09 novembre 2019

Voyage sans initiales.

J’écris
au bureau 
donné par M.
Après son déménagement
rue de R.
(qu’elle faillit me voler
après le don
le donnant
à C.
qui finalement
n’en voulut pas
dont je recueillis
de justesse
le don
qui faillit se faire
trahison)

J’écris
Sur le siège
donné par
M. 
Parce que V.
l’avait abandonné
dans la chambre
que M.
occupe désormais
Place Ch. D.
Avec P.

M.
préfère
les chaises
petites et robustes
qui ont la forme
selon lui
parfaite
de l’étude
étroite et dense


Dans le salon
Nous mangeons
Sur la table en verre
Que M.
A laissé
Après avoir quitté
l’appartement
Pour vivre
à S.
La table
trouvée dans la rue
des M.
ou rue de C.
dont la chaîne
de transmission
se coupe



Il nous arrive 
de nous asseoir
sur les petits poufs rouge
en velours
offerts à M.
avant qu’il ne parte
à S.
Qu’il n’emporta pas

Ou bien
assis
sur les chaises
où je m’asseyais jeune homme
ces chaises
données
par ma mère

Nous coupons
les légumes et la viande
sur une planche à découper
qui n'est pas une planche
à découper
donnée un soir
par hasard
par ma mère

Les livres du salon
occupent la bibliothèque 
verte
fabriquée
puis offerte
par le grand-père
de
M-A

La vaisselle
se lave
par la brosse
achetée par E.
à ---
rapportée
en train
ou 
bus
je ne sais pas.

Les volumes de la pléïade
dans la bibliothèque verte
héritée par M-A
s’héritèrent
aussi


M-A
Travaille
sur le bureau
que M.
(quand il quitta P.
Pour O.
Avant de revenir à P.
D’abord Rue P
puis place CH.D)
a laissé

Bureau
Que M. qui
vit à S.
tâcha
de mille
matières étranges
Dont on retourna
la Planche
Pour retrouver
intacte
l’odeur
de bois neuf 
le parfum
intact
de la thèse
laissé par M.
avant son départ à O.
repris par 
M-A
chargé
d'une nouvelle odeur
grimoire

Dans le frigo
le fromage apporté
d'Italie
par O
revenant en train
De R.
Arrivant Boulevard B.
Sur l'étagère
un pot en verre
sauce à la truffe
Dans la bibliothèque
les étoiles de la faim
fromage
et truffe

J’ignore ce qu’il advint
de la serviette
un jour oublié
(ou abandonné)
Par R.
qui pourtant venait 
de l’acheter à Monoprix
Comme Diogène
je crois
c’était sa façon
de fuir les fleuves
où l’on se baigne

M, M, M, R, C, E, O
dormirent
dans le lit 
de la chambre
désormais
d'amis
qui est leur place
naturelle


Vous retrouvant
tous, 3xM, R, C, E, O etc
chez moi
Non fantômes
choses
donc
êtres
réels
quotidiens
avec
vos odeurs
vos gestes
je vous vois

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08 novembre 2019

Je suis né vraiment de ta lèvre

Je ne sais pas ce que tu vois en moi.
Si mes épaules s’arquent pourquoi parfois je te manque
c’est quelle partie de moi qui manque quand tu écris
je t’aime, j’aimerais que tu sois là
suis-je cette chaleur absente dans le plein hiver
cette forme recroquevillée sous la couette
si tu t’exténues dans les trains rapides
le tracé rectiligne des voies ferrées
lyon aix lille

je ne sais pas


si je veux tout briser c’est toi exceptée
à nouveau le goût dangereux du trop d’alcool
de l’excès intempérant
2h30 du matin en bas de chez nous
(samedi octobre 2019)
cracher dans la voiture
les phares endoloris
parce que par la fenêtre
on m’injuriait je ne sais pas quoi l’injure
par quoi je répondais ainsi 
dangereusement
courant rejoindre
clément et cie
dans la rue henri 
monnier
tu dormais
21 rue clauzel
j’espère le crissement des freins
la lumière hirsute des phares
le raclement de la gorge
j’espère ne gênent ton sommeil

si tout poussière et néant
tout
sinon toi
que je veux
si la veillée mortelle
que tu dormes
du sommeil humain
sourde au fracas 
où tout gèle

dors dors mon amour
si je crache et danse
ma peau frôle blessure
esquive de justesse
comme mes dents
ma langue quand
je mâche le kouglof
à la fleur d’oranger
avec toi

 

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07 novembre 2019

Misère des courtisans.

Avec fascination j’observe / l’état de mon compte en banque / déchéance
double fiduciaire des météos / contemporaines - températures négatives ô nos promises
de mon humeur toujours fléchie
toujours plus bas
à forer dans les abîmes
(aucun espoir de pétrole cependant
mais le noir, c’est sûr)

 

 

Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2711


Fascinantes inscriptions, chiffres traduisant tout en même temps 
moyens de subsistance plaisirs émerveillements détresses. Que selon la couleur (rouge, alerte) ou verte (soin, tendresse) ; selon le signe apposé (négatif comme le rhésus rare) il faille respirer ou conter son apnée (positif tu seras sauvé)

Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2712Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2713

Apnée, pour sûr.
Dans la misère entrebâillée
la part d’ombre grandissante
ta poche vide
le chauffage
coupé
(comme
du soleil
le cou)

Se souvenir Carver :
"J’ai 45 ans aucun emploi
imaginez le luxe que c’est
essayez d’imaginer."



Quasi-objectivisme - Page 3 Img_2714




Etais-je heureux ce mois de mai 2018
Il me semble que oui
je l’étais
heureux

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06 novembre 2019

Bruno A.

Bruno A. est un artiste
diplômé des arts déco
Bruno A.
Vit au-dessus de mon appartement
son atelier c’est son salon
et mon plafond à la fois
depuis quelques heures
un bruit haché répété
chronique
comme une sciatique
bébébébégaie
crée-t-il
ou
baise-t-il
ce sont les gémissements
du parquet du plafond
ou de l’autre inconnu-e
indéchiffrable
à cause de l’épaisseur 
qui nous sépare
crée-t-il 
pour les salons
les ventes privées
ou
crée-t-il
cette chose humaine
pour l’école maternelle
si



son goût amoureux
sensuel
va aux femmes
sans contraception

mon dos me fait mal.

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04 novembre 2019

V, novembre.

Dimanche d’octobre plus que jamais à dimanche d’octobre semblable

titubant, gris.
Sans but.

Hier, échec de la soirée. Je ne sais trop comment. Assoupi, las, vers 22h.
V.
qui ne répond pas
joue à la mort
rien ne m’ennuie plus, je crois,
que ces attitudes funèbres.


Mon oeil se déplace, les pages

le blanc

le vide

Ton absence, ce soir là, bruit
sourd du pain rassis
qui ne rompt pas

aheurté
ni en mon coeur amoureux ni non plus en mon corps désirant
pourtant bien en moi même
en ce coeur en ce corps
la douleur


Effacée la colère
dans ton parage engendrée
de ce côté de la Seine
j’y croyais reconnaitre
la tienne
Effacée la colère

demeure le froid de décembre
la pluie
anticipant 
la neige

as-tu gardé ta rage sereine ô
Pasteur
as-tu gardé
la mienne
regarde
rage sénile

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03 novembre 2019

Xanax J.

xanax

 

Du Maroc, C. et J. m’envoient une boite de Xanax (photographie ; main de J.) ; de cette classe de benzo banale dont nous sommes familiers (pratiquants ou spectateurs).

Mais de venir du Maroc, le familier (re)devient étranger. Le connu trop connu, basculant, soudain - par la magie de l’alphabet arabe - dans le méconnu, l’inconnu, le moins connu.

Ce clair-obscur s’emplissant (peut-être) d’une spiritualité toute neuve, rétablissant la chose dans son mystérieux secret. Posant à nouveau une question. 

Cette familiarité brusquement étrangère s’étend au monde alentour ; à tout le quotidien usagé ; ces environs (bureaux, collines, blog) lentement, progressivement, fonctionnalisés. Et donc perdus en tant qu’eux-mêmes, rétrécis, réduits à leur usage c’est à dire à leur surface ; dit autrement : leur non-être.

(ce

jusqu’à soi

devenant

fonction

et

surface)

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31 octobre 2019

Que ne s'en est il fallu que je sois bandit au visage de bandit

 

Si la nuit je parle à des garçons venus des cités, des trafics, des banlieues toujours je m’interroge. A quoi cela tint que je ne me trouve avec eux non comme intrus, un olibrius ? A quoi cela tint mon usage tranquille du passé simple ou du subjonctif imparfait ? Mon impertinence quant à la concordance des temps ?

 

A 6 ans environ, ma mère m'avait laissé dans la cour de la cité de l’Europe avec Valérie (dont les deux parents moururent du sida peu après). Cette cour se situait au centre de la cité, entourée par les immeubles d’habitation formant cercle, comme clôture de béton et de misère. 

Ma mère pouvait sans peine du balcon veiller sur moi et notre insagesse.

Après avoir joué, je ne sais quel brigandage d’enfant, chat à deux, la course à cloche pieds…Sur la proposition urgente de l’un de nous nous partîmes, quittant l’enceinte étroite de la cité pour la ville, les routes, les voitures.

Ma mère, par la fenêtre, criait du 6e étage « najib najib » (c'est mon autre prénom et ce n'est pas moi qui ai choisi de m'appeler Jonathan au civil, à l’école, en boite de nuit mais mes parents quand j'avais 3 ans, par crainte - hélas mille fois confirmée du racisme partout. A la maison ils continuent cependant de m'appeler najib) je ne l'entendais pas. C’est elle qui des années plus tard me le rappelle encore. Le cri, adouci par les années passées, devenu rire. 

Nous partîmes. Pour rejoindre le supermarché Champion (aujourd'hui ces magasins la s'appellent Carrefour et celui de ce temps là existe, toujours ; maison d’enfance des urbains) et au milieu des rayonnages de bonbons, du haut de nos 6 ans bien trempés, nous nous assîmes, éventrant les sachets plastiques plein de biscuits ou de bonbons. Plein. Les mains. Débordantes. La bouche pareille. Rattrapant je ne sais quel temps perdu, anticipant les privations forcément. Celles infligées tout à la fois par les règles morales édictées par les parents et celles plus tristes, contraintes, matérielles. Dans le dépouillement des emballages, dans le « crunch crunch » avide. 

Soudain. La voix familière grande d’autorité. La voix qui rentre tard le soir du travail dur usant. Rugissement de mon père. Hurlant.

Avec ma mère, par je ne sais quel instinct curieux, ils s'étaient répartis la ville visant juste. L'un à Leader Price l'autre a Champion (a croire que chez les pauvres toujours chercher la liberté c’est trouver le lieu de l’abondance consommatrice)

Ce Champion nous le connaissions bien. A quelques dizaines de mètre de Jules Ferry, l’école où nous apprenions à lire. Un peu plus haut cependant, après une légère inclinaison du béton. Chose amusante, ça, une école au supermarché coalescente.

 

Surement ça s'est joué ce jour là. Que ma mère s'inquiéta et que c'était fini la possibilité d’errer ; ne restait que le passé simple.

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29 octobre 2019

17 MAI

La colère te prend depuis 13h17 environ, le 17 mai exactement ça a commencé. Tu ne te souviens pas, on te le raconte pas. Tu en sûr cependant. Ca a commencé exactement à ce moment là. Le jour de ta naissance, le 17 mai, il faisait 2 degrés à Tours. Ce n’est pas là-bas que tu es né, deux cents kilomètres au nord, mais ce froid tu l’as senti. Le cri, pour se réchauffer.

La noyade tu y tiens chèrement, souvenir, de l’apnée amniotique. Ophélie ou s’en sais-je, dérivant algues marines ou déchets urbains.
En attendant tu dors plus longtemps que prévu. De la journée comme du ventre maternel tu sors après terme.

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28 octobre 2019

Abou

on m'a dit
j'adore ton sourire
cette joie ironique
cette façon
de plisser tes grands yeux ronds
un peu trop rapprochés
ça te donne des yeux comme ça
un air d'animal étonné
pas traqué
tu laisses
cet éparpillement
à Abou
qui connut
il n'en parle jamais
le naufrage
le bateau renversé le au secours
dans sa langue natale
qu'il ne veut plus parler
ce qui lui reste de son pays là bas
loin
où les noyés en sursis
happent le désert
ce qui lui reste
de sa mère de son père
du village
c'est l'au secours
l'au secours poussé en vain
qui
qui
quand l’eau tiède de la mer Méditerranée
gèle le corps
about qui crie au secours
dans sa langue plus nulle part
en rêve surtout pas
au secours il disait
au secours
ce n'était pas un chant
ce cri c'était un cri le cri
s'il fallait trouver au cri
la forme initiale
instable
le cri le premier cri
le cri du nouveau né
cette fois-ci extrait
du monde aquatique
rassurant
au secours
un nourisson
abou

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27 octobre 2019

Le rocambolesque

tu as passé l'âge du rocambolesque pour rien
tu ne détestes pas vraiment ce que tu es devenu
contrairement à ce que tu aurais cru d’ailleurs
même tu en tires une certaine fierté
on peut le dire tu t'épates toi même
tout n'est pas toujours facile
tu vis tu aimes tu bois tu danses
plus important que tout
tu ne travaille pas

la liberté tu la conquières
patiemment
tu ne te jettes plus pour rien
la poussière a perdu de son attrait
pas ton insubmersible désir
c’est ce qui t’étonne le plus
n’avoir pas perdu le goût du merveilleux
4 h du matin
obsédante rengaine
tu murmures du bout des doigts
4h du matin
seules cloches vaillantes

si tu entends quelqu'un dire
« je ne crée que dans la destruction »
tu souris
tu compatis presque
ce n'est pas vrai
« je ne crée que dans la destruction »
c’est faire une phrase pour rien
voilà tout
se donner un genre pas cher

pour le style pas besoin de ces artifices là
rue saint-lazare tu peux acheter une pochette en soie
multicolore
une jupe plissée un col claudine
alors les phrases…

tu ne crois pas à la nudité crue
au principe de sincérité et d'honnêteté
la vérité te paraît toujours trop précaire
pour être une affaire sérieuse
peut-être qu'un jour tu ne mentiras plus
tu te seras trahi, tu crois, ce jour-là
tu ne sais pas

quelle heure est il ?

Quand il n'y a plus de bruit
tu imagines que c'est 4h du matin
tu es heureux comme jamais
comme un fou on dit
un homme de vingt piges
on serait tenté de dire comme un fou
un adolescent
tu guettes tu tends l'oreille
ce bonheur tu le connais
tu sais ce qui le brise
la première note du premier geai
le matin
combien de fois ce chant strident
n'a t il heurté ta vie
ce bec s'enfonçait
dans ton cœur vrillant
puis c'était le jour
autre assassin
nouvelle blessure

4h du matin c’est ce samedi d’octobre comme il ne s’en fait plus guère
nous étions au printemps forcément
moi davantage que toi
d’ailleurs

quelques feuilles vierges
tombées des arbres
la poésie s’achève avec la pluie

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