09 août 2013

Tu entends

Tu entends ? 

On dirait le ciel
Qui marche 
dans le miroir
Comme dans une mer
Hantée

Il est comme je serai tout à l'heure
Quand cet étrange moi sera né
Ce reflet tiré
de l'eau heurtée par la foudre
et le feu
Ce moi-même dans les songes
Accouché par l'orage
Surgi
des nuages pur-
-gés

Tout à l'heure quand j'irai parcourir l'absence de toi,
Le désert dans la tête et les mille formes de sécheresse
Et seulement les sources où tu te mires désaltèrent cette sorte de soif
Tout à l'heure comme parfois je croiserai la sensation de la mort

Tu entends ?
La pluie très tardivement tombée
Comme un pas somnambule
Foulant le silence
Tu entends ? 

Un bijou détaché
Un cristal perdu
Un foulard dénoué
Les songes forcés

 

 

 

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03 août 2013

sans rugir

je ne peux sans rugir laisser dire que vieillir comporte ses avantages comme je ne pourrai le laisser dire des pires saisons avec leurs sapins bariolés, leurs fêtes, leurs solstices de noir ; il y fait un froid de missel, un froid de croyant comme dans vieillir.


Je me fiche de la lumière dans les yeux des vieillards et ma vocifération prend ce tour là ridicule pour toujours, cette outrance de cabotin. J’aime les brûlures, le ventre cerclé de rouge -je porte entre le nombril et le pubis un signe d’amour, une marque fragile ; souvenir banal d’une conjurée- par le bavardage calciné de l’enfer.
Je serai
Un grand incendie dans un minuit de janvier et de gel
Changé en brasier je tolérerai 
L’existence nocturne la moins miséricordieuse.

(mais tout ceci ce sont des mots et quoi choisir entre deux mauvaises herbes ; entre la parole et le tremblement. Laquelle aux flammes obscènes et laquelle mêlée aux chardons ? Qui peut ? On se trompe toujours. Je ne suis pas un paumé, je suis un désespéré heureux. Dans la vie je flâne et je paresse, longtemps j’ai cueilli les fleurs inutiles ou recluses, longtemps j’ai trouvé beau les cailloux parce qu’un instant ils retinrent le regard d'une amante. Précieux, précieux de ses yeux décomposés).



Vieillir...
Mais moi je suis devenu fou, fou terrible il y a quelques années déjà quand autour de moi chaque personne se changeait en adulte comme si une épidémie de la peste la pire ravageait toutes les jeunesses. Et les âmes, les âmes flottaient comme des angines blanches, s'agitaient tourments insolaires.

Moi avec mes yeux de fou je les imaginais se lécher leurs bubons infectieux, se transmettre en baisers leurs salives perverses et leurs secrets contagieux.
Je les voyais vieillir
C’est à dire
Sûrement
Vivre sans rage
Guéris de la tempête primitive
Le coeur joli et dangereux
Prisonnier
Comme un lion de dompteur
Dans le cercle de feu



A quelle vitesse, avec quelle hâte n’ont ils atteint les abysses hantés de l’habitude. Se lestant le cou pour y parvenir au plus tôt, et à ce point de vase, prononcer les formules d'une religion inconnue. Dire une langue stérile, de pierre, d’édifices publics dire pour les fantômes. 

Mais j'aimais avant de devenir fou le mot d'amour
Le mot d'amour bruyant
Et son fracas
Son sable
De mouvement
J'aimais le mot d'amour
Dévié par le regard
De D.


J’aimais Diane d’un amour dangereux parce qu’elle avait les yeux les plus étranges de ce temps. Un loup peut-être, mais assoiffé alors et malade d’une maladie de loup -et peut-être suis-je écrivain mais vétérinaire certainement pas, alors je dis une maladie de loup, une maladie avec des dents ébréchées et le pelage un peu râpé comme d’avoir marché longtemps dans une forêt étroite de pins et de branches ; aux arbres toujours plus bas semblable à une nuit tombante -et la forêt ce sont mes cheveux et le loup de ses yeux s’y est promené, emmêlé, écorché, entêté.

Vieillir, vainc jusque dans ses mains. Vainc oui avec cette sorte d’orthographe  à la mèche défaite.

C’était un soir, une presque nuit, et nous dînions. Ils organisaient des dîners, eux, les adultes et j’y participais. Et ce jour dans mon assiette je vis comme une espèce de cartilage et dans mon verre un bâillement éventé. Mais personne ne protestait et mes yeux horrifiés personne non plus ne les remarquait. Le langage sénile persévérait dans l'incontinence. Et moi, moi, je me suis senti mal comme au bord de mourir, comme au rebord d'une autre vie, comme debout, là, sur une falaise, mais sur une falaise sans vertige, une falaise qui donnerait non pas sur du vide, non pas sur du néant, une falaise qui donnerait sur l'absence.

Je suis parti. Après tout ça, je suis parti pour fuir ce monde de rides, de pièges, ce monde d’ennui.


Je suis parti en Asie quelques mois, suspendant mes études, abandonnant la langue. J’errais dans la jungle tropicale, sur les plages, je me peignais en presque soleil avec les couleurs trempées de mousson. Mais je ne vivais pas non plus. 

J’ai revu Diane il y a quelques semaines, ce que je raconte c’était il y a deux ans, il y a deux ans j’haletais mimant l'effort de l'acteur, je souffrais avec quelles pâleurs oubliées..


J’ai revu Diane et oh visage de carnage
Vitrail brisé

Ô ma très sainte Diane saccagée 
Par ah je sais très bien l’hérésiarque
Le poing sacrilège traversa de haine contractée
Le souvenir

Et l’on peut dire d’elle présente
déjà

«elle dut être belle»

Mais les miroirs déjà n'en ont plus qu'un souvenir
Un certain port de tête peut-être
La rondeur encore neuve des épaules
Mais le reste comme un naufrage
Un navire couvert d'algues rutilantes
De coquillages pétrifiées
Gigantesque avarie.

Ce visage comme il a plié sous les pas d'oubli, de l'oubli lourd comme un soc, l'oubli entré profondément dans cette vie toute couverte de tourbe et d'argile fanée. 

 

J’avais juré au plus triste de mon amour -longue, longue et inutile chanson- de la préserver intacte dans la mémoire.
J'avais juré sur les lettres d'amour de garder en moi-même son visage vierge des outrages mignons
Promis, promis d'ignorer les paroles des miroirs volages

Promis promis de résister mieux que l'encre des photographies
Où le portrait déjà a couleur bleu 
et sévère.

J'avais cru ma folie l'ambre la plus précieuse
Mais je croyais aimer
Et ce n'était que le mot d'amour.

Aujourd'hui voilà comme résonne aimer :

 

Mais pour déchiffrer ce langage il faut d'autres yeux.

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Pour le mot d'amour

Par amour

pour le mot d'amour en vérité

C'est à dire
Le ventre altéré
Les mains affamées
Toute la douleur concentrée en un seul point
La bouche ou bien le regard
Ou plus en détail
Les lèvres et les yeux
Ou plus sensiblement
Dans l'odeur bruyante
Du cri des pleurs
et de la haine.

Regarde

Ma peau a passé de mode
Mes yeux sont d'un autre temps
Anaïs hier m'a parlé 
De sa mort prochaine
J'écoutais émerveillé cette matière précaire
Ce corprs délabré, pourrissant, ce corps à ce point crépusculaire
D'eau morte, gelée, d'eau noire, de tourbe
Emerveillé
Comme enfant imaginant le bruit menaçant des stukas sur la campagne française

Les femmes abusées et leur air de morte

Les enfants troués par une mitraille au hasard semée


Les officiers allemands au moment de jouir
Beaux et sévères

comme leurs cousins
Bourreaux du peloton d'exécution

avant de faire
FEU

 


Mais j'ai perdu le temps présent
et
le mot d'amour
Je remonte la pousisère méntale
La farine des jours
l'effort de la meule
Sur la vie
La parole broyée
Sur les blés et l'orge
rongés

 

J'en étais à je ne sais quelle syllabe déjà perdue
De mon gémissement de jais
Je te parle à toi oh il y aurait à dire encore
Pour ton air noyé, quand tu te couches dans les draps
A la recherche de la mer
A te dire, quand tu t'apprêtes à 

Mais un je ne sais quoi t'arrête
Un souvenir peut-être
Qui te fige comme une peur

 

Pour le mot d'amour, moi :

J'ai traversé des étendues de désastre, des chemins de cendre, des années entières de neige. J'ai traversé des époques d'angoisse. Toute la France et le monde en entier. J'ai parcouru j'allais dire le vaste vaste monde comme s'il était tout un, le vaste monde des objets et le monde aussi intérieur des douleurs. J'ai parcouru toute l'étendue du langage ; j'ai atteint l'abîme du silence.


J'ai marché contre le miroir, buté sur le miroir, fasciné par paysage réflechi mais ce n'était que la lumière contrefaite, que la faïence de la salle de bain mal comprise par la surface polie. Ce n'était pas les seins de Marion, pas les yeux de Diane, pas les mains d'Elise, pas, pas, pas. Ce n'était qu'un mot d'orgueil. Une sensation, un reste crédule lentemant fanant dans ma barbe.

Dans le mot d'amour
Miroir falsifié

J'appelais cet autre-moi, ce double tronqué, cet être de froid 
Marion, Diane, Elise
Et j'aimais du reflet cet

air de jeune homme éternel 

Sa pochette de crises

Pliée dans la poche

Ou froissée peut-être

mais comme une

croyance

J'aimais, j'aimais

Ah ses cheveux, ses yeux, et le bruit de foule dans ses pas

Je voulais être celui-là

Narcisse de pluie fine

Etranger, je me suis plu étranger.

 

J'ai cru comme toi ah moi aussi
Mesurer mon amour au sonomètre


Exposer brûlures et décibels
Gorges enrouées des lendemains 

De haine
Comme  preuves d'amour.

 

L'amour qui n'est pas un mot

cette chanson sans paroles.

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23 juillet 2013

Le désert d'Atacama

Je suis volage jusqu'aux plus absurdes compromissions et mon coeur bat et bout dans cette poitrine de carnage, d'incendies ou de suffocation. Aujourd'hui la peau tâchée de mort du code de procédure pénale, ses cheveux teints en sang, son langage d'incandescence, de chiffre, d'angoisse. Son interminable litanie d'être et ses mille façons de pute bourgeoise me paraissent la parole enfin déchiffrée d'une amoureuse. Je suis une femme frivole et la robe noire de ces presques nonnes, ah comme je la vois bien se soulever dans la poussière de nos procés-flamenco intentés au ciel pâle, aux anges de poussière et de miséricorde. Je me vois devant les miroirs dans l'habit de ces tragiques, tragiques seulement dans ces Eglises pour de faux -et les plaintes des condamnés unies aux pleurs des victimes, orgue vivante de nerfs, tonnent comme le cri d'un Dieu crucifié-

Par bonheur hélas, bientôt je longerai les ruines douloureuses d'Amérique. Loin de l'Europe où l'on sait trop bien mourir.
J'irai parcourant les crevasses du Mexique, ramassant le sable meurtri par les pas des pumas. J'irai crever de soif, piétiné par la course des mirages du désert d'Atacama. Les nuits dureront peut-être couleur d'insomnie, dureront peut-être glacées et dangereuses comme le cerne d'un poète.

Dans ces contrées sans dompteur, je réécrirai la loi pénale. Je désignerai le ciel immense, vide ;  je désignerai l'océan profond, abandonné ; je désignerai le désert interminable, dépeuplé. Je tracerai avec mes pas dans le sable chaud et innocent des prénoms d'amoureuses, je jetterai à la mer des pierres peintes d'initiales, je lancerai vers le ciel un soleil neuf et pur. Je dirai de toutes ces choses vierges, voilà le code pénal de désormais. Réformé pour tous les vivants, les tremblants, les peureux. Voilà un monde pour vous, de signes étranges, de balafres belles. Voilà un monde pour les réprouvés, les criminels, voilà le monde des bagnards déchaînés, des crimes peints en blanc par le baiser d'un amour. Voilà la cage de Dieu, crachez en passant, du fond de vos poumons, du fond de vos mémoires, crachez, crachez votre peur de mourir et toute votre espérance. Crachez, crachez; il y a ici des siècles pour s'aimer. alors crachez, crachez.

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22 juillet 2013

Comme le temps passe et bourrelle

Dieu comme tu as changé
Je me dis à moi-même
Etrange murmure de solitude
Ces traces sur ton visage
L'air vieilli de tes yeux
Tes lèvres presque fânées
Couleur d'un rose d'antan
Je me dis à moi-même
Etrange murmure de solitude
Comme tu as changé
Et ce visage presque laid
porte les marques de mon oubli.


J'ai oublié oui, sans faire exprès, un matin de désordre.
Les cheveux si mal peignés qu'on aurait pu croire que je sortais
Du fond des âges pour la destruction, la honte ou l'amour.
J'ai oublié d'abord ton nez, les grains de beauté de ton dos
Ah comme on se souvient bien en prononçant "j'ai oublié".
J'ai oublié, la forme de tes seins
La longueur insatisfaite de tes cheveux
Ton regard destabilisé
Lorsque le soleil sèche si lentement
Dans le ciel d'automne.

Comme le temps a passé sur toi et ton visage n'est plus déjà le visage de mes poèmes
De :
Mes crises
Mon hystérie

Ma frénésie

Mon lexique psychatrique inventé pour déchirer
Ton ventre
Dans un mouvement compliqué
De haine.
 

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20 juin 2013

Comme un estomac

Dans cette longue nuit qu'on prend parfois pour la vie
Nulle voix pour arracher à la terreur, un peu de lumière.
Il est trois heures

j'ai très faim

j'ignore le nom du repas pris si tard.
Peut-être déjà est-ce le matin
Un matin d'hiver, dehors il fait noir, et la lune brûle 
sans bruit
Etrange combustion
du silence.

C'est le matin peut-être
mais d'une autre saison
et j'ignore toujours le nom 
de mon geste inconnu
Parcourant la nuit tiède
Humide
Solitaire
Comme un estomac

Affamé.

 

 

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17 juin 2013

Coeur saisi .

Je c'est le début de l'Univers
La première phrase du désir
De l'angoisse et du rire
C'est moi
Moi au moment de pousser la parole
Hors de mon corps
Ce corps, blasphème.
J'aime les putes
aux grands yeux de carnage
Les filles pleine des brûlures
Amantes des miroirs

Au rire si vite changé en eau
D'un geste d'amour pur.

 

Le grand néant de l'Univers
c'est à dire
Le regard des femmes
et leur sexe.

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16 juin 2013

Mes pas dans la nuit

Tu es belle, belle, belle.
Oui je te tutoie et je fais de petits rien avec les mots d'enfant. Un langage si petit qu'il ressemble aux chants ou aux peurs de jadis.
Qu'importe, qu'importe.
J'ai vingt ans, il me reste plusieurs éternités à épuiser ce soir, à faire rompre contre mon corps dur et en colère.
En colère contre le ciel jamais assez haut et les baisers trop vite las...
A vingt ans, on découvre le sentiment, le sentiment gigantesque, avec ses forêts de drame et ses incendies : la haine. La belle haine, fantastique, avec ses animaux de toutes les couleurs, ses lacs où mille fois je me jette et me reflète
Vingt ans, et tu es belle, belle, belle, de l'autre côté du siècle où tu es née, et de la mort rôdeuse délicieuse déjà autour de toi.
J'aime ton parfum, ton parfum de brume et d'haleine de la mort.
La mort oui que tu croises parfois sans savoir, à côté de laquelle tu couches et qui de ses gestes obscènes et somnambules parfois te touche.
C'est le secret de tes yeux, les doigts de la mort sur tes paupières.
Belle, belle, belle
Donne moi ton prénom pour les murmures de ma nuit
Pour les cauchemars de tout à l'heure
Pour l'ivresse du vendredi soir
Quand j'irai dans les cafés
Le chanter
Accompagne moi s'il te plaît
de ton prénom dit
murmuré
comme sur un violon
Brisé par l'amant

jaloux.

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13 juin 2013

Et la bouche des blasphèmes

Déjà j'ai sacrifié à l'au-delà du miroir, une ligne de trop. J'en reviens au pouls de l'Univers. JE infect et beau comme l'amour trempé d'Avril.

Mon narcissisme, plus courageux que toutes les choses béates dont on pare les héros, suffoque et désespère HEUREUX (il est trop facile d'avoir de grands gestes sur le champ de bataille, au rebord de l'abîme, dans la chute des falaises et il est autrement moins aisé de s'arracher à la tourbe, au monde lent, enfin, d'aller gesticuler dans la poésie, quand le ciel est si bas. Dans un monde de carnage, de cendres et de bombes, de choléra et d'infection, l'infini tombe de lui-même dans les paumes du dormeur. Le ciel se dresse comme un condor, s'éploie gigantesque.
Aujourd'hui tout le monde nous assomme d'écologie, de réchauffement climatique, de couche d'ozone raréfiée, mais le ciel dans sa clôture, l'infini à l'asile et l'enfer au ban ah, ça personne ne s'en soucie, même on est soulagés. On a des guenilles de ciel, de manuel scolaire pour en parler).



Je ne crains pas l'obscurité des hommes, cette grande solitude au bout de toutes les nuits, quand chacun déjà somnole d'avoir cherché -en vain, toujours- son âme. Cherché dans l'alcool, dans les regards étrangers, au terme d'une caresse, au nadir d'un baiser, au zénith d'une parole, dans la haine du désir. Cherché nulle part et tout figure pourtant au même lieu prisonnier des songes, reflet tranquille, mer démontée des images. 
Je me fiche des cages, des prisons, des solitudes terribles, des grandes pestes physiques et des incendies humains, si me demeurent les miroirs. Peuple de verre, de quartz brisé, de roches transparentes, peau des morts, un monde de moi-même ; de moi-même mis en miettes, en cendres, en poussières, moi rayé, violé, brisé, fendu, entier, double et triple, moi poussé à toutes les extrémités, brûlé à la bouche, enflé jusqu’à l’enfer, rompu à la première neige. Univers de mon âme en souffrance, galerie des «JE» sensibles, palais des enfances mortelles.
Je ne m’enferme dans nulle case, je m’en vais dans les miroirs, derrière les paupières. Je suis libre pour toujours si je peux fermer les yeux, parler à moi-même à l’instant fragile de sommeil, à l’instant de la longue peur.

Puis je sens la haine, le corbeau malade

 

Et la bouche des blasphèmes, pria

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24 mai 2013

La nuit du boxeur

Je viens ici hisser mes hurlements
Très anciens et fameux jadis
(prisonniers de missels hérétiques
on les murmure encore parfois
aux bûchers prisonniers des 
Songes)
J'ai été habile crieur (écumes, morves et pitié)
et piètre rieur
Arrachant à l'infini les
Pourrissantes fleurs d'agonies
Aux parfums de pluie et de rimes
Piétinées.

Je reviens depuis très loin, depuis derrière la nuit très amère. Ma mère peut-être ou mon enfant mort-né, la nuit. Je viens exposer mes lèvres brûlées, mon langage saccagé de bonheur (couleur des matins d'hiver, de la bûche trop vite dévorée par le feu de la Noël).
Depuis un an, je vis dans la lumière, la lumière fameuse du Gel (l'ombre) et de Dieu (le corps). La lumière calme, pâle murmure de la mer insomniaque.

Je viens ici pour retrouver ce mot minuscule, imbécile : écrire. Je viens le trouver avec toutes ses chaînes, ses boulets, la fureur, le chagrin, l'alcool jamais assez.
Je viens ici vous prendre votre part de nuit, votre couleur de cerne, votre goût de manque.

Je cherche la nuit où mon âme (yeux crevés, crucifiée à la grande ourse, lueur impossible du cauchemar) se tord et gémit.
Je cherche la nuit, la nuit immense, sans espoir. La nuit des sortilèges manqués, des amants trompés, la nuit impatiente (vierge de soleil). 
J'avancerai, craintif mais heureux jusqu'à atteindre le point le plus sombre, le plus cruel de la Nuit, fut-elle la Mort impudique. 
J'avancerai dans la nuit oubliant le matin.
J'avancerai dans la nuit à la recherche de l'obscurité, des ténèbres de la légende
J'avancerai dans la nuit jusqu'à mon anéantissement.
Je suis de ceux dévorés par les dessous de velours
De la nuit.

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