise les hommes mieux que le temps. Peut-être l’époque, même. Encore insatisfaite de n’avoir pu devenir quelqu’un elle s’est résolue à être quelque chose, une reine des objets, un astre immobile au milieu des boules de plastique et des crachats cérémonieux, une fixité dans l’Univers des grouillants, des agités, des corps tendus, de toutes ces choses qui rendent vieux et bêtes. Elle était prostituée comme aristocrate, régnait sur un tertre de puanteur, décrétait ici, réglementait là, la loi dans toute sa forme, dans ce tribunal de liberté, où le jugement sonne sur le pupitre du corps dans le bruit de dix pièces de souvenir qui tonnent. "Condamné, condamné Je te rends à la liberté, je te dis d'avoir froid, d'avoir faim et d'aimer. Je te dis de parcourir à la vitesse des astres la terre, l'herbe, de grelotter contre le corps des déités malades, de vivre sous les ormes rassurants des montagnes, je te dis de te réfugier dans les mots, d'affronter le silence, je te condamne à ne jamais te rendre, à ne jamais céder, jamais abandonner, je te condamne à la dignité éternelle, à la royauté sans abdication ni tyrannie. Je te condamne à vivre sans chaînes, sans entraves, sans retenue, je te condamne à rire et pleurer, à sentir et à vivre." Et tous les jugés, horrifiés, sortent de son corps, livides, courbés. Douloureuse liberté, lourde du poids de l'âme délaissée.

Je lui admets que je ne suis venu ici que pour deux choses et avant que je ne les énonce, tout son être se fait murmure « Les femmes et l'argent ».
Je n'ai pas pu lui répondre tout de suite « Attila Joszef et le hongrois ». Je n’étais venu ici jamais que pour la poésie, la poésie aux méandres de vers et de détresse, la poésie et ses chiens d’enfer aux têtes multiples couronnées de cheveux rois, aux mâchoires de piège. Je ne suis venu ici que pour chanter d’un lange de râles et d’agonisants, pour appréhender la liberté par le cœur, pour la savoir dans un cri souverain de fête qui, ému, dirait aux chaines de faner et aux fleurs de se répartir, de se répandre incrustés de mots, d’espoirs et de volonté, de s’exhaler de la terre morte, de s’exiler de ce bagne salaud qui rassemblait ma jeunesse, élevait de sa ruine maussade la soumission, la servilité et la hiérarchie. Je suis venu ici pour laisser Paris et mes amours desséchés de ma paresse et de ma honte d'être pauvre. Etonnant de voir le pauvre vivre comme une faute sa seule vertu. Sa seule innocence.

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