12 novembre 2020

Atelier d'écriture - Chemin

Consigne : Ecrire à partir de 3 phrases, une au début, une au milieu, une à la fin. 




1. Et s'il était à refaire, je referais ce chemin.








Chemin filial, d’abord, ovule et spermatozoïde se faisant cour mutuelle, convolant en la juste convenable noce de la fécondation, chemin de ma biologie, du développement successif et en bon ordre, ouf, de tous mes organes. Chemin, âpre, dangereux, toujours inquiet, chemin sans cesse soumis aux éboulis, aux tremblements, à la chair de poule, aux inondations. Chemin, à refaire pourtant. Chemin, par où tout commence, dévalé ou non, à terme ou en avance. Chemin, du le cri, du cri féroce, du cri des bêtes, le cri hérité, les mains tendues, les mains mendiantes, tendues au milieu du chemin, chemin, fente, fendue.
Moi, jet jailli de ce chemin, moi crevant la forêt alentour, les conifères et les chênes, les plantes de montagne, les belvédères instables. Chemin à refaire par une autre route cette foi, moi creusant, moi cette fois faisant effort - elle surtout - chemin de la vie.
Des souvenirs. Le grand soleil avant les premières gelées. Un devoir, fililal, où l’on me conduisait. Mon père, pendant deux mois, creuse une tranchée dans le grand jardin - on dit un terrain quand on atteint cette taille.
Depuis 20 ans, pour des raisons sanitaires suspectes, la loi impose aux nouvelles constructions de se rattacher au tout à l’égout. Fin des fosses sceptiques, fin des camions une à deux fois par mois récoltant la merde humaine, les déchets humains, ce qui reste de bombance, de trop boire, de gastro-entérite.
Mon père creuse sous le soleil qui précède les premières gelées - l’herbe et la terre toujours durcissent en plein hiver - sa tranchée et me demande de l’accompagner, de bêcher avec lui, de déblayer puis de remblayer avec lui. Mon père ne voulait pas payer une de ces entreprises, toujours scélérates à ses yeux, pour s’occuper de ce qu’il savait faire. Mon père usa toute sa vie ses mains pour le bénéfice d’autres ; aujourd’hui, retraité, il redevient propriétaire de ses mains. Sa retraite n’en finit pas, lui demeure trop de forces, de puissance vitale pour qu’il n’emploie pas sa propre force, cette jeunesse du temps retrouvé, à de nouveaux efforts.
Trace chemin dans la cour, le jardin, le terrain, chemin parcouru, nommé : tranchée. Dix mètres de long, deux et demi de large ; dix mètres de chemin de boue, de terre, de pelles, dix mètres de centaines, de milliers, de mouvement, sans machine. Nos mains, mes mains, étais-je propriétaire de mes gestes, de mes mains, où, comme une dette du premier chemin traversé, du chemin séminal, on pourrait dire, remboursé ici. Pour être quitte de ce qui ne s’acquitte pas.




Chemin, toute la vie ce chemin. La petite ville, banlieue de Paris. Quittée voilà dix ans. Quitté, voilà dix ans, ce lieu vaste et étroit où les premières gelées peuvent anéantir les projets d’une année ; j’ai quitté, voilà dix ans, ce lieu où le thermomètre ne sert pas qu’à choisir entre la veste d’automne ou le manteau de demi-saison. J’ai quitté, voilà dix ans, ce lieu où je chemine toujours.
Marcher, reprendre, sur les talons, cette fois, le chemin ; s’ensevelir dans son propre pas s’enfoncer dans son empreinte inversée, la pointe du pied à l’endroit du talon ; le talon à l’endroit de la pointe de pied ; chaussure étroite, brillante, cirée dans l’empreinte de la basket.
Mon sillon sur les rails, mon sillon dans la gare, vingt minutes de voiture encore depuis la gare, je vois mon sillon, la première voiture, une Twingo défoncée, la gomme laissée des kilomètres de gomme pour quitter quitter le petit village pour la ville moyenne et la ville moyenne pour la grande ville et la suite ? Jusqu’où irai-je et jusqu’où reviendrai-je ? Quelle poussée en moi, quelle force secrète, ancienne, quel héritage. Mes racines, chemin discret, poussent jusqu’à mon passé, serrent.





  1. A l'état sauvage, le bulbe est très profondément enterré et, si l'on veut s'inspirer de la nature, il faut le planter dans le jardin à une profondeur d'au moins six à huit pouces.


Sauvagerie de la chose à naître, du bulbe retenant son premier cri, le sien, son cri, et les larmes brutales ; ô chemin six à huit pouces chemin descendant du ventre de maman, dans la pleine lumière, la lumière blanche et cruelle pareille à celle des premières gelées.
Toujours, notre vie, notre chemin, hésitera entre notre état sauvage et notre enfouissement dans le jardin où les premières gelées, sans la protection de chênes solennels, nous laissent au risque de la stérilité.
Arbre tordu, maladroit, dur, écorce humaine à peau tendre, bouche jamais en fleur avant mes dix-sept ans. Cri, cri du fin fond des entrailles, sur la place de l’Eglise, ou de l’autre côté de l’Eglise, le premier baiser, la diction de l’amour, la lèvre mordure, la mienne ou la sienne, la peur, les dents qui claquent de froid - les dernières gelées, la main tenue, le chemin, le pas ce soir, le pourquoi pas, la plage plus tard, le noeud des chemins, des routes, des impasses, les tâtonnements, le corps trouvé, le sien, le soleil précédant la première gelée, dix verres, l’adieu, le chemin jusqu’au rebord de la vie, le premier désespoir, le premier pour de vrai, la main, paume, la main poing, écrasée contre le mur, l’écran allumé, au secours, au secours, par la fenêtre la peau intacte du jardin, les bulbes arrachés.
Son chemin, l’écorchure, le froid qui brise, le SMS reçu, désolé mon vieux, les larmes, le SMS cette fois-ci envoyé, désolé ma vieille, SMS envoyé du côté des vainqueurs, du côté de la première gelée, du côté de la dernière gelée, va-te-faire foutre le soleil.




Celle qui jaillit un jour





robe
elle dit
mon éléphanteau
elle dit
ça
tu t’interromps
tu tâtes ton ventre plat
tes bras sans muscles
tu tâtes ton visage
sans gras
elle voit
tes gestes sur ton corps
sur ton corps tes gestes
elle dit
elle comprend
elle sait
elle dit
ça vient de Baudelaire
20 ans obligatoire
Baudelaire
Tu souris
Tu crois
qu’il faut
sourire




Elle, chemin, sens, direction, raison du chemin, elle, totalité du Chemin, elle,
ligne parallèle à la tienne ; une couche de verglas sur sa ligne ou sur la tienne, ton amie la gelée, qui dérape ? toi ou elle ? elle ou toi ?
Rencontre,




Le téléphone lumière dans la nuit, le téléphone, coucou des bonnes nouvelles, la crainte, ce matin là du funeste désolé.




Chemin, la tranchée a recommencé, une autre ; les rails d’autres, d’autres rails, la gomme de la voiture que tu ne voulais pas, un nouveau modèle, le chemin, dont tu n’es plus sûr et la gravité qui te mène vers une autre grisaille.
Toi, toi je veux dire, elle, je veux dire je ·e, tu ne crains rien depuis longtemps, depuis que tu as joué Antigone, le trou de mémoire devant le corps inerte de Polynice et tu as compris, compris devant ton silence que tu n’aurais pas pu joué plus juste que là, à ce moment là, le silence, alors tu ne doutes plus de rien. Lui, tu l’avais repéré dans l’amphitéâtre
tu l’avais vu qui ne disait rien, tu ne te diras pas, quand même, dès le début je le savais qu’il était pour moi que j’étais pour lui qu’on avait à cheminer l’éternité, il te rendait curieuse, c’est tout au début, comme Polynice ou pas du tout ; toi tu savais tout oser, alors un jour tu t’es plantée devant lui et tu as vu la peur dans ses yeux, la peur et ça t’amusait un peu, son envie de fuir et son sexe d’homme qui lui barrait le passage ; tu lui as demandé, comment tu t’appelles, il jouait l’homme, la contenance de l’homme, l’assurance de l’homme, fragile, fragile petit éléphanteau. Avant le premier baiser, le premier alcool fort, avant la braguette défaite, les bretelles desserrées tu n’as pas eu besoin d’insister très longtemps. C’était sa deuxième fois, ou troisième, il n’a pas osé te le dire tout de suite. Souvent il a pleuré - les dernières gelées - il disait.




Toute la vie, ça avait cette apparence là, l’éternité, ses yeux, tu croyais, tu lui disais toute la vie . Il t’avait promis, il avait dit, je viendrais, il allait venir et toi soudain, patatras, ou le contraire hourrah, la grande ville tu ne l’as vu que froide, que neiges éternelles, les fauteuils toujours pareils, les hommes aux visages d’hommes, les femmes aux visages de femme. Pas Antigone. Pas Polynice. Pas la vie. Tu dois le retrouver après les vacances d’été.
Cette ville où




Ton amie te traite de pute parce que tous les mecs te draguent, qui te traite de pute par SMS, tu es sur un fauteuil impersonnel, froid, de la ville froide, morne, de la trop grande de la très maudite ville. Soudain. Tout. Souffle retenu. Chemin dévalé. SMS. Désolé. Tu le bloques, tu as peur d’être trop faible, de ne pas pouvoir cette fois là, te planter devant lui comme la première fois, les premières gelées, il t’a parlé des premières gelées, tu n’es pas sûre de pouvoir, une résolution ça tient à rien, ton assurance…tant pis, tu dois penser à toi cette fois-ci. Ca ne vient pas sans larmes, évidemment. Désolé, alors. Plus un mot, le silence. La nuit. Fin des gelées. Tes deux mains frottées, le billet de train, acheté en ligne.
Désolé.




                                                                                                   

  1. Elle revit brusquement la place grise de Poitiers, le papier usé sur les murs de la chambre, elle respira tout d'un coup l'odeur de la province, et elle sourit.

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01 novembre 2020

Aux Bains-Douches

Consigne : Première fois, incipit, genèse, aurore. Nous voulons des surprises, de l'agitation, des débuts et des enclenchements. Nous questionnons la notion de monde d'après : nous ne croyons pas à la rupture brutale mais à l'accumulation de petits mouvements qui constituent des départs de cycles.


long mur, long mur, main sur mur une puis deux main change au milieu du chemin

droite prenant place de la gauche gauche prenant place de droite mur effleuré le long mur traversé frôlement musique touche d’orgue la pierre dure lisse enfoncée
mur qui n’en finit pas
mur
bijou gêole
longe ton drame
aurore
de tes mains
une puis l’autre
longe effleure
la partition des éboulis
main droite puis gauche
puis aucune
la fatigue
mutile
la musique
mutique



Je règle l’alarme pour 9h30. Il y a longtemps que je n’ai pas eu à me lever aussi tôt. Tôt, ça ferait marrer n’importe qui.


Je règle trois alarmes. Non, que j’éprouve la moindre difficulté à me réveiller quand le matin fouette mon derche, juste le plaisir inouï de pouvoir se rendormir. Un peu de résistance, de jubilation, de fuite avant la journée qui s’annonce avec ses lourdeurs sans joie. Moi ?
Je ne porte que des vêtements noirs. Le noir c’est ma fantaisie. Je me distingue par la banalité, excentrique de l’ordinaire poussé au degré d’absurdité dadaïste, je m’expose dans les soirées avec le triomphe de l’urinoir usagé. C’est mon truc, ma triche, ma trique.
tu vas à un enterrement frère


Toujours Aubin me dit ça. Et toi connard tu sors d’une cure de McDo ? Aubin, s’assombrit, s’il proteste, je lui dis que je déconne ça va. Tout le monde lui dit ça, on déconne ça va gros porc.


Au fond je suis un chic type.


Deathwing est trop fort. Deathwing surgit le tank ne fait rien. Il régenère ses points de vie. Putain notre heal à nous ? Le soin ça arrive SVP ? Merde, si vous jouiez plus en équipe au lieu de rush comme des cons. Ca va les débiles merde. Espèce d’autiste. Toi joue pas l’intello parce que t’écoutes du maupassant cousin. Moi je te nique. Allez…
Le raid échoue.

Au début, dans WOW, Lardeur fracassait tous les joueurs. Lardeur, boss pour débutants, ravageait pourtant tous les nouveaux joueurs. Il a les stats les plus sauvages, meilleur que le meilleur joueur humain ou que les autres PNJ.


Lardeur, amas de lignes de code, existe, extension mythologique, dans le Lore de Warcraft. Il possède une biographie, inscrite dans l’Univers défini et en extesion de Warcraft. Dans son histoire il interragit avec d’autres personnages de son espècein-game.
(Lardeur appartient à la race des trolls il cohabite pacifiquement ou avec hostilité avec d’autres races, les humains, les orcs, les démons, les trolls sont une sous-espèce de monstres aux yeux des humains etc).


Lardeur existe aussi, autrement, plus retentissant, plus légendaire dans les discours des joueurs qui eurent à l’affronter. Il y a vingt ans, déjà, et sa légende triomphe encore, et ses hauts-faits s’affichent. Le milliard de joueurs de Warcraft périt au moins une fois de ses mains, de ses mains à lui qui les jetèrent tous dans l’incendie et les fit charpie.
longeant le mur mutilés le mur lamentable des résurrections.
Wesh Aubin, gros porc ça va ?


Ca y est t’es revenu de ton enterrement fils de pute ?
Tu dois être content maintenant McDo livre toute la nuit
T’y connais quoi en content gothique de mes couilles.


Alors, là non, stp. Gothique non. Je m’enfonce pas mes ongles peints noirs en récitant du Edgar Allan Poe. Je chiale pas en faisant faisant couler mon maquillage Sephora deuxième prix.
Nuit suspendue

 Jour inadvenu

Il pleut
L’eau fuit
le puits
de mains tendues
de phalange sèche
paume(s)-sahara.



Ta première quête légendaire achevée seul, ta première arme volée en violation de toutes les règles du jeu.



Tu as dans les mains ta première cigarette. Tu commences le tabagisme assez tard, après la vingtaine. Comme pour tes vêtements noirs et démodés. ; tu veux être en retard. Tu es en retard dans ta vie. A la naissance, tu as débuté après le top départ. Tu n’y peux rien et ça n’a aucune importance. Alors tu fumes cette cigarette, goût de tabac d’ambre, tu crois. Goût d’Amérique, d’épices. Tu es arrivé en retard dans ta propre vie. Quelle importance, tu la mènes autrement. Vingt ans, tu te dis déjà. Vingt, est-ce vraiment vingt ? En retard, encore et quand tu crois partir à temps, c’est faux départ, c’est grève, c’est un jour trop tôt, une semaine en avance, c’est seul sur le quai et ta vie s’envole. Au-delà du mur d’enceinte. Ta vie à toi, glisse sans flamber. Le mégot, tu le gardes dans ta main. Comme un pommeau vaincu, un socle désemparé. On lui a pris ce qui lui donnait sens. Voilà une autre existence, mégot, non moins valable, non résidu, non détritus, mégot, autre essence, mégot. Tu penses un instant, à toute une usine de mégots... Tu ne te mettras pas à collectionner ces débuts d’une autre sorte. Il serait exagérer de vous trouver une ressemblance. Tu as une pensée qui te traverse, c’est tout. Tu ne la notes nulle part. Elle s’envole. Main gauche, puis droite, effleure le clavier et au bout de la ligne plus rien ne touche.


Aucune voix. La solitude se mérite et ne vient pas sans prix. Même pas le bruit de ma propre vie. Je longe le mur d’enceinte, ici je m’accroupis, mes mains effleurent la brique peinte, le goudron sec, une trace de mon existence. Je suis en retard. Mon réveil sonne trois fois. Les ongles écaillent le vernis du mur. Ma vie.



Aubin a perdu son père, on dit qu’il mange pour compenser. Que tout ce qu’il accumule au-delà de ce que lui, Aubin était, du volume qu’était Aubin, accueille et engendre son père. Il fait une place à l’absent.

Il a dit


je veux multiplier la vie en moi
Ca s’appelle un cancer cousin
Alors ce sera un Cancer
tu dis de la merde.
mais ta gueule
tu lâches des trucs pf…pour faire ton intéressant ton mec daaaark
Il me regarde
va te faire foutre je lui dis va bien te faire foutre gros porc
produire dans sa graisse, dans son extension physique

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28 octobre 2020

Début -

Consigne : Première fois, incipit, genèse, aurore. Nous voulons des surprises, de l'agitation, des débuts et des enclenchements. Nous questionnons la notion de monde d'après : nous ne croyons pas à la rupture brutale mais à l'accumulation de petits mouvements qui constituent des départs de cycles.
long mur, long mur, main sur mur une puis deux main change au milieu du chemin
droite prenant place de la gauche gauche prenant place de droite mur effleuré le long mur traversé frôlement musique touche d’orgue la pierre dure lisse enfoncée
mur qui n’en finit pas
mur
bijou gêole
longe ton drame
aurore
de tes mains
une puis l’autre
longe effleure
la partition des éboulis
main droite puis gauche
puis aucune
la fatigue
mutile
la musique
mutique


Je règle l’alarme pour 9h30. Il y a longtemps que je n’ai pas eu à me lever aussi tôt. Tôt, ça ferait marrer n’importe qui. 

Je règle trois alarmes. Non, que j’éprouve la moindre difficulté à me réveiller quand le matin fouette mon derche, juste le plaisir inouï de pouvoir se rendormir. Un peu de résistance, de jubilation, de fuite avant la journée qui s’annonce avec ses lourdeurs sans joie. Moi ?
Je ne porte que des vêtements noirs. Le noir c’est ma fantaisie. Je me distingue par la banalité, excentrique de l’ordinaire poussé au degré d’absurdité dadaïste, je m’expose dans les soirées avec le triomphe de l’urinoir usagé. C’est mon truc, ma triche, ma trique.
tu vas à un enterrement frère 

Toujours Aubin me dit ça. Et toi connard tu sors d’une cure de McDo ? Aubin, s’assombrit, s’il proteste, je lui dis que je déconne ça va. Tout le monde lui dit ça, on déconne ça va gros porc.

Au fond je suis un chic type. 

Deathwing est trop fort. Deathwing surgit le tank ne fait rien. Il régenère ses points de vie. Putain notre heal à nous ? Le soin ça arrive SVP ? Merde, si vous jouiez plus en équipe au lieu de rush comme des cons. Ca va les débiles merde. Espèce d’autiste. Toi joue pas l’intello parce que t’écoutes du maupassant cousin. Moi je te nique. Allez…
Le raid échoue. 

Au début, dans WOW, Lardeur fracassait tous les joueurs. Lardeur, boss pour débutants, ravageait pourtant tous les nouveaux joueurs. Il a les stats les plus sauvages, meilleur que le meilleur joueur humain ou que les autres PNJ.

Lardeur, amas de lignes de code, existe, extension mythologique, dans le Lore de Warcraft. Il possède une biographie, inscrite dans l’Univers défini et en extesion de Warcraft. Dans son histoire il interragit avec d’autres personnages de son espècein-game.
(Lardeur appartient à la race des trolls il cohabite pacifiquement ou avec hostilité avec d’autres races, les humains, les orcs, les démons, les trolls sont une sous-espèce de monstres aux yeux des humains etc).

Lardeur existe aussi, autrement, plus retentissant, plus légendaire dans les discours des joueurs qui eurent à l’affronter. Il y a vingt ans, déjà, et sa légende triomphe encore, et ses hauts-faits s’affichent. Le milliard de joueurs de Warcraft périt au moins une fois de ses mains, de ses mains à lui qui les jetèrent tous dans l’incendie et les fit charpie.
longeant le mur mutilés le mur lamentable des résurrections.
Wesh Aubin, gros porc ça va ?

Ca y est t’es revenu de ton enterrement fils de pute ?
Tu dois être content maintenant McDo livre toute la nuit
T’y connais quoi en content gothique de mes couilles. 

Alors, là non, stp. Gothique non. Je m’enfonce pas mes ongles peints noirs en récitant du Edgar Allan Poe. Je chiale pas en faisant faisant couler mon maquillage Sephora deuxième prix.
Nuit suspendue

 Jour inadvenu
Il pleut
L’eau fuit
le puits
de mains tendues
de phalange sèche
paume(s)-sahara.


Ta première quête légendaire achevée seul, ta première arme volée en violation de toutes les règles du jeu. 


Tu as dans les mains ta première cigarette. Tu commences le tabagisme assez tard, après la vingtaine. Comme pour tes vêtements noirs et démodés. ; tu veux être en retard. Tu es en retard dans ta vie. A la naissance, tu as débuté après le top départ. Tu n’y peux rien et ça n’a aucune importance. Alors tu fumes cette cigarette, goût de tabac d’ambre, tu crois. Goût d’Amérique, d’épices. Tu es arrivé en retard dans ta propre vie. Quelle importance, tu la mènes autrement. Vingt ans, tu te dis déjà. Vingt, est-ce vraiment vingt ? En retard, encore et quand tu crois partir à temps, c’est faux départ, c’est grève, c’est un jour trop tôt, une semaine en avance, c’est seul sur le quai et ta vie s’envole. Au-delà du mur d’enceinte. Ta vie à toi, glisse sans flamber. Le mégot, tu le gardes dans ta main. Comme un pommeau vaincu, un socle désemparé. On lui a pris ce qui lui donnait sens. Voilà une autre existence, mégot, non moins valable, non résidu, non détritus, mégot, autre essence, mégot. Tu penses un instant, à toute une usine de mégots... Tu ne te mettras pas à collectionner ces débuts d’une autre sorte. Il serait exagérer de vous trouver une ressemblance. Tu as une pensée qui te traverse, c’est tout. Tu ne la notes nulle part. Elle s’envole. Main gauche, puis droite, effleure le clavier et au bout de la ligne plus rien ne touche. 

Aucune voix. La solitude se mérite et ne vient pas sans prix. Même pas le bruit de ma propre vie. Je longe le mur d’enceinte, ici je m’accroupis, mes mains effleurent la brique peinte, le goudron sec, une trace de mon existence. Je suis en retard. Mon réveil sonne trois fois. Les ongles écaillent le vernis du mur. Ma vie. 


Aubin a perdu son père, on dit qu’il mange pour compenser. Que tout ce qu’il accumule au-delà de ce que lui, Aubin était, du volume qu’était Aubin, accueille et engendre son père. Il fait une place à l’absent.

Il a dit

je veux multiplier la vie en moi
Ca s’appelle un cancer cousin
Alors ce sera un Cancer
tu dis de la merde.
mais ta gueule
tu lâches des trucs pf…pour faire ton intéressant ton mec daaaark
Il me regarde
va te faire foutre je lui dis va bien te faire foutre gros porc
produire dans sa graisse, dans son extension physique

 

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27 octobre 2020

Architexture

La société des architectes lançait un appel à texte. J'y ai répondu, avec une proposition hors-sujet que j'ai eu beaucoup plus de mal que je n'aurais cru à extirper de moi. Il fallait parler d'architecture et je ne sais parler que des choses mouvantes - hélas jamais je ne fus témoin du tremblement de terre qui arracha au sol toute la ville de Lisbonne - et à la poésie ses plus mauvais vers. 


Architexture - Delirous
Son goût des sommets l’accompagnait depuis tout enfant. Lors de ses premières vacances en Kabylie, à 2 ans, son oncle le mit sur ses épaules et le mena sur le mont Djurdjura. L’oncle, alors, s’exclama - sûrement : regarde, regarde Djilali. Cette vision se ficha dans son coeur ; pas dans sa mémoire. Il ne se souvient pas du paysage d’alors, ni de l’âpre escalade, pourtant il sent, il sent en lui le vacarme des cimes et l’irréductible attraction des sommets. Toute sa vie il les recherchera. Avec le temps le goût du très-haut mua ; pour se convertir, d’abord, en l’amour de Dieu, passion qui s’épuisa bien vite. Puis, il s’éprit de sa ville et de ses immeubles triomphant mais…rapidement, le voilà déçu, Paris est une ville couchée. La Tour Montparnasse ? solitaire et peureuse ; les tours de la Défense ? reléguées hors de Paris, honteuses - et nécessaires, comme Kabushiko, quartiers des plaisirs de Tokyo. De la Tour Eiffel, il ne veut pas entendre parler.
Paris - Red Light District
///
New-York est irrationnelle. Utopie mêlée au cauchemar. Je cherche le sommeil de ce cauchemar.
Mathew vit à Atlanta. Mathew vient faire du tourisme à Paris et, pourquoi pas, y trouver un amant pour égayer la nuit et le jour[1]. Après notre première nuit d’amour, émouvante et banale, je l’emmène en ballade dans Paris. Nous errons dans le quartier Latin et il s’émerveille de ce qu’il voit, il s’émerveille de ces vieilles pierres intactes, de cet amoncellement d’Histoire qui n’en finit pas. L’Eglise Saint-Julien-le Pauvre fondée au Xe siècle…Il a du mal à réaliser. Xème siècle…Cristophe Collomb était loin de débuter son expédition massacreuse…Tout est ancien ; tout est neuf. Il éclate de rire, rire clair rire surpris. Pour faire à nouveau retentir ce rire, je le guide dans la ville, ville aimée et décevante.
Paris est si belle…je lui dis. Il dit tu en parles si bien. Le regard que l’on s’échange est tendre et sans promesses. Paris si belle. Paris, je vais lui dire quelque chose encore…et une fissure d’où rien ne pousse, s’ouvre en moi. Je reprends la parole. La cathédrale Notre-Dame éblouit, dentelle de pierre, que Dieu frôle chaque jour et parfois enflamme. L’île de la cité, majestueuse et dangereuse, le palais de justice qui entre ses murs ensevelissait tant de vies, le chant de l’Opéra Garnier quand le vent souffle le mardi à 20h… Rien ne s’élève pourtant, sinon la tour peureuse sinon les tours honteuses. Rien ne s’élève…
Je lui dissimule ma mélancolie. Mélancolie à l’objet absurde, mélancolie du très haut, des neiges éternelles de l’enfance…Je veux le conduire ailleurs mais il tient à voir les Champs-Elysées ; je n’ai pas le coeur de débattre. Il commande un Uber, il préfère regarder la ville défiler par la fenêtre. Il a raison. Le métro nous prive de la vision. Sur la plus belle avenue du monde je ne me montre pas d’une grande aide… je le laisse à ses envies. Il a entendu parler de la boutique Abercrombie et Fitch des Champs-Elysées et tient à s’y rendre. C’est magnifique, il dit. Tous y est beau.[2] Il a raison. Il voudrait voir la Tour-Eiffel
Je ne hais rien tant que la Tour-Eiffel, si les tours honteuses ou peureuses, me frustrent, la Tour-Eiffel provoque en moi des remous de haine, elle m’agresse. Inutilement prétentieuse elle se dresse là et jette sur tout une ombre imbécile. Elle s’impose comme seul mont et tout, autour, doit s’incliner plein de vénération. Je crois que c’est pour ceci que je hais la Tour Eiffel. Tout autour d’elle, solennellement, s’agenouille, craintif.
Parle-moi de New-York, je lui demande.

Il n’a jamais été à New-York. Il me fait penser à New-York.
Je le regarde. Je n’ai jamais été à New-York.
En bas des Champs Elysées, station Franklin Roosevelt, nous prenons la ligne 1 et descendons station Esplanade de la Défense…
Je veux lui montrer ce qui ici me rappelle les Etats-Unis, ces tours qui me blessent au cœur - ce qu’on m’a consenti de sommets pour combler l’irréparable nostalgie des montagnes enfantines.
Je me dis, il va rire, il va dire the fuck en voyant la maigre quantité de nos tours. Il va dire même que dans n’importe quelle ploucity américaine y en a dix fois plus. Le contraire se produit. Il s’émerveille une seconde fois, s’émerveille de voir cohabiter ces dizaines de tours et, à quelques kilomètres de là à peine la beauté antique - pour lui ça a l’air de venir de si loin en arrière - de Paris. Il dit je n’imaginais pas…ça. Son émerveillement élève, un instant, Paris à mes yeux.
blessure d’amour
 Il me dit qu’il aimait Paris avant même de connaître Paris. Que cette fois c’est sûr. Il est tombé amoureux.
***

Il part en Uber. Quand il monte je me rends compte que Mathew ne ressemble pas tellement à New-York.
En fait.
S’élever – New-York is the anti-Paris and the counter London[3]
Lorsque, j’ai entendu parler pour la première fois de New-York, à 10 ans
blessure d’amour
Quelque chose en moi a                                                       s’est serré
retenti
blessure d’amour
Une consolation et aussitôt une douleur
blessure d’amour
A l’école primaire, quand nous finissions notre travail avant les autres, l’institutrice nous autorisait à quitter notre place pour nous asseoir dans le coin lecture, au fond de la classe. Nous avions à notre disposition une petite bibliothèque consacrée à l’histoire, la géographie, la biologie... Un jour de Novembre, 10 ans, je me souviens bien…je choisissais un livre au hasard – était-ce le hasard - et là…New-York. C’était New-York qui se tenait devant moi, qui s’élevait, qui s’élevait du fond des pages ; giclait de l’Atlantique, jaillissait du fleuve Hudson. Je n’en croyais pas mes yeux ça existe. Je débarquais du port, je ruais hors du débarcadère pour atteindre ce monde palpitant, neuf. Et dans ce New-York de songes, dans ce miracle que je découvrais en mots et en photos s’élevait l’Empire State Building. Tout était immense dans ce nom. Empire. State. Building. Tout.
blessure d’amour.
deux fois
blessure d’amour
Dix ans…Alors l’obsession. L’obsession impossible à consoler. L’obsession naissante pour cette ville et ce building. Cherché, lui, l’Empire State Building en vain partout. N’apparaissant même pas par transparence, imagination et illusion, dans les rues de ma ville. La Tour Montparnasse pas une seconde je ne l’ai confondue avec l’Empire State Building.

Sans argent, impossible de traverser l’Atlantique. Lorsque j’ai demandé à mon père de m’y emmener il m’a regardé comme si je demandais la lune. Au moins. Mars. Peut-être.
Il n’a rien dit, il a refusé sans un mot. J’ai compris que la distance qui me séparait de New-York ne se comptait pas seulement en kilomètres mais qu’une autre unité, plus infranchissable, faisait obstacle.

Nos désirs, nos désirs frustrés ; rites de passage de l’enfance à l’adulte. 
J’apprenais la valeur de l’argent dans toute son immense douleur. Je dus employer mon imagination consolatrice - par bonheur à cet âge-là nous en possédons un trésor inépuisable.

Je me suis fabriqué mon New-York, j’ai élevé mon Empire State Building. Patiemment. Retrouvant l’usage de mes légos délaissés depuis tant de temps…La forme, dans ma chambre, un instant m’apparaissait. Là. C’était là.

Je vivais New-York par…correspondance. J’achetais des cartes postales de New-York que je me faisais parvenir, je me donnais des nouvelles de la ville, en quelque sorte. Dans les magazines je cherchais des photos de New-York. Je m’intéressais à l’architecture si mystérieuse de cette ville qui ne ressemblait à aucune autre. Ses avenues parallèles et donc perpendiculaires, son métro…La moindre différence me plaisait et me stupéfiait. New-York 7,8 fois plus vaste que Paris. New-York, 7,8 fois plus haute que Paris. Je gardais, au cours de mon étude scrupuleuse de New-York, les gratte-ciels pour la fin, comme on garde la meilleure partie du dessert de côté pour la finir quand tout est fini. Et de ce dessert, même, je gardais, précieusement, pour la fin de la fin, le plus éblouissant fragment : l’Empire State Building.

New-York, pour moi commençait là où Paris finissait. A 37 mètres. [4]
Comme j’étais bizarre, au lieu de photos de Pin-Up je coupais, dans les magazines, les photos de New-York. Une ville me hantait. Comme j’étais bizarre de m’intéresser aux 381 mètres de l’Empire State Building (444,2 avec l’antenne), à ses 102 étages (86 sans la flèche), à son marbre, à son hall immense, à sa rivalité avec les autres tours de la même époque…j’avais soif et faim de cette ville.
Au moment de ma puberté, je ne tombais amoureux que de garçons ressemblant à New-York. En cours d’anglais, celui qui parlait avec l’accent que j’imaginais celui de l’Empire State Building. - si un gratte-ciel avait une voix - alors l’amour, l’amour grandissait en moi. Adolescent, j’ignorais que ceci c’était l’amour, que j’aimais New-York, que j’aimais les garçons et que longtemps je prendrai les uns pour l’autre.
j’ai deux amours…
j’ai deux blessures
Aucune fille ne m’a jamais évoqué New-York. Avant de comprendre - d’assumer - mon homosexualité je croyais que ma répugnance pour les femmes venait de ce qu’elles ressemblaient toutes à des villes de province…
blessure.
A 17 ans mon premier amour ou, plutôt, ma première relation, je la vivais avec un garçon de 24 ans, Jérome. Il venait de Bruxelles et me racontait qu’il avait vécu à New-York, qu’il connaissait la ville comme sa poche que ses amis…si je savais…il ne peut pas trop en parler…tellement connus…qu’il m’emmènerait un jour. Je le croyais, je l’écoutais…Plutôt, je me laissais duper, on ne demande pas au conteur de dire vrai ; …moi, avide de New-York, voulant tout croire, tout fragment de New-York me consolait[5]. Je ne pouvais pas faire la fine bouche. Il n’y avait pas grand-chose pour se rassasier à Paris et l’imagination, la mienne, venait à manquer. A 17 ans d’autres démangeaisons remplacent l’imagination enfantine.
Jérome me mentait et je faisais mine de le croire. Il avait grimpé toutes les marches de l’Empire State Building, il disait. Je lui demandais la centaine ? Il me disait les 102. Il ajoutait : en quinze minutes.
Son mensonge - il était menteur - n’avait rien de perfide, il mentait pour se donner un genre bien sûr, pour se mettre en valeur évidemment ; il mentait aussi - surtout ? pour me faire plaisir.
Pour ne pas trahir son mensonge, il étudiait sérieusement la ville. Lorsque nous nous voyions, il revenait chargé d’une nouvelle histoire, d’un peu plus de New-York. Comme si, à la façon des colons qui fondèrent la ville jadis, il ne cessait de repousser son mur d’enceinte. Il étendait la ville, de l’île de Manhattan jusqu’aux 121 440 hectares que compte la ville aujourd’hui.
Ferme les yeux, l’Empire State Building mesure 442 mètres. Tu y entres par une grande porte, rien de notable cette porte. Passe vite. Pense un instant. Tu te trouves sous 60 000 tonnes d’acier quand tu entres. Tu te trouves sous 200 000 tonnes de pierre. On dit de l’Empire State Building qu’il est un sarcophage et que nous sommes pharaons[6]. Tu marches, tu parviens dans un hall haut comme un immeuble parisien. Un petit immeuble parisien, comme…comme la Mairie du 18ème arrondissement. Tu te présentes à l’accueil et…Tu es autorisé à monter. Regarde le sol avant de monter, imagine les pas et la vie qui frappèrent impatients ou inquiets ce sol. Imagine, les hommes terrassant le sable, la pierre. Ce sol réfléchit ta vie, miroir de marbre. Puis, tu montes, enfin. Je suis monté tant de fois, si tu savais. L’ascenseur est rapide, un éclair de feraille. Enfin, je dis l’ascenseur mais il y en a 73. Tous fonctionnels…Son style on l’appelle Art Déco, je veux dire le style de l’Empire State Building, c’est l’Art Déco. Comme l’école à Paris. Enfin, je t’en parlerais une prochaine fois, c’est très important pour comprendre…beaucoup de choses. Aujourd’hui, ce n’est pas important. Aujourd’hui, rêve, monte en pensées jusqu’au 102ème étage.[7]
J’ouvre les yeux. Il me regarde avec une tendresse infinie. Il me regarde et je trouve alors qu’il ne ressemble pas - plus - à New-York, qu’il vient d’épuiser tout ce qu’il avait de New-York en lui. Comme je me sentais ridicule de penser en ces termes-là…chercher New-York dans les gens…aimer les gens parce que ceci ou cela faisait New-York. New-York que je n’avais jamais vue que sur les photographies. Comme je me sentais ridicule…d’être ce que j’étais, d’aimer ce que j’aimais…Je n’y peux rien si j’aime ce que j’aime. Alors être soi jusqu’au bout, vivre sa passion absurde de toute sa force.
Les six mois que durèrent notre histoire je connus New-York en pointillés, New-York imprécise et impossible. Mais New-York est impossible et contradictoire dans son essence même. Le menteur dit vrai, malgré lui.
New-York :
New-York est un songe une utopie mêlée à un cauchemar. New-York vient de la vase et l’île de la cité devient jumelle de l’île de Manhattan. Les indiens éclatent de rire, ils viennent de vendre à un hollandais l’île de Manhattan pour 24 dollars. Une île qui ne leur appartenait même pas. Ils éclatent de rire en partageant le butin et lui, le hollandais, éclate de rire aussi d’avoir fait une si bonne affaire. Il pense déjà à tout ce qui s’élèvera ici mais il n’imagine pas jusqu’où les choses monteront[8]. New-York est maudite comme les grandes villes sont maudites. L’île de Manhattan, pour les indiens, s’appelle le marais aux loups et une bête féroce y rôde. Le hollandais a acheté la malédiction avec la terre qui n’appartenait à personne. L’Amérique a l’habitude des villes fantômes. Les ruées vers l’or érigeaient de petites villes aussitôt abandonnées par la rumeur d’une autre prospérité ; mais aucune ville n’est hantée comme New-York et la bête attend.
Sur la place de la Bastille, j’apercevais l’Empire State Building[9]. Je maudis la France de n’avoir su écouter le ravage du Corbusier lui qui voulait faire germer ici la vie et le ciel.[10]
Paris - Dans mes rêves.
J’ouvre l’application eDreams, on – je ne sais plus qui - me l’a conseillée[11], pour mon trajet Paris CDG vers New-York - JFK. Le smartphone calcule la durée du trajet, compare les dizaines de milliers - c’est l’appli qui dit - de combinaisons possibles pour obtenir le meilleur prix. Sur la carte virtuelle, un avion se déplace, ses pointillées et son parcours suivent celui qui sera le mien. L’avion suivra-t-il exactement cette courbe ? Ce trajet fictif respecte-t-il bien son couloir aérien ? Je me projette dans ces pixels mouvants, je m’imagine, comme je me suis toujours imaginé les choses, pixel à l’intérieur du pixel. Voyageant. J’aimerais ne prendre qu’un billet aller, arriver avec tout mon fatras et me dire, voilà, je suis à la maison. Les restrictions au voyage empêchent ce rêve - le seul rêve américain valable - mon visa m’oblige à prendre un billet retour. Alors sur la carte virtuelle du smartphone, je vois l’avion revenir à Paris et aucune force ne peut interrompre ce mouvement. La blessure s’ouvre 9h durant ; se suture, pointillés de 5821 km sur la carte.
J’atterris.
L’aéroport n’a rien de New-Yorkais, sinon, une sorte de travestissement. Il essaie de faire New-York, de faire comme si, ici, nous étions déjà à New-York. Ce n’est pas le cas. Les vendeurs ou les vendeuses n’ont rien de New-Yorkais. Camelots venus du monde entier, de passage. New-York ne peut sédimenter en eux, ni rien se déposer ni germer. Ils vendent une caricature, un modèle réduit – dans tous les sens du terme - comme au Trocadéro la tour Eiffel miniature – qui vaut la vraie.
Les aéroports se ressemblent tous. Verre, béton, acier, duty free, chefs d’escale, tintamarre des valises. Lieux transparents et tragiques où rien, je veux dire rien, pour de vrai ne se passe. Architecture destinée à la consommation et à la vitesse – remplacé, bientôt, par plus grand, plus efficace.
Je souhaite m’éloigner le plus vite possible de Queens, NY 11430, États-Unis pour atteindre…je ne sais pas encore.
Sur le parvis, devant le centre commercial - aéroport, où remuent les taxis locaux - encore du folklore - je suis happé par un type New-York il me prend par le bras.
blessure d’amour
Il me dit, je t’emmène pour 20$ à ton hôtel ou ton airbnb. Il désigne sa camionnette où attendent déjà d’autres touristes - à l’air franchement perplexe. Les taxis clandestins, à cause de ce qu’ils ont tous dans le regard un coupe-gorge, m’ont toujours inquiété. Pourtant, je me laisse entraîner. Je le suis parce que la première fois New-York avec lui, en lui l’odeur New-York cherchée depuis toujours, là, enfin là. Grand, aérien, vêtements absurdes, un air de va te faire foutre sur les lèvres. Il doit embrasser si bien. Mordre la lèvre, faire fuir la langue que j’essaie d’attraper. Poser ses mains. J’ai envie de lui. Je ne lui dis rien. Il sourit. Si différent de ce que je connais, si différent du rire de Mathew ou de Jérome. Je lui dis tu ressembles à l’Empire State Building, comme je lui dis ça en français, il ne comprend que Empire State Building. Il s’agace. Bon, tu montes ou pas ?
Je lui demande
  • T’as déjà été à l’Empire State Building ?
  • Il répond, T’as déjà été à la Tour Eiffel.
  • Emmène-moi là-bas
  • A la Tour Eiffel ? Il dit ça avec un accent français.
  •  T’es con.
Au moment de démarrer, il sort sa main par la fenêtre tape le toit de sa voiture comme Bienvenue à New-York les ploucs ! C’est sa façon de dire bonjour-va-te-faire-foutre. J’ai un peu de mal à suivre le paysage défiler par la fenêtre. Ma place ne me le permet pas. Tant pis.
Le camion a un problème. Rose, il s’appelle Rose, me sort de ma torpeur. Rose, nous fait descendre juste avant le Manhattan Bridge. Rose me dit, en m’aidant à descendre ma valise, puis d’ici tu peux voir l’Empire State Building. Clin d’œil. Tape dans le dos. Je sors mon portefeuille pour lui donner les 20$, il me le prend des mains. Se sert. 25$, il prend. A New-York, le pourboire n’est pas compris, il éclate de rire.
Puis le camion démarre en trombe. Le salaud. Tellement New-York.
Dans ma poche.
Tellement New-York.
Me suis-je enfin perdu en toi, uni au basalte comme un métal inconnu. Les vers de Rilke me viennent. Rilke qui protestaient contre les trop grandes villes et leur insanité. Me voilà dans la plus grande des villes, dans la plus haute des villes et c’est à sa pierre à son acier que je me confonds. Avec ma valise à roulettes, la vision de l’Empire State Building au loin. Enfin. New-York.
blessure d’amour.
Je me confonds à ta roche

[1] Grindr – Amours éclairs
[2]                 Il le dit en français et le disant ainsi, ce qui devrait être une faute devient d’une justesse exquise, qu’aucune correction grammaticale n’aurait su rendre.
[3] Rem Koolhas – Delirous New-York
[4]                 Section I. — Du plafond.
Article 17. — Définition et limitation.
Le plafond d'un îlot est constitué par un ensemble de points situés à une
même hauteur au-dessus de la surface de nivellement. La dite hauteur varie suivant
les secteurs délimités au présent règlement, sauf prescriptions particulières, elle
est de 31 mètres dans le secteur central et de 37 mètres dans le secteur périphérique, conformément au plan de délimitation des plafonds annexé au présent
règlement.
[5]                 Il faut à cet instant que je l’avoue, j’ai le vertige. Je l’ai découvert en cours d’EPS en 4ème. J’étais excité, la session d’escalade commençait, enfin, l’expérience des hauteurs. A la deuxième prise, ou la troisième. Le vertige, le vertige probablement du trop d’amour, la panique des sentiments trop violents…la chute.
[6]                 Personne ne dit ça.
[7]                 A ces détails, souvent, il se trahissait : j’avais fabriqué des modèles réduits de l’Empire State Building et je savais qu’il ne comptait que 86 étages, le reste, c’est la flèche.
[8]                 1
One World Trade Center 541,3 m
2 Central Park Tower                                                                                                                       472 m
3 111 West 57th Street                                                                                                                   435 m
4 One Vanderbilt                                                                                                                             427 m
5 432 Park Avenue                                                                                                          425,7 m
6 30 Hudson Yards                                                                                                                           386,6 m
7 Empire State Building blessure d,amour
[9]                 Le Plan Voisin, de ma tête à moi.
[10]                 On réclamait déjà des grattes-ciels et cette requête n’a jamais été entendue. D’autres que moi rêvaient au début du XXème siècle aussi aux montagnes des villes :
« Les nécessités qui s’imposent à vous, nous les avons subies, aussi. Elles sont graves, je le reconnais, mais elles sont comme l’effet d’un grand fleuve : vous pouvez diriger les eaux, vous ne les arrêterez pas, et c’est pourtant ce que vous espérez faire !
Comment voulez-vous empêcher ces financiers, ces propriétaires, de faire passer une loi autorisant à l’avenir cette forme de construction, permettant des édifices de quinze, vingt, trente et quarante étages ?
Nous étions les pionniers dans ce champ ... C’était nouveau, et il fallait expérimenter ... Oui, j’admets, nous avons fait beaucoup de « bêtises » à faire grincer les dents .... Nos architectes, au lieu de s’avouer franchement que ces édifices n’étaient que de colossales charpentes d’acier, ont essayé de faire croire qu’elles étaient en maçonnerie, supercherie extravagante, mensonge artistique, pitoyable, preuve que nous manquions de fertilité, d’idées et d’invention ».
F. W. Fitzpatrick, Chef de la société internationale des Commissaires Municipaux de la Construction.
[11]                 Ce n’est pas la moins chère, ne l’utilisez pas.

 

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03 octobre 2020

Roman 7 : Amitié

Estelle a demandé à Etienne d’être à la maison ce soir. Elle lui a envoyé le lien vers sa page 6annonces, sa page de « pute », elle dit. C’est plus simple. Elle s’épargne la gêne du début, le moment du « oui tu sais…enfin, voilà…je suis pute »  et faire face à l'autre là qui prendrait un air circonspect et espérant, attendant qu’on lui dise « mais c’est une blague, t’es con!!! » pour qu’il réponde « putain tu m’as fait peur ». Il n’y a pas de blagues. En lui envoyant le lien, elle leur épargne ce malaise. On parlera direct de ce qui compte..

Qu’est ce que c’est stressant. Elle regarde l’heure sans cesse. Tente de s’occuper. Ca m’emmerde, putain. Elle donne un semblant de sens à ses gestes. Elle se fait couler un café qu’elle ne boit pas. La porte du frigo, s’ouvre, se referme. Elle n’en sort rien, n’y range rien.
C’est le bordel, putain. Elle range. Réorganise. Revient à l’ancienne version. Sans cesse. Elle rature l’appartement puis se met d’accord sur un nouveau brouillon.
Elle regarde son téléphone. Etienne a laissé un vocal « coucou ! déso pour ce soir je sais qu’on devait se faire une bouffe et tout…mais y a Salim qui passe à Paris, il a loué une énorme baraque ». Sa voix est gênée, il essaie de parler ample pour mimer le ravissement genre putain, je vais m’éclater avec Salim, rien à voir avec le lien que tu m’as envoyé. Il ne l’évoque pas. Elle se demande je lui en parle, ou quoi. Elle entre, dans sa chambre à lui, tant pis là. Elle ouvre le placard, il y range son whisky. C’est sa seule richesse genre. Elle se sert un grand verre. Putain c’est dégueulasse, comment il peut boire ça. Elle envoie une photo de son verre sur whatsapp. Voilà, j’ai besoin de parler. Vraiment. C’est pas des blagues. Rentre s’il te plaît.


Lui, il a la haine. Il éteint rageusement sa clope. Il dit à Salim, j’ai la haine putain. Elle m’emmerde. Je suis pas son père, je suis pas son mec quoi.Salim demande mais c’est quoi le problème ? Rien, rien, des affaires de fric / Tu sais moi je peux te dépanner si besoin / Non, non c’est vraiment autre chose, c’est une sale histoire / Tu peux me parler tu sais il dit Salim / Ouais, je sais, je sais, t'es un vrai pote...dis tu peux me prendre un truc au bar ? Je vais l’appeler vite fait. Il s’arrête. Ca te dérange si elle nous rejoint ce soir ? Tu déconnes, cette meuf est excellente. Vas-y qu’elle vienne. Dis lui d’être sexy hein !! Non, Salim, ça non. C’est compliqué, s’il te plaît viens tu lui parles pas de ce genre de trucs / Waaaa relou…vous êtes tous devenus comme ça à Paris, là. Vous avez paumé vos couilles ou ça se passe comment ? Juste lui en parle pas stp / Ouais, tranquille, tranquille. Salim part en soupirant. Il appelle. Bon. Elle répond dit. Je peux pas parler au tel. Ca coupe. Il dit dans le vide. Viens, ce soir dans la baraque c’est à Ville d’Avray. Il écrit « viens ce soir  ». Il ajoute. « Pour l’instant je peux pas te donner plus ». Il attend en tremblant que le « vu » s’affiche. Il a peur de je ne sais pas quoi. Il se sent pas à la hauteur.

Elle répond. Les trois petits points, là, qui s'affichent. Ca l’angoisse. C’est quoi ce sadisme. Elle dit d’accord.
Elle dit merci.
Elle dit
Je t’aime, vraiment tu sais.
Il dit moi aussi meuf;
Moi aussi t’es conne pfff

Salim revient. Il guettait sur le seuil du bar la conversation. Les réactions. Il voulait comprendre. Ca avait l'air grave, il veut faire gaffe. Ne pas poser trop de questions. Il préfère demeurer dans la périphérie des choses, ne pas trop s’investir. Donner l’impression de ne pas s’investir. Il veut être le meilleur copain de tout le monde. Le meilleur ami de personne.

Pour ça, il connait tout

Il se pose à la table.

Mais si elle propose de me sucer ou quoi, je réponds, "non, désolé je n'ai point le formulaire B-32 sur moi, ni l'autorisation de Madame Simone de Beauvoir ?

Putain, mais t'es vraiment trop con mec. 

 

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27 septembre 2020

Et ma haine est immense.

Vendredi, l’ophtalmologue a procédé a tout un tas de mesures de ma vision, s’est intéressée à l’état de ma cornée, à la qualité de ma correction. Puis m’a été remis le résultat de ces examens. Des feuilles imprimées, en couleur, incompréhensibles et belles. Images, chiffres, mot, langage non-vu, non dit.

 

Corrigée ma vue s’établit à 7/10, 14/20 (et je me demande ce que signifie une vue de 20/20, une vue avec la légion d’honneur et les félicitations du jury)

 

 

En rentrant, les documents, je les ai rangés avec d’autres documents de nature semblable, ces papiers qui vous objectivent, vous identifient et vous assignent. Le test, aux grands yeux ronds, affirmant mon absence totale de MST tout en indiquant « douleur à la miction » parce que j’avais précisé combien c’était douloureux de pisser ; le compte-rendu établi à l’hôpital Bichat suite à mon agression indiquant « trois agrafes posées » (puis retirées, à Tours, par une infirmière) et « non admission ». Donnant à ma blessure et mon état une sorte d’évaluation, un 7/10 de la non-douleur.

 

 

Foule documentaire, scrutatrice. Foule critique, mesurant, comparant. Salle bondée nous archive et nous dédouble. Quel formulaire ma bouche ? Quel imprimé mes yeux ? Quelle ligne mon ventre, ma merde, mes couilles ? Où mes douleurs ? Dans le niveau de TSH inquiétant ?

 

 

Il y a l’ordonnance pour mon traitement et ce mot, affection longue durée, qui précède l’énumération des médicaments ; ce mot qui dit : pour la vie ou presque. Qui dit, pour longtemps. Tu vas pas t’en sortir tout de suite.

Mais ça dit, aussi, ALD, ça dit, ce sera gratuit, t’en fais pas mon petit gars, la France c’est toujours la France, le CNR et la Sécurité Sociale. 

 

Et de porter ALD sur mon ordonnance me distingue des autres malades, d’une certaine catégorie de malades, de tous ceux pour qui être malade caractérise un état ponctuel, et passager. Les ordonnances de ce type de malade comportent, en quelque sorte, l’anéantissement du mal qui les habite. A côté de chacun de ces outils chimiques est indiquée une durée. La durée maximale de la maladie.

 

Je me trouve ordonné ALD, myope, TSH élevée normale. J’imagine, alors, un graphe énorme où nous tous, postillons, petits cratères nous inscrivons. 

 

J’ai retrouvé, dans cette paperasse objective, mon acte de naissance. Je l’ignorais mais l’acte de naissance au-delà d’indiquer lieu, date, heure, parents etc rapporte la profession des parents. 

 

 

maman profession : femme de ménage

papa profession : agent de sécurité

 

 

alors en lisant

j’ai senti tout ce qu’il y avait d’immigré, de pauvre, d’indésirable en moi et plus loin que moi dans mes parents, grands-parents, dans ce grand silence d’où l’on vient, nos origines muettes, la coupure avec notre histoire, le silence de leurs hontes, le silence de leurs peurs.

 

 

 

Je pense à la vie de mon grand-père dont il ne parlait pas. En France, vivant dans les bidonvilles, avant la libération de 1962. La misère, le travail acharné. Le silence. En 1962, il est rentré en Algé-Rien. Comme il ne disait pas.

 

agent de sécurité & femme de ménage

 

 

 

 

les métiers, les derniers des derniers, ceux que font les arabes et les noir·es (et aujourd’hui les bengali·es et les philippin·es et toujours les arabes et toujours les noir·es, réparti·es selon leur genre) les métiers dont les français ne veulent plus. On dit, non, ce n’est plus pour nous. 

 

 

Ecrivant, ici, à propos de cet acte de naissance des larmes montent, les mêmes larmes que lisant, découvrant, l’acte de naissance.

 

Des larmes de colère qui, plus jeune, étaient des larmes de honte, honte lorsqu’il fallait dire, devant mes amis bourgeois, le métier de mes parents, honte non de le révéler, honte pire, honte d’avoir honte et de le taire, de changer femme de ménage par femme au foyer, de changer agent de sécurité par je ne sais quoi DRH ou ingénieur informaticien. 

 

A ce moment je pense au racisme de l'extrême centre, j’y pense avec haine. Une haine imprécise, incertaine mais juste. Baldwin, dans l’homme qui meurt, fait éprouver au narrateur la haine irrévocable, indiscutable du noir contre les blancs. Cette haine, exactement. Cette haine qui doit aussi être la sienne, celle de Baldwin, et que nous avons en partage. 

Cette haine, exactement celle-là. Quand. Je lis à l’encre noire « femme de ménage » quand je lis « agent de sécurité » sur le fond blanc de mon acte de naissance. La haine, cette haine inexprimée toute la vie cette honte bue tout ça monte, impuissant. 

Je lis,

les derniers des derniers

en-dessous il n’y a rien

(ou les prostituées, les toxicomanes, les SDF) 

et avec

je le sais aussi

il y avait le préfixe

sales arabes

qui fonctionne aussi comme suffixe

 

 

je lis

je sais bien ce que je lis

tout ce qu’il y a dans ces mots -

qu’on ne sait pas - ce qu’ils signifient

au-delà de ce qu’ils statuent

je repense à maman

qui faisait le ménage dans des hôtels je crois

ou à la poste peut-être

enceinte de moi

me trimbalant moi et la honte

et la haine qui grandissaient

en moi maman

et tombant, vomissant

qu’on renvoie 

de son poste de femme de ménage

il y avait

femme de ménage

sale arabe femme de ménage

sale arabe femme de ménage au chômage

derrière ce mot là

de femme de ménage je lis ceci

 

 

Et tout ceci.

 

Rien.

Un document de plus

m’objective

me raconte

Ecrit sur l’ordinateur

on ne lui trouvera même pas

la sueur des pleurs. 

Voilà. 

 

 

 

 

(et je me souviens ce voisin qui avait dit à ma mère retourne dans ton pays et je crois qu’il est mort peu après en tombant dans les escaliers et je ne sais pas si je l’avais souhaité très fort et si Allah en quoi je croyais alors m’avait exaucé je ne sais pas mais je continue à souhaiter très fort ces choses là)

 

 

 

 

$$$$

 

 

 

 

Tirerais-je si je devais un jour tirer ? Tirerais-je sans remords ? Oui, j’en suis sûr. Et ma crainte ce n’est pas tuer ou pas tuer, c’est me préserver du plaisir que je risque d’y prendre. C’est me refuser la jouissance de ce qui ne peut être qu’un devoir de dernier recours. 

Tirer :

 

 

Il y a des pardons qu’il faut avoir le courage de refuser. 

 

 

 

et je pense à ceux qui croient qui disent que ça pleurniche les gens les autres que femme de ménage oui agent de sécurité certes c’est mieux que rien mieux que crever de faim ou quoi oui bien sûr mais ça ne change rien ça ne change rien celleux qui pourtant n'occupent pas ces postes je pense à ma belle-mère encore qui disait ça quand sa femme de ménage la lâchait pour je ne sais quels motifs j'en image dix tous raisonnables qui disait pourtant elle travaille c'est bien et bien non récure tes chiottes avec ton époux ma soeur 

 

 

 

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27 juillet 2020

Chez les fachos.

Ce texte aura son jumeau samedi prochain.

Je suis invité à l’anniversaire d’un ami d’extrême droite très extrême. Je me rendrai à cette sauterie de bavards qui toujours racontent qu’ils ne peuvent plus rien dire. 
Je ne sais pas encore ni le visage ni le foulard que je porterai ; si je mets du mascara et du crayon dois-je allonger le regard ou le clore pour manifester, dès avant, mon opposition de principe à tout ce qui pourra être dit ? 
 
A rien, bien entendu, je ne souscrirai, pour autant je ne chercherai aucune dispute (Je me demande si C. se trouvait là par hasard - je doute qu’elle n’accepta jamais pareille invitation - exprimerait-elle son refus devant l’abjection ? Claquerait-elle la porte ? C’est une attitude très mâle, sûrement de rester, d’endurer, parce que je suis du côté de la force, pas des poules mouillées)
 
Aussi, dès lors que je suis là, on me verra dans ma plus exquise sociabilité ; fuyant la dispute, inclinant sagement la tête, protestant mollement. 
Face à une foule unie aucun argument ne perce, il suffit de se retourner vers son camarade de droite, vers sa camarade d’extrême droite pour avoir raison. 
 
Mais que ferai-je ? Je ne puis jamais m’empêcher de complaire et pour ceci me glisse, avec aisance, dans les schèmes et les représentations des gens ; je comprends toujours pourquoi c’est à dire à quelles conditions telle lecture du monde se propose. J’aimerais ne pas apporter à leurs délires mortifères une simple pointe de nuance mais n’y opposer qu’un silence poli qui, dirait tout à la fois, mon mépris et que moi je ne peux plus rien dire.
 
Je les imagine déjà dans la brasserie s’imaginer à Poitiers…
Ah, et le plus haut destin pour eux c'est Barberousse au milieu de la croisade, noyé.
; voilà leur rêve et leur grand sort ; noyés dans un étang ; indignes de la moindre profondeur - mais pour ces nains les étangs ont la profondeur des abîmes et la vase le goût des fleurs. 
 
Le plus tragique de leur affaire c’est que ce sont tous des ratés selon leur propre signalétique. Certains connaissent des gloires mais jamais celles qu’ils se voudraient. 
F. est professeur à l’université où il enseigne la géopolitique, Y. a fondé le magazine l’incorrect, A est écrivain et en vit presque, E. est journaliste.
Tous voudraient se tenir à hauteur de Maurras pour l’intelligence et de Barrès pour le style. On les trouve environ au deuxième bouton de BHL.
 
P., cependant, pour qui j’ai beaucoup d’affection se tient en lisière, dans les parages, il ne fait aucun doute qu’il appartient à leur genre, mais avec je ne sais quoi qu’il travestit et truque ; il provoque et prend à contre-courant. C’est lui qui me dit de R., écrivain et journaliste de merde, il faut le dire, que certains escrocs littéraires réussissent (Beigbeder) et que d’autres (R.) échouent. 
 
P., est obèse et il en parle, P. ne baise pas et il en parle. P. se chasse de l’humanité en se révélant ainsi, très humain. P. se moque de lui et se prend à la fois au sérieux. Il a quelque chose de tragique, celui des suicidés en suspens qui, furent sauvés un jour, et ne périront plus jamais de la sorte.
 
J'aime aussi beaucoup H. qui s'appelle en réalité G. qui porte en lui une lumière qu'il ne sait pas et que je n'évoque jamais avec lui. Le triste, je crois, c'est que ces gens lui font porter une sorte d'abat-jour. Il a du talent. P. aussi. Ce sont les seuls.

 

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15 juillet 2020

La misère est si belle

Des choses insignifiantes souvent me bouleversent ; soulignent ces choses la relation contrariée du monde à moi. 
J’ai pris le train, ce matin, depuis Paris jusque Lyon puis de Lyon à Chambéry-challes-les-eaux et de chambéry-challes-les-eaux à Modane.
Mon billet Paris-Lyon coûtait 22 euros en OuiGo. Les passagers des OuiGo me brisent le coeur. Je les observe dès avant le quai. La procédure d’accès au train diffère du trajet normal. Défile devant moi la vie de ces gens-là et quelque chose en moi toujours, synonyme du sentiment d’angoisse, enfle. 
C’était en OuiGo, dans les Ouigo je regarde les gens, la vie des gens qui prennent ces trains et j’ai de la peine. 
Pourtant, moi aussi, à égalité avec eux, passager ; sur moi pourtant je ne jette aucun regard inquiet. Ce n’est pas, usant du détour, m'apitoyer sur moi-même.
Pourtant, mon trajet mérite bien plus de sollicitude que nombre d’entre eux. Le Paris-Modane en TGV, aller retour coûte entre 150 et 300 euros. Prenant, des détours sinueux, calculant par moi-même - le site de la SNCF ne me propose pas l’itinéraire que je me suis composé - le chemin pas cher en utilisant le train - je ne me suis pas résolu au bus. 
Là, j’écris depuis la brasserie Marius à Lyon. Je dois attendre 5 heures mon second train. Le coin de Part-Dieu déborde de laideur ; la rue s’empiffre de travaux et de promesses - des boutiques avenir - l’espoir des villes, voilà, la nouvelle boutique beyond meat - les villes ont aussi une bonne conscience. 
Là, en face de moi, quelque chose comme deux tables nous sépare, une fille parle très fort au téléphone. Avant, elle discutait avec un homme en bras de chemise très assuré (et on ne devrait jamais être assuré en bras de chemise, en soi devrait tourner l’embarras le plus blême et nos avant-bras dénudés quémandaient des pardons) ; il avait une tête de patron - c’était le patron. Elle disait oui, demain 16h, pas de problèmes, après elle a ri et lui aussi. C’est fou, le rire…Alors au téléphone elle dit oui ça s’est bien passé, attends je te dis.
Avec OuiGo, pourtant, si l’on s’abstrait des couleurs criardes et laides - pourquoi faut-il ajouter de la laideur aux choses destinées aux pauvres, comme s’il fallait leur rappeler par leur condition, infamer par le rose délavé, le vert fatigué. Au-delà de ce vernis le trajet demeure plus ou moins le même, se déroule sur les mêmes lignes à grandes vitesses. Certes, les départs et les arrivées se donnent depuis des gares périphériques ; il faut ajouter le prix du billet qui vous mène de la périphérie au centre-ville, où les trains normaux arrivent. On dit normal puis on dit low-cost comme s’il s’agissait d’une version dégradée et honteuse du service proposé normalement. 
C’est un truc, j’ai remarqué toujours, fut-ce pour être croquemitaine, panneau publicitaire ou quoi, on dit « j’ai un entretien » avec plaisir intense et excessif. On se prépare à son rôle de monstre, dans le placard ou sous le lit pour les plus audacieux.
Un entretien, un essai…

Ca va commencer, les débuts sont toujours prometteurs, c’est après que la réalité, copeaux à copeaux, se dévoile et déchire. La déception survient. Plus ou moins rapidement. Relation amoureuse d’une autre sorte. 
bébé, ouais, j’ai une journée d’essai demain à 16h (…) le patron est super sympa. C’est marrant, ça. Marrant parce qu’en fait elle en sait rien. Quand on dit ça, on conjure, on supplie, on espère que oui ça sera sympa ?
On mélange suppliques, espoirs, conjurations ; chimie instable des mixtures. 
Tous nous sommes ces composés hétérogènes ; si vite nos opinions changent et avec elle le monde entier. 
Il est rare que la vie des gens, que l’attitude des gens, que les autres ne me fassent pas pitié. Je crois que j’ai connu trop intensément la promesse de la misère pour demeurer indifférent au moindre de ses signes.
Je regarde les gens, comme ils sont accablés, abîmés, craintifs. Je me souviens Vivian, il vieillit, il porte sur lui des signes d’une autre sorte, de triomphe mais toujours ceux là de ces vieux-beaux. Il porte aussi en lui ses tentatives ratées, ce qui n’a pas marché, tous les j’aurais du et il n’est pas le plus à plaindre, même parmi les moins, il a une belle voiture, une belle moto, une belle maison, son amoureuse et lui s’aiment et jouissent. Pourtant, parce qu’il portait en lui ce je ne sais quoi immense. Dans One Piece, existe un haki spécial et rare le haki des conquérants. Le haki c’est une sorte de superpouvoir qu’on apprend, il en existe de différents types ; résister à des attaques adverses, voir dans le futur et ce genre de choses. Mais le haki des conquérants provient de la biologie, c’est un don qui ne s’apprend pas. Vivian porte en lui, peut-être, cet haki là, épuisé. 
Luffy a avalé un fruit du démon. Les fruits du démon dans l'Univers de One Piece confèrent à leurs utilisateurs des pouvoirs surnaturels excédant de loin les capacités d‘un être humain normal. Seulement, toute transaction avec le démon - fut-il seulement comestible - exige une contrepartie. Les utilisateurs, c'est ainsi qu'on les appelle, des fruits du démon ne peuvent nager en mer ou en océan. Dans ces eaux ils se noient, perdant toute leur force et tout l'usage de leur pouvoir. Leurs adversaires se servent, par ailleurs, de ce phénomène-là et forgent des entraves en sel marin qui, une fois portées par les utilisateurs, produisent sur eux l'effet de l'eau de mer. 

 

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02 juillet 2020

Se rater.

Son prénom, il ne sert à rien de le rapporter. C’était aux 30 ans de Magalie, sur la péniche des bords de Seine, à Suresnes. Le mec est blond, porte une casquette de mec, genre, qui aime l’électro. Va pas tout à fait en rave mais aurait pu. Il n’avait aucune chance et beaucoup d’espérance.
Il portait à mes yeux l’échec, une forme d’échec, de la vie occidentale, cette mollesse qui guette chacun ; de la graisse se forme. Le coeur a l’odeur du MacDonald. 


Probablement, c’est sûr même, il eût des grandes gloires au lycée. Il en conserve un genre d’assurance - défaite de plus en plus. Il connût, oui forcément, mais il y a longtemps déjà, le goût des victoires adolescentes. Les premières qui comptent. Il racontait à 14 piges, que ça y est il l’avait fait. Il l’avait fait ça voulait dire j’ai éjaculé dans une capote avec une fille c’était ouf. Oui voilà. Peut être pas la capote ou si. J’ai remarqué les gamins comme ça qui baisent tôt toujours ils utilisent des capotes. Ils en gardent l’usage longtemps. Sauf après, quelques uns qui pratiquent le stealthing ça veut dire le viol par surprise ça veut dire enlever la capote discrètement genre quand le mec est derrière la fille, quand elle peut pas voir. 


Lui, On le voit, il n’y arrivera plus jamais. Il a cru un moment qu’il lui suffirait d’être lui, de demeurer lui, pour que tout à son passage s’ouvre. Il manquait de talent ; il manquait de travail. Celleux de cette matière, pour qui tout semble s’ouvrir du simple sortilège de leur rire, travaillent des acharné·es c’est. Forgent leur chance et dissimulent ce travail et cette sueur sous une nonchalance truquée. J’en connais. Ielles passent leur temps à entretenir ce talent, inné peut-être, oui mais sans le travail acharné. Auraient fini là comme ce type un peu minable. Cette sécheresse, lui, qu’on porte tous en soi. 


Toute ta vie se tenait là, dans la cale de se bateau-là. Avec ton amie Claire tu te résumais. Comme tu paraissais inquiet, spectral. Homme à disparaître. Tu es de ceux là. Tu grattais, dans la cale, avide, ton pochon de cocaïne, tu disais à Claire, tu le disais dévasté, il en reste presque pas. Tu grattais quoi pour de vrai. Que ça ne finisse pas, je crois. C’était ta façon de fuir. Gratter. Il y a ce conte, ce gamin avec un cerveau en or. On lui racle la tête, il trouve une femme, vénale c’est entendu, elle demande des bijoux des parures il n’a plus de tête bientôt, demande des boucles d’oreilles et tombe, il tend sa main, mélange de sang et d’or (métaphore déjà des diamants ensanglantés du congo)


Il raclait, vraiment, comme un affamé peut-être, sa terre stérile. 
Le bateau parfois tanguait malgré son amarre, nous rappelant nos destins mal-amphibiques. Quand la vague frappait trop fort, tu devais craindre un peu plus que ne s’envole la poudre. 
Il a fait de son mieux, je crois. Là il raclait. Il y a cru. On lui disait. Tu vas le faire. On disait, mec ça va le faire.
Sauf que ça l’a pas fait, tu t’es pas donné assez de peine, le hasard tu n’as pas su le dresser. Informe, un jour il t’a laissé tomber.

Après, avoir tasséé sa petite trace, raclé comme un tox les rebords du plastique, après, avoir tassé sur la tablette en bois, ce qui te restait de cocaïne. Après, après il a scellé le petit pochon, le pochon vide, il a dit c’est vide. Peut-être il gardait pour pas donner à sa pote, Claire, il gardait une miette. Il avait des yeux, mon dieu, je me souviens quand il a dit y en a presque plus. Il avait des yeux…Des yeux qui disaient, il va falloir voir la vie comme elle est et merde. Il va falloir…et tout le devoir de ce mot l’accablait. L’accable encore, aujourd’hui, ce jeudi. 
J’ai vu la flamme du briquet s’approcher du plastique et le faire fondre juste assez pour qu’il se referme sur lui-même. Ainsi, clos, ce paquet qui abrita la came. Ainsi clos, il peut le sentir dans sa poche lorsque ne savait quoi faire de ses mains il les y plonge. Il sent la forme, ronde, un peu râpeuse et se dit, y en a encore, peut être. 
Un de mes amis, ça me fait penser à lui, au plus pâle de son existence, lui aussi quand il puait faut le dire la défaite, il faisait un truc un  peu comme ça. Il ouvrait et refermait le frigidaire. Il avait pas un clou pour se payer la bouffe. Alors il ouvrait et fermait comme s’il rendait un homme au frigidaire et qu’ainsi, à force d’être célébré par ce geste suppliant, il ferait bien apparaître un morceau de n’importe quoi. Le silence à 4° lui répondait. Invariablement. Dans le pochon, sûrement, reste-t-il de ce silence glacé. 


Claire dit je suis au chômage je dis ah c'est bien de rien faire elle dit je vais faire une formation je dis c'est bien de se motiver tout est bien maintenant de toutes façons pour moi elle dit oui de plomberie je dis ah oui c'est bien ça gagne plein dargent elle dit non le salaire c'est pas fou je dis oui mais à ton compte ohlalala elle dit oui c'est vrai après on rigole


Ce mec, le blond là, me fait peur aussi. Dans tous les ratés je vois un moi possible. J’imagine la forme potentielle de mon déclin. Il me métaphore, me précède et me garde. Dieu peut-être il existe me met ce genre de types sur le chemin pour dire, fais gaffe, mec, je t’avertis encore une fois, mais faut pas déconner, bientôt tu vas te débrouiller, le loto franchement compte pas dessus, je te le déconseille fortement. Alors, après avoir ce mec, pour m’éviter d’un jour me trouver dans le miroir avec une casquette laide, un pochon vide. Pour m’épargner ces sortes de crashs, je me suis remis à lire, travailler, penser. Pour cet homme je n’ai pas de pitié, pas de mépris, je le vois pour ce qu’il est, dépourvu de forces, faisant ce qu’il peut. Il m’a convaincu, de ça, de cette vie en lui tarie - non mort en germe - en me disant qu’il voulait faire un film j’ai demandé tu as déjà réalisé il a dit non il a dit j’ai besoin de 5 millions je me suis dit d’où tu tires ce chiffre je lui ai dit vraiment t’as rien fait si il a dit il a dit je me filme quand je fais du VTT avec ma gopro j’ai dit d’accord écris à tout le monde hésite pas franchement fais ça. 


Enfant, je ne mangeais rien, je repoussais l’assiette de n’importe quoi et vidais, déjà, les verres, de limonade c’était en ce temps là, gazouz on dit en arabe du maghreb - bonheur de ces langues qui savent encore l’onomatopée - je repoussais et dans la rue y avait un nain et ma mère moi je me rappelle pas elle a dit non c’était dans le bus en fait ma mère elle a dit tu vois si tu manges pas tu vas devenir comme lui tu vas pas grandir et moi c’est elle qui m’a dit j’ai éclaté de rire d’un rire impossible à arrêter et je le pointais du doigt incrédule peut être ou alors tout à fait convaincu m’imaginant ce destin, toute la vie, voir le monde à cette hauteur, après tout pourquoi aurais je du le craindre, c’était djéà comme ça que je voyais cette mise en garde voilà elle m’a pas fait peur dieu c’est une autre affaire faut le dire. 

 

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08 juin 2020

Lea Toutes.

Les cinq entrent


Lea cinquième : où est le cinquième ?


Le premier : Ici

Les autres . …



Le premier : Bon.

Lea cinquième. Bon.

Les autres : …



Lea premier (ramasse un chameau) : Les premiers 


Lea cinquième : seront les cinquièmes.

Les autres : …



(pause)


Les autres : Bon.

Lea premier : …


Lea cinquième : pareil.

Tous : …



« Bon », c’est le dramaturge qui entre.


Tous : …


Les autres : Je


Les autres : Je


Les autres : Je


Lea cinquième : c’est pas bientôt cette cacophonie.

Lea premier : Inadmissible. On dirait un premier rendez-vous.

Lea deuxième : Je prends mon indépendance.

Lea troisième : Voilà qu’il se prend pour l’Algérie.

Lea quatrième : J’ai toujours rêvé d’être un Etat.

Lea premier : Avec une police

La cinquième : Avec un clergé



Lea dramaturge ne pose pas un exemplaire de Surveiller et Punir.


Lea deuxième : Une clinique.


Le troisième : Un dispositif.


Tous (dans un soupir) : le panoptique.


Le dramaturge « … »





Tous : tes mots on dirait des yeux de merlan-frit.


(une pause)


Tous : hahaha.

Tous : C’était pas vraiment drôle



Tous : hahaha.


Tous : Titre

Lea premier : Sinon moi je m’appelle



(on entend des cloches sonner)


La deuxième : J’adore ! Moi c’est


« (Les cloches encore) »


La troisième : C’


« (Toujours des cloches) »


Le quatrième :


« (Les cloches) »


Lea cinquième : Alors de tout ça j’ai toujours voulu parler. La question de l’identité m’importe, comment se définir, se singulariser dès lors que dès la naissance, avant son premier geste de conscience consciente on nous nomme. Déjà, pèse sur nous un préjugé, des regards suspicieux. On observe les Kevin, les Nicolas, les Elie, les Mathilde, les Marie-Antoinette. Un air différent ça c’est sûr. On fabrique une cohérence interne, tu dis « je m’appelle Sarah » on te dit : « j’ai connu une Sarah ». Ta seule chance peut-être voilà c’est t’appeler ghzHOgzorhghzg encore là on dira « je n’ai jamais connu de nzogpafagzh » on va t’écorcher en plus de ça. Déjà tu avais des difficultés à te déterminer. Tu te disais où tu commences ghzHOgzorhghzg. dans le miroir tu cherchais le Hohg le hzg. Toujours c’est progressif on t’a appris à appréhender les choses lentement avant de constituer l’ensemble. Bon, voilà le préjugé qui pèse sur moi. J’aurais pu être [url=view-source//jeunesecrivains.superforum.fr/u3058]la fracture numérique[/url]


(début de cloche aussitôt interrompu)


voilà ça a commencé au commencement on dit que je m’appelle


« (cloches) »




Tous : ça suffit on a dit police, on a dit clinique, on a dit clergé, bon oui ça c’est vrai, mais on a pas dit les cloches là. C’est 2020 merde. Alors y a peut-être eu un malentendu avec l’Algérie, les champs pétrolifères, les citations bizarres, l’air décolonial et tout. On a cru que c’était 1962, que tout était possible encore. Même les cloches. Mais là c’est bon. Pas les cloches. 


« (Les cloches) »


Tous : Mais d’où ça vient.

ils cherchent



Ils entourent le metteur en scène, enfilent des masques.


Colombine : C’est toi ?
 
Le metteur en scène « … »


Scaramouche : C’est vrai ça semble pas naturel des cloches comme ça. On dirait bien que ça sort d’un téléphone portable.
Déjà pourquoi il parle en guillemets lui.
On aime pas les privilèges dans nos contrées. 



Les cloches retentissent beaucoup plus loin.




Arlequin : Ah, non c’est pas lui.

Isabella : C’est du bluetooth. Ca sonne comme du bluetooth. Ca me donne mal à la tête. Je suis sensible aux ondes. Je m’équipe, il faut prendre soin de sa santé :





Portraits : Captur55









Matamore : Oui mais Portraits : Captur57

 



Arlequin et Isabella complices Il se trouve que :

Portraits : Captur56






 


Rideau


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  Pour les articles homonymes, voir Rideau (homonymie).

Un rideau est une pièce de tissu dont le but est de diminuer la présence d'une ouverture. Il peut atténuer la lumière et la poussière. Les rideaux sont souvent pendus à l'intérieur de la fenêtre (couvre-fenêtre) ou de la porte d'un bâtiment pour bloquer le passage de la lumière, par exemple pendant la nuit pour faciliter le sommeil, ou pour empêcher les autres de voir dedans, souvent pour des raisons d'intimité.
De nombreux tissus, formes, tailles, et couleurs de rideaux existent, et ils ont souvent leur propre rayon dans les grands magasins, avec quelques magasins qui ne vendent que des rideaux. Dans les régions plus chaudes, on utilise parfois les obturateurs en bois au lieu de rideaux, la meilleure isolation du bois permettant de conserver les pièces au frais.
Les rideaux fournissent aussi une séparation visuelle dans des situations comme l'art performance, dans lequel les acteurs font leurs préparations finales pour le spectacle derrière le rideau pendant que les spectateurs attendent devant. D'habitude, le rideau s'ouvre quand le spectacle commence et ferme pendant les pauses ou la fin de la performance.
Il peut également servir de séparation entre deux pièces en aménagement intérieur, ou cacher des objets inesthétiques (compteur électrique, porte, etc.). Le rideau de douche, souvent fait de plastique ou de vinyle, empêche l'eau de se répandre dans la salle de bains et préserve l'intimité.

Sommaire




1 Savoir-faire artisanal 2 Signification religieuse 2.1 Dans le Nouveau Testament 2.2 Dans les textes apocryphes 3 Composition des tissus utilisés pour les rideaux 4 Notes et références 5 Articles connexes

Savoir-faire artisanal[modifier | modifier le code]
La confection de rideaux peut être déclinée en plusieurs catégories : rideaux japonais, doubles-rideaux, stores bateaux... Ils relèvent alors d'un savoir-faire artisanal du fait de la technicité. La confection particulière des têtes (œillets, plis tapissiers,...) offrent une finition originale pour le décor. En occident la tringle à rideaux peut être masquée par une bande d'étoffe sur le même style, souvent de la même couleur, appelée cantonnière.
Signification religieuse[modifier | modifier le code]
Le rideau jouait un rôle spécial dans les histoires juive et chrétienne. Un rideau séparait le lieu saint, réservé aux prêtres, du « Saint des saints » dans le Temple de Jérusalem, réservé à l'Arche d'alliance (Exode 26:31-33). Encore aujourd'hui notamment dans les Églises dites orthodoxes orientales (Églises des trois conciles), utilisent un rideau pour séparer le Sanctuaire du reste de l'assemblée à certains moments de la Divine Liturgie.
Dans le Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

  • Ev. de Matthieu 27, 50-51


(50) Mais Jésus, criant de nouveau d'une voix forte, rendit l'esprit. (51) Et voici que le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent ;

  • Ev. de Luc 23, 45-46


(45) le soleil ayant disparu. Alors le voile du sanctuaire se déchira par le milieu ; (46) Jésus poussa un grand cri ; il dit : " Père, entre tes mains, je remets mon esprit. " Et, sur ces mots, il expira.

  • Ev. de Marc 15, 37-38


(37) Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. (38) Et le voile du sanctuaire se déchira en deux du haut en bas.

  • L'Ev. de Jean ne porte pas mention du rideau du temple.


Dans les textes apocryphes[modifier | modifier le code]

  • Ev. de Pierre 5, 19-20


(19) Et le Seigneur cria en disant : « Ô ma force ! ô force ! Tu m'as abandonné. » Et après avoir parlé, il fut élevé. (20) Et au même instant, le voile du Temple de Jérusalem se déchira en deux.
La déchirure du rideau est toujours relatée au passif. Ce passif est appelé passif divin par les exégètes pour signifier que les auteurs ne nomment pas l'acteur mais le désigne en creux : il s'agit de Dieu. D'ailleurs, si l'on considère la déchirure plus précisément encore, elle est de "haut en bas", un indice supplémentaire laissé par les auteurs pour dire qu'un homme n'aurait pas pu déchirer ainsi le rideau.
Composition des tissus utilisés pour les rideaux[modifier | modifier le code]
La composition d'un tissu pour les rideaux indique le pourcentage de fils utilisés lors de son assemblage On distingue trois types de fibres essentiellement :

  • fibre artificielle : fibre textile provenant de polymères naturels (viscose, acétate)

  • fibre naturelle : soie, laine, coton, lin...

  • fibre synthétique : fibre textile obtenue à partir de polymères dérivés du pétrole essentiellement (acrylique, polyamide etc)


Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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